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14 septembre 2009

Argentine
Histoire de la Surintendance de « Coordination Fédérale ».

par Carlos Rodríguez

 

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Dans les années soixante, mais surtout à partir du coup d’Etat en juin 1966 dont le général Juan Carlos Onganía a pris la tête, la Surintendance de « Coordination Fédérale » est devenue l’axe de la répression politique dans l’aire métropolitaine. Si lors d’une réunion politique ou syndicale - menée toujours dans la clandestinité - on entendait le cri d’avertissement « la Coordina arrive », la débandade était immédiate. La Coordination Fédérale a été contemporaine et a pris la suite plus tard, au sein de la Police Fédérale, de ce qui fut pendant la deuxième présidence de Juan Domingo Perón la « Section Spéciale », qui fonctionnait au 8e commissariat, en face de l’Hôpital Ramos Mejia, 500 rue du Général Urquiza , sous la conduite du colonel Jorge Osinde. Dès 1974 et surtout après le coup d’Etat du 24 mars 1976, la Coordination Fédérale, dans le lugubre édifice de la rue Moreno au 1417, à une rue du Département Central de Police, a été l’un des centres clandestins de détention de la Capitale Fédérale les plus actifs.

« Cela faisait plusieurs jours que je sentais qu’ils me suivaient. Il était trois heures et demie du matin quand je me suis éveillé avec le bruit des vitres des fenêtres qui se cassaient et j’ai vu qu’ils poussaient la porte de ma chambre. Le commissaire (Juan Carlos) Morales m’a mis en joue. Etaient avec lui (Alberto) Villar et (Luis) Margaride. Ils m’ont sorti sur la terrasse et la pluie de coups de pied n’en finissait plus. Comme j’avais un atelier de réparations de radios pour me faire un peu de blé, là même ils ont saisi la pointe des câbles et ils m’ont électrocuté. Ils m’ont emmené à la Coordination Fédérale et ils ont continué avec l’électricité pendant deux semaines. » Le récit a été fait à Página/12 en août de l’année dernière [Ndlt:2007] par l’uruguayen Antonio Viana Acosta, arrêté à Buenos Aires le 21 février 1974. Il fut prisonnier trois mois et ensuite a été envoyé en Uruguay, où la dictature l’a gardé en captivité encore huit ans. Ont participé à son arrestation, les groupes qui appartenaient à la Jeunesse Péroniste de la République Argentine (JPRA) dont Julio Yessi était à la tête dans ces années, le bras droit de José López Rega au Ministère du Bien-être social de la Nation.

Les méthodes de la Coordination Fédérale ont été inculquées par le commissaire Alberto Villar, créateur à l’intérieur de la police du corps de Garde d’Infanterie. Un groupe dirigeait par le même Villar en 1969, pendant la répression des ouvriers et dirigeants syndicaux qui a participé au Cordobazo, en mai de cette année.

En matière de poursuite politique, la Coordination Fédérale a déjà commencé à se distinguer, avec la Section Spéciale, pendant les premiers gouvernements du général Perón. A cette époque, l’un de ses chefs fut le capitaine Abel Rodríguez. Pendant la dictature militaire qui a commencé en 1976, son chef le plus reconnu a étè le colonel de l’Armée Alejandro Arias Duval. Dès la fin de 1975, dans l’immeuble de Moreno n°1417, c’était installé le Groupe de Tareas 2 [Escadron de la mort], qui dépendait du Commando du Premier Corps d’Armée, sous le général Carlos Guillermo Suárez Mason. La « patota » [escadron de la mort] du GT-2 était installée au troisième et quatrième étage de l’édifice, qui jusqu’à aujourd’hui garde presque sans changement son ancienne structure.

Les étages cinq, six et sept ont été utilisés comme centre clandestin de détention. Les détenus restaient dans la condition de « RAF » (dans l’air) c’est-à-dire que leurs noms ne figuraient dans aucune liste légale de personnes privées de liberté. Il y a eu aussi beaucoup de cas de prisonniers à qui ensuite étaient infligé le « déplacement final », comme s’appelait l’ordre d’exécution sans jugement. L’un des cas les plus connus fut la nuit du 2 juillet 1976 et dans les jours suivants. Des dizaines de personnes ont été assassinées froidement en représailles à un attentat commis par un groupe de guérilleros contre l’édifice de Coordination Fédérale.

De cet assassinat en masse une preuve est le livre d’admission de la Morgue Judiciaire de la Capitale Fédérale, où dans ce mois et cette année le nombre de cadavres N.N. enregistrés, s’est élevé de façon notoire. Pendant des années, le total des admissions étaient d’un ou deux corps N.N. par jour. Entre le 3 et le 7 juillet de cette année, le total des corps a été de 46, presque tous avec la même cause de mort : « Des blessures par balle dans le crâne, thorax, abdomen et bassin, hémorragie interne ». Dans tous les cas, un rapport similaire les accompagnait : « Trouvé avec sept autres cadavres à l’intérieur d’une aire de stationnement à Chacabuco N°639, Capitale ».

Encore 30 corps sont apparus à une autre occasion dans le quartier de Pilar. « L’un (des détenus) m’a commenté que la nuit précédant la découverte de 30 cadavres à Pilar, trente prisonniers de la Coordination Fédérale étaient sortis » (la Liasse 6976 de l’ex-Conadep).

« Toutes les trois étions bandées et menottées, nous avons été tripotées pendant tout le trajet et presque pendant tout le déplacement. La même personne réapparaît avec quelqu’un qui dit être médecin et vouloir m’examiner, et devant lequel j’ai été à nouveau tripotée sans aucun type d’examen médical sérieux. Etant quasi endormie, je ne sais pas combien de temps après, j’ai entendu que la porte du cachot était ouverte et j’ai été violée par l’un des agents. » Le récit, fait au moment devant la Commission Nationale Sur la Disparition de Personnes (Conadep), est un échantillon du traitement qui était infligé aux femmes au centre clandestin de Coordination Fédérale.

Patrick Rice, un prêtre catholique irlandais qui fut séquestré dans le même lieu, a vu que parmi les détenues il y avait Maria del Socorro Alonso, qui a été torturée bien qu’elle était enceinte, ce qui a provoqué la perte du bébé. « Là, ils m’ont mis dans une cellule et il y avait environ six prisonniers dans le même couloir dans d’autres cachots, encore quatre garçons dans une grande cellule et quelques femmes dans une autre grande cellule. Il y avait une croix svastika peinte sur le mur du fond (...) selon ce qu’on ma dit, plusieurs agents abusaient des femmes là » (la Liasse 6976 de l’ex-Conadep).

Le groupe central de répresseurs qui a agi dans la Coordination Fédérale (Morales, Villar, Arias Duval) a rassemblé des personnages du péronisme d’extrême droite et de hauts fonctionnaires de la dictature militaire. En 1975, avant d’être ministre de l’intérieur de la dictature, le général Albanais Harguindeguy, a été chef de la Police Fédérale et comme tel, responsable de la formation du GT-2 qui a fonctionné dans la Coordination Fédérale. Dans les dernières années de la dictature de Jorge Rafael Videla, comme pour étendre un manteau d’oubli, la vieille « Coordina » a reçu le nom édulcoré de Surintendance de Sécurité Fédérale, et avec la démocratie est devenue Sécurité Métropolitaine.

Página 12. Buenos Aires, le 16 mars 2008.

Traduction libre de l’espagnol pour El Correo de  : Estelle et Carlos Debiasi

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El Correo. Paris, le 17 septembre 2009

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