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21 mars 2004

L’Emprunt Baring fut la dette la plus longue du monde pour l’Argentine, un cancer qui a duré 120 années

par Julio Nudler

 

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Le premier grand endettement argentin s’est produit peu après l’Indépendance. Rivadavia avait profité de la bulle spéculative anglaise, et il est allé jusqu’à assurer que les pampas étaient couvertes d’or. Jorge Gaggero fait le lien entre cette histoire et le présent.

Le prêt Baring, contracté par Bernardino Rivadavia, a fini d’être payé en 1947, après quelque 120 années. Perón a annulé à ce moment là toute la dette externe - se souvient l’économiste Jorge Gaggero -. Cela lui a permis de déclarer avec toute solennité l’indépendance économique « dans la Maison de Tucuman » (Lieu où était néée l’Indépendance). Ont été ainsi clôturés simultanément les deux grands cycles précédents d’endettement : celui de la Baring et celui de la Génération 80. Mais presque immédiatement, l’État argentin a recommencé avec l’accumulation d’une dette externe, bien qu’au début par de petites quantités.

Ce qui mènerait à la formation du Club de Paris en 1956 pour renégocier...
 Oui, et à l’entrée du FMI en 1955 sur la scène argentine, ce pourquoi il était nécessaire de renverser à Perón. Mais un troisième cycle d’endettement intense sera seulement entamé en 1976, pour aboutir à la crise de 1982 et à la signature du Plan Brady dix ans plus tard, qui n’a pas résolu le problème structurel de la dette, aggravé ensuite par le nouveau cycle Menem-Cavallo-Roque Fernández-Cavallo, qui a conduit à la catastrophe de 2001.

Avec cette "indépendance" hypothéquée...
 En 1997, alors que le pays se dirigeait résolument vers le sommet d’une nouvelle et ruineuse parabole de dette - celle-ci représentait déjà 40% du PIB, et les intérêts équivalaient à 2.4% de celui-ci -, la Fondation Eva Perón - ou ce qu’était son successeur nostalgique - a découvert dans le hall du Ministère de l’Économie une plaque reluisante, restée là, dans sur laquelle on lit : "1947-1997, 9 juillet, Cinquantenaire de la déclaration de l’Indépendance Économique de la République Argentine à Tucuman, quand fut annulé le prêt contracté par Bernardino Rivadavia en 1826 avec la compagnie Baring Brothers. Ont collaboré à ce geste patriotique Arturo Jauretche (celui qui présidait la Banque de la Province de Buenos Aires) et Manuel Miranda." Au pied de la plaque, qui exprime la reconnaissance envers Juan Domingo Perón, figurent Roque Fernández, en tant que ministre de l’Économie, et "du compagnon Carlos Saúl Menem" comme président de la Nation. Cette plaque résume, à mon avis, la parodie du péronisme final qu’a été le ménémisme.

Il faut rappeler qu’en juillet 2001, Fernando de la Rúa et Domingo Cavallo ont proclamé une nouvelle indépendance économique, basée sur "le déficit zéro". Mais quand a commencé cette histoire ?
 Le premier grand endettement argentin s’est produit quelques années après la Révolution de Mai, mais n’a pas été différent de ce qui était arrivé dans d’autres pays latino-américains. Cela montre un comportement particulier de la métropole, c’est-à-dire Londres à l’époque, très semblable à la conduite de New York en 1990.

Quelles conditions ont été données par la métropole ?
 Napoléon avait été mis en échec en 1815, de sorte que la paix ait libéré une grande capacité économique chez les puissances gagnantes, ainsi qu’en 1990 la chute de l’Union Soviétique allait produire une vision de fin de l’histoire. Vers 1820 on a vu la libération des ressources qui avaient été concentrées sur l’effort de guerre. Les Anglais avaient placé leurs économies dans des bons que le Trésor émettait pour financer la guerre contre Napoléon. En cessant la lutte, l’État britannique n’a pas eu besoin d’autres fonds, de sorte qu’il a réduit le revenu - qui avant était de 5% annuel - et qu’il a offert des pré-annulation. Parallèlement, des pays comme la Grèce ou l’Autriche, eurent besoin de financement, et ont émis des bons souverains, en attirant l’argent frais des Anglais avec de meilleurs taux. L’Amérique latine fut inscrite dans ce processus, parce que quelques années avant la bataille décisive de Ayacucho, libérée en 1824, on considérait très probable la victoire des forces indépendantistes. L’Angleterre, qui n’approuvait pas officiellement la libération des colonies espagnoles, encourageait sa lutte et a laissé fleurir un marché de bons.

Finances pour la libération...
 Déjà en 1819 Bolivar avait financé sa première campagne avec succès avec des titres placés à Londres. C’ est ainsi qu’il attribuera à son broker le mérite d’avoir permis l’indépendance du Venezuela. La future Colombie, le Mexique, le Pérou, le Chili, le Brésil et les Etats-Unis d’Amérique centrale, projet ensuite manqué, ont émis des dette. Et aussi l’Argentine, avec le célèbre prêt Baring, qui n’a pas été précurseur. La cause latino-americaine était suprêmement populaire parmi les Britanniques, qui la voyaient comme une forme d’expansion de la civilisation anglaise dans le monde, et à partir de là, une occasion de faire de très bonnes affaires. Dans des cafés et des tavernes où se réunissaient les brokers londoniens, on accrochait des représentations de Bolivar.
L’expédition de Humboldt et de Bonpland à la fin du XVIII avait engendré déjà une vision de corne d’abondance pour cette Amérique latine exubérante.

Quelles furent les conditions financières du prêt Baring ?
 Les standards pour ce type d’opérations. Une fois soustraits les intérêts avancés et les commissions, le preneur recevait effectivement autour de 60 % de la quantité nominale du prêt. Il y avait une foi aveugle dans la force des nouveaux pays libérés, sans faire attention à la grande difficulté de fonder des états efficaces sur les vieilles structures coloniales, tellement inefficaces et centralisées. Ils n’avaient pas conscience du défi qu’était de percevoir des impôts dans ces vastes extensions.

Malgré ça, il y avait déjà des sur-taux, une sorte de risque pays...
 Oui, parce que les taux effectifs étaient très supérieurs à ceux offerts par les titres anglais, et en outre de nombreux intermédiaires intervenaient, et opéraient comme underwriters ; c’est à dire, qu’ils souscrivaient d’abord eu nom propre les bons et ensuite ils les replaçaient à Londres, en gagnant des différences appréciables. Ils étaient comme les banques d’investissement d’aujourd’hui.

Quel fut le problème ?
 
Avant tout, on a négligé les finalités apparentes pour lesquelles on a pris les prêts. On projetait des travaux d’infrastructure, de colonisations, quelques industries. Dans le cas du Baring, il devait financer un port à Buenos Aires et beaucoup d’autres, que l’historiographie dominante inscrit dans l’ideal rivadavian. Mais, en réalité, avec ce crédit, on a commencé pour financer l’importation de manufactures anglaises, y compris du matériel de guerre, que le pays ne pouvait pas payer parce qu’il ne produisait pas d’exportations. Le prêt Baring a financé ensuite le déficit fiscal et la guerre avec le Brésil. Rivadavia, premier grand manipulateur du discours du libre marché en Argentine, a appliqué avec soin au début une prolixité fiscale. Ses discours étaient une apologie au non endettement et critiquaient d’autres nations latino-americaines, qui avaient des problèmes pour rembourser les dettes contractées. Mais lui-même a négligé tout ceci quand la fantaisie unitaire a cru avoir gagné la bataille par l’organisation nationale. Rivadavia est passé de gouverneur de la province de Buenos Aires à président, mais sans aucun consensus intérieur.

Quelle fut la relation avec l’Angleterre ?
 
A ce moment on menait de grandes affaires avec les Britanniques. Les projets de travaux publics avaient tous des gestionnaires anglais. Et apparaissent les compagnies minières célèbres, dans un boom de création de sociétés par actions, simultanées à l’essor des bons de dette publique. Cette euphorie a donné lieu à des escroqueries gigantesques par manque d’ expérience, de règlements et de contrôles. À l’abri de l’attraction produite par Potosí il y a eu un grand nombre d’entreprises minières fondées sur tout le continent. Le cas du Rio de La Plata était anormal, parce qu’il n’avait pas de précédents d’activité extractive significative. À Londres on a levé des capitaux avec des prospectus délirants. Il y a un rédigé de la main de Rivadavia lui-même, qui est dans des livres anglais (à l’école en Argentine cela n’est pas enseigné). Il y assurait que dans les pampas, après une pluie forte, quand l’eau nettoyait la poussière de la surface, on voyait les pépites d’or, qui étaient à portée de main. Il raconte même le cas d’une femme, qui alors que la pluie cessait est sortie de son rancho pour ramasser une pépite d’un poids étonnant.

Qu’arrivait -il avec le nord-ouest ?
 Les partisans de l’unité accordaient des concessions sur les territoires contrôlés par des caudillos locaux, sans l’accord de ceux-ci, où en effet il y avait des ressources minières, comme Catamarca ou la Rioja, mais qui étaient politiquement inaccessibles, outre les coûts élevés dus aux distances énormes. Un ingénieur anglais a voyagé à cheval six mille kilomètres et a fini par dénoncer que tout était du bluff. Quand l’aventure unitaire s’est terminée et que Manuel Dorrego repris la gouvernance de la province, on s’est trouvé avec une réclamation d’une compagnie anglaise pour 52.550 livres, une fortune pour l’époque. Il a qualifié toute cette affaire comme une "affaire mystérieuse". L’énumération que Dorrego fait dans son premier discours à la Législature en septembre de 1827 de l’héritage reçu de Rivadavia est impressionnante. La guerre avec le Brésil avait été militairement gagnée et perdue sur la table de négociations, entre d’autres choses par l’asphyxie économique provoquée par le blocus brésilien , empêchant des importations et par conséquent la collecte douanière.

De quoi vivait l’État ?
 
Du prêt Baring. Mais au moment où Dorrego fut au pouvoir, les intérêts de la dette équivalaient à 120 % de la collecte, et le déficit triplait celle-ci. Le défaut était inévitable, et avec une grande réorganisation des dépenses et un effort de perception ça permis à Dorrego d’équilibrer les comptes. La dénonciation que celui-ci a faite des liens entre des dirigeants locaux et des négociants anglais lui a valu la haine du noyau rivadaviano, qui complotara pour le coup d’état de décembre 1828 en faisant valoir d’une armée humiliée, qu’avait faim, habillée avec des uniformes défaits, devant recourir au prélèvement sur le territoire de la Bande Orientale et brésilienne pour manger. Mais les rivadavianos ont été capables de dévier la faute vers les fédéraux et Dorrego, à qui est revenu de décider la paix et de recevoir ces combattants. Ce 13 décembre Dorrego fut fusillé par ordre Juan Lavalle, après sa capture dans les champs de Navarro par une trahison. Parmi ceux qui ont intercédé pour Dorrego, il y avait le consul des Etats-Unis, où il avait vécu un exil de presque six ans, à Baltimore. Dorrego a dû connaître là en détail la manière selon laquelle on construisait le fédéralisme américain et l’État. Avec son décès on a raté la possibilité d’une Argentine très différente. C’était le chef fédéral civilisé, avec une vision de la construction nationale et y compris magnanime, parce qu’il n’a pas poursuivi ses adversaires. Sa disparition a abouti à la promotion de Rosas, qui représentait tout le contraire.

Et la dette ?
 Rosas a payé quelque chose, mais seulement en 1866, on a élaboré une reprogrammation à plus de 30 ans, bien qu’avant d’atteindre ce délai s’est developpée une nouvelle bulle, qui exploserait en 1890. Trente années auparavant, dans les années 60, les marchés paraissaient avoir déjà oublié les catastrophes de la dette latino-americaine des années 20. Et ils encourent à nouveau de nouveaux manques de mémoire périodiques, comme nous savons.

Bons d’un pays irréel

L’enthousiasme spéculatif dans la ville londonienne autour de 1820 était tel qu’ on a même pu placer un prêt à une république latino-américaine inexistante. Tout a été l’ oeuvre de l’Ecossais Gregor Mac Gregor, qui avait combattu au service de Bolivar, mais fini par être expulsé par celui-ci, après que, en apportant un navire de guerre depuis l’Angleterre par ordre du libertador, au lieu de naviguer vers le Venezuela il s’est dévié de sa route pour bombarder des positions espagnoles.

Mac Gregor après son exil s’est allié avec le cacique des Indiens mosquitos, qui lui a accordé une concession sur une partie de la Côte des Mosquitos. Là, il a fondé la curieuse République de Poyáis, un espace vide qui, évidemment, avait besoin d’investissements. Avec la collaboration d’un broker londonien il a placé une émission de bons. Plus encore : depuis Londres, est partie une expédition de colonisateurs, qui au bout de leur traversée ont débarqué dans une terre tropicale, sauvage et inhospitalière. Quelques expéditionnaires se sont suicidés, tandis que Mac Gregor s’enfuyait en France, d’où il passait à Edimbourg.

Après le décès de Simon Bolivar en 1830, il est retourné au Venezuela, où il a obtenu une modeste pension de l’État. À Caracas on l’inscrit dans le Panteón des Héros pour sa contribution à l’indépendance.

Página 12, 21 mars le 2004

Traduction pour El Correo : Estelle et Carlos Debiasi
Traduction pour El Correo

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