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	<title>El Correo</title>
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		<title>Manifestation &#224; Washington pour la l&#233;galisation des immigrants clandestins</title>
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		<dc:date>2006-03-07T00:00:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Par l'Agence France-Presse &lt;br class='autobr' /&gt;
Washington, Le mardi 7 mars 2006 &lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs milliers de personnes, en majorit&#233; des latino-am&#233;ricains, &#233;taient rassembl&#233;es mardi apr&#232;s-midi en face du Congr&#232;s, le Parlement am&#233;ricain, pour r&#233;clamer la l&#233;galisation de millions de clandestins vivant aux &#201;tats-Unis, a constat&#233; un journaliste de l'AFP. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant la manifestation, les organisateurs avaient indiqu&#233; attendre 20 000 personnes. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Oui, c'est possible ! &#187;, &#171; La l&#233;galisation est la solution &#187; au probl&#232;me de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Exil" rel="directory"&gt;Exil&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par l'Agence France-Presse&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Washington, Le mardi 7 mars 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs milliers de personnes, en majorit&#233; des latino-am&#233;ricains, &#233;taient rassembl&#233;es mardi apr&#232;s-midi en face du Congr&#232;s, le Parlement am&#233;ricain, pour r&#233;clamer la l&#233;galisation de millions de clandestins vivant aux &#201;tats-Unis, a constat&#233; un journaliste de l'AFP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la manifestation, les organisateurs avaient indiqu&#233; attendre 20 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, c'est possible ! &#187;, &#171; La l&#233;galisation est la solution &#187; au probl&#232;me de l'immigration clandestine, &#171; Bush &#233;coute-nous, nous sommes mobilis&#233;s &#187; sont quelques uns des slogans entendus pendant le rassemblement o&#249; des branderoles affichent des noms de pays, tels que le Mexique, le Salvador, le Honduras ou encore le P&#233;rou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des enfants sont v&#234;tus de chemises blanches portant en inscription : &#171; Je ne suis pas un criminel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation, appel&#233;e par plusieurs organisations hispaniques et de d&#233;fense des droits civiques, a lieu alors que le Congr&#232;s examine cette semaine le dossier de l'immigration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le S&#233;nat pourrait d&#233;cider la l&#233;galisation des millions de clandestins vivant aux &#201;tats-Unis, au risque d'une nouvelle crise au sein de la majorit&#233; r&#233;publicaine du pr&#233;sident George W. Bush.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois apr&#232;s l'adoption par la Chambre des repr&#233;sentants d'un projet de loi qui n'aborde l'immigration clandestine que sous l'angle de la r&#233;pression, avec pour objectif des fronti&#232;res &#233;tanches, le S&#233;nat planche en commission sur un texte qui assortit la s&#233;curisation des fronti&#232;res d'un volet sur l'accueil des immigrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers amendements en d&#233;bat cette semaine en commission porteront sur la s&#233;curisation des fronti&#232;res. Certains r&#233;publicains r&#233;clament un v&#233;ritable mur le long des quelque 3.00 kilom&#232;tres qui s&#233;parent le Mexique des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque 11 millions d'immigrants vivent actuellement dans la clandestinit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Loi de l'Exil &#187;Alicia Bonet-Krueger</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Loi-de-l-Exil-Alicia-Bonet-Krueger</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Loi-de-l-Exil-Alicia-Bonet-Krueger</guid>
		<dc:date>2006-02-02T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alicia Bonet-Krueger</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Texte lu au S&#233;nat argentin le jour du d&#233;bat sur la &#034;Loi de l'Exil&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Loi de l'exile&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui 24 mars 2005 (24 mars 1976 coup d'&#233;tat militaire), en cette date qui a marqu&#233; l'histoire argentine et l'histoire personnelle de toute une g&#233;n&#233;ration, je vous &#233;cris ces lignes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elles ont &#233;t&#233; &#233;crites dans le besoin imp&#233;rieux de dire publiquement et sans tabous ce qu'est l'exil. Pour que tous ceux qui travaillent actuellement sur la loi de l'exil sachent quelle est la port&#233;e du travail qu'ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Exil" rel="directory"&gt;Exil&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte lu au S&#233;nat argentin le jour du d&#233;bat sur la &#034;Loi de l'Exil&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Loi de l'exile&#034; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui 24 mars 2005 (24 mars 1976 coup d'&#233;tat militaire), en cette date qui a marqu&#233; l'histoire argentine et l'histoire personnelle de toute une g&#233;n&#233;ration, je vous &#233;cris ces lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ont &#233;t&#233; &#233;crites dans le besoin imp&#233;rieux de dire publiquement et sans tabous ce qu'est l'exil. Pour que tous ceux qui travaillent actuellement sur la loi de l'exil sachent quelle est la port&#233;e du travail qu'ils font, puisque c'est la premi&#232;re tentative s&#233;rieuse de r&#233;tablir une continuit&#233; dans l'histoire argentine en incorporant &#224; cette histoire une g&#233;n&#233;ration qui pour des diverses raisons et avec des moyens tr&#232;s divers a d&#251; quitter le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui presque 30 ans se sont &#233;coul&#233;es et nous faisons des d&#233;marches actuellement qui doivent servir &#224; d&#233;montrer que nous &#233;tions oblig&#233;s de nous exiler. Ainsi, nous avons &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; nous r&#233;unir avec les d'autres exil&#233;s politiques, &#224; parler, &#224; revivre les premiers moments de notre exil et une grande &#233;motion s'est empar&#233;e de nous, nous a envahi ; on a pleur&#233; en se racontant des &#171; d&#233;tails &#187; que nous ne connaissions pas les uns au sujet des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les &#233;motions, la souffrance li&#233;e &#224; toutes les pertes, &#224; toutes les ruptures, &#224; toutes les blessures physiques et psychiques, nous les avions laiss&#233;es de c&#244;t&#233; ; nous les avions v&#233;cues dans la plus grande intimit&#233;, sans avoir pu ext&#233;rioriser nos sentiments, pas m&#234;me avec les personnes les plus proches de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'aurait eu l'id&#233;e de parler de soi et de ses probl&#232;mes existentiels alors que nous avions laiss&#233; derri&#232;re nous, les camarades, les amis, la famille d&#233;vor&#233;s par les monstres de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions vivants, sans savoir ni pourquoi, ni comment. Le caract&#232;re surprenant d'avoir surv&#233;cu nous a cach&#233; la dimension du simple &#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais vous raconter quelques extraits de mon histoire, vous les multiplierez par 1 million et les adapterez &#224; la situation de chaque exil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 ao&#251;t 1972 mon mari a &#233;t&#233; tu&#233; &#224; Trelew. Plus tard, nous avons commenc&#233; &#224; vivre dans la clandestinit&#233; &#224; partir de 1974 quand les 3 A (police parall&#232;le) de Isabel P&#233;ron et de Lopez Rega nous recherchaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions une famille, j'avais eu deux enfants avec Ruben et je m'&#233;tais remari&#233;e et durant cette p&#233;riode de clandestinit&#233; j'avais eu une fille. Nous avons chang&#233; de noms, de maisons et nous avons chang&#233; les enfants d'&#233;cole et pendant que nous militions, nous &#233;tions aux aguets, attentifs &#224; tout et nous ne savons toujours pas comment, ni pourquoi le monstre de la r&#233;pression n'est pas arriv&#233; &#224; notre porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 juin 1977, lors d'une de ces repr&#233;sentations que l'on organise pour les f&#234;tes nationales dans les &#233;coles &#224; l'occasion de la journ&#233;e du drapeau argentin, je suis all&#233;e voir mes enfants danser la chacarera (Danse folklorique) avec des foulards bleus et blancs&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, la directrice de l'&#233;cole informait les parents qu'&#224; partir de la semaine suivante la police allait venir dans les &#233;coles pour d&#233;livrer les cartes d'identit&#233; aux mineurs et qu'il fallait pr&#233;parer les actes de naissance, les livrets de famille, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant de plus en plus difficile de se faire faire des faux papiers, le cercle se refermait et nous ne pouvions demander de l'aide ni &#224; la famille, ni aux amis, ni aux coll&#232;gues, ni aux voisins, parce qu'on pouvait les compromettre et leur faire subir le m&#234;me sort que nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque les organisations r&#233;volutionnaires avaient d&#233;cid&#233; de faire sortir le maximum de militants du pays. Nous avions rendez-vous &#224; Rio de Janeiro, le mot d'ordre &#233;tait de vendre en une semaine tous nos biens afin de permettre &#224; d'autres camarades de sortir avec l'argent ramass&#233;e. Tout devait &#234;tre fait sans se faire remarquer, discr&#232;tement, sans que personne ne se rende compte que nous &#233;tions en train de partir &#8230;.pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons voyag&#233; le 7 juillet, pendant les vacances d'hiver et nous nous sommes transform&#233;s en &#171; touristes &#187; sans valise. Nous avons tout laiss&#233;, nous avons tout perdu, nous avons ferm&#233; la porte et nous avons commenc&#233; &#224; marcher sans savoir si nous allions atteindre le coin de la rue, l'a&#233;roport, la fronti&#232;re, le Br&#233;sil, et Rio de Janeiro, o&#249; nous n'avions pas la moindre id&#233;e de ce qui nous attendait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exil a commenc&#233; &#224; ce moment l&#224;. Dans quelques lignes que j'avais &#233;crit pour moi &#224; ce moment l&#224; je le comparais &#224; un s&#233;isme, lorsque la terre tremble, s'ouvre, que tout tombe et qu'il faut s'&#233;loigner rapidement avant qu'il n'y ait un autre mouvement, et que non seulement il est impossible de revenir en arri&#232;re, mais qu'on ne peut m&#234;me pas se retourner, on ne peut qu'avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est durant ce voyage, en arrivant au Br&#233;sil, que j'ai dit &#224; mes enfants que nous ne savions pas quand nous reviendrions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma fille s'est mise &#224; pleurer parce qu'elle voulait le cahier avec les devoirs que lui avait donn&#233;s sa ma&#238;tresse &#8230; Cela faisait d&#233;j&#224; un bon bout de temps que nous inventions des histoires &#224; la mani&#232;re de Maria Elena Walsh pour nous aider &#224; &#171; vivre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, nous sommes arriv&#233;s au rendez-vous &#224; Rio, d'autres ont &#233;t&#233; attrap&#233;s par les mailles de la r&#233;pression du Plan Condor pendant qu'ils voyageaient, ou en traversant les fronti&#232;res, ou au Br&#233;sil. Il y a eu des morts aux portes des ambassades, des enl&#232;vements d'argentins qui venaient d'arriver au Br&#233;sil. Les services br&#233;siliens les promenaient dans leurs Volkswagen et les obligeaient &#224; signaler les maisons des camarades. Nous nous sommes rendus compte du danger que nous courrions. Quelques ambassades ont ouvert leurs portes et ont accueilli des camarades dans des pays latino-am&#233;ricains : P&#233;rou, Mexique, Venezuela, Cuba, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres camarades cherchaient &#224; savoir, s'ils avaient de la famille espagnole, italienne ou allemande, ces pays donnaient la nationalit&#233; selon le droit du sang, ils demandaient qu'on leur envoie des actes de naissance ; d'autres ont pu sortir avec l'aide de l'ambassade d'Isra&#235;l en application de la loi Juive de protection &#224; tout juif pers&#233;cut&#233; ; d'autres ont &#233;t&#233; pris en charge par les ambassades de Su&#232;de et de Suisse, car ils &#233;taient tr&#232;s malades, ab&#238;m&#233;s par la torture ; d'autres sont sortis du pays avec des vrais ou des faux passeports ; d'autres se sont cach&#233;s dans les rues du Br&#233;sil, ou terr&#233;s dans les tr&#233;fonds de l'Argentine en attendant que passe l'orage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes aper&#231;us un apr&#232;s-midi, une vingtaine de jours apr&#232;s notre arriv&#233;e &#224; Rio, qu'il y avait une Volkswagen avec des types arm&#233;s en bas de l'appartement que nous avions lou&#233; en tant que &#171; touristes &#187;. Nous avons alors t&#233;l&#233;phon&#233; aux Nations Unies pour expliquer notre situation : nous &#233;tions avec trois enfants et personne au monde ne savait o&#249; nous &#233;tions (c'&#233;tait &#231;a notre terreur, non pas d'&#234;tre tu&#233;s, mais de ne pas savoir ce que deviendraient nos enfants seuls au Br&#233;sil).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personne du secr&#233;tariat des Nations Unies nous dit qu'il &#233;tait 18h et que les bureaux &#233;taient ferm&#233;s, qu'elle prenait nos coordonn&#233;es et nous donnait rendez-vous le lendemain &#224; 9h, si nous n'&#233;tions pas au rendez-vous, ils sauraient qu'il s'&#233;tait pass&#233; quelque chose et qu'ils entameraient alors les recherches. Et nous avons fait ainsi, ce fut une nuit encore plus longue que toutes celles que nous avions v&#233;cu en Argentine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain nous sommes arriv&#233;s &#224; 9 h et nous avons commenc&#233; les d&#233;marches pour demander l'asile politique. Mon fils qui avait 10 ans et &#233;tait rod&#233; aux consignes de la clandestinit&#233;, m'emmena sur le c&#244;t&#233; du comptoir o&#249; je remplissais les papiers et me dit &#224; voix basse : &#171; Maman, tu es folle ? Qu'est ce qui te prend de leur donner nos vrais noms &#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a l'exil, c'est sortir pour manger et ne pas savoir quoi donner &#224; manger &#224; nos enfants, non seulement pour des probl&#232;mes d'argent, mais parce que tout est tellement diff&#233;rent. L'exil est fait de toutes ces petites choses quotidiennes que vous ne trouvez pas, comme par exemple &#171; el Mejoralito &#187; (petite aspirine pour enfants), &#171; las Curitas &#187; (les pansements), &#171; el chupete Dulcito &#187; (la t&#233;tine &#224; la confiture de lait), les seuls rem&#232;des magiques qui calment tous les bobos de nos enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la responsabilit&#233; des Nations Unies, nous avions en quelque sorte une &#171; immunit&#233; presque diplomatique &#187;. Ils s'occupaient de chercher un pays ayant sign&#233; la charte d'accueil des r&#233;fugi&#233;s qui accepterait notre dossier. Mais notre &#171; immunit&#233; biologique et psychique &#187;, c'est elle qui souffrait dans le secret le plus absolu. Et ce pendant les longues ann&#233;es d'exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon cas, l'immunit&#233; &#224; l&#226;ch&#233; et je me suis trouv&#233;e malade op&#233;r&#233;e, hospitalis&#233;e pendant un mois &#224; l'Institut du cancer de Rio (personne ne l'a su, je n'&#233;tais plus nulle part, je ne comprenais rien, ni au portugais, ni &#224; ce qui m'arrivait).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mari s'occupait des trois enfants, d'aller toucher les allocations pour vivre, de faire avancer notre dossier aux Nations Unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai pu sortir de l'h&#244;pital, nous avons atterri en France. Dans d'autres avions venaient des camarades prisonniers expuls&#233;s du pays qui ne savaient pas o&#249; ils atterrissaient, ils ne savaient m&#234;me pas s'ils &#233;taient en libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque soit le pays o&#249; nous soyons arriv&#233;s, dans chaque lieu nous avons d&#251; d&#233;chiffrer des codes sociaux inconnus en langue &#233;trang&#232;re et nous l'avons fait sans perdre de temps, il fallait apprendre dans l'urgence, oublier ses inhibitions, sa timidit&#233;, les difficult&#233;s et s'int&#233;grer imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque de moyens &#233;conomiques, de biens mat&#233;riels, les difficult&#233;s administratives, notre lutte difficile et quotidienne, nous ne la montrions &#224; personne, nous devions &#234;tre &#224; la hauteur de ce que nous &#233;tions, des combattants de grandes causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un coup, nous apprenions que nous &#233;tions latino-am&#233;ricains, que tous nous associaient aux chiliens et &#224; Pinochet. Nous sommes devenus p&#233;dagogues, nous avons expliqu&#233; la g&#233;ographie d'Am&#233;rique du Sud, qu'il existait, outre l'exp&#233;rience extraordinaire d'Allende et le drame v&#233;cu par les chiliens depuis Pinochet, une dictature f&#233;roce en Argentine avec des noms de g&#233;n&#233;raux non connus en Europe, nous avons expliqu&#233; la r&#233;pression, la pers&#233;cution, les camps de concentration, les prisonniers politiques, les 30 000 disparus, les milliers de personnes qui vivaient cet enfer, et nous avons parl&#233; avec pudeur des b&#233;b&#233;s vol&#233;s par les militaires et de la torture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons montr&#233; au monde que le combat des M&#232;res de la Place de Mai &#233;tait un exemple majeur de courage et de lutte en Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps nous continuions &#224; d&#233;noncer, essayer de r&#233;soudre &#171; la question argentine &#187;. C'&#233;tait notre mani&#232;re de nous d&#233;montrer que nous &#233;tions toujours vivants, malgr&#233; tout. Nous &#233;tions si occup&#233;s &#224; continuer &#171; de militer &#187; que lorsque Alfons&#237;n est arriv&#233; au pouvoir en 1983, alors que nous f&#234;tions l'&#233;v&#232;nement avec les drapeaux bleus et blancs, une camarade me dit discr&#232;tement : &#171; Alicia, je me sens comme si on m'avait vir&#233;e du boulot, qu'est ce que je vais faire maintenant ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a l'exil, passer son temps &#224; chercher un &#171; sens &#224; sa vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revendiquant nos luttes nous avons re&#231;u la solidarit&#233; d'europ&#233;ens qui avaient &#233;chapp&#233; aux camps de concentration nazis, au franquisme et &#224; d'autres dictatures. Dans chaque pays il y eut beaucoup de solidarit&#233;. Ce qui n'exclut pas que 30 ans apr&#232;s, on nous demande toujours d'o&#249; nous vient cet accent, on passe notre temps &#224; pr&#233;senter l'Argentine, son histoire, sa g&#233;ographie et &#224; parler de Maradona et de football.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes nos maisons sont des petits mus&#233;es argentins, o&#249; l'on &#233;coute le tango, le folklore, o&#249; l'on mange de la confiture de lait, des empanadas et des petites grillades interdites au balcon (jusqu'&#224; ce qu'un voisin appelle la police ou les pompiers&#8230;) et nous n'avons jamais fini de faire comprendre aux gens que le mat&#233; n'est pas une drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette touche d'humour c'est l'esprit avec lequel nous vivons, pour pouvoir tout seuls faire face &#224; tout ce qui nous fait souffrir : nous nous s&#233;parons, nous divor&#231;ons, nous tombons amoureux, malades ; et vous, argentins rest&#233;s, vous nous manquez. Nous &#233;tions pass&#233;s du statut d'individus avec des trajectoires professionnelles, politiques et sociales &#224; celui d'analphab&#232;tes anonymes ; mais malgr&#233; &#231;a nous &#233;tions entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'ont grandi nos enfants, j'ai eu un quatri&#232;me enfant un an apr&#232;s notre arriv&#233;e en France. J'ai accouch&#233; d'un apatride, jusqu'&#224; ce qu'il soit reconnu fran&#231;ais et maintenant avec les lois sur l'exil, argentin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfants qui regardaient avec un &#233;tonnement muet leurs parents travailler dans des emplois qu'ils n'avaient jamais exerc&#233;s auparavant, qui &#233;coutaient leurs difficult&#233;s &#224; s'exprimer et &#233;crire dans des langues qu'ils ma&#238;trisaient,eux ; et quand ils ont grandi, ils ont demand&#233; des explications : comment nous, parents qui aimons nos enfants, avons-nous pu risquer nos vies et les leurs ? Nous leur avons parl&#233; de nos id&#233;aux de construire une soci&#233;t&#233; plus juste et meilleure. Certains n'ont pas &#233;t&#233; convaincus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces enfants continuent &#224; construire leurs personnalit&#233;s, leurs histoires dans d'autres cultures et ils ont d&#251; trouver tous seuls leur &#233;quilibre avec des parents qui vivaient dans une schizophr&#233;nie permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivions dans le pays de l'exil en faisant comme si c'&#233;tait d&#233;finitif et nous voulions tous que cela soit provisoire, nous passions notre temps &#224; imaginer des projets - que quelques uns ont pu concr&#233;tiser - de retour au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes impr&#233;gn&#233;s de nouvelles cultures, mais jamais au point de ne plus laisser d'espace &#224; la comparaison nostalgique avec notre paradis perdu. Notre schizophr&#233;nie nous a conduit &#224; r&#234;ver en fran&#231;ais ou dans une autre langue que celle du gar&#231;on qui vivait au coin de notre rue &#224; Flores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous passons notre temps &#224; nous raconter des anecdotes de notre histoire, nous faisons des arbres g&#233;n&#233;alogiques, et tout d'un coup, lorsque nos petits enfants viennent vers nous, nos yeux s'emplissent de larmes cach&#233;es, que nous gardions depuis des ann&#233;es et nous ne pouvons parler de nos parents, de nos fr&#232;res, de notre famille, de nos amis qui sont morts l&#224;-bas sans qu'on puisse se sentir &#224; leur c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait d'&#234;tre &#171; seuls &#187; et &#171; loin &#187; nous a entra&#238;n&#233; vers des chaos int&#233;rieurs, nous sommes devenus plus &#171; fous &#187;, plus &#171; hypocondriaques &#187;, nous sommes quasiment tous allergiques &#224; des fleurs et arbres magnifiquement &#233;trangers, et beaucoup n'ont pas surv&#233;cu &#224; la survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes d&#233;couverts des talents, des comp&#233;tences, des d&#233;fauts, des qualit&#233;s que nous ne connaissions pas. Ceci est la richesse que nous a apport&#233;e l'exil, personne n'est devenu millionnaire en vivant dans un pays d&#233;velopp&#233;, mais nous avons appris de nouvelles langues, vu des paysages magnifiques, d&#233;couvert d'autres cultures, d'autres saveurs et odeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes aper&#231;u peu &#224; peu que nous n'&#233;tions pas immortels, ni surhommes. Nous avons commenc&#233; &#224; accorder de l'importance &#224; chaque geste, chaque mot, &#224; la vie &#171; ordinaire &#187;. Nous avons appris la patience, la tol&#233;rance, le respect face &#224; d'autres gens, d'autres id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exil&#233; politique argentin est respect&#233;, &#233;cout&#233;, il a gagn&#233; sa place dans chaque pays par la force int&#233;rieure qu'il a toujours d&#233;montr&#233; et par sa fid&#233;lit&#233; aux valeurs morales fondamentales ; il semblerait que ce respect commence &#224; &#234;tre aper&#231;u aujourd'hui en Argentine. Il semblerait que cette fois-ci, avec les lois sur l'exil les choses se mettront en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pourrons jamais r&#233;cup&#233;rer les personnes que nous avons &#233;t&#233;, ni les maisons que l'on nous a cass&#233;es, l'exil produit une blessure totale - profonde - irr&#233;versible, tu restes coup&#233; en deux. Par chance, nous avons emmen&#233; nos racines dans nos poches, car elles nous permettent de savoir d'o&#249; nous venons, parce que c'est d'elles que viennent nos enfants qui aujourd'hui ont donn&#233; &#224; nos petits-enfants des pr&#233;noms de camarades disparus, belle revanche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne nous ont pas fait taire, ils ne nous ont pas tu&#233;s, aujourd'hui nous transmettons notre histoire dans les cinq continents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes les champions de la r&#233;silience (terme en vogue &#224; Paris) qui est la capacit&#233; de surmonter les traumatismes et de continuer &#224; construire sa vie. Et maintenant, en Argentine, on nous reconna&#238;t comme &#171; victimes de la dictature et de la r&#233;pression &#187;. Nous n'aurons plus &#224; nous justifier d'&#234;tre vivants, d'avoir refait nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne serons pas des &#171; touristes &#187; quand nous reviendrons en Argentine. Nous serons argentins entiers n'importe o&#249; dans le monde. Quelque soit le nombre de passeports et de nationalit&#233;s que nous poss&#233;dons, nous serons une seule et m&#234;me personne et nous commencerons enfin &#224; faire les deuils interminables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je consid&#232;re que les revendications des lois sur l'exil doivent se concr&#233;tiser et qu'il s'agit l&#224; d'un travail fondamental et urgent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il reste un grand chemin &#224; parcourir, celui d'incorporer toute notre diaspora dans la m&#233;moire collective et dans l'histoire argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu des milliers de personnes qui sont parties pour ne pas jouer &#224; la roulette russe avec leurs vies, pour ne pas se sentir en danger. Notre mort &#233;tait annonc&#233;e, la leur probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne devons pas oublier les mots du gouverneur de Buenos Aires, le g&#233;n&#233;ral Manuel Saint-Jean, durant la dictature : &#171; nous allons tuer tous les agents de la subversion, apr&#232;s leurs collaborateurs et sympathisants, ensuite les indiff&#233;rents et ensuite les timides &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui et les autres assassins ont tenu leurs promesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela qu'il faut reconna&#238;tre qu'il manque dans ce pays une g&#233;n&#233;ration parmi les morts, les disparus et les vivants absents. Et &#224; tous il est n&#233;cessaire de leur donner la place qui leur correspond dans l'Histoire Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque nous les vivants absents continuons d'&#234;tre unis &#224; vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ALICIA BONET-KRUEGER&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Argentina et exil&#233;e&lt;br /&gt;
France, 24 mars 2004&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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