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15 mai 2012

Crise systémique globale / Second semestre 2012

Convergence de quatre facteurs explosifs :
Banques-Bourses-Retraites-Dettes
GEAB N°65

par GEAB

 

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En attendant que l’Euroland se dote, d’ici la fin 2012, d’un projet politique, économique et social commun de moyen et long termes, suite notamment à l’élection du nouveau président français François Hollande, anticipée depuis de nombreux mois par LEAP/E2020, les opérateurs resteront prisonniers des réflexes de court terme liés aux soubresauts politiques grecs, aux incertitudes sur la gouvernance de l’Euroland et aux risques sur les dettes publiques.

Parallèlement, aux Etats-Unis, la dissipation de l’illusion d’une reprise [1] cumulée au renouveau d’inquiétudes sur l’état de santé du secteur financier usaméricain (dont JPMorgan vient d’illustrer la fragilité) et au grand retour du problème de l’endettement du pays conduisent les acteurs économiques et financiers à envisager un avenir de plus en plus inquiétant [2].

Au Royaume-Uni, le retour en récession du pays se conjugue à l’échec de maîtrise des déficits et à la montée d’une colère populaire face à une austérité qui n’en est pourtant qu’à ses débuts [3].

Au Japon, l’atonie économique et l’affaiblissement des exportations dans un contexte de récession mondiale [4] font ressortir le spectre de l’endettement excessif du pays.

Dans ce contexte, selon LEAP/E2020, le second semestre 2012 va être le moment privilégié de la convergence de quatre facteurs explosifs pour les économies occidentales : banques, bourses, retraites et dettes.

Pour les opérateurs économiques, financiers ou politiques comme pour les simples ménages, cette convergence va faire peser des risques majeurs sur l’état de leurs finances comme sur leur aptitude à faire face aux défis à venir.

Dans ce GEAB N°65, notre équipe développe donc ses anticipations concernant ces quatre facteurs explosifs du second semestre 2012 ainsi que les recommandations pour en minimiser les conséquences négatives. Par ailleurs, LEAP/E2020 présente sa nouvelle anticipation sur les conséquences de la crise systémique globale en matière de langues internationales (au niveau mondial et en Europe) à l’horizon 2030 afin d’aider parents et enfants, ainsi que les institutions pédagogiques, à faire les bons choix d’apprentissage linguistique dès aujourd’hui.

Dans ce communiqué public du GEAB N°65, notre équipe a choisi de présenter le facteur explosif correspondant aux dettes publiques et privées.

Exposition des banques US aux produits dérivés au 31/12/2010
- Sources
 : Dpt of Treasury/Mybudget360, 11/2011

Dettes : dettes publiques difficilement maîtrisables et dettes privées destructrices… les créanciers s’approchent douloureusement de l’heure des comptes et les peuples d’une explosion de colère

LEAP/E2020 l’a annoncé dès 2008 et répété depuis à de nombreuses reprises. Il y avait environ 30 000 milliards USD d’actifs-fantômes dans le système financier mondial. Il en reste environ 15 000 milliards USD qui vont pour l’essentiel s’envoler d’ici la fin 2012. La bonne nouvelle c’est qu’à partir de ce moment-là, on pourra sérieusement envisager de reconstruire un système financier mondial sain. La mauvaise nouvelle, c’est que c’est au cours des trimestres à venir que ces 15 000 milliards USD vont s’envoler en fumée. Cela implique bien entendu, comme nous l’avons évoqué précédemment, la faillite (et/ou le sauvetage par les Etats) de 10% à 20% des banques occidentales. Et cette fois-ci, à la différence de 2008/2009, les actionnaires en seront les premières victimes (y compris aux Etats-Unis), quelle que soit la séniorité de leurs droits [5]. Seuls les actionnaires possédant un poids géopolitique important seront traités avec égard (fonds souverain, Etats amis, …).

En matière de dettes privées, les ménages vont pour l’essentiel, notamment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, devoir faire face seuls aux conséquences des hausses de taux et d’insolvabilité induites qui vont les toucher. Pris dans la nasse de l’austérité et de la récession, les Etats occidentaux n’ont plus les moyens de porter secours aux classes moyennes tant que la croissance n’a pas repris un tant soit peu. Et hélas, cela ne sera pas le cas d’ici la fin 2012. On voit d’ailleurs actuellement aux Etats-Unis la question de la dette étudiante est en train de se transformer en « subprime bis » [6]. Hausse de taux du fait de la fin d’une politique de bonification par l’Etat fédéral et paralysie politique à Washington sur fond de tentatives de maîtrise du déficit fédéral sont en train de créer une situation désastreuse pour des millions de jeunes Américains et leurs parents.

En Europe, le Royaume-Uni a déjà décidé de laisser sa classe moyenne faire face seule à son endettement record. Cela revient à la faire chuter dans la classe défavorisée. Les prochains mois vont voir une nouvelle confrontation brutale entre cette classe moyenne britannique et ses dirigeants appartenant presque tous à l’upper-class.

Sur le continent, via les votes de rejet des dirigeants adeptes de l’austérité comme seule et unique solution à la crise de l’endettement public, les peuples ont ouvert une confrontation démocratique majeure avec les élites en place depuis près d’une vingtaine d’année, et au service des créanciers. La tentative qu’incarne le nouveau président français, François Hollande, d’ouvrir une voie moyenne entre austérité et relance keynésienne qui toutes deux ont échoué ou sont impossibles politiquement ou budgétairement, va aboutir (car elle est la seule politiquement et budgétairement viable désormais [7]) mais pas avant la fin de 2012 [8].

Entre temps, soubresauts politiques comme en Grèce et négociations complexes au sein de l’Euroland vont dominer l’agenda, rendant de plus en plus nerveux les créanciers et leur émanation, les marchés [9]. Et cette nervosité des marchés est accrue par la conscience de l’infinie fragilité des institutions financières de Wall Street et la City face au risque de non-paiement des créances : dettes publiques ou privées. Ce sont quasiment les derniers pans de l’actif de leur bilan dont ils espèrent encore pouvoir récupérer une valeur significative.

Evolution comparée de la dette fédérale et du PIB US (2001-2012)
(en rouge : dette / en bleu : PIB)
- Source
 : StLouisFed / Mybudget360, 04/2012

Dès la fin de l’été 2012, le retour du thème de l’endettement ingérable des Etats-Unis, lié aux réductions budgétaires automatiques imposées en cas de non-accord du Congrès sur la réduction de l’endettement, va déclencher un « Taxmageddon [10] » aux USA. On assistera ainsi au remake du tandem détonateur-bombe que les dettes européennes et usaméricaine ont déjà joué à l’été 2011, mais cette fois-ci dans une version beaucoup plus violente. En effet, si les craintes de voir l’Euro et l’Euroland exploser ont disparu [11], elles seront remplacées par un danger beaucoup plus effrayant pour les marchés : la monétisation massive et brutale de la dette US [12]. Cette situation se présentera en plus aux Etats-Unis dans un contexte de paralysie politique complète [13], avec un Congrès qui sera morcelé par l’émergence des factions radicales chez les Républicains (« Tea-Party ») comme chez les Démocrates (« Occupy ») [14].

GEAB N°65, 15 mai 2012

Notes

[1] Reprise tellement illusoire qu’elle suscite un retour aux pratiques des « subprimes ». Et même le prix du lait, indicateur fiable des ralentissements économiques, pointe vers la récession. Sources : CNBC, 26/04/2012 ; New York Times, 10/04/2012

[2] A ce sujet, rappelons que désormais le gouvernement US et la Fed doivent créer 2,5$ de dette pour générer 1$ de croissance. C’est le problème que rencontre toute économie dont l’endettement devient excessif. C’est le genre de « détail » que les keynésiens comme Krugman oublie de préciser quand ils clament à tort et à travers que les politiques d’austérité sont aberrantes. Comme pour toute approche de bon sens, qui prend en compte le monde réel et non pas les théories économiques, il faut un équilibre entre réduction de l’endettement et soutien à la croissance. C’est d’ailleurs le chemin que va prendre l’Euroland dès cet été ; alors que les Etats-Unis continuent à nier la nécessité de traiter leur endettement incontrôlé.

[3] Source : WallStreetJournal, 13/05/2012

[4] Sources : TimesofIndia, 11/05/2012 ; MarketWatch, 10/05/2012 ; ChinaDaily, 06/05/2012 ; ChinaDaily, 28/03/2012 ; Washington Post, 11/05/2012 ; USAToday, 13/04/2012 ; CNBC, 06/04/2012

[5] Source : MarketWatch, 10/05/2012

[6] Source : CERF, 21/04/2012

[7] Depuis Février 2012 et le GEAB N°62, notre équipe a largement détaillé son anticipation sur l’évolution de l’Euroland 2012-2016 et les événements en cours nous confirment dans notre analyse (si vous souhaitez avoir une présentation « live » des perspectives de l’Euroland et de l’Europe, vous pouvez aussi regarder le discours de Franck Biancheri prononcé en Anglais le 2 Mai dernier devant les 1 000 délégués du principal réseau étudiant européen AEGEE-EUROPE). D’ici l’été, après les élections législatives françaises de Juin 2012, un accord à six sur l’équilibre austérité/croissance sera trouvé (France/Allemagne/Italie/Pays-Bas/Belgique/Espagne) qui sera porté par l’Euroland+ (Euroland plus les autres pays impliqués dans le MES).

[8] En Allemagne aussi les voix se font de plus en plus nombreuses et fortes pour exiger un chemin plus équilibré car le coût social du succès économique allemand commence à être lourdement ressenti par une partie croissante de la population. Source : Spiegel, 04/05/2012

[9] Par exemple, le fonds souverain norvégien a décidé de se débarrasser de ses actifs en dette souveraine des pays fragiles de l’Euroland. Pourtant, LEAP/E2020 rappelle qu’en ce qui concerne l’Euro, il n’y a pas d’inquiétudes à avoir et bien au contraire, d’ici fin 2012 c’est le Dollar US qui constituera le choc à la baisse. Sources : LeFigaro, 05/05/2012 ; MarketWatch, 09/05/2012

[10] Néologisme créé à partir des deux mots « Tax » et « Armageddon ». Il désigne le chaos fiscal qui va régner fin 2012 au moment où vont s’imposer des choix de coupes budgétaires massives dans le budget fédéral US. Depuis près d’un an, les Etats-Unis et la presse financière internationale a choisi d’ignorer soigneusement ce problème majeur. Il ne sera que plus difficile à gérer quand il s’imposera à nouveau dans le paysage.

[11] Comme nous le soulignions en Janvier dernier, c’est une des grandes différences entre la crise grecque actuelle et l’hystérie anti-Euro de 2010/2011. S’il est théoriquement possible aujourd’hui d’envisager une sortie de la Grèce hors de l’Euroland sans remise en cause de la monnaie unique, il n’en reste pas moins que dans la réalité cette sortie est impossible. C’est d’ailleurs l’un des problèmes auxquels se trouvent confrontés les dirigeants grecs. Nous soulignons ce point pour rappeler que sur ce sujet les économistes, qui vivent dans des mondes théoriques sans rapport en général avec la réalité, se sont trompés sans arrêt depuis des mois. Les chantres de la fin de l’Euro, de Krugman à Roubini, ont en la matière autant de crédibilité que les haruspices romains qui lisaient l’avenir dans les entrailles des animaux. Pour revenir à la Grèce, LEAP/E2020 estime que tant que les dirigeants des deux principaux partis de gouvernement ( PASOK et ND ) appartiendront aux générations qui ont conduit le pays dans cette crise historique, il n’y aura pas d’issue politique viable faute de confiance populaire... Il appartient donc aux dirigeants de l’Euroland, et en particulier à Angela Merkel via le PPE et François Hollande via le PSE, de faire pression sur leurs « partis-frères » respectifs pour que d’ici Septembre 2012 et de prochaines élections, l’ensemble des dirigeants de ces deux formations soit renouvelé au profit de responsables de moins de 45 ans. Le succès actuel du parti d’extrême-gauche Syrisa tient autant à ses idées qu’à l’âge de son chef : 38 ans. Un processus de ce type a bien été utilisé pour parvenir à faire lâcher le pouvoir à un Silvio Berlusconi en bout de course. Les moyens existent donc. Et en la matière, il s’agit de permettre au peuple grec de retrouver confiance dans des dirigeants neufs, de droite ou de gauche, sans exclusive. Pour bien comprendre pourquoi une sortie de la Grèce hors de la zone Euro est en pratique infaisable, un seul exemple suffira : si vous étiez grec, et qu’on vous propose d’échanger vos Euros contre des nouveaux Drachmes, que feriez-vous ? No comment !

[12] Même l’ancien Secrétaire US au Trésor Robert Rubin joint désormais sa voix à ceux qui avertissent de ce grave risque à court terme. Source : Reuters, 10/05/2012

[13] Que ce soit Barack Obama ou Mitt Romney qui ait gagné l’élection présidentielle.

[14] Voir GEAB N°60

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