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11 janvier 2014

Syrie : Qui gagne et qui perd ?

par Guadi Calvo *

 

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La crise syrienne dure depuis presque trois ans, et est laisse clairement plusieurs vainqueurs : le gouvernement de Bashar au-Assad, qui n’a pas seulement résisté militairement, mais son image ressort renforcée politiquement à l’extérieur et à l’intérieur de son pays. La Russie, qui est devenue un arbitre indiscuté dans la région, et qui à côté de son allié la Chine, est revenue au poids spécifique qu’elle a eue pendant l’ère soviétique. L’Iran, comme support et allié stratégique de la Syrie, a recommencé à être écouté dans les forums internationaux et a momentanément perdu « sa place » dans le très rabâché axe du mal.

Un autre grand vainqueur, bien qu’en sens contraire, est l’organisation terroriste al-Qaeda qui est sorti matériellement très consolidée. Gavé jusqu’à l’indigestion de dollars, d’armes et d’entraînement, par la CIA, et le Mossad, et avec des informations clef, ce sont les uniques ennemis bien positionnés face à al-Assad. Ses milices qui comptent entre sept et vingt mille effectifs, seulement en Syrie, sont bien fournies en armement pour commencer une guerre ou pour renforcer celles déjà existantes dans sa zone d’influence qui s’ étire depuis la Chine à travers le Maghreb jusqu’au au-delà de l’Afrique Saharienne. Sans mésestimer la possibilité qu’elle puisse concrétiser d’attaquer partout en Europe, de Londres jusqu’à Moscou, ou comme elle l’a fait il y a deux semaines dans la ville de Volgograde avec deux attentats laissant comme résultat trente-quatre morts.

Sur l’échec des puissances occidentales beaucoup de choses ont été écrites et cela tente d’être dissimulé par les grandes couches de cosmétologie à l’aune des grands quotidiens et des chaînes de télévision qui balaient le conflit sous le tapis.

De cette entente, composée par les États-Unis, la France, l’Angleterre, Israël, la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar, elles sont restées contuses et blessées d’une gravité presque mortelles.

Dans la liste de finis nous pouvons d’abord raconter et de manière presque anecdotique l’ex-président égyptien Mohamed Morsi, qui n’est même pas arrivé à s’inscrire sur la liste des traîtres, puisque à peine a-t-il ébauché sa position face au conflit, et pour d’autres raisons, il fut renversé par un mouvement militaire d’inspiration nassériste du général Abdelfatah Khalil al-Sisi. Deux petro-monarchies de la triste liste, sont aussi restées à l’état végétatif, l’Émir du Qatar a dû directement abdiquer et la monarchie autrefois solide des Saud, commence désormais à percevoir des mouvements internes impensables il y a seulement quelques mois.

Comme gravement blessés de cette catastrophe humanitaire, politique et militaire, il faut noter à la tête des vaincus le président US Barack Obama, qui a perdu tout prestige et pouvoir effectif. Après la pire lecture politique et militaire faite à propos de la réalité syrienne, il est resté de fait, un président des affaires intérieures, puisqu’il a été écarté des questions des hautes politiques internationales tout comme son Secrétaire d’Etat, John Kerry, qui à peine un an à ce poste apparaît comme un simple touriste.

L’opposition syrienne, est un autre des ces grands perdants. Elle a cherché avec les armes ce qu’elle a n’eu jamais pu réaliser depuis la politique. Aujourd’hui elle n’a pas seulement rendue impossible la déroute d’al-Assad, elle a aussi perdu sa capacité militaire et sa représentativité. Les hommes qui luttent en Syrie englobés dans ce qui est connu comme l’Armée Libre Syrienne (ELS), doivent affronter la vraie armée de leur pays, l’Armée Arabe Syrienne (EAS), renforcée moralement, et qui, sans rien d’étrange, se trouve à quelque mois d’une victoire définitive.

À son tour l’ELS, doit combattre avec acharnement contre al-Nusra et l’État Islamique pour l’Irak et le Levant (ISSIS), deux branches d’al-Qaeda, qui a en même temps ont des profondes controverses entre elles, ce qui produit des sanglants affrontements.

Le premier Ministre Britannique David Cameron, est l’un des blessés graves, après l’historique échec à l’heure de vouloir accompagner les États-Unis d’Amérique dans sa folle décision frustrée d’attaquer la Syrie. Pour la première fois en plus de trois cents ans, les chambres n’ont pas soutenu le Premier ministre dans une décision de ce calibre. La France abandonnée par Washington et Londres, aujourd’hui est réduite à être une pièce moindre dans le jeu d’Israël, qui est l’unique pays participant ouvertement dans le conflit syrien, qui jusqu’à présent, a sauvé les meubles à l’heure de lister les dommages.

La Turquie : Et à moi pourquoi me regardent-ils ?

De la longue liste de tristes personnages, il nous reste seulement à faire référence au pathétique premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui a approvisionné l’opposition syrienne, non seulement avec du matériel et de l’intelligence, rappelons que la Turquie et la Syrie ont une frontière de plus de 800 kilomètres et qui au cours de la guerre a menacé, plusieurs fois, d’une intervention armée pour la défense de ses citoyens et ses frontières.

La Turquie depuis le commencement du conflit, en mars 2011, a agi comme port franc à l’heure du passage d’armes qui arrivaient depuis l’Arabie Saoudite et l’Occident, et en permettant le passage de milliers d’Européens islamistes et d’autres nations qui allaient mener leur jihad en Syrie, en s’incorporant aux milices d’al-Qaeda.

Aujourd’hui tout le gouvernement turc est remis en question. Pas seulement sur des question internes comme les cas de corruption qui tombent en cascade depuis les plus hautes sphères du gouvernement. Dans ces dernières semaines ont dû démissionner les ministres de l’Économie Zafer Çaglayan, l’Intérieur Muamer Güler, et de l’Environement et de l’Urbanisme Erdogan Bayraktar, dont les enfants ont été arrêtés le dernier 17 décembre après la découverte d’une sinistre affaire de pots-de-vin, dont serait pas non plus très loin l’un des enfants du Premier ministre. Mais la cascade ne finit pas là, le puissant ministre d’Affaires européennes, d’Egemen Bagis, apparaît dans une enquête aussi. Trois députés de son parti Justice et Développement (AKP) ont démissionné de leur charge en signe de protestation pour la corruption du gouvernement qui touche aussi la police. 1 700 des hommes de la force de police ont été relevés de leurs fonctions, dont 350 étaient des hauts responsables.

Pour Erdogan les problèmes ne finissent pas là, son amitié avec Yasin al-Qadi a été découverte, connu comme le caissier d’al-Qaeda, recherché par les États-Unis depuis les attentats contre ses ambassades au Kenya et Tanzanie (1998).

Yasin al-Qadi, est aussi un ami personnel de l’ex-vice-président des États-Unis d’Amérique, Dick Cheney, qui a mobilisé son avion privé sans prêter d’attention aux sanctions que l’ONU avait adoptées contre lui. Il s’est réuni avec Erdogan en Turquie, au moins quatre fois en 2012, étant entré par l’aéroport d’Istanbul. Il est maintenant admis que les caméras de sécurité avaient été préalablement débranchées et que les ennuyeuses et compromettantes formalités de migrations ont été évacuées grâce à la bonne prédisposition du chef de la sécurité du Premier ministre.

Tandis que ces activités « secrètes » étaient connues des médias turcs, la gendarmerie a intercepté près de la frontière syrienne, dans la province de Hatay un camion chargé d’armes destinées à al-Qaeda. Des têtes de mortier, des armes, des munitions, des appareils électroniques et des gilets par balles, étaient dissimuls, comme par hasard, dans un envoi humanitaire de l’association des Frères Musulmans.

L’une des trois personnes arrêtés à côté du chargement était un agent de Milli Istihbarat Teskilati (MIT) les services secrets turcs. Finalement le gouverneur de la province de Hatay, Mehmet Celalettin Lekesiz, a interdit que la gendarmerie continue d’opérer sur ces opérations et a ordonné que le camion puisse poursuivre son chemin.

En novembre, un incident similaire est arrivé à Adana, quand la police croyait intercepter un chargement de drogues elle a découvert un chargement de têtes de mortier, sans explosifs, de fabrication turque à destination des mercenaires qui agissent en Syrie.

Il n’y a pas de doute que la situation en Syrie d’ici au 22 janvier, quand commencera la dite la réunion de Genève II, où le gouvernement et l’opposition syrienne vont essayer de trouver une sortie de crise, va changer plusieurs fois. Les deux adversaires essaieront d’arriver en Suisse en position de force.

Mais un invité « surprise » appelé al-Qaeda, pourrait jeter tous les efforts par terre. Tandis qu’un certain Recep Tayyip Erdogan pourrait aussi, conseillé par un obscur et secret bureau de Washington ou de Tel-Aviv, essayer de leur donner un coup de main.

Guadi Calvo pour Hamartia

Hamartia. Buenos Aires, le 10 janvier 2014.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : estelle et Carlos Debiasi

* Guadi Calvo est un écrivain et journaliste. Analyste international spécialiste de l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie centrale. Collabore avec différents médias et radios en Amérique Latine : dirige sur Facebook : « Linea International », « Journal Hamartia », et « Jornada Latinoamericanas », « Revista Archipielago » (Mexique), « Caratula » (Nicaragua), « A Plena Voz » (Venezuela) Radio Madre (530 AM) Radio Grafica (89.3 FM )

El Correo. Buenos Aires, 11 janvier 2014.

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