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9 septembre 2003

Les argentins doivent réfléchir à la société qu’ils souhaitent

par Carlos Gabetta

 

Décadence et Société

… Le fantasme de Menem hante l’Argentine. Il n’est pas inoffensif ou comique comme le Benito de la petite histoire, mais effrayant, c’est un spectre plein de pustules. Le Riojano n’ est pas seulement l’archétype d’une société, mais le symbole vivant d’une société qui a au cours des 25 dernières années décidé d’abandonner le terrain du symbole pour s’assumer dans la réalité…

Menen a marché sur les traces, d’un point de vue économique de José Alfredo Martinez de Hoz… Et dans sa majorité la société argentine le fêta et l’adula, elle s’est nourrie des miettes de l’orgie financière et les a dépensées à Miami ou Punta del Este, pendant que les travailleurs devaient accepter l’entrée de spéculateurs privés dans leurs caisses de retraites, qu’on oubliait les chômeurs. Durant la dictature cette majorité a regardé de l’autre coté quand ils commettaient des crimes et a accepté la coupe du monde…

L’histoire récente : une gauche opportuniste qui se hisse sur des perspectives de liberté, d’égalité , de souveraineté de cette autre société minoritaire mais nombreuse qui aspire à former à une république et à une nation digne de ce nom…Une des explications possibles de l’incapacité du progressisme à élaborer une alternative unitaire que réclame la situation actuelle, c’est justement un gaspillage d’énergie et d’espoirs que génèrent le Frepaso et l’Alliance…

Ce pays qui tout au long de son histoire fut le plus égalitaire de toute l’Amérique Latine, produit par an de quoi nourrir 300 millions de personnes, oblige des centaines de milliers d’habitants de ses villes à faire les poubelles pour se nourrir. Un pays qui est supposé avoir un système éducatif et de santé parmi les plus démocratique et efficient du monde, affiche aujourd’hui des taux d’analphabétisme et de mortalité infantile digne des pays les plus attardés. La recherche scientifique et technique est quasiment paralysée et a perdu des années. Si le système survit c’est grâce à une espèce d’inertie historique et au sacrifice de milliers d’instituteurs et de professeurs qui sont payés un salaire de misère… <

Faut-il insister sur la situation économique ? Il faut signaler quelques éléments -que la société a permis- qui compromettent sérieusement le futur du pays. Ils ont aliéné dans de mauvaises conditions les biens nationaux stratégiques, le pétrole, le gaz, les entreprises qui ont une mission sociale comme la distribution de l’eau, de gaz, d’électricité, les transports, ont démantelé les transports ferroviaires, réformé l’exploitation de la pêche, de telle façon que le merlu a quasiment disparu, ils ont privatisé le système de retraite et même la fabrication des documents d’identité. La petite et moyenne entreprise est en voie d’extinction - même si elle profite de la chute des importations- avec la baisse de la demande. Comme au 19 siècle et au début du 20 ème, le pays est retourné vivre de la campagne. Mais celle ci aussi appartient aux investisseurs étrangers, et surtout la production argentine s’est emballée vers les dangereux OGM.

Alors que dire des institutions, le pouvoir judiciaire, législatif, exécutif, les forces militaires et de sécurité, les partis politiques, les syndicats, les entreprises forment un véritable entrelacs mafieux, prémoderne, un furoncle culturel… ils ne sont rien de plus que le reflet des attitudes quotidiennes de la majorité, de sa permissivité et de son indifférence quand ce n’est pas de la complicité. Le policier qui oublie une amende de 5 pesos n’est pas pire que les millions d’automobilistes qui violent toutes les règles tout le temps…

Et nous voilà au seuil des élections présidentielles qu’il faut, malgré le coté décevant des propositions, prendre très au sérieux pour une simple raison : ou le pays commence à changer de cap … ou dans un laps de temps très court, il faudra oublier l’Argentine que chacun d’entre nous aime, et que du moins nous connaissons. C’est ce point que les forces politiques et démocratiques n’ont pas compris. Quelques uns ont pris le « que se vayan todos - qu’ils s’en aillent tous » au pied de la lettre, imaginant une révolution imminente, oubliant que pour avoir évalué ainsi des faits beaucoup plus massifs et de conscience comme El cordobazo, une génération entière s’est égarée du chemin politique. D’autres se font peur devant la perspective que ceux sur qui ils s’appuient soient renvoyés. Au total ils resteront tous et c’est fort probable que l’un d’eux va revenir gouverner le pays. Dans cette confusion, le seul qui définit clairement son projet c’est Menen. A l’insécurité, des forces armées dans la rue ; pour l’économie, la dollarisation ; aux relations internationales, partager encore une fois le lit des Etats-Unis ; pour le commerce extérieur, l’Alca ; des problèmes avec l’opposition au congrès, un gouvernement par décrets. Une vulgaire et explosive république bananière. La société va t-elle encore approuver ce type de projet ? Tout paraît indiquer que la majorité a changé d’air mais l’offre électorale devant cette perspective est si diverse qu’au second tour il pourrait arriver comme aux Français et se voir obliger de se laisser violer par Frankenstein pour que Dracula ne vienne pas leur sucer le sang. Mais compte tenu de ce qu’on a dit, cela semblerait bien mérité. Mais les temps qui rythment la conscience et de l’organisation sociale sont plus lents que celui qui s’écoule entre deux élections, ce qui explique la dispersion actuelle. Ni le pays , ni le monde, n’est celui de 90, aucun politique sans scrupule comme Menen ne pourra agir encore une fois comme il l’a fait… Mais, il faudra que la société argentine qui approuva ou toléra tant d’absurdités et d’ignominie en tire la leçon. Si c’est le cas, il se peut que les élections, avec tout et malgré tout signent le commencement de la fin de la décadence. »

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