Accueil > Empire et Résistance > Union Européenne > MOURIR POUR DES IDÉES Une synthèse du suicide européen
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Tout cela s’est avéré être une farce.
A) LE MODELE IDEOLOGIQUE
Lorsque Le Traité de Maastricht a été rédigé, l’Occident était dominé par la légende du triomphe néolibéral sur l’ours soviétique, de sorte que le système néolibéral a défini tous les principaux mécanismes juridiques, le rôle de l’industrie publique et les relations avec la finance selon ce modèle idéologique.
Ce modèle part du principe que le libre échange est un substitut idéal à la démocratie (en fait, une amélioration par rapport au mécanisme grossier des élections démocratiques) et privilégie le rôle dynamique du grand capital, face auquel la politique doit jouer un rôle secondaire, de facilitateur.
B) LA SOUVERAINETE DE L’ECONOMIE FINANCIERE.
Des théories scandaleusement abstraites, comme le modèle de Nozick sur la naissance de l’État à partir du libre-échange égoïste, ont constitué l’épine dorsale d’un modèle inédit, dans lequel on imaginait qu’une structure politique (une union politique, un État fédéral, etc.) pouvait émerger comme résultat d’une intense interaction de marché. Le modèle européen devient ainsi la première expérience historique (et, à en juger par les résultats, également la dernière) dans laquelle on pensait qu’un marché commun (c’est-à-dire un appareil de concurrence mutuelle entre États dans un cadre imposant une compétitivité maximale) serait le précurseur d’une union politique.
Évidemment, ce qui s’est réellement passé est ce qui se passe toujours dans des conditions de marché hautement concurrentielles sans filtres politiques (sans barrières tarifaires, sans ajustements monétaires, etc.) : il y a eu des gagnants et des perdants, il y a eu des pays qui ont obtenu des avantages et des pays dont les ressources ont été exploitées (l’Argentine, l’Italie, etc. font partie de ces derniers).
L’idée obsolète de gouvernements démocratiques responsables devant les électeurs a été remplacée par celle de « gouvernance » comme système de règles pour la gestion économique, ce qui a conduit à l’idée d’une politique gérée par un « pilote automatique ».
C) WINNER TAKES ALL POLICY [Scrutin majoritaire]
Les systèmes financiers sont impersonnels, acéphales et supranationaux, mais cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas de centres de gravité. Le centre de gravité principal du système financier occidental est représenté par l’axe New York-Londres, où son bras politique principal a toujours été le gouvernement américain (quel que soit le gouvernement US).
L’Europe de Maastricht, qui s’est lancée dans le jeu international selon les règles néolibérales, est tombée fatalement dans l’orbite gravitationnelle des principaux gestionnaires de fonds financiers, incarnés par la politique étasunienne. Aux États-Unis, les politiques de suprématie nationale et de profit financier sont indissociables : elles sont identiques, à quelques variations stylistiques près. L’Europe de Maastricht est ainsi revenue entièrement sous l’aile hégémonique des États-Unis, précisément à un moment historique où le développement économique de l’après-guerre aurait permis une autonomisation.
Depuis les années 90, l’hégémonie étasunienne est financière, militaire, mais surtout culturelle, démantelant progressivement toute capacité de résistance interne européenne. Sur le plan culturel, les 30 dernières années ont été marquées par l’américanisation idéologique intégrale de l’Europe, où ont été importés non seulement des produits cinématographiques et des styles musicaux, mais surtout des modèles institutionnels, des modèles de gestion de l’école, de l’université, des services publics, etc.
D) LE SUICIDE GEOPOLITIQUE
L’hégémonie culturelle a facilité la croissance de l’hégémonie politico-militaire étasunienne qui, au lieu de se retirer après les résultats de la Seconde Guerre mondiale, s’est imposée dans une nouvelle dimension géopolitique.
L’Europe (l’UE) a commencé à soutenir systématiquement toutes les initiatives étasunienne de réorganisation géopolitique, de l’Afghanistan à l’Irak, en passant par la Yougoslavie et la Libye. Le cadre idéologique - la légende progressiste d’un système international fondé sur des règles et le respect des droits de l’homme - a permis aux politiques américaines d’être approuvées sans résistance de la part de l’opinion publique européenne. Pendant deux décennies, les citoyens européens ont gobé comme des canards gras tous les contes de fées étasuniens sur « l’émancipation des peuples opprimés », les « interventions humanitaires » et « la police internationale ».
Pendant ce temps, alors que nos journaux s’échangeaient des médailles pour notre civilisation et notre érudition, les États-Unis ont rompu toutes les chaînes d’approvisionnement vitales pour l’Europe. Ils ont déstabilisé tous les producteurs de pétrole du Moyen-Orient qui n’étaient pas déjà vassaux des États-Unis (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, etc.). Ainsi, l’Irak et la Libye sont passés du statut de fournisseurs indépendants à celui de ruines où seule la force militaire compte. Sous le couvert du conte de fées des droits de l’homme pour les naïfs, l’Iran a également été sanctionné et isolé de la possibilité de commercialiser ses ressources avec l’Europe. Enfin, les provocations répétées à la frontière ukrainienne ont réussi à déclencher la guerre qui se poursuit encore aujourd’hui et qui a coupé le principal poumon d’approvisionnement énergétique de l’industrie européenne, la Russie.
Une fois le Moyen-Orient et la Russie éliminés, les « génies » de la politique européenne se sont appuyés de toutes leurs forces sur le GNL US, ce qui a entraîné une perte dramatique de compétitivité de l’industrie européenne. Et à ce stade, il est évident que le pouvoir de négociation de l’Europe face aux États-Unis est exactement nul. Si Trump veut le Groenland, nous lui donnerons le Groenland ; s’il veut ius primae noctis, nous lui donnerons le ius primae noctis [droit de cuissage] (il lui suffit de déconnecter le GNL pour mettre le continent à genoux).
E) QUE FAIRE ?
Une situation aussi compromise est vraiment difficile à redresser. En effet, l’Union européenne néolibérale et ses institutions ont acté l’effondrement historique le plus grave que l’Europe ait connu dans son histoire, pire encore que la Seconde Guerre mondiale, du point de vue du pouvoir comparatif.
LA SOLUTION A SUIVRE EST SIMPLE, EN THEORIE
(beaucoup moins en pratique).
C’est la seule façon de briser le siège des Etats-Unis d’Amérique sur l’Europe (et le reste du monde).
Ce n’est qu’ainsi que l’Europe pourra rouvrir un avenir pour les générations futures.
Évidemment, compte tenu du caractère particulier de l’environnement culturel cultivé depuis des décennies, une telle perspective ne peut que se heurter à une résistance tenace. Et si tel était le cas, l’Europe se sacrifierait une fois de plus pour des idées (stupides).
Mais, à la différence de la chanson de Georges Brassens, cette fois-ci, nous mourrons pour des idées, mais pas de mort lente.
Andrea Zhok*. Première publication sur sa page Facebook.
L’Antidiplomatico. Milan, le 22 janvier 2026.
Traduit de l’espagnol depuis El Correo de la Diáspora por : Estelle et Carlos Debiasi
El Correo de la Diaspora. Paris, le 26 janvier 2026.