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		<title>L'antenne de Montevideo de la CIA </title>
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&lt;p&gt;Nombre de documents concernent l'utilisation par les Etats-Unis d'actions ill&#233;gales clandestines comme arme politique ext&#233;rieure. Durant les ann&#233;es qui suivirent la r&#233;volution cubaine, la chute de gouvernements, le meurtre, le sabotage, la torture et d'autres actions terroristes ont &#233;t&#233; directement utilis&#233;es ou ont &#233;t&#233; promues par la Maison Blanche pour combattre ses adversaires id&#233;ologiques et politiques en Am&#233;rique latine. L'Uruguay ne fut pas une exception. &lt;br class='autobr' /&gt; Par Clara Aldrighi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Creation-structurelle" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation structurelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nombre de documents concernent l'utilisation par les Etats-Unis d'actions ill&#233;gales clandestines comme arme politique ext&#233;rieure. Durant les ann&#233;es qui suivirent la r&#233;volution cubaine, la chute de gouvernements, le meurtre, le sabotage, la torture et d'autres actions terroristes ont &#233;t&#233; directement utilis&#233;es ou ont &#233;t&#233; promues par la Maison Blanche pour combattre ses adversaires id&#233;ologiques et politiques en Am&#233;rique latine. L'Uruguay ne fut pas une exception.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Clara Aldrighi&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.brecha.com.uy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Brecha de Uruguay&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Uruguay, 25 novembre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/esp/article.php3?id_article=6158&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Leer en espa&#241;ol&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7286 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L250xH198/doc-552-106c5ad3-b94f4.jpg?1711630097' width='250' height='198' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers l'antenne de la CIA, des programmes d'assistance militaire, de S&#233;curit&#233; Publique de l'AID et d'appui au syndicalisme &#034;libre&#034;, le gouvernement des Etats-Unis est intervenu en Uruguay pour conditionner l'orientation de la politique en faveur de ses int&#233;r&#234;ts. Il a employ&#233; pour cela des moyens l&#233;gaux et ill&#233;gaux. Au moins jusqu'&#224; 1966 il existe des preuves que des fonctionnaires de la CIA avec une couverture diplomatique ont organis&#233; et ont financ&#233; un r&#233;seau ill&#233;gal et secret pour surveiller des citoyens &#233;trangers et uruguayens, s'approprier des secrets d'&#201;tat pour les transmettre &#224; une puissance &#233;trang&#232;re, pr&#233;senter de faux rapports au gouvernement, diffuser de fausses nouvelles dans la presse et mener des actions violentes contre certaines personnes. Une v&#233;ritable association subversive form&#233;e d'Uruguayens et d'&#233;tasuniens. Ses membres auraient pu &#234;tre traduits devant la justice et &#234;tre jug&#233;s pour des d&#233;lits d'attentas &#224; la Constitution aux motifs de conspiration, espionnage et association de malfaiteurs. Avec des circonstances aggravantes puisque beaucoup &#233;taient des fonctionnaires &#233;minents de l'&#201;tat - politiciens, policiers et militaires - &#224; qui les citoyens avaient confi&#233; la d&#233;fense de la loi et la tutelle de la souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philip Agee, fonctionnaire de la CIA qui a op&#233;r&#233; au sein de l'antenne de Montevideo entre 1964 et 1966, a laiss&#233; dans son livre de m&#233;moires (Journal de la CIA. La &#034;Compagnie&#034; par &#224; l'int&#233;rieur, Barcelone, 1979) une description d&#233;taill&#233;e des m&#233;thodes d'intervention secr&#232;te des Etats-Unis dans les pays de la r&#233;gion et particuli&#232;rement en Uruguay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme dans le reste du monde (&#224; l'exception du Royaume-Uni, de l'Australie, du Canada et de la Nouvelle Z&#233;lande), la CIA a install&#233; &#224; Montevideo &#224; la fin des ann&#233;es quarante son noyau ou &#034;antenne&#034;, pour mener &#224; bien ses t&#226;ches d'espionnage, contre-espionnage et influence politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les antennes &#233;taient plac&#233;es dans les capitales de chaque pays. D'autres bases pouvaient &#234;tre dispers&#233;es dans des villes de province et &#233;taient subordonn&#233;es &#224; celle de la capitale. Dans la majorit&#233; des cas, elles &#233;taient cach&#233;es au sein des sections politiques de l'ambassade. Quelques fonctionnaires &#233;taient assign&#233;s aux sections &#233;conomique et consulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les affectations g&#233;n&#233;rales de chaque antenne consistaient &#224; d&#233;couvrir les secrets militaires, scientifiques et &#233;conomiques de l'&#201;tat et r&#233;colter des informations sur les &#034;int&#233;r&#234;ts sovi&#233;tiques&#034;, incarn&#233;s par les partis communistes locaux et les groupes politiques &#034;assimil&#233;s&#034; : nationalistes, r&#233;volutionnaires et d'extr&#234;me gauche. La CIA obtenait les informations ou les secrets d'&#201;tat d'abord par le biais d'agents tr&#232;s bien pay&#233;s. Choisissant pour cela des politiciens, scientifiques, militaires et &#233;conomistes. Ces personnes, observe Agee, devenaient collaborateurs ou agents si on arrivait &#224; les convaincre que les secrets officiels de leur pays pouvaient &#234;tre transmis aux Etats-Unis. C'est-&#224;-dire, quand ils arrivaient &#224; croire que les int&#233;r&#234;ts des deux pays co&#239;ncidaient totalement et que rien n'&#233;tait perdu en transmettant l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les fonctionnaires de la CIA qui ont op&#233;r&#233;s en Uruguay sous couverture diplomatique fictive, Agee identifie les chefs d'antenne Tom des Flores (jusqu'&#224; 1963), Ned Holman (1963-1965), John Horton (1965-1968), Richard Sampson (1968-1970) et Gardner Hathaway (dont sa pr&#233;sence est enregistre en 1973) ; les subchefs Gerald O'Grady, John Cassidy, Comer Gilstrap et Fisher Ames ; les fonctionnaires d'op&#233;rations Michael Berger, Paul Burns (sp&#233;cialis&#233; en infiltration au Parti Communiste), Fred Morehouse (chef de l'&#233;quipement de surveillance radiophonique, transf&#233;r&#233; en 1966 au Venezuela), William Cantrell, Juan Noriega, Russell Phipps (repr&#233;sentant des op&#233;rations contre les sovi&#233;tiques en 1964), William L Smiths et Alexander Zeffer (repr&#233;sentant d'op&#233;rations de travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait peu de ces personnes qui ont tant influenc&#233; l'histoire de la p&#233;riode. Leur activit&#233; &#233;tait d&#233;velopp&#233;e, naturellement, en sourdine, sans laisser de traces dans les sources qui forment traditionnellement la vision du chercheur. Apr&#232;s quatre ann&#233;es d'exp&#233;rience au sein de l'antenne de Quito, en mars 1964, Agee est arriv&#233; Montevideo avec sa femme et ses deux enfants en bas &#226;ge. Il avait 29 ans. Il avait entam&#233; sa carri&#232;re &#224; la CIA en 1959, juste apr&#232;s avoir obtenu son dipl&#244;me de droit &#224; l'universit&#233;. Sa t&#226;che principale serait les &#034;op&#233;rations cubaines&#034;. A cette &#233;poque, l'antenne avait comme principal objectif d'obtenir que l'Uruguay, l'un des rares pays am&#233;ricains qui maintenait encore des relations diplomatiques avec Cuba, les interrompe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antenne de Montevideo &#233;tait de taille moyenne : 14 personnes, dirig&#233;es par le chef Ned Holman et le sous-chef O'Grady. Les t&#226;ches &#233;taient r&#233;parties entre quatre fonctionnaires, charg&#233;s des op&#233;rations secr&#232;tes, du Parti Communiste et des groupes connexes, sovi&#233;tiques et cubains. A cela s'ajoutait, un collaborateur administratif, trois secr&#233;taires, deux fonctionnaires de communications et deux fonctionnaires sous couverture non officielle. Les 12 premiers appartenaient fictivement &#224; la section politique de l'ambassade. Le budget annuel de l'antenne d&#233;passait le million de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; 1963 Benito Nardone avait &#233;t&#233; le plus important agent d'op&#233;rations politiques anticommunistes de la CIA &#224; Montevideo, par le biais de sa &#171; Ligue d'Action Ruraliste &#187; ou depuis la pr&#233;sidence du &#171; Conseil National du Gouvernement &#187; (CNG), o&#249; il a exerc&#233; entre 1960 et 1961. S'occupait de lui personnellement, le chef de l'antenne, Tom Flores. Un grand succ&#232;s soulign&#233; par l'agence pendant le mandat de Nardone avait &#233;t&#233; l' &#034;op&#233;ration politique&#034; qui avait abouti &#224; l'expulsion, en janvier 1961, de l'ambassadeur cubain Mario Garc&#237;a Inch&#225;ustegui et du premier secr&#233;taire sovi&#233;tique, accus&#233;s d'interf&#233;rence dans les affaires internes. D'autres agents politiques de la CIA, connus par Agee, furent les dirigeants ruralistes Olga Cl&#233;rici Nardone et Juan Jose Gari, les ministres, de l'Int&#233;rieur Nicolas Storace Arrosa, Felipe Gil et Adolfo Tejera, le directeur d'Immigration Luis Vargas Garmendia, l'avocat Carlos Alberto Roca et le d&#233;put&#233; Wilson Elso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#034;op&#233;rations de travail&#034;, la CIA a cr&#233;&#233;, financ&#233; et contr&#244;l&#233; plusieurs organisations syndicales. La premi&#232;re fut la Conf&#233;d&#233;ration Syndicale uruguayenne. Relativement forte jusqu'en 60, son ascendance a d&#233;clin&#233; avec la formation du syndicalisme de classe. En 1970 l'antenne a fond&#233; et a soutenu financi&#232;rement la Conf&#233;d&#233;ration uruguayenne de Travailleurs. Les syndicats qu'elle regroupait &#233;taient de faible influence. Elle a atteint son sommet pendant la dictature, qu'elle a carr&#233;ment parrain&#233;e. Mais elle n'a pas obtenu m&#234;me alors plus de repr&#233;sentativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le responsable des op&#233;rations clandestines de la CIA au sein des m&#233;dias et des &#233;tudiants &#233;tait le repr&#233;sentant de l'entreprise &#233;tasunienne Brooks Read. Il s'occupait des agents uruguayens qui prennent en charge des op&#233;rations de publicit&#233;. Un d'eux pla&#231;ait des articles politiques et de faux rapports &#233;labor&#233;s par l'antenne dans El Pa&#237;s, El Plata, El D&#237;a y La Ma&#241;ana. C'&#233;taient en g&#233;n&#233;ral des sortes d'&#233;ditoriaux non sign&#233;s ; les r&#233;dacteurs des journaux recevaient de l'argent pour leur publication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CIA a &#233;tabli en Uruguay, comme dans tout pays o&#249; elle agissait, une relation pr&#233;f&#233;rentielle avec le service local de s&#233;curit&#233; ou un &#034;service de liaison&#034;, sp&#233;cialement avec les services de renseignement de la police. Sans la collaboration du service local, il &#233;tait tr&#232;s difficile pour la CIA de contr&#244;ler le transit par les fronti&#232;res, d'intercepter des conversations t&#233;l&#233;phoniques et de la correspondance ou d'effectuer des surveillances et des filatures. En outre, au cas o&#249; certaines de ces op&#233;rations auraient &#233;t&#233; d&#233;couvertes, le scandale n'aurait pas touch&#233; la CIA mais les services secrets locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois &#233;tablie cette collaboration officielle, les antennes recrutaient secr&#232;tement des agents &#224; sa solde dans les services de s&#233;curit&#233; locaux. Cet aspect &#233;tait consid&#233;r&#233; d'une importance vitale, parce qu'il permettait d'&#233;largir le nombre limit&#233; de personnel de l'antenne, et parce qu'&#224; la demande de la CIA le service local pouvait effectuer des op&#233;rations, d&#233;tentions et coup de filet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1964 l'antenne de Montevideo maintenait des excellentes relations op&#233;rationnelles avec la Police et le service d'intelligence militaire. Entre les agents et les collaborateurs de liaison qu'identifie Agee se trouvaient le chef de la Garde R&#233;publicain le lieutenant le colonel Mario Barb&#233;, le colonel Mario Aguerrondo, le sous-chef d'Investigations Juan Jose Braga, le chef d'intelligence militaire le colonel Carvajal, le lieutenant colonel Zipitr&#237;a, le policier d'Investigations Guillermo Copello, le sous-commissaire Pablo Fontana, le commissaire Arturo Jaureguiza, le sous-chef de la Police le colonel Carlos Mart&#237;n, le chef Intelligence et de Liaison commissaire Alejandro Otero, l'inspecteur Antonio Pirez Castagnet, les chefs de la Garde M&#233;tropolitaine le colonel Robert Ramirez et le lieutenant colonel Amaury Prantl, les chefs de la Police de Montevideo Ventura Rodriguez et Rogelio Ubach.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande op&#233;ration conjointe de la CIA et de la Police uruguayenne, dans la p&#233;riode o&#249; Agee a travaill&#233; &#224; Montevideo, &#233;tait l'&#233;coute t&#233;l&#233;phonique de la mission sovi&#233;tique et cubaine, du si&#232;ge central du PCU et du logement d'un r&#233;volutionnaire argentin li&#233; &#224; l'ambassade cubaine. En 1965, on a &#233;largi l'espionnage &#224; l'ambassade tch&#232;que et l'agence de presse Prensa latina. Cette op&#233;ration, du cryptonyme &#171; Avengeful &#187;, a suivi son cours pendant les gouvernements de Oscar Gestido et Jorge Pacheco et fut accidentellement d&#233;couverte en septembre 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;partement de police de la plus grande importance pour la CIA &#233;tait 'Intelligence et Liaison'. Au d&#233;but des ann&#233;es 60, avec le nouveau gouvernement du Parti National, le d&#233;partement a n&#233;glig&#233; ses missions premi&#232;res de recherche et de contr&#244;le du comportement fonctionnel des policiers. A sa direction a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; Alejandro Otero, un jeune officier qui avait fait une carri&#232;re rapide, d&#233;passant dans les promotions ses compagnons les plus vieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 'Intelligence et Liaison' a commenc&#233; &#224; acqu&#233;rir une importance plus grande pour la CIA d&#232;s que les mobilisations syndicales ont augment&#233; en fr&#233;quence et intensit&#233;. Dans une entrevue accord&#233;e &#224; l'auteur en 2002 par le commissaire Otero, ce dernier observe &#224; ce sujet : &#034; 'Intelligence et Liaison' r&#233;pondait toujours aux besoins des services d'intelligence am&#233;ricains. Quand j'en &#233;tais en charge, j'ai agi avec une ind&#233;pendance totale et c'est clair que toute l'information que j'obtenais, toute, je la fournissais &#224; ces services, parce c'&#233;tait l'ordre &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inspecteur Pirez Castagnet recevait un salaire de l'agence pour son travail comme agent de p&#233;n&#233;tration dans la Police. Il fournissait en outre de l'information m&#233;ticuleuse sur les plans du gouvernement par rapport aux mobilisations et aux gr&#232;ves, les possibles changements de politique et &#224; l'int&#233;rieur de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le programme de liaison avec la Police uruguayenne, l'antenne d&#233;boursait annuellement - sans inclure les frais de l'op&#233;ration d'&#233;coutes t&#233;l&#233;phoniques - quelque 25.000 dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sous-chef Gerry O'Grady s'occupait de la liaison avec le service d'intelligence militaire, en rencontrant fr&#233;quemment le lieutenant le colonel Zipitria, sous-chef du service. Holman se r&#233;unissait parfois avec lui et avec le chef du sid, le colonel Carvajal. Vu la tendance des militaires uruguayens &#224; ne pas s'immiscer en politique, Carvajal a refus&#233; d'organiser des op&#233;rations contre le Parti Communiste et les groupes d'extr&#234;me gauche. Zipitria, au contraire, anticommuniste tenace et avec des tendances fascistes, &#233;tait un collaborateur obs&#233;quieux et on l'utilisait comme source d'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 60, l'antenne de Montevideo a organis&#233; des op&#233;rations d'&#034;action militante&#034; contre la gauche, par le biais de &#034;escadrons de ch&#226;timent&#034; cr&#233;&#233;s et financ&#233;s pour attaquer des manifestations et des r&#233;unions partisanes. Elles se sont d&#233;velopp&#233;es &#224; partir de 1960, sous l'impulsion de Tom Flores. Le pr&#233;d&#233;cesseur de Ventura Rodriguez au Quartier g&#233;n&#233;ral de la Police de Montevideo, Mario Aguerrondo, a &#233;t&#233; un &#233;troit collaborateur de liaison de l'antenne tandis qu'il a effectu&#233; cette charge entre 1958 et 1962. En 1964, Holman a d&#233;cid&#233; de suspendre temporairement les contacts avec lui pour ses vell&#233;it&#233;s putschistes. En 1962, le nouvel ambassadeur Wymberley Coerr a ordonn&#233; &#224; Flores de mettre &#224; terme &#224; la collaboration politique avec Nardone et d'interrompre les op&#233;rations violentes. Le probl&#232;me &#233;tait qu'il y avait eu des morts (celles d'Arbelio Ramirez et un enfant Olivio Piriz) que le PCU et la gauche &#034;utilisaient dans leurs campagnes contre le gouvernement&#034;. Flores s'est oppos&#233; et a &#233;t&#233; mut&#233; en 1963. Les &#171; escadrons &#187; furent responsables d'une autre forme de violence : les svastikas, grav&#233;es avec des instruments coupants sur le corps des victimes, juifs et militants de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant cette p&#233;riode la gauche appelait &#034;bandes fascistes&#034;, les 'escadrons de ch&#226;timent'. En r&#233;alit&#233; ils n'avaient pas de vie politique propre : ils &#233;taient une &#233;manation de la CIA et du personnel &#224; son service. Certains de ces agents provenaient de l'Europe de l'Est. Le commissaire Otero se souvient : &#034;Les Am&#233;ricains amenaient beaucoup d'hongrois. Ces hongrois agissaient comme agents. Au d&#233;but, ils br&#251;laient un Kiosk, ils lan&#231;aient une bombe. Quand l'un d'eux &#233;tait fait prisonnier, je ne leur faisais pas de cadeaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Arrivait ce qui arrivait, qu'ils avaient commis un crime ou non et il n'y avait d'impunit&#233; pour aucun. Si je le pouvais, je les envoyais en prison. J'&#233;tais libre et j'avais une id&#233;e claire de ce qu'&#233;tait ma profession. &#201;videmment cela a abouti &#224; cr&#233;er une profonde antipathie envers moi parmi ceux qui composaient le D&#233;partement Intelligence et Liaison. Surtout de la part de mes sup&#233;rieurs &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux ans de s&#233;jour en Uruguay, &#224; la fin d'ao&#251;t 1966, Agee fut transf&#233;r&#233; &#224; Washington et peu ensuite &#224; son nouveau destin : la ville de Mexico. Le 10 ao&#251;t est arriv&#233; &#224; Montevideo son rempla&#231;ant, Juan Noriega. Ex pilote de la marine, il venait de l'antenne de Managua, o&#249; il avait &#233;t&#233; responsable de l'instruction des gardes du corps d'Anastasio Somoza et sa famille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un d&#233;lai tr&#232;s rapide, l'antenne va &#234;tre renforc&#233;e par deux autres fonctionnaires avec une couverture non officielle. En octobre est aussi arriv&#233; William Cantrell, fonctionnaire de la CIA et conseiller en Investigations pour le Programme de S&#233;curit&#233; Publique (PSP), qui est rest&#233; &#224; Montevideo jusqu'&#224; mars 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1967, la CIA a commenc&#233; &#224; structurer la Direction Nationale d'Information et Intelligence (DNII). La CNG avait approuv&#233; dans les derniers jours de janvier un projet du commissaire Otero - &#233;labor&#233; &#034;sous la propre direction de Cantrell&#034;, comme c'est consign&#233; dans un document du PSP - pour la formation d'une direction d'intelligence de juridiction nationale. Pendant le processus de formation, le nouvel organisme a parall&#232;lement fonctionn&#233; avec le D&#233;partement Intelligence et Liaison. Manuel Hevia Cosculluela, agent d'intelligence qui a travaill&#233; simultan&#233;ment en Uruguay entre 1964 et 1970 pour la CIA et la s&#233;curit&#233; cubaine, observe dans son livre de m&#233;moires &#171; Passeport 11333 &#187;. Huit ans avec la CIA, que le noyau constitutif de la DNII, dont ne faisait pas partie Otero, recevait l'entrainement de la part de Cantrell et de Noriega dans un local adjacent &#224; la 9&#170; Section au coin de la rue 18 juillet et Paullier. Au m&#234;me endroit, son si&#232;ge a &#233;t&#233; officiellement install&#233; en 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cantrell disposait de fonds propres, provenant de la CIA et non de l'AID, pour financer la nouvelle direction d'intelligence. En 1967, il a choisi six fonctionnaires pour recevoir une instruction aux Etats-Unis : P&#237;rez Castagnet et Aldo Conserva - futurs sous chef et chef de la DNII -, Juan Carlos Lemos Silveira, Juan Mar&#237;a Lucas, Jos&#233; Pedro Macchi et Carlos Legnani.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la DNII, o&#249; r&#233;gnait la volont&#233; de Cantrell, Otero a d'abord &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233; et ensuite exclu. &#034;La Direction d'Information et Intelligence - rappelle Otero - a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par Cantrell, parce qu'ils voulaient me pousser vers la sortie. Au d&#233;but, P&#237;rez Castagnet la dirigeait, qui &#233;tait mon sup&#233;rieur. Il a eu ensuite plusieurs directeurs, jusqu'&#224; qu'arrive V&#237;ctor Castiglioni.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hevia Cosculluela indique que la CIA coexistait avec Otero et lui laissait faire tant que durait la s&#233;lection et l'instruction du personnel d'Information et Intelligence. Les fonctionnaires de la CIA &#034;sabotaient Otero&#034;, et pour cette raison le commissaire s'est approch&#233; progressivement du chef de l'&#233;quipement du PSP, Adolph S&#225;enz. Cependant, tout au long de 1967, Cantrell prenait part encore personnellement &#224; certaines proc&#233;dures polici&#232;res antisubversives d'Intelligence et Liaison. Otero continuait &#224; lui envoyer &#034;des copies de rapports secrets qu'&#233;laborait son d&#233;partement&#034;. Mais Cantrell a commenc&#233; &#224; aller trop fr&#233;quemment au quatri&#232;me &#233;tage du Quartier g&#233;n&#233;ral, l&#224; o&#249; travaillaient Otero et ses hommes. Il s'immis&#231;ait et surveillait les archives. Le commissaire observe &#224; ce sujet : &#034;Ce que je n'admettais en aucune mani&#232;re, c'&#233;tait que les Am&#233;ricains, aucun d'eux, viennent dans mon d&#233;partement. Je ne les voulais pas dans mon d&#233;partement s'ils n'&#233;taient pas pr&#233;alablement annonc&#233;s et qu'on avait convenu d'une r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre en sc&#232;ne Monsieur William Cantrell, ou celui que j'ai connu comme Cantrell et peut-&#234;tre qu'ils l'ont identifi&#233; sous un autre nom, parce que va savoir comment il s'appelait en r&#233;alit&#233;. C'&#233;tait un personnage tr&#232;s particulier, qui avait &#233;tudi&#233; et avait servi au Vietnam, etc. Ce fut lui qui a indiqu&#233;, contre mes id&#233;es, que la Police commencerait &#224; utiliser les fusils &#224; canons sci&#233;s qui ont donn&#233; la mort &#224; de nombreux d'&#233;tudiants et des bless&#233; tant d'autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
S&#225;enz &#233;tait une personne agr&#233;able et j'avais de bonnes relations avec lui. Il arrivait &#224; mon bureau en se faisant annoncer. Par contre Cantrell &#233;tait autoritaire et arrogant avec les fonctionnaires uruguayens de rang (...) Et je r&#233;p&#232;te &#224; nouveau qu'&#224; travers mes subalternes je lui faisait parvenir toute l'information (...) Mais ce que je ne lui permettais pas, c'&#233;tait qu'il fasse ce qu'ils faisaient partout : ils entraient, ils s'immis&#231;aient, retournaient, ordonnaient, ils disposaient (...) Peut-&#234;tre, si je m &#233;tais soumis &#224; eux, j'aurais &#233;t&#233; directeur d'Intelligence, j'aurait gagn&#233; &#233;norm&#233;ment d'argent et je ne aurais pas d&#251; faire le clown en soufflant dans un sifflet dans un terrain de football pour pouvoir vivre d&#233;cemment (...) Mes m&#233;saventures avec les Am&#233;ricains, fondamentalement avec Cantrell et tout sa clique, et avec le chef de la Police Zina Fern&#225;ndez, avec lequel j'avais des divergences ind&#233;fendables, ont &#233;t&#233; la cause pour laquelle ils m'ont vir&#233; d'Intelligence et Liaison et m'ont envoy&#233; comme directeur &#224; l'&#201;cole Nationale de la Police &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si pendant la permanence d'Agee, la CIA travaillait avec diligence sur des op&#233;rations tellement complexes, il n'y a pas de motif pour penser que dans la p&#233;riode critique ouverte en 1968 elle ne les fera pas avec une plus grande persistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est certain, c'est que l'antenne d&#233;voilait une activit&#233; intense en Uruguay avant la crise de 1968 ; activit&#233; qui s'est accrue durant les ann&#233;es suivantes. &#192; un tel point, qu'en avril 1973, l'ambassade s'est plainte &#224; Washington de la grande proportion de fonctionnaires avec couverture officielle destin&#233;s &#034;&#224; rassembler et &#224; traiter ouvertement ou secr&#232;tement les donn&#233;es d'intelligence obtenues&#034;. Sans compter les agents qui travaillaient avec une couverture non officielle. Une pr&#233;sence qui r&#233;pondait &#034;&#224; des demandes impos&#233;es depuis Washington&#034;. En 1972, le personnel embauch&#233; par le gouvernement des Etats-Unis et assign&#233; &#224; l'ambassade atteignait les 363 fonctionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat du f&#233;vrier 1973, observait le Country Team dans son bilan d'avril, permettrait finalement de diminuer le nombre de fonctionnaires consacr&#233;s &#224; des t&#226;ches d'intelligence. &#034;Notre haute visibilit&#233; est un facteur qui complique le d&#233;veloppement de relations r&#233;alistes.&#034; Parmi d'autres inconv&#233;nients, observaient -ils , il avait fourni &#224; la gauche marxiste de nouveaux pr&#233;textes pour souligner la pr&#233;sence d'un pr&#233;sum&#233; &#034;ogre imp&#233;rialiste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que n'aient pas &#233;t&#233; d&#233;classifi&#233;s les documents de la CIA relatifs &#224; l'Uruguay, dans quelques rapports du D&#233;partement d'&#201;tat on admet que l'ambassade disposait de &#034;sources propres&#034; pour la lutte antisubversive. C'est-&#224;-dire, des Uruguayens qui fournissaient directement de l'information sur le MLN et autres groupes de gu&#233;rilleros. Si on se tient au modus operandi d&#233;crit par Agee, il ne s'agissait pas seulement d'infiltr&#233;s, mais d'agents op&#233;rationnels qui accomplissaient des t&#226;ches de surveillance, &#233;coute t&#233;l&#233;phonique, filatures de personnes et autres activit&#233;s d'intelligence que sugg&#232;re la documentation d&#233;classifi&#233;e relative &#224; d'autres pays, comme celle du Chili durant les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dent le putsch de 1973. Trois jours apr&#232;s l'ex&#233;cution de Dan Mitrione, en ao&#251;t 1970, est apparue l' &#034;escadron de la mort&#034; comme &#233;manation du r&#233;seau d'agents de la CIA dans les services d'intelligence polici&#232;re et militaire. Il a &#233;t&#233; constitu&#233; comme une grappe de groupes compartiment&#233;s entre eux, qui effectuaient des tentatives avec des engins explosifs et incendiaires, ils mena&#231;aient des personnalit&#233;s de gauche et les parents de gu&#233;rilleros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'automne 1971, certaines de ces personnes ont constitu&#233; un autre groupe, plus choisi et secret, qui a commenc&#233; les ex&#233;cutions et les disparitions de tupamaros. Le choix des victimes a maintenu une relation, directe ou indirecte, avec le cas Mitrione. Les op&#233;rations effectu&#233;es par la DNII le 14 avril 1972 dans les &#171; estancias &#187; Amazonas et de P&#233;rez Gomar ont aussi &#233;t&#233;, tr&#232;s probablement, en rapport avec ce cas et ont &#233;t&#233; conduites par la CIA. Ainsi le sugg&#232;re, parmi d'autres indices, un rapport envoy&#233; en f&#233;vrier 1973 par le chef de l'&#233;quipement du PSP &#224; Montevideo, Charles Guzm&#225;n, &#224; ses responsables &#224; Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des membres des escadrons, l'agent de la DNII, Nelson Bardesio, appartenait au r&#233;seau de la CIA depuis 1967. Ses d&#233;clarations au MLN indiquent que, entre autres t&#226;ches, il int&#233;grait un des groupes consacr&#233;s au suivi et &#224; la surveillance de personnes, form&#233;s et &#233;quip&#233;s par l'antenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commissaire Otero dans l'entrevue mentionn&#233;e, se rappelle vivement de sa figure : &#034;Ce qui est certain , c'est que ce Monsieur Cantrell utilisait un agent, Bardesio, qui a &#233;t&#233; ensuite enlev&#233; par le MLN, que j'ai sorti &#224; coup de pieds de mon bureau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela a justifi&#233; que Pirez Castagnet m'envoie chercher. Il m'a demand&#233; si je l'avais frapp&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je lui ai dit que oui, parce que je ne le voulais pas l&#224;. Ni Atilio Gal&#225;n. Pourquoi ? Parce qu'ils ne me plaisent pas comme personnes. Bardesio &#233;tait le 'moine noir' de tous les Am&#233;ricains. Cantrell je crois qu'il &#233;tait d&#233;vot de Bardesio. Je ne sais pas par quelles caract&#233;ristiques Bardesio l'avait absolument conquis et c'&#233;tait celui qui maniait toutes les choses &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se r&#233;f&#233;rant aux confessions de Bardesio aux tupamaros, dans lesquelles il a identifi&#233; ses compagnons policiers, militaires et civils des escadrons de la mort, Otero rajoute : &#034;Je savais que Bardesio ne supportait rien, c'est pourquoi je ne le voulais pas dans mon d&#233;partement. De ce qu'il a dit et que je connais, tout &#233;tait vrai. Mais allez savoir combien de choses en plus il a pu avoir dit que je ne connais pas et qui peut-&#234;tre ne sont pas vraies &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si on lit attentivement les d&#233;clarations de Bardesio au MLN, quand Mauricio Rosencof l'a interrog&#233; dans la Prison du Peuple, l'agent de la CIA a pr&#233;text&#233; l'ignorance et a mentionn&#233;, au sein de la nouvelle &#233;quipe &#233;tasunienne qui avait succ&#233;d&#233; &#224; celle de Mitrione, seulement le conseiller &#224; l'entra&#238;nement Richard Biava. Peut-&#234;tre parce qu'il savait que Mitrione l'avait d&#233;j&#224; dit &#224; Candan Grajales - comme le consigne un document du D&#233;partement d'&#201;tat - quand celui-ci l'a interrog&#233; dans la Prison du Peuple. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'a rien dit des nouveaux conseillers de s&#233;curit&#233; publique Roy Driggers, Jos&#233; Hinojosa et Lee Echols ; il n'a pas mentionn&#233; non plus, naturellement, sa propre condition d'agent de la CIA, ni l'identit&#233; des fonctionnaires qui s'occupaient de lui. Il a indiqu&#233; au MLN les Am&#233;ricains qui &#233;taient d&#233;j&#224; partis de l'Uruguay : S&#225;enz, Cantrell, Noriega, Bernal et Richard Mart&#237;nez. Le MLN ne s'est pas rendu compte de cela, ni n'&#233;tait en condition de le faire : son infiltration dans les services de s&#233;curit&#233; &#233;tait absolument marginale, et ainsi lui v&#233;rifiaient les analystes des Etats-Unis qui suivaient de tr&#232;s pr&#232;s de l'&#233;volution des gu&#233;rillas uruguayennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 1972, Bardesio a re&#231;u &#224; la Prison du Peuple la visite d'un alli&#233; insoup&#231;onn&#233; : Hector Amodio, r&#233;cemment enfui de Punta Carretas. L'ex dirigeant tupamaro collaborait probablement avec les services d'intelligence depuis des d&#233;buts de juillet de 1970. Comme on peut le lire dans un document entier de la DNII qui consigne ses confessions en &#233;tant arr&#234;t&#233; en f&#233;vrier 1972, au terme de sa d&#233;claration Amodio rendait compte que son int&#233;gration au MLN avait cess&#233; &#224; cette date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques faibles documents rendent compte, indirectement, de l'activit&#233; de l'antenne jusqu'au coup d'&#201;tat. Parmi eux, une &#233;tude du MLN men&#233;e en juillet 1971 par le Bureau de S&#233;curit&#233; Publique (OPS) &#224; Washington, qui prenait comme sources et citait largement des documents &#233;labor&#233;s par la CIA de Montevideo. Quelques jours avant l'arriv&#233;e de Mitrione, en juillet 1969, la CIA a pr&#233;par&#233; une &#233;tude pr&#233;liminaire sur le MLN. Ce document, opportun&#233;ment modifi&#233;, a &#233;t&#233; envoy&#233; le 30 juillet 1969 &#224; Lauren J. Goin, comme provenant de la branche Am&#233;rique latine de l'OPS. En juin 1970, l'antenne a &#233;labor&#233; un rapport secret d'intelligence sur la strat&#233;gie du MLN. Le 19 ao&#251;t 1970, &#224; Washington, on mettait &#224; jour l'information sur l'entra&#238;nement re&#231;u &#224; Cuba jusqu'alors par les tupamaros. Le 12 mars 1971 la CIA envoyait une &#034;Estimation de l'int&#233;gration et de la force du MLN&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le service d'intelligence du Pentagone ne restait pas en arri&#232;re : en 1968, il &#233;laborait une &#233;tude secr&#232;te de la capacit&#233; contre-insurg&#233;e des forces r&#233;pressives uruguayennes. Le 4 mars 1971, il envoyait une chronologie des activit&#233;s de la gu&#233;rilla durant 1970. Le 23 mars, il rendait compte des op&#233;rations d'intelligence du MLN. Le 7 avril 1971, dans un rapport de 66 pages, il envoyait &#224; Washington des documents sur les tupamaros. Le 14 mai 1971, il &#233;laborait un rapport confidentiel d'intelligence de 27 pages sur les activit&#233;s de la gu&#233;rilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1970, l'antenne de Montevideo de la CIA a envoy&#233; &#224; Washington des biographies succinctes de &#034;personnalit&#233;s tupamaras&#034;, dans le but de documenter la nature h&#233;t&#233;rog&#232;ne du mouvement et ses ramifications dans diff&#233;rents secteurs sociaux. Le rapport secret contenait les fiches de militants connus et d'autres qui &#233;taient donn&#233;s avec l'assurance qu'ils l'&#233;taient. Une version de ce document a &#233;t&#233; d&#233;classifi&#233;e, s&#251;rement &#233;pur&#233;e, pour une utilisation interne &#224; l'OPS et au D&#233;partement d'&#201;tat, qui contient 22 fiches biographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 novembre 1971, Agee a d&#233;cid&#233; de rendre publique sa d&#233;mission au moyen d'une lettre adress&#233;e &#224; la revue Marcha. En juin 1968, il avait communiqu&#233; &#224; la CIA ses intentions de d&#233;missionner. La d&#233;mission a &#233;t&#233; formalis&#233;e au d&#233;but 1969. Trois ann&#233;es, apr&#232;s il se trouvait &#224; Paris, en &#233;crivant son livre de m&#233;moires. La lettre cherchait d&#233;montrer que sa d&#233;cision n'admettait pas de reculs et peut-&#234;tre, &#224; la fois, essayait de dresser une barri&#232;re aux projets de l'assassiner qui pourraient &#234;tre envisag&#233; par l'agence. Son but politique &#233;tait d'alerter l'opinion publique uruguayenne sur la possibilit&#233; que la CIA soit en train de financer et de promouvoir des op&#233;rations d'action politique contre le &#171; Frente Amplio &#187;, pour favoriser les partis traditionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le titre &#034;La CIA en Uruguay&#034;, Marcha l'a publi&#233;e le 26 novembre 1971 dans la section Courriers des Lecteurs. Par le biais de Carlos Mar&#237;a Guti&#233;rrez ou d'autres correspondantsli&#233;sCuba,QuijanoetAlfaro avaient la possibilit&#233;de v&#233;rifierl'identit&#233; d'Agee - qui avait alors des liens &#233;troits avec les cubains et avait voyag&#233; &#224; l'&#238;le en mai et octobre 1971- et de comprendre la signification de la lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la direction de l'hebdomadaire l'a ignor&#233;e. Bien qu'elle eut en pouvoir une preuve irr&#233;futable des d&#233;nonciations qu'elle publiait depuis au moins une d&#233;cennie, elle ne l'a accompagn&#233;e d'aucun commentaire &#233;ditorial. Et a m&#234;me cru l&#233;gitime de censurer certains passages, &#034;pour inclure des r&#233;f&#233;rences d'ordre personnel qui n'ajoutent rien de plus au texte&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses m&#233;moires, Agee indique qu'en effet, la lettre a &#233;t&#233; publi&#233;e incompl&#232;te. Apr&#232;s avoir alt&#233;r&#233; la lettre par des coupes &#224; discr&#233;tion, Marcha a trouv&#233; que le plus correct, pour &#034;respecter l'auteur&#034;, &#233;tait &#034;de respecter sa syntaxe et l'orthographe&#034;. Par cons&#233;quent il ne l'a pas publi&#233;e, en reproduisant ses fautes d'orthographe et d'autres erreurs idiomatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agee &#233;tait identifi&#233; comme un ex-fonctionnaire de la CIA et d&#233;crivait dans les grandes lignes son activit&#233; clandestine pendant les ann&#233;es de service en &#201;quateur, Uruguay et Mexique. Il r&#233;v&#233;lait qu'en 1964, peu apr&#232;s son arriv&#233;e &#224; Montevideo, le Br&#233;sil avait mis au point un plan pour envahir l'Uruguay et prendre la capitale en huit heures si le gouvernement n'interdisait pas l'activit&#233; conspirative de Joao Goulart, Brizola et autres exil&#233;s br&#233;siliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il indiquait ensuite le grave danger qui planait sur la d&#233;mocratie uruguayenne : Les Etats-Unis, &#224; travers la CIA, intervenait pour tordre la direction des &#233;lections. Nixon ne pouvait pas permettre que le Chili et l'Uruguay, les deux pays qui en Am&#233;rique latine constituaient un exemple prolong&#233;s de traditions de stabilit&#233; politique, se dirigent vers le socialisme par la voie &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour soutenir ses affirmations, il r&#233;v&#233;lait l'intervention de la CIA dans les campagnes &#233;lectorales du Br&#233;sil en 1963 et du Chili en 1964. L' &#034;Uruguay est actuellement fait sur mesure pour des op&#233;rations d'action politique de la CIA. Parce que jusqu'&#224; pr&#233;sent, il n'avait exist&#233; aucun danger pour les Etats-Unis en Uruguay, puisque seulement les partis traditionnels avaient une force &#233;lectorale suffisante. Et en &#233;tant traditionnels, ils ont traditionnellement servi les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux du gouvernement de mon pays. Mais les choses ont chang&#233; maintenant, gr&#226;ce, j'imagine, aux succ&#232;s du Mouvement Lib&#233;ration Nationale et de la conscience r&#233;volutionnaire qu'il a cr&#233;&#233;e.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il exhortait &#224; faire attention aux traces de la CIA dans certains &#233;v&#233;nements qui paraissaient &#234;tre le fruit de processus autochtones. Les plus transparents &#233;taient, justement, ceux d&#233;termin&#233;s par les op&#233;rations d'action politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sugg&#233;rait que peut-&#234;tre, a pris part &#224; ces derni&#232;res, de fa&#231;on secondaire, l'intelligence britannique, vue la collaboration traditionnelle entre les deux services dans le Rio de la Plata : &#034;Les signes doivent &#234;tre visibles. Le candidat qui d&#233;pense plus que ses possibilit&#233;s r&#233;elles. Les journalistes qui r&#233;p&#232;tent les avertissements d'une sanglante dictature communiste. Les organisations qui s&#232;ment des rumeurs, la peur et l'incertitude sur les traditionnelles libert&#233;s uruguayennes. Les groupes de choc patrouillant les rues &#224; la recherche d'activistes progressistes pour les attaquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#232;res de Famille Pro-Libert&#233;. Etasuniens contribuant par des fonds g&#233;n&#233;reux comme donateurs particuliers &#224; des candidats choisis. Avertissements sous plusieurs formes aux organisations de s&#233;curit&#233;, militaires et policiers, de leurs destins lamentables sous un r&#233;gime socialiste. D&#233;clarations de pr&#233;occupation &#224; Buenos Aires et Rio de Janeiro sur la possibilit&#233; que triomphe le socialisme en Uruguay. Publicit&#233; subtile qui divise les forces r&#233;volutionnaires. Enqu&#234;tes, soit discr&#232;tes, soit ouvertes. J'ai suivi de pr&#232;s la marche quotidienne de la campagne. Par tout ce que j'ai pu lire, je suis convaincu que le gouvernement de Nixon n'a pas eu d'autre alternative qu'intervenir dans ces &#233;lections uruguayennes. Donc, entre autres choses, ce serait un risque trop s&#233;rieux si les forces progressistes gagnent&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avertissement d'Agee est rest&#233; lettre morte. Peut-&#234;tre, plus par omission, que par incapacit&#233;. Mener une enqu&#234;te et sanctionner des actions ill&#233;gales du pouvoir politique et &#233;conomique &#233;tait presqu'impossible en Uruguay de l'&#233;poque. Peu apr&#232;s, l'enqu&#234;te promue par Wilson Ferreira Aldunate et le Parti National sur les preuves de fraude &#233;lectorale a &#233;chou&#233; sur des bancs de brouillard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretemps, Agee faisait face &#224; de nouvelles difficult&#233;s avec ses anciens camarades. La CIA a envoy&#233; aussi &#224; Paris un de ses amis de jeunesse, Keith Gardiner, fonctionnaire de la CIA, avec une copie dactylographi&#233;e de la lettre publi&#233;e dans Marcha. Il a transmis &#224; Agee un message que lui envoyait le directeur de la CIA Richard Helms : &#034;Il voulait savoir ce que je pensais de ce que je faisais&#034;. Il a ensuite comment&#233; le contenu de la lettre et a ni&#233; que l'agence soit embarqu&#233;e dans des op&#233;rations &#233;lectorales en Uruguay. Il a admis, cependant, que la campagne de Bordaberry &#034;avait re&#231;u de copieuses &#171; transfusions &#187; d'argent br&#233;silien&#034;. &#192; la lumi&#232;re des proc&#233;dures d&#233;crites par Agee et de la coordination existante entre les antennes de Montevideo et de Rio de Janeiro, cet argent provenait probablement de la CIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agee a tranquillis&#233; Gardiner : dans son livre il ne mettrait &#034;aucune r&#233;v&#233;lation nuisible&#034; et avant la publication, il soumettrait le projet final &#224; l'approbation de la CIA. On ignore si cela fut le cas. Cependant, dans le &#171; Journal de la CIA &#187; Agee maintient en r&#233;serve l'identit&#233; de nombreux agents, particuli&#232;rement ceux de bas niveau, en citant : &#034;Vrai nom oubli&#233;&#034;. Bien qu'en m&#234;me temps, il se rappelle parfaitement de ses complexes cryptonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la publication de la lettre dans Marcha, la CIA a intensifi&#233; sa pression. Elle a commenc&#233; &#224; l'encercler avec des agents et des &#233;quipements de surveillance, a essay&#233; de le discr&#233;diter en diffusant des fausses informations, l'a menac&#233; avec des proc&#232;s, a man&#339;uvr&#233; pour lui emp&#234;cher de voir ses enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aux Etats-Unis le scandale Watergate a impos&#233; certaines restrictions &#224; l'omnipotente agence. &#034;Un avertissement pr&#233;coce comme quoi trois d&#233;cennies de traitement pr&#233;f&#233;rentiel arrivaient &#224; leur fin pour la CIA - &#233;crit A. J. Langguth dans sa biographie document&#233;e de &#171; Mitrione Hidden des Terreurs &#187; - fut les nouvelles provenant de Paris sur le fait que Philip Agee &#233;crivait un livre. Pendant son dernier poste &#224; mexico, Agee s'&#233;tait rapproch&#233; de la gauche politique. Il a divorc&#233; de sa femme, un pas s&#233;rieux pour un Catholique, a laiss&#233; &#233;galement la CIA, autre pas &#233;galement s&#233;rieux pour un homme de quarante ans qui n'avait pas la pratique du travail except&#233; dans des sales coups, et a commenc&#233; ses m&#233;moires, acte le plus s&#233;rieux de tout pour un homme qui donne de la valeur &#224; sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En jouant la prudence qu'on lui avait enseign&#233;e &#224; Langley, Agee a pu terminer une reconstruction immens&#233;ment d&#233;taill&#233;e de ses ann&#233;es &#224; la CIA. La documentation pr&#233;cise - ou la perspective de longues batailles l&#233;gales avec l'agence - a d&#233;courag&#233; beaucoup d'&#233;diteurs des &#201;tats Unis. Mais l'histoire d'Agee a eu deux extr&#233;mit&#233;s heureuses. Le livre a &#233;t&#233; publi&#233; avec un grand succ&#232;s &#224; Londres et ensuite &#224; New York. Et &#224; Paris, il a rencontr&#233; Angela Camargo Seixas, qui a commenc&#233; &#224; vivre avec lui.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune femme &#233;tait une gu&#233;rillera br&#233;silienne appartenant au PCBR, du groupe conduit par Carlos Marighella. Captur&#233;e par la police en 1970, elle avait &#233;t&#233; tortur&#233;e et &#233;tait rest&#233;e 30 mois en prison. On lui avait accord&#233; la libert&#233; surveill&#233;e, et elle s'&#233;tait exil&#233;e &#224; Paris, o&#249; elle &#233;tudiait l'&#233;conomie &#224; la Sorbonne. En septembre 1972 - raconte Langguth - dans une f&#234;te franco-br&#233;silienne, elle a rencontr&#233; Agee, qui se trouvait dans une situation tr&#232;s difficile d'un point de vue &#233;motionne et financier. La rencontre lui a offert un nouvel &#233;lan pour conclure son projet. Dans la premi&#232;re page du &#171; Journal de la CIA &#187;, publi&#233; en 1975, on peut lire comme alin&#233;a : &#034;Consacr&#233; &#224; &#193;ngela Camargo Seixas et &#224; ses camarades d'Am&#233;rique latine qui combattent pour la justice sociale, la dignit&#233; nationale et la paix&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre est devenu un best seller dans de nombreux pays et il a &#233;t&#233; traduit en plus de trente langues. Son auteur s'est consacr&#233; post&#233;rieurement au journalisme, a collabor&#233; &#224; diff&#233;rentes publications acad&#233;miques, a donn&#233; des conf&#233;rences, s'est consacr&#233; &#224; l'activit&#233; entrepreneuriale et a &#233;crit cinq autres livres. &#171; On the run &#187;, publi&#233; en 1987, raconte les p&#233;rip&#233;ties v&#233;cues apr&#232;s l'apparition du &#171; Journal de la CIA &#187;. Les pressions de l'agence ont d&#233;termin&#233; son expulsion d'Angleterre, d'Allemagne, de France et de l'Italie. Il a finalement r&#233;ussi &#224; s'installer en Allemagne. Actuellement, Agee est un militant renomm&#233; pour la paix, les Droits de l'Homme et l'amiti&#233; entre les peuples. Il a fond&#233; en 2000 la premi&#232;re entreprise am&#233;ricaine install&#233;e sur le sol cubain apr&#232;s la r&#233;volution, &#171; Cubalinda &#187;, une agence de voyages consacr&#233;e &#224; resserrer des liens avec le peuple des Cara&#239;bes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction de l'espagnol pour El Correo :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>15 octobre 1945. L'Amiral S A Robinson pose la n&#233;cessit&#233; de la cr&#233;ation d'une Agence d'Intelligence autonome.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/15-octobre-1945-L-Amiral-S-A-Robinson-pose-la-necessite-de-la-creation-d-une-Agence-d-Intelligence-autonome</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/15-octobre-1945-L-Amiral-S-A-Robinson-pose-la-necessite-de-la-creation-d-une-Agence-d-Intelligence-autonome</guid>
		<dc:date>2005-01-22T19:25:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Reproduced at the National Archives &lt;br class='autobr' /&gt; UNITED STATES FLEET HEADQUARTERS OF THE COMMANDER IN CHIEF &lt;br class='autobr' /&gt;
NAVY DEPARTEMENT Int 550/1 &lt;br class='autobr' /&gt;
FF1/A8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Serial : 002278 UNCLASSIFEDXXXXXXXXXXX XXXXXXXXXXX &lt;br class='autobr' /&gt;
XXXXXXXXXXX &lt;br class='autobr' /&gt; 9 OCT 1945 &lt;br class='autobr' /&gt;
MEMORANDUM FOR THE SECRETARY OF THE NAVY : &lt;br class='autobr' /&gt;
Subject : Intelligence &lt;br class='autobr' /&gt;
Reference : a) memo from Admiral S. M. Robinson dated 4 October 1945 on the subject of Intelligence. &lt;br class='autobr' /&gt;
1.	Admiral Robinson's memorandum is on a subject of great importance to (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Creation-structurelle" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation structurelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Reproduced at the National Archives&lt;br /&gt; UNITED STATES FLEET&lt;br /&gt; HEADQUARTERS OF THE COMMANDER IN CHIEF&lt;br /&gt;
NAVY DEPARTEMENT&lt;br /&gt;Int 550/1&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;FF1/A8&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Serial :&lt;/strong&gt; 002278 &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;UNCLASSIFED&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7123 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/IMG/pdf/doc-340.pdf&#034; class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 146.1 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1772795919' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;CIA 3d3b
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;XXXXXXXXXXX&lt;br /&gt; XXXXXXXXXXX&lt;br /&gt;
XXXXXXXXXXX &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 OCT 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MEMORANDUM FOR THE SECRETARY OF THE NAVY :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subject :&lt;/strong&gt; Intelligence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reference :&lt;/strong&gt; a) memo from Admiral S. M. Robinson dated 4 October 1945 on the subject of Intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt;	Admiral Robinson's memorandum is on a subject of great importance to the Untited States. It is, as he says, most importance that there be provided a proper intelligence department in this Government.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt;	As you now, and as Admiral Robinson probably does not know, the Joint Chief of Staff have recognized the inadequacy of present organizations in various Governmental departments and have submitted to the Secretaries of War and Navy their recommendations for the creation of central coordinating authority for the operation of an intelligence service of the United States.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt;	It is understood the recommendations of the Joint Chiefs of Staff have been forwarded by the Secretary of Navy and the Secretary of war to the Secretary of State for further trans&#172;mittal to the President for his information. As you know, this recommendation provides for setting a national intelligence authority composed of the Secretariat of State, War and Navy and 'a representative of the Joint Chiefs of Staff, with a Director of a central intelligence agency appointed by the President and an intelligence advisory board.&#172;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt;	In my opinion, the present unsettled question concerning the reorganization of intelligence activities of the Government should be resolved at the earliest practicable date. I recommend that the Navy Department press far an early establishment of the central intelligence agency along the line recommended by the Joint Chiefs of Staff.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;UNCLASSIFED&lt;br /&gt;
Reproduced at the National Archives&lt;br /&gt; UNITED STATES FLEET&lt;br /&gt;
HEADQUARTERS OF THE COMMANDER IN CHIEF&lt;br /&gt; NAVY DEPARTEMENT&lt;br /&gt;Int 550/2&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;XXXXXXXXXXX&lt;br /&gt; XXXXXXXXXXX&lt;br /&gt;
XXXXXXXXXXX &lt;br /&gt; 10-800&lt;br class='autobr' /&gt;
SMR/je 4 october 1945	&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;UNCLASSIFED&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MEMORANDUM FOR THE SECRETARY &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subjet Establishment of an Intelligence Branch for the United States&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	As a result of the developments of this war, it is believed that the United States has lost completely its security. It is perfectly possible for us to have the finest Navy, the finest Air Force and the finest Army in the world as still be completely and hopelessly defeated before we can strike a blow.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The two important things for this country after the war&lt;br class='autobr' /&gt;
Are :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) To provide for adequate research and&lt;br /&gt;
2) Te provide for a proper Intelligence Department.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;You already have underway the first and I believe that the stops you are taking will eventually lend to proper emphasis being place on research. In regard to the second, I can see no moves or plans that in the slightest degree are adequate to handle this situation. The must recent move that I know of has been to set up an intelligence branch in the State Department. This is no doubt a good thing. I believe that the idea is that it will to some extent coordinate the efforts of the War and Navy Department intelligence service as well. I have no comment to make on this arrangement except to say that it is wholly and completely inadequate to supply the Services which I believe to be the most important item in the Government today. We should have an Intelligence Branch which would report directly to the President of the United States, which would obtain its appropriations directly from Congress in a lump sum, and which would net be subject to accounting and which would not be under the Civil Service. The members of this organization would have to be chosen on a permanent basic ; most of its members would have to spend their entire lives in foreign countries. The head of the organization should be the most carefully selected men in the entire Government setup ; he should be given a completely free hand in its organization, and the sole directive of this organization should be to obtain advance information as to what foreign countries are preparing to attack the United States. This organization should not fritter away its efforts by having agents scattered all over the globe but should concentrate on those countries which are able to make&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNCLASSIFED&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16,404&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Reproduced at the National Archives&lt;br /&gt;
UNCLASSIFED &lt;br /&gt;
Int 550/2&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;War against the United States or which may in the near future be able to make war against the United States and especially those whose motives are at the present time unknown. At the moment I would say that three countries qualify for these conditions -Russia, China, and Argentina. The latter is, of course, at the present -moment a weak country but could in a few years be converted into a very powerful one. If our forces are withdrawn from Germany in the near future, that country could undoubtedly have to be added to the list. It may be that in a few years France and Great Britain would also be added to the list. I can conceive of conditions arising in Brazil which would make it necessary to establish agents there, and, of course, the situation in Japan will depend entirely upon how long we occupy it. As time goes on and conditions change, it would undoubtedly be desirable to move agents from one country to another, but in any case we should be sure of having two or three years warning of the intentions of any country with regard to the United States. I do not believe that this is an impossible program nor even a too ambitions one. Other countries do it. I have informed that the Prime Minister of Great Britain has a foreign intelligence branch which reports directly to him. This information was given to me former naval officer. I don't now whether it is correct or not, but I believe that all country, after this war, will concentrate on developing and perfecting their intelligence systems, and I firmly believe that if this country does not do the same things that we will be destroyed some day by a jealous neighbor and without the slightest warning. There are so many new weapons being produced or perfected that would make this possible that I won't enumerate them here.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	In conclusion, I believe that the most important things now to be done in this country is to establish an independent intelligence agency, the sole purpose of which shall be to keep this country informed or movements of its possible enemies. This agency should not be placed under any Cabinet officer so that it can be submerged when the pinch of funds comes. Also, the placing it under a Cabinet officer is bound to hamper the efforts its chief to attain his goal. The adequacy with we provide this service will probably decide the life of this Nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. M. Robinson&lt;br /&gt;
Admiral, USN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10-800&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;UNCLASSIFED&lt;/h3&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Op&#233;ration Condor &#187;, cauchemar de l'Am&#233;rique latine</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Operation-Condor-cauchemar-de-l-Amerique-latine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Operation-Condor-cauchemar-de-l-Amerique-latine</guid>
		<dc:date>2005-01-19T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Abramovici </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le 12 janvier, un tortionnaire argentin, M. Ricardo Miguel Cavallo, a &#233;t&#233; extrad&#233; du Mexique vers l'Espagne, pour y &#234;tre jug&#233;. Le 6 mars, &#224; Buenos Aires, un autre juge a abrog&#233; les lois qui mettaient les militaires &#224; l'abri de poursuites judiciaires depuis la fin de la dictature. En revanche, au Chili, le g&#233;n&#233;ral Augusto Pinochet a &#233;t&#233; laiss&#233; en libert&#233; sous caution apr&#232;s que la qualification de ses crimes eut &#233;t&#233; r&#233;duite. Pourtant, les t&#233;moignages et documents sur la &#171; sale guerre &#187; men&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Creation-structurelle" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation structurelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 12 janvier, un tortionnaire argentin, M. Ricardo Miguel Cavallo, a &#233;t&#233; extrad&#233; du Mexique vers l'Espagne, pour y &#234;tre jug&#233;. Le 6 mars, &#224; Buenos Aires, un autre juge a abrog&#233; les lois qui mettaient les militaires &#224; l'abri de poursuites judiciaires depuis la fin de la dictature. En revanche, au Chili, le g&#233;n&#233;ral Augusto Pinochet a &#233;t&#233; laiss&#233; en libert&#233; sous caution apr&#232;s que la qualification de ses crimes eut &#233;t&#233; r&#233;duite. Pourtant, les t&#233;moignages et documents sur la &#171; sale guerre &#187; men&#233;e par les dictatures du c&#244;ne sud, avec l'aval des Etats-Unis, se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous, les Chiliens, comme tous les peuples d'Occident, combattons les dictatures en &lt;i&gt;&#034;ismes&#034;&lt;/i&gt; et les agents &#233;trangers mena&#231;ant notre pays. On doit les combattre de toutes ses forces, l'arme principale &#233;tant la coop&#233;ration entre les polices de toute l'Am&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A Crime Does Not Pay. For the Common Defense, MGM, 1943.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; se&#241;or Castillo, du service de renseignement chilien &#187;, a les yeux braqu&#233;s sur le spectateur. Le film s'intitule Le crime ne paie pas. Nous sommes pendant la seconde guerre mondiale et Hollywood fabrique alors des petits films patriotiques baptis&#233;s &#171; Pour une d&#233;fense commune &#187;. Inspir&#233;s par le FBI, ils se veulent une attaque contre les espions nazis en Am&#233;rique latine et une illustration de la coop&#233;ration des services de police et de renseignement &#224; l'&#233;chelle du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dater de cette p&#233;riode les origines de ce qui va devenir l'op&#233;ration Condor : un vaste plan de r&#233;pression continental mis en place par les dictatures latino-am&#233;ricaines dans les ann&#233;es 1970-1980. Seule la couleur de &#171; l'isme &#187; a alors chang&#233;, passant du brun au rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la d&#233;couverte, par hasard, fin d&#233;cembre 1992, de deux tonnes d'archives de la dictature Stroessner dans un commissariat de Lambar&#233;, dans la banlieue d'Asunci&#243;n (Paraguay), qui a permis de reconstituer les activit&#233;s criminelles de ce r&#233;seau international. Le d&#233;classement de documents de la CIA concernant le Chili, le 13 novembre 2000, a confirm&#233; et pr&#233;cis&#233; la teneur de ces &lt;strong&gt;&#171; archives de la terreur &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la conf&#233;rence panam&#233;ricaine de Chapultepec, au Mexique, en f&#233;vrier 1945, les Etats-Unis mettent en garde les militaires sud-am&#233;ricains contre le communisme. Dans cette perspective, des accords bilat&#233;raux d'assistance militaire seront effectivement sign&#233;s en 1951 : approvisionnement en armes et financements am&#233;ricains, stationnement de conseillers militaires et entra&#238;nement des officiers latino-am&#233;ricains aux Etats-Unis et &#224; l'Ecole des Am&#233;riques, dans la zone am&#233;ricaine du canal de Panam&#225;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution castriste, en 1959, pr&#233;cipite &#233;videmment le mouvement vers une &#171; d&#233;fense continentale contre le communisme &#187;. En 1960, le g&#233;n&#233;ral Theodore F. Bogart, commandant de l'US Southern Command (commandement sud de l'arm&#233;e des Etats-Unis), bas&#233; dans la Canal Zone, &#224; Panam&#225;, invite ses coll&#232;gues latinoam&#233;ricains &#224; une r&#233;union &#171; amicale &#187; pour discuter des probl&#232;mes communs. Ainsi naissent les Conf&#233;rences des arm&#233;es am&#233;ricaines (CEA). Tenues chaque ann&#233;e &#224; Fort Amador (Panam&#225;), puis &#224; West Point en 1964, les r&#233;unions s'espacent &#224; partir de 1965, pour &#234;tre organis&#233;es tous les deux ans. L&#224;, dans ce lieu de r&#233;union quelque peu obsessionnel, typique de la guerre froide et ne donnant lieu qu'&#224; de rares &#233;chos publics, se situe le coeur de ce qui deviendra l'op&#233;ration Condor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors du MCI (Mouvement communiste international, acronyme commode pour d&#233;signer tous les opposants), les militaires latinoam&#233;ricains partagent une obsession majeure : l'interconnexion des services. D&#232;s sa deuxi&#232;me r&#233;union, la CEA exprime le d&#233;sir d'&#233;tablir un comit&#233; permanent dans la zone du canal de Panam&#225; &#171; afin d'&#233;changer des informations et du renseignement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Secretaria Permanente CEA, Boletin Informativo, n&#176; 1, Santiago, Chili, 1985.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce souhait va aboutir &#224; la mise en place d'un r&#233;seau de communication &#224; l'&#233;chelle continentale et &#224; des rencontres bilat&#233;rales ultra-secr&#232;tes (Argentine-Paraguay, Br&#233;sil-Argentine, Argentine-Uruguay, Paraguay-Bolivie, etc.), pour le renseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emises par tel pays vers un ou plusieurs autres, des fiches d'information circulent &#224; travers le r&#233;seau &#171; Agremil &#187; - de agregados militares (attach&#233;s militaires). Emanant g&#233;n&#233;ralement des services de renseignement militaires (G-2), elles peuvent aussi provenir des polices politiques ou m&#234;me de services moins officiels comme l'Organisation de coordination des op&#233;rations antisubversives (OCOA), un escadron de la mort issu de la police politique uruguayenne, dont les membres participent aux interrogatoires, aux tortures et aux ex&#233;cutions, notamment en Argentine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nunca Mas/Conadep, Editorial Universitaria de Buenos Aires, 1984.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la X&#232; r&#233;union de la CEA (Caracas, 3 septembre 1973), le g&#233;n&#233;ral Breno Borges Fortes, chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e br&#233;silienne, admet que la strat&#233;gie de lutte contre le communisme est du ressort exclusif des forces arm&#233;es de chaque pays mais que, &#171; en ce qui concerne l'aspect collectif, nous estimons que sont seuls efficaces (...) l'&#233;change d'exp&#233;riences ou d'informations et l'aide technique dans la mesure o&#249; celle-ci est sollicit&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diffusion de l'information sur l'Am&#233;rique latine (DIAL), n&#176; 125, Paris, 25 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. D&#233;cision est prise de &#171; donner plus de force &#224; l'&#233;change d'informations pour contrecarrer le terrorisme et (...) contr&#244;ler les &#233;l&#233;ments subversifs dans chaque pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Secretaria Permanente CEA, Boletin Informativo, n&#176; 1, op. cit.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le sous-continent tombe progressivement dans les serres des r&#233;gimes militaires inspir&#233;s de l'exemple br&#233;silien, l'Argentine vit une curieuse transition entre le retour au pouvoir de Juan Domingo Peron en 1973 et le putsch de 1976. La police et les forces arm&#233;es autorisent le d&#233;veloppement d'escadrons de la mort issus de leurs rangs, comme l'Alliance anticommuniste argentine (AAA). Pourtant, l'Argentine demeure alors le seul pays du c&#244;ne Sud o&#249; peuvent trouver asile des milliers de r&#233;fugi&#233;s, surtout chiliens et uruguayens, victimes de la pers&#233;cution politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Force sp&#233;ciale anti-exil&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but mars 1974, des repr&#233;sentants des polices du Chili, d'Uruguay et de Bolivie se r&#233;unissent avec le sous-chef de la police f&#233;d&#233;rale argentine, le commissaire Alberto Villar (cofondateur de l'AAA), pour &#233;tudier la mani&#232;re dont ils pourraient collaborer pour d&#233;truire le &#171; foyer subversif &#187; que constitue &#224; leurs yeux la pr&#233;sence de ces milliers de &lt;i&gt;&#171; subversifs &#187;&lt;/i&gt; &#233;trangers en Argentine. Le repr&#233;sentant du Chili, un g&#233;n&#233;ral des carabiniers, (Lire dans El Correo : &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=1840&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Autentico&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;) propose &#171; d'accr&#233;diter dans chaque ambassade un agent de la S&#233;curit&#233;, qui pourrait appartenir soit aux forces arm&#233;es soit &#224; la police, et dont la fonction principale serait d'assurer la coordination avec la police ou le repr&#233;sentant de la S&#233;curit&#233; de chaque pays &#187;. Le g&#233;n&#233;ral ajoute : &#171; Nous devrions disposer &#233;galement d'une centrale d'informations o&#249; l'on pourrait se procurer les renseignements concernant les individus marxistes (...), &#233;changer des programmes et des informations sur les personnes politiques (...). Il faudrait que nous puissions aller et venir en Bolivie, de la Bolivie aller au Chili, et de l&#224; revenir en Argentine, bref nous d&#233;placer dans n'importe lequel de ces pays sans qu'il soit besoin d'une enqu&#234;te formelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Version st&#233;nographique publi&#233;e par El Autentico, Buenos Aires, 10 d&#233;cembre 1975.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commissaire Villar promet que le D&#233;partement des affaires &#233;trang&#232;res (DAE) de la surintendance de s&#233;curit&#233; de la police f&#233;d&#233;rale argentine s'occupera des &#233;trangers qui int&#233;ressent les juntes voisines. En ao&#251;t de cette ann&#233;e-l&#224; commencent effectivement &#224; appara&#238;tre, sur les d&#233;p&#244;ts d'ordures de Buenos Aires, les premiers cadavres de r&#233;fugi&#233;s &#233;trangers, notamment boliviens. Le 30 septembre, dans la capitale argentine, une bombe pos&#233;e par un commando chilien et un agent (ou ex-agent) de la CIA, Michael Townley, tue le g&#233;n&#233;ral Carlos Prats, ancien commandant en chef de l'arm&#233;e chilienne pendant l'Unit&#233; populaire et fer de lance de l'opposition au g&#233;n&#233;ral Augusto Pinochet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des commandos policiers ou militaires franchissent les fronti&#232;res. Au cours des mois de mars et avril 1975, par exemple, plus de vingt-cinq Uruguayens sont arr&#234;t&#233;s &#224; Buenos Aires par des policiers argentins et uruguayens. Dans les locaux de la police argentine, ceux-ci m&#232;nent conjointement les interrogatoires. Jorge Isaac Fuentes Alarc&#243;n, militant chilien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;sociologe, ex dirigent etudiant, membre du Comit&#233; Central du MIR&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est, lui, arr&#234;t&#233; sur la fronti&#232;re paraguayenne par la police de ce pays. Comme l'&#233;tablira la commission Retting - commission nationale de v&#233;rit&#233; et de r&#233;conciliation chilienne - dans son rapport remis au pr&#233;sident Patricio Aylwin le 8 f&#233;vrier 1991&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Informe de la Comisi&#243;n de Verdad y Reconciliaci&#243;n &#187;, texte officiel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'interrogatoire du captif est men&#233; par la police paraguayenne, les services de renseignements argentins et... des fonctionnaires de l'ambassade des Etats-Unis &#224; Buenos Aires, ces derniers transmettant &#224; la police chilienne les informations recueillies. Alarc&#243;n sera ensuite remis aux agents de la Direction du renseignement national chilien (DINA) pr&#233;sents au Paraguay, et transf&#233;r&#233; au Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, entre-temps, le Chili a perfectionn&#233; le syst&#232;me. Apr&#232;s le putsch du 11 septembre 1973 - dans lequel le pr&#233;sident am&#233;ricain Richard Nixon et son secr&#233;taire d'Etat, M. Henry Kissinger, ont une responsabilit&#233; directe -, le g&#233;n&#233;ral Pinochet a confi&#233; les pleins pouvoirs au colonel Manuel Contreras pour &#171; extirper le cancer communiste &#187; du pays. Assez vite, la DINA se transforme en Etat dans l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forte pr&#233;sence &#224; l'&#233;tranger d'opposants irr&#233;ductibles constitue l'un des principaux probl&#232;mes de la dictature chilienne. Elle r&#233;ussit l'assassinat du g&#233;n&#233;ral Prats, mais les anticastristes cubains recrut&#233;s pour la circonstance ratent, en f&#233;vrier 1975, l'ex&#233;cution de Carlos Altamirano et de Volodia Teitelboim, respectivement chefs du Parti socialiste et du Parti communiste chilien en exil. D&#233;but ao&#251;t, le colonel Contreras effectue un voyage destin&#233; &#224; convaincre les services de s&#233;curit&#233; de toute l'Am&#233;rique latine de cr&#233;er une force sp&#233;ciale anti-exil&#233;s. Il prend &#233;galement la peine, le 25 ao&#251;t, de se rendre au si&#232;ge de la CIA &#224; Washington, o&#249; il rencontre M. Vernon Walters, sous-directeur charg&#233; de l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours plus tard, il rend visite, &#224; Caracas, &#224; M. Rafael Riva Vasquez, directeur adjoint des services de renseignement v&#233;n&#233;zu&#233;liens, la DISIP : &#171; Il expliqua (...) qu'il souhaitait avoir des agents dans les ambassades chiliennes &#224; l'&#233;tranger, qu'il entra&#238;nait d&#233;j&#224; des officiers d'ambassades pr&#234;ts &#224; servir d'agents le cas &#233;ch&#233;ant. Il dit qu'il avait fait plusieurs voyages couronn&#233;s de succ&#232;s pour obtenir le soutien de diff&#233;rents services de renseignement latino-am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela sur la base d'accords verbaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T&#233;moignage du 29 juin 1979 devant la justice &#233;tasunienne, lors du proc&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Selon M. Rivas, le gouvernement v&#233;n&#233;zu&#233;lien ordonne &#224; la DISIP de repousser les ouvertures du colonel Contreras. C'est le seul refus. Tous les autres pays (Br&#233;sil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Bolivie) acceptent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, ordre est donn&#233; de mettre en place un r&#233;seau en Europe. Celui-ci s'articule autour de terroristes d'extr&#234;me droite italiens. Ne pouvant &#233;liminer Carlos Altamirano - qui vit en R&#233;publique f&#233;d&#233;rale allemande sous escorte arm&#233;e -, ces ex&#233;cutants s'en prennent &#224; M. Bernardo Leighton, ancien vice-pr&#233;sident du Chili et l'un des fondateurs du Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien. Le 6 octobre 1975, M. Leighton et son &#233;pouse sont attaqu&#233;s &#224; Rome par un commando fasciste. Ils s'en tirent, mais Mme Leighton reste paralys&#233;e &#224; vie. Malgr&#233; cet &#233;chec, le g&#233;n&#233;ral Pinochet rencontre le chef des commandos italiens, un certain Stefano Delle Chiaie, qui accepte de rester &#224; la disposition des Chiliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de sa r&#233;union du 19 au 26 octobre 1975 &#224; Montevideo, la CEA approuve l'organisation d'une &#171; premi&#232;re r&#233;union de travail du renseignement national &#187;, pr&#233;par&#233;e par le colonel Contreras, qui se tient &#224; Santiago du Chili, du 25 novembre au 1er d&#233;cembre 1975. Elle a &#171; un caract&#232;re strictement secret &#187;. La proposition principale du colonel Contreras porte sur la cr&#233;ation d'un fichier continental, &#171; quelque chose, dans ses lignes g&#233;n&#233;rales, de semblable &#224; ce qu'a Interpol &#224; Paris, mais sp&#233;cialis&#233; dans la subversion &#187;. L'op&#233;ration Condor, version chilienne, est n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la CIA - qui pr&#233;tend n'en avoir r&#233;ellement entendu parler qu'en 1976&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vraie ou fausse, cette affirmation ne peut occulter que le colonel Contreras (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; -, trois pays membres de Condor, le Chili, l'Argentine et l'Uruguay, &#171; auraient &#233;tendu leurs activit&#233;s de coop&#233;ration antisubversive afin d'inclure l'assassinat de terroristes de haut rang en exil en Europe &#187;. Alors qu'il &#233;tait acquis depuis des ann&#233;es que l'&#233;change des informations se passe plut&#244;t de mani&#232;re bilat&#233;rale, &#171; une troisi&#232;me et tr&#232;s secr&#232;te phase de l'op&#233;ration Condor aurait concern&#233; la formation d'&#233;quipes sp&#233;ciales venant des pays membres, impliqu&#233;es dans des op&#233;rations qui incluraient des assassinats contre des terroristes ou des sympathisants d'organisations terroristes. Par exemple, si un terroriste ou un sympathisant d'une organisation terroriste d'un pays membre &#233;tait identifi&#233;, une &#233;quipe sp&#233;ciale serait exp&#233;di&#233;e afin de rep&#233;rer et surveiller la cible. Quand le rep&#233;rage et la surveillance seraient effectu&#233;s, une deuxi&#232;me &#233;quipe serait envoy&#233;e pour op&#233;rer contre la cible. L'&#233;quipe sp&#233;ciale serait &#233;quip&#233;e de faux documents issus des pays membres. Elle pourrait &#234;tre compos&#233;e d'individus venus d'une ou plusieurs nations membres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une privatisation des op&#233;rations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la CIA, le centre op&#233;rationnel de cette &#171; phase trois &#187; se situe &#224; Buenos Aires o&#249; une &#233;quipe sp&#233;ciale aurait &#233;t&#233; constitu&#233;e. Pendant ce temps, les r&#233;unions bilat&#233;rales de la CEA continuent entre les diff&#233;rents pays du c&#244;ne Sud et leurs effets sont tout aussi brutaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour faire face &#224; leur &#171; sale guerre &#187;, les Argentins sont les seuls en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses r&#233;unions Condor ont lieu en 1976, souvent avec les m&#234;mes participants qu'au cours des rencontres bilat&#233;rales. Toujours selon la CIA, &#171; alors que la coop&#233;ration existait entre leurs services de renseignement et de s&#233;curit&#233; respectifs depuis quelque temps (...), l'effort de coop&#233;ration n'a pas &#233;t&#233; formalis&#233; avant la fin mai 1976, quand une r&#233;union Condor eut lieu &#224; Santiago du Chili. Le th&#232;me de base de la r&#233;union fut une coop&#233;ration &#224; long terme entre les services des pays participants mais bien au-del&#224; de l'&#233;change d'informations. Les membres de Condor se donnaient des noms de code num&#233;riques : &#171; Condor un &#187;, &#171; Condor deux &#187;, etc. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ann&#233;e terrible pour les opposants, r&#233;fugi&#233;s o&#249; ils le peuvent. Sous le pr&#233;texte de s'attaquer &#224; des &#171; terroristes &#187;, partisans de l'opposition arm&#233;e, on s'en prend &#224; n'importe qui. Assassinats, disparitions, les ex&#233;cuteurs latino-am&#233;ricains n'ont plus de fronti&#232;res. C'est l'&#233;poque o&#249; M. Henry Kissinger d&#233;clare au g&#233;n&#233;ral Pinochet, lors d'une conversation cordiale tenue le 8 juin &#224; Santiago : &#171; Aux Etats-Unis, comme vous le savez, nous sommes de tout coeur avec vous (...). Je vous souhaite de r&#233;ussir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Document d&#233;classifi&#233;, cit&#233; in El Pa&#237;s, 28 f&#233;vrier 1999.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle r&#233;pression rend pourtant de plus en plus difficile la conservation du secret. La CIA se fait alors l'&#233;cho de rumeurs f&#226;cheuses : &#171; Les officiers de l'arm&#233;e qui ont &#233;t&#233; mis sur le sujet ont commenc&#233; &#224; en parler ouvertement. Leur blague favorite est que &#034;l'un de leur coll&#232;gue est en dehors du pays parce qu'il vole comme le Condor&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est la politique d'assassinats cibl&#233;s invent&#233;e par le colonel Contreras qui, au moins formellement, va mettre fin &#224; Condor. L'officier chilien commet en effet l'erreur de faire assassiner l'ancien ministre des affaires &#233;trang&#232;res du Chili, Orlando Letelier, &#224; Washington, le 21 septembre 1976. Les Am&#233;ricains enqu&#234;tent pour d&#233;couvrir les commanditaires de cette op&#233;ration. Le chef d'antenne du FBI &#224; Buenos Aires &#233;met un rapport d&#233;crivant Condor et sa &lt;i&gt;&#171; phase trois &#187;&lt;/i&gt;, dont certains extraits sont repris par la presse am&#233;ricaine. Une commission d'enqu&#234;te parlementaire travaille bient&#244;t sur la question. Au Chili, la DINA est dissoute et imm&#233;diatement remplac&#233;e, sans le colonel Contreras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait du respect des droits humains l'un des axes de sa politique, le nouveau pr&#233;sident des Etats-Unis, le lib&#233;ral James Carter, n'accepte pas ce genre d'activit&#233;s. Ou, pour le moins, il n'entend pas que les Etats-Unis puissent y &#234;tre m&#234;l&#233;s. G&#233;n&#233;ralement, on consid&#232;re que l'administration am&#233;ricaine fait alors pression sur les pays latino-am&#233;ricains pour qu'ils fassent cesser Condor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 13 au 15 d&#233;cembre 1976, des repr&#233;sentants de tous les pays membres de l'organisation se rencontrent &#224; Buenos Aires pour discuter des plans futurs, dans ce contexte nouveau. Tr&#232;s clairement, les Argentins (qui, depuis le putsch du 23 mars, d&#233;passent en f&#233;rocit&#233; toutes les autres dictatures) reprennent les choses en main et trouvent, avec les Paraguayens, un autre canal plus discret et plus s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1977, &#224; Asunci&#243;n, se d&#233;roule la troisi&#232;me r&#233;union de la Conf&#233;d&#233;ration anticommuniste d'Am&#233;rique Latine (CAL). S'y retrouve la fine fleur des dictatures, du g&#233;n&#233;ral Gustavo Leigh, membre de la junte chilienne, au g&#233;n&#233;ral pr&#233;sident argentin Jorge Videla, en passant par tout ce que l'Am&#233;rique latine compte de tortionnaires et de membres des escadrons de la mort. La CAL est une &#233;manation d'un mouvement international li&#233; aux diff&#233;rents services de renseignement, la Ligue mondiale anticommuniste (WACL).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la r&#233;union, plusieurs probl&#232;mes sont soulev&#233;s. D'une part, l'attitude am&#233;ricaine visant &#224; r&#233;installer la d&#233;mocratie en Am&#233;rique latine ; d'autre part, le d&#233;veloppement de la gu&#233;rilla en Am&#233;rique centrale ; enfin, le positionnement de certains secteurs de l'&#233;glise catholique consid&#233;r&#233;s comme appartenant &#224; part enti&#232;re au mouvement communiste international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un plan propos&#233; par les Boliviens, visant &#224; &#171; l'&#233;radication &#187; des religieux adeptes de la th&#233;ologie de la lib&#233;ration et formalis&#233; sous le nom de &#171; plan Banzer &#187;, du nom du dictateur bolivien, sera effectivement appliqu&#233; au cours des ann&#233;es suivantes. Il aboutira &#224; l'ex&#233;cution de centaines de pr&#234;tres, religieux, oblats, nonnes, la&#239;cs membres de communaut&#233;s religieuses, &#233;v&#234;ques, etc., pour culminer avec l'assassinat de l'archev&#234;que Oscar Romero, &#224; San Salvador (Salvador).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prenant en main la r&#233;pression continentale, les Argentins se d&#233;barrassent de tout contr&#244;le. D'un certain point de vue, confier la coordination de la r&#233;pression &#224; des escadrons de la mort, m&#234;me avec des militaires ou des policiers, revient &#224; &#171; privatiser &#187; les op&#233;rations. D'un autre c&#244;t&#233;, les r&#233;unions bilat&#233;rales du renseignement continuent et les rencontres de la CEA - tenues sous la houlette des Etats-Unis - se poursuivent. La r&#233;union de 1977 a lieu &#224; Managua, au Nicaragua, et celle de 1979 &#224; Bogot&#225; en Colombie. Les Argentins envoient plusieurs missions en Am&#233;rique centrale afin d'aider les forces arm&#233;es et les polices politiques. De fa&#231;on &#224; s'affranchir des &#233;coles de guerre am&#233;ricaines, ils commencent &#224; organiser des stages de lutte contre la subversion d&#232;s le printemps 1979 &#224; Buenos Aires. La chute de la dictature somoziste, en juillet 1979, va &#233;videmment encourager les Latino-Am&#233;ricains &#224; adopter des standards communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la quatri&#232;me r&#233;union de la CAL, pr&#233;sid&#233;e par le g&#233;n&#233;ral argentin Suarez Mason en septembre 1980, &#224; Buenos Aires, des discussions visent &#224; &#233;tablir une &#171; solution argentine &#187; dans toute l'Am&#233;rique latine. Depuis avril 1980, le secr&#233;tariat am&#233;ricain &#224; la d&#233;fense sait que le Chili, l'Argentine, l'Uruguay, le Paraguay et le Br&#233;sil remettent sur le tapis l'id&#233;e d'une &#171; organisation antiterroriste internationale &#187;. Une nouvelle mouture de Condor ! Pendant ce temps, les massacres perp&#233;tr&#233;s de mani&#232;re coordonn&#233;e, sous l'&#233;gide de la CAL, par des escadrons de la mort et des organismes de s&#233;curit&#233; se poursuivent en Am&#233;rique centrale. Et les fiches &lt;i&gt;&#171; Agremil &#187;&lt;/i&gt; continuent de circuler dans tous les &#233;tats-majors, avec leurs corollaires : arrestations multinationales, &#233;changes de prisonniers, &#233;quipes internationales de tortionnaires, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1981, la r&#233;union de la CEA a lieu &#224; Washington : le pr&#233;sident r&#233;publicain Ronald Reagan vient d'&#234;tre &#233;lu. Nouveau tournant. L'existence du Nicaragua sandiniste relance la coop&#233;ration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 1er d&#233;cembre 1981, un budget de 19 millions de dollars est d&#233;bloqu&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il est d&#233;cid&#233; de signer de nouveaux accords bilat&#233;raux sur l'information concernant les &#034;terroristes&#034; et, surtout, de cr&#233;er un secr&#233;tariat permanent de la CEA, qui sera effectivement install&#233; le 24 mai 1984 &#224; Santiago du Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Chili des militaires va demeurer le dernier rempart contre les communistes en Am&#233;rique du Sud (avec le Paraguay) lorsque l'Argentine, en 1983, redevient une d&#233;mocratie. Entre-temps, l'administration Reagan a confi&#233; tant &#224; la CIA qu'au secteur priv&#233; et &#224; la CAL son programme de guerre clandestine en Am&#233;rique centrale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Pierre Abramovici, &#171; Des millions de dollars pour les &#034;combattants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant au contenu id&#233;ologique de la CEA, il demeure la guerre contre le communisme international. Seul changement, on trouve d&#233;sormais sous ce vocable, outre les habituels opposants de gauche et les pr&#234;tres, les organisations de d&#233;fense des droits de la personne. Au fur et &#224; mesure s'y ajoutent les partisans des proc&#232;s contre les tortionnaires, les juges ou les journalistes, puis les opposants &#224; la corruption dans laquelle les militaires sont largement impliqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formellement, Condor dispara&#238;t dans les jungles de l'Am&#233;rique centrale quand les Etats-Unis reprennent en main la lutte contre le Nicaragua sandiniste. Plus simplement, la fin de la guerre froide et la somme de ses exc&#232;s lui portent un coup fatal. M&#234;me si l'op&#233;ration elle-m&#234;me ne concerne que quelques dizaines ou quelques centaines de victimes cibl&#233;es, le bilan g&#233;n&#233;ral de la r&#233;pression pour le seul c&#244;ne Sud, durant cette p&#233;riode, est d'environ 50.000 assassin&#233;s, 35.000 disparus et 400.000 prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il n'y ait plus d'ex&#233;cutions ou de tortures institutionnalis&#233;es &#224; l'&#233;chelon continental, rien ne permet d'affirmer que ces pratiques ont disparu. En t&#233;moignent les exactions commises par les paramilitaires colombiens, li&#233;s &#224; certains secteurs de l'arm&#233;e de ce pays. Le 8 mars 2000, un rapport de la Commission sur la s&#233;curit&#233; continentale de l'Organisation des Etats am&#233;ricains (OEA) a fait l'historique de dix ans de coop&#233;ration entre les diff&#233;rents Etats latino- et centre-am&#233;ricains. L'ennemi s'appelle d&#233;sormais &#171; trafiquant de drogue &#187; plut&#244;t que &#171; communiste &#187;, mais globalement le discours, m&#234;me &#233;maill&#233; de r&#233;f&#233;rences aux droits humains, reste identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une multitude d'accords ont &#233;t&#233; sign&#233;s entre de nombreux pays d'Am&#233;rique latine et d'Am&#233;rique centrale, et entre ceux-ci et les Etats-Unis. Tous visent &#224; une plus grande coop&#233;ration bilat&#233;rale ou multilat&#233;rale, essentiellement dans le domaine du terrorisme, du blanchiment d'argent et du trafic de stup&#233;fiants. La place des arm&#233;es se voit r&#233;affirm&#233;e dans l'organisation du contr&#244;le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, depuis le milieu des ann&#233;es 1990 et sous l'&#233;gide des Etats-Unis, les pays d'Am&#233;rique latine multiplient les &#233;changes bilat&#233;raux. Dans le seul domaine du renseignement, on les chiffre par dizaines, sans compter la Conf&#233;rence annuelle des services de renseignement des arm&#233;es des Etats membres de l'OEA. La CEA a continu&#233; ses r&#233;unions, en Argentine en 1995, en Equateur en 1997. Une conf&#233;rence militaire multilat&#233;rale sur les services de renseignement, la premi&#232;re depuis celle du colonel Contreras en 1975, a &#233;t&#233; organis&#233;e par l'arm&#233;e bolivienne du 8 au 10 mars 1999, en pr&#233;sence des arm&#233;es de l'Argentine, du Br&#233;sil, de la Colombie, de l'Equateur, des Etats-Unis (commandement sud), du Paraguay, de l'Uruguay et du Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;&#171; s&#233;curit&#233; des Am&#233;riques &#187;&lt;/i&gt;, priorit&#233; ch&#232;re aux Etats-Unis, ne donne pas forc&#233;ment la premi&#232;re place &#224; la d&#233;mocratie. Ce qui a permis Condor ne demande qu'&#224; &#234;tre r&#233;activ&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2001/05/ABRAMOVICI/15179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/u&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Mai 2001&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;* Pierre Abramovici&lt;/strong&gt;, Journaliste. &lt;br /&gt;
Auteur &lt;strong&gt;d'Un rocher bien occup&#233;&lt;/strong&gt;, &lt;br /&gt;
Editions du Seuil, Paris, septembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.elcorreo.eu.org/&#034;http:/www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=1526'&gt;&lt;i&gt;Argentine &#034;L'autre sale guerre d'Aussaresses&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;****************&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir aussi :&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2004/11/A/11675&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#171; Mercenaires &#187; : compl&#233;ments documentaires.&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A Crime Does Not Pay. For the Common Defense, MGM, 1943.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Secretaria Permanente CEA, Boletin Informativo, n&#176; 1, Santiago, Chili, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nunca Mas/Conadep, Editorial Universitaria de Buenos Aires, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Diffusion de l'information sur l'Am&#233;rique latine (DIAL), n&#176; 125, Paris, 25 octobre 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Secretaria Permanente CEA, Boletin Informativo, n&#176; 1, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Version st&#233;nographique publi&#233;e par &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/?10-decembre-1975El&amp;lang=es&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Autentico, Buenos Aires, 10 d&#233;cembre 1975&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;sociologe, ex dirigent etudiant, membre du Comit&#233; Central du MIR&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Informe de la Comisi&#243;n de Verdad y Reconciliaci&#243;n &#187;, texte officiel complet, 278 pages, publi&#233; par La Naci&#243;n, Santiago, 5 mars 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T&#233;moignage du 29 juin 1979 devant la justice &#233;tasunienne, lors du proc&#232;s intent&#233; contre les assassins d'Orlando Letelier, &#224; Washington.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vraie ou fausse, cette affirmation ne peut occulter que le colonel Contreras fut un agent informateur de la CIA de 1974 &#224; 1977, et r&#233;tribu&#233; par l'Agence jusqu'en 1975 (&#171; par erreur &#187;, affirme la CIA), comme l'a r&#233;v&#233;l&#233; un document d&#233;classifi&#233; remis au Congr&#232;s am&#233;ricain &#224; sa demande, le 19 septembre 2000. El Nuevo Herald, Miami, 20 septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour faire face &#224; leur &#171; sale guerre &#187;, les Argentins sont les seuls en Am&#233;rique latine &#224; ne pas faire appel aux seuls Am&#233;ricains. En 1976, une mission militaire fran&#231;aise se trouve &#224; Buenos Aires pour entra&#238;ner les forces arm&#233;es argentines &#224; la lutte antisubversion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Document d&#233;classifi&#233;, cit&#233; in El Pa&#237;s, 28 f&#233;vrier 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 1er d&#233;cembre 1981, un budget de 19 millions de dollars est d&#233;bloqu&#233; par l'administration am&#233;ricaine pour permettre l'entra&#238;nement d'un premier contingent de 500 contras (contre-r&#233;volutionnaires nicaraguayens) par des officiers argentins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Pierre Abramovici, &#171; Des millions de dollars pour les &#034;combattants de la libert&#233;&#034; &#187;, Le Monde diplomatique, avril 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Condor &#224; l'export : Trafic de drogues, Terrorisme d'Etat et D&#233;mocratie militaris&#233;e</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Le-Condor-a-l-export-Trafic-de-drogues-Terrorisme-d-Etat-et-Democratie-militarisee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Le-Condor-a-l-export-Trafic-de-drogues-Terrorisme-d-Etat-et-Democratie-militarisee</guid>
		<dc:date>2004-11-16T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samuel Blixen</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Publication conjointe de The Transnational Institute, Centre de Documentation et information-Bolivie et Inforpress Centre-am&#233;ricaine, Guatemala, avril 1997 prim&#233; par le Prix Sim&#243;n Bolivar 1997 &lt;br class='autobr' /&gt; En avril 1996, quand le processus de n&#233;gociation entre le gouvernement mexicain et les dirigeants indig&#232;nes de l'Arm&#233;e Zapatista de Lib&#233;ration Nationale f&#234;tait ses deux ans, le g&#233;n&#233;ral Mario Ren&#225;n Castillo, chef de la force de taches (intervention) Arco Iris (Arc-en-ciel) s'est d&#233;ploy&#233; dans l'&#233;tat (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Creation-structurelle" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation structurelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Publication conjointe de &lt;i&gt;The Transnational Institute&lt;/i&gt;, Centre de Documentation et information-Bolivie et Inforpress Centre-am&#233;ricaine, Guatemala, avril 1997 prim&#233; par le Prix Sim&#243;n Bolivar 1997&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En avril 1996, quand le processus de n&#233;gociation entre le gouvernement mexicain et les dirigeants indig&#232;nes de l'Arm&#233;e Zapatista de Lib&#233;ration Nationale f&#234;tait ses deux ans, le g&#233;n&#233;ral Mario Ren&#225;n Castillo, chef de la force de taches (intervention) Arco Iris (Arc-en-ciel) s'est d&#233;ploy&#233; dans l'&#233;tat du Chiapas, &#171; d&#233;couvrait &#187; des d&#233;p&#244;ts de drogues dans trois localit&#233;s : Les Marguerites, Ocosingo et Altamirano, trois points g&#233;ographiques &#233;quidistants d'Aguascalientes construit par les zapatistas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mois suivant, le 19 mai, des effectifs du groupe sp&#233;cial Ledin, de l' arm&#233;e mexicaine, ont ratiss&#233; les collines entre les lieux dits Tianal et Sikiculum, &#224; la recherche de &#171; substances &#187;, comme a expliqu&#233; l'Institut National pour le Combat des Drogues. L'arm&#233;e a mont&#233; quatre campements aux alentours d'Aguascalientes II, confirmant dans une certaine mesure les d&#233;nonciations zapatistes sur une offensive militaire imminente qui, comme tout le long du processus de n&#233;gociation, agissait comme contrepoint des conversations intermittentes de paix. Le g&#233;n&#233;ral Castillo a r&#233;fut&#233; la d&#233;nonciation attribuant le d&#233;ploiement des troupes &#224; la r&#233;pression d'un hypoth&#232;tique &#171; cartel du Sud-est &#187;, qui s'ouvrait dans les &#233;tats du Chiapas, Campeche et Tabasco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers le milieu de 1996, le Centre de Droits Humains Fray Bartolom&#233; de las Casas d&#233;non&#231;ait que le nord du Chiapas &#171; vivait un &#233;tat de guerre civile latente &#187; , cons&#233;quence de l'action des groupes paramilitaires : &#171; Les Chinchulines &#187; op&#233;rant dans la commune de Chil&#243;n ; &#171; Paix et Justice &#187; &#224; Sabanilla ; &#171; Front Civique Luis Donaldo Colosio &#187; et l'&#171; Organisation Juv&#233;nile Ind&#233;pendante &#187; harcelant Tila et Salto de Aguas. Quelque 600 paysans ont &#233;t&#233; assassin&#233;s ou ont disparu durant les trois derni&#232;re ann&#233;es, des mains des gardes blanches, form&#233;es ou soutenues par les appareils &#233;tatiques de s&#233;curit&#233;, selon les plaintes des organismes de droits humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment, en juin 1996, le D&#233;partement d'&#201;tat des &#201;tats-Unis a annonc&#233; qu'il accorderait cinq millions de dollars suppl&#233;mentaires pour un programme de qualification des militaires mexicains dans la guerre contre les drogues ; et en ao&#251;t, le s&#233;nateur Jesse Helms a lev&#233; son veto &#224; la proposition du g&#233;n&#233;ral Geoffrey Mc Cafrey d'offrir &#224; l'arm&#233;e mexicaine 50 h&#233;licopt&#232;res Huey HU-1H &#171; d'occasion &#187;, sous forme de donation ; en &#233;change, le gouvernement mexicain &#171; acceptait &#187; que la flotte d'h&#233;licopt&#232;res soit soumise &#224; un &#171; monitorat &#187; US sur son utilisation, et en outre autorisait le survol du territoire mexicain par les appareils des agences de s&#233;curit&#233; publique, sp&#233;cialement le Service des Douanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vide de l' apr&#232;s-guerre froide et le trafic de drogues&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on les abstrait des oscillations du processus de n&#233;gociation du Chiapas, et des strat&#233;gies des acteurs, les &#233;pisodes indiqu&#233;s sont extr&#234;mement r&#233;v&#233;lateurs d'une tendance : la participation active, op&#233;rationnelle, de l'arm&#233;e mexicaine dans la r&#233;pression du trafic de drogues ; la militarisation croissante de l'&#201;tat ; la d&#233;pendance militaire mexicaine des organismes de s&#233;curit&#233; nationale Am&#233;ricains ; l'installation d&#233;finitive d'une strat&#233;gie politico-militaire de contre-insurrection ; et l'acceptation du sch&#233;ma qui incorpore le concept de &#171; narcoterrorisme &#187; pour d&#233;finir l'&#171; ennemi &#187; sur lequel d&#233;coulera une doctrine de s&#233;curit&#233; continentale, que le Pentagone est d&#233;termin&#233; &#224; ce quelle soit adopt&#233;e par les Forces Arm&#233;es latino-am&#233;ricaines. L'arm&#233;e mexicaine, qui par tradition et par les avatars historiques conservaitt une attitude &#171; nationaliste exacerb&#233;e &#187; face aux Etats-Unis, seconde maintenant une militarisation qui est dissimul&#233;e derri&#232;re la &#171; guerre contre les drogues &#187; pour imposer &#171; une d&#233;mocratie de la s&#233;curit&#233; nationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue des secteurs sociaux, politiques et militaires latino-am&#233;ricains, de toutes les options possibles, le &#171; trafic de drogues &#187;, et subsidiairement le &#171; narcoterrorisme &#187;, sont consid&#233;r&#233;s comme les plus suspects et mauvais pour soutenir une strat&#233;gie qui globalise dans le continent les int&#233;r&#234;ts de la s&#233;curit&#233; nationale am&#233;ricaine, atteints simultan&#233;ment depuis les divers plans g&#233;ographique, &#233;conomique et militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour remplir le vide de l' apr&#232;s-guerre froide, le trafic de drogues, qui s' il peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une menace pour les processus d&#233;mocratiques par son caract&#232;re corrupteur au niveau politique et destructeur au niveau social, assume le r&#244;le que &#171; le communisme &#187; a occup&#233; durant les ann&#233;es 60 et 70 pour justifier une politique d'intervention militaire et d'h&#233;g&#233;monie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition d'un ennemi commun, transnational et suffisamment dangereux, est vitale pour le soutien d'une strat&#233;gie d'h&#233;g&#233;monie ou de d&#233;pendance, selon depuis o&#249; on le regarde. Comme avant avec le communisme, le trafic de drogues qui est d&#233;fini comme principal ennemi des processus d&#233;mocratiques, tend &#224; masquer la cause premi&#232;re de la d&#233;stabilisation latino-am&#233;ricaine : les profondes injustices sociales et les niveaux insupportables de marginalisation et pauvret&#233; qu'engendrent les recettes &#233;conomiques n&#233;olib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que le &#171; narcoterrorisme &#187; est une grossi&#232;re g&#233;n&#233;ralisation pour expliquer les explosions sociales, les r&#233;bellions, les violences et les r&#233;voltes, du &#171; trafic de drogues &#187; r&#233;sulte une justification facile et chrom&#233;e pour le d&#233;ploiement des strat&#233;gies militaristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute l'Am&#233;rique latine, et dans un &#233;ventail de secteurs qui inclut des partis progressistes, &#233;glise et organisations sociales, la d&#233;finition du trafic de drogues comme menace principale des processus notamment &#224; cause des nombreux ant&#233;c&#233;dents qui lient la commercialisation de drogues avec le financement d'op&#233;rations cach&#233;es promues par la CIA et d'autres organismes am&#233;ricains ex&#233;cuteurs de politiques de s&#233;curit&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traces d'un pass&#233; r&#233;cent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, le sch&#233;ma qui se reproduit au Mexique garde dans sa gen&#232;se de grandes similitudes avec l'histoire r&#233;cente de l'Am&#233;rique Centrale, o&#249; les strat&#233;gies de contre insurrection ont favoris&#233; l'apparition des groupes paramilitaires, et les objectifs politiques ont d&#233;voil&#233; un terrorisme d'&#201;tat qui n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; aller vers le trafic de drogues comme source de financement. La d&#233;nonciation de la pr&#233;sence de conseillers militaires argentins op&#233;rant avec les forces d&#233;ploy&#233;es au Chiapas, qui &#224; leur tour ont rempil&#233; comme conseillers au Salvador, Honduras et Guatemala dans la d&#233;cennie des ann&#233;es 80, sugg&#232;re la survie d'un syst&#232;me de coordination au niveau de l'intelligence militaire, de caract&#232;re secret et clandestin, qui menace avec la reproduction &#171; d'une morale de la s&#233;curit&#233; nationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'on n'ait pas encore reconnu officiellement la responsabilit&#233; institutionnelle dans le terrorisme d'&#201;tat qui s'est r&#233;pandu en Am&#233;rique latine, les recherches journalistiques et d'organismes de droits humains ont compil&#233; un corpus d'information qui r&#233;v&#232;le l'existence d'une trame continentale de coordination dans laquelle l'arm&#233;e argentine a occup&#233; un r&#244;le de premier plan dans certains de ces &#233;pisodes clef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revendiquant une exp&#233;rience avec succ&#232;s et effective dans la sale guerre contre la &#171; subversion &#187; &#224; partir du coup d'&#201;tat de mars 1976, l' &#201;tat-major de l'intelligence militaire ont assum&#233; depuis 1978 des missions de consultation dans des organismes d'intelligence des Forces Arm&#233;es et des groupes d'extr&#234;me droite en Am&#233;rique Centrale. Le commandant du Premier Corps de l''Arm&#233;e (Argentine), le g&#233;n&#233;ral Guillermo Su&#225;rez Mas&#243;n, a promu alors la cr&#233;ation du &#171; Groupe de T&#226;ches Ext&#233;rieur (GTE) du Batall&#243;n 601 &#187;, appareil d'intelligence militaire li&#233; &#224; la SIDE (Secr&#233;tariat d'Information de l'&#201;tat). Les d&#233;tachements militaires et les agents argentins auraient deux missions simultan&#233;es : conseiller les alli&#233;s de l'Am&#233;rique centrale et poursuivre les exil&#233;s argentins, sp&#233;cialement ceux du groupe Montoneros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu' &#224; confirmer les relations entre les appareils d'intelligence militaire argentins et les groupes d'extr&#234;me droite d'Am&#233;rique centrale avec des contacts effectu&#233;s par l'organisation n&#233;ofasciste italienne &#171; Avanguardia Nazionale &#187;. Le lien est dat&#233; d'&#233;poques aussi pr&#233;coces que 1973, quand le terroriste italien Stephano Delle Chiaie a commenc&#233; &#224; op&#233;rer en Argentine au nom de la DINA chilienne, police politique du r&#233;gime d' Augusto Pinochet, dirig&#233; par le alors colonel (aujourd'hui g&#233;n&#233;ral et poursuivi en justice) Manuel Contreras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Delle Chaie, qui coordonnait ses activit&#233;s avec l'agent chilien (et agent pr&#233;sum&#233; de la CIA) Michael Townley (condamn&#233; aux Etats-Unis pour le meurtre de l'ex chancelier Orlando Letelier) a particip&#233; comme agent de liaison avec le salvadorien Roberto d'Aubisson aux premi&#232;res missions de consultation. Jusqu'en 1980, les conseillers argentins ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s au Salvador et au Guatemala et ont instruit les groupes paramilitaires dans la pratique des enl&#232;vements, comme source de financement des op&#233;rations clandestines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation du coup d'&#201;tat qui, en juin 1980, a install&#233; au pouvoir le g&#233;n&#233;ral Luis Garc&#237;a Meza en Bolivie a provoqu&#233; un retournement qualitatif dans les sources de financement des groupes paramilitaires en Am&#233;rique Centrale. Divers chercheurs de la gen&#232;se de la &#171; &lt;i&gt;narcodictature&lt;/i&gt; &#187; bolivienne consignent que l'assistance argentine, avec armes et personnel militaire -400 conseillers- a &#233;t&#233; fournie par un accord qui a permis aux cartels de la drogue de financer le coup d'Etat. La d&#233;cision des narcotrafiquants boliviens de soutenir les militaires et de garantir ainsi l'expansion de leurs affaires depuis le pouvoir, avait &#233;t&#233; d&#233;tect&#233;e par la mission de la DEA &#224; Buenos Aires, en mars 1980, selon les r&#233;v&#233;lations de l'ex agent Michael Levine ; mais la CIA et la DEA ont dissimul&#233; l'information pour ne pas g&#234;ner le processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contact avec les militaires argentins fut ensuite le colonel Luis Arce G&#243;mez, ministre de l'int&#233;rieur de la dictature bolivienne (aujourd'hui prisonnier aux Etats-Unis sous des charges de trafic de drogues). Arce a interc&#233;d&#233; devant son cousin, le narcotrafiquant Robert Su&#225;rez, pour &#233;tablir un m&#233;canisme de trafic drogues et blanchiment d'argent qui disposerait de la couverture des conseillers argentins en Am&#233;rique Centrale. En &#233;change, les narcotrafiquants boliviens financeraient des groupes paramilitaires de la r&#233;gion. L'accord a &#233;t&#233; sign&#233; en Bolivie entre Arce, Su&#225;rez, Stephano Delle Chiaie et le lieutenant le colonel Hugo Miori Pereyra, membre du contingent argentin en Bolivie et repr&#233;sentent du g&#233;n&#233;ral Su&#225;rez Mason.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Miori Pereyra a aid&#233; &#224; Delle Chiaie pour monter, en Bolivie, un escadron terroriste appel&#233; &#171; &lt;i&gt;Novios de la Muerte&lt;/i&gt; &#187; (Les Fianc&#233;s de la Mort). Cet escadron, auquel a &#233;t&#233; li&#233; le criminel nazi Klaus Barbie et qui se coordonnait avec le &lt;i&gt;Service Sp&#233;cial de S&#233;curit&#233;&lt;/i&gt;, instruisait indistinctement des soldats boliviens dans les techniques de torture des prisonniers et offrait une protection au commerce de la coca&#239;ne. (Le lien des conseillers argentins avec cet escadron de la mort offre une autre piste parall&#232;le de la relation avec le trafic de drogues : le t&#233;moignage de la narcotrafiquante bolivienne Sonia Altal&#225; devant une Cour de justice am&#233;ricaine, affirme que les &#171; &lt;i&gt;Novios de la muerte&lt;/i&gt; &#187; &#233;taient soutenus par l'organisation de trafic qui d&#233;pendait du ministre Arce G&#243;mez).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre les narcotrafiquants et les paramilitaires a acquis une autre dimension peu apr&#232;s le coup de Garc&#237;a Berce, apr&#232;s les accords du quatri&#232;me congr&#232;s de la &#171; &lt;i&gt;Conf&#233;d&#233;ration Anticomunista latinoamericaine&lt;/i&gt; &#187; (CAL), filiale de la &lt;i&gt;World Anti-Comunist League&lt;/i&gt; (WACL), qui a eu lieu &#224; Buenos Aires. Pr&#233;sid&#233;e par Su&#225;rez Mas&#243;n, &#233;taient pr&#233;sents le pr&#233;sident de la WACL, Woo Jae Sung, membre significatif de la &lt;i&gt;Secte Moon&lt;/i&gt; ; des repr&#233;sentant de la loggia ma&#231;onnique italienne &#171; &lt;i&gt;Propaganda Due&lt;/i&gt; &#187;, des d&#233;l&#233;gu&#233;s de l'ex dictateur nicaraguayen Anastasio Somoza et de l'organisation terroriste anticastrista &#171; &lt;i&gt;Alpha 66&lt;/i&gt; &#187; ; le salvadorien Roberto d'Aubisson, le n&#233;ofasciste guat&#233;malt&#232;que Mario Sandoval Alarc&#243;n et le terroriste italien Delle Chiaie, entre autres. John Carbaugh, assistant du s&#233;nateur Jesse Helms, et Margo Carlisle, collaborateur du s&#233;nateur James McClure, ont pris part comme observateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Su&#225;rez Mason a fond&#233; la n&#233;cessit&#233; de d&#233;velopper la lutte anticommuniste en Am&#233;rique Centrale, pour r&#233;sister au sandinisme triomphant. La WACL a apport&#233; 8 millions de dollars pour les frais initiaux d'un d&#233;tachement de conseillers argentins qui a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; en Am&#233;rique Centrale. Selon plusieurs sources, l'argent provenait de fonds secrets mani&#233;s par la CIA. Le colonel argentin Josu&#233; Osvaldo Ribeiro, alias &#171; Balita &#187; (petit balle), a &#233;t&#233; le principal responsable des d&#233;tachements du &#171; Groupe de T&#226;ches Ext&#233;rieur en Am&#233;rique Centrale &#187;. Le lieutenant- colonel Miori a jou&#233; le &#171; courrier &#187;. On lui attribue un r&#244;le fondamental dans l'instrumentation du trafic de drogues qui a circul&#233; vers le Salvador. La coca&#239;ne &#233;tait transbord&#233;e vers les bases de la Force A&#233;rienne salvadorienne et d&#233;riv&#233;e vers les Etats-Unis. Une partie de la drogue a financ&#233; les escadrons de la mort mont&#233;s par le major d'Aubisson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes paramilitaires guat&#233;malt&#232;ques ont &#233;t&#233; conseill&#233;s par le lieutenant le colonel Santiago Hoya, alias &#171; Santiago Villegas &#187;. Hoya et le colonel Ribeiro ont eu une participation d&#233;cisive dans l' origines de ce qui fut ensuite connu comme le scandale des &#171; Iran-Contras &#187; ou &#171; Irangate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ribeiro, auquel on attribue une participation de premier plan dans la disparition d'exil&#233;s dans le cadre de &#171; l'Op&#233;ration Condor &#187;, ainsi que la modernisation des services d'intelligence au Paraguay, a transf&#233;r&#233; les exp&#233;riences de coordination effectu&#233;es en Argentine avec des militaires uruguayens, chiliens et paraguayens. Depuis son quartier g&#233;n&#233;ral &#224; l'h&#244;tel Honduras Maya, de Tegucigalpa, Ribeiro a commenc&#233; la coordination avec les exil&#233;s de la &lt;i&gt;Garde Nationale&lt;/i&gt; somociste, tandis que Hoya, comme &#171; chef des op&#233;rations &#187;, dirigeait l'installation du camp d'entra&#238;nement appel&#233; Sagitario (Sagitaire), dans les alentours de Tegucigalpa, et du camp de concentration clandestin connu comme &#171; La Quinta &#187;. Hoya et Ribeiro ont tiss&#233; des liens avec le g&#233;n&#233;ral Gustavo Alvarez Mart&#237;nez, chef de la G2 de l'arm&#233;e hondurienne, avec l'ex capitaine de la &lt;i&gt;Garde Nationale&lt;/i&gt; somociste Emilio Echaverry et avec les chefs &#171; Contras &#187; Ar&#237;stides S&#225;nchez, Enrique Bermudez et Frank Arana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des t&#233;moignages faits dans les commissions du Congr&#232;s des Etats-Unis r&#233;v&#232;lent que la CIA avait d&#233;l&#233;gu&#233; aux conseillers argentins pr&#233;sents en Am&#233;rique Centrale l'organisation de la contra nicaraguayenne avant que le Conseil de S&#233;curit&#233; Nationale orchestre l'ordre secret du pr&#233;sident Ronald Reagan pour contourner l'&#233;cueil des interdictions impos&#233;es par le Congr&#232;s. Ribeiro et Hoya ont eu un r&#244;le important dans les n&#233;gociations qui ont abouti avec la cr&#233;ation de la seconde direction collective des &#171; contras &#187;, apr&#232;s la transformation de la L&#233;gion 15 septembre, int&#233;gr&#233;e par des ex gardes somocistes, dans la Force D&#233;mocratique nicaraguayenne (FDN).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le saut qualitatif : Iran-gate&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tail des activit&#233;s argentines en Am&#233;rique Centrale, son r&#244;le de coordination et la mani&#232;re dans laquelle ont conflu&#233; les int&#233;r&#234;ts des dictatures argentine et bolivienne avec les int&#233;r&#234;ts du &lt;i&gt;Conseil de S&#233;curit&#233; Nationale&lt;/i&gt;, a &#233;t&#233; r&#233;cemment compl&#233;t&#233; par la recherche de &lt;i&gt;San Jos&#233; Mercury News&lt;/i&gt;, de Los Angeles, sur la participation de la CIA dans l'importation de drogue aux Etats-Unis pour financer l'approvisionnement clandestin d'armes de la contra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette enqu&#234;te, un des &#171; filleuls &#187; pr&#233;f&#233;r&#233;s des conseillers argentins, le colonel somociste Enrique Bermudez, a provoqu&#233; le saut qualitatif dans le flux d'argent en grandes quantit&#233;s pour l'achat d'armements et le paiement des mercenaires, quand il a autoris&#233; deux citoyens, Danilo Bland&#243;n et Jos&#233; Norwin Meneses, &#224; monter le sch&#233;ma de trafic de drogues en utilisant la structure naissante de la FDN &#224; Los Angeles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te a r&#233;v&#233;l&#233; que la drogue distribu&#233;e &#224; Los Angeles (et &#224; qui le &lt;i&gt;San Jos&#233; Mercury News&lt;/i&gt; attribue l'origine du boom du crack dans la population noire) &#233;tait d&#233;pos&#233;e dans les bases a&#233;riennes salvadoriens et depuis de l&#224; , &#233;tait transf&#233;r&#233;e dans des avions de tourisme jusqu'&#224; des a&#233;roports au Texas, avec la protection de la CIA. &#192; la fin de 1981, la structure avait r&#233;ussi &#224; introduire une tonne de drogue de la contrebande. Bland&#243;n, celui qui actuellement re&#231;oit un salaire du gouvernement des Etats-Unis comme agent sp&#233;cial de la DEA, a admis que entre 1981 et 1988 jusqu'&#224; 100 kilos de coca&#239;ne hebdomadaires ont &#233;t&#233; introduits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La co&#239;ncidence de dates, acteurs et lieux g&#233;ographiques permet de sugg&#233;rer qu'une partie de la drogue g&#233;r&#233;e par Bland&#243;n, avec l'autorisation de la CIA, &#233;tait approvisionn&#233;e par les narcotrafiquants boliviens, m&#234;me apr&#232;s le renversement de Garc&#237;a Meza en Bolivie, et la restauration de d&#233;mocratie en Argentine en 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les argentins ont aussi &#233;t&#233; les pionniers de la structure qu'a ensuite utilis&#233; le gouvernement de Ronald Reagan pour canaliser l'aide cach&#233;e aux &#171; Contras &#187;. Les agents du &lt;i&gt;Batall&#243;n 601&lt;/i&gt;, Raul Guglielminetti, alias une &#171; Mayor Guastavino &#187;, Leandro S&#225;nchez Reisse, alias &#171; Lenny &#187;, et Jorge Franco, alias &#171; Fiorito &#187;, se sont sp&#233;cialis&#233;s dans le blanchiment d'argent des fonds provenant du trafic de drogues. Franco s'est rendu par deux fois en Am&#233;rique Centrale, une d'elles avec son identit&#233; r&#233;elle. Qualifi&#233; d' expert en finances, Franco figure comme &#171; disparu &#187; dans les listes de l'Institut d'&#339;uvres Sociales de l'Arm&#233;e, mais on soup&#231;onne qu'au moins jusqu'&#224; 1987 &#233;tait en Am&#233;rique Centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leandro S&#225;nchez Reisse est le seul des membres du GTE qui a admis le lien des conseillers argentins avec le trafic de drogues pour le financement des op&#233;rations secr&#232;tes. Comptable de profession, il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; &#224; Gen&#232;ve, en Suisse, en 1982, quand il essayait de percevoir de l' argent pour la lib&#233;ration du banquier uruguayen Carlos Koldobsky, enlev&#233; &#224; Buenos Aires. En 1985, il a r&#233;ussi &#224; s'enfuir de la prison de Champ Dollon. Il s'est r&#233;fugi&#233; aux Etats-Unis, sous la protection de la CIA. Pour &#233;viter l'extradition sollicit&#233;e par le gouvernement de Ra&#250;l Alfons&#237;n, S&#225;nchez Reisse avait accept&#233; de t&#233;moigner devant la sous-commission &#171; &lt;i&gt;Terrorisme, Narcotiques et Op&#233;rations Internationales du Comit&#233; de Relations Ext&#233;rieures du S&#233;nat des Etats-Unis&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#225;nchez Reisse a r&#233;v&#233;l&#233;, que d&#232;s 1987, le g&#233;n&#233;ral Su&#225;rez Mas&#243;n et le secteur de l'arm&#233;e sous son commandement a re&#231;u de l'argent du trafic de drogues pour financer la lutte contra-insurg&#233; en Am&#233;rique Centrale. Il a expliqu&#233; que deux entreprises mont&#233;es &#224; Miami, une appel&#233;e &#171; &lt;i&gt;Argenshow &lt;/i&gt; &#187;, consacr&#233;e &#224; l'embauche de chanteurs pour des tourn&#233;es latinoam&#233;ricaines, et une autre appel&#233;e &#171; &lt;i&gt;Silver Dollar&lt;/i&gt; &#187;, en r&#233;alit&#233; une maison prets sur gages dirig&#233;e par Ra&#250;l Guglielminetti, ont &#233;t&#233; les deux soci&#233;t&#233;s &#233;crans pour la manipulation de l'argent. Il a admis que &#171; &lt;i&gt;Silver Dollar&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;Argenshow&lt;/i&gt; &#187; avaient canalis&#233; 30 millions de dollars du trafic de drogues qui ont &#233;t&#233; dirig&#233;s par l'interm&#233;diaire du Panama vers la Suisse, le Lichtenstein,l es Bahamas et les &#206;les Cayman. L'argent, a t-il dit, a termin&#233; entre les mains des contras nicaraguayens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a aussi r&#233;v&#233;l&#233; que la CIA &#233;tait au courant des activit&#233;s des deux entreprises de Floride depuis le milieu de 1980 et a donn&#233; son approbation pour les op&#233;rations de blanchiment. Le comptable du &lt;i&gt;Batall&#243;n 601&lt;/i&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; &#224; la sous commission du S&#233;nat, la participation argentine au pr&#233;ambule de l'&lt;i&gt;Iran-Gate&lt;/i&gt;. Il a admis qu'un argentin, impliqu&#233; dans l'enl&#232;vement, en 1977, de Luchino Revelli Beaumont, directeur de Fiat France, a propos&#233; &#224; la CIA, par a intervenu d'Anthony Mac Donald, pr&#233;sident du &lt;i&gt;First Ville F&#233;d&#233;rale Bank de New York&lt;/i&gt;, d'engager cinquante mercenaires argentins pour s'infiltrer en Iran et essayer le sauvetage des 52 otages &#233;tasuniens aux mains de Komeini. Le plan n'a pas abouti compte tenu des exigences des argentins sur les assurances vie, selon S&#225;nchez Reisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise &lt;i&gt;Silver Dollar&lt;/i&gt; a servi d'&#233;cran pour les premiers approvisionnements d'armes aux contras. Les transactions initiales ont &#233;t&#233; men&#233;es alors par l'interm&#233;diaire de Norman Faber, un partenaire du directeur de la CIA, William Casey, dans une autre entreprise fant&#244;me &#171; &lt;i&gt;Hold-Dicker&lt;/i&gt; &#187; qui a servi &#224; aiguiller l'argent vers la contra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;sume qu'&#224; des dates aussi pr&#233;coces que 1982, George Morales, commer&#231;ant colombien nationalis&#233; am&#233;ricain, a op&#233;r&#233; avec les conseillers argentins dans la contrebande d'armes vers le Salvador, &#224; destination de la contra, dans des vols effectu&#233;s avec les avions de son entreprise de taxi a&#233;rien &lt;i&gt;Aviation Activities Corporation&lt;/i&gt;, de Miami. Les avions &#233;taient autoris&#233;s par la CIA &#224; retourner avec des chargements de coca&#239;ne, pourvu qu'on fasse don d'un pourcentage pour la contra. Morales a d&#233;clar&#233; &#224; l'avocat Jack Blum, conseiller du Sous-comit&#233;, qu'il a d&#233;tourn&#233; quelque quatre millions de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec S&#225;nchez Reisse et Ra&#250;l Guglielminetti, a op&#233;r&#233; en Am&#233;rique Centrale un sp&#233;cialiste des questions financi&#232;res, aussi agent de la SIDE, Juan Mart&#237;n Ciga Correa, alias le &#171; Mayor Santamar&#237;a &#187;, de vaste filiation d'extr&#234;me droite. Ciga Correa a &#233;t&#233; condamn&#233; avec mandat d'arr&#234;t lanc&#233; par la justice argentine, pour le meurtre, en 1974, de l'ex commandant de l'Arm&#233;e Chilien, Carlos Prats Gonzalez ; il a aussi particip&#233; comme agent de liaison entre les agents de la &#171; DINA &#187; Chilienne Michael Townley et Enrique Arancibia Clavel, et l'organisation d'ultradroite &#171; Triple A &#187;, pour la planification et l'ex&#233;cution de l'attentat contre Prats et sa conjointe. Ciga a &#233;t&#233; en outre m&#234;l&#233; avec Guglielminetti dans des affaires de trafic d'armes et dans des enl&#232;vements pour extorsions d'argent effectu&#233;s au Costa Rica. Actuellement on l'a identifi&#233; comme conseiller des escadrons paramilitaires qui op&#232;rent dans certaines r&#233;gions de l'&#233;tat du Chiapas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arguments ind&#233;fendables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme le sugg&#232;re la &#171; connexion argentine &#187;, le vaste sch&#233;ma du trafic de drogues comme fonds fiduciaire des op&#233;rations secr&#232;tes est intimement li&#233; &#224; une structure de coordination d'appareils militaires d'intelligence, les actuelles propositions de militariser la guerre contre la drogue sont s&#233;rieusement disqualifi&#233;es dans leur objectif explicite, par les liens et les compromis nou&#233;s au fil des ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant le trafic de drogues que d'autres activit&#233;s d&#233;lictueuses appel&#233;es &#171; de droit commun &#187;, ont &#233;t&#233; fond&#233;es politiquement et id&#233;ologiquement et assum&#233;es dans le cadre de l'impunit&#233; qu'offraient les dictatures militaires au terrorisme d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas d'&#233;l&#233;ments qui assurent un changement radical et effectif dans cette politique ; et l'insistance avec laquelle on promeut le concept de &#171; narcoterrorisme &#187; pour fonder une strat&#233;gie contre-insurg&#233;e et de militarisation en Am&#233;rique latine, plus la recrudescence de l'action de groupes paramilitaires, pr&#233;dit une survivance de ces cadres id&#233;ologiques et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principalement quand, dans l'ensemble, on v&#233;rifiera l' incapacit&#233; des nouvelles d&#233;mocraties pour &#233;purer les cadres militaires et policiers compromis, d'une part, dans des violations des droits de l'homme, et, d'autre part , dans des &#233;pisodes de trafic de drogues, enl&#232;vements extorsion et autres infractions de &#171; droit commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sources&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Carlos Juvenal :&lt;/strong&gt; Buenos Muchachos. La industria del secuestro en Argentina. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Elisabeth Reimann :&lt;/strong&gt; Confesiones de un contra. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Martin Andersen :&lt;/strong&gt; Dossier Secreto. El mito de la guerra sucia. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Michael Levine :&lt;/strong&gt; La guerra falsa. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Jeffrey Robinson :&lt;/strong&gt; The Laundrymen. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;CONADEP :&lt;/strong&gt; Nunca m&#225;s. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Claudio D&#237;az y Antonio Zucco :&lt;/strong&gt; La ultraderecha argentina. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Juan Gasparini :&lt;/strong&gt; La pista suiza. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Horacio Vebitky :&lt;/strong&gt; La posguerra sucia. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Enrique Yeves :&lt;/strong&gt; La contra, una guerra sucia. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Gabriel Pasquino y Eduardo de Miguel :&lt;/strong&gt; Blanca y radiante. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Fredreric Laurent :&lt;/strong&gt; L'orchestre noir. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Gustavo S&#225;nchez Salazar :&lt;/strong&gt; Barbie, criminal hasta el fin. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Juan Jos&#233; Salinas :&lt;/strong&gt; &#034;Los mercenarios. Contras y carapintadas&#034;, en revista El Porte&#241;o, No.79. &lt;br class='autobr' /&gt;
Semanario Madres de Plaza de Mayo, n&#250;meros 65 al 98. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;San Jos&#233; Mercury News :&lt;/strong&gt; &#034;Crack plagues roots are in Nicaraguan war&#034;, ediciones del 18,19 y 20 de agosto de 1996. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Carlos Fazio :&lt;/strong&gt; El tercer v&#237;nculo, editorial Joaqu&#237;n Mortiz, M&#233;xico, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction de l'espagnol pour &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Condor-Narcotrafico-Terrorismo-de-Estado-y-Democracia-Militarizada&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;El Correo&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; de :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Le-Condor-a-l-export-Trafic-de-drogues-Terrorisme-d-Etat-et-Democratie-militarisee&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 16 novembre 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification&lt;/u&gt; 3.0 Unported&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment nait la terreur en Am&#233;rique Latine&#171; L'autre sale guerre d'Aussaresses &#187;</title>
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		<dc:date>2004-11-09T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Abramovici </dc:creator>



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&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 60-70, Aussaresses et les sp&#233;cialistes fran&#231;ais de la guerre antisubversive instruisent les militaires am&#233;ricains et argentins. Quand ces derniers installent leur junte en 1976, ce sont les le&#231;ons fran&#231;aises qu'ils appliquent. &lt;br class='autobr' /&gt; Nous sommes le 21 mai dernier, dans le bureau du juge d'instruction parisien Roger Leloire. Face &#224; lui, un &#171; invit&#233; &#187; de marque, assailli par une c&#233;l&#233;brit&#233; soudaine : le g&#233;n&#233;ral Paul Aussaresses, que le pr&#233;sident de la R&#233;publique n'a pas encore mis &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Creation-structurelle" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation structurelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les ann&#233;es 60-70, Aussaresses et les sp&#233;cialistes fran&#231;ais de la guerre antisubversive instruisent les militaires am&#233;ricains et argentins. Quand ces derniers installent leur junte en 1976, ce sont les le&#231;ons fran&#231;aises qu'ils appliquent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes le 21 mai dernier, dans le bureau du juge d'instruction parisien Roger Leloire. Face &#224; lui, un &#171; invit&#233; &#187; de marque, assailli par une c&#233;l&#233;brit&#233; soudaine : le g&#233;n&#233;ral Paul Aussaresses, que le pr&#233;sident de la R&#233;publique n'a pas encore mis &#224; la retraite pour raisons disciplinaires, ce qui sera fait le 6 juin. Ses r&#233;centes r&#233;v&#233;lations sur sa pratique de la torture en Alg&#233;rie sont dans tous les esprits. Mais ce n'est pas pour en parler que le juge Leloire l'a convoqu&#233;. A la stup&#233;faction du vieil officier, il l'interroge sur le r&#244;le des militaires fran&#231;ais en g&#233;n&#233;ral, et le sien en particulier, dans la formation de ceux qui deviendront les dictateurs et tortionnaires argentins. Une affaire enterr&#233;e, oubli&#233;e, ultra-secr&#232;te. Qui a vu les sp&#233;cialistes fran&#231;ais de la &#171; guerre psychologique &#187;, retour d'Alg&#233;rie, mettre leurs sinistres talents au service des pires dictatures sud-am&#233;ricaines, au nom de la France. Notre enqu&#234;te d&#233;montre que des dirigeants politiques fran&#231;ais &#233;taient au courant. Et que cela a fonctionn&#233; vingt ans !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une m&#233;moire s&#233;lective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait le g&#233;n&#233;ral octog&#233;naire intarissable sur la torture en Alg&#233;rie. Que sa m&#233;moire est d'une effarante pr&#233;cision, tout comme les notes personnelles qu'il a conserv&#233;es tout au long de sa carri&#232;re. Que ses d&#233;clarations sont d'un cynisme g&#234;nant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le juge Leloire ne con&#231;oit pas la moindre inqui&#233;tude. A lui, dont la proc&#233;dure a d&#233;marr&#233; avec la plainte de familles de disparus fran&#231;ais au Chili et en Argentine, au d&#233;but des ann&#233;es 70, le g&#233;n&#233;ral va tout d&#233;tailler, raconter son r&#244;le en Am&#233;rique latine &#224; cette &#233;poque. Mais Aussaresses n'a pas pass&#233; sa vie dans les services secrets pour rien. S'il parle ou s'il &#233;crit, c'est qu'il l'a d&#233;cid&#233;. Et l&#224;, au Palais de justice, sa m&#233;moire flanche. Il ne sait m&#234;me pas - affirme-t-il au juge - ce qu'est un &#171; deuxi&#232;me bureau &#187;, le service de renseignement de chaque &#233;tat-major ! Tout juste admet-il, du bout des l&#232;vres, qu'il est effectivement un sp&#233;cialiste de la lutte anti-subversive. Et surtout, il confirme ce que le juge sait d&#233;j&#224; : il a bien &#233;t&#233; l'attach&#233; militaire au Br&#233;sil entre 1973 et 1975. &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; est aujourd'hui en mesure de raviver la m&#233;moire du g&#233;n&#233;ral, et de r&#233;v&#233;ler des pans entiers de l'histoire militaire de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons au jeune Aussaresses. Durant dix ans, apr&#232;s la seconde Guerre mondiale, il est un as des services sp&#233;ciaux, le SDECE, aur&#233;ol&#233; de sa conduite h&#233;ro&#239;que durant le conflit, notamment au sein d'une unit&#233; parachutiste mythique, anc&#234;tre de toutes les forces sp&#233;ciales du monde : les commandos Jedburgh. Durant la guerre d'Indochine, il a &#233;t&#233; vers&#233; au GCMA (Groupement des Commandos Mixtes A&#233;roport&#233;s), une unit&#233; du SDECE, dirig&#233;e par le lieutenant-colonel Roger Trinquier. Lequel, apr&#232;s une carri&#232;re d'officier colonial en Asie, est devenu &#224; la faveur de ce conflit le principal th&#233;oricien de la guerre r&#233;volutionnaire. Le premier sans doute, dans l'arm&#233;e fran&#231;aise, il a lu Mao Zedong, et d&#233;couvert dans sa Strat&#233;gie de la guerre r&#233;volutionnaire en Chine, la m&#233;thode &#224; laquelle la France est confront&#233;e en Indochine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de moyens, notamment de transmissions, Trinquier obtient &#224; cette &#233;poque l'aide de la CIA, qui affecte deux officiers de liaison dans son unit&#233;. Pour les Am&#233;ricains les le&#231;ons apprises du GCMA ne seront plus jamais perdues. Pour Aussaresses non plus. Il retrouvera Trinquier en 1957 sur un autre terrain : la bataille d'Alger... Pour les jeunes officiers revenus d'Indochine, il s'agit d'une guerre de m&#234;me nature : r&#233;volutionnaire, pas anti-colonialiste. L'arm&#233;e d'Alg&#233;rie se croit le seul rempart contre la d&#233;ferlante communiste qui s'annonce. Et toute l'arm&#233;e fran&#231;aise se convertit aux th&#233;ories de la guerre anti-subversive, ou &#171; psychologique &#187;. Les militaires trouvent une oreille attentive chez le ministre de la D&#233;fense, Maurice Bourg&#232;s-Maunoury, qui accepte en 1956 la cr&#233;ation d'un Service d'action psychologique et d'information, suivi dans les &#233;tats-majors des &#171; cinqui&#232;mes bureaux &#187; charg&#233;s des m&#234;mes t&#226;ches. Le Colonel Jean Gardes, responsable du 5&#232;me Bureau d'Alger dira par la suite : &#171; nous menons en Alg&#233;rie notre dernier combat d'hommes libres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1957, Trinquier-la -t&#234;te et Aussaresses-les-jambes sont adjoints du g&#233;n&#233;ral Jacques Massu, qui a obtenu les pleins pouvoirs &#224; Alger. Trinquier a th&#233;oris&#233; la r&#233;pression en zone urbaine : d&#233;coupage de la ville, fichage, rafles, extorsion de renseignements y compris par la torture. On inaugure la pratique de la disparition destin&#233;e &#224; terroriser la population. Aussaresses applique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs, bien loin de l'Afrique du Nord, une arm&#233;e se passionne pour les m&#233;thodes fran&#231;aises : l'arm&#233;e argentine, qui vient de renverser le dictateur populiste Juan Peron. En 1957, frais &#233;moulu de l'Ecole sup&#233;rieure de guerre &#224; Paris, le colonel Carlos Rosas, devenu sous-directeur de l'Ecole de Guerre de Buenos Aires cr&#233;e un cycle d'&#233;tude sur la &#171; guerre r&#233;volutionnaire communiste &#187;. Futur chef de la police f&#233;d&#233;rale sous la dictature du g&#233;n&#233;ral Videla, qui prendra le pouvoir en mars 1976, le g&#233;n&#233;ral Ramon Camps, a d&#233;taill&#233; la requ&#234;te pr&#233;sent&#233;e par Rosas aux &#171; chefs de l'arm&#233;e fran&#231;aise &#187;, et l'envoi &#224; l'&#233;cole de guerre argentine des lieutenant-colonels Patrice de Naurois et Fran&#231;ois-Pierre Badie. Camps &#233;crit que &#171; leurs cours &#233;taient directement issus de l'exp&#233;rience fran&#231;aise en Indochine et appliqu&#233;e &#224; ce moment l&#224; en Alg&#233;rie &#187;. L'idylle se noue : le 11 septembre 1958, le ministre de la D&#233;fense, Jacques Chaban-Delmas, autorise soixante cadets appartenant &#224; la premi&#232;re promotion &#171; fran&#231;aise &#187; de l'arm&#233;e argentine &#224; se rendre en voyage d'&#233;tude &#224; Alger. Soixante autres se rendront directement en m&#233;tropole. Ces fian&#231;ailles se concluent logiquement en f&#233;vrier 1960 par la mise en place d'une mission militaire fran&#231;aise permanente en Argentine. Elle sera compos&#233;e de trois officiers sup&#233;rieurs qualifi&#233;s d'&#171; assesseurs &#187;. Leur mission : &#171; accro&#238;tre l'efficacit&#233; technique et la pr&#233;paration de l'arm&#233;e argentine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, Aussaresses est dans l'ombre. Et un homme de poids est entr&#233; en sc&#232;ne : Pierre Messmer. Cet officier l&#233;gionnaire, combattant de la premi&#232;re heure de la France libre, devient ministre des Arm&#233;es en f&#233;vrier 60. Quinze jours plus t&#244;t, il servait dans le djebel, dans le r&#233;giment que Roger Trinquier venait pr&#233;cis&#233;ment de quitter. Mais le moins que l'on puisse &#233;crire, c'est qu'il est hostile aux tenants de la guerre contre-r&#233;volutionnaire. Aujourd'hui pr&#233;sident de l'Institut de France, dot&#233; d'une redoutable m&#233;moire malgr&#233; ses 85 ans, il ne se fait pas prier pour dire tout le mal qu'il en pense toujours : &#171; Des imb&#233;ciles &#187; ! Devenu ministre, il n'en envoie pas moins &#224; Buenos Aires le g&#233;n&#233;ral Andr&#233; Demetz, chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e de terre, pour installer la mission, accompagn&#233; du lieutenant-colonel Henri Grand D'Esnon. Le 26 mai 1960, ce dernier prononce &#224; l'Ecole de guerre de Buenos Aires une conf&#233;rence o&#249; il d&#233;crit tous les aspects de la guerre subversive et met l'accent notamment sur la place centrale de l'arm&#233;e dans le contr&#244;le social de la population et la destruction des forces r&#233;volutionnaires. Son texte de 22 pages, dont &lt;i&gt;le Point&lt;/i&gt; dispose, est publi&#233; dans la revue de l'Ecole de Guerre argentine ; un pr&#233;lude &#224; la publication, au fil des ann&#233;es, d'autres textes th&#233;oriques fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, Pierre Messmer ne fait pas dans la dentelle. Anti-gaullistes plus ou moins impliqu&#233;s dans le putsch d'Alger d'avril 1961 -ce qui n'est pas le cas d'Aussaresses- les adeptes de la guerre contre-subversive vont passer un sale quart d'heure. D'entr&#233;e, Messmer dissout les cinqui&#232;mes bureaux ; de retour d'Argentine, Demetz est limog&#233;. Pour autant, regrette aujourd'hui Messmer, &#171; on ne pouvait pas condamner ces hommes sur leurs id&#233;es &#187; ; il lui est impossible de les sanctionner davantage. Il va alors, sciemment, les &#233;loigner. Aussaresses est envoy&#233; aux Etats-Unis pour former les Am&#233;ricains &#224; la guerre anti-subversive (Lire encadr&#233;). Et Messmer reconna&#238;t bien volontiers que la mission fran&#231;aise en Argentine poursuit ses buts initiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La doctrine fran&#231;aise s'impose &#224; toute l'Am&#233;rique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire des &#171; barbudos &#187; de Fidel Castro &#224; Cuba, en 1959, avait provoqu&#233; les Am&#233;ricains dans leur arri&#232;re-cour. Avec leurs alli&#233;s, ils pr&#233;parent une organisation de combat anticommuniste &#224; l'&#233;chelle continentale. La jeune exp&#233;rience des Argentins va leur &#234;tre utile. Celle des Fran&#231;ais &#233;galement. En 1961, &#224; l'occasion d'une mission de l'Ecole de Guerre argentine au P&#233;rou, un des membres de la mission militaire fran&#231;aise, du voyage, imagine un cours de lutte anticommuniste &#224; destination de l'ensemble des forces arm&#233;es am&#233;ricaines. Une structure existe depuis un an, install&#233;e &#224; Fort Amador (Panama) &#224; l'initiative des Etats-Unis, la Conf&#233;rence des arm&#233;es am&#233;ricaines (Conferencia des Ejercitos Americanas - CEA). Cette organisation typique de la Guerre froide, r&#233;unit chaque ann&#233;e secr&#232;tement les responsables militaires latino-am&#233;ricains, avec leurs homologues du Pentagone. Ils &#339;uvrent ensemble dans un but unique : l'interconnexion des services de renseignement et la formation homog&#232;ne des forces arm&#233;es du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la r&#233;union de juillet 1961, le g&#233;n&#233;ral Spirito, chef d'Etat-Major de l'Arm&#233;e de Terre argentine, propose l'id&#233;e fran&#231;aise &#224; ses coll&#232;gues, et dans la foul&#233;e, il cr&#233;e le cours interam&#233;ricain de lutte antimarxiste, dirig&#233; par le colonel Lopez Aufranc, ancien stagiaire de l'Ecole de guerre fran&#231;aise. Trente-neuf officiers stagiaires repr&#233;sentants treize pays d'Am&#233;rique latine ainsi que les Etats-Unis participent aux travaux : c'est un succ&#232;s pour l'arm&#233;e fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambassadeur de France en Argentine rel&#232;ve dans un courrier au quai d'Orsay que le r&#244;le des assesseurs militaires fran&#231;ais &#034;dans la conception et la pr&#233;paration de ce cours a &#233;t&#233; d&#233;terminant (...) et on doit souligner la pr&#233;sence de militaires des Etats-Unis au nombre des participants &#224; ce stage, o&#249; une place importante est r&#233;serv&#233;e &#224; l'&#233;tude de la lutte anti-marxiste dans un esprit et selon des m&#233;thodes qui b&#233;n&#233;ficient largement de l'exp&#233;rience acquise, dans ce domaine par l'arm&#233;e fran&#231;aise. On peut d'autant plus s'en f&#233;liciter que les milieux militaires nord-am&#233;ricains ont r&#233;cemment marqu&#233; une certaine jalousie &#224; l'&#233;gard de l'influence des assesseurs fran&#231;ais dans les &#233;tats-majors argentins et &#224; l'&#233;cole de guerre de Buenos Aires&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le pr&#233;lude &#224; un chantier de plusieurs ann&#233;es qui culminera avec l'Op&#233;ration Condor. (Voir encadr&#233;) La mission militaire &#224; Buenos Aires continue d'&#234;tre aliment&#233;e en officiers sp&#233;cialis&#233;s. L'un d'entre eux est une &#034;star&#034; de l'&#233;cole de guerre. Le commandant Boulnois est l'auteur de nombreux textes sur la guerre r&#233;volutionnaire. De lui, on peut retenir cette formule : &#171; Mieux vaut tuer &#224; l'adversaire un homme par jour que de monter avec d'importants moyens une op&#233;ration qui dans le meilleur des cas tuera dix fois plus, mais qui, neuf fois sur dix tombera dans le vide le plus absolu, sous l'&#339;il ironique des populations &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Parade et riposte &#224; la guerre subversive &#187;, Ecole Sup&#233;rieure de Guerre, 12 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cours de contre-insurrection fran&#231;ais sont partout. Au Coll&#232;ge militaire, le jeune Rafael Videla les appr&#233;cie et les enseigne. En 1976, il dirigera la junte. A partir des th&#233;ories fran&#231;aises, les militaires argentins b&#226;tissent un plan baptis&#233; CONINTES (Conmocion Interna del Estado) destin&#233; &#224; pr&#233;venir tout mouvement de lutte civile contre l'Etat, de m&#234;me qu'une circulaire doctrinale en trois tomes, en usage jusqu'au coup d'Etat de 1976 : la &#171; RC-8-2/ op&#233;rations contre les forces irr&#233;guli&#232;res &#187;. De 1956 &#224; 1963, les Fran&#231;ais auront form&#233; toute la g&#233;n&#233;ration montante des militaires argentins. En 1963, les instructeurs fran&#231;ais conna&#238;tront pourtant une &#233;clipse, apr&#232;s qu'un &#233;ni&#232;me coup d'Etat ait port&#233; au pouvoir une frange pro-am&#233;ricaine de l'arm&#233;e. Malgr&#233; tout, la mission militaire fran&#231;aise est maintenue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les chefs des missions seront successivement les officiers de Naurois, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; passant de la lutte antisubversive aux ventes d'armes. Jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1973, les affaires reprennent. Le retour du g&#233;n&#233;ral Peron apr&#232;s 20 ans d'exil, puis sa mort l'ann&#233;e suivante, marquent le d&#233;but du chaos politique en Argentine. L'arm&#233;e qui se consid&#232;re garante de la s&#233;curit&#233; de l'Etat pr&#233;pare sa guerre contre les opposants et les gu&#233;rillas d'extr&#234;me gauche. En 1973, des soldats argentins participent &#224; des stages de lutte antisubversive notamment dans le sud du pays. On leur diffuse des films sur la guerre d'Alg&#233;rie. &#171; Uniquement les sc&#232;nes de tortures &#187; dira l'un d'entre eux. Il s'agit sans doute du film de Gillo Pontecorvo, &#171; la Bataille d'Alger &#187; dont Trinquier a fait l'&#233;loge public, en insistant sur sa v&#233;racit&#233; documentaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, on enregistre la demande de l'Arm&#233;e de Terre argentine de voir la mission militaire fran&#231;aise revenir &#224; sa fonction originelle. Pierre Messmer, devenu Premier ministre de Georges Pompidou, sait que les Argentins souhaitent le retour des instructeurs fran&#231;ais sp&#233;cialis&#233;s en guerre anti-subversive. Il le confirme aujourd'hui : &#171; il les voulaient, ils les ont eus... l'Argentine est un pays ind&#233;pendant, il n'y avait pas de raison de leur refuser ce qu'ils demandaient &#187;. Le nouveau chef de mission &#171; a le profil &#187;, admet-il. Il s'agit du colonel Robert Servant, qui part &#224; Buenos Aires le 15 avril 1974. Il est l'homme idoine : ancien d'Indochine, il avait &#233;t&#233; charg&#233; &#224; Alger, au 5&#232;me Bureau, de l'interrogatoire des &#171; ralli&#233;s &#187; du FLN. Ensuite en poste &#224; Madrid, il y rencontre le lieutenant-colonel argentin Reynaldo Bignone, un des futurs hommes-cl&#233; de la junte au pouvoir en 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des centaines de jeunes disparaissent chaque jour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Buenos Aires, le colonel Servant s'installe... au quartier-g&#233;n&#233;ral de l'Arm&#233;e de Terre alors dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Videla ! Au 12&#232;me &#233;tage exactement, &#034;c&#244;t&#233; mer&#034;. Il d&#233;pend de la Jefatura n&#176;3 Operaciones en charge des op&#233;rations (de la &#171; formation &#187; dira Servant au juge Leloire, ce qui est pour le moins r&#233;ducteur). Selon la commission des droits de l'Homme en Argentine en 1977, la mission fran&#231;aise est l&#224; pour faire de &#171; l'intelligence &#187;, traduit par &#171; d&#233;lation, torture et infiltration &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Commission des droits de l'Homme en Argentine. In Argentina : proceso al (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233; par &lt;i&gt;le Point&lt;/i&gt;, Servant a refus&#233; de s'exprimer mais, devant le juge, il nie v&#233;h&#233;mentement cette version d&#233;clarant que son r&#244;le se bornait &#224; r&#233;pondre &#171; aux questions de type militaire &#187; des Argentins, dans des domaines aussi vari&#233;s que l'intendance, la sant&#233;, la Gendarmerie, ou des &#171; questions diverses sur le d&#233;roulement de notre guerre d'Indochine &#187;. Il allait faire des conf&#233;rences soit au si&#232;ge de l'Arm&#233;e de terre soit dans des unit&#233;s de province. Servant, qui se tient &#224; l'&#233;cart de l'ambassade -ce que nous confirme l'ambassadeur Fran&#231;ois de la Gorce- en cas de probl&#232;me, entre en relation avec le SGDN (Secr&#233;tariat G&#233;n&#233;ral de la D&#233;fense Nationale), d&#233;pendant directement du Premier ministre, Jacques Chirac qui a succ&#233;d&#233; &#224; Messmer en 1974. Il est &#233;galement en contact avec le chef de poste du SDECE pour le Br&#233;sil et l'Argentine, le capitaine Pierre Latanne. Lequel d&#233;pend de l'attach&#233; militaire au Br&#233;sil, un vieux routier arriv&#233; &#224; Brasilia en 1973. Qui est-ce ? Paul Aussaresses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique latine est alors en enfer. L'arm&#233;e argentine a entam&#233; en 1974 avec ses homologues chilienne et uruguayenne une coop&#233;ration dans l'enl&#232;vement et le meurtre. Les cadavres s'amoncellent dans Buenos Aires. Merci les le&#231;ons de l'Alg&#233;rie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle situation ne peut &#233;chapper ni au chef de poste du SDECE, ni &#224; Servant, ni &#224; fortiori &#224; un vieux professionnel comme Aussaresses. Interrog&#233; par le juge Leloire, ce dernier ne sait rien, n'a rien vu, rien entendu ! Pourtant, il s'est trouv&#233; comme les autres aux premi&#232;res loges pour appr&#233;cier, d&#233;but 1975, la premi&#232;re grande op&#233;ration anti-gu&#233;rilla men&#233;e en Argentine dans la r&#233;gion de Tucuman. Le g&#233;n&#233;ral Antonio Bussi qui remportera, un an plus tard, une large victoire sur la gu&#233;rilla gauchiste au prix de regroupements de population, tortures, ex&#233;cutions sommaires etc. est lui aussi un ancien stagiaire des Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son pr&#233;d&#233;cesseur au d&#233;but de l'op&#233;ration, le g&#233;n&#233;ral Vilas, avouera par la suite : &#171; nous avons appliqu&#233; les m&#233;thodes mises en place par les Fran&#231;ais en Indochine et en Alg&#233;rie &#187;. Il dira m&#234;me que l'ouvrage de Trinquier &#171; Guerre, Subversion, R&#233;volution &#187; est son &#171; livre de chevet &#187;. Au printemps 1975, d'ailleurs, les &#233;ditions militaires ont traduit tous les ouvrages des experts fran&#231;ais, Trinquier, Lacheroy etc. Et c'est encore aux m&#234;mes sources que les militaires argentins puisent en partie &#171; l'ordre de bataille &#187; qu'ils mettront en ouvre en mars 1976, pour installer leur dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont savamment combin&#233; les th&#233;ories am&#233;ricaines sur la guerre classique, la th&#233;orie fran&#231;aise de la contre-subversion et le &#171; Sch&#233;ma Trinquier &#187; : division en zones, fichage, ratissage, torture et &#171; disparitions &#187;. La bataille de Buenos Aires est la copie conforme de la Bataille d'Alger. Celui qui nous le dit aujourd'hui n'est autre que le g&#233;n&#233;ral Bignone, dernier chef de la junte militaire, &#224; l'&#233;poque adjoint de Videla &#224; l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e de terre o&#249; officie Servant, dont il est d'ailleurs l'ami intime. Servant est &#233;galement en relation avec Albano Jorge Hargindeguy qui sera ministre de l'Int&#233;rieur de la Junte apr&#232;s mars 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;part d'Aussaresses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussaresses quitte l'Am&#233;rique latine en 1975 pour &#171; pantoufler &#187; chez les vendeurs d'armes. Pourtant, &#224; peine arriv&#233; chez Thomson, il est contact&#233; par son ami l'attach&#233; militaire argentin &#224; Paris, le colonel Parada, qui lui passe une commande de mat&#233;riel pour les op&#233;rations de Tucuman qui continuent. L'affaire se fera par des interm&#233;diaires britanniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Servant, quant &#224; lui, quitte l'Argentine en octobre 1976 - soit sept mois apr&#232;s le putsch - mais pendant cette p&#233;riode, il n'est toujours au courant de rien ! Son successeur, le colonel L'Henoret est tout surpris de ne se voir confier aucune mission. &#171; J'&#233;tais pay&#233; &#224; ne rien faire, juste maintenir une pr&#233;sence fran&#231;aise pour des jours meilleurs &#187; nous dit-il. En fait, on met la mission militaire en sommeil. Paris, apparemment, ne veut plus rien avoir &#224; faire avec les tortionnaires argentins qui se d&#233;cha&#238;nent en utilisant nos m&#233;thodes. 35 000 disparus au total, des dizaines de milliers de tortur&#233;s, emprisonn&#233;s sans jugement dans ce que l'on va appeler la &#171; sale guerre &#187;. Une guerre &#224; laquelle les Fran&#231;ais ont pris leur part.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aussareses, instructeur aux Etats-Unis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Pierre Abramovici&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre pays est int&#233;ress&#233; par les militaires fran&#231;ais et leurs th&#233;ories. Les Etats-Unis ont une r&#233;elle faiblesse en mati&#232;re de guerre r&#233;volutionnaire. Ils ne poss&#232;dent alors qu'un seul manuel d'instruction fabriqu&#233; &#224; partir de la guerre en Yougoslavie contre les Allemands pendant le Second conflit mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils cherchent des experts alors que la guerre du Viet-nam rentre dans sa seconde phase. &lt;br /&gt;
Aussaresses pr&#233;cis&#233;ment est aux Etats-Unis, observateur &#224; l'&#233;cole des parachustistes de Fort Benning en Alabama. Il affirme que c'est son pr&#233;d&#233;cesseur qui lui a conseill&#233; de se rendre au centre de formation des Forces Sp&#233;ciales &#224; Fort Bragg en G&#233;orgie afin de passer un brevet d'instructeur &#171; sans que ses sup&#233;rieurs hi&#233;rarchiques le sachent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Messmer dit, lui, que c'est &#224; la demande des Am&#233;ricains qui recherchent &#034;des instructeurs au profil indochinois&#034; et en accord avec ses services. En tout cas, Aussaresses arrive &#224; Fort Bragg en pleine r&#233;organisation des Forces Sp&#233;ciales. Le pr&#233;sident John F. Kennedy est convaincu de l'utilit&#233; de ces unit&#233;s d'&#233;lites au b&#233;ret vert. Il pr&#233;conise leur emploi notamment au Vietnam. Le centre de Fort Bragg devient l'&#233;cole de Guerre Sp&#233;ciale o&#249; sont form&#233;s &#224; la fois les militaires et la CIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re mission secr&#232;te des Forces Sp&#233;ciales au Laos, l'op&#233;ration White Star, s'inspire directement des m&#233;thodes utilis&#233;es par le GCMA de Trinquier lors de la guerre fran&#231;aise en Indochine. Certains des officiers de White Star reviennent &#224; Fort Bragg et rencontrent Aussaresses. Ils racontent aujourd'hui qu'il fait traduire les &#233;crits de Trinquier en Anglais afin qu'ils servent de bases &#224; ses cours de guerre anti-subversive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la petite histoire, les premiers dipl&#244;m&#233;s form&#233;s notamment par Aussaresses seront vers&#233;s dans une unit&#233; baptis&#233;e MATA (Military Advisory Training Assistance) on les appellera les &#034;Matadors&#034; ! L'un des &#171; &#233;l&#232;ves &#187; d'Aussaresses s'appelle Robert Komer. C'est un analyste de la CIA. En 1964, il est au cabinet du pr&#233;sident Lyndon B. Johnson. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment l&#224; que Trinquier alors retir&#233; de l'arm&#233;e mais c&#233;l&#232;bre th&#233;oricien de la guerre r&#233;volutionnaire, re&#231;oit &#224; Paris un envoy&#233; du pr&#233;sident am&#233;ricain. Celui-ci lui propose de reprendre la direction &#171; sous une forme quelconque &#187; de ses maquis d'Indochine mais cette fois-ci pour le compte des Am&#233;ricains. Trinquier refuse. Pourtant, malgr&#233; cet apparent int&#233;r&#234;t pour les th&#233;ories fran&#231;aises, les anciens camarades d'Aussaresses &#224; Fort Bragg se souviennent parfaitement du refus global de l'Etat-major am&#233;ricain de consid&#233;rer ces m&#233;thodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Messmer &#233;voque aujourd'hui diverses conversations avec Robert Mac Namara, Secr&#233;taire &#224; la D&#233;fense, au cours desquelles il a pu appr&#233;cier l'&#233;volution de la pens&#233;e am&#233;ricaine &#224; propos de la guerre contre-r&#233;volutionnaire. Au d&#233;but, ils sont contre, ne tablant que sur la sup&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle, puis au fur et &#224; mesure de l'&#233;chec de cette strat&#233;gie, ils en arrivent &#224; envisager l'utilisation de la guerre psychologique. Messmer sait que Trinquier est sollicit&#233;. Il pr&#233;vient les Am&#233;ricains contre cela. &#171; De toute fa&#231;on, ils allaient perdre, et je l'ai dit &#224; Mac Namara &#187; s'amuse t-il aujourd'hui. Il est en tout cas parfaitement clair dans son esprit que les th&#233;ories de Trinquier additionn&#233;es de celles des Anglais (une mission militaire britannique est au Vietnam) servent de base aux Forces Sp&#233;ciales am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1967, Komer est nomm&#233; ambassadeur au Vietnam. Sous son autorit&#233;, il &#171; invente &#187; ce que l'on appellera plus tard l'&lt;i&gt;Op&#233;ration Phoenix&lt;/i&gt;. Une guerre contre-subversive &#224; outrance destin&#233;e &#224; &#171; vider l'eau dans laquelle se d&#233;placent les poissons &#187; d'apr&#232;s la c&#233;l&#232;bre formule de Mao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 20 000 morts, des dizaines de milliers d'arr&#234;t&#233;s, d&#233;tenus sans proc&#232;s, tortur&#233;s etc.&lt;br /&gt;
Les experts s'interrogeront longtemps sur la gen&#232;se de cette op&#233;ration. On peut aujourd'hui r&#233;pondre qu'en partie elle est issue des enseignements d'Aussaresses sur la base des &#233;crits de Trinquier. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France et le Plan Condor&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Pierre Abramovici&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration Condor est n&#233;e dans le secret des r&#233;unions de la Conf&#233;rence des Arm&#233;es Am&#233;ricaines entre 1960 et 1974. Pendant cette p&#233;riode les arm&#233;es latino-am&#233;ricaines ont mis au point bun vaste syst&#232;me d'&#233;change d'informations entre pays voisins sur leurs opposants respectifs. L'interconnection des renseignements se fera &#224; travers les attach&#233;s militaires dans ce que l'on va appeler le r&#233;seau AGREMIL (Agregados militares). Au fur et &#224; mesure le syst&#232;me va &#233;voluer jusqu'&#224; aboutir &#224; un &#233;change de d&#233;tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1974, se tient &#224; Buenos-Aires une r&#233;union secr&#232;te entre les repr&#233;sentants des polices politiques et des services de renseignements militaires de plusieurs pays d'Am&#233;rique latine notamment le Chili, l'Argentine et l'Uruguay. Il va &#234;tre d&#233;cid&#233; de passer &#224; un stade sup&#233;rieur : l'enl&#232;vement et parfois l'ex&#233;cution de r&#233;fugi&#233;s par les services de r&#233;pression de leur pays respectifs l&#224; o&#249; ils se trouvent. La plus forte proportion de r&#233;fugi&#233;s politiques se trouve encore en Argentine du fait que ce pays, bien qu'en proie &#224; une terrible violence politique, est encore officiellement un &#233;tat d&#233;mocratique. Les premiers morts de ce qui s'appelera par la suite &lt;i&gt;Operation Condor &lt;/i&gt; se comptent par dizaines dans les rues de Buenos-Aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1975, le chef de la police politique chilienne (la DINA, le colonel Manuel Contreras entame une tourn&#233;e latinoam&#233;ricaine pour formaliser un accord de r&#233;pression continental dont la &#171; phase trois &#187; comprend l'ex&#233;cution de cibles choisies y compris en dehors d'Am&#233;rique latine, notamment en Europe. Contreras fera m&#234;me un d&#233;tour par la CIA le 25 ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 novembre, il organise la premi&#232;re r&#233;union multinationale du renseignement et cr&#233;e le plan Condor. Les pays membres en sont le Chili, l'Argentine, l'Uruguay, le Paraguay, la Bolivie puis peu apr&#232;s le Br&#233;sil. Ils seront &#171; Condor 1 &#187;, &#171; Condor 2 &#187; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contreras qui dispose d'un r&#233;seau en Europe d&#233;j&#224; op&#233;rationnel bas&#233; sur des terroristes d'extr&#234;me-droite italiens commet l'erreur de faire assassiner l'ancien ministre des affaires &#233;trang&#232;res du Chili d'avant le putsch, Orlando Letellier, sur le sol am&#233;ricain &#224; deux cent m&#232;tres de la Maison Blanche. Les Chiliens perdent la main au profit des Argentins. Selon la CIA, le centre op&#233;rationnel de la phase trois de Condor est Buenos Aires o&#249; une &#233;quipe sp&#233;ciale y aurait &#233;t&#233; constitu&#233;e, organis&#233;e comme une unit&#233; des Forces Sp&#233;ciales am&#233;ricaines avec m&#233;decin, expert en sabotage, interrogateur etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1976, la CIA fait &#233;tat d'une conf&#233;rence Condor &#224; Santiago du Chili o&#249; il est question d'op&#233;rations &#224; Paris : &#034;dans un accord s&#233;par&#233;, les renseignement uruguayens (...) ont accept&#233; d'op&#233;rer sous couverture &#224; Paris avec leurs homologues argentins et chiliens&#034; contre des groupes de gauche. Ce qui est confirm&#233;, le m&#234;me mois, par le Secr&#233;taire d'Etat Henry Kissinger qui, dans un texte distribu&#233; &#224; plusieurs ambassades am&#233;ricaines en Europe notamment &#224; Paris, avertit que cette sorte de &#171; Murder Inc. &#187; (Meurtres et associ&#233;s) aura des activit&#233;s dans la capitale fran&#231;aise. En septembre 1976, la CIA se fait l'&#233;cho de ce qu'elle appelle une &#171; atteinte particuli&#232;re &#224; la s&#233;curit&#233; &#187;. Les services de renseignements fran&#231;ais ont appris l'existence de Condor. Servant ? Latanne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, selon la CIA, le fait que les Fran&#231;ais soient au courant aboutit &#224; la fois au limogeage du chef de la police politique argentine et &#224; une n&#233;cessaire information des services fran&#231;ais : &#171; les services de s&#233;curit&#233; argentins et/ou chiliens ont inform&#233; leurs homologues fran&#231;ais que Condor pourrait fonctionner en Europe mais pas en France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui sont les &#171; homologues &#187; fran&#231;ais des services de s&#233;curit&#233; latino-am&#233;ricains ? Nul ne le sait mais quelques mois plus tard, une &#233;quipe uruguayenne est envoy&#233;e &#224; Paris &#171; afin d'effectuer des op&#233;rations non sp&#233;cifi&#233;es &#187;, sans doute des rep&#233;rages pour ex&#233;cuter des opposants malgr&#233; les assurances donn&#233;es. Et surtout, les Argentins installent Condor-Europe &#224; Paris, &#224; partir d'une annexe de l'ambassade argentine, install&#233;e en mars 1977... 83 avenue Henri-Martin !&lt;br /&gt;
Sans que qui que ce soit ne s'en inqui&#232;te, les dictatures latino-am&#233;ricaines installent donc un centre terroriste visant &#224; ex&#233;cuter des cibles rep&#233;r&#233;es au pr&#233;alable dans toute l'Europe, infiltrer des groupes d'opposants, rep&#233;rer ceux qui continuent &#224; voyager encore en Am&#233;rique latine et les faire arr&#234;ter sur place etc. On n'ose imaginer un accord portant par exemple sur la neutralit&#233; des autorit&#233;s fran&#231;aises en &#233;change de la paix sur notre territoire ! Marcel Chalet, ancien directeur de la DST, non seulement affirme aujourd'hui n'en avoir rien su, mais accuse le SDECE et l'arm&#233;e d'avoir mont&#233; une op&#233;ration parall&#232;le. Il est vrai qu'Alexandre de Marenches, directeur du renseignement fran&#231;ais (aujourd'hui d&#233;c&#233;d&#233;), aime les coups tordus. Selon l'ancien ambassadeur argentin &#224; Paris, Tomas de Anchorena, le centre de Paris va cesser ses activit&#233;s vers la fin de l'ann&#233;e1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quantau plan Condor proprement dit,les tortionnaires argentins,le d&#233;placent progressivement vers le Nord et l'Am&#233;rique Centrale, nouveau lieu d'affrontement entre les forces arm&#233;es et les oppositions. Ils envoient plusieurs missions en Am&#233;rique centrale afin d'aider &#224; la r&#233;pression et commencent &#224; organiser des stages de lutte contre la subversion d&#232;s le printemps et l'automne 1979 &#224; Buenos Aires afin de former tous ceux qui ne le sont pas encore &#224; l'&#233;chelle du continent, notamment ceux d'Am&#233;rique centrale. La chute de la dictature somoziste en juillet 1979 va &#233;videmment encourager les latinoam&#233;ricains &#224; adopter des standards communs dans la lutte anti-subversive notamment, gr&#226;ce aux Argentins sur les bases th&#233;oriques fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formellement, Condor dispara&#238;t dans les jungles de l'Am&#233;rique centrale quant les Etats-Unis reprennent &#224; leur propre compte la lutte contre le Nicaragua sandiniste. Plus simplement, la fin de la guerre froide et la somme de ses exc&#232;s lui portent un coup fatal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan g&#233;n&#233;ral de la r&#233;pression pour le seul C&#244;ne Sud dans la p&#233;riode o&#249; les Juntes imagin&#232;rent Condor est d'environ 50.000 assassin&#233;s, 35.000 disparus et 400.000 prisonniers. Condor proprement dit ne repr&#233;sente sans doute que quelques dizaines ou quelques centaines de victimes cibl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/sommaire.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;Le Point&lt;/u&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, le 15 Juin 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Pierre Abramovici&lt;/strong&gt;, auteur et Journaliste.&lt;br /&gt; Auteur d'&lt;strong&gt;Un rocher bien occup&#233;&lt;/strong&gt;,&lt;br /&gt; Editions du Seuil, Paris, septembre 2001.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Parade et riposte &#224; la guerre subversive &#187;, Ecole Sup&#233;rieure de Guerre, 12 janvier 1959. In Fran&#231;ois G&#233;r&#233;, La guerre Psychologique, Editions Economica, 1997&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les chefs des missions seront successivement les officiers de Naurois, Bentresque, Garderes, Boulnois, Cazaumayou, Ossent, Badie et Durieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Commission des droits de l'Homme en Argentine. In Argentina : proceso al genocidio. Elias Quejeteras ediciones. Madrid 1977&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Avec l'autorisation de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Op&#233;ration Condor : Kissinger a demand&#233; &#224; la dictature argentine que le massacre soit rapide.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Operation-Condor-Kissinger-a-demande-a-la-dictature-argentine-que-le-massacre-soit-rapide</link>
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		<dc:date>2004-09-27T00:00:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;En octobre 1976, Kissinger a demand&#233; &#224; la dictature argentine que le massacre soit rapide, pour emp&#234;cher la d&#233;sapprobation du Congr&#232;s pour violations des droits de l'homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Horacio Verbitsky &lt;br class='autobr' /&gt;
P&#225;gina 12, 4 d&#233;cembre le 2003 &lt;br class='autobr' /&gt;
Ver en espa&#241;ol &lt;br class='autobr' /&gt;
De nouveaux documents d&#233;classifi&#233;s par le D&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain d&#233;montrent que l'ex -chancelier Henry Kissinger a communiqu&#233; au chancelier argentin C&#233;sar Guzzetti l'appui d&#233;cid&#233; du gouvernement du pr&#233;sident Gerald Ford &#224; la politique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Creation-structurelle" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation structurelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En octobre 1976, Kissinger a demand&#233; &#224; la dictature argentine que le massacre soit rapide, pour emp&#234;cher la d&#233;sapprobation du Congr&#232;s pour violations des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Horacio Verbitsky&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.pagina12web.com.ar/diario/elpais/1-28896.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;P&#225;gina 12&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 4 d&#233;cembre le 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/esp/article.php3?id_article=2657&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ver en espa&#241;ol&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6929 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L250xH171/doc-103-eca4d259-66104.jpg?1713054170' width='250' height='171' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Henry Kissinger
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De nouveaux documents d&#233;classifi&#233;s par le D&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain d&#233;montrent que l'ex -chancelier Henry Kissinger a communiqu&#233; au chancelier argentin C&#233;sar Guzzetti l'appui d&#233;cid&#233; du gouvernement du pr&#233;sident Gerald Ford &#224; la politique d'extermination de dissidents, entreprise par la dictature militaire et il l'a conseill&#233; sur comment &#233;luder les mises en question du Congr&#232;s des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mois suivant, le d&#233;mocrate James Carter a mis en &#233;chec Gerald Ford dans les &#233;lections pr&#233;sidentielles et s'est transform&#233; un critique ferme de la dictature argentine. Kissinger a parl&#233; sous une forme ironique de Carter pendant sa rencontre avec Guzzetti, qui a eu lieu &#224; l'h&#244;tel Waldorf Astoria de New York le 7 octobre 1976. Guzzetti avait d&#233;j&#224; obtenu le feu vert de Kissinger pendant la r&#233;union de chanceliers de l'OEA qui s'&#233;tait tenue &#224; Santiago du Chili en juin de la m&#234;me ann&#233;e et en termes semblables : seulement il s'agissait qu'ils le fassent rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guzzetti a dit &#224; Kissinger que la gu&#233;rilla avait &#233;t&#233; d&#233;j&#224; d&#233;mont&#233;e et que tout serait termin&#233; avant la fin 1976. Les nouveaux documents ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s hier &#224; Washington par la principale organisation non gouvernementale sp&#233;cialis&#233;e dans la d&#233;classification de documents secrets am&#233;ricains sur la r&#233;pression en Am&#233;rique latine, National Security Archivez. Son investigateur Carlos Osorio est &#224; Buenos Aires, et interviendra aujourd'hui sur le sujet dans la Facult&#233; de Droit de Buenos Aires pendant les journ&#233;es sur les Relations Bilat&#233;rales entre l'Argentine et les Etats-Unis qui organisent le Programme latino-americain du Woodrow Wilson Center et le Centre d'&#201;tudes L&#233;gales et Sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guzzetti s'est rendu &#224; l'&#233;poque aux Etats-Unis pr&#233;occup&#233; par les critiques dans la presse et le Congr&#232;s de ce pays face aux violations aux Droits de l'Homme qui arrivaient en Argentine et la possibilit&#233; que le Congr&#232;s oblige &#224; l'Ex&#233;cutif &#224; interdire des cr&#233;dits du BID pour la dictature. Le 6 octobre il avait rencontr&#233; &#224; Washington le sous-secr&#233;taire d'&#201;tat aux affaires &#201;conomiques et Agricoles Charles W. Robinson qui, en l'absence de Kissinger, qui &#233;tait &#224; New York pour un d&#233;bat sur le Moyen Orient dans les Nations Unies, &#233;tait en charge de la Chancellerie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7005 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L200xH248/doc-201-1bb1ad2a-b98f3.jpg?1713054170' width='200' height='248' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Guzzetti lui a dit que &#034;dans trois ou quatre mois&#034; son gouvernement pensait &#034;en avoir terminer avec les organisations subversives&#034;. Robinson lui a r&#233;pondu qu'il comprenait que l'Argentine faisait face &#034;&#224; une guerre civile subversive&#034; pour laquelle dans &#034;la p&#233;riode initiale on pouvait requ&#233;rir des mesures qui n'&#233;taient pas acceptables dans le long terme&#034; et il a dit que la cl&#233; &#233;tait de d&#233;terminer combien de temps encore ils supporteraient &#034;ces dures mesures &#034;. Guzzetti a r&#233;it&#233;r&#233; que seulement deux ou trois mois tout au plus. Pour Robinson &#034;la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre dur au d&#233;but&#034; &#233;tait compr&#233;hensible mais il fallait avancer ensuite vers une &#034;position plus mod&#233;r&#233;e&#034;. Il a ajout&#233; que le peuple am&#233;ricain, &#034; &#224; juste titre ou non, a la perception qu'aujourd'hui en Argentine existent des violations graves et syst&#233;matiques des droits de homme &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Robinson le probl&#232;me consistait &#224; savoir &#034; pour encore combien de temps est n&#233;cessaire de maintenir une position dure, tr&#232;s ferme&#034; puisque le Congr&#232;s &#233;tait en vacances jusqu'en janvier. S'il y avait &#034;une claire r&#233;duction dans l'intensit&#233; des mesures&#034; de la dictature, le Congr&#232;s pourrait &#034;consid&#233;rer invalide&#034; l'accusation sur les violations graves et syst&#233;matiques. Robinson a montr&#233; une connaissance pr&#233;cise de la situation argentine, qu'il a compar&#233; avec celle de son &#201;tat, Californie, dans la d&#233;cennie de 1850, quand &#034;les forces de l'ordre n'&#233;taient pas appropri&#233;es et que le peuple a organis&#233; des milices. Mais les Etats-Unis ont oubli&#233; cette partie de leur histoire et oublient que des circonstances semblables se produisent aujourd'hui dans d'autres pays &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a aussi r&#233;clam&#233; un acc&#232;s consulaire aux citoyens am&#233;ricains arr&#234;t&#233;s en Argentine, sujet qui avait mobilis&#233; l'opinion publique am&#233;ricaine, &#224; la suite de la d&#233;tention du pr&#234;tre James Weeks. A aussi pris part &#224; la r&#233;union le fonctionnaire de la Banque Mondiale Edwin M. Martin, celui qui a dit qu'au cas 0&#249; &#034;des membres de groupes religieux violeraient la loi, il c'est essentiel qui ne les fassent pas dispara&#238;tre. Il devrait suffire de les arr&#234;ter et de les juger &#034;. Robinson a conseill&#233; &#224; Guzzetti de r&#233;p&#233;ter ses arguments &#224; Kissinger, puisque &#034;les Etats-Unis sont soucieux de coop&#233;rer avec l'Argentine, dans les limites impos&#233;es par notre Congr&#232;s&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 octobre, Guzzetti a rendu visite &#224; Kissinger dans sa suite au Waldorf Astoria de New York. Le climat a &#233;t&#233; de franche camaraderie et l'ambassadeur argentin devant les Nations Unies, Carlos Ortiz de Roses, a &#233;mis m&#234;me son opinion sur le processus &#233;lectoral am&#233;ricain, en faveur de Ford et contre Carter. Kissinger a critiqu&#233; la position de Carter, qui dans un d&#233;bat avec Ford avait object&#233; l'aide des Etats-Unis &#224; l'Arabie Saoudite et l'Iran et il s'est adress&#233; &#224; Guzzetti en mani&#232;re &#233;grillarde : &#034;Ils ont de la chance qu'il n'ait pas mentionn&#233; l'Argentine. Il va vous attraper dans le prochain d&#233;bat. Le r&#233;confort c'est qu'il reste seulement trois semaines &#034; (avant les &#233;lections du 2 novembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transcription du D&#233;partement d'&#201;tat signale &#034;Rires&#034;. Guzzetti a profit&#233; pour faire passer son message : &#034; Rappelez vous notre r&#233;union &#224; Santiago (de Chile). Durant les derniers quatre mois, notre lutte a eu des tr&#232;s bons r&#233;sultats. Les organisations terroristes ont &#233;t&#233; d&#233;sarticul&#233;es. Si les choses continuent dans le m&#234;me sens, avant la fin de l'ann&#233;e le danger sera pass&#233;. Il y aura toujours des tentatives isol&#233;es, &#233;videmment &#034;. Kissinger a demand&#233; si pour le prochain printemps bor&#233;al, qui commence &#224; la fin de mars, tout sera termin&#233;. Guzzetti lui a r&#233;pondu que cela se produirait &#034;avant la fin de l'ann&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission Nationale sur la Disparition de Personnes a &#233;tabli que la moiti&#233; des disparus ont &#233;t&#233; kidnapp&#233;s apr&#232;s cette date. Ceci ratifie que la r&#233;pression clandestine est tomb&#233;e sur un grand nombre de personnes qui ne prenaient pas part aux organisations arm&#233;es, en accord avec la consigne du g&#233;n&#233;ral espagnol Saint Jean : &#034;Nous tuerons d'abord tous les subversifs, apr&#232;s leurs collaborateurs, et ensuite leurs sympathisants, apr&#232;s les indiff&#233;rents et finalement les timides&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marin argentin s'est plaint que des &#034;groupes de gauche&#034; cr&#233;aient une &#034;image d&#233;natur&#233;e&#034; sur &#034;une suppos&#233;e campagne antis&#233;mite&#034; de la dictature, qui aussi ne devait pas &#234;tre depuis que Guzzetti a ajout&#233; que son gouvernement &#034;faisait tout ce qui &#233;tait possible pour emp&#234;cher que cela se produise&#034;. Kissinger (qui avant avait plaisant&#233; sur le fait 90 % de la population de New York &#233;tait juive) a demand&#233; &#224; ses fonctionnaires si ces accusations avaient un certain fondement. Le sous-secr&#233;taire Harry Schlaudeman a dit que &#034;les dirigeants juifs de l'Argentine nous ont assur&#233; qu'ils n'ont pas &#233;t&#233; menac&#233;s&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kissinger a tranquillis&#233; &#224; Guzzetti : &#034;Notre attitude de base est que nous voulons que vous ayez du succ&#232;s. J'ai des convictions &#224; l'ancienne : je crois qu'il faut les soutenir les amis. Ce qui n'est pas compris aux Etats-Unis c'est que vous passiez par une guerre civile. On lit sur les probl&#232;mes de Droits de l'Homme, mais non sur le contexte. Plus vite vous avez du succ&#232;s, mieux c'est. Le probl&#232;me des droits de l'homme est chaque fois plus grand. Son ambassadeur peut l'illustrer. Nous voulons une situation stable. Nous ne voulons pas vous causer des difficult&#233;s inutiles. Si vous pouvez terminer avant qu'on reprenne les sessions du Congr&#232;s, tant mieux &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kissinger a dit que l'Amendement Harkin conditionnait seulement &#224; la situation des droits de l'homme les cr&#233;dits de la BID, mais que l'Ex&#233;cutif voterait en faveur de l'Argentine &#224; la Banque Mondiale, o&#249; il suffisait d'approuver la politique &#233;conomique du gouvernement. Sans modifier le ton affectueux, Kissinger a demand&#233; si le nouvel ambassadeur serait &#034;aussi bon&#034; que le sortant, Arnaldo Musich, et a promis que &#034;il sera trait&#233; comme un ami&#034;. Avant de partir, il a eu le temps pour une autre plaisanterie. Il a dit que cela lui avait pris une ann&#233;e pour comprendre les questions relatives au Droit de la Mer et que si Carter gagnait les &#233;lections il ennuierait tout le monde en expliquant dans les cocktails de quoi s'occuper le Comit&#233; I.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>10 d&#233;cembre 1975El AutenticoHistoire de la Triple A : annihiler les exil&#233;s</title>
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		<dc:date>2004-08-23T00:00:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Extrait de El Autentico Page 4 10 d&#233;cembre 1975 &lt;br class='autobr' /&gt;
HISTOIRE DE LA TRIPLE A : ANNIHILER LES EXILES &lt;br class='autobr' /&gt;
(Seconde Note) &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme on l'a vu dans la note pr&#233;c&#233;dente, ce qu'on appelle de fa&#231;on g&#233;n&#233;rique AAA (Alliance Anti-imp&#233;rialiste Argentine) porte la marque de fabrique de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, qui a cr&#233;&#233; des organismes semblables dans tout le Tiers Monde, du le sud-est asiatique jusqu'au Liban, en passant par l'Afrique et l'Am&#233;rique latine. &lt;br class='autobr' /&gt;
La destruction du peronisme, confi&#233;e &#224; Jos&#233; L&#243;pez (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Creation-structurelle" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation structurelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;br class='autobr' /&gt;
El Autentico&lt;br class='autobr' /&gt;
Page 4 &lt;br class='autobr' /&gt;
10 d&#233;cembre 1975&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;HISTOIRE DE LA TRIPLE A : ANNIHILER LES EXILES&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
(Seconde Note)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;El Correo est int&#233;ress&#233; par la premi&#232;re et troisi&#232;me notes qui nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a vu dans la note pr&#233;c&#233;dente, ce qu'on appelle de fa&#231;on g&#233;n&#233;rique AAA (Alliance Anti-imp&#233;rialiste Argentine) porte la marque de fabrique de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, qui a cr&#233;&#233; des organismes semblables dans tout le Tiers Monde, du le sud-est asiatique jusqu'au Liban, en passant par l'Afrique et l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction du peronisme, confi&#233;e &#224; &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=1841&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233; L&#243;pez Rega&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; par les chefs de la CIA, incluait naturellement l'extermination d'authentiques peronistes comme Atilio L&#243;pez, Julio Troxier, Ch&#225;vez et de dizaines de militants de base. On a d&#233;j&#224; vu comment a particip&#233; &#224; cette t&#226;che une bande de policiers d&#233;linquants, dirig&#233;e par le commissaire Juan Ram&#243;n Morales et par le chef de la garde d'&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=1843&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Isabel Mart&#237;nez de Per&#243;n&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, le commissaire Almir&#243;n. C'&#233;tait en revanche un aspect d'une politique plus vaste qui englobait tout le C&#244;ne Sud. &#192; partir de 1955, les Etats-Unis, alli&#233;s aux oligarchies nationales, ont d&#233;truit dans ce secteur g&#233;ographique tout vestige de pouvoir populaire. La justice sociale, et la d&#233;mocratie organis&#233;e ont &#233;t&#233; ras&#233;es successivement en Argentine, au Br&#233;sil, la Bolivie, l'Uruguay, le Chili, toujours par des moyens violents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Yankies contre la lib&#233;ration continentale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour en Argentine du G&#233;n&#233;ral Per&#243;n en 1972, ajout&#233; au processus militaire p&#233;ruvien et &#224; la pr&#233;sence au gouvernement chilien de l'Unit&#233; Populaire, ouvrait une perspective de lib&#233;ration continentale que les Etats-Unis n'&#233;taient dispos&#233;s &#224; tol&#233;rer. Le pr&#233;sident Allende a &#233;t&#233; renvers&#233;, avec l'intervention, maintenant prouv&#233;e, de la CIA. L'Argentine &#233;tait cern&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'encerclement externe, s'est ajout&#233;e la trahison interne. Les fugitifs de la terreur de Pinochet, de Banzer, de Bordaberry, qui s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;s dans nos pays confiants en leur tradition d'hospitalit&#233; et aux drapeaux g&#233;n&#233;reux du 11 mars, allaient faire l'objet d'une pers&#233;cution aussi implacable que celle qui s'abattait sur leurs propres pays. Confin&#233;s au d&#233;but, harcel&#233;s et humili&#233;s ensuite, des dizaines d'entre eux seraient finalement assassin&#233;s par une branche de l'AAA dont les racines se trouvaient dans un appareil policier contr&#244;l&#233; par L&#243;pez Rega, et &#224; travers L&#243;pez Rega, par la CIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conf&#233;rence secr&#232;te &#224; Buenos Aires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premiers mois du gouvernement populaire on a enregistr&#233; un changement dans les institutions polici&#232;res du pays. La torture a disparu, les confrontations arm&#233;es avec des groupes politiques ont &#233;t&#233; r&#233;duites au minimum, - il a &#233;t&#233; possible de lever les &#034;barri&#232;res&#034; des commissariats, surtout la barri&#232;re fondamentale qui pendant les dictatures militaires avait s&#233;par&#233; &#224; la police du peuple.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce changement, toutefois, &#233;tait superficiel. Les tortionnaires, les assassins, &#233;taient momentan&#233;ment mis de cot&#233;, mais non &#233;limin&#233;s. Le 25 mai 73 ce fut une tr&#234;ve qui a prot&#233;g&#233; non seulement les gu&#233;rilleros emprisonn&#233;s - comme on le pr&#233;tend maintenant - mais aussi les artisans de la g&#233;g&#232;ne, les ravisseurs de Verd et Maestre, et les assassins de Brandazza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le massacre de Cordoba &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;vu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre L&#243;pez Rega allait les ressusciter, leur restituer le pouvoir de vie ou de mort qu'ils avaient perdu le 11 mars. Ce jour l&#224;, le commissaire Alberto Villar &#233;tait un vaincu, mais en juin il &#233;tait le chef de s&#233;curit&#233; du MBS, et en janvier 74 c'&#233;tait un triomphateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous-chef (ensuite chef) de la Police F&#233;d&#233;rale et t&#234;te pensante de l'AAA, pendant le Carnaval de cette ann&#233;e l&#224;, il s'est r&#233;uni avec les policiers envoy&#233;s par Pinochet, par Banzer et par Bordaberry pour consigner les fondements doctrinaires et op&#233;rationnels de la pers&#233;cution de milliers Chiliens, Uruguayens et boliviens qui s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;s dans notre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La version st&#233;nographique de cette sinistre r&#233;union servira peut-&#234;tre un jour de socle pour le proc&#232;s en suspens contre l'AAA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, elle explique pourquoi allaient mourir le g&#233;n&#233;ral Prats et une demi - centaine de d'exil&#233;s qui ont suivi jusqu'au massacre de la semaine derni&#232;re &#224; Cordoba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pinochet dicte des conditions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repr&#233;sentant du Chili (G&#233;n&#233;ral X de Carabiniers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le g&#233;n&#233;ral &#034;X&#034; est-il Contreras, quelqu'un conna&#238;t-il l'identit&#233; du G&#233;n&#233;ral (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La D&#233;l&#233;gation du Chili soumet &#224; vos consid&#233;rations les propositions suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Premi&#232;re, accr&#233;diter dans chaque ambassade un Attach&#233; de S&#233;curit&#233;, qui peut &#234;tre membre des Forces Arm&#233;es ou de la Police... dont les fonctions de base seraient la coordination avec la Police ou le Repr&#233;sentant de S&#233;curit&#233; de chaque pays ou de diff&#233;rents organismes locaux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Seconde proposition, de mani&#232;re semblable &#224; ce qu'a Interpol &#224; Paris, nous devons avoir aussi une Centrale d'informations, o&#249; on pourra recueillir des donn&#233;es concernant des 'individus qui sont marxistes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Troisi&#232;me proposition, des &#233;changes programm&#233;s et impr&#233;vus de personnes : que nous puissions venir, aller en Bolivie et que la Bolivie puisse aller au Chili, et que nous puissions venir &#224; nouveau en Argentine ... que l'on puisse arriver directement en toute confiance &#224; chacun des organismes de S&#233;curit&#233; de chacun des pays, et exposer pourquoi nous venons, que nous n'ayons pas besoin d'une invitation formelle pr&#233;alablement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quatri&#232;me proposition, la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tablir un canal de communication... &#192; titre d'exemple, je sugg&#232;re deux canaux, un formel qui pourrait &#234;tre l'Attach&#233; de S&#233;curit&#233;, et un direct entre les Services de S&#233;curit&#233;, ce pourquoi nous pourrions occuper le r&#233;seau, ENTEL de t&#233;l&#233;phones avec le syst&#232;me d'&#233;coutes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cinqui&#232;me proposition, la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tablir un &#233;change de stages pour l'entra&#238;nement de personnel dans la base ou par des cours formels,ce qui peut aussi &#234;tre l'entra&#238;nement dans le travail sans avoir besoin de cours...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sixi&#232;me proposition, un album (de photos)... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indubitablement l'envoy&#233; de Pinochet, qui &#233;tait d&#233;j&#224; plusieurs milliers de morts sur le dos, savait encore mieux que Villar de quoi il parlait, et sa voix allait &#234;tre la voix directrice dans ce congr&#232;s secret de policiers qui avait lieu &#224; Buenos Aires - nous le rappelions - au d&#233;but 1974. Ce qui est int&#233;ressant, c'est qu'&#224; aucun de ces experts en r&#233;pression qui aiment tant parler de &lt;i&gt;&#034;p&#233;n&#233;tration &#233;trang&#232;re&#034;&lt;/i&gt; n'est pass&#233; par la t&#234;te, qu'introduire dans le r&#233;seau ENTEL un syst&#232;me yankie de codage de voix, au service de Pinochet, &#233;tait quelque chose comme &#171; le mod&#232;le &#187; de l'intervention &#233;trang&#232;re en Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Banzer : d'accord&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur le Sous-chef de la Police F&#233;d&#233;rale (Commissaire VILLAR) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Quelqu'un souhaite exprimer une autre proposition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Repr&#233;sentant de la Bolivie : La d&#233;l&#233;gation de la Bolivie sugg&#232;re que tous les &#233;l&#233;ments marxistes qui sont dans les divers pays soient maintenus &#224; une certaine distance, de telle sorte que nous emp&#234;chions l'afflux de ces derniers vers les zones frontali&#232;res.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bordaberry : YES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repr&#233;sentant de l'Uruguay (Inspecteur G&#233;n&#233;ral CASTIGLIONE) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ce que j'allais proposer est d&#233;j&#224; inclus dans ce qu'a expos&#233; Monsieur le g&#233;n&#233;ral des Carabiniers. En particulier, nous r&#233;it&#233;rerions l'offre que nous avons d&#233;j&#224; fait de maintenir l&#224; en mani&#232;re permanente un ou davantage de fonctionnaires, surtout dans des zones critiques, comme le Littoral, en collaborant avec la police argentine en vue d'identifier des gens&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur le Sous-chef de la Police F&#233;d&#233;rale (Commissaire VILLAR) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il n'y a aucun probl&#232;me. Le chef du DAE (D&#233;partement d'Affaires &#201;trang&#232;res de SSF) va ensuite prendre contact avec l'Inspecteur G&#233;n&#233;ral Castiglione, pour bien coordonner ces liaisons. La m&#234;me chose pour le Chili, s'il a besoin d'avoir des gens dans la zone Mendoza, San Juan ou de la zone qui est d&#233;termin&#233;e, de m&#234;me pour la Bolivie dans le cas de Salta, Jujuy&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;trangers en SSF&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mots de Villar montrent &#224; l'&#233;vidence qu'il lui paraissait correct que des policiers du Chili, de Bolivie et d'Uruguay - c'est-&#224;-dire, des &lt;i&gt;&#034;agents &#233;trangers&#034;&lt;/i&gt; - op&#233;reraient librement en territoire argentin, pourvu que cela soit effectu&#233; dans le dos du Congr&#232;s ou des journalistes (qui n'ont m&#234;me pas entendu parler de cette r&#233;union), et surtout dans le dos du peuple argentin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et effectivement, les moyens d'assurer le secret &#224; travers des communications encod&#233;es, etc., ont occup&#233; une bonne part du conclave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Villar a &#233;t&#233; beaucoup plus loin, comme le prouvent ces extraits de son intervention :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Monsieur le Sous-chef de la Policier F&#233;d&#233;rale (Commissaire VILLAR) : Le rapport que nous allons faire au gouvernement national est la fixation du lieu de r&#233;sidence des exil&#233;s, ainsi que la surveillance hebdomadaire de ceux-ci, ce qui les emp&#234;chera de voyager &#224; travers la R&#233;publique et d'&#234;tre dans des zones de fronti&#232;re. En ce qui concerne les stages, vous pouvez compter avec... Les albums sont confectionn&#233;s... dans l'ambassade ; le plus s&#251;r c'est qu'ils soient les Attach&#233;s Militaires, puisque dans le personnel civil des ambassades il peut y avoir quelqu'un qui ait des id&#233;es un peu diff&#233;rentes des n&#244;tres... A &#233;t&#233; approuv&#233; par notre gouvernement l'Attach&#233; Policier, qui sera appel&#233; Attach&#233; L&#233;gal pour lui donner une couverture... Quand le probl&#232;me sera urgent, ils peuvent prendre contact avec le Quartier g&#233;n&#233;ral ou le Sous-commandement ou bien avec la Surintendance de S&#233;curit&#233; F&#233;d&#233;rale, en disant que quelqu'un vient, nous pouvons, dire que vient une commission de : narcotiques, que pensez- vous ? Une &#034;commission de narcotiques&#034; voyage en votre direction, et nous saurons ainsi d&#233;j&#224; de quoi il s'agit... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Villar n'&#233;tait pas ing&#233;nieux, mais si un bon &#233;l&#232;ve : dans l'&#233;cole yankie d'espionnage, l'&#034;attach&#233; l&#233;gal&#034; de l'ambassade est l'agent du FBI, et la &#034;commission de narcotiques&#034;, la clique habituelle de l'espionnage politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;l&#233;gu&#233; Chilien a voulu savoir de toutes mani&#232;res comment on g&#232;rerait ces &#171; courriers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Villar a r&#233;pondu : &#034;Monsieur le g&#233;n&#233;ral, je crois qu'une bonne couverture serait de lui donner un passeport diplomatique, et qu'il soit transf&#233;r&#233; d'ambassade en ambassade... Ils vont techniquement &#234;tre en relation avec la Surintendance de S&#233;curit&#233; F&#233;d&#233;rale, qui est l'organisme sp&#233;cialis&#233; en Intelligence. Une fois que le &#171; courrier &#187; arrive de l'ambassade, il est en territoire argentin, il est soumis &#224; la s&#233;curit&#233; de notre police, c'est-&#224;-dire qui se logerait sans charge et travaillerait d&#233;j&#224; directement avec celle-ci, soit dans la rue, les brigades, ou en portant les nouvelles directives du &#034;modus operandi&#034; qui peuvent appara&#238;tre, du mouvement de citoyens chiliens, boliviens ou d'autres pays qui s'activent ici&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'internationalisme de Villar allait plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Non seulement nous devons pr&#234;ter attention aux citoyens de nos pays, mais aussi aux cubains, tch&#232;ques, allemands ou toute nationalit&#233; pour que les archives soient le plus compl&#232;tes possibles&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces accords ont &#233;t&#233; formalis&#233;s et Buenos Aires s'est transform&#233;e en le si&#232;ge de la Centrale d'Intelligence, qui dans une &#233;trange union maritale unissait le gouvernement populaire avec les dictatures du C&#244;ne Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les fugitifs chiliens, uruguayens et boliviens, les cons&#233;quences ont &#233;t&#233; profondes. L'entr&#233;e &#224; la PF (Police F&#233;d&#233;rale argentine) de policiers de ces pays a commenc&#233; &#224; se concr&#233;tiser une semaine apr&#232;s la r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions, d&#233;j&#224; dures, dans lesquelles vivaient les exil&#233;s se sont rapidement aggrav&#233;es. A la surveillance et aux visites de contr&#244;le suivirent les d&#233;tentions, aux d&#233;tentions les coups, aux coups les disparitions et les d&#233;portations secr&#232;tes. Villar avait promis que la DAE allait s'occuper des &#233;trangers qui d&#233;rangeaient Pinochet, Banzer, Bordaberry, et elle s'&#233;tait effectivement occup&#233;e d'eux. En ao&#251;t, ont commenc&#233; &#224; appara&#238;tre dans la d&#233;charge de Lugano les premiers cadavres de boliviens des bidonvilles. En septembre, une bombe d&#233;chiquetait le g&#233;n&#233;ral Prats, ex commandant en chef de l'arm&#233;e Chilienne. Le m&#234;me mois la police argentine enlevait les uruguayens Daniel Banfi, Luis Latr&#243;nica et Guillermo Jabif. Le recours de H&#225;beas Corpus pr&#233;sent&#233;, on admet qu'ils sont d&#233;tenus. Mais ensuite on le nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin octobre, les cadavres des trois Uruguayens apparaissent dans un puits &#224; San Antonio d'Areco &#034;avec plusieurs impacts de balle, avec des mutilations aux jambes et aux bras : ils ont des marques de torture ; ils ont une mutilation des organes g&#233;nitaux ; ils ont une couche acide et de chaux&#034;, comme on le constate dans la plainte d&#233;pos&#233;e aupr&#232;s du Tribunal Russell.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous cherchons &#224; conna&#238;tre le lieu de concervation de archives du Tribunal (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AAA s'attribua ces morts. C'&#233;tait un d&#233;guisement confortable, qui r&#233;ussissait. Pour ors le docteur Balb&#237;n et d'autres politiciens plus mineurs r&#233;clamaient d&#233;j&#224; pour l'&#201;tat le &#034;monopole de la violence&#034;. Comme si l'AAA n'&#233;tait pas aussi un sceau qu'assumait l'&#201;tat, maintenant livr&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, pour poursuivre le peuple. Aujourd'hui, jusqu'&#224; ces l&#233;gers voiles sont tomb&#233;s. L'explosion &#224; Tucuman de sept otages politiques, le massacre &#224; Cordoba de neuf &#233;tudiants latino-am&#233;ricains, r&#233;v&#232;lent que les d&#233;sirs pieux du docteur Balb&#237;n ont &#233;t&#233; accomplis, et que sur la trahison des espoirs populaires r&#232;gne dans sa pl&#233;nitude la terreur officielle -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(A suivre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction Pour El Correo :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;El Correo est int&#233;ress&#233; par la premi&#232;re et troisi&#232;me notes qui nous manquent. Si quelqu'un les a, merci de nous les envoyer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le g&#233;n&#233;ral &#034;X&#034; est-il &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=1844&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Contreras&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, quelqu'un conna&#238;t-il l'identit&#233; du G&#233;n&#233;ral &#034;X&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous cherchons &#224; conna&#238;tre le lieu de concervation de archives du Tribunal Russell.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes de El Correo :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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