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17 septembre 2026

ANATOMIE DE LA HAINE RENTABLE

par Gabriel Martínez Picco*

 

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Il ne suffit pas de résister à la haine et à l’injustice, il faut aussi supporter la bêtise, qui est bien trop souvent pire que la méchanceté.

Nous traversons une époque que nous n’aurions jamais imaginée, la réalité dépasse toute fiction. Si vous imaginez une saga indésirable où le monde serait gouverné par des criminels et des dépravés, vous y trouveriez plusieurs figures de la politique actuelle, réunies dans le même enfer que ceux qui distribuent aussi bien l’argent que les injustices.

Depuis un certain temps déjà, ils accumulent la haine. Certains la portent en eux depuis l’enfance ; d’autres commencent à peine cet apprentissage, et une partie non négligeable a déjà atteint le rang de maîtres en la matière.

La haine flotte dans l’air, de plus en plus dense et étouffante. Elle se propage à partir de petits groupes qui ne manquent de rien, en tirant profit des efforts d’immenses majorités qui conservent à peine le strict nécessaire pour survivre. La haine viscérale est une construction qui repose sur la négation de la condition humaine que confère l’altérité. L’autre cesse d’être un sujet digne de considération, il ne vaut plus rien, il n’émeut plus, il n’est ni un semblable ni même un adversaire. Il est, tout simplement, que le néant. Derrière ces corps, il n’y a aucun organe, aucun cœur qui souffre, aucune identité ; il n’y a ni Marie, ni Jean, ni toi, ni moi. Tout se réduit à une statistique, à un stock de marchandises, à une cellule perdue dans un tableur.

La haine s’injecte par de multiples voies. Ceux qui prétendent nous informer nous administrent, chaque jour, une nouvelle dose de poison : lente, non létale, à effet retardé. On lit la haine, on entend la haine, on voit la haine. Les commentaires sur les réseaux sociaux fonctionnent comme le véritable cloaque d’une époque fétide et pestilentielle. Peu importent désormais les raisons pour lesquelles une idée est exposée, ni la véracité des informations qui la sous-tendent.

Il existe une armée de détracteurs professionnels prêts à tout dénigrer. Il y a aussi les détracteurs de série, ceux qui répètent, avec conviction, tout ce qu’ils entendent, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Je me souviens encore de cette dame qui, le visage austère et face aux caméras de télévision, a prononcé une phrase tristement célèbre de notre époque : « Un jour, j’ai touché un pauvre ». S’agit-il là d’empathie ou de l’expression d’un regard incapable de reconnaître l’autre comme un semblable ?

Vivre sa vie, ce n’est pas la même chose que survivre. Les rancœurs se déchaînent et se nichent aussi dans les ventres vides et les bouches affamées. Encore un lever de soleil qui rappelle qu’il n’y a pas un morceau de pain et que la voiture/la carriole attend sur le chemin de terre, comme hier, comme la semaine dernière. Encore une journée à arracher à la vie. Car une existence réduite à la simple survie laisse difficilement place à la rencontre avec l’autre, à l’espoir ou à la dignité.

La haine, cette émotion, est peut-être la seule capable de se traduire par des perspectives de gains économiques incalculables, bien que parfaitement prévisibles. C’est une recette magistrale, d’une efficacité percutante et incontestable. La haine génère de l’argent. L’industrie des armes et de la destruction figure parmi les activités les plus lucratives au monde. Un monde sans haine est, à l’heure actuelle, un monde moins rentable.

Il faut haïr pour pouvoir exploiter ; et exploiter pour pouvoir tuer. Qui peut, de nos jours, prôner la vie ? Qui peut offrir un avenir digne alors qu’il raisonne avec ses parties génitales, les mains maculées de merde et de sang, ces mêmes mains qui cherchent à faciliter l’accès des civils au port d’armes, pour que nous finissions par nous entretuer entre nous ?

Les questions qui restent sans réponse sont innombrables, mais chaque crépuscule nous réserve un nouveau défi : garder intact notre bon sens et préserver une certaine dose de raison. Nous vivons une période difficile. Il ne suffit plus de résister à la haine et à l’injustice ; il faut aussi résister à la bêtise, qui prend trop souvent le même visage et avance avec la prétention silencieuse de tout conquérir.

Gabriel Martínez Picco* para La Tecl@ Eñe

La Tecl@ Eñe. Buenos Aires, le 13 août 2026.

*Gabriel Martínez Picco. Architecte. Fut enseignant à la factulté d’architecture de la UNLP

Traduit de l’espagnol depuis El Correo de la Diáspora par : Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo de la diaspora. Paris, le 12 septembre 2026.

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