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<item xml:lang="fr">
		<title> Celui de l'Islande est un bon mod&#232;le pour restructurer la dette</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Celui-de-l-Islande-est-un-bon-modele-pour-restructurer-la-dette</link>
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		<dc:creator>Robert H. Wade *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les argentins et leur gouvernement sont, avec raison, orgueilleux de leur strat&#233;gie de restructuration de la dette ext&#233;rieure, qui a permis &#224; l'&#233;conomie de se relancer assez rapidement apr&#232;s 2002. Cependant, une dizaine d'ann&#233;es ont pass&#233; et il existe un autre pays, qui offre des le&#231;ons plus r&#233;centes et que les gouvernements des pays du sud de l'Europe devraient suivre. Ce pays est l'Islande. &lt;br class='autobr' /&gt; Autour de 2000, le gouvernement conservateur de l'Islande favorable au libre march&#233; a privatis&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/La-Dette" rel="directory"&gt;La Dette&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les argentins et leur gouvernement sont, avec raison, orgueilleux de leur strat&#233;gie de restructuration de la dette ext&#233;rieure, qui a permis &#224; l'&#233;conomie de se relancer assez rapidement apr&#232;s 2002. Cependant, une dizaine d'ann&#233;es ont pass&#233; et il existe un autre pays, qui offre des le&#231;ons plus r&#233;centes et que les gouvernements des pays du sud de l'Europe devraient suivre. Ce pays est l'Islande.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Autour de 2000, le gouvernement conservateur de l'Islande favorable au libre march&#233; a privatis&#233; deux grandes banques publiques tourn&#233;es vers le march&#233; local et a permis la cr&#233;ation d'une troisi&#232;me grande banque priv&#233;e &#224; partir de la fusion d'un ensemble de plus petits &#233;tablissements. Le gouvernement a aussi modifi&#233; la majorit&#233; des limites des banques pour leurs op&#233;rations et les a pouss&#233;es &#224; transformer l'Islande en un centre financier international de l'Atlantique nord. &#171; &lt;i&gt;Si Duba&#239; peut le faire, pourquoi pas nous &lt;/i&gt; &#187;, &#233;tait l'esprit de cette harangue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 2008, les trois grandes banques islandaises se trouvaient parmi les 300 plus grandes banques du monde, dans un pays o&#249; la population s'&#233;l&#232;ve seulement &#224; 310 000 personnes. Leurs actifs atteignaient 10 fois le PIB de l'Islande et leur &lt;i&gt;business model&lt;/i&gt; d&#233;pendait principalement de leur possibilit&#233; de s'endetter massivement via le march&#233; de cr&#233;dit. En octobre 2008, les banques se sont effondr&#233;es. La monnaie nationale, la couronne islandaise, a perdu 60 % de sa valeur d'un jour &#224; l'autre. Le march&#233; des actions s'est effondr&#233;. En peu de mois, le prix des maisons est tomb&#233; de 25 % en termes r&#233;els et l'inflation est mont&#233;e jusqu'&#224; un niveau proche du 20 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FMI a envoy&#233; une mission qui a dict&#233; au gouvernement d'installer un contr&#244;le des capitaux pour &#233;viter une plus grande fuite et a offert des experts techniques pour apprendre aux fonctionnaires de la banque Centrale islandaise &#224; appliquer ces politiques. La forte d&#233;valuation a g&#233;n&#233;r&#233; par elle m&#234;me une r&#233;duction importante de la d&#233;pense. Ainsi, avec la b&#233;n&#233;diction du FMI, le gouvernement a retard&#233; les ajustements fiscaux. Cela a permis d'all&#233;ger les tensions politiques, parce que la d&#233;valuation pouvait se pr&#233;senter comme &#171; un acte divin &#187; qui n'&#233;tait pas de la responsabilit&#233; du gouvernement. Le FMI a tent&#233; que le gouvernement assume les dettes des banques en faillites comme siennes sous la pression de la Su&#232;de, qui s'inqui&#233;tait du fait que si l'Islande s'en sortait avec une cessation de paiements, les pays baltes feraient de m&#234;me avec leurs grands pr&#234;ts du syst&#232;me bancaire su&#233;dois. Les autorit&#233;s de l'Islande ont repouss&#233; l'id&#233;e, vu la taille des dettes bancaires par rapport &#224; sa base fiscale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de 2009, entre 80 et 90 % des entreprises islandaises y compris les plus grandes &#233;taient incapables de faire face &#224; leurs obligations, et entre 25 et 30 % des foyers se trouvaient dans la m&#234;me situation. Les gouvernements du sud de l'Europe pourraient apprendre quelque chose sur la fa&#231;on dont l'Islande a fait face &#224; cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la dette des entreprises, la strat&#233;gie fut que les banques reconnaissent la perte de valeur des obligations qu'avaient les entreprises, au point que les &#233;tablissements bancaires pouvaient esp&#233;rer avoir un gain s'ils restaient avec les actifs des entreprises. Les petites et les moyennes entreprises ont pu solliciter de plus grands all&#233;gements de dette, chaque fois qu'elles pouvaient offrir une preuve plausible de leurs flux de tr&#233;sorerie futur et le montant de l'aide &#233;tait li&#233; &#224; la valeur diminu&#233;e de leurs revenus futurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les dettes des familles, il a &#233;t&#233; n&#233;cessaire que les banques r&#233;duisent la valeur comptable excessive de 110 % de la valeur de chaque propri&#233;t&#233;. Les familles qui ne pouvaient pas faire face m&#234;me aux pr&#234;ts ajust&#233;s ont pu demander des aides sp&#233;ciales. Un &#233;l&#233;ment important fut qu'il n'a pas &#233;t&#233; permis que le degr&#233; de cr&#233;ance des diff&#233;rentes familles soit affect&#233; par ce sc&#233;nario sp&#233;cial. De plus, ceux qui se trouvaient pr&#232;s du seuil de pauvret&#233;, ont pu solliciter une allocation additionnelle pour conserver la propri&#233;t&#233; de leurs foyers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat global a laiss&#233; les banques avec une dette (&lt;i&gt;mora solvendi)&lt;/i&gt; si petite qu'elle &#233;tait possible -sans avoir recours aux ex&#233;cutions hypoth&#233;caires massives ou aux faillites d'entreprises. Peu de familles ont perdu leurs foyers. L'&#233;conomie s'est stabilis&#233;e en 2010 et elle a recommenc&#233; &#224; croitre en 2011, bien que lentement. Le gouvernement et les entreprises ont retrouv&#233; l'acc&#232;s aux march&#233;s internationaux de cr&#233;dit &#224; des taux d'int&#233;r&#234;t soutenables. Cependant, cela n'a pas &#233;t&#233; possible sans aucun co&#251;t politique. Le gouvernement a re&#231;u une attaque virulente des personnes qui n'avaient pas pris de cr&#233;dits impayables et insoutenables. Celles-ci sentant qu'elles payaient pour le gaspillage des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En comparaison avec la situation de la Norv&#232;ge, apr&#232;s sa crise bancaire au d&#233;but des ann&#233;es 90 et les &#233;conomies baltes apr&#232;s 2008, la r&#233;cup&#233;ration de l'Islande fut bien meilleure. C'est tr&#232;s li&#233; au fait qu'on a &#233;vit&#233; de faire ce qui est aujourd'hui d&#233;j&#224; tr&#232;s commun en Gr&#232;ce, en Espagne et au Portugal, quand les banques obligent les entreprises et les familles &#224; patrimoine n&#233;gatif &#224; renoncer &#224; la propri&#233;t&#233; de leurs biens, comme si les banques elles m&#234;mes n'&#233;taient pas responsables d'avoir trop pr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Professeur d'&#201;conomie Politique de &#171; &lt;i&gt;Londres School of Economics&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/diario/economia/2-201928-2012-08-27.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 27 ao&#251;t 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/El-de-Islandia-es-un-modelo-exitoso-para-reestructurar-la-deuda&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;El Correo&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Celui-de-l-Islande-est-un-bon-modele-pour-restructurer-la-dette&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;El Correo&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, le 27 ao&#251;t 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification&lt;/u&gt; 3.0 Unported&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trait&#233; juridique et financier sur la Dette odieuse de Alexander Sack</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Les effets des transformations des &#201;tats sur leurs dettes publiques et autres obligations financi&#232;res. Voici en fichiere joint le trait&#233; juridique et financier de A.-N. SACK, ancien professeur agr&#233;g&#233; &#224; la Facult&#233; de droit de l'Universit&#233; de Petrograd. &lt;br class='autobr' /&gt; Le d&#233;veloppement des relations financi&#232;res est un des traits les plus saillants de la vie moderne des peuples. Le cr&#233;dit public est devenu pour ainsi dire universel. Les emprunts internationaux sont entr&#233;s dans les habitudes de tous les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/La-Dette" rel="directory"&gt;La Dette&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les effets des transformations des &#201;tats sur leurs dettes publiques et autres obligations financi&#232;res. Voici en fichiere joint le trait&#233; juridique et financier de A.-N. SACK, ancien professeur agr&#233;g&#233; &#224; la Facult&#233; de droit de l'Universit&#233; de Petrograd.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement des relations financi&#232;res est un des traits les plus saillants de la vie moderne des peuples. Le cr&#233;dit public est devenu pour ainsi dire universel. Les emprunts internationaux sont entr&#233;s dans les habitudes de tous les pays, grands ou petits. Ils se sont multipli&#233;s. Les fonds d' &#201;tats &#233;trangers donnent lieu &#224; des transactions quotidiennes sur la plupart des march&#233;s du monde et occupent une large place jusque dans les portefeuilles les plus modestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effet de l'interd&#233;pendance &#233;conomique des peuples, ce vaste mouvement de capitaux en d&#233;termine &#224; son tour l'extension et l'intensit&#233;. Il conditionne, dans une certaine mesure, la politique ext&#233;rieure et m&#234;me int&#233;rieure de tous les pays. Il donne naissance &#224; des pratiques, &#224; des institutions et &#224; des difficult&#233;s juridiques nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les probl&#232;mes qu'il a pos&#233;s, un des plus importants et des plus complexes est assur&#233;ment celui du sort des dettes publiques au cas o&#249; l' &#201;tat qui les a contract&#233;es subit des transformations politiques ou territoriales. Il a offert un int&#233;r&#234;t croissant &#224; mesure que les dettes ext&#233;rieures ont augment&#233; et que les changements territoriaux sont devenus plus nombreux et plus &#233;tendus. Il s'est pr&#233;sent&#233; avec une particuli&#232;re complexit&#233; &#224; la suite de la derni&#232;re guerre qui a mis aux prises tant de nations et a boulevers&#233; la configuration territoriale de nombre d'entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant qu'il ait, un peu partout, attir&#233; l'at- tention des sp&#233;cialistes du droit financier et du droit international et inspir&#233; une abondante litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexander Sack&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://cadtm.org/La-dette-odieuse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CADTM&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Belgique, 12 juillet 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quand les int&#233;r&#234;ts US &#224; Cuba d&#233;clarent &#171; La Dette &#187; odieuse</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Quand-les-interets-US-a-Cuba-declarent-La-Dette-odieuse</link>
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&lt;p&gt;En 1898, les Etats-Unis ont forc&#233; l'Espagne &#224; annuler la dette de leur ancienne colonie. Une pratique qui continue &#224; faire d&#233;bat plus d'un si&#232;cle apr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt; Depuis la d&#233;couverte de l'&#238;le par Christophe Colomb en 1492, Cuba est sous domination espagnole. Son arm&#233;e, sa police, son or, ses cultures de canne &#224; sucre et de tabac, ses esclaves ainsi que ses dettes sont administr&#233;s par Madrid. Or, d&#232;s le milieu du XIXe si&#232;cle, un vent de r&#233;volte souffle sur la plus grande &#238;le des Cara&#239;bes. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/La-Dette" rel="directory"&gt;La Dette&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1898, les Etats-Unis ont forc&#233; l'Espagne &#224; annuler la dette de leur ancienne colonie. Une pratique qui continue &#224; faire d&#233;bat plus d'un si&#232;cle apr&#232;s&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis la d&#233;couverte de l'&#238;le par Christophe Colomb en 1492, Cuba est sous domination espagnole. Son arm&#233;e, sa police, son or, ses cultures de canne &#224; sucre et de tabac, ses esclaves ainsi que ses dettes sont administr&#233;s par Madrid. Or, d&#232;s le milieu du XIXe si&#232;cle, un vent de r&#233;volte souffle sur la plus grande &#238;le des Cara&#239;bes. Les Etats-Unis, grand voisin du nord, pr&#233;f&#232;rent se tenir en retrait, armant de mani&#232;re plus ou moins cach&#233;e les insurg&#233;s cubains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le 15 f&#233;vrier 1898, le cuirass&#233; USS Maine est victime d'une explosion dans la baie de La Havane. Il sombre avec 266 membres d'&#233;quipage &#224; son bord. Le navire de guerre US venait d'arriver &#224; Cuba pour y prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts usam&#233;ricains dans la r&#233;gion. Les combats qui opposent la couronne espagnole aux mouvements ind&#233;pendantistes repr&#233;sentent une menace pour les plantations sucri&#232;res dont une grande partie des r&#233;coltes est destin&#233;e au march&#233; am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le naufrage du cuirass&#233; servira de pr&#233;texte &#224; une intervention des Etats-Unis. Galvanis&#233;s par la presse et une partie de l'opinion publique, les Etats-Unis haussent le ton. C'est l'escalade diplomatique : reconnaissance d'un Etat cubain ind&#233;pendant et libre, ultimatum contre l'arm&#233;e espagnole, blocus de l'&#238;le. Le 24 avril, l'Espagne n'a d'autre choix que de d&#233;clarer la guerre. Surnomm&#233;e la &#171; &lt;i&gt;Splendid Little War&lt;/i&gt; &#187; par les Usam&#233;ricains, la guerre hispano-usam&#233;ricaine ne va durer que quatre mois. Accul&#233;e par la puissance de feu de ses adversaires, l'Espagne capitule et, le 12 ao&#251;t 1898, un trait&#233; de paix pr&#233;liminaire met fin aux hostilit&#233;s. La banni&#232;re &#233;toil&#233;e a profit&#233; de la guerre pour annexer Porto Rico et l'&#238;le de Guam et acqu&#233;rir les Philippines contre 20 millions de dollars. Si les Etats-Unis r&#233;futent toute volont&#233; expansionniste &#224; Cuba, la &#171; &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Destin%C3%A9e_manifeste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Destin&#233;e manifeste&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;, id&#233;ologie empreinte d'une mission divine qui conduisit &#224; la conqu&#234;te de l'Ouest, pointe d&#233;sormais vers le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Officiellement, les Usam&#233;ricains sont venus aider les Cubains &#233;pris d'ind&#233;pendance. En r&#233;alit&#233;, l'intervention marque un tournant historique pour les Etats-Unis. Elle consacre pour nouvelle politique ext&#233;rieure la &#171; &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Doctrine_Monroe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Doctrine Monroe&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &#233;nonc&#233;e par le pr&#233;sident du m&#234;me nom en 1823 devant le parlement am&#233;ricain et qui fait de l'h&#233;misph&#232;re am&#233;ricain &#8211; Nord comme Sud &#8211; la sph&#232;re d'influence exclusive des Etats-Unis. Les puissances coloniales europ&#233;ennes n'y sont plus les bienvenues. Non seulement les Etats-Unis entendent y assurer l'ordre, mais la premi&#232;re puissance &#233;conomique mondiale a &#233;galement besoin de nouveaux d&#233;bouch&#233;s pour assurer sa croissance. Cuba devient ainsi de facto un protectorat US. Une situation qui perdurera jusqu'en 1959 et l'arriv&#233;e de Fidel Castro au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, quatre si&#232;cles apr&#232;s Christophe Colomb, l'Empire espagnol n'est plus que l'ombre de lui-m&#234;me. D&#233;pouill&#233;e de ses derni&#232;res colonies, la couronne r&#233;clame n&#233;anmoins, lors des n&#233;gociations de paix avec les Etats-Unis qui se d&#233;roulent &#224; Paris en d&#233;cembre 1898, le paiement des dettes contract&#233;es par Cuba lorsque l'&#238;le &#233;tait encore sous son administration. Une pratique courante &#224; l'&#233;poque. Les Usam&#233;ricains, qui n'ont pas pris la peine de faire participer les Cubains aux discussions, rejettent aussit&#244;t cette requ&#234;te. Pas question de rembourser le moindre cent d'une dette qui fut impos&#233;e au peuple cubain sans son accord et par la force des armes, argumentent-ils. En outre, les Etats-Unis consid&#232;rent que la grande majorit&#233; des emprunts souscrits par Cuba n'a servi qu'&#224; renforcer l'emprise de l'arm&#233;e espagnole sur l'&#238;le et &#224; mater la r&#233;bellion. Si l'Espagne n'a jamais reconnu l'argumentation des Etats-Unis, elle admet toutefois qu'&#224; partir de 1880, les nouvelles dettes ne servaient pratiquement plus qu'&#224; rembourser les pr&#233;c&#233;dentes. Jugeant que les cr&#233;anciers savaient pertinemment l'usage qui serait fait de leurs pr&#234;ts, &#224; savoir l'asservissement du peuple cubain, la Commission usam&#233;ricaine conclut donc &#224; la nullit&#233; de ces dettes. Une ardoise estim&#233;e &#224; quelque 400 millions de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le raisonnement des Etats-Unis n'est pas tout &#224; fait nouveau. En 1867 d&#233;j&#224;, le nouveau gouvernement mexicain de Benito Juarez avait refus&#233; de s'acquitter d'une dette contract&#233;e par son pr&#233;d&#233;cesseur, l'empereur Maximilien Ier du Mexique, propuls&#233; au pouvoir par la France en 1863 apr&#232;s trois ann&#233;es de guerre civile. Ce dernier avait souscrit des emprunts aupr&#232;s de banques fran&#231;aises afin de financer l'occupation du Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pisode cubain et le trait&#233; de Paris qui en d&#233;coule repr&#233;sentent n&#233;anmoins l'av&#232;nement d'une nouvelle doctrine &#224; l'&#233;chelon international : celle de la dette odieuse. Une doctrine d'autant plus facilement applicable lorsque les dettes en question ne sont pas dues aux pays vainqueurs de la guerre. En l'occurrence, il &#233;tait difficilement imaginable pour l'Espagne d'aller r&#233;clamer ce qu'elle consid&#233;rait comme &#233;tant son d&#251; par la force des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, et malgr&#233; les pr&#233;c&#233;dents mexicain et cubain, les cas o&#249; fut invoqu&#233;e la doctrine pour se soustraire au paiement d'une dette contract&#233;e par un ancien r&#233;gime sont rest&#233;s rares durant tout le XXe si&#232;cle. On citera notamment l'exemple des Bolcheviks qui, en 1918, r&#233;pudi&#232;rent la dette tsariste. Ou encore celui du Trait&#233; de Versailles qui, en juin 1919, annulait la dette r&#233;clam&#233;e par l'Allemagne et la Prusse &#224; la Pologne. Une dette qui, l&#224; aussi, avait &#233;t&#233; contract&#233;e pour financer l'occupation du territoire polonais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas le plus embl&#233;matique reste toutefois celui du Costa Rica en 1923. Ou tout du moins, l'affaire qui opposa le pays d'Am&#233;rique Centrale &#224; la Grande-Bretagne demeure-t-elle, aujourd'hui encore, le cas de jurisprudence le plus connu. Au sortir d'une dictature qui dura de 1917 &#224; 1919, le nouveau gouvernement refuse d'honorer les dettes accumul&#233;es par le g&#233;n&#233;ral Tinoco. Charg&#233; d'arbitrer l'affaire &#224; l'&#233;chelon international, le pr&#233;sident de la Cour supr&#234;me des Etats-Unis William Taft conclut &#224; la nullit&#233; des dettes qui n'ont fait que servir des int&#233;r&#234;ts personnels. En vertu du principe de la &#171; bonne foi &#187;, le juge usam&#233;ricain punit les cr&#233;anciers du Costa Rica, au premier rang desquels on retrouve la Royal Bank of Canada &#8211; une banque britannique &#8211; pour avoir pr&#234;t&#233; de l'argent &#224; un gouvernement ill&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ans plus tard, en 1927, l'ancien ministre russe du tsar Nicolas II et professeur de droit &#224; l'Universit&#233; de Paris Alexander Sack formalisa enfin la doctrine pour la premi&#232;re fois : &#171; &lt;i&gt; Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas selon les besoins et les int&#233;r&#234;ts de l'Etat, mais pour fortifier son r&#233;gime despotique, pour r&#233;primer la population qui le combat, cette dette est odieuse pour la population de l'Etat entier. Elle n'est donc pas obligatoire pour la nation : c'est une dette de r&#233;gime, dette personnelle du pouvoir qui l'a contract&#233;e ; par cons&#233;quent, elle tombe avec la chute du pouvoir&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de la th&#233;orie &#224; la pratique il y a un pas que peu se sont risqu&#233; &#224; franchir. Les nouveaux gouvernements, &#224; l'image de celui qui succ&#233;da au r&#233;gime d'apartheid en Afrique du Sud, craignent en effet qu'un d&#233;faut de paiement ne ternisse leur image sur la sc&#232;ne internationale. Et ne compromette leurs chances d'attirer des investisseurs &#233;trangers sur leur territoire. Fidel Castro lui-m&#234;me n'a pas invoqu&#233; explicitement la doctrine de la dette odieuse lorsqu'il appela les pays d'Am&#233;rique du Sud, en 1985, &#224; ne pas rembourser leurs dettes. De toute mani&#232;re, cela n'aurait servi &#224; rien puisque le Mexique, le Br&#233;sil et la Colombie firent front pour emp&#234;cher la formation d'un bloc sudam&#233;ricain face aux cr&#233;anciers occidentaux. Le paiement de certaines dettes publiques fut ainsi suspendu, le temps de relancer la machine &#233;conomique, mais en rien annul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que les Etats-Unis veillaient au grain, leurs grandes banques figurant en bonne position sur l'ardoise des Etats sudam&#233;ricains. Les grandes puissances, qui ont souvent eu l'occasion de financer des r&#233;gimes non d&#233;mocratiques, ne voient pas d'un tr&#232;s bon &#339;il la reconnaissance d'un tel principe en droit international. Elles ne veulent pas d'une br&#232;che qui risquerait d'ouvrir la voie &#224; d'autres d&#233;fauts. Malheureusement, l'invocation de la doctrine de la dette odieuse d&#233;pend souvent du bon vouloir des puissants de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du XXe si&#232;cle, ce principe controvers&#233; du droit international revient cependant sur le devant de la sc&#232;ne. Un retour que l'on doit en grande partie &#224; des Organisations non gouvernementales telles que le Comit&#233; pour l'annulation de la dette du tiers-monde (CADTM*), Jubilee 2000, Attac ou encore le collectif &lt;i&gt;Odious Debt&lt;/i&gt;. Toutefois, preuve du regain d'int&#233;r&#234;t, m&#234;me la Banque mondiale et le Fonds mon&#233;taire international (FMI) se sont pench&#233;s sur la question. Plusieurs &#233;tudes ont m&#234;me &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es mais, la plupart du temps, les auteurs ont conclu qu'il s'agissait d'un concept fort complexe et difficilement applicable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois n'est pas coutume, ce sont les Etats-Unis qui vont conduire &#224; l'annulation &#8211; partielle tout du moins &#8211; d'une dette consid&#233;r&#233;e par beaucoup comme &#233;tant odieuse. C'est au printemps 2003. La dette n'est plus cubaine mais irakienne et le march&#233; du sucre a &#233;t&#233; remplac&#233; par celui du p&#233;trole. Mais le principe reste le m&#234;me : le peuple irakien n'a pas &#224; s'acquitter des dettes contract&#233;es par Saddam Hussein et sa clique dictatoriale. Washington, qui vient d'envahir l'Irak, presse Moscou, Paris et Berlin, trois cr&#233;anciers importants, d'annuler la dette de l'Irak. La question sera finalement r&#233;gl&#233;e au sein du &lt;i&gt;Club de Paris&lt;/i&gt; o&#249; 80% de la dette irakienne sera annul&#233;e. En &#233;vitant soigneusement toute allusion &#224; la doctrine de la dette odieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Voir le site internet de l'organisation : &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://cadtm.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://cadtm.org/&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.letemps.ch/Facet/print/Uuid/c81dcda4-d73d-11e1-907a-657690205a77/Cuba_ou_quand_la_dette_devient_odieuse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Temps&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Suisse, 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.letemps.ch/Page/Uuid/c81dcda4-d73d-11e1-907a-657690205a77/Cuba_ou_quand_la_dette_devient_odieuse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les liens&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ab9a43c0-d750-11e1-907a-657690205a77/Une_doctrine_qui_reste_dactualit&#233;&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une doctrine qui reste d'actualit&#233;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.letemps.ch/Page/Uuid/dd326752-d433-11e1-bbf5-6d21c95c98bf/La_dette_publique_une_vieille_histoire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Toute la s&#233;rie &#171; La dette publique, une vieille histoire &#187;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.letemps.ch/dossiers/dossiers_2012/2012_series_ete&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Toutes nos &lt;strong&gt;s&#233;ries de l'&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Dette : les 5000 premi&#232;res ann&#233;es &#187; David Graeber</title>
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&lt;p&gt;Ce qui suit est un fragment d'un projet de recherche beaucoup plus large sur la dette et l'argent de la dette [debt money] dans l'histoire humaine. La conclusion premi&#232;re et majeure de ce projet est qu'en &#233;tudiant l'histoire &#233;conomique, on tend &#224; ignorer syst&#233;matiquement le r&#244;le de la violence, le r&#244;le absolument central de la guerre et de l'esclavage dans la cr&#233;ation et la formation de ce que nous appellons maintenant &#171; l'&#233;conomie &#187;. De plus, les origines comptent. La violence est peut &#234;tre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/La-Dette" rel="directory"&gt;La Dette&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce qui suit est un fragment d'un projet de recherche beaucoup plus large sur la dette et l'argent de la dette [&lt;i&gt;debt money&lt;/i&gt;] dans l'histoire humaine. La conclusion premi&#232;re et majeure de ce projet est qu'en &#233;tudiant l'histoire &#233;conomique, on tend &#224; ignorer syst&#233;matiquement le r&#244;le de la violence, le r&#244;le absolument central de la guerre et de l'esclavage dans la cr&#233;ation et la formation de ce que nous appellons maintenant &#171; l'&#233;conomie &#187;. De plus, les origines comptent. La violence est peut &#234;tre invisible, mais elle reste inscrite dans la logique m&#234;me de notre sens commun &#233;conomique, dans la nature apparemment &#233;vidente des institutions qui n'aurait jamais et ne pourrait jamais exister en dehors du monopole de la violence &#8211; mais aussi, la menace syst&#233;matique de la violence &#8211; maintenu par l'Etat contemporain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Laissez moi commencer par l'institution de l'esclavage, dont le r&#244;le, je pense, est central. Dans la plupart des &#233;poques et des lieux, l'esclavage est vue comme une cons&#233;quence de la guerre. Parfois la plupart des esclaves sont r&#233;ellement des captifs de guerre, parfois ce n'est pas le cas, mais presque invariablement, la guerre est vue comme la fondation et la justification de l'institution. Si vous vous rendez dans une guerre, ce que vous rendez est votre vie ; votre conqu&#233;rant a le droit de vous tuer, et sou&#172;vent il le fera. S'il choisit de ne pas le faire, vous lui devez litt&#233;ralement votre vie ; une dette con&#231;ue comme absolue, infinie, impossible &#224; payer [irredeemable]. Il peut en principe exiger [&lt;i&gt;extract&lt;/i&gt;] ce qu'il veut, et toute les dettes &#8211; les obligations &#8211; que vous pour&#172;riez avoir vis &#224; vis d'autres (vos amis, votre famille, les anciennes all&#233;geances politiques) , ou que d'autres ont vis &#224; vis de vous, sont vues comme absolument nulles [&lt;i&gt;negated&lt;/i&gt;]. Votre dette vis &#224; vis de votre propri&#233;taire est tout ce qui existe d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sorte de logique a au moins deux cons&#233;quences tr&#232;s int&#233;ressantes, bien qu'on puisse dire qu'elles tirent dans deux directions oppos&#233;es. Tout d'abord, comme nous le savons tous, c'est un trait typique &#8211; qui le d&#233;finit peut &#234;tre &#8211; de l'esclavage, que les esclaves peuvent &#234;tre achet&#233;s ou vendus. Dans ce cas, la dette absolue n'est alors (dans un autre contexte, celui du march&#233;) plus absolue. En fait, elle peut &#234;tre pr&#233;cis&#233;ment quantifi&#233;e. Il y a de bonnes rai&#172;sons de croire que ce fut pr&#233;cis&#233;ment cette op&#233;ration qui rendit possible la cr&#233;ation de quel&#172;que chose comme notre forme contemporaine d'argent pour com&#172;men&#172;cer, puis&#172;que ce que les anthropologues avaient l'habitude d'appeler &#171; monnaie primitive &#187;, celle que l'on trouve principalement dans les soci&#233;t&#233;s sans &#201;tat (la monnaie de plume des &#238;les Salomons, les wampun Iroquois), &#233;tait principalement utilis&#233;e pour arranger des mariages, r&#233;soudre des vendettas [&lt;i&gt;blood feud&lt;/i&gt;], et pour manipuler [&lt;i&gt;fiddle with&lt;/i&gt;] d'autres sortes de relations entre les gens, plut&#244;t que pour acheter ou vendre des marchandises. Par exemple, si l'esclavage est une dette, alors la dette peut mener &#224; l'esclavage. Un paysan babylonien a pu payer une petite somme en argent [&lt;i&gt;le m&#233;tal&lt;/i&gt;] aux parents de sa femme pour officialiser le mariage, mais il ne la poss&#232;de en aucune fa&#231;on. Il ne pourrait certainement pas acheter ou vendre la m&#232;re de ses enfants. Mais tout ceci changerait si il contractait un emprunt. S'il se retrouvait en situation de non-paiement [&lt;i&gt;Were he to default&lt;/i&gt;], ses cr&#233;diteurs pourraient tout d'abord prendre ses moutons et son &#233;quipement, puis sa maison, ses champs et vergers, et finalement prendraient sa femme, ses enfants, et m&#234;me lui en tant qu'esclave pour dette [&lt;i&gt;debt peon&lt;/i&gt;] jusqu'&#224; ce que l'affaire soit r&#233;gl&#233;e (ce qui, comme ses ressources se sont &#233;vapor&#233;s, devient &#233;videmment de plus en plus difficile &#224; faire). La dette fut la charni&#232;re qui rendit possible d'imaginer une chose telle que l'argent au sens moderne du terme, et donc, aussi, de produire ce que nous aimons appeler le march&#233; : une ar&#232;ne o&#249; tout peut &#234;tre achet&#233; et vendu, parce que tous les objets (comme les esclaves) sont d&#233;s-encastr&#233;s [&lt;i&gt;disembedded&lt;/i&gt;] de leur anciennes relations sociales et existent seulement en relation &#224; l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le m&#234;me temps la logique de la dette comme conqu&#234;te peut, comme je l'ai mentionn&#233;, tirer dans une autre direction. Les Rois, &#224; travers l'histoire, tendent &#224; &#234;tre profond&#233;ment ambivalents sur la question de permettre &#224; la dette d'&#233;chapper &#224; tout contr&#244;le. Ce n'est pas parce qu'ils sont hostiles aux march&#233;s. Au contraire, normalement ils les encouragent, pour la simple raison que les gouvernements trou&#172;vent &#231;a incommode de pr&#233;lever tout ce dont ils ont besoin (soie, roue de chariot, langues de flamands roses, lapis-lazuli) directement aupr&#232;s de leur population sujette ; c'est bien plus facile d'encourager des march&#233;s et d'ensuite ache&#172;ter ces choses. Les premiers march&#233;s [&lt;i&gt;early markets&lt;/i&gt;], souvent, suivaient les arm&#233;es et les entourages royaux, ou se formaient pr&#232;s des palais ou sur les bords des postes militaires. Ceci permet en fait d'expliquer le comportement plut&#244;t &#233;nigmatique de la part des cours royales : apr&#232;s tout, puisque les rois contr&#244;laient habituellement les mines d'or et d'argent, quel &#233;tait exacte-ment le but de frapper des morceaux de ce truc avec son visage dessus, de les d&#233;verser dans la population civile, et de demander ensuite qu'ils vous les redonnent en tant que taxe ? &#199;a ne fait sens que si le pr&#233;l&#232;vement des taxes &#233;taient en fait un moyen d'obliger tout le monde &#224; acqu&#233;rir des pi&#232;ces, afin de faciliter l'&#233;mergence de march&#233;s, puisqu'il est pratique d'avoir des march&#233;s sous la main. Toutefois, pour le pr&#233;sent propos, la question critique est : comment ces taxes &#233;taient-elles justifi&#233;es ? Pourquoi les sujets les devaient, quelle dette remboursaient-ils quand ils les payaient ? Ici nous retournons encore au droit de conqu&#234;te (en fait, dans le monde ancien, les citoyens libres &#8211; que ce soit en M&#233;sopotamie, en Gr&#232;ce, ou &#224; Rome &#8211; sou-vent n'avaient pas &#224; payer des taxes directes pour cette raison pr&#233;cise, mais &#233;videmment je suis en train de simplifier ici.) Si les rois pr&#233;tendaient d&#233;tenir le pouvoir de vie et de mort sur leurs sujets en vertu du droit de conqu&#234;te, alors les dettes de leurs sujets &#233;taient aussi, au final, infinies ; et aussi, au moins dans ce contexte, leur relations les uns aux autres, ce qu'ils se devaient mutuellement, &#233;taient sans importance. Tout ce qui existait vraiment &#233;tait leur relation au roi. Ceci explique en retour pourquoi les rois et les empereurs essayaient invariablement de r&#233;guler les pouvoirs que les ma&#238;tres avaient sur leurs esclaves, et des cr&#233;diteurs sur les d&#233;biteurs [&lt;i&gt;debtors&lt;/i&gt;]. Au minimum ils insistaient toujours, s'ils en avaient le pouvoir, pour que les prisonniers qui avaient d&#233;j&#224; eu leurs vies &#233;pargn&#233;es ne puis&#172;sent plus &#234;tre tu&#233;s par leurs ma&#238;tres. En fait, seuls les souverains pouvaient avoir le pouvoir arbitraire de vie et de mort. La dette ultime de tout un chacun &#233;tait d&#251; &#224; l'&#201;tat, c'&#233;tait la seule qui soit r&#233;ellement illimit&#233;e, qui pouvait avoir des pr&#233;tentions absolues, cosmiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison pour laquelle j'insiste l&#224; dessus est que cette logique est encore avec nous. Quand nous parlons d'une &#171; soci&#233;t&#233; &#187; (la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, la soci&#233;t&#233; jama&#239;caine) nous parlons en r&#233;a-lit&#233; de gens organis&#233;s par un unique &#201;tat-nation. C'est le mod&#232;le tacite, en tout cas. &#171; Les Soci&#233;t&#233;s &#187;, sont en r&#233;alit&#233; des &#201;tats, la logique des &#201;tats est celle de la conqu&#234;te et est au final identique &#224; celle de l'esclave. Il est vrai, entre les mains des apologistes de l'&#201;tat, ceci se trans-forme en une plus bienveillante &#171; dette sociale &#187;. Il y a l&#224; une petite histoire qui nous est racont&#233;e, une sorte de mythe. Nous sommes tous n&#233;s avec une dette infinit&#233; envers la soci&#233;t&#233; qui nous a &#233;lev&#233;s [&lt;i&gt;raised&lt;/i&gt;], cultiv&#233;s [&lt;i&gt;nurtured&lt;/i&gt;], nourris [&lt;i&gt;fed&lt;/i&gt;] et habill&#233;s, envers tous ces morts depuis longtemps qui ont invent&#233; notre langage et nos traditions, envers tous ceux qui ont rendu possible notre existence. Dans les temps anciens nous pensions que nous devions &#231;a aux dieux (c'&#233;tait rembours&#233; par le sacrifice, ou bien le sacrifice &#233;tait en fait seulement le paiement des int&#233;r&#234;ts &#8211; au final, c'&#233;tait rembours&#233; par la mort). Plus tard la dette fut adopt&#233;e par l'&#201;tat, lui-m&#234;me une institution divine, avec les taxes comme substitut du sacrifice, et le service militaire pour la dette de vie. L'argent &#233;tait simple&#172;ment la forme concr&#232;te de cette relation sociale, la mani&#232;re de la g&#233;rer. Les keyn&#233;siens aiment cette sorte de logique. De m&#234;me divers types de socialistes, de sociaux-d&#233;mocrates, et m&#234;me de crypto-fascistes comme Auguste Comte (le premier, autant que je sache, &#224; avoir forg&#233; l'expression &#171; dette sociale &#187;). Mais cette logique court &#224; travers une bonne part de notre sens commun : consid&#233;rez par exemple, l'expression, &#171; payer sa dette &#224; la soci&#233;t&#233; &#187;, ou &#171; je sentais que je devais quelque chose &#224; mon pays &#187;, ou &#171; je voulais donner quelque chose en retour &#187;. Toujours, dans ce genre de cas, les droits et les obligations mutuelles, les engagements mutuels &#8211; le genre de relations que les gens authentique-ment libres peuvent cr&#233;er les uns avec les autres &#8211; tendent &#224; &#234;tre subsum&#233;s en une conception de la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; o&#249; nous sommes tous &#233;gaux seulement en tant que cr&#233;diteurs absolus envers la figure (d&#233;sormais invisible) du roi, qui tient la place de votre m&#232;re, et par extension, de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je sugg&#232;re, donc, est qu'alors que les pr&#233;tentions des march&#233;s et les pr&#233;tentions de la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; sont souvent juxtapos&#233;es &#8211; et ont certainement une tendance &#224; balancer d'avant en arri&#232;re de toutes sorte de mani&#232;res pratiques &#8211; elles sont au final fond&#233;es sur une logique tr&#232;s similaire de violence. Ce n'est pas non plus une simple affaire d'origines historiques qui peut &#234;tre &#233;cart&#233;e comme quel&#172;que chose qui ne porte pas &#224; cons&#233;quence : ni les &#201;tats ni les march&#233;s n'existent sans une menace cons&#172;tante d'usage de la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions demander, alors, quelle est l'alternative ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers une histoire de la monnaie virtuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux maintenant retourner &#224; mon propos de d&#233;part : l'argent n'est pas originellement apparu sous cette forme froide, m&#233;tallique, impersonnelle. Il est apparu originellement sous la forme d'une mesure, d'une abstraction, mais aussi comme une relation (de dette et d'obligation) entre des &#234;tres humains. Il est important de noter qu'historiquement c'est l'argent-marchandise [&lt;i&gt;commodity money&lt;/i&gt;] qui a toujours &#233;t&#233; le plus directement li&#233; &#224; la violence. Comme une historien le dit, &#171; les lingots &#187; (bullion)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note du traducteur : La notion anglaise de &#171; bullion &#187; n'a pas, je crois, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont les accessoires de la guerre, et non du commerce pacifique &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Geoffrey W. Gardiner, &#171; The Primacy of Trade Debts in the Development of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison en est simple. L'argent-marchandise [&lt;i&gt;commodity money&lt;/i&gt;], en particulier sous la forme de l'or et de l'argent, est distingu&#233; de l'argent-cr&#233;dit [&lt;i&gt;credit money&lt;/i&gt;] par dessus tout par un trait spectaculaire : il peut &#234;tre vol&#233;. Puisqu'un lingot [&lt;i&gt;ingot&lt;/i&gt;] d'or ou d'argent est un objet sans pedigree, &#224; tra&#172;vers la majeure partie de l'histoire les lingots (bullion) ont eu le m&#234;me r&#244;le que les valise pleines de billets de dollars des dealers de drogue contemporains, en tant qu'objet sans histoire et qui sera accept&#233; en &#233;change d'autres objets de valeur, &#224; peu pr&#232;s par-tout, sans questions pos&#233;es. En cons&#233;quence, on peut voir les derniers 5 000 ans d'histoire humaine comme l'histoire d'une sorte d'alternance. Les syst&#232;mes de cr&#233;dit semblent &#233;merger, et devenir dominants, dans des p&#233;riodes de paix sociale relative, le long de r&#233;seaux de confiance, qu'ils soient cr&#233;&#233;s par les &#201;tats ou, dans la plu&#172;part des p&#233;riodes, des institutions transnationales, alors que les m&#233;taux pr&#233;cieux les remplacent dans des p&#233;riodes caract&#233;ris&#233;es par le pillage g&#233;n&#233;ral [&lt;i&gt;widespread plunder&lt;/i&gt;]. Les syst&#232;mes de pr&#234;t pr&#233;dateurs [&lt;i&gt;predatory lending systems&lt;/i&gt;] existent certainement dans toutes les p&#233;riodes, mais ils semblent avoir eu les effets les plus d&#233;l&#233;t&#232;res dans la p&#233;riode o&#249; l'argent [&lt;i&gt;money&lt;/i&gt;] &#233;tait le plus facilement convertible en liquidit&#233;s [&lt;i&gt;cash&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc comme point de d&#233;part de toute tentative pour discerner les grands rythmes qui d&#233;finissent le moment historique pr&#233;sent, je propose la division suivante de l'histoire eurasienne selon l'alternance entre p&#233;riodes d'argent virtuelle et p&#233;riodes d'argent m&#233;tallique :&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#226;ge des premiers empires agraires (3500 &#8211; 800 av. J.C.)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nos meilleures informations sur les origines de la monnaie remontent &#224; la M&#233;sopotamie ancienne, mais il semble qu'il n'y ait aucune raison particuli&#232;re de croire que les choses &#233;taient radicalement diff&#233;rentes dans l'&#201;gypte pharaonique, la Chine de l'&#226;ge du bronze, ou dans la vall&#233;e de l'Indus. L'&#233;conomie m&#233;sopotamienne &#233;tait domin&#233;e par de grandes institutions publiques (Temples et Palais) dont les administrateurs bureaucratiques cr&#233;&#232;rent effectivement une monnaie de compte en &#233;tablissant une &#233;quivalence fixe entre l'argent [&lt;i&gt;le m&#233;tal&lt;/i&gt;] et la culture de base, l'orge. Les dettes &#233;taient calcul&#233;es en argent [&lt;i&gt;le m&#233;tal&lt;/i&gt;], mais l'argent [le m&#233;tal] &#233;tait rare&#172;ment utilis&#233; dans les transactions. A la place, les paiements &#233;taient faits en orge ou en n'importe quoi d'autre qui se trouvait &#234;tre &#224; la fois commode [&lt;i&gt;handy&lt;/i&gt;] et acceptable. Les dettes majeures &#233;taient enregistr&#233;es sur des tablettes en cun&#233;iformes gard&#233;es en tant que garantie par les deux parties &#224; la transaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute [&lt;i&gt;certainly&lt;/i&gt;], les march&#233;s existaient. Les prix de certaines marchandises qui n'&#233;taient pas produites dans les domaines [holdings] des Temples ou des Palais, et qui n'&#233;taient donc pas sujet&#172;tes &#224; la grille des prix administr&#233;s, tendaient &#224; fluctuer selon les al&#233;as de l'offre et de la demande. Mais la majeure partie des actes d'achats et de ventes quotidiens, en particulier ceux qui n'&#233;taient pas effectu&#233;s entre &#233;trangers absolus, semblent avoir &#233;t&#233; fait &#224; cr&#233;dit. &#171; Les femmes Ale &#187;, c'est &#224; dire les aubergistes locales, servaient de la bi&#232;re, par exemple, et louaient sou&#172;vent des chambres ; les clients avaient une ardoise [&lt;i&gt;ran up a tab&lt;/i&gt;] ; normalement, la somme enti&#232;re &#233;taient envoy&#233;e au moment de la r&#233;colte. Les vendeurs de march&#233; agissaient probablement comme ils le font aujourd'hui dans les petits march&#233;s en Afrique, en Asie Centrale, tenant des listes de clients dignes de confiance &#224; qui ils peuvent faire cr&#233;dit. L'habitude du pr&#234;t d'argent &#224; int&#233;r&#234;t a aussi son origine &#224; Sumer &#8211; cela resta inconnu, par exemple, en &#201;gypte. Les taux d'int&#233;r&#234;ts, fix&#233;s &#224; 20 pour-cent, rest&#232;rent stables pendant 2 000 ans (ce n'&#233;tait pas un signe de contr&#244;le gouvernemental du march&#233; : &#224; cette &#233;tape, les institutions comme celles-l&#224; &#233;taient ce qui rendait possible les march&#233;s). Cela mena cependant &#224; de s&#233;rieux probl&#232;mes sociaux. Dans les ann&#233;es de mauvaises r&#233;coltes en particulier, les paysans tendaient &#224; devenir d&#233;sesp&#233;r&#233;ment endett&#233;s envers les riches, et avaient &#224; c&#233;der leur ferme et, finalement, les membres de leur famille, en esclavage pour dette [debt peonage]. Graduellement, cette condition semble avoir men&#233; &#224; une crise sociale &#8211; n'entra&#238;nant pas tellement des insurrections populaires, mais l'abandon des villes et du territoire r&#233;gl&#233; [&lt;i&gt;settled territory&lt;/i&gt;] par les gens du commun [&lt;i&gt;common people&lt;/i&gt;] qui devenaient alors des &#171; bandits &#187; semi-nomades et des rapineurs [raiders]. Cela devint vite une tradition pour les nouveaux souverains d'effacer l'ardoise [&lt;i&gt;wipe the slate clean&lt;/i&gt;], d'annuler toutes les dettes, et de d&#233;clarer une d&#233;claration d'amnistie g&#233;n&#233;rale ou &#171; libert&#233; &#187;, de sorte que tous les travailleurs captifs pouvaient retourner aupr&#232;s de leurs familles. (Il est significatif que le premier mot pour &#171; libert&#233; &#187; connu dans une langue humaine, le sum&#233;rien &#171; amagi &#187; voir le symbole ci-dessous, signifie litt&#233;ralement &#171; retour &#224; la m&#232;re &#187;.) Les proph&#232;tes bibliques institu&#232;rent une coutume similaire, le Jubil&#233;, par lequel, au bout de sept ans, toutes les dettes &#233;taient effac&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re. Comme l'a indiqu&#233; l'&#233;conomiste Michael Hudson, il semble que ce soit l'un des malheurs de l'histoire mondiale que l'institution du pr&#234;t d'argent &#224; int&#233;r&#234;t se soit diss&#233;min&#233;e en dehors de la M&#233;sopotamie, sans que, dans la plupart des cas, elle ne f&#251;t accompagn&#233;e par ses freins et contre&#172;poids originaux [&lt;i&gt;original checks and balances&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;II. L'&#226;ge Axial&lt;/strong&gt; (800 av. J.C. &#8211; 600 ap. J.C. )&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Forme dominante d'argent : pi&#232;ces et lingots m&#233;talliques&lt;/strong&gt; [&lt;i&gt;coinage and metal bullion&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#226;ge qui a vu l'&#233;mergence de la frappe de pi&#232;ces de monnaie [coi-nage], ainsi que la naissance, en Chine, en Inde et dans le Moyen-Orient, de toutes les religions mondiales majeures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La formule &#171; &#194;ge axial &#187; a &#233;t&#233; au d&#233;part cr&#233;&#233;e par Karl Jaspers pour d&#233;crire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De la p&#233;riode des Royaumes Combattants en Chine, &#224; la fragmentation de l'Inde, et au car&#172;nage et la mise en esclavage de masse qui a accompagn&#233; l'expansion (et plus tard, la dissolution) de l'Empire Romain, ce fut une p&#233;riode de cr&#233;ativit&#233; spectaculaire &#224; travers le monde, mais d'une violence presque aussi spectaculaire. La frappe de monnaie [&lt;i&gt;coinage&lt;/i&gt;], qui a permis l'usage actuel de l'or et de l'argent comme &lt;i&gt;medium&lt;/i&gt; d'&#233;change, a aussi rendu possible la cr&#233;ation de march&#233;s dans le sens maintenant plus familier, plus impersonnel du terme. Les m&#233;taux pr&#233;&#172;cieux &#233;taient aussi bien plus appropri&#233;s pour une p&#233;riode de guerre g&#233;n&#233;ralis&#233;e, pour la raison &#233;vidente qu'ils pouvaient &#234;tre vol&#233;s. La frappe de monnaie, certainement, n'a pas &#233;t&#233; invent&#233;e pour faciliter le commerce (les Ph&#233;niciens, commer&#231;ants accomplis du Monde Ancien, furent parmi les derniers &#224; l'adopter). Il semble qu'elle a en premier lieu &#233;t&#233; invent&#233;e pour payer des soldats, probablement en tout premier par les dirigeants de la Lydie en Asie Mineure pour payer leurs mercenaires grecs. Carthage, une autre grande nation commer&#231;ante, ne commen&#231;a &#224; frapper des pi&#232;ces que tr&#232;s tardivement, et alors explicitement pour payer ses soldats &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de l'Antiquit&#233; on peut continuer &#224; parler de ce que Geoffrey Ingham a nomm&#233; le &#171; complexe militaro-mon&#233;taire &#187; [&lt;i&gt;military-coinage complex&lt;/i&gt;]. Il aurait peut-&#234;tre &#233;t&#233; mieux de l'appeler &#171; complexe militaro-mon&#233;taire-esclavagiste &#187; [military-coinage-slavery complex], puisque la diffusion de nouvelles technologies militaires (hoplites grecques, l&#233;gions romaines) &#233;tait toujours li&#233;e &#224; la capture et la commercialisation d'esclaves. L'autre source majeure d'esclaves &#233;tait la dette : comme d&#233;sormais les &#201;tats n'effa&#231;aient plus r&#233;guli&#232;rement les ardoises, ceux qui n'&#233;taient pas assez chanceux pour &#234;tre les citoyens des Cit&#233;s-&#201;tats militaires majeures &#8211; qui &#233;taient en g&#233;n&#233;ral prot&#233;g&#233;s des pr&#234;teurs pr&#233;dateurs &#8211; &#233;taient des proies l&#233;gitimes [&lt;i&gt;were fair game&lt;/i&gt;]. Les syst&#232;mes de cr&#233;dit du Proche-Orient ne se sont pas effondr&#233;s sous la comp&#233;tition commerciale ; ils furent d&#233;truits par les arm&#233;es d'Alexandre &#8211; arm&#233;es qui n&#233;cessitaient une demie-tonne de lingots d'argent par jour pour les salaires. Les mines dans lesquelles les lingots &#233;taient produits &#233;taient en g&#233;n&#233;ral travaill&#233;es par des esclaves. Les campagnes militaires en retour assuraient un flot incessant de nouveaux esclaves. Les syst&#232;mes de taxes imp&#233;riales, comme not&#233; plus haut, &#233;taient largement con&#231;us pour forcer leurs sujets &#224; cr&#233;er des march&#233;s, pour que les soldats (et aussi, &#233;videmment, les fonctionnaires de gouvernement), puissent utiliser ces lingots [bullions] pour acheter tout ce qu'ils voulaient. Le genre de march&#233;s impersonnels qui autrefois tendaient &#224; surgir entre les soci&#233;t&#233;s, ou dans les lisi&#232;res des op&#233;rations militaires, commen&#231;a alors &#224; impr&#233;gner la soci&#233;t&#233; enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi indignes que soient leurs origines, la cr&#233;ation de nouveaux m&#233;dias d'&#233;changes &#8211; la monnaie [&lt;i&gt;coinage&lt;/i&gt;] apparue presque simultan&#233;ment en Gr&#232;ce, en Inde, et en Chine &#8211; semble avoir eu de profonds effets intellectuels. Certains sont all&#233;s jusqu'&#224; soutenir que la philosophie grec-que fut elle-m&#234;me rendue possible par les innovations conceptuelles introduites par la monaie [&lt;i&gt;coinage&lt;/i&gt;]. Le motif le plus remarquable, ceci dit, est l'&#233;mergence, presque exactement aux moments et dans les lieux o&#249; l'on voit aussi l'expansion pr&#233;coce de la monnaie [&lt;i&gt;coinage&lt;/i&gt;], de ce qui devint les religions mondiales modernes : le Juda&#239;sme proph&#233;tique, le Christianisme, le Bouddhisme, le Ja&#239;nisme, le Confucianisme, le Tao&#239;sme, et, finalement, l'Islam. Bien que les liens pr&#233;cis sont encore &#224; explorer compl&#232;tement, de certaines mani&#232;res, ces religions semblent avoir surgi en relation directe avec la logique du march&#233;. Pour dire les choses de mani&#232;re un peu crue : si on consacre un espace social donn&#233; simplement &#224; l'acquisition &#233;go&#239;ste des choses mat&#233;rielles, il est presque in&#233;vitable que bient&#244;t quelqu'un d'autre viendra pour mettre de c&#244;t&#233; un autre autre domaine pour y pr&#234;cher que, du point de vue des valeurs ultimes, les choses mat&#233;rielles sont sans importance, et que l'&#233;go&#239;sme &#8211; ou m&#234;me le &#171; soi &#187; [&lt;i&gt;the self&lt;/i&gt;] &#8211; illusoire. [&lt;i&gt;if one relegates a certain social space simply to the selfish acquisition of material things, it is almost inevitable that soon someone else will come to set aside another domain in which to preach that, from the perspective of ultimate values, material things are unimportant, and selfi-shness &#8211; or even the self &#8211; illusory.&lt;/i&gt; ]&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Moyen-&#194;ge (600 ap. J.C &#8211; 1500 ap. J.C.)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le retour &#224; l'argent-cr&#233;dit virtuel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#226;ge axial a vu l'&#233;mergence des id&#233;aux compl&#233;mentaires du march&#233; des marchandises et ceux des religions mondiales universelles, le Moyen-&#194;ge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ici je rel&#232;gue tout ce qui est en g&#233;n&#233;ral appel&#233; les &#171; &#226;ges sombres &#187; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fut la p&#233;riode o&#249; ces deux institutions commenc&#232;rent &#224; fusionner. Les religions commenc&#232;rent &#224; s'emparer des syst&#232;mes de march&#233;. Du commerce international &#224; l'organisation des foires locales, tout en vint &#224; &#234;tre accompli &#224; travers des r&#233;seaux sociaux d&#233;finis et r&#233;gul&#233;s par les autorit&#233;s religieuses. Ceci permit le retour de diverses formes d'argent cr&#233;dit virtuel [&lt;i&gt;virtual credit money&lt;/i&gt;] &#224; travers l'Eurasie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, o&#249; tout ceci prit place sous l'&#233;gide de la Chr&#233;tient&#233;, les pi&#232;ces de monnaie [coinage] &#233;taient seulement sporadiquement et irr&#233;guli&#232;rement disponibles. Les prix apr&#232;s l'an 800 &#233;taient largement calcul&#233;s en termes d'une vieille monnaie carolingienne qui n'existait alors plus (elle &#233;tait en fait d&#233;sign&#233;e &#224; l'&#233;poque comme &#171; monnaie imaginaire &#187;), mais les achats et ventes quotidiens ordinaires &#233;taient entrepris principalement par d'autres moyens. Un exp&#233;dient commun, par exemple, &#233;tait l'utilisation de &#171; b&#226;ton de comptage &#187;, des morceaux de bois entaill&#233;s qui &#233;taient cass&#233;s en deux pour servir d'enregistrement de dette, une moiti&#233; &#233;tant gard&#233;e par le cr&#233;diteur, et l'autre par le d&#233;biteur. De tels b&#226;ton de comptage &#233;taient encore d'usage commun dans la majeure partie de l'Angleterre jusqu'au 16e si&#232;cle. Les transactions plus importantes &#233;taient entreprises gr&#226;ce aux lettres de change [&lt;i&gt;bills of exchange&lt;/i&gt;], les grands foires commerciales leur servant de chambres de compensation [&lt;i&gt;clearing houses&lt;/i&gt;]. L'&#201;glise, pendant ce temps, fournissait le cadre l&#233;gal, appliquant des contr&#244;les stricts sur le pr&#234;t d'argent &#224; int&#233;r&#234;t et la prohibition de la servitude pour dette [&lt;i&gt;debt bondage&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable centre nerveux de l'&#233;conomie-monde m&#233;di&#233;vale, cependant, &#233;tait l'Oc&#233;an Indien, qui, avec les routes de caravanes d'Asie centrale, connectait les grandes civilisations d'Inde, de Chine et du Moyen-Orient. L&#224;, le commerce &#233;tait men&#233; au travers du cadre de l'Islam, qui non seulement fournissait une structure l&#233;gale hautement propice aux activit&#233;s mercantiles (tout en interdisant absolument le pr&#234;t d'argent &#224; int&#233;r&#234;t), mais rendait aussi possible des relations pacifiques entre marchands sur une partie remarquablement grande du globe, permettant la cr&#233;ation d'une vari&#233;t&#233; d'instruments de cr&#233;dit sophistiqu&#233;s. En fait, l'Europe occidentale &#233;tait, comme en tant d'autres domaines, un retardataire relatif &#224; cet &#233;gard : la plupart des innovations financi&#232;res qui ont atteint l'Italie et la France aux 11e et 12e si&#232;cles avaient &#233;t&#233; d'usage commun en &#201;gypte et en Irak depuis le VIIIe ou le IXe si&#232;cle. Le mot &#171; ch&#232;que &#187;, par exemple, d&#233;rive de l'arabe &#171; sakk &#187;, et est apparu en anglais seulement aux alentours des ann&#233;es 1220.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de la Chine est encore plus compliqu&#233; : le Moyen-Age commence l&#224; avec la diffusion rapide du bouddhisme qui, bien qu'il ne f&#251;t aucunement en position d'&#233;dicter des lois ou de r&#233;guler le commerce, a rapidement pris des mesures contre les usuriers locaux par l'invention du pr&#234;teur sur gages &#8211; les premi&#232;res boutiques de pr&#234;teurs sur gages &#233;tant bas&#233;es dans les temples bouddhistes comme moyen d'offrir aux fermiers pauvres une alternative aux usuriers locaux. Peu de temps apr&#232;s, cependant, l'&#201;tat s'est r&#233;affirm&#233;, comme il tend toujours &#224; le faire en Chine. Mais ce faisant, il n'a pas seulement r&#233;gul&#233; les taux d'int&#233;r&#234;ts et essay&#233; d'abolir l'esclavage pour dette [&lt;i&gt;debt peo nage&lt;/i&gt;], il s'est aussi enti&#232;rement &#233;cart&#233; de la monnaie m&#233;tallique [&lt;i&gt;bullion&lt;/i&gt;] en inventant la monnaie-papier. Tout ceci fut accompagn&#233; par le d&#233;veloppement, encore une fois, d'une vari&#233;t&#233; d'instruments financiers complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci ne veut pas dire que cette p&#233;riode n'a pas connu sa part de car&#172;nage et de pillage (particuli&#232;rement pendant les grandes invasions nomades), ou que la monnaie m&#233;tallique [&lt;i&gt;coinage&lt;/i&gt;] n'&#233;tait pas, dans beaucoup de lieux et d'&#233;poques, un moyen important d'&#233;change. Cependant, ce qui caract&#233;rise vraiment la p&#233;riode semble &#234;tre un mouvement dans l'autre sens. La majeure partie de la p&#233;riode m&#233;di&#233;vale a vu l'argent largement dissoci&#233; des institutions coercitives. Les changeurs d'argent, pourrait-on dire, furent invit&#233;s &#224; revenir dans les temples, o&#249; ils pouvaient &#234;tre surveill&#233;s. Le r&#233;sultat fut l'&#233;closion d'institutions reposant sur un degr&#233; beaucoup plus haut de confiance sociale [&lt;i&gt;social trust&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ge des Empires Europ&#233;ens (1500-1971)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le retour aux m&#233;taux pr&#233;&#172;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Avec l'av&#232;nement des grands empires europ&#233;ens &#8211; Ib&#233;riens, puis Nord Atlantique &#8211; le monde a vu &#224; la fois le retour &#224; l'esclavage de masse, au pillage, et aux guerres de destructions, et le retour rapide aux lingots d'or et d'argent [&lt;i&gt;gold and silver bullion&lt;/i&gt;] comme principale forme de devise. L'investigation historique va probablement finir par d&#233;montrer que les origines de ces transformations furent plus compliqu&#233;es qu'il n'est d'ordinaire suppos&#233;. Une partie de tout ceci commen&#231;ait &#224; se mettre en place avant m&#234;me la conqu&#234;te du Nouveau Monde. Un des principaux facteurs du retour &#224; la monnaie m&#233;tallique [&lt;i&gt;bullion&lt;/i&gt;], par exemple, fut l'&#233;mergence de mouvements populaires au d&#233;but de la dynastie Ming, aux XVe et XVIe si&#232;cles, qui au final forc&#232;rent le gouvernement &#224; abandonner non seu&#172;le&#172;ment la monnaie-papier, mais aussi toute tentative d'imposer sa propre devise. Ceci mena au retour du vaste march&#233; chinois &#224; l'&#233;talon-argent non-frapp&#233; [&lt;i&gt;uncoined silver standard&lt;/i&gt;]. Comme les taxes &#233;taient aussi graduellement converties en argent, cela devint plus ou moins la poli&#172;ti&#172;que officielle chinoise d'essayer d'amener autant d'argent [le m&#233;tal] dans le pays que possible, afin de garder les taxes &#224; un niveau bas et pr&#233;venir de nouvelles vagues d'agitation sociale. L'&#233;norme demande soudaine d'argent [&lt;i&gt;le m&#233;tal&lt;/i&gt;] eut des effets sur toute la plan&#232;te. La plupart des m&#233;taux pr&#233;cieux pill&#233;s par les conquistadors puis extraits par les Espagnols des mines du Mexique et de Potosi (&#224; un prix quasiment inimaginable en vies humaines) finissait en Chine. Ces connections &#224; une &#233;chelle globale ont &#233;t&#233; document&#233;es en d&#233;tails. L'id&#233;e cruciale est que la dissociation de l'argent [&lt;i&gt;money&lt;/i&gt;] vis-&#224;-vis des institutions religieuses, et sa r&#233;-association avec des institutions coercitives (en particulier l'&#201;tat), furent accompagn&#233;es alors par un retour id&#233;ologique au &#171; m&#233;tallisme &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mythe du troc et les th&#233;ories de l'argent comme marchandise [commodity (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cr&#233;dit, dans ce contexte, &#233;tait dans l'ensemble une affaire d'&#201;tats qui &#233;taient eux-m&#234;mes largement men&#233;s par le financement par d&#233;ficit [&lt;i&gt;deficit financing&lt;/i&gt;], une forme de cr&#233;dit qui fut, quant &#224; elle, invent&#233;e pour financer des guerres de plus en plus ch&#232;res. Au niveau international l'Empire britannique fut d&#233;termin&#233; &#224; maintenir l'&#233;talon-or au cours du XIXe et au d&#233;but du XXe si&#232;cle, et de grandes batailles politiques furent men&#233;es aux &#201;tats-Unis pour savoir si c'&#233;tait l'&#233;talon-or ou l'&#233;talon-argent qui devait pr&#233;valoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut aussi, &#233;videmment, la p&#233;riode de la mont&#233;e du capitalisme, de la r&#233;volution industrielle, de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, etc. Ce que j'essaie de faire ici n'est pas de nier leur importance, mais de fournir un cadre pour voir de tels &#233;v&#232;nements familiers dans un contexte moins familier. Cela rend plus facile, par exemple, la d&#233;tection des liens entre la guerre, le capitalisme et l'esclavage. L'institution du travail salari&#233;, par exemple, a historiquement &#233;merg&#233; &#224; l'int&#233;rieur de celle de l'esclavage (les premiers contrats de salaire que nous connais&#172;sons, de la Gr&#232;ce au Cit&#233;s-&#201;tats malaisiennes, &#233;taient de fait des locations d'esclaves), et elle a tendu, historiquement, a &#234;tre intimement li&#233;e &#224; diverses formes d'esclavage pour dette [&lt;i&gt;debt peonage&lt;/i&gt;] &#8211; comme elle l'est en fait encore aujourd'hui. Le fait que nous ayons moul&#233; de telles institutions dans un langage de libert&#233; ne veut pas dire que ce que nous concevons main&#172;te&#172;nant comme libert&#233; &#233;conomique ne repose pas au final sur une logique qui, pendant la majeure partie de l'histoire humaine, a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme la v&#233;ritable essence de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. P&#233;riode contemporaine (1971 et apr&#232;s).&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'empire de la dette.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que la p&#233;riode actuelle a commenc&#233; le 15 ao&#251;t 1971, quand le pr&#233;sident des &#201;tats-Unis Richard Nixon a officiellement suspendu la convertibilit&#233; du dollar en or et effectivement cr&#233;&#233; les r&#233;gimes actuels de devises flottantes. Nous sommes retourn&#233;s, de toute fa&#231;on, &#224; un &#226;ge d'argent virtuel, dans lequel les achats du consommateur dans les pays riches impliquent rarement ne serait-ce que de la monnaie-papier, et les &#233;conomies nationales sont largement tir&#233;e par la dette de consommation [&lt;i&gt;consumer debt&lt;/i&gt;]. C'est dans ce contexte que nous pouvons parler de &#171; financiarisation &#187; du capital, par quoi la sp&#233;culation sur les devises et les instruments financiers devient un domaine en elle-m&#234;me, d&#233;tach&#233; de toute relation imm&#233;diate avec la production ou m&#234;me le commerce. Ceci est &#233;videmment le secteur qui est entr&#233; en crise aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que pouvons-nous dire &#224; propos de cette nouvelle p&#233;riode ? Jusqu'ici, tr&#232;s tr&#232;s peu de choses. Trente ou quarante ans ne sont rien aux termes de l'&#233;chelle &#224; laquelle nous avons eu affaire. Clairement, cette p&#233;riode vient tout juste de commencer. Ceci dit, l'analyse qui suit, aussi grossi&#232;re soit-elle, nous permet quand m&#234;me de commencer &#224; faire quel que suggestions inform&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, comme nous l'avons vu, l'&#226;ge de la monnaie virtuelle, de cr&#233;dit, a aussi impliqu&#233; la cr&#233;ation, d'une sorte ou d'une autre, d'institution g&#233;n&#233;rale &#8211; la royaut&#233; sacr&#233;e m&#233;sopotamienne, le jubil&#233; mosa&#239;que, la Charia ou la loi canon &#8211; qui met&#172;ait en place des contr&#244;les sur les cons&#233;quences sociales potentiellement catastrophiques de la dette. Presque invariablement, elles impliquaient des institutions (habituellement pas tout &#224; fait concomitantes &#224; l'&#201;tat, habituellement plus grandes) pour prot&#233;ger les d&#233;biteurs [&lt;i&gt;debtors&lt;/i&gt;]. Jusqu'ici le mouvement a cette fois-ci &#233;t&#233; dans l'autre sens : &#224; partir des ann&#233;es 80, nous avons commenc&#233; &#224; voir la cr&#233;ation du premier syst&#232;me administratif plan&#233;taire effectif, op&#233;rant &#224; travers le FMI, la Banque Mondiale, les cor porations et les autres institutions financi&#232;res, largement dans le but de prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts des cr&#233;diteurs. Cependant, cet appareil a &#233;t&#233; tr&#232;s rapidement mis en crise, d'abord par le d&#233;veloppement tr&#232;s rapide des mouvements sociaux globaux (le mouvement alter-mondialiste), qui a effectivement d&#233;truit l'autorit&#233; morale des institutions comme le FMI et laiss&#233; beaucoup d'entre eux proche de la banqueroute, et maintenant par la crise bancaire actuelle et l'effondrement &#233;conomique global. Alors que la nouvelle p&#233;riode d'argent virtuel vient tout juste de commencer et que les cons&#233;quences &#224; long terme sont encore enti&#232;rement indistinctes, nous pouvons d&#233;j&#224; dire deux ou trois choses. La premi&#232;re est que le mouvement vers l'argent virtuel n'est pas en lui-m&#234;me, n&#233;cessairement, un effet insidieux du capitalisme. En fait, il pour rait bien signifier exactement le contraire. Durant la majeure partie de l'histoire humaine, les syst&#232;mes d'argent virtuel furent con&#231;us et r&#233;gul&#233;s pour s'assurer que rien de tel que le capitalisme ne puisse jamais &#233;merger &#8211; pour le moins, pas tel qu'il appara&#238;t dans sa forme pr&#233;sente, avec la majorit&#233; de la population mondiale plac&#233;e dans une condition qui, dans bien d'autres p&#233;riodes his triques, aurait &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme &#233;quivalente &#224; l'esclavage. Le deuxi&#232;me argument consiste &#224; souligner le r&#244;le absolument crucial de la violence dans la d&#233;finition des termes m&#234;mes avec lesquels nous imaginons &#224; la fois &#171; la soci&#233;t&#233; &#187; et &#171; les march&#233;s &#187; &#8211; en fait, beaucoup de nos id&#233;es les plus &#233;l&#233;mentaires de la libert&#233;. Un monde moins enti&#232;rement impr&#233;gn&#233; de violence commencerait rapidement &#224; d&#233;velopper d'autres institutions. Finalement, r&#233;fl&#233;chir &#224; la dette en dehors de la double camisole intellectuelle de l'&#201;tat et du march&#233; ouvre des possibilit&#233;s excitantes. Par exemple, nous pouvons nous demander : dans une soci&#233;t&#233; dans laquelle cette fondation de violence aurait finalement &#233;t&#233; arrach&#233;e, qu'est-ce, exactement, que des hommes et des femmes libres devraient les uns aux autres ? Quelle sorte de promesses et d'engagements [&lt;i&gt;commitments&lt;/i&gt;] devraient-ils se faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esp&#233;rons que tout le monde sera un jour en position de commencer &#224; poser de telles questions. Par les temps qui courent, on ne sait jamais [&lt;i&gt;at times likes this, you never know&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit par &lt;i&gt;hocus&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Dette-les-5000-premieres-annees-David-Graeber&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;El Correo&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, le 13 avril 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note du traducteur : La notion anglaise de &#171; bullion &#187; n'a pas, je crois, de traduction exacte en fran&#231;ais. Si j'ai bien compris, le mot peut d&#233;signer &#224; la fois les lingots concrets, mais aussi de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale et abstraite la monnaie sous forme m&#233;tallique, ou de mani&#232;re encore plus g&#233;n&#233;rale encore, les m&#233;taux pr&#233;cieux comme l'or et l'argent. Je choisis donc de traduire dans ce texte &#171; bullion &#187; par &#171; les lingots &#187;, ce qu'il faut donc comprendre non seulement comme des lingots concrets, mais aussi plus g&#233;n&#233;ralement comme les m&#233;taux pr&#233;cieux utilis&#233;s comme monnaie-marchandise en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Geoffrey W. Gardiner&lt;/strong&gt;, &#171; &lt;i&gt;The Primacy of Trade Debts in the Development of Money&lt;/i&gt; &#187;, in Randall Wray (ed.), Credit and State Theories of Money : The Contributions of A. Mitchell Innes, Cheltenham : Elgar, 2004, p.134.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La formule &#171; &#194;ge axial &#187; a &#233;t&#233; au d&#233;part cr&#233;&#233;e par Karl Jaspers pour d&#233;crire la p&#233;riode relativement br&#232;ve entre 800 av. JC et 200 ap. JC dans laquelle, croyait-il, toutes les principales traditions philosophiques qui nous sont famili&#232;res aujourd'hui ont surgi simultan&#233;ment en Chine, en Inde, et dans l'est m&#233;diterran&#233;en. Ici, je l'utilise dans le sens plus large de Lewis Mumford comme la p&#233;riode qui a vu la naissance de toutes les religions mondiales, s'&#233;tendant en gros du temps de Zoroastre &#224; celui de Mahomet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici je rel&#232;gue tout ce qui est en g&#233;n&#233;ral appel&#233; les &#171; &#226;ges sombres &#187; en Europe &#224; la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, caract&#233;ris&#233;e par le militarisme pr&#233;dateur et l'importance des lingots (bullion) qui en d&#233;coule : les raids vikings, et la c&#233;l&#232;bre extraction du &lt;i&gt;danegeld&lt;/i&gt; en Angleterre dans les ann&#233;es 800, peuvent &#234;tre vus comme une des derni&#232;res manifestations d'un &#226;ge o&#249; le militarisme pr&#233;dateur allaient main dans la main avec les amas de lingots d'or et d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mythe du troc et les th&#233;ories de l'argent comme marchandise [commodity theories of money] furent &#233;videmment d&#233;velopp&#233;es dans cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Islande : &#171; Si la dette ne peut pas &#234;tre pay&#233;e, elle ne le sera pas ! &#187;</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Islande-Si-la-dette-ne-peut-pas-etre-payee-elle-ne-le-sera-pas</link>
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		<dc:date>2009-09-30T22:40:13Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Par Olivier Bonfond CADTM. Belgique, le 28 septembre 2009 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Islande, petit pays sans arm&#233;e de 320 000 habitants, vient d'annoncer qu'il conditionnerait le remboursement de sa dette &#224; ses &#171; capacit&#233;s de paiement &#187;. Si la r&#233;cession perdure, l'Islande ne remboursera rien. M&#234;me s'il convient de nuancer la port&#233;e de cette d&#233;cision, d'autant qu'il faudra v&#233;rifier qu'elle est effectivement appliqu&#233;e, elle repr&#233;sente cependant une r&#233;elle opportunit&#233; dont les mouvements sociaux, du Nord et du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/La-Dette" rel="directory"&gt;La Dette&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Olivier Bonfond&lt;br /&gt; &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Islande-Si-la-dette-ne-peut-pas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;U&gt;CADTM&lt;/U&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Belgique, le 28 septembre 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Islande, petit pays sans arm&#233;e de 320 000 habitants, vient d'annoncer qu'il conditionnerait le remboursement de sa dette &#224; ses &#171; capacit&#233;s de paiement &#187;. Si la r&#233;cession perdure, l'Islande ne remboursera rien. M&#234;me s'il convient de nuancer la port&#233;e de cette d&#233;cision, d'autant qu'il faudra v&#233;rifier qu'elle est effectivement appliqu&#233;e, elle repr&#233;sente cependant une r&#233;elle opportunit&#233; dont les mouvements sociaux, du Nord et du Sud, devraient se saisir pour obliger leurs gouvernements &#224; remettre enfin en cause le paiement inconditionnel de la dette publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 15 ann&#233;es de croissance &#233;conomique, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme un des pays les plus riches de la plan&#232;te, l'Islande a connu fin 2008, selon le FMI, la plus grosse crise bancaire dans l'histoire d'un pays industrialis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Selon le FMI, la faillite des banques pourrait co&#251;ter aux contribuables (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela n'a rien d'un hasard. Ces derni&#232;res ann&#233;es, L'Islande a appliqu&#233; ce qu'on peut appeler un &#171; pur n&#233;olib&#233;ralisme &#187;. Le secteur bancaire, int&#233;gralement privatis&#233; en 2003, a tout fait pour attirer les capitaux &#233;trangers. Ils ont notamment d&#233;velopp&#233; les fameux comptes en ligne qui, via la r&#233;duction des co&#251;ts de gestion, permettent d'offrir des taux d'int&#233;r&#234;t relativement int&#233;ressants. En &#224; peine 4 ans, la dette ext&#233;rieure des trois principales banques islandaises a plus que quadrupl&#233;, pour passer de 200% du PIB en 2003 &#224; 900 % du PIB en 2007 ! Quand les march&#233;s financiers se sont effondr&#233;s en septembre 2008 et que ces trois banques sont tomb&#233;es en faillite, elles &#233;taient &#233;videmment dans l'impossibilit&#233; d'assumer leurs engagements, d'autant que l'effondrement de 85% de la valeur de la couronne face &#224; l'euro n'a fait que d&#233;cupler la dette. Vu l'ampleur de la faillite bancaire, plus personne n'a voulu leur pr&#234;ter de l'argent ou financer un quelconque sauvetage. Les robinets se sont ferm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union europ&#233;enne et le FMI &#171; conseillent &#187; alors au gouvernement islandais de socialiser les pertes du secteur financier en reprenant &#224; sa charge les dettes des banques. Pour trouver les financements n&#233;cessaires au remboursement de cette nouvelle dette nationalis&#233;e, les &#171; conseils &#187; du FMI sont clairs : couper dans les d&#233;penses publiques, en particulier dans la sant&#233; et l'&#233;ducation, augmenter les imp&#244;ts sur le travail et les taxes indirectes, et appliquer une politique mon&#233;taire restrictive (augmentation tr&#232;s forte des taux d'int&#233;r&#234;t). Ces politiques ressemblent comme deux gouttes d'eau aux mesures d' &#171; ajustement structurel &#187; que les pays du Sud appliquent depuis plus de 25 ans maintenant, avec les r&#233;sultats que l'on sait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en plus de ne pas tra&#238;ner. l'Islande est en effet cens&#233;e trouver, d'ici l'automne 2009, les fonds pour rembourser sa dette, en particulier &#224; l'&#233;gard des investisseurs britanniques et hollandais, faute de quoi, l'adh&#233;sion de l'Islande &#224; l'Union europ&#233;enne serait menac&#233;e. S'ils acceptent ce &#171; deal &#187;, ou plut&#244;t cette menace, cela impliquerait une aust&#233;rit&#233; maximum et provoquerait une explosion de la dette ext&#233;rieure publique de l'Islande qui atteindrait 240% du PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme n'a pas tenu ses promesses, c'est le moins qu'on puisse dire : explosion du ch&#244;mage et de la dette publique, surendettement des m&#233;nages, dont certains se voient expuls&#233;s de leurs maisons, taux d'int&#233;r&#234;ts prohibitifs, etc. Alors que les mobilisations avaient d&#233;j&#224; forc&#233; le gouvernement &#224; d&#233;missionner en janvier 2008, cette attitude du FMI n'a &#233;videmment fait qu'accro&#238;tre le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral, et des manifestations, ph&#233;nom&#232;ne rarissime pour ce pays, se sont amplifi&#233;es, en particulier devant l'Althing, le parlement islandais. Dans ce contexte, ce m&#234;me Parlement a adopt&#233; fin ao&#251;t une r&#233;solution stipulant que le gouvernement consacrera maximum 6% de la croissance de son PIB au titre du remboursement de la dette. Et si la croissance &#233;conomique n'est pas au rendez-vous, l'Islande ne paiera rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons r&#233;aliste, cette mesure ne constitue pas un acte que l'on pourrait qualifier de r&#233;volutionnaire. Premi&#232;rement, il faut souligner que l'Islande se retrouve dans cette situation parce qu'elle a accept&#233; de nationaliser une dette priv&#233;e. Ensuite, un taux de croissance &#233;conomique ne devrait pas automatiquement signifier des capacit&#233;s de paiement accrues. La r&#233;partition des richesses cr&#233;&#233;es et les priorit&#233;s du budget doivent &#234;tre d&#233;cid&#233;es en fonction des besoins des citoyens et non selon les int&#233;r&#234;ts des cr&#233;anciers. Plus important : la dette n'est en rien annul&#233;e. Au mieux, le remboursement sera report&#233; dans le temps. Il n'y a pas d'audit en vue et donc pas non plus de possibilit&#233; de remettre en cause la l&#233;gitimit&#233; et la l&#233;galit&#233; de cette dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cet acte montre une chose essentielle : lorsqu'il y a une volont&#233; politique, souvent voire toujours n&#233;e de mobilisations sociales importantes, il est possible de d&#233;sacraliser le caract&#232;re non n&#233;gociable du remboursement de la dette publique et de prendre des mesures concr&#232;tes qui vont &#224; l'encontre des int&#233;r&#234;ts des cr&#233;anciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux, du Sud et du Nord, devraient donc se servir de cet exemple et pousser leurs gouvernements &#224; arr&#234;ter de rembourser en invoquant les arguments juridiques de l' &#171; &#233;tat de n&#233;cessit&#233; &#187; et de &#171; force majeure &#187; : les peuples ne sont pas responsables de la crise capitaliste actuelle et, vu la conjoncture, rembourser signifie concr&#232;tement la d&#233;gradation g&#233;n&#233;rale des conditions de vie pour les peuples du Nord et la mort, au sens premier du terme, pour des millions de gens dans le Sud. Quand Geir Haarde, le Premier Ministre, d&#233;clare qu'&#171; il y a beaucoup d'arguments l&#233;gaux qui justifient de ne pas payer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Cracks in the crust &#187;&lt;/U&gt;, The Economist, 11 d&#233;cembre 2008.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , il a tout &#224; fait raison. Ne l'oublions pas, comme le stipule l'article 2 de la D&#233;claration sur le droit au D&#233;veloppement de 1986, Les &#201;tats ont &#171; le droit et le devoir de formuler des politiques de d&#233;veloppement national appropri&#233;es ayant pour but l'am&#233;lioration constante du bien-&#234;tre de l'ensemble de la population &#187;. Poser un moratoire imm&#233;diat sur le remboursement et lancer un r&#233;el processus d'audit, transparent et d&#233;mocratique, afin d'avancer vers la r&#233;pudiation de cette dette odieuse, ill&#233;gitime et qui asservit les peuples, est plus que jamais &#224; l'ordre du jour, du Nord au Sud, de l'Est &#224; l'Ouest. &#171; One solution, repudiation ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;
Pour plus d'informations sur les mobilisations en Islande, voir le film de Patrick Taliercio &#171; Comment l'Islande a chang&#233; de gouvernement &#187;, aux &#233;ditions 68 Septante, collection VID #02 (plus d'informations : &lt;a href=&#034;http://www.6870.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.6870.be&lt;/a&gt; - edition@6870.be)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Selon le FMI, la faillite des banques pourrait co&#251;ter aux contribuables plus de 80% du PIB. Relativement &#224; la taille de l'&#233;conomie, cela repr&#233;senterait environ 20 fois ce que le gouvernement su&#233;dois a pay&#233; pour sauver ses banques au d&#233;but des ann&#233;es 1990. Cela &#233;quivaudrait &#224; plusieurs fois le co&#251;t de la crise bancaire au Japon il y a une dizaine d'ann&#233;es &#187; (&#034;According to the IMF, the failure of the banks may cost taxpayers more than 80% of GDP. Relative to the economy's size, that would be about 20 times what the Swedish government paid to rescue its banks in the early 1990s. It would be several times the cost of Japan's banking crisis a decade ago&#034;. &#171; Cracks in the crust &#187;, The Economist, 11 d&#233;cembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.economist.com/world/europe/displayStory.cfm?story_id=12762027&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;&#171; Cracks in the crust &#187;&lt;/U&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, The Economist, 11 d&#233;cembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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