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18 février 2019

L’opposition chercherait à exercer le pouvoir depuis un espace géographique stratégique

Táchira, une porte clef d’entrée au Venezuela

par Marco Teruggi

 

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En parcourant la frontière on trouve la Force Armée Nationale Bolivarienne (Fanb) mobilisée, vigilante, en première ligne. Du côté colombien, Cúcuta se construit comme l’épicentre de l’arrivée de l’aide envoyée par les États-Unis d’Amérique.

Le premier pas a fut le gouvernement parallèle. Il a commencé en 2017 avec la Cour Suprême de Justice fonctionnant à l’extérieur du Venezuela, suivi de la Procureur Générale fugitive, complété avec la reconnaissance de l’Assemblée Nationale comme unique pouvoir légitime, et l’auto nomination de Juan Guaidó comme président intérimaire le 23 janvier. Le deuxième pas fut la reconnaissance internationale du gouvernement, conduit par les États-Unis (EU), leurs alliés, la nomination de représentants diplomatiques et de dirigeants pour Citgo, la raffinerie pétrolière située aux Etats-Unis de qui Pdvsa est l’associée majoritaire et qui a été l’objet de l’attaque économique planifiée par les Etats-Unis. L’hypothèse est que le troisième pas serait le territoire.

Cette possibilité se détache d’une périodisation de l’attaque contre le Venezuela. Il existe un fil conducteur avec des objectifs déjà atteints, et d’autres qui sont en développement, et en fonction des résultats, de nouvelles possibilités. C’est un casse-tête où se croisent les variables du Manuels d’Opérations Spéciales de l’Armée des Etats-Unis, des expériences comme le cas syrien et libyen, et l’application pour le scénario vénézuélien.

L’hypothèse du territoire libéré vient de la nécessité qui aurait la tentative de gouvernement parallèle d’exercer un pouvoir depuis un espace géographique déterminé qui ne soit pas les réseaux sociaux, et de fracturer le territoire national. Pour cela ils ont passé en revue quelques endroits, comme l’Etat de Falcon, à cause de sa distance de vingt milles nautiques d’Aruba et de la présence de la raffinerie de Amuay. L’Etat de Anzoátegui, pour avoir un port, un aéroport, et le complexe pétrochimique où est raffiné 40 % du pétrole de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque, et l’Etat de Táchira. C’est l’explication de Freddy Bernal, nommé protecteur de Táchira par Nicolás Maduro après la victoire de l’opposition au gouvernement.

Táchira est le point qui semble avoir prédominé dans ces possibilités. A cause de sa frontière avec la Colombie et de ses caractéristiques géographiques, la Colombie membre associé de l’OTAN, avec les bases militaires étasuniennes dans son territoire, une arrière-garde stratégique, l’appui de forces d’intervention, et la présence des paramilitaires qui ont une force particulière dans cette frange. L’analyse est réaffirmée par la lecture des matrices communicationnelles, la construction de Cúcuta comme épicentre de l’arrivée de l’aide humanitaire, le point de consolidation du consensus avec le concert le 22 février, et à partir duquel on tente d’armer le scénario d’ouverture d’un corridor à partir du 23.

Quelle distance y a-t-il entre cette hypothèse – si c’était la correcte et celle qui domine – et les réelles possibilités de la soutenir ? La première question serait avec quelles forces armées pourraient-ils le faire ? Les Forces Armées Nationales Bolivariennes (Fanb), carte déterminante dans le schéma d’assaut, ne se sont pas fracturées ni au niveau central ni à Táchira. Un parcours frontalier montre une Fanb mobilisée, vigilante, en première ligne. Si ce n’est pas la Fanb, alors cela devrait être fait avec une armée irrégulière, paramilitaire c’est-à-dire composée d’un ensemble d’éléments, comme des mercenaires formés dans des guerres du Moyen-Orient, des groupes paramilitaires, des bandes criminelles, une armée colombienne présentée en forme de guarimba [1] paramilitarisée, et des généraux US dans l’ombre.

Combien d’hommes et de femmes et quel type d’armes devraient-ils avoir pour libérer une municipalité, une zone d’un Etat, la moitié de d’un Etat, ou la totalité d’un Etat ? Qu’est-ce qui suivrait après ? Libérer signifie maintenir sous contrôle, un schéma différent de celui de 2017 dans son format guarimba paramilitarisée qui consistait en vagues de violence/terreur et attaques militaires focalisées sur des casernes, par exemple. Ce format impliquerait que ni le gouvernement, ni le Fanb, ne puissent récupérer ce territoire. Des conditions existent-elles pour un schéma avec ces caractéristiques ?

« Nous avons la capacité de renseignement, et la Fanb, avec la capacité de mettre en déroute tout groupe dès l’instant qu’il traverse la frontière pour perturber la paix et la tranquillité du Venezuela. La force aérienne vénézuélienne est une des plus fortes d’Amérique Latine, avec un récent équipement en avions Sukoi, d’une haute technologie et de dernière génération. Le système de défense antiaérienne que Chavez a acheté à la Russie est des meilleurs qui existent sur tout le continent, avec la capacité de neutraliser des missiles et des avions de toute technologie jusqu’à 200 kilomètres, et bien sûr notre Fanb a un support opérationnel qui est déployé en long et large du pays », explique Bernal.

À côté de cela, sont préparés plus de un million cinq cent mille miliciens et miliciennes, dont cinquante-six mille sont répartis dans mille cent unités, dans le Táchira.

Peut-être que cette hypothèse n’est pas celle qui domine par sa difficulté à la mettre en œuvre dans le scénario vénézuélien. Dans ce cas la frontière serait le point de condensation médiatico-politique pour finir de façonner la matrice de l’impossibilité du dialogue face à un gouvernement qui ne laisserait pas rentrer l’aide humanitaire, et à partir de là, jouer l’escalade pour de nouvelles agressions qui pourraient être justifiées sur des faits créés. Dans cette ligne, on peut penser à une action de faux drapeau, à fort impact international, construite pour justifier et pour passer au-dessus de ceux en interne qui freinent l’escalade militariste.

« Les États-Unis, en connivence avec le gouvernement de la Colombie, pourraient déguiser des paramilitaires avec des uniforme du Venezuela, et réaliser un acte contre la population, contre quelques adversaires, et ensuite auraient les caméras pour démontrer au monde qu’ici il y a une dictature qui assassine son peuple, et ce serait l’excuse pour pouvoir porter le sujet au Congrès des États-Unis » explique Bernal.

Une autre possibilité serait que l’Etat de Táchira soit le foyer de distraction tandis que les attaques sont préparées sur d’autres flancs avec moins de préavis. Bolivar, Zulia, ou même Caracas ? Ou que des forces paramilitaires s’activent sur un schéma d’actions de sabotage, de terreur, de siège, en combinaison avec des actions internationales. Nous sommes dans un assaut conduit de première main par des hommes comme Elliott Abrams ou John Bolton, architectes de massacres, qui ont toutes les cartes sur la table. Chaque variable écartée, par l’impossibilité de la développer, ou par le désamorçage grâce au service de renseignement du chavisme – comme l’arrestation de García Palomo, qui allait conduire des actions militaires Caracas – fera qu’ils ont recours à des hypothèses plus complexes et directes. Peut-on arriver ainsi jusqu’à l’intervention directe via la Colombie ?

Les interrogations sont nombreuses, l’exercice de combinaison de variables, de possibilités, d’analyse des généraux, leurs forces dans chaque enceinte, leurs limites ou non. Pour le moment l’asymétrie entre la corrélation médiatico/géopolitique/économique et la corrélation sur le terrain national se poursuit. Guaido, qui suit des ordres, mélange un discours d’auto aide, de foi et de putschisme qui pose ouvertement que l’intervention des États-Unis est une possibilité. Il n’a pas, ni lui ni toute la droite, comment mettre en œuvre ce qu’ils affirment avec leur propre force.

Le chavisme conserve pour sa part ses forces, qui n’ont pas été brisées, dans l’attente des prochains pas dans chacun des domaines. Le 23 c’est la prochaine date de condensation et de nouvelles brèches possibles dans la séquence. Cela dans le public. Les mouvements dans les ombres avancent, comme l’a dénoncé, par exemple, Cuba après avoir affirmé que des Etats-Unis déplacent des forces d’opérations spéciales vers des aéroports de Puerto Rico, de la République Dominicaine et d’autres îles des caraibes sans que leurs gouvernements en aient connaissance.

Marco Teruggi* pour PáginaI12

PáginaI12. Desde Táchira, Venezuela, le 18 février 2019

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, le 18 février 2019

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Notes

[1Le terme guarimba est originaire du Venezuela et sert à désigner une manifestation violente avec usage d’armes et de barricades, marquée par de nombreux actes de vandalismes.

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