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25 janvier 2015

Un « Nouveau Manifeste » des économistes atterrés

par Estelle Leroy-Debiasi *

 

Les économistes atterrés dénoncent dans un « Nouveau Manifeste » les ravages des politiques libérales qu’on impose aux citoyens européens. Quatre ans après leur premier ouvrage, les atterrés le sont toujours autant.

Les leçons de la crise n’ont pas été tirées, pire en Europe, les politiques à l’origine de la crise ont été renforcées. « Notre premier manifeste avait donné l’alerte en 2010 : la poursuite et l’approfondissement des politiques néolibérales conduiraient à des régressions sans fin. Nous y sommes », soulignent les économistes atterrés.

Il s’agit bien cette fois de dépasser le constat de l’échec des politiques libérales, même si nombre d’États persistent à les appliquer. D’autres voies sont possibles, parmi leurs propositions, la transition écologique tient une bonne place. Quinze thèmes sont développés dans ce « Nouveau Manifeste », qui sont autant de chantiers pour trouver des voies alternatives, et cinq convictions tissent la cohérence de leur approche : la démocratie, l’égalité, l’intervention publique, l’initiative des citoyens et l’écologie.

« L’écologie ne doit plus être un supplément d’âme. Elle constitue la nouvelle frontière de nos sociétés et donc de nos économies », estiment-ils. Si l’écologie représente leur premier chantier, car c’est une « nouvelle frontière », le développement durable irrigue tout l’ouvrage. « La relance de l’activité ne peut se faire indépendamment des nouveaux objectifs environnementaux, écrivent-ils. Au contraire, elle doit les intégrer comme des priorités ».

Les transports collectifs, les énergies renouvelables et la rénovation des bâtiments et des zones urbaine, les modes de consommation plus durables, et surtout ne pas faire l’économie de repenser l’entreprise, ses modes de production ainsi que sa finalité. Changer de gouvernance en entreprise, refonder la structure, les critères de gestion, les droits des salariés, changer de logique de rémunération en découle.

Parmi les principaux autres chantiers, il y a nécessairement le fait de replacer l’égalité au cœur de l’économie : d’autant que les inégalités qui n’ont cessé de progresser ces dernières années et de surcroît, elles ne sont pas efficaces économiquement. Il faut aussi réinventer la politique industrielle, et la doter d’instruments efficaces, à savoir, par exemple, élargir et étendre les moyens de la Banque publique d’investissement (BPI) mais aussi créer un fonds souverain à partir des actifs de l’Agence des participations d’Etat et des ressources de la Caisse des Dépôts. Ils « constitueraient le premier noyau d’un pôle financier public qui aurait vocation à faciliter l’accès au crédit des PME, mais aussi à fournir des fonds propres et du capital-risque pour des projets innovants s’inscrivant dans la transition écologique ».

La transition écologique a un coût cout estimé à 3%, il faut donc notamment se tourner vers la fiscalité écologique et sociale. Et par la même occasion réhabiliter la dépense publique, et repenser en associant les citoyens à son évaluation et à sa gestion et protection sociale. Quant à la fameuse dette publique, il s’agirait de cesser de la diaboliser. Et de la définanciariser ; il est temps de domestiquer la finance, de procéder à cette attendue séparation entre banques de détail et banques d’investissement, de mettre en place un contrôle des nouveaux produits financiers.

Quant à la monnaie dans une Europe où toute marge de manœuvre nationale semble exclue de ce point de vue, elle doit être remise au service de l’économie, ce qui suppose de modifier les objectifs et le rôle de la BCE, de changer l’euro, de mettre à plat les traités européens, et revoir les règles qui régissent les échanges internationaux.

Enfin, ultime chantier, et non des moindres, celui de comptabiliser autrement le développement, à savoir de ne pas s’arcbouter sur le taux de croissance du PIB et d’accepter de piloter l’économie également avec des indicateurs sociaux, écologiques.

Ce Nouveau Manifeste n’apportera peut être pas toutes les solutions attendues, mais son premier objectif, à savoir d’ouvrir le débat, d’abord chez les citoyens, afin qu’ils s’en saisissent, et qu’ils ne subissent pas la fatalité néolibérale, est tenu.

E.L-D pour El Correo. Paris, 23 Janvier 2015.

« Nouveau Manifeste des économistes atterrés », éditions LLL Les liens qui libèrent. 155 pages, 10 euros. Janvier 2015.

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