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8 avril 2020

Boaventura de Sousa Santos : « l’invasion du Venezuela par les États-Unis semble imminente ...

par Boaventura de Sousa Santos *

 

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Une déclaration de Boaventura de Sousa Santos sur la situation dangereuse dans laquelle le Venezuela se trouve face à ce qui semble être des préparatifs impérialistes pour une intervention militaire. Boaventura Sousa Santos critique également les ambiguïtés du gouvernement espagnol et la position désastreuse de l’Union européenne.

À une époque où le monde entier se concentre sur la pandémie du Covid-19, plusieurs voix dénoncent les mouvements militaires des États-Unis contre le Venezuela. Bonaventura de Sousa Santos, docteur en Sociologie du droit de l’Université de Yale et professeur à la retraite se joit à ces avertissements, sous le prétexte de « manœuvres militaires » à la frontière vénézuélienne-colombienne. Dans le même temps, moins d’une semaine après que le ministère US de la Justice ait accusé le président Nicolás Maduro de trafic de drogue, mettant un prix à sa capture dans le plus pur style de l’ancien Far West, ainsi qu’à une douzaine de hauts fonctionnaires ou d’anciens fonctionnaires de ce pays, le gouvernement Donald Trump a annoncé mercredi dernier le début d’une « opération anti-drogues » élargie qui a entraîné une augmentation significative des forces militaires dans la mer des Caraïbes, près des côtes du Venezuela. Ces « manœuvres » comprennent des navires de guerre, des avions espions et des milliers de soldats.

La mission du contingent serait de réduire l’entrée de drogues illicites aux États-Unis et le soutien financier qu’il apporte au « régime corrompu » ou « aux fonds nécessaires pour mener à bien ses activités perverses », selon les mots du conseiller à la Sécurité Nationale de la Maison Blanche, Robert O’Brien.

Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Jorge Arreaza a accusé l’exécutif de Trump de détourner l’attention de la crise des coronavirus et d’attaquer le Venezuela avec infamie et menaces. Les derniers chiffres de la pandémie ont grimpé aux États-Unis 337 mille cas confirmés à ce jour et près de dix mille sont morts du Covid-19. Les États-Unis d’Amérique - avec un système de soins de santé coûteux, privatisé et inefficace - deviennent l’épicentre mondial de la maladie. L’administration Trump a suspendu les vols en provenance d’Europe depuis un mois. Le président a déclaré l’ urgence nationale pour lutter contre le virus et a prolongé les mesures contre le Covid-19 jusqu’au 30 avril.

Dans ce contexte, le déploiement militaire a lieu après les accusations citées de trafic de drogue. « Nous savons que c’est un prétexte, comme l’invasion de l’Irak était un prétexte », explique Sousa Santos, ajoutant que :

« Les Nations Unies ont montré, rapport après rapport, que le problème de la drogue vient de la Colombie, pas du Venezuela, qui a un rôle très marginal dans le commerce de la drogue. 90% de la cocaïne pure arrive aux États-Unis depuis la Colombie, cela n’a rien à voir avec la guerre contre la drogue. »

L’intellectuel de renom dans le domaine des Sciences Sociales pointe le « déclin de l’économie des Etats-Unis » face à la Chine » et la « guerre du pétrole entre la Russie et l’Arabie Saoudite », qui a fait baisser le prix du pétrole. Dans ce contexte, il souligne la nécessité urgente pour les États-Unis d’accéder au pétrole et aux autres ressources naturelles du Venezuela, et « c’est le pourquoi de cette invasion, ce n’est pas autre chose ».

Le Gouvernement russe a également signalé son rejet des manœuvres politiques étasuniennes contre le Venezuela, au milieu de la lutte à laquelle le pays sudaméricain est confronté pour le Covid-19. « Washington essaie de profiter de la situation du Covid-19 pour frapper définitivement le Venezuela », a déclaré la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zajarova, faisant référence aux accusations de trafic de drogue contre l’exécutif vénézuélien. Zajarova a considéré les arguments pour lancer la plus grande opération anti-drogue connue au cours des 30 dernières années dans le but supposé de punir les contrevenants, totalement illogiques, alors que son allié, la Colombie, est le plus grand producteur et distributeur de stupéfiants au monde. « L’idée du coup d’État au Venezuela reste ancrée dans l’esprit de nombreux politiciens aux États-Unis », a déclaré la porte-parole russe, qui a également condamné le blocus de l’aide du Fonds Monétaire International (FMI) au Venezuela et le harcèlement de hauts fonctionnaires de l’État vénézuélien, y compris le président de la République.

Pour sa part, l’Union européenne a estimé vendredi que le plan des États-Unis pour un gouvernement de transition au Venezuela sans le président Nicolás Maduro ou l’opposant Juan Guaidó « en ligne » pour une solution pacifique promue par le bloc. Dans un communiqué au nom des 27 pays de l’UE, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a noté « positivement » le nouveau plan US et « avec intérêt » la partie correspondant à sa politique de sanctions.

Cependant, les critères de l’ONU concernant les sanctions contre le Venezuela sont les mêmes : « Ils violent les droits humains de personnes innocentes (en esp) ». L’ONU a averti à plusieurs reprises que la contrainte, qu’elle soit militaire ou économique, ne devrait jamais être utilisée pour demander un changement de gouvernement dans un État souverain, mais qu’un dialogue constructif devait être encouragé pour trouver une solution à la crise au Venezuela.

Sousa indique comme essentielle la proximité des élections présidentielles aux États-Unis et conclut son appel à faire pression sur les gouvernements latino-américains pour « ne pas intervenir dans cette folie », mais plutôt soutenir le Venezuela. Enfin, il exhorte l’Etat espagnol à se positionner fermement contre cette intervention : « Je pense qu’il faut faire une énorme pression sur l’Espagne pour qu’elle ait une position différente, et qu’il n’y ait pas d’unanimité dans la position européenne ».

César Pérez Navarro pour le Terc3ra. Espagne, 6 avril 2020

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

* Boaventura de Sousa Santos est portugais et Docteur en Sociologie du Droit, professeur des universités de Coimbra (Portugal) et de Wisconsin (USA). Coordonnateur Scientifique de l’Observatório Permanente da Justiça Portuguesa. Il dirige actuellement un projet de recherche, ALICE - Estranges Mirroirs, des Leçons insoupçonnées : L’Europe a besoin d’une nouvelle façon de partager les expériences du monde , qui est un projet financé par le Conseil municipal Européen d’Investigation (ERC),


El Correo de la Diaspora. Paris, le 8 abril 2020

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