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		<title>AINSI VA LA CHINE EN 2024</title>
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		<dc:date>2024-08-19T17:38:01Z</dc:date>
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		<dc:creator>Bruno Guigue *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;AINSI VA LA CHINE EN 2024. On aura beau tenter d'occulter cette &#233;vidence, elle saute aux yeux : la Chine a accompli en soixante-quinze ans ce qu'aucun pays n'a r&#233;ussi &#224; faire en deux si&#232;cles (...) Bruno Guigue&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Chine" rel="directory"&gt;Chine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Etudiants, &#233;largissez vos horizons, votre savoir, &lt;br class='autobr' /&gt;
et revenez au pays pour le partager. &lt;br class='autobr' /&gt;
El Correo&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On aura beau tenter d'occulter cette &#233;vidence, elle saute aux yeux : la Chine a accompli en soixante-quinze ans ce qu'aucun pays n'a r&#233;ussi &#224; faire en deux si&#232;cles. Elle a imagin&#233; des solutions in&#233;dites, multipli&#233; les succ&#232;s comme les &#233;checs. Aujourd'hui, cette odyss&#233;e continue, charriant &#224; nouveau son lot d'incertitudes. Un regard r&#233;trospectif, toutefois, laisse voir l'immensit&#233; du chemin parcouru, la profondeur des transformations accumul&#233;es, l'importance des progr&#232;s r&#233;alis&#233;s. La R&#233;publique populaire de Chine a &#233;t&#233; proclam&#233;e par Mao Zedong le 1er octobre 1949. Lorsqu'ils f&#234;tent cet anniversaire, les Chinois savent bien ce qu'est devenu leur pays. Mais ils savent aussi dans quel &#233;tat il se trouvait en 1949. D&#233;vast&#233; par des d&#233;cennies de guerre civile et d'invasion &#233;trang&#232;re, c'&#233;tait un champ de ruines. D'une pauvret&#233; inou&#239;e, le pays ne repr&#233;sentait qu'une part infime de l'&#233;conomie mondiale, alors qu'il en repr&#233;sentait encore le tiers en 1820. Le d&#233;clin de la dynastie Qing et l'intrusion des puissances pr&#233;datrices ont ruin&#233; cette prosp&#233;rit&#233;. Avec le &#171; si&#232;cle des humiliations &#187;, la Chine a subi les affres d'une longue descente aux enfers. Le pays a &#233;t&#233; occup&#233;, pill&#233; et ruin&#233;. En 1949, il n'est plus que l'ombre de lui-m&#234;me. Ravag&#233;es par la guerre, les infrastructures sont d&#233;labr&#233;es. Incapable de nourrir la population, l'agriculture souffre de l'absence criante d'&#233;quipements, d'engrais et de semences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1949, la Chine offre le spectacle d'une mis&#232;re ahurissante. Compos&#233;e pour l'essentiel de paysans pauvres, la population chinoise a le niveau de vie le plus faible de la plan&#232;te, inf&#233;rieur &#224; celui de l'Inde ex-britannique et de l'Afrique sub-saharienne. Sur cette terre o&#249; l'existence ne tient qu'&#224; un fil, l'esp&#233;rance de vie est de 36 ans. Abandonn&#233;e &#224; son ignorance malgr&#233; la richesse d'une civilisation plurimill&#233;naire, la population chinoise compte 85% d'analphab&#232;tes. Cette mis&#232;re n'a rien d'une fatalit&#233; : cons&#233;quence d'une exploitation &#233;hont&#233;e, elle est l'expression de rapports sociaux de type semi-f&#233;odal. Heureusement, cette soci&#233;t&#233; inique n'&#233;tait pas faite pour durer. Las de croupir dans le d&#233;nuement et la salet&#233;, les paysans ont fini par mettre &#224; bas le vieil ordre social en se rangeant au c&#244;t&#233; de Mao Zedong et du parti communiste. &#201;v&#233;nement inou&#239;, cette r&#233;volution paysanne a fait basculer le quart de l'humanit&#233; du c&#244;t&#233; du socialisme. Lib&#233;r&#233;e et unifi&#233;e par Mao, la Chine s'est engag&#233;e sur la voie &#233;troite du d&#233;veloppement d'un pays arri&#233;r&#233;. D'une pauvret&#233; inimaginable, isol&#233;e et sans ressources, elle a explor&#233; des chemins inconnus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soixante-quinze ans plus tard, l'&#233;conomie chinoise repr&#233;sente 20% du PIB mondial en parit&#233; de pouvoir d'achat, et elle a d&#233;pass&#233; l'&#233;conomie US en 2014. En 2023, le PIB chinois (PPA) repr&#233;sente 142% du PIB des &#201;tats-Unis. La Chine fabrique 50% de l'acier mondial. Son industrie repr&#233;sente le double de celle des &#201;tats-Unis et quatre fois celle du Japon. Elle est la premi&#232;re puissance exportatrice mondiale. Premier partenaire commercial de 130 pays, elle a contribu&#233; &#224; 30% de la croissance mondiale au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es. Fulgurant, ce d&#233;veloppement &#233;conomique a am&#233;lior&#233; les conditions d'existence mat&#233;rielle des Chinois de fa&#231;on spectaculaire. Avec 400 millions de personnes, les classes moyennes chinoises sont les plus importantes du monde. En 2019, 140 millions de Chinois sont partis en vacances &#224; l'&#233;tranger : interrompu par la crise sanitaire, cet app&#233;tit pour les voyages va conna&#238;tre une nouvelle vigueur. L'esp&#233;rance de vie moyenne est pass&#233;e de 36 &#224; 64 ans sous Mao (de 1950 &#224; 1975) et elle atteint aujourd'hui 78,2 ans (contre 76,1 ans aux &#201;tats-Unis et 67 ans en Inde). Le taux de mortalit&#233; infantile est de 5,2&#8240; contre 30&#8240; en Inde et 5,4&#8240; aux &#201;tats-Unis. L'analphab&#233;tisme est &#233;radiqu&#233;. Le taux de scolarisation est de 100% dans le primaire et de 97% dans le secondaire. A l'issue de l'enqu&#234;te internationale comparative sur les syst&#232;mes &#233;ducatifs pour l'ann&#233;e 2018, l'Organisation de coop&#233;ration et de d&#233;veloppement &#233;conomique a attribu&#233; la premi&#232;re place &#224; la R&#233;publique populaire de Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attest&#233;e par l'ONU, la Banque mondiale, le Fonds mon&#233;taire international et l'OCDE, l'ampleur des progr&#232;s accomplis par la Chine donne le vertige. D'apr&#232;s l'ex-&#233;conomiste en chef de la Banque mondiale, l'apparition d'une &#233;norme classe moyenne en Chine est la principale cause de la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s mondiales entre 1988 et 2008 : en vingt ans, la Chine a r&#233;ussi &#224; extraire de la pauvret&#233; 700 millions de personnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Branko Milanovic, &#171; In&#233;galit&#233;s mondiales &#8211; Le destin des classes moyennes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des r&#233;sultats colossaux, sans commune mesure avec les progr&#232;s enregistr&#233;s dans des pays, comme l'Inde, qui avaient un niveau de d&#233;veloppement comparable en 1950. Mieux encore, la &#171; pauvret&#233; extr&#234;me &#187; (selon les normes internationales) a &#233;t&#233; &#233;radiqu&#233;e en 2021 au terme de dix ans d'efforts. Pr&#232;s de 100 millions de personnes ont enfin obtenu les &#171; cinq garanties &#187; : nourriture, v&#234;tements, logement, &#233;ducation et sant&#233;. Cette disparition de la mis&#232;re se lit aussi dans les statistiques portant sur les revenus. Calcul&#233; en parit&#233; de pouvoir d'achat, le revenu annuel moyen disponible par t&#234;te des Chinois atteint 19 340 $, soit 83% de celui des Fran&#231;ais. Chaque ann&#233;e, il progresse de 5% environ. Avec la g&#233;n&#233;ralisation de la protection sociale, 95% des Chinois ont une assurance-maladie, alors que la moiti&#233; de la population mondiale n'en a aucune. Corrigeant les effets des r&#233;formes structurelles des ann&#233;es 1990, le parti communiste a mis l'accent sur la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s et la recherche de la &#171; prosp&#233;rit&#233; commune &#187;. Le salaire moyen r&#233;el a quadrupl&#233; en vingt ans, notamment sous l'effet de la mobilisation ouvri&#232;re, et les entreprises &#233;trang&#232;res ont commenc&#233; &#224; d&#233;localiser leur activit&#233; &#224; la recherche d'une main d'&#339;uvre moins co&#251;teuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;veloppant le march&#233; int&#233;rieur, la politique de Xi Jinping pousse &#224; la hausse l'ensemble des salaires. Soci&#233;t&#233; de paysans jusque dans les ann&#233;es 1980, la soci&#233;t&#233; chinoise est devenue une soci&#233;t&#233; majoritairement urbaine. Le syst&#232;me &#233;ducatif forme massivement des ing&#233;nieurs, des m&#233;decins, des techniciens hautement qualifi&#233;s. L'une des questions fondamentales qui se posent aux pays en voie de d&#233;veloppement est celle de l'acc&#232;s aux technologies modernes. La Chine de Mao Zedong a b&#233;n&#233;fici&#233; de l'aide de l'URSS jusqu'&#224; son interruption en 1960 lors du schisme sino-sovi&#233;tique. C'est pour pallier cette difficult&#233; que Deng Xiaoping a organis&#233; en 1979 l'ouverture progressive de l'&#233;conomie chinoise aux capitaux ext&#233;rieurs : en &#233;change des profits r&#233;alis&#233;s en Chine, les entreprises &#233;trang&#232;res y proc&#233;deraient &#224; des transferts de technologie vers les entreprises chinoises. En quarante ans, les Chinois ont assimil&#233; les technologies les plus sophistiqu&#233;es. Aujourd'hui, la part de la Chine dans les industries de haute technologie atteint 28% du total mondial et elle a surclass&#233; les &#201;tats-Unis. Il est vrai que la Chine dispose de ressources humaines consid&#233;rables. Elle envoie 550 000 &#233;tudiants &#224; l'&#233;tranger et elle en re&#231;oit 400 000. Dot&#233; de 80 technopoles, le pays est num&#233;ro un mondial pour le nombre de dipl&#244;m&#233;s en sciences, technologie et ing&#233;nierie, et il en forme quatre fois plus que les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perc&#233;e technologique du g&#233;ant chinois va de pair avec la transition &#233;nerg&#233;tique. Signataire de l'Accord de Paris sur le climat, la Chine est le premier investisseur mondial dans les &#233;nergies renouvelables : en 2023, ses investissements ont repr&#233;sent&#233; les deux tiers des investissements mondiaux. Elle poss&#232;de 60% des panneaux solaires et 50% des &#233;oliennes de la plan&#232;te. La plupart des bus &#233;lectriques en service dans le monde sont fabriqu&#233;s en Chine. Elle contient 50% des v&#233;hicules &#233;lectriques du monde et elle en fabrique trois fois plus que les &#201;tats-Unis. La Chine a le r&#233;seau ferr&#233; &#224; grande vitesse le plus grand du monde (42 000 km), et l'entreprise publique CRRC est num&#233;ro un mondial de la construction de TGV. Pour faire reculer le d&#233;sert, la Chine a engag&#233; la plus grande op&#233;ration de reboisement de l'histoire humaine (35 millions d'hectares). Prenant au s&#233;rieux la d&#233;sastreuse pollution de l'atmosph&#232;re, elle a r&#233;ussi &#224; juguler ce ph&#233;nom&#232;ne, et on peut d&#233;sormais admirer le ciel bleu au-dessus de P&#233;kin. Voulant b&#226;tir une &#171; civilisation &#233;cologique &#187;, Xi Jinping ne l&#233;sine pas sur les moyens. Outre les investissements massifs dans les &#233;nergies renouvelables et la lutte contre la pollution de l'air, de l'eau et du sol, un ambitieux programme nucl&#233;aire va faire de la Chine le num&#233;ro un mondial : le premier r&#233;acteur de quatri&#232;me g&#233;n&#233;ration a &#233;t&#233; mis en service dans le Shandong en novembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement spectaculaire de la R&#233;publique populaire de Chine est le r&#233;sultat de soixante-quinze ans d'efforts titanesques. Adoptant une voie originale vers le d&#233;veloppement, les Chinois ont invent&#233; un syst&#232;me que les cat&#233;gories en usage en Occident peinent g&#233;n&#233;ralement &#224; d&#233;crire. Loin d'&#234;tre une &#171; dictature totalitaire &#187;, c'est une d&#233;mocratie populaire dont la l&#233;gitimit&#233; repose exclusivement sur l'am&#233;lioration des conditions d'existence du peuple chinois. Organe dirigeant du pays depuis 1949, le parti communiste sait que la moindre d&#233;viation hors de la ligne du mieux-&#234;tre collectif provoquerait sa chute. Compar&#233; &#224; une d&#233;mocratie id&#233;ale qui n'existe nulle part, ce syst&#232;me n'est pas sans inconv&#233;nients : l'opacit&#233; des centres de d&#233;cision, le monolithisme des m&#233;dias officiels, l'impossibilit&#233; de d&#233;battre des sujets interdits. Mais si on le compare aux &#171; d&#233;mocraties &#187; existantes, il pr&#233;sente aussi des avantages : le souci de l'int&#233;r&#234;t commun, la primaut&#233; du long terme, la culture du r&#233;sultat, la s&#233;lection m&#233;ritocratique des dirigeants. Pas plus que le syst&#232;me occidental, le syst&#232;me politique chinois n'est exempt de contradictions. Va-t-il durer encore longtemps ? Nul ne le sait, mais sa r&#233;sistance aux changements depuis soixante-quinze ans plaide en sa faveur. Croyant que la d&#233;mocratie repose sur la foire d'empoigne &#233;lectorale, les Occidentaux ne comprennent pas la politique chinoise. Sans doute un effet de la divergence entre deux cultures qui n'ont pas le m&#234;me univers symbolique. Peut-&#234;tre aussi parce que les Occidentaux sont aveugles &#224; la r&#233;alit&#233; de leur syst&#232;me : ils ne voient pas que chez eux le pr&#233;sident est d&#233;sign&#233; par les banques, alors qu'en Chine les banques ob&#233;issent au pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre despotique, le pouvoir communiste a des comptes &#224; rendre &#224; la population. C'est pourquoi l'image v&#233;hicul&#233;e par les m&#233;dias occidentaux d'une population t&#233;tanis&#233;e par la peur est compl&#232;tement erron&#233;e. La soci&#233;t&#233; chinoise est travers&#233;e par des contradictions multiples, et la contestation sociale y est monnaie courante : &#171; &lt;i&gt;Pour la plupart des observateurs, la Chine se r&#233;sume &#224; son syst&#232;me politique, voire &#224; l'ombre immense de son pr&#233;sident, Xi Jinping &lt;/i&gt; &#187;, rel&#232;ve le sinologue Jean-Louis Rocca. &#171; &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233;, elle, semble avoir disparu. En g&#233;n&#233;ral, les Chinois sont r&#233;duits &#224; une masse d'individus soumis &#224; la propagande du parti communiste, incapables d'avoir une opinion par eux-m&#234;mes. Ce discours est doublement probl&#233;matique. D'abord, il est m&#233;prisant pour les int&#233;ress&#233;s, surtout ceux qui sont critiques du syst&#232;me sans &#234;tre dissidents pour autant. Il l'est &#233;galement pour les d&#233;sormais nombreux citoyens biculturels qui connaissent certes les d&#233;fauts de la soci&#233;t&#233; chinoise, mais aussi la crise d&#233;mocratique que traversent les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes. Deuxi&#232;me probl&#232;me : ce discours ne correspond en rien &#224; la r&#233;alit&#233;. Loin d'&#234;tre amorphe, la soci&#233;t&#233; chinoise fait preuve d'un ind&#233;niable dynamisme et s'exprime par divers moyens &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ponctu&#233;e par des &#171; incidents de masse &#187;, une contestation multiforme peut faire reculer les pouvoirs locaux, et m&#234;me les sommets du parti-&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Le champ des conflits sociaux couvre un tr&#232;s large spectre. Depuis la fin des ann&#233;es 1990, les employ&#233;s des entreprises d'&#201;tat en restructuration, les travailleurs migrants exploit&#233;s, les propri&#233;taires d'appartement d&#233;poss&#233;d&#233;s par les promoteurs ou les riverains d'usines polluantes n'h&#233;sitent pas &#224; d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts. Plus r&#233;cemment, des livreurs se sont insurg&#233;s contre leurs conditions de travail et de r&#233;mun&#233;ration, et des &#233;pargnants spoli&#233;s par la crise immobili&#232;re contre des banques ruin&#233;es par leurs pratiques sp&#233;culatives. On se souvient aussi des manifestations de novembre 2022 au cours desquelles des milliers de personnes &#233;taient descendues dans la rue pour demander une lev&#233;e de la politique dite de z&#233;ro Covid adopt&#233;e dans le cadre de la lutte contre la pand&#233;mie. M&#234;me si le parti communiste chinois s'&#233;tait d&#233;j&#224; r&#233;solu &#224; assouplir les mesures de contr&#244;le, ce sont bien ces manifestations qui ont d&#233;finitivement conduit P&#233;kin &#224; sortir de l'isolement sanitaire. Les Chinois expriment aussi leurs opinions sur les r&#233;seaux sociaux. Malgr&#233; la censure, ceux-ci sont devenus un vrai lieu d'&#233;change d'informations et de points de vue &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Louis Rocca, &#171; C'est en &#233;vitant la question politique que les groupes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour faire face aux revendications populaires, le parti communiste ne doit-il pas revenir aux sources de son exp&#233;rience politique et suivre ce que Mao appelait &#171; la ligne de masse &#187; (q&#250;nzh&#242;ng l&#249;xi&#224;n &#32676;&#20247;&#36335;&#32447;) ? Appliqu&#233;e pour la premi&#232;re fois dans les &#171; bases rouges &#187; des ann&#233;es 1930, elle consiste pour les cadres communistes &#224; se confondre avec le peuple, &#224; comprendre ses pr&#233;occupations, &#224; assimiler les connaissances qu'il peut transmettre et &#224; formuler des solutions &#224; ses difficult&#233;s. Enracin&#233; dans la population, le parti peut transmettre ses exigences aux instances dirigeantes, influer sur les d&#233;cisions prises au sommet. L'exp&#233;rience de la fin du &#171; z&#233;ro Covid &#187; a montr&#233; que le pouvoir &#233;tait prompt &#224; respecter le verdict des masses, et les Chinois savent que sa l&#233;gitimit&#233; tient pour beaucoup &#224; cette capacit&#233; d'&#233;coute. Ils sont conscients qu'ils ne pourront pas remplacer le parti, mais ils savent aussi qu'il a l'obligation de tenir compte de leurs revendications. S'il se d&#233;robe &#224; ses devoirs, ne court-il pas le risque de perdre le consentement populaire ? En Chine, on ne peut pas changer de gouvernement, puisque le r&#244;le du parti n'est pas n&#233;gociable, mais on peut changer de politique. Dans les pays occidentaux, &#224; l'inverse, on peut changer de gouvernement, mais on ne peut pas changer de politique, puisque la classe dominante fixe les limites a priori de toute politique possible. C'est pourquoi la d&#233;mocratie lib&#233;rale est en r&#233;alit&#233; une oligarchie, et non une d&#233;mocratie, tandis que le r&#233;gime chinois est une d&#233;mocratie populaire, m&#234;me si elle n'est pas lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Zhang_Weiwei_(professor)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Zhang Weiwei&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, directeur de l'&lt;a href=&#034;https://www.fudan.edu.cn/en/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Institut chinois de l'Universit&#233; Fudan&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Le r&#233;cit occidental dominant sur la politique chinoise est bas&#233; sur un paradigme analytique extr&#234;mement superficiel et biais&#233; : l'argument dit de la d&#233;mocratie contre la dictature, o&#249; la d&#233;mocratie et la dictature sont d&#233;finies de mani&#232;re unilat&#233;rale par l'Occident. Cette narration d&#233;finit le multipartisme et le suffrage universel pratiqu&#233;s en Occident comme un syst&#232;me d&#233;mocratique et estime que c'est seulement en adoptant ce mod&#232;le que la Chine pourra devenir un pays normal et &#234;tre accept&#233;e par la soi-disant communaut&#233; internationale dirig&#233;e par l'Occident. Le syst&#232;me politique chinois est d&#233;peint comme autoritaire et comme l'antith&#232;se de la d&#233;mocratie. Si vous n'acceptez pas cette logique politique occidentale, alors vous soutenez la dictature. Si vous ne vous dirigez pas vers le mod&#232;le politique occidental, alors vous ne menez pas de r&#233;forme politique. Ce paradigme est depuis longtemps un outil id&#233;ologique permettant &#224; l'Occident de fomenter des r&#233;volutions de couleur et de renverser les r&#233;gimes non occidentaux. Mais comme le mod&#232;le politique occidental est probl&#233;matique, de nombreuses personnes commencent &#224; le mettre en question. Dans ce syst&#232;me, la d&#233;mocratie signifie la campagne &#233;lectorale, la campagne &#233;lectorale signifie le marketing politique, le marketing politique signifie l'argent, les relations publiques, la strat&#233;gie, l'image et le jeu d'acteur. Beaucoup de dirigeants savent comment jouer ce jeu, mais peu savent comment faire avancer les choses &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zhang Weiwei, &#171; Il est tout &#224; fait possible de raconter l'histoire de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les Chinois semblent s'accommoder de leur syst&#232;me, au demeurant, c'est parce qu'ils ne per&#231;oivent gu&#232;re l'int&#233;r&#234;t d'en changer :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; D'un point de vue occidental, cette soci&#233;t&#233; a un d&#233;faut majeur &#187;, souligne Jean-Louis Rocca. &#171; Une grande partie des citoyens ont aujourd'hui des doutes quant &#224; la possibilit&#233;, ou &#224; l'int&#233;r&#234;t, d'&#233;tablir une d&#233;mocratie repr&#233;sentative en Chine. Mais ces doutes ne sont pas d'ordre id&#233;ologique, ils reposent sur une analyse pragmatique de la situation. Il s'agit de r&#233;pondre &#224; une question simple : la d&#233;mocratie peut-elle faire mieux que le PCC ? Est-il utile de prendre des risques en s'opposant au PCC ? Le jeu en vaut-il la chandelle ?&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Louis Rocca, op. cit.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les Chinois savent qu'ils sont propri&#233;taires de leur logement, qu'ils b&#233;n&#233;ficient de l'acc&#232;s aux soins, que leur syst&#232;me &#233;ducatif est performant, que les transports sont modernes et bon march&#233;, qu'ils peuvent voyager comme ils veulent, que les salaires augmentent, que le travail est valoris&#233;, que les emplois ne sont pas d&#233;localis&#233;s &#224; l'&#233;tranger, que les minorit&#233;s ethniques sont respect&#233;es, que la Chine est un grand pays souverain, qu'elle est la premi&#232;re puissance industrielle, qu'elle construit des infrastructures dans le monde entier, qu'elle n'est en guerre avec personne, que ses fronti&#232;res sont s&#251;res, qu'elle poursuit r&#233;solument la transition &#233;nerg&#233;tique, que la s&#233;curit&#233; dans les rues est assur&#233;e, que le terrorisme a &#233;t&#233; &#233;radiqu&#233;, que les dirigeants sont s&#233;lectionn&#233;s selon leur comp&#233;tence, que les riches et les puissants ne sont pas au-dessus des lois, etc. Ils peuvent manifester leur m&#233;contentement, et ils ne s'en privent pas. Mais pourquoi voudraient-ils changer de syst&#232;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans promouvoir pour autant un changement syst&#233;mique, certains intellectuels chinois estiment que le pays ne fera pas l'&#233;conomie d'une r&#233;forme politique. Professeure &#224; la retraite de l'&#201;cole centrale du Parti, Cai Xia soutient que &#171; &lt;i&gt;la politique d&#233;mocratique &lt;/i&gt; &#187; n'est pas contradictoire avec la &#171; &lt;i&gt;r&#233;volution socialiste &lt;/i&gt; &#187; pr&#233;dite par Marx, et qu'elle en est plut&#244;t l'accomplissement. C'est pourquoi l'une des missions du parti communiste chinois est de conduire une r&#233;forme d'inspiration d&#233;mocratique destin&#233;e &#224; parachever le processus d'&#233;mancipation initi&#233; en 1949 :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Le parti communiste chinois a &#233;tabli la Chine nouvelle par une r&#233;volution violente sur les ruines de l'autocratie, et guider la construction de la nouvelle Chine a &#233;t&#233; la mission fondamentale du parti communiste en tant que parti au pouvoir. Cependant, la construction dont la Chine nouvelle a besoin n'est pas seulement &#233;conomique et culturelle, mais &#224; un niveau plus fondamental, elle est la construction d'une communaut&#233; politique qui placera la Chine nouvelle dans la cat&#233;gorie des pays d&#233;mocratiques modernes. Mais si nous regardons la r&#233;alit&#233; en face et prenons au s&#233;rieux les le&#231;ons de l'histoire depuis que le parti a assum&#233; cette mission en tant que parti au pouvoir, nous devons admettre qu'aujourd'hui encore cette mission n'a pas &#233;t&#233; pleinement accomplie &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cai Xia, &#171; Faire progresser la d&#233;mocratie constitutionnelle &#187;, Aisixiang, 30 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nul ne sait de quoi demain sera fait, mais un tel d&#233;bat d'id&#233;es montre que la situation politique en Chine n'est pas fig&#233;e. Aux yeux de nombreux intellectuels, une &#233;volution d&#233;mocratique est souhaitable, &#224; condition de pas faire vaciller un syst&#232;me qui a fait ses preuves. Pour assurer l'avenir du pays, l'essentiel est de suivre une voie chinoise vers la modernit&#233;, loin d'un mod&#232;le occidental en d&#233;clin. En Chine, depuis l'Antiquit&#233;, le pouvoir politique tire sa l&#233;gitimit&#233; de la d&#233;l&#233;gation de souverainet&#233; octroy&#233;e par le Ciel. Principe impersonnel qui r&#233;git le mouvement des choses, il attribue la responsabilit&#233; du pouvoir royal, puis imp&#233;rial, &#224; ceux qui s'en montrent dignes. Mais ce mandat c&#233;leste a pour corollaire la possibilit&#233; d'un changement de mandataire. Si le d&#233;tenteur de la puissance terrestre se montre indigne de la fonction, le Ciel peut lui retirer son mandat. Il le confie alors &#224; un nouveau souverain, fondateur &#224; son tour d'une nouvelle dynastie. Pour &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mencius}&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mencius&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, philosophe confuc&#233;en du IVe si&#232;cle avant notre &#232;re, la source de l&#233;gitimit&#233; se trouve dans le peuple, et cette l&#233;gitimit&#233; co&#239;ncide pr&#233;cis&#233;ment avec le mandat du Ciel : lorsque le peuple accorde sa confiance au nouveau souverain, lui remettant les cl&#233;s du pouvoir imp&#233;rial, il manifeste la volont&#233; expresse du Ciel de lui octroyer le mandat : &#171; &lt;i&gt;Le Ciel voit comme mon peuple voit, le Ciel entend comme mon peuple entend&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi Mencius assume la cons&#233;quence logique du primat accord&#233; au consentement populaire : le souverain est comme un bateau port&#233; par les flots, et s'il se comporte de fa&#231;on indigne, il est l&#233;gitime que le peuple le renverse. &#171; &lt;i&gt;La l&#233;gitimit&#233; politique n'est autre que le mandat du Ciel de l'ordre politique. Si le mandat du Ciel est perdu, c'est la r&#233;volution. Un pouvoir d&#233;nu&#233; de l&#233;gitimit&#233; ne peut se maintenir que gr&#226;ce &#224; la violence. Mais une grande violence est impropre &#224; &#233;tablir une soci&#233;t&#233; efficace et une soci&#233;t&#233; inefficace conduit fatalement &#224; un effondrement politique &lt;/i&gt; &#187;, commente &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Zhao_Tingyang&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Zhao Tingyang&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, professeur &#224; l'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Acad%C3%A9mie_chinoise_des_sciences_sociales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Institut de philosophie de l'Acad&#233;mie chinoise des sciences sociales&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zhao Tingyang, &#171; Tianxia &#8211; tout sous le m&#234;me ciel &#187;, Cerf, 2018, p. 102.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; la lumi&#232;re de cette tradition philosophique, on mesure l'&#233;cart civilisationnel entre la Chine et les &#201;tats-Unis : pour le protestantisme am&#233;ricain, la r&#233;ussite individuelle est le signe d'une &#233;lection divine ; pour le confucianisme chinois, le bien-&#234;tre collectif est un commandement c&#233;leste. Aux antipodes de l'individualisme occidental, la soci&#233;t&#233; chinoise est une soci&#233;t&#233; holiste o&#249; l'int&#233;r&#234;t personnel doit s'effacer devant l'int&#233;r&#234;t commun. La tradition confuc&#233;enne fait de l'individu l'&#233;l&#233;ment d'un tout d&#233;fini par un r&#233;seau de relations qui l'englobe et le d&#233;passe. Pour la pens&#233;e chinoise, l'&#234;tre n'est pas substance mais relation. &#171; &lt;i&gt;La rationalit&#233; individuelle est une rationalit&#233; de comp&#233;tition, alors que la rationalit&#233; relationnelle est une rationalit&#233; de coexistence &lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Zhao Tingyang. &#171; &lt;i&gt;S'il est vrai que la coexistence pr&#233;c&#232;de l'existence, alors la rationalit&#233; relationnelle a aussi le pas sur la rationalit&#233; individuelle &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute ce qui explique l'acceptation par les Chinois d'une direction politique unifi&#233;e sous l'&#233;gide du parti. Pour accomplir le mandat du peuple et promouvoir le bien commun, le pouvoir politique doit se donner les moyens de ses ambitions. En Chine, le centralisme et la discipline ne sont pas des pesanteurs dont il faudrait s'affranchir, mais les conditions d'une efficacit&#233; dont le peuple est seul juge. Contrairement aux oligarchies lib&#233;rales qui pr&#233;f&#232;rent l'agitation de surface, la d&#233;mocratie populaire &#224; la chinoise privil&#233;gie l'action en profondeur et le d&#233;veloppement &#224; long terme du pays. Cette constante de la politique chinoise traverse toutes les &#233;poques. Avec &#171; la r&#233;forme et l'ouverture &#187; initi&#233;es en 1978, la Chine est entr&#233;e dans l'&#232;re de la &#171; modernisation socialiste &#187;. Franchissant une nouvelle &#233;tape de son parcours historique, le parti communiste s'est donn&#233; pour t&#226;che de poursuivre l'&#233;dification du socialisme en d&#233;veloppant les forces productives. Comme le pr&#233;cise le comit&#233; central dans sa r&#233;solution adopt&#233;e le 11 novembre 2021, cette politique nouvelle visait &#224; &#171; &lt;i&gt;sortir le peuple de la pauvret&#233; et &#224; l'enrichir le plus rapidement possible, tout en fournissant un cadre institutionnel plus dynamique au grand renouveau national &lt;/i&gt; &#187;. C'est cette politique qui est poursuivie aujourd'hui, non sans am&#233;nagements dont la n&#233;cessit&#233; a &#233;t&#233; impos&#233;e par l'exp&#233;rience, conform&#233;ment au principe, affirm&#233; par Mao Zedong et rappel&#233; par Xi Jinping, de &#171; &lt;i&gt;la primaut&#233; de la pratique &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les r&#233;formes &#233;conomiques et l'ouverture aux &#233;changes, en effet, la Chine s'est dot&#233;e d'un v&#233;ritable &#171; syst&#232;me d'&#233;conomie de march&#233; socialiste &#187;. Elle a instaur&#233;, au &#171; stade primaire du socialisme, un syst&#232;me &#233;conomique fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; publique et sur le d&#233;veloppement simultan&#233; de diverses formes de propri&#233;t&#233; &#187;. Au prix de mille difficult&#233;s, les communistes chinois ont b&#226;ti une &#233;conomie mixte pilot&#233;e par un &#201;tat fort dont l'objectif prioritaire est la croissance. Compte tenu des besoins colossaux du pays, son contenu a d'abord &#233;t&#233; quantitatif, et l'envol&#233;e du PIB a port&#233; l'&#233;conomie chinoise vers des sommets in&#233;gal&#233;s. Mais depuis l'accession au pouvoir de Xi Jinping, le gouvernement met davantage l'accent sur la qualit&#233; de la vie et la prosp&#233;rit&#233; commune. M&#234;me si la hausse du PIB est encore largement sup&#233;rieure &#224; celle des pays riches, elle conna&#238;t une d&#233;c&#233;l&#233;ration qui marque le commencement d'un nouveau cycle. Avec les r&#233;formes des ann&#233;es 1980-1990, la politique de d&#233;veloppement s'appuyait sur la modernisation des entreprises publiques, la constitution d'un puissant secteur priv&#233; et les transferts de technologie en provenance des pays plus avanc&#233;s. Aujourd'hui, elle vise la premi&#232;re place dans les technologies innovantes o&#249; la Chine a fini par conqu&#233;rir son autonomie strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats &#233;conomiques suffiront-ils &#224; garantir le consensus politique ? Pour Cao Jinqing, professeur de sociologie &#224; l'Universit&#233; de Shanghai, la capacit&#233; de l'&#233;lite dirigeante &#224; se montrer vertueuse est un facteur d&#233;terminant :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Si ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir au sein du parti sont incapables de r&#233;sister &#224; la tentation d'obtenir des gains mat&#233;riels par l'exercice du pouvoir, ou si, une fois que les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels sont devenus la chose la plus importante, ces d&#233;tenteurs du pouvoir cherchent &#224; privatiser ces int&#233;r&#234;ts, en rejetant la banni&#232;re du parti communiste et du socialisme, et ne travaillent que pour eux-m&#234;mes, sans d&#233;fendre le peuple, alors c'est une trahison du mandat du ciel. Si la corruption n'est pas ma&#238;tris&#233;e, c'est le parti au pouvoir lui-m&#234;me qui en souffrira le plus. Ce n'est que si le pouvoir est exerc&#233; dans l'int&#233;r&#234;t public qu'il gagnera le c&#339;ur de l'homme. Sinon, nous ne pouvons compter que sur une croissance &#233;conomique continue et sur des cr&#233;ations d'emploi toujours plus nombreuses pour maintenir le pouvoir politique. Mais s'appuyer uniquement sur des facteurs mat&#233;riels est une approche insuffisante, et si jamais il y a des revers majeurs sur ce front, les choses peuvent devenir extr&#234;mement dangereuses. C'est pourquoi la lutte contre la corruption n'est pas un slogan creux. Chacun, quelle que soit sa position, doit &#234;tre s&#233;v&#232;rement puni pour toute infraction &#224; la discipline du parti ou &#224; la loi de l'&#201;tat. Le mandat c&#233;leste vous a &#233;t&#233; donn&#233;, et vous ne pouvez pas agir uniquement dans votre propre int&#233;r&#234;t, mais vous devez plut&#244;t d&#233;fendre le peuple &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cao Jinqing, &#171; Un renouveau centenaire : le r&#233;cit historique et la mission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec le &#171; &lt;i&gt;socialisme de la nouvelle &#232;re&lt;/i&gt; &#187;, la Chine a connu un net changement de cap par rapport &#224; la p&#233;riode mao&#239;ste. Mais il ne faut pas se m&#233;prendre : la construction du socialisme est toujours &#224; l'ordre du jour, et l'ouverture &#233;conomique ne signifie nullement un changement de syst&#232;me. Ceux qui ont vu dans la r&#233;forme un abandon du socialisme ont confondu la fin et les moyens. Prenant leurs d&#233;sirs pour des r&#233;alit&#233;s, ils ont privil&#233;gi&#233; les &#233;l&#233;ments de rupture et ignor&#233; les &#233;l&#233;ments de continuit&#233;. Le socialisme actuel aurait-il vu le jour sans les avanc&#233;es ant&#233;rieures ? C'est ce qu'explique &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Jiang_Shigong&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jiang Shigong&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, professeur de droit &#224; l'&lt;a href=&#034;https://www.tsinghua.edu.cn/en/Admissions/International_Students1/Overview.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Universit&#233; Tsinghua&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Xi Jinping a clairement dit que les trente ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la r&#233;forme et l'ouverture et les trente ann&#233;es qui ont les ont suivies ne pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme mutuellement contradictoires. Dans la premi&#232;re p&#233;riode de la r&#233;forme et de l'ouverture, il y avait quelques personnes qui voulaient r&#233;pudier compl&#232;tement Mao Zedong, mais Deng Xiaoping s'est r&#233;solument oppos&#233; &#224; ces propositions, soulignant clairement que s'il n'y avait pas eu le camarade Mao Zedong, notre peuple chinois aurait t&#226;tonn&#233; dans l'obscurit&#233; pendant une p&#233;riode beaucoup plus longue. Et c'est sous la direction de Deng Xiaoping que le centre du parti est parvenu &#224; une &#233;valuation objective des contributions et des &#233;checs de Mao Zedong. De la m&#234;me mani&#232;re, en l'absence de la r&#233;forme et de l'ouverture et de la reconstruction moderne pouss&#233;e par Deng Xiaoping, la Chine n'aurait pas pu s'&#233;lever aussi rapidement, en effectuant un tel saut historique : avec Mao Zedong, la Chine s'est mise debout (zh&#224;nq&#464;l&#225;i &#31449;&#36215;&#26469;), avec Deng Xiaoping elle s'est enrichie (f&#249; q&#464;l&#225;i &#23500;&#36215;&#26469;), et avec Xi Jinping elle est devenue forte (qi&#225;ng q&#464;l&#225;i &#24378;&#36215;&#26469;)&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jiang Shigong, &#171; Philosophie et histoire : une interpr&#233;tation de l'&#232;re Xi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'originalit&#233; &#8211; et peut-&#234;tre la d&#233;mesure &#8211; de Mao Zedong, ce fut la tentative d'acc&#233;l&#233;rer le d&#233;veloppement des forces productives en accentuant la transformation des rapports sociaux. Pour consolider la voie socialiste, disait-il, il faut poursuivre la lutte des classes &#224; l'int&#233;rieur du pays. Ce volontarisme r&#233;volutionnaire a jet&#233; les bases de l'industrialisation, contribu&#233; &#224; g&#233;n&#233;raliser l'&#233;ducation, lib&#233;r&#233; les femmes du patriarcat, &#233;radiqu&#233; les &#233;pid&#233;mies. Avec Mao, l'esp&#233;rance de vie des Chinois est pass&#233;e de 36 &#224; 64 ans. La Chine a connu un taux de croissance sup&#233;rieur &#224; celui de nombreux pays en d&#233;veloppement pour l'ensemble de la p&#233;riode 1949-1976. Mais cet &#233;lan incontestable est frein&#233; &#224; deux reprises : par la crise du &#171; Grand Bond en avant &#187;, responsable de la derni&#232;re famine qu'ait connue la Chine (1959-1961), et par les convulsions de la R&#233;volution culturelle dans sa phase la plus subversive (1966-1967). Durant cet &#233;pisode chaotique o&#249; la Chine a sembl&#233; vaciller, Mao et les gardes rouges ont mobilis&#233; les masses contre le parti afin de l'emp&#234;cher de &#171; restaurer le capitalisme &#187;. Mais cette r&#233;volution dans la r&#233;volution a rapidement rencontr&#233; ses limites. L'effervescence id&#233;ologique d'une jeunesse fanatis&#233;e a caus&#233; des violences inutiles. Tournant &#224; vide, cette agitation a g&#233;n&#233;r&#233; un chaos qui appelait sa n&#233;gation, et Mao Zedong lui-m&#234;me y a mis un terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution culturelle fut la tentative h&#233;ro&#239;que de fonder une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire. Elle a laiss&#233; de bons souvenirs chez les plus pauvres, mais elle a traumatis&#233; les intellectuels et les cadres. M&#234;me si la figure de Mao Zedong fait toujours l'objet d'un respect quasi religieux, les Chinois ne souhaitent pas revivre cette p&#233;riode troubl&#233;e de leur histoire. Ils aspirent &#224; vivre de leur travail dans un climat apais&#233; et &#224; jouir d'un confort que leurs a&#238;n&#233;s n'ont jamais connu. Dans une r&#233;solution adopt&#233;e en 1981, le parti communiste a port&#233; un jugement s&#233;v&#232;re sur cette exp&#233;rience qualifi&#233;e de &#171; d&#233;rapage gauchiste &#187;. Il a progressivement engag&#233; des r&#233;formes qui prenaient le contre-pied de la R&#233;volution culturelle. Marxiste &#224; sa fa&#231;on, le &#171; socialisme aux caract&#233;ristiques chinoises &#187; d&#233;fini en 1997 repose sur l'id&#233;e que le d&#233;veloppement des forces productives est la condition indispensable de la transformation des rapports sociaux, et non l'inverse. Comme l'&#233;crit Jean-Claude Delaunay, &#171; la r&#233;volution fut con&#231;ue par les fondateurs du marxisme comme un fruit devant &#234;tre cueilli quand il serait m&#251;r, et qui le serait en toute vraisemblance car le verger &#233;tait fourni &#187;. Mais pour les communistes chinois, la r&#233;volution est plut&#244;t &#171; le fruit d'un verger qu'il faudra d'abord cultiver, puis faire grandir et tailler en cons&#233;quences&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude Delaunay, &#171; Les trajectoires chinoises de modernisation et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En clair, le socialisme n'est pas le paup&#233;risme. Et pour engager la transformation des rapports sociaux, encore faut-il assurer, au pr&#233;alable, un certain niveau de d&#233;veloppement des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n'effacera pas ais&#233;ment le bilan du mao&#239;sme :&lt;/strong&gt; Mao Zedong a lib&#233;r&#233; et unifi&#233; le pays, aboli le patriarcat, r&#233;alis&#233; la r&#233;forme agraire, amorc&#233; l'industrialisation, dot&#233; la Chine du parapluie nucl&#233;aire, obtenu sa reconnaissance internationale, vaincu l'analphab&#233;tisme et donn&#233; aux Chinois vingt-quatre ans d'esp&#233;rance de vie suppl&#233;mentaire. En Chine, personne ou presque ne conteste de tels acquis. Les Chinois savent d'o&#249; ils viennent, et ils ne con&#231;oivent pas la rupture entre mao&#239;sme et post-mao&#239;sme de la m&#234;me fa&#231;on que les commentateurs occidentaux. Changeant de trajectoire tout en conservant l'essentiel, les successeurs de Mao Zedong ont tenu compte des inflexions de la vie internationale et tir&#233; parti de la mondialisation. Ils ont transform&#233; le pays en mettant en &#339;uvre les &#171; quatre modernisations &#187; dont Zhou Enlai, le plus proche compagnon de Mao, avait d&#233;fini le programme d&#232;s 1964. Lucides sur le pass&#233; et confiants en l'avenir, ils n'ont jamais l&#226;ch&#233; le gouvernail que leur avait l&#233;gu&#233; le Grand Timonier. Ils ont modernis&#233; l'&#233;conomie &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;, vaincu la pauvret&#233; de masse, &#233;lev&#233; le niveau scientifique et technologique du pays d'une fa&#231;on qu'aucun Chinois n'avait sans doute imagin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience historique de la R&#233;publique populaire de Chine est unique : c'est la r&#233;ussite d'une strat&#233;gie de sortie du sous-d&#233;veloppement &#224; une &#233;chelle sans pr&#233;c&#233;dent, sous la direction d'un parti communiste qui a mobilis&#233; la population sur la longue dur&#233;e. Certes, les probl&#232;mes demeurent immenses : la population vieillit, la crise immobili&#232;re menace, l'endettement des collectivit&#233;s p&#232;se sur leurs capacit&#233;s d'intervention. Le pays conna&#238;t des paradoxes stup&#233;fiants : les odes au socialisme qui alternent avec la saga des milliardaires, des in&#233;galit&#233;s persistantes qui tranchent avec le discours officiel sur la &#171; prosp&#233;rit&#233; commune &#187;. La Chine contemporaine charrie son lot de contradictions, elle a ses faiblesses et ses fragilit&#233;s, mais elle a l'intention de poursuivre le mouvement. Elle entend d&#233;velopper son march&#233; int&#233;rieur, promouvoir la transition &#233;cologique, devenir un &#171; pays socialiste puissant et prosp&#232;re &#187;. Il faut se faire une raison : refermant la parenth&#232;se de la domination occidentale, la Chine aspire &#224; retrouver la place qui lui revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Occidentaux ont exig&#233; qu'elle participe &#224; la mondialisation des &#233;changes, et ils se lamentent des parts de march&#233; que ses entreprises enl&#232;vent haut la main. Multipliant les injonctions contradictoires, ils lui reprochent d'en faire trop et pas assez, d'&#234;tre d&#233;sesp&#233;r&#233;ment pauvre et scandaleusement riche, d&#233;cid&#233;ment trop lib&#233;rale quand elle n'est pas trop dirigiste. Ils lui demandent de sauver la croissance mondiale &#8211; ce que P&#233;kin a fait au lendemain de la crise financi&#232;re de 2008, provoqu&#233;e par la rapacit&#233; des banques am&#233;ricaines &#8211; mais sans se montrer trop gourmande en mati&#232;res premi&#232;res. Ils voudraient qu'elle continue &#224; se d&#233;velopper, mais en renon&#231;ant aux outils de son d&#233;veloppement, comme sa souverainet&#233; mon&#233;taire et son secteur public. L'attitude occidentale fr&#244;le parfois le comique. Lorsque la Chine, apr&#232;s avoir connu des taux de croissance exceptionnels, redescend en douceur &#224; 5,2% (2023), on entend les experts d'un pays europ&#233;en qui se tra&#238;ne &#224; 0,7% faire la fine bouche et pronostiquer la catastrophe. En Occident, on aime dire que la Chine reste un pays pauvre, avec ses centaines de millions de travailleurs sous-pay&#233;s. Mais la r&#233;alit&#233; chinoise se transforme plus vite que les repr&#233;sentations des experts occidentaux, car les luttes des salari&#233;s de l'industrie &#8211; dans un pays qui conna&#238;t des conflits sociaux r&#233;gl&#233;s par la n&#233;gociation &#8211; ont abouti &#224; une hausse cons&#233;quente des salaires, au point d'inqui&#233;ter les investisseurs &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on voyage en Chine, on ne voit pas un pays en voie de d&#233;veloppement, mais un pays d&#233;velopp&#233;. La modernit&#233; et la fiabilit&#233; des moyens de transport y sont impressionnantes. Les m&#233;tros sont flambant neuf, d'une propret&#233;, d'une fonctionnalit&#233; et d'une s&#233;curit&#233; &#224; toute &#233;preuve. Il n'y a &lt;strong&gt;ni SDF&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;ni &lt;i&gt;pick-pocket&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;ni tag&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;ni m&#233;got&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;ni papier par terre&lt;/strong&gt;. Les passagers attendent sagement leur tour si le train est bond&#233;, et aux heures de pointe les rames se succ&#232;dent toutes les 30 secondes. En d&#233;pit de leur gigantisme, les gares et les a&#233;roports fonctionnent comme du papier &#224; musique. Les retards sont rares, les billetteries automatis&#233;es, la signal&#233;tique irr&#233;prochable. La Chine est un pays sans bidonvilles o&#249; la mis&#232;re a disparu pour de bon. Il est significatif que les Chinois, quand ils louent la politique de Xi Jinping, citent &#224; la fois la lutte contre la corruption &#8211; qui est extr&#234;mement populaire &#8211; et la lutte contre la pauvret&#233;. Dans les villages chinois, on voit des tableaux affich&#233;s publiquement o&#249; figure le calendrier des programmes d'&#233;radication de la pauvret&#233;. Chacun sait &#224; quoi s'en tenir, et l'&#233;valuation des r&#233;sultats au vu et au su de tous en est facilit&#233;e. Ce tableau est d'ailleurs affich&#233; en face du b&#226;timent du comit&#233; local du parti communiste, ce qui t&#233;moigne de l'int&#233;r&#234;t qu'on lui porte. L'encadrement social n&#233;cessaire &#224; la mobilisation de tous participe aux yeux des Chinois d'un cercle vertueux dont l'efficacit&#233; est patente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a une id&#233;e aujourd'hui enracin&#233;e dans l'esprit des Occidentaux, c'est que la Chine est un &#201;tat policier o&#249; l'arbitraire du pouvoir s'accompagne d'une surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Vivant dans la crainte permanente de la r&#233;pression, les Chinois subiraient sans broncher une tyrannie fond&#233;e sur la terreur qu'elle inspire. Mais cette repr&#233;sentation a-t-elle quelque rapport avec la r&#233;alit&#233; ? Lorsque la direction du m&#233;tro de P&#233;kin a voulu introduire un syst&#232;me de reconnaissance faciale, une juriste renomm&#233;e, &lt;a href=&#034;https://chinadigitaltimes.net/space/Lao_Dongyan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lao Dongyan&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, a publiquement d&#233;nonc&#233; ce projet. Largement diffus&#233; sur les r&#233;seaux sociaux, son r&#233;quisitoire est s&#233;v&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Les personnes qui contr&#244;lent nos donn&#233;es ne sont pas Dieu. Elles ont leurs propres d&#233;sirs et leurs propres faiblesses. De plus, on ne sait pas comment elles vont utiliser nos donn&#233;es personnelles ni comment elles veulent les manipuler. Sans vie priv&#233;e, il n'y a pas de libert&#233; &lt;/i&gt; &#187;. Un avocat de P&#233;kin, Lu Liangbao, a surench&#233;ri : &#171; &lt;i&gt;Le peuple ne se sent en s&#233;curit&#233; que lorsque l'&#201;tat s'occupe de lui. Mais le pouvoir est encore plus maniaque et veut tout contr&#244;ler. Cela le rassure. Les cam&#233;ras feraient mieux de surveiller les fonctionnaires et les dirigeants sur l'emploi qu'ils font de l'argent public, plut&#244;t que de contr&#244;ler les simples citoyens&lt;/i&gt; &#187;. Les affaires de ce genre se sont multipli&#233;es. Le 19 novembre 2019, le Quotidien du peuple relaie la pol&#233;mique en titrant : &#171; &lt;i&gt;La reconnaissance faciale provoque un d&#233;bat national &lt;/i&gt; &#187;. &#192; ce jour, le m&#233;tro de P&#233;kin n'a toujours pas adopt&#233; la reconnaissance faciale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#233;d&#233;ric Lema&#238;tre, &#171; Cinq ans dans la Chine de Xi Jinping, Tallandier &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'ai pu le v&#233;rifier sur place en octobre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au chapitre des pr&#233;jug&#233;s sur la Chine, l'id&#233;e que l'orthodoxie fait peser une chape de plomb sur la vie intellectuelle occupe &#233;galement une place de choix. Il suffit pourtant de consulter d'innombrables sources en ligne pour avoir la preuve du contraire. Depuis les ann&#233;es 1980, le d&#233;bat est permanent. Les lib&#233;raux forment un courant tr&#232;s influent dans le pays. Partisans enthousiastes des r&#233;formes &#233;conomiques, ils souhaitent l'extension du march&#233;, l'ouverture du capital financier et la poursuite d'une internationalisation dont ils esp&#232;rent qu'elle provoquera &#224; terme un changement syst&#233;mique. Les plus audacieux n'h&#233;sitent pas &#224; r&#233;clamer une &#233;volution institutionnelle qui rapprocherait la Chine des pays occidentaux. Contrairement aux lib&#233;raux, les nationalistes insistent sur les sp&#233;cificit&#233;s chinoises et se font les gardiens vigilants de la souverainet&#233; et de l'int&#233;grit&#233; nationales. Lors des crises r&#233;currentes provoqu&#233;es par la pr&#233;sence de forces a&#233;ronavales &#233;trang&#232;res aux portes de la Chine, ils sont les premiers &#224; pr&#244;ner la fermet&#233;. Face &#224; l'imp&#233;rialisme, la Chine doit d&#233;finitivement renoncer au profil bas et se pr&#233;parer &#224; une confrontation in&#233;vitable. De leur c&#244;t&#233;, les intellectuels n&#233;o-confuc&#233;ens pr&#233;conisent le retour aux valeurs traditionnelles et l'affirmation par la Chine de son identit&#233; culturelle. Ils l'invitent &#224; se ressourcer aux plus anciennes traditions pour retrouver confiance en elle-m&#234;me. Certains vont jusqu'&#224; pr&#244;ner l'instauration d'une &#171; religion civile &#187; destin&#233;e &#224; soutenir la coh&#233;sion de la soci&#233;t&#233;, malmen&#233;e par l'individualisme et le consum&#233;risme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Nouvelle Gauche, enfin, est apparue dans les ann&#233;es 1990 dans un climat intellectuel marqu&#233; par la r&#233;sistance au lib&#233;ralisme triomphant. Selon le discours dominant, la victoire de l'Occident dans la guerre froide signifiait que le capitalisme avait gagn&#233; et qu'il n'y avait pas d'autres options pour l'humanit&#233;. Pour de nombreux Chinois, cet affront &#233;tait d'autant plus intol&#233;rable que les r&#233;formes mena&#231;aient de sacrifier l'h&#233;ritage socialiste sur l'autel d'un d&#233;veloppement &#224; tout prix. Le &#171; socialisme &#224; la chinoise &#187; ne ressemblait-il pas &#233;trangement au capitalisme ? Il semblait mettre en p&#233;ril le parti, corrompu par les nouvelles possibilit&#233;s d'enrichissement priv&#233;. Allait-on abandonner &#224; son sort le peuple chinois, tandis que de nouvelles &#233;lites se partageraient le b&#233;n&#233;fice des r&#233;formes ? La r&#233;orientation de la strat&#233;gie de d&#233;veloppement en faveur des couches populaires, &#224; partir de 2002, a chang&#233; la donne. Les luttes ouvri&#232;res ont arrach&#233; des hausses de salaires cons&#233;quentes et de nouveaux droits pour les travailleurs. La ligne politique de Xi Jinping marque-t-elle un nouveau point d'inflexion ? Impitoyable, la lutte contre la corruption a montr&#233; que les puissants pouvaient encourir les foudres de la loi. L'&#233;radication de la pauvret&#233; extr&#234;me, la g&#233;n&#233;ralisation de la protection sociale et la mise au pas des grands groupes priv&#233;s illustrent la d&#233;termination des dirigeants &#224; r&#233;aliser la &#171; prosp&#233;rit&#233; commune &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi va la Chine, &#224; mille lieux de ce qu'on imagine en Occident. Poursuivant leur odyss&#233;e, les Chinois ne vont pas remplacer leur syst&#232;me par le syst&#232;me occidental. Il est admis depuis 1949 que le parti communiste est l'organe dirigeant de la soci&#233;t&#233; et qu'il en fixe les orientations politiques. Ce parti accepte le d&#233;bat interne mais il ne veut pas de concurrent externe. On peut le d&#233;plorer, mais c'est aux Chinois d'en d&#233;cider. Cette direction unifi&#233;e donne sa coh&#233;sion &#224; l'ensemble du syst&#232;me. Elle est jug&#233;e sur ses r&#233;sultats, conform&#233;ment &#224; une &#233;thique d'inspiration confuc&#233;enne o&#249; les dirigeants sont tenus de servir et non de se servir. Pour les Chinois, la soci&#233;t&#233; est premi&#232;re. La famille l'emporte sur les personnes, le clan sur la famille, la soci&#233;t&#233; sur les clans. Chaque personne est dans une relation de d&#233;pendance &#224; l'autre. La soci&#233;t&#233; est un ensemble de subordinations structurelles &#224; l'image de la nature, o&#249; la Terre est assujettie au Ciel. Participer &#224; l'effort collectif n'est pas une contrainte, mais une gratification. Tous les lundis, dans les &#233;tablissements scolaires, le directeur proc&#232;de &#224; la lev&#233;e des couleurs et tient un discours mobilisateur devant les &#233;l&#232;ves en rang et en uniforme, encadr&#233;s par leurs professeurs. L'ode au &#171; socialisme de la nouvelle &#232;re &#187; s'&#233;l&#232;ve dans l'air frais du matin devant les &#233;coliers sagement align&#233;s. Des formules moralisatrices comme &#171; sois civilis&#233;, sois studieux et appliqu&#233; &#187; ornent en gros caract&#232;res la cour de l'&#233;cole. Ce rituel mi-patriotique mi-p&#233;dagogique inaugure une longue journ&#233;e de travail o&#249; chacun s'efforcera de faire de son mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/bruno.guigue.10/posts/pfbid0jc4z9B7maq7TwGqL4XfTaUtwK6mQe66Qr71eJd941TombTE8EwZdZN81cLxZS4u7l&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Guigue&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;France, le 13 ao&#252;t 2024&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Bruno Guigue&lt;/strong&gt; est un ancien haut fonctionnaire, chercheur en philosophie politique et analyste politique fran&#231;ais. Normalien, &#233;narque promotion Jean Monnet 1990, aujourd'hui professeur de philosophie, auteur de plusieurs ouvrages. &lt;strong&gt;Twitter :&lt;/strong&gt; @bruguigue. &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Branko Milanovic&lt;/strong&gt;, &#171; In&#233;galit&#233;s mondiales &#8211; Le destin des classes moyennes, les ultra-riches et l'&#233;galit&#233; des chances &#187;, La D&#233;couverte, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Jean-Louis Rocca&lt;/strong&gt;, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/02/09/jean-louis-rocca-sociologue-c-est-en-evitant-la-question-politique-que-les-groupes-sociaux-en-chine-font-avancer-leurs-revendications_6215571_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;C'est en &#233;vitant la question politique que les groupes sociaux, en Chine, font avancer leurs revendications&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Le Monde, 9 f&#233;vrier 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Zhang Weiwei&lt;/strong&gt;, &#171; Il est tout &#224; fait possible de raconter l'histoire de la politique chinoise d'une mani&#232;re plus pr&#233;cise et passionnante &#187;, P&#233;kin tous les jours, 21 juin 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Louis Rocca, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Cai_Xia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cai Xia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &#171; Faire progresser la d&#233;mocratie constitutionnelle &#187;, Aisixiang, 30 mars 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Zhao Tingyang, &#171; Tianxia &#8211; tout sous le m&#234;me ciel &#187;, Cerf, 2018, p. 102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Cao Jinqing&lt;/strong&gt;, &#171; Un renouveau centenaire : le r&#233;cit historique et la mission du Parti communiste chinois &#187;, Observer, 7 mai 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Jiang_Shigong&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jiang Shigong&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &#171; Philosophie et histoire : une interpr&#233;tation de l'&#232;re Xi Jinping &#224; travers le rapport de Xi au XIXe Congr&#232;s du PCC &#187;, &#200;re ouverte, P&#233;kin, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Jean-Claude Delaunay&lt;/strong&gt;, &#171; Les trajectoires chinoises de modernisation et de d&#233;veloppement &#187;, Delga, 2018, p. 283.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lema&#238;tre&lt;/strong&gt;, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.arte.tv/fr/videos/116044-016-A/cinq-ans-dans-la-chine-de-xi-jinping-frederic-lemaitre/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cinq ans dans la Chine de Xi Jinping, Tallandier&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, 2024, p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le Fl&#233;au du Bien, les Etats-Unis d'Am&#233;rique</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Le-Fleau-du-Bien-les-Etats-Unis-d-Amerique</link>
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		<dc:creator>Bruno Guigue *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le Fl&#233;au du Bien, les Etats-Unis d'Am&#233;rique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Chine" rel="directory"&gt;Chine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le discours que les Etats-Unis tiennent sur eux-m&#234;mes depuis leur fondation, une chose est incontestable : c'est une nation exceptionnelle. Bush ou Obama, Trump ou Biden, rien n'y fait. Enfoui dans l'inconscient collectif, ce postulat identitaire traverse l'histoire. Comme un t&#233;moin qu'on se passe furtivement d'un pr&#233;sident &#224; l'autre, il demeure intact, immacul&#233; comme les Tables de la Loi. Car il est bel et bien de l'ordre de la structure, non de la conjoncture. La singularit&#233; des Etats-Unis, c'est qu'ils se croient d&#233;positaires &#224; vie d'un imperium plan&#233;taire. C'est qu'ils se projettent au-del&#224; des mers, au nom d'une vocation civilisatrice qui r&#233;v&#232;le surtout la haute id&#233;e qu'ils se font d'eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'est moins la&#239;que, et plus hostile &#224; la la&#239;cit&#233; bien comprise, que l'id&#233;ologie &#233;tasunienne. La nation d'exception drape son app&#233;tit de puissance dans les plis de la libert&#233;, de la d&#233;mocratie et des droits de l'Homme, en effet, comme si ces entit&#233;s abstraites figuraient des divinit&#233;s qu'elle avait pour mission de servir en pourfendant les m&#233;chants. Puisqu'elle est l'incarnation du Bien, le monde n'est-il pas &#224; sa disposition, objet passif de ses &#233;lans salvateurs ? Dispensatrice d'une justice immanente taill&#233;e &#224; sa mesure, la nation au &#171; destin manifeste &#187; ne fixe aucune limite &#224; son aura bienfaisante, car elle y voit la cons&#233;quence l&#233;gitime de sa sup&#233;riorit&#233; morale. Sa proximit&#233; avec le Bien sanctifiant sa puissance terrestre, elle pourchasse sans r&#233;pit les forces mal&#233;fiques et les immole en expiation de leurs crimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la campagne, Joseph Biden a promis qu'il en finirait avec les &#171; &lt;i&gt;dictateurs comme Castro et Poutine&lt;/i&gt; &#187;. Revendiquant son &#233;lection, il d&#233;clare que &#171; &lt;i&gt;les Etats-Unis sont pr&#234;ts &#224; diriger le monde&lt;/i&gt; &#187;. D&#232;s qu'un politicien s'installe &#224; la Maison Blanche, c'est plus fort que lui : il faut qu'il se mette &#224; r&#233;genter les affaires du monde, qu'il se coule dans le moule de la vocation plan&#233;taire de la nation providentielle. Washington vient d'accuser P&#233;kin de vouloir &#171; &lt;i&gt;dominer le monde&lt;/i&gt; &#187;, mais il faut &#234;tre frapp&#233; de c&#233;cit&#233; volontaire pour ne pas voir dans cette accusation une inversion maligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la conviction de l'&#233;lection divine, l'identification au Nouvel Isra&#235;l et le mythe ind&#233;crottable de la &#171; destin&#233;e manifeste &#187; d&#233;clinent, sur tous les tons, la pr&#233;tention ahurissante de l'oligarchie &#233;tasunienne &#224; se soumettre la plan&#232;te. Se consid&#233;rant comme le sel de la terre, les puritains avaient d&#233;j&#224; donn&#233; le signal de la conqu&#234;te des &#171; terres vierges &#187;, c'est-&#224;-dire du massacre &#224; grande &#233;chelle des Peaux-Rouges assimil&#233;s aux Canan&#233;ens et aux &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Amal%C3%A9cites&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Amal&#233;cites&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Tout ce qui vient de la nation &#233;lue de Dieu n'appartient-il pas derechef au camp du Bien ? Le succ&#232;s de la conqu&#234;te du Nouveau Monde, bient&#244;t vid&#233; de ses habitants, a persuad&#233; les Etasuniens qu'ils appartenaient au peuple &#233;lu. Elle leur a communiqu&#233; la conviction que leur puissance &#233;tait la r&#233;compense divine de leurs qualit&#233;s intrins&#232;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une auto-d&#233;signation comme incarnation du Bien qui a contribu&#233; &#224; accr&#233;diter l'id&#233;e, bien plus tard, que l'histoire trouvait sa fin avec l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique. Le triomphe des Etats-Unis r&#233;alisait ainsi la forme la plus aboutie de la d&#233;mocratie lib&#233;rale. Dans une majestueuse apoth&#233;ose, il donnait corps au sublime id&#233;al de l'&#233;conomie de march&#233;. Avec le triomphe de la d&#233;mocratie lib&#233;rale, la r&#233;publique universelle, enfin, se profile &#224; l'horizon. Ce paradis d&#233;mocratique, dispensateur de ses bienfaits &#224; la plan&#232;te enti&#232;re, qui d'autre que l'Etats-Unis pourrait l'incarner ? Ses exploits accomplissent le dessein divin, et la providence conduit au triomphe du Bien sous le regard &#233;bloui des peuples reconnaissants. &#171; Lumi&#232;re des nations &#187;, les Etats-Unis d'Am&#233;rique les guide avec fermet&#233; vers la Terre promise d'un monde r&#233;concili&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frappante, chez les Etasunien, est la fa&#231;on dont leur bonne conscience co&#239;ncide avec leur d&#233;labrement. Le PIB par habitant est colossal, mais 20% de la population croupit dans la pauvret&#233;. La violence r&#232;gne, et les d&#233;tenus am&#233;ricains repr&#233;sentent 25% des prisonniers de la plan&#232;te. Plus de 30% de la population est frapp&#233;e par l'ob&#233;sit&#233;, et la crise sanitaire fait des ravages. L'esp&#233;rance de vie est pass&#233;e derri&#232;re celle des Cubains. Mais ces p&#233;rip&#233;ties sont de mesure nulle devant l'essentiel, et le r&#233;el a l'obligeance de se faire discret. Moralement parfaite, une &#171; Am&#233;rique &#187; imaginaire se pr&#233;sente alors comme un syst&#232;me achev&#233;, effa&#231;ant toute trace de contradiction et envisageant l'avenir avec confiance. C'est &#233;trange, mais m&#234;me pour &#233;voquer les catastrophes dont ils sont responsables, les dirigeants de ce pays ont toujours le sourire. Lire aussi Joe Biden &#233;coute le g&#233;n&#233;ral &#224; la retraite &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Lloyd_Austin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lloyd Austin&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pressenti au poste de secr&#233;taire &#224; la D&#233;fense &#224; son si&#232;ge de transition &#224; Wilmington, Delaware, Etats-Unis, le 9 d&#233;cembre 2020. Guerres d'Irak et d'Afghanistan, lobby pro-armement : Lloyd Austin, nouveau &#171; faucon &#187; du Pentagone ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nation exceptionnelle, il est vrai, exerce ses effets bienfaisants quoiqu'il advienne. Parce que les Etats-Unis est vou&#233;e par d&#233;cret divin &#224; devenir l'empire des temps derniers, son futur et son pr&#233;sent sont d&#233;j&#224; compris dans son origine. Investie d'une mission plan&#233;taire, elle accueille sa &#171; destin&#233;e manifeste &#187; en un geste salvateur qui d&#233;fie l'espace et le temps. C'est pourquoi une narration &#233;difiante ne cesse d'exalter son g&#233;nie. R&#233;&#233;crivant sa propre histoire &#224; la fa&#231;on d'une histoire sainte, les Etats-Unis d'Am&#233;rique percute le droit international avec le droit divin. Le nationalisme US n'est pas un nationalisme ordinaire : il traduit l'orgueil d'une puissance qui postule sa co&#239;ncidence avec l'ordre voulu par le Cr&#233;ateur. Des P&#232;res fondateurs quittant l'Europe pour fonder une soci&#233;t&#233; vertueuse aux victoires h&#233;ro&#239;ques remport&#233;es sur les forces du mal, l'histoire US est plus qu'une histoire : c'est la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parousie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;parousie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;du Bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triomphe irr&#233;sistible des Etats-Unis d'Am&#233;rique, d&#232;s lors, n'est rien moins que la recr&#233;ation miraculeuse du paradis perdu. Mais pour accomplir sa mission, la puissance bienfaitrice compose aussi avec l'enfer. Les forces mal&#233;fiques, les r&#233;calcitrants, les rebelles &#224; l'ordre imp&#233;rial voulu par Dieu, il faut les soumettre &#224; l'&#233;preuve du feu, &#224; la robuste p&#233;dagogie du tapis de bombes et &#224; la didactique virile des supplices &lt;i&gt;Made in CIA&lt;/i&gt;. La guerre men&#233;e au nom du Bien est r&#233;gie par un principe auquel elle ne d&#233;roge jamais : c'est un produit d'exportation. On introduit la violence dans les autres pays comme on y exporte des marchandises. Cette guerre de l'Occident salvateur vassalis&#233; par Washington est la poursuite de la politique par d'autres moyens, comme disait Clausewitz. Mais qu'elle frappe des populations ou des Etats, c'est surtout une guerre morale, propre, chirurgicale, celle que l'on m&#232;ne contre la &#171; barbarie &#187; et la &#171; dictature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forme paroxystique du rapport Nord-Sud, m&#233;taphore sanglante du d&#233;veloppement in&#233;gal, elle frappe au dehors, jamais au-dedans du monde &#171; civilis&#233; &#187;. Reproduisant la dualit&#233; du monde, elle &#233;pouse docilement la fracture plan&#233;taire. Guerre des riches contre les pauvres, elle est &#224; l'image de ces chapelets de bombes largu&#233;s sur les Cor&#233;ens, les Vietnamiens, les Cambodgiens, les Laotiens, les Irakiens, les Palestiniens, les Syriens, les Libyens, les Afghans, les Y&#233;m&#233;nites. Son symbole, c'est le B 52, le napalm, le chasseur F-15, le missile Tomawhak, le drone Predator, toute cette machinerie sophistiqu&#233;e de la mort administr&#233;e &#224; distance, sans risque, sans faux frais pour les ex&#233;cutants de la punition venue du ciel. C'est aussi la guerre par procuration, l'embargo, le blocus, la guerre &#233;conomique, la d&#233;stabilisation insidieuse, l'action clandestine, les coups d'Etat foment&#233;s par la CIA, la manipulation de la terreur, les &lt;i&gt;Freedom Fighters&lt;/i&gt; du djihad global et du takfir sponsoris&#233;, toutes ces guerres du &#171; monde libre &#187; dont les d&#233;mocraties sont friandes, sous la conduite d'un empire qui se prend pour la puissance vengeresse. L'USAm&#233;rique, c'est le Fl&#233;au du Bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno Guigue*&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;https://francais.rt.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;RT&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://francais.rt.com/opinions/81657-le-fleau-du-bien-par-bruno-guigue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;RT&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; Paris, le 12 d&#233;c. 2020&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Comment les Chinois ont agrandi la Grande Muraille </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Comment-les-Chinois-ont-agrandi-la-Grande-Muraille</link>
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		<dc:date>2020-10-08T07:45:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Guigue *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Comment les Chinois ont agrandi la Grande Muraille. Pas un jour sans que la Chine ne soit dans le collimateur de ce que l'Occident pr&#233;tendument civilis&#233; compte de m&#233;dias &#171; main stream &#187;, de &#171; think tanks &#187; et d'officines de propagande en tous genres... Bruno Guige&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Chine" rel="directory"&gt;Chine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pas un jour sans que la Chine ne soit dans le collimateur de ce que l'Occident pr&#233;tendument civilis&#233; compte de m&#233;dias &#171; &lt;i&gt;main stream&lt;/i&gt; &#187;, de &#171; &lt;i&gt;think tanks&lt;/i&gt; &#187; et d'officines de propagande en tous genres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Adopt&#233; par une commission de la Chambre des repr&#233;sentants, un r&#233;cent rapport du Congr&#232;s des &#201;tats-Unis, par exemple, reprend les accusations habituelles contre la Chine et invite les agences de renseignement &#224; unir leurs efforts pour lutter contre cette nouvelle menace. &#171; Si nous nous inclinons maintenant, nos petits-enfants seront &#224; la merci du Parti communiste chinois, dont les actes constituent le premier d&#233;fi du monde libre &#187;, avait d&#233;j&#224; d&#233;clar&#233; le secr&#233;taire d'&#201;tat Mike Pompeo, de son c&#244;t&#233;, le 24 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos petits-enfants ? Pauvres gosses ! On les a pr&#233;venus, au moins, que des hordes de jaunes assoiff&#233;s de sang allaient bient&#244;t d&#233;barquer pour les d&#233;vorer tout crus ? Apr&#232;s avoir extermin&#233; les Ou&#239;ghours et revendu leurs organes au rayon boucherie des supermarch&#233;s, ils vont faire pareil avec les Etasuniens, c'est s&#251;r. Terrifiante, abominable, cette Chine communiste ! Nouvel empire du Mal, elle &#233;tend son emprise d&#233;moniaque sur le monde libre. Elle tisse sa toile, m&#233;ticuleusement, pour prendre au pi&#232;ge de pauvres Occidentaux qui ne demandaient qu'&#224; vivre en paix et en d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi va le monde fictif forg&#233; par &lt;i&gt;homo occidentalis&lt;/i&gt; pour les besoins de sa cause perdue ! Servie matin, midi et soir, par les rotatives de la d&#233;sinformation m&#233;diatique, la narration dominante impute &#224; la puissance montante tous les fantasmes qui gangr&#232;nent le cerveau malade de celui qui voit le sol se d&#233;rober sous ses pieds. Quelle blessure narcissique, en effet, de sentir qu'on n'est plus le ma&#238;tre du monde, et que les ex-colonis&#233;s ne baissent plus les yeux devant les fiers repr&#233;sentants de la race sup&#233;rieure ! En 1945, les USA repr&#233;sentaient 50% du PIB mondial, et Washington d&#233;tenait 70% de l'or du monde. Aujourd'hui, en parit&#233; de pouvoir d'achat, les &#201;tats-Unis sont derri&#232;re la Chine et ils croulent sous les dettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens, on comprend cette amertume qui taraude les dirigeants de la &#171; nation exceptionnelle &#187; &#224; l'&#233;gard de son grand rival asiatique. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, avec Bill Clinton, les petits g&#233;nies de Washington avaient mis&#233; sur l'int&#233;gration &#233;conomique de la Chine en esp&#233;rant qu'elle pr&#233;cipiterait sa d&#233;composition politique. Soumise &#224; la loi fix&#233;e par des multinationales brandissant la banni&#232;re &#233;toil&#233;e, la Chine devait accomplir la proph&#233;tie du n&#233;olib&#233;ralisme en levant le dernier obstacle &#224; la domination du capital mondialis&#233;. L'inverse a eu lieu : P&#233;kin a utilis&#233; les multinationales pour acc&#233;l&#233;rer sa mue technologique et a ravi &#224; Washington la place de leader de l'&#233;conomie mondiale. L&#233;nine, pourtant, avait annonc&#233; la couleur : &#171; Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle on les pendra. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de son histoire mouvement&#233;e, la R&#233;publique populaire de Chine en a vu d'autres, et elle n'a pas l'intention de renoncer &#224; un syst&#232;me original dont le r&#233;glage a n&#233;cessit&#233; beaucoup d'efforts. Les pseudo-experts occidentaux nous le r&#233;p&#232;tent bien assez : les Chinois font semblant d'&#234;tre d'accord avec nous, mais en fait ils n'ont pas chang&#233;, ils ont conserv&#233; leurs entreprises publiques, ils contr&#244;lent les fluctuations de leur monnaie, les banques chinoises ob&#233;issent au gouvernement, et ce dernier planifie le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie comme au temps de Mao. Bref, c'est affreux, mais tout se passe, en d&#233;pit des apparences, comme si les Chinois &#233;taient toujours communistes. Pas faux, et d'ailleurs on voit le r&#233;sultat. Alors que la Chine a quasiment &#233;radiqu&#233;, sur son territoire, le virus responsable d'une pand&#233;mie qui a d&#233;j&#224; fait un million de morts au plan mondial, les &#201;tats-Unis, qui en comptent 205 000, ont r&#233;cemment appris que leur pr&#233;sident et son &#233;pouse avaient contract&#233; la maladie. Il est vrai qu'au moment o&#249; Xi Jinping paraissait masqu&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision chinoise pour appeler &#224; la mobilisation g&#233;n&#233;rale contre le &#171; nouveau d&#233;mon &#187; et engageait une politique dont le succ&#232;s &#233;clate &#224; la face enfarin&#233;e de ses d&#233;tracteurs occidentaux, Trump et ses homologues persistaient &#224; nier la gravit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne et comptaient sur l'immunit&#233; collective pour faire le m&#233;nage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, ce contraste entre irresponsabilit&#233; occidentale et responsabilit&#233; chinoise fait penser au sc&#233;nario de la pr&#233;c&#233;dente crise &#233;conomique. Face au chaos financier provoqu&#233; par des ann&#233;es de d&#233;r&#233;gulation n&#233;olib&#233;rale et de rapacit&#233; boursi&#232;re, Washington affecta de r&#233;guler la finance. Prisonnier de l'oligarchie bancaire, le pouvoir se contenta en fait de creuser le d&#233;ficit public pour renflouer les banques priv&#233;es, y compris celles qui &#233;taient responsables, par leur cupidit&#233; sans bornes, du marasme g&#233;n&#233;ral. De son c&#244;t&#233;, P&#233;kin a fait &#224; peu pr&#232;s le contraire : l'&#201;tat a consenti des investissements massifs dans les infrastructures publiques. Ce faisant, il a am&#233;lior&#233; les conditions de vie du peuple chinois tout en soutenant la croissance mondiale, sauv&#233;e du plongeon auquel la promettait la rapacit&#233; de &lt;i&gt;Wall Street&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse de la crise financi&#232;re de 2008 ou de la crise sanitaire de 2020, le bilan comparatif est donc le m&#234;me : incurie &#233;tasunienne, efficacit&#233; chinoise. Mais encore faut-il faire la part, dans cette incurie, du cynisme de classe. Car l'incapacit&#233; de Washington &#224; juguler les effets d&#233;l&#233;t&#232;res de la cupidit&#233; financi&#232;re n'&#233;tait pas fortuite, ni involontaire. Pas plus que son affligeante nullit&#233; dans la gestion de la crise sanitaire en cours n'est le fruit du hasard. Apr&#232;s tout, l'oligarchie au pouvoir s'est content&#233;e de suivre son instinct de classe : &#224; quoi bon, en effet, voler au secours de ces perdants, de ces &#171; &lt;i&gt;losers&lt;/i&gt; &#187; dont on sait le sort que leur r&#233;serve la &#171; &lt;i&gt;morale&lt;/i&gt; &#187; capitaliste au paradis de la libert&#233; d'entreprise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, ce sont les pauvres qui paieront les pots cass&#233;s : comme les m&#233;nages endett&#233;s jusqu'au cou arnaqu&#233;s par les banques, les victimes pauvres, &#226;g&#233;es et souvent afro-am&#233;ricaines d'une pand&#233;mie prise &#224; la l&#233;g&#232;re, &#224; leur tour, passeront par pertes et profits d'une politique qui sert d'autres int&#233;r&#234;ts. Valeurs occidentales contre valeurs chinoises ? Faites la comparaison si vous voulez, mais faites-la vite, au pas de course, pour &#233;viter les mauvaises surprises et les r&#233;visions d&#233;chirantes. On dira ce qu'on voudra du syst&#232;me chinois, mais il s'av&#232;re qu'il s'est pr&#233;occup&#233; de la sant&#233; publique avec davantage de s&#233;rieux que nous, comme il a g&#233;r&#233; les cons&#233;quences de la crise financi&#232;re avec un sens de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral inconnu de nos pr&#233;tendues d&#233;mocraties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce double succ&#232;s devrait donner &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; ceux qui n'ont pas encore r&#233;solu d'enfouir leur t&#234;te dans le sable. Un syst&#232;me qui r&#233;agit &#224; la crise &#233;conomique en privil&#233;giant les &#233;quipements publics, et qui g&#232;re la crise pand&#233;mique en privil&#233;giant la sant&#233; publique, m&#233;rite beaucoup mieux qu'un d&#233;luge de poncifs et de calomnies. Cerise sur le g&#226;teau : dans ses derni&#232;res pr&#233;visions, l'OCDE affirme que la Chine est le seul pays industrialis&#233; &#224; conna&#238;tre la croissance en 2020 (+1,8%), tous les autres pays se trouvant dans le rouge, et qu'elle aura un taux de 8% en 2021. Sauver, &#224; la fois, l'&#233;conomie du pays et l'esp&#233;rance de vie des plus vuln&#233;rables, c'est quand m&#234;me autre chose que laisser crever les vieux et subir une r&#233;cession sans pr&#233;c&#233;dent. Ainsi, de 2008 &#224; 2020, la grande muraille s'est agrandie de deux tours de guet suppl&#233;mentaires. Mais la cause est entendue : seul un r&#233;gime abominable est capable d'une telle performance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno Guige*&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;https://francais.rt.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;RT.Fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://francais.rt.com/opinions/79431-comment-chinois-ont-agrandi-grande-muraille-par-bruno-guigue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;RT.Fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 7 octobre 2020&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Bruno Guige&lt;/strong&gt; Ex-haut fonctionnaire est un ancien &#233;l&#232;ve de l'Ecole normale sup&#233;rieure (Ulm) et de l'Ecole nationale d'administration. Chercheur en philosophie politique, analyste politique et observateur de la vie internationale, il est l'auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles. Il est actuellement enseignant &#224; l'Universit&#233; de La R&#233;union. Dernier titre paru : &#171; La fable du lib&#233;ralisme qui sauve le monde &#187;, publi&#233; aux Editions Delga en 2019.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>March&#233; ou Confucius pour la societ&#233;</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Marche-ou-Confucius-pour-la-societe</link>
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		<dc:creator>Bruno Guigue *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;March&#233; ou Confucius pour la soci&#233;t&#233;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/France" rel="directory"&gt;France&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il va tout de m&#234;me falloir se demander pourquoi les pays d'Asie, dans l'ensemble, font face &#224; la pand&#233;mie avec davantage d'efficacit&#233; que les pays occidentaux. Les raisons en sont politiques, bien s&#251;r, les &#201;tats socialistes comme la Chine et le Vietnam &#233;tant de loin ceux qui s'en sortent le mieux. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'ils ont pris la mesure du ph&#233;nom&#232;ne avant les autres, et que l'&#201;tat a refus&#233; d'arbitrer entre sauver des vies et sauver des points de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les pays capitalistes pr&#244;nent l'immunit&#233; collective, c'est-&#224;-dire l'euthanasie des faibles et des vieux, comme l'a avou&#233; le vice-gouverneur du Texas, v&#233;ritable g&#233;nie politique qui s'est fait le porte-parole du malthusianisme n&#233;olib&#233;ral et le digne h&#233;ritier spirituel de Jacques Attali, chantre de l'euthanasie des anciens et de la soci&#233;t&#233; sans retraite. Au moins c'est clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la politique n'explique pas tout, du moins en Asie, et c'est ce que montre le d&#233;bat sur le port du masque. Ce qui est fascinant, en effet, c'est sa dimension anthropologique. Car cet ustensile, comme on le sait, n'a aucun int&#233;r&#234;t imm&#233;diat pour l'individu qui le porte. Il ne sert pas &#224; se prot&#233;ger, mais &#224; prot&#233;ger les autres. C'est pourquoi on l'utilise depuis longtemps dans les pays de tradition confuc&#233;enne. En Chine, au Vietnam, et dans les pays d'Asie marqu&#233;s par cette conception &#233;thique vieille de 2500 ans, la collectivit&#233; prime sur l'individu. Ou plut&#244;t, l'individu n'existe que comme produit social. Comme dit le philosophe chinois Zhao Tingyang, &#171; &lt;i&gt;la coexistence pr&#233;c&#232;de l'existence&lt;/i&gt; &#187;. Autrement dit, l'&#234;tre n'est pas substance mais relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends d&#233;j&#224; les cris d'horreur des individualistes forcen&#233;s et des libertaires de tous poils, mais ce n'est pas parce qu'ils croient &#224; des chim&#232;res que le r&#233;el va se plier &#224; leurs d&#233;sirs. Car si l'individu se croit libre, il n'existe en r&#233;alit&#233; que comme tissu de relations sociales, la qualit&#233; de son existence individuelle d&#233;pendant de la qualit&#233; de ses relations sociales et de rien d'autre. Marx l'avait d'ailleurs remarquablement mis en lumi&#232;re, mais on ne va quand m&#234;me pas demander de lire l'auteur du Capital aux bobos parisiens [ou autres] qui croient accomplir un acte r&#233;volutionnaire en bravant l'interdiction de sortir de chez soi pour danser sur Dalida. C'est peine perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier aspect de la question, et peut-&#234;tre le plus important, c'est la dimension rituelle du port du masque, comme illustration de ce dont les soci&#233;t&#233;s asiatiques sont capables, et dont nous sommes, nous, incapables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rite, dans l'&#233;thique confuc&#233;enne, n'est pas un geste purement formel que l'on accomplit par une sorte de soumission aveugle &#224; des r&#232;gles surann&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Les rites&lt;/i&gt;, dit Confucius, &lt;i&gt;c'est ce qui met de l'ordre dans ce qu'on fait&lt;/i&gt; &#187;. La ritualisation de la vie sociale a pour vertu de discipliner les comportements en regard du bien commun, elle &#233;duque, oriente et civilise. Ce n'est pas un hasard, non plus, si les rites s'ordonnent &#224; cette conception fondamentale de la soci&#233;t&#233; chinoise comme &#233;largissement de la famille, noyau et paradigme de toutes les relations inter-humaines, et si de cette conception le culte des anc&#234;tres est la source vive, celle qui relie entre elles, d'un fil invisible, les g&#233;n&#233;rations successives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse du culte des anc&#234;tres, des liturgies fun&#233;raires, des f&#234;tes familiales, sociales ou patriotiques, la forme des rites est inculqu&#233;e aux individus pour les mettre en capacit&#233; de remplir leurs obligations. Le ritualisme repose sur cette id&#233;e, tr&#232;s profonde, que la bonne conduite ne peut venir que de pratiques r&#233;p&#233;t&#233;es. Comme le respect d&#251; aux anciens, dont il est la cons&#233;quence logique puisqu'il s'agit de prot&#233;ger nos a&#238;n&#233;s, le port du masque fait partie de ces rituels sociaux qui signalent une collectivit&#233; responsable. Les soci&#233;t&#233;s asiatiques ont fait ce choix depuis longtemps. A nous de faire les n&#244;tres, en nous demandant si nous voulons une soci&#233;t&#233; qui euthanasie les anciens ou une soci&#233;t&#233; qui les honore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Attali ou Confucius.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno Guigue*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://oumma.com/attali-ou-confucius/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Oumma&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 2 mai 2020.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;strong&gt;Bruno Guigue&lt;/strong&gt; est un ancien haut fonctionnaire, chercheur en philosophie politique et analyste politique fran&#231;ais. Normalien, &#233;narque promotion Jean Monnet 1990, aujourd'hui professeur de philosophie, auteur de plusieurs ouvrages, dont &#171; &lt;i&gt;Aux origines du conflit isra&#233;lo-arabe, l'invisible remords de l'Occident&lt;/i&gt; &#187; (L'Harmattan, 2002). @bruguigue. &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un peuple d&#233;sarm&#233; sera toujours vaincu</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Un-peuple-desarme-sera-toujours-vaincu</link>
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		<dc:date>2019-11-26T15:08:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Guigue *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Un peuple d&#233;sarm&#233; sera toujours vaincu.Face &#224; des loups, ne jamais faire l'agneau. &#171; L'Etat, disait Gramsci, c'est l'h&#233;g&#233;monie cuirass&#233;e de coercition &#187;, c'est-&#224;-dire l'id&#233;ologie dominante appuy&#233;e sur la force militaire, et r&#233;ciproquement...Bruno Guige&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Fil-rouge" rel="directory"&gt;Fil rouge&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chercheur en philosophie politique et analyste des relations internationales, Bruno Guigue revient sur les &#233;v&#233;nements qui ont conduit &#224; la d&#233;mission du pr&#233;sident bolivien Evo Morales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La R&#233;publique espagnole croyait &#224; la d&#233;mocratie parlementaire, et Franco a instaur&#233; sa dictature. Salvador Allende croyait &#224; la d&#233;mocratie parlementaire, et on a eu Pinochet. Evo Morales croyait &#224; la d&#233;mocratie parlementaire, et un coup d'Etat l'a chass&#233; du pouvoir. Illustrations parmi tant d'autres d'une loi de l'histoire : face &#224; des loups, ne jamais faire l'agneau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les exp&#233;riences pr&#233;c&#233;dentes, celle de Morales n'&#233;tait pas sans d&#233;fauts, mais elle &#233;tait prometteuse. Aucun gouvernement latinoam&#233;ricain, dans la p&#233;riode r&#233;cente, n'avait obtenu de tels r&#233;sultats : forte croissance, redistribution des richesses, recul spectaculaire de la pauvret&#233;. La Bolivie est le pays d'Am&#233;rique latine qui a la plus faible proportion d'illettr&#233;s apr&#232;s Cuba et le Venezuela. Or ces avanc&#233;es sociales, fond&#233;es sur la nationalisation des compagnies gazi&#232;res, sont pr&#233;cis&#233;ment ce qui a scell&#233; le sort d'Evo Morales. Un pr&#233;sident indig&#232;ne qui travaille pour les humbles, voil&#224; le scandale auquel il fallait mettre un terme. Assoiff&#233;e de vengeance, la bourgeoisie bolivienne a r&#233;ussi &#224; interrompre une exp&#233;rience progressiste soutenue par les couches populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce triomphe provisoire de la r&#233;action suscite &#233;videmment des questions redoutables. Comment le gouvernement l&#233;gal de ce pays a-t-il pu subir, en toute impunit&#233;, l'incendie des maisons de ses propres ministres ? Comment le pr&#233;sident &#233;lu de cet Etat souverain a-t-il d&#251; quitter le pays, visiblement sous la menace ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, la r&#233;ponse saute aux yeux : cette humiliation du pouvoir l&#233;gitime par les bandes factieuses n'a &#233;t&#233; possible que parce qu'il &#233;tait d&#233;sarm&#233;. Les chefs de la police et de l'arm&#233;e boliviennes, d&#251;ment form&#233;s &#224; &#171; &lt;i&gt;l'Ecole des Am&#233;riques&lt;/i&gt; &#187;, ont trahi le pr&#233;sident socialiste. Ils ont cautionn&#233; le coup d'Etat perp&#233;tr&#233; par la s&#233;natrice d'un petit parti d'extr&#234;me droite qui s'est autoproclam&#233;e pr&#233;sidente, brandissant une Bible de dix kilos, devant une assembl&#233;e sans quorum ! Le pr&#233;sident l&#233;gitime Evo Morales a pr&#233;f&#233;r&#233; l'exil &#224; l'effusion de sang, et ce choix est respectable. Mais il ne dispense pas d'une r&#233;flexion sur les conditions de l'exercice du pouvoir lorsqu'on entend changer la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contraste avec le Venezuela est frappant. Tent&#233; &#224; Caracas, le m&#234;me sc&#233;nario a &#233;chou&#233; lamentablement. Malgr&#233; la crise &#233;conomique qui frappe le pays, l'arm&#233;e v&#233;n&#233;zu&#233;lienne a r&#233;sist&#233; aux menaces et aux tentatives de corruption inou&#239;es en provenance de Washington. Cette fid&#233;lit&#233; de l'appareil militaire &#224; la R&#233;publique bolivarienne est le mur qu'elle dresse contre les men&#233;es imp&#233;rialistes. Mais elle n'est pas le fruit du hasard : militaire chevronn&#233;, Chavez a tout fait pour rallier l'arm&#233;e, et Maduro a retenu la le&#231;on. Le patriotisme anti-imp&#233;rialiste est le ciment id&#233;ologique de la r&#233;volution bolivarienne. Appuy&#233;e par une milice populaire d'un million de membres, cette force arm&#233;e &#233;duqu&#233;e aux valeurs progressistes prot&#232;ge la R&#233;publique. C'est pourquoi la bourgeoisie inf&#233;od&#233;e &#224; Washington a tent&#233; d'assassiner Maduro, apr&#232;s avoir voulu le renverser lors d'une tentative de putsch grand-guignolesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parvenir &#224; ses fins en politique, disait Machiavel, il faut &#234;tre &#224; la fois &#171; &lt;i&gt; lion et renard&lt;/i&gt; &#187;, faire usage de la force et de la ruse en fonction des circonstances. Mais pour faire usage de la force, encore faut-il en avoir. Aussi positive soit-elle pour la majorit&#233; de la population, une politique progressiste suscite toujours la haine recuite des poss&#233;dants. Cette haine de classe, v&#233;ritable passion triste des privil&#233;gi&#233;s cramponn&#233;s &#224; leur pr&#233;bendes, ne tarira jamais. Il faut le savoir, et se donner les moyens de l'emp&#234;cher de nuire. Dans les conditions effectives du combat politique, ce qui d&#233;termine l'issue finale n'est pas la puret&#233; des intentions, mais le rapport de forces. Face &#224; la coalition de la bourgeoisie locale et de l'imp&#233;rialisme, les progressistes n'ont pas le choix des armes : il faut qu'ils les prennent, l'id&#233;al &#233;tant &#233;videmment de ne pas avoir &#224; s'en servir, en comptant sur la faible propension de l'adversaire au suicide h&#233;ro&#239;que. Pour exercer cet effet dissuasif, il faut avoir des milliers de volontaires lourdement arm&#233;s et pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre la r&#233;volution au p&#233;ril de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute un effet collat&#233;ral de la passion de la gauche contemporaine pour les &#233;lections, mais il semble qu'on ait oubli&#233; la formule de Mao : &#171; &lt;i&gt;Le pouvoir est au bout du fusil&lt;/i&gt;. &#187; La na&#239;vet&#233; devant la cruaut&#233; du monde m&#232;ne rarement au succ&#232;s, et le d&#233;sarmement unilat&#233;ral est une forme d'immolation volontaire. On a sa conscience pour soi puisqu'on rejette la violence, mais cette noble attitude a pour inconv&#233;nient de r&#233;duire consid&#233;rablement son esp&#233;rance de vie. Si l'on veut inscrire son action dans les faits, et rester en vie pour y parvenir, il vaut mieux renoncer &#224; la &#171; &lt;i&gt;vision morale du monde&lt;/i&gt; &#187;, comme disait Hegel, et regarder la r&#233;alit&#233; en face. Le pacifisme dissuade rarement la b&#234;te f&#233;roce, et il n'y a pas de b&#234;te plus f&#233;roce que cette b&#234;te humaine qu'est la classe dominante &#233;branl&#233;e dans son assise mat&#233;rielle, min&#233;e par la trouille de perdre ses avantages, et pr&#234;te &#224; tout ensevelir pour &#233;chapper au tribunal de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans armes, le peuple sera toujours vaincu, et ce n'est pas un hasard si les seules exp&#233;riences r&#233;volutionnaires ayant abouti &#224; une transformation effective de la soci&#233;t&#233; ont doubl&#233; l'outil politique d'un outil militaire. On peut toujours discuter de la nature et des limites de cette transformation. Mais si la R&#233;volution fran&#231;aise a mobilis&#233; les soldats de l'An II, Si Toussaint Louverture, qui a conduit la premi&#232;re insurrection victorieuse d'esclaves noirs aux colonies, &#233;tait d'abord un g&#233;n&#233;ral de la R&#233;volution, si la R&#233;volution russe a cr&#233;&#233; l'Arm&#233;e rouge, qui a vaincu les Blancs soutenus par quatorze nations imp&#233;rialistes, puis les hordes hitl&#233;riennes &#224; l'issue d'un combat titanesque, si la R&#233;volution chinoise doit son succ&#232;s en 1949 aux victoires militaires de Zhu De autant qu'aux id&#233;es de Mao, si la R&#233;publique socialiste du Vietnam a fini par vaincre l'appareil militaire des Etats-Unis, si le socialisme cubain doit sa survie &#224; la victoire inaugurale contre l'imp&#233;rialisme remport&#233;e en 1961 &#224; la Baie des Cochons, c'est qu'il y a une constante v&#233;rifi&#233;e par l'exp&#233;rience historique : des armes, oui, ou la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si seulement l'on pouvait s'en passer, bien s&#251;r, on le ferait. Mais le camp adverse laisse-t-il le choix ? Ceux qui &#224; Washington sabotent l'&#233;conomie des pays en d&#233;veloppement qui cherchent &#224; s'&#233;manciper de la tutelle occidentale, leur infligent des embargos meurtriers, financent des bandes factieuses, manipulent des opposants fantoches, importent le chaos et la terreur, ces b&#234;tes f&#233;roces laissent-elles le choix &#224; leurs victimes ? Si Cuba socialiste ne s'&#233;tait pas mur&#233;e dans la d&#233;fense intransigeante des acquis de la r&#233;volution, si Castro n'avait pas tu&#233; dans l'&#339;uf toute vell&#233;it&#233; d'opposition manipul&#233;e par la CIA, le peuple cubain aurait-il aujourd'hui le meilleur syst&#232;me de sant&#233; et le meilleur syst&#232;me &#233;ducatif d'Am&#233;rique Latine ? En r&#233;alit&#233;, la voie &#233;lectorale choisie par les partis progressistes est honorable, mais elle se heurte aux contradictions de la d&#233;mocratie formelle. Il est na&#239;f de croire que l'on va transformer la soci&#233;t&#233; en obtenant une majorit&#233; parlementaire. Car dans les conditions objectives qui sont celles d'une soci&#233;t&#233; capitaliste, la partie n'est pas loyale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait bien que la bourgeoisie contr&#244;le l'&#233;conomie et a la main sur les m&#233;dias, mais on pense qu'on va convaincre le peuple de se rallier au socialisme. On mise alors sur le d&#233;vouement des militants pour contrebalancer l'influence des riches qui poss&#232;dent les moyens d'information et corrompent des pans entiers de la soci&#233;t&#233; pour asseoir leur domination. Mais peut-on citer un seul endroit o&#249; ce sc&#233;nario idyllique s'est jamais r&#233;alis&#233; ? Cette noble d&#233;marche rel&#232;ve d'une croyance na&#239;ve &#224; l'objectivit&#233; du jeu d&#233;mocratique en pays capitaliste. Cette fable est &#224; la politique ce que le roman &#224; l'eau de rose est &#224; la litt&#233;rature. Car pour &#233;branler le pouvoir de la classe dominante, il faut d'abord accepter d'&#234;tre minoritaire, puis &#233;largir sa base sociale en nouant des alliances, enfin frapper le fer tant qu'il est chaud. La comp&#233;tition &#233;lectorale est l'un des instruments de la conqu&#234;te du pouvoir, mais il n'est pas le seul. Et l'armement des classes populaires, pour un mouvement r&#233;ellement progressiste, n'est pas une option parmi d'autres, c'est une condition de survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constitution de cette force arm&#233;e populaire ne servirait &#224; rien, toutefois, si l'on ne s'attaquait pas d'embl&#233;e aux sources de l'ali&#233;nation : les m&#233;dias de masse. Apparemment, la plupart des m&#233;dias boliviens appartiennent encore &#224; la bourgeoisie-colon. Autant jouer aux cartes en acceptant de confier tous les atouts &#224; la partie adverse ! Or poser la question de la propri&#233;t&#233; des moyens d'information, c'est aussi poser la question de la propri&#233;t&#233; des moyens de production, les m&#233;dias n'&#233;tant en r&#233;alit&#233; que les moyens de production de l'information. Pour inverser le rapport de forces, et assurer le succ&#232;s de la transformation sociale, on ne peut donc &#233;viter d'arracher les moyens de production, y compris les moyens de production de l'information, des mains de la classe dominante. Faute d'atteindre ce point de bascule, l'&#233;chec est assur&#233;. &#171; &lt;i&gt;L'Etat, disait Gramsci, c'est l'h&#233;g&#233;monie cuirass&#233;e de coercition&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire l'id&#233;ologie dominante appuy&#233;e sur la force militaire, et r&#233;ciproquement. C'est tout aussi vrai d'un Etat populaire, dont la conqu&#234;te par les forces progressistes vise &#224; transformer la soci&#233;t&#233; au profit des humbles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno Guige*&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;https://francais.rt.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;RT France&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://francais.rt.com/opinions/68090-un-peuple-desarme-sera-toujours-vaincu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;RT France&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 18 novembre 2019&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruno_Guigue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Bruno Guigue&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ancien &#233;l&#232;ve de l'&#201;cole normale sup&#233;rieure de la rue d'Ulm et de l'&#201;cole nationale d'administration (promotion Jean Monnet 1990). Il est titulaire d'un master de philosophie et d'un master de g&#233;opolitique. chercheur en philosophie politique et analyste politique fran&#231;ais. Et ancien haut fonctionnaire fran&#231;ais. &lt;a href=&#034;https://twitter.com/bruguigue?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;@bruguigue&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De Guy Mollet &#224; Fran&#231;ois Hollande, le tropisme colonial</title>
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		<dc:creator>Bruno Guigue *</dc:creator>



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&lt;p&gt;La diplomatie fran&#231;aise se r&#233;clame volontiers d'une morale humaniste, mais elle l'applique de fa&#231;on s&#233;lective. Atteinte du syndrome des &#171; deux poids, deux mesures &#187;, elle ne convainc que les convaincus. &lt;br class='autobr' /&gt; En 1956, le socialiste Guy Mollet mena contre l'Egypte nass&#233;rienne une d&#233;sastreuse exp&#233;dition militaire. En 1991, Fran&#231;ois Mitterrand participa &#224; la coalition internationale contre l'Irak. En 2013, Fran&#231;ois Hollande r&#234;ve de bombarder la Syrie de Bachar Al-Assad. Cette remarquable (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La diplomatie fran&#231;aise se r&#233;clame volontiers d'une morale humaniste, mais elle l'applique de fa&#231;on s&#233;lective. Atteinte du syndrome des &#171; deux poids, deux mesures &#187;, elle ne convainc que les convaincus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1956, le socialiste Guy Mollet mena contre l'Egypte nass&#233;rienne une d&#233;sastreuse exp&#233;dition militaire. En 1991, Fran&#231;ois Mitterrand participa &#224; la coalition internationale contre l'Irak. En 2013, Fran&#231;ois Hollande r&#234;ve de bombarder la Syrie de Bachar Al-Assad. Cette remarquable continuit&#233; en dit long sur l'acharnement des socialistes fran&#231;ais &#224; combattre le nationalisme arabe, l'une des rares forces politiques de la r&#233;gion &#224; n'avoir jamais pactis&#233; avec Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;solument moderniste, le r&#233;gime nass&#233;rien entendait assurer le d&#233;veloppement de l'Egypte en recouvrant sa souverainet&#233; sur le canal de Suez. Cette nationalisation d&#233;cha&#238;na les foudres de la Grande-Bretagne, menac&#233;e dans ses int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques. Ulc&#233;r&#233;e par le soutien de Nasser au FLN alg&#233;rien, la France embo&#238;ta le pas &#224; son alli&#233; britannique. Avant-garde occidentale au c&#339;ur du Proche-Orient, Isra&#235;l, enfin, voulait liquider la r&#233;sistance palestinienne &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre de Suez est n&#233;e de cette connivence entre les deux puissances europ&#233;ennes et leur clone isra&#233;lien. Unies par un pacte secret, les trois Etats attaqu&#232;rent l'Egypte par surprise, d&#233;cha&#238;nant leur puissance conjugu&#233;e contre une jeune nation &#224; peine sortie du carcan colonial. Militairement victorieux, mais sans gloire, ils subirent un &#233;chec retentissant lorsque les Etats-Unis et l'URSS leur intim&#232;rent l'ordre de rapatrier leurs troupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le fiasco de l'exp&#233;dition de Suez, l'h&#233;ritage socialiste de Guy Mollet, c'est aussi la guerre d'Alg&#233;rie avec son sinistre cort&#232;ge (le bourrage des urnes, l'envoi du contingent et la banalisation de la torture). D&#233;fenseurs jusqu'au bout d'un empire condamn&#233; par l'histoire, les socialistes fran&#231;ais ne parviendront jamais &#224; se d&#233;faire de ce tropisme colonial. Dans leur vision du monde, l'Occident est le d&#233;positaire de l'universel et la colonisation un g&#233;n&#233;reux tutorat b&#233;n&#233;ficiant &#224; des peuples attard&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi ils ont toujours &#233;t&#233; les chantres passionn&#233;s de l'aventure isra&#233;lienne : l'Etat d'Isra&#235;l est leur alter ego colonial. Cet Etat est le seul de la plan&#232;te qui colonise ouvertement en violation du droit international. Mais ses dirigeants sont re&#231;us &#224; Paris avec les honneurs. Lorsque l'arm&#233;e d'occupation bombarde Gaza, en novembre 2012, Laurent Fabius incrimine la r&#233;sistance palestinienne. Et si l'Elys&#233;e se montre intraitable &#224; l'&#233;gard de Damas, il trouve toujours des circonstances att&#233;nuantes aux crimes sionistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diplomatie fran&#231;aise se r&#233;clame volontiers d'une morale humaniste, mais elle l'applique de fa&#231;on s&#233;lective. Atteinte du syndrome des &#171; deux poids, deux mesures &#187;, elle ne convainc que les convaincus. Ainsi l'utilisation pr&#233;sum&#233;e du gaz de combat en Syrie est un crime abominable, passible d'une sanction exemplaire, mais on ne dit pas un mot lorsque l'arm&#233;e d'occupation isra&#233;lienne assassine les enfants de Gaza en utilisant des bombes au phosphore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les socialistes fran&#231;ais mesurent leur responsabilit&#233; historique : parti colonial sous la 4&#232;me R&#233;publique, la SFIO est devenue le parti belliciste sous la 5&#232;me. Pour quel r&#233;sultat ? En jouant le r&#244;le ingrat du boutefeu refroidi (&#224; la derni&#232;re minute), la pr&#233;sidence fran&#231;aise s'est ridiculis&#233;e. M&#234;me les opposants au r&#233;gime syrien ne lui montreront aucune reconnaissance, puisque Paris a d&#251; faire machine arri&#232;re, le petit doigt sur la couture du pantalon, &#224; l'instant m&#234;me o&#249; les Am&#233;ricains l'ont d&#233;cid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inf&#233;od&#233;e &#224; Washington jusqu'&#224; la caricature, complice du colonialisme isra&#233;lien, hostile &#224; toute r&#233;sistance arabe, complaisante &#224; l'&#233;gard des dynasties obscurantistes, alli&#233;e objective d'Al-Qaida : telle est la politique proche-orientale de Fran&#231;ois Hollande. Comme sous Guy Mollet, l'invocation s&#233;lective de nobles principes, la posture du redresseur de torts, le recours tonitruant &#224; l'intimidation militaire et le m&#233;pris pour la l&#233;galit&#233; internationale tiennent lieu de diplomatie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, la frustration de la nation syrienne, &#224; l'origine de la conqu&#234;te du pouvoir par les militaires baasistes, est le fruit de la politique fran&#231;aise durant la p&#233;riode mandataire (1920-1946) : amputations territoriales, refus de l'autod&#233;termination nationale, morcellement politique sur une base ethno-confessionnelle. Les conseillers de l'Elys&#233;e ignorent sans doute que c'est l'arm&#233;e fran&#231;aise qui a &#233;cras&#233; la r&#233;volte arabe &#224; Meyssaloun en 1920 et bombard&#233; Damas en 1925.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils feignent de m&#233;connaitre la profondeur des blessures inflig&#233;es au Proche-Orient arabe par les manipulations dont les puissances occidentales, complices de l'envahisseur isra&#233;lien, se sont rendues coupables. Ils s'imaginent que l'on peut donner des le&#231;ons &#224; ceux que l'on a flou&#233;s durant des d&#233;cennies, comme si &#171; la patrie des droits de l'homme &#187;, compte tenu de son pass&#233; colonial, &#233;tait habilit&#233;e &#224; distribuer des certificats de bonne conduite aux autres nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats arabes issus de la d&#233;colonisation sont jeunes, fragiles, en qu&#234;te d'une stabilit&#233; que l'expansion isra&#233;lienne, l'avidit&#233; p&#233;troli&#232;re et les interventions militaires occidentales ont mise en p&#233;ril. La v&#233;ritable menace qui p&#232;se sur le Proche-Orient, ce n'est pas le r&#233;gime de Damas, mais l'implosion communautaire dont la guerre civile syrienne est le banc d'essai, au b&#233;n&#233;fice des deux entit&#233;s qui ont int&#233;r&#234;t &#224; cette fragmentation : Isra&#235;l et les p&#233;tromonarchies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les millions de dollars vers&#233;s aux factions jihadistes par le nouvel ami de la France, le Qatar, sont autant de b&#251;ches jet&#233;es dans ce brasier. Comme sous la 4&#232;me R&#233;publique, les socialistes misent sur la diabolisation du nationalisme arabe pour d&#233;blayer le terrain en faveur d'Isra&#235;l. D&#233;cid&#233;s &#224; liquider le dernier r&#233;gime la&#239;c du Proche-Orient avec l'aide d'Al-Qaida, les socialistes sont pr&#234;ts &#224; jeter la France dans une guerre absurde pour perp&#233;tuer le rapt sioniste et son fr&#232;re jumeau, le parasitisme wahabite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1956, Guy Mollet voulait &#233;craser le FLN et humilier Nasser, ennemi d'Isra&#235;l. Le ra&#239;s &#233;gyptien a tir&#233; de cette calamiteuse exp&#233;dition un prestige in&#233;gal&#233;, le FLN a arrach&#233; l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie et la SFIO a fini &#224; 5% des voix aux &#233;lections. Manifestement, les socialistes n'ont tir&#233; aucune le&#231;on de ce fiasco inaugural qui marqua leur entr&#233;e dans l'ar&#232;ne internationale. Et ils oublient qu'&#224; voir le Proche-Orient avec des lunettes isra&#233;liennes, on finit par ne plus rien voir du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno Guigue&lt;/strong&gt; pour Oumma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://oumma.com/155238/de-guy-mollet-a-francois-hollande-tropisme-colonial&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Oumma&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. le 23 septembre, 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;*&lt;strong&gt;Bruno Guigue&lt;/strong&gt; Normalien, &#233;narque, aujourd'hui professeur de philosophie, auteur de plusieurs ouvrages, dont &#171; &lt;i&gt;Aux origines du conflit isra&#233;lo-arabe, l'invisible remords de l'Occident&lt;/i&gt; &#187; (L'Harmattan, 2002).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
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