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6 septembre 2019

Deux procureurs ressuscitent le « Stay-Behind » de l’OTAN

Les vieux affaires du terrorisme atlantiste

par Rafael Poch de Feliu*

 

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Robert Harkavy et Patrik Baab, auteurs d’un livre intéressant sur trois actions des services secrets, estiment que l’assassinat du Premier ministre suédois Olof Palme, survenu il y a 33 ans, pourrait être clarifié. Dans un entretien avec NachDenkSeiten Baab , il explique que pour la première fois, le procureur général suédois, un vétéran proche de la retraite, Krister Petersson, est déterminé à enquêter sérieusement sur la question.

Palme a été tué dans la nuit du 28 février 1986 à la sortie d’un cinéma à Stockholm. Un homme,qui se tenait derrière Palme et sa femme, a tiré une seule balle mortelle sur le Premier ministre et a disparu discrètement. L’hypothèse officielle du meurtrier solitaire est relativisée par certains mouvements de personnes avec des « talkies-walkies » dans les environs, ainsi que par le fait que la décision des Palme d’aller au cinéma était presque improvisée, et ne pouvait être connue que par ceux qui auraient écouté son téléphone. Selon Baab, le procureur général Petersson croit en quelque chose de plus réaliste : l’action d’un professionnel ayant une formation militaire et l’implication des services secrets locaux. En suède ?

On a généralement une idée un peu floue de la Suède. A coté de personnalités comme Palme et sa tradition de social-démocratie incisive, le pays présente les mêmes aspects sombres que tout autre pays européen. Il n’était pas membre de l’OTAN, mais avait son propre contingent du réseau Gladio, -« Glaive » en italien- ( Stay Behind ) [Les armées sécrètes de l’Otan]. Il semble que Petersson ait enquêté dans trois directions, plus complémentaires qu’exclusives, qui entourent cette affaire.

- Premièrement, l’Affaire Iran-Contras par laquelle Ronald Reagan a contourné le Congrès en livrant des quantités considérables d’armes à l’Iran par l’intermédiaire de pays tiers, dont la Suède. Palme s’est opposée à cette affaire.
- Deuxièmement, le 28 février 1986, il manquait trois semaines à Palme pour se rendre à Moscou. Il devait négocier une zone dénucléarisée en Europe centrale et une Scandinavie neutre avec Mikhaïl Gorbatchev. L’ancien dirigeant soviétique a toujours considéré que « il ne fait aucun doute que c’était un meurtre politique, car il menaçait des intérêts très puissants en faveur du maintien de l’état des choses ». La stratégie de l’OTAN considérait la neutralité scandinave comme un danger.
- Troisièmement, Palme était un fervent adversaire du régime raciste sud-africain. Son pays a été le premier donateur du Africain National Congress (ANC) de Nelson Mandela. Les documents du régime indiquent clairement qu’il était considéré comme un ennemi. Les trois aspects, ensemble ou séparément, rendent une attaque atlantiste plausible. Et il semble que le procureur Peterssen enquête sur les trois lignes. C’est son dernier travail et il semble vouloir aller jusqu’au bout, déclare Baab, co-auteur du livre mentionné.

En attendant, au Luxembourg ...

Et autres nouvelle sur le même front du terrorisme nord-atlantique (ne vous attendez pas à des références dans la presse conventionnelle qui n’ont jamais mentionné cette sensationnelle affaire) : le bureau du procureur du luxembourg a annoncé cet été qu’il accusait neuf personnes, six policiers et trois enquêteurs dans l’affaire connue sous le nom de Bommeleeër.

Entre le 23 janvier 1984 et le 25 mars 1986, 20 attentats à la bombe ont été perpétrés au Luxembourg, sans faire de victimes, et sept vols d’explosifs et de matériel électronique ont été commis pour les faire détoner. Quelque chose de jamais vu dans ce petit pays, paradis fiscal et oasis européen de paix sociale et violence politique. Des bombes sans raison apparente ni revendication ; contre les poteaux de télécommunication, le radar de l’aéroport, la piscine olympique du Kirchberg, le quartier des institutions européennes, à l’occasion d’un sommet européen, dans les bureaux des juges et au siège de la police, dans une usine de gaz, contre le palais de justice ... attentas réalisés de façon professionnelle, sans honte quant à leur audace. Cette vague inhabituelle a duré deux ans et trois mois. Et cela a donné lieu à un procès sans précédent, le procès du siècle, le procès Bommeleeër, littéralement « poseur de bombes ». Les accusations portées contre les neuf sont un signe - et non une certitude - que ce procès bloqué pendant quatre ans pourrait reprendre. Le lien avec Peterssen est qu’ici aussi on devine l’ombre de l’OTAN et de son Gladio/Stay-Behind.

Les GAL de l’OTAN

Dans les années 1980, le plan militaire soviétique en Europe en cas de troisième guerre mondiale était clair et connu : il fallait établir ses divisions blindées dans le Pas de Calais en 36 heures. En 1990, lors d’une rare visite journalistique dans la division blindée Taman stationnée dans le village de Kalininets, dans les environs de Moscou, même son commandant, le général Valeri Marchenkov, n’a pas caché ce scenario de Blitzkrieg écrit après la guerre : une avancée écrasante vers l’ouest des divisions blindées stationnées en Allemagne de l’Est, en Pologne et en Europe centrale et l’occupation de la majeure partie de l’Europe occidentale. (Quand j’ai entendu une telle fanfaronnade de la part de ce général, je pensais à un autre scénario : l’ordre d’attaque de Moscou arrive, dans les bases en Pologne, les soldats polonais embarquent dans leurs véhicules blindés mais les chars ne démarrent pas car ils sont à sec. Les officiers ont vendu de l’essence sur le marché noir à des marchands polonais ...)

L’OTAN, dont les troupes conventionnelles en Europe étaient numériquement inférieures à celles du pacte de Varsovie, a également assumé ce scénario initial de l’adversaire. Depuis les années 1970, il prévoyait une réaction nucléaire tactique principalement en Allemagne, la Air-Land battle (Aéroterrestre), mais bien avant une autre ressource fut mise au point, le dit « stay behind » : un réseau secret de guérilla organisé pour le sabotage, avec ses cellules, ses cadres et ses dépôts d’armes, prêt à être activé dans une Europe occidentale occupée par les Soviétiques dès la guerre déclarée.

L’histoire de « stay behind », une structure clandestine au sein de l’OTAN, a été reconnue même par le gouvernement allemand, qui prétend avoir dissous son propre groupe, composé de cent hommes, à la fin de la guerre froide en 1991. Dans les années soixante, soixante-dix, quatre-vingt-dix, ce réseau fut utilisé à des fins politiques, utilisant des éléments de l’extrême droite européenne, pilotés par les services secrets US avec la collaboration de leurs homologues européens. Dans le cadre de la « stratégie de tension », ses objectifs étaient variés : créer ou infiltrer des groupes armés d’extrême gauche conçus pour discréditer les mouvements sociaux, mener des attaques pour déstabiliser les gouvernements et favoriser des réactions, les pressions préventives en faveur de changements jugés menaçants ...

C’est en Italie qu’on est allé le plus loin dans la connaissance du réseau local de « stay behind », connu sous le nom de Gladio. Reconnu par le Premier Ministre Giulio Andreotti en août 1990. L’enquête du Sénat italien sur le réseau a conclu en juin 2000 que « ces massacres, ces bombes et actions militaires (491 morts et 1 181 blessés en 18 ans) ont été organisés, ou promus ou soutenus, par des hommes au sein des institutions de l’État italien et, comme cela a été découvert plus récemment, par des hommes liés aux structures de renseignement des États-Unis d’Amérique ».

En Belgique, le « stay behind » est lié à la vague d’attaques inhabituelle et inexpliquée dans le pays entre 1983 et 1985, connue sous le nom de Tueries de Brabant (28 morts et 40 blessés). Les attaques ont été attribuées en partie à un groupe fantôme, les Cellules communistes combattantes (CCC), composées d’activistes d’extrême droite. Leurs armes et leurs explosifs provenaient du vol commis lors d’une opération d’entraînement clandestine des forces spéciales US à Vielsalm, en Belgique, le 13 mai 1984, dans lequel un gendarme belge avait été grièvement blessé. Le procès de ces événements est enlisé en Belgique depuis des années.

[Lucien] Dislaire, militant d’extrême droite et ancien mercenaire belge au Katanga (ancien Congo belge), a avoué avoir été engagé par les Etasuniens pour transporter le commando dans l’action de Vielsalm. Dislaire a également collaboré à la réalisation d’attentats au Luxembourg. C’est un lien, entre autres, qui relie l’intrigue du « stay behind » à la série luxembourgeoise.

Rafael Poch de Feliu * pour son Blog personnel

Blog personal. Catalunya, le 5 septembre 2019

* Rafael Poch-de-Feliu (Barcelone, 1956) a été durant plus de vingt ans correspondant de « La Vanguardia » à Moscou à Pékin et à Paris. Avant il a étudié l’Histoire contemporaine à Barcelone et à Berlin-Ouest, il a été correspondant en Espagne du « Die Tageszeitung », rédacteur de l’agence allemande de presse « DPA » à Hambourg et correspondant itinérant en Europe de l’Est (1983 à 1987). Blog personnel. Auteur de : « La Gran Transición. Rusia 1985-2002 » ; « La quinta Alemania. Un modelo hacia el fracaso europeo » y de « Entender la Rusia de Putin. De la humiliación al restablecimiento ».

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, le 6 septembre 2019

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