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	<title>El Correo</title>
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		<title>La &#171; R&#233;cup&#233;r&#233;e &#187; Zan&#243;n, une usine sans patron et aux mains des travailleurs.</title>
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&lt;p&gt;Douze ans apr&#232;s l'occupation et la remise en production par ses ouvriers et apr&#232;s trois d&#233;crets approuv&#233;s par le parlement de la province de Neuqu&#233;n, le gouvernement provincial a sign&#233; aujourd'hui le d&#233;cret d'expropriation de l'ex ceramique Zan&#243;n, l'une des usines &#171; r&#233;cup&#233;r&#233;es &#187; la plus embl&#233;matique de tout le pays. &#192; partir de maintenant, restent seulement les d&#233;lais administratifs et l&#233;gaux pour que cette entreprise traditionnelle reste effectivement entre les mains des travailleurs. &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Recuperees" rel="directory"&gt;R&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Douze ans apr&#232;s l'occupation et la remise en production par ses ouvriers et apr&#232;s trois d&#233;crets approuv&#233;s par le parlement de la province de Neuqu&#233;n, le gouvernement provincial a sign&#233; aujourd'hui le d&#233;cret d'expropriation de l'ex ceramique Zan&#243;n, l'une des usines &#171; r&#233;cup&#233;r&#233;es &#187; la plus embl&#233;matique de tout le pays. &#192; partir de maintenant, restent seulement les d&#233;lais administratifs et l&#233;gaux pour que cette entreprise traditionnelle reste effectivement entre les mains des travailleurs. &#171; &lt;i&gt;Depuis que la loi d'expropriation a &#233;t&#233; approuv&#233;e en ao&#251;t 2009 et jusqu'&#224; maintenant, manquait la d&#233;cision politique pour la rendre effective &lt;/i&gt; &#187;, a expliqu&#233; l'avocat des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs de &lt;i&gt;la coop&#233;rative Fabrica Sin Patrones&lt;/i&gt; (FASINPAT), qui depuis plus de dix ans soutiennent la production de l'usine, que ses anciens propri&#233;taires avaient laiss&#233; au seuil de la faillite, ont re&#231;u en mains propres aux cot&#233;s des membres du Syndicat de la C&#233;ramique le d&#233;cret 1967/12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avocat des travailleurs, Mariano Pedrero a remarqu&#233; que &#171; cela ne met pas fin &#224; l'expropriation. C'est une tr&#232;s bonne nouvelle, c'est un pas en avant parce que l'on ne peut plus reculer &#187;. &#171; Ce qui reste, c'est que la justice remette l'usine aux travailleurs de Zan&#243;n. D&#232;s que la province a fait le d&#233;p&#244;t judiciaire, le Tribunal Commercial 1 du Buenos Aires doit proc&#233;der &#224; la remise de l'usine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pedrero a indiqu&#233; que &#171; depuis que la loi d'expropriation a &#233;t&#233; approuv&#233;e en ao&#251;t 2009 et jusqu'&#224; aujourd'hui, la d&#233;cision politique manquait pour la rendre effective. Ce fut une lutte de plusieurs ann&#233;es des travailleurs &#187;. De plus, il a soulign&#233; que &#171; cela nous donne la tranquillit&#233; que la loi ne peut disparaitre. Il ne peut plus avoir d'ordre de d&#233;logement &#187;. &#171; Cela nous permettra aussi de faire face au renouvellement technologique de l'usine, n&#233;cessaire, parce que dans l'industrie de la c&#233;ramique l' obsolescence se montre tous les huit ans et &#224; son tour cela va permettre d'am&#233;liorer la production, de l'augmenter ainsi que le nombre de postes de travail aussi &#187;, a signal&#233; l'avocat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Syndicat de la c&#233;ramique, Marcelo Morales a exprim&#233; que &#171; cela fait d&#233;j&#224; des ann&#233;es que nous attendons et aujourd'hui nous avons franchi un pas tr&#232;s important &#187;. Il a estim&#233; que &#171; dans une semaine la remise aux travailleurs de l'usine sera d&#233;bloqu&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 2000 la famille Zan&#243;n, propri&#233;taire de l'usine, a licenci&#233; le personnel et ferm&#233; l'usine. Les travailleurs ont r&#233;sist&#233; &#224; cette d&#233;cision, et ont camp&#233; en face de l'usine et d&#233;cid&#233; de l'occuper et de relancer la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision des ouvriers fut appuy&#233;e par des milliers de personnes lors des diff&#233;rentes manifestations qui ont emp&#234;ch&#233; &#224; cette &#233;poque, l'&#233;vacuation des installations ordonn&#233;e par la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement de la justice civile et commerciale de Neuqu&#233;n qui a condamn&#233; les propri&#233;taires &lt;i&gt;pour abandon de l'usine&lt;/i&gt;, a ouvert le chemin pour que neuf ann&#233;es plus tard, le parlement provincial approuve la loi d'expropriation qui se trouve compl&#233;t&#233;e aujourd'hui par le d&#233;cret du Pouvoir Ex&#233;cutif de la Province de Neuqu&#233;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/diario/ultimas/20-207487-2012-11-09.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 9 noviembre 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;i&gt;El Correo&lt;/i&gt; par &lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/La-Recuperee-Zanon-une-usine-sans-patron-et-aux-mains-des-travailleurs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 10 novembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Travailleurs d'une autre classe : Voila une hypoth&#232;se sans patron</title>
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		<dc:date>2012-02-15T21:47:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Nous avons commenc&#233; il y a une d&#233;cennie &#224; accompagner le processus de r&#233;cup&#233;ration d'entreprises ayant fait faillite &#224; la suite des politiques n&#233;olib&#233;rales mises en &#339;uvre sous l'impulsion de l'&#201;tat et du march&#233;. En 2003, nous &#233;voquions cette hypoth&#232;se sur ce qu'elles repr&#233;sentent : la naissance d'un changement de paradigme dans les modes de production, mais &#233;galement celle d'une nouvelle identit&#233;, celle du travailleur autog&#233;r&#233;. Aujourd'hui, dans le contexte de la crise financi&#232;re mondiale et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Recuperees" rel="directory"&gt;R&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous avons commenc&#233; il y a une d&#233;cennie &#224; accompagner le processus de r&#233;cup&#233;ration d'entreprises ayant fait faillite &#224; la suite des politiques n&#233;olib&#233;rales mises en &#339;uvre sous l'impulsion de l'&#201;tat et du march&#233;. En 2003, nous &#233;voquions cette hypoth&#232;se sur ce qu'elles repr&#233;sentent : la naissance d'un changement de paradigme dans les modes de production, mais &#233;galement celle d'une nouvelle identit&#233;, celle du travailleur autog&#233;r&#233;. Aujourd'hui, dans le contexte de la crise financi&#232;re mondiale et du point de vue de la conjoncture locale, la lecture de ce ph&#233;nom&#232;ne a pris un nouveau sens. Quelles sont les le&#231;ons et les cl&#233;s de cette mani&#232;re d'&#234;tre et de faire qui permettent de mettre en marche des projets qui d&#233;mocratisent les liens sociaux ? Pourquoi cette forme communautaire de gestion continue &#224; &#234;tre ignor&#233;e par les universit&#233;s publiques ? Quelles nouvelles obligations d&#233;coulent d'une organisation des biens communs qui rompt avec les sch&#233;mas traditionnels et s'affranchit des patrons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les temps sont favorables aux simulateurs, l'information rencontre un terrain fertile pour d&#233;guiser en opinion les int&#233;r&#234;ts. Le trafic de nouvelles est obstru&#233; par les lobbies qui font le piquet, et ce qui n'est pas repr&#233;sent&#233; se conforme au rythme arithm&#233;tique de l'exclusion : il se passe plus de choses en dehors de l'agenda m&#233;diatique que dans celui-ci. Et le peu qui reste finit d&#233;figur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'on nous d&#233;peint notre &#233;poque : perverse et cruelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi que fonctionnent les m&#233;dias commerciaux pour que nous les acceptions : comme une pilule pour g&#233;n&#233;rer de l'impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons tout ce qui va mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, aveugl&#233;s par l'horreur, il ne nous reste ni l'&#233;nergie ni la patience n&#233;cessaires pour avoir confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici l'histoire d'un changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou comment produire un changement en vient &#224; transformer un paradigme. Un processus dont l'intensit&#233; ne d&#233;pend pas de la quantit&#233;, mais de la constance. Au goutte &#224; goutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme tout p&#233;ch&#233; ne laisse pas une le&#231;on mais une p&#233;nitence, nous &#233;vitons les pronostics : toute pr&#233;vision trouve sa limite dans ce que nous, en tant que personnes, sommes capables de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le hasard, mais le courage qui rend l'avenir impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de cela que parlent cette histoire et ce changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le nouveau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous partons d'une compr&#233;hension du capitalisme non comme un syst&#232;me qui produit et distribue des biens de telle ou telle fa&#231;on, mais comme un producteur et distributeur d'identit&#233;s, alors chaque changement sera marqu&#233; par une transformation des paradigmes qui modifient les perspectives de ces identit&#233;s. Mais comment les d&#233;tecter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adam Smith en a identifi&#233; un : la richesse d'une nation d&#233;pend exclusivement de l'habilet&#233; au travail et de la proportion entre le nombre de travailleurs utiles et inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a signal&#233; le facteur d&#233;finitoire : la propri&#233;t&#233; des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'un comme pour l'autre, les moyens de production d'une soci&#233;t&#233; ont constitu&#233; l'axe principal de leurs th&#233;ories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, ce sont les r&#233;cits historiques qui nous permettent de reconstruire les fondations du capitalisme industriel. Toutefois, les changements rapport&#233;s dans ces r&#233;cits ne furent pas &#233;vidents jusqu'&#224; ce qu'ils le deviennent. Autrement dit, la premi&#232;re chose que nous pouvons apprendre des anciens ma&#238;tres est qu'il n'est absolument pas certain que les nouvelles id&#233;es, les nouvelles valeurs ou les nouveaux processus soient authentiquement d&#233;cisifs dans l'histoire sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au jour o&#249; ils le seront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ancien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division classique de l'&#233;conomie d&#233;terminait jusqu'&#224; une &#233;poque relativement r&#233;cente l'existence de trois secteurs : primaire (agriculture et &#233;levage), secondaire (industries) et tertiaire (services). Cette division donnait lieu, selon le degr&#233; de d&#233;veloppement de chaque secteur, &#224; une pyramide sociale correspondante, avec ses diff&#233;rentes classes et identit&#233;s. L'ensemble formait un m&#234;me corps &#233;conomique et une m&#234;me organisation sociale : l'&#201;tat-nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme mondial a mis fin &#224; ces sch&#233;mas traditionnels et, avec eux, aux implications politiques et culturelles qui d&#233;coulaient de cette structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a poignard&#233; les bourgeoisies locales en plein c&#339;ur, &#233;cartel&#233; la division des t&#226;ches en &#233;parpillant les morceaux aux quatre coins du monde et, ce faisant, assassin&#233; tous les syst&#232;mes th&#233;oriques de soutien et d'opposition au capitalisme industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin du XXe si&#232;cle, la sc&#232;ne s'est compliqu&#233;e, comme dans ces jeux vid&#233;o o&#249; les diff&#233;rents niveaux de jeu imposent de plus en plus de difficult&#233;s. Pour les syst&#232;mes th&#233;oriques qui ont analys&#233; le capitalisme industriel, le travail d&#233;terminait la classe sociale d'appartenance, mais aussi le pouvoir de changement et l'importance des conflits, entre autres. La mondialisation a d&#233;truit l'interaction entre ces forces au point de les r&#233;duire &#224; ce qu'elles &#233;taient par essence : de simples relations d'exploitation. Le pouvoir n'est plus un lieu, mais une capacit&#233;. Zygmunt Bauman la d&#233;finit en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;|C'est le crayon qui trace la ligne s&#233;parant le l&#233;gitime de l'ill&#233;gitime. Le droit de tracer la limite entre la coercition l&#233;gitime (admissible) et la coercition ill&#233;gitime (inadmissible) est le premier objectif de toute lutte pour le pouvoir.|&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;La classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu &#8211; et uniquement pour donner la priorit&#233; &#224; ce qui nous int&#233;resse pour cette histoire &#8211; le travail salari&#233; s'est transform&#233; en travail flexibilis&#233; ou travail poubelle, cr&#233;ant ainsi une nouvelle cat&#233;gorie sociale. Une non-classe. On ne poss&#232;de aucun droit et on n'a aucune possibilit&#233; d'en acqu&#233;rir quand on s'efforce, jour apr&#232;s jour, de garantir sa simple subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Bourdieu, en collaboration avec une &#233;quipe de sociologues, a dress&#233;, mot pour mot, le portrait de l'extinction du prol&#233;tariat industriel traditionnel. Il l'a intitul&#233; La mis&#232;re du monde et, dans son effort pour rendre compte de la &#171; profonde d&#233;sint&#233;gration de l'ordre industriel et, par cons&#233;quent, de l'ordre social &#187;, il a interrog&#233; ceux qui &#233;taient sur le point de devenir des pi&#232;ces du mus&#233;e social. Il s'agit du r&#233;cit de &#171; toute la distance qui s&#233;pare le prol&#233;taire &#8211; m&#234;me d&#233;chu ou en d&#233;clin, avec ses revenus r&#233;duits, mais r&#233;guliers, ses comptes en r&#232;gles, son avenir malgr&#233; tout relativement assur&#233; &#8211; de l'ancien ouvrier que la chute dans le ch&#244;mage, sans protections ni garanties, renvoie &#224; la condition de sous-prol&#233;taire, d&#233;muni, d&#233;sorganis&#233;, hant&#233; par le souci de survivre, tant bien que mal, au jour le jour, entre les loyers impay&#233;s et les dettes impayables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#244;mage, c'est-&#224;-dire le non-emploi, est ainsi devenu une nouvelle cat&#233;gorie sociale, mais aussi une solution de rechange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le territoire de l'exclusion du march&#233; du travail et, avec lui, des identit&#233;s de classe, est si large, si profond et si vaste qu'il en vient &#224; se transformer en un autre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un univers parall&#232;le qui doit cr&#233;er, &#224; partir de rien, tout ce qui lui est refus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mis&#232;re planifi&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme industriel n'est pas d&#233;c&#233;d&#233; de mort naturelle. Encore moins en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, parce que, comme nous le rappelle Ra&#250;l Zibechi, &#171; &lt;i&gt;c'est la r&#233;volte des ouvriers et des secteurs populaires du tiers monde qui a provoqu&#233; l'effondrement de toute la trame construite apr&#232;s la crise de 1929&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, parce que ces r&#233;bellions ont sem&#233; des vagues immenses de conqu&#234;tes et de pertes de droits. L'Argentine, qui poss&#233;dait une l&#233;gislation du travail mod&#232;le, est devenue sans transition un mod&#232;le de pr&#233;carisation de l'emploi et de ch&#244;mage sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le basculement de l'un &#224; l'autre s'est produit au moment de la dictature militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crivain Rodolfo Walsh fut le premier &#224; le d&#233;noncer dans la lettre qu'il &#233;crivit quelques jours avant d'&#234;tre enlev&#233; et assassin&#233; par la junte militaire argentine. Dans cette lettre, il d&#233;non&#231;ait les tortures, les enl&#232;vements et les ex&#233;cutions, juste un an apr&#232;s le coup d'&#201;tat, mais il constatait &#233;galement que &#171; c'est dans la politique &#233;conomique de ce gouvernement qu'il faut chercher non seulement l'explication de ses crimes, mais aussi une atrocit&#233; plus grave encore qui frappe des millions d'&#234;tres humains condamn&#233;s &#224; la mis&#232;re planifi&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de la chute de la dictature militaire apr&#232;s la d&#233;b&#226;cle de la guerre des Malouines, la d&#233;mocratie &#233;tait faible &#224; la naissance. Le gouvernement de Ra&#250;l Alfons&#237;n (1983-1989) oscillait, h&#233;sitant, entre victime et complice de cette &#233;conomie reconcentr&#233;e aux mains de quelques puissants. Il ne parvint pas au terme de son mandat. Arriva ensuite Carlos Menem pour terminer le sale boulot. Le plan que Walsh d&#233;non&#231;ait dans sa lettre, Menem le mena &#224; bien entre 1989 et 1999 en le corrigeant, en l'am&#233;liorant et en respectant la d&#233;mocratie : l'Argentine &#233;tait entr&#233;e dans l'&#232;re de la pens&#233;e unique. Il n'&#233;tait plus n&#233;cessaire d'avoir recours au terrorisme d'&#201;tat pour l'appliquer. La strat&#233;gie de la r&#233;pression avait &#233;t&#233; remplac&#233;e par celle du ch&#244;mage et de l'exclusion sociale : la disparition &#233;conomique des personnes. En trente ans, le taux d'emploi industriel chuta de pr&#232;s de 50 %, ce qui repr&#233;senta, entre autres, la perte de plus de 600 000 emplois. &#192; la fin de l'ann&#233;e 2000, selon une &#233;tude r&#233;alis&#233;e par le minist&#232;re de l'&#233;conomie, parmi les dix plus gros employeurs du pays figuraient quatre supermarch&#233;s, une cha&#238;ne de fast-food et une entreprise de s&#233;curit&#233; priv&#233;e. Autrement dit, des emplois de mauvaise qualit&#233; et peu stables. Le secteur industriel, &#224; l'exception des cas de la sucrerie Ledesma et de l'entreprise agro-alimentaire Arcor, ne figurait pas dans le groupe des trente premi&#232;res entreprises cr&#233;atrices d'emplois. Un exemple : McDonald's embauchait deux fois plus d'employ&#233;s que la soci&#233;t&#233; p&#233;troli&#232;re Repsol-YPF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la classe moyenne a commenc&#233; &#224; tomber massivement en-dessous du seuil de pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les pauvres, en-dessous du seuil d'indigence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut ensuite au tour de Fernando de la R&#250;a, qui caricatura le pire d'Alfons&#237;n et le pire de Menem. Il finit par d&#233;cr&#233;ter l'&#233;tat de si&#232;ge et entendit le tonnerre des casseroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, l'Argentine avait en 1974 une distribution de la richesse comparable &#224; celle de nombreux pays d&#233;velopp&#233;s. L'&#233;cart entre le d&#233;cile le plus pauvre et le d&#233;cile le plus riche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les 10% des plus pauvres et les 10% les plus riches &#8211; note DIAL.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;tait de douze. Les chiffres de 2003 indiquent que l'&#233;cart entre le secteur le plus riche et le plus pauvre est aujourd'hui de cinquante. Autrement dit, selon l'explication du sp&#233;cialiste Artemio L&#243;pez, &#171; le gros de la population a transf&#233;r&#233; &#224; la tranche la plus &#233;lev&#233;e l'&#233;quivalent annuel de 15 milliards de dollars &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gourou&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux cris de &#171; Tous dehors ! &#187; en musique de fond et dans le d&#233;cor d'un pays r&#233;duit &#224; des d&#233;combres institutionnels, nous pouvons commencer &#224; donner des noms &#224; cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le premier : Juan Navarro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les ann&#233;es 1990, il faisait figure de mod&#232;le de r&#233;ussite. Les m&#233;dias commerciaux le consacr&#232;rent entrepreneur de l'ann&#233;e en 1997, en lui associant trois qualit&#233;s : succ&#232;s, ambition et audace. Il fut &#233;galement qualifi&#233; de gourou, de financier talentueux et de cadre brillant. On disait de lui qu'il &#233;tait en train de cr&#233;er une nouvelle culture d'entreprise. Son empire : le groupe Exxel, un fonds d'investissement qui g&#233;rait le destin de 73 entreprises et 40 000 employ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sans fortune propre ni h&#233;rit&#233;e, on peut dire qu'il a construit &#224; la vitesse de l'&#233;clair le troisi&#232;me groupe &#233;conomique priv&#233; le plus puissant d'Argentine, avec un chiffre d'affaires de 3,8 milliards de dollars &#224; la fin de l'ann&#233;e 1999 &#187;, r&#233;sument les journalistes Silvia Naishtat et Pablo Maas dans El cazador, la biographie qu'ils &#233;crivirent sur Navarro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende raconte que, le 17 mars 1992, Juan Navarro r&#233;ussit &#224; convaincre la banque Oppenheimer &amp; Co de l'aider &#224; b&#226;tir un fonds d'investissement. Quelques mois apr&#232;s, la banque lui envoya 47 millions. Il en d&#233;pensa 22 pour l'acquisition des entreprises Ciabasa, Poett (dans la province de San Juan) et la division des a&#233;rosols de la compagnie p&#233;troli&#232;re nationale YPF. En moins de soixante-dix jours, il revendit ces entreprises &#224; la multinationale Clorox pour 95 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour son deuxi&#232;me fonds, il collecta 155 millions et racheta des entreprises de m&#233;dicaments pr&#233;pay&#233;s et des compagnies &#233;lectriques de l'int&#233;rieur du pays. Pour les fonds suivants, il se passa d'Oppenheimer. D&#232;s lors, on ne sut plus jamais clairement d'o&#249; provenait l'argent. &#171; Lorsque la Commission contre le blanchiment d'argent demanda aux fonds &#233;tats-uniens que Navarro avait pr&#233;sent&#233; comme ses investisseurs s'ils &#233;taient effectivement bailleurs de fonds d'Exxel, la plupart d&#233;mentirent ou pr&#233;f&#233;r&#232;rent garder le silence &#187;, affirma la d&#233;put&#233;e Graciela Oca&#241;a, alors membre de cette commission l&#233;gislative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fait &#224; prendre en compte : l'ancien ambassadeur &#233;tats-unien en Argentine, Terence Todman, fit partie de l'&#233;quipe de direction du groupe Exxel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question &lt;/strong&gt; : Comment faisait le groupe Exxel pour racheter autant d'entreprises ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; l'effet de levier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Explication &lt;/strong&gt; : &#171; Les entreprises s'endettaient excessivement, profitant des faibles taux d'int&#233;r&#234;t aux &#201;tats-Unis. Il s'agissait de pr&#234;ts-relais destin&#233;s &#224; payer leur propre acquisition. Une fois en possession de l'entreprise, la compagnie &#233;mettait des obligations garanties par les biens de la soci&#233;t&#233;. Gr&#226;ce &#224; la vente de ces obligations, elle annulait les cr&#233;dits. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que cela signifie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que Navarro obtenait un virement ou une avance bancaire de plusieurs millions pour acheter les entreprises. Les entreprises &#224; peine acquises, cette avance se transformait en un cr&#233;dit que les entreprises rachet&#233;es &#233;taient oblig&#233;es d'acqu&#233;rir en offrant leurs actifs en garantie. De cette mani&#232;re, la nouvelle administration de ces entreprises, auparavant en bonne sant&#233;, &#233;tait accabl&#233;e d&#232;s le d&#233;but par une dette flambant neuve de plusieurs millions. Et impossible &#224; rembourser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode op&#233;ratoire du groupe Exxel &#233;tait d&#233;crit en ces termes dans le rapport parlementaire de la Commission d'enqu&#234;te sur le blanchiment d'argent :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;| &#171; Lorsque le groupe Exxel se dispose &#224; racheter une entreprise, il s'assure de deux choses : trouver des investisseurs ext&#233;rieurs apportant des capitaux et trouver une banque dispos&#233;e &#224; lui avancer une partie du prix d'acquisition, sous la forme d'un cr&#233;dit &#224; court terme. Une fois la soci&#233;t&#233; en sa possession, le groupe Exxel &#233;met des obligations au nom de l'entreprise en quantit&#233; substantielle (le surendettement) et hypoth&#232;que tous ses biens comme garantie du paiement de l'obligation. En r&#233;sum&#233;, le groupe ach&#232;te une entreprise &#8211; en grande partie &#8211; avec l'argent qui appartient &#224; celle-ci. &#187; |&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;La grande question&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que Navarro d&#233;testait la gestion d'entreprise familiale, presque artisanale, des entreprises qu'il rachetait. C'est pourquoi sa premi&#232;re mesure consistait &#224; d&#233;manteler l'organigramme. Il asseyait en haut de la pyramide des cadres jeunes et agressifs, qui ne devaient en aucun cas &#8211; disait-il &#8211; rester plus de trois ans &#224; ce poste. De ce fait, il les payait plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son rapport, la Commission d'enqu&#234;te tente de r&#233;pondre &#224; la question &#224; un million :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;|&#171; Beaucoup de gens se demandent d'o&#249; provient l'argent du groupe Exxel. Les sp&#233;culations les plus diverses ont &#233;t&#233; avanc&#233;es quant &#224; l'origine des fonds : qu'il est l'h&#233;ritier de l'empire &#233;conomique de Yabr&#225;n, ou encore qu'il g&#232;re l'argent de l'ancien pr&#233;sident Carlos Menem. Dans le cadre de cette enqu&#234;te, aucune de ces hypoth&#232;ses n'a pu &#234;tre v&#233;rifi&#233;e. Mais une chose est s&#251;re : au moins une partie sort de la poche des contribuables. [&#8230;] Les entreprises qui sont acquises par les fonds, lesquels les endettent ensuite et hypoth&#232;quent leurs biens, cessent de payer l'imp&#244;t sur les b&#233;n&#233;fices gr&#226;ce &#224; des lois fiscales permettant de d&#233;duire les versements d'int&#233;r&#234;ts. Le co&#251;t fiscal de ces d&#233;ductions, c'est-&#224;-dire la perte de recettes pour le Tr&#233;sor public du fait du recouvrement moins &#233;lev&#233;, incombe donc &#224; l'ensemble des contribuables, qui ne b&#233;n&#233;ficient pas d'un avantage similaire. &#187;|&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, avec la complicit&#233; de l'&#201;tat et des banques, en 2000, le groupe Exxel accumula 4,5 milliards de dollars d'actifs. Deux ans apr&#232;s, la valeur de son portefeuille d'entreprises atteignait &#224; peine 300 millions de dollars. L'&#171; entrepreneur de l'ann&#233;e &#187; les avait, litt&#233;ralement, vid&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Glaces&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi toutes les entreprises rachet&#233;es par le groupe Exxel, celle qui nous int&#233;resse dans cette histoire est la plus petite : le fabricant de glaces Freddo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fond&#233;e par un immigrant italien, l'entreprise Freddo dominait le march&#233; depuis cinquante ans en proposant des produits de qualit&#233; par l'interm&#233;diaire de six succursales. Ses cinq associ&#233;s re&#231;urent du groupe Exxel une offre impossible &#224; refuser : 82 millions de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re mesure de l'administration Navarro fut de r&#233;am&#233;nager tous les locaux.&lt;br/&gt;
La deuxi&#232;me, d'abaisser la qualit&#233; des mati&#232;res premi&#232;res.&lt;br/&gt;
La troisi&#232;me, d'augmenter les prix.&lt;br/&gt;
Pas besoin de quatri&#232;me mesure : l'entreprise avait d&#233;j&#224; fait faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'au printemps 2001, le fabricant de glaces fut int&#233;gr&#233; aux actifs de la banque Galicia, afin de capitaliser les 30 millions de dollars de dettes qu'il avait accumul&#233;es. La banque convoqua l'ancien propri&#233;taire, Juan Jos&#233; Guarracino, pour qu'il sauve l'entreprise, inaugurant avec cette formule une modalit&#233; qui se r&#233;p&#232;terait ensuite dans plusieurs entreprises en faillite pass&#233;es aux mains des banques. Les requins de la finance la baptis&#232;rent &#171; mod&#232;le Freddo &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Occuper&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tornade de Navarro emporta sur son passage, par un effet domino, l'un des fournisseurs de mati&#232;res premi&#232;res des usines de glace Freddo. Les ajustements des co&#251;ts de la nouvelle administration laiss&#232;rent la soci&#233;t&#233; Ghelco, dans le quartier de Barracas, sans un seul client. Quelque temps apr&#232;s, pouss&#233;e dans ses derniers retranchements par la r&#233;cession et la sp&#233;culation financi&#232;re, l'entreprise d&#233;posa le bilan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les quarante ouvriers de Ghelco, la man&#339;uvre se traduisit tout d'abord par un rationnement des salaires, puis par des mois sans toucher un centime et, enfin, par la fermeture d&#233;finitive, qui les laissa sur le pav&#233; sans aucune possibilit&#233; de r&#233;clamation ; en effet, la Loi sur les faillites avait &#233;t&#233; modifi&#233;e &#224; l'&#233;poque de Carlos Menem et les travailleurs n'&#233;taient plus consid&#233;r&#233;s comme les cr&#233;anciers privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banques passaient avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, dans la rue, le taux de ch&#244;mage atteignait 22 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tous savaient ce qui les attendait : ils avaient en moyenne 40 ans, ils &#233;taient ouvriers sp&#233;cialis&#233;s et ils avaient des familles &#224; nourrir, des dettes &#224; payer et des besoins qui ne pouvaient pas &#234;tre repouss&#233;s &#224; plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'avaient nulle part o&#249; aller et, forts de cette conviction, ils rest&#232;rent l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tente verte de camping les abrita pendant des mois &#224; la porte de l'usine ferm&#233;e. Deux patrouilleurs et une douzaine d'agents en uniforme les surveill&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut un policier, justement, qui leur raconta que, quelques mois auparavant, ils avaient d&#251; d&#233;loger &#224; coups de b&#226;ton les ouvriers d'une usine voisine. &#171; Mais ils sont revenus, leur dit-il. Ils ont form&#233; une coop&#233;rative et sont entr&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers de Ghelco all&#232;rent le jour m&#234;me faire connaissance avec les autres ouvriers &#8211; de Laval&#225;n &#8211; qui, &#224; leur tour, leur pr&#233;sent&#232;rent un avocat, lequel r&#233;digea sur le champ les 84 articles des statuts d'une coop&#233;rative de travail : ils l'appel&#232;rent Vieytes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'histoire se termine ainsi :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'usine fut expropri&#233;e.&lt;br/&gt;
Les ouvriers, organis&#233;s au sein de la Coop&#233;rative de travail Vieytes, se charg&#232;rent de la r&#233;ouverture.&lt;br/&gt;
Et l'on n'entendit plus parler de Navarro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Produire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les ouvriers de l'ancienne soci&#233;t&#233; Ghelco gagnent le double de leur salaire de l'&#233;poque. &#171; Le jour o&#249; nous sommes entr&#233;s dans l'usine, nous n'avions m&#234;me pas de quoi payer un paquet de sucre. Les gars de l'autre coop&#233;rative &#8211; Uni&#243;n y Fuerza [Union et force] &#8211; nous ont pr&#234;t&#233; de quoi acheter les mati&#232;res premi&#232;res et payer l'&#233;lectricit&#233;, et c'est comme cela que nous avons commenc&#233;. &#192; la premi&#232;re paie, la premi&#232;re chose que nous avons faite a &#233;t&#233; de leur rendre l'argent. Nous n'avions m&#234;me pas de quoi manger, mais les dettes passent avant tout, et nous &#233;tions fiers de pouvoir les rembourser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que commence une autre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous entrez maintenant dans la coop&#233;rative Ghelco, voici le d&#233;cor que vous verrez dans la salle des machines :&lt;br class='autobr' /&gt;
En cercle, align&#233;s contre le mur, se trouvent les m&#233;langeurs et les broyeurs tournant &#224; plein r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au centre sont dispos&#233;s sur trois rang&#233;es quarante pupitres d'&#233;colier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pour les assembl&#233;es. On nous disait que nous ne pouvions pas tout r&#233;soudre par assembl&#233;e parce que, sinon, nous arr&#234;terions le travail. Alors quelqu'un a sugg&#233;r&#233; que le mieux serait de nous r&#233;unir dans la salle des machines, pour que ceux qui sont de quart puissent &#224; la fois travailler, donner leur avis et voter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers montrent avec orgueil leur &#339;uvre : machines et d&#233;mocratie directe. Ils sourient, on les sent d&#233;tendus, s&#251;rs d'eux, heureux, entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le co&#251;t patronal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La viabilit&#233; &#233;conomique des coop&#233;ratives de travail est une question &#224; analyser au cas par cas. En principe, elle d&#233;pend de leur situation de d&#233;part. Pour beaucoup de coop&#233;ratives, elle s'est limit&#233;e au travail &#224; fa&#231;on, une modalit&#233; qui consiste &#224; ce que le client avance les capitaux n&#233;cessaires pour que la coop&#233;rative acqui&#232;re les mati&#232;res premi&#232;res afin de fabriquer la commande. Il s'agit l&#224; de la proposition qu'elles ont invent&#233;e pour surmonter les limites que leur imposait le manque de cr&#233;dit et de financement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces entreprises ont ainsi r&#233;ussi &#224; se mettre &#224; produire, gr&#226;ce &#224; leurs propres efforts, m&#234;me dans un contexte difficile marqu&#233; par le manque de formation aux comp&#233;tences administratives ou commerciales, la m&#233;fiance de leurs anciens clients et le harc&#232;lement politico-judiciaire. Avec le temps, certaines entreprises ont m&#234;me r&#233;ussi &#224; exporter leur production ou &#224; dominer le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, &#224; partir de l'exp&#233;rience de la gestion ouvri&#232;re, les travailleurs ont pu identifier les v&#233;ritables causes de la faillite de leurs entreprises. Et ils sont parvenus &#224; une conclusion : c'est le co&#251;t patronal qui en est &#224; l'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le co&#251;t patronal ne d&#233;signe pas seulement la grande part que s'attribuent les patrons, mais &#233;galement toute la s&#233;rie de d&#233;penses que la production doit amortir : les salaires &#233;lev&#233;s et les pr&#233;bendes de gestion, les commissions, les viatiques, les d&#233;placements et les chauffeurs, sans oublier le paiement de cabinets d'audit embauch&#233;s pour r&#233;aliser des ajustements et qui, in&#233;vitablement, concluent que le co&#251;t salarial est responsable du d&#233;ficit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau concept forg&#233; par les travailleurs &#8211; et qui d&#233;crit une r&#233;alit&#233; que la science &#233;conomique &#233;voque peu &#8211; place la responsabilit&#233; &#224; l'autre extr&#233;mit&#233;. L'id&#233;e de co&#251;t patronal met &#224; jour ces gaspillages rendus inutiles sous contr&#244;le ouvrier, attribuant donc clairement la faute de la faillite &#224; la gestion de l'entreprise. Ce qui est curieux, c'est qu'aujourd'hui, plusieurs de ces usines sont en train d'&#234;tre analys&#233;es par des experts en management, dans le but de reformuler les concepts de gestion que les ann&#233;es 1990 ont impos&#233;s comme mode d'emploi incontestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sister&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute entreprise autog&#233;r&#233;e sait que sa survie d&#233;pend de la l&#233;gitimit&#233; et des liens sociaux qu'elle saura &#233;tablir. Sa d&#233;fense se fonde sur la conviction de ses travailleurs, mais &#233;galement sur l'appui qu'ils arriveront &#224; recueillir aupr&#232;s de voisins, d'assembl&#233;es de quartier, d'organismes de soutien aux droits humains et de partis politiques, dans cet ordre. Il est m&#234;me arriv&#233; qu'une fois r&#233;cup&#233;r&#233;es, et du fait de leur constante pr&#233;carit&#233; juridique, certaines usines reprennent l'exp&#233;rience de la soci&#233;t&#233; IMPA, pionni&#232;re du mouvement, pour installer dans les espaces vides un centre culturel destin&#233; &#224; la communaut&#233;. La soci&#233;t&#233; IMPA l'avait fait comme moyen d'autod&#233;fense : face &#224; la menace d'une expulsion par la force, elle avait ouvert ses portes &#224; des activit&#233;s telles que le th&#233;&#226;tre, la vid&#233;o, des cours, du soutien scolaire et des d&#233;bats, pour la plupart dispens&#233;es gratuitement par des &#233;tudiants universitaires ou par des membres des assembl&#233;es de quartier. Elle s'&#233;tait ainsi assur&#233;e qu'aux horaires consid&#233;r&#233;s comme les plus vuln&#233;rables &#8211; la nuit et le week-end &#8211;, il y aurait du monde dans les locaux de l'usine. Les travailleurs de l'usine IMPA sont &#233;galement les cr&#233;ateurs d'une forme r&#233;ussie de r&#233;cup&#233;ration de l'&#233;ducation : les baccalaur&#233;ats populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autog&#233;rer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a ainsi tir&#233; un trait sur des questions que le pouvoir consacre comme des v&#233;rit&#233;s incontestables :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1. La supr&#233;matie de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, &#224; n'importe quel co&#251;t.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2. L'&#201;tat comme seul cadre possible pour r&#233;gler les conflits sociaux.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 3. La n&#233;cessit&#233; de compter sur une classe de dirigeants pour organiser la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois que les ouvriers racontent leur exp&#233;rience, ils nous confirment une fois de plus qu'aucune de ces propositions n'est in&#233;vitable. &#192; l'usine Grissinopoli, par exemple, un des ouvriers se souvient que le plus difficile pour lui n'a pas &#233;t&#233; de r&#233;sister dans la rue, ni de supporter la faim, ni de d&#233;fier la police, ni de discuter avec le juge, ni d'&#233;mouvoir les conseillers municipaux. Le plus difficile pour lui a &#233;t&#233; de convaincre ses camarades qu'ils &#233;taient parfaitement capables de relancer la production de l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre leurs propres patrons leur a donn&#233; une autre image d'eux-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ont su, &#224; ce moment, qu'ils ne seraient plus jamais les m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'ils n'avaient pas chang&#233; de vie, mais de destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;fi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces usines repr&#233;sentent pour les faibles institutions de la d&#233;mocratie argentine un dilemme politique et social auquel elles ne savent pas r&#233;pondre. Les r&#233;ponses qu'elles ont donn&#233;es ont &#233;t&#233; provisoires et leur ont &#233;t&#233; arrach&#233;es par la t&#233;nacit&#233; des luttes, la validit&#233; des r&#233;clamations, l'ill&#233;galit&#233; flagrante des situations qui en sont &#224; l'origine et l'abandon des mesures pour la cr&#233;ation authentique d'emplois. Ce ne sont donc ni les fonctionnaires, ni les juges, ni les experts, ni les universitaires qui ont appris &#224; ces travailleurs &#224; formuler clairement leurs r&#233;clamations ni &#224; pr&#233;senter les solutions pour y r&#233;pondre. C'est leur propre exp&#233;rience accumul&#233;e qui leur a dict&#233; au fur et &#224; mesure les issues &#224; leurs probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, on pourrait dire que le destin des ouvriers des quelque 200 usines r&#233;cup&#233;r&#233;es en Argentine &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;| La s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; entre une mince couche immens&#233;ment riche et une vaste classe ne poss&#233;dant rien, fait que cette soci&#233;t&#233; s'asphyxie elle-m&#234;me dans sa propre richesse. Cette situation est chaque jour plus absurde et moins n&#233;cessaire. On peut et on doit en finir avec elle. |&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait Friedrich Engels le 30 avril 1891.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cent treize ans plus tard, les ouvriers de Zanon, au sud de l'Argentine, en ont fini avec quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ont baptis&#233; leur cr&#233;ation d'un nom de r&#234;ve : F&#225;brica Sin Patr&#243;n [Usine sans patron].&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est d'eux et d'autres comme eux que parlent cette histoire et ce changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons &#224; ces ouvriers, entre autres choses, la mani&#232;re d'organiser la production que nous avons adopt&#233;e pour &#233;diter cette revue, mais surtout, les interrogations sur notre identit&#233; (sommes-nous des travailleurs de presse, des journalistes, des communicateurs ?) et nos doutes quant &#224; comment faire cro&#238;tre la revue &#8211; et m&#234;me sur la question de savoir si cela est bien n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous leur devons enfin, de pouvoir lire la phrase suivante :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;|Au-del&#224; de nos croyances diverses, souvent si diff&#233;rentes, et parfois violemment oppos&#233;es, nous d&#233;sirons tous vivre avec dignit&#233; et sans peur, qu'on ne nous humilie pas et qu'on nous permette de chercher le bonheur. Cela constitue un terrain d'entente suffisamment ferme et vaste sur lequel commencer &#224; construire la solidarit&#233; d'action. &#187; |&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Et de la comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &#233;nergie, patience et confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction de l'espagnol pour &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.alterinfos.org/spip.php?article5279&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dial&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; de&lt;/strong&gt; : C&#233;cile Rousseau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://lavaca.org/mu/mu-48-arranca/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Revue Mu&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, n&#176; 48, septembre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Travailleurs-d-une-autre-classe-Voila-une-hypothese-sans-patron&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;El Correo&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, le 13 f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les 10% des plus pauvres et les 10% les plus riches &#8211; note DIAL.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Usines autog&#233;r&#233;es argentines, dix ans apr&#232;s</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Usines-autogerees-argentines-dix-ans-apres</link>
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		<dc:date>2012-02-13T21:23:58Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Un regard sur le pr&#233;sent et l'avenir des usines les plus embl&#233;matiques g&#233;r&#233;es par les travailleurs et les d&#233;fis qu'ils ont &#224; relever. Qu'est-ce qui manque, qu'est-ce qui, au contraire, ne manque pas, quels sont les probl&#232;mes les plus difficiles &#224; r&#233;soudre maintenant que le minimum vital est assur&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Est-ce qu'on peut changer le destin ? Est-ce qu'on peut inventer quelque chose de nouveau ? Ou bien ce sont les autres qui ont raison : ceux qui d&#233;fendent ces milliers de doctrines, de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Recuperees" rel="directory"&gt;R&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un regard sur le pr&#233;sent et l'avenir des usines les plus embl&#233;matiques g&#233;r&#233;es par les travailleurs et les d&#233;fis qu'ils ont &#224; relever. Qu'est-ce qui manque, qu'est-ce qui, au contraire, ne manque pas, quels sont les probl&#232;mes les plus difficiles &#224; r&#233;soudre maintenant que le minimum vital est assur&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Est-ce qu'on peut changer le destin ? Est-ce qu'on peut inventer quelque chose de nouveau ? Ou bien ce sont les autres qui ont raison : ceux qui d&#233;fendent ces milliers de doctrines, de philosophies, d'opinions, de sciences, de religions, ces gens qui ont du mal &#224; dig&#233;rer, ces habitu&#233;s des plateaux t&#233;l&#233;vis&#233;s qui soutiennent que les choses sont comme elles sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions sur ce que l'on appelle les usines r&#233;cup&#233;r&#233;es par les travailleurs ou usines sans patron, sans aucun doute, ont &#224; voir avec le secteur de l'&#233;conomie, de la production, de la politique mais aussi de la culture, de la personne humaine et de sa capacit&#233; &#8211; ou pas &#8211; &#224; transformer la r&#233;alit&#233;. Ce ne sont pas des discours de comptoir ou de barricade qui pr&#233;tendent refaire le monde, mais une &#233;tape concr&#232;te qui transforme la r&#233;alit&#233; de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Formule provisoire&lt;/strong&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; D&#233;sespoir + une id&#233;e diff&#233;rente + une tentative pour la mettre en pratique = un espace nouveau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout peut &#234;tre r&#233;invent&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande r&#233;ussite c'est d'avoir mis en place une nouvelle fa&#231;on de lutter et de s'organiser. Aujourd'hui, tous les travailleurs savent qu'ils peuvent faire tourner une usine, affirme Mur&#250;a de l'IMPA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Industrias Metal&#250;rgicas y Pl&#225;sticas Argentina (Industries m&#233;tallurgiques et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'une des premi&#232;res usines r&#233;cup&#233;r&#233;es et qui, durant ces treize derni&#232;res ann&#233;es est pass&#233;e par toutes sortes de probl&#232;mes : des manifestations hostiles, des menaces, des probl&#232;mes internes, des crises &#8211; tout allait mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais nous sommes toujours l&#224;. Nous sommes 56 camarades et nous gagnons 3600 pesos [623 euros] chacun par mois. Et si l'&#201;tat ne nous avait pas coup&#233; l'&#233;lectricit&#233; &#8211; nous d&#233;pensons 40 000 [6926 euros] pesos par mois pour un g&#233;n&#233;rateur &#8211; nous en gagnerions 4400 [762 euros]. Si l'on nous mettait dans des conditions semblables &#224; n'importe quelle entreprise capitaliste, nous serions meilleurs. Je ne le dis pas par orgueil mais parce que le syst&#232;me de coop&#233;rative est meilleur que celui de la concurrence capitaliste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les 280 usines argentines sans patron, Zanon, &#224; Neuqu&#233;n&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au centre-ouest du pays &#8211; note DIAL.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est &#233;galement une entreprise embl&#233;matique. Dans l'effort pour la conserver, les travailleurs ont pris la t&#234;te du syndicat des c&#233;ramistes mais Ra&#250;l Godoy et Alejandro L&#243;pez ont fait au moins deux choses inhabituelles dans le contexte argentin : ils ont renonc&#233; &#224; leur poste pour favoriser le renouvellement des cadres et ils sont retourn&#233;s travailler &#224; l'usine (!).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Godoy, de la branche &#233;mail : &#171; &lt;i&gt;Les usines sans patron sont une alternative &#224; la crise, depuis 2001. C'est une grande et belle id&#233;e qui peut s'accompagner de nombreuses difficult&#233;s et qui sort des mod&#232;les impos&#233;s. Tout peut &#234;tre r&#233;invent&#233;. Nous avons croqu&#233; la pomme du Paradis et une fois qu'on y a go&#251;t&#233;... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernesto Lalo Paret, de la coop&#233;rative &#171; &lt;i&gt;Tous ensemble pour la chaussure &lt;/i&gt; &#187; (l'ancienne Gatic, produisant pour l'allemande Adidas) : &#171; &lt;i&gt;Ce processus pr&#233;sente tous les probl&#232;mes que tu peux imaginer mais il a rendu viables des usines qui pour les patrons ne l'&#233;taient plus. Et d'ailleurs, qu'est-ce que &#231;a veut bien dire la viabilit&#233; d'une usine dans une soci&#233;t&#233; de merde ? Qu'un &#233;conomiste vienne me dire combien vaut en cash-flow (flux d'entr&#233;es et sorties de caisse) le fait qu'un type retrouve l'estime de soi, se revalorise, se fasse confiance et prenne une usine en charge ? &#192; combien estime-t-on le fait que cet homme soit devenu un exemple pour son gosse, en tant que travailleur ? &#192; combien &#233;value-t-on la r&#233;cup&#233;ration d'une usine pour la communaut&#233;, pour les familles, pour la soci&#233;t&#233; ? &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;coutez le bruit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me distribue des biens, des services, mais surtout une identit&#233; sociale, rappelle le prologue du livre &#171; Sin Patr&#243;n &#187; (&lt;i&gt;Sans patron&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sin Patr&#243;n : f&#225;bricas y empresas recuperadas por sus trabajadores, &#233;dition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'identit&#233; des travailleurs &#233;tait tr&#232;s d&#233;pr&#233;ci&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Et on peut ajouter &#224; cela la faim et le d&#233;sespoir&lt;/i&gt; &#187; rench&#233;rit Lalo vivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme une tra&#238;n&#233;e de poudre, dans de nombreux endroits &#233;loign&#233;s les uns des autres &#8211; comme par contagion culturelle &#8211;, les travailleurs ont pris une d&#233;cision : ils ont cess&#233; d'utiliser les canaux syndicaux pour leurs revendications (car, sauf quelques exceptions, ceux-ci ont fait le jeu des patrons). Mais les travailleurs, au lieu de quitter le navire, ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment rompu leurs cha&#238;nes et ont pris les usines. Confront&#233;s &#224; la peur, ils ont agi au lieu de rester paralys&#233;s. C'&#233;tait des gens ordinaires comme l'avaient &#233;t&#233; les M&#232;res et les Grands-m&#232;res de la Place de mai. Comme elles, ils ont invent&#233; quelque chose qui n'avait jamais eu lieu, nulle part. Lalo : &#171; &lt;i&gt;Quand &#231;a a commenc&#233;, les ouvriers ne croyaient en rien. Et maintenant ils croient que tout est toujours possible... Que toute situation peut trouver une issue. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mur&#250;a : &#171; &lt;i&gt;Ici, c'est tout le contraire de ce qui se passe dans les entreprises capitalistes o&#249; ceux qui acc&#232;dent &#224; des postes importants sont des vendus, des magouilleurs qui exploitent les autres et qui travaillent le moins. Ici, les camarades essaient de porter les meilleurs &#224; la t&#234;te de l'usine. Et celui qui a des responsabilit&#233;s est aussi celui qui travaille le plus. &lt;/i&gt; &#187; Pour ce qui est de l'horizontalit&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est ce que l'on recherche mais cela ne fonctionne que si tout le monde en sait autant, parce que si dans une assembl&#233;e c'est toujours nous, les m&#234;mes grandes gueules, qui parlons, &#231;a ne sert &#224; rien, on reste comme des papes. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'horizontalit&#233; est donc un but vers lequel on tend, non une fausse illusion, ni une id&#233;e de marketing. Godoy : &#171; &lt;i&gt;Notre force, c'est l'assembl&#233;e. On discute &#224; fond mais apr&#232;s, chacun garde &#224; l'esprit l'objectif de la production et on dit : qu'est-ce qu'on peut am&#233;liorer ici ou l&#224; ? Le travailleur investit l&#224; toute son &#233;nergie &lt;/i&gt; &#187;. Ils ont repris le gouvernail d'un bateau qui &#233;tait en train de couler. &#171; &lt;i&gt;Eh oui, on se met &#224; &#233;coper pour le maintenir &#224; flot et on se met &#224; ramer &#224; contre-courant. Regarde : &#224; c&#244;t&#233; de nous il y a l'entreprise C&#233;ramique Neuqu&#233;n qui re&#231;oit automatiquement des cr&#233;dits pour la r&#233;novation technologique. Ils ont un Mercedes et nous un Fitito. Mais nous, nous avons multipli&#233; par deux le nombre de travailleurs et nous sommes en train de d&#233;montrer que l'on peut fonctionner sans capital et sans capitalistes. C'est pour cela que nous ne recevons aucune aide car nous repr&#233;sentons une menace pour eux. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celia et Gustavo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celia Mart&#237;nez est une des actrices de la Coop&#233;rative 18 d&#233;cembre (date &#224; laquelle ils ont pris l'usine textile Brukman, en 2001). &#171; Je vois tout ce qu'il y a de positif. Le minist&#232;re du travail nous a donn&#233; des subventions, presque un million de pesos. Le D&#233;veloppement social nous a choisis comme fournisseur des v&#234;tements de leurs employ&#233;s, la compagnie a&#233;rienne Aerol&#237;neas argentinas, nous a command&#233; 14000 uniformes et c'est au tour de la compagnie Austral, maintenant. Je ne dirais pas que nous allons super bien, mais nous n'allons pas mal du tout &#187;. En moyenne, elles re&#231;oivent 400 &#224; 600 pesos [entre 69 et 104 euros] par semaine. Celia ne milite plus dans un parti comme elle l'a fait bri&#232;vement pendant le conflit Brukman o&#249; les femmes &#233;taient 50 sur 73 salari&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous accordons selon la r&#232;gle de la majorit&#233; &#8211; note DIAL.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; &lt;i&gt;&#199;a va faire 10 ans que nous fonctionnons et personne n'aurait os&#233; y croire. Nous avons des relations d'&#233;gal &#224; &#233;gal. Nous avons chang&#233; sur un point : avant, nous &#233;tions ob&#233;issantes et soumises. Maintenant c'est fini&lt;/i&gt; &#187;. Alors, patron ou pas ? &#171; &lt;i&gt;M&#234;me les plus anciennes d'entre nous n'arrivent plus &#224; concevoir un patron. C'est &#233;vident que nous avons eu la chance de recevoir le soutien de l'&#201;tat, ce qui n'a pas le cas pour d'autres. &#199;a doit &#234;tre parce que nous sommes beaucoup de femmes et qu'on nous a beaucoup frapp&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Les salari&#233;es attendent que l'expropriation de l'usine soit effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustavo Ojeda de l'entreprise Gr&#225;fica Patricios : &#171; &lt;i&gt; Plut&#244;t que des subventions, nous voulons du travail. Il faut cr&#233;er de l'emploi. Nous aussi, on ne fait pas toujours ce qu'il faudrait parce qu'on pourrait s'associer davantage entre usines pour faire des choses ensemble, sans disperser nos forces, comme par exemple faire des achats en commun ou cr&#233;er des lieux collectifs. Mais, quand m&#234;me, nous avons cr&#233;&#233; un pr&#233;c&#233;dent en Argentine : il est possible de r&#233;cup&#233;rer une usine et de l'autog&#233;rer. La diff&#233;rence, c'est qu'avant, c'&#233;tait un seul bonhomme qui empochait les b&#233;n&#233;fices alors que maintenant, on les partage entre tous les travailleurs&lt;/i&gt; &#187;. Gr&#225;fica Patricios a ouvert aussi un coll&#232;ge dans son usine et une radio communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre la Loi sur les faillites&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que dire de la nouvelle Loi sur les faillites ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mur&#250;a : &#171; &lt;i&gt;Elle est faite pour l'establishment. Elle nous oblige &#224; assumer la dette des patrons et cela va porter tort aux PME les plus faibles. Le pi&#232;ge, c'est que le patron peut cr&#233;er une coop&#233;rative avec quelques complices de l'administration, tandis que lui s'occupe de la commercialisation. Nous, nous r&#233;clamons une Loi d'expropriation, que l'immobilier appartienne &#224; l'&#201;tat et qu'il le c&#232;de &#224; la coop&#233;rative tout le temps o&#249; celle-ci est en activit&#233;. Et que quand elle s'arr&#234;te, tout revienne &#224; l'&#201;tat. Personne n'y perd et on g&#233;n&#232;re de l'emploi &lt;/i&gt; &#187;. Godoy : &#171; &lt;i&gt;Ils ont fait cette loi pour &#233;viter les expropriations et faire payer les pots cass&#233;s de la faillite aux travailleurs. L'&#201;tat s'en lave les mains et il continue &#224; financer les chefs d'entreprise &lt;/i&gt; &#187;. Lalo Paret : &#171; &lt;i&gt;La Loi d&#233;fend le cr&#233;dit et les avocats mais en aucun cas les travailleurs. Et comme aucune entreprise n'est capable de fournir un plan de redressement en trois mois, on lui impose le fameux capital national Brito, Moneta, etc... Derri&#232;re tout &#231;a, il y a les fonds d'investissement qui cherchent &#224; s'emparer des usines. Avec la Loi d'expropriation, par contre, l'&#201;tat conserverait les murs pendant que nous, de l'int&#233;rieur, nous continuerions &#224; g&#233;n&#233;rer du travail, des projets &#233;ducatifs et tout le reste&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Production&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les usines sont un symbole &#224; la fois de la culture et de la production. Si l'on consid&#232;re les deux usines les plus complexes, IMPA et BAUEN, avec 40 millions de pesos [6 900 000 euros], on consolide 250 postes de travail et un centre populaire de pr&#233;paration au baccalaur&#233;at pour 200 personnes. Alors qu'aujourd'hui, cr&#233;er un poste de travail digne de ce nom, en Argentine co&#251;te 1 200 000 pesos [208 000 euros]. Ici, on garantit 250 postes de travail avec le dixi&#232;me de cette somme. Autre exemple : l'IMPA poss&#232;de un centre de sant&#233; gratuit pour tout le quartier, en coordination avec l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Godoy : &#171; &lt;i&gt;On peut avoir une dimension politique mais si cela ne sert pas dans la pratique, &#231;a n'a aucun sens. On entend beaucoup de discours, de t&#233;moignages, de th&#233;ories, de baratin, mais si on ne les confronte pas aux probl&#232;mes concrets, on est hors du coup. Le plus important que l'on a obtenu tous ensemble est de ne pas &#234;tre esclaves de la loi. On vit dans un r&#233;seau qui nous prot&#232;ge comme l'oignon est prot&#233;g&#233; par le nombre de ses pelures. Bien que &#231;a semble idiot, la fa&#231;on de penser de beaucoup de gens a chang&#233; quand on a expliqu&#233; la diff&#233;rence entre ce qui est l&#233;gal et ce qui est l&#233;gitime. &#199;a nous a donn&#233; un regard plus libre pour nous d&#233;finir et pour r&#233;fl&#233;chir &#224; nos probl&#232;mes &#187;. Godoy milite au PTS [Parti des travailleurs socialistes] et il a &#233;t&#233; &#233;lu avec le Front de gauche comme d&#233;put&#233; de la province Neuqu&#233;n, charge qu'il occupera avec les autres candidats de la liste de mani&#232;re rotative. On ne va pas toucher les 17 000 pesos [2944 euros] que touchent les autres l&#233;gislateurs mais 4 200 [727 euros] comme on gagne chez Zanon. La diff&#233;rence sera vers&#233;e &#224; une caisse pour les gr&#233;vistes et les camarades qui ont des probl&#232;mes&lt;/i&gt; &#187;. Il annonce qu'il se rendra &#224; l'Assembl&#233;e avec son bleu de travail. &#171; &lt;i&gt;C'est s&#251;r qu'il va m'arriver la m&#234;me chose que quand je vais dans les universit&#233;s ; en me voyant, on me dit : &#171; &lt;i&gt;Monsieur, est-ce que vous pouvez nettoyer cette salle parce qu'il va y avoir une conf&#233;rence sur Zanon &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lalo : &#171; &lt;i&gt;Cette exp&#233;rience nous a permis de croire en nous-m&#234;mes et par suite, de croire en autrui. L'id&#233;e, c'est que si nous le voulons, c'est possible&lt;/i&gt; &#187;. Lalo a un point de vue diff&#233;rent de Celia. &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement a engendr&#233; un effet contreproductif. La logique est la suivante : si ceci n'est pas &#224; moi, alors ce n'est &#224; personne. Mais pour moi, la classe politique est de papier. Et l'&#201;tat aussi sous bien des aspects. Ce n'est pas donc l'&#201;tat qui va r&#233;aliser des transformations, c'est la politique. Le pouvoir, ce n'est pas de t'asseoir avec le ministre. Le pouvoir, c'est nous qui l'avons. Il ne se transf&#232;re pas, tout au plus peut-on le vendre. Mais si tu l'as vendu, il ne vaut rien. Mais je suis super optimiste. Les usines r&#233;cup&#233;r&#233;es cr&#233;ent des emplois, des centres scolaires, l'Universit&#233; des travailleurs, des centres culturels, une pr&#233;figuration de ce que pourrait &#234;tre un nouveau mod&#232;le de soci&#233;t&#233;. Est-ce qu'une soci&#233;t&#233; diff&#233;rente est possible ? Oui. Est-ce que nous le voulons vraiment ? L&#224; est le probl&#232;me. Moi je dis qu'on est comme une femme enceinte. Le p&#232;re, c'est la faim. Mais quelque chose est en gestation. Ce qui est important maintenant, c'est de voir si le b&#233;b&#233; va na&#238;tre idiot, ou heureux et en bonne sant&#233; &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://lavaca.org/mu/mu-48-arranca&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Revista MU&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Argentine, 13 septembre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction de l'espagnol pour &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.alterinfos.org/spip.php?article5280&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dial&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; de&lt;/strong&gt; : Michelle Savarieau .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Usines-autogerees-argentines-dix-ans-apres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;El Correo&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, le 13 f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Industrias Metal&#250;rgicas y Pl&#225;sticas Argentina (Industries m&#233;tallurgiques et plastiques d'Argentine) &#8211; note DIAL.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au centre-ouest du pays &#8211; note DIAL.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sin Patr&#243;n : f&#225;bricas y empresas recuperadas por sus trabajadores, &#233;dition actualis&#233;e, Buenos Aires, Lavaca, 2009, 302 p. &#8211; note DIAL.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous accordons selon la r&#232;gle de la majorit&#233; &#8211; note DIAL.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Autogestion : La r&#233;cup&#233;ration d'entreprises en Argentine </title>
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&lt;p&gt;L'&#233;tude des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es en Argentine peut para&#238;tre surprenante dans un premier temps. En effet, une id&#233;e commun&#233;ment admise fait de l'Argentine, et ce en d&#233;pit de la crise, l'un des pays &#233;mergents o&#249; un mod&#232;le &#233;conomique de capitalisme transnational d&#233;brid&#233; a trouv&#233; un nouveau champ de conqu&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Federico Calo, Caroline P&#233;vrier et Lilia Theurier &lt;br class='autobr' /&gt;
Almas Latinas. France, 6 mars 2006 &lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;cembre 2001, l'Argentine conna&#238;t une grave crise &#233;conomique et sociale qui plonge dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Recuperees" rel="directory"&gt;R&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;tude des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es en Argentine peut para&#238;tre surprenante dans un premier temps. En effet, une id&#233;e commun&#233;ment admise fait de l'Argentine, et ce en d&#233;pit de la crise, l'un des pays &#233;mergents o&#249; un mod&#232;le &#233;conomique de capitalisme transnational d&#233;brid&#233; a trouv&#233; un nouveau champ de conqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Federico Calo, Caroline P&#233;vrier et Lilia Theurier&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.almaslatinas.com/articles/articles.php?id_art=268&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Almas Latinas&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. France, 6 mars 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2001, l'Argentine conna&#238;t une grave crise &#233;conomique et sociale qui plonge dans la pauvret&#233; et le ch&#244;mage une grande partie de la population. Ce contexte entra&#238;ne de nouvelles formes de solidarit&#233; et de production de richesses. L'une d'elle a focalis&#233; notre attention : il s'agit du ph&#233;nom&#232;ne des &#171; entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es &#187; , qui a pris de l'ampleur avec la multiplication des faillites d'&#233;tablissements de production de biens et de services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es &#187; peuvent &#234;tre caract&#233;ris&#233;es en premier lieu par la situation qui les a vu na&#238;tre : celle d'un abandon de l'&#233;tablissement de production par son ou ses propri&#233;taires, ainsi que par tout ou partie du personnel d'encadrement, le plus souvent des suites d'une faillite. Les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es peuvent &#233;galement &#234;tre d&#233;finies par l'organisation du travail particuli&#232;re mise en place en r&#233;ponse &#224; cet abandon : l'autogestion, c'est-&#224;-dire la gestion de l'entreprise par les travailleurs eux-m&#234;mes, sur le mode de la coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mettant &#224; profit les ressources disponibles et sans pr&#233;tendre &#224; l'exhaustivit&#233;, nous nous sommes interrog&#233;s sur la dynamique actuelle de &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187; et &#171; d'autogestion &#187; d'entreprises en Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I- La r&#233;cup&#233;ration d'entreprise comme n&#233;cessit&#233; vitale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le contexte socio-&#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;nombre actuellement environ 170 entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es, employant 10000 personnes. En d&#233;cembre 2001, au moment de la crise, on en comptait 44, leur d&#233;veloppement ayant commenc&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'avec la faillite de l'Etat argentin en 2001, que la presse, la politique, somm&#233;es d'ouvrir les yeux sur une situation d&#233;liquescente, en ont rendu compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En refusant, le 5 d&#233;cembre 2001, un pr&#234;t de 1,264 milliard de dollars au gouvernement argentin, alors confront&#233; &#224; une dette ext&#233;rieure de 132 milliards de dollars, le Fonds mon&#233;taire international (FMI) a contribu&#233; &#224; d&#233;clencher en Argentine une crise d'une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent. D&#233;fiant &#171; l'&#233;tat de si&#232;ge &#187; impos&#233; par le gouvernement et refusant de nouvelles mesures d'aust&#233;rit&#233; impos&#233;es par le FMI, un vaste mouvement de protestation sociale a pouss&#233; le pr&#233;sident Fernando de la R&#250;a &#224; la d&#233;mission. C'est dans ce contexte politique et &#233;conomique que la r&#233;cup&#233;ration d'entreprises en faillite par les salari&#233;s, sur le mode de l'autogestion, appara&#238;t plus clairement comme une alternative &#224; l'exclusion du monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La mobilisation sociale comme r&#233;ponse &#224; l'urgence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de ce type de gestion de l'entreprise est li&#233;e &#224; la d&#233;sertion, &#224; l'abandon par des propri&#233;taires de leurs entreprises, celles-ci se trouvant en situation de d&#233;p&#244;t de bilan. La vacance du pouvoir et la crise de la politique, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ont permis d'inventer une autre mani&#232;re de g&#233;rer l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La caract&#233;ristique des expropriations constat&#233;es en situation critique r&#233;side dans le fait que la forme d'organisation naissante n'est pas le r&#233;sultat d'un projet politique minutieusement pens&#233;, pr&#233;m&#233;dit&#233; , mais d'une r&#233;ponse donn&#233;e dans l'urgence. L'autogestion a &#233;t&#233; mise en place, en Argentine, pour sauvegarder les outils de travail ainsi que la possibilit&#233; de red&#233;marrer une activit&#233; stable et r&#233;mun&#233;ratrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s de telles initiatives a &#233;t&#233; rendu possible par le soutien de pans importants de la population, au niveau local par l'interm&#233;diaire de mobilisations spontan&#233;es et d'assembl&#233;es de quartier, et &#224; un niveau plus large avec le soutien de mouvements sociaux, compos&#233;s de syndicalistes, de professeurs, d'&#233;tudiants, de militants associatifs, de ch&#244;meurs et d'artistes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au niveau national, deux associations de fabriques r&#233;cup&#233;r&#233;es cr&#233;&#233;es en 2002 ont constitu&#233; un r&#233;seau d'entraide et de mise en commun des exp&#233;riences : le Mouvement National d'Entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es (MNER) compte soixante entit&#233;s en 2003 et la F&#233;d&#233;ration Nationale des Coop&#233;ratives de travail dans les Entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es (FENCOOTER) qui travaille directement avec l'Etat et revendique 28 coop&#233;ratives .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le cas de l'usine Zanon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En terme de r&#233;cup&#233;ration d'entreprise et d'implantation du mod&#232;le autog&#233;r&#233;, le cas de l'usine de carrelages Zanon est exemplaire. En octobre 2002, apr&#232;s l'abandon de l'usine par leur patron, 260 des 331 travailleurs ouvriers licenci&#233;s d&#233;cident, en assembl&#233;e, d'occuper leur lieu de travail, car ils sont persuad&#233;s que celle-ci peut encore fonctionner. La fabrique est remise en marche malgr&#233; sept tentatives d'expulsion, avec l'aide d'un comit&#233; de solidarit&#233; appuy&#233; par les mouvements sociaux et la soci&#233;t&#233; civile. Un fameux groupe de rock national, Bersuit Vergarabat, a notamment organis&#233; un concert de soutien le 8 mars 2OO2 auquel ont assist&#233; 4000 personnes . L'entreprise est progressivement devenue rentable et a embauch&#233; 210 nouveaux salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es - l'exemple de Zanon l'illustre- s'est r&#233;alis&#233;e dans un contexte d'urgence sociale &#224; partir duquel est n&#233; une mobilisation de la population. Nous allons voir &#224; pr&#233;sent quelles caract&#233;ristiques communes distinguent les entreprises concern&#233;es et tenter de comprendre leur mode de fonctionnement &#233;conomique en autogestion, ainsi que leur socle juridique encore pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II- L'entreprise r&#233;cup&#233;r&#233;e et son mode de fonctionnement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Typologie des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ais&#233;ment dresser une typologie des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es. G&#233;n&#233;ralement celles-ci appartiennent au milieu de l'industrie, de la petite industrie (assemblage de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, fabrication de briques&#8230;). Les secteurs de la m&#233;tallurgie, de la m&#233;canique, de l'imprimerie sont ainsi les plus repr&#233;sent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les productions sont le plus souvent destin&#233;es &#224; d'autres industries et non directement aux consommateurs, faute de comp&#233;titivit&#233;. Il faut toutefois souligner que, loin de se cantonner &#224; la production, ce mod&#232;le a &#233;galement su s'imposer dans des soci&#233;t&#233;s de services. Parmi celles-ci, l'H&#244;tel Bauen, &#224; Buenos Aires, dont les salari&#233;s ont adopt&#233; le mod&#232;le coop&#233;ratif en 2002 (sans occupation, compte tenu de la nouvelle loi en vigueur ), avec l'aide du Mouvement National des Entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Les caract&#233;ristiques de l'autogestion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de la diversit&#233; des situations, on peut d&#233;gager certains traits communs dans le mode de fonctionnement et la gen&#232;se de ce type d'organisation du travail qui repose sur l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, l'entreprise autog&#233;r&#233;e repose sur la cod&#233;cision et le cofinancement. Les notions de &#171; propri&#233;t&#233; collective &#187; et de repr&#233;sentativit&#233; des salari&#233;s sont tr&#232;s pr&#233;sentes dans ce mod&#232;le o&#249; l'entreprise devient une propri&#233;t&#233; sociale, sous la forme la plus directe, chaque salari&#233; d&#233;tenant une part du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de l'entreprise est horizontale et non plus pyramidale. Ainsi, g&#233;n&#233;ralement, des assembl&#233;es de salari&#233;s prennent en charge les d&#233;cisions. D'apr&#232;s la journaliste C&#233;cile Raimbeau, &#171; chaque travailleur y dispose d'une voix &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, dans de nombreux cas, dont celui de l'usine de carrelage Zanon , il semble que les salaires soient identiques pour l'ensemble des salari&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant la croissance de l'entreprise, celle-ci d&#233;pend des b&#233;n&#233;fices de l'activit&#233; propre, avec les avantages de l'ind&#233;pendance mais avec des limites en terme d'investissement, pouvant poser probl&#232;me dans une &#233;conomie concurrentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'intervention de l'Etat et des collectivit&#233;s locales, encore timide, ou bien celle de r&#233;seaux solidaires de distribution, similaires &#224; ceux mis en place dans le cadre du commerce &#233;quitable, peuvent permettre une r&#233;elle assise des coop&#233;ratives .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Un statut juridique encore fragile.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; des avanc&#233;es sensibles, l'incertitude demeure dans le statut juridique des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es, puisque toute r&#233;cup&#233;ration, pour &#234;tre ent&#233;rin&#233;e l&#233;galement, doit passer n&#233;cessairement par une expropriation prononc&#233;e par les pouvoirs publics ou la n&#233;gociation d'un contrat de location avec le propri&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la r&#233;forme de la loi qui r&#232;gle les faillites (2002), il n'est plus n&#233;cessaire pour les travailleurs d'occuper des usines pour obtenir le droit de disposer des biens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; est par ailleurs ouverte de &#171; c&#233;der la continuit&#233; de l'exploitation des entreprises en faillite &#224; des coop&#233;ratives &#187;. Cette possibilit&#233; n'implique cependant pas n&#233;cessairement la r&#233;cup&#233;ration de l'entreprise par les travailleurs, la loi n'&#233;tant pas claire sur la priorit&#233; &#224; donner &#224; la r&#233;activation de l'entreprise sur la liquidation ou la revente &#224; de nouveaux investisseurs .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elles sont juridiquement fragiles, les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es pourraient &#224; l'avenir se consolider en se soudant autour d'un mouvement politique ou bien encore par l'interm&#233;diaire d'un soutien institutionnel &#233;largi. C'est ce que nous allons tenter de mettre en &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III - Enjeux politiques locaux, nationaux et r&#233;gionaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. De la d&#233;mocratie en entreprise &#224; la naissance d'un mouvement politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons d&#233;j&#224; pr&#233;cis&#233;, l'autogestion, telle qu'elle est pratiqu&#233;e en Argentine dans le prolongement des r&#233;cup&#233;rations d'entreprise, n'est pas n&#233;e d'une doctrine politique dont l'objet serait de renverser un mode d'organisation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les id&#233;ologies marqu&#233;es &#224; gauche, inspir&#233;es du marxisme voire de l'anarchisme, ne sont pas &#224; la base de ces constructions, m&#234;me si elles ont pu chercher &#224; s'y immiscer. Les ouvriers qui ont pu s'organiser, avaient pour but premier la d&#233;fense du droit au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, le syst&#232;me de participation directe &#224; la prise de d&#233;cision dans l'entreprise, l'organisation horizontale -et non plus pyramidale- du travail, ont favoris&#233; une politisation des salari&#233;s. Dans la pratique quotidienne de la gestion et des responsabilit&#233;s, ces derniers ont mis en pratique la d&#233;mocratie participative et ont peu &#224; peu construit un discours adapt&#233; &#224; leur nouvelle position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En clair, cette autogestion est susceptible d'entra&#238;ner une nouvelle conceptualisation de ce qu'est la politique &#224; travers le pouvoir de d&#233;cision conquis par les salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des &#233;lections municipales d'ao&#251;t 2003, plusieurs candidats, affili&#233;s ou non &#224; des mouvements de fabriques r&#233;cup&#233;r&#233;es, se sont pr&#233;sent&#233;s sur diverses listes &#233;lectorales . Parmi les &#233;volutions possibles du ph&#233;nom&#232;ne en cours, on peut penser qu'un mouvement politique se forme et que naisse de v&#233;ritables partis politiques f&#233;d&#233;rateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Jos&#233; Abelli, l'un des fondateurs du Mouvement National des Entreprises R&#233;cup&#233;r&#233;es, &#171; nous n'avons pas encore la force, ni la capacit&#233; pour construire un parti politique mais nous r&#234;vons, qu'avec le temps, les travailleurs puissent confluer dans une expression majoritaire, du style du Parti des Travailleurs au Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aujourd'hui les partis politiques ne nous repr&#233;sentent pas et nous n'allons pas rest&#233;s les bras crois&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La mise en place d'une organisation au niveau r&#233;gional&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue plus large, c'est aussi au niveau r&#233;gional que peut se renforcer le mod&#232;le de la r&#233;cup&#233;ration d'entreprise par l'autogestion. Les 27, 28 et 29 octobre 2005 s'est d&#233;roul&#233;e &#224; Caracas la Premi&#232;re rencontre latino-am&#233;ricaine d'entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es. Celle-ci a regroup&#233; des d&#233;l&#233;gations de pr&#232;s d'une dizaine de pays latino-am&#233;ricains, dont le Venezuela, le Br&#233;sil, l'Uruguay, le Paraguay et l'Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 200 entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es &#233;taient repr&#233;sent&#233;es ainsi que les centrales syndicales de divers pays, dont la Centrale des Travailleurs Argentins . Des d&#233;l&#233;gations gouvernementales &#233;taient &#233;galement pr&#233;sentes, ce qui n'a d'ailleurs pas &#233;t&#233; sans cr&#233;er de conflits d'int&#233;r&#234;t entre les diff&#233;rentes parties . 59 entreprises argentines ont particip&#233; &#224; l'&#233;v&#233;nement, signant un peu plus de la moiti&#233; des 75 accords adopt&#233;s, dont l'objectif est de d&#233;velopper des strat&#233;gies communes dans le transfert de technologie, d'&#233;change de comp&#233;tences, de formation, d'&#233;changes commerciaux et d'approvisionnement en mati&#232;res premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rencontre internationale, d'un point de vue politique, constitue un symbole et conf&#232;re une l&#233;gitimit&#233; plus grande &#224; un mod&#232;le &#233;conomique encore marginal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une situation de crise est n&#233; un type d'entreprise model&#233; par la n&#233;cessit&#233; imm&#233;diate. La mise en place et la perp&#233;tuation de celui-ci a &#233;t&#233; permis par la mobilisation de travailleurs, largement soutenus par une partie de la population et d&#233;cid&#233;s &#224; revendiquer leur droit au travail. Au prix de confrontations avec l'Etat et la justice, le mod&#232;le de l'entreprise r&#233;cup&#233;r&#233;e et autog&#233;r&#233;e a fini par acqu&#233;rir une l&#233;gitimit&#233; sociale puis, de mani&#232;re plus tangente, juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'organisation autog&#233;r&#233;e a montr&#233; son efficacit&#233; dans de nombreux cas, &#224; travers un mod&#232;le de prise de d&#233;cision et de financement collectif, sa viabilit&#233;, notamment sur le plan juridique, n'en demeure pas moins pr&#233;caire. En outre, d'un point de vue &#233;conomique, l'entreprise autog&#233;r&#233;e reste sujette aux lois du march&#233; et de la concurrence, loin de lui &#234;tre favorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouveaux enjeux que le ph&#233;nom&#232;ne implique sur le plan politique, en permettant une participation citoyenne active, peuvent &#233;ventuellement encourager les collectivit&#233;s locales et l'Etat, mais aussi la r&#233;gion sud-am&#233;ricaine, qui traverse de profonds changements politiques, &#224; jouer un r&#244;le d&#233;terminant dans l'avenir des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es, notamment en Argentine, o&#249; le retour de la croissance &#233;conomique pourrait permettre un soutien d'ordre financier &#224; un mod&#232;le d'entreprise encore fragile. Toutefois, on ne peut pas exclure qu'une fois son assise consolid&#233;e, l'actuelle &#233;quipe gouvernementale argentine durcisse sa politique &#224; l'&#233;gard d'entreprises qui se sont install&#233;es dans un climat de fragilit&#233; institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ressources bibliographiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Articles parus dans la presse et sur internet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Raimbeau C&#233;cile&lt;/strong&gt;, &#171; En Argentine, occuper, r&#233;sister, produire &#187;, Le Monde diplomatique, septembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Zibechi Raul&lt;/strong&gt;, &#171; Fabriques r&#233;cup&#233;r&#233;es : de la survie &#224; l'&#233;conomie solidaire &#187;, IRC Programa de las Am&#233;ricas (&lt;a href=&#034;http://www.americaspolicy.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.americaspolicy.org/&lt;/a&gt;), s&#233;rie Accion Ciudadana en las Am&#233;rica, n&#176; 12, juillet 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Tognonato Claudio&lt;/strong&gt;, &#171; Argentine : les ouvriers, patrons &#224; leur mani&#232;re &#187;, Le Courrier (&lt;a href=&#034;http://www.lecourrier.ch&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lecourrier.ch&lt;/a&gt;), Gen&#232;ve, f&#233;vrier 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Sans patron ni censure &#187;, La Vaca (&lt;a href=&#034;http://www.lavaca.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lavaca.org&lt;/a&gt;), 16 mars 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Argentine - &#171; Usine Zanon : succ&#232;s de la gestion ouvri&#232;re &#187;, Nuestra Lucha, journal militant de la classe travailleuse, 30 ao&#251;t 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Korol Claudia&lt;/strong&gt;, &#171; Brukman : le Nouvel an des ouvri&#232;res sans patron &#187;, ADITAL (&lt;a href=&#034;http://www.adital.org.br/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.adital.org.br/&lt;/a&gt;), 30-12-03.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vales Laura, &#171; L'Asamblearia, entreprise solidaire. Une cha&#238;ne de commercialisation d'entreprises autog&#233;r&#233;es en Argentine &#187;, P&#225;gina 12, 12 avril 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hauser Irina &#171; Quand les ouvriers des usines occup&#233;es font de la politique &#187;, Pagina 12, 7 septembre 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hauser Irina, &#171; Autogestion des entreprises en Argentine : Gatic, une entreprise r&#233;cup&#233;r&#233;e qui produit 300 de paires des chaussures par jour &#187;, P&#225;gina 12, 29 mars 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Losserand G., &#171; Et si les patrons ne servaient &#224; rien ? &#187;, tecknicart.com, 25 avril 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Devienne G., Des salari&#233;s tentent de reprendre eux-m&#234;mes leurs entreprises ravag&#233;es par la crise, L'Humanit&#233;, 6 mars 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pts.org.ar/contenido/noti080302zanon3.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Espectacular festival de la Bersuit Vergarabat por Zan&#243;n (&#171; Spectaculaire festival de Bersuit Vergarabat pour Zanon &#187;)&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.eldiariodeguayana.com.ve/concluyoprimerencuentrodeempresasrecuperadas.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#171; Suscriben 75 acuerdos en Encuentro de Empresas Recuperadas &#187; (&#171; Ils souscrivent 75 accords lors de la Rencontre des Entreprises R&#233;cup&#233;r&#233;es &#187;), El diario de Guayana&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.po.org.ar/po/2005/po924/po924009.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Analisis y balance, Encuentro Latinoamericano de Empresas Recuperadas en Venezuela &#187; (&#171; Analyse et bilan, Rencontre latino-am&#233;ricaine d'Entreprises R&#233;cup&#233;r&#233;es au Venezuela &#187;)&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Filmographie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klein Naomi&lt;/strong&gt;, The take, mk2 editions, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir aussi en &#034;El Correo la rubrique :&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/?-Recuperadas-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#034;R&#233;cup&#233;r&#233;es&#034;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Argentine, occuper, r&#233;sister, produire. Le droit au travail avant le droit &#224; la propri&#233;t&#233;.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/En-Argentine-occuper-resister-produire-Le-droit-au-travail-avant-le-droit-a-la-propriete</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/En-Argentine-occuper-resister-produire-Le-droit-au-travail-avant-le-droit-a-la-propriete</guid>
		<dc:date>2005-09-03T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Depuis la crise &#233;conomique qui a ruin&#233; l'Argentine en 2001, de plus en plus de ch&#244;meurs occupent leurs entreprises en faillite et les remettent en marche sans patrons. S'ils r&#233;ussissent &#224; produire en autogestion gr&#226;ce &#224; leur cr&#233;ativit&#233; et &#224; un ample mouvement de solidarit&#233;, ils r&#233;clament aussi des r&#233;formes et des politiques publiques pour soutenir leurs nouvelles coop&#233;ratives. Plut&#244;t que le droit &#224; la propri&#233;t&#233;, tous se r&#233;clament du droit au travail. &lt;br class='autobr' /&gt; Par C&#233;cile Raimbeau * &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Monde (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Recuperees" rel="directory"&gt;R&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis la crise &#233;conomique qui a ruin&#233; l'Argentine en 2001, de plus en plus de ch&#244;meurs occupent leurs entreprises en faillite et les remettent en marche sans patrons. S'ils r&#233;ussissent &#224; produire en autogestion gr&#226;ce &#224; leur cr&#233;ativit&#233; et &#224; un ample mouvement de solidarit&#233;, ils r&#233;clament aussi des r&#233;formes et des politiques publiques pour soutenir leurs nouvelles coop&#233;ratives. Plut&#244;t que le droit &#224; la propri&#233;t&#233;, tous se r&#233;clament du droit au travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par C&#233;cile Raimbeau *&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2005/09/RAIMBEAU/12754&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, septembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt mars 2003. Trente travailleurs licenci&#233;s de l'h&#244;tel Bauen s'engouffrent dans un parking, forcent une porte et s'infiltrent dans leur ex-entreprise, un cinq-&#233;toiles de vingt &#233;tages situ&#233; au c&#339;ur de Buenos Aires. Inaugur&#233; en 1978 pour la Coupe du monde de football, il est ferm&#233; depuis quinze mois. Certes, l'occuper est une atteinte au droit &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Mais c'est aussi une attaque contre un symbole du capitalisme d&#233;brid&#233; favoris&#233; par la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcelo, 56 ans dont vingt-trois pass&#233;s &#224; la r&#233;ception, a cherch&#233; d&#233;sesp&#233;r&#233;ment du travail en 2002. Gladys, ancienne femme de chambre, gagnait 4 euros par nuit dans une centrale ill&#233;gale de taxis. Rodolfo, anciennement dans la maintenance, triait les emballages recyclables, comme des dizaines de milliers de nouveaux ch&#244;meurs qui fouillent les poubelles de Buenos Aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'audace de ces sans-emploi n'a plus rien d'exceptionnel dans un pays o&#249; le taux de ch&#244;mage atteint 20 % et o&#249; 45 % de la population vit sous le seuil de pauvret&#233;. Leurs &#171; r&#233;cup&#233;rations &#187; contiennent l'id&#233;e d'une r&#233;appropriation, au nom du bien social, d'espaces abandonn&#233;s par les &#171; voleurs &#187; du secteur priv&#233;. La r&#233;volte populaire de d&#233;cembre 2001 a stimul&#233; ce ph&#233;nom&#232;ne, donnant naissance &#224; des connexions entre des actions auparavant isol&#233;es. Alors qu'on r&#233;pertoriait 44 entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es &#224; l'&#233;poque, on en d&#233;nombre &#224; pr&#233;sent environ 170, qui emploient plus de 10.000 personnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Empresas recuperadas, Secretaria de desarrollo economico, Ciudad de Buenos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au milieu des ann&#233;es 1990 qu'a commenc&#233; &#224; se d&#233;velopper la r&#233;cup&#233;ration d'entreprises en faillite par leurs anciens employ&#233;s. Le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral appliqu&#233; avec z&#232;le par le pr&#233;sident Carlos Menem produisait chaque ann&#233;e des milliers de ch&#244;meurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le taux de ch&#244;mage est pass&#233; de 8 % en 1992 &#224; 18 % en 1995 ; entre 1989 et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Non seulement les privatisations massives jetaient &#224; la rue les employ&#233;s du secteur public, mais encore l'&#233;limination des restrictions &#224; l'importation et des subventions &#224; l'exportation g&#233;n&#233;rait un flux de produits &#233;trangers tel que la petite industrie nationale ne pouvait les concurrencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es ne sont g&#233;n&#233;ralement pas tant, comme le Bauen, des soci&#233;t&#233;s de service que des petites et moyennes entreprises industrielles. Les secteurs de la m&#233;tallurgie, de la m&#233;canique, de l'imprimerie et de l'alimentaire sont les plus repr&#233;sent&#233;s. En d&#233;p&#244;t de bilan ou en faillite, ces entreprises ont pour point commun de crouler sous les dettes. Le fisc, les banques, les fournisseurs en sont les cr&#233;anciers. Les employ&#233;s, &#224; qui sont dus des salaires et des indemnit&#233;s, le sont &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux d'entre eux qui se d&#233;clarent candidats &#224; la reprise pr&#233;f&#232;rent une compensation en machines-outils &#224; de l'argent. Pourtant, si la loi argentine sur les faillites int&#232;gre bien un principe de priorit&#233; des salari&#233;s sur les autres cr&#233;anciers, elle ne pr&#244;ne pas clairement la r&#233;activation plut&#244;t que la liquidation. Un article facilite l'achat de l'entreprise par des investisseurs, sans privil&#233;gier les employ&#233;s d&#233;biteurs. Appel&#233;e &#171; cramdown &#187;, cette mesure r&#233;introduite &#224; la suite d'un chantage du Fonds mon&#233;taire international (FMI) a souvent favoris&#233; l'apparition d'acqu&#233;reurs fant&#244;mes, man&#339;uvr&#233;s en sous-main par des patrons avides de racheter leur propre soci&#233;t&#233; &#224; bas prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas du Bauen est embl&#233;matique : construit en pleine dictature, gr&#226;ce &#224; un pr&#234;t public jamais rembours&#233;, le b&#226;timent fut vendu 12 millions de dollars en 1997 &#224; un homme d'affaires chilien, qui n'en versa que 4 avant de fermer boutique, fin 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'occuper &#171; leur h&#244;tel &#187;, les ch&#244;meurs du Bauen ont d&#233;pos&#233; les statuts d'une coop&#233;rative, avec l'aide du Mouvement national des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es (MNER). Ce mouvement f&#233;d&#233;rateur s'est impos&#233; d&#232;s les premiers mois de 2002, anim&#233; par deux ex-sympathisants des Montoneros (la gu&#233;rilla p&#233;roniste des ann&#233;es 1970). MM. Eduardo Murua et Jos&#233; Abelli r&#233;sument les trois &#233;tapes de leur strat&#233;gie par une formule emprunt&#233;e au Mouvement des sans-terre du Br&#233;sil : &#171; Occuper, r&#233;sister, produire ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2002, une r&#233;forme de la loi des faillites a introduit la possibilit&#233; de c&#233;der la continuit&#233; de l'exploitation des entreprises en faillite &#224; des coop&#233;ratives. Pour autant, un juge qui entend encourager une coop&#233;rative doit n&#233;gocier un contrat de location avec le propri&#233;taire ou attendre une d&#233;cision d'expropriation prise par les pouvoirs publics. &#171; L'Etat exproprie pour construire des routes, pourquoi pas pour le bien social et le droit au travail ? &#187;, argumentent les porte-parole du MNER.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si 31 % des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es jouissent d'un accord judiciaire de location, et si beaucoup fonctionnent sans cadre l&#233;gal, 29 % ont obtenu des formes d'expropriation. Les travailleurs sont g&#233;n&#233;ralement autoris&#233;s &#224; utiliser les machines et &#224; occuper l'&#233;difice pour deux ans. Au terme de cette p&#233;riode, si l'Etat n'a pas indemnis&#233; le propri&#233;taire et les cr&#233;anciers, ceux-ci peuvent demander la mise en vente du b&#226;timent et des machines...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2004, les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es ont connu une victoire plus prometteuse : l'expropriation d&#233;finitive de douze &#233;tablissements par la Ville de Buenos Aires. Les coop&#233;ratives qui en ont b&#233;n&#233;fici&#233; disposent de trois ans de gr&#226;ce, puis de vingt ans pour acheter &#224; cr&#233;dit les murs et les machines. Mais ce traitement au cas par cas n'est pas suffisant : les travailleurs r&#233;clament une loi d'expropriation d&#233;finitive qui servirait &#224; toutes les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relayant les pressions des pouvoirs &#233;conomiques, des &#233;ditorialistes de grands m&#233;dias condamnent ces &#171; attaques contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#187;, per&#231;ues comme des offensives bolcheviques sur le Rio de la Plata ! &#171; Autrefois, c'est l'id&#233;ologie qui encourageait la prise d'entreprise, pas la d&#233;fense du travail, r&#233;torque l'&#233;quipe du sociologue Gabriel Fajn&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fabricas y empresas recuperadas, Centro cultural de cooperacion, novembre 2003.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aujourd'hui, ceux qui repr&#233;sentent ce mouvement forment un groupe tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;ne, dont la majorit&#233; n'a aucune exp&#233;rience syndicale. &#187; Faisant na&#238;tre de &#171; nouveaux sujets politiques &#187;, l'id&#233;ologie se d&#233;velopperait apr&#232;s la r&#233;cup&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un incroyable sentiment de libert&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ch&#244;meurs qui choisissent cette voie traversent n&#233;cessairement des p&#233;riodes de conflit avec le patronat, la justice et la police. Pour affronter ces situations, ils doivent solliciter le d&#233;vouement de leur famille et se solidariser. Cette communion dans la r&#233;bellion cr&#233;e non seulement de nouvelles relations de coop&#233;ration et d'amiti&#233;, mais elle fait aussi &#233;merger un processus de prise de d&#233;cision d&#233;mocratique : l'assembl&#233;e. Chaque travailleur y dispose d'une voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le sentiment de libert&#233; que nous ressentons est incroyable, se r&#233;jouit Marcelo, pr&#233;sident de la coop&#233;rative Bauen. Mais nous n'avons pas tous la m&#234;me approche : certains pensent qu'il s'agit de faire ce qu'ils ont envie de faire ; d'autres qu'il s'agit de ne rien faire. Le plus dur dans l'autogestion, c'est de lutter contre l'individualisme et l'absence d'initiatives. Nous devons nous former pour d&#233;passer l'&#034;&#234;tre ouvrier&#034;, sans nous transformer en patrons ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, une partie des salari&#233;s se retire, principalement les cadres, absents de 80 % des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es. Sans patrons ni chefs, plus par pragmatisme que par id&#233;ologie, les assembl&#233;es adoptent le principe de salaires &#233;galitaires. Il faut alors redistribuer les t&#226;ches en fonction des savoir-faire et de l'anciennet&#233;, renforcer la polyvalence, &#233;lire des coordinateurs r&#233;vocables par secteur, muter d'anciens travailleurs de la production &#224; l'administration, les former et instaurer des m&#233;canismes assurant la transparence des bilans comptables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ex-femme de m&#233;nage, Mar&#237;a a pris des cours de commercialisation pendant quatre mois aupr&#232;s d'un professeur b&#233;n&#233;vole, puis est pass&#233;e aux ventes. Osvaldo, gardien devenu cuisinier, a coiff&#233; la toque pour enfin vivre de sa passion. Quand vient le soir, au troisi&#232;me &#233;tage, on entend de timides voix r&#233;p&#233;ter en ch&#339;ur : &#171; May I help you, sir ? &#187; Des professeurs de langues leur donnent des le&#231;ons en &#233;change de pr&#234;ts de salles pour leurs cours payants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux ans et demi d'occupation, la coop&#233;rative Bauen a r&#233;habilit&#233; le b&#226;timent et ses chambres avec pour seul capital la solidarit&#233; et l'inventivit&#233;. Peu &#224; peu, elle s'est fait une client&#232;le int&#233;ress&#233;e par des prix mod&#233;r&#233;s et des facilit&#233;s de paiement. Une soixantaine de nouveaux associ&#233;s ont &#233;t&#233; recrut&#233;s. D&#233;sormais cent dix, ils touchent un salaire mensuel sup&#233;rieur &#224; celui d'un instituteur. Quand tout va bien, 40 % des b&#233;n&#233;fices passent dans la masse salariale, le reste &#233;tant r&#233;investi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure actuelle, 79 % des entreprises occup&#233;es produisent. Pourtant, si elles ont b&#233;n&#233;fici&#233; de la reprise &#233;conomique et de la d&#233;valuation du peso, toutes ont d&#251; surmonter les labyrinthes l&#233;gaux, l'absence de capital et de subventions, une client&#232;le incertaine et des fournisseurs souvent m&#233;fiants &#224; l'&#233;gard de l'autogestion. La plupart de ces coop&#233;ratives travaillent &#224; fa&#231;on : les ouvriers vendent un processus industriel &#224; des clients qui fournissent la mati&#232;re premi&#232;re et paient le produit &#224; livraison. R&#233;duisant les revenus et g&#233;n&#233;rant des liens de d&#233;pendance avec des clients-fournisseurs, cette solution ne constitue toutefois qu'une &#233;tape transitoire, jusqu'&#224; ce que les travailleurs capitalisent pour acheter eux-m&#234;mes la mati&#232;re premi&#232;re. Car leur production n'atteint gu&#232;re que la moiti&#233; de leur capacit&#233; ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces entreprises s'entraident jusqu'&#224; devenir clientes ou fournisseurs les unes des autres et &#224; s'accorder des cr&#233;dits. Leur production est utilis&#233;e par d'autres industries, peu par le consommateur. C'est un inconv&#233;nient : impossible d'envisager des ventes directes sur un march&#233; solidaire. Responsable d'un d&#233;partement de la facult&#233; de philosophie qui appuie l'autogestion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Informe del relevamiento entre empresas recuperadas por los trabajadores, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'universitaire Andres Ruggeri regarde cette r&#233;alit&#233; comme un handicap : &#171; Les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es qui fabriquent des pi&#232;ces autos ne peuvent vendre qu'aux constructeurs autos. Or, ces multinationales refusent de travailler avec des coop&#233;ratives, a fortiori avec des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es. Vendre &#224; une soci&#233;t&#233; interm&#233;diaire qui revend aux multinationales est l'unique solution, mais les travailleurs perdent un pourcentage dans ces transactions ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insertion dans le march&#233; capitaliste des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es a suscit&#233; un vif d&#233;bat en 2002. Un courant trotskiste, minoritaire, revendiquait alors l'&#233;tatisation sous contr&#244;le ouvrier. Il int&#233;grait quatre entreprises, dont une usine de confection de Buenos Aires (Brukman) et une fabrique de carrelages de Neuqu&#233;n (Zanon). Leurs ouvriers envisageaient la r&#233;cup&#233;ration comme l'&#233;tape pr&#233;liminaire d'une reconstruction socialiste dans laquelle l'Etat serait le vecteur de la planification &#233;conomique. Les partis d'extr&#234;me gauche de ce courant ne croient pas &#224; la viabilit&#233; des coop&#233;ratives sur le march&#233; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;bat id&#233;ologique mis &#224; part, cette position eut une cons&#233;quence : le maintien ind&#233;fini d'un conflit. C'est du moins la le&#231;on tir&#233;e de l'exp&#233;rience de Brukman, dont les travailleurs furent expuls&#233;s par la police. Ensuite, Brukman devint une coop&#233;rative qui, ironie du sort, passa sous l'influence d'un courant plus r&#233;formiste : le Mouvement national des fabriques r&#233;cup&#233;r&#233;es par les travailleurs (MNFRT), fond&#233; par M. Luis Caro, un avocat proche des milieux d'affaires, de l'Eglise catholique et de la droite p&#233;roniste. &#171; Faisant un culte de l'efficacit&#233; &#233;conomique, il d&#233;barrasse les coop&#233;ratives, qu'il arrache &#224; l'influence du MNER, de leurs exp&#233;riences culturelles alternatives &#187;, regrette Andres Ruggeri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers de l'usine de carrelages Zanon ont opt&#233; pour une forme juridique de coop&#233;rative tout en continuant &#224; revendiquer l'&#233;tatisation r&#234;v&#233;e. L'unit&#233; de ses travailleurs a fait de cette entreprise r&#233;cup&#233;r&#233;e un symbole national de combativit&#233;. Gr&#226;ce aux solides liens qu'ils ont tiss&#233;s avec les mouvements sociaux, ces c&#233;ramistes ont r&#233;sist&#233; &#224; sept tentatives d'expulsion. Chaque mois, ils produisent ill&#233;galement plus de 30000 m&#232;tres carr&#233;s de carrelage. Ayant recrut&#233; deux cent dix travailleurs, ils s'accordent des salaires &#233;galitaires &#233;quivalents &#224; ceux des policiers et trouvent encore des moyens pour faire r&#233;guli&#232;rement des donations dans les quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;er de l'emploi dans une entreprise dite en faillite est un admirable pied de nez au patronat. Mais ce n'est pas l'avenir assur&#233; pour toutes les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es. Tout d&#233;pendra de la viabilit&#233; de chacune, des conditions &#233;conomiques globales, mais aussi, dans une grande mesure, de l'aide financi&#232;re, technique et l&#233;gale que l'Etat argentin voudra bien leur accorder. Au MNER, on est persuad&#233; que, soutenue, l'autogestion pourrait r&#233;cup&#233;rer 15000 emplois, et des repr&#233;sentants de ce mouvement majoritaire se pr&#233;sentent souvent comme de possibles partenaires de l'Etat pour lutter contre le ch&#244;mage. Pourtant, ils n'ont jamais obtenu les cr&#233;dits sans int&#233;r&#234;ts ni les r&#233;formes l&#233;gislatives qu'ils esp&#233;raient. Les milieux &#233;conomiques exercent une telle emprise sur les pouvoirs politique et judiciaire qu'il co&#251;te moins aux &#233;lus et aux juges de tourner le dos aux ouvriers rebelles que de les aider, malgr&#233; la popularit&#233; des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Journaliste.&lt;/strong&gt; Auteure (avec Daniel H&#233;rard) d'un livre sur l'Argentine autog&#233;r&#233;e, &#224; para&#238;tre aux &#233;ditions Alternatives en f&#233;vrier 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Empresas recuperadas, Secretaria de desarrollo economico, Ciudad de Buenos Aires, septembre 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le taux de ch&#244;mage est pass&#233; de 8 % en 1992 &#224; 18 % en 1995 ; entre 1989 et 2000, le nombre d'ouvriers en activit&#233; a chut&#233; de 35 %. Lire Carlos Gabetta, &#171; Le lent naufrage de l'Argentine &#187;, Le Monde diplomatique, octobre 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fabricas y empresas recuperadas, Centro cultural de cooperacion, novembre 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Informe del relevamiento entre empresas recuperadas por los trabajadores, Programa Faculdad Abierta, Faculdad de filosofia, UBA, avril 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notas :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es en Argentine : le nouveau mod&#232;le de r&#233;sistance &#224; l'oppression n&#233;olib&#233;rale </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Les-entreprises-recuperees-en-Argentine-le-nouveau-modele-de-resistance-a-l-oppression-neoliberale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Les-entreprises-recuperees-en-Argentine-le-nouveau-modele-de-resistance-a-l-oppression-neoliberale</guid>
		<dc:date>2005-04-13T00:00:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Par Tania VACHON &lt;br class='autobr' /&gt;
Alternatives.ca, le 5 avril 2005 &lt;br class='autobr' /&gt;
En novembre 2004, une d&#233;l&#233;gation de 100 travailleuses et travailleurs de Zanon, une fabrique de c&#233;ramique &#171; r&#233;cup&#233;r&#233;e &#187;, des repr&#233;sentants de mouvements de travailleurs au ch&#244;mage et de groupes de d&#233;fense des droits ont parcouru 1200 kilom&#232;tres afin de dresser une tente devant la place du Congr&#232;s &#224; Buenos Aires, la capitale, en signe de protestation. Rien n'est encore r&#233;gl&#233;, mais pendant ce temps, la production fonctionne &#224; plein r&#233;gime. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Recuperees" rel="directory"&gt;R&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Tania VACHON &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.alternatives.ca/article1775.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Alternatives.ca&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, le 5 avril 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2004, une d&#233;l&#233;gation de 100 travailleuses et travailleurs de Zanon, une fabrique de c&#233;ramique &#171; r&#233;cup&#233;r&#233;e &#187;, des repr&#233;sentants de mouvements de travailleurs au ch&#244;mage et de groupes de d&#233;fense des droits ont parcouru 1200 kilom&#232;tres afin de dresser une tente devant la place du Congr&#232;s &#224; Buenos Aires, la capitale, en signe de protestation. Rien n'est encore r&#233;gl&#233;, mais pendant ce temps, la production fonctionne &#224; plein r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur histoire a commenc&#233; le 1er octobre 2001, en plein marasme &#233;conomique et juste avant la fameuse crise financi&#232;re argentine qui a commenc&#233; en d&#233;cembre. En pr&#233;textant une mauvaise productivit&#233;, les propri&#233;taires de Zanon ont d&#233;sert&#233; la fabrique et mis &#224; pied, du jour au lendemain, les 331 travailleurs. Persuad&#233;s que la situation se redresserait, quelque 260 de ces derniers ont d&#233;cid&#233; d'installer des tentes devant la fabrique et d'attendre qu'elle ouvre de nouveau ses portes. Mais rien de tel ne s'est produit. Apr&#232;s quelques mois d'attente, ils ont alors &#171; r&#233;cup&#233;r&#233; &#187; la fabrique et remis en marche la production. Une coop&#233;rative d'&#233;conomie sociale venait d'&#234;tre cr&#233;&#233;e : FaSinPat (constitu&#233; de Fabrica Sin Patrones, qui signifie : Fabrique sans patrons).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2002, ils produisaient 10 000 m&#232;tres carr&#233;s de c&#233;ramique. En septembre de la m&#234;me ann&#233;e, la production atteignait 60 000 m&#232;tres carr&#233;s et 20 nouveaux emplois &#233;taient cr&#233;&#233;s. Depuis, la production de c&#233;ramique et le nombre d'emplois n'ont cess&#233; de cro&#238;tre et ce, sans contribution ni subvention de quelque nature que ce soit. En juin de l'ann&#233;e derni&#232;re, les ouvriers de Zanon ont enregistr&#233; une production de 350 000 m&#232;tres carr&#233;s de c&#233;ramique, alors qu'un total de 170 nouveaux emplois ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens travailleurs de la fabrique n'ont pas &#233;t&#233; les seuls b&#233;n&#233;ficiaires de cette r&#233;cup&#233;ration. Les emplois cr&#233;&#233;s ont aussi &#233;t&#233; offerts &#224; des travailleurs au ch&#244;mage, &#224; des travailleurs mapuche, &#224; d'ex-travailleurs d'entreprises locales ferm&#233;es pour les m&#234;mes raisons, ainsi qu'aux citoyens des organisations communautaires locales fid&#232;les &#224; la cause des travailleurs. Une bonne partie de la production est destin&#233;e &#224; des h&#244;pitaux locaux, &#224; des cuisines populaires et &#224; des familles dans l'extr&#234;me n&#233;cessit&#233;. L'objectif ultime des travailleurs de Zanon serait de produire pour r&#233;pondre aux besoins de la communaut&#233; gr&#226;ce &#224; un programme d'&#339;uvres publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Menac&#233;s d'expulsion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les trois ans de gestion ouvri&#232;re, les travailleurs de Zanon ont &#233;t&#233; &#224; maintes reprises menac&#233;s par ordre d'expulsion. En 2004, le gouvernement de la province de Neuqu&#233;n les a d&#233;fi&#233;s une nouvelle fois, en mena&#231;ant de d&#233;loger la fabrique et de retirer les &#233;quipements et la machinerie. Soudainement, les anciens propri&#233;taires manifesteraient quelque int&#233;r&#234;t &#224; r&#233;cup&#233;rer leur entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales revendications exprim&#233;es par les travailleurs de Zanon en novembre sont : le retrait de l'ordre d'expulsion ; la reconnaissance de la coop&#233;rative FaSinPat ; et l'adoption d'une loi pronon&#231;ant l'expropriation d&#233;finitive de Zanon de m&#234;me que des autres entreprises et fabriques r&#233;cup&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle loi permettrait d'assurer la p&#233;rennit&#233; des acquis, le maintien des emplois et des droits des travailleurs, par le biais d'une administration ouvri&#232;re directe. Cette revendication est soutenue par le Mouvement national des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es (MNER), une coalition d'organisations de plusieurs provinces qui rallient leurs efforts de solidarit&#233; pour exiger la reconnaissance du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le MNER parle de l'occupation des fabriques comme d'une nouvelle forme de lutte contre le ch&#244;mage, la faim et la mis&#232;re. Ind&#233;pendant de toute affiliation partisane, il soutient la n&#233;cessit&#233; de g&#233;n&#233;rer des liens de solidarit&#233; avec les revendications des secteurs populaires. Le MNER demande &#224; l'&#201;tat des politiques actives de formation, de cr&#233;dit, de promotion et de soutien &#224; l'ensemble de l'&#233;conomie sociale et solidaire. Une p&#233;tition internationale circule afin d'appuyer les demandes de Zanon qui repr&#233;sentent une &#171; alternative extraordinaire, et un succ&#232;s, au statu quo n&#233;olib&#233;ral qui ne doit pas &#234;tre r&#233;prim&#233;e ou menac&#233;e : elle doit &#234;tre c&#233;l&#233;br&#233;e, appuy&#233;e et export&#233;e ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;veil citoyen&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les occupations et initiatives locales visant l'appropriation des moyens de production existaient d&#233;j&#224; en Argentine avant la crise de d&#233;cembre 2001. Mais elles se sont consid&#233;rablement acc&#233;l&#233;r&#233;es et amplifi&#233;es &#224; partir de ce moment. La crise financi&#232;re et l'effondrement de l'&#201;tat, sans pr&#233;c&#233;dent, ayant &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233; par le d&#233;part pr&#233;cipit&#233; des entrepreneurs, des investisseurs et la fermeture massive de plusieurs entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part consid&#233;r&#233;es comme transitoires et en r&#233;ponse &#224; un contexte particulier, ces exp&#233;riences d'&#233;conomie sociale et solidaire s'av&#232;rent maintenant un r&#233;el mod&#232;le de production, de vie et d'organisation alternatif privil&#233;gi&#233; par plus de 10 000 travailleurs organis&#233;s dans 150 coop&#233;ratives du pays et dont le nombre ne cesse de cro&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nouvelles formes de production que sont les r&#233;seaux de troc, les cuisines collectives, les entreprises de micro cr&#233;dit repr&#233;sentent une recherche d'alternatives au mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral, qui a &#233;chou&#233;. Elles ont aussi grand besoin de conditions &#233;conomiques et politiques favorables pour &#234;tre viables et engendrer une nouvelle &#233;conomie qui sorte de la clandestinit&#233; et de l'informel. Jusqu'&#224; aujourd'hui, le gouvernement argentin est demeur&#233; muet vis-&#224;-vis des demandes des travailleurs. Pourtant, leur mouvement prend de l'ampleur et permet &#224; des centaines de familles de vivre. Depuis peu, les travailleurs cherchent &#224; consolider leurs actions au-del&#224; des fronti&#232;res nationales en mettant sur pied un mouvement latino-am&#233;ricain d'entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es, une solidarit&#233; qui se veut apatride, et qui d&#233;voile la dimension internationale de la crise argentine, et la vuln&#233;rabilit&#233; des pays qui optent pour des voies &#233;conomiques n&#233;olib&#233;rales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quand &#233;merge le Titanic : Un chantier naval r&#233;cup&#233;r&#233;</title>
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		<dc:date>2004-09-20T00:00:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Le chantier naval SANYM, dans l'&#206;le Maciel, est depuis quelques mois aux mains de la coop&#233;rative des travailleurs Amiral Brown, qui a pu le remettre &#224; flot et lui ouvrir un horizon productif. Le principal promoteur de la coop&#233;rative fut aussi le protagoniste d'une incroyable histoire pendant la plus sombre p&#233;riode du pays. Comment se marient pass&#233;, pr&#233;sent et futur, en devisant sur la vie et la politique au bord du Riachuelo (&#034;Le Ruisseau&#034;). &lt;br class='autobr' /&gt; Par LaVaca &lt;br class='autobr' /&gt;
22 octobre 2003 &lt;br class='autobr' /&gt;
La conversation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Recuperees" rel="directory"&gt;R&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le chantier naval SANYM, dans l'&#206;le Maciel, est depuis quelques mois aux mains de la coop&#233;rative des travailleurs Amiral Brown, qui a pu le remettre &#224; flot et lui ouvrir un horizon productif. Le principal promoteur de la coop&#233;rative fut aussi le protagoniste d'une incroyable histoire pendant la plus sombre p&#233;riode du pays. Comment se marient pass&#233;, pr&#233;sent et futur, en devisant sur la vie et la politique au bord du Riachuelo (&#034;Le Ruisseau&#034;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par LaVaca&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
22 octobre 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conversation est une occupation &#233;tonnante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#206;le Maciel, au bord du liquide dense qui forme le Riachuelo, aupr&#232;s des autoroutes qui le traversent, des p&#233;niches qui le d&#233;fient, et des grues qui ressemblent &#224; des dinosaures morts debout, la conversation courait sur la coop&#233;rative Amiral Brown qui avait r&#233;cup&#233;r&#233; un chantier naval en faillite et qui, en six mois, &#233;tait pass&#233;e de 48 &#224; 62 travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais soudain, l'histoire des luttes ouvri&#232;res dans les chantiers navals s'entrem&#234;la &#224; la vie de cin&#233;ma (cin&#233;ma de terreur, en partie du moins) de C&#233;sar Gonz&#225;lez, 64 ans, victime du pire de l'histoire argentine, mais aussi protagoniste de ce type d'exp&#233;riences qui, peut-&#234;tre, font partie du meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire du chantier naval ne contient pas les ingr&#233;dients sc&#233;niques des autres luttes pour la r&#233;cup&#233;ration d'usines. Ici, il n'y a pas de petits partis avec leurs grands drapeaux, il n'y eut pas de r&#233;sistance h&#233;ro&#239;que, de policiers abominables, ni de patrons d&#233;linquants, jusqu'&#224; pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le visiteur doit descendre du vieux pont qui relie La Boca et Avellaneda. Une station service est le point de rencontre pour qu'un membre de la coop&#233;rative tienne lieu de guide et de sauf-conduit dans l'&#206;le Maciel, o&#249; l'on parvient apr&#232;s avoir &#233;vit&#233; des piliers d'autoroutes et travers&#233; des rues que les producteurs d'Hollywood devraient conna&#238;tre lorsqu'ils veulent tourner des sc&#232;nes de crimes, de poursuites et de suspense dans des zones portuaires : sans chauvinisme, ce paysage est beaucoup plus inqui&#233;tant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une erreur de calcul, d&#233;passer un p&#226;t&#233; de maisons ou d&#233;boucher dans une rue incertaine, et vous pouvez vous retrouver dans un &#171; no man's land &#187;, selon les habitants m&#234;mes de la zone. No man's land veut dire &#234;tre attaqu&#233;, ou pire, selon ces derniers. L'une des rues qui arrive au chantier naval semble appartenir &#224; une &#034;conteinera&#034;, comme on appelle l'entreprise Expolgan qui charge et d&#233;charge les containers, qui arr&#234;te les camions et les fouille en interrompant la circulation sans m&#233;nagements et qui a m&#234;me coup&#233; toute la rue Juan D&#237;az de Solis qui borde le Riachuelo (on pense d'habitude que les rues sont publiques). Par bonheur, ces messieurs d'Expolgan n'ont pas encore d&#233;cid&#233; de percevoir un p&#233;age ou de demander qu'on pr&#233;sente ses papiers, dans ce pays si &#233;trange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chantier naval Amiral Brown occupe 36.000 m&#232;tres carr&#233;s. Il y a des hangars sans fin pour fabriquer des navires, il y a des cha&#238;nes gigantesques aux cha&#238;nons d&#233;mesur&#233;s, il y a un &#233;chouage pour les r&#233;parations o&#249; l'on tire avec des cha&#238;nes les bateaux hors de l'eau, et il y a un paysage de mansu&#233;tude trompeuse et d'eau p&#226;teuse qui l&#232;che les vieux bateaux et les grues mortes. En haut, on voit les voitures qui volent sur les autoroutes et les ponts du Riachuelo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, se trouve une &#238;le appel&#233;e Buenos Aires.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chantier naval SANYM travailla pendant une trentaine d'ann&#233;es, jusqu'en juillet 2001 o&#249; il fut &#224; son tour victime du mod&#232;le &#233;conomique. L'oeuvre de Menem. Dans ses hangars, quatre navires et des ponts grues de 10 et 15 tonnes, des grues mobiles qui portent jusqu'&#224; 90 tonnes, un quai de 120 m&#232;tres et un &#233;chouage pour des bateaux jusqu'&#224; 600 tonnes et 110 m&#232;tres de long. Il n'a pas seulement la capacit&#233; de remettre &#224; neuf tout engin flottant, mais les hangars se destinent aussi &#224; la construction de bateaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci sombra comme un Titanic apr&#232;s un choc contre l'iceberg &#233;conomique qui figea et mit en panne tant d'industries. Le dogme du change &#224; un [peso] contre un [dollar] fit de l'Argentine l'un des pays les plus chers au monde, et n'importe quel armateur pr&#233;f&#232;re confier ses r&#233;parations ou passer ses commandes &#224; d'autres pays plus abordables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident de la coop&#233;rative, Horacio Rodr&#237;guez (31 ans), raconte la tentative du fondateur et propri&#233;taire, Ra&#250;l Poetti, qui obtint des travaux comme celui des &#034;ponts rouges&#034; qui permirent d'&#233;largir la General Paz, de Buenos Aires, et celui des ponts tournants de Puerto Madero. Mais il le fit au prix d'un si faible budget qu'il ne put respecter le sch&#233;ma de la compagnie, et dut s'endetter pour mener &#224; bien les travaux. Apr&#232;s le menemisme vint la phase de catalepsie sous la direction de Fernando de la R&#250;a. Le 17 juillet 2001, les 120 travailleurs du chantier naval re&#231;urent leurs t&#233;l&#233;grammes de licenciement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils percevaient leurs salaires, ils per&#231;urent &#224; peu pr&#232;s leurs indemnit&#233;s et se mirent &#224; chercher un autre travail. Certains purent &#234;tre embauch&#233;s par les entreprises dont SANYM &#233;tait le fournisseur. Mais la majorit&#233; resta &#224; tra&#238;ner sur le Dock Sud, dans l'&#206;le Maciel, et dans les rues d'Avellaneda, sans r&#233;ponse sur leur propre destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Horacio, qui &#233;tait d&#233;l&#233;gu&#233; syndical, avait achet&#233; une bicyclette pour aller au chantier naval et en revenir sans d&#233;penser l'argent de deux autobus. Ses fils ont 6 et 4 ans. Il est de ceux qui ne trouv&#232;rent pas de travail. Il avait commenc&#233; comme manoeuvre, le premier &#233;chelon au chantier naval, mais il &#233;tait pass&#233; ensuite &#224; la chaudronnerie, travail d'un rang et d'un prestige plus &#233;lev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre d&#233;l&#233;gu&#233;, C&#233;sar Gonz&#225;lez, resta lui aussi &#224; l'ext&#233;rieur de la grille, avec son exp&#233;rience de sexag&#233;naire et de syndicaliste de toute une vie, ses yeux pliss&#233;s derri&#232;re des lunettes, et avec une id&#233;e qu'il prof&#232;rait avec calme et rapidit&#233; : &#034;Nous devons faire une coop&#233;rative&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne l'&#233;couta pas trop &#224; ce moment-l&#224;. Une longue ann&#233;e plus tard, en septembre 2002, Gonz&#225;lez continuait de r&#233;p&#233;ter son conseil, mais il y avait quelque chose de diff&#233;rent : la parit&#233; du change s'&#233;tait rompue, et permettait de penser au projet du chantier naval comme &#224; quelque chose de plus qu'un r&#234;ve fou. Ils furent 14 travailleurs &#224; se r&#233;unir sur une place de Camino General Belgrano y Pasco, &#224; Ezpeleta. Ils se propos&#232;rent de tenter l'aventure de la coop&#233;rative. Ils parl&#232;rent avec un avocat sp&#233;cialiste de cette question, le docteur Luis Caro. Le Syndicat argentin des ouvriers navals, SAON, collabora au projet. Ils parl&#232;rent aussi avec l'intendant d'Avellaneda, prirent quelques contacts au gouvernement de la province de Buenos Aires, avec le minist&#232;re de la Production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une id&#233;e s'imposa : offrir au propri&#233;taire de louer le chantier naval. Rodriguez explique : &#034;Poetti accepta, et nous fit gr&#226;ce de 6 mois. Ensuite, il percevrait mensuellement 5% de ce que nous facturerions &#034;. Pourquoi tant de g&#233;n&#233;rosit&#233; ? Deux hypoth&#232;ses de Rodriguez : &#034;La premi&#232;re c'est, je crois, qu'il aime tout &#231;a, et qu'il ne se r&#233;signe pas &#224; le voir ferm&#233;. Il vient r&#233;guli&#232;rement, il prend un petit caf&#233;, bavarde un instant. L'autre, c'est qu'il pense peut-&#234;tre que si on remet le chantier en marche, &#231;a lui profitera et qu'il pourra &#224; un certain moment le r&#233;cup&#233;rer ou le vendre &#034;. Oscar Selser, un autre membre de la coop&#233;rative, ajoute : &#034;Gare &#224; ne pas tomber en faillite peu de temps apr&#232;s avoir lou&#233; le chantier naval. Il y en a pour 4 millions de dollars. Il se pourrait que quelqu'un rach&#232;te la faillite pour garder le tout &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, toute proposition qui ne tiendrait pas compte des membres de la coop&#233;rative aurait une issue qu'ils annoncent sans forfanterie : &#034;Conflit&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, ce mot ne figure pas jusqu'&#224; pr&#233;sent dans le dictionnaire de cette affaire. &#034;La lutte ne fut pas dure, c'est plut&#244;t le contraire. Il y avait un contrat de location, nous nous sommes constitu&#233;s en coop&#233;rative, nous avons commenc&#233; &#224; avoir pas mal de travail, d'abord avec deux bateaux de p&#234;che de mar del Plata, et &#224; partir de l&#224; &#231;a s'est assez bien pass&#233; pour nous &#034; dit Rodriguez. Il y a actuellement 62 membres dans la coop&#233;rative, contre 48 en d&#233;cembre 2002 quand on est retourn&#233; au chantier naval. Chacun gagne entre 800 et 1.000 pesos ou un peu plus, selon le mois. &#034;Ici, c'est le contraire de Brukman ; l&#224;-bas, il y a des conflits, ici non&#034; dit Rodriguez, une phrase qu'il prononce d'un ton neutre, comme une information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi C&#233;sar Gonz&#225;lez a-t-il tant insist&#233; sur la coop&#233;rative ? Avec un sourire espi&#232;gle, il dit : &#034;Parce que je suis vieux. J'avais fait l'exp&#233;rience d'autres coop&#233;ratives et je venais d'une vieille &#233;cole. Dans l'industrie navale, le coop&#233;ratisme n'est pas nouveau. On l'a toujours essay&#233;. Parfois avec succ&#232;s. Il y a eu une coop&#233;rative ici &#224; la Ribera, La Uni&#243;n, qui est arriv&#233;e &#224; 300 ouvriers. A l'&#233;poque des militaires, ils ont d&#233;clin&#233;, il y a eu des pers&#233;cutions, et aussi une pression de chefs d'entreprise r&#233;actionnaires, disons &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;sar dit que cette exp&#233;rience fut importante &#034;de par la solidarit&#233;, m&#234;me avec des militants licenci&#233;s de leur travail, ou qui avaient fait de la prison&#034;. C&#233;sar pr&#233;cise qu'il n'a pas travaill&#233; &#224; La Uni&#243;n. Il &#233;tait secr&#233;taire &#224; l'organisation et aux affaires corporatives du SAON, mais apr&#232;s le coup d'&#201;tat de 1976 le syndicat fut mis sous surveillance. C&#233;sar retourna &#224; son poste dans le chantier naval Pr&#237;ncipe, Menchi y Penco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-bas, il travaillait avec le p&#232;re d'Horacio Rodr&#237;guez, l'actuel pr&#233;sident de l'Amiral Brown, qui &#233;coute l'histoire de C&#233;sar dans un silence tendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un matin au point du jour, il croit que c'&#233;tait le 19 septembre 1976, des voitures se sont arr&#234;t&#233;es devant la maison de C&#233;sar Gonz&#225;lez, &#224; Ezpeleta. Il avait deux fils de 5 et 3 ans. Ils allaient au jardin d'enfants. En 1975 il &#233;tait rest&#233; veuf. Chez lui vivait sa belle-soeur, qui s'occupait des enfants. C&#233;sar croit que les arrivants &#233;taient de la police, et quelques-uns de l'arm&#233;e. Il y eut des coups frapp&#233;s &#224; la porte, ils le frapp&#232;rent lui aussi, ils mang&#232;rent les fruits qu'il y avait dans le r&#233;frig&#233;rateur, ils emplirent des valises avec tout ce qu'ils purent voler, ils lui chour&#232;rent m&#234;me un porte-monnaie, et ils le tra&#238;n&#232;rent jusqu'&#224; la camionnette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce matin-l&#224;, il devint un disparu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de temps est-il rest&#233; disparu ? &#034;Peu de temps&#034;, r&#233;pond-il. &#034; 25 jours environ&#034;, dit-il dans le style nullement plaintif de celui qui sait qu'au moins il est vivant pour le raconter. Il suppose que c'est l'Arm&#233;e qui l'a arr&#234;t&#233;, et qu'ils l'ont plac&#233; dans un centre clandestin de la police de Buenos Aires. &#034;Ce devait &#234;tre la police mont&#233;e de Wilde, d'apr&#232;s certaines informations dont j'ai eu connaissance&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il pass&#233; pendant ces semaines de s&#233;questration ? C&#233;sar, sans jamais se d&#233;partir de sa s&#233;r&#233;nit&#233;, dit qu'ils ne le torturaient pas tous les jours. &#034;Ils ont d&#251; me torturer cinq ou six fois. Ils te d&#233;habillaient, ils t'attachaient, te mettaient la g&#233;g&#232;ne dans les oreilles, sur la poitrine, sur les testicules, partout. Mais pas seulement &#224; moi : &#224; tous &#034;. Il le pr&#233;cise comme pour ne pas exag&#233;rer sa propre souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelquefois les ravisseurs de Gonz&#225;lez avaient des &#233;ruptions de cr&#233;ativit&#233; : &#034;Une fois, ils m'ont fait asseoir sur des papiers imbib&#233;s d'essence. Le militaire a allum&#233; un briquet. Il m'a dit : 'Tu veux fumer ?' Je lui ai dit : 'je ne fume pas'. 'Tu mens' m'a-t-il r&#233;pondu, 'j'ai bien vu un paquet de cigarettes sur ta table de nuit'. Je lui ai dit : 'oui, mais j'ai arr&#234;t&#233; depuis&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gonz&#225;lez le raconte en souriant. Avec du recul, c'est presque une anecdote sympathique, bien qu'il n'ait pas oubli&#233; l'odeur du combustible, ni la sensation de voir cette flamme de pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En regardant vers l'un des hangars du chantier naval, C&#233;sar dit avoir &#233;t&#233; tr&#232;s impressionn&#233; que dans l'espace d'un m&#232;tre sur deux o&#249; ils l'avaient mis avec deux autres personnes, les yeux band&#233;s comme lui, ils jetaient des morts. Il corrige : &#034;Pas des morts. Des gars qui agonisaient. Moi, ils m'ont jet&#233; un vieux qui avait parl&#233; avec moi auparavant. Ils voulaient qu'il dise o&#249; &#233;taient ses fils. Il disait qu'il ne savait pas. Ils l'ont harcel&#233; toute la nuit. Au matin ils l'ont jet&#233; dans mon cagibi. Et il est mort &#224; c&#244;t&#233; de moi, cet homme &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entendait en permanence les cris provoqu&#233;s par les tortures. Toute la journ&#233;e, par roulement. &#034;C'&#233;tait une usine de torture&#034; dit C&#233;sar, qui forge l&#224; une d&#233;finition parfaite. Il y avait tout au plus deux heures de repos certains matins, mais les cris reprenaient ensuite. &#034;Ils en ont tortur&#233; plusieurs jusqu'&#224; la mort. Mais parfois ils appelaient un m&#233;decin : ils voulaient que certains restent en vie&#034;. Que voulaient-ils savoir ? &#034;Si tu connaissais untel ou untel. Des choses comme &#231;a&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nourriture &#233;tait immangeable, dit-il. &#034;Une esp&#232;ce de son de ma&#239;s de polenta cru. M&#234;me si tu avais faim, &#231;a t'&#233;c&#339;urait, tu avais envie de vomir &#034;. Une nuit, ils leur apport&#232;rent cet empois. &#034;Mais le policier a dit &#224; propos d'un autre gars qui &#233;tait l&#224; : 'n'en donnez pas &#224; celui-l&#224; '. Je ne me rappelle pas quels mots il a employ&#233;s, mais j'ai compris qu'ils allaient le tuer. Je me rappelle encore que le militaire a dit &#231;a, et que j'ai entendu le gars avaler sa salive &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;sar Gonz&#225;lez ne regarde plus par la fen&#234;tre vers le hangar, mais il nous fait face, debout et les mains dans ses poches. Le chantier naval a cess&#233; d'exister. Il se rappelle deux situations en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La premi&#232;re : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Une nuit, ils ont amen&#233; une dizaine de personnes, ils les ont fait descendre &#224; coups de pieds, ils les ont tortur&#233;es toute la nuit. Tu &#233;tais l&#224;, pr&#232;s de la cloison, tu entendais tout. Ils les ont tu&#233;es en les torturant. Ensuite, ils les ont saisies comme des sacs et ils les jet&#233;es dans une camionnette. Ce fut la nuit la plus terrible de ma vie &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La deuxi&#232;me :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Un jour que j'&#233;tais seul dans le cagibi, ils y mettent une gamine nue. Elle devait avoir 17 ou 18 ans. J'avais les yeux band&#233;s, mais je voyais un peu &#224; travers la toile. Je lui ai demand&#233; tout bas ce qui lui &#233;tait arriv&#233;. Elle m'a dit qu'elle avait une amie militante, mais que c'est elle qu'ils avaient emmen&#233;e. Sa m&#232;re la grondait &#224; cause de ces amis. Elle m'a racont&#233; qu'ils l'ont mise dans le coffre d'une voiture, ils l'en ont sortie, ils l'ont pouss&#233;e sur le si&#232;ge arri&#232;re, et 6 ou 7 militaires l'ont viol&#233;e. Il m'a dit 'moi, ils vont me rel&#226;cher, parce que je ne me m&#234;le de rien, je n'ai rien &#224; voir avec &#231;a. Mais une chose retenait beaucoup mon attention : elle n'avait pas de cagoule. Et l&#224;, quand tu n'as pas de cagoule, ton compte est bon&#034; dit Gonz&#225;lez, sans un geste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, ils ont emmen&#233; la fille. Peu apr&#232;s, un policier s'est approch&#233; du cagibi, et d'un ton complice : &#034;Tu ne te l'es pas faite ?&#034;. 'Non' balbutia Gonz&#225;lez. Le policier lui dit : &#034;T'es un con, elle n'existe d&#233;j&#224; plus&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;sar dit : &#034;Je n'ai jamais pu me rappeler comment cette fille s'appelait. Je le regrette encore parce qu'on pouvait en tirer un renseignement. Mais je n'ai jamais pu me le rappeler &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;sar Gonz&#225;lez croit devoir la vie &#224; l'intervention de l'ambassadeur allemand de l'&#233;poque, et aussi de l'&#233;v&#234;que de Quilmes, Antonio Quarracino, influenc&#233; &#224; son tour par la d&#233;mocratie chr&#233;tienne allemande. &#034;Si bien que j'avais &#233;t&#233; en Allemagne, invit&#233; comme syndicaliste pour visiter des entreprises coop&#233;ratives qui avaient des syst&#232;mes de gestion diff&#233;rents, avec un contr&#244;le ouvrier plus important&#034;. Ce sont de telles d&#233;marches, aux yeux des marins eux-m&#234;mes, qui semblent avoir obtenu sa lib&#233;ration, laquelle eut lieu sur les bords de la rivi&#232;re Sarand&#237;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Avec moi &#233;tait tomb&#233; le secr&#233;taire de la corporation et d&#233;put&#233; national Ricardo de Luca. Il s'en est mal sorti, pauvre, tr&#232;s touch&#233;. Il n'a plus les id&#233;es tr&#232;s nettes. &#199;a fait un moment que je ne l'ai pas vu, mais il allait mal, il oublie beaucoup, il dit des choses incoh&#233;rentes. Et un autre d&#233;l&#233;gu&#233;, Estanislao Vallejo, a eu une h&#233;mipl&#233;gie. Au moins il ne s'en est pas mal sorti mentalement. Je ne sais pas si je m'en suis bien ou mal sorti. Mais je m'en suis sorti&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Don C&#233;sar a besoin de pr&#233;ciser qu'il n'&#233;tait pas gu&#233;rrillero. &#034;Je me battais avec ceux de l'ERP et j'avais des parents dans les Montoneros, mais je leur disais qu'ils allaient tous nous mettre dans la merde. 'Ils vont foutre en l'air tout un mouvement r&#233;volutionnaire parce que nous ne sommes pas en &#233;tat de les affronter '. Et il en fut ainsi. Il n'y avait pas de logique dans ce qu'ils faisaient. J'&#233;tais dans le corporatif, ce qui concerne les coop&#233;ratives, nous avions la possibilit&#233; d'avancer dans nos revendications et dans les luttes. Ce n'&#233;tait pas Cuba, pour faire une r&#233;volution &#224; partir d'en bas &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la Sarand&#237;, C&#233;sar rentra chez lui ; peu apr&#232;s, on lui intima de retourner travailler au chantier naval. Il y retourna. Un peu plus tard, un camarade lui conseilla de s'en aller. &#034;Ils vont te tuer&#034;, lui fit-il savoir avec une certitude qui convainquit Gonz&#225;lez. Il partit pour Corrientes, et l&#224; il entra dans une coop&#233;rative, elle-aussi appel&#233;e Amiral Brown, o&#249; il travailla jusqu'&#224; l'arriv&#233;e de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre pour cette raison m&#234;me, de travailler &#224; Corrientes, que son histoire ne fut jamais racont&#233;e devant les journalistes, et qu'elle ne figure pas non plus dans les registres de la Commission Nationale sur la Disparition de Personnes (Conadep). Il suivit le jugement des juntes militaires. &#034;Ce fut une joie indescriptible&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chantier naval pour lequel travaillait la coop&#233;rative fit faillite, et Don C&#233;sar retourna &#224; Buenos Aires, et &#224; son vieux syndicat, comme responsable de l'oeuvre sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration Alfons&#237;n commen&#231;a le d&#233;clin de l'industrie, comme Don C&#233;dar l'a v&#233;cu, et elle liquida ce qui en restait. &#034;C'est que Menem avait le m&#234;me plan que les militaires avec Mart&#237;nez de Hoz et Alsogaray. Ils sont tous pareils. Tous tr&#232;s soigneusement surveill&#233;s par les Am&#233;ricains. Ce qu'ils n'ont pas fait avec les militaires, ils l'ont fait en allant chercher celui-ci &#034;. Don C&#233;sar se sent p&#233;roniste de toute sa vie, &#034;bien qu'avec beaucoup de questions, je te le confesse, sur ce que signifie &#234;tre ou ne pas &#234;tre&#034; susurre-t-il, dans ce qui pourrait bien &#234;tre un courant politique majoritaire en Argentine : le haml&#233;tisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chantier naval, le Riachuelo, le futur &#233;mergent &#224; nouveau. Don C&#233;sar dit qu'il voit de l'avenir au chantier naval, si le pays parvient &#224; se relancer. Horacio Rodriguez, qu'il traite comme un fils, commente qu'ils sont sur le point de conclure une affaire avec une mine colombienne, o&#249; un Argentin a d&#233;couvert qu'on pourrait diminuer les co&#251;ts en transportant le charbon sur des p&#233;niches au lieu de faire passer des centaines de petits camions par les d&#233;fil&#233;s des montagnes. La construction des p&#233;niches pourrait repr&#233;senter dans les 900.000 dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Don C&#233;sar dit que, ce dont il doute, c'est que l'establishment &#233;conomique laisse le processus de r&#233;cup&#233;ration d'usines et d'entreprises se d&#233;velopper. &#034;Ici, le mod&#232;le n'a pas chang&#233;, il continue &#224; faire grand cas de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, de la s&#233;curit&#233; juridique et ils vont vouloir y mettre un terme. Il faudra voir ce que font ceux qui gouvernent. Et il faudra aussi voir ce que nous faisons, les travailleurs &#034; dit-il en plissant les yeux d'un sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa th&#233;orie est que le mod&#232;le n&#233;oconservateur n'a rien obtenu de productif. &#034;Et ici nous d&#233;montrons que nous savons faire les choses nous aussi. Il y a m&#234;me eu des camarades qui travaillaient ailleurs et qui sont venus ici. Vous savez pourquoi ? Parce qu'ici l'homme se sent plus libre et plus cr&#233;atif &#034;. Pourquoi ? &#034;Parce que personne ne lui met la pression, il se la met lui-m&#234;me pour bien faire les choses. Et cr&#233;atif parce qu'avant, s'il manquait quelque chose, du mat&#233;riel, l'homme s'asseyait en attendant qu'on le lui apportent. Maintenant en revanche, nous le fabriquons nous-m&#234;mes. Il manque un tuyau, une pi&#232;ce, nous cherchons comment la remplacer sans avoir &#224; l'acheter. C'est joli &#231;a, c'est une question de r&#232;gles de l'art&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi ont-ils besoin ? Du permis pour utiliser les terres, auxquelles pr&#233;tend aussi le gigantesque voisin Expolgan qui, s'ils les obtenait, pourrait avoir un quai plus commode. Ils ont aussi besoin d'acc&#233;der &#224; des cr&#233;dits raisonnables, pour l'achat de mat&#233;riels. Ils ont besoin que le s&#233;nat de Buenos Aires ratifie la demie sanction des d&#233;put&#233;s d'expropriation des biens meubles. Et plus que tout ils ont besoin qu'on les laisse tranquilles, qu'on les laisse travailler, sans leur cr&#233;er d'obstacles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Don C&#233;sar la solidarit&#233;, c'est la chose suivante : &#034;Nous &#233;tions 40, nous sommes maintenant 60, et nous pouvons arriver &#224; 400. En vivant et en gagnant tous plus ou moins bien&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se montre des plaques, et comment on les transforme en pi&#232;ces pour bateaux. &#034;Vous voyez ? Avec ces choses, quand il ne nous reste rien, nous inventons des solutions nouvelles &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir prononc&#233; un tel programme politique et social, l'homme met les mains dans ses poches, et il tourne le dos au Riachuelo. Avec sa courtoisie d'un autre si&#232;cle, il pr&#233;sente ses excuses pour avoir interrompu l'&#233;tonnante occupation de la conversation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une raison que les lecteurs - parvenus &#224; ce point - sauront appr&#233;cier &#224; sa juste valeur : don C&#233;sar doit aller travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction pour El Correo :&lt;/strong&gt; Hapifil&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traductions en fran&#231;ais de l'espagnol et de l'anglais&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Contact :&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;mailto:hapifil@yahoo.fr&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;hapifil@yahoo.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les ouvriers face a la crise argentine, prennent les r&#234;nes des entreprises ruin&#233;es</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Les-ouvriers-face-a-la-crise-argentine-prennent-les-renes-des-entreprises-ruinees</link>
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		<dc:date>2004-07-14T00:00:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Par ECHLA &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Grain de Sable, Juillet 2004 &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec pour unique mission la pr&#233;servation de leurs emplois pour nourrir leurs familles et convaincus qu'il est quasiment impossible de trouver un travail, les ouvriers de quelque 1800 entreprises en faillite ont pris les commandes des affaires pour &#233;viter leur disparition. Les finances de la majorit&#233; des petites et moyennes entreprises se sont effondr&#233;es ces derni&#232;res ann&#233;es, au rythme d&#233;primant d'une profonde crise &#233;conomique qui a d&#233;j&#224; laiss&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Recuperees" rel="directory"&gt;R&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par ECHLA&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Le Grain de Sable, Juillet 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec pour unique mission la pr&#233;servation de leurs emplois pour nourrir leurs familles et convaincus qu'il est quasiment impossible de trouver un travail, les ouvriers de quelque 1800 entreprises en faillite ont pris les commandes des affaires pour &#233;viter leur disparition. Les finances de la majorit&#233; des petites et moyennes entreprises se sont effondr&#233;es ces derni&#232;res ann&#233;es, au rythme d&#233;primant d'une profonde crise &#233;conomique qui a d&#233;j&#224; laiss&#233; une personne sur cinq sans emploi et jet&#233; plus de la moiti&#233; de la population dans la pauvret&#233;. &#171; Nous avons fait un truc de fous. Seul un fou peut faire cela si l'on sait que nous n'avions aucun contact avec les clients ni rien d'autre &#187; relate Horacio Campos, pr&#233;sident de l'usine m&#233;tallurgique Impa g&#233;r&#233;e depuis quatre ans par les ouvriers. &#171; Nous l'avons fait par d&#233;sespoir. Nous ne savions o&#249; aller et on a jou&#233; le tout pour le tout. On s'en est bien sorti et aujourd'hui on peut raconter notre histoire &#187;, ajoute Campos, auparavant m&#233;canicien au laminage. Selon la F&#233;d&#233;ration des Chambres et Centres de commerce de la R&#233;publique d'Argentine, 1800 petites et moyennes entreprises, sur un total de 200 000 dans le pays, sont g&#233;r&#233;es par leurs employ&#233;s apr&#232;s avoir &#233;t&#233; abandonn&#233;es &#224; la d&#233;rive lorsque leurs dirigeants les ont laiss&#233;es en banqueroute. Lorsqu'une entreprise a fait faillite, les ouvriers peuvent demander au gouvernement de la transformer en coop&#233;rative pour &#233;viter la liquidation des actifs. Apr&#232;s l'obtention de cette autorisation, l'entreprise appartient aux employ&#233;s et ne peut plus &#234;tre r&#233;clam&#233;e par ses anciens propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 90, la pression fiscale croissante des gouvernements pour financer leurs d&#233;ficits, l'augmentation constante du co&#251;t des services publics, les taux d'int&#233;r&#234;ts &#233;lev&#233;s et la perte de part de march&#233; face aux importations (auxquelles le change &#233;tait favorable) ont asphyxi&#233; les entreprises locales. A cette situation est venue s'ajouter l'instabilit&#233; politique dont souffre le pays depuis le milieu de l'an 2000 qui a conduit &#224; un r&#233;tr&#233;cissement de la consommation nationale, situation mortelle pour les entreprises. &#171; Les propri&#233;taires n'essaient m&#234;me pas de r&#233;cup&#233;rer l'entreprise &#224; cause de l'instabilit&#233; &#233;conomique et financi&#232;re du pays et ce sont les ouvriers eux-m&#234;mes, pour des raisons &#233;videntes de pr&#233;servation de l'emploi, qui se lancent dans cette aventure &#187; indique le responsable de la F&#233;d&#233;ration. Et d'ajouter : &#034; Mais s'ils n'ont pas les ressources ni le financement n&#233;cessaire, leurs efforts risquent malheureusement d'&#234;tre inutiles &#224; l'avenir si l'on ne r&#233;sout pas le probl&#232;me de l'ensemble de la politique &#233;conomique &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;e &#224; partir de capitaux allemands au d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle, l'usine m&#233;tallurgique Impa a commenc&#233; &#224; fonctionner comme coop&#233;rative &#224; Buenos Aires en 1961 mais elle est alors administr&#233;e par une commission dont les membres, selon Campos, ne respectaient pas l'esprit de coop&#233;rative et &#171; les probl&#232;mes ont commenc&#233; avec les salaires &#187;, &#224; partir de 1997. &#171; Ils nous faisaient attendre jusqu'&#224; 5 ou 6 heures du soir pour nous donner quelques pesos : parfois ils ne nous donnaient rien et parfois ils nous donnaient deux, trois ou cinq pesos (&#224; l'&#233;poque ou un syst&#232;me de parit&#233; peso dollar &#233;tait en vigueur dans le pays) relate Campos. Finalement, une cinquantaine de personnes, parmi lesquelles des ouvriers et ceux qui avaient &#233;t&#233; licenci&#233;s, ont occup&#233; l'usine pendant 18 jours jusqu'&#224; ce que la commission dirigeante finisse par accepter que les ouvriers eux-m&#234;mes reprennent la direction de l'entreprise. Campos est aujourd'hui pr&#233;sident de l'Impa, qui fabrique des bouchons d'emballage et des feuilles d'aluminium, mais les d&#233;cisions sont adopt&#233;es par un groupe de conseillers compos&#233; d'ouvriers. &#171; Et si la d&#233;cision grave, elle est adopt&#233;e par l'assembl&#233;e compos&#233;e de tous les membres, c'est-&#224;-dire les ouvriers &#187;, explique Campos. A l'Impa, tous les ouvriers per&#231;oivent le m&#234;me salaire, quel que soit leur poste. &#171; Ici on ne parle pas de r&#233;mun&#233;ration ou de salaire, mais de retrait &#224; valoir sur les r&#233;sultats. Notre situation s'am&#233;liore en fonction du chiffre d'affaires. Si le chiffre d'affaires augmente, la somme que chacun per&#231;oit augmente &#187; explique Campos. Au cours de ces derniers mois, chaque employ&#233; gagnait entre 750 et 800 pesos par mois, m&#234;me si l'entreprise paie encore des dettes laiss&#233;es par l'administration pr&#233;c&#233;dente. Avec 150 ouvriers et des recettes proches de 152 000 dollars, contre 200 000 dollars en 1997, l'Impa est devenue le mod&#232;le &#224; suivre pour les entreprises autog&#233;r&#233;es. En outre, elle est connue comme &#171; usine culturelle &#187; car une partie de ses installations est consacr&#233;e &#224; diverses activit&#233;s culturelles comme des ateliers d'art plastique, de c&#233;ramique, de langues, de musique et des projections de films.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'imprimerie Chilavert Artes Gr&#225;ficas, situ&#233;e dans le quartier populaire de Pompeya, est plus r&#233;cente. Les installations appartenaient &#224; l'entreprise Gaglianone S.A., une entreprise familiale cr&#233;&#233;e par un immigrant italien en 1923. Mais en mai 2002, le propri&#233;taire l'a d&#233;clar&#233;e en faillite. Ses ouvriers ont alors d&#233;cid&#233; de cr&#233;er une coop&#233;rative et ont rouvert ses portes cette semaine. &#171; En r&#233;alit&#233;, rien n'&#233;tait pr&#233;vu, on n'avait pas d'autre solution. La situation dans laquelle nous mettait la fermeture de l'entreprise &#233;tait catastrophique, avec une dette de salaires &#233;norme. Nous &#233;tions &#224; la rue, sans rien &#187; explique Ernesto Gonz&#225;lez, employ&#233; de l'entreprise. &#171; Ils ne nous ont pas laiss&#233; d'autre solution. Nous n'allions rien toucher de la faillite et m&#234;me si on allait toucher quelque chose, tout cela allait bient&#244;t se terminer et il est pratiquement impossible de trouver un travail aujourd'hui &#187; ajoute-t-il.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &#171; L'Asamblearia &#187;, entreprise solidaire. Une cha&#238;ne de commercialisation d'entreprises autog&#233;r&#233;es en Argentine</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/L-Asamblearia-entreprise-solidaire-Une-chaine-de-commercialisation-d-entreprises-autogerees-en-Argentine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/L-Asamblearia-entreprise-solidaire-Une-chaine-de-commercialisation-d-entreprises-autogerees-en-Argentine</guid>
		<dc:date>2004-05-12T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laura Vales</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; L'Asamblearia &#187;, l'entreprise solidaire : la consommation peut-elle &#234;tre utilis&#233;e comme un outil politique ? A N&#250;&#241;ez, une coop&#233;rative commercialise exclusivement les produits des usines r&#233;cup&#233;r&#233;es ou autog&#233;r&#233;es. L'Asamblearia loue un local de 200 m&#232;tres carr&#233;, un ex-supermarch&#233; de la rue du 3 f&#233;vrier. L&#224;, on vend de l'herbe mat&#233;, des grissinis, du miel, des sucreries, fromages, articles de nettoyage et textiles. &lt;br class='autobr' /&gt; L'Asamblearia est une coop&#233;rative qui s'occupe de vendre produits de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Recuperees" rel="directory"&gt;R&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'Asamblearia &#187;, l'entreprise solidaire : la consommation peut-elle &#234;tre utilis&#233;e comme un outil politique ? A N&#250;&#241;ez, une coop&#233;rative commercialise exclusivement les produits des usines r&#233;cup&#233;r&#233;es ou autog&#233;r&#233;es. L'Asamblearia loue un local de 200 m&#232;tres carr&#233;, un ex-supermarch&#233; de la rue du 3 f&#233;vrier. L&#224;, on vend de l'herbe mat&#233;, des grissinis, du miel, des sucreries, fromages, articles de nettoyage et textiles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6990 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L200xH132/doc-180-65d10009-bc755.jpg?1711522906' width='200' height='132' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'Asamblearia est une coop&#233;rative qui s'occupe de vendre produits de l'&#233;conomie sociale, &#233;labor&#233;s dans les usines r&#233;cup&#233;r&#233;es, dans les entreprises n&#233;es de l'&#233;conomie sociale, solidaires autog&#233;r&#233;es et issus des mouvements paysans. Cr&#233;&#233;e par les membres de deux assembl&#233;es de Buenos Aires, il s'agit de la premi&#232;re tentative d'installer &#224; Buenos le concept commerce &#233;quitable, une id&#233;e qui vise la d&#233;fense des sources d'emplois initi&#233;es par le mouvement social. Elle offre aux consommateurs la garantie d'acheter des produits ayant une double caract&#233;ristique : ils sont sains (ils sont fabriqu&#233;s sans produits chimiques, dans des processus non polluants pour l'environnement) et sont &#233;labor&#233;s dans des conditions de travail dignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coop&#233;rative fonctionne dans le quartier de N&#250;&#241;ez. Apr&#232;s avoir expos&#233; ses produits dans des salons et des march&#233;s, ses membres ont lou&#233; le local d'un supermarch&#233;, o&#249; maintenant sont commercialis&#233;s les produits de 25 entreprises sociales. L'herbe mat&#233; Titrayj&#250; - cultiv&#233;e par des paysans de Missiones-, les fromages de la coop&#233;rative Montecastro, les produits d'entretien de Burbuja Latina - de l'assembl&#233;e Gast&#243;n Riva - sont quelques uns d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous avons commenc&#233; en janvier 2002, avec un groupe de voisins touch&#233;s par le corralito, on s'est mis &#224; faire des achats communautaires. Cette exp&#233;rience que nous appelons la &#171; Bourse et la vie &#187; nous a &#233;t&#233; utile durant l'&#233;poque la plus dure de la crise &#233;conomique. Elle a dur&#233; tous ces mois, et l&#224; nous nous avons pig&#233; l'avantage d'acheter directement aux producteurs. Nous avons cr&#233;&#233; un petit magasin. Apr&#232;s, la vie m&#234;me de l'assembl&#233;e nous a li&#233;s &#224; des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es. Quand nous avons pens&#233; &#224; lancer notre propre entreprise sociale nous avons d&#233;cid&#233; que, au lieu de produire, nous voulions nous occuper de la commercialisation&#034;, explique Lucio Salas Oro&#241;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Asamblearia vend de trois fa&#231;ons : dans son local, &#224; de petits commerces &#224; travers d'une &#233;quipe de vendeurs et aux cantines populaires et &#224; celles des municipalit&#233;s, en gros. Son activit&#233; n'a pas de fins lucratives. Les prix de vente ont une marge de gain qui sert &#224; payer les salaires des trois jeunes femmes qui re&#231;oivent le public et les d&#233;fraiements de six vendeurs qui d&#233;marchent &#224; l'ext&#233;rieur. La location du local n'est pas encore couverte en revanche et c'est le sujet de diff&#233;rents d&#233;bats. Celui qui se rend au 3552 de la rue du 3 f&#233;vrier, &#224; N&#250;&#241;ez, trouvera un vaste espace, de 200 m&#232;tres carr&#233;s, am&#233;nag&#233;s tant pour accueillir les acheteurs que pour r&#233;aliser des rencontres et des ateliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les gondoles, les produits sont accompagn&#233;s d'affiches qui expliquent leur origine. Par exemple : &#034;Grissinopolis &#233;tait une entreprise de 40 ans d'histoire sur le march&#233; alimentaire. Elle a &#233;t&#233; vid&#233;e et abandonn&#233;e par ses 17 propri&#233;taires, ce qui a oblig&#233; les travailleurs &#224; vivre des mois dans la fabrique pour &#233;viter que soient emport&#233;es les machines, puisque les patrons devaient des salaires et les cotisations sociales retraite sur quatre ans. Les 16 travailleurs qui composaient le collectif de travail ont form&#233; la coop&#233;rative La Nouvelle Esp&#233;rance. Ils ont introduit de nouveaux produits sur le march&#233; et ont cr&#233;&#233; le centre culturel d'art et des m&#233;tiers de la Grissiculture&#034;, peut-on lire dans le secteur des grissinis. Et &#224; c&#244;t&#233;, il y a les jouets &#034;Bien Argentino&#034; : &#034; Nous sommes une entreprise de l'&#233;conomie sociale form&#233;e de sous-occup&#233;s et de ch&#244;meurs de l'assembl&#233;e populaire de Villa Martelli &#187;. Nous avons mis en commun les connaissances de chacun d'entre nous sur la menuiserie, peinture, design, dessin, et ainsi ces jouets en bois sont n&#233;s. La peinture de ces jouets n'a pas de plomb, d'ars&#233;nique, ni d'&#233;l&#233;ments polluants. Aucun n'a de bords avec lesquels on peut se faire mal, ni clous, ni vis. &#192; l'&#233;ventuelle question de savoir si nous sommes une coop&#233;rative, des artisans associ&#233;s ou quoi, nous pouvons r&#233;pondre seulement que nous avons d&#233;marr&#233; de rien, nous inventons et nous faisons ce que nous pouvons &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Asamblearia compte actuellement 150 soci&#233;taires qui b&#233;n&#233;ficient avec des escomptes sur les prix des produits et des ateliers de formation. Ils se d&#233;brouillent avec les principes du premier coop&#233;rativisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#233;mocratie dans la prise de d&#233;cisions. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Portes ouvertes, pour que n'importe qui, qui veut s'associer, puisse le faire. Il n'existe aucun privil&#232;ge pour les soci&#233;taires fondateurs et on ne requiert pas d'anciennet&#233; pour participer &#224; l'organe de d&#233;cision, l'assembl&#233;e des associ&#233;s. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La puret&#233; des produits qui sont offerts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, vous vendez ? Demande P&#225;gina/12 &#224; Salas Oro&#241;o. Pour l'instant, ce qui est suffisant pour payer les salaires et rien de plus. Depuis l'Asamblearia a propos&#233; &#224; plusieurs municipalit&#233;s d'&#234;tre incluses dans leurs listes de fournisseurs avec un argument simple : s'ils ach&#232;tent ces produits, ils aident les gens &#224; r&#233;soudre par eux m&#234;me leurs probl&#232;mes d'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont aussi pr&#233;sent&#233; un projet au programme &#171; Manos a la obra &#187;, du Minist&#232;re de D&#233;veloppement Social, et ont particip&#233; aux d&#233;bats pour le Budget Participatif. Dans tous les cas, ils ont &#233;t&#233; re&#231;us tr&#232;s aimablement mais avec de maigres r&#233;sultats. &#034;Dans la discussion du Budget Participatif a &#233;t&#233; approuv&#233;e une subvention pour la location du local. C'est l'une des rares choses que les membres n'arrivent pas &#224; r&#233;soudre, mais cela fait d&#233;j&#224; des mois que nous menons des conversations et il ne se passe rien&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au D&#233;veloppement Social, qui estime que les entreprises d'&#233;conomie sociale de &#171; Manos a la obra &#171; seront viables seulement si elles r&#233;ussissent &#224; entrer sur le march&#233;, ils ont apport&#233; un projet pour acqu&#233;rir des r&#233;frig&#233;rateurs industriels ce qui leur permettrait de vendre des aliments frais. Pour l'instant, la coop&#233;rative se d&#233;brouille avec deux r&#233;frig&#233;rateurs marque Siam de 1960 &#224; qui un soci&#233;taire sensible a donn&#233; une couche de peinture d&#233;vou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fille du 19 et 20 d&#233;cembre, la coop&#233;rative est rod&#233;e pour se d&#233;brouiller dans des situations d'incertitude, mais aussi elle a repens&#233; des alliances plus amples que celles accept&#233;es en 2001. Elle s'est li&#233;e avec le Centre de Gestion Municipale et avec la paroisse du quartier. &#034;Un peu parce cette attitude que nous avions dans l'assembl&#233;e selon laquelle nous pouvions faire tout, tout seul s'est r&#233;v&#233;l&#233;e impossible, et un peu aussi que cet esprit fondateur, d'inventer la vie, &#233;tait tr&#232;s joli mais n'a pas dur&#233; longtemps&#034;, remarque Salas Oro&#241;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ses activit&#233;s, l'Asamblearia a ouvert dans son local une &#233;cole d'&#233;conomie solidaire. Vendredi dernier dans ses installations s'est tenu un atelier pr&#233;paratoire de la rencontre sur l'&#233;conomie sociale qui pr&#233;pare pour juin le Forum Social de Buenos Aires, succursale locale du Forum Social Mondial. La coop&#233;rative est ouverte &#224; tous les groupes qui produisent avec un crit&#232;re conforme &#224; l'&#233;conomie solidaire. Elle propose aux consommateurs de voir la consommation comme un outil politique, une id&#233;e qui en Argentine a eu sa force mais a &#233;t&#233; d&#233;vast&#233;e par la dictature et la culture du &#171; shopping &#187; du n&#233;olib&#233;ralisme. Maintenant on devra essayer de s'enraciner dans un terrain aride : dans le pays, la moiti&#233; de la population &#233;conomiquement active a &#233;t&#233; expuls&#233;e de l'&#233;conomie formelle et ceux qui ont conserv&#233; leur travail n'ont pas une grande capacit&#233; d'achat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pagina12web.com.ar/diario/elpais/1-34282.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;P&#225;gina 12}&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Buenos Aires, 12 avril 2004&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Autogestion des entreprises en Argentine : Gatic, une entreprise r&#233;cup&#233;r&#233;e qui produit 300 de paires des chaussures par jour.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Autogestion-des-entreprises-en-Argentine-Gatic-une-entreprise-recuperee-qui-produit-300-de-paires-des-chaussures-par-jour</link>
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		<dc:date>2004-04-02T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Irina Hauser*</dc:creator>



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&lt;p&gt;Sous licence Adidas, Gatic a &#233;t&#233; favoris&#233;e pendant le m&#233;n&#233;misme. M&#234;me cela n'a pas suffi. Ses employ&#233;s ont d&#233;sormais pris en main la gestion d'une des usines et la font tourner. Conflit avec Gotelli. Outre les chaussures de sport, maintenant les salari&#233;s produisent des shorts pour les joueurs de football du Club V&#233;lez Sarsfield et pr&#233;parent un maillot. L'&#226;ge moyen des travailleurs qui tentent l'autogestion dans cette usine ne d&#233;passe pas les 35 ans. &lt;br class='autobr' /&gt; &#034;L&#224; o&#249; nous mettons l'2paule, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Recuperees" rel="directory"&gt;R&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sous licence Adidas, Gatic a &#233;t&#233; favoris&#233;e pendant le m&#233;n&#233;misme. M&#234;me cela n'a pas suffi. Ses employ&#233;s ont d&#233;sormais pris en main la gestion d'une des usines et la font tourner. Conflit avec Gotelli. Outre les chaussures de sport, maintenant les salari&#233;s produisent des shorts pour les joueurs de football du Club V&#233;lez Sarsfield et pr&#233;parent un maillot. L'&#226;ge moyen des travailleurs qui tentent l'autogestion dans cette usine ne d&#233;passe pas les 35 ans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;L&#224; o&#249; nous mettons l'2paule, les choses avancent&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_250 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;7&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L200xH134/doc-250-763de.jpg?1694774399' width='200' height='134' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Gatic
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cristina Osuna coud, coupe les fils trop et essaie les fermetures. En une poign&#233;e de secondes circule par ses mains une montagne d'&#233;quipements de gymnastique qui finissent p&#233;niblement empil&#233;s sur une &#233;tag&#232;re. Dans la salle de couture du premier &#233;tage de l'usine, les machines &#224; coudre &lt;i&gt;tournent &lt;/i&gt;et la musique de Bandana joue &#224; tue t&#234;te : &#034;Aujourd'hui ton r&#234;ve est r&#233;el&#034;. Cristina a 43 ans, marque le rythme avec le pied et dit qu'elle ne peut pas s'arr&#234;ter, qu'elle a une livraison, et que c'est le mieux qui puisse lui arriver. Vers le bas, dans le hangar principal toutes les machines de confection de chaussures de sport fonctionnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque 260 personnes au travail, mais sans chef d'entreprise. Elles le font depuis l'ann&#233;e pass&#233;e, quand elles ont occup&#233; le si&#232;ge de San Mart&#237;n de Gatic apr&#232;s avoir support&#233;s des mois de paralysie et d'absence de salaire. C'est une entreprise avec une immense capacit&#233; productive, mais qui a contract&#233; une dette en millions de pesos, produit des faveurs re&#231;ues de la banque publique pendant le menemisme. Un groupe d'investisseurs se bat en Justice pour s'approprier quatre usines, mais les travailleurs cherchent &#224; d&#233;montrer qu'ils peuvent s' autog&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gatic a connu son &#226;ge d'or pendant la convertibilit&#233; et la c&#233;l&#232;brit&#233; ayant sous licence de grandes marques comme Adidas, Nike et la Gear. Entre les mains de la famille Bakchellian, elle a re&#231;u en ces temps l&#224; avec les Yoma, les cr&#233;dits publics les plus exorbitants. La chute en a &#233;t&#233; directement proportionnelle, avec une dette de 529 millions de pesos (152 M. d'euros). Elle est en cessation de paiements depuis fin 2001, elle a environ cent demandes de r&#232;glements et ses principaux cr&#233;anciers sont l'AFIP (Administration F&#233;d&#233;rale de Recettes publiques) et les banques officielles. Mais sa dette est aussi tr&#232;s &#233;lev&#233;e vis &#224; vis des 4.500 travailleurs de toutes ses usines de production, qui ont travers&#233; les arr&#234;ts de production, renvois et r&#233;incorporations avec des promesses non tenues, qui les ont plong&#233;s dans une incertitude totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les usines de Gatic sont arr&#234;t&#233;es, sauf celle de San Mart&#237;n, o&#249; les ouvriers ont form&#233; une Coop&#233;rative Unie pour les Chaussures (CUC), ils ont occup&#233; les installations en octobre et ils se sont mis &#224; produire &#224; leur compte, encourag&#233;s par le Mouvement National d'Entreprises R&#233;cup&#233;r&#233;es (MNER). Bien qu'elle soit la seule usine active, son exp&#233;rience est reconnue. A Pig&#252;&#233;, o&#249; on fabrique les toiles et l'avant des chaussures de sport, les travailleurs en coop&#233;rative ont pris les ateliers. A Pilar on a cr&#233;&#233; un groupe autog&#233;r&#233;, bien qu'il y ait une surench&#232;re avec les syndicats du caoutchouc, deux syndicats qui ont &#233;tendu leur discours &#224; l'usine du Colonel Su&#225;rez. A la ville Las Flores, ils ont envoy&#233; le syndicat du v&#234;tement et &#224; la Rioja celui des chaussures, tous les deux entretiennent un bon dialogue avec le MNER.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs semaines, les travailleurs de San Mart&#237;n fabriquent quelque 300 paires de chaussures par jour, et en plus des v&#234;tements de gymnastique. Ils ont sorti une marque propre avec le sigle CUC, celle de la coop&#233;rative, qu'on peut voir dans un logo ovale et un autre avec une forme d'&#233;toile qui d&#233;core les produits. Ils ont fait des shorts pour les joueurs de premi&#232;re division de V&#233;lez Sarsfield (football) et maintenant ils leur pr&#233;parent un mod&#232;le de maillot, qui pavoise accroch&#233; &#224; un cintre dans le d&#233;partement de couture, avec des corrections au Bic. Avant d'en arriver l&#224; , ils sont fait chacun leur tour de garde en veillant que &#224; ce que personne n'emm&#232;ne les machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;lida Corina Molina, de 58 ans, sait manier chacune des machines de chez Gatic, o&#249; elle travaille depuis 25 ans. Elle est &#034;op&#233;rateur&#034;. Avec ses cheveux rouge&#226;tres cr&#234;p&#233;s, sa peau lisse et les ongles couleur violette, &#034; Moi j'ai d&#233;cid&#233; de rester l&#224; &#224; l'int&#233;rieur parce que j'avais besoin de me battre pour mon travail. Qui va m'employer &#224; mon &#226;ge ?&#034;, soupire-t-elle. &#034;Pour survivre moralement &#224; tant d'incertitude depuis que l'entreprise est tomb&#233;e dans le malheur, je me suis mise &#224; terminer ma cinqui&#232;me. Sinon, aux moments o&#249; j'&#233;tais seule dans ma maison, je croyais que tout me tombait dessus, les murs, la peinture, que tout &#233;tait mis en pi&#232;ces. J'ai aussi vendu du d&#233;tergent au d&#233;tail et ce qui aidait ainsi &#224; soutenir la prise de l'usine &#034;, explique t-elle en sanglots. Cristina, avec les yeux cern&#233;s de bleu et ses lunettes &#233;normes, elle explique qu'elle a vendu des pizzas pr&#233;-cuites et a fait des travaux pour les ateliers de confection. &#034;C'&#233;tait pour subsister, mais je me suis sentie trop us&#233;e. Tout ce que je fais maintenant m&#234;me si je travaille toute la journ&#233;e, c'est pour moi, au moins, cela ils ne vont pas me le voler &#034;, elle dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ge moyen des travailleurs qui m&#232;ne l'autogestion dans cette usine d&#233;passe les 35 ans. Les hommes se pr&#233;sentent en disant en premier le nom de famille et ensuite le pr&#233;nom, une d&#233;formation de la culture patronale. Cela peut produire la confusion dans des cas comme celui d'Aldo Franco, qui tend la main en disant &#034;Franco Aldo&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il se propose comme guide d'une randonn&#233;e calme. Un balancier coupe les parties des chaussures que portent des veines, un autre sectionne la mousse du talon, une autre machine colle le renforcement de l'orteil, il y a une machine sp&#233;ciale pour broder les logos (dans des languettes et lat&#233;rales), et ainsi de suite. Un bourdonnement lisse accompagne le processus. Une rang&#233;e de machines &#224; coudre est rafra&#238;chie par une autre de ventilateurs au plafond. Dans un hangar distinct, on moule les semelles internes et externes. &#034;Les mati&#232;res premi&#232;res que nous utilisons sont les restes de ce qu'ils ont laiss&#233;&#034;, explique Aldo, 52 ans, polo vert et moustaches. &#034;Ils&#034; clarifie-t-il - pour &#233;viter, par superstition, de nommer les propri&#233;taires historiques. &#034;Il ajoute, avec ce que nous produisons d&#233;j&#224; nous avons pu acheter des choses et il y a trois semaines que chacun peut rapporter de l'argent &#224; la maison, quelque cinquante pesos (14 &#8364;), c'est quelque chose.&#034; Dans une salle voisine, un groupe d'hommes remplit des caisses. Ils utilisent les surplus des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes (comme les vieilles caisses turquoise d'Adidas) mais ils retournent le carton. Ils font tout &#224; la main, parce qu'ils n'ont pas encore pu acheter la colle pour la machine. Un d'eux, avec un faux-air de l'acteur John Turturro mais qui s'appelle Jos&#233; Cruz, 43 ans, raconte que cela lui a beaucoup co&#251;t&#233; de faire comprendre &#224; sa famille pourquoi il a rejet&#233; d'autres travaux. &#034;Ici nous avons le m&#233;tier n&#233;cessaire, nous nous mettons &#224; fabriquer et les choses sortent. Nous n'avons pas besoin d'un chef d'entreprise &#034;, il synth&#233;tise. Pablo Perfumo, 38 ans, compare : &#034;En &#233;change, je me suis s&#233;par&#233; de tout ce cin&#233;ma. Il est in&#233;vitable de porter le malaise &#224; ta maison quand tu es pr&#232;s d'&#234;tre &#224; la rue&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce qu'il faut c'est que le juge prononce la faillite une fois par toutes et livre l'usine aux travailleurs&#034;, r&#233;clame Jos&#233; Abelli, vice-pr&#233;sident du MNER. La situation, en effet, n'est pas simple. En d&#233;cembre dernier un groupe d'investisseurs conduit par l'ex titulaire d'Alpargatas, Guillermo Gotelli, a fait son apparition, et a fait un pr&#233;accord avec le propri&#233;taire de Gatic, Fabian Bakchellian, pour louer les quatre usines de l'entreprise. Cette proposition a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e au juge Juan Manuel Guti&#233;rrez Cabello, qui a accept&#233; de la mettre en discussion. Bien que le si&#232;ge de San Mart&#237;n - vu l'autonomie qu'il a atteint - soit rest&#233; hors des pr&#233;tentions de ce pool, les chefs d'entreprise refusent d'acc&#233;der &#224; un accord avec la coop&#233;rative CUC, et les banques publiques n'acceptent pas sa proposition de location. Et pour le moment, ni la banque Banco Nacion, ni la Ville l'approuvent. Ce sera s&#251;rement une d&#233;cision du Gouvernement qui pourra en arr&#234;ter le d&#233;nouement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que, les projets coop&#233;ratifs se d&#233;veloppent pour la Gatic. A Pig&#252;&#233; ils estiment que : &#034;Malgr&#233; la d&#233;t&#233;rioration des machines, nous pourrions produire 120 000 kilos de toile teinte en un mois&#034;, projette Clemar Litre. A San Mart&#237;n, Andres Avelino Ju&#225;rez recommande : &#034;Ce qu'il faut faire - dit il en se donnant une claque - c'est d'utiliser la t&#234;te.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Ne pas faire cadeau de l'affaire&#034; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par I H.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gatic pourrait produire six millions de paires de chaussures de sport par an, selon des calculs du minist&#232;re de la Production de Buenos Aires. Cela repr&#233;sente 70 % du march&#233; local, ont-ils expliqu&#233;, mais maintenant entre trois et quatre millions de paires sont import&#233;s du Br&#233;sil. &#034;C'est un gaspillage et un malheur pour les travailleurs, en tenant compte du fait que les grandes marques cherchent d&#233;j&#224; des fabricants en Argentine. &#171; Le probl&#232;me, ce sont les pressions en jeu &#034;, dit un membre du cabinet &#224; Buenos Aires, qui admet que la Banque de la Province est dispos&#233;e &#224; accepter pour solder ses dettes l'offre du groupe d'investisseurs que conduit le chef d'entreprise Gotelli. Le Mouvement National d'Entreprises R&#233;cup&#233;r&#233;es r&#233;clame qu'on d&#233;clare en urgence la faillite et que l'usine soit livr&#233;e aux travailleurs. &#034;Accepter la proposition de Gotelli c'est faire cadeau d'une affaire qui facture 200 millions de pesos par an (57 M d'euros). Ce serait digne d'un &#201;tat stupide. Si un travailleur va acheter un r&#233;frig&#233;rateur, on lui demande patte blanche. Qui l'&#201;tat, la Justice et les banques publiques exigent de Gotelli et Bakchelli&#225;n la m&#234;me chose&#034;, proteste Abelli, du MNER.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un accord avec des entreprises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par I H. &lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le secteur du v&#234;tement de sport est apparue la premi&#232;re entr&#233;e d'argent de la coop&#233;rative. Une ardoise, au premier &#233;tage, affiche de m&#233;moire : &#034;1.173 shorts pour l'entreprise Galex, repr&#233;sentent 938.40 pesos (268 &#8364;)&#034;. L&#224;, travaillent dix femmes, toutes avec des tabliers &#233;gaux d'impression &#233;cossaise qu'elles ont con&#231;u. Elles inventent maintenant aussi des mod&#232;les d'articles sportifs qu'elles essaient sur leurs propres corps. La majorit&#233; des ouvriers se concentre au rez-de-chauss&#233;e, o&#249; on &#233;labore des chaussures. Il y a un climat de concentration et quelques d&#233;fis : ils ont un accord avec Alpargatas pour livrer les premiers &#233;chantillons de chaussures Topper, ils pr&#233;parent un mod&#232;le informel pour Grimoldi et ont d&#233;j&#224; approvisionn&#233; plusieurs d&#233;parts de marchandises &#224; Open Sport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-33429.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;P&#225;gina 12&lt;/u&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Buenos Aires, le 29 mars 2004&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction de l'espagnol pour [&lt;i&gt;&lt;u&gt;El Correo&lt;/u&gt;&lt;/i&gt; : Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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