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L’attaque contre l’Iran nous donne le meilleur exemple de la nécessité d’établir un « cordon sanitaire ».
Le concept de « cordon sanitaire » trouve son origine dans les pandémies qui ont frappé l’humanité au cours de son histoire. Face à l’ignorance d’une maladie contagieuse, dangereuse et mortelle, des quarantaines furent initialement mises en place pour endiguer le fléau. Celles-ci échouèrent généralement ; il y a toujours des individus désireux de contaminer autrui et d’en mourir. Avec l’avènement de la modernité, d’autres mesures furent instaurées. Une d’entre elles fut le « cordon sanitaire ».
L’un des premiers à appliquer cette mesure fut Henri François d’Auguesseau , chancelier de France, en 1720. Des marchands sans scrupules, à l’instar de nombreux grands hommes d’affaires, contournèrent les réglementations imposant le contrôle des importations et introduisirent en Provence de somptueux tissus turcs, contaminés par la peste noire. Mais que pouvait bien faire la mort d’autrui face à son propre profit ? En réalité, confronté à une épidémie touchant une ville aussi importante que Marseille et ses environs, d’Auguesseau fit de la politique. Il déclara publiquement que cela n’avait aucune importance. Mais il fit clairement comprendre au gouvernement qu’aucune menace plus dangereuse ne pesait sur le royaume. Aussi, ienvoya-t-il la moitié de l’armée française établir un périmètre infranchissable. L’ordre était de tuer quiconque tenterait de fuir la zone infectée. C’est ce qu’on appelle un « cordon sanitaire ».
Il n’est donc pas surprenant qu’un médecin comme Georges Clemenceau ait proposé d’établir un « cordon sanitaire » contre la Révolution russe . En effet, après la Première Guerre mondiale, les puissances occidentales tentèrent d’étouffer la révolution naissante par des interventions militaires, qui se soldèrent finalement par un échec. Face à cette situation, Clemenceau proposa un « cordon sanitaire » contre les bolcheviks, qui apparaissaient soudain plus dangereux que les Allemands, vaincus la veille, et contre lesquels il fallait appliquer des mesures quasi épidémiologiques.
Un phénomène similaire s’est produit au début de la Guerre froide, lorsque l’on parlait d’un « rideau de fer » qui s’abattait sur la moitié de l’Europe, en référence au bloc des pays socialistes. « Monde libre » contre « monde communiste ».
Au moment où nous écrivons ces lignes, nous ne nous doutions pas que l’Occident attaquerait l’Iran ce week-end. Ni que cela nous fournirait le meilleur exemple de la nécessité d’établir un « cordon sanitaire » pour contenir les agressions perpétrées par les nations « civilisées ».
L’attaque n’est pas perpétrée « malgré » la violation du droit international ; elle est perpétrée « afin » de violer les lois qui régissent la coexistence plus ou moins pacifique entre les États. Ce fut l’histoire de la Société des Nations, créée après la Première Guerre mondiale – la guerre censée mettre fin à toutes les guerres – et qui échoua en devenant un club franco-britannique. L’Organisation des Nations Unies, créée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, connut un meilleur sort. Si elle n’a pas atteint l’efficacité escomptée en matière de prévention des conflits, elle a néanmoins obtenu, pendant plusieurs décennies, des résultats remarquables dans l’aide au développement économique, la santé, l’alimentation, la culture, les conditions de travail et, souvent, dans le domaine des droits de l’homme. Face à la situation actuelle de guerre mondiale, elle doit prouver qu’elle peut et doit exister, sous peine de devenir une institution vide de sens ou complice. Ce qui est précisément le souhait de nombreux Occidentaux.
Les arguments justifiant le « cordon sanitaire » contre les Soviétiques s’inspiraient de concepts scientifiques, mal appliqués au domaine politique, car les idées ne sont pas des germes mais une construction culturelle. Clemenceau l’utilisait sans doute comme une métaphore, mais beaucoup d’entre nous l’ont rapidement pris au pied de la lettre. Parallèlement, les arguments en faveur de la guerre perpétuelle que l’Occident impose aujourd’hui au monde relèvent du domaine de la foi : Dieu nous l’a dit, Dieu nous l’a donné, Dieu nous l’a promis. Ce sont là les certitudes de quelqu’un comme Pete Hegseth, secrétaire à la Guerre des États-Unis, qui considère l’État d’Israël actuel comme la forme de gouvernement idéale. Il suffit de lire « American Crusade » (2020), un ouvrage écrit par ce secrétaire. Dans les deux cas, la politique disparaît, laissant un vide que l’Occident se propose de combler par la violence.
Dans ce contexte, il est pertinent d’envisager la mise en place d’un « cordon sanitaire » afin de limiter les excès impériaux et les fantasmes millénaristes qui ont supplanté la pensée occidentale. Bien sûr, il ne s’agit pas d’épidémiologie, mais de politique. Nous ne parlons pas de fanatisme, mais d’arguments. Si, du fait de la guerre en cours, l’ONU devait s’effondrer, ce seront les États-Civilisation comme la Chine, l’Inde et la Russie qui développeront de nouveaux forums internationaux, de nouvelles institutions garantissant une coopération mutuellement avantageuse entre les nations. Nombre de ces organisations existent déjà et peuvent atteindre la dimension multipolaire nécessaire au bien-être des habitants de la planète. Oui, ces mêmes habitants que l’Occident semble prendre plaisir à massacrer.
Eric Calcagno* pour Tiempo Argentino
Tiempo Argentino. Buenos Aires, le 28 février 2026.
Traduit de l’espagnol depuis El Correo de la Diáspora par : Estelle et Carlos Debiasi.
El Correo de la Diaspora. Paris, le 2 mars 2026.