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		<title>&#171; Oser l'exode de la soci&#233;t&#233; de travail vers la production de soi &#187; Andr&#233; Gorz</title>
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		<dc:date>2012-12-08T18:23:02Z</dc:date>
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		<dc:creator>Andr&#233; Gorz *</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#8211; Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent : Dans votre dernier ouvrage &#171; Mis&#232;res du Pr&#233;sent, Richesses du Possible &#187; faisant allusion au livre de J. Rifkin &#171; La Fin du Travail &#187;, vous affirmez quant &#224; vous : &#171; Il ne s'agit pas du travail au sens anthropologique ou au sens philosophique. (...) Il s'agit sans &#233;quivoque du travail sp&#233;cifique propre au capitalisme industriel &#187; Pouvez-vous d&#233;velopper pour nous cet argument ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Andr&#233; Gorz : Au sens anthropologique, on appelle habituellement &#171; travail &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent : &lt;strong&gt;Dans votre dernier ouvrage &#171; Mis&#232;res du Pr&#233;sent, Richesses du Possible &#187; faisant allusion au livre de J. Rifkin &#171; La Fin du Travail &#187;, vous affirmez quant &#224; vous : &#171; &lt;i&gt;Il ne s'agit pas du travail au sens anthropologique ou au sens philosophique. (...) Il s'agit sans &#233;quivoque du travail sp&#233;cifique propre au capitalisme industriel &lt;/i&gt; &#187; Pouvez-vous d&#233;velopper pour nous cet argument ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andr&#233; Gorz&lt;/strong&gt; : Au sens anthropologique, on appelle habituellement &#171; travail &#187; l'activit&#233; par laquelle les humains fa&#231;onnent et transforment leur milieu de vie. C'est d'abord la mal&#233;diction biblique : le monde n'est pas naturellement propice &#224; la survie des humains, il n'est pas &#171; &lt;i&gt;un jardin plant&#233; pour eux&lt;/i&gt; &#187;, disait Hegel. La vie humaine est &#171; improbable &#187;, &#233;crivait Sartre, elle rencontre cette improbabilit&#233; comme un ensemble d'adversit&#233;s, de maladies, de raret&#233;s. Au sens philosophique, le concept de travail englobe les dimensions multiples de l'activit&#233; humaine. La philosophie grecque distinguait le travail-corv&#233;e - &lt;i&gt;ponos&lt;/i&gt; - qu'il faut accomplir jour apr&#232;s jour pour entretenir le milieu de vie et produire sa subsistance. C'est aussi bien le travail m&#233;nager que le travail agricole, dont les hommes, dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, se d&#233;chargent sur les femmes et les esclaves. Apr&#232;s le &lt;i&gt;ponos&lt;/i&gt;, il y a la &lt;i&gt;poiesis&lt;/i&gt; : le travail de l'artisan, de l'artiste, du &#171; producteur &#187;. Le travail comme &lt;i&gt;poiesis&lt;/i&gt; n'est plus, &#224; la diff&#233;rence du &lt;i&gt;ponos&lt;/i&gt;, asservi compl&#232;tement aux n&#233;cessit&#233;s et aux contraintes mat&#233;rielles de la subsistance. Il peut s'en &#233;manciper en devenant cr&#233;ation, invention, expression, r&#233;alisation de soi. C'est cette dimension du travail qui int&#233;resse avant tout Hegel et ensuite Marx : le travail par lequel je m'individualise, me fais personne, inscris dans la mat&#233;rialit&#233; du monde l'id&#233;e que je me fais de ce qui doit &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il y a le travail comme &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, que Hannah Arendt appelle &#171; &lt;i&gt;l'agir&lt;/i&gt; &#187; (Handeln). La &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; est essentiellement l'activit&#233; non utilitaire qui tend &#224; d&#233;finir les conditions et les normes de la &#171; bonne vie &#187;. Cela comprend le d&#233;bat politique et philosophique, la r&#233;flexion, l'enseignement, une grande partie de ce qu'on appelle aujourd'hui le &#171; relationnel &#187; et la &#171; production de sens &#187;, l'Eros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut sans doute y avoir des chevauchements et des interp&#233;n&#233;trations entre ces dimensions de l'activit&#233; humaine. Elles se distinguent par leur sens, leur intentionnalit&#233; beaucoup plus que par leur contenu. &#201;lever un ou des enfants par exemple comporte du &lt;i&gt;ponos&lt;/i&gt; - des besognes fastidieuses continuellement &#224; refaire - mais n'est pas r&#233;ductible &#224; cela ; ou alors la finalit&#233;, le sens du travail &#233;ducatif en tant que praxis a &#233;t&#233; perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important, c'est que, dans ces d&#233;finitions, le travail est quelque chose qu'on fait dans un but dont on est conscient. Or le capitalisme n'a pu se d&#233;velopper qu'en abstrayant le travail de la personne qui le fait, de son intention, de ses besoins, pour le d&#233;finir en soi comme une d&#233;pense d'&#233;nergie mesurable, &#233;changeable contre n'importe quelle autre et dont les prestataires, les &#171; travailleurs &#187;, sont &#224; beaucoup d'&#233;gards interchangeables. Le &#171; &lt;i&gt;travail abstrait&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;travail sans plus&lt;/i&gt; &#187;, invent&#233; par le capitalisme, est une marchandise que le patron ach&#232;te et dont il d&#233;termine souverainement la finalit&#233;, le contenu, les heures et le prix. C'est un travail qu'il donne &#224; faire &#224; un travailleur qu'il paie. Le salariat est donc la compl&#232;te d&#233;possession de la personne active : elle est d&#233;poss&#233;d&#233;e du r&#233;sultat ou produit de son activit&#233;, de son emploi du temps, du choix des finalit&#233;s et contenus du travail, et des moyens de travail que les employeurs, &#224; la fin du 18&#232;me si&#232;cle, ont commenc&#233; &#224; monopoliser pour pouvoir contraindre les gens - les tisserands en premier - &#224; travailler pour un patron et pour tuer toute possibilit&#233; d'auto-production, d'auto-activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce sens que le travail dont nous parlons quand nous disons que nous &#171; avons &#187; et &#171; n'avons pas &#187; un travail, est une invention du capitalisme. Longtemps, le salariat a &#233;t&#233; per&#231;u comme une forme d'esclavage, et &#171; &lt;i&gt;l'abolition du salariat&lt;/i&gt; &#187; &#233;tait encore au programme de la CGT il y a une trentaine d'ann&#233;es. Pendant le r&#233;cent mouvement des ch&#244;meurs, j'ai entendu un militant CGT dire : &#171; &lt;i&gt;C'est vrai, demander du travail, c'est aussi demander &#224; &#234;tre exploit&#233;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous prenons &#171; travail &#187; au sens propre de faire, r&#233;aliser, agir, cr&#233;er, peiner, le travail ne peut jamais manquer. Contre le ch&#244;mage, ce qu'il faut alors exiger, c'est non pas qu'on nous &#171; donne &#187; du travail &#224; faire, mais qu'on abolisse la monopolisation des moyens de travail, des moyens de production par le capital, en sorte que nous puissions nous rapproprier le travail, ses moyens et son r&#233;sultat. Nous les rapproprier collectivement et aussi, pour partie, individuellement. C'est de cette r&#233;appropriation qu'il est question chez le jeune Marx quand il &#233;crit que le communisme, c'est l'&#233;limination du travail (salari&#233;) et sa &#171; &lt;i&gt;transformation en auto-activit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Cette r&#233;appropriation a &#233;t&#233; pratiquement impossible jusqu'ici en raison de la subdivision du travail productif en sp&#233;cialit&#233;s cloisonn&#233;es. Elle devient techniquement possible avec l'informatisation et l'automatisation. Par celles-ci, la cr&#233;ation de richesses demande de moins en moins de travail (salari&#233;), distribue de moins en moins de salaires. Ce qui est produit de mani&#232;re pleinement automatique ne pourra finalement &#234;tre distribu&#233;, vendu, achet&#233;, que si le pouvoir d'achat distribu&#233; n'est plus le salaire d'un travail. L'id&#233;e d'un &#171; revenu social &#187; ou de minima sociaux garantis inconditionnellement va dans ce sens. La revendication par le mouvement des ch&#244;meurs et pr&#233;caires d'un minimum garanti &#233;gal aux trois quarts du SMIC est un pas tr&#232;s important dans cette direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lutte contre un ch&#244;mage end&#233;mique aboutit au contraire &#224; renforcer la place du travail-emploi dans la soci&#233;t&#233;. Bien plus qu'un paradoxe, il s'agit d'une contradiction que vous soulignez lorsque vous &#233;crivez qu'un nouveau syst&#232;me se met en place &#171; &lt;i&gt;contraignant tous &#224; se battre pour obtenir ce travail que par ailleurs il abolit&lt;/i&gt; &#187;. Selon vous quel est le sens de cette contradiction : la peur de d&#233;crocher d'un avenir qui s'&#233;ternise - vous dites &#171; oser l'exode &#187; - ou bien une r&#233;signation g&#233;n&#233;rale &#224; une nouvelle organisation mondiale du travail, vou&#233;e &#224; sacrifier des pans entiers de populations dans le cadre d'incessantes restructurations industrielles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vois pas les choses de cette fa&#231;on. Je pense que dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'emploi devient de plus en plus pr&#233;caire, de plus en plus discontinu, o&#249; le travail salari&#233; stable et &#224; plein temps cesse d'&#234;tre la norme - ce qui est le cas pour 45 % des Allemands, pour 55 % des Britanniques et des Italiens, pour environ 40 % des Fran&#231;ais - et o&#249;, &#224; l'&#233;chelle d'une vie, le travail ne repr&#233;sente plus qu'un septi&#232;me ou un huiti&#232;me du temps de vie &#233;veill&#233; apr&#232;s l'&#226;ge de 18 ans, les d&#233;tenteurs du pouvoir &#233;conomique et politique craignent par-dessus tout une chose : que le temps hors travail salari&#233; puisse devenir le temps dominant du point de vue social et culturel ; que les gens puissent s'aviser de s'emparer de ce temps pour &#171; s'employer &#187; &#224; y faire eux-m&#234;mes ce qu'eux-m&#234;mes jugent bon et utile de faire. Avec le recul du poids du travail salari&#233; dans la vie de tous et de chacun, le capital risque de perdre le pouvoir sur les orientations culturelles de la soci&#233;t&#233;. Il fait donc tout pour que les gens, et principalement les plus ou moins jeunes, demeurent culturellement incapables d'imaginer qu'ils pourraient s'approprier le temps lib&#233;r&#233; du travail, les intermittences de plus en plus fr&#233;quentes et &#233;tendues de l'emploi pour d&#233;ployer des auto-activit&#233;s qui n'ont pas besoin du capital et ne le valorisent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc affaire, en France plus encore que dans les pays voisins, &#224; une campagne id&#233;ologique tr&#232;s soutenue pour verrouiller, pour tuer l'imagination sociale, pour accr&#233;diter l'id&#233;e que le travail salari&#233; est la seule base possible de la soci&#233;t&#233; et de la &#171; coh&#233;sion sociale &#187;, que sans emploi, on ne peut rien faire, ne peut disposer d'aucun moyen de vivre &#171; dignement &#187; et activement. Nos minima sociaux sont mis&#233;rables. On accr&#233;dite l'id&#233;e qu'un droit &#224; un revenu d&#233;coupl&#233; d'un emploi est de l'assistanat, comme si les centaines de milliers d'emplois partiels &#224; salaire partiel, cr&#233;&#233;s tout expr&#232;s pour &#171; ins&#233;rer &#187; des ch&#244;meurs - les ins&#233;rer dans quoi ? s'il vous pla&#238;t - n'&#233;taient pas de l'assistanat sous une autre forme tout aussi humiliante, puisqu'on dit en quelque sorte aux plus ou moins jeunes ch&#244;meurs : &#171; &lt;i&gt;En v&#233;rit&#233;, on n'a aucun besoin de vous, de votre force de travail ; on va vous rendre service, on va vous occuper un peu en vous payant un peu.&lt;/i&gt; &#187; C'est quoi, un travail qu'on vous donne &#224; faire pour vous rendre service ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est le capitalisme qui se rend service de cette fa&#231;on. Il fait subventionner des employeurs pour qu'ils aient la bont&#233; d'employer des gens au rabais. Il veille &#224; ce que les gens se con&#231;oivent comme ne pouvant &#234;tre que de la force de travail sur un march&#233; de l'emploi, et que, s'ils ne trouvent pas d'employeur, ils n'ont qu'&#224; s'en prendre &#224; eux-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire au fait qu'ils ne sont pas assez &#171; employables &#187;. Tout le discours dominant fait comme s'il n'y avait pas des causes syst&#233;miques, structurelles &#224; la contraction du volume de travail r&#233;mun&#233;r&#233;, comme si les stages formation, les stages en entreprise etc. allaient, en rendant les gens plus employables, leur assurer un emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ces stages ont une fonction id&#233;ologique inavou&#233;e : ils consolident et d&#233;veloppent l'aptitude &#224; l'emploi au d&#233;triment de l'aptitude au temps libre, et cela dans un contexte o&#249; il y a de moins en moins de travail-emploi et de plus en plus de temps lib&#233;r&#233;. On fabrique m&#233;thodiquement des gens incapables de se concevoir comme les sujets de leur existence, de leur activit&#233; et de leurs liens sociaux, des gens qui d&#233;pendent totalement de ce que des employeurs priv&#233;s ou publics leur donnent &#224; faire. Et puis on ne leur donne rien &#224; faire de consistant, rien que des boulots d'assist&#233;s. Il y a de quoi les rendre enrag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oser l'exode &#187;, &#231;a veut dire d'abord percer &#224; jour cette strat&#233;gie de domination qui jette les gens dans une d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de l'emploi plus totale que jamais, alors que l'emploi devient totalement al&#233;atoire ; et qui veut dire ensuite exiger non pas de l'emploi - &#171; du travail &#187; - mais la possibilit&#233; de vivre en l'absence d'un emploi, pendant les intermittences de l'emploi, gr&#226;ce &#224; un revenu de base inconditionnellement garanti. J'ajoute : ce revenu de base doit &#234;tre compris non pas comme ce qui vous dispense de rien faire, mais au contraire comme ce qui vous permet de faire plein de choses bonnes, belles et utiles qui ne sont pas rentables du point de vue de l'&#233;conomie capitaliste de march&#233;, ni susceptibles d'&#234;tre homologu&#233;es, standardis&#233;es, professionnalis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il s'agit aujourd'hui de sortir d'une notion du travail dont la norme est celle du salariat, unique source de statut social. Vous proposez le projet d'une soci&#233;t&#233; o&#249; &#171; la production de soi &#187; occuperait une place pr&#233;pond&#233;rante. Le passage du travail &#171; ali&#233;n&#233; &#187; &#224; une r&#233;appropriation par l'homme de son propre travail dans un cadre social, implique donc un changement de mentalit&#233; radical. Ce dernier n&#233;cessite pour les individus l'apprentissage d'un savoir-&#234;tre alors que dans le cadre du taylorisme, l'homme en tant que simple utilit&#233; de la production, &#233;tait r&#233;duit &#224; son savoir-faire. &#192; votre avis, ce changement se fera-t-il &#171; naturellement &#187;, au prix d'une adaptation peut-&#234;tre douloureuse ou, au contraire, d&#233;pend-il d'une volont&#233; politique, d'une r&#233;flexion tr&#232;s large &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233;, voire encore de la mise en &#339;uvre par les citoyens eux-m&#234;mes d'une p&#233;dagogie adapt&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne peut pas &#234;tre l'un ou l'autre ; ce ne peut &#234;tre que l'un et l'autre. Le changement de mentalit&#233;, la mutation culturelle s'op&#232;rent d&#233;j&#224; depuis pas mal de temps. C'est un cheminement d'abord souterrain sur lequel il existe des enqu&#234;tes et t&#233;moignages passionnants chez les Anglais, les Allemands, les Nord-Am&#233;ricains. Le retrait vis-&#224;-vis du travail-emploi, le refus de s'y investir, l'aspiration &#224; d'autres modes de vie d'activit&#233;, de rapports sociaux, de priorit&#233;s dans la vie, tout &#231;a est tr&#232;s r&#233;pandu en France aussi, chez les plus ou moins jeunes surtout, mais il n'y a pas chez nous un journal comme &#171; &lt;i&gt;The Idler&lt;/i&gt; &#187; en Angleterre qui refl&#232;te l'&#233;norme mouvement multiforme des gens qui refusent de &#171; s'ins&#233;rer &#187; dans une soci&#233;t&#233; qu'ils vomissent et qui (avec la devise &#171; &lt;i&gt;fuck work&lt;/i&gt; &#187;) refusent le &#171; &lt;i&gt;travail de merde&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qu'on appelle &#171; les exclus &#187; ne sont pas tous des victimes qui ne demandent qu'&#224; &#234;tre &#171; r&#233;ins&#233;r&#233;es &#187;, ce sont aussi des gens qui choisissent une vie alternative, en marge de la soci&#233;t&#233;. Mais s'ils sont marginaux, c'est parce qu'ils sont condamn&#233;s &#224; n'&#234;tre que des individus, donc impuissants &#224; rien changer. Si vous avez cinq millions de personnes qui refusent cette soci&#233;t&#233; &#224; titre individuel, &#231;a ne va pas la changer. Mais si vous avez un mouvement qui regroupe tous ceux qui entendent travailler moins et consommer et vivre autrement, et qui les regroupe dans le but politique de militer pratiquement pour un changement de la fa&#231;on de vivre, de produire et d'&#234;tre ensemble, alors vous avez une traduction des choix individuels en choix collectifs dont l'&#233;nonc&#233; va d&#233;clencher des d&#233;bats, des conflits, s'inscrire dans l'espace public, obliger &#224; la prise en compte de questions jusque-l&#224; n&#233;glig&#233;es et faire &#233;voluer le niveau de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre t&#226;che, la v&#244;tre, la mienne, celle des intellectuels, c'est de proposer cette traduction en projet collectif d'une multiplicit&#233; de choix, de r&#233;bellions, de t&#226;tonnements, d'exp&#233;rimentations, et de stimuler par cette traduction la prise de conscience de ce qu'un autre monde, une autre soci&#233;t&#233; sont possibles et d&#233;sirables. C'est ce que Guattari, les Italiens, appellent &#171; &lt;i&gt;la production de subjectivit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Il s'agit de faire prendre conscience de possibilit&#233;s que le discours dominant cache. Il s'agit de lib&#233;rer l'imagination, le d&#233;sir. La parole, l'&#233;crit, les activit&#233;s culturelles, la musique, le th&#233;&#226;tre, le cin&#233;ma sont essentiels &#224; cette lib&#233;ration, &#224; cette f&#233;condation. Si nous ne savons pas exprimer ce que nous sentons, nous sommes incapables aussi de vouloir et d'agir en cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lib&#233;ration de l'imagination et du d&#233;sir est &#224; la fois n&#233;cessaire au capitalisme dans l'actuelle phase de mutation et potentiellement mortelle pour lui. Son probl&#232;me, c'est de stimuler l'autonomie, la cr&#233;ativit&#233; des gens et, en m&#234;me temps, de la contr&#244;ler, de se l'asservir. En somme, d'obtenir que les gens se produisent librement mais qu'ils effectuent cette libre production d'eux-m&#234;mes sur ordre, dans les limites qui leur sont trac&#233;es, pour maximiser le profit de &#171; leur &#187; entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons dans une &#232;re o&#249; le savoir, la connaissance sont les principales forces productives et la forme principale du capital fixe. L'accumulation, la concurrence sur les march&#233;s, se font principalement par le capital-savoir. &#192; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233;, nous passons beaucoup plus de temps &#224; produire du savoir qu'&#224; le mettre en &#339;uvre de fa&#231;on productive. Nous passons beaucoup plus de temps &#224; nous produire, c'est-&#224;-dire &#224; d&#233;velopper nos capacit&#233;s et comp&#233;tences, qu'&#224; produire nos productions. Ce sont les capacit&#233;s communicationnelles, relationnelles, cognitives, affectives, imaginatives que nous d&#233;veloppons en dehors de notre temps de travail imm&#233;diat qui nous permettent de r&#233;aliser en deux heures de travail direct davantage que nos grands-parents en 20 ou 40 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient donc de plus en plus absurde de ne payer les gens que pour le temps pass&#233; &#224; mettre en &#339;uvre leurs comp&#233;tences. Et si les d&#233;tenteurs du savoir - virtuellement nous tous - s'apercevaient finalement que la forme principale du capital, c'est eux qui la d&#233;tiennent, mieux : qu'ils sont le capital, la n&#233;cessit&#233; de rentabiliser ce capital au maximum n'aura plus aucun sens. En effet rien ne m'oblige &#224; m'exploiter, &#224; &#171; m'autovaloriser &#187; au maximum. La production de soi pourra cesser d'&#234;tre le moyen de l'accumulation et de l'enrichissement mon&#233;taire pour devenir fin en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le consommateur est aujourd'hui le sujet-objet du march&#233;. Parler du temps libre, du loisir, c'est faire r&#233;f&#233;rence le plus souvent &#224; un temps vide consacr&#233; &#224; la r&#233;paration de la force de travail ou au divertissement. Aussi le citoyen est-il la plupart du temps &#171; programm&#233; &#187; pour se conduire avant tout en consommateur dans un espace de vie compl&#232;tement cloisonn&#233;. La transformation du temps libre en temps lib&#233;r&#233;, c'est-&#224;-dire en un temps employ&#233; &#224; autre chose qu'&#224; perdre sa vie &#224; la gagner, exprime donc un changement qualitatif au plan culturel. Chaque citoyen pourrait disposer de ce temps lib&#233;r&#233; comme d'une opportunit&#233; pour construire un nouvel espace de vie. Mais, la plupart du temps ce temps libre est ressenti comme une source d'angoisse et de d&#233;nuement, en premier lieu par les ch&#244;meurs eux-m&#234;mes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, en effet, parce que la construction de nouveaux espaces de vie serait, dans les conditions politiques actuelles, une aventure solitaire, une soustraction de soi &#224; la collectivit&#233;, et non une entreprise collective &#224; mener tous ensemble. Rien ne valide socialement le projet d'une telle construction ; par aucun signe la soci&#233;t&#233; ne dit aux gens : faites-le, la collectivit&#233; met des lieux, des espaces, des moyens &#224; votre disposition, dans les quartiers, dans les communes. Cette soci&#233;t&#233; refuse d'envisager l'existence de ch&#244;meurs qui ne soient pas malheureux, qui ne soient pas demandeurs d'emploi, qui ne vivent pas comme une privation d'emploi le fait d'&#234;tre ne serait-ce que temporairement sans un job.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Gilles de Gennes affirme : &#171; Si nous arrivons &#224; un enseignement qui ne pr&#233;sente pas aux jeunes le monde comme construit mais comme &#224; construire, &#224; ce moment nous marquerons un point consid&#233;rable &#187;. Selon vous, l'&#233;ducation publique a-t-elle un r&#244;le &#224; jouer par rapport &#224; cette perspective ? Nous pensons par exemple &#224; une transformation de la vocation de l'universit&#233;, surtout pr&#233;occup&#233;e actuellement de &#171; coller aux besoins des march&#233;s. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transformation est de toute &#233;vidence n&#233;cessaire. La chose a &#233;t&#233; parfaitement exprim&#233;e par les &#233;tudiants allemands au cours de leur gr&#232;ve de novembre-d&#233;cembre 1997. Au d&#233;part, cette gr&#232;ve &#233;tait motiv&#233;e par la mis&#232;re croissante des universit&#233;s, dont les moyens ne cessent d'&#234;tre rogn&#233;s sous pr&#233;texte qu'elles produisent bon an mal an des centaines de milliers de dipl&#244;m&#233;s &#171; inemployables &#187;, au lieu de dispenser du &#171; savoir utile &#187;. Du savoir utile &#224; qui ? &#192; quoi ? &#192; qui ferait-on croire qu'il suffit de fabriquer des masses de gens imm&#233;diatement &#171; employables &#187; pour que tout le monde trouve un emploi ? Le probl&#232;me &#224; r&#233;soudre n'est pas celui de l'inadaptation des dipl&#244;m&#233;s au march&#233; du travail, mais comme l'&#233;crit une &#233;tudiante berlinoise, Sandra Janssen, celui de &#171; la contraction du march&#233; du travail &#187;. Comment la soci&#233;t&#233; doit-elle pr&#233;parer les jeunes &#224; cette &#171; contraction continuelle du march&#233; du travail &#187; ? En faisant exactement le contraire de ce que font les gouvernements : c'est-&#224;-dire en acceptant que les &#233;tudes, les dipl&#244;mes ne peuvent d&#233;boucher sur des carri&#232;res ni garantir un emploi, que leur but ne peut plus &#234;tre utilitaire et fonctionnel. Leur but doit &#234;tre de donner aux gens un acc&#232;s libre inconditionnel, illimit&#233; &#224; la &#171; culture &#187; (Bildung, en allemand), c'est-&#224;-dire de leur permettre d'acqu&#233;rir les moyens qui les rendent capables de s'orienter dans ce monde &#233;clat&#233;, d'y produire et inventer eux-m&#234;mes les rep&#232;res, les r&#232;gles, les buts, les liens qui leur soient propres et leur soient communs. Selon la formule du pr&#233;sident des &#233;tudiants de Bonn, Oliver Schilling : &#171; &lt;i&gt;Nous ne voulons pas &#234;tre des individus fonctionnellement programm&#233;s. Nous devons combattre la r&#233;duction des gens en outils aux mains du capital.&lt;/i&gt; &#187; Le droit de tous d'acc&#233;der &#171; sans restrictions &#224; la culture la plus large possible &#187; est indispensable &#171; &#224; la survie d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique &#224; l'&#232;re du sous-emploi permanent. Il faut pr&#233;parer le citoyen &#224; assumer de fa&#231;on cr&#233;ative son inutilit&#233; &#233;conomique &#187;. Tout cela implique &#233;videmment aussi un revenu de base garanti inconditionnellement &#224; tout citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette remarque &#224; notre sens pose la question de la &#171; cr&#233;ativit&#233; citoyenne &#187; face aux d&#233;j&#224;-l&#224; s'incarnant aussi bien &#224; travers la gestion bureaucratis&#233;e des affaires publiques qu'&#224; travers un cadre de vie obsol&#232;te promu par les id&#233;ologies du march&#233;. Quelle consistance donneriez-vous &#224; cette cr&#233;ativit&#233; citoyenne, c'est-&#224;-dire &#224; une recherche fondamentale &#224; engager par tous les citoyens pour concevoir un autre cadre de soci&#233;t&#233; ? Ne pensez-vous pas que des lieux, des espaces devraient &#234;tre fond&#233;s pour permettre une auto-formation des citoyens sur tous les terrains de la vie sociale, de la production de la culture ? Si, oui, comment les voyez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les universit&#233;s ne sont pas un espace suffisant ni l'espace id&#233;al pour d&#233;velopper une culture qui permette aux gens de s'&#233;manciper de la logique de l'emploi. L'&#233;ducation &#224; l'auto-activit&#233;, &#224; l'autonomie, l'&#233;panouissement des facult&#233;s artistiques, sensorielles, manuelles, intellectuelles, affectives, communicationnelles doit commencer beaucoup plus t&#244;t - elle commence, en fait, dans les &#233;coles maternelles fran&#231;aises mais ne continue pas dans la suite de la scolarit&#233;. Il y a une coupure de plus en plus profonde entre la culture scolaire et la vie quotidienne. Je veux dire : nous n'avons plus de culture du quotidien, de culture du vivre, faite d'un ensemble de comp&#233;tences communes &#224; tous et qui permettent &#224; tous de faire face aux situations de la vie de tous les jours. La quasi-totalit&#233; des comp&#233;tences sont monopolis&#233;es par des professionnels, par les &#171; &lt;i&gt;professions invalidantes&lt;/i&gt; &#187;, comme les appelle Ivan Illich, et le dernier truc invent&#233; pour cr&#233;er de l'emploi consiste, selon un ministre, &#224; inciter les gens qui gagnent convenablement leur vie &#224; ne plus &#171; &lt;i&gt;perdre leur temps&lt;/i&gt; &#187; &#224; chercher leurs enfants &#224; l'&#233;cole, &#224; changer un fusible, &#224; laver leur linge &#224; domicile ou &#224; pr&#233;parer leur petit d&#233;jeuner : il y a des services professionnels pour &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution informationnelle porte en elle la mort programm&#233;e des sp&#233;cialisations professionnelles et de la transmission de savoir formalis&#233;s. Elle ouvre sur l'auto-formation, l'auto-apprentissage, sur &#171; l'apprendre en faisant &#187;, sur la d&#233;professionnalisation, sur la possibilit&#233; pour tous d'acqu&#233;rir les comp&#233;tences communes qui vous permettent de vous prendre en charge, de vous auto-produire dans le contexte mat&#233;riel, technique, social, politique o&#249; vous vivez, et m&#234;me de subvertir ce contexte. Elle ouvre sur la possibilit&#233; d'une culture commune beaucoup plus intuitive que les cultures professionnelles homologu&#233;es, sur la possibilit&#233; de ne pas d&#233;pendre des marchands et des sp&#233;cialistes pour la satisfaction de vos besoins et d&#233;sirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que ces possibilit&#233;s deviennent r&#233;alit&#233;, il faut que l'&#233;ducation sorte des &#233;coles et lieux d'apprentissage, que la ville, le quartier, le bloc d'immeuble soient un espace &#233;ducatif parsem&#233; de lieux pour l'auto-activit&#233;, l'auto-production, l'auto-apprentissage. Un germano-usam&#233;ricain, Bergmann, est en train de cr&#233;er ce genre de lieux aux &#201;tats-Unis et en Allemagne. Il les con&#231;oit comme des espaces o&#249; les gens sont sollicit&#233;s, entra&#238;n&#233;s par l'offre d'une gamme qui devra &#234;tre illimit&#233;e d'activit&#233;s &#233;panouissantes, des lieux qui donnent envie, avec des gens qui vous incitent &#224; vous demander ce que vous r&#234;vez depuis toujours de pouvoir faire mais n'avez jamais eu le temps, l'occasion, le courage de commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, ces espaces, les &#171; centres pour le nouveau travail &#187; offrent une gamme aussi &#233;tendue que possible de moyens d'auto-production &#224; technologie avanc&#233;e. N'importe qui peut apprendre en tr&#232;s peu de temps &#224; y fabriquer ses v&#234;tements, ses chaussures, ses meubles, &#224; produire des aliments selon les m&#233;thodes mises au point il y a vingt ans dans les &#171; maisons autonomes &#187; nord-am&#233;ricaines. Bergmann estime que 70 &#224; 80 % des besoins peuvent &#234;tre couverts en deux jours de travail d'auto-production par semaine et que la multiplication de ces centres devrait faire na&#238;tre une &#233;conomie populaire parall&#232;le, &#233;mancip&#233;e de la logique de l'emploi et de la domination des rapports d'argent. L'int&#233;r&#234;t de la chose, c'est que ce projet est tout aussi valable et r&#233;alisable &#224; Madagascar ou au Bangla Desh qu'&#224; Berlin ou &#224; Saint-Denis. Les Centres pour le Nouveau Travail permettent &#224; une population &#224; la fois de r&#233;sister &#224; la dictature du march&#233; et au pouvoir du capital et &#224; anticiper l'au-del&#224; d'un capitalisme de plus en plus fragile, incapable d'assurer la survie d'une soci&#233;t&#233; et l'appartenance citoyenne des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ann&#233;e prochaine nous co-organisons avec la ville de Saint-Denis les premiers Fora des Villages du Monde. Il s'agit de voir comment, au plan mondial, une culture plurielle peut constituer une alternative &#224; la pens&#233;e unique, un &#171; faire mouvement &#187; que nous pla&#231;ons sous le signe du cum petere, &#171; chercher ensemble &#187;, qui est le sens &#233;tymologique du mot comp&#233;tition. Vous dites quant &#224; vous : &#171; seuls seront finalement entendus ceux qui veulent changer la face du monde &#187;. &#192; votre avis quel r&#244;le les citoyens ont-ils &#224; jouer dans ce changement ? Quelles sont, d'autre part, les contraintes qu'ils devraient se donner pour ne pas retomber ni dans une autre pens&#233;e unique, ni dans de vieilles mani&#232;res de faire de la politique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve tr&#232;s remarquable vos propositions pour la cr&#233;ation d'Espaces Publics Citoyens, dans votre n&#176; 9. Je pense comme vous. La &#171; cr&#233;ativit&#233; citoyenne &#187; s'&#233;panouira plus ou moins vite selon le nombre, la visibilit&#233;, la qualit&#233;, l'accessibilit&#233; des espaces publics offerts aux exp&#233;rimentations sociales, artistiques, culturelles, techniques &#224; grande &#233;chelle. La garantie &#224; tout r&#233;sident d'un revenu social de base, dont il est de plus en plus question dans toute l'Europe, n'a de sens qu'accompagn&#233;e d'une prolif&#233;ration des lieux d'auto-activit&#233;. Il faudra que chacun, chacune, soit sollicit&#233; et entra&#238;n&#233; dans le foisonnement tout autour de lui de groupes, groupements, &#233;quipes, clubs, ateliers qui cherchent &#224; le gagner &#224; leurs activit&#233;s &#233;cosophiques, politiques, artisanales, &#233;ducatives, etc. ; des espaces o&#249; se c&#244;toient des ateliers de danse, des salles de musique, des gymnases, des &#171; boutiques d'enfants &#187;, des &#171; boutiques de sant&#233; &#187; etc.. La ville comme laboratoire social, comme vous dites, et les espaces sociaux comme formes de la comp&#233;tition coop&#233;rative (votre cum petere) que vous trouvez par exemple dans les clubs de judo, les orchestres, les troupes th&#233;&#226;trales : l'excellence de chacun est le but et le souci de tous - et inversement. &#171; Le plein &#233;panouissement de chacun est la condition du plein &#233;panouissement de tous &#187;, disait le Manifeste du Parti Communiste. Vous retrouvez dans le concept d'intelligence collective, chez Pierre L&#233;vy, une actualisation de la m&#234;me id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Patrick Braouezec, dans une interview accord&#233;e aux P&#233;riph&#233;riques dans le dernier num&#233;ro affirmait : &#171; Si les partis politiques ne r&#233;ussissent pas &#224; faire leur r&#233;volution interne, alors cela veut dire que la forme parti est d&#233;pass&#233;e. &#187; Comment voyez-vous l'&#233;mergence d'une nouvelle gauche aujourd'hui capable de se tourner r&#233;solument vers le devenir et &#171; oser l'exode &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui peut agr&#233;ger en un grand mouvement et dans une perspective commune les &#171; r&#233;volutions mol&#233;culaires &#187;, comme les appelait Guattari, qui sont en cours dans tous les domaines ? Je vois trois aspects : 1&#176; La compr&#233;hension th&#233;orique de la mutation que nous vivons, de sa port&#233;e &#224; long terme, des impasses et des crises vers lesquelles elle se dirige. 2&#176; Une vision des contours de la soci&#233;t&#233; post-capitaliste et post-marchande susceptible de succ&#233;der aux d&#233;bris de la soci&#233;t&#233; salariale dont nous sortons. 3&#176; La capacit&#233; de concr&#233;tiser cette vision par des actions, des exigences, des propositions politiques &#224; la fois anticipatrices et plausibles, r&#233;alisables actuellement par des objectifs interm&#233;diaires. Il y a un quatri&#232;me facteur : les pannes, les &#233;checs, les risques d'implosion de plus en plus &#233;vidents auxquels conduit la mise en &#339;uvre de l'id&#233;ologie &#233;conomiste dominante. Les &#201;tats-Unis et la Grande-Bretagne sont &#224; la veille d'une r&#233;cession, l'Extr&#234;me-Orient est en &#233;tat de collapsus, en Europe le rejet de la &#171; pens&#233;e unique &#187; et de la politique unique impos&#233;e par le pouvoir financier mondialis&#233; a gagn&#233; beaucoup de terrain en deux ans. Je crois qu'une nouvelle gauche ne peut &#234;tre qu'une nouvelle extr&#234;me gauche, mais plurielle, non dogmatique, transnationale, &#233;cologique, porteuse d'un projet de civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yovan GILLES &lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;http://www.lesperipheriques.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lesperipheriques.org/article.php3?id_article=349&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; Num&#233;ro 21. Paris, d&#233;cembre 2007&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;http://www.lesperipheriques.org/article.php3?id_article=550&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sommaire dossier Andr&#233; Gorz&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;center&gt;&lt;b&gt;Les p&#233;riph&#233;riques vous parlent&lt;/b&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
B.P. 62 - 75462 Paris Cedex 10. +33 1 40 05 05 67 Fax. +33 1 44 79 03 06 &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;mailto:chaos@lesperipheriques.org&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;chaos@lesperipheriques.org&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La sortie du capitalisme a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#187;, Andr&#233; Gorz </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/La-sortie-du-capitalisme-a-deja-commence-Andre-Gorz</link>
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		<dc:date>2012-11-20T09:08:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andr&#233; Gorz *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Texte &#233;crit en 2007. La question de la sortie du capitalisme n'a jamais &#233;t&#233; plus actuelle. Elle se pose en des termes et avec une urgence d'une radicale nouveaut&#233;. Par son d&#233;veloppement m&#234;me, le capitalisme a atteint une limite tant interne qu'externe qu'il est incapable de d&#233;passer et qui en fait un syst&#232;me qui survit par des subterfuges &#224; la crise de ses cat&#233;gories fondamentales : le travail, la valeur, le capital. &lt;br class='autobr' /&gt; La crise du syst&#232;me se manifeste au niveau macro-&#233;conomique aussi bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte &#233;crit en 2007. La question de la sortie du capitalisme n'a jamais &#233;t&#233; plus actuelle. Elle se pose en des termes et avec une urgence d'une radicale nouveaut&#233;. Par son d&#233;veloppement m&#234;me, le capitalisme a atteint une limite tant interne qu'externe qu'il est incapable de d&#233;passer et qui en fait un syst&#232;me qui survit par des subterfuges &#224; la crise de ses cat&#233;gories fondamentales : le travail, la valeur, le capital.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La crise du syst&#232;me se manifeste au niveau macro-&#233;conomique aussi bien qu'au niveau micro-&#233;conomique. Elle s'explique principalement par un bouleversement technoscientifique qui introduit une rupture dans le d&#233;veloppement du capitalisme et ruine, par ses r&#233;percussions la base de son pouvoir et sa capacit&#233; de se reproduire. J'essaierai d'analyser cette crise d'abord sous l'angle macro-&#233;conomique [1], ensuite dans ses effets sur le fonctionnement et la gestion des entreprises [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &lt;/strong&gt; L'informatisation et la robotisation ont permis de produire des quantit&#233;s croissantes de marchandises avec des quantit&#233;s d&#233;croissantes de travail. Le co&#251;t du travail par unit&#233; de produit ne cesse de diminuer et le prix des produits tend &#224; baisser. Or plus la quantit&#233; de travail pour une production donn&#233;e diminue, plus le valeur produite par travailleur - sa productivit&#233; - doit augmenter pour que la masse de profit r&#233;alisable ne diminue pas. On a donc cet apparent paradoxe que plus la productivit&#233; augmente, plus il faut qu'elle augmente encore pour &#233;viter que le volume de profit ne diminue. La course &#224; la productivit&#233; tend ainsi &#224; s'acc&#233;l&#233;rer, les effectifs employ&#233;s &#224; &#234;tre r&#233;duits, la pression sur les personnels &#224; se durcir, le niveau et la masse des salaires &#224; diminuer. Le syst&#232;me &#233;volue vers une limite interne o&#249; la production et l'investissement dans la production cessent d'&#234;tre assez rentables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres attestent que cette limite est atteinte. L'accumulation productive du capital productif ne cesse de r&#233;gresser. Aux &#201;tats-Unis, les 500 firmes de l'indice Standard &amp; Poor's disposent de 631 milliards de r&#233;serves liquides ; la moiti&#233; des b&#233;n&#233;fices des entreprises am&#233;ricaines provient d'op&#233;rations sur les march&#233;s financiers. En France, l'investissement productif des entreprises du CAC 40 n'augmente pas m&#234;me quand leurs b&#233;n&#233;fices explosent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production n'&#233;tant plus capable de valoriser l'ensemble des capitaux accumul&#233;s, une partie croissante de ceux-ci conserve la forme de capital financier. Une industrie financi&#232;re se constitue qui ne cesse d'affiner l'art de faire de l'argent en n'achetant et ne vendant rien d'autre que diverses formes d'argent. L'argent lui-m&#234;me est la seule marchandise que l'industrie financi&#232;re produit par des op&#233;rations de plus en plus hasardeuses et de moins en moins ma&#238;trisables sur les march&#233;s financiers. La masse de capital que l'industrie financi&#232;re draine et g&#232;re d&#233;passe de loin la masse de capital que valorise l'&#233;conomie r&#233;elle (le total des actifs financiers repr&#233;sente 160 000 milliards de dollars, soit trois &#224; quatre fois le PIB mondial). La &#171; valeur &#187; de ce capital est purement fictive : elle repose en grande partie sur l'endettement et le &#171; &lt;i&gt;good will&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire sur des anticipations : la Bourse capitalise la croissance future, les profits futurs des entreprises, la hausse future des prix de l'immobilier, les gains que pourront d&#233;gager les restructurations, fusions, concentrations, etc. Les cours de Bourse se gonflent de capitaux et de leurs plus-values futurs et les m&#233;nages se trouvent incit&#233;s par les banques &#224; acheter (entre autres) des actions et des certificats d'investissement immobilier, &#224; acc&#233;l&#233;rer ainsi la hausse des cours, &#224; emprunter &#224; leur banque des sommes croissantes &#224; mesure qu'augmente leur capital fictif boursier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitalisation des anticipations de profit et de croissance entretien l'endettement croissant, alimente l'&#233;conomie en liquidit&#233;s dues au recyclage bancaire de plus-value fictives, et permet aux &#201;tats-Unis une &#171; croissance &#233;conomique &#187; qui, fond&#233;e sur l'endettement int&#233;rieur et ext&#233;rieur, est de loin le moteur principal de la croissance mondiale (y compris de la croissance chinoise). L'&#233;conomie r&#233;elle devient un appendice des bulles sp&#233;culatives entretenues par l'industrie financi&#232;re. Jusqu'au moment, in&#233;vitable, o&#249; les bulles &#233;clatent, entra&#238;nent les banques dans des faillites en cha&#238;ne, mena&#231;ant le syst&#232;me mondial de cr&#233;dit d'effondrement, l'&#233;conomie r&#233;elle d'une d&#233;pression s&#233;v&#232;re et prolong&#233;e (la d&#233;pression japonaise dure depuis bient&#244;t quinze ans) .&lt;br class='autobr' /&gt;
On a beau accuser le sp&#233;culation, les paradis fiscaux, l'opacit&#233; et le manque de contr&#244;le de l'industrie financi&#232;re (en particulier des hedge funds), la menace de d&#233;pression, voire d'effondrement qui p&#232;se sur l'&#233;conomie mondiale n'est pas due au manque de contr&#244;le ; elle est due &#224; l'incapacit&#233; du capitalisme de se reproduire. Il ne se perp&#233;tue et ne fonctionne que sur des bases fictives de plus en plus pr&#233;caires. Pr&#233;tendre redistribuer par voie d'imposition les plus-values fictives des bulles pr&#233;cipiterait cela m&#234;me que l'industrie financi&#232;re cherche &#224; &#233;viter : la d&#233;valorisation de masses gigantesque d'actifs financiers et la faillite du syst&#232;me bancaire. La &#171; restructuration &#233;cologique &#187; ne peut qu'aggraver la crise du syst&#232;me. Il est impossible d'&#233;viter une catastrophe climatique sans rompre radicalement avec les m&#233;thodes et la logique &#233;conomique qui y m&#232;nent depuis 150 ans. Si on prolonge la tendance actuelle, le PIB mondial sera multipli&#233; par un facteur 3 ou 4 d'ici &#224; l'an 2050. Or selon le rapport du Conseil sur le climat de l'ONU, les &#233;missions de CO2 devront diminuer de 85% jusqu'&#224; cette date pour limiter le r&#233;chauffement climatique &#224; 2&#176;C au maximum. Au-del&#224; de 2&#176;, les cons&#233;quences seront irr&#233;versibles et non ma&#238;trisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;croissance est donc un imp&#233;ratif de survie. Mais elle suppose une autre &#233;conomie, un autre style de vie, une autre civilisation, d'autres rapports sociaux. En leur absence, l'effondrement ne pourrait &#234;tre &#233;vit&#233; qu'&#224; force de restrictions, rationnements, allocations autoritaires de ressources caract&#233;ristiques d'une &#233;conomie de guerre. La sortie du capitalisme aura donc lieu d'une fa&#231;on ou d'une autre, civilis&#233;e ou barbare. La question porte seulement sur la forme que cette sortie prendra et sur la cadence &#224; laquelle elle va s'op&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme barbare nous est d&#233;j&#224; famili&#232;re. Elle pr&#233;vaut dans plusieurs r&#233;gions d'Afrique, domin&#233;es par des chefs de guerre, par le pillage des ruines de la modernit&#233;, les massacres et trafics d'&#234;tres humains, sur fond de famine. Les trois Mad Max &#233;taient des r&#233;cits d'anticipation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une forme civilis&#233;e de la sortie du capitalisme, en revanche, n'est que tr&#232;s rarement envisag&#233;e. L'&#233;vocation de la catastrophe climatique qui menace conduit g&#233;n&#233;ralement &#224; envisager un n&#233;cessaire &#034;changement de mentalit&#233;&#034;, mais la nature de ce changement, ses conditions de possibilit&#233;, les obstacles &#224; &#233;carter semblent d&#233;fier l'imagination. Envisager une autre &#233;conomie, d'autres rapports sociaux, d'autres modes et moyens de production et modes de vie passe pour &#171; irr&#233;aliste &#187;, comme si la soci&#233;t&#233; de la marchandise, du salariat et de l'argent &#233;tait ind&#233;passable. En r&#233;alit&#233; une foule d'indices convergents sugg&#232;rent que ce d&#233;passement est d&#233;j&#224; amorc&#233; et que les chances d'une sortie civilis&#233;e du capitalisme d&#233;pendent avant tout de notre capacit&#233; &#224; distinguer les tendances et les pratiques qui en annoncent la possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. &lt;/strong&gt; Le capitalisme doit son expansion et sa domination au pouvoir qu'il a pris en l'espace d'un si&#232;cle sur la production et la consommation &#224; la fois. En d&#233;poss&#233;dant d'abord les ouvriers de leurs moyens de travail et de leurs produits, il s'est assur&#233; progressivement le monopole des moyens de production et la possibilit&#233; de subsumer le travail. En sp&#233;cialisant, divisant et m&#233;canisant le travail dans de grandes installations, il a fait des travailleurs les appendices des m&#233;gamachines du capital. Toute appropriation des moyens de production par les producteurs en devenait impossible. En &#233;liminant le pouvoir de ceux-ci sur la nature et la destination des produits, il a assur&#233; au capital le quasi-monopole de l'offre, donc le pouvoir de privil&#233;gier dans tous les domaines les productions et les consommations les plus rentables, ainsi que le pouvoir de fa&#231;onner les go&#251;ts et d&#233;sirs des consommateurs, la mani&#232;re dont ils allaient satisfaire leurs besoins. C'est ce pouvoir que la r&#233;volution informationnelle commence de fissurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, l'informatisation a eu pour but de r&#233;duire les co&#251;ts de production. Pour &#233;viter que cette r&#233;duction des co&#251;ts entra&#238;ne une baisse correspondante du prix des marchandises, il fallait, dans toute la mesure du possible, soustraire celles-ci aux lois du march&#233;. Cette soustraction consiste &#224; conf&#233;rer aux marchandises des qualit&#233;s incomparables gr&#226;ce auxquelles elles paraissent sans &#233;quivalent et cessent par cons&#233;quent d'appara&#238;tre comme de simples marchandises.&lt;br class='autobr' /&gt;
La valeur commerciale (le prix) des produits devait donc d&#233;pendre davantage de leurs qualit&#233;s immat&#233;rielles non mesurables que de leur utilit&#233; (valeur d'usage) substantielle. Ces qualit&#233;s immat&#233;rielles - le style, la nouveaut&#233; le prestige de la marque, le raret&#233; ou &#171; exclusivit&#233; &#187; - devaient conf&#233;rer aux produits un statut comparable &#224; celui des &#339;uvres d'art : celles-ci ont une valeur intrins&#232;que, il n'existe aucun &#233;talon permettant d'&#233;tablir entre elles un rapport d'&#233;quivalence ou &#171; juste prix &#187;. Ce ne sont donc pas de vraies marchandises. Leur prix d&#233;pend de leur raret&#233;, de la r&#233;putation du cr&#233;ateur, du d&#233;sir de l'acheteur &#233;ventuel. Les qualit&#233;s immat&#233;rielles incomparables procurent &#224; la firme productrice l'&#233;quivalent d'un monopole et la possibilit&#233; de s'assurer une rente de nouveaut&#233;, de raret&#233;, d'exclusivit&#233;. Cette rente masque, compense et souvent surcompense la diminution de la valeur au sens &#233;conomique que la baisse des co&#251;ts de production entra&#238;ne pour les produits en tant que marchandises par essence &#233;changeable entre elles selon leur rapport d'&#233;quivalence. Du point de vue &#233;conomique, l'innovation ne cr&#233;e donc pas de valeur ; elle est le moyen de cr&#233;er de la raret&#233; source de rente et d'obtenir un surprix au d&#233;triment des produits concurrents. La part de la rente dans le prix d'une marchandise peut &#234;tre dix, vingt ou cinquante fois plus grand que son co&#251;t de revient, et cela ne vaut pas seulement pour les articles de luxe ; cela vaut aussi bien pour des articles d'usage courant comme les baskets, T-shirts, portables, disques, jeans etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or la rente n'est pas de m&#234;me nature que le profit : elle ne correspond pas &#224; la cr&#233;ation d'un surcro&#238;t de valeur, d'une plus-value. Elle redistribue la masse totale de le valeur au profit des entreprises renti&#232;res et aux d&#233;pends des autres ; elle n'augmente pas cette masse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La valeur travail est une id&#233;e d'Adam Smith qui voyait dans le travail la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'accroissement de la rente devient le but d&#233;terminent de la politique des firmes - plus important que le profit qui, lui, se heurte &#224; le limite interne indiqu&#233;e plus haut - la concurrence entre les firmes porte avant tout sur leur capacit&#233; et rapidit&#233; d'innovation. C'est d'elle que d&#233;pend avant tout la grandeur de leur rente. Elles cherchent donc a se surpasser dans le lancement de nouveaux produits ou mod&#232;les ou styles, par l'originalit&#233; du design, par l'inventivit&#233; de leurs campagnes de marketing, par la &#171; personnalisation &#187; des produits. L'acc&#233;l&#233;ration de l'obsolescence, qui va de pair avec la diminution de la durabilit&#233; des produits et de la possibilit&#233; de les r&#233;parer, devient le moyen d&#233;cisif d'augmenter le volume des ventes. Elle oblige les firmes &#224; inventer continuellement des besoins et des d&#233;sirs nouveaux , &#224; conf&#233;rer aux marchandises une valeur symbolique, sociale, &#233;rotique, &#224; diffuser une &#171; culture de la consommation &#187; qui mise sur l'individualisation, la singularisation, la rivalit&#233;, la jalousie, bref sur ce que j'ai appel&#233; ailleurs la &#171; socialisation antisociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout s'oppose dans ce syst&#232;me &#224; l'autonomie des individus ; &#224; leur capacit&#233; de r&#233;fl&#233;chir ensemble &#224; leurs fins communes et &#224; leurs besoins communs ; de se concerter sur la meilleure mani&#232;re d'&#233;liminer les gaspillages, d'&#233;conomiser les ressources, d'&#233;laborer ensemble, en tant que producteurs et consommateurs, une norme commune du suffisant - de ce que Jacques Delors appelait une &#171; abondance frugale &#187;. De toute &#233;vidence, la rupture avec la tendance au &#171; produire plus, consommer plus &#187; et la red&#233;finition autonome d'un mod&#232;le de vie visant &#224; faire plus et mieux avec moins, suppose la rupture avec une civilisation o&#249; on ne produit rien de ce qu'on consomme et ne consomme rien de ce qu'on produit ; o&#249; producteurs et consommateurs sont s&#233;par&#233;s et o&#249; chacun s'oppose &#224; lui-m&#234;me en tant qu'il est toujours l'un et l'autre &#224; la fois ; o&#249; tous les besoins et tous les d&#233;sirs sont rebattus sur le besoin de gagner de l'argent et le d&#233;sir de gagner plus ; o&#249; la possibilit&#233; de l'autoproduction pour l'autoconsommation semble hors de port&#233;e et ridiculement archa&#239;que - &#224; tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant : la &#171; dictature sur les besoins &#187; perd de sa force. L'emprise que les firmes exercent sur les consommateurs devient plus fragile en d&#233;pit de l'explosion des d&#233;penses pour le marketing et la publicit&#233;. La tendance &#224; l'autoproduction regagne du terrain en raison du poids croissant qu'ont les contenus immat&#233;riels dans la nature des marchandises. Le monopole de l'offre &#233;chappe petit &#224; petit au capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'&#233;tait pas difficile de privatiser et de monopoliser des contenus immat&#233;riels aussi longtemps que connaissances, id&#233;es, concepts mis en &#339;uvre dans la production et dans la conception des marchandises &#233;taient d&#233;finis en fonction de machines et d'articles dans lesquels ils &#233;taient incorpor&#233;s en vue d'un usage pr&#233;cis. Machines et articles pouvaient &#234;tre brevet&#233;s et la position de monopole prot&#233;g&#233;e. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e de connaissances et de concepts &#233;tait rendue possible par le fait qu'ils &#233;taient ins&#233;parables des objets qui les mat&#233;rialisaient. Ils &#233;taient une composante du capital fixe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout change quand les contenus immat&#233;riels ne sont plus ins&#233;parables des produits qui les contiennent ni m&#234;me des personnes qui les d&#233;tiennent ; quand ils acc&#232;dent a une existence ind&#233;pendante de toute utilisation particuli&#232;re et qu'ils sont susceptibles, traduits en logiciels, d'&#234;tre reproduits en quantit&#233;s illimit&#233;es pour un co&#251;t infime. Ils peuvent alors devenir un bien abondant qui, par sa disponibilit&#233; illimit&#233;e, perd toute valeur d'&#233;change et tombe dans le domaine public comme bien commun gratuit - &#224; moins qu'on ne r&#233;ussisse &#224; l'en emp&#234;cher en en interdisant l'acc&#232;s et l'usage illimit&#233;s auxquels il se pr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me auquel se heurte &#171; l'&#233;conomie de la connaissance &#187; provient du fait que la dimension immat&#233;rielle dont d&#233;pend le rentabilit&#233; des marchandises n'est pas, &#224; l'&#226;ge de l'informatique, de la m&#234;me nature que ces derni&#232;res : elle n'est la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ni des entreprises ni des collaborateurs de celles-ci ; elle n'est pas de par sa nature privatisable et ne peut par cons&#233;quent devenir une vraie marchandise. Elle peut seulement &#234;tre d&#233;guis&#233;e en propri&#233;t&#233; priv&#233;e et marchandise en r&#233;servant son usage exclusif par des artifices juridiques ou techniques (codes d'acc&#232;s secrets). Ce d&#233;guisement ne change cependant rien &#224; la r&#233;alit&#233; de bien commun du bien ainsi d&#233;guis&#233; : il reste une non-marchandise non vendable dont l'acc&#232;s et l'usage libres sont interdits parce qu'ils demeurent toujours possibles, parce que le guettent les &#171; copies illicites &#187;, les &#171; imitations &#187;, les usages interdits. Le soi-disant propri&#233;taire lui-m&#234;me ne peut les vendre c'est-&#224;-dire en transf&#233;rer la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#224; un autre, comme il le ferait pour une vraie marchandise ; il ne peut vendre qu'un droit d'acc&#232;s ou d'usage &#171; sous licence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie de la connaissance se donne ainsi pour base une richesse ayant vocation d'&#234;tre un bien commun, et les brevets et &lt;i&gt;copyrights&lt;/i&gt; cens&#233;s le privatiser n'y changent rien ; l'aire de la gratuit&#233; s'&#233;tend irr&#233;sistiblement. L'informatique et internet minent le r&#232;gne de la marchandise &#224; sa base. Tout ce qui est traduisible en langage num&#233;rique et reproductible, communicable sans frais tend irr&#233;sistiblement &#224; devenir un bien commun, voire un bien commun universel quand il est accessible &#224; tous et utilisable par tous. N'importe qui peut reproduire avec son ordinateur des contenus immat&#233;riels comme le design, les plans de construction ou de montage, les formules et &#233;quations chimiques ; inventer ses propres styles et formes ; imprimer des textes, graver des disques, reproduire des tableaux. Plus de 200 millions de r&#233;f&#233;rences sont actuellement accessibles sous licence &#171; cr&#233;ative commons &#187;. Au Br&#233;sil, o&#249; l'industrie du disque commercialise 15 nouveaux CD par an, les jeunes des favelas en gravent 80 par semaine et les diffusent dans la rue. Les trois quarts des ordinateurs produits en 2004 &#233;taient autoproduits dans les favelas avec les composants de mat&#233;riels mis au rebut. Le gouvernement soutient les coop&#233;ratives et groupements informels d'autoproduction pour l'auto approvisionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claudio Prado, qui dirige le d&#233;partement de la culture num&#233;rique au minist&#232;re de la Culture du Br&#233;sil, disait r&#233;cemment : &#034;L'emploi est une esp&#232;ce en voie d'extinction... Nous comptons sauter cette phase merdique du 20&#232; si&#232;cle pour passer directement du 19&#232; au 21&#232; si&#232;cle&#034;. L'autoproduction des ordinateurs par exemple a &#233;t&#233; officiellement soutenue : il s'agit de favoriser &#171; l'appropriation des technologies par les usagers dans un but de transformation sociale &#187;. La prochaine &#233;tape sera logiquement l'autoproduction de moyens de production. J'y reviendrai encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe pour le moment, c'est que la principale force productive et la principale source de rentes tombent progressivement dans le domaine public et tendent vers la gratuit&#233; ; que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et donc le monopole de l'offre deviennent progressivement impossibles ; que par cons&#233;quent l'emprise du capital sur la consommation se rel&#226;che et que celle-ci peut tendre &#224; s'&#233;manciper de l'offre marchande. Il s'agit l&#224; d'une rupture qui mine le capitalisme &#224; sa base. La lutte engag&#233;e entre les &#171; logiciels propri&#233;taires &#187; et les &#171; logiciels libres &#187; (libre, &#171; free &#187;, est aussi l'&#233;quivalent anglais de &#171; gratuit &#187;) a &#233;t&#233; Le coup d'envoi du conflit central de l'&#233;poque. Il s'&#233;tend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premi&#232;res - la terre, les semences, le g&#233;nome, les biens culturels, les savoirs et comp&#233;tences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les pr&#233;alables de l'existence d'une soci&#233;t&#233;. De la tournure que prendra cette lutte d&#233;pend la forme civilis&#233;e ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sortie implique n&#233;cessairement que nous nous &#233;manciperons de l'emprise qu'exerce le capital sur la consommation et de son monopole des moyens de production. Elle signifie l'unit&#233; r&#233;tablie du sujet de la production et du sujet de la consommation et donc l'autonomie retrouv&#233;e dans la d&#233;finition de nos besoins et de leur mode de satisfaction. L'obstacle insurmontable que le capitalisme avait dress&#233; sur cette voie &#233;tait la nature m&#234;me des moyens de production qu'il avait mis en place : ils constituait une m&#233;gamachine dont tous &#233;taient les serviteurs et qui nous dictait les fins &#224; poursuivre et la vie a mener. Cette p&#233;riode tire &#224; sa fin. Les moyens d'autoproduction high-tech rendent la m&#233;gamachine industrielle virtuellement obsol&#232;te. Claudio Prado invoque &#171; l 'appropriation des technologies &#187; parce que la cl&#233; commune de toutes, l'informatique, est appropriable par tous. Parce que, comme le demandait Ivan Illich, &#171; chacun peut [l']utiliser sans difficult&#233; aussi souvent ou aussi rarement qu'il le d&#233;sire... sans que l'usage qu'il en fait empi&#232;te sur le libert&#233; d'autrui d'en faire autant &#187; ; et parce que cet usage (il s'agit de la d&#233;finition illichienne des outils conviviaux) &#171; stimule l'accomplissement personnel &#187; et &#233;largit l'autonomie de tous. La d&#233;finition que Pekka Himanen donne de l'Ethique Hacker est tr&#232;s voisine : un mode de vie qui met au premier rang &#171; les joies de l'amiti&#233;, de l'amour, de la libre coop&#233;ration et de la cr&#233;ativit&#233; personnelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les outils &lt;i&gt;high-tech&lt;/i&gt; existants ou en cours de d&#233;veloppement, g&#233;n&#233;ralement comparables &#224; des p&#233;riph&#233;riques d'ordinateur, pointent vers un avenir o&#249; pratiquement tout le n&#233;cessaire et le d&#233;sirable pourra &#234;tre produit dans des ateliers coop&#233;ratifs ou communaux ; o&#249; les activit&#233;s de production pourront &#234;tre combin&#233;es avec l'apprentissage et l'enseignement, avec l'exp&#233;rimentation et la recherche, avec la cr&#233;ation de nouveaux go&#251;ts, parfums et mat&#233;riaux, avec l'invention de nouvelles formes et techniques d'agriculture, de construction, de m&#233;decine etc. Les ateliers communaux d'autoproduction seront interconnect&#233;s &#224;, l'&#233;chelle du globe, pourront &#233;changer ou mettre en commun leurs exp&#233;riences, inventions, id&#233;es, d&#233;couvertes. Le travail sera producteur de culture, l'autoproduction un mode d'&#233;panouissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux circonstances plaident en faveur de ce type de d&#233;veloppement. La premi&#232;re est qu'il existe beaucoup plus de comp&#233;tences, de talents et de cr&#233;ativit&#233; que l'&#233;conomie capitaliste n'en peut utiliser. Cet exc&#233;dent de ressources humaines ne peut devenir productif que dans une &#233;conomie o&#249; la cr&#233;ation de richesses n'est pas soumise aux crit&#232;res de rentabilit&#233;. La seconde est que &#171; l'emploi est une esp&#232;ce en voie d'extinction &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne dis pas que ces transformations radicales se r&#233;aliseront. Je dis seulement que, pour la premi&#232;re fois, nous pouvons vouloir qu'elles se r&#233;alisent. Les moyens en existent ainsi que les gens qui s'y emploient m&#233;thodiquement. Il est probable que ce seront des Sudam&#233;ricains ou des Sudafricains qui, les premiers, recr&#233;eront dans les banlieues d&#233;sh&#233;rit&#233;es des villes europ&#233;ennes les ateliers d'autoproduction de leur favela ou de leur &lt;i&gt;township&lt;/i&gt; d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andr&#233; Gorz&lt;/strong&gt;, 17 septembre 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite de ce dossier dans le num&#233;ro 28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NDLR :&lt;/strong&gt; Ce texte qu'Andr&#233; Gorz a termin&#233; d'&#233;crire le 17/09/2007 est une version revue et approfondie de celui &#233;crit pour le manifeste d'Utopia. Rebaptis&#233; pour notre dossier Le travail dans la sortie du capitalisme il a depuis &#233;t&#233; publi&#233; dans son livre posthume &#201;cologica sous le titre &#171; La sortie du capitalisme a d&#233;j&#224; commenc&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://ecorev.org/spip.php?article641&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ecorev&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, 7 janvier 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/La-sortie-du-capitalisme-a-deja-commence-Andre-Gorz&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 20 novembre 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La valeur travail est une id&#233;e d'Adam Smith qui voyait dans le travail la substance commune de toutes les marchandises et pensait que celles-ci s'&#233;changeaient en proportion de la quantit&#233; de travail qu'elles contenaient. La valeur travail n'a rien &#224; voir avec ce qu'on entend par l&#224; aujourd'hui et qui (chez Dominique M&#233;da entre autres) devrait &#234;tre d&#233;sign&#233; comme travail valeur (valeur morale, sociale, id&#233;ologique etc.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx a affin&#233; et retravaill&#233; la th&#233;orie d'A. Smith. En simplifiant &#224; l'extr&#234;me, on peut r&#233;sumer la notion &#233;conomique en disant : Une entreprise cr&#233;e de la valeur dans la mesure o&#249; elle produit une marchandise vendable avec du travail pour la r&#233;mun&#233;ration duquel elle met en circulation (cr&#233;e, distribue,) du pouvoir d'achat. Si son activit&#233; n'augmente pas la quantit&#233; d'argent en circulation elle ne cr&#233;e pas de valeur. Si son activit&#233; d&#233;truit de l'emploi elle d&#233;truit de la valeur. La rente de monopole consomme de la valeur cr&#233;e par ailleurs et se l'approprie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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