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10 mars 2018

« Plateformes, surveillance et postpoliltque dans la cybersociété »

par Diego Llumá*

 

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Présentation du Dossier

« Surviendra-t-il, le jour où les enfants post humains de la technique parviendront à nier leur parenté biologique avec les hommes nés du hasard biologique ? » se demandait Jésus Alonso Burgos dans sa « Théorie et Histoire de l’Homme Artificiel ». La crainte des conséquences de la technologie et de la science poursuit l’homme moderne de manière consciente, plus ou moins depuis l’apparition du Frankenstein de Mary Shelley, précisément il y a 200 ans. Ce fantasme, qui a su se réfugier dans le récit d’horreur fantastique et qui arrive à nos jours en forme de dystopie millénariste, a accompagné au plus près l’abime du développement technique de la société industrielle et de la culture de masse du siècle passé. De cette façon, la généalogie frankenstienne s’est fait routine (s’est naturalisée, est devenue invisible) avec la décodification de l’ADN humain et la configuration du réseau digital, matrice techno-sociale de la deuxième modernité.

Le « robot » inventé par le dramaturge tchèque Karel Capek en 1920, personnage s’ait enfui de l’imagination du film Radio Days, de Woody Allen et s’est installé confortablement parmi nous, au point de rendre licite et réaliste l’inconnue posée par Burgos dans le rendez-vous qui ouvre cette introduction. Les ciborgs portraiturés au début du XXe siècle par Fritz Lang dans le Grand Écran font aujourd’hui partie de notre quotidien. S’appellent IoT, Deep learning, Intelligence artificielle, algorithmes, véhicules guidés sur des capteurs, villes intelligentes, commerce et santé en ligne, cyberguerre, cybersurveillance... Dans le présent, et non dans le futur de la série tv Black Mirror, les technologies de l’information et de la communication qui sont à la base de cette révolution, imposent leur rationalité à l’ensemble, servant d’intermédiaire absolument à toute activité humaine. Ils formatent des subjectivités, moulent des territoires, segmentent personnes et la société mondiale dans des centaines d’identités. La tentation apocalyptique est de se méfier, maudire, et se préparer au pire. Les raisons ne manquent pas. Et aux preuves nous nous en remettons : aujourd’hui il n’est déjà plus possible, d’assurer, de discerner le vrai du faux, pas même dans les termes les plus cartésiens. Ainsi, a été créée la catégorie de postvérité, pour expliquer l’échec de toutes les promesses de la raison illustrée.

Certains préfèrent croire qu’il y a une lumière au but du tunnel. Depuis la rive des sciences sociales les théoriciens les plus brillants ont préparé le terrain pour essayer de comprendre ce qui nous arrive (comprendre qu’arrive une grande confusion, surtout). Milgram, Foucault, MacLuhan, Bauman, Hall, Beck, Mair, pour citer certains d’entre eux. Et les plus les nôtres, Martín-Barbero, García Canclini y Castells, notamment. Dans la présente édition de Cahiers du CEL, le dossier « Plateformes, surveillance et postpolitique dans la cybersociété » traverse ces sentiers théoriques pour éclaircir la mécanique du capitalisme de surveillance et la géopolitique globale à l’ère des réseaux digitaux (Enzo Girardi) ; la nature cybernétique du gouvernement réduit à peu dans l’écosystème dominé par les Big Tech (Luis Lazzaro) ; les défis et les occasions de la nouvelle haussmannisation dans les villes intelligentes et sécuritaires (Gabriel Périès) ; la dissection de l’hybride surveillance et répression que propose le gouvernement national comme stratégie de sécurité prospectivo-coercitive (Diego Llumá) et la description de l’état de l’art de la transmutation institutionnelle que suppose l’avancée corporative sur la politique dans le laboratoire social de l’Argentine (Federico Llumá). Les textes présentés sont le produit du travail de l’unité d’investigation sur la société cybernétique, digitale et réticulaire, et des dilemmes que celle-ci pose à la protection de l’identité et à la souveraineté populaire comme fondement de la démocratie. [1]

La vision critique de ce noyau, pointée sur la visibilité des risques du nouveau type de process, considère que le dernier mot n’est pas dit : le pouvoir totalitaire de la chose-machine n’a pas encore tout soumis. Encore plus, le C3PDP du CEL pressent qu’il y a une marge pour des stratégies de résistance (de la part de la politique, de la démocratie, de l’humain qu’il soit pur ou hybride) et que cette deuxième modernité présente des occasions réelles d’émancipation, jamais imaginées par les plus fougueux des libertaires du passé. La vision collective que propose le groupe d’analyse binationale (après l’intégration depuis un an du professeur français Gabriel Périès) est le produit de l’immersion de ces spécialistes de sciences sociales (aussi des expériences inédites de gestion politique) dans la géographie labyrinthique dans laquelle, au dire de Burgos, « des enfants de Frankenstein essaient de fabriquer vraiment des hommes » dans un écosystème technologique dirigé par l’intelligence « robotique ». Les analystes coïncident sur le point de départ épistémologique pour aborder l’objet d’étude : le caractère historique de cette étape supérieure du capitalisme, animée par une dynamique de pouvoir (dont la contradiction principale pourrait être politique vs sous-politique) dans la quelle des constructions d’une étape précédente (les états nationaux, les organisations internationales, etc) pourraient avoir un rôle contre-hégémonique important. Finalement, emerge de cette édition, et de la nature même du noyau d’études C3PDP, une volonté de repolitisation de l’espace public et du sauvetage de la raison logique comme génératrice des consensus. En synthèse, une « défense de la politique contre la démocratie dépolitisée » [2]

Diego Llumá

Los cuadernos del CEL, 2018, Vol. III, Nº 5 Págs.4-7. Un ISSN : 2469-150X

*Diego Llumá est enseignant et chercheur universitaire. Ex-Directeur National de Coopération Régionale et Internationale du Ministère de la Sécurité de la Nation. Il enseigne la « Coopération internationale » dans l’Université Métropolitaine pour l’Éducation et le Travail et « Géopolitique des réseaux et le capitalisme de surveillance » dans l’Université Nationale de Saint Martin en Argentine. Diplomé en Sciences de la Communication Sociale (UBA). Il a suivi des masters sur la Défense Nationale et la Stratégie (l’Université Nationale de La Plata - centre d’Études pour la Nouvelle Majorité) ; de l’Institut de Hautes Études de l’Amérique Latine (l’Université de Paris III, de Sorbonne Nouvelle, France), de l’Institut Français de Géopolitique (l’Université de Paris VIII, de Seine-Saint Dennis, France). Il est Visiting Fellow du Bulletin of the AtomicScientists (Chicago, USA) et de la Fondation Journalistes de Europe (Paris, France).

Cet article fait une partie du Dossier : « Des plateformes, une surveillance et pospolítica dans la cybersociété. » Des cahiers du CEL UNE ANNÉE 3 - NUMÉRO 5

Cuadernos del CEL, 2018, Vol. III, Nº 5 Págs.4-7. ISSN : 2469-150X

Dossier :
« Plataformas, vigilancia y pospolítica en la cibersociedad »


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Notes

[1Noyau de réflexion sur la Cybersociété, cybersécurité, cyberdéfense et la protection d’identité (C3PDP CELUNSAM)

[2Daniel INNERARITY, « La Démocratie sans politique : Pourquoi la démocratie peut-elle nuire sérieusement à la démocratie ? », l’Université du Pays Basque, 2014.

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