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	<title>El Correo</title>
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		<title>Altruisme et sacrifice </title>
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		<dc:creator>Mar&#237;a P&#237;a L&#243;pez*</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Nous vivons une &#233;poque de sacrifices altruistes, une &#233;poque qui cache le fait que le sacrifice doit &#234;tre fait par celui qui souffre. Le climat actuel de n&#233;cropolitique refl&#232;te l'indice de l'assombrissement g&#233;n&#233;ral du monde, l'affirmation quotidienne qu'il ne reste plus qu'&#224; tuer ou &#224; mourir (...) Mar&#237;a P&#237;a L&#243;pez&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous vivons une &#233;poque de sacrifices altruistes, une &#233;poque qui cache le fait que le sacrifice doit &#234;tre fait par celui qui souffre. L'auteur affirme que le climat actuel de n&#233;cropolitique refl&#232;te l'indice de l'assombrissement g&#233;n&#233;ral du monde, l'affirmation quotidienne qu'il ne reste plus qu'&#224; tuer ou &#224; mourir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_10032 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.elcorreo.eu.org/IMG/jpg/sacrifice_of_isaac-caravaggio__uffizi_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/IMG/jpg/sacrifice_of_isaac-caravaggio__uffizi_.jpg?1751276571' width='500' height='385' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Sacrifice_d'Isaac_(Le_Caravage%2C_Florence)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Le sacrifice d'Isaac &#187;&lt;/a&gt; &lt;br/&gt; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Caravage&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Caravage (1571-1610)&lt;/a&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai fait pour ton bien. Je l'ai tu&#233;e pour qu'elle ne souffre pas. Maintenant, ils ont la vie dure, mais ils verront que c'est pour leur bien. Des temps de mort. Ceux-ci. En fonction de l'intuition du lecteur de la presse &#224; sensation : crimes et suicides. Ces derni&#232;res semaines, des familles d&#233;cim&#233;es par la main d'un de leurs membres. Elle ou il d&#233;cide d'&#233;pargner la douleur &#224; tout le monde. Je suis choqu&#233; par la fa&#231;on dont les m&#233;dias en parlent : des meurtres altruistes. Pour eux, pour leur &#233;pargner la douleur, pour les sauver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se passe &#224; une &#233;poque qui, si elle est une &#233;poque de mort, c'est parce que la rh&#233;torique du sacrifice plane &#233;galement dans l'air. On dit : beaucoup de gens doivent &#234;tre sacrifi&#233;s pour le bien commun. Comme c'est le cas dans les guerres. Peut-&#234;tre parce que nous sommes en temps de guerre. Une guerre d&#233;clar&#233;e contre les populations. Ici, on le crie parfois haut et fort : contre les gauchistes, les socialistes, les f&#233;ministes, les &#171; putes &#187;. D'autres fois, elle est implicite dans les politiques visant &#224; &#233;viter le d&#233;ficit fiscal, de sorte qu'une s&#233;rie de sujets dont la vie peut modifier les chiffres sont inscrits dans la ligne de sacrifice : les retrait&#233;s, les scientifiques, les enseignants, les personnes handicap&#233;es. Pour aller droit &#224; l'autel de l'altruisme. Parce que c'est une immolation sur le chemin d'une patrie reconstruite. C'est ce qu'ils disent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils parlent de guerre et de sacrifice. Et nous ne les prenons pas du tout au s&#233;rieux dans les conversations politiques. Mais peut-&#234;tre les prend-on au s&#233;rieux, comme une trace grav&#233;e dans la peau par une machine infernale qui condamne &#224; mort, dans une suite de d&#233;cisions qui placent la mort personnelle au centre. Le suicide, aur&#233;ol&#233; de la souverainet&#233; sur sa propre existence, est aussi l'&#339;uvre de cette autre condamnation. Il est &#233;maill&#233; de faits divers : un commer&#231;ant a voulu se tuer - et ce n'est pas un exc&#232;s rh&#233;torique - parce qu'il devait fermer son commerce, une retrait&#233;e s'est suicid&#233;e parce qu'elle n'avait pas les moyens d'acheter des m&#233;dicaments, un autre a mis le feu &#224; sa maison et a ensuite tent&#233; de se suicider. D'autres personnes, pour ne pas &#234;tre un fardeau pour leur famille, ont &#233;t&#233; priv&#233;es de la possibilit&#233; de vivre de leurs propres revenus. Cette guerre d&#233;clar&#233;e, mais aussi implicite, fait des victimes. Lorsque la menace de mort p&#232;se sur toute une population, lorsque la vie est en danger, de nombreuses vies s'arr&#234;tent en effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Durkheim&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Emile Durkheim&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; a &#233;crit des pages m&#233;morables sur le suicide, l'appr&#233;hendant &#224; partir d'une sociologie naissante et audacieuse. L'un des types de suicide qu'il a analys&#233; est le suicide altruiste : celui qui est accompli pour le bien commun. Une vie est donn&#233;e, comme un sacrifice de soi, pour que le collectif soit pr&#233;serv&#233;. L'altruisme consisterait &#224; faire du bien &#224; d'autres vies, m&#234;me au d&#233;triment de ses propres int&#233;r&#234;ts. Si Durkheim trouve ce type de suicide dans les soci&#233;t&#233;s les plus tenaces &#224; maintenir les traditions, cette id&#233;e n'a pas manqu&#233; d'appara&#238;tre dans les luttes politiques &#233;mancipatrices. Non pas parce qu'il s'agissait de se suicider, mais parce qu'il s'agissait de se mettre en danger pour affirmer une possibilit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; notre &#233;poque, une autre id&#233;e appara&#238;t : l'altruisme est invoqu&#233; comme le devoir d'autrui, et non comme une disposition personnelle. En d'autres termes, le sacrifice est propos&#233; comme le destin de quelqu'un d'autre. L'altruisme est exig&#233; des personnes qui travaillent et gagnent de moins en moins en raison de la stagnation des salaires. L'altruisme d'attendre et de ne pas se battre &#224; la h&#226;te est demand&#233; &#224; ceux qui re&#231;oivent des retraites gel&#233;es. La r&#233;signation altruiste est demand&#233;e aux jeunes qui n'ont pas d'emplois assortis de droits et dont les chances de poursuivre une carri&#232;re universitaire sont r&#233;duites &#224; n&#233;ant par l'attaque brutale contre le syst&#232;me &#233;ducatif. Elle est exig&#233;e par ceux qui accumulent de plus en plus et consomment de plus en plus, en expropriant quotidiennement les possibilit&#233;s de vivre dans la dignit&#233;. Car si quelque chose rappelle les suicides collectifs de certaines sectes apocalyptiques, ici l'apocalypse est recherch&#233;e par ceux qui veulent que les autres marchent au pied du mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure est donc au sacrifice. Mais le sacrifice des autres. Une d&#233;put&#233;e qui gagne des millions peut faire remarquer &#224; un femme m&#233;decin r&#233;sident de l'h&#244;pital p&#233;diatrique le plus important du pays qu'elle devrait vivre avec moins de 400 000 pesos. Elle aura pens&#233; : qu'elle sacrifie quelques g&#226;teries. Qu'elle ne mange pas souvent. Une autre parlementaire, tout aussi bien pay&#233;e, a dit que si elles &#233;tudiaient la m&#233;decine, elles n'avaient qu'&#224; aller se faire foutre. Elle aurait pu dire : ils ont choisi le sacrifice altruiste, maintenant ne vous plaignez pas. Avant les &#233;lections, on m'a racont&#233; une discussion : une chercheuse du Conicet essayait de convaincre sa m&#232;re de ne pas voter pour le candidat qui promettait de couper l'institution &#224; la tron&#231;onneuse. Une action qui pourrait la mettre au ch&#244;mage. La m&#232;re, inflexible, lui fait remarquer qu'elle le faisait pour son bien : si elle se retrouvait au ch&#244;mage, elle devrait chercher un emploi dans le secteur priv&#233; et verrait ainsi l'argent fleurir dans ses poches. R&#233;primande altruiste : tu ne sais pas ce qui est bon pour toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque est n&#233;cropolitique et les conversations publiques sont &#233;maill&#233;es d'images de ce type. Il y a des cadavres. Sur les voies ferr&#233;es, le long des routes, dans les maisons et dans les rues. Lorsque certains &#233;v&#233;nements sont qualifi&#233;s de meurtres altruistes, il s'agit d'un sympt&#244;me. Quelqu'un prend au pied de la lettre (le litt&#233;ralisme, l'absence de m&#233;taphores, n'est-il pas la maladie mentale de notre &#233;poque ?) Ou n'est-ce pas dans l'air, dans l'appel au sacrifice des autres, dans l'id&#233;e que l'on peut d&#233;cider d'eux ? Comme r&#233;sonne le geste colonial connu depuis longtemps, celui qui &#233;tait pr&#233;sent dans l'holocauste de peuples entiers, qui seraient sacrifi&#233;s pour atteindre la v&#233;rit&#233;, le salut ou la civilisation ! Nous ne sommes pas stup&#233;faits par le cri qui justifie aujourd'hui le bombardement de populations non occidentales et non blanches !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce temps de la mort actualise ces territoires symboliques que nous ne cessons d'habiter, parce qu'ils sont inscrits dans des exp&#233;riences personnelles et collectives. Il les actualise et &#233;largit la menace. Il corrode et angoisse. Au rythme de la mine des crypto-monnaies et &#224; la vitesse de l'intelligence artificielle, elle se d&#233;verse comme un acide dissolvant. Alors, quelqu'un peut mourir ou tuer par altruisme. Comprendre &#224; la lettre, passer &#224; l'acte, ce que d'autres d'entre nous prennent pour des m&#233;taphores ou des affirmations postul&#233;es &#224; une certaine distance des faits auxquels elles sont cens&#233;es faire allusion. C'est ce qui s'est pass&#233; avec le gang des &lt;a href=&#034;https://www.eldiarioar.com/politica/atentado-cristina-copitos-juicio-no-escasean-episodios-esperpento_1_11563716.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Copitos&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;[responsable de l'attentat contre Cristina Kishner], lorsqu'un certain Montiel[tireur dans l'attentat] a lu tous les appels &#224; commettre un meurtre altruiste et n'a pas pens&#233; qu'il s'agissait d'une rh&#233;torique de la haine, mais d'une occasion de devenir un h&#233;ros. Il a agi en fonction de ce que d'autres disaient haut et fort qu'il fallait faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la m&#234;me chose, bien s&#251;r, que l'acte d'une personne qui immole ses proches, dans un d&#233;sespoir sans fissure ni horizon, plong&#233; dans la maladie mentale, mais quelque chose se r&#233;pand comme la possibilit&#233; de la mort. L'absence d'un horizon ouvert ? L'impossibilit&#233; de trouver des issues, d'imaginer autre chose que le sacrifice imm&#233;diat, qui est aussi v&#233;cu comme inutile ? Car peut-&#234;tre que tout cela, que nous sentons comme des sympt&#244;mes, r&#233;v&#232;le qu'il y a un savoir que nous n'osons pas affronter : que cet appel au sacrifice est l'indice de l'obscurcissement g&#233;n&#233;ral du monde, l'affirmation quotidienne qu'il n'y a plus qu'&#224; tuer ou &#224; mourir. C'est cela le fascisme. Peu importe qu'il se pr&#233;sente sous d'autres formes que dans son histoire ant&#233;rieure. L'affronter, c'est d&#233;fendre la vie. Ou d&#233;fendre la vie exige de l'affronter : construire une hospitalit&#233; pour nos fragilit&#233;s et r&#233;fl&#233;chir &#224; des mani&#232;res non sacrificielles de vivre ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mar&#237;a P&#237;a L&#243;pez*&lt;/strong&gt; para &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://lateclaenerevista.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Tecl@ E&#241;e&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lateclaenerevista.com/altruismo-y-sacrificio-maria-pia-lopez/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La Tecl@ E&#241;e&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;. Buenos Aires, 24 de junio de 2025.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;strong&gt;Mar&#237;a P&#237;a L&#243;pez&lt;/strong&gt; est une sociologue, essayiste, &#233;crivain, enseignante et chercheuse argentine. Son travail articule sociologie, th&#233;orie politique et critique culturelle avec une intense production intellectuelle et essayiste autour des id&#233;es latino-am&#233;ricaines, des politiques culturelles, de la litt&#233;rature argentine et de la pens&#233;e critique contemporaine.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Michael Hudson :&#171; G&#233;opathologie et &#233;conopathologie sous-jacentes &#187;</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Michael-Hudson-Geopathologie-et-econopathologie-sous-jacentes</link>
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		<dc:date>2026-07-03T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael Hudson *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le d&#233;fi auquel est confront&#233;e aujourd'hui la &#171; majorit&#233; mondiale &#187; consiste &#224; cr&#233;er un syst&#232;me multipolaire alternatif d'institutions et d'alliances internationales, fond&#233; sur les principes d'entraide et de tol&#233;rance envers l'autonomie de chaque pays, ce qui a toujours &#233;t&#233; l'id&#233;al apparent (...) Michael Hudson&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La strat&#233;gie de s&#233;curit&#233; nationale am&#233;ricaine pour 2025 pr&#233;conise la prise de contr&#244;le du commerce mondial du p&#233;trole. &#192; cette fin, la &#171; guerre du p&#233;trole &#187; de Donald Trump vise &#224; priver l'Iran, l'Irak et leurs voisins membres de l'OPEP de leur souverainet&#233; quant au choix de leurs partenaires commerciaux, comme il l'a fait avec le Venezuela. Il ne manifeste aucun remords face aux dommages collat&#233;raux caus&#233;s par la perturbation du commerce de l'&#233;nergie, qui plonge la plupart des &#233;conomies mondiales dans la r&#233;cession.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un tel comportement imprudent (et destructeur) correspond parfaitement &#224; la d&#233;finition que les psychologues donnent d'un sociopathe. La Mayo Clinic utilise ce terme pour d&#233;signer &#171; une personne qui ne fait preuve d'aucun respect pour le bien et le mal et ignore les droits et les sentiments d'autrui. Les personnes atteintes de trouble de la personnalit&#233; antisociale ont tendance &#224; provoquer d&#233;lib&#233;r&#233;ment la col&#232;re ou la col&#232;re d'autrui et &#224; manipuler ou traiter les autres avec duret&#233; ou une cruelle indiff&#233;rence. Elles ne ressentent aucun remords et ne regrettent pas leurs actes. &#187; Pour couronner le tout, &#171; les personnes atteintes de trouble de la personnalit&#233; antisociale enfreignent souvent la loi et deviennent des criminels. Elles peuvent mentir, se comporter de mani&#232;re violente ou impulsive&#8230; &#187; Ce diagnostic peut ais&#233;ment s'appliquer &#224; toute nation aspirant &#224; un empire par la conqu&#234;te. Mais la politique &#233;trang&#232;re am&#233;ricaine l'a pouss&#233; &#224; des extr&#234;mes in&#233;dits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que les sociopathes sont d&#233;pourvus de sens moral (et s'opposent &#224; toute valeur morale susceptible de limiter leurs comportements abusifs), les diplomates am&#233;ricains ont rejet&#233; le corpus de lois internationales de la guerre issu de la Charte des Nations Unies, qui interdit les attaques contre les civils. L'armement et les syst&#232;mes de guidage de missiles am&#233;ricains servent des g&#233;nocides religieux et ethniques, de l'Ukraine au Moyen-Orient, tandis que des arm&#233;es ukrainiennes, isra&#233;liennes et de diverses factions wahhabites clientes d'Al-Qa&#239;da ont &#233;t&#233; recrut&#233;es pour servir de l&#233;gions &#233;trang&#232;res aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exigences impulsives, agressives et manipulatrices de Trump, accompagn&#233;es d'une violence intimidante, violent les lois les plus fondamentales du droit international, autrefois consid&#233;r&#233;es comme l'essence m&#234;me de la civilisation. Le principe de non-ing&#233;rence dans les affaires &#233;trang&#232;res, inscrit dans la Charte des Nations Unies, est l'h&#233;ritage du trait&#233; de Westphalie de 1648 qui mit fin &#224; la guerre de Trente Ans. Les &#201;tats-Unis ont renvers&#233; des gouvernements &#233;trangers et tent&#233; d'imposer des changements de r&#233;gime, de la Russie &#224; l'Iran, en bombardant des civils, notamment des jeunes &#233;tudiants et des m&#233;decins, des &#233;coles et des h&#244;pitaux, dans l'espoir que ce terrorisme inciterait les populations &#224; remplacer leurs gouvernements par des oligarchies clientes des &#201;tats-Unis afin de mettre fin aux bombardements, devenus la marque de fabrique de la politique am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diplomatie US viole &#233;galement le Droit maritime international, bombardant des bateaux de p&#234;che du Venezuela et de la Colombie en Am&#233;rique latine jusqu'au d&#233;troit d'Ormuz et au golfe Persique, sans avertissement ni motif raisonnable, simplement pour d&#233;montrer son immunit&#233; face aux contraintes du droit international et l'incapacit&#233; des Nations Unies ou de tout autre organisme international &#224; emp&#234;cher la piraterie et les meurtres en mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En exigeant que les autres pays respectent ses propres sanctions visant la production p&#233;troli&#232;re russe isol&#233;e, les &#201;tats-Unis ont ravag&#233; la Libye, accapar&#233; la production p&#233;troli&#232;re irakienne et pris le contr&#244;le de ses revenus, refusant le retrait des troupes demand&#233; par le gouvernement irakien. Ils ont &#233;galement pris le contr&#244;le du Venezuela et transf&#233;r&#233; l'int&#233;gralit&#233; des recettes de ses exportations de p&#233;trole vers des comptes am&#233;ricains &#224; Miami, sous le contr&#244;le direct de l'administration Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comportement de Trump s'est parfaitement int&#233;gr&#233; &#224; la pr&#233;sidence am&#233;ricaine, lui qui &#233;tait un promoteur immobilier notoirement malhonn&#234;te, menteur et ne respectant pas ses contrats avec ses fournisseurs, banquiers et employ&#233;s, et qui consid&#233;rait les amendes et les p&#233;nalit&#233;s comme un simple co&#251;t d'exploitation, sans parler de son comportement pr&#233;dateur envers les femmes. Il existe une parent&#233; presque naturelle entre sa vie pass&#233;e et son r&#244;le politique actuel. De m&#234;me que la politique &#233;trang&#232;re am&#233;ricaine cherche &#224; emp&#234;cher les pays d'acc&#233;der &#224; la souverainet&#233; et &#224; l'autonomie, les magnats de la finance et de l'immobilier d'aujourd'hui, appartenant &#224; la classe des 1 %, ainsi que les politiciens ambitieux qu'ils recrutent pour contr&#244;ler la politique am&#233;ricaine, plongent une part croissante de la population am&#233;ricaine dans la d&#233;pendance &#224; la dette et la pr&#233;carit&#233; de vivre au jour le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les strat&#232;ges am&#233;ricains craignent (et les tyrans sont des l&#226;ches) que l'ind&#233;pendance des pays &#233;trangers vis-&#224;-vis du contr&#244;le am&#233;ricain sur le commerce du p&#233;trole, des technologies de l'information et du renseignement automatique leur permette de r&#233;sister aux exigences de la puissance imp&#233;riale abusive des &#201;tats-Unis. La classe des cr&#233;anciers, de ceux qui d&#233;tiennent les monopoles et les autres membres de cette &lt;i&gt;&#233;lite renti&#232;re&lt;/i&gt; partagent une crainte similaire : que le gouvernement am&#233;ricain puisse promulguer et appliquer des lois limitant leur concentration du pouvoir financier et leur monopolisation des richesses, au d&#233;triment des 99 % d&#233;j&#224; surendett&#233;s, contraints de s'enfoncer davantage dans la dette (et les arri&#233;r&#233;s de paiement) pour simplement survivre jusqu'&#224; la fin du mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des pulsions de pouvoir similaires caract&#233;risent les PDG et les directeurs financiers des plus grandes entreprises actuelles, ainsi que les gangsters, les chefs de sectes et nombre de politiciens poursuivant leurs ambitions respectives. Cette soif de pouvoir sociopathique est glorifi&#233;e comme moteur du progr&#232;s, &#171; affranchie &#187; de tout contr&#244;le public, permettant ainsi la polarisation &#233;conomique et la d&#233;cadence autodestructrice qui a entra&#238;n&#233; la chute de l'Empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un vocabulario para describir la fractura global actual y su guerra civilizacional&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut un vocabulaire appropri&#233; pour d&#233;crire ces ph&#233;nom&#232;nes, et aussi pour caract&#233;riser leur tentative d'autojustification par la promotion de l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale actuelle. Je sugg&#232;re les deux mots suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;opathologie :&lt;/strong&gt; conduite abusive des relations internationales, fond&#233;e sur l'exploitation et l'imposition d'un double standard unilat&#233;ral qui nuit &#224; d'autres pays et les victimise. Tout imp&#233;rialisme aspirant &#224; la construction d'un empire se caract&#233;rise par une telle g&#233;opathologie.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'&#233;conopathologie :&lt;/strong&gt; doctrine justifiant l'absence d'empathie sociale. Elle repose sur l'individualisme libertarien contemporain, pr&#244;nant l'int&#233;r&#234;t personnel illimit&#233; et rejetant toute contrainte ou r&#233;glementation gouvernementale visant &#224; prot&#233;ger le principe social fondamental de r&#233;ciprocit&#233; et d'entraide qui a permis l'essor de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res civilisations n'auraient pu se d&#233;velopper si Margaret Thatcher, Milton Friedman, Frederick Hayek et Alan Greenspan avaient r&#233;ussi &#224; voyager dans le temps et &#224; arriver du futur en tant que dieux, proposant d'&#233;clairer les chefs, les pr&#234;tres et les rois de M&#233;sopotamie, d'&#201;gypte et de Chine. La civilisation n'aurait jamais pu prendre son essor si elle avait suivi leurs conseils. Leurs sujets n'auraient &#233;t&#233; prot&#233;g&#233;s contre l'endettement et la perte de leurs terres. Un tel essor aurait conduit directement d'une civilisation naissante &#224; une polarisation &#233;conomique et &#224; une suj&#233;tion sous l'&#233;gide d'une oligarchie restreinte dominant la population et luttant pour emp&#234;cher toute tentative d'ascension sociale, en &#233;rigeant la libert&#233; individuelle et l'autonomie collective en conditions pr&#233;alables au progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul un syst&#232;me d'entraide et de protection de l'autonomie individuelle des citoyens aurait pu permettre aux &#233;conomies archa&#239;ques &#224; faible exc&#233;dent de survivre. Elles ne pouvaient se permettre le luxe de l'in&#233;galit&#233; et de la privation des libert&#233;s individuelles et des droits fonciers. De m&#234;me, les &#233;conomies actuelles requi&#232;rent une autorit&#233; publique habilit&#233;e &#224; emp&#234;cher que les agressions &#233;conomiques et physiques ne d&#233;bouchent sur des oligarchies pr&#233;datrices. La plupart de ces oligarchies ont &#233;t&#233; de nature financi&#232;re et ont cherch&#233; &#224; monopoliser les terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie grecque avait pris conscience de la n&#233;cessit&#233; de prot&#233;ger la soci&#233;t&#233; contre les comportements pathologiques inh&#233;rents &#224; la d&#233;pendance &#224; l'argent. Toute richesse, en particulier mon&#233;taire, &#233;tait per&#231;ue comme addictive, engendrant des comportements nuisibles &#224; autrui et, par cons&#233;quent, consid&#233;r&#233;e comme asociale et r&#233;prouv&#233;e. Les cr&#233;anciers usuriers confiaient ces activit&#233;s &#171; impures &#187; &#224; leurs esclaves ou affranchis pour &#233;viter l'ostracisme. Les r&#232;gles de r&#233;ciprocit&#233; et de respect des droits humains limitaient les comportements que les soci&#233;t&#233;s occidentales n&#233;olib&#233;rales et financiaris&#233;es ont aujourd'hui perdus. La d&#233;pendance &#224; l'argent est absente de la th&#233;orie &#233;conomique utilitariste actuelle, des principes du droit et de la philosophie politique. On enseigne aux &#233;tudiants en &#233;cole de commerce que leur mission, en tant que dirigeants d'entreprise, est de maximiser les plus-values pour leurs actionnaires et de g&#233;n&#233;rer des profits pour verser des dividendes, en r&#233;duisant les co&#251;ts et en conqu&#233;rant les march&#233;s sans scrupules, comme si l'exploitation et la destruction qui en d&#233;coulent &#233;taient des actes cr&#233;atifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;nominateur&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;commun entre la g&#233;opathologie et l'&#233;conopathologie est leur d&#233;ni de libert&#233; et d'autonomie pour les autres pays et les peuples. Consid&#233;rant la souverainet&#233; et l'autonomie &#233;trang&#232;res comme un moyen pour ces pays de r&#233;sister &#224; la diplomatie am&#233;ricaine, l'&#233;conopathologie per&#231;oit cette souverainet&#233; comme une menace pour la s&#233;curit&#233; des &#201;tats-Unis et le maintien de leur empire tributaire. &#192; l'instar de la g&#233;opathologie, l'&#233;conopathologie vise &#224; r&#233;duire les individus &#224; un statut d&#233;pendant de clients, de d&#233;biteurs, de locataires et, en fin de compte, de servage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attrait pour la richesse et le pouvoir est naturel, mais les soci&#233;t&#233;s, &#224; travers les &#226;ges, ont cherch&#233; &#224; le socialiser. Socrate consid&#233;rait qu'une autorit&#233; centrale sage &#233;tait l'id&#233;al pour contenir cet attrait. Cette protection sociale contre l'oligarchie &#233;tait per&#231;ue comme tout aussi naturelle, condition essentielle pour &#233;viter la polarisation et la stagnation des soci&#233;t&#233;s. Or, comme l'a observ&#233; Aristote, les d&#233;mocraties ont tendance &#224; &#233;voluer en oligarchies, qui se transforment ensuite en aristocraties &lt;i&gt;renti&#232;res&lt;/i&gt; h&#233;r&#233;ditaires. Ces nations cherchent &#224; &#171; &lt;i&gt;lib&#233;rer&lt;/i&gt; &#187; les oligarchies apparent&#233;es des contraintes de la r&#233;glementation publique (&lt;i&gt;par exemple&lt;/i&gt;, le soutien apport&#233; par Trump au libertarien Javier Milei en Argentine) et &#224; emp&#234;cher l'application de telles r&#233;glementations &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment les &#233;conomies actuelles peuvent-elles faire face &#224; la g&#233;opathologie et &#224; l'&#233;conopathologie ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La sociopathologie ne gu&#233;rit pas d'elle-m&#234;me. Il en va de m&#234;me pour l'&#233;conopathologie et la g&#233;opathologie. Les soci&#233;t&#233;s anciennes disposaient de cit&#233;s refuges o&#249; ces sociopathes et autres d&#233;linquants &#233;taient exil&#233;s, au moins temporairement, jusqu'&#224; ce qu'ils se socialisent et apprennent &#224; regretter leurs actes et &#224; &#233;prouver des remords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1945, la politique &#233;trang&#232;re am&#233;ricaine s'est attach&#233;e, au cours des quatre-vingts derni&#232;res ann&#233;es, &#224; instaurer une doctrine n&#233;olib&#233;rale hostile &#224; l'&#201;tat et une rh&#233;torique antisocialiste, rejetant toute id&#233;e de r&#233;forme diplomatique et &#233;conomique int&#233;rieure. Le d&#233;fi auquel est confront&#233;e la majorit&#233; mondiale actuelle est de cr&#233;er un syst&#232;me multipolaire alternatif d'institutions et d'alliances internationales, fond&#233; sur les principes d'entraide et de respect mutuel de l'autonomie de chaque pays , ce qui a toujours constitu&#233; l'id&#233;al affich&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;er une telle alternative exige une doctrine diff&#233;rente de celle du n&#233;olib&#233;ralisme, ainsi qu'une refonte des lois fondamentales r&#233;gissant les relations internationales. Ce qui rend cela possible aujourd'hui, c'est que, pour la premi&#232;re fois depuis 1945, un nombre suffisant de pays se sont unis pour &#233;tablir de nouvelles institutions afin de prot&#233;ger leur autonomie et leur souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Michael-Hudson&#034;&gt;&lt;strong&gt;Michael Hudson*&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour son &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://michael--hudson-com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blog personal&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://michael--hudson-com.translate.goog/2026/06/geopathology-and-the-econopathology-behind-it&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Michael Hudson&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. USA, le 9 juin 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Michael Hudson&lt;/strong&gt; a travaill&#233; comme &#233;conomiste &#224; &lt;i&gt;Wall Street&lt;/i&gt;. Actuellement &lt;i&gt;Distinguished Professor&lt;/i&gt; dans l'University of Misoury, Kansas City, et le pr&#233;sident de &lt;i&gt;Institute for the Study of Long-Term Economic Trends&lt;/i&gt; (ISLET). Il est auteur de quelques livres, entre lesquels ils d&#233;tachent : &#171; &lt;i&gt;The Economic Strategy of American Empire&lt;/i&gt; &#187; (Ediciones 1968, 2003, 2021), &#171; &lt;i&gt;&#8216;and forgive them their debts'&lt;/i&gt; &#187; (2018), &#171; J is for Junk Economics &#187; (2017), &#171; &lt;i&gt;Killing the Host&lt;/i&gt; &#187; (2015), &#171; &lt;i&gt;The Bubble and Beyond&lt;/i&gt; &#187; (2012), &#171; &lt;i&gt;Trade, Development and Foreign Debt&lt;/i&gt; &#187; (1992 &amp; 2009) y de &#171; &lt;i&gt;The Myth of Aid&lt;/i&gt; &#187; (1971). Sa page Web : &lt;a href=&#034;https://michael-hudson.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Michel Hudson&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol depuis et pour &lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Michael-Hudson-Geopatologia-y-la-econopatologia-que-la-sustenta&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la Di&#225;spora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Michael-Hudson-Geopathologie-et-econopathologie-sous-jacentes&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 4 juillet 2026.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>DENAZIFIER II</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/DENAZIFIER-II</link>
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		<dc:date>2026-06-29T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sandra Russo *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Qui aurait cru que, dans son d&#233;clin, dans sa chute douloureuse, l'Occident aurait un dernier masque, et que ce serait celui du nazisme ? (...) Sandra Russo&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsque l'op&#233;ration sp&#233;ciale en Ukraine a d&#233;but&#233; en 2022, Poutine a d&#233;clar&#233; que l'un des objectifs &#233;tait de &#171; d&#233;nazifier &#187; l'Ukraine. Ce terme a suscit&#233; la pol&#233;mique. Il &#233;tait inattendu. M&#234;me &#224; l'&#233;poque, cette affirmation paraissait exag&#233;r&#233;e et d&#233;plac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poutine demeure profond&#233;ment impopulaire aupr&#232;s des Europ&#233;ens, qui ont une perception historique n&#233;gative de la Russie. &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gueorgui_Joukov&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Gueorgui Joukov&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, mar&#233;chal de la bataille de Stalingrad, l'avait pressenti : &#171; &lt;i&gt;Nous avons d&#233;barrass&#233; l'Europe du fascisme, mais elle ne nous le pardonnera jamais&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, &#224; cause de cette vieille rancune, la censure de Tchekhov, parmi tant d'autres, a suscit&#233; &#224; la fois joie et ressentiment. Il n'&#233;tait pas vraiment un partisan de Poutine, mais il a su saisir l'&#226;me russe que l'Europe ne supporte pas. Cette &#226;me visc&#233;rale, ancestrale, qui ne s'appuie pas sur la brutalit&#233;, mais sur la profondeur. Un peuple immense, ancr&#233; dans la foi. Une foi religieuse, existentielle et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Lou_Andreas-Salom%C3%A9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lou Andreas-Salom&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; traversa la Sib&#233;rie en diligence avec son mari, M. Andreas, et son amant, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Rainer_Maria_Rilke&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Reiner Maria Rilke&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Ils se rendaient &#224; la rencontre de Tolsto&#239;. Aristocrate russe, qui a v&#233;cu en Allemagne comme &#233;tudiante tr&#232;s jeune, sa famille allait &#234;tre expuls&#233;e par la R&#233;volution en cours. Dans son autobiographie, elle raconte qu'au cours de ce long voyage, elle comprit que dans l'intensit&#233;, la foi des paysans russes, leur obstination face aux rigueurs du climat, leur sto&#239;cisme, leur joie, se cachait le coup de fouet r&#233;volutionnaire qui allait bouleverser le monde dans lequel elle &#233;tait n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'Europe consid&#232;re toujours Poutine comme un tyran. Mais elle se laisse polisser par Trump, un fasciste qui utilise des algorithmes pour larguer son missile Tomahawk avec une pr&#233;cision chirurgicale sur un lyc&#233;e de filles. L'Europe devient comme le nazisme. On commence &#224; entrevoir le vrai visage d'Isra&#235;l, mais on reste passif et refuse de voir celui de son partenaire transatlantique d&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui aurait cru que, dans son d&#233;clin, dans sa chute douloureuse, l'Occident aurait un dernier masque, et que ce serait celui du nazisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La carte politique de l'Am&#233;rique latine &#233;volue dans cette direction. Ce n'est pas un hasard si l'UE a approuv&#233; la semaine derni&#232;re de cr&#233;er sa propre agence ICE, charg&#233;e d'expulser les immigr&#233;s, et si, cette semaine en Colombie, une &#233;lection manifestement truqu&#233;e a vu la victoire d'un partisan fasciste de Milei, avocat de trafiquants de drogue , homme qui pr&#233;tend que les femmes sont trop faibles intellectuellement pour exercer des fonctions publiques. On observe d&#233;j&#224; une longue liste de figures moustachues. Milei, Kast, Bukele, Paz, Noboa, De la Espriella &#8211; ils incarnent le r&#233;alisme sadique d'un supr&#233;macisme autochtone qui s'allie aux nazis occidentaux, suppos&#233;ment sup&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne ce pays [l'Argentine], cette semaine encore, la majorit&#233; r&#233;pugnante a jou&#233; son jeu au Congr&#232;s. Aucun des d&#233;g&#226;ts consid&#233;rables que Milei a caus&#233;s et continue de causer n'aurait &#233;t&#233; possible, depuis d&#233;cembre 2023, sans le soutien des partisans de Macri, des radicaux et des p&#233;ronistes tra&#238;tres. Ils l'ont accompagn&#233; en toutes circonstances. Milei est l'enfer, soutenu par le purgatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette semaine, ils ont abandonn&#233; le territoire, la souverainet&#233; et l' ind&#233;pendance. Au sens propre du terme. C'est toute cette cabale de sc&#233;l&#233;rats, de mafieux et de voleurs, avec la complicit&#233; de juges, de procureurs et des grands m&#233;dias, qui orchestre, de mani&#232;re chaotique mais inexorable, la machine de notre destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la v&#233;ritable division qui devrait &#234;tre in&#233;vitable si nous &#233;tions sains d'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Sandra-Russo&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sandra Russo*&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour &lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/2026/06/27/desnazificar-ii/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;P&#225;gina 12&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt; Buenos Aires, 27 juin 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Sandra Russo&lt;/strong&gt; est journaliste, &#233;ditorialiste, auteur et animatrice argentine de diverses &#233;missions de radio et t&#233;l&#233;vision&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol depuis &lt;a href=&#034;&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correro de la Diaspora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/DENAZIFIER-II&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Di&#225;spora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 29 juillet 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034;href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Politique de la crise financi&#232;re, 5DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : FERMER LA BOURSE</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-5DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-FERMER-LA-BOURSE</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-5DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-FERMER-LA-BOURSE</guid>
		<dc:date>2026-06-28T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Que l'&#233;conomie sans Bourse n'existe pas ne saurait donc en aucun cas &#234;tre un argument, ni que l'id&#233;e semble de la derni&#232;re extravagance aux partisans de l'image actuelle, acharn&#233;s, comme de juste, &#224; soutenir qu'il n'est aucune autre image possible (...) Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes le 17 septembre 2001, les attentats du World Trade Center ont eu lieu il y a un peu plus d'une semaine. &lt;a href=&#034;https://www.cnbc.com/2021/09/10/remembering-9/11-and-the-greatest-day-for-the-new-york-stock-exchange.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Bourse de New York rouvre&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Sur le podium, Richard Grasso, le pr&#233;sident du &lt;i&gt;New York Stock Exchange&lt;/i&gt; (NYSE), est entour&#233;, entre autres, de Charles Schumer, s&#233;nateur d&#233;mocrate et Hillary Clinton &#8212; dont la finance n'est pas l'ennemie. Un policier bodybuild&#233;, repr&#233;sentant de l'h&#233;ro&#239;sme des secouristes, sonne la cloche. Le muscle rouvrant le march&#233; sous les regards &#233;mus du socialisme de gouvernement : c'est la mani&#232;re &#233;tasunienne de dire que la vie est la plus forte &#8212; un document anthropologique en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quatre d&#233;cennies, c'est avec ce genre d'image, ou bien en France avec les chroniques plus ventripotentes mais bonhommes de Jean-Pierre Gaillard, pr&#233;cocement install&#233;es sur le service public (France Info), plus tard immortalis&#233;es par les Guignols (&#171; &lt;i&gt;Le march&#233; a la gaule !&lt;/i&gt; &#187;), c'est avec ce genre d'image, donc, que la Bourse est devenue comme un &#233;l&#233;ment de r&#233;alit&#233; naturelle, une chose &#224; la pr&#233;sence aussi incontestable que le retour des saisons &#8212; alors qu'elle avait &#233;t&#233; une institution parfaitement insignifiante du capitalisme fordiste. &#192; ce stade, s'en prendre &#224; elle n'est m&#234;me plus un attentat contre le capital mais quasiment contre la raison. Qu'il y ait des actions et une Bourse pour les n&#233;gocier est &#171; vieux comme le capitalisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Lire aussi&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Fr&#233;d&#233;ric Lordon, &lt;br /&gt;
&#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/57227&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et si on fermait la Bourse&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;,&lt;br /&gt;
Le Monde diplomatique, septembre 2016.&lt;/center&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;vidence s'impose pourtant, chroniquement install&#233;e, confirm&#233;e, depuis quinze ans :&lt;/strong&gt; le capitalisme n&#233;olib&#233;ral qui &#233;tait cens&#233; porter les prodiges de la Bourse &#224; leur plus haut, abreuver les entreprises de fonds propres comme on ne l'aurait jamais vu, a produit l'exact inverse : la Bourse est devenue une machine anti&#233;conomique, qui soutire aux entreprises bien plus de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.l-expert-comptable.com/a/6223-cash-flow-definition-interet-calcul.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;cash flow&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (en dividendes et &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://formationtrading.fr/guide-bourse/comment-investir/produits/action/rachat-actions/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;buybacks&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;) qu'elle ne leur apporte de fonds propres &#8212; pour ainsi dire une pompe &#224; phynance. En bonne logique, il n'est pas utile de pousser plus loin le raisonnement. Si la Bourse qui est suppos&#233;e financer l'&#233;conomie finit par se faire financer par l'&#233;conomie, alors il n'y a rigoureusement rien &#224; perdre, et m&#234;me beaucoup &#224; gagner, &#224; fermer la Bourse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui, entendu ceci, auront surv&#233;cu &#224; la premi&#232;re vague d'apoplexies, demanderont alors : qu'est-ce qu'il peut bien rester de l'id&#233;e m&#234;me de fonds propres, et d'&#233;conomie de fonds propres, si la Bourse est ferm&#233;e ? Ne s'ensuit-il pas que les entreprises ne connaitront plus de financement que sous la forme de la dette, et n'est-ce pas terriblement dangereux ? L'analyse financi&#232;re a &#233;tabli, par une &lt;i&gt;common wisdom&lt;/i&gt; dont il vaut mieux ne pas trop questionner les fondements, qu'un bilan sain ne compte pas plus de la moiti&#233; des capitaux longs sous forme de dette, donc un ratio dettes/fonds propres &#233;gal &#224; 1 (puisque les capitaux longs sont la somme de la dette et des fonds propres). Pourquoi 1 plut&#244;t qu'autre chose ? &#8212; magie cognitive de la num&#233;rologie et des chiffres simples.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &#171; probl&#232;me des fonds propres &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reprenons du d&#233;but :&lt;/strong&gt; il est bien certain que, pour toute entreprise au d&#233;part, et puis plus tard, au fil des &#233;tapes de son d&#233;veloppement, il faut, il y aura, des avances. Pourvoir aux avances, c'est la fonction g&#233;n&#233;rique de la finance &#8212; c'est m&#234;me sa d&#233;finition la plus fondamentale. Ici, l'habitude de penser inv&#233;t&#233;r&#233;e, plant&#233;e dans nos esprits par le capitalisme, tient pour &#233;vident que ces avances sont susceptibles de prendre deux formes : la dette et les fonds propres (actions). Et ceci sans jamais poser la question pr&#233;judicielle : qu'il doive y avoir des avances, c'est bien entendu, mais pourquoi ces avances devraient-elles consister, pour une part, &lt;i&gt;en fonds propres&lt;/i&gt; ? Or, la r&#233;ponse ne va nullement de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence de la dette, les fonds propres sont des avances &lt;i&gt;non remboursables&lt;/i&gt;. Cependant, comme la dette, ce sont des avances r&#233;mun&#233;rables &#8212; et m&#234;me : &lt;i&gt;&#224; r&#233;mun&#233;rer&lt;/i&gt;. L'&#233;metteur passe alors avec lui-m&#234;me son &#171; compromis de fonds propres &#187;, dont les termes sont les suivants :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'avance n'est pas &#224; rembourser &#8212; c'est bien ; &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; mais elle est &#224; r&#233;mun&#233;rer &lt;i&gt;et pour un temps ind&#233;fini&lt;/i&gt; (formellement infini) &#8212; c'est long&#8230; &#8212; l&#224; o&#249; une dette est &#224; maturit&#233; finie ; &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; en contrepartie de quoi, l'&#233;metteur d&#233;tient la souverainet&#233; sur la r&#233;mun&#233;ration qu'il consent &#224; ses actionnaires, puisque c'est lui qui d&#233;cide de sa politique de dividende : il peut s'abstenir d'en verser, et quand il en verse il en d&#233;termine le volume &#8212; l&#224; o&#249; le cr&#233;ancier impose le taux d'int&#233;r&#234;t fixe.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au moment de solliciter des apporteurs de fonds ext&#233;rieurs, que choisir :&lt;/strong&gt; aller chercher des cr&#233;anciers, ou bien des actionnaires ? Si, donc, les actions sont non remboursables, elles sont &#224; r&#233;mun&#233;rer &#233;ternellement, mais discr&#233;tionnairement. Croit-on. Le capitalisme actionnarial ne porte pas son nom pour rien : il tord syst&#233;matiquement dans le sens des int&#233;r&#234;ts des actionnaires toutes les donn&#233;es formelles du &#171; probl&#232;me des fonds propres &#187;. L'id&#233;e, par exemple, que la d&#233;cision de r&#233;mun&#233;ration des fonds propre est laiss&#233;e &#224; la discr&#233;tion de l'entreprise, qui l'ajustera au mieux de sa situation et de ses contraintes, est une &#233;norme fable. Les actionnaires exigent, et ils ont les moyens d'obtenir. Ces moyens sont inscrits dans les structures m&#234;mes du capitalisme actionnarial :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; la parfaite libert&#233; de mouvement des capitaux pour commencer, bien s&#251;r (mais il faut toujours en revenir &#224; &#231;a &#8212; et &#224; l'article 63 du trait&#233; sur le fonctionnement de l'Union europ&#233;enne qui la sanctuarise) ; &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la cotation en continu qui cr&#233;e les conditions d'une n&#233;gociabilit&#233; permanente ; &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le d&#233;mant&#232;lement du syst&#232;me des participations crois&#233;es.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;faire les participations crois&#233;es, maximiser le pouvoir des actionnaires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point, qui pourra para&#238;tre aussi technique-abscons que la cotation en continu, emporte en fait des cons&#233;quences au moins aussi vastes. Fut un temps &#8212; on l'appelait le fordisme &#8212; o&#249;, en effet, dans le capitalisme fran&#231;ais (et pas seulement), r&#233;gnaient les participations crois&#233;es. Une entreprise A d&#233;tenait une participation, significative, dans le capital de l'entreprise B qui, r&#233;ciproquement. Et la configuration bilat&#233;rale &#233;tait ais&#233;ment &#233;tendue &#224; des petits ensembles de participations en r&#233;seau. Des sortes de clubs capitalistiques si l'on veut. Laurent Mauduit, alors chef du service &#233;conomique de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, puis du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, parlant sans m&#234;me s'en rendre compte le langage des fonds de pension et du capitalisme actionnarial, s'&#233;tait empress&#233; d'y voir de regrettables syndicats de protection capitalistique mutuelle &#8212; &lt;i&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.nouvelobs.com/opinions/20071115.OBS4955/un-capitalisme-de-barbichette.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;le capitalisme de la barbichette&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;&lt;/i&gt;, a-t-il d&#251; &#233;crire quelques dizaines de fois puisque &#231;'aura &#233;t&#233; son apport conceptuel majeur &#8212; autrement dit, le capitalisme fran&#231;ais dans toute sa splendeur encro&#251;t&#233;e, recroquevill&#233; sur ses rentes de situation &#224; reproduire. Alors qu'au dehors soufflaient les grands vents vivifiants du capitalisme actionnarial, avec ses toniques OPA et ses r&#233;allocations du capital, certes un peu brutales &#8212; mais tellement efficientes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Et, en effet :&lt;/strong&gt; l&#224; o&#249; les participations crois&#233;es, terriblement &lt;i&gt;old school&lt;/i&gt;, ont &#233;t&#233; d&#233;faites, le capital flotte librement en Bourse, les titres de propri&#233;t&#233; sont offerts &#224; qui voudra (et pourra) les ramasser, un raider, par exemple, qui aura vu le cours fl&#233;chir, analys&#233; la sous-performance, et se sera propos&#233; de d&#233;gager les encro&#251;t&#233;s &#8212; ces managers incapables de servir convenablement les actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les participations crois&#233;es &#233;taient peut-&#234;tre ringardes, il devait bien leur arriver de prot&#233;ger des situations acquises, mais elles &#233;taient formidablement stabilisatrices : les clubs de protection capitalistique mutuelle&#8230; prot&#233;geaient. Si bien que, s&#233;curisant la propri&#233;t&#233;-actions du capital, elles relevaient les entreprises de la crainte permanente des pr&#233;dateurs, donc de la n&#233;cessit&#233; de tenir le cours de Bourse sous st&#233;ro&#239;des pour dissuader une &#233;ventuelle OPA, en la rendant trop co&#251;teuse et trop peu rentable. Ce faisant, permettaient de d&#233;ployer des strat&#233;gies industrielles un peu rationnelles, dans des horizons temporels ad&#233;quats, &#233;ventuellement contre l'opinion des &#171; march&#233;s &#187; &#8212; dont les furies &#233;taient neutralis&#233;es puisque la propri&#233;t&#233; du capital &#233;tait &#224; l'abri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;nouement des participations crois&#233;es a &#233;t&#233; le parach&#232;vement du capitalisme actionnarial, double sacrifice : &#224; la th&#232;se (fausse) de &#171; l'efficience allocative des march&#233;s &#187;, et &#224; l'id&#233;ologie (frelat&#233;e) de la chasse aux situations &#233;tablies et de la saine remise en question permanente. Lorsque les patrons, la main sur le c&#339;ur, jurent qu'ils sont tr&#232;s d&#233;sol&#233;s de devoir faire &#171; toutes ces choses &#187; &#8212; d&#233;localiser, licencier, intensifier, sous-payer &#8212; mais qu'ils &#171; ne peuvent pas faire autrement &#187;, le pire est qu'il y a une tranche de v&#233;rit&#233; dans ce discours d&#233;go&#251;tant. Il est hors de doute qu'ils se font bien plaisir au passage, s'enrichissent comme gorets &#224; coup de bonus et de stock-options, mais il n'est pas moins vrai qu'&#224; &#171; ne pas le faire &#187;, ils finiront avec les actionnaires sur le dos et, &#224; terme, d&#233;gag&#233;s. Car, de nouveau, &#171; les actionnaires sur le dos &#187; signifie, non pas tant un putsch de conseil d'administration (&#231;a, c'&#233;tait le capitalisme &#224; l'ancienne, et les m&#339;urs y &#233;taient polic&#233;es), qu'une d&#233;gringolade en Bourse, suivie d'une OPA. Lorsque la v&#233;rit&#233; objective du pire est ainsi &#233;tablie, il faut chercher les structures qui l'&#233;tablissent &#8212; et les d&#233;truire. Ces structures, en l'occurrence, sont celles de la Bourse. Il faut donc fermer la Bourse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut la fermer sans regret puisque, si ses nuisances sont certaines, ses suppos&#233;s b&#233;n&#233;fices sont en r&#233;alit&#233; inexistants, et ceci du point de vue m&#234;me des entreprises. En r&#233;alit&#233;, dans la configuration d'un capitalisme domin&#233; par les actionnaires, toutes les &#171; promesses des fonds propres &#187; sont frauduleuses. Celle de leur r&#233;mun&#233;ration &#224; la discr&#233;tion des entreprises, pour commencer. Si bien qu'on poserait &#224; bon droit la question de savoir, du financement obligataire et du financement actionnarial, lequel peut revendiquer la sup&#233;riorit&#233; actuarielle. Certes les avances obligataires sont remboursables &#224; maturit&#233; et les avances actionnariales ne le sont pas, mais ces derni&#232;res sont &#224; r&#233;mun&#233;rer &#233;ternellement et dans les conditions exorbitantes d&#233;termin&#233;es par le pouvoir des actionnaires. Au total ? Il se trouvera bien (il s'est d&#233;j&#224; trouv&#233; ?) des &#233;conomistes pour tenter la comparaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &#171; promesse des fonds propres &#187;, il y avait aussi une promesse de temporalit&#233; : pr&#233;cis&#233;ment du fait qu'&#233;tant non remboursables, donc de maturit&#233; infinie, ils offrent des horizons temporels &#233;tendus en cons&#233;quence. Bien s&#251;r, il est toujours possible d'&#233;mettre des obligations de tr&#232;s long terme, mais cette possibilit&#233; est r&#233;serv&#233;e aux plus grosses entreprises. Pour produire tous leurs effets, les temporalit&#233;s allong&#233;es de fonds propres doivent se compl&#233;ter avec la r&#233;mun&#233;ration &lt;i&gt;effectivement &lt;/i&gt;discr&#233;tionnaire des actionnaires : une entreprise se lance dans un projet lourd, tr&#232;s co&#251;teux au commencement, mais prometteur de b&#233;n&#233;fices&#8230; &#224; terme. Quel terme ? Justement on ne sait pas &#8212; si ce n'est qu'il est &#233;loign&#233;. Ce genre de situation semble par excellence l'indication d'une solution de financement en fonds propres : l'entreprise n'a pas &#224; rembourser comme elle aurait &#224; le faire, &#224; &#233;ch&#233;ance, avec un financement obligataire, et elle peut formellement diff&#233;rer de r&#233;mun&#233;rer les actionnaires jusqu'&#224; ce que se mat&#233;rialisent les b&#233;n&#233;fices. Malheureusement, ce sch&#233;ma notionnel est m&#233;thodiquement d&#233;truit par le capitalisme actionnarial, pour toutes les raisons qui viennent d'&#234;tre expos&#233;es : court-termisme et cupidit&#233;, l'une et l'autre inscrit dans ses structures &#8212; capital-action flottant, n&#233;gociabilit&#233; permanente (cotation en continu), pouvoir actionnarial d'obtenir sans restriction. Un &lt;i&gt;Airbus&lt;/i&gt; ou une &lt;i&gt;Arianespace&lt;/i&gt; financ&#233;s en fonds propres &#224; l'&#233;poque du capitalisme actionnarial n'auraient jamais vu le jour, ou tenu jusqu'&#224; l'horizon de &lt;i&gt;payback&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les v&#233;ritables cas de fonds propres sont beaucoup plus rares que ne le raconte l'id&#233;ologie actionnariale, tellement rares qu'&#233;tant donn&#233;es au surplus les nuisances boursi&#232;res, la question d'une &#233;conomie largement sans fond propres se pose tr&#232;s l&#233;gitimement. La plupart des projets d'investissement sont justiciables d'un financement externe par la dette, cr&#233;dit bancaire ou obligations. Puisqu'il &#233;tait question d'&lt;i&gt;Airbus&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;Arianespace&lt;/i&gt;, et d'une question l&#233;gitime l'autre, on mettra volontiers &#224; l'ordre du jour l'id&#233;e que seule la puissance publique serait fond&#233;e &#224; intervenir en fonds propres, puisque c'est elle qui est la plus appropri&#233;e aux horizons temporels des &#171; cas de fonds propres &#187; et qui, n'&#233;tant pas mue par la pure rationalit&#233; micro&#233;conomique cupide de court terme, nous &#233;pargnerait le parasitage actionnarial. Nous savons maintenant quel sens donner ici &#224; &#171; la puissance publique &#187; : le sens du &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-banques-credit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, plus justement rebaptis&#233; &lt;i&gt;syst&#232;me socialis&#233; du financement&lt;/i&gt;, avec sa structure d&#233;centralis&#233;e, f&#233;d&#233;rale, subsidiaire&#8230; et sp&#233;cialis&#233;e. Incluant donc la possibilit&#233; pour certaines de ses branches d'intervenir en fonds propres dans les cas qui en seront jug&#233;s justiciables.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D'une &#233;conomie avec Bourse &#224; une &#233;conomie sans&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;conomie sans Bourse est parfaitement concevable. &#192; tout prendre, la question la plus d&#233;licate est celle de savoir comment y parvenir &#8212; quand on part d'une &#233;conomie avec. Il y a environ &lt;a href=&#034;https://www-ceicdata-com.translate.goog/en/indicator/france/market-capitalization&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;3 500 milliards de capitalisation-action&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dans la nature en France. Qu'advient-il d'eux au moment o&#249; on d&#233;clare &#171; Bourse, &lt;i&gt;adios&lt;/i&gt;, ferm&#233;e &#187; ? Les titres deviennent ipso facto non n&#233;gociables, c'est dire qu'ils perdent instantan&#233;ment toute valeur ou presque. 3 500 milliards de pertes patrimoniales d'un coup, &#231;a n'est pas tout &#224; fait rien. Certes les pertes r&#233;elles se comptent &#224; partir des prix d'acquisition, moins &#233;lev&#233;s, et sans doute de beaucoup, que les cours instantan&#233;s. Tout de m&#234;me, il faut examiner de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour commencer, qui d&#233;tient des actions dans ce pays ? [France]&lt;/strong&gt; Il y a une extr&#233;mit&#233; de l'&#233;chelle sociale qui ne pose pas de doute : les tr&#232;s riches en ont, ils en ont m&#234;me beaucoup. Que ces gens essuient quelques &#233;vaporations de portefeuille, &#231;a n'est ni un probl&#232;me &#233;conomique ni un probl&#232;me politique de grande importance. Quel est le p&#233;rim&#232;tre de &#171; ces gens &#187;, c'est une question toujours d&#233;licate, notamment du fait des effets de discontinuit&#233; qui peuvent s'en suivre et demanderaient des solutions &#224; gradient. &#201;tant donn&#233; l'effarant degr&#233; de concentration des richesses, on peut cependant imaginer que ce petit nombre porterait &#224; lui seul une tr&#232;s grande partie de &#171; l'&#233;vaporation &#187;. Pour certains, elles pourraient &#234;tre totale, sans dommage &#8212; pour la collectivit&#233;, &#224; laquelle ils ont beaucoup nui dans le pass&#233; &#8212;, et leurs patrimoines-actions seraient purement et simplement annul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y a pas que des tr&#232;s riches, ou m&#234;me des riches, &#224; d&#233;tenir des actions. Beaucoup d'autres m&#233;nages, le sachant ou non d'ailleurs, peuvent se trouver patrimonialement impliqu&#233;s dans les march&#233;s d'actions : &#233;pargne-vie, PEA, Sicav &#171; actions &#187;, etc. On leur imposera difficilement la m&#234;me perte s&#232;che qu'&#224; Bernard Arnault. Mais comment compenser &#8212; et en particulier : par qui faire compenser ? Par les institutions financi&#232;res qui les ont impliqu&#233;s ? On mesure d'ici la crise de liquidit&#233; dans laquelle les jetterait cette compensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a qu'une seule solution g&#233;n&#233;rique &#224; ce type de probl&#232;me :&lt;/strong&gt; la solution du lissage, c'est-&#224;-dire de l'&#233;talement temporel. Par exemple par conversion des actions en obligations, &#224; charge continu&#233;e de l'entreprise &#233;mettrice donc, &#224; un taux d'int&#233;r&#234;t conventionnellement fix&#233; : et le titre continue de rapporter, &#171; comme s'il &#187; &#233;tait une action. Pour &#234;tre rembours&#233; &#224; l'&#233;ch&#233;ance &#8212; &#233;quivalent fonctionnel de la sortie par revente du titre sur le march&#233;. Probl&#232;me de la solution : pour qu'il y ait lissage, il faut que la maturit&#233; de l'obligation en laquelle l'action a &#233;t&#233; convertie soit suffisamment longue ; or, quand ils ont fait l'acquisition de leurs actions, les m&#233;nages devaient avoir en t&#234;te un certain horizon temporel de d&#233;tention, partant de d&#233;gagement pour r&#233;acc&#233;der &#224; leurs fonds, peut-&#234;tre plus court. Il n'est donc pas certain que tout ceci se corresponde : la maturit&#233; de l'obligation et l'horizon d'investissement-actions des m&#233;nages concern&#233;s. Que se passera-t-il en cas de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.iotafinance.com/Definition-risque-de-mismatch.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;mismatch&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, comme dit la finance ? C'est &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la tranche interm&#233;diaire de ceux qui, sans &#234;tre des super-riches, sont tout de m&#234;me suffisamment riches pour qu'on leur retire la r&#233;cup&#233;ration finale (le remboursement &#224; &#233;ch&#233;ance de l'obligation-substitut), on pourrait imaginer une formule d'ailleurs d&#233;j&#224; pratiqu&#233;e par des caisses de retraite par capitalisation au moment de la liquidation de la pension : la sortie en rente. Soit un &#233;quivalent de titre &#224; revenu fixe (l&#224; encore conventionnellement d&#233;termin&#233;) mais perp&#233;tuel, donc sans &#233;ch&#233;ance de &#171; remboursement &#187;, perp&#233;tuel signifiant : courant jusqu'au d&#233;c&#232;s du souscripteur, &#233;videmment sans transmission successorale, c'est-&#224;-dire avec extinction du titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conversion en obligation remboursable &#224; maturit&#233; ou en rente perp&#233;tuelle : dans les deux cas, la charge financi&#232;re reste &#224; l'ex-entreprise cot&#233;e &#8212; comme elle lui serait revenue si ses actions avaient perdur&#233;. On voit venir que, hormis le cas des super-riches pour lequel il y aura, selon le mot r&#233;jouissant de Keynes, &lt;i&gt;&#171; euthanasie des rentiers &#187;&lt;/i&gt;, les diff&#233;rentes formules de conversion ne se feront probablement pas &#224; &#233;quivalence actuarielle. Partant, il y aura des pertes &#8212; &#224; r&#233;partir : entre ex-entreprises cot&#233;es, diff&#233;rentes classes de m&#233;nages, institutions financi&#232;res qui seront sollicit&#233;es au titre des formidables profits pass&#233;s qu'elles ont r&#233;alis&#233;s avec leurs activit&#233;s &#171; actions &#187;, et, &#233;ventuellement une caisse publique d'amortissement. Il faudra trouver selon quelle cl&#233;. Et &#231;a ne s'annonce pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un programme de travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On cachera difficilement que tout ceci, en l'&#233;tat, est passablement flou. Depuis que cette s&#233;rie de textes a &#233;t&#233; lanc&#233;e, on devrait cependant en avoir compris le principe. Sa base de d&#233;part est d'une solidit&#233; granitique : il faut d&#233;truire la finance n&#233;olib&#233;rale. La suite est une affaire de d&#233;sir : de d&#233;sir politique de penser dans une certaine direction. Avec ce que d&#233;sir requiert d'opini&#226;tret&#233;. C'est-&#224;-dire de ne pas c&#233;der d&#232;s que se pr&#233;sentent les objections et les difficult&#233;s &#8212; pour certaines bien r&#233;elles. Mais d'insister. Ceci n'est donc certainement pas un plan cl&#233;s en mains : c'est un programme de travail. S'y joindront tous ceux qui ne doutent pas de sa direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On les reconna&#238;tra &#224; ce qu'ils ont l'imagination pers&#233;v&#233;rante. Car, comme toujours quand il s'agit de d&#233;sir politique &#224; poursuivre, c'est affaire d'imagination libre et obstin&#233;e. L'imagination pers&#233;v&#233;rante est celle qui tient fermement sa vis&#233;e et ne se laisse pas enfermer dans les images de l'h&#233;g&#233;monie, ni sans ses directions de pens&#233;e oblig&#233;es ni dans ses impossibilit&#233;s de penser. Exemple : R&#233;gis &lt;a href=&#034;https://x.com/goulag2023/status/1648763117864640537&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Monstrueux tas de fric &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; Portalez poste un &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/smart-cities/article/2019/01/29/vienne-l-utopie-realisee-du-logement-pour-tous_5416087_4811534.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;article&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dont on se demande par quel formidable loup&#233; de la chefferie il a bien pu &#234;tre publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. Il y est question du logement &#224; Vienne &#8212; aujourd'hui. Blaise Gauquelin, l'auteur de l'article, nous apprend qu'ayant d&#233;velopp&#233;, et maintenu, depuis 1919 un programme de logement social, la capitale viennoise y case plus de 60 % de ses habitants, pour des loyers entre 350 et 700 euros. On compare avec Paris, on croit qu'on r&#234;ve. La ville est le principal bailleur, &#224; chaque nouvel occupant, le logement est repeint &#224; neuf ; la mixit&#233; est telle qu'une adresse ne saurait donner aucune indication de groupe social.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Exp&#233;rience de pens&#233;e n&#176;1 :&lt;/strong&gt; on soumet cette id&#233;e &#224; n'importe quel n&#233;olib&#233;ral, m&#234;me pas la peine d'aller chercher jusqu'&#224; cette brute libertarienne de Kasbarian. Yeux qui roulent, bras au ciel, soupirs de consternation &#8212; &#171; une telle ignorance des lois naturelles du march&#233; immobilier &#187;. Or, c'est. Et c'est &#224; l'exact envers du parasitisme des bailleurs priv&#233;s, de l'investissement locatif, de la rapine Airbnb, et de tout ce que le n&#233;olib&#233;ralisme c&#233;l&#232;bre comme principe unique de l'efficacit&#233; immobili&#232;re. Et qu'il impose comme image unique. Qui interdirait radicalement l'image viennoise&#8230; si elle n'existait dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Exp&#233;rience de pens&#233;e n&#176;2 :&lt;/strong&gt; proposer aux &#201;tats-Unis une autre image du financement des retraites. Il s'agit de pr&#233;lever des cotisations avec lesquelles on paye les retraites contemporaines. &#199;a n'est pas du salaire diff&#233;r&#233;, car &#231;a n'est pas de la pr&#233;voyance individuelle : c'est de la solidarit&#233; instantan&#233;e. On appelle &#231;a la &#171; r&#233;partition &#187;. Compl&#232;tement d&#233;boussol&#233;, l'&#233;tasunien. Persuad&#233; que son interlocuteur est sous produits &#8212; &#233;videmment : il n'a en t&#234;te que des images de fonds de pension. Ne peut imaginer autre chose, et rien dans le d&#233;bat public de son pays ne peut l'y induire. Or l&#224; encore : la chose qui lui para&#238;t un comble de d&#233;raison &lt;i&gt;existe&lt;/i&gt; &#8212; ailleurs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Fermer la Bourse rel&#232;ve du m&#234;me exercice de d&#233;calage. Que l'&#233;conomie sans Bourse n'existe pas ne saurait donc en aucun cas &#234;tre un argument, ni que l'id&#233;e semble de la derni&#232;re extravagance aux partisans de l'image actuelle, acharn&#233;s, comme de juste, &#224; soutenir qu'il n'est aucune autre image possible. Le d&#233;sir opini&#226;tre et son imagination pers&#233;v&#233;rante soutiennent au contraire que si. Et persiste &#224; approfondir, dans toutes les directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par exemple dans celle de l'IA :&lt;/strong&gt; l'imaginer sans son barnum financiaris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Frederic-Lordon&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour son blog &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dans &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les blogs du &#171; Diplo &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-fermer-la-bourse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 22 juin 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re &#8211; 1 :&lt;br/&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-1UNE-FENETRE-HISTORIQUE&#034;&gt;UNE FENETRE HISTORIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
Toutes les versions de cet article : [&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/La-politica-de-la-crisis-financiera-1UNA-VENTANA-HISTORICA&#034;&gt;Espa&#241;ol&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;] [fran&#231;ais]
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 2 :&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-2-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-PRINCIPES-ET-METHODES&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : PRINCIPES ET METHODES&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
Toutes les versions de cet article : &lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politica-de-la-crisis-financiera-2-DESMANTELANDO-LAS-FINANZAS-NEOLIBERALES-PRINCIPIOS-Y-METODOS&#034;&gt;&lt;strong&gt;Espa&#241;ol&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; [fran&#231;ais]
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 3 :&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-3-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-BANQUES-CREDIT-DETTE&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : BANQUES, CREDIT, DETTE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
Toutes les versions de cet article : [&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politica-de-la-crisis-financiera-3DESMANTELANDO-LAS-FINANZAS-NEOLIBERALES-BANCOS-CREDITO-DEUDA&#034;&gt;Espa&#241;ol&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; [fran&#231;ais]
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 4 :&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-4DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-ACTIONS-ET-ACTIONNAIRES&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : ACTIONS ET ACTIONNAIRES&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
Toutes les versions de cet article : [&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politica-de-la-crisis-financiera-4-DESTRUYENDO-LAS-FINANZAS-NEOLIBERALES-ACCIONES-Y-ACCIONISTAS&#034;&gt;&lt;strong&gt;Espa&#241;ol&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;] [Fran&#231;ais]&lt;/center&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;b&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Frederic-Lordon&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est un &#233;conomiste qui travaille avec la philosophie, selon sa propre d&#233;finition, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l'auteur de &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, octobre 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-5DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-FERMER-LA-BOURSE&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 28 juin 2026.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Politique de la crise financi&#232;re, 4DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : ACTIONS ET ACTIONNAIRES</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-4DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-ACTIONS-ET-ACTIONNAIRES</link>
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		<dc:date>2026-06-26T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;On en &#233;tait au syst&#232;me bancaire et aux march&#233;s obligataires. Qui viennent de prendre un vieux coup. Et les actions ? D'abord saisies du c&#244;t&#233; des &#233;pargnants &#8212; du c&#244;t&#233; des riches. Les fortunes, &#224; l'enthousiasme un peu refroidi avec les obligations, ne pourraient-elles aller s'investir dans les actions ? (...) Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On en &#233;tait &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-banques-credit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;au syst&#232;me bancaire et aux march&#233;s obligataires&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Qui viennent de prendre un vieux coup. Et les actions ? D'abord saisies du c&#244;t&#233; des &#233;pargnants &#8212; du c&#244;t&#233; des riches. Les fortunes, &#224; l'enthousiasme un peu refroidi avec les obligations, ne pourraient-elles aller s'investir dans les actions ? En effet, ce ne sera pas impossible. Il faut toutefois leur faire conna&#238;tre l&#224; encore les nouvelles conditions qui viennent avec cette possibilit&#233;. C'est que la voie des fonds propres, comme elle a &#233;t&#233; am&#233;nag&#233;e dans la finance n&#233;olib&#233;rale, n'est pas moins toxique que celle de la dette. Et d'une toxicit&#233; qui passe par deux effets aussi pernicieux l'un que l'autre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le fl&#233;au de la liquidit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'effet de la liquidit&#233; d'abord. La liquidit&#233; est la propri&#233;t&#233; sacro-sainte de la finance n&#233;olib&#233;rale, sa &#171; chose &#187; &#224; pr&#233;server par-dessus tout &#8212; celle dont nous allons la priver. On comprend qu'elle y tienne : la liquidit&#233; est la garantie de satisfaction du d&#233;sir financier dans ses moindres fluctuations : je veux, j'ach&#232;te ; &#231;a ne me pla&#238;t plus, je revends aussit&#244;t ; je veux autre chose, j'ach&#232;te autre chose ; je reveux la premi&#232;re, je la rach&#232;te. Et ceci &lt;i&gt;&#224; tout instant&lt;/i&gt;. Derri&#232;re la propri&#233;t&#233; &#171; technique &#187; de la liquidit&#233;, il y a une proposition d&#233;sirante, il faudrait m&#234;me dire : une proposition pulsionnelle, irr&#233;sistible, faite aux individus de la finance. L'id&#233;ologie de la finance n&#233;olib&#233;rale justifie la liquidit&#233; par la &#171; fluidit&#233; &#187; de l'allocation du capital. Comme si l'allocation du capital &#8212; dans les entreprises &#8212; devait &#234;tre rejou&#233;e &#224; chaque instant. Et m&#234;me : comme si elle &lt;i&gt;pouvait&lt;/i&gt; l'&#234;tre. L'id&#233;ologie dit aussi : on ne convaincra les &#233;pargnants d'investir dans une entreprise qu'&#224; leur laisser la possibilit&#233; de reconsid&#233;rer leur investissement et de s'en d&#233;gager. &#192; tout instant. La finance n&#233;olib&#233;rale a donc d&#233;velopp&#233; une notion de l'engagement assez particuli&#232;re : mesur&#233;e en nanosecondes. Puisque telle est la temporalit&#233; de transactions d&#233;sormais autoris&#233;e par le &lt;i&gt;flash trading&lt;/i&gt;. Voil&#224; : je m'engage. Une nanoseconde plus tard : en fait, s&#233;parons-nous bons amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liquidit&#233; est concr&#232;tement appareill&#233;e dans la cotation en continu. La cotation en continu : typiquement de ces machins techniques et abscons auxquels personne ne pr&#234;te la moindre attention &#8211; pour lesquels, comme dirait Sandra Lucbert, &lt;a href=&#034;https://www.seuil.com/ouvrage/personne-ne-sort-les-fusils-sandra-lucbert/9782021456554&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;personne ne sort les fusils&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Pourtant d'une importance consid&#233;rable, structurante &#8212; institu&#233;e en deux &#233;tapes, 1986 et 1989 par le meilleur ami de la finance, comme toujours : le socialisme de gouvernement. D'une importance structurante, en effet, puisqu'elle instaure une temporalit&#233; g&#233;n&#233;rale du contr&#244;le de la finance sur les entreprises : extraordinairement raccourcie. Il n'est pas fortuit que la cotation en continu se soit rapidement accompagn&#233;e de la pratique du &lt;i&gt;reporting&lt;/i&gt; trimestriel auquel les grandes entreprises cot&#233;es se sont trouv&#233;es contraintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a n'est pas que l'un ne puisse exister sans l'autre &#8212; la preuve pour le moins inattendue en &#233;tant donn&#233;e par Trump qui envisage d'abolir l'obligation du &lt;i&gt;reporting&lt;/i&gt; trimestriel ! &#8212;, mais que les deux, ensemble, forment &#224; l'&#233;vidence un ensemble coh&#233;rent dans la distorsion des temporalit&#233;s &#233;conomiques. &#192; chaque trimestre, donc, les entreprises ont d&#251; pr&#233;senter leurs r&#233;sultats, comme si une &#233;valuation de ce genre avait le moindre sens eu &#233;gard &#224; ce que sont les temporalit&#233;s r&#233;elles de l'investissement &#8212; physique ! &#8212;, de l'innovation, ou des r&#233;visions strat&#233;giques. Or, de ces &#233;valuations trimestrielles, r&#233;sultent des effets tr&#232;s concrets : car la cotation en continu &lt;i&gt;r&#233;agit&lt;/i&gt; &#8212; &#224; ces nouvelles informations. Qu'elles soient intrins&#232;quement ineptes ne les emp&#234;chent pas de produire des mouvements des cours, parfois consid&#233;rables, lorsque se produisent, par exemple, ces situations que les salles de march&#233; se sont mises &#224; appeler &lt;i&gt;profit warning&lt;/i&gt; : &#224; savoir lorsque les r&#233;sultats trimestriels annonc&#233;s ne sont pas &#224; la hauteur de ce qui avait &#233;t&#233; annonc&#233;. Un r&#233;sultat trimestriel&#8230; C'est-&#224;-dire une &#171; donn&#233;e &#187; priv&#233;e de la moindre signification &#233;conomique. Sur la base de laquelle, n&#233;anmoins, les investisseurs prendront des d&#233;cisions, d'achat ou de vente, qui conduiront &#224; des variations peut-&#234;tre significatives du cours de Bourse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais qui ces variations peuvent-elles int&#233;resser ?&lt;/strong&gt; En fait tout le monde. Et jusqu'aux salari&#233;s, spectateurs passifs d'un jeu qui peut les saisir avec une terrible violence. Par exemple, si les dirigeants de l'entreprise, inquiets de voir leur cours plonger, d&#233;cident, pour le trimestre suivant, de revenir avec des r&#233;sultats cette fois &#233;tincelants. Qui auront &#233;t&#233; gagn&#233;s comment ? Comme d'habitude : par des combinaisons d'augmentation de productivit&#233; et de r&#233;duction de masse salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de dire que les patrons aussi y sont int&#233;ress&#233;s. Encore faut-il savoir comment. Bien s&#251;r parce qu'on les a transform&#233;s en actionnaires &#224; coup de stock-options &#8212; int&#233;r&#234;t direct. Mais plus encore, parce que le cours de Bourse est &lt;i&gt;leur&lt;/i&gt; param&#232;tre : celui qui d&#233;termine leurs chances de rester &#224; leur poste &#8212; ou d'en &#234;tre &#233;ject&#233;s. Valoir cher en Bourse est le meilleur moyen, en fait le seul, de d&#233;courager les pr&#233;dateurs &#8212; l'OPA hostile. Celle qui d&#233;capitera l'&#233;quipe dirigeante pour installer dans la place encore chaude la clique du nouveau propri&#233;taire. Alors les occupants, pour se maintenir envers et contre les pr&#233;dateurs qui rodent, fouettent l'entreprise enti&#232;re, pour lui faire cracher le bon rendement des capitaux propres qui font les bons &lt;i&gt;reportings&lt;/i&gt; trimestriels qui font les cours boursiers en forme qui font les actionnaires repus qui font les pr&#233;dateurs &#233;loign&#233;s qui font les dirigeants &#224; l'aise. Et les salari&#233;s maltrait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Revenir au fixing&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc tout &#231;a aussi dans le &#171; machin abscons &#187; de la cotation continue. M&#234;me si elle est, avant toute autre chose, la condition de possibilit&#233; de la fr&#233;n&#233;sie sp&#233;culative : la condition pour transacter et retransacter &#224; tout instant, le cas &#233;ch&#233;ant &#224; chaque nanoseconde, pendant que les cours s'ajustent instantan&#233;ment. Toutes les raisons militent donc pour y mettre un terme. Cependant, en mati&#232;re d'actions, le principe de d&#233;tention, pos&#233; pour les obligations, ne peut pas trouver &#224; s'appliquer tel quel. C'est que le principe de d&#233;tention prescrit de conserver le titre acquis jusqu'&#224; sa maturit&#233;, or, pr&#233;cis&#233;ment, si les obligations ont par construction une maturit&#233; &#8212; l'&#233;ch&#233;ance de l'emprunt dont elles sont une part &#8212;, les actions n'en ont pas : elles sont des titres &#224; maturit&#233; formellement infinie. Les actions sont des avances non-remboursables. On peut contraindre un &#233;pargnant &#224; conserver un titre obligataire 1, 5 ou 10 ans. On ne peut pas le contraindre &#224; garder un titre actionnarial &lt;i&gt;&#224; vie&lt;/i&gt;. Il s'agit donc de d&#233;terminer les conditions dans lesquelles il sera autoris&#233; &#224; s'en d&#233;faire. Cette condition a un nom : &lt;strong&gt;le &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi marchait la Bourse avant la cotation en continu : les ordres d'achat et de vente &#233;taient collationn&#233;s toute la journ&#233;e, des cours interm&#233;diaires, fictifs, &#233;taient r&#233;vis&#233;s tout au long du processus de leur arriv&#233;e, jusqu'&#224; ce que la journ&#233;e boursi&#232;re vienne &#224; son terme. Alors on arr&#234;tait les compteurs, c'est-&#224;-dire le processus de r&#233;vision du prix &#8212; qui &#233;tait &lt;i&gt;fix&#233;&lt;/i&gt; &#224; sa derni&#232;re valeur. Et toutes les transactions enregistr&#233;es &#233;taient ensuite r&#233;alis&#233;es &#224; ce prix de &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt;. Au lieu qu'il y ait un prix &#224; la nanoseconde et des transactions permanentes, il y avait un prix pour la journ&#233;e de Bourse, qui se cl&#244;turait par la r&#233;alisation de tous les ordres pass&#233;s. &lt;i&gt;Un&lt;/i&gt; prix. Pour la journ&#233;e enti&#232;re. Ce qui signifie, de fait, que les titres &#233;taient au moins d&#233;tenus pour toute cette journ&#233;e, puisque des transactions ne pouvaient avoir lieu tant qu'on n'&#233;tait pas arriv&#233; au &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce principe du &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt; auquel il faut revenir. Pour une raison &#224; la fois simple et profonde : c'est lui qui d&#233;termine la temporalit&#233; des &#233;changes. La p&#233;riodicit&#233; du &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt; est donc un param&#232;tre n&#233;vralgique s'il s'agit de restructurer les temporalit&#233;s de la finance &#8212; en l'occurrence de les &#171; d&#233;-courtermiser &#187;. On pourrait par exemple envisager un &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt; trimestriel, ou annuel. Annuel serait bien, pour &#233;tablir une &#233;galit&#233; de traitement avec la d&#233;tention des obligations, dont la plus courte &#233;ch&#233;ance a &#233;t&#233; pos&#233;e &#224; un an. Moins qu'annuel ne serait pas mal non plus pour inciter &#233;ventuellement les &#233;pargnants &#224; ne pas tout mettre en obligations. En tout cas que des investisseurs soient contraints de d&#233;tenir leur titre sur une ann&#233;e enti&#232;re (semestre, trimestre), sans pouvoir s'en d&#233;faire entre temps, c'est le sens minimal qu'on puisse donner &#224; la notion d'engagement financier. On dira qu'en un an il peut s'en passer des choses, et que pendant ce temps on sera priv&#233; de la possibilit&#233; de r&#233;agir &#8212; comprendre : de se barrer. C'est vrai. De nouveau : comme les banques avec leurs pr&#234;ts, comme les investisseurs dans les fonds de &lt;i&gt;private credit&lt;/i&gt;. Objection non retenue, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que dans cette nouvelle organisation de la finance, les formules d'investissement propos&#233;es aux &#233;pargnants seront fort peu nombreuses et tr&#232;s standardis&#233;es, que l'investissement dans des actions ne concernera, comme aujourd'hui, que les centiles sup&#233;rieurs de la population &#233;pargnante, qu'il sera (restera) donc un jeu de riches, et qu'on ne laissera pas un jeu de riches d&#233;stabiliser les entreprises. En revanche on pourra imaginer de diff&#233;rencier les investisseurs par la dur&#233;e de d&#233;tention &#224; laquelle ils consentiront, &#233;videmment &#224; partir du plancher de &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt; annuel. Plusieurs avantages pourraient constituer des incitations &#224; cette d&#233;tention allong&#233;e. Par exemple des droits de vote multiples &#224; exercer en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. L&#224; o&#249; la participation actionnariale standard est r&#233;gie par le principe 1 action / 1 voix, la participation de l'investisseur &#224; engagement prolong&#233; pourrait &#234;tre de N voix par titre, avec N &gt; 1. De m&#234;me d'ailleurs pour les dividendes qui, pourraient eux aussi &#234;tre affect&#233;s de coefficients proportionnels &#224; la dur&#233;e de d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;SLAM&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les dividendes&#8230; Il est temps d'en parler. La premi&#232;re nuisance de la finance actionnariale r&#233;sidait dans les effets pernicieux de la sacro-sainte propri&#233;t&#233;, la liquidit&#233; : condition de la fr&#233;n&#233;sie sp&#233;culative, distorsion dramatiquement court-termiste des temporalit&#233;s &#233;conomiques, la liquidit&#233; ne &#171; parle &#187; que les int&#233;r&#234;ts de la finance, en aucun cas ceux de la production. C'est cependant lorsqu'on en arrive &#224; la r&#233;mun&#233;ration du capital financier qu'on entre vraiment dans le dur &#8212; et en l'&#233;tat des choses n&#233;olib&#233;rales, dans l'obsc&#232;ne, dans le scandaleux. Tout ceci est parfaitement connu, il n'y a donc pas lieu de s'y appesantir. Encore que. Il y a longtemps d&#233;j&#224; (2013), une fine &#233;quipe du Centre lillois d'&#233;tudes et de recherches sociologiques et &#233;conomiques (Clers&#233;) avait produit &lt;a href=&#034;https://ires.fr/publications/cgt/le-cout-du-capital-entre-pertes-et-detournement-de-richesses-mieux-saisir-le-capital-pour-en-mesurer-le-cout-pour-la-societe/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un travail sensationnel&lt;/a&gt; pour aboutir &#224; une estimation du co&#251;t du capital pour les entreprises &#8212; en fait pour installer dans le d&#233;bat &#233;conomique l'id&#233;e qu'il n'y avait pas que le co&#251;t du travail, la jouissive obsession de tous les n&#233;olib&#233;raux de la presse et du patronat, rab&#226;ch&#233;e en continu et jusqu'&#224; saturation, mais aussi un &lt;i&gt;co&#251;t du capital&lt;/i&gt;, qu'il est carabin&#233; et que, &#233;tonnamment, &#231;a n'est jamais de ce c&#244;t&#233; qu'on cherche &#224; raboter pour rendre les entreprises comp&#233;titives. Alors qu'il y aurait lieu. C'&#233;tait il y a 13 ans et, plus &#233;tonnamment encore, aucun compte n'a jamais &#233;t&#233; tenu ni de ce travail ni de ceux, qui avant ou apr&#232;s, demandaient qu'on songe &#224; regarder dans cette direction. Ce qui n'emp&#234;che nullement la presse bourgeoise, ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, de publier les records, toujours battus, des dividendes vers&#233;s par les entreprises du CAC 40 &#224; leurs actionnaires. Pour n'en rien faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les comptes nationaux confirment cette croissance de la &lt;a href=&#034;https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/b72e151f-ac09-47e6-92eb-30657fce5e46/files/9a8f51d9-a060-4547-8852-b630858d7565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;part des dividendes dans la valeur ajout&#233;e globale&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, mais moins spectaculairement qu'on aurait pu l'attendre : de 3% en 1990, la part des dividendes dans la valeur ajout&#233;e des soci&#233;t&#233;s non financi&#232;res (SNF) passe &#224; 5% en 2023. Il ne faut pas se laisser abuser par ces indications modestes en apparence, qui pourraient donner &#224; croire que nous avons affaire &#224; un ph&#233;nom&#232;ne somme toute b&#233;nin. On peut d'abord raisonnablement parier que, ramen&#233; aux limites du CAC 40, voire du SBF 120, c'est-&#224;-dire dans les sous-ensembles o&#249; la notion de capitalisme actionnarial prend tout son sens, le m&#234;me tableau serait autrement saisissant. Il y a ensuite et surtout que c'est de cette pointe du capitalisme fran&#231;ais, celle donc o&#249; la f&#233;rule actionnariale est la plus vivement exerc&#233;e, que sont &#233;mises les injonctions &#224; la rentabilit&#233; financi&#232;re, &#233;mises et diffus&#233;es dans toute l'&#233;paisseur du syst&#232;me productif via les relations de sous-traitance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces &#233;tages inf&#233;rieurs de la structure productive, on ne voit gu&#232;re d'orgies de dividendes, et pour cause : les efforts de productivit&#233;, pourtant tr&#232;s violents, impos&#233;s aux salari&#233;s sont enti&#232;rement concentr&#233;s dans la baisse continue des prix de sous-traitance, de sorte que la rentabilit&#233; financi&#232;re potentielle est capt&#233;e par les donneurs d'ordre, qui la concentrent apr&#232;s l'avoir pomp&#233;e et fait remonter des strates qu'ils dominent jusqu'&#224; eux. Afin d'engraisser le &#171; gros actionnariat &#187;, celui des investisseurs institutionnels, banques et fonds, qui s'&#233;bat &#224; Euronext Paris &#8212; le nouveau nom de la &#171; Bourse de Paris &#187;. Le capitalisme, fran&#231;ais en l'occurrence, mais ceci est vrai pour tous les capitalismes &#224; configuration n&#233;olib&#233;rale, n'est donc qu'une gigantesque succion actionnariale de l'effort du travail au travers de toutes les couches de l'appareil productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance est peut-&#234;tre chose compliqu&#233;e mais tout le monde a compris que les exigences de rentabilit&#233; financi&#232;re impos&#233;es aux entreprises sont le principe m&#234;me du pressurage sans fin des salari&#233;s. Et que c'est &#233;videmment l&#224; que le cran d'arr&#234;t doit &#234;tre mis. De quelle mani&#232;re ? Le programme &lt;i&gt;L'Avenir en commun&lt;/i&gt; pose d&#233;j&#224; une ou deux id&#233;es, comme : l'interdiction de verser des dividendes pour les entreprises qui ont licenci&#233; ou qui ont b&#233;n&#233;fici&#233; des aides publiques ; celle &#233;galement de verser des dividendes sup&#233;rieurs aux profits. Tout ceci est bien le moins. Mais ne r&#232;gle pas le probl&#232;me dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233;. La nuisance du capitalisme sous gouverne actionnariale s'exerce bien au-del&#224; de ces quelques cas particuliers, et c'est &#224; la g&#233;n&#233;ralit&#233; qu'il faut s'en prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De nouveau donc : comment ?&lt;/strong&gt; Par la voie fiscale. Plus pr&#233;cis&#233;ment par un imp&#244;t de plafonnement de la r&#233;mun&#233;ration actionnariale : le TSR, &lt;i&gt;Total Shareholder Return&lt;/i&gt;. Le TSR est un taux de rentabilit&#233;, total donc en ce qu'il rapporte au capital financier la totalit&#233; des gains que son investissement a permis : sous la forme des dividendes, bien s&#251;r, mais en y ajoutant &#233;galement les plus-values. L'avantage de prendre le TSR comme indicateur de la r&#233;mun&#233;ration actionnariale tient &#224; ceci qu'il fait entrer dans l'enveloppe non seulement les versements de dividendes mais &#233;galement tous les autres d&#233;bours auxquels se livrent les entreprises pour le bon plaisir des actionnaires. Notamment les rachats d'actions, cette sorte de folie totalement in&#233;dite dans l'histoire du capitalisme, install&#233;e par sa forme n&#233;olib&#233;rale financiaris&#233;e. Folie totalement &#171; rationnelle &#187; en v&#233;rit&#233;, si c'est de la rationalit&#233; dict&#233;e par l'&#233;tat des structures : en l'occurrence, racheter ses propres actions, pour une entreprise, est une op&#233;ration &#224; propri&#233;t&#233;s relutives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En volapuk de la finance, &#171; relutif &#187;, c'est l'inverse de &#171; dilutif &#187;. Il y a dilution quand de nouvelles actions sont &#233;mises. Dilution, en effet, puisque la m&#234;me masse de profit sera r&#233;partie sur un nombre accru de titres en circulation. Moins de b&#233;n&#233;fice par action : m&#233;contentement des actionnaires. &#192; l'inverse, racheter des actions, pour les d&#233;truire, c'est le moyen pour l'entreprise de r&#233;duire leur nombre en circulation, donc de proposer de diviser le m&#234;me profit sur un nombre inf&#233;rieur de titres, donc d'augmenter le b&#233;n&#233;fice par action : relution. Et franc satisfecit des actionnaires. Puisque l'affichage d'un b&#233;n&#233;fice par action en hausse est consid&#233;r&#233; comme le meilleur moteur de la hausse des cours. CQFO &#8211; Ce Qu'il Fallait Obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;bastien Tixier, ing&#233;nieur, sp&#233;cialiste des questions industrielles et collaborateur parlementaire s'amuse privativement (il devrait publier !) &#224; constituer une base de donn&#233;es CAC 40 bien &#233;difiante, qui confirme de mani&#232;re parfaitement document&#233;e et mise &#224; jour ce qu'on sait depuis la fin des ann&#233;es 2000, &#224; savoir que l'aberration actionnariale a atteint ce point de rebroussement caract&#233;ristique o&#249; les entreprises finissent par verser davantage aux actionnaires que ceux-ci, qui sont tout de m&#234;me suppos&#233;s les financer, ne leur apportent. &#171; Davantage &#187;, c'est m&#234;me bien peu dire. Entre dividendes et rachats d'actions, le financement &lt;i&gt;net &lt;/i&gt;des entreprises du CAC 40 par leurs actionnaires est devenu n&#233;gatif, et pas qu'un peu : pas loin de 100 milliards d'euros en 2025. Reformulons : ce ne sont plus les actionnaires qui financent les entreprises &#8212; comme le chante depuis des lustres le gospel de la finance de march&#233; &#8212; ce sont les entreprises qui financent les actionnaires, soit le machin d'ensemble qui marche litt&#233;ralement sur la t&#234;te. Et tout ceci men&#233; par l'unique mobile de complaire aux actionnaires &#8211; donc de garder leur faveur, donc de soutenir davantage encore le cours, donc de repousser le spectre pr&#233;dateur de l'OPA hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'il en est question, disons-le au passage : les OPA &#171; inamicales &#187;, comme on dit dans le langage feutr&#233; de la finance, seront purement et simplement interdites. Il est tr&#232;s facile d'en avoir le crit&#232;re pour les reconna&#238;tre : il suffit de poser la question &#224; l'entreprise cible ! Est-elle consentante &#224; se faire racheter ? R&#233;ponse oui : OPA amicale ; r&#233;ponse non : inamicale. Point. Interdire les OPA hostiles est l'un des moyens de relever partiellement les &#233;quipes dirigeantes des pressions &#224; tenir le cours au plus haut dans un jeu de pr&#233;dation o&#249; il est le param&#232;tre d&#233;cisif de la pers&#233;v&#233;rance. C'est toujours &#231;a de moins qui d&#233;gringolera en d&#233;gagement de productivit&#233; exig&#233; des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est encore tr&#232;s insuffisant &#224; desserrer l'emprise actionnariale. Qui rencontre la collaboration active des patrons eux-m&#234;mes, on l'a dit, d&#232;s lors qu'&#224; coup de stock-options leurs int&#233;r&#234;ts de trouvent de fait align&#233;s sur ceux des actionnaires. Ces m&#233;thodes de r&#233;mun&#233;ration qui font franchir aux grands patrons des caps de fortune que leurs &#171; seuls &#187; salaires, d&#233;j&#224; extravagants, ne leur permettraient pas d'atteindre, ces m&#233;thodes de r&#233;mun&#233;ration seront purement et simplement interdites. L&#224; encore on laissera braire &#224; la &#171; fuite des cerveaux &#187;. Carlos Tavares quitte (est remerci&#233; de) la direction de Stellantis apr&#232;s avoir touch&#233; 47 millions d'euros en actions gratuites en arrivant et en laissant des comptes d&#233;ficitaires de 22 milliards d'euros en partant : un cerveau dont on aurait pu se dispenser. En tout cas dont il n'y a pas lieu de regretter le d&#233;part. Il n'est pas seul de son genre &#8211; le genre dont on peut se passer, &#224; qui on serait m&#234;me tent&#233; de d&#233;signer la porte. Il doit se trouver d'aussi capables, juste en dessous d'eux, &#224; qui la perspective du pouvoir pourrait bien suffire, et qui s'accommoderaient du nouveau jeu o&#249; les gains obsc&#232;nes sont sortis de l'&#233;pure. Au reste, les r&#233;mun&#233;rations faramineuses sont intimement solidaires de mythologies individualistes h&#233;ro&#239;ques, et ignorent qu'un &#171; cerveau &#187; qui part est le plus souvent tr&#232;s avantageusement remplac&#233; par un collectif qui r&#233;fl&#233;chit au moins aussi bien.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lire aussi Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/strong&gt;,&lt;br/&gt; &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/14458&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Enfin une mesure contre la d&#233;mesure de la finance, le SLAM !&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;,&lt;br/&gt; &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2007.&lt;/div&gt; &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;OPA hostiles interdites, package actionnariaux supprim&#233;s, il reste cependant encore trop d'incitations pour les entreprises &#224; faire la danse du ventre pour attirer les actionnaires dans la perspective de grossir les fonds propres. Qui n'est pas incompr&#233;hensible &#8211; mais n'a pas &#224; se donner carri&#232;re n'importe comment et hors de toute limite. Par cons&#233;quent il faut non pas apprendre la mod&#233;ration aux actionnaires &#8211; ils en sont incapables &#8211; mais les y forcer. En les frappant au TSR, donc. Les frapper veut dire ici plafonner. Voici le SLAM (ou plut&#244;t &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2007/02/LORDON/14458&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;re-voici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, parce que cela non plus n'est pas tout &#224; fait nouveau &#8211; 2007&#8230;) : &lt;i&gt;Shareholder Limited Authorized Margin&lt;/i&gt; &#8211; soit : Marge Actionnariale Limite Autoris&#233;e, mais claque mieux dans la version anglaise de l'acronyme. Le SLAM consiste &#224; &#233;tablir une base normative de la r&#233;mun&#233;ration actionnariale autoris&#233;e, mesur&#233;e en termes de TSR, et d'&#233;cr&#234;ter tout ce qui d&#233;passe. Tout simplement. On n'a rien invent&#233; : l'&#233;ternel Georges Marchais avait d&#233;j&#224; donn&#233; la formule, si c'&#233;tait dans l'ordre de l'imposition du revenu : &#171; Au-dessus de 400.000 francs, je prends tout &#187;. Ici, pareil. Les effets cependant sont plus puissants : la pression &#224; la rentabilit&#233;, autrement ind&#233;finie, que font peser les actionnaires sur les entreprises, donc sur les travailleurs, n'a plus lieu d'&#234;tre &#224; partir du moment o&#249; tout effort suppl&#233;mentaire, convertible en rentabilit&#233; pour l'actionnaire, finira rafl&#233; par le fisc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base normative, au-del&#224; de laquelle passe le couperet fiscal du SLAM, est assez simple &#224; &#233;tablir, et sera, pour l'ironie, emprunt&#233;e aux petites &#233;laborations de la finance &#8212; mais retourn&#233;es contre elle. On consid&#233;rera donc que le taux de rendement normatif du capital-actions investi est &#233;gal au taux d'int&#233;r&#234;t de l'actif dit &#171; sans risque &#187; (en g&#233;n&#233;ral un bon du Tr&#233;sor de r&#233;f&#233;rence) additionn&#233; d'une prime de risque, calcul&#233;e, par exemple, d'apr&#232;s le mod&#232;le de valorisation des actifs le plus couramment utilis&#233;, le CAPM (&lt;i&gt;Capital Asset Pricing Model&lt;/i&gt;). Un actionnaire est donc autoris&#233; &#224; gagner le taux de rendement normatif, et apr&#232;s &#171; je prends tout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autonome dans son principe, le SLAM est intimement solidaire de la cotation au &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt; dans son op&#233;ration pratique &#8212; en r&#233;alit&#233; la cotation en continu lui poserait de redoutables difficult&#233;s. Les choses sont m&#234;me d'une parfaite simplicit&#233; si le &lt;i&gt;fixing &lt;/i&gt;est annuel (syncopes dans le lectorat financier), par-l&#224; co&#239;ncidant avec l'ann&#233;e comptable. Les dividendes vers&#233;s sont connus, la plus-value r&#233;alis&#233;e &#233;tablie au &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt;, le TSR effectif est donc parfaitement d&#233;termin&#233; : le couperet peut passer. Pour des &lt;i&gt;fixings&lt;/i&gt; infra-annuel (semestriel ou trimestriel), et au cas o&#249; l'investisseur s'est d&#233;barrass&#233; de son titre avant la cl&#244;ture de l'ann&#233;e comptable-fiscale, il suffira par exemple d'imputer au calcul de son TSR les dividendes de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, ou bien une moyenne avec les dividendes de l'ann&#233;e courante (quitte &#224; corriger &lt;i&gt;post festum&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des cris et des grincements de dents&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; &#231;a crie en tous sens, au fou, au scandale, &#224; l'imp&#233;ritie, &#224; l'assassinat pourquoi pas &#8211; des talents, de l'innovation, de la croissance, d'&#224; peu pr&#232;s tout. Alors qu'il faut dire les choses : tout ceci est encore d'une exquise gentillesse. On fera difficilement passer le paquet pour du communisme sanguinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Admettons un zeste de fourberie :&lt;/strong&gt; on livre le paquet en question par petites tranches, pour le glissement progressif du plaisir. En sachant tr&#232;s bien tout ce que chaque tranche d&#233;clenche aussit&#244;t de syncopes et d'objections v&#233;h&#233;mentes &#8211; qu'on traitera avec la m&#234;me progressivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En tout cas, prochaine tranche :&lt;/strong&gt; fermer la Bourse &#8212; l&#224;, &#231;a va crier bien fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt; pour son blog &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/a&gt; dans &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les blogs du &#171; Diplo &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-actions-et&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 11 juin 2026&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re &#8211; 1 :&lt;br/&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-1UNE-FENETRE-HISTORIQUE&#034;&gt;UNE FENETRE HISTORIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 2&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-2-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-PRINCIPES-ET-METHODES&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : PRINCIPES ET METHODES&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 3 :&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-3-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-BANQUES-CREDIT-DETTE&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : BANQUES, CREDIT, DETTE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/center&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-4DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-ACTIONS-ET-ACTIONNAIRES&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 26 juin 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;b&gt;*Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; est un &#233;conomiste qui travaille avec la philosophie, selon sa propre d&#233;finition, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l'auteur de &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, octobre 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Politique de la crise financi&#232;re, 3 :DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : BANQUES, CREDIT, DETTE</title>
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		<dc:date>2026-06-25T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Les textes qui viennent maintenant sont-ils faits ? Pour commencer &#224; donner &#171; du corps &#187; &#224; un plan de transformation profonde des structures de la finance, &#224; l'usage d'une gauche qui a toujours proclam&#233; vouloir &#171; en finir avec la finance &#187; sans jamais avoir trop d'id&#233;es quant &#224; la mani&#232;re de le faire (...) Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour quoi les textes qui viennent maintenant sont-ils faits ? Pour commencer &#224; donner &#171; &lt;i&gt;du corps&lt;/i&gt; &#187; &#224; un plan de transformation profonde des structures de la finance, &#224; l'usage d'une gauche qui a toujours proclam&#233; vouloir &#171; en finir avec la finance &#187; sans jamais avoir trop d'id&#233;es quant &#224; la mani&#232;re de le faire. En mati&#232;re de finance comme de n'importe quelle question institutionnelle ou structurelle, on n'&#233;chappe pas au moment de mettre les mains dans le cambouis s'il s'agit de transformer l'&#233;tat des choses. Ce qui nous fera des textes peut-&#234;tre parfois un peu aust&#232;res &#8211; &#224; l'usage &#233;ventuel de qui aurait le d&#233;sir, et la possibilit&#233;, de passer &#224; l'action.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Avares et prodigues poussent de gros sac de pi&#232;ces en s'injuriant mutuellement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous savons qu'il y aura peut-&#234;tre &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/une-fenetre-historique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;une opportunit&#233; historique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Si elle se concr&#233;tise, nous savons selon quels &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-principes-et&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;principes g&#233;n&#233;raux&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; la saisir. Il s'agit de dire maintenant quelles transformations y op&#233;rer, en commen&#231;ant d'entrer dans le d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a deux voies de la finance :&lt;/strong&gt; la voie de la dette, la voie actionnariale. Telles qu'elles sont l'une et l'autre configur&#233;es en r&#233;gime n&#233;olib&#233;ral, ce sont des nuisances. Elles vont &#234;tre brutalement ramen&#233;es &#224; leur fonction premi&#232;re : financer les agents de l'&#233;conomie r&#233;elle, &lt;i&gt;sans aucune autre fioriture&lt;/i&gt;. En envisageant les probl&#232;mes, &#224; chaque fois qu'il y aura lieu, sous leur double versant : le versant des &#233;pargnants et celui des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La banque et le cr&#233;dit : le terne et l'ennuyeux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les sophistications de la finance n&#233;olib&#233;rale ont fini par faire oublier que l'essentiel des agents d&#233;sireux (ou contraints) de s'endetter le font en passant par la plus planplan des solutions de financement : le cr&#233;dit bancaire. Fin 2025, &lt;a href=&#034;https://www.banque-france.fr/system/files/webstats/TRIM_Financement_des_entreprises_202512_20260212/FR_Stat_Info_financement_des_entreprises_202512.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'encours de financement des SNF&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (Soci&#233;t&#233;s non-financi&#232;res) est constitu&#233; pour les deux tiers de cr&#233;dits bancaires &#8211; encore cette donn&#233;e agglom&#232;re-t-elle les SNF quelles que soient leurs tailles : il suffirait de sortir le CAC 40 ou le SBF 120 de la statistique pour avoir un tableau encore plus &#233;crasant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le cr&#233;dit bancaire, op&#233;ration en son principe radicalement h&#233;t&#233;rog&#232;ne aux &#233;missions de titres sur lesquelles toutes les constructions de la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e se sont &#233;difi&#233;es, avec le cr&#233;dit bancaire, donc, nous sommes ramen&#233;s &#224; l'os de la finance fonctionnelle, d&#233;pouill&#233;e de tout son chamarr&#233;, de tout son folklore d'enrichissement, d'obsc&#233;nit&#233; &#8211; de toute sa &lt;i&gt;forme de vie&lt;/i&gt;. Car voil&#224; bien le tour effarant du capitalisme n&#233;olib&#233;ral : il a transform&#233; la finance en une forme de vie. Adr&#233;naline quotidienne, intensit&#233;s sans pareilles, bonus faramineux, costumes hors de prix, vins mill&#233;sim&#233;s, drogues, sexe, fr&#233;n&#233;sies de toutes les sortes : la finance est devenue un &lt;i&gt;monde&lt;/i&gt;, dont le cin&#233;ma hollywoodien, m&#234;me sous couleur de critique, n'aura pas cess&#233; de promouvoir objectivement les charmes v&#233;n&#233;neux. Le cr&#233;dit bancaire en revanche&#8230; : une affaire de cadre moyen habill&#233; de pr&#234;t-&#224;-porter, &#224; l'agence de Romorantin du Cr&#233;dit Lyonnais ou de la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale &#8211; pas le m&#234;me trip. Dont l'utilit&#233; sociale nette est cependant immens&#233;ment sup&#233;rieure &#224; celle de tous les coca&#239;n&#233;s des salles de march&#233;. En 2008, lorsque la finance n&#233;olib&#233;rale, sur le point de s'&#233;crouler totalement, s'est fait si peur &#8211; bien &#224; tort : il y aurait Obama, il y aurait Gordon Brown, il y aurait Hollande, &lt;i&gt;et tout irait bien&lt;/i&gt; &#8211;, m&#234;me &lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt; avait fini par se r&#233;soudre &#224; l'id&#233;e qu'apr&#232;s toutes ces ann&#233;es fofolles, il &#233;tait temps que le m&#233;tier de banquier redevienne &lt;i&gt;dull and boring&lt;/i&gt; : terne et ennuyeux. &lt;i&gt;Indeed&lt;/i&gt; : c'est ce qu'il n'aurait jamais d&#251; cesser d'&#234;tre &#8211; et qu'il doit &#234;tre &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terne et l'ennuyeux auront au moins des vertus de d&#233;mocratie &#233;conomique. Car dans l'hypoth&#232;se implicite d'une Grande crise que cette fois nous ne laisserions pas passer comme &#231;a, il ne saurait &#234;tre question, m&#234;me toutes les autres structures de la finance transform&#233;es, de laisser les banques en l'&#233;tat : priv&#233;es, c'est-&#224;-dire obs&#233;d&#233;es par le profit jusqu'&#224; de possibles points de d&#233;raison. L'id&#233;al serait que l'effondrement survienne quand le pouvoir de gauche qui correspond &#224; l'hypoth&#232;se est en place : &#224; ce moment-l&#224;, les banques sont &#224; ramasser &#224; la pelle et au petit balai, elles sont enti&#232;rement dans la main de qui les sauvera &#8211; la puissance publique en l'occurrence. Qui a le pouvoir de les rescaper &lt;i&gt;&#224; ses conditions&lt;/i&gt;. Ce seront les conditions d'une d&#233;privatisation int&#233;grale du syst&#232;me bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;privatisation ne veut pas dire, comme le penseront les id&#233;ologues &#224; lecture rapide, nationalisation &#8211; laquelle, dans sa pratique jusqu'&#224; pr&#233;sent, n'a d'ailleurs jamais &#233;t&#233; rien d'autre qu'une &#233;tatisation. Il est fort possible qu'au chaud de la crise et de l'effondrement, la r&#233;action d'urgence doive en passer par une nationalisation (&#233;tatisation) flash, et par la constitution d'un p&#244;le public unifi&#233; du cr&#233;dit. Une nationalisation dont on fera observer au passage qu'elle ne co&#251;tera pas grand-chose aux finances publiques, puisque les banques priv&#233;es seront acquises par l'&#201;tat &#224; leur valeur liquidative, la valeur d'un actif net vraisemblablement tr&#232;s n&#233;gatif &#8211; c'est-&#224;-dire 0 euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#244;le public du cr&#233;dit ne saurait cependant &#234;tre le nouvel &#233;tat stationnaire du syst&#232;me bancaire. Il ne sera qu'une &#233;tape en attendant de faire surgir les structures institutionnelles d'une nouvelle organisation d'ensemble sous la forme d'un &lt;i&gt;syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit&lt;/i&gt;. &#171; Syst&#232;me socialis&#233; &#187; signifie que la souverainet&#233; ne revient ni au capital ni &#224; l'&#201;tat, mais qu'elle appartient &#224; des conseils ad hoc, auxquels on pourra bien trouver une autre appellation que celle, tr&#232;s marqu&#233;e, de &#171; conseil d'administration &#187;, mais qui en tiendront lieu n&#233;anmoins. Des conseils o&#249; figureront des repr&#233;sentants de toutes les parties int&#233;ress&#233;es, constitutives d'un &#233;cosyst&#232;me du cr&#233;dit : des banquiers professionnels bien s&#251;r, pourquoi pas des repr&#233;sentants de la Banque centrale et/ou de l'&#201;tat (pr&#233;fet, par exemple), mais aussi des entreprises, des m&#233;nages/consommateurs int&#233;ress&#233;s aux d&#233;cisions de cr&#233;dit et &#224; la mani&#232;re dont elles sont prises, mais encore des associations &#233;cologistes, par exemple, ou autres, bref tous les acteurs &lt;i&gt;qui ont titre &#224; piloter l'allocation du capital&lt;/i&gt; selon un ensemble de crit&#232;res &lt;i&gt;vari&#233;s&lt;/i&gt;, et &#233;quilibr&#233;s : financiers (quels risque ?), &#233;conomiques (quelles perspectives de d&#233;veloppement ?), sociaux (quelles n&#233;cessit&#233;s de revitalisation d'un bassin d'emploi ?), environnementaux (quelles retomb&#233;es probl&#233;matiques ou quels avantages ?), territoriaux (quelles vertus d'am&#233;nagement ?), etc. Ceci en lieu et place de l'unique crit&#232;re du profit de la banque priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit rev&#234;tira n&#233;cessairement la forme multiscalaire et f&#233;d&#233;rale, sous un principe de subsidiarit&#233; et d'autonomie maximales. Ses unit&#233;s seront aussi locales qu'elles peuvent l'&#234;tre puisque c'est localement que se trouvent les agents les mieux inform&#233;s des n&#233;cessit&#233;s locales. Il y a cependant, &#233;videmment, des d&#233;cisions d'ouvertures de cr&#233;dit qui rel&#232;vent de niveaux territoriaux plus &#233;lev&#233;s parce que les projets d'investissement qui leur correspondent sont d'une ampleur plus &#233;lev&#233;e. Le syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit aura donc ses conseils r&#233;gionaux. Il y a enfin des d&#233;cisions, celles qui concernent les plus grands programmes industriels ou technologiques, c'est-&#224;-dire les investissements les plus structurants, &#233;tag&#233;s dans les &#233;ch&#233;ances les plus longues, qui ne s'envisagent pas &#224; un &#233;chelon autre que celui de la collectivit&#233; enti&#232;re, c'est-&#224;-dire du niveau supr&#234;me d'expression de la souverainet&#233; &#233;conomique, o&#249; l'Etat tient le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit aura ses biais de s&#233;lection &#8212; et ce ne seront pas ceux de la maximisation du profit, indiff&#233;rente aux contenus qui r&#233;alisent la maximisation (car pour un banquier priv&#233;, financer de la production de glyphosate, des NFT (&lt;i&gt;Non Fungible Tokens&lt;/i&gt;) ou les soumissionnaires de la A69, c'est idem du moment que &#231;a maximise). &#192; l'&#233;chelle nationale, ces biais seront par exemple le reflet de la Planification (&#233;cologique ou autre). Dans son principe, ce biais aura aussi pour charge de favoriser les structures, le plus souvent locales et de petite taille, de la d&#233;mocratie productive : les soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives. Apr&#232;s tout, c'est bien le moins que le syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit, lui-m&#234;me construit selon un principe semblable, se donne pour mission d'aider &#224; sa diffusion. Dans les multiples difficult&#233;s que rencontrent les coop&#233;ratives en environnement capitaliste, il y a l'hostilit&#233;, qu'on pourrait presque dire id&#233;ologique, des institutions financi&#232;res priv&#233;es, dont l'accompagnement serait pourtant d&#233;cisif. La pr&#233;sente transformation des structures de la finance passerait difficilement pour un plan de sortie du capitalisme, et cependant elle devrait &#234;tre dirig&#233;e par l'intention d'une sorte de &#171; pr&#233;paration &#187;, en favorisant syst&#233;matiquement tous les lieux de la production qui d&#233;cident de s'affranchir des principes capitalistes pour leur organisation, pour se rallier aux principes de la d&#233;mocratie productive &#8212; aux principes de la souverainet&#233; des producteurs. La finance est un vecteur &#233;minemment politique. D'une politique cach&#233;e et d&#233;ni&#233;e dans le capitalisme, pleinement assum&#233;e dans une perspective de gauche r&#233;elle, c'est-&#224;-dire de transformation. Le syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit aura donc vocation &#224; se faire le bras arm&#233; de la grande subduction, telle qu'elle sera r&#233;alis&#233;e notamment par la g&#233;n&#233;ralisation de la pr&#233;emption salariale. &#192; &#171; projets &#187; &#233;quivalents, ce sont les structures coop&#233;ratives qui auront les financements, de pr&#233;f&#233;rence aux structures capitalistes classiques &#8212; et l'on verra bien au bout de combien de temps celles-ci, ayant syst&#233;matiquement le d&#233;savantage dans l'acc&#232;s aux financements, comprendront la n&#233;cessit&#233; de leur propre mutation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fermer les march&#233;s obligataires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le syst&#232;me bancaire, engag&#233; dans son op&#233;ration la plus caract&#233;ristique : &lt;/strong&gt; le cr&#233;dit, peut-il, m&#234;me socialis&#233;, prendre en charge &#224; lui seul l'endettement de tous les agents, y compris l'&#201;tat donc ? Pour une tr&#232;s grande part, oui. Mais pour une grande part seulement. Et le reste ? Le reste va, par le fait, &#224; une solution &#171; titres &#187; : les obligations. Attention : danger. Le plus vaste des compartiments de la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e, le plus riche d'inventions cingl&#233;es et de produits toxiques, c'est la finance obligataire &#8212; alias : les march&#233;s de taux ; &lt;i&gt;a.k.a.&lt;/i&gt; le &lt;i&gt;fixed income&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;desk&lt;/i&gt; de tous les exc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &lt;i&gt;fixed income&lt;/i&gt; a deux passions :&lt;/strong&gt; fomenter des bulles dites de &#171; cr&#233;dit &#187; (dans un emploi &#224; l'&#233;lastique du terme &#171; cr&#233;dit &#187;), &#224; l'image des subprimes ; disciplinariser l'&#201;tat. Par disciplinariser, il faut entendre : exercer une pression financi&#232;re telle qu'elle conduit &#224; la paup&#233;risation des services publics, et &#224; leur d&#233;mant&#232;lement avec, au bout du chemin, la remise &#224; la marchandisation. Les usagers souffrent, les agents de l'&#201;tat souffrent &#8212; ces derniers pourtant hors de la propri&#233;t&#233; lucrative directe, n&#233;anmoins sous la f&#233;rule d'une autre propri&#233;t&#233; lucrative, mais indirecte : celle du capital financier, et par la m&#233;diation de la dette. Le &lt;i&gt;fixed income&lt;/i&gt;, compris synth&#233;tiquement comme &lt;i&gt;pouvoir des cr&#233;anciers arm&#233; par la structure des march&#233;s de capitaux d&#233;r&#233;glement&#233;s&lt;/i&gt;, est une nuisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ultra-n&#233;gociabilit&#233; sp&#233;culative en est le c&#339;ur. Il n'y a qu'un moyen de la contenir :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;le principe de d&#233;tention&lt;/i&gt;, l&#233;galement formul&#233; dans une loi de r&#233;novation du financement de l'&#233;conomie (petit plaisir de retourner &#224; l'envoyeur son propre lexique). Comme son nom l'indique, ce principe &lt;i&gt;contraint&lt;/i&gt; tout investisseur dans un titre obligataire &#224; sa conservation &lt;i&gt;jusqu'&#224; maturit&#233;&lt;/i&gt;. C'est donc un principe qui rend les titres non-n&#233;gociables, par cons&#233;quent qui supprime l'id&#233;e m&#234;me de march&#233;s obligataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous enregistrons les premi&#232;res syncopes. Pour les esprits de la finance, l'id&#233;e qu'il puisse ne plus y avoir de march&#233;s obligataires est d'une &#233;normit&#233;, d'une sid&#233;ration, &#224; faire des attaques. On mesure sans difficult&#233; ce qu'il leur en co&#251;tera de se d&#233;faire d'une image de la finance qui aura &#233;t&#233; leur naturel pendant quatre d&#233;cennies : il y a des march&#233;s obligataires, il y a la loi de la gravitation universelle, c'est un peu du pareil au m&#234;me. Qu'il n'y ait plus les uns, c'est &#224; peu pr&#232;s comme si on leur annon&#231;ait que les corps vont d&#233;sormais tomber du bas vers le haut : l'entendement fait un refus d'obstacle, les synapses partent en b&#233;chamel. Et puis le scandale, les hauts cris, les march&#233;s sont interconnect&#233;s, ils sont &lt;i&gt;mondiaux&lt;/i&gt;, &#171; fermer les march&#233;s obligataires &#187; est d&#233;lirant, avons-nous forc&#233; sur les produits ? Pr&#233;tendons-nous fermer des march&#233;s qui sont mondiaux ? Ou bien ceci signifie-t-il que nous allons nous retirer unilat&#233;ralement de la circulation financi&#232;re internationale ? C'est &#231;a ? C'est aberrant, c'est insens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera &#231;a. Le rapport &#224; la circulation financi&#232;re internationale, les modalit&#233;s de l'insertion, ou de la d&#233;sinsertion, dans cette circulation, telles sont bien les questions fondamentales auxquelles reconduit n&#233;cessairement toute id&#233;e de revenir sur les structures de la d&#233;r&#233;glementation. C'est donc une discussion &#224; laquelle on n'&#233;chappera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'heure, consid&#233;rons seulement le motif le plus imm&#233;diat de suffocation tel qu'on peut l'anticiper : comme hurlements qu'il est quasiment attentatoire aux droits de l'homme et de l'investisseur d'&#234;tre contraint de porter des titres risqu&#233;s sans pouvoir s'en d&#233;faire selon ce que lui commande son jugement. On fera remarquer que c'est ce que font pourtant les banques, et sans broncher : ouvrir des cr&#233;dits, les conserver dans leurs bilans, jusqu'&#224; &#233;ch&#233;ance. Du moins c'est que qu'elles faisaient avant qu'on invente la titrisation, innovation faite, comme son nom l'indique, pour transformer des cr&#233;dits immobiles, non cessibles et illiquides par construction, en actifs obligataires n&#233;gociables, liquides, susceptibles d'&#234;tre c&#233;d&#233;s aussit&#244;t que les cr&#233;dits qui leur servaient de sous-jacent venaient d'&#234;tre ouverts. Hormis la cr&#233;ation d'un lieu suppl&#233;mentaire de profitabilit&#233; par l'&#171; innovation &#187;, il s'agissait d'&#233;tendre le rayon d'action de la &#171; machine &#224; endetter &#187;. C'est que la capacit&#233; des banques &#224; &#233;mettre du cr&#233;dit &#233;tait limit&#233;e par de regrettables r&#233;glementations, et proportionn&#233;e &#224; un certain multiple de leurs capitaux propres. Or la titrisation permettait, pr&#233;cis&#233;ment, de sortir les cr&#233;dits des bilans des banques sit&#244;t qu'&#233;mis, partant de remettre les compteurs &#224; z&#233;ro et de recommencer dans l'instant de nouvelles &#233;missions en vue de nouvelles titrisations et de nouveaux d&#233;lestages. Pour, au total, faire passer la dette des m&#233;nages de 86% du PIB en 2000 &#224; 123% en 2008 aux &#201;tats-Unis &#8211; &#233;volution en ligne avec la coh&#233;rence g&#233;n&#233;rale du r&#233;gime d'accumulation de d&#233;pression salariale, o&#249; l'endettement vient se substituer &#224; la r&#233;mun&#233;ration du travail pour solvabiliser la demande finale des m&#233;nages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait comment l'affaire se termina : par la bulle des subprimes qui porta la titrisation &#224; des &#233;chelles sans pr&#233;c&#233;dent. Avant d'&#233;clater. L'aberration &#233;tant qu'aucune re-r&#233;gulation s&#233;rieuse ne survint par apr&#232;s &#8211; r&#233;gulation s&#233;rieuse ayant signifi&#233; de fermer pour de bon le recours &#224; la titrisation. &lt;i&gt;&#171; Admettons que nous renoncions &#224; la titrisation, porter des cr&#233;dits illiquides jusqu'&#224; leur terme, c'est l'affaire des banques, et les banques sont les banques &#8211; nous autres sommes de libres investisseurs, et nous n'avons pas &#224; &#234;tre sujets aux m&#234;mes contraintes. &#187;&lt;/i&gt; Dans la nouvelle finance, l'id&#233;e sera en principe que si &#8211; apr&#232;s d'ailleurs qu'on leur ait fait observer le comique de leur protestation, puisque dans le libre univers des libres investisseurs, s'est d&#233;velopp&#233;e la pratique du &lt;i&gt;private credit&lt;/i&gt;, qui consiste justement &#224; investir dans des portefeuilles de cr&#233;dits illiquides, dont la r&#233;cup&#233;ration pleine et enti&#232;re ne se fait qu'&#224; la maturit&#233;. Il est vrai que dans les esprits de la hourra-finance, la m&#234;me contrainte prend des valeurs enti&#232;rement diff&#233;rentes selon qu'elle provient de l'int&#233;rieur m&#234;me du syst&#232;me priv&#233; ou bien de la sph&#232;re politique &#8211; liberticide, &#231;a va sans dire. La dr&#244;lerie &#233;tant donc que cette pratique du &lt;i&gt;private credit&lt;/i&gt; est de celles qui auront concouru &#224; l'effondrement financier &#8211; et vaudra &#224; tout ce petit monde sa loi de r&#233;novation financi&#232;re. Sur les ruines qu'ils auront laiss&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On laissera donc hurler sans beaucoup plus d'attention. Pour le reste : seules les grandes entreprises, agr&#233;&#233;es par une agence de notation publique pour la qualit&#233; de leur signature, et, bien s&#251;r, l'&#201;tat, seront &#233;ligibles aux &#233;missions obligataires. Selon une gamme standardis&#233;e d'&#233;ch&#233;ances, &#224; crans pas trop nombreux, par exemple : 1, 5, 10 ans, &#233;ventuellement un cran suppl&#233;mentaire, plus long, pour l'&#201;tat. &#201;ch&#233;ances auxquelles s'appliquera donc le principe de d&#233;tention. Si des particuliers &#233;pargnants veulent s'y risquer, ils s'y risqueront &#8211; il s'agira vraisemblablement des plus riches. Pour les autres, les formules d'&#233;pargne propos&#233;es seront remarquablement r&#233;duites, et consisteront pour l'essentiel en livrets &#224; encours plafonn&#233;s, &#224; taux, capital et liquidit&#233; garantis. Les banques, par qui ces offres leurs seront propos&#233;es porteront le risque &#8211; comme c'est d&#233;j&#224; le cas. Le plafonnement, correspondant par exemple, aux &#233;pargnes actuelles des 90 ou 95 premiers centiles, ne sera exc&#233;d&#233; que par la fraction la plus riche de la population (il faut aller tr&#232;s loin dans la distribution statistique pour trouver le point de d&#233;collage vertical des revenus et des patrimoines). Qu'est-ce que les 5 derniers centiles pourront bien faire de leur fortune en exc&#232;s du plafonnement ? L'investissement obligataire dans ses nouvelles conditions, donc. Et sinon ? Comme d'habitude : l'investissement en actions, l'autre lieu par excellence de la cupidit&#233; sp&#233;culative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, de ce c&#244;t&#233;-l&#224; &#233;galement, il va y avoir du changement (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Frederic-Lordon&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour son blog &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dans &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les blogs du &#171; Diplo &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-banques-credit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 4 juin 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re &#8211; 1 :&lt;br/&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-1UNE-FENETRE-HISTORIQUE&#034;&gt;UNE FENETRE HISTORIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 2&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-2-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-PRINCIPES-ET-METHODES&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : PRINCIPES ET METHODES&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;b&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; est un &#233;conomiste qui travaille avec la philosophie, selon sa propre d&#233;finition, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l'auteur de &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, octobre 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-3-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-BANQUES-CREDIT-DETTE&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 25 juin 2026.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Politique de la crise financi&#232;re, 2 DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : PRINCIPES ET METHODES</title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;On dit souvent qu'on veut faire la peau &#171; &#224; la finance &#187;. L&#226;cher le mot &#171; finance &#187;, aussit&#244;t arrive son cort&#232;ge d'images li&#233;es : salles de march&#233;s, costumes trois pi&#232;ces ou traders d&#233;braill&#233;s, bonus en folie, coca&#239;ne &#224; gogo. Avec &#231;a, on veut en finir (...) Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;alable :&lt;/strong&gt; &#171; La finance &lt;i&gt;n&#233;olib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;, pas &#171; la finance &#187; tout court. On dit souvent qu'on veut faire la peau &#171; &#224; la finance &#187;. L&#226;cher le mot &#171; finance &#187;, aussit&#244;t arrive son cort&#232;ge d'images li&#233;es : salles de march&#233;s, costumes trois pi&#232;ces ou traders d&#233;braill&#233;s, bonus en folie, coca&#239;ne &#224; gogo. Avec &#231;a, on veut en finir. On a raison. M&#234;me si, en l'occurrence, dire &#171; la finance &#187; est une approximation &#8212; parfaitement recevable &#224; des fins pol&#233;miques dans la p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En toute rigueur, cependant, il faut proc&#233;der avec &#171; la finance &#187; comme avec &#171; le capitalisme &#187; : en donner le concept, qui restera une abstraction, puis en examiner les r&#233;alisations historiques successives. La finance n&#233;olib&#233;rale est l'une de ces r&#233;alisations &#8212; mais qui n'&#233;puise pas le concept. La finance, &lt;i&gt;dans son concept&lt;/i&gt;, se d&#233;finit comme l'ensemble des institutions et des proc&#233;d&#233;s qui permettent &#224; certains agents de d&#233;penser plus qu'ils ne gagnent pendant un certain temps. Et c'est tout. Une finance est n&#233;cessaire pour amorcer une production, c'est-&#224;-dire pour en r&#233;unir les moyens pr&#233;alables quand on n'en a pas les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, &lt;i&gt;la finance est le syst&#232;me de l'avance&lt;/i&gt;. Tel est son concept. Il n'est pas une organisation &#233;conomique &#224; division du travail suffisamment profonde qui n'ait besoin d'un syst&#232;me de l'avance. M&#234;me &lt;a href=&#034;https://lafabrique.fr/figures-du-communisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;une &#233;conomie communiste&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; appellerait une finance &#8212; une mani&#232;re d'organiser collectivement les avances : en l'occurrence hors tout march&#233;, et sous la forme d'un syst&#232;me f&#233;d&#233;ral de caisses &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De quelques arguments (n&#233;olib&#233;raux) &#224; ignorer&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Utiliser la crise financi&#232;re pour faire de la politique a pour sens d'abattre la finance &lt;i&gt;n&#233;olib&#233;rale&lt;/i&gt;. Le degr&#233; auquel cette derni&#232;re a solidifi&#233; ses arguments justificateurs est impressionnant. Il faudra ne se laisser impressionner par aucun. Quatre d'entre eux notamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1) &lt;strong&gt;L'argument de l'innovation et des produits d&#233;riv&#233;s comme instruments de couverture du risque&lt;/strong&gt;. Il y a de l'instabilit&#233; dans les march&#233;s &#8212; dit l'argument. De l'instabilit&#233; donc des risques de pertes quand le prix des actifs fait mouvement dans la mauvaise direction. Inventons donc de &#171; nouveaux actifs &#187; (&lt;i&gt;futures&lt;/i&gt;), d&#233;riv&#233;s de ceux dont il faut se prot&#233;ger des variations. Nouveaux actifs d&#233;riv&#233;s qui auront pour propri&#233;t&#233; de varier en sens inverse de leur sous-jacent, donc de neutraliser leurs &#233;ventuelles pertes. Ou bien des produits d'assurance (CDS : &lt;i&gt;Credit Default Swap&lt;/i&gt;) qui, moyennant le paiement d'une prime, rembourseraient la perte de valeur d'une obligation si elle venait &#224; faire d&#233;faut. Ou bien un moyen de toucher le rendement plus &#233;lev&#233; d'un actif parce qu'il est plus risqu&#233; mais en laissant les pots cass&#233;s d'un d&#233;faut &#224; d'autres investisseurs plac&#233;s plus bas dans une certaine hi&#233;rarchie (finance structur&#233;e, ABS : &lt;i&gt;Asset-Backed Securities&lt;/i&gt;). Ou bien, ou bien&#8230; Tous ces produits d&#233;riv&#233;s en leur fond sont des paris : paris sur le sort futur de certains actifs. Or, rien n'interdit de monter d'un cran et d'engager des paris sur les paris. Des paris sur la mani&#232;re dont va tourner le pari pris pour r&#233;f&#233;rence. Et puis des paris sur les paris sur les paris. Etc. C'est la raison pour laquelle, les produits d&#233;riv&#233;s deviennent un monde en soi, sujet &#224; un gonflement propuls&#233; par des forces sp&#233;culatives quasi-autonomes, dont le rapport avec l'&#233;conomie r&#233;elle devient de plus en plus t&#233;nu. Un monde sp&#233;culatif de plus en plus inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2) &lt;strong&gt;Un monde de plus en plus instable &#233;galement&lt;/strong&gt;. Ici, deuxi&#232;me argument &#8212; paradoxal. Rappelons qu'&#224; l'origine, donc, ces produits d&#233;riv&#233;s ont &#233;t&#233; justifi&#233;s au nom du risque &#224; couvrir, c'est-&#224;-dire de l'instabilit&#233; &#224; r&#233;duire. Au passage, nous retrouvons l'un des tropes les plus caract&#233;ristiques du capitalisme en son entier : il est vrai que le d&#233;veloppement de l'accumulation entra&#238;ne quelques petits inconv&#233;nients lat&#233;raux. Qu'&#224; cela ne tienne : voici un d&#233;veloppement suppl&#233;mentaire pour r&#233;duire les inconv&#233;nients des d&#233;veloppements pr&#233;c&#233;dents. &lt;strong&gt;Exemple :&lt;/strong&gt; certes, nous &#233;mettons un peu (trop) de CO2, mais nous inventerons la &#171; compensation carbone &#187; (inepte) en plantant des arbres (n'importe comment), et tiens, au passage nous inventerons un nouveau march&#233; (sympa) des droits &#224; polluer. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Dans la finance :&lt;/strong&gt; pareil. Le cours des actifs de base (actions, obligations, change) est devenu un peu agit&#233; (certes, du fait de la sp&#233;culation), mais nous allons inventer de nouvelles couches de march&#233; (produits d&#233;riv&#233;s) pour r&#233;parer les petites secousses de la couche primitive. Si d'aventure cette couche suppl&#233;mentaire devenait &#224; son tour instable, nous la coifferions d'une troisi&#232;me. Etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Moralit&#233; :&lt;/strong&gt; tout ce qui est fait dans la finance n&#233;olib&#233;rale au nom de la &#171; protection contre l'instabilit&#233; &#187; ne fait qu'apporter des instabilit&#233;s suppl&#233;mentaires. &#171; Justifiant &#187;, comme de bien entendu, l'invention d'un &#233;tage de plus &#224; son man&#232;ge d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la finance de march&#233;s &lt;i&gt;vit de l'instabilit&#233;&lt;/i&gt; : puisqu'elle fait ses gains sur les variations de cours. Qu'elle n'a donc aucun int&#233;r&#234;t &#224; r&#233;duire, tout au contraire. Toutes les nouvelles instabilit&#233;s sont au surplus le pr&#233;texte &#224; de nouvelles &#171; innovations financi&#232;res &#187;, dont la fonction v&#233;ritable est la suivante : lancer dans la nature un machin aussi complexe et incompr&#233;hensible que possible, que seuls ses concepteurs ma&#238;trisent &#224; peu pr&#232;s, que la concurrence va mettre un moment pour ma&#238;triser &#224; son tour, se trompant au d&#233;but dans ses calculs de &lt;i&gt;pricing&lt;/i&gt;, de sorte que de jolis profits d'arbitrage seront &#224; faire pendant toute la p&#233;riode d'apprentissage des autres &#8212; en quelque sorte la version schumpeterienne de l'innovation &#224; l'usage de la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) L'argument de &#171; la liquidit&#233; &#187;&lt;/strong&gt;. Il est important, nous dit-on maintenant, qu'il y ait autant d'argent que possible d&#233;vers&#233; dans les march&#233;s, et que l'activit&#233; y soit aussi intense que possible, ceci pour garantir la propri&#233;t&#233; cardinale de tout march&#233; de capitaux : la liquidit&#233;, pr&#233;cis&#233;ment. La liquidit&#233; consiste en la possibilit&#233; pour tout investisseur d'entrer et de sortir d'un certain march&#233; d'actif &#224; tout instant et sans que son mouvement individuel n'entra&#238;ne de variation de prix significative. La liquidit&#233; est la certitude pour tout acheteur de trouver un vendeur, et pour tout vendeur de trouver un acheteur, au prix de march&#233; courant et sans que leur transaction n'affecte ce prix. Et pour qu'il en soit ainsi, il faut qu'il y ait &#171; du mouvement &#187;, &#171; de la masse &#187; en rotation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut d'abord souligner que la liquidit&#233; est une propri&#233;t&#233; &#224; usage asym&#233;trique :&lt;/strong&gt; elle est principalement d'int&#233;r&#234;t pour les vendeurs, c'est-&#224;-dire pour tous ceux qui estiment devoir se retirer d'un certain compartiment de march&#233;, et escomptent pouvoir se retirer sans casse. &#201;videmment, contrairement &#224; ce que croient les id&#233;ologues de la finance, la liquidit&#233; n'est pas une propri&#233;t&#233; naturelle, ou technique : c'est une propri&#233;t&#233; sociale. Qui requiert absolument un &#233;tat non polaris&#233; des croyances financi&#232;res. Car si tout le monde se met &#224; partager la m&#234;me croyance, la croyance, par exemple, que tel compartiment est &#224; fuir de toute urgence, alors tout le monde devient vendeur&#8230; et, par le fait, il n'y a plus d'acheteur. Le prix de l'actif tombe comme pierre, et tout le monde reste coll&#233; avec son &lt;i&gt;junk&lt;/i&gt; sur les bras : la liquidit&#233; s'est &#233;vapor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point qui nous int&#233;resse ici cependant est autre. Il est qu'au nom de la liquidit&#233;, on a tol&#233;r&#233;, en fait justifi&#233;, et m&#234;me encourag&#233;, que des masses de fonds toujours plus colossales soient jet&#233;es dans les march&#233;s, sans plus aucun rapport avec les besoins financiers de l'&#233;conomie r&#233;elle. Et pour cause : le volume de ces masses d&#233;termine en fait la taille du terrain de jeu de la finance n&#233;olib&#233;rale, donc ses possibilit&#233;s de profits, mais de profits purement sp&#233;culatifs &#8212; dont les donn&#233;es de l'&#233;conomie r&#233;elle ne sont m&#234;me plus un lointain arri&#232;re-plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, la finance n&#233;olib&#233;rale a fait avaler que la condition sine qua non pour qu'un investisseur daigne acheter une action ou une obligation, et nous fasse la gr&#226;ce de financer-l'-&#233;conomie, &#233;tait que des volumes astronomiques, sans rapport avec le-financement-de-l'-&#233;conomie, fassent l'animation des march&#233;s, &lt;i&gt;au nom de la liquidit&#233;&lt;/i&gt;. Si bien que, du financement &lt;i&gt;effectif&lt;/i&gt; de l'&#233;conomie aux masses &#233;normes qui sont suppos&#233;es en fournir les conditions imp&#233;ratives, il y a les proportions du p&#226;t&#233; d'alouette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 4) &lt;strong&gt;On a gard&#233; pour la fin l'argument g&#233;n&#233;ralement donn&#233; en premier par les id&#233;ologues de la finance n&#233;olib&#233;rale : l'efficience&lt;/strong&gt;. Il en existe plusieurs d&#233;finitions, mais la plus utile du point de vue id&#233;ologique tient que les march&#233;s sont n&#233;cessaires en vertu de leurs propri&#233;t&#233;s d'allocation optimale du capital. Eux seuls savent dans quels emplois les plus efficaces, les plus productifs, les plus prometteurs orienter les fonds qu'ils ont re&#231;us en gestion des institutions collectrices de l'&#233;pargne. L'argument est doublement grotesque. D'abord, nous venons de le voir, parce que le capital est essentiellement &#171; allou&#233; &#187; au man&#232;ge sp&#233;culatif, et dans les proportions qu'on vient de dire relativement &#224; ce qui est dirig&#233; vers l'&#233;conomie r&#233;elle. Ensuite parce que, m&#234;me pour la part qui revient &#224; l'&#233;conomie r&#233;elle, les d&#233;sastres allocatifs du saint march&#233; sont tout &#224; fait spectaculaires. En fait toutes les crises financi&#232;res en sont la d&#233;monstration en vraie grandeur. La bulle &#171; Internet &#187; &#233;clate en 2000-2001 pour avoir jet&#233; des financements colossaux dans des startups sans profit ni m&#234;me chiffre d'affaires &#8212; et l'&#233;cho avec ce qui se passe aujourd'hui dans le secteur de l'IA pourrait &#234;tre bient&#244;t assourdissant. La crise des subprimes a sanctionn&#233; d'avoir jet&#233; 800 milliards de dollars dans des cr&#233;dits immobiliers ouverts &#224; des agents qui n'avaient notoirement pas les moyens de les soutenir. On sugg&#232;re par cons&#233;quent de mod&#233;rer les cris de triomphe en mati&#232;re d'&#171; allocation optimale du capital &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a r&#233;serv&#233; l'appellation d'&#171; &#233;l&#233;phants blancs &#187; aux projets de construction pharaoniques, et catastrophiques, impuls&#233;s par les gouvernements de pays en d&#233;veloppement, soutenus par des institutions internationales, la Banque mondiale par exemple. Comme toujours, il s'agissait de stigmatiser l'incapacit&#233; des acteurs publics &#224; faire quoi que ce soit d'intelligent en mati&#232;re d'investissement : seul &#171; le march&#233; &#187; sait &#8212; pourvu qu'on &#233;vite de regarder ses cimeti&#232;res d'&#233;l&#233;phants blancs &#224; lui, ses centaines, voire ses milliers de milliards de dollars vaporis&#233;s dans des allocations plus ineptes les unes que les autres, bulles et autres aventures insanes. Pensons par exemple au Meta de l'excellent Zuckerberg, qui a cram&#233; 80 milliards de dollars dans son mirifique m&#233;tavers &#8212; avant de mettre la cl&#233; sous la porte, mais sans qu'aucun &#171; commentateur &#187; n'y voit quelque mise en cause possible de la sagesse de principe des d&#233;cisions du &#171; priv&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une ligne simple : taper fort&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour l'essentiel le dispositif argumentatif de la finance n&#233;olib&#233;rale. Il va falloir lui rouler dessus, et sans le moindre &#233;gard. Pas un seul des articles de sa sociodic&#233;e ne tient la route. On en tirera un encouragement de plus &#224; tenir la ligne m&#233;thodologique qui gouvernera l'entreprise enti&#232;re contre la finance n&#233;olib&#233;rale : taper fort. Taper tr&#232;s fort m&#234;me. Ignorer toutes les j&#233;r&#233;miades, tous les plaidoyers pour la &#171; complexit&#233; &#187;. Au contraire : &lt;i&gt;ramener la finance &#224; l'&#226;ge de pierre&lt;/i&gt; &#8212; entendre : au degr&#233; maximal de la &lt;i&gt;simplicit&#233;&lt;/i&gt;. Il faut imposer &#224; la finance les id&#233;es, et le cadre futur de ses op&#233;rations, les plus &lt;i&gt;sommaires&lt;/i&gt;. Il faut consid&#233;rer que toute poche de &#171; complexit&#233; &#187; r&#233;siduelle est potentiellement un lieu de reconstitution de tout ce avec quoi il s'agit de rompre : d'&#171; innovation &#187;, de contournement, c'est-&#224;-dire d'&#233;chappement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la ligne strat&#233;gique, elle est la suivante : par retour &#224; son concept, la finance a pour &lt;i&gt;fonction premi&#232;re et derni&#232;re de pourvoir aux avances requises par la production&lt;/i&gt;. C'est &#224; cette fonction qu'elle sera rigoureusement ramen&#233;e. Elle y restera viss&#233;e et ne sera autoris&#233;e &#224; rien d'autre. Il s'ensuit que sa nouvelle organisation rompra radicalement avec le principe de la d&#233;fausse (revendre aussit&#244;t qu'on a achet&#233;) et de la sp&#233;culation, pour instaurer une &#233;conomie financi&#232;re de l'&lt;i&gt;engagement &lt;/i&gt;et de la &lt;i&gt;d&#233;tention&lt;/i&gt;. Investir, c'est s'engager, c'est-&#224;-dire conserver les actifs qui mat&#233;rialisent cet engagement, donc en assumer et en porter le risque &#8212; dans des conditions qui soient &#233;videmment supportables, et diff&#233;renci&#233;es, pour les diverses classes d'agents d&#233;tenteurs : conditions de tr&#232;s grande s&#233;curit&#233; pour les m&#233;nages &#233;pargnants modestes notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes d'&#233;pargnants se diff&#233;rencient par les motifs de leurs &#233;pargnes. Le motif le plus install&#233; par les mythologies de la finance lib&#233;ralis&#233;e est l'enrichissement bien s&#251;r. &lt;i&gt;&#171; Greed is good &#187;&lt;/i&gt; &#8211; c'est &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=OHnZi87272U&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Gordon Gekko&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, renvoyant Kant aux oubliettes de l'histoire, qui d&#232;s le milieu des ann&#233;es 1980, formule le nouvel imp&#233;ratif cat&#233;gorique. Nous allons donc r&#233;installer Kant. L'id&#233;e que l'&#233;pargne sert &#224; b&#226;tir des fortunes sera annul&#233;e. D'abord parce que le terrain de jeu de la finance va &#234;tre drastiquement restreint pour le ramener &#224; son p&#233;rim&#232;tre fonctionnel premier &#8212; &#233;troit. Ensuite parce qu'&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de ce p&#233;rim&#232;tre, les rendements seront s&#233;v&#232;rement r&#233;duits &#8211; on verra plus tard par quels proc&#233;d&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une ligne claire : d&#233;financiarisation, reprotection sociale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me motif de l'&#233;pargne, le seul qui concerne les m&#233;nages modestes, est la pr&#233;voyance : l'&#233;pargne de pr&#233;caution. C'est un mobile de s&#233;curit&#233; enti&#232;rement l&#233;gitime face aux coups impr&#233;visibles de l'avenir. On ne manquera cependant pas de reconna&#238;tre &#224; nouveau ici le sch&#232;me capitaliste d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; : cr&#233;er des probl&#232;mes / apporter des solutions (capitalistes) aux probl&#232;mes cr&#233;&#233;s. Car dans le r&#233;gime d'accumulation &#224; dominante financi&#232;re, ce que l'avenir r&#233;serve d'al&#233;as pour les m&#233;nages modestes provient presque exclusivement des instabilit&#233;s&#8230; engendr&#233;es par le r&#232;gne de la finance n&#233;olib&#233;rale sur l'&#233;conomie. Qui a par ailleurs m&#233;thodiquement d&#233;truit toutes les couvertures collectives (ch&#244;mage, maladie, vieillesse), d&#233;sormais en lambeaux : on comprend, dans ces conditions, que les m&#233;nages tiennent par-dessus tout &#224; entretenir une &#233;pargne de pr&#233;caution &#8212; puisqu'ils ne sont plus prot&#233;g&#233;s de rien et sont abandonn&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. Et l'on sait pouvoir compter sur tout le syst&#232;me financier, banques, assurances, pour leur faire les offres les plus chatoyantes de produits d'&#233;pargne &#171; solutions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appartient &#224; une politique de &#171; d&#233;-n&#233;olib&#233;ralisation &#187; du monde de restaurer toutes ces couvertures collectives, sociales, par leur unique et remarquable instrument : la cotisation. &lt;i&gt;C'est la couverture sociale int&#233;grale qui rend dispensable l'&#233;pargne de pr&#233;caution&lt;/i&gt;. Il y a l&#224; un point d&#233;cisif : les transformations qu'on se propose de faire conna&#238;tre &#224; la finance sont profond&#233;ment solidaires de la restauration extensive de la protection sociale. Que ces deux &#233;l&#233;ments soient ainsi solidaires, c'est bien le n&#233;olib&#233;ralisme lui-m&#234;me qui nous l'a appris mais &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt; : d&#233;truisant m&#233;thodiquement les formules collectives de la protection sociale pour leur substituer des formules individualis&#233;es et financiaris&#233;es de la pr&#233;voyance &#8212; substitution sous sa forme maximale dans le cas des retraites avec la capitalisation. Nous remettrons cette substitution sur ses pieds. En laissant cette fois la finance n&#233;olib&#233;rale dans la position de la &#171; substitu&#233;e &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci ayant &#233;t&#233; pos&#233;, maintenant nous pouvons entrer dans le dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Frederic-Lordon&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour son blog &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187; dans &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les blogs du &#171; Diplo &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-principes-et&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 26 mai 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-1UNE-FENETRE-HISTORIQUE&#034;&gt;&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re &#8211; 1 :&lt;br/&gt;UNE FENETRE HISTORIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/center&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-2-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-PRINCIPES-ET-METHODES&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 26 juin 2026.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;b&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; est un &#233;conomiste qui travaille avec la philosophie, selon sa propre d&#233;finition, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l'auteur de &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, octobre 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Politique de la crise financi&#232;re &#8211; 1UNE FENETRE HISTORIQUE</title>
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		<dc:date>2026-06-23T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Ce texte est le premier d'une s&#233;rie de trois (ou plus...). Pour parler d'une chose simple dans son principe, moins dans son ex&#233;cution. La survenue d'une crise financi&#232;re du format de celle qui s'annonce n'appelle pas des actes de gestion mais de faire de la politique (...) Fr&#233;d&#233;rique Lordon&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est le premier d'une s&#233;rie de trois (ou plus...). Pour parler d'une chose simple dans son principe, moins dans son ex&#233;cution. La survenue d'une crise financi&#232;re du format de celle qui s'annonce n'appelle pas des actes de gestion mais de faire de la politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La finance n&#233;olib&#233;rale est une structure tellement puissante, tellement asservissante que lorsqu'elle nous fait la gr&#226;ce de s'abattre toute seule, on ne la loupe pas. On fait de la politique &#8211; transformatrice. Cette crise, dont tous les &#233;l&#233;ments sont en place, n'est pas encore ouverte. &#199;a viendra. Vraisemblablement pour le dernier trimestre. Ce qui laisse encore un peu de temps pour se pr&#233;parer. Car il faudra &#234;tre pr&#234;t. Ce triptyque est destin&#233; &#224; y contribuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'&#234;tre de gauche ? C'est faire reculer l'&lt;i&gt;emprise&lt;/i&gt; du capital aussi loin que possible, c'est-&#224;-dire &#224; terme &lt;i&gt;jusqu'au bout&lt;/i&gt;. Le bout : sortir du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais le terme est loin et &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/les-jours-d-apres-questions-strategiques-1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;ses conditions politiques sont exigeantes&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; avoir une repr&#233;sentation minimalement &#233;labor&#233;e de ce qu'on fait &#171; apr&#232;s &#187;, &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; gagner une part suffisante de la population pour lui en faire voir les n&#233;cessit&#233;s, les b&#233;n&#233;fices, mais aussi pour la pr&#233;parer &#224; en accepter les cons&#233;quences.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc :&lt;/strong&gt; le terme est loin. On y verra &#224; la fois un devoir imp&#233;rieux de cheminer pour le rejoindre &lt;i&gt;et &lt;/i&gt;une n&#233;cessit&#233; de mesurer les possibilit&#233;s du moment sans trop se raconter de salades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En attendant :&lt;/strong&gt; la forme contemporaine du capitalisme est celle qui a historiquement maximis&#233; l'emprise. Sur l'&#233;conomie bien s&#251;r &#8211; en fait sur la soci&#233;t&#233; en son entier. Par o&#249; cette emprise passe-t-elle ? Par la d&#233;r&#233;glementation de tous les march&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le march&#233; des biens-capitaux pour favoriser les investissements directs &#224; l'&#233;tranger, c'est-&#224;-dire les d&#233;localisations, et mettre en concurrence les territoires ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; les march&#233;s de biens et services pour intensifier la productivit&#233; et discipliner le co&#251;t salarial ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le march&#233; du travail enfin pour y maximiser l'effet des autres d&#233;r&#233;glementations.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Mais toutes ces d&#233;r&#233;glementations sont chapeaut&#233;es par une d&#233;r&#233;glementation de rang sup&#233;rieur, qui se les subordonne toutes, et qui les intensifie toutes : &lt;strong&gt;la d&#233;r&#233;glementation des march&#233;s de capitaux. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces d&#233;r&#233;glementations ne sont en quelque sorte que des instruments pour les objectifs finaux pos&#233;s dans la sph&#232;re des march&#233;s de capitaux, et par la d&#233;r&#233;glementation des march&#233;s de capitaux : &lt;strong&gt;la maximisation du rendement du capital sous sa forme de capital financier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cet agencement hi&#233;rarchique des d&#233;r&#233;glementations qui conduit &#224; renommer plus pr&#233;cis&#233;ment le &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187; comme &lt;i&gt;capitalisme de d&#233;r&#233;glementation &#224; dominante financi&#232;re&lt;/i&gt;. La finance, dans sa forme des march&#233;s de capitaux d&#233;r&#233;glement&#233;s, en est donc &lt;i&gt;la t&#234;te&lt;/i&gt;, le centre n&#233;vralgique. D'o&#249; il r&#233;sulte qu'&#224; d&#233;faut des conditions propices &#224; une sortie du capitalisme, et sans pr&#233;judice du travail politique pour les faire advenir, l'entreprise &lt;i&gt;de gauche&lt;/i&gt; de sortir de &lt;i&gt;ce &lt;/i&gt;capitalisme, entreprise qui est comme une sorte de minimum syndical d'une politique de gauche, laissant &#224; toutes les droites la gestion de l'&#233;tat des choses et des choses en l'&#233;tat, cette entreprise doit &lt;i&gt;viser la t&#234;te&lt;/i&gt; : la finance. Il n'y aura pas de politique de gauche qui n'aura vis&#233; la t&#234;te. Si &#171; politique de gauche &#187; a pour sens de faire reculer l'emprise du capital, donc de modifier les conditions structurelles de cette emprise, alors elle doit s'en prendre &#224; la finance n&#233;olib&#233;rale. Violemment.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5 raisons (d'en finir avec la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tout y conduit. Les deux voies de la finance n&#233;olib&#233;rale sont aussi nuisibles l'une que l'autre. La voie actionnariale, par o&#249; s'exprime sous sa forme pure le primat structural de la rentabilit&#233; du capital financier, est le bras arm&#233; de la mise au pas du travail. La voie de la dette est celle de la disciplinarisation des &#201;tats, d'apr&#232;s les int&#233;r&#234;ts du capital d&#233;tenteur de titres obligataires, et du d&#233;mant&#232;lement des fonctions collectives socialis&#233;es en vue de leur remise au capital priv&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; la marchandisation g&#233;n&#233;rale. Dirait-on cela seulement, nous disposerions d&#233;j&#224; d'une 1re et d'une 2e raison cat&#233;goriques d'en finir avec la finance n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve par ailleurs qu'en plus de maltraiter toute la population qui n'a pas partie li&#233;e au capital, la finance, les gens de la finance, tirent de fabuleux enrichissements de cette maltraitance &#8211; 3e raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve &#233;galement que la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e est au principe de crises r&#233;currentes, violentes, parfois cataclysmiques : dans leurs retomb&#233;es sur l'&#233;conomie r&#233;elle. Qui, pour &#234;tre parfaitement &#233;trang&#232;re aux fr&#233;n&#233;sies de la bulle, plus encore &#224; ses obsc&#232;nes profits, n'en souffrira pas moins le contrecoup des violentes r&#233;actions du syst&#232;me bancaire au moment o&#249; il restreint le cr&#233;dit avec autant de brutalit&#233; pour les agents de la production qu'il en a accord&#233; avec laxisme aux agents de la finance. D'o&#249; r&#233;sulteront r&#233;cession et ch&#244;mage. Ceci est parfaitement intol&#233;rable &#8211; 4e raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve enfin que lorsque leurs propres exc&#232;s les ont port&#233;es au bord de la ruine, les grandes institutions financi&#232;res, les banques au premier chef mais &#233;galement les compagnies d'assurance et tous les grands gestionnaires de l'&#233;pargne collective, demandent &#224; &#234;tre sauv&#233;es de la faillite compl&#232;te. Et l'obtiennent. Pas seulement par un effet de collusion d'&#233;lites bourgeoises qui circulent entre &#201;tat et capital. Mais pour les raisons imp&#233;rieuses du risque syst&#233;mique. Ce sont des raisons impossibles &#224; avaler. Et pourtant il faut s'y rendre. Car la joie mauvaise de voir les banques enfin &#224; terre ne durerait qu'une fraction de seconde : avant que nous ne soyons pr&#233;cipit&#233;s dans le m&#234;me ab&#238;me &#224; leur suite. Il faut se repr&#233;senter le chaos sur quoi d&#233;bouche un risque syst&#233;mique qu'on aurait laiss&#233; faire jusque dans ses derni&#232;res cons&#233;quences : la &lt;i&gt;totalit&#233; &lt;/i&gt;du secteur bancaire &#224; terre, plus une coupure au distributeur de billets, pas un ch&#232;que susceptible d'&#234;tre trait&#233;, les virements &#233;videmment impossibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de conserver les avoirs du public, les banques &lt;i&gt;constituent&lt;/i&gt; l'infrastructure des paiements. Ce qui signifie que, si plus de banques, alors &lt;i&gt;plus aucun moyen&lt;/i&gt; de transacter. Toute production, tout commerce arr&#234;t&#233;s dans l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Restent :&lt;/strong&gt; le peu de liquide que les agents ont dans la poche &#224; ce moment-l&#224;, le contenu du frigo et des placards pour manger, en gros quelques jours devant soi. Et apr&#232;s, l'aventure&#8230; Il est impensable de laisser les banques &#224; la ruine, il faut sauver les banques. En d&#233;pit de tout. Apr&#232;s les quatre pr&#233;c&#233;dentes : 5e raison &#8211; de ne plus tol&#233;rer &#231;a. Remettre les banques debout pour les laisser repartir &#224; l'identique, sans qu'&#224; aucun moment elles ne payent le prix, non pas seulement le prix mon&#233;taire mais le prix de l'arraisonnement structurel, c'est ce qu'une politique de gauche ne peut pas tol&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un syst&#232;me auto-verrouill&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que le syst&#232;me de la finance n&#233;olib&#233;rale force &#224; tol&#233;rer l'intol&#233;rable. Les structures de la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e n'occupent pas seulement la position hi&#233;rarchiquement sup&#233;rieure dans la configuration institutionnelle d'ensemble du capitalisme contemporain (son &#171; mode de r&#233;gulation &#187;), elle disposent d'une &#233;tonnante propri&#233;t&#233; d'auto-verrouillage. C'est-&#224;-dire des moyens de mettre en &#233;chec tout gouvernement qui entreprendrait de les transformer dans un sens non conforme &#224; leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est besoin d'aucune hypoth&#232;se de coordination cach&#233;e pour s'en faire une id&#233;e : tous les agents de la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e sont d'embl&#233;e accord&#233;s quant &#224; leurs visions du monde financier, quant &#224; ce que &lt;i&gt;doivent &#234;tre&lt;/i&gt; ses structures, et tous disposent du m&#234;me instrument pour r&#233;pondre &#224; toute politique &#233;conomique qui s'en prendrait &#224; elles (comme, plus g&#233;n&#233;ralement, &#224; toute politique &#233;conomique qui leur disconvient) : la vente, le cas &#233;ch&#233;ant massive, des titres de la dette publique. Il s'ensuit une hausse des taux d'int&#233;r&#234;t, dont nul ne sait &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; jusqu'o&#249; elle peut aller, possiblement tr&#232;s haut si, donc, &#171; les march&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire en fait la collectivit&#233; des op&#233;rateurs de la finance, consid&#232;rent qu'ils ont affaire &#224; une entreprise de d&#233;molition de leur monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Porter les taux d'int&#233;r&#234;t &#224; ces niveaux est davantage qu'une r&#233;action de &#171; d&#233;sapprobation &#187; : c'est une entreprise sym&#233;trique de contre-destruction. &#171; Nous d&#233;truirons le gouvernement qui veut nous d&#233;truire &#8211; et nous en avons les moyens &#187;. En effet : ils en ont les moyens. Des taux d'int&#233;r&#234;t en fus&#233;e disloquent litt&#233;ralement l'&#233;conomie : l'&#233;conomie des finances publiques, par explosion de la charge de la dette et &#233;viction de toutes les autres d&#233;penses publiques, ou bien creusement abyssal du d&#233;ficit et nouveau tour de hausse de taux ; l'&#233;conomie priv&#233;e o&#249; tout endettement devient d'un co&#251;t prohibitif, en fait impossible, et ce n'est m&#234;me pas que la croissance en est atteinte, c'est que la r&#233;cession va &#234;tre meurtri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance s'est rendue intouchable, par l'effet de d&#233;r&#233;glementations qui ont sanctuaris&#233; son domaine &#8211; ce dont, en France, elle doit la gr&#226;ce au Parti socialiste. Qui n'a pas seulement collabor&#233;, c'est bien le cas de le dire, &#224; son installation mais &#224; son maintien &#233;galement, alors que ses effets &#233;taient de plus en plus spectaculairement &#233;vidents, jusque dans les crises de tr&#232;s grande ampleur, comme celle de 2008, o&#249; s'ouvrit pourtant une fen&#234;tre in&#233;dite pour fermer le barnum &#8211; on fit &#224; peine semblant de l'emprunter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme de gouvernement se pr&#233;sentant &#224; peu pr&#232;s identiquement sous toutes les latitudes, il y eut d'abord Obama, &#233;lu en novembre 2008, c'est-&#224;-dire au plus fort de la d&#233;confiture, Obama qui, dit-on, r&#233;unit les patrons des 6 ou 7 grandes de Wall Street pour leur tenir ce discours : entre les fourches et vous, il n'y a que moi &#8211; &lt;a href=&#034;https://www.politico.com/story/2009/04/inside-obamas-bank-ceos-meeting-020871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;textuel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. On aurait pu y voir une fixation assez explicite du rapport de force r&#233;el et l'annonce de ce que cette fois le man&#232;ge allait &#234;tre ferm&#233;. En lieu de quoi, il y eut le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Dodd%E2%80%93Frank_Wall_Street_Reform_and_Consumer_Protection_Act&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dodd-Frank Act&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, loi de re-r&#233;gulation aussi &#233;paisse qu'inoffensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient aussi de Fran&#231;ois Hollande, quoique arriv&#233; un peu plus tard &#8212; alors que le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_des_subprimes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;scandale des &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;subprimes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; avait eu le temps de prendre toute son ampleur et de d&#233;border en Europe. On se souvient de la finance d'abord son ennemie, tr&#232;s vite son amie, et de &lt;a href=&#034;https://www.economie.gouv.fr/files/projet-loi-reforme-bancaire.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;la loi dite Moscovici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, suppos&#233;e s&#233;parer banques d'investissement et banques commerciales, mis&#233;rable en intention d&#232;s le d&#233;part, puis litt&#233;ralement &#233;visc&#233;r&#233;e par l'axe Bercy-lobby bancaire parfaitement complice, en parfaite conformit&#233; de toute fa&#231;on avec les orientations du socialisme de gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans un autre genre, mais peut-&#234;tre le plus accablant, il y eut les directions syndicales fran&#231;aises, qui percevant &#224; moiti&#233; la fureur de l'opinion publique, d&#233;cid&#232;rent certes d'une manifestation nationale en janvier 2009 &#8211; la participation fut &#233;norme. Mais sous les indigents mots d'ordre &#171; d'augmentation des salaires &#187; ou de &#171; partage des richesses et du temps de travail &#187;, pauvres syntagmes &#233;dent&#233;s, concass&#233;s depuis des lustres, alors qu'une occasion in&#233;dite s'ouvrait, la premi&#232;re apr&#232;s trois d&#233;cennies de mondialisation n&#233;olib&#233;rale, de tenir un propos &lt;i&gt;politique &lt;/i&gt;et de mettre enfin en cause &lt;i&gt;le capitalisme financiaris&#233;&lt;/i&gt;. La fen&#234;tre &#233;tait grande ouverte, la col&#232;re populaire &#224; son comble, l'arrogance du camp d'en face en miettes &#8211; une invitation au r&#233;armement id&#233;ologique et &#224; tout bousculer : et l'on &#171; revendiqua &#187; un &#171; meilleur partage des richesses &#187;. C'&#233;tait &#224; pleurer de b&#234;tise et de nullit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fen&#234;tres et v&#233;randas&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Or voil&#224; que l'histoire, qui n'est pas exactement connue pour ce genre de faveur, semble repasser les plats. Et non seulement les repasser mais dans un format pantagru&#233;lique. La crise qui s'annonce est de proportions hors du commun, &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/la-crise-financiere-qui-vient&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;multi-crise financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; d'un c&#244;t&#233;, choc massif de mati&#232;res premi&#232;res de l'autre, l'ensemble coiff&#233; par le syst&#232;me explosif de leurs potentialisations mutuelles, &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2026/05/LORDON/69499&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;crise totale&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dont on cherche en vain un pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire du capitalisme, par l&#224; vou&#233;e &#224; cr&#233;er une situation politique in&#233;dite. Car se trouve recr&#233;&#233;e l'unique circonstance dans laquelle ce qui est ordinairement impossible devient possible : arraisonner la finance parce que l'auto-verrouillage a saut&#233;. Il a saut&#233; parce que le capitalisme financiaris&#233; s'est vautr&#233; tout seul comme un grand, qu'il doit &#234;tre relev&#233;, qu'il est dans la plus extr&#234;me d&#233;pendance &#224; qui viendra le relever, et que celui qui le rel&#232;vera a la possibilit&#233; de le faire &lt;i&gt;&#224; ses conditions&lt;/i&gt; &#8211; pourvu qu'il le veuille, et qu'il ait l'id&#233;e de quelques-unes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a pas 36 &#171; &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; &#187;, il n'y en qu'un :&lt;/strong&gt; la puissance publique. Que la puissance publique vienne &#224; s'abstenir et la ruine serait totale, absolue, d&#233;finitive, par l'effet du risque syst&#233;mique abattant les unes apr&#232;s les autres toutes les institutions financi&#232;res dans une propagation fulgurante de la crise de liquidit&#233; &#8211; ramenant par cons&#233;quent l'&#233;conomie au troc et &#224; la cueillette. C'&#233;tait la 5e raison. Mais c'est surtout, cette fois, la 1re occasion : l'occasion de tout reprendre en main, c'est-&#224;-dire de faire tout ce que le socialisme de gouvernement corrompu a toujours refus&#233; de faire : &lt;strong&gt;mater la finance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est &#224; terre signifie que la catastrophe est visible de tous &#8211; elle est plan&#233;taire. Que le sauvetage des irresponsables nous est extorqu&#233;. Que les effets macro&#233;conomiques et sociaux vont &#234;tre d&#233;vastateurs. Par cons&#233;quent que le scandale est &#233;norme. La l&#233;gitimit&#233; de la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e, soustraite &#224; toute question ou bien prot&#233;g&#233;e par le baratin &#233;conomiste orthodoxe, ses arguments sur &#171; l'efficience des march&#233;s &#187;, ridiculis&#233;s &#224; chaque crise, reconduits apr&#232;s chaque crise, la l&#233;gitimit&#233; de la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e est an&#233;antie au moment o&#249; elle s'effondre &#8211; temporairement. C'est un moment politique qu'il est vital de saisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour poser ce qui ne peut jamais l'&#234;tre autrement : le r&#232;gne de la d&#233;r&#233;glementation doit &#234;tre referm&#233;, nous allons y mettre un terme. C'est le seul moment o&#249; on le peut puisque les op&#233;rateurs qui seraient normalement en position de repr&#233;sailles sont bien trop occup&#233;s &#224; leur survie. Et que la population, ordinairement &#224; mille lieux des choses incompr&#233;hensibles de la finance, en per&#231;oit d'un coup tous les enjeux fondamentaux avec la plus grande acuit&#233;. Par cons&#233;quent apportera son plein soutien &#224; tout gouvernement qui lui offrira de se passer les nerfs par procuration sur la finance. On appelle &#231;a une fen&#234;tre historique. &#192; ce stade d'ailleurs, &#231;a n'est plus une fen&#234;tre : c'est une v&#233;randa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224;, pour parachever le tableau, que s'annonce une &#233;lection prochaine o&#249; figure en assez bonne place une formation politique qui pourrait &#234;tre tent&#233;e de s'y engouffrer &#8211; qui en aura en tout cas la possibilit&#233;. Une formation de gauche pour une fois. Sans doute pas au sens du &#171; terme &#187;, du &#171; jusqu'au bout &#187; (faire reculer l'emprise du capital &lt;i&gt;jusqu'au bout&lt;/i&gt;), mais suffisamment peut-&#234;tre pour au moins s'en prendre &#224; la forme financiaris&#233;e-d&#233;r&#233;glement&#233;e du capitalisme, en changer par cons&#233;quent la physionomie, tr&#232;s profond&#233;ment m&#234;me, en r&#233;alit&#233; faire advenir &lt;i&gt;par-l&#224;&lt;/i&gt; un nouveau r&#233;gime d'accumulation, une nouvelle s&#233;quence historique, un nouveau rapport de force du capital et du travail, drastiquement rebascul&#233; en faveur du travail, entreprise transformatrice normalement partie int&#233;grante &#8211; normalement partie minimale &#8211; de toute perspective de gauche. Rendue impossible pendant quatre d&#233;cennies. Enfin &#224; port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Voyons comment... (&#224; suivre)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt; pour son blog &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dans &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les blogs du &#171; Diplo &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/une-fenetre-historique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 20 mai 2026&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;b&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; est un &#233;conomiste qui travaille avec la philosophie, selon sa propre d&#233;finition, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l'auteur de &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, octobre 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;LIRE LA SUITE :&lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 2&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-2-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-PRINCIPES-ET-METHODES&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : PRINCIPES ET METHODES&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-1&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 24 mai 2026.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La crise &#224; laquelle le capitalisme financier ne peut &#233;chapper</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/La-crise-a-laquelle-le-capitalisme-financier-ne-peut-echapper</link>
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		<dc:date>2026-06-05T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael Hudson *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Finance, immobilier et pouvoirs du n&#233;olib&#233;ralisme. Trump menace d'intensifier sa guerre contre l'Iran. Il en r&#233;sultera une aggravation de la crise &#233;conomique mondiale d&#233;j&#224; en cours. L'avenir exigera d'envisager l'impensable. Il faudra admettre que les dettes impossibles &#224; rembourser ne le seront pas (...) Michael Hudson&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sur la finance, l'immobilier et les pouvoirs du n&#233;olib&#233;ralisme. Trump menace d'intensifier sa guerre contre l'Iran. Il en r&#233;sultera une aggravation de la crise &#233;conomique mondiale d&#233;j&#224; en cours. L'avenir exigera d'envisager l'impensable. Il faudra admettre que les dettes impossibles &#224; rembourser ne le seront pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La crise financi&#232;re mondiale de 2026&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Trump menace d'intensifier sa guerre contre l'Iran, et ce dernier est pr&#234;t &#224; d&#233;truire les capacit&#233;s de production et de transport de p&#233;trole des pays arabes membres de l'OPEP qui ne r&#233;agissent pas pour stopper l'offensive &#233;tasunienne. Il en r&#233;sultera une aggravation de la crise &#233;conomique mondiale d&#233;j&#224; en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la bourse et les taux d'int&#233;r&#234;t ont continu&#233; de progresser. Ces derniers ne peuvent se maintenir &#224; un niveau &#233;lev&#233; sans provoquer un effondrement des march&#233;s immobiliers et boursiers. Or, les m&#233;dias et de nombreux investisseurs per&#231;oivent la hausse des taux d'int&#233;r&#234;t comme une compensation pour le risque d'inflation. En r&#233;alit&#233;, la hausse des taux d'int&#233;r&#234;t ne fera qu'aggraver la difficult&#233; de l'&#233;conomie &#224; faire face &#224; la crise d&#233;j&#224; en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est n&#233; le mythe de la hausse des taux d'int&#233;r&#234;t en r&#233;ponse &#224; l'inflation des prix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justification morale consiste &#224; prot&#233;ger le pouvoir d'achat des cr&#233;ances sur les d&#233;biteurs, tel que mesur&#233; par le pouvoir d'achat des cr&#233;ances par rapport aux prix &#224; la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;tend que les cr&#233;anciers utilisent les int&#233;r&#234;ts per&#231;us pour acqu&#233;rir des biens et des services. Or, d&#232;s le XVIIIe si&#232;cle , les d&#233;tracteurs du financement par l'emprunt constataient que les obligataires r&#233;investissaient la majeure partie de leurs fonds dans de nouveaux pr&#234;ts. Lorsqu'ils d&#233;pensent une partie de leurs revenus d'int&#233;r&#234;ts dans l'&#233;conomie r&#233;elle, c'est principalement pour acheter des biens immobiliers de prestige, surtout dans les grands centres financiers, et secondairement pour des produits de luxe &#8211; import&#233;s d'Italie, comme aujourd'hui encore, au milieu du XVIIIe si&#232;cle .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle , les cr&#233;anciers cherchaient un pr&#233;texte pour justifier leurs frais d'int&#233;r&#234;t en les pr&#233;sentant comme une compensation pour le risque de subir une perte due &#224; des d&#233;fauts de paiement ou &#224; une perte de leur pouvoir d'achat sur les biens et services &#224; mesure que les prix augmentaient &#8211; &#8203;&#8203;et surtout, sur le travail qui produisait ces biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;conomistes autrichiens comme &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Eugen_von_B%C3%B6hm-Bawerk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;B&#246;hm-Bawerk&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;all&#232;rent jusqu'&#224; affirmer que l'int&#233;r&#234;t &#233;tait une r&#233;mun&#233;ration pour le &#171; service &#187; consistant &#224; s'abstenir de consommer ses revenus, pr&#233;f&#233;rant consommer davantage plus tard. Le paiement d'int&#233;r&#234;ts &#233;tait ainsi pr&#233;sent&#233; comme le prix de l'&#171; impatience &#187;. C'&#233;tait comme si les salari&#233;s (&#171; consommateurs &#187;) avaient le choix de ne pas s'endetter, et que, ce faisant, ils manquaient de prudence. Cela incita Marx &#224; ironiser sur le fait que les banquiers Rothschild devaient &#234;tre la famille la plus aust&#232;re d'Europe. C'&#233;tait comme s'il n'existait aucun secteur financier de banquiers et d'obligataires agissant ind&#233;pendamment de l'&#233;conomie de production et de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Augmenter les taux d'int&#233;r&#234;t pour ralentir l'emploi et maintenir les salaires &#224; un niveau bas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique plus r&#233;cente du XXe si&#232;cle est celle de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Volcker&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Paul Volcker&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; lorsqu'il a port&#233; les taux d'int&#233;r&#234;t &#224; plus de 20 % &#224; la fin de l'administration Carter en 1980. Il constatait une hausse des salaires, cons&#233;quence de la politique budg&#233;taire expansionniste men&#233;e pendant la guerre du Vietnam, qualifi&#233;e de keyn&#233;sianisme militaire &#224; une &#233;poque o&#249; l'objectif &#233;tait d'accro&#238;tre les profits, l'investissement et l'emploi. Volcker, ancien banquier de la Chase Manhattan, souhaitait faire augmenter le ch&#244;mage afin de freiner la hausse des salaires. Il est parvenu &#224; provoquer un krach boursier lorsque les taux d'int&#233;r&#234;t bancaires ont atteint 20 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est &#233;videmment pas l'objectif de la hausse des taux d'int&#233;r&#234;t d'aujourd'hui. Mais c'est bien l'effet produit. Et c'est exactement l'inverse d'une compensation du risque. Cela accro&#238;t fortement le risque &#233;conomique dans l'ensemble de l'&#233;conomie, non seulement pour l'industrie et l'emploi, mais aussi pour le secteur financier. C'est ce qui rend les cours boursiers &#233;lev&#233;s d'aujourd'hui si d&#233;concertants, semblant reposer uniquement sur une vision &#224; court terme, fond&#233;e sur les rumeurs propag&#233;es par l'administration Trump quant &#224; la probabilit&#233; d'un retour &#224; la paix dans le Golfe persique et au statu quo ante .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les gouvernements abaissent les taux d'int&#233;r&#234;t principalement pour augmenter les prix de la richesse financi&#232;re &#224; effet de levier sur la dette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e sous-jacente est que la hausse des taux d'int&#233;r&#234;t ralentira l'inflation en r&#233;duisant la cr&#233;ation de cr&#233;dit bancaire, et donc l'investissement et l'emploi. Cette id&#233;e repose sur le mythe selon lequel les banques soutiennent l'&#233;conomie industrielle en cr&#233;ant du cr&#233;dit pour financer les entreprises et stimuler ainsi la croissance. Or, ce n'est pas ainsi que fonctionnent les banques dans le cadre du capitalisme financier. Elles accordent des pr&#234;ts garantis par des actifs existants, disponibles en nantissement, afin d'acqu&#233;rir davantage de biens immobiliers, d'obligations et d'actions. L'effet de ces pr&#234;ts est de faire grimper le prix des actifs, et non celui des prix &#224; la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements et leurs banques centrales peuvent pr&#233;tendre baisser les taux d'int&#233;r&#234;t pour stimuler l'&#233;conomie, mais la v&#233;ritable raison est de faire remonter les prix des titres financiers et de l'immobilier. C'est l&#224;, apr&#232;s tout, l'objectif principal du capitalisme financier actuel. Sa volont&#233; d'accro&#238;tre les fortunes en cr&#233;ant des plus-values &#8203;&#8203;gr&#226;ce &#224; l'effet de levier de la dette a transform&#233; les &#233;conomies en un vaste &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_Ponzi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Syst&#232;me de Ponzi&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique est vou&#233;e &#224; l'&#233;chec car, pour emp&#234;cher la baisse des prix des garanties d&#233;tenues par les banques et autres cr&#233;anciers, et donc la perte des gains sur les prix des actifs financiaris&#233;s, l'&#233;conomie doit s'endetter toujours plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le plan de sauvetage des banques d'Obama et la politique de taux d'int&#233;r&#234;t z&#233;ro ont laiss&#233; l'&#233;conomie US fortement endett&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action de la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale am&#233;ricaine &#224; la crise des pr&#234;ts hypoth&#233;caires &#224; haut risque de 2008 est r&#233;v&#233;latrice de la mani&#232;re dont le gouvernement pourrait g&#233;rer la prochaine crise financi&#232;re. Les prix de l'immobilier et des obligations d'entreprises s'effondraient en raison des d&#233;fauts de paiement sur les pr&#234;ts hypoth&#233;caires &#224; haut risque et des paris hasardeux sur les produits d&#233;riv&#233;s. L'administration Obama a alors mis en place &lt;a href=&#034;https://wikiland.org/fr/Zero_interest_rate_policy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;la politique de taux d'int&#233;r&#234;t z&#233;ro&lt;/strong&gt; (ZIRP)&lt;/a&gt;. La R&#233;serve f&#233;d&#233;rale a sauv&#233; les banques de la faillite en injectant massivement des fonds propres n&#233;gatifs dans le syst&#232;me bancaire &#8211; et par cons&#233;quent dans les march&#233;s financiers &#8211; gr&#226;ce &#224; un effet de levier de la dette &#224; faible taux d'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulta la plus forte expansion du march&#233; obligataire de l'histoire, mais pas une croissance pour l'industrie et l'emploi. L'&#233;conomie am&#233;ricaine, en forme de K, a vu la richesse des 1 % les plus riches augmenter consid&#233;rablement (et, dans une moindre mesure, celle des 10 % restants), tandis que l'&#233;conomie industrielle a continu&#233; de subir son long d&#233;clin, les salaires et les profits industriels &#233;tant d&#233;pens&#233;s dans le secteur FIRE : finance, assurances (y compris l'assurance maladie privatis&#233;e par l'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Obamacare&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Obamacare&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;) et immobilier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manipulation financi&#232;re de la &#171; reprise &#187; des prix des actifs (immobilier, actions et obligations) apr&#232;s 2008 a tellement endett&#233; l'&#233;conomie qu'elle est peu susceptible d'absorber un ralentissement &#233;conomique provoqu&#233; par les perturbations du commerce p&#233;trolier et gazier de l'OPEP. La p&#233;nurie de p&#233;trole fait certes grimper les prix des mati&#232;res premi&#232;res, mais cela n'est pas d&#251; &#224; une hausse de l'emploi ou des salaires qui stimulerait la demande. C'est la cons&#233;quence de la politique de Trump visant &#224; maintenir les &#201;tats-Unis au pouvoir sur le commerce mondial du p&#233;trole. L'Iran a r&#233;agi en d&#233;clarant que si les autres nations ne s'opposent pas &#224; cette offensive, il d&#233;truira la production p&#233;troli&#232;re arabe et que le monde entier subira les cons&#233;quences d'une longue r&#233;cession &#233;conomique. Et une grande partie du monde est rest&#233;e passive, comme si elle croyait que les &#201;tats-Unis pouvaient soumettre l'Iran comme ils l'ont fait avec le Venezuela et r&#233;tablir des relations normales sous leur contr&#244;le, &#233;vitant ainsi une crise mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trump envisagerait une ultime frappe a&#233;rienne d'envergure. Quoi qu'il en soit, il est d&#233;sormais &#233;vident que les p&#233;nuries mondiales de p&#233;trole et la hausse cons&#233;quente des prix contraindront des secteurs industriels majeurs &#224; s'arr&#234;ter partout dans le monde : les producteurs de produits chimiques, les entreprises d'engrais et les soci&#233;t&#233;s mini&#232;res d&#233;pendantes de l'acide sulfurique, les consommateurs d'&#233;nergie comme les producteurs d'aluminium et de verre, les fabricants de plastique ayant besoin de naphta (sans oublier les m&#233;nages qui ont besoin d'&#233;nergie pour le chauffage, l'&#233;clairage et les transports). Les cha&#238;nes de production de ces entreprises seront perturb&#233;es &#224; des moments critiques, les for&#231;ant &#224; licencier leur personnel et &#224; cesser leur activit&#233;, faute de pouvoir continuer &#224; produire et &#224; d&#233;gager des b&#233;n&#233;fices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie &#233;galement que ces entreprises ne pourront pas honorer leurs obligations de service de la dette envers leurs obligataires et leurs banquiers, sans parler de la n&#233;cessit&#233; d'interrompre leurs programmes de rachat d'actions. C'est ce qui se produit en p&#233;riode de r&#233;cession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sultera non seulement une d&#233;flation des prix, mais aussi une d&#233;flation des march&#233;s et de la demande des consommateurs, ainsi qu'une vague de d&#233;fauts de paiement. Ceci menace de transf&#233;rer les garanties et autres biens des d&#233;biteurs aux cr&#233;anciers, dont les difficult&#233;s de recouvrement pourraient n&#233;anmoins les laisser avec des fonds propres n&#233;gatifs. Nous nous retrouverons donc dans la situation de 2009, mais sans aucune possibilit&#233; d'accumuler encore plus de dettes pour permettre aux &#233;conomies de &#171; se sortir de l'endettement &#187; apr&#232;s 17 ans de gal&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La hausse des taux d'int&#233;r&#234;t n'est pas une solution viable &#224; la d&#233;pression imminente d'aujourd'hui.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question cruciale est de savoir combien de temps l'&#233;conomie am&#233;ricaine pourra supporter des taux d'int&#233;r&#234;t &#224; long terme sup&#233;rieurs &#224; 5 % pour les obligations du Tr&#233;sor &#224; 30 ans, &#224; 4,6 % pour les obligations &#224; 10 ans et avoisinant les 7 % pour les pr&#234;ts hypoth&#233;caires. De nombreux pr&#234;ts immobiliers commerciaux et de capital-investissement arrivent bient&#244;t &#224; &#233;ch&#233;ance. Comment refinancer ces dettes aux taux qui se profilent ? Par ailleurs, la construction neuve et les ventes immobili&#232;res seront frein&#233;es par l'incapacit&#233; des nouveaux emprunteurs &#224; assumer les charges financi&#232;res plus &#233;lev&#233;es li&#233;es &#224; l'acquisition de logements ou d'autres biens immobiliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement tentera de faire ce qu'il fait habituellement : renflouer le secteur financier, et non l'&#233;conomie r&#233;elle, d&#233;j&#224; accabl&#233;e par la dette. Pourtant, les pouvoirs publics ne se pr&#233;occupent ni de prot&#233;ger les salaires et le niveau de vie des travailleurs, ni m&#234;me la solvabilit&#233; de leur secteur. Les banques centrales visent &#224; sauver le secteur financier, c'est-&#224;-dire la richesse financiaris&#233;e, gonfl&#233;e par l'effet de levier de la dette, les prix de l'immobilier, des actions et des obligations ayant flamb&#233; gr&#226;ce au cr&#233;dit. Or, la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale a d&#233;j&#224; massivement acquis des bons du Tr&#233;sor pour financer le d&#233;ficit budg&#233;taire abyssal de Trump. Comment les &#233;lecteurs r&#233;agiront-ils face &#224; une administration qui privil&#233;gie les 1 % les plus riches au d&#233;triment du reste de l'&#233;conomie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment l'Occident devrait-il r&#233;agir face &#224; un tel probl&#232;me si nous vivions dans un monde id&#233;al ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une solution ancestrale pour att&#233;nuer une crise &#233;conomique r&#233;sultant de perturbations des r&#233;coltes, et elle est applicable &#224; la perturbation actuelle du commerce mondial de l'&#233;nergie. Mais cette solution n'est pas devenue une m&#233;thode courante dans la civilisation occidentale pour faire face &#224; l'endettement croissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Code_de_Hammurabi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Code de Hammurabi&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, datant d'environ 1750 av. J.-C., illustrent la mani&#232;re dont la M&#233;sopotamie et d'autres civilisations d'Asie occidentale ont g&#233;r&#233; les interruptions de production entre le IIIe et le Ier mill&#233;naire av. J.-C., r&#233;tablissant ainsi l'ordre &#233;conomique pendant des mill&#233;naires. Hammurabi d&#233;cr&#233;ta que si le dieu de l'orage &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Adad&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Adad &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; provoquait une mauvaise r&#233;colte &#224; la suite d'une inondation ou d'une s&#233;cheresse, les dettes contract&#233;es par les cultivateurs durant l'ann&#233;e agricole et qu'ils comptaient rembourser sur l'aire de battage publique au moment des moissons seraient annul&#233;es. (Nombre de ces dettes &#233;taient dues au palais et &#224; son administration, ce qui emp&#234;cha toute r&#233;volte des cr&#233;anciers. Les dettes commerciales des marchands rest&#232;rent inchang&#233;es ; seules les dettes de c&#233;r&#233;ales des populations agricoles affect&#233;es furent annul&#233;es.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces dettes personnelles n'avaient pas &#233;t&#233; annul&#233;es, la population agricole de Babylone aurait &#233;t&#233; soumise &#224; la servitude pour dettes et aurait perdu ses droits fonciers au profit d'une oligarchie de cr&#233;anciers &#233;mergente. J'ai d&#233;crit tout cela dans &#171; &#8230; et leur remettre leurs dettes &#187; et dans &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://michael-hudson.com/2024/05/temples-of-enterprise/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Temples of Enterprise&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces annulations de dettes par les souverains face aux catastrophes naturelles ont permis aux &#233;conomies du Moyen-Orient d'&#233;viter l'&#233;mergence d'oligarchies de cr&#233;anciers. Mais les soci&#233;t&#233;s occidentales n'ont jamais connu de tels dirigeants centraux, qu'il s'agisse de royaut&#233; divine ou d'empereurs confuc&#233;ens, capables d'emp&#234;cher ces oligarchies de s'emparer des gouvernements et de provoquer un m&#233;contentement populaire g&#233;n&#233;ralis&#233;. Comme je l'ai d&#233;crit dans mon ouvrage &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://michael-hudson.com/2024/05/temples-of-enterprise/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;The Collapse of Antiquity&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187; , tout gouvernement occidental a &#233;t&#233; exerc&#233; par des oligarchies (comme l'a not&#233; Aristote), et celles-ci sont invariablement sujettes &#224; une obsession de l'argent et &#224; une d&#233;pendance &#224; la richesse qui polarisent les &#233;conomies entre cr&#233;anciers et d&#233;biteurs, propri&#233;taires et locataires, conduisant &#224; des effondrements &#233;conomiques tels que celui de Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspectives des &#233;conomies am&#233;ricaine et &#233;trang&#232;re actuelles face &#224; la crise p&#233;troli&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les march&#233;s financiers actuels semblent anticiper une r&#233;action instinctive de la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale face &#224; la hausse des prix &#224; la consommation : une augmentation des taux d'int&#233;r&#234;t. Comme indiqu&#233; pr&#233;c&#233;demment, cette mesure est cens&#233;e ralentir l'&#233;conomie et cr&#233;er une &#171; arm&#233;e de r&#233;serve de ch&#244;meurs &#187; afin de contenir les salaires en provoquant des difficult&#233;s &#233;conomiques. Or, l'&#233;conomie am&#233;ricaine n'est ni en pleine expansion, ni m&#234;me florissante. Elle, &#224; l'instar d'autres &#233;conomies, est d&#233;j&#224; fragilis&#233;e par la crise p&#233;troli&#232;re et &#233;nerg&#233;tique qui se profile. Outre la r&#233;duction de la production des entreprises, les acteurs de l'immobilier commercial et les particuliers sont confront&#233;s &#224; des &#233;ch&#233;ances de pr&#234;ts immobiliers arrivant &#224; &#233;ch&#233;ance. La hausse des taux d'int&#233;r&#234;t rendra le refinancement de ces pr&#234;ts et autres dettes inabordable pour les emprunteurs, dont les revenus sont en baisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulterait un transfert massif de biens des d&#233;biteurs vers les cr&#233;anciers. Les &#201;tats-Unis et l'Europe occidentale pourraient ainsi conna&#238;tre une situation similaire &#224; celle qu'ont v&#233;cue les pays asiatiques lors de la crise mon&#233;taire de 1997-1998. Ce serait une aubaine pour les fonds vautours, qui pourraient s'emparer de biens immobiliers et d'entreprises &#224; des prix brad&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne propose une solution &#171; babylonienne &#187; consistant &#224; suspendre le service de la dette pour les &#233;conomies incapables de payer &#224; l'&#233;chelle nationale. Les syst&#232;mes juridiques occidentaux, ax&#233;s sur les cr&#233;anciers, pr&#233;voient un transfert de propri&#233;t&#233; : les banques et les d&#233;tenteurs d'obligations prennent possession des biens mis en gage pour garantir la dette ou des biens que les d&#233;biteurs sont contraints de vendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande partie de ces garanties consiste en des cr&#233;ances d'autres entreprises &#224; travers l'&#233;conomie, de sorte que la crise risque d'engloutir l'ensemble du syst&#232;me social et politique. C'est ce qui nous a menac&#233;s en 2008-2009 lorsque la crise des pr&#234;ts hypoth&#233;caires &#224; risque et des fraudes bancaires a entra&#238;n&#233; un effondrement des prix de l'immobilier. Mais le syst&#232;me de Ponzi qui consiste &#224; accro&#238;tre la richesse par l'effet de levier de la dette en accordant de nouveaux cr&#233;dits a atteint ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous constatons d&#233;sormais que la longue p&#233;riode de croissance observ&#233;e depuis 1945, qui semblait &#234;tre une succession de cycles &#233;conomiques autor&#233;gulateurs, s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre une tentative rat&#233;e du capitalisme financier, une parenth&#232;se en faveur d'un capitalisme industriel d&#233;pourvu de m&#233;canismes d'autor&#233;gulation automatiques. La solution doit venir de l'ext&#233;rieur du syst&#232;me de march&#233;. Or, ni l'&#233;conomie acad&#233;mique ni l'id&#233;ologie de communication des march&#233;s libres (c'est-&#224;-dire des &#233;conomies non r&#233;glement&#233;es et privatis&#233;es, &#224; la mani&#232;re de Thatcher et Reagan) ne l'ont reconnu. L'avenir exigera d'envisager l'impensable. Il faudra admettre que les dettes impossibles &#224; rembourser ne le seront pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michael Hudson*&lt;/strong&gt; pour son &lt;a href=&#034;https://michael-hudson.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Blog&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://michael-hudson.com/2026/05/the-crisis-finance-capitalism-cant-escape/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Michael Hudson&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. USA, le 18 mai 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Michael Hudson&lt;/strong&gt; [(&lt;strong&gt;*Michael Hudson&lt;/strong&gt; es Presidente del Instituto para el Estudio de Tendencias Econ&#243;micas a Largo Plazo (ISLET), Analista Financiero de Wall Street, Profesor Distinguido de Investigaci&#243;n de Econom&#237;a en la Universidad de Missouri, Kansas City. Es autor de Super-Imperialism : &#171; &lt;i&gt;The Economic Strategy of American Empire&lt;/i&gt; &#187; (Ediciones 1968, 2003, 2021), &#171; &lt;i&gt;&#8216;and forgive them their debts'&lt;/i&gt; &#187; (2018), &#171; J is for Junk Economics &#187; (2017), &#171; &lt;i&gt;Killing the Host&lt;/i&gt; &#187; (2015), &#171; &lt;i&gt;The Bubble and Beyond&lt;/i&gt; &#187; (2012), &#171; &lt;i&gt;Trade, Development and Foreign Debt&lt;/i&gt; &#187; (1992 &amp; 2009) y de &#171; &lt;i&gt;The Myth of Aid&lt;/i&gt; &#187; (1971), entre muchos otros. Hudson es asesor econ&#243;mico de gobiernos de todo el mundo, como los de China, Islandia y Letonia, en materia de finanzas y legislaci&#243;n fiscal. P&#225;gina web : &lt;a href=&#034;https://michael-hudson.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Michel Hudson&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A propos des soci&#233;t&#233;s sans doctrine.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/A-propos-des-societes-sans-doctrine</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Carpinetti*</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Les mauvaises personnes peuvent-elles &#234;tre de bons dirigeants ? La question est d&#233;rangeante, car elle oblige &#224; aborder un sujet que la politique contemporaine s'efforce d'&#233;viter depuis longtemps : le lien entre le comportement et le pouvoir (...) Bruno Carpinetti&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&#171; Tu ne peux pas acheter la r&#233;volution. Tu ne peux pas faire la r&#233;volution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tu ne peux qu'&#234;tre la R&#233;volution. Elle est dans ton esprit ou elle n'existe pas &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_D%C3%A9poss%C3%A9d%C3%A9s_(roman%2C_1974)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les D&#233;poss&#233;d&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; d'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ursula_K._Le_Guin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ursula K. Le Guin&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les personnes &#171; malveillantes &#187; peuvent-elles &#234;tre de bons dirigeants ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La question est d&#233;licate car elle nous oblige &#224; aborder un sujet que la politique contemporaine a longtemps cherch&#233; &#224; &#233;viter : le lien entre comportement et pouvoir. Mais elle nous contraint &#233;galement &#224; examiner une probl&#233;matique encore plus profonde : la relation entre l'individu et la communaut&#233; qui le fa&#231;onne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car nul n'existe totalement en dehors de son environnement moral, culturel et &#233;motionnel. Nul ne na&#238;t avec un cadre &#233;thique pr&#233;d&#233;fini ni une identit&#233; fig&#233;e. On apprend &#224; se construire au sein d'un r&#233;seau de relations, d'institutions, d'exemples, de limites et de valeurs partag&#233;es. On apprend quels comportements sont admirables et lesquels sont honteux. On apprend ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. Finalement, on apprend quel type d'&#234;tre humain il est bon de vouloir devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; qu'appara&#238;t un probl&#232;me central de notre &#233;poque : la destruction progressive de toute id&#233;e de communaut&#233; morale partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me de d&#233;finir ce que l'on entend par &#171; personne mauvaise &#187;, il convient peut-&#234;tre de se poser une autre question : quel type de soci&#233;t&#233; engendre certains comportements ? Car il existe une perception, empreinte de bon sens et assez r&#233;pandue &#224; travers les cultures et les &#233;poques, de ce que nous consid&#233;rons g&#233;n&#233;ralement comme moralement d&#233;grad&#233;. Une personne mauvaise est g&#233;n&#233;ralement quelqu'un d'incapable de reconna&#238;tre les limites de son propre int&#233;r&#234;t. Quelqu'un qui humilie sans remords, qui prend plaisir &#224; nuire &#224; autrui, qui manipule constamment, qui trahit facilement, qui ne prend jamais ses responsabilit&#233;s et qui consid&#232;re les autres comme de simples instruments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aucune soci&#233;t&#233; ne produit ce type de subjectivit&#233; &#224; grande &#233;chelle par hasard. Les comportements individuels n'&#233;mergent pas du n&#233;ant. Ils sont fa&#231;onn&#233;s par des syst&#232;mes de r&#233;compenses et de sanctions culturelles. Lorsqu'une communaut&#233; admire exclusivement la r&#233;ussite personnelle, l'accumulation de richesses, la capacit&#233; &#224; dominer autrui ou la destruction de l'adversaire, elle finit par produire des individus conditionn&#233;s &#224; survivre dans cet &#233;cosyst&#232;me moral. C'est pourquoi la question &#224; propos des personnes malveillantes n'est jamais seulement individuelle. Elle est aussi sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il est difficile de cultiver la compassion dans des soci&#233;t&#233;s empreintes de cynisme. De m&#234;me, il est difficile de pr&#233;server une communaut&#233; saine lorsque ses dirigeants normalisent la cruaut&#233;, l'humiliation ou le mensonge comme des moyens l&#233;gitimes d'acqu&#233;rir et de conserver le pouvoir. On ne peut devenir meilleur qu'au sein d'une soci&#233;t&#233; meilleure. Et une soci&#233;t&#233; ne peut progresser que si elle forme des individus capables de reconna&#238;tre leurs propres limites. Ces deux notions se renforcent mutuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'exiger saintet&#233; ou puret&#233; morale. Nous sommes tous, &#224; un degr&#233; ou un autre, contradictoires, &#233;go&#239;stes ou mesquins. Mais il existe une diff&#233;rence assez intuitive entre celui qui conserve certaines limites int&#233;rieures et celui pour qui toutes les relations humaines sont subordonn&#233;es &#224; l'ambition, au narcissisme ou &#224; la soif de pouvoir. Et ces limites int&#233;rieures n'apparaissent pas spontan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont besoin d'une communaut&#233;, d'une &#233;ducation morale, de liens solides, d'institutions respect&#233;es et de r&#233;cits collectifs capables de donner un sens &#224; quelque chose qui d&#233;passe le simple d&#233;sir individuel imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des d&#233;cennies, de nombreux th&#233;oriciens de la d&#233;mocratie moderne ont tent&#233; de se convaincre que l'efficacit&#233; institutionnelle primait sur les vertus personnelles. Que les syst&#232;mes pouvaient fonctionner m&#234;me sous la direction de dirigeants cyniques, narcissiques, corrompus ou moralement d&#233;prav&#233;s, pourvu qu' existent des contre-pouvoirs, des r&#232;gles et un &#233;quilibre des pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux fantasme lib&#233;ral &#233;tait de croire que les institutions pouvaient ind&#233;finiment endiguer toute d&#233;gradation humaine. Mais le grand probl&#232;me contemporain r&#233;side peut-&#234;tre pr&#233;cis&#233;ment dans l'&#233;puisement de cette s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il y a du nouveau sur la sc&#232;ne politique ces temps-ci. Et il ne s'agit pas seulement de l'inflation, de l'effondrement des partis traditionnels ou de la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite. Ce qui est vraiment nouveau &#8211; et peut-&#234;tre le plus inqui&#233;tant &#8211; c'est autre chose : la cruaut&#233; n'a plus de cons&#233;quences politiques et est devenue une vertu publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que la question initiale cesse d'&#234;tre philosophique et devient urgente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si des personnes &#171; mauvaises &#187; peuvent &#234;tre de bons dirigeants, alors la d&#233;ch&#233;ance personnelle des chefs ne serait qu'un probl&#232;me secondaire. Mais si le comportement influence in&#233;vitablement la mani&#232;re dont le pouvoir est exerc&#233;, alors la crise contemporaine est bien plus profonde qu'il n'y para&#238;t. En effet, gouverner ne se r&#233;sume pas &#224; g&#233;rer des ressources ou &#224; concevoir des politiques publiques. Cela implique aussi de d&#233;cider constamment comment traiter autrui, quelles souffrances sont tol&#233;rables, quelles limites ne doivent pas &#234;tre franchies et quel type de relations &#233;tablir entre le pouvoir et la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il est difficile de croire qu'une personne cruelle puisse ind&#233;finiment exercer un pouvoir humanisant en politique. T&#244;t ou tard, sa personnalit&#233; finit par influencer sa mani&#232;re de gouverner. Pendant des d&#233;cennies, m&#234;me les dirigeants les plus brutaux ont eu besoin d'une certaine fa&#231;ade morale. Il y avait des protocoles, une retenue rh&#233;torique, des formes minimales de d&#233;cence institutionnelle. M&#234;me lorsqu'ils gouvernaient en ajustant, r&#233;primant ou n&#233;gociant des privil&#232;ges ind&#233;cents, ils devaient le dissimuler derri&#232;re de nobles paroles. Cela semble termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'agression fait office de preuve d'authenticit&#233;. Les insultes sont devenues sinc&#233;rit&#233;. L'humiliation publique s'est mu&#233;e en pouvoir. Plus un dirigeant para&#238;t brutal, plus il semble &#171; r&#233;el &#187; aux yeux de soci&#233;t&#233;s exasp&#233;r&#233;es par des ann&#233;es d'hypocrisie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donald Trump ne mod&#232;re pas son discours car il n'en a pas besoin. Benjamin Netanyahu durcit sa position car la guerre perp&#233;tuelle fait d&#233;sormais partie int&#233;grante de sa strat&#233;gie de survie politique. Javier Milei hurle, ridiculise et d&#233;nigre ses rivaux car cette violence n'est pas un simple acc&#232;s de col&#232;re : elle est au c&#339;ur m&#234;me de sa strat&#233;gie politique. Ils ne gouvernent pas malgr&#233; leur cruaut&#233;. La cruaut&#233; est essentielle &#224; leur pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est peut-&#234;tre l&#224; que r&#233;side une premi&#232;re r&#233;ponse d&#233;rangeante &#224; la question initiale : il est possible que des personnes malveillantes puissent effectivement s'emparer du pouvoir, remporter des &#233;lections, voire g&#233;rer des situations politiques. Ce qui est bien plus difficile, c'est de b&#226;tir un syst&#232;me politique sain lorsque la d&#233;gradation morale cesse d'&#234;tre une limite et devient une caract&#233;ristique d&#233;terminante.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La fin de la honte&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie lib&#233;rale a toujours coexist&#233; avec l'hypocrisie. Des dirigeants parlaient d'&#233;galit&#233; tout en accumulant des privil&#232;ges, d&#233;fendaient la r&#233;publique tout en n&#233;gociant l'impunit&#233;, et promettaient la transparence tout en b&#226;tissant des syst&#232;mes entiers de faveurs, de caisses noires et de loyaut&#233;s. Mais au moins, une fronti&#232;re symbolique existait. Il y avait des choses qu'il valait mieux cacher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, cette fronti&#232;re semble bris&#233;e. La politique contemporaine n'a plus besoin de coh&#233;rence morale pour se l&#233;gitimer. Elle a besoin d'impact &#233;motionnel. Elle a besoin de se cr&#233;er des ennemis, d'orchestrer des frustrations et de susciter une identification &#233;motionnelle imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, pendant longtemps, un dirigeant efficace &#233;tait g&#233;n&#233;ralement quelqu'un qui faisait preuve de sang-froid, de discipline, d'une vision historique et d'un engagement &#224; b&#226;tir un h&#233;ritage qui lui survivrait. On attendait de lui non seulement du charisme, mais aussi de l'instruction, une autorit&#233; morale, un sens strat&#233;gique et la volont&#233; de faire des sacrifices personnels pour le bien d'un projet collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, pourtant, le succ&#232;s politique semble d&#233;pendre de moins en moins de ces qualit&#233;s. Les vainqueurs sont ceux qui parviennent &#224; occuper le c&#339;ur &#233;motionnel du conflit, &#224; capter l'attention du public et &#224; imposer leur pr&#233;sence de fa&#231;on constante. La politique est devenue une machine &#224; intensit&#233;. Dans ce contexte, le mileisme (de Milei) exprime bien plus qu'une simple exp&#233;rience &#233;conomique libertarienne. Il traduit une nouvelle sensibilit&#233; historique : l'acceptation assum&#233;e de la cruaut&#233; sociale comme forme de sinc&#233;rit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adaptation n'est plus pr&#233;sent&#233;e comme une trag&#233;die, mais comme une purification morale. La souffrance semble l&#233;gitim&#233;e car l'autre &#233;tait auparavant d&#233;sign&#233; comme coupable : le fonctionnaire, le journaliste, le chercheur, le militant, le syndicaliste, le pauvre b&#233;n&#233;ficiaire d'aide, l' employ&#233; &#171; absent&#233;iste &#187;, le &#171; parasite &#187;. La violence verbale n'est pas un simple acc&#232;s de col&#232;re. C'est une technologie de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La moralit&#233; de la punition&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une part importante de la soci&#233;t&#233; argentine n'a pas seulement vot&#233; pour un programme &#233;conomique. Elle a aussi vot&#233; pour un fantasme punitif. Apr&#232;s des ann&#233;es d'inflation chronique, de d&#233;gradation des conditions de vie, de frustration politique et d'&#233;puisement moral, le gouvernement Milei a offert un outil extr&#234;mement puissant : un moyen de canaliser le ressentiment. La &#171; caste &#187; fonctionnait moins comme une cat&#233;gorie politique que comme une figure sacrificielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que r&#233;side une grande partie de l'efficacit&#233; de ce ph&#233;nom&#232;ne. Il ne se contente pas d'organiser les pr&#233;f&#233;rences &#233;conomiques ; il organise la haine sur le plan &#233;motionnel. Et cela explique la pr&#233;sence constante d'insultes, d'humiliations publiques et d'une rh&#233;torique belliqueuse. La politique cesse d'&#234;tre une gestion des conflits et se transforme en chasse aux sorci&#232;res et en cr&#233;ation d'ennemis permanents. Mais il serait trop facile de croire que tout a commenc&#233; avec Milei. Le probl&#232;me est bien plus profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si Milei exprime la brutalit&#233; qu'il pr&#233;tend repr&#233;senter, le gouvernement d'Alberto Fern&#225;ndez a fini par incarner une autre forme de d&#233;gradation contemporaine : l'hypocrisie &#233;rig&#233;e en m&#233;thode politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des ann&#233;es, la coalition Frente de Todos a tent&#233; de maintenir un discours fond&#233; sur la mod&#233;ration r&#233;publicaine, le progressisme institutionnel et une certaine sup&#233;riorit&#233; morale sur l'administration Macri. Mais l'effondrement s'est av&#233;r&#233; d&#233;vastateur pr&#233;cis&#233;ment parce que le foss&#233; entre les paroles et les actes est devenu obsc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agissait pas seulement d'un &#233;chec &#233;conomique. C'&#233;tait quelque chose de plus corrosif : des dirigeants qui parlaient sans cesse de bienveillance, de responsabilit&#233; et d'&#233;galit&#233; des sexes, tout en reproduisant des pratiques profond&#233;ment contradictoires avec les valeurs qu'ils pr&#233;tendaient d&#233;fendre. Et lorsque ce foss&#233; devient trop grand, le probl&#232;me cesse d'&#234;tre moral. Il devient politique. Car l'autorit&#233; commence &#224; s'&#233;roder de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce que la politique a perdu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat le plus important de notre &#233;poque ne porte peut-&#234;tre plus sur les identit&#233;s politiques traditionnelles ni sur les &#233;tiquettes qui ont structur&#233; le d&#233;bat public pendant des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question la plus fondamentale semble &#234;tre ailleurs : existe-t-il encore des limites capables de r&#233;guler l'exercice du pouvoir ? Car, en fin de compte, se demander si des personnes malveillantes peuvent faire une bonne politique responsable &#224; se demander si la politique peut survivre sans une forme d'&#233;thique partag&#233;e. Les id&#233;ologies servent toujours &#224; construire des r&#233;cits, &#224; g&#233;n&#233;rer un sentiment d'appartenance et &#224; mobiliser les &#233;motions. Ce qu'elles font rarement, en revanche, c'est imposer des contraintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les doctrines, en revanche, poursuivaient un but diff&#233;rent. Il ne s'agissait pas simplement de programmes politiques ou de plateformes gouvernementales, mais de syst&#232;mes de valeurs visant &#224; fa&#231;onner les comportements individuels, &#224; canaliser les ambitions et &#224; instaurer une &#233;thique d'appartenance collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance historique des doctrines ne r&#233;sidait pas uniquement dans leur capacit&#233; &#224; organiser les mod&#232;les &#233;conomiques ou &#224; construire les identit&#233;s politiques. Leur fonction profonde &#233;tait de servir de m&#233;canismes de formation morale. Elles indiquaient aux individus non seulement comment appr&#233;hender le monde, mais aussi comment s'y comporter. Pendant une grande partie du XXe si&#232;cle, les grandes traditions politiques ont conserv&#233; cette vocation p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine p&#233;roniste, par exemple, ne se limitait pas &#224; proposer un mod&#232;le &#233;conomique ou une forme d'organisation sociale. Elle cherchait &#233;galement &#224; d&#233;finir des vertus personnelles : la loyaut&#233;, le sens de la communaut&#233;, la responsabilit&#233; sociale, une certaine conception de l'aust&#233;rit&#233; et la subordination de l'int&#233;r&#234;t individuel au destin collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ph&#233;nom&#232;ne similaire se produisait dans d'autres exp&#233;riences r&#233;volutionnaires sur le continent. Le gu&#233;varisme envisageait l'&#171; homme nouveau &#187; comme une transformation morale plut&#244;t que simplement politique : quelqu'un capable de sacrifier son confort, son prestige ou son int&#233;r&#234;t personnel au nom d'une cause commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut discuter de la mesure dans laquelle ces aspirations ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es dans la pratique. Mais m&#234;me leurs contradictions r&#233;v&#233;laient un point important : il existait l'id&#233;e que la politique devait imposer des obligations morales &#224; ceux qui occupaient des postes de repr&#233;sentation ou qui &#233;taient des membres actifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine fonctionnait ainsi comme une limite interne &#224; l'opportunisme absolu. Elle introduisait l'id&#233;e que tout d&#233;sir n'&#233;tait pas l&#233;gitime, toute ambition pas honorable, et toute action efficace pas moralement acceptable. Et c'est l&#224; que r&#233;side l'une des grandes lacunes contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique continue de d&#233;battre d'id&#233;es et de slogans. Ce qu'elle a perdu, ce sont ses limites internes. Tout est d&#233;sormais subordonn&#233; &#224; l'efficacit&#233; de la communication, aux algorithmes, &#224; l'impact &#233;motionnel, &#224; la logique &#233;lectorale ou &#224; la survie imm&#233;diate. C'est pourquoi le cynisme n'est plus l'exception, mais la norme.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Religion, discipline et soci&#233;t&#233;s r&#233;silientes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre pourquoi certaines traditions religieuses restent si d&#233;rangeantes pour les sensibilit&#233;s politiques contemporaines. Car elles nous rappellent une v&#233;rit&#233; que les d&#233;mocraties lib&#233;rales pr&#233;f&#232;rent souvent oublier : aucune communaut&#233; ne peut se maintenir uniquement gr&#226;ce &#224; des droits abstraits, une administration technique ou des incitations mat&#233;rielles. Toute soci&#233;t&#233; a besoin de r&#232;gles de conduite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam est peut-&#234;tre l'un des exemples les plus visibles de cette logique, car il articule foi, pratique quotidienne et appartenance collective au sein d'une structure doctrinale unique. La pri&#232;re structure le temps. Le je&#251;ne instaure la discipline. La zakat &#8211; aum&#244;ne obligatoire &#8211; transforme la solidarit&#233; en un devoir concret plut&#244;t qu'en un geste ponctuel. La religion appara&#238;t ainsi non seulement comme un syst&#232;me spirituel, mais aussi comme une structure de coh&#233;sion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela contribue &#224; expliquer en partie un ph&#233;nom&#232;ne qui d&#233;concerte nombre d'analyses occidentales : la persistance de la R&#233;publique islamique d'Iran malgr&#233; des d&#233;cennies de sanctions, d'isolement, de d&#233;clin &#233;conomique et de conflit persistant. Au-del&#224; des divisions internes, de l'usure g&#233;n&#233;rationnelle et des tensions sociales, le r&#233;gime iranien conserve une capacit&#233; de r&#233;silience qui ne peut s'expliquer uniquement par la coercition &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe l&#224; une structure culturelle, religieuse et morale capable de produire de multiples leaders, une discipline collective, un sens de l'histoire et une volont&#233; de sacrifice m&#234;me dans des situations extr&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s profond&#233;ment individualistes, maintenir des efforts prolong&#233;s devient de plus en plus difficile. Tout semble fragment&#233; : les identit&#233;s, les loyaut&#233;s, jusqu'&#224; l'id&#233;e m&#234;me de communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Iran illustre un ph&#233;nom&#232;ne que la politique lib&#233;rale contemporaine sous-estime souvent : les ordres les plus r&#233;silients sont g&#233;n&#233;ralement ceux qui sont capables d'articuler pouvoir, conduite et signification au sein d'un m&#234;me r&#233;cit collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat absent et les exp&#233;riences inconfortables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine, ce d&#233;bat est particuli&#232;rement vif l&#224; o&#249; l'&#201;tat faillit syst&#233;matiquement : prisons, toxicomanie, exclusion extr&#234;me. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que se r&#233;v&#232;lent des exp&#233;riences difficiles pour une grande partie du progressisme contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quartiers &#233;vang&#233;liques des prisons argentines pr&#233;sentent g&#233;n&#233;ralement des niveaux de violence plus faibles et des processus de r&#233;insertion personnelle plus efficaces que nombre d'&#233;tablissements p&#233;nitentiaires publics classiques. Il en va de m&#234;me pour de nombreuses communaut&#233;s religieuses qui &#339;uvrent aupr&#232;s des toxicomanes dans les quartiers populaires. Cela ne tient pas &#224; la sophistication de leurs technologies, mais au fait qu'elles s'attachent &#224; un aspect que la politique moderne a souvent du mal &#224; nommer sans g&#234;ne : la discipline, la routine, les limites, la responsabilit&#233; et la conduite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils comprennent que r&#233;habiliter une personne ne se limite pas &#224; la reconnaissance de ses droits. Cela implique aussi de reconstruire ses habitudes, ses relations et son sentiment d'utilit&#233;. C'est l&#224; que r&#233;side une profonde tension au sein des d&#233;mocraties contemporaines. Elles craignent &#8211; souvent &#224; juste titre, compte tenu de l'histoire &#8211; que toute exigence morale ne conduise &#224; l'autoritarisme. Mais, parall&#232;lement, elles &#233;prouvent une grande difficult&#233; &#224; reconna&#238;tre le probl&#232;me inverse : lorsqu'aucun comportement ne peut &#234;tre impos&#233;, le tissu social se d&#233;sagr&#232;ge lentement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La politique sans doctrine&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me contemporain ne se limite peut-&#234;tre pas &#224; la corruption &#233;conomique. Le probl&#232;me plus profond r&#233;side peut-&#234;tre dans la destruction progressive de tout cadre &#233;thique partag&#233;. Car les soci&#233;t&#233;s peuvent tol&#233;rer l'inflation, la d&#233;gradation des conditions mat&#233;rielles, et m&#234;me de longues p&#233;riodes de d&#233;clin. L'histoire regorge d'exemples de peuples ayant surv&#233;cu aux guerres, aux famines et aux crises d&#233;vastatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est bien plus difficile &#224; accepter, c'est le sentiment que personne ne croit v&#233;ritablement &#224; ce qu'il pr&#233;tend d&#233;fendre. C'est peut-&#234;tre l&#224; le c&#339;ur m&#234;me du malaise contemporain : non seulement la pauvret&#233;, l'ins&#233;curit&#233; ou l'&#233;chec &#233;conomique, mais aussi la perception grandissante que la politique est devenue un espace totalement d&#233;connect&#233; de toute obligation morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la politique se d&#233;connecte des comportements, tout se r&#233;duit &#224; des tactiques, des algorithmes, une communication instantan&#233;e et une manipulation &#233;motionnelle. La v&#233;rit&#233; n'a plus d'importance, seul compte l'impact. La coh&#233;rence n'a plus d'importance, seule compte la capacit&#233; &#224; dominer le d&#233;bat public pendant quelques heures. La politique cesse d'organiser des projets collectifs et se r&#233;sume &#224; g&#233;rer les r&#233;actions, l'indignation et les ennemis &#233;ph&#233;m&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;seaux sociaux ont fini par acc&#233;l&#233;rer brutalement ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gouverner revient de plus en plus &#224; produire du contenu. Le leader qui r&#233;ussit n'est plus forc&#233;ment le plus pr&#233;par&#233; ni le plus honn&#234;te, mais plut&#244;t celui qui capte le mieux l'attention, humilie l'adversaire ou transforme chaque conflit en spectacle permanent. L'indignation se mon&#233;tise. Le scandale assure la notori&#233;t&#233;. L'agression forge un sentiment d'appartenance &#224; un groupe. Et alors appara&#238;t une mutation culturelle extr&#234;mement dangereuse : la soci&#233;t&#233; commence peu &#224; peu &#224; admirer des traits qu'elle consid&#233;rait auparavant comme d&#233;gradants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cruaut&#233; est interpr&#233;t&#233;e comme de la force. Le manque d'empathie devient un signe de caract&#232;re. Le cynisme est pris pour de la lucidit&#233;. La vulgarit&#233; passe pour de l'authenticit&#233;. Et la capacit&#233; &#224; d&#233;truire &#233;motionnellement l'adversaire commence &#224; &#234;tre per&#231;ue comme un signe de leadership. Il ne s'agit pas simplement d'un probl&#232;me id&#233;ologique. C'est quelque chose de plus profond. C'est une transformation anthropologique de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car lorsqu'une soci&#233;t&#233; normalise le mensonge syst&#233;matique de ses dirigeants, l'humiliation publique et le plaisir pris dans la souffrance d'autrui , ou lorsqu'elle gouverne par ressentiment, le probl&#232;me cesse d'&#234;tre uniquement celui des personnes au pouvoir. Il commence &#233;galement &#224; alt&#233;rer les liens sociaux, les conversations quotidiennes et la mani&#232;re dont les gens apprennent &#224; interagir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;gradation politique ne reste jamais confin&#233;e &#224; la sph&#232;re politique. Elle s'infiltre partout. Elle s'infiltre dans les familles, les &#233;coles, les m&#233;dias, les r&#233;seaux sociaux, le discours public et, finalement, la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les soci&#233;t&#233;s sans doctrine finissent par devenir des soci&#233;t&#233;s sans fronti&#232;res internes. Une &#233;thique partag&#233;e, capable de guider les comportements au-del&#224; du simple int&#233;r&#234;t imm&#233;diat, dispara&#238;t. Tout se trouve subordonn&#233; &#224; la logique de l'efficacit&#233;, du profit individuel ou de la survie du groupe. Et lorsque cela arrive, m&#234;me les d&#233;mocraties peinent &#224; conserver leur fa&#231;ade institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections, les congr&#232;s, les tribunaux et la rh&#233;torique r&#233;publicaine existent toujours. Mais ce qui permettait &#224; ces institutions de fonctionner &#8211; le sens des responsabilit&#233;s, la ma&#238;trise de soi et le devoir moral envers autrui &#8211; dispara&#238;t peu &#224; peu. Aucun syst&#232;me politique ne peut perdurer ind&#233;finiment si ses &#233;lites perdent tout sens des limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le probl&#232;me avec les personnes malveillantes ne r&#233;side pas seulement dans leur capacit&#233; &#224; acc&#233;der au pouvoir. Le probl&#232;me, c'est que, une fois au pouvoir, elles tendent &#224; remodeler toute la culture politique &#224; leur image. Et c'est peut-&#234;tre l&#224; que se trouve la r&#233;ponse d&#233;finitive &#224; la question initiale. Oui, les personnes malveillantes peuvent sans doute s'emparer du pouvoir, remporter des &#233;lections et m&#234;me tirer profit de situations favorables. L'histoire montre qu'elles peuvent souvent le faire avec une efficacit&#233; remarquable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui leur sera difficile &#224; construire, c'est une communaut&#233; politique saine, stable et durable. Car t&#244;t ou tard, le pouvoir finit par refl&#233;ter la moralit&#233; de ceux qui l'exercent. Et lorsque la cruaut&#233; cesse d'&#234;tre une limite et devient une vertu, la politique cesse peu &#224; peu de former des citoyens et engendre autre chose : des soci&#233;t&#233;s rancuni&#232;res, fragment&#233;es, &#233;motionnellement &#233;puis&#233;es, de plus en plus incapables de distinguer entre leadership et destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que le v&#233;ritable danger commence. Non pas avec l'&#233;mergence de dirigeants brutaux, opportunistes ou cyniques &#8211; cela a toujours exist&#233; &#8211;, mais lorsque les soci&#233;t&#233;s commencent &#224; percevoir cette d&#233;gradation comme normale, in&#233;vitable, voire admirable. Car &#224; ce moment-l&#224;, la crise cesse d'&#234;tre simplement politique et devient civilisationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Bruno-Carpinetti&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Carpinetti*&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour &lt;a href=&#034;https://lateclaenerevista.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Tecl@ E&#241;e&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lateclaenerevista.com/pueden-las-malas-personas-ser-buenos-gobernantes-por-buno-carpinetti/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Tecl@ E&#241;e&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 23 mai 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Bruno-Carpinetti&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Bruno Carpinetti&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; est titulaire d'un dipl&#244;me et d'une ma&#238;trise en biologie de la conservation de l'Universit&#233; du Kent, en Angleterre. Il a &#233;galement obtenu un dipl&#244;me d'&#233;tudes sup&#233;rieures en anthropologie sociale et politique au FLACSO de Buenos Aires, ainsi qu'un doctorat en anthropologie sociale de l'Universit&#233; nationale de Misiones. Il a occup&#233; divers postes dans l'administration publique, notamment celui de directeur de l'Administration des parcs nationaux et de sous-secr&#233;taire &#224; la coordination des politiques environnementales au sein du Secr&#233;tariat &#224; l'environnement de la Pr&#233;sidence de la Nation, sous les administrations d'Eduardo Duhalde et de N&#233;stor Kirchner.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol depuis et pour &lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Sobre-las-sociedades-sin-doctrina&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Di&#225;spora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; par :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris le 29 mai 2026.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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