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Le remodelage belliqueux apparaît comme la vérité d’un monde terrifié et sans réponses. Seule la réaction du plus grand nombre aide à surmonter la peur et permet de réimaginer une articulation entre les contre-pouvoirs collectifs et le droit politique démocratique.
Depuis l’agression contre le Venezuela, deux arguments préexistants circulent avec virulence :
Nous assistons ainsi à une leçon magistrale et continue de réalisme politique (néo)fasciste : seule la force techniquement prête pour la guerre crée le droit. Ceux qui croient encore au droit comme moyen de modérer la force sont ouvertement ridiculisés. Et ceux qui prétendent opposer une contre-force sont d’emblée présentés comme des exemples de vaincus.
La menace de destruction massive est l’instrument immédiat permettant de paralyser politiquement les peuples. La généralisation de la peur perfectionne le contrôle. La violence destructrice assure l’ordre, communiquant une puissance complémentaire à l’accumulation du capital. Si le dispositif semble fonctionner si bien, c’est parce qu’il a préalablement nécessité un long entraînement consistant à soumettre les groupes humains à être les spectateurs d’un flux d’images d’horreur sans qu’il leur soit permis de réagir. Une partie de notre existence se déroule selon le mot d’ordre « voir sans agir ». La désactivation persistante de la capacité de réponse collective – la séparation de l’affect de la force – a démantelé l’autorité de la politique qui se fait au nom de la limite effective du pouvoir.
Le savoir des auteurs de ces actes est l’un des plus anciens au monde. À l’extrême, il vise à répandre la terreur et l’asservissement, sentiments qui rongent tout ordre politique démocratique (même aux États-Unis, où la rhétorique de la démocratie était autrefois un leitmotiv). Tout aussi ancien est le savoir qui enseigne que seul un sentiment/une force d’une ampleur équivalente, mais agissant dans le sens opposé à celui de la peur, peut modifier la situation. Ainsi, pour imaginer une autre réalité, il faut se plonger dans un autre type d’imagination.
Deux réflexions peuvent notamment nous aider. D’une part, celle qui aide à tirer les conclusions qui s’imposent du fait que le pouvoir politique ne se résume jamais au droit pur. Le droit politique peut réguler – et il peut le faire de manière démocratique – lorsqu’il ne nie ni n’oublie de s’appuyer sur le droit naturel (le désir et la puissance des corps). Le droit devient une politique efficace lorsqu’il est l’expression d’une force plurielle capable de créer des moments d’émancipation.
D’autre part, alors que la peur d’une menace imminente de destruction nous paralyse – la terreur est toujours le fondement du colonialisme et du classisme –, des scènes apparaissent qui nous parlent de la formation de foules qui semblent apprendre à perdre leur peur. C’est ce qui se passe actuellement dans les villes américaines contre les escadrons fascistes anti-immigrés de Trump, mais aussi en Iran, où une protestation économique semble relancer la série de mobilisations qui ont éclaté en 2022 au cri de « femmes, vie, liberté ». Ces scènes nous aident à tirer des conclusions extrêmes à un moment grave. Car ni la démocratie sans contre-pouvoirs efficaces, ni l’illusion géopolitique d’un « petit coup de pouce » russe ou chinois ne semblent en mesure d’éviter ce que certains observateurs de ce qui se passe en Palestine appellent le « Politicide » : la destruction systématique des capacités politiques des peuples.
Diego Sztulwark* paour La Tecl@ Eñe
La Tecl@ Eñe. Buenos Aires, 12 de enero de 2026.
Traduit de l’espagnol depuis El Correo de la Diáspora par : Estelle Leroy et Carlos Debiasi.
El Correo de la Diaspora. Paris, le 21 janvier 2026.