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24 décembre 2017

Le calendrier ne conditionne pas l’Histoire - José Pablo Feinmann

par José Pablo Feinmann *

 

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Imagen : Bernardino Avila Le gouvernement Macri exprime – depuis la droite – cette construction que Gramsci a nommée bloc historique, qui s’assume aussi comme bloc hégémonique. Le patronat, les forces de répression, la classe moyenne, des secteurs des classes populaires, les médias, la classe privilégiée en totalité et la justice dans sa forme politico-corporative composent le bloc hégémonique du macrisme. « Et si cela fonctionne ? » s’interroge Le Monde Diplomatique dans son dernier numéro. C’est la question de la reddition du progressisme culturel moyen devant l’hégémonie installée. Dont la force amène des secteurs habitués à se trouver au centre-gauche à se laisser séduire par le bloc gouvernant. Si la question sur si cela fonctionne se pose, c’est parce qu’on croit déjà que c’est l’unique chose qui peut fonctionner. Que l’on est disposé à laisser fonctionner, que ses actes passent, ses lois, son style. Ou s’assoir sur le trottoir et observer l’exercice gouvernemental d’une force qui a gagné quelques élections qui ont éblouies plusieurs.

En ce qui concerne la répression – qui a pris déjà deux vies –elle ne devrait pas surprendre. Le macrisme n’a pas acheté sans avoir un projet plus de deux milliards de pesos dépensés en armes. Un gendarme et un Marine usaméricain ne sont pas trop différents. Le gendarme national est une figure aussi redoutable que le Marine qui combat en Irak. La puissance de l’appareil répressif et la décision de l’utiliser est quelque chose de nouveau dans notre démocratie, quelque chose que les ballons de la joie ne permettaient pas de deviner, ni même de soupçonner.

Le reste, n’est pas nouveau. Il ne faut pas tomber dans la tentation de voir dans le macrisme ce qui est nouveau, ou actuel ou la politique du XXIe siècle. Clairement, le nouveau ne vient pas avec le calendrier. Certains se pressent pour enterrer le XXe siècle. Faux, rien ne se termine aussi rapidement en histoire. Un vrai dépassement du XXe siècle impliquerait retenir beaucoup de ses modalités pour que la catégorie « XXIe siècle » ne manque pas de sens. Il y a une tendance au continuisme : soyons postmodernes du nouveau siècle, l’avant-garde ce sont les ballons, la couleur jaune, la joie, la danse présidentielle et cette police si débordante de jouets mortels. Ainsi, peut-on appeler vieilles ces pensées politiques et culturelles comme celle de gauche, le nationalisme ou la gauche populaire.

Perón, en 1945, a accumulé du pouvoir par l’incapacité des forces politiques face au nouveau sujet historique : les migrants de l’intérieur. Il y a eu une grève du syndicat de la viande. Personne ne la soutient. Pas même les communistes. Qui, à travers le dirigeant José Peter, demandent aux ouvriers de seulement faire grève après le triomphe de l’Union soviétique contre le nazisme. Jusqu’alors la viande été nécessaire pour les héroïques soldats. Depuis le Secrétariat de Travail, Perón dynamise la grève : en avant, les gars, s’il faut s’arrêter on s’arrête. Et c’est ainsi que le syndicat de la viande a gagné.

Temer, au Brésil, ne veut pas glisser vers la démagogie et le populisme. Il préfère être antipopulaire : si personne ne l’aime il n’aura pas à dicter des mesures populaires. Un raisonnement remarquable. Le Prince devra être craint et non aimé. La loi de Macri contre les retraités requiert cette conceptualisation mais de manière inverse. Macri a eu tellement de votes qu’il peut se permettre des mesures antipopulaires.

La violence est l’antithèse de la mobilisation populaire. Les récentes violences auront été probablement infiltrées par des agents de la police experts en répression de mutineries, mais il y a des groupes politiques qui continuent de croire à la fameuse sage-femme de l’histoire. Ils font du mal aux authentiques manifestants. Ils donnent un matériel abondant aux médias qui enregistrent le « désordre » pour le diffuser sur réseaux infinis et à la télévision.

Le macrisme dispose d’un très puissant réseau médiatique, et c’est là son grand soutien. Il y a une colonisation quotidienne des subjectivités. Contre cela, le sujet démocratique doit retenir la respiration, penser la politique et lutter pour l’autonomie de sa conscience. Il faut aller à la recherche de l’authenticité existentielle, ne pas vivre sous « l’autorité des autres » et être un sujet libre qui doit créer avec d’autres un espace – aussi succinct qu’il soit– de liberté. Qui grandira après.

José Pablo Feinmann* para Página 12

Página 12. Buenos Aires, le 24 de diciembre de 2017

Titre Original : « El almanaque » [Le calandrier]

* José Pablo Feinmann philosophe argentin, professeur, écrivain, essayiste, scénariste et auteur-animateur d’émissions culturelles sur la philosophie.

Traduit de l’espagnol pour El correo de la Diaspora de  : Estelle et Carlos Debiasi

El correo de la Diaspora. Paris, le 24 décembre 2017

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