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		<title>Opinion publique : Des questions que l'on ne pose plus sur la fabrication d'un ennemi</title>
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		<dc:date>2018-03-16T18:19:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Yakov Rabkin *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Opinion publique : Des questions que l'on ne pose plus sur la fabrication d'un ennemi - Yakov Rabkin&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Ingerences-abus-et-pillages" rel="directory"&gt;Ing&#233;rences, abus et pillages&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La crise internationale autour de l'attentat contre Sergue&#239; Skripal, ex-espion britannique au sein du service de renseignement militaire &#224; Moscou, a fait couler beaucoup d'encre depuis une semaine. La Grande Bretagne a expuls&#233; 23 diplomates russes en les accusant d'&#234;tre des agents de renseignement. Ayant suivi le d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233; en direct depuis la Chambre des communes, j'ai entendu des appels de parlementaires britanniques &#224; des mesures robustes, allant du boycottage du Mondial de soccer en Russie &#224; la rupture des relations diplomatiques. La noble indignation &#233;tait &#224; son apog&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en m&#234;me temps, Scotland Yard affirmait que l'enqu&#234;te continue et qu'il n'y a &#224; ce stade aucune conclusion tir&#233;e sur le motif et l'auteur de l'attentat. C'est pourquoi Mme Theresa May ne pouvait qualifier la culpabilit&#233; all&#233;gu&#233;e de la Russie autrement que comme &#171; &lt;i&gt;hautement probable&lt;/i&gt; &#187;. Cet article n'a pas pour but d'innocenter la Russie ou de d&#233;voiler les vrais coupables mais d'identifier des questions de base que l'on ne pose plus : le motif et le profit du crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du motif est importante. Si c'est l'&#201;tat russe qui en est l'auteur, il est difficile de comprendre pourquoi il ne l'aurait pas fait dispara&#238;tre pendant les ann&#233;es qu'il a pass&#233;es &#224; purger sa peine de prison pour trahison en Russie. Une autre question bien connue depuis l'antiquit&#233;, qui en profiterait ? C'est clair que ce n'est pas l'&#201;tat russe dont la r&#233;putation est davantage ternie &#224; quelques mois de la coupe du monde de soccer. Le pr&#233;sident russe n'aurait pas command&#233; un tel assassinat cibl&#233; (que pratiquent plusieurs pays, dont Isra&#235;l et les &#201;tats-Unis) afin de rehausser sa c&#244;te de popularit&#233; &#224; quelques jours des &#233;lections pr&#233;sidentielles : il n'en a tout simplement pas besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du motif n'a &#233;t&#233; pos&#233;e ni dans l'affaire de l'ex-agent de s&#233;curit&#233; Litvinenko, ni dans le cas de l'avion de la Malaysian Airlines abattu au-dessus de l'Ukraine. Quel profit en a cherch&#233; &#224; tirer la Russie ? Quel profit aurait cherch&#233; &#224; en tirer la Russie ? Pour l'ensemble de ces cas, par ailleurs, aucune preuve irr&#233;futable n'a &#233;t&#233; produite quant &#224; l'auteur des ces actes m&#234;me si les politiciens occidentaux et les m&#233;dias &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; ont point&#233; du doigt Moscou. Or, il s'agit en fait de la pr&#233;somption de la culpabilit&#233; de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre cas c&#233;l&#232;bre o&#249; la Russie a &#233;t&#233; vite mise au banc des accus&#233;s est la mini-guerre d&#233;clench&#233;e en G&#233;orgie en 2008 le jour m&#234;me o&#249; commen&#231;aient les Jeux olympiques &#224; P&#233;kin. Selon le consensus occidental et les manchettes des journaux, l'arm&#233;e russe aurait initi&#233; le conflit. Or, une commission d'enqu&#234;te de l'Union europ&#233;enne a constat&#233;, apr&#232;s une &#233;tude d&#233;taill&#233;e des faits sur le terrain, que c'&#233;tait la G&#233;orgie qui avait attaqu&#233; les forces russes agissant sous le mandat des Nations Unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, la saga de l'ing&#233;rence all&#233;gu&#233;e de l'&#201;tat russe dans les &#233;lections aux &#201;tats-Unis, dans les campagnes pour les r&#233;f&#233;rendums d'ind&#233;pendance en &#201;cosse et en Catalogne, dans celle pour le Brexit etc. d&#233;montre que la pens&#233;e unique triomphe sur l'obligation d'examiner les faits et poser les questions de base. Il s'agit en fait d'un ph&#233;nom&#232;ne bien connu de mobilisation de l'opinion publique afin de fabriquer un ennemi. &#192; la fin du 19e si&#232;cle la presse US sous la baguette de William Hearst et de Joseph Pulitzer (oui, celui du Pulitzer Prize) a litt&#233;ralement foment&#233; la guerre contre l'Espagne sous pr&#233;texte d'une attaque contre le Maine, b&#226;timent de guerre US &#224; la Havane. C'est l'Espagne qui &#171; &lt;i&gt;jouissait&lt;/i&gt; &#187; alors de la pr&#233;somption de la culpabilit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Remember the Maine. To hell with Spain&lt;/i&gt; &#187; clamait la presse sans que le myst&#232;re n'ait &#233;t&#233; clarifi&#233; jusqu'&#224; nos jours. Et, bien entendu, on ne posait pas la question &#171; &lt;i&gt;&#224; qui profite le crime ?&lt;/i&gt; &#187;. Assur&#233;ment, il n'a profit&#233; ni &#224; l'Espagne, ni &#224; Cuba qui fut ensuite occup&#233;e par les troupes &#201;tats-unienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article met en relief une dangereuse tendance de remplacer l'examen rationnel des faits par l'indignation et la diabolisation. Cette tendance est plus dangereuse qu'&#224; l'&#233;poque du Maine. De nos jours elle risque de provoquer une confrontation nucl&#233;aire &#224; des cons&#233;quences inimaginables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yakov Rabkin*&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Yakov Rabkin&lt;/strong&gt;. L'auteur est professeur d'histoire &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Opinion-publique-Des-questions-que-l-on-ne-pose-plus-sur-la-fabrication-d-un-ennemi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 16 mars 2018&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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