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10 octobre 2012

Ces relents « golpistes » qui menacent la démocratie argentine

par Estelle Leroy-Debiasi *

 

Des relents golpistes investissent sournoisement la vie publique argentine. Même si l’opposition explique que justement le gouvernement actuel joue sur cette corde pour se défausser de ses responsabilités, il n’en reste pas moins que les tentatives de déstabilisation se multiplient. Il ne s’agit pas là du rôle habituel d’une opposition, critique et aspirant au pouvoir lors de prochaines élections ; il y là une volonté plus insidieuse de susciter ce qui –avec une aide extérieure –pourrait s’avérer un coup de force. Pas militaire au sens propre, non, plutôt une déstabilisation fatale comme au Paraguay, Honduras, ou les tentatives échouées en Equateur ou en Bolivie ces dernières années.

Les tensions générées le sont par des groupes ayant du pouvoir, médiatique ou économique notamment, qui ne supportent pas la mise en place de lois qui pourraient contrarier leurs intérêts et qui ne cessent de crier au « déni de démocratie », à l’ « omniprésence d’un gouvernement autoritaire » dans un pays où pourtant les citoyens se rendent aux urnes régulièrement et ont voté majoritairement pour le chef d’Etat en place.

Les formes prises sont diverses : de la manifestation sans revendications affirmées, où se trouvent pêle-mêle des sujets qui vont du contrôle des changes comme preuve du déni de démocratie, à la dénonciation de la loi sur l’avortement témoin d’une perte de morale du dit gouvernement, à, il y a quelques jours à peine une protestation salariale de gendarmes, fortement relayée par la presse d’opposition, où les protestataires -coupant les rues- appellent d’autres forces de sécurité à les rejoindre, dans un geste de défiance face au gouvernement- ce qui n’est pas anodin dans un pays comme l’Argentine- et de plus reçoivent le soutien de la très conservatrice La Rural (les grands exploitants terriens), ce qui au-delà de la revendication salariale devient un fait politique.

Une sorte d’intoxication, qui génère l’utilisation d’un vocabulaire particulier, déstabilise, décrédibilise, nie la représentativité du gouvernement élu. Des médias dominants comme le groupe Clarin qui ne supportent pas l’idée qu’une loi puisse éviter la concentration exagérée des médias, loi qui existe tant en France qu’aux Etats-Unis. Des groupes de l’oligarchie économique qui impulsent une bronca anti-gouvernementale, au point de jouer contre le peso, la monnaie nationale, au point de ne pas voir le bénéfice d’une reprise par le pays de sa souveraineté sur le pétrole plutôt que devoir l’importer. De la violence verbale mais pas de programmes en construction en vue des prochaines élections, pas de leader d’opposition politique, mais un groupe de franc-tireurs qui tirent sur tout ce qui bouge. Pourquoi ne s’organisent-ils pas derrière un programme, un projet, un leader, selon le jeu normal de la démocratie ?

Des propos haineux, infamants, diffamants contre le gouvernement circulent. Il n’y a pas de loi contre la diffamation de presse en Argentine, alors que de tels propos seraient passibles des tribunaux en France. Pas de propositions, pas de revendications. Que veulent- ils alors ? Faire tomber le gouvernement ? Une nébuleuse qui fait des coups, des opérations à répétition, un travail de sape de bas étage. Là commence le poison de la contre démocratie. Les relents de « golpisme » deviennent menaçants. « Un golpisme sans sujet » comme l’écrit le sociologue Horacio González en Pagina/12 (El golpismo sin sujeto).Peut être pire, car plus sournois, qu’un coup d’état en bonne et due forme. Et les vraies forces d’opposition devraient se saisir de la question car elles en seront aussi les victimes, et il y a là un vrai danger pour la démocratie.

Estelle Leroy-Debiasi pour El Correo

El Correo. Paris, le 10 octobre 2012.

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