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	<title>El Correo</title>
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		<title>Le coronavirus pr&#233;cipite la crise, il ne la cause pas !</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Le-coronavirus-precipite-la-crise-il-ne-la-cause-pas</link>
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		<dc:date>2020-03-19T11:20:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Les &#201;conomistes Atterr&#233;s *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le Covid-19 va-t-il engendrer une crise &#233;conomique mondiale ? C'est ce que pr&#233;tendent certains commentateurs &#233;conomiques. Il est fort possible qu'il acc&#233;l&#232;re l'arriv&#233;e d'une r&#233;cession et m&#234;me qu'&#233;clate une crise financi&#232;re. Mais il faut distinguer facteur acc&#233;l&#233;rant ou pr&#233;cipitant (le virus) et cause (la suraccumulation financi&#232;re)...Economistes Aterres&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_9489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L218xH231/index-7-cf4ee.jpg?1694561047' width='218' height='231' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Covid-19 va-t-il engendrer une crise &#233;conomique mondiale ? C'est ce que pr&#233;tendent certains commentateurs &#233;conomiques. Il est fort possible qu'il acc&#233;l&#232;re l'arriv&#233;e d'une r&#233;cession et m&#234;me qu'&#233;clate une crise financi&#232;re. Mais il faut distinguer facteur acc&#233;l&#233;rant ou pr&#233;cipitant (le virus) et cause (la suraccumulation financi&#232;re). Car le ralentissement dans l'OCDE &#233;tait d&#233;j&#224; engag&#233; depuis au moins d&#233;but 2019. Et pourtant nos dominants, les repr&#233;sentants de l'oligarchie financi&#232;re, se pressent d&#233;j&#224; pour dire : &#171; la cause de nos difficult&#233;s est exog&#232;ne, c'est un virus impr&#233;vu. La finance, et ce que nous faisons avec, n'est pas en cause &#187;. C'est &#224; voir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poudre financi&#232;re est l&#224;, n'importe quelle &#233;tincelle peut la faire sauter. Ainsi la capitalisation boursi&#232;re des entreprises avait-elle plus que doubl&#233; depuis la crise financi&#232;re, alors que le PIB mondial n'avait augment&#233; que trois fois moins vite sur la m&#234;me p&#233;riode (+35% contre +113%, en dollars courants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A ceci, il faudrait ajouter la montagne de titres financiers de dette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&#171; Accumulation financi&#232;re et croissance du PIB &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;Source : Banque mondiale&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;L'ann&#233;e 2019 est estim&#233;e &#224; partir de l'&#233;volution moyenne de l'indice S&amp;P 500&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;Voir tableau dans le PDF ci-joint &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
C'est la conjonction de suraccumulation de poudre financi&#232;re et d'hyper connexion entre les &#233;conomies mondiales, dont des flux surtendus et des stocks qui tendent vers z&#233;ro, qui est responsable de l'&#233;pisode de crise violente qui peut &#224; pr&#233;sent se d&#233;clencher. Ceci parce que les m&#234;mes r&#232;gles profondes du capitalisme se sont appliqu&#233;es et se sont d&#233;velopp&#233;es depuis la crise financi&#232;re, &#224; savoir la priorit&#233; &#224; la rentabilit&#233; financi&#232;re et &#224; l'accumulation du capital, au d&#233;triment de la plan&#232;te comme au d&#233;triment des services publics, de l'emploi, et de la stabilit&#233; financi&#232;re. Et ceci, m&#234;me si certaines entorses ont &#233;t&#233; faites aux r&#232;gles institutionnelles, telles que certaines r&#232;gles de la BCE avec la mise en place du &#171; &lt;i&gt;quantitative easing&lt;/i&gt; &#187; et du TLTRO. Fondamentalement, la r&#233;ponse faite depuis 2008 a &#233;t&#233; de regonfler la valeur du capital et des profits, au lieu de faire jouer un autre r&#244;le aux banques et aux entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ceci, m&#234;me si certaines entorses ont &#233;t&#233; faites aux r&#232;gles institutionnelles, telles que certaines r&#232;gles de la BCE avec la mise en place du &#171; &lt;i&gt;quantitative easing&lt;/i&gt; &#187; et du TLTRO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mesures prises par les autorit&#233;s chinoises - confinement des personnes, limitation des d&#233;placements int&#233;rieurs et internationaux, fermeture des a&#233;roports ou de points de passage terrestres&#8230; - ont consid&#233;rablement ralenti la consommation des m&#233;nages, donc les importations de biens, mais aussi les flux touristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons que les autorit&#233;s chinoises n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; arr&#234;ter l'activit&#233; &#233;conomique, (bien qu'avec certaines dimensions autoritaires), eux qu'on taxe habituellement de productivisme&#8230; L&#224;, o&#249; dans nos pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, il est hors de question pour nos dirigeants d'arr&#234;ter la production &#8230; Car cela affecterait les profits !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise entra&#238;ne donc une s&#233;v&#232;re r&#233;cession de l'activit&#233; des branches concern&#233;es : tourisme, h&#244;tellerie, transport maritime et a&#233;rien et industrie du luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous avons r&#233;alis&#233; un calcul pr&#233;liminaire qui estime que cette crise co&#251;tera au moins 22 milliards de dollars [environ 20 milliards d'euros] au secteur&lt;/i&gt; &#187; du tourisme dans le monde, explique la pr&#233;sidente du Conseil mondial des voyages et du tourisme (WTTC) dans un entretien au quotidien &lt;i&gt;El Mundo&lt;/i&gt;, repris par &lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt;. Pour le secteur, le &#171; manque &#224; gagner &#187; (qui n'est pas int&#233;gralement une perte, car il y a en m&#234;me temps des d&#233;penses en moins) pourrait grimper &#224; 50 milliards de dollars si l'&#233;pid&#233;mie dure aussi longtemps que celle du SRAS, soit six mois, et &#224; plus de 70 milliards de dollars si elle se prolongeait davantage, selon &lt;i&gt;Oxford Economics&lt;/i&gt;. Ces chiffres convergent avec ceux de l'OMT (Organisation mondiale du tourisme) d'une diminution des recettes de 30 &#224; 50 milliards de dollars. Ils am&#232;neraient &#224; une chute de 3 %, comparable &#224; celle de 2019 (-4%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IATA (International air transport association), qui regroupe 290 compagnies a&#233;riennes, a estim&#233; les pertes de chiffre d'affaires des compagnies a&#233;riennes pour le transport de passagers entre 63 milliards de dollars - si la propagation du virus est 4/11 contenue - et 113 milliards de dollars - si le nouveau coronavirus continue &#224; se r&#233;pandre. Cette estimation ne prend pas en compte les pertes concernant le fret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres secteurs sont s&#233;rieusement p&#233;nalis&#233;s par la crise sanitaire en Chine, non pas du fait que ce pays constitue pour eux un d&#233;bouch&#233; commercial, mais parce qu'il est un sous-traitant essentiel pour leur &#171; proc&#232;s &#187; de fabrication. Selon les donn&#233;es publi&#233;es par la division de la Statistique des Nations Unies, la Chine repr&#233;sentait 28 % de la valeur ajout&#233;e de la production manufacturi&#232;re mondiale en 2018. L'int&#233;gration de la Chine appara&#238;t tout particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e dans le textile-cuir-habillement o&#249; la part de la valeur ajout&#233;e du &#171; made in China &#187; dans la demande finale mondiale monte &#224; pr&#232;s de 40 %, mais c'est aussi le cas dans la sid&#233;rurgie et la m&#233;tallurgie (plus de 29 %), dans le secteur des machines et &#233;quipements (28 %) jusqu'&#224; encore pr&#232;s de 24 % dans la chimie. C'est &#233;galement le cas dans l'automobile - l'&#233;quipementier Bosch, par exemple, compte presque autant de salari&#233;s en Chine qu'en Allemagne - ou encore dans la fabrication de smartphones o&#249; Apple a d&#251;, d&#232;s le 18 f&#233;vrier, publier un avertissement annon&#231;ant que ses cha&#238;nes de production de l'iPhone &#233;taient &#171; entrav&#233;es &#187;. Le secteur automobile est doublement touch&#233;, puisque la Chine constitue en m&#234;me temps un sous-traitant et un client essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette baisse de production est l'impact direct &#171; r&#233;el &#187;. Il y a aussi un impact financier (cours de Bourse, etc.). Et cet impact financier a aussi un effet r&#233;el qui peut &#234;tre violent, sur l'emploi, l'activit&#233;, etc. En effet, lorsqu'un grand groupe multinational voit son cours en bourse d&#233;visser, ses dirigeants vont supprimer des emplois, organiser des plans de licenciements, pour r&#233;percuter cette moins-value financi&#232;re en baisse du &#171; co&#251;t du travail &#187; sur ses salari&#233;s, comme sur le tissu &#233;conomique de sous-traitants et de PME. L'inventivit&#233; comptable financi&#232;re risque en outre de traduire cette moins-value financi&#232;re en l'affichage d'une perte comptable et donc en&lt;br class='autobr' /&gt;
moindre contribution aux imp&#244;ts. On a confi&#233; un &#233;norme pouvoir aux march&#233;s financiers et ils imposent leurs normes et leurs crit&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, au vu de la d&#233;gradation pr&#233;visible des r&#233;sultats des entreprises de ces secteurs, les investisseurs et autres actionnaires se sont-ils clairement d&#233;lest&#233;s de leurs actions, dont les perspectives de dividendes s'av&#232;rent bien compromises. Et, m&#234;me avec une perte de 20 %, le jeu en vaut la chandelle puisque ces actions avaient souvent &#233;t&#233; acquises &#224; un prix encore inf&#233;rieur. Rappelons en effet que le CAC 40, avant le d&#233;but de la crise sanitaire, avait cr&#251; de 27 % depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont donc d'abord les actions de ces secteurs expos&#233;s qui ont d&#233;viss&#233; le plus s&#233;v&#232;rement : les compagnies d'aviation (Air France KLM : -20 %), notamment &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt; (Easy Jet : -16 %), l'h&#244;tellerie (Accor : -20 %) et le luxe (LVMH : -9 %). L'automobile, doublement p&#233;nalis&#233;e, a particuli&#232;rement souffert avec des chutes de l'ordre de 20 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres peuvent para&#238;tre &#233;normes mais ils traduisent surtout une forme de &#171; correction &#187; boursi&#232;re, c'est-&#224;-dire un retour &#224; un niveau plus conforme &#224; la performance r&#233;elle de l'entreprise en termes de profit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la th&#233;orie financi&#232;re orthodoxe, la valeur normale d'une action est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, le CAC 40, qui a d&#233;viss&#233; de pr&#232;s de 23 %, n'est, en fait, que revenu au niveau qui &#233;tait le sien &#224; la mi 2019 (en ao&#251;t dernier, il y a six mois). Cependant, cela ne va pas forc&#233;ment emp&#234;cher les directions d'entreprise d'utiliser cette baisse pour justifier des mesures contre l'emploi. Plus significative encore et plus inqui&#233;tante est la chute des valeurs bancaires. Les valeurs bancaires ont perdu nettement plus que la moyenne des entreprises du CAC 40, avec des chutes de l'ordre de 35 %. Pourquoi cette chute ? Parce que les banques, notamment fran&#231;aises, sont particuli&#232;rement expos&#233;es au retournement de conjoncture. Et c'est justement cette situation qui, bien avant l'apparition du coronavirus, faisait pronostiquer une prochaine crise financi&#232;re par tous les observateurs &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cause principale de cette fragilit&#233;, c'est l'hypertrophie des titres financiers dans les bilans des banques (actions et obligations), r&#233;sultat de leur activit&#233; de march&#233; et de la titrisation qui s'est poursuivie, au d&#233;triment de leur activit&#233; traditionnelle de d&#233;p&#244;t et de cr&#233;dit aux m&#233;nages et aux entreprises. Il en a r&#233;sult&#233; depuis plusieurs ann&#233;es un gonflement du portefeuille de titres dans l'actif des banques au d&#233;triment des autres postes d'actifs tels que les cr&#233;dits, et donc une d&#233;pendance &#233;norme envers les &#233;volutions des march&#233;s financiers. Si l'on prend le bilan de l'ensemble des &#233;tablissements bancaires fran&#231;ais, les cr&#233;dits, qui repr&#233;sentaient 84 % des actifs en 1980, n'en repr&#233;sentent plus que 30 % en 2013. Cela se traduit par l'importance croissante des titres, mais aussi des emprunts interbancaires. L'ensemble repr&#233;sentait 19 % du passif des banques fran&#231;aises en 1980 et 51,5 % en 2013&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source : Autorit&#233; de Contr&#244;le prudentiel et de R&#233;solution.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et ces moyennes cachent de grandes disparit&#233;s. Ainsi, les actifs financiers repr&#233;sentent-ils en 2016 plus de 45 % de l'actif de la &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;BNPP&lt;/i&gt; - qui sont les deux banques les plus orient&#233;es vers les march&#233;s financiers. La valeur des banques est donc tr&#232;s d&#233;pendante de la valeur des titres qui figurent &#224; leur actif et donc, pour les actions, tr&#232;s sensible &#224; leur cours de Bourse. Un krach boursier d&#233;valorise instantan&#233;ment l'actif des banques. Or, la solvabilit&#233; des banques d&#233;pend de la valeur de ces actifs, ce qui mine leur capacit&#233; &#224; faire face &#224; un choc financier, par exemple le d&#233;faut de gros emprunteurs ou une panique conduisant les d&#233;posants &#224; retirer leur argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres fragilit&#233;s menacent le syst&#232;me bancaire. Il s'agit d'abord du &#171; risque cr&#233;dit &#187;, des risques li&#233;s au non remboursement des pr&#234;ts accord&#233;s par les banques. Or ce risque s'est consid&#233;rablement accru avec l'augmentation du volume des cr&#233;dits aux agents priv&#233;s, m&#233;nages et surtout entreprises, dop&#233;s par les taux tr&#232;s faibles actuels. La dette priv&#233;e des entreprises non financi&#232;res en zone euro, c'est 130 % du PIB, tandis que celle des m&#233;nages est de 70 %. Si on cumule dettes des m&#233;nages et des institutions priv&#233;es non financi&#232;res, on est donc &#224; plus de deux fois le revenu global annuel de la zone. En principe, les banques provisionnent les pertes potentielles li&#233;es &#224; ce risque. Mais au cours des derni&#232;res ann&#233;es, les banques ont peu provisionn&#233;. Elles sont donc d'autant plus en risque. Les analystes d'UBS &#171; &lt;i&gt;insistent sur les fragilit&#233;s du secteur li&#233;es &#224; la faiblesse des taux d'int&#233;r&#234;t, au faible niveau des provisions &#233;voluant &#224; la moiti&#233; de leur moyenne de long terme. Dans un environnement de taux durablement bas, la poursuite des ren&#233;gociations de cr&#233;dit aux conditions de march&#233; p&#232;sent sur la rentabilit&#233; des banques.&lt;/i&gt; &#187; Ceci sans parler de la titrisation consid&#233;rable d&#233;velopp&#233;e depuis la derni&#232;re crise financi&#232;re mondiale avec le &#171; &lt;i&gt;shadow banking&lt;/i&gt; &#187; (activit&#233; de cr&#233;dit r&#233;alis&#233;e, de fait, par des soci&#233;t&#233;s non bancaires titrisant des cr&#233;dits).
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&#171; Evolution du PIB &#187;&lt;br/&gt;
(% trimestriel, CVS, source OCDE)&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;Voir tableau dans le PDF ci-joint&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tous ces &#233;l&#233;ments de risque &#233;taient d&#233;j&#224; bien en place avant l'apparition du virus et ne dispara&#238;tront pas avec lui. Notons aussi que le ralentissement mondial de l'activit&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; tr&#232;s engag&#233;, au moins depuis le premier semestre 2019 comme l'illustre le graphique ci-dessus, en lien avec d'autres fragilit&#233;s de la mondialisation : la baisse des importations chinoises, la guerre commerciale lanc&#233;e par Donald Trump, les incertitudes du Brexit, bref les p&#233;rils de croissances fond&#233;es sur les exportations et non la demande int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ingr&#233;dients d'une crise majeure sont toujours l&#224;. D'autant que les Etats et les banques centrales ont aujourd'hui beaucoup moins de marge de man&#339;uvre qu'ils n'en avaient en 2008. Car entre-temps, la situation financi&#232;re des Etats s'est consid&#233;rablement d&#233;t&#233;rior&#233;e du fait de cette crise d'il y a dix ans, de sorte que ceux-ci sont beaucoup moins en capacit&#233; de r&#233;unir les moyens financiers n&#233;cessaires aujourd'hui : le renflouement public des banques qui a fonctionn&#233; dans les ann&#233;es qui ont suivi 2008 (aux frais des contribuables charg&#233;s de supporter les risques li&#233;s &#224; la d&#233;gradation des actifs des banques) ne pourra pas fonctionner cette fois-ci que de fa&#231;on tr&#232;s limit&#233;e, sauf &#224; laisser s'envoler l'endettement de l'Etat et accro&#238;tre la pression fiscale &#224; un niveau insupportable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#232;s 2008, Paul Boccara indiquait que la probabilit&#233; &#233;tait tr&#232;s forte d'avoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et du c&#244;t&#233; des banques centrales, la situation est aussi plus tendue. Si la BCE veut, ou doit, intervenir, l'outil essentiel qu'elle utilise, c'est son action sur les taux d'int&#233;r&#234;t, c'est-&#224;-dire les taux auxquels entreprises et particuliers empruntent de l'argent pour investir et les taux auxquels les banques se procurent des liquidit&#233;s aupr&#232;s de la BCE (refinancement). En cas de crise majeure, baisser les taux aiderait entreprises et particuliers &#224; maintenir l'activit&#233; et la consommation, ou tout du moins les revenus. Ces baisses de taux d'int&#233;r&#234;t sont cens&#233;es agir &#224; la fois directement et indirectement : baisse des taux des cr&#233;dits accord&#233;s aux entreprises ou aux&lt;br class='autobr' /&gt;
particuliers, apport peu co&#251;teux de liquidit&#233;s aux banques en contrepartie des cr&#233;dits qu'elles font aux entreprises. Mais aujourd'hui, les taux d'int&#233;r&#234;t sont au plus bas et leur diminution, serait forc&#233;ment limit&#233;e et n'apporterait que peu d'oxyg&#232;ne aux agents &#233;conomiques, si elle n'est pas porteuse d'une s&#233;lectivit&#233; nouvelle. Du c&#244;t&#233; de la Fed, le gonflement du bilan a lui aussi &#233;t&#233; consid&#233;rable. On peut consid&#233;rer que les marges de man&#339;uvre sont plus importantes aux Etats-Unis. Et elles le sont probablement. Ceci avant tout en raison du r&#244;le de monnaie de r&#233;serve mondiale que joue le dollar, de fait, sauf que les placements en bons du Tr&#233;sor (et par ricochet le dollar) font l'objet, depuis plusieurs mois d&#233;j&#224;, d'un relatif retrait des d&#233;tenteurs non-r&#233;sidents. En outre, il reste &#224; voir dans quelle mesure les Etats-Unis souhaitent jouer un r&#244;le coop&#233;ratif &#233;conomique mondial&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Resterait donc la reprise, ou plut&#244;t la poursuite &#224; plus grande &#233;chelle d'une politique non conventionnelle du type &#171; &lt;i&gt;quantitative easing&lt;/i&gt; &#187; consistant pour la BCE &#224; racheter des titres aux banques et aux entreprises pour leur fournir des liquidit&#233;s, ce qui en outre soutient les cours des titres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette politique elle-m&#234;me peut se heurter aux limites du march&#233; : la BCE et les banques centrales nationales de la zone euro d&#233;tiennent d&#233;j&#224; aujourd'hui 2 671 milliards d'euros de &#171; titres d&#233;tenus &#224; des fins de politique mon&#233;taire &#187; achet&#233;s depuis 2014. La BCE avait cess&#233; de faire cro&#238;tre ce portefeuille au d&#233;but de 2019. En octobre dernier, la mont&#233;e des tensions sur les march&#233;s l'a contrainte &#224; reprendre ses achats nets, au rythme de 20 milliards par mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi on entend partout dire &#171; nous n'avons plus de marges pour intervenir &#187;. En r&#233;alit&#233;, s'il n'y a plus de marges (ou &#171; moins &#187; de marges) c'est pour intervenir tous azimuts en soutien des profits. Car dans ce cas il faut injecter &#233;norm&#233;ment de liquidit&#233;s pour un effet tr&#232;s faible puisque une grande partie s'envole dans la sp&#233;culation. Au contraire, la question d'une intervention sous forme d'appui s&#233;lectif aux services publics et, via le refinancement, sous forme d'appui aux entreprises r&#233;alisant des investissements en faveur de l'emploi et de l'environnement est pos&#233;e plus que jamais. Elle est pos&#233;e d'abord par les besoins des h&#244;pitaux et du syst&#232;me sanitaire que la crise &#233;pid&#233;mique soumet &#224; surtension. Elle est pos&#233;e aussi pour toutes les entreprises, PME-TPE, artisans, petits commerces, qui vont avoir un besoin de tr&#233;sorerie pour faire face &#224; l'atonie temporaire de la demande. Et elle peut &#234;tre quantitativement tr&#232;s efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, le Covid-19 n'est pas l'origine de la crise, mais il en est &#224; la fois un acc&#233;l&#233;rateur et un r&#233;v&#233;lateur : un catalyseur. Un r&#233;v&#233;lateur des exc&#232;s dus &#224; la mondialisation telle qu'elle s'est d&#233;velopp&#233;e au cours des derni&#232;res ann&#233;es : financi&#232;re, d&#233;r&#233;gul&#233;e et antisociale. La recherche du profit a conduit les firmes multinationales &#224; cr&#233;er des cha&#238;nes de valeurs de plus en &#233;clat&#233;es et complexes, soit par investissement direct &#224; l'&#233;tranger (en implantant des usines dans les pays &#224; bas co&#251;ts dans les pays du Sud, en rachetant des entreprises au Nord par des fusions-acquisitions co&#251;teuses en capital pour prendre le contr&#244;le de technologies, de marques ou de r&#233;seaux commerciaux), soit par des contrats de sous-traitance, avec des &#233;changes transnationaux incessants de mati&#232;res premi&#232;res, de pi&#232;ces&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tach&#233;es, de demi-produits et de produits finis. Ces cha&#238;nes de fabrication &#233;clat&#233;es avaient d&#233;j&#224; montr&#233; les limites de leur efficacit&#233; en termes de co&#251;ts de transport et d'empreinte carbone, mais aussi du fait des luttes revendicatives des salari&#233;s des pays en d&#233;veloppement. De ce fait, on pouvait observer depuis 2017 un ralentissement du commerce mondial et m&#234;me, depuis le d&#233;but de 2019, une diminution des &#233;changes mondiaux. La crise du coronavirus aura r&#233;v&#233;l&#233; encore plus cr&#251;ment une limite encore plus s&#233;v&#232;re de la mondialisation : le risque de rupture des cha&#238;nes d'approvisionnement et la d&#233;pendance quasi totale vis-&#224;-vis de certains pays, dont la Chine, en produits essentiels pour la soci&#233;t&#233;. Elle constitue donc une occasion salutaire pour soulever l'exigence d'une ma&#238;trise des cha&#238;nes d'activit&#233; et de valeur avec de tout autres principes, avec d'autres crit&#232;res de localisation des productions et une organisation beaucoup plus coop&#233;rative et r&#233;partie. On voit bien, tout particuli&#232;rement, le besoin d'une production de m&#233;dicaments beaucoup plus r&#233;partie dans le monde, alors que les grands groupes dits &#171; &lt;i&gt;Big Pharma&lt;/i&gt; &#187; ont tr&#232;s largement install&#233; en Chine leurs sites mondiaux de production des principes actifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise sanitaire, qui a engendr&#233; une crise industrielle, s'est aussi r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre le d&#233;clencheur de la crise boursi&#232;re la plus grave depuis 2008. Dans la situation explosive rappel&#233;e plus haut, le covid19 a jou&#233; le r&#244;le d'&#233;tincelle sans qu'il soit encore possible de pr&#233;dire si cet embrasement restera limit&#233; ou se g&#233;n&#233;ralisera. Sont ainsi envisageables deux sc&#233;narii, comme le fait l'OCDE : un sc&#233;nario plut&#244;t optimiste dans lequel l'&#233;pid&#233;mie serait limit&#233;e dans l'espace et dans le temps. Dans ce sc&#233;nario, la crise boursi&#232;re de fin f&#233;vrier laisserait sans doute place &#224; un rebond, comme c'est d&#233;j&#224; le cas au d&#233;but du mois de mars. Selon l'organisation, le niveau du PIB mondial r&#233;gresserait de jusqu'&#224; &#190; pour cent au moment du pic de la crise, l'impact sur la croissance du PIB mondial sur l'ensemble de l'ann&#233;e 2020 se situant aux alentours de 0,5 point de pourcentage. Ce sc&#233;nario est maintenant p&#233;rim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sc&#233;nario plut&#244;t pessimiste de propagation du virus dans des zones plus larges (reste de l'Asie, Europe) et sur une dur&#233;e plus longue allant jusqu'en 2021 qui, selon l'organisation, se traduirait par une r&#233;duction du PIB mondial pouvant atteindre 1,75 pour cent au moment du pic de la crise pendant le dernier semestre de 2020, l'impact sur la croissance du PIB mondial sur l'ensemble de l'ann&#233;e 2020 &#233;tant proche de 1,5 point de pourcentage, soit de 1,5% au lieu des 3% de la croissance mondiale pr&#233;vue avant la crise du Covid-19, c'est &#224; dire une croissance deux fois moins vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, fid&#232;les &#224; eux-m&#234;mes, les &#233;conomistes de l'OCDE restent aveugles &#224; tout risque de crise financi&#232;re violente, et &#224; ses effets sur l'&#233;conomie dans son ensemble (emploi, activit&#233; &#233;conomique, PIB), par effet de contamination du financier vers le r&#233;el, les entreprises et banques r&#233;percutant leurs pertes sur tout le reste de l'&#233;conomie. Ce troisi&#232;me sc&#233;nario a pourtant une probabilit&#233; de r&#233;alisation tr&#232;s &#233;lev&#233;e. Mais l'OCDE se contente d'un pronostic de r&#233;cession plus ou moins molle, le pire &#233;tant &#233;vit&#233; gr&#226;ce notamment &#224; l'intervention des banques centrales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, dans leur sc&#233;nario pessimiste, ses &#233;conomistes pr&#233;voient une chute &#171; &lt;i&gt;des cours des actions au niveau mondial et les prix des produits de base hors denr&#233;es alimentaires ... de 20 % pendant les neuf premiers mois de 2020&lt;/i&gt; &#187;. On imagine mal comment une telle d&#233;pr&#233;ciation pourrait ne pas avoir un effet drastique sur la situation des banques et donc dans toute la sph&#232;re financi&#232;re auquel les banques centrales auront, cette fois, beaucoup de mal &#224; s'opposer, avec par contrecoup des effets sur l'emploi et l'activit&#233;. C'est vers une crise financi&#232;re de cette ampleur que nous nous dirigeons &#224; plus ou moins court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant les d&#233;cisions prises le 12 mars par le conseil des gouverneurs de la BCE sont des mesures d'ampleur somme toute limit&#233;e avec un l&#233;ger abaissement des taux d'int&#233;r&#234;t et un l&#233;ger &#233;largissement de ses rachats de titres (30 milliards d'euros par mois contre 80 milliards d'euros au plus fort de la crise, pour le &#171; &lt;i&gt;quantitative easing&lt;/i&gt; &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Le billet de Denis Durand ici : h ttps ://&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais les contraintes sont floues, voire inexistantes, les dogmes sont maintenus. La BCE reconna&#238;t implicitement la n&#233;cessit&#233; d'une tout autre s&#233;lectivit&#233;, mais en parole et sans s'en donner les moyens. Ainsi demande-t-elle poliment aux banques d' &#171; utiliser les effets positifs de ces mesures pour soutenir l'&#233;conomie et non pour accro&#238;tre la distribution de dividendes ou les r&#233;mun&#233;rations variables &#187;&#8230; Parole gratuite, non accompagn&#233;e d'actes ! Cette posture risque de se poursuivre. Et cela n'a d'ailleurs pas &#233;t&#233; jug&#233; suffisant par les march&#233;s pour stopper l'effondrement des Bourses, amorc&#233; le matin &#224; la suite des annonces de Donald Trump, qui s'est poursuivi apr&#232;s la publication des d&#233;cisions de la BCE. Deux points m&#233;ritent l'attention dans l'intervention de Christine Lagarde devant la presse : l'assouplissement de la politique mon&#233;taire doit b&#233;n&#233;ficier particuli&#232;rement aux PME ; mais elle n'a donn&#233; aucune indication sur les moyens que la BCE pr&#233;voit de mettre&lt;br class='autobr' /&gt;
en oeuvre &#224; cet effet. Surtout, la pr&#233;sidente de la BCE a lourdement soulign&#233; que la r&#233;ponse &#224; la crise doit &#234;tre &#171; avant tout budg&#233;taire &#187;. Elle a martel&#233; qu'une &#171; r&#233;ponse budg&#233;taire ambitieuse et coordonn&#233;e &#187; est n&#233;cessaire &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, et que cette r&#233;ponse doit &#234;tre annonc&#233;e &#224; l'Eurogroupe de lundi 16 mars. La relative retenue de ses actions de politique mon&#233;taire doit-elle donc &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme une forme de pression sur les gouvernements et sur la commission europ&#233;enne ? On peut en d&#233;duire logiquement que les gouverneurs de la BCE, comme beaucoup d'autres dirigeants europ&#233;ens, se sont r&#233;solus &#224; oublier&lt;br class='autobr' /&gt;
(temporairement ?) les crit&#232;res du Pacte de stabilit&#233; qui &#233;taient pr&#233;sent&#233;s nagu&#232;re comme intangibles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela en dit long sur l'inqui&#233;tude des milieux dirigeants, bien inform&#233;s de la situation financi&#232;re et conscients qu'ils n'ont jamais &#233;t&#233; aussi pr&#232;s de perdre le contr&#244;le des &#233;v&#233;nements &#233;conomiques et financiers. Mais cela en dit long aussi sur leur conservatisme pour leurs dogmes les plus profonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; la fois &#233;tincelle qui fait sauter la poudre financi&#232;re et r&#233;v&#233;latrice de l'&#233;tat de la situation &#233;conomique mondiale, la crise du Covid-19 met en lumi&#232;re les d&#233;ficiences du syst&#232;me financier international, l'impuissance croissante des organismes internationaux, et les choix d&#233;sastreux des banques centrales, enti&#232;rement consacr&#233;s &#224; pr&#233;server les banques, les march&#233;s financiers et leurs profits. Plus que jamais, elle confirme la n&#233;cessit&#233; de nouvelles institutions et de nouvelles politiques mon&#233;taires europ&#233;enne et mondiale pour financer le d&#233;veloppement, les services publics, et l'environnement. Elle confirme aussi la n&#233;cessit&#233; d'institutions et de mesures de politique &#233;conomique qui, dans les baisses d'activit&#233; qui pourraient s'imposer &#224; d'autres pays que la Chine, pr&#233;serveraient les salari&#233;s, leurs comp&#233;tences et leur emploi, au lieu de pr&#233;server le capital financier et sa valeur. Bref, il s'agirait de commencer vraiment par les finalit&#233;s de l'activit&#233; &#233;conomique : les &#234;tres humains et la Plan&#232;te !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Boccara*&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Alain Tournebise**&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;https://www.atterres.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les Economistes Aterr&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;daction achev&#233;e le 12 mars 2020 &#224; 19h00&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Fr&#233;d&#233;ric Boccara &lt;/strong&gt; est &#233;conomiste, dipl&#244;m&#233; de l'Ensae qui forme les administrateurs de l'Insee et docteur en sciences &#233;conomiques, sp&#233;cialiste des Entreprises (des firmes multinationales aux PME) et du syst&#232;me de cr&#233;dit, des transports et de l'environnement. Chercheur associ&#233; au CEPN-Paris 13. Il fait partie du collectif d'animation de la revue Economie et Politique. Il est membre du Conseil &#233;conomique, social et environnemental.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Alain Tournebise&lt;/strong&gt; est ing&#233;nieur Sup&#233;lec et directeur de la diffusion de Progressistes. Universit&#233; de Paris II - Panth&#233;on-Assas&lt;br class='autobr' /&gt;
1980 &#224; 1982 &#183; Droit International et Compar&#233; de l'Energie de l'Environnement &#183; Paris&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.atterres.org/article/le-coronavirus-pr%C3%A9cipite-la-crise-il-ne-la-cause-pas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les Economistes Atterr&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris le 12 mars 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A ceci, il faudrait ajouter la montagne de titres financiers de dette publique et priv&#233;e sous forme obligataire. Notons que l'OCDE vient justement de s'inqui&#233;ter du montant des obligations de dette priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans la th&#233;orie financi&#232;re orthodoxe, la valeur normale d'une action est cens&#233;e &#234;tre la somme actualis&#233;e des dividendes qu'elle rapporte au cours du temps.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Source : Autorit&#233; de Contr&#244;le prudentiel et de R&#233;solution.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#232;s 2008, Paul Boccara indiquait que la probabilit&#233; &#233;tait tr&#232;s forte d'avoir un autre &#233;pisode catastrophique une dizaine d'ann&#233;es apr&#232;s (nous y sommes), et que le d&#233;sarroi serait alors grand, car nous aurions beaucoup moins de munitions &#224; notre disposition. Il ajoutait, comparant la r&#233;cession de 1938 survenue 10 ans apr&#232;s 1929 : est-ce que ce nouvel &#233;pisode pr&#233;cipitera des politiques encore plus conflictuelles ou est-ce que cela permettra une prise de conscience &#224; la hauteur des r&#233;orientations et changements n&#233;cessaires ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Le billet de Denis Durand ici : h ttps ://&lt;a href=&#034;http://www.economie-et-politique.org/2020/03/13/rapide-analyse-desannonces-faites-par-la-bce-le-12-mars-2020/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.economie-et-politique.org/2020/03/13/rapide-analyse-desannonces-faites-par-la-bce-le-12-mars-2020/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; La le&#231;on grecque &#187; par Les &#201;conomistes Atterr&#233;s</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/La-lecon-grecque-par-Les-Economistes-Atterres</link>
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		<dc:creator>Les &#201;conomistes Atterr&#233;s *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Une rupture n&#233;cessaire&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; En janvier 2015, la Gr&#232;ce avait vot&#233; pour un parti, Syriza, qui proposait un tournant radical par rapport aux politiques suivies par les gouvernements pr&#233;c&#233;dents. Alternant de longues ann&#233;es au pouvoir, le Pasok et la Nouvelle d&#233;mocratie avaient maintenu la domination de quelques familles d'oligarques, la corruption g&#233;n&#233;ralis&#233;e et l'inefficacit&#233; de l'administration. Apr&#232;s l'entr&#233;e dans la zone euro, les d&#233;penses publiques ont nettement augment&#233;, ce qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une rupture n&#233;cessaire&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; En janvier 2015, la Gr&#232;ce avait vot&#233; pour un parti, Syriza, qui proposait un tournant radical par rapport aux politiques suivies par les gouvernements pr&#233;c&#233;dents. Alternant de longues ann&#233;es au pouvoir, le Pasok et la Nouvelle d&#233;mocratie avaient maintenu la domination de quelques familles d'oligarques, la corruption g&#233;n&#233;ralis&#233;e et l'inefficacit&#233; de l'administration. Apr&#232;s l'entr&#233;e dans la zone euro, les d&#233;penses publiques ont nettement augment&#233;, ce qui pouvait se justifier dans une perspective de rattrapage, mais les imp&#244;ts ont fortement baiss&#233;, induisant un fort d&#233;ficit public : le solde primaire (hors charges d'int&#233;r&#234;ts) est pass&#233; d'un exc&#233;dent de 3% en 2000 &#224; un d&#233;ficit de 2,4% en 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes dirigeantes n'ont pas profit&#233; des bas taux d'int&#233;r&#234;t permis par l'appartenance &#224; la zone euro pour d&#233;velopper l'industrie et le secteur productif en Gr&#232;ce. La croissance a &#233;t&#233; forte (4,1% de 1998 &#224; 2007), mais insoutenable : le d&#233;ficit ext&#233;rieur d&#233;passait 10% du PIB en 2007. Cette d&#233;rive participait au creusement des disparit&#233;s dans la zone euro entre les pays du Nord, en particulier l'Allemagne, qui avaient choisi une strat&#233;gie de recherche de comp&#233;titivit&#233; et d'accumulation d'exc&#233;dents ext&#233;rieurs, nuisible &#224; leurs partenaires, et les pays du Sud, dont la croissance soutenue s'accompagnait de forts d&#233;ficits ext&#233;rieurs, financ&#233;s sans peine jusqu'&#224; la crise gr&#226;ce &#224; la confiance des march&#233;s financiers en la solidit&#233; de l'euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La crise financi&#232;re de 2008 et la crise des dettes des pays du Sud n'ont pas &#233;t&#233; l'occasion d'une rupture r&#233;fl&#233;chie de la strat&#233;gie de la zone euro. Au contraire, elles ont permis aux institutions europ&#233;ennes d'imposer une strat&#233;gie aust&#233;rit&#233;/r&#233;formes structurelles lib&#233;rales, fruit de l'alliance entre l'ordo-lib&#233;ralisme &#224; l'allemande et le lib&#233;ralisme &#224; l'anglo-saxonne des technocraties nationales et europ&#233;ennes. Cette strat&#233;gie s'inscrit dans l'objectif des classes dirigeantes europ&#233;ennes : utiliser la construction europ&#233;enne pour mettre en cause le mod&#232;le social europ&#233;en, pour r&#233;duire les d&#233;penses publiques et sociales, pour affaiblir le droit du travail et les r&#233;gulations &#233;conomiques. Elle suppose de r&#233;duire les pouvoirs des gouvernements nationaux soumis au verdict d&#233;mocratique pour augmenter le poids des r&#232;gles, des instances europ&#233;ennes, des comit&#233;s d'experts ind&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s de la Gr&#232;ce, du Portugal, de l'Irlande, &#224; un degr&#233; moindre celles de l'Italie et de l'Espagne, ont permis &#224; cette strat&#233;gie de se d&#233;ployer. Les aides octroy&#233;es se sont accompagn&#233;es de la mise en place de protocoles d'entente (&lt;i&gt;Memorandum of understanding&lt;/i&gt;) imposant aux pays aid&#233;s des politiques d'aust&#233;rit&#233; et des r&#233;formes d&#233;finies par la Tro&#239;ka (la Commission, la BCE, le FMI). M&#234;me les pays qui n'ont pas besoin d'aide financi&#232;re (la France, par exemple) doivent s'inscrire dans cette pratique en respectant les normes du Trait&#233; budg&#233;taire (qui interdit les politiques budg&#233;taires discr&#233;tionnaires, qui impose des politiques restrictives jusqu'&#224; ce que le solde primaire structurel soit en quasi-&#233;quilibre et la dette publique inf&#233;rieure &#224; 60% du PIB, c'est-&#224;-dire toujours) et en pr&#233;sentant un programme national de r&#233;formes, d'inspiration lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, bien que le bas niveau des taux d'int&#233;r&#234;t et les menaces de d&#233;flation montrent que la zone souffre d'un d&#233;ficit de demande, les pays &#224; fort exc&#233;dent ext&#233;rieur ne sont gu&#232;re mis en accusation ; l'Europe tol&#232;re les politiques de concurrence fiscale destructrices du Luxembourg, de l'Irlande et des Pays-Bas ; elle feint d'oublier que la cause de la crise, ce sont les march&#233;s financiers (ni les d&#233;penses publiques, ni les hausses excessives de salaires), de sorte que discipliner ces march&#233;s est la r&#233;forme structurelle la plus urgente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie a naturellement &#233;chou&#233; &#224; r&#233;tablir la croissance dans la zone euro ; elle a eu des cons&#233;quences dramatiques en termes de ch&#244;mage et de niveau de vie pour les pays du Sud. Dans la plupart des pays de la zone, la dette publique a continu&#233; &#224; augmenter relativement au PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gr&#232;ce a &#233;t&#233; contrainte de faire des efforts consid&#233;rables (de l'ordre de 28 points de PIB, soit une baisse des d&#233;penses publiques de 20 points de PIB et des mesures de hausses d'imp&#244;ts de 8 points de PIB). Son PIB a baiss&#233; de 25 %, le taux de ch&#244;mage d&#233;passe 25 % et la pauvret&#233; frappe 23 % de la population[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le programme de Syriza.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Devant l'&#233;chec des politiques d'aust&#233;rit&#233; en Europe et en Gr&#232;ce, le programme de Syriza comportait quatre points forts : la fin des politiques d'aust&#233;rit&#233; et des mesures sociales (hausse des salaires et des retraites les plus faibles, retour &#224; l'universalit&#233; de l'assurance maladie, restauration des services publics) ; la lutte contre la corruption dans l'administration et dans l'&#233;conomie grecque (en particulier la r&#233;forme fiscale, la lutte contre la fraude et l'&#233;vasion fiscales) ; le renouveau productif par la relance de l'investissement public et priv&#233;. L'Europe se serait grandie en acceptant d'accompagner cet effort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syriza proposait de plus la tenue d'une conf&#233;rence europ&#233;enne sur les dettes publiques dans la zone euro ; il n'est en effet pas concevable que la plupart des pays de la zone soient condamn&#233;s &#224; de longues ann&#233;es d'aust&#233;rit&#233; dans l'objectif illusoire de r&#233;duire ainsi le poids des dettes publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syriza avait mal &#233;valu&#233; le rapport de force en Europe. Certes, la Gr&#232;ce avait atteint en 2014 l'&#233;quilibre budg&#233;taire primaire, de sorte qu'elle n'avait plus besoin d'augmenter son endettement. Mais elle doit trouver, mois apr&#232;s mois, les fonds n&#233;cessaires pour payer les int&#233;r&#234;ts et faire tourner sa dette (emprunter pour rembourser les emprunts venant &#224; &#233;ch&#233;ance). Cela, qui ne pose pas probl&#232;me pour un pays en temps ordinaire, donne un pouvoir de contr&#244;le continuel aux cr&#233;anciers. Syriza (et, en particulier, le ministre des finances Yanis Varoufakis) pensait que l'&#233;chec des politiques aust&#233;rit&#233;/r&#233;formes lib&#233;rales &#233;tait si patent qu'il trouverait des alli&#233;s en Espagne, en Italie, au Portugal, en France, dans les partis de gauche et dans les forces syndicales. Mais pour les classes dominantes, pour les technocraties europ&#233;ennes et nationales, pour l'Allemagne, ces politiques sont une composante oblig&#233;e de la monnaie unique, de sorte qu'elles ont tout fait, et feront toujours tout, pour emp&#234;cher leur remise en cause. Elles ne sont pas n&#233;gociables. Un pays qui les refuse doit quitter la zone euro. Un d&#233;luge de propagande s'est abattu sur les peuples europ&#233;ens, s'appuyant sur les errements des classes dirigeantes grecques d'avant 2010, pour leur faire croire qu'ils avaient pay&#233; et devraient payer pour la Gr&#232;ce, comme si la cause de la crise de 2008 &#233;tait la Gr&#232;ce et non l'avidit&#233; de march&#233;s financiers, comme si la cause des hausses d'imp&#244;ts et des baisses des d&#233;penses publiques et sociales depuis 2010, c'&#233;tait la Gr&#232;ce et non les politiques d'aust&#233;rit&#233;. Mais, les partis de gauche qui avaient accept&#233; de se plier dans leur pays &#224; des politiques d'aust&#233;rit&#233; et de r&#233;formes lib&#233;rales n'ont pas soutenu la Gr&#232;ce. C'&#233;tait &#224; la France, &#224; l'Italie et &#224; l'Espagne en juin 2012 de parler haut et fort pour dire clairement que les politiques de comp&#233;titivit&#233; et d'exc&#233;dents massifs de l'Allemagne, que les politiques d'aust&#233;rit&#233; des institutions europ&#233;ennes, que les r&#233;formes lib&#233;rales brisaient la croissance en Europe, mettaient en cause le dynamisme &#233;conomique et social des pays membres, qu'une rupture &#233;tait n&#233;cessaire, vers une politique visant explicitement le d&#233;veloppement &#233;conomique et social, la r&#233;sorption coordonn&#233;e des d&#233;s&#233;quilibres en Europe, le renouveau productif pr&#233;parant la transition &#233;cologique. Ils ne l'ont pas fait, acceptant de fait la strat&#233;gie lib&#233;rale (se contentant pour la France de tra&#238;ner les pieds). Yanis Varoufakis l'a exp&#233;riment&#233; : avoir raison sur le pur plan &#233;conomique ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, depuis f&#233;vrier 2015, la strat&#233;gie de la Commission, du Conseil Europ&#233;en et de la BCE a consist&#233; &#224; tenter de briser Syriza et la Gr&#232;ce, en r&#233;duisant les possibilit&#233;s de financement des banques grecques, en jetant le doute sur le maintien de la Gr&#232;ce dans la zone euro, en conditionnant la maintien des aides &#224; la renonciation de Syriza &#224; mettre en &#339;uvre le programme sur lequel il avait &#233;t&#233; &#233;lu. Leur objectif &#233;tait de briser le mouvement Syriza, de remplacer le gouvernement Tsipras par un gouvernement de technocrates ou par un gouvernement d'union nationale, faisant revenir au pouvoir les repr&#233;sentants dociles des oligarques du Pasok, de la Nouvelle d&#233;mocratie ou de To Potami. Par le r&#233;f&#233;rendum, Tsipras a montr&#233; que la masse de la population &#233;tait derri&#232;re lui, mais cela n'avait aucune importance pour les Institutions europ&#233;ennes et les pays du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un texte inacceptable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Financi&#232;rement &#233;trangl&#233;e, directement menac&#233;e d'&#234;tre expuls&#233;e de la zone euro (cela en dehors de tout cadre juridique), la Gr&#232;ce a accept&#233; le 13 juillet au petit matin un texte inacceptable, &#233;crit pour humilier le gouvernement grec, pour briser Syriza. Le texte marque la mise sous tutelle de la Gr&#232;ce, avec l'arrogance qu'avaient jadis les colonisateurs envers leurs protectorats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte impose &#224; la Gr&#232;ce de demander un nouvelle aide du FMI, afin que celui-ci reste partie prenante dans sa surveillance. L'Europe s'avoue incapable de g&#233;rer seule ses probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les institutions (CE, FMI et BCE) reviendront &#224; Ath&#232;nes surveiller le gouvernement et l'administration. Tout projet de loi, dans les domaines concern&#233;s, devra &#234;tre soumis aux institutions avant m&#234;me les d&#233;bats publics et parlementaires. Toutes les dispositions vot&#233;es depuis f&#233;vrier que les institutions jugeraient contraires au memorandum accept&#233; par le gouvernement pr&#233;c&#233;dent devront &#234;tre revues. La d&#233;mocratie est bafou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte impose au parlement grec de voter en catastrophe la r&#233;forme de la TVA, celles des retraites, la mise en place d'un conseil budg&#233;taire ind&#233;pendant, la r&#233;forme de la proc&#233;dure civile (pour faciliter les expulsions des m&#233;nages qui ne pourront payer les &#233;ch&#233;ances de leurs emprunts immobiliers) et de la proc&#233;dure de redressement des banques (pour permettre de confisquer les d&#233;p&#244;ts importants dans les banques en difficult&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il impose &#224; la Gr&#232;ce d'atteindre un exc&#233;dent primaire de 3,5 points de PIB en 2018, soit un nouvel effort d'aust&#233;rit&#233;. Si l'objectif n'est pas atteint, et il ne le sera pas, les d&#233;penses publiques seront automatiquement r&#233;duites. Comme cela p&#232;sera sur la croissance et r&#233;duira les rentr&#233;es fiscales, la Gr&#232;ce est condamn&#233;e &#224; un nouvel effort budg&#233;taire d'au moins 6 points de PIB. Bizarrement, le texte oublie d'&#233;voquer le solde structurel qui est la base du Trait&#233; budg&#233;taire : en 2014, la Gr&#232;ce avait le deuxi&#232;me plus fort exc&#233;dent structurel de la zone (1 % du PIB) selon les estimations m&#234;mes de la Commission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gr&#232;ce devra nettement r&#233;duire le niveau des retraites, supprimer la prestation compl&#233;mentaire aux retraites les plus faibles. Elle devra &#233;quilibrer son syst&#232;me de retraite d'ici octobre 2015. La TVA devra &#234;tre augment&#233;e d'un point de PIB. Les r&#233;ductions de TVA dans les &#238;les devront &#234;tre supprim&#233;es. Les subventions &#224; l'agriculture devront &#234;tre fortement r&#233;duites. La Gr&#232;ce devra ob&#233;ir aux injonctions des cr&#233;anciers en mati&#232;re de concurrence (ouverture des magasins le dimanche, p&#233;riodes de soldes, r&#233;glementation des pharmacies, boulangeries, laiteries, etc.) et de droit du travail. La r&#233;forme de l'administration grecque, que souhaitait Syriza, se fera &#171; sous l'&#233;gide de la Commission &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des actifs publics de valeur devront &#234;tre transf&#233;r&#233;s dans un fonds de privatisation, qui garantira le remboursement du nouveau pr&#234;t. Les privatisations sont cens&#233;es d&#233;gager 50 milliards d'euros (dont les premiers 25 milliards serviraient &#224; rembourser la recapitalisation des banques, le solde servant pour moiti&#233; &#224; r&#233;duire la dette, et pour moiti&#233; &#224; l'investissement). En fait, ces 50 milliards, le quart du PIB, sont une sur&#233;valuation grossi&#232;re des recettes possibles ; les privatisations n'ont rapport&#233; que 7,7 milliards jusqu'&#224; pr&#233;sent (dont 3,5 milliards effectivement vers&#233;s). Le FMI &#233;value &#224; 7 milliards le produit potentiel des nouvelles privatisations. Le Gr&#232;ce est contrainte de vendre &#224; bas prix ses ports, ses infrastructures publiques, ses entreprises de t&#233;l&#233;phonie et d'&#233;nergie &#224; des soci&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res souvent alli&#233;es aux oligarques. C'est la ru&#233;e des charognards pour d&#233;pecer le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte annonce que la Gr&#232;ce pourrait b&#233;n&#233;ficier de 35 milliards d'euros dans les 3 &#224; 5 ans &#224; venir pour soutenir l'investissement. Mais, il s'agit pour l'essentiel des fonds structurels, d&#233;j&#224; pr&#233;vus, que la Gr&#232;ce a du mal &#224; mobiliser car ils supposent un co-financement grec, impossible &#224; assurer aujourd'hui compte tenu des contraintes financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quasi-totalit&#233; du programme d'aide envisag&#233; ne correspond pas &#224; de nouveaux financements, mais au simple renouvellement des aides d&#233;j&#224; octroy&#233;es. D'ailleurs, sur les 270 milliards d'aide d&#233;j&#224; octroy&#233;s &#224; la Gr&#232;ce, seuls 26 milliards ont effectivement b&#233;n&#233;fici&#233; aux Grecs, le reste a servi &#224; racheter la dette que d&#233;tenaient les banques ou d'autres cr&#233;anciers priv&#233;s. Le texte refuse nettement toute r&#233;duction de la dette (dont la soutenabilit&#233; est pourtant reconnue comme douteuse) ; il envisage cependant un &#233;ventuel allongement des d&#233;lais de remboursement si le programme impos&#233; est mis en &#339;uvre int&#233;gralement. Par contre, le FMI a indiqu&#233; que, selon lui, la dette grecque &#233;tait insoutenable, de sorte qu'il n'accorderait de nouveaux pr&#234;ts que si l'Europe acceptait une r&#233;duction de sa cr&#233;ance. Le risque de sortie de la Gr&#232;ce n'est donc pas &#233;cart&#233;. La Gr&#232;ce reste sous la menace de ne pas &#234;tre aid&#233;e si elle ne respecte pas scrupuleusement le programme impos&#233;. En tout &#233;tat de cause, de nouvelles n&#233;gociations seront p&#233;riodiquement n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme r&#233;alise le r&#234;ve de toujours de la Commission : mettre compl&#232;tement un &#201;tat sous tutelle, lui imposer aust&#233;rit&#233; et r&#233;formes structurelles, dicter au parlement et au gouvernement, ligne par ligne, ce qu'ils doivent voter et faire. Vous aviez dit &#171; d&#233;mocratie &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant la m&#233;thode habituelle des institutions europ&#233;ennes, le pays est mis en accusation, somm&#233; de se r&#233;former sans que jamais la politique europ&#233;enne ne soit questionn&#233;e. Pourquoi l'Europe ne contribue-t-elle pas &#224; la restauration des finances publiques grecques par la lutte contre l'&#233;vasion fiscale des Grecs les plus riches, par la confiscation de leurs comptes au Luxembourg ou en Suisse, par des mesures fortes contre l'optimisation fiscale des armateurs grecs et des entreprises op&#233;rant en Gr&#232;ce, par la mise en cause de la corruption en mati&#232;re de travaux et de commandes publics organis&#233;e par des entreprises allemandes et fran&#231;aises ? Le Luxembourg (pays de Jean-Claude Juncker, pr&#233;sident de la Commission), les Pays-Bas (pays du Jeroen Dijsselbloem, pr&#233;sident de l'Eurogroupe) sont-ils innocents ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce la peine d'analyser les absurdit&#233;s de ce programme sur le plan &#233;conomique et social ? De toute &#233;vidence, il n'est pas fait pour sortir la Gr&#232;ce de l'orni&#232;re. Apr&#232;s 28 points de PIB d'aust&#233;rit&#233;, en faut-il 6 de plus ? Comment relancer l'investissement et la production, dans un pays frapp&#233; par une nouvelle cure d'aust&#233;rit&#233;, sous la menace d'une dette insoutenable ? Faut-il d'urgence r&#233;duire les retraites qui sont souvent le seul revenu de familles frapp&#233;es par le ch&#244;mage des jeunes et des adultes ? Faut-il faciliter les licenciements dans un pays qui a 25% de ch&#244;mage ? Dans un pays o&#249; de nombreux commerces sont en faillite, l'urgence est-elle de r&#233;former l'ouverture le dimanche et les p&#233;riodes de soldes ? Pourquoi interdire &#224; un pays des pratiques (comme une TVA r&#233;duite pour les &#238;les) auxquelles beaucoup de pays europ&#233;ens n'ont pas eu &#224; renoncer ? Un pays s'enrichit-il en vendant ses entreprises &#224; bas prix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cr&#233;anciers n'ont fait preuve ni de solidarit&#233;, ni de responsabilit&#233;. L'Europe aurait d&#251; enregistrer la volont&#233; du peuple grec et de Syriza de rompre avec les pratiques archa&#239;ques, de r&#233;former l'administration et la soci&#233;t&#233;. Elle aurait d&#251; accepter un net rel&#226;chement de l'aust&#233;rit&#233; et surtout contribuer &#224; un plan de relance de l'investissement productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement grec a c&#233;d&#233;, apr&#232;s s'&#234;tre bien battu. Qui peut lui en faire reproche ? Il a d&#251; combattre les man&#339;uvres de la BCE, qui, au lieu de jouer le r&#244;le normal d'une banque centrale, soutenir l'&#201;tat et le syst&#232;me bancaire, a priv&#233; l'&#201;tat et les banques de liquidit&#233;s et a favoris&#233; la ru&#233;e sur les d&#233;p&#244;ts bancaires par des d&#233;clarations irresponsables. Il a d&#251; combattre la menace de Wolfgang Sch&#228;uble d'une expulsion de la zone euro (le Grexit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souhait de la population de rester dans la zone euro l'obligeait &#224; rechercher un accord europ&#233;en. Il a &#233;t&#233; affaibli par la situation m&#234;me de la Gr&#232;ce. Une sortie de la zone euro dans un pays min&#233; par 10 ans de perte de comp&#233;titivit&#233; puis 5 ann&#233;es d'aust&#233;rit&#233; aurait impos&#233; de nouveaux sacrifices aux Grecs. Le risque de chaos financier &#233;tait grand ; les pays europ&#233;ens n'auraient pas aid&#233; la Gr&#232;ce &#224; r&#233;duire ses dettes publiques et priv&#233;es ; au contraire, ils auraient pu bloquer juridiquement ses possibilit&#233;s de s'endetter et de commercer ; la reprise industrielle aurait eu du mal &#224; s'enclencher compte tenu des difficult&#233;s d'approvisionnement en mati&#232;res premi&#232;res et produits import&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut regretter cependant que le gouvernement n'ait pas engag&#233; de r&#233;formes fortes comme la r&#233;forme fiscale et la r&#233;forme bancaire, ou encore la mobilisation sociale pour le renouveau productif, mais l'Europe ne lui a gu&#232;re laiss&#233; de marge de man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nature de la zone euro&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte impos&#233; &#224; la Gr&#232;ce, comme la conduite des n&#233;gociations, posent la question de la nature de la zone euro. L'Allemagne, forte de ses exc&#233;dents commerciaux, ses chevau-l&#233;gers (la Finlande, la Slovaquie, les pays baltes, etc.), la Commission, la BCE ont impos&#233; leurs vues&#8230; avec la b&#233;n&#233;diction des dirigeants de l'ensemble des &#201;tats membres. Pour eux, l'euro est indissociable de politiques d'aust&#233;rit&#233; et de r&#233;formes structurelles lib&#233;rales men&#233;es sous la tutelle de la technocratie europ&#233;enne, dans le respect des r&#232;gles des trait&#233;s. Les votes qui peuvent avoir lieu au niveau des nations n'ont aucune importance. La question d&#233;mocratique est pos&#233;e. Les pays de la zone euro sont-ils maintenant sous protectorat allemand ou sont-ils gouvern&#233;s par la technocratie lib&#233;rale, sous la menace des march&#233;s financiers ? L'exp&#233;rience montre qu'il est vain d'&#233;voquer &#171; un gouvernement &#233;conomique de la zone euro &#187; puisque, pour &#234;tre valid&#233; par l'Allemagne, ce gouvernement devra accepter le Trait&#233; budg&#233;taire et les r&#233;formes lib&#233;rales, un tel gouvernement ne serait qu'une arme suppl&#233;mentaire contre l'autonomie des politiques &#233;conomiques nationales. L'exp&#233;rience montre les dangers de tout renforcement f&#233;d&#233;raliste dans ce contexte : il n'est pas acceptable qu'un pays se voie imposer de l'ext&#233;rieur une d&#233;gradation de sa protection sociale ou de son droit du travail. &#192; l'avenir, les partis politiques, les mouvements sociaux, les peuples qui voudront mettre en &#339;uvre une autre politique sauront qu'ils devront ouvrir une crise en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.atterres.org/article/la-le%C3%A7on-grecque&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les &#201;conomistes Atterr&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 16 Juillet 2015&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>France : Que faire de la dette ?</title>
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		<dc:date>2014-05-28T19:42:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Les &#201;conomistes Atterr&#233;s *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Cette &#233;tude a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e par un groupe de travail du Collectif pour un Audit citoyen de la dette publique. Elle se veut une contribution au n&#233;cessaire d&#233;bat public sur des questions cruciales : d'o&#249; vient la dette ? A-t-elle &#233;t&#233; contract&#233;e dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, ou bien au b&#233;n&#233;fice de minorit&#233;s d&#233;j&#224; privil&#233;gi&#233;es ? Qui d&#233;tient ses titres ? Peut-on all&#233;ger son fardeau autrement qu'en appauvrissant les populations ? Les r&#233;ponses apport&#233;es &#224; ces questions d&#233;termineront notre avenir. Ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/France" rel="directory"&gt;France&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette &#233;tude a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e par un groupe de travail du Collectif pour un Audit citoyen de la dette publique. Elle se veut une contribution au n&#233;cessaire d&#233;bat public sur des questions cruciales : d'o&#249; vient la dette ? A-t-elle &#233;t&#233; contract&#233;e dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, ou bien au b&#233;n&#233;fice de minorit&#233;s d&#233;j&#224; privil&#233;gi&#233;es ? Qui d&#233;tient ses titres ? Peut-on all&#233;ger son fardeau autrement qu'en appauvrissant les populations ? Les r&#233;ponses apport&#233;es &#224; ces questions d&#233;termineront notre avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ont particip&#233; &#224; son &#233;laboration : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Michel Husson&lt;/strong&gt; (Conseil scientifique d'Attac, coordination), &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Pascal Franchet&lt;/strong&gt; (CADTM), &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Robert Joumard&lt;/strong&gt; (Attac), &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Evelyne Ngo&lt;/strong&gt; (Solidaires Finances, Publiques), &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Henri Sterdyniak&lt;/strong&gt; (&#201;conomistes Atterr&#233;s), &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Patrick Saurin&lt;/strong&gt; (Sud BPCE).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Table des mati&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;I.&lt;/strong&gt; La gen&#232;se de la dette publique&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;II.&lt;/strong&gt; Les collectivit&#233;s locales : entre transferts de charges, pr&#234;ts toxiques et aust&#233;rit&#233;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;III.&lt;/strong&gt; Le &#171; trou &#187; de la S&#233;curit&#233; sociale&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;IV.&lt;/strong&gt; &#192; qui la faute ? &#201;l&#233;ments pour un audit de la dette de l'&#201;tat&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Conclusion &lt;/strong&gt; : Que faire de la dette ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Annexe &lt;/strong&gt; : Arithm&#233;tique de la dette publique
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://atterres.org/article/que-faire-de-la-dette&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les Economistes atterr&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 27 mai 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le texte complet :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelques pages de &#171; Changer d'&#233;conomie &#187; des &#201;conomistes Atterr&#233;s</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Quelques-pages-de-Changer-d-economie-des-Economistes-Atterres</link>
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		<dc:date>2013-02-03T21:40:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Les &#201;conomistes Atterr&#233;s *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Cet ouvrage est toujours d'actualit&#233;, vous en trouverez ci-apr&#232;s quelques extraits : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Chapitre 1 &#187; : Quelle politique &#233;conomique ? Morts et renaissances du keyn&#233;sianisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Henri Sterdyniak &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 80, les gouvernements, et tout particuli&#232;rement ceux des pays europ&#233;ens, semblent devenus incapables de g&#233;rer l'&#233;volution &#233;conomique de leur pays. Ils ont renonc&#233; &#224; maintenir une croissance satisfaisante permettant de maintenir le plein emploi. Ce n'&#233;tait pas le cas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Neoliberalisme" rel="directory"&gt;Capitalisme s&#233;nile&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet ouvrage est toujours d'actualit&#233;, vous en trouverez ci-apr&#232;s quelques extraits :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Chapitre 1 &#187; : Quelle politique &#233;conomique ? Morts et renaissances du keyn&#233;sianisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Sterdynia&lt;/strong&gt;k&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 80, les gouvernements, et tout particuli&#232;rement ceux des pays europ&#233;ens, semblent devenus incapables de g&#233;rer l'&#233;volution &#233;conomique de leur pays. Ils ont renonc&#233; &#224; maintenir une croissance satisfaisante permettant de maintenir le plein emploi. Ce n'&#233;tait pas le cas nagu&#232;re. En 1970, la France, par exemple, a eu une croissance vigoureuse de 5,7 % ; un taux de ch&#244;mage faible de 2,4 % ; un exc&#233;dent budg&#233;taire de 0,9 % du PIB ; un solde courant exc&#233;dentaire de 0,8 % du PIB ; par contre, l'inflation &#233;tait de 5 %, soit plus forte qu'aujourd'hui. Les gouvernements se vivaient comme keyn&#233;siens, se donnant l'objectif de maintenir une forte croissance en soutenant la demande par un ensemble d'instruments de politique &#233;conomique (en particulier la politique mon&#233;taire et la politique budg&#233;taire) ; comme planificateurs, en essayant de pr&#233;voir et d'organiser l'&#233;volution &#233;conomique nationale ; comme colbertistes, en mettant en &#339;uvre des politiques industrielles centr&#233;es sur l'&#233;mergence de grandes entreprises nationales porteuses de grands projets ; comme sociaux-d&#233;mocrates, en augmentant progressivement, sous l'influence des revendications syndicales, la couverture et le niveau des prestations sociales. Comment les secrets de cette r&#233;ussite ont-ils &#233;t&#233; perdus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mod&#232;le a progressivement &#233;t&#233; abandonn&#233; en faveur des politiques lib&#233;rales, qui se sont traduites dans un premier temps par une forte d&#233;crue de l'inflation et une forte hausse du ch&#244;mage. Voulant fortement r&#233;duire les interventions publiques, la contre-r&#233;volution lib&#233;rale repose sur la confiance envers les forces du march&#233;, tant au niveau macro&#233;conomique qu'au niveau micro&#233;conomique : les politiques &#233;conomiques doivent &#234;tre paralys&#233;es (ind&#233;pendance des banques centrales, r&#232;gles budg&#233;taires, changes flexibles) ; des r&#233;formes lib&#233;rales doivent permettre aux march&#233;s de fonctionner librement et d'assurer l'optimum &#233;conomique ; les Etats doivent renoncer &#224; la pr&#233;tention de faire mieux que les entreprises et les march&#233;s financiers pour d&#233;finir les besoins des consommateurs et les investissements n&#233;cessaires. Le triomphe du lib&#233;ralisme est indissociable de l'ouverture des &#233;conomies, de la mondialisation commerciale et de la globalisation financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles-ci ont permis une forte croissance mondiale, qui a profit&#233; surtout aux pays anglo-saxons (du moins &#224; leurs classes dominantes) et &#224; certains pays &#233;mergents, croissance marqu&#233;e par de nombreuses crises financi&#232;res, dont la derni&#232;re, celle ouverte en 2007 a &#233;t&#233; si violente que les pays d&#233;velopp&#233;s n'en sont pas sortis en 2011. En 2008-2009, les classes dirigeantes et les technocraties des grands pays ont d&#251; se r&#233;signer au retour en force de l'intervention publique et du keyn&#233;sianisme : il a fallu venir au secours des banques, soutenir l'activit&#233;, accepter le gonflement des d&#233;ficits publics. De grandes r&#233;formes ont &#233;t&#233; promises : contr&#244;le et r&#233;gulation des march&#233;s financiers, gouvernance mondiale. Puis, d&#232;s 2010, les th&#232;ses lib&#233;rales sont revenues en force, l'objectif est redevenu de r&#233;duire les d&#233;penses publiques, de peser sur les salaires sous pr&#233;texte de comp&#233;titivit&#233;, de poursuivre les r&#233;formes lib&#233;rales. A la mi-2011, la strat&#233;gie lib&#233;rale de sortie de la crise se r&#233;v&#232;le une impasse : la croissance ne repart pas ; les march&#233;s financiers, d&#233;pressifs et hyst&#233;riques, font peser une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s sur les &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es ; la sp&#233;culation contre les pays du Sud de la zone euro est co&#251;teuse pour l'Europe et pour les march&#233;s eux-m&#234;mes. Suffit-il d'opposer &#224; cette strat&#233;gie en faillite le retour &#224; un keyn&#233;sianisme limit&#233; au soutien de la demande ? Celui-ci peut-il &#224; lui seul faire sortir le capitalisme de sa crise structurelle ? Ou faut-il retrouver l'inspiration du keyn&#233;sianisme, la n&#233;cessit&#233; d'un contr&#244;le social de l'&#233;volution &#233;conomique ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Chapitre 2 &#187; - La politique &#233;conomique en Europe&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Michel D&#233;voluy, Dany Lang, Catherine Mathieu, Jacques Mazier et Henri Sterdyniak.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fauts dans l'organisation de la zone euro qui sont apparus au grand jour au moment de la crise ne sont pas nouveaux. Ils trouvent leurs racines dans l'insuffisance des trait&#233;s europ&#233;ens et la sous-optimalit&#233; de la zone euro, qui ont contribu&#233; au creusement des d&#233;s&#233;quilibres, plus profond&#233;ment encore dans la strat&#233;gie de la technocratie europ&#233;enne d'utiliser la construction europ&#233;enne pour imposer des r&#233;formes lib&#233;rales. La strat&#233;gie europ&#233;enne adopt&#233;e pendant la crise est atterrante : elle est de nature &#224; amplifier encore les probl&#232;mes &#233;conomiques rencontr&#233;s depuis 2007. La question des dettes publiques s'en trouve pos&#233;e de mani&#232;re d'autant plus aig&#252;e. Dans la situation de blocage o&#249; est arriv&#233;e la zone euro fin 2011, un tournant est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des trait&#233;s sources de d&#233;s&#233;quilibres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;s&#233;quilibres qui sont apparus depuis la crise de 2007 trouvent leurs racines dans des trait&#233;s europ&#233;ens mal con&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pacte de stabilit&#233; et de croissance (PSC), adopt&#233; en 1999 a amplifi&#233; les failles du Trait&#233; de Maastricht. Ses r&#232;gles num&#233;riques (l'interdiction de d&#233;passer 3 % du PIB pour les d&#233;ficits publics, 60 % du PIB pour les dettes publiques ; l'&#233;quilibre des finances publiques &#224; moyen terme) n'ont pas de fondement &#233;conomique. De plus, selon le PSC, la Commission peut lancer des Proc&#233;dures de d&#233;ficit excessif (PDE) contre les pays qui d&#233;passent ces limites, mais ceux-ci sont g&#233;n&#233;ralement des pays en d&#233;pression, qui refusent, avec raison, de mettre en &#339;uvre des politiques restrictives dans une telle conjoncture. Le PSC ne permet pas &#224; la Commission de peser sur les politiques des Etats membres dans les p&#233;riodes favorables, lorsque des efforts budg&#233;taires pourraient &#234;tre faits. Le PSC ne permet pas davantage de mettre en &#339;uvre des mesures &#224; l'encontre des pays qui m&#232;nent des politiques trop restrictives. Enfin, le PSC ne tient pas compte des soldes courants, de la comp&#233;titivit&#233;, des dettes priv&#233;es, des bulles financi&#232;res et r&#233;elles. Ainsi, avant la crise, la Commission est-elle rest&#233;e impuissante devant le gonflement des d&#233;s&#233;quilibres en Irlande ou en Espagne comme devant la strat&#233;gie allemande de recherche effr&#233;n&#233;e de comp&#233;titivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le Pacte, les Etats devaient perdre toute autonomie en termes de politique budg&#233;taire. Ils devaient d'abord porter leur solde structurel &#224; l'&#233;quilibre, puis laisser la conjoncture s'ajuster d'elle-m&#234;me par le seul jeu des stabilisateurs automatiques. La BCE devait assurer la stabilisation macro&#233;conomique par la politique mon&#233;taire. Mais il est impossible de stabiliser les conjonctures de 17 pays avec un seul taux d'int&#233;r&#234;t. De plus, la politique mon&#233;taire est totalement inefficace quand la d&#233;pression est trop profonde. Dans ce cas, des politiques budg&#233;taires expansionnistes et concert&#233;es sont indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, la coordination des politiques &#233;conomiques (pr&#233;vue par les articles 121 et 136 du TFUE : Trait&#233; sur le Fonctionnement de l'Union Europ&#233;enne) est rest&#233;e formelle. Polaris&#233;es sur des objectifs indiff&#233;renci&#233;s de finances publiques, les instances europ&#233;ennes n'ont pas &#233;t&#233; capables d'impulser une strat&#233;gie macro&#233;conomique coh&#233;rente dans la zone, prenant en compte les diff&#233;rences de situation entre pays, mettant en place des objectifs en termes de croissance, d'emploi, de soldes ext&#233;rieurs. L'UEM (Union &#233;conomique et mon&#233;taire) a vu, depuis 1999, la persistance d'une croissance relativement m&#233;diocre. L'organisation de la zone euro, qui impose des politiques macro&#233;conomiques semblables pour des pays dans des situations diff&#233;rentes, a &#233;largi les divergences entre les &#233;tats membres, en termes de croissance, d'inflation, de ch&#244;mage et de d&#233;s&#233;quilibres ext&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la crise, la zone euro connaissait une augmentation des disparit&#233;s entre deux groupes de pays conduisant des strat&#233;gies macro&#233;conomiques insoutenables :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; les strat&#233;gies n&#233;o-mercantilistes des pays du &#171; Nord &#187; (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Finlande) consistaient &#224; brider leurs salaires et les d&#233;penses sociales afin d'engranger des gains de comp&#233;titivit&#233; et d'accumuler de forts exc&#233;dents courants. De 2000 &#224; 2007, la part des salaires dans la valeur ajout&#233;e a baiss&#233; de 4 points en Allemagne et de 5 points en Autriche. La faiblesse de la demande int&#233;rieure de ces pays comme leurs gains de comp&#233;titivit&#233; ont pes&#233; sur la croissance de l'ensemble de leurs partenaires de la zone euro.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les pays du &#171; Sud &#187; (Espagne, Gr&#232;ce, Irlande) ont connu une croissance vigoureuse, impuls&#233;e par des taux d'int&#233;r&#234;t bas relativement au taux de croissance et par des bulles immobili&#232;res. S'y est ajout&#233;e en Irlande une politique de dumping fiscal. Ils ont accumul&#233; d'importants d&#233;ficits ext&#233;rieurs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En 2007, plusieurs pays de la zone avaient de larges exc&#233;dents courants : Pays-Bas (8,1 % du PIB), Allemagne (7,9 %), Finlande (4,9 %), Belgique (3,5 %) et Autriche (3,3%), tandis que d'autres avaient de forts d&#233;ficits : Portugal (8,5 % du PIB), Espagne (9,6 %) et Gr&#232;ce (12,5 %). Ainsi, les 230 milliards d'euros d'exc&#233;dent des pays du Nord cr&#233;aient et finan&#231;aient les 180 milliards de d&#233;ficit des pays m&#233;diterran&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;s&#233;quilibres s'expliquent par les strat&#233;gies des pays, mais aussi par l'absence de m&#233;canismes d'ajustement qui contribueraient &#224; faire de la zone euro une zone mon&#233;taire optimale (ZMO). Le Trait&#233; de Maastricht (1992) a fait le choix de la monnaie unique, choix qui supposait que l'Europe est une ZMO, ou tendrait &#224; le devenir. Une ZMO est un espace au sein duquel il est optimal d'avoir une seule monnaie plut&#244;t que plusieurs. Chaque th&#233;oricien des ZMO a mis en avant des crit&#232;res sp&#233;cifiques &#224; remplir en priorit&#233; pour basculer vers une seule monnaie. Leur liste donne une id&#233;e des difficult&#233;s &#224; faire correspondre la r&#233;alit&#233; &#224; la th&#233;orie. En effet, pour adopter une monnaie unique il faudrait s'assurer que les &#233;conomies nationales concern&#233;es pr&#233;sentent les caract&#233;ristiques suivantes : mobilit&#233; des facteurs de production (notamment le travail), forte homog&#233;n&#233;it&#233; des structures &#233;conomiques et sociales, flexibilit&#233; des salaires et des prix, une forte int&#233;gration fiscale avec des imp&#244;ts et des m&#233;canismes de redistribution communs, des pr&#233;f&#233;rences semblables en mati&#232;re d'inflation et, plus g&#233;n&#233;ralement, de choix de politiques &#233;conomiques et sociales. Au regard de ces crit&#232;res, la t&#226;che semble une gageure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la zone euro n'&#233;tait pas, lors de sa cr&#233;ation en 1999, une ZMO au sens de la th&#233;orie &#233;conomique. Au moment de la signature du Trait&#233; de Maastricht, le choix de l'euro s'est accompagn&#233; de l'id&#233;e que la seule existence de la monnaie unique allait finalement g&#233;n&#233;rer une forme de ZMO pour l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la mati&#232;re, l'id&#233;e selon laquelle une int&#233;gration financi&#232;re accrue permettrait de cr&#233;er des m&#233;canismes de stabilisation suffisants gr&#226;ce aux financements intra-zone euro a &#233;t&#233; largement v&#233;hicul&#233;e par la Banque centrale europ&#233;enne et la Commission durant les ann&#233;es 2000. Les cr&#233;dits intra-zone et les revenus du capital provenant du reste de l'Union joueraient un r&#244;le de stabilisation suffisant pour faire l'&#233;conomie d'un f&#233;d&#233;ralisme budg&#233;taire. Cette th&#232;se s'est r&#233;v&#233;l&#233;e erron&#233;e. Les effets stabilisateurs qui peuvent &#234;tre obtenus d'une plus grande int&#233;gration financi&#232;re sont tr&#232;s r&#233;duits. Celle-ci, en revanche, en cas de crise financi&#232;re, amplifie les effets de diffusion de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Chapitre 3 &#187; - Les enjeux d'une transformation &#233;cologique qui soit sociale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;par Jean-Marie Harribey, Philippe Quirion et Gilles Rotillon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au second semestre 2007, il y eut comme une sorte de basculement. Basculement dans une crise financi&#232;re sans &#233;quivalent depuis presque quatre-vingts ans, qui, en quelque mois, a d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en crise &#233;conomique et sociale mondiale majeure. Le caract&#232;re syst&#233;mique de celle-ci a &#233;t&#233; d'autant plus marqu&#233; que, au m&#234;me moment, les derniers doutes concernant une crise &#233;cologique, &#233;nerg&#233;tique et climatique &#233;taient lev&#233;s : il s'agissait d'un basculement, cette fois-ci dans l'inconnu, puisque la plan&#232;te se rapprochait de plus en plus rapidement de ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces &#233;v&#233;nements sont-ils reli&#233;s entre eux ? Oui et non. Certes, les politiques n&#233;olib&#233;rales men&#233;es, en France, en Europe et dans le monde, ont accentu&#233; fortement les contradictions entre,&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; d'un c&#244;t&#233;, les exigences d'une accumulation du capital &#224; dominante financi&#232;re, les contraintes impos&#233;es de force aux populations en termes de conditions de travail et de salaires, la fuite en avant dans un productivisme sans limites,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; et, de l'autre, l'incapacit&#233; d&#233;finitive des march&#233;s financiers &#224; produire la stabilit&#233; tant promise, l'incapacit&#233; d'un capitalisme mondialis&#233; &#224; r&#233;pondre aux besoins sociaux d'une grande part de l'humanit&#233; et &#224; renouveler les modes de d&#233;veloppement pour les rendre compatibles avec les &#233;quilibres &#233;cologiques.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ces &#233;v&#233;nements se d&#233;roulent dans des temporalit&#233;s diff&#233;rentes. Les politiques n&#233;olib&#233;rales, g&#233;n&#233;ralis&#233;es &#224; partir des ann&#233;es 1980, s'inscrivent dans le court et le moyen terme et correspondent &#224; la phase du r&#233;gime d'accumulation financi&#232;re entre deux crises du capitalisme, celle du d&#233;but des ann&#233;es 1970 et celle qui s&#233;vit actuellement. La crise &#233;cologique et du mod&#232;le de d&#233;veloppement s'inscrit, elle, dans le long terme et m&#234;me le tr&#232;s long terme. Ainsi, c'est le mod&#232;le de d&#233;veloppement n&#233; de la R&#233;volution industrielle dont les d&#233;g&#226;ts environnementaux explosent aujourd'hui, le meilleur exemple en &#233;tant les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre, dont l'accumulation depuis deux si&#232;cles provoque maintenant le r&#233;chauffement climatique. La crise &#233;cologique ne s'inscrit pas seulement dans le long terme par ses causes, mais plus encore par ses cons&#233;quences qui vont s'&#233;taler sur des si&#232;cles et peut-&#234;tre m&#234;me sur des mill&#233;naires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces temporalit&#233;s diff&#233;rentes rendent difficile la r&#233;solution conjointe des probl&#232;mes &#233;conomiques et sociaux d'une part et des probl&#232;mes &#233;cologiques d'autre part. Et pourtant, l'enjeu est l&#224; : comment inventer un mod&#232;le de d&#233;veloppement humain rompant avec la marchandisation effr&#233;n&#233;e, pour r&#233;pondre aux besoins sociaux, et rompant avec une exploitation sans retenue des ressources naturelles ? En d'autres termes, comment imbriquer une transformation des rapports sociaux et une transformation des rapports de l'humain avec la nature qui est son seul cadre de vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aider &#224; s'engager dans cette voie, nous proposons d'abord quelques jalons th&#233;oriques et normatifs et ensuite quelques pistes d'action transformatrice.[1] Nous refusons la th&#232;se du capitalisme vert, selon laquelle la croissance &#233;conomique pourrait se poursuivre comme si de rien n'&#233;tait, gr&#226;ce &#224; un simple syst&#232;me de taxes qui attesterait de la bonne volont&#233; des capitalistes pour int&#233;grer la contrainte &#233;cologique. Nous contestons aussi la th&#232;se de la d&#233;croissance selon laquelle l'ensemble de la production devrait diminuer. Nous plaidons pour une &#233;conomie r&#233;orient&#233;e radicalement vers la qualit&#233;, notamment par un d&#233;veloppement des services non marchands et un contr&#244;le de l'activit&#233; marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le progr&#232;s humain a encore un sens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Pour compl&#233;ter ce chapitre : GIEC, Quatri&#232;me rapport d'&#233;valuation, 2007, &lt;a href=&#034;http://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar4/syr/ar4_syr_fr.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar4/syr/ar4_syr_fr.pdf&lt;/a&gt; ; Global Chance, &#171; D&#233;veloppement, &#233;nergie, environnement : changer de paradigme &#187;, Les Cahiers de Global Chance, n&#176; 21, mars 2006 ; Global Chance, &#171; &#201;nergies renouvelables, d&#233;veloppement et environnement ; discours, r&#233;alit&#233;s et perspectives &#187;, Les Cahiers de Global Chance, n&#176; 23, avril 2007 ; J.-M. Harribey, L'&#233;conomie &#233;conome, Le d&#233;veloppement soutenable par la r&#233;duction du temps de travail, Paris, L'Harmattan, 1997 ; G. Rotillon, Faut-il croire au d&#233;veloppement durable ?, Paris L'Harmattan, 2008 ; G. Rotillon, &#201;conomie des ressources naturelles, Paris, La D&#233;couverte, Rep&#232;res, 2010 ; F.-D. Vivien, Le d&#233;veloppement soutenable, Paris, La D&#233;couverte, Rep&#232;res, 2005 ; G.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Chapitre 4 &#187; - Eloge de la d&#233;pense publique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christophe Ramaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Charges sociales &#187;, &#171; poids des pr&#233;l&#232;vements obligatoires &#187; : c'est sous un angle accusateur qu'est traditionnellement d&#233;sign&#233;e la d&#233;pense publique. L'id&#233;e commun&#233;ment r&#233;pandue est la suivante : le secteur public improductif est financ&#233; par un pr&#233;l&#232;vement sur le secteur priv&#233; qui &#233;touffe celui-ci, alors m&#234;me qu'il cr&#233;e, seul, la richesse. Avec la forte hausse de la dette publique depuis 2008, la stigmatisation a redoubl&#233; d'intensit&#233; : il faudrait de toute urgence r&#233;duire la sph&#232;re de l'intervention publique. L'Europe s'est ainsi lanc&#233;e dans une v&#233;ritable course &#224; l'&#233;chalote en la mati&#232;re. Pour s&#233;duire les agences de notation et les investisseurs financiers, c'est &#224; qui r&#233;duira le plus ses retraites, le nombre de ses fonctionnaires, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si la d&#233;pense publique &#233;tait avant tout une bonne chose pour le bien-&#234;tre et l'emploi ? D&#233;monstration en 11 arguments&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;strong&gt;La d&#233;pense publique repr&#233;sente plus de 50 % du PIB mais cela ne signifie pas que le secteur public accapare plus de la moiti&#233; de la richesse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;penses des administrations publiques (Etat, collectivit&#233;s locales et organismes de s&#233;curit&#233; sociale) comprennent celles prises en charge par les imp&#244;ts et les cotisations sociales (les pr&#233;l&#232;vements obligatoires, soit 42 % du PIB en 2010), celles assum&#233;es par les ressources que ces administrations tirent de la vente d'une partie de leurs services (forfait hospitalier, frais d'inscription &#224; l'Universit&#233;, billets de mus&#233;e, etc.) et celles financ&#233;es par les d&#233;ficits. Au total, la d&#233;pense publique repr&#233;sente un peu plus de 50% du PIB en France (52,5 % en 2005, 56 % en 2010 suite &#224; la r&#233;cession). Mais cela ne signifie aucunement que &#171; plus de la moiti&#233; de la richesse va au secteur public ou aux fonctionnaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la d&#233;pense publique on additionne en effet des choux et des carottes ou plut&#244;t, en l'occurrence, des carottes (vendues finalement par le priv&#233;) et des soins ou de l'&#233;ducation (d&#233;livr&#233;s par le public). En son sein (tout comme dans les pr&#233;l&#232;vements obligatoires) il faut clairement distinguer deux domaines. D'une part, les sommes qui servent &#224; payer des services publics et donc les fonctionnaires. Ces services publics b&#233;n&#233;ficient aux m&#233;nages : d'une fa&#231;on ou d'une autre, on y revient apr&#232;s, ce sont eux qui les consomment. D'autre part, celles qui correspondent &#224; des transferts mon&#233;taires, lesquels comprennent toutes les prestations sociales en esp&#232;ces (retraites, allocations ch&#244;mage, etc.). Ces sommes donnent certes lieu &#224; pr&#233;l&#232;vements, mais elles sont imm&#233;diatement revers&#233;es, &#224; la fin de chaque mois, aux m&#233;nages, ce qui soutient leur revenu et donc leur consommation. Les prestations sociales en esp&#232;ces vers&#233;es par les administrations s'&#233;l&#232;vent &#224; 378 milliards d'euros (en 2010) : c'est pr&#232;s de 30 % du revenu disponible brut des m&#233;nages (et 35 % de la d&#233;pense publique). Une r&#233;alit&#233; totalement occult&#233;e par le discours sur les &#171; charges sociales &#187; ou le &#171; poids des pr&#233;l&#232;vements obligatoires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &lt;strong&gt;La d&#233;pense publique est indispensable au priv&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;pense publique est indispensable au priv&#233; &#224; plusieurs titres. Certaines d&#233;penses engagent et assurent directement l'avenir. Un pays a tout &#224; gagner &#224; avoir une population &#233;duqu&#233;e, une recherche de pointe ou bien encore des infrastructures modernes (routes, a&#233;roports, chemins de fer, &#233;lectricit&#233;, etc.). Les employeurs b&#233;n&#233;ficient de ces infrastructures et de la main-d'&#339;uvre form&#233;e par l'Education Nationale. Indirectement, les d&#233;penses de transferts leur sont aussi utiles : les retraites et les allocations ch&#244;mage alimentent le revenu des m&#233;nages. Elles soutiennent donc leur consommation et par cons&#233;quent les d&#233;bouch&#233;s des entreprises qui seraient bien en peine sans cela. La crise l'a montr&#233; : les pays qui ont l'Etat social le plus d&#233;velopp&#233;, r&#233;sistent mieux aux &#171; chocs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les sociaux-lib&#233;raux, il faudrait r&#233;duire la d&#233;pense publique en la recentrant sur certaines fonctions (enseignement sup&#233;rieur, recherche, etc.). C'est l'&#233;loge de l'Etat dit strat&#232;ge, &#171; light &#187; ou intelligent. Mais derri&#232;re ce discours modernisateur se cache un vieux projet conservateur : comprimer les allocations ch&#244;mage, pour inciter les fain&#233;ants de pauvres &#224; accepter des emplois &#224; mi-temps mal pay&#233;s (et r&#233;duire ainsi le ch&#244;mage &#224; bon compte), diminuer les retraites et la couverture sant&#233; pour laisser la place &#224; ce que les lib&#233;raux osent appeler les &#171; nouveaux entrepreneurs sociaux &#187; (fonds de pension, assurances priv&#233;es, entreprises priv&#233;es d'aide &#224; domicile, etc.). De m&#234;me l'&#233;loge des d&#233;penses publiques d'infrastructures au d&#233;triment des d&#233;penses de fonctionnement n'a souvent gu&#232;re de sens : &#224; quoi sert la construction de laboratoires de recherche, d'universit&#233;s ou d'&#233;coles (d&#233;penses d'infrastructures), s'il n'y a pas de personnels pour les faire tourner (d&#233;penses de fonctionnement) ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Chapitre 5 &#187; - Revaloriser et &#233;tendre la protection sociale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Batifoulier (Universit&#233; Paris Ouest Nanterre-La D&#233;fense), Pierre Concialdi (Institut de recherches &#233;conomiques et sociales), Jean-Paul Domin (Universit&#233; de Reims Champagne-Ardenne), Damien Sauze (Universit&#233; de Bourgogne)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une trentaine d'ann&#233;es, les politiques sociales ont &#233;t&#233; enferm&#233;es dans le carcan des dogmes lib&#233;raux. La politique de ma&#238;trise des d&#233;penses sociales, mise en &#339;uvre &#224; partir de 1983, a donn&#233; un premier coup d'arr&#234;t &#224; l'extension de la couverture sociale. Dans une logique &#171; gestionnaire &#187;, les remodelages de nombreux dispositifs ont introduit les pr&#233;mices d'une protection de moins en moins sociale et, de plus en plus, &#224; deux vitesses. La d&#233;construction des protections sociales s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e &#224; partir des ann&#233;es 1990 et, plus encore, depuis 2007, avec notamment la &#171; r&#233;forme &#187; hospitali&#232;re, les franchises m&#233;dicales et les nouveaux coups de butoir port&#233;s au syst&#232;me de retraite. Ces politiques n&#233;olib&#233;rales ont &#233;t&#233; port&#233;es par une id&#233;ologie qui, sous couvert de &#171; modernisation &#187;, se contente d'agiter les vieilles lunes de la pr&#233;voyance et de la responsabilit&#233; individuelles. Elles conduisent &#224; une impasse, &#224; la fois sur le plan &#233;conomique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La protection sociale constitue un ensemble complexe qui amalgame une grande diversit&#233; de dispositifs qu'il est impossible d'examiner en d&#233;tail dans ce court chapitre. On se concentre ici sur la sant&#233;, la retraite et les principales aides aux m&#233;nages &#224; bas revenus. Par ailleurs, les tendances qui ont travers&#233; la protection sociale depuis une trentaine d'ann&#233;es n'ont &#233;t&#233; ni lin&#233;aires ni &#224; sens unique. Il serait donc abusif de dire que, dans tous les domaines de la protection sociale, on a assist&#233; &#224; une r&#233;gression constante des droits sociaux. On peut en revanche l&#233;gitimement parler d'une tendance lourde. Ce constat d&#233;bouche sur la n&#233;cessit&#233; de renforcer les couvertures de base solidaires, non seulement pour limiter le d&#233;veloppement des in&#233;galit&#233;s, mais aussi pour &#233;viter les gaspillages et les surco&#251;ts qu'engendre la marchandisation croissante de la protection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Chapitre 6 &#187; - Pour une nouvelle fiscalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe L&#233;g&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant vingt-cinq ans, a domin&#233; un discours lib&#233;ral selon lequel les imp&#244;ts d&#233;couragent les travailleurs de travailler, les &#233;pargnants d'&#233;pargner, les capitalistes d'investir. En France, la pression fiscale serait particuli&#232;rement excessive, mettant en danger la croissance et l'emploi. Ce discours n'est plus h&#233;g&#233;monique, mais il perdure. Un quotidien &#233;conomique n'h&#233;sitait pas &#224; titrer r&#233;cemment &#171; Attractivit&#233; fiscale : la France &#224; la tra&#238;ne &#187; [La Tribune, 19 mai 2011.]. Pour ceux qui n'auraient pas compris, le message &#233;tait illustr&#233; d'un poids sur lequel &#233;tait grav&#233; &#171; imp&#244;ts &#187;. Ce jugement, provenant d'un sondage r&#233;alis&#233; aupr&#232;s de patrons europ&#233;ens, est-il fond&#233; ? Peut-on juger la fiscalit&#233; sans tenir compte des d&#233;penses qu'elle permet de financer ? Ne peut-on augmenter les imp&#244;ts sans voir les richesses s'&#233;vanouir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours sur la pression fiscale excessive s'appuie sur le taux de pr&#233;l&#232;vements obligatoires. En France, celui-ci repr&#233;sentait 41,6% du PIB en 2009, un chiffre sup&#233;rieur &#224; la moyenne de l'Union Europ&#233;enne (38,4%) [Commission Europ&#233;enne, Taxation trends in the European Union, 2011, annexe A, table 1.]. Plusieurs travaux ont toutefois montr&#233; les limites de ce ratio pour effectuer des comparaisons internationales [Voir par exemple : Conseil des Pr&#233;l&#232;vements Obligatoires, Sens et limites de la comparaison des taux de pr&#233;l&#232;vements obligatoires entre pays d&#233;velopp&#233;s, mars 2008.]. Les &#233;carts refl&#232;tent essentiellement des diff&#233;rences dans l'organisation de la protection sociale : dans les pays o&#249; les pr&#233;l&#232;vements publics sont plus faibles, les m&#233;nages doivent s'assurer aupr&#232;s d'assurances priv&#233;es pour la maladie ou la retraite. En excluant les cotisations sociales, les ratios fran&#231;ais et europ&#233;ens sont d'ailleurs identiques (25% du PIB).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des comparaisons, c'est une bien &#233;trange conception de l'&#233;conomie et de la politique que de consid&#233;rer l'imp&#244;t comme un handicap. La fiscalit&#233; peut remplir plusieurs fonctions, notamment financer l'action publique et r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s. Faut-il d'un c&#244;t&#233; diminuer les d&#233;penses en faveur de l'&#233;ducation, de la sant&#233;, des retrait&#233;s, des ch&#244;meurs et de l'autre c&#244;t&#233; accepter le gonflement de revenus exorbitants ? Apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; les raisons pour lesquelles le syst&#232;me fiscal ne remplit plus le r&#244;le qu'il devrait, nous proposerons quelques pistes pour le transformer radicalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fiscalit&#233; actuelle, victime des r&#233;formes n&#233;o-lib&#233;rales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par analyser le syst&#232;me fiscal fran&#231;ais en distinguant les diff&#233;rents types de pr&#233;l&#232;vements.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Chapitre 7 &#187; -LE PLEIN EMPLOI : UN EMPLOI DE QUALITE POUR TOUS&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mireille Bruy&#232;re, Christine Erhel et Sabina Issehnane&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise actuelle a conduit &#224; une d&#233;gradation de l'emploi. La sortie de crise ne pourra avoir lieu sans une r&#233;orientation radicale des politiques macro&#233;conomiques (budg&#233;taire, mon&#233;taire, fiscale&#8230;) mais aussi des politiques de l'emploi afin de cr&#233;er massivement des emplois. Mais le retour au plein emploi n'est pas que la baisse du nombre des demandeurs d'emploi. Le plein emploi articule qualit&#233; de l'emploi et emploi pour tous. Trois dimensions de l'emploi sont analys&#233;es dans ce chapitre : l'&#233;volution de l'emploi en France, l'emploi des jeunes et les politiques europ&#233;ennes de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. L'EMPLOI FRAGMENTE ET LA REDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; certaines p&#233;riodes de baisse, le ch&#244;mage est rest&#233; &#224; un niveau &#233;lev&#233; en France depuis le milieu des ann&#233;es 80 oscillant entre 8 % et 12 %. C'est donc une situation de ch&#244;mage massif et durable que conna&#238;t la France depuis presque trente ans. Il est logiquement un enjeu politique important et ce d'autant plus en temps de crise o&#249; il atteint un niveau tr&#232;s &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orthodoxie &#233;conomique stipule que le ch&#244;mage r&#233;sulte d'un mauvais fonctionnement du march&#233; du travail. Pour am&#233;liorer son fonctionnement, il faudrait baisser et flexibiliser le co&#251;t du travail et inciter les demandeurs d'emploi &#224; reprendre le travail. Cette conception envisage le march&#233; du travail ind&#233;pendant du reste du syst&#232;me &#233;conomique et social. Le niveau de l'emploi et du ch&#244;mage ne sont donc jamais mis en lien avec le niveau et la structure de la demande globale des biens et services. Ainsi, il n'y a pas de probl&#232;me de demande, la baisse du ch&#244;mage et la croissance ne sont que les cons&#233;quences d'un bon fonctionnement du march&#233; du travail. Cette &#171; qualit&#233; &#187; pourrait &#234;tre r&#233;sum&#233;e par la flexibilit&#233; des emplois et du co&#251;t du travail. Cette vision n&#233;glige une dimension importante du dynamisme de l'emploi : l'&#233;volution du volume de travail et sa r&#233;partition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La flexibilit&#233; des emplois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ensemble th&#233;orique a inspir&#233; de nombreuses politiques de l'emploi depuis trois d&#233;cennies. Elles ont permis le d&#233;veloppement de formes plus flexibles d'emploi. Le temps partiel se d&#233;veloppe &#224; partir du milieu des ann&#233;es 90 &#224; la faveur d'un abattement des cotisations sociales employeurs. Il repr&#233;sente actuellement 17 % de l'emploi total. Un taux inf&#233;rieur &#224; celui de l'Allemagne, du Royaume-Uni et des Pays-Bas mais sup&#233;rieur &#224; celui de l'Espagne et de l'Italie [Les profondes r&#233;formes du march&#233; du travail allemand ont d&#233;velopp&#233; les petits emplois de quelques heures par semaine (mini-jobs). Le Royaume-Uni se caract&#233;rise par des temps de travail tr&#232;s &#233;clat&#233;s avec de tr&#232;s nombreux temps partiels et des horaires longs. Le taux d'emploi et le temps partiel des femmes est faible en Italie et en Espagne.]. Les embauches en contrats temporaires (en CDD, en int&#233;rim ou en contrats aid&#233;s) sont devenues la norme pour recruter (8 sur 10 [m&#234;me si 87 % des personnes en emploi ont un CDI.]) et ceux-ci ne sont pas toujours synonymes de tremplin vers un CDI. Une part non n&#233;gligeable des salari&#233;s concern&#233;s n'acc&#232;dent pas &#224; un emploi stable et restent coinc&#233;s dans la pr&#233;carit&#233;. Ces formes pr&#233;caires d'emploi sont plus fr&#233;quemment occup&#233;es par les jeunes (contrats temporaires), les moins qualifi&#233;s et les femmes (le temps partiel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, en France comme dans la plupart des pays europ&#233;ens les march&#233;s du travail sont tous devenus plus flexibles. Pour autant, le ch&#244;mage massif n'a pas disparu, il est rest&#233; sup&#233;rieur &#224; 8 % en France et avoisine aujourd'hui les 10 %. Ces diff&#233;rentes formes d'emploi ont permis aux entreprises de segmenter la main-d'oeuvre et de d&#233;velopper la concurrence entre les diff&#233;rentes cat&#233;gories de main-d'&#339;uvre. Le d&#233;veloppement des formes flexibles d'emploi modifie donc la structure de l'emploi en le fractionnant en segments plus ou moins pr&#233;caires sans contribuer &#224; une cr&#233;ation nette d'emplois et une baisse durable du ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Chapitre 8 &#187; -Redonner un avenir au travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Askenazy, CNRS, Philippe M&#233;haut, CNRS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un temps oubli&#233;, le travail s'invite de nouveau au-devant de la sc&#232;ne. Le recul de l'industrie, la mont&#233;e des services, le mythe d'une &#233;conomie immat&#233;rielle ont fait penser que les conditions de travail, souvent vues uniquement en rapport &#224; la transformation de la mati&#232;re, s'am&#233;lioreraient ; m&#233;caniquement, le contenu du travail serait plus qualifi&#233;, plus &#233;panouissant. Vers la fin des ann&#233;es 1990, un d&#233;bat autour de la &#171; fin du travail &#187; mettait m&#234;me en doute son r&#244;le central de &#171; grand int&#233;grateur dans la soci&#233;t&#233; &#187; [BAREL Yves, &#171; Le Grand Int&#233;grateur &#187;, Connexions, n&#176; 56, 1990 ; Dominique M&#233;da, Le travail une valeur en voie de disparition, Flammarion, 1998.] Parall&#232;lement, au moins en France, la persistance d'un haut niveau de ch&#244;mage focalisait l'attention et les politiques sur l'emploi, quelques soient les qualit&#233;s de celui-ci. Plus encore, la lutte contre le ch&#244;mage devait passer par l'abaissement du co&#251;t du travail et par un d&#233;veloppement de statuts d&#233;grad&#233;s d'emploi, en clair la pr&#233;carit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un diagnostic sur le travail.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, n&#233;gliger le travail a d'abord un co&#251;t humain et social &#233;lev&#233;. Certes, les grandes enqu&#234;tes sur les valeurs auxquelles sont attach&#233;s les Fran&#231;ais montrent un score particuli&#232;rement &#233;lev&#233; pour le travail. Mais les indicateurs relatifs aux conditions de travail sont au rouge. Comme dans la plupart des pays de l'OCDE, une forte vague d'intensification du travail a &#233;t&#233; not&#233;e jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 2000 (Askenazy, 2004). Particuli&#232;rement marqu&#233;e en France, cette intensification participe des relativement bonnes performances de la France en termes de productivit&#233; horaire du travail. Mais elle a aussi &#233;t&#233; de pair avec une d&#233;gradation de la plupart des indicateurs sur les conditions de travail : p&#233;nibilit&#233; physique (y compris dans les services), charge mentale, autonomie. Certes, les accidents du travail reculent. Mais les maladies professionnelles augmentent, sans que cela puisse &#234;tre totalement expliqu&#233; par une meilleure prise en charge, d'autant que nombre d'observateurs s'inqui&#232;tent de la r&#233;v&#233;lation de nouveaux sympt&#244;mes (mont&#233;e des cancers d&#233;couverts ex post et dont l'origine professionnelle est probable, inqui&#233;tudes sur les risques li&#233;s aux nanotechnologies&#8230;). La mont&#233;e de la pr&#233;carit&#233; a un double effet n&#233;gatif. On sait que les travailleurs pr&#233;caires sont aussi ceux qui ont souvent les conditions de travail les plus d&#233;grad&#233;es. Et, face aux aspirations &#224; un emploi stable, la pr&#233;carit&#233; est g&#233;n&#233;ratrice &#224; la fois d'angoisse et de moins de moyens pour agir sur sa sant&#233;, non seulement pour les pr&#233;caires, mais aussi pour les travailleurs &#171; stables &#187; qui se sentant menac&#233;s, sont moins pugnaces sur leurs conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Chapitre 9 &#187; - Gouverner autrement les entreprises &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Benjamin CORIAT, Thomas COUTROT, Roland PEREZ, Olivier WEINSTEIN&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;[Les auteurs tiennent &#224; remercier tout particuli&#232;rement Antoine Reb&#233;rioux pour ses contributions &#224; ce chapitre et Christopher Lantenois qui a effectu&#233; les calculs pr&#233;sent&#233;s dans les graphiques ins&#233;r&#233;s dans ce texte]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discussions sur la crise et les conditions pour en sortir se sont focalis&#233;es sur le syst&#232;me financier et les r&#233;formes &#224; y introduire. Or la financiarisation de l'&#233;conomie s'est traduite aussi par des transformations majeures des structures et des modes de fonctionnement des entreprises industrielles, qui participent de l'instabilit&#233; g&#233;n&#233;rale du syst&#232;me que nous connaissons aujourd'hui. Elles ont eu des cons&#233;quences majeures - et souvent d&#233;sastreuses - sur l'&#233;volution de nos &#233;conomies : in&#233;galit&#233;s croissantes, instabilit&#233; et ins&#233;curit&#233;, d&#233;sindustrialisation. Ces transformations ont concern&#233; aussi bien ce qu'il est convenu d'appeler la &#171; gouvernance &#187; des entreprises - l'ensemble des r&#232;gles et des normes cens&#233;es r&#233;gir le comportement des dirigeants d'entreprises - que les modes d'organisation et de gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande soci&#233;t&#233; par actions (la &#171; corporation &#187; dans la terminologie US) est, depuis le 19&#232;me si&#232;cle l'institution centrale du capitalisme moderne, le c&#339;ur des syst&#232;mes productifs [Sur l'analyse des caract&#232;res de la grande entreprise manag&#233;riale puis de sa d&#233;composition depuis les ann&#233;es 1980, on pourra se reporter &#224; O. Weinstein, Pouvoir, Finance et Connaissance. Les transformations de l'entreprise capitaliste entre XXe et XXIe si&#232;cle, &#233;ditions La D&#233;couverte, Paris, 2010.]. Jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1970, elle a &#233;t&#233; marqu&#233;e par une forme dominante, la grande entreprise souvent qualifi&#233;e de manag&#233;riale et marqu&#233;e par quelques traits majeurs :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le regroupement d'unit&#233;s et activit&#233;s multiples fortement int&#233;gr&#233;es dans une structure hi&#233;rarchique.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Un mode sp&#233;cifique d'organisation et gestion du travail fond&#233; sur un contr&#244;le administratif, avec un fort degr&#233; d'int&#233;gration des salari&#233;s dans l'entreprise.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Un mode de gouvernance sp&#233;cifique, marqu&#233; par un fort pouvoir manag&#233;rial dans un contexte o&#249; &#233;tait consomm&#233;e la s&#233;paration entre la propri&#233;t&#233; du capital (entre les mains des actionnaires) et le &#171; contr&#244;le &#187; c'est-&#224;-dire la gestion de l'entreprise [Comme montr&#233; dans l'ouvrage c&#233;l&#232;bre de Berle et Means, en 1932.]. Ce mode de gouvernance &#233;tait marqu&#233; par une forte autonomie des dirigeants &#224; l'&#233;gard des actionnaires et, trait non moins important, une gestion tourn&#233;e de mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e vers la croissance de l'entreprise.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les d&#233;cennies qui ont suivi la 2&#232;me guerre mondiale que cette entreprise &#171; manag&#233;riale &#187; a trouv&#233; sa forme achev&#233;e, comme composante centrale des syst&#232;mes de production &#171; fordistes &#187;. Cela dans le cadre d'&#233;conomies o&#249; l'action publique jouait un r&#244;le central dans la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette organisation de l'&#233;conomie s'accompagnait d'une certaine vision de l'entreprise con&#231;ue comme &#171; institution sociale &#187; et comme une entit&#233; propre. Les managers se devaient d'&#234;tre au service de l'entreprise (et par l&#224;, assurer dans une certaine mesure des compromis entre les diverses parties prenantes qui la composent). C'est ce syst&#232;me qui va &#234;tre d&#233;truit &#224; partir des ann&#233;es 1980 par la financiarisation des entreprises et le passage du capitalisme manag&#233;rial &#224; un capitalisme financiaris&#233;, permis et soutenu par les politiques de d&#233;r&#233;glementation inspir&#233;es par les id&#233;ologies n&#233;o-lib&#233;rales montantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une premi&#232;re section nous pr&#233;sentons les grands traits de la financiarisation de la grande &#171; corporation &#187; et les conditions dans lesquelles la finance et ses acteurs ont &#233;tabli des modes de gouvernance conformes &#224; leurs objectifs et &#224; leurs int&#233;r&#234;ts&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une deuxi&#232;me section nous indiquons quelques pistes permettant de rompre avec cette forme de gouvernance pour restituer &#224; l'entreprise sa dimension d'institution assumant une double responsabilit&#233; sociale et environnementale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Chapitre 10 &#187; - Pour un syst&#232;me de financement &#233;mancip&#233; des march&#233;s financiers&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Boccara, Edwin Le Heron, Dominique Plihon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980, le capitalisme financiaris&#233; a profond&#233;ment chang&#233; le syst&#232;me bancaire et financier des pays d&#233;velopp&#233;s en le rendant totalement d&#233;pendant des march&#233;s financiers. Une fois de plus, l'efficience et l'autor&#233;gulation des march&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; au rendez-vous, nous conduisant &#224; une succession de crises financi&#232;res (junk bonds, bulle internet, subprimes, dettes publiques) touchant depuis 2008 l'&#233;conomie r&#233;elle comme jamais depuis la crise de 1929. Il est temps de repenser l'organisation du cr&#233;dit, de ramener les banques &#224; leur vrai m&#233;tier et de revoir le fonctionnement de la Banque centrale europ&#233;enne et sa politique mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle organisation du cr&#233;dit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'&#233;loignant de leur m&#233;tier qui consistait, par l'attribution de cr&#233;dits aux entreprises et aux m&#233;nages, &#224; &#233;valuer et &#224; porter les risques, les banques ont &#233;t&#233; perverties par la finance de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banques perverties par la finance, s'&#233;loignent de leur m&#233;tier de banquier &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les d&#233;buts de la globalisation financi&#232;re il y a trois d&#233;cennies, le secteur de la banque a subi une double transformation qui a radicalement chang&#233; son r&#244;le et sa place dans nos &#233;conomies. En premier lieu, le contenu de l'activit&#233; des banques s'est profond&#233;ment &#233;largi et modifi&#233;. Nous sommes d&#233;sormais en pr&#233;sence de conglom&#233;rats financiers de taille consid&#233;rable, tels BNP - Paribas, Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale ou HSBC, qui sont actifs sur tous les m&#233;tiers de la finance (la banque, l'assurance, les activit&#233;s de march&#233;). Le m&#233;tier de banque de d&#233;tail, qui consiste &#224; distribuer des cr&#233;dits et &#224; collecter des d&#233;p&#244;ts, et qui &#233;tait le c&#339;ur de l'activit&#233; bancaire, a vu sa part d&#233;cro&#238;tre. Actuellement, les banques sont pr&#233;sentes sur une soixantaine de m&#233;tiers diff&#233;rents allant du financement du cr&#233;dit-bail, au LBO et &#224; la gestion des SICAV [&lt;strong&gt;Cr&#233;dit-bail :&lt;/strong&gt; ou leasing, technique de cr&#233;dit dans laquelle le pr&#234;teur offre &#224; l'emprunteur la location d'un bien, assortie d'une promesse unilat&#233;rale de vente, qui peut se d&#233;nouer par le transfert de la propri&#233;t&#233; &#224; l'emprunteur. LBO : leverage buy out, technique qui permet &#224; des investisseurs d'acheter des entreprises en s'endettant &#224; des taux d'int&#233;r&#234;t bas, leur &#171; restructuration &#187; devant payer cet endettement. &lt;strong&gt;SICAV &lt;/strong&gt; : soci&#233;t&#233;s d'investissement &#224; capital variable qui placent l'&#233;pargne des m&#233;nages sous forme de titres.], en passant par les op&#233;rations d'assurance. L'un des grands changements a &#233;t&#233; le d&#233;veloppement de la finance de march&#233; : les banques se sont ru&#233;es sur la Bourse et sur les march&#233;s de produits d&#233;riv&#233;s et structur&#233;s, r&#233;sultant notamment de la titrisation. Innovation financi&#232;re majeure, la titrisation consiste &#224; transformer des cr&#233;dits bancaires en titres n&#233;gociables sur un march&#233; financier et vendus &#224; des investisseurs, ce qui permet de transf&#233;rer du cr&#233;dit du bilan des banques vers celui d'institutions non bancaires (investisseurs). Les banques se sont ainsi &#233;loign&#233;es du mod&#232;le traditionnel, celui du &#171; &lt;i&gt;originate to hold&lt;/i&gt; &#187;, o&#249; elles accordent les cr&#233;dits et les gardent dans leur bilan en contr&#244;lant le comportement et les r&#233;sultats de l'emprunteur. La titrisation a favoris&#233; l'adoption d'un mod&#232;le nouveau, celui du &#171; originate, repackage and sell &#187;, o&#249; les cr&#233;dits sont certes accord&#233;s par les banques, mais avec l'id&#233;e de les restructurer et de les vendre au plus vite. La titrisation supprime le suivi du risque bancaire, et incite les banques &#224; distribuer des cr&#233;dits plus risqu&#233;s avec des taux d'int&#233;r&#234;t plus &#233;lev&#233;s. Au total, les banques remplissent de moins en moins leurs deux fonctions principales, qui sont de financer l'&#233;conomie et de contr&#244;ler les risques. Ces fonctions sont transf&#233;r&#233;es aux march&#233;s dont la crise a montr&#233; qu'ils avaient le plus grand mal &#224; &#233;valuer correctement les risques sous-jacents aux actifs financiers.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Chapitre 11 &#187; - L'effarante passivit&#233; de la &#171; re-r&#233;gulation financi&#232;re &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon &lt;/strong&gt;(CNRS, CEESP-CSE, Universit&#233; Paris-1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas &#234;tre trop facilement enclin au sentiment du d&#233;sespoir pour regarder d'un &#339;il &#224; peu pr&#232;s serein le paysage de la &#171; re-r&#233;gulation financi&#232;re &#187;. Il est donc av&#233;r&#233; qu'on ne peut compter sur le secours d'aucune loi naturelle de proportionnalit&#233; par laquelle un &#233;v&#233;nement extr&#234;me appellerait n&#233;cessairement une r&#233;ponse de m&#234;me calibre : la crise financi&#232;re la plus d&#233;vastatrice de l'histoire du capitalisme a d&#233;bouch&#233; sur&#8230; rien (ou presque). Il y a de quoi rester sid&#233;r&#233; par la nullit&#233; de la r&#233;ponse &#8211; en fait de quoi y voir la profondeur d'incrustation d'un certain bloc h&#233;g&#233;monique, qu'on ne r&#233;duira pas simplement au &#171; lobby de la finance &#187;, mais qui consiste plut&#244;t en une interp&#233;n&#233;tration compl&#232;te, une symbiose organique des &#233;lites politiques, administratives et financi&#232;res, les m&#234;mes individus circulant indiff&#233;remment d'une sph&#232;re &#224; l'autre, pour y tenir successivement tous les r&#244;les mais toujours au service d'une m&#234;me vision du monde. Ainsi la d&#233;monstration en vraie grandeur, et m&#234;me &#224; une &#233;chelle sans pr&#233;c&#233;dent, des pouvoirs de destruction de la finance lib&#233;ralis&#233;e n'a pas r&#233;ussi &#224; entamer si peu que ce soit l'&#171; &#233;vidence &#187; d'une &#233;conomie domin&#233;e par les march&#233;s de capitaux. A aucun moment ne vient dans aucun discours public l'id&#233;e que ces march&#233;s sont le probl&#232;me. Il n'est question que d'en am&#233;liorer marginalement le fonctionnement, d'en temp&#233;rer les l&#233;gers d&#233;bordements, jamais de remettre en cause fondamentalement l'id&#233;e, d&#233;sormais tenue pour une sorte de v&#233;rit&#233; naturelle, qu'ils seraient l'unique moyen d'organiser le financement des activit&#233;s &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la lumi&#232;re de ce complexe, m&#234;lant de tr&#232;s puissants int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, bien d&#233;cid&#233;s &#224; ne rien l&#226;cher, et cette croyance cardinale d&#233;sormais partag&#233;e au-del&#224; de leur p&#233;rim&#232;tre imm&#233;diat, qu'il faut comprendre l'&#233;tonnante passivit&#233; de la r&#233;ponse politique &#224; une crise financi&#232;re g&#233;ante, dont les d&#233;veloppements au surplus sont loin d'&#234;tre achev&#233;s. Sans qu'il y ait lieu d'en &#234;tre surpris, le r&#233;el s'appr&#234;te d&#233;j&#224; &#224; se venger, car l'effarante inaction publique depuis 2008 a pour seul effet que le syst&#232;me financier se trouve toujours dans le m&#234;me &#233;tat d'extr&#234;me instabilit&#233; au moment o&#249; un nouveau choc, celui des dettes souveraines apr&#232;s celui des dettes immobili&#232;res, menace de l'effondrer &#224; nouveau &#8211; et cette fois sans plus de filet de s&#233;curit&#233; puisque, par construction, l'Etat-sauveteur est d&#233;sormais aux abonn&#233;s absents&#8230; On en vient d'ailleurs presque &#224; se demander s'il ne faut pas souhaiter la survenue de ce nouveau s&#233;isme &#8211; celui-l&#224; serait d&#233;finitif &#8211; pour qu'enfin il se passe &#171; quelque chose &#187; puisque d&#233;cid&#233;ment le degr&#233; d'incrustation d'une formation id&#233;ologique se mesure &#224; l'intensit&#233; des chocs n&#233;cessaires pour provoquer une (vraie) r&#233;action&#8230; et que celui de 2007-2008, pourtant d'une magnitude historique, n'a visiblement pas suffi. Pour l'heure en tout cas, il faut d'abord faire le bilan des impasses, volontaires ou inconscientes, et des contresens, r&#233;els ou simul&#233;s, dans lesquels s'agite la pantomime de la &#171; re-r&#233;gulation &#187; &#8211; avant de proposer ce qui pourrait &#234;tre fait si une volont&#233; politique &#224; la hauteur de l'&#233;v&#232;nement se faisait conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.atterres.org/article/quelques-pages-de-changer-d%C3%A9conomie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les &#201;conomistes Atterr&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 21 janvier 2013&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les &#201;conomistes Atterr&#233;s :La zone euro d&#233;couvre l'ajustement structurel</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Les-Economistes-Atterres-La-zone-euro-decouvre-l-ajustement-structurel</link>
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		<dc:date>2012-09-01T12:50:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Les &#201;conomistes Atterr&#233;s *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les derni&#232;res &#233;volutions au sein de la zone Euro (adoption en cours d'un pacte budg&#233;taire, cure d'aust&#233;rit&#233; en Gr&#232;ce, risque d'insoutenabilit&#233; de la dette en Italie, risque de faillite bancaire en Espagne, etc.) font craindre l'imminence d'un plan d'ajustement structurel (PAS) pour l'ensemble de la zone Euro, &#224; l'instar de ceux mis en place pour les Etats africains au d&#233;but des ann&#233;es 1980. &lt;br class='autobr' /&gt; Lorsqu'on fait le bilan des PAS en Afrique trente ans apr&#232;s leur adoption, on ne peut que (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Union-Europeenne" rel="directory"&gt;Union Europ&#233;enne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les derni&#232;res &#233;volutions au sein de la zone Euro (adoption en cours d'un pacte budg&#233;taire, cure d'aust&#233;rit&#233; en Gr&#232;ce, risque d'insoutenabilit&#233; de la dette en Italie, risque de faillite bancaire en Espagne, etc.) font craindre l'imminence d'un plan d'ajustement structurel (PAS) pour l'ensemble de la zone Euro, &#224; l'instar de ceux mis en place pour les Etats africains au d&#233;but des ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsqu'on fait le bilan des PAS en Afrique trente ans apr&#232;s leur adoption, on ne peut que s'inqui&#233;ter de ce qui attend l'Europe dans les mois et ann&#233;es &#224; venir, sous la triple f&#233;rule du Fonds Mon&#233;taire International (FMI), de la Commission de Bruxelles et de la Banque Centrale Europ&#233;enne (BCE).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons tout d'abord que ces PAS illustrent sur le plan id&#233;ologique ce qu'il est d&#233;sormais convenu de nommer &#224; la suite de l'&#233;conomiste am&#233;ricain John Williamson &#171; le consensus de Washington &#187;, ou encore &#171; la d&#233;sinflation comp&#233;titive &#187;, expression ch&#232;re &#224; Jean-Claude Trichet, ancien Pr&#233;sident du board des gouverneurs de la BCE. Quatre &#233;l&#233;ments permettent de caract&#233;riser les mesures des PAS :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Une politique mon&#233;taire ayant comme seul objectif la lutte contre l'inflation et ne tenant aucun compte des pr&#233;occupations de croissance &#233;conomique ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Une politique budg&#233;taire dite &#171; budg&#233;tariste &#187;, avec comme objectif unique l'assainissement des finances publiques ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Une politique de r&#233;duction des co&#251;ts de production, en particulier le co&#251;t du travail, donc le salaire ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Un ensemble de r&#233;formes dites &#171; structurelles &#187;, au premier rang desquelles il convient de mentionner la lib&#233;ralisation du march&#233; du travail.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Face au d&#233;sastre &#233;conomique et social de ces PAS dont l'&#233;chec manifeste a paradoxalement justifi&#233; la poursuite, les Institutions de Bretton Woods (FMI, Banque Mondiale) ont imagin&#233; une ligne de d&#233;fense autour de la notion de &#171; bonne gouvernance &#187; &#224; partir de 2000, ainsi que le montre l'&#233;conomiste sud cor&#233;en de l'universit&#233; de Cambridge, Ha-Joon Chang. L'argumentaire fut le suivant : l'Afrique ne dispose pas de bonnes institutions, celles du march&#233; de concurrence pure et parfaite, raison pour laquelle elle n'a pas su tirer b&#233;n&#233;fice de l'ajustement structurel, pourtant bien con&#231;u&#8230;quand le mod&#232;le ne cadre pas avec la r&#233;alit&#233;, cette derni&#232;re a s&#251;rement tort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de classe moyenne dans les pays subsahariens rendant difficile l'action collective a facilit&#233; la mise en place et la brutalit&#233; dans la mise en &#339;uvre des PAS en Afrique (blocage des salaires, licenciement massif des fonctionnaires, r&#233;duction drastique des d&#233;penses d'&#233;ducation et de sant&#233;, privatisation des services publics). La complicit&#233; passive de dirigeants africains dont la l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique est g&#233;n&#233;ralement sujette &#224; caution, rendant difficile le bras de fer avec les &#233;conomistes du FMI, a fait le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat aujourd'hui se passe de commentaires : des soci&#233;t&#233;s africaines exsangues et proches de l'anomie, des &#233;conomies faiblement productives et transformatrices de mati&#232;res premi&#232;res, avec une insertion d&#233;pendante au sein du commerce international, un ch&#244;mage de masse dont le pendant est une vague sans pr&#233;c&#233;dent de migration de populations jeunes cherchant au loin une vie meilleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes causes produisant les m&#234;mes effets, on peut d&#233;j&#224; anticiper ce qui va arriver en Europe dans les mois et ann&#233;es &#224; venir : la poursuite de politiques &#233;conomiques d&#233;flationnistes, la fin programm&#233;e des services publics, la d&#233;structuration du tissu social et plus g&#233;n&#233;ralement la fin du mod&#232;le social europ&#233;en. La question est la suivante : pourquoi les dirigeants europ&#233;ens d&#233;mocratiquement &#233;lus et donc disposant d'une l&#233;gitimit&#233; endog&#232;ne a priori plus forte que celle de leurs homologues africains, acceptent de se lier les mains via des politiques n&#233;olib&#233;rales qui ont conduit au d&#233;sastre social africain et aux errements de la finance mondialis&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;ponses sont nombreuses et non mutuellement exclusives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a tout d'abord le dessaisissement du politique d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1980 sous les coups de boutoir du mon&#233;tarisme triomphant, illustr&#233;s par la c&#233;l&#232;bre formule &#171; There is no alternative &#187; (TINA). Il y a ensuite l'acceptation par les gouvernements europ&#233;ens du n&#233;omercantilisme des pays &#233;mergents adeptes du dumping mon&#233;taire et peu regardants sur les conditions sociales de la production, cr&#233;ant de fait les conditions d'un d&#233;ficit structurel des balances commerciales europ&#233;ennes. Il y a enfin l'aveuglement des dirigeants europ&#233;ens relatif &#224; la nature du d&#233;sespoir des populations du &#171; Sud &#187;, aveuglement entretenu par la sous-estimation du caract&#232;re universel de l'aspiration des populations &#224; la libert&#233;, ainsi que l'a montr&#233; le &#171; printemps arabe &#187; ; les d&#233;terminants r&#233;els de la d&#233;connexion croissante entre des dirigeants africains soumis au dogme de l'&#233;quilibre des comptes macro&#233;conomiques et leurs populations sans perspective d'&#233;panouissement social ne furent donc pas analys&#233;s par des dirigeants europ&#233;ens exclusivement pr&#233;occup&#233;s par la lutte contre l'immigration clandestine, en lieu et place de la construction de p&#244;les des croissance et de d&#233;veloppement reliant les deux rives de la m&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe doit m&#233;diter le fait que l'ajustement structurel n'est qu'une pratique gestionnaire. Il ne saurait se substituer &#224; l'imp&#233;ratif de construction d'un projet de soci&#233;t&#233;. Le processus de culpabilisation des populations les plus modestes qui seraient &#224; la base de la persistance et/ou de l'aggravation des d&#233;ficits publics est un exercice dangereux. Il d&#233;bouche &#224; l'heure actuelle en Afrique sur la mont&#233;e des extr&#233;mismes religieux, musulmans et chr&#233;tiens. Il pourrait demain se traduire en Europe par l'arriv&#233;e au pouvoir de partis extr&#233;mistes. On pense in&#233;vitablement &#224; la situation de l'entre-deux-guerres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kako Nubukpo *&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://atterres.org/article/la-zone-euro-d%C3%A9couvre-lajustement-structurel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Economistes Atterr&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, le 24 ao&#251;t 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Kako Nubukpo &lt;/strong&gt; est n&#233; en 1968 &#224; Lom&#233; (Togo), docteur en sciences &#233;conomiques de l'universit&#233; Lumi&#232;re Lyon 2, il fut notamment macro&#233;conomiste et chef de service au si&#232;ge de la Banque centrale des &#201;tats de l'Afrique de l'Ouest &#224; Dakar, avant de rejoindre le Centre de coop&#233;ration internationale en recherche agronomique pour le d&#233;veloppement. Depuis 2010, il est chef du P&#244;le &#171; &lt;i&gt;Analyse &#233;conomique et recherche&lt;/i&gt; &#187; de la Commission de l'Union &#233;conomique et mon&#233;taire ouest-africaine (UEMOA).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>France : Sus &#224; l'orthodoxie budg&#233;taire d&#233;fendue par la Cour des comptes !</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/France-Sus-a-l-orthodoxie-budgetaire-defendue-par-la-Cour-des-comptes</link>
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		<dc:date>2012-07-25T15:27:29Z</dc:date>
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		<dc:creator>Les &#201;conomistes Atterr&#233;s *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le monde conna&#238;t sa plus grande crise depuis les ann&#233;es 1930. Le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral est clairement responsable de la d&#233;flagration ouverte en 2007. Pourtant, depuis 2010, en Europe particuli&#232;rement, les n&#233;olib&#233;raux r&#233;ussissent un v&#233;ritable tour de force : ils prennent pr&#233;texte de l'une des cons&#233;quences de leur crise, le gonflement des d&#233;ficits et des dettes publics, pour imposer encore plus leur mod&#232;le en faillite. &lt;br class='autobr' /&gt; Au lieu de prendre la dette publique pour ce qu'elle est (une cons&#233;quence de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/France" rel="directory"&gt;France&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le monde conna&#238;t sa plus grande crise depuis les ann&#233;es 1930. Le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral est clairement responsable de la d&#233;flagration ouverte en 2007. Pourtant, depuis 2010, en Europe particuli&#232;rement, les n&#233;olib&#233;raux r&#233;ussissent un v&#233;ritable tour de force : ils prennent pr&#233;texte de l'une des cons&#233;quences de leur crise, le gonflement des d&#233;ficits et des dettes publics, pour imposer encore plus leur mod&#232;le en faillite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au lieu de prendre la dette publique pour ce qu'elle est (une cons&#233;quence de la crise), ils la pr&#233;sentent comme la cause de tous les maux. A la fa&#231;on du funeste m&#233;decin de Moli&#232;re, ils pr&#233;conisent la saign&#233;e : l'aust&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Cette aust&#233;rit&#233; tant budg&#233;taire que salariale plonge la zone euro dans la r&#233;cession et menace d'y entra&#238;ner le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;cession n'engendre pas seulement contraction du pouvoir d'achat, explosion du ch&#244;mage et de la pauvret&#233;, elle entra&#238;ne &#233;galement une chute des recettes fiscales, de sorte que d&#233;ficits et dette publics ne se r&#233;duisent pas. Ce qui est &#171; gagn&#233; &#187; d'un c&#244;t&#233; (par la r&#233;duction des d&#233;penses) est perdu de l'autre (par la chute des recettes). Qu'importe : puisqu'ils ne se r&#233;duisent pas, il faut aller encore un peu plus loin. La spirale est absurde : les politiques d'aust&#233;rit&#233; plombent la croissance, donc creusent le d&#233;ficit, ce qui justifie de nouvelles politiques d'aust&#233;rit&#233;, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de cette politique est accablant : apr&#232;s la grande r&#233;cession de 2008-2009, puis deux ann&#233;es de reprise poussive, l'Europe replonge en r&#233;cession. Faut-il poursuivre et m&#234;me durcir cette politique ? C'est ce que pr&#233;conise le nouveau rapport de la Cour des comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport ne contient aucune analyse sur les causes de la nouvelle r&#233;cession, ni a fortiori sur les moyens susceptibles de l'enrayer. Son mantra est tout autre : la France doit &#224; tout prix respecter la politique de &#171; r&#233;duction du d&#233;ficit &#187; afin de b&#233;n&#233;ficier d'une &#171; &lt;i&gt;appr&#233;ciation favorable&lt;/i&gt; &#187; des &#171; &lt;i&gt;march&#233;s financiers sur sa politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cour s'accroche &#224; l'objectif de r&#233;duction du d&#233;ficit public &#224; 3 % du produit int&#233;rieur brut (PIB) en 2013. Cette cible avait &#233;t&#233; fix&#233;e par le gouvernement Fillon, en 2010, mais avec une pr&#233;vision de croissance de 2,5 % par an sur la p&#233;riode 2011-2013. Or la croissance sera beaucoup plus faible, reconna&#238;t la Cour (0,4 % en 2012 et 1 % en 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire, indique-t-elle incidemment, &#171; &lt;i&gt;une r&#233;cession d&#232;s la mi-2012 et une croissance quasi nulle en 2013 pourraient m&#234;me &#234;tre envisag&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Comment expliquer ce ralentissement &#233;conomique ? La Cour d&#233;livre un satisfecit marqu&#233; au pr&#233;c&#233;dent gouvernement. Mais sa politique de rigueur, &#224; l'instar de celle appliqu&#233;e un peu partout en Europe, n'est-elle pas pour une large part responsable de ce retournement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cour &#233;voque en quelques lignes le point de vue keyn&#233;sien sur le sujet : une r&#233;duction des d&#233;ficits d'un point de PIB peut provoquer une baisse du PIB allant jusqu'&#224; 1,5 %. La d&#233;pense publique, ce sont des transferts aux m&#233;nages (54 %) ou bien encore des salaires vers&#233;s aux fonctionnaires (24 %). La r&#233;duire, c'est contracter d'autant les revenus, la demande et donc la production, tant publique que priv&#233;e, et par cons&#233;quent aussi les recettes fiscales. Mais ce point de vue est rapidement balay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la Cour, &#171; une strat&#233;gie cr&#233;dible de r&#233;duction des d&#233;ficits est susceptible d'amener les agents &#233;conomiques &#224; r&#233;duire leur &#233;pargne de pr&#233;caution &#187;. C'est l'argument lib&#233;ral des &#171; anticipations rationnelles &#187; qui ressort &#224; l'occasion. Elle suppose que chacun fonctionne comme suit : si l'Etat r&#233;duit ses d&#233;penses, alors chacun sachant qu'il paiera moins d'imp&#244;ts demain, se pr&#233;cipite chez son commer&#231;ant pour d&#233;penser la somme qu'il n'aura pas &#224; payer en imp&#244;t, de sorte que l'effet r&#233;cessif de la baisse des d&#233;penses publiques est neutralis&#233;. Mais cette fable de la forte baisse de l'&#233;pargne est-elle cr&#233;dible, a fortiori en p&#233;riode de hausse du ch&#244;mage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument keyn&#233;sien balay&#233;, reste donc le noyau dur des pr&#233;conisations. Puisque la croissance sera plus faible que pr&#233;vu, l'effort devra &#234;tre encore plus grand que planifi&#233; pour atteindre le sacro-saint objectif de 3 % de d&#233;ficit en 2013. Les parlementaires qui vont discuter du projet de loi de finances 2013 n'ont pas le choix. Il leur faudra trouver la bagatelle de 33 milliards d'euros d'&#233;conomies suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gel des prestations sociales (dont les retraites et les prestations familiales) et des salaires des fonctionnaires, blocage des promotions et des avancements, extension de la r&#233;vision g&#233;n&#233;rale des politiques publiques (non-remplacement d'un d&#233;part sur deux &#224; la retraite) aux collectivit&#233;s locales, et, pourquoi pas, hausse &#171; temporaire &#187; de la TVA et de la contribution sociale g&#233;n&#233;ralis&#233;e (CSG), c'est-&#224;-dire deux imp&#244;ts non progressifs : les pr&#233;conisations de la Cour ont le m&#233;rite de la clart&#233;. L'objectif de 3 % passe avant tout souci de croissance, d'emploi, de coh&#233;sion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les orientations pr&#233;conis&#233;es par le rapport de la Cour des comptes sont socialement insupportables, &#233;conomiquement absurdes, d&#233;mocratiquement inacceptables. Elles sont pr&#233;sent&#233;es comme une &#233;vidence non discutable. Mais, apr&#232;s le cataclysme ouvert en 2007, est-il encore admissible qu'un unique point de vue ait droit de cit&#233; dans les rapports officiels ?&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Jean-Marie Harribey&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Dominique Plihon &lt;/strong&gt; (Attac) ; &lt;strong&gt;Pierre Khalfa&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;St&#233;phanie Treillet &lt;/strong&gt; (Fondation Copernic) ; &lt;strong&gt;Edwin Le H&#233;ron&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Christophe Ramaux &lt;/strong&gt; (Economistes atterr&#233;s).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://atterres.org/article/sus-%C3%A0-lorthodoxie-budg%C3%A9taire-d%C3%A9fendue-par-la-cour-des-comptes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les Economistes atterr&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 18 juillet 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quitter le trampoline de la criseJean-Marie Harribey</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Quitter-le-trampoline-de-la-criseJean-Marie-Harribey</link>
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		<dc:date>2012-07-01T22:51:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey, Les &#201;conomistes Atterr&#233;s *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La crise n'en finit pas de rebondir. Toujours plus haut, plus grave et plus loin. La Gr&#232;ce, l'Irlande, le Portugal, depuis deux ans. L'Espagne maintenant. Il y a de quoi s'alarmer mais pas de s'&#233;tonner. Les politiques n&#233;olib&#233;rales &#8211; qui ont provoqu&#233; la crise, rappelons-le &#8211; font tout pour la prolonger : l'aust&#233;rit&#233; enfonce les &#233;conomies dans la r&#233;cession, laquelle aggrave les d&#233;ficits, obligeant les &#201;tats &#224; toujours emprunter davantage sur les march&#233;s financiers. Aveugles &#224; cet engrenage (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Neoliberalisme" rel="directory"&gt;Capitalisme s&#233;nile&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La crise n'en finit pas de rebondir. Toujours plus haut, plus grave et plus loin. La Gr&#232;ce, l'Irlande, le Portugal, depuis deux ans. L'Espagne maintenant. Il y a de quoi s'alarmer mais pas de s'&#233;tonner. Les politiques n&#233;olib&#233;rales &#8211; qui ont provoqu&#233; la crise, rappelons-le &#8211; font tout pour la prolonger : l'aust&#233;rit&#233; enfonce les &#233;conomies dans la r&#233;cession, laquelle aggrave les d&#233;ficits, obligeant les &#201;tats &#224; toujours emprunter davantage sur les march&#233;s financiers. Aveugles &#224; cet engrenage fatal et sourds aux protestations des peuples pressur&#233;s, les dirigeants europ&#233;ens ont concoct&#233; le Pacte budg&#233;taire et sa &#171; r&#232;gle d'or &#187; pour annihiler toute tentative de r&#233;orientation des politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sanction est l&#224; : pour n'avoir pas voulu s'attaquer aux structures de la finance, ni m&#234;me les encadrer si peu que ce soit, et donc remettre en cause ses propres dogmes inscrits dans les trait&#233;s, l'Union europ&#233;enne et sa zone euro craquent. Depuis deux ans, plus de 400 milliards d'euros ont &#233;t&#233; apport&#233;s aux pays en difficult&#233;, sans autre r&#233;sultat que de les placer plus ou moins sous tutelle : 240 milliards pour la Gr&#232;ce, 85 pour l'Irlande, 78 pour le Portugal. Ces milliards, qualifi&#233;s d'&#171; aides &#187;, n'ont &#233;t&#233; apport&#233;s qu'en contrepartie d'une aust&#233;rit&#233; draconienne et d'une d&#233;r&#233;gulation du march&#233; du travail. De plus, les 130 milliards d&#233;cid&#233;s en mars dernier en faveur de la Gr&#232;ce consistaient &#224; entourer la conversion de 85,8 % de la valeur des obligations de droit grec d&#233;tenues par les banques grecques ou &#233;trang&#232;res contre de nouveaux titres &#224; 50 % de la valeur nominale des anciens qu'elles n'auraient pu, de toute fa&#231;on, n&#233;gocier sur le march&#233; qu'&#224; hauteur de 10 ou 20 %. Et ces nouveaux titres ont &#233;t&#233; &#233;mis sous la loi britannique afin d'&#233;viter qu'un futur gouvernement grec puisse toucher &#224; la dette. Au total, l'aide apport&#233;e fut surtout destin&#233;e aux banques que l'on a tir&#233;es ainsi d'un mauvais pas, beaucoup plus qu'&#224; l'&#201;tat lui-m&#234;me, tandis que le pays plonge dans le chaos &#233;conomique, social et politique. Cerise sur le g&#226;teau : les banques &#233;trang&#232;res ayant des filiales en Gr&#232;ce pourront acc&#233;der &#224; la liquidit&#233; offerte par la Banque centrale europ&#233;enne en cas de retraits de d&#233;p&#244;ts trop importants. On conna&#238;t la g&#233;n&#233;rosit&#233; de cette derni&#232;re qui a d&#233;j&#224; pr&#234;t&#233; au cours des six derniers mois 1000 milliards d'euros aux banques priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est maintenant au tour de l'Espagne d'&#234;tre projet&#233;e sur le trampoline de la crise. Parce que, d'une part, les cons&#233;quences de la sp&#233;culation immobili&#232;re ne sont pas sold&#233;es. La seule banque Bankia d&#233;tiendrait 176 milliards d'actifs toxiques. L'ensemble des banques espagnoles seraient engag&#233;es dans l'immobilier &#224; hauteur de 307 milliards. On sait qu'ailleurs ce n'est gu&#232;re plus brillant : Dexia qui s'&#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;lest&#233;e de 73 milliards d'actifs douteux fin 2011, d&#233;tiendrait encore plus de 100 milliards d'actifs toxiques, h&#233;rit&#233;s de la p&#233;riode o&#249; elle s'&#233;tait lanc&#233;e dans une politique d&#233;lirante de placements sp&#233;culatifs. D'autre part, la crise s'approfondit parce qu'elle n'est pas une addition de crises nationales qui &#233;clateraient par hasard au m&#234;me moment, mais elle est une crise du capitalisme qui met ce syst&#232;me au pied du mur : le mur de l'exploitation de la force de travail car il y a un seuil &#224; ne pas d&#233;passer sous peine de crise sociale et de surproduction &#233;conomique, et le mur infranchissable des ressources naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vont r&#233;soudre les 100 milliards que l'Union europ&#233;enne vient de d&#233;cider d'octroyer &#224; l'Espagne par le biais du Fonds europ&#233;en de stabilit&#233; financi&#232;re (FESF), encore en service avant l'entr&#233;e en sc&#232;ne du M&#233;canisme europ&#233;en de stabilit&#233; (MES) ? (voir &#224; ce sujet notre dernier ouvrage : &#034;L'Europe mal-trait&#233;e&#034;). Ce ne sera pas une aide &#224; l'&#201;tat espagnol, a-t-on entendu, car &#171; il a d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; les r&#233;formes structurelles &#187; attendues pour &#233;viter la mise sous tutelle. Il s'agira d'une aide directe aux banques, sous le couvert du Fonds public espagnol de soutien au secteur bancaire. L'argent public europ&#233;en refinancera donc les banques. Car il faut se souvenir que le FESF, tout comme bient&#244;t le MES, n'a pas un euro d'avance. Il n'a que des garanties apport&#233;es par les &#201;tats qui&#8230; doivent emprunter sur les march&#233;s financiers lorsque la sonnette d'alarme est tir&#233;e. C'est la cons&#233;quence d'avoir une Banque centrale europ&#233;enne qui ne joue ni le r&#244;le de pr&#234;teur en dernier ressort &#224; l'&#233;gard des &#201;tats, ni m&#234;me celui de garant de leurs emprunts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les analyses que les &#201;conomistes atterr&#233;s ont pr&#233;sent&#233;es, en leur nom propre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#201;conomistes atterr&#233;s, Manifeste d'&#233;conomistes atterr&#233;s, Paris, LLL, 2010 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou en collaboration avec d'autres associations, sont malheureusement confirm&#233;es. Sans un changement radical de cap, l'Europe ne peut que s'enfoncer dans la crise. Mais il n'y a pas de fatalit&#233;. Dans quelques jours, les Grecs voteront. D&#233;j&#224;, on sait que le parti Syriza exprime ouvertement et clairement un sentiment populaire : il est possible de refuser l'aust&#233;rit&#233; sans se condamner &#224; sortir de la zone euro. &#192; condition que le soutien ext&#233;rieur soit important. Dans ce cadre-l&#224;, des mobilisations sont en pr&#233;paration, auxquelles les &#201;conomistes atterr&#233;s s'associeront ou qu'ils animeront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ainsi :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'Appel pour sauver le peuple grec de ses sauveurs est toujours en cours de signature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauvons le peuple grec de ses sauveurs !]. Le collectif national pour un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se r&#233;unira le 23 juin &#224; Paris en rassemblant tous les collectifs locaux pour faire le bilan des actions d&#233;j&#224; men&#233;es et envisager leur suite.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le r&#233;seau &#171; Another road for Europe &#187; se r&#233;unira le 28 juin &#224; Bruxelles.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le r&#233;seau &#171; Euromemo Group &#187; tiendra son colloque annuel &#224; Potznan du 28 au 30 septembre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un &#171; Alter summit &#187; &#224; Florence est en pr&#233;paration pour le mois de novembre dans le cadre de la Joint Social Conference.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, d'autres initiatives sont prises actuellement, auxquelles les &#201;conomistes atterr&#233;s sont attentifs m&#234;me s'ils n'en sont pas partie prenante, comme celle intitul&#233;e &#171; Roosevelt 2012 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, la situation chaotique de l'Europe en g&#233;n&#233;ral et de plusieurs pays en particulier n'est ni le fruit du hasard, ni une fatalit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et quitter le trampoline de la crise sur lequel les politiques n&#233;olib&#233;rales contraignent les peuples est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://atterres.org/article/quitter-le-trampoline-de-la-crise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;conomistes atterr&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, 14 Juin 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#201;conomistes atterr&#233;s, Manifeste d'&#233;conomistes atterr&#233;s, Paris, LLL, 2010 ; 20 ans d'aveuglement, l'Europe au bord du gouffre, Paris, LLL, 2011 ; Changer d'&#233;conomie, Nos propositions pour 2012, Paris, LLL, 2011 ; L'Europe mal-trait&#233;e, Paris, LLL, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editions-lignes.com/sauvons-le-peuple-grec-de-ses.html.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sauvons le peuple grec de ses sauveurs !&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le collectif national pour un audit citoyen de la dette publique [[&lt;a href=&#034;http://www.audit-citoyen.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Retours sur les Assises de l'audit citoyen le 23 juin&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'imbroglio grec : la dette souveraine grecque prise au pi&#232;ge de la zone euro.</title>
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		<dc:creator>Les &#201;conomistes Atterr&#233;s *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Un an apr&#232;s la mise en place du plan de la Tro&#239;ka et malgr&#233; les immenses efforts impos&#233;s au peuple grec pour assurer sa bonne ex&#233;cution, la Gr&#232;ce de nouveau est aux abois. Si son d&#233;ficit public a baiss&#233;, la dette, quant &#224; elle, a augment&#233;. Plus grave encore pour les concepteurs du plan, les primes de risque impos&#233;es par les march&#233;s sont telles qu'il est exclu comme escompt&#233; que la Gr&#232;ce puisse de nouveau emprunter sur les march&#233;s en 2012, alors que des milliards de cr&#233;dits contract&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Grece" rel="directory"&gt;Gr&#233;ce&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un an apr&#232;s la mise en place du plan de la &lt;i&gt;Tro&#239;ka&lt;/i&gt; et malgr&#233; les immenses efforts impos&#233;s au peuple grec pour assurer sa bonne ex&#233;cution, la Gr&#232;ce de nouveau est aux abois. Si son d&#233;ficit public a baiss&#233;, la dette, quant &#224; elle, a augment&#233;. Plus grave encore pour les concepteurs du plan, les primes de risque impos&#233;es par les march&#233;s sont telles qu'il est exclu comme escompt&#233; que la Gr&#232;ce puisse de nouveau emprunter sur les march&#233;s en 2012, alors que des milliards de cr&#233;dits contract&#233;s viennent &#224; &#233;ch&#233;ance en juillet et doivent &#234;tre rembours&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'entr&#233;e de l'&#233;t&#233;, il est clair pour tout le monde que sans de nouveaux pr&#234;ts de l'UE, la Gr&#232;ce, &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance devra se d&#233;clarer en d&#233;faut sur sa dette souveraine. Une perspective que la BCE et les march&#233;s veulent &#233;viter &#224; tout prix. Mais sans que personne aujourd'hui ne puisse garantir qu'elle ne finira par s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en est-on arriv&#233; l&#224; ? En quoi consistait le plan de la Tro&#239;ka et pourquoi a-t-il si lamentablement &#233;chou&#233; ? Plus g&#233;n&#233;ralement et profond&#233;ment, car la vraie question est bien l&#224;, en quoi consistent et que valent les solutions imagin&#233;es par l'UE, le FMI et la BCE pour affronter la crise des dettes souveraines qui s'encha&#238;nent dans la zone euro ? Car, faut-il le rappeler, alors m&#234;me que le plan impos&#233; aux Hell&#232;nes vient d'&#233;chouer, c'est une formule &#171; &#224; la grecque &#187; qui est mise en place pour le Portugal, dernier en date des sinistr&#233;s de la zone euro. Ce, alors que les march&#233;s financiers, de concert avec les agences de notation, continuent de proc&#233;der &#224; leurs grandes man&#339;uvres contre l'Espagne, l'Italie ou la Belgique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ces questions qu'est consacr&#233;e cette note, qui vient ainsi prolonger le nouvel ouvrage publi&#233; par les Economistes Atterr&#233;s sur ce th&#232;me. Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, une remise en perspective est n&#233;cessaire concernant l'histoire - complexe - des relations entre Ath&#232;nes et Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Benjamin Coriat et Christopher Lantenois&lt;br/&gt;
Les Economistes aterr&#233;s&lt;/strong&gt;, 15 Juillet 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lire la suite dans le document joint &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<enclosure url="https://www.elcorreo.eu.org/IMG/pdf/L_imbroglio_grec.pdf" length="749154" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Manifeste des &#233;conomistes atterr&#233;s &#187; de Philippe Askenazy, Thomas Coutrot, Andr&#233; Orl&#233;an</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Manifeste-des-economistes-atterres-de-Philippe-Askenazy-Thomas-Coutrot-Andre-Orlean</link>
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		<dc:date>2010-11-11T15:53:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Les &#201;conomistes Atterr&#233;s *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les d&#233;cideurs europ&#233;ens ont-ils appris quelque chose de la crise provoqu&#233;e par les d&#233;rives de l'industrie financi&#232;re ? On peut en douter. Pour r&#233;sorber les d&#233;ficits provoqu&#233;s par le sauvetage des banques et la r&#233;cession, la Commission europ&#233;enne et les gouvernements appliquent avec une vigueur renouvel&#233;e des programmes d'ajustement qui ont dans le pass&#233; d&#233;montr&#233; leur capacit&#233; &#224; accro&#238;tre l'instabilit&#233; &#233;conomique et les in&#233;galit&#233;s sociales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces politiques de soumission au pouvoir de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Livres" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les d&#233;cideurs europ&#233;ens ont-ils appris quelque chose de la crise provoqu&#233;e par les d&#233;rives de l'industrie financi&#232;re ? On peut en douter. Pour r&#233;sorber les d&#233;ficits provoqu&#233;s par le sauvetage des banques et la r&#233;cession, la Commission europ&#233;enne et les gouvernements appliquent avec une vigueur renouvel&#233;e des programmes d'ajustement qui ont dans le pass&#233; d&#233;montr&#233; leur capacit&#233; &#224; accro&#238;tre l'instabilit&#233; &#233;conomique et les in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces politiques de soumission au pouvoir de la finance mettent en danger l'avenir du projet europ&#233;en. Atterr&#233;s par ce constat, nous avons pris l'initiative d'&#233;crire ce manifeste. Il d&#233;nonce dix fausses &#233;vidences, mal fond&#233;es scientifiquement, qui servent &#224; justifier les politiques actuellement men&#233;es en Europe. Il soumet au d&#233;bat vingt-deux propositions pour une autre strat&#233;gie. Initialement adress&#233; &#224; la communaut&#233; des &#233;conomistes, et plus de sept cents d'entre eux, issus comme nous d'horizons th&#233;oriques tr&#232;s divers, l'ont sign&#233;, ce manifeste est surtout destin&#233; &#224; nos concitoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;calage est aujourd'hui patent entre les affirmations p&#233;remptoires des &#171; experts &#187; et la fragilit&#233; de leurs diagnostics. Nous souhaitons aider les citoyens &#224; mettre des mots et des concepts sur leurs doutes, et les conforter dans l'id&#233;e que d'autres choix peuvent &#234;tre mis en d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe src=&#034;http://rcm-fr.amazon.fr/e/cm?lt1=_top&amp;bc1=FFFFFF&amp;IS2=1&amp;bg1=FFFFFF&amp;fc1=000000&amp;lc1=0000FF&amp;t=elcordeladiaa-21&amp;o=8&amp;p=8&amp;l=as4&amp;m=amazon&amp;f=ifr&amp;ref=ss_til&amp;asins=2918597260&#034; style=&#034;width:120px;height:240px;&#034; scrolling=&#034;no&#034; marginwidth=&#034;0&#034; marginheight=&#034;0&#034; frameborder=&#034;0&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&#171; Manifeste des &#233;conomistes atterr&#233;s &#187; &lt;/strong&gt;&lt;br/&gt; Philippe Askenazy, Thomas Coutrot, Andr&#233; Orl&#233;an&lt;br/&gt;
Essai (broch&#233;). Paru en Novembre 2010.&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Visiter le site des : &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://atterres.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;&#201;conomistes atterr&#233;s&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise et dette en Europe : 10 fausses &#233;vidences, 22 mesures en d&#233;bat pour sortir de l'impasse</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Crise-et-dette-en-Europe-10-fausses-evidences-22-mesures-en-debat-pour-sortir-de-l-impasse</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Crise-et-dette-en-Europe-10-fausses-evidences-22-mesures-en-debat-pour-sortir-de-l-impasse</guid>
		<dc:date>2010-09-21T14:52:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Les &#201;conomistes Atterr&#233;s *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Des &#233;conomistes sont atterr&#233;s. Et il y a de quoi . Dans ce manifeste , sign&#233; notamment par Philippe Askenazy (CNRS, Ecole d'&#233;conomie de Paris), ils d&#233;montent dix &#034;fausses &#233;vidences&#034;, et avancent 22 mesures en d&#233;bat pour sortir de la crise. En effet, il est temps d'en finir avec certaines vieilles recettes vou&#233;es &#224; l'&#233;chec. &lt;br class='autobr' /&gt; Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
La reprise &#233;conomique mondiale, permise par une injection colossale de d&#233;penses publiques dans le circuit &#233;conomique (des &#201;tats-Unis &#224; la Chine), est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Union-Europeenne" rel="directory"&gt;Union Europ&#233;enne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des &#233;conomistes sont atterr&#233;s. Et il y a de quoi . Dans ce manifeste , sign&#233; notamment par &lt;strong&gt;Philippe Askenazy&lt;/strong&gt; (CNRS, Ecole d'&#233;conomie de Paris), ils d&#233;montent dix &#034;fausses &#233;vidences&#034;, et avancent 22 mesures en d&#233;bat pour sortir de la crise. En effet, il est temps d'en finir avec certaines vieilles recettes vou&#233;es &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reprise &#233;conomique mondiale, permise par une injection colossale de d&#233;penses publiques dans le circuit &#233;conomique (des &#201;tats-Unis &#224; la Chine), est fragile mais r&#233;elle. Un seul continent reste en retrait, l'Europe. Retrouver le chemin de la croissance n'est plus sa priorit&#233; politique. Elle s'est engag&#233;e dans une autre voie : celle de la lutte contre les d&#233;ficits publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Union Europ&#233;enne, ces d&#233;ficits sont certes &#233;lev&#233;s &#8211; 7% en moyenne en 2010 &#8211; mais bien moins que les 11% affich&#233;s par les &#201;tats-Unis. Alors que des &#201;tats nord-am&#233;ricains au poids &#233;conomique plus important que la Gr&#232;ce, la Californie par exemple, sont en quasi-faillite, les march&#233;s financiers ont d&#233;cid&#233; de sp&#233;culer sur les dettes souveraines de pays europ&#233;ens, tout particuli&#232;rement ceux du Sud. L'Europe est de fait prise dans son propre pi&#232;ge institutionnel : les &#201;tats doivent emprunter aupr&#232;s d'institutions financi&#232;res priv&#233;es qui obtiennent, elles, des liquidit&#233;s &#224; bas prix de la Banque Centrale Europ&#233;enne. Les march&#233;s ont donc la cl&#233; du financement des &#201;tats. Dans ce cadre, l'absence de solidarit&#233; europ&#233;enne suscite la sp&#233;culation, d'autant que les agences de notation jouent &#224; accentuer la d&#233;fiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu la d&#233;gradation, le 15 juin, de la note de la Gr&#232;ce par l'agence Moody's, pour que les dirigeants europ&#233;ens retrouvent le terme d' &#171; irrationalit&#233; &#187; qu'ils avaient tant employ&#233; au d&#233;but de la crise des &lt;i&gt;subprimes&lt;/i&gt;. De m&#234;me, on d&#233;couvre maintenant que l'Espagne est bien plus menac&#233;e par la fragilit&#233; de son mod&#232;le de croissance et de son syst&#232;me bancaire que par son endettement public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#171; rassurer les march&#233;s &#187;, un Fonds de stabilisation de l'euro a &#233;t&#233; improvis&#233;, et des plans drastiques et bien souvent aveugles de r&#233;duction des d&#233;penses publiques ont &#233;t&#233; lanc&#233;s &#224; travers l'Europe. Les fonctionnaires sont les premiers touch&#233;s, y compris en France, o&#249; la hausse des cotisations retraites sera une baisse d&#233;guis&#233;e de leur salaire. Le nombre de fonctionnaires diminue partout, mena&#231;ant les services publics. Les prestations sociales, des Pays-Bas au Portugal en passant par la France avec l'actuelle r&#233;forme des retraites, sont en voie d'&#234;tre gravement amput&#233;es. Le ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233; de l'emploi se d&#233;velopperont n&#233;cessairement dans les ann&#233;es &#224; venir. Ces mesures sont irresponsables d'un point de vue politique et social, et m&#234;me au strict plan &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique, qui a tr&#232;s provisoirement calm&#233; la sp&#233;culation, a d&#233;j&#224; des cons&#233;quences sociales tr&#232;s n&#233;gatives dans de nombreux pays europ&#233;ens, tout particuli&#232;rement sur la jeunesse, le monde du travail et les plus fragiles. A terme elle attisera les tensions en Europe et menacera de ce fait la construction europ&#233;enne elle-m&#234;me, qui est bien plus qu'un projet &#233;conomique. L'&#233;conomie y est cens&#233;e &#234;tre au service de la construction d'un continent d&#233;mocratique, pacifi&#233; et uni. Au lieu de cela, une forme de dictature des march&#233;s s'impose partout, et particuli&#232;rement aujourd'hui au Portugal, en Espagne et en Gr&#232;ce, trois pays qui &#233;taient encore des dictatures au d&#233;but des ann&#233;es 1970, il y a &#224; peine quarante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on l'interpr&#232;te comme le d&#233;sir de &#171; rassurer les march&#233;s &#187; de la part de gouvernants effray&#233;s, ou bien comme un pr&#233;texte pour imposer des choix dict&#233;s par l'id&#233;ologie, la soumission &#224; cette dictature n'est pas acceptable, tant elle a fait la preuve de son inefficacit&#233; &#233;conomique et de son potentiel destructif au plan politique et social. Un v&#233;ritable d&#233;bat d&#233;mocratique sur les choix de politique &#233;conomique doit donc &#234;tre ouvert en France et en Europe. La plupart des &#233;conomistes qui interviennent dans le d&#233;bat public le font pour justifier ou rationaliser la soumission des politiques aux exigences des march&#233;s financiers. Certes, les pouvoirs publics ont d&#251; partout improviser des plans de relance keyn&#233;siens et m&#234;me parfois nationaliser temporairement des banques. Mais ils veulent refermer au plus vite cette parenth&#232;se. Le logiciel n&#233;olib&#233;ral est toujours le seul reconnu comme l&#233;gitime, malgr&#233; ses &#233;checs patents. Fond&#233; sur l'hypoth&#232;se d'efficience des march&#233;s financiers, il pr&#244;ne de r&#233;duire les d&#233;penses publiques, de privatiser les services publics, de flexibiliser le march&#233; du travail, de lib&#233;raliser le commerce, les services financiers et les march&#233;s de capitaux, d'accro&#238;tre la concurrence en tous temps et en tous lieux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'&#233;conomistes, nous sommes atterr&#233;s de voir que ces politiques sont toujours &#224; l'ordre du jour et que leurs fondements th&#233;oriques ne sont pas remis en cause. Les arguments avanc&#233;s depuis trente ans pour orienter les choix des politiques &#233;conomiques europ&#233;ennes sont pourtant mis en d&#233;faut par les faits. La crise a mis &#224; nu le caract&#232;re dogmatique et infond&#233; de la plupart des pr&#233;tendues &#233;vidences r&#233;p&#233;t&#233;es &#224; sati&#233;t&#233; par les d&#233;cideurs et leurs conseillers. Qu'il s'agisse de l'efficience et de la rationalit&#233; des march&#233;s financiers, de la n&#233;cessit&#233; de couper dans les d&#233;penses pour r&#233;duire la dette publique, ou de renforcer le &#171; pacte de stabilit&#233; &#187;, il faut interroger ces fausses &#233;vidences et montrer la pluralit&#233; des choix possibles en mati&#232;re de politique &#233;conomique. D'autres choix sont possibles et souhaitables, &#224; condition d'abord de desserrer l'&#233;tau impos&#233; par l'industrie financi&#232;re aux politiques publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous faisons ci-dessous une pr&#233;sentation critique de dix postulats qui continuent &#224; inspirer chaque jour les d&#233;cisions des pouvoirs publics partout en Europe, malgr&#233; les cinglants d&#233;mentis apport&#233;s par la crise financi&#232;re et ses suites. Il s'agit de fausses &#233;vidences qui inspirent des mesures injustes et inefficaces, face auxquelles nous mettons en d&#233;bat vingt-deux contre-propositions. Chacune d'entre elles ne fait pas n&#233;cessairement l'unanimit&#233; entre les signataires de ce texte, mais elles devront &#234;tre prises au s&#233;rieux si l'on veut sortir l'Europe de l'impasse.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fausse &#233;vidence n&#176;1 : &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les marches financiers sont efficients&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, un fait s'impose &#224; tous les observateurs : le r&#244;le primordial que jouent les march&#233;s financiers dans le fonctionnement de l'&#233;conomie. C'est l&#224; le r&#233;sultat d'une longue &#233;volution qui a d&#233;but&#233; &#224; la fin des ann&#233;es soixante-dix. De quelque mani&#232;re qu'on la mesure, cette &#233;volution marque une nette rupture, aussi bien quantitative que qualitative, par rapport aux d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes. Sous la pression des march&#233;s financiers, la r&#233;gulation d'ensemble du capitalisme s'est transform&#233;e en profondeur, donnant naissance &#224; une forme in&#233;dite de capitalisme que certains ont nomm&#233;e &#171; capitalisme patrimonial &#187;, &#171; capitalisme financier &#187; ou encore &#171; capitalisme n&#233;olib&#233;ral &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mutations ont trouv&#233; dans l'hypoth&#232;se d'efficience informationnelle des march&#233;s financiers leur justification th&#233;orique. En effet, selon cette hypoth&#232;se, il importe de d&#233;velopper les march&#233;s financiers, de faire en sorte qu'ils puissent fonctionner le plus librement possible, parce qu'ils constituent le seul m&#233;canisme d'allocation efficace du capital. Les politiques men&#233;es avec opini&#226;tret&#233; depuis trente ans sont conformes &#224; cette recommandation. Il s'est agi de construire un march&#233; financier mondialement int&#233;gr&#233; sur lequel tous les acteurs (entreprises, m&#233;nages, &#201;tats, institutions financi&#232;res) peuvent &#233;changer toutes les cat&#233;gories de titres (actions, obligations, dettes, d&#233;riv&#233;s, devises) pour toutes les maturit&#233;s (long terme, moyen terme, court terme). Les march&#233;s financiers en sont venus &#224; ressembler au march&#233; &#171; sans friction &#187; des manuels : le discours &#233;conomique est parvenu &#224; cr&#233;er la r&#233;alit&#233;. Les march&#233;s &#233;tant de plus en plus &#171; parfaits &#187; au sens de la th&#233;orie &#233;conomique dominante, les analystes ont cru que le syst&#232;me financier &#233;tait d&#233;sormais bien plus stable que par le pass&#233;. La &#171; grande mod&#233;ration &#187; - cette p&#233;riode de croissance &#233;conomique sans hausse des salaires qu'ont connus les USA de 1990 &#224; 2007 - a sembl&#233; le confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore le G20 persiste dans l'id&#233;e que les march&#233;s financiers sont le bon m&#233;canisme d'allocation du capital. La primaut&#233; et l'int&#233;grit&#233; des march&#233;s financiers demeurent les objectifs finaux que poursuit sa nouvelle r&#233;gulation financi&#232;re. La crise est interpr&#233;t&#233;e non pas comme un r&#233;sultat in&#233;vitable de la logique des march&#233;s d&#233;r&#233;gul&#233;s, mais comme l'effet de la malhonn&#234;tet&#233; et de l'irresponsabilit&#233; de certains acteurs financiers mal encadr&#233;s par les pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la crise s'est charg&#233;e de d&#233;montrer que les march&#233;s ne sont pas efficients, et qu'ils ne permettent pas une allocation efficace du capital. Les cons&#233;quences de ce fait en mati&#232;re de r&#233;gulation et de politique &#233;conomique sont immenses. La th&#233;orie de l'efficience repose sur l'id&#233;e que les investisseurs recherchent et trouvent l'information la plus fiable possible sur la valeur des projets qui sont en concurrence pour trouver un financement. A en croire cette th&#233;orie, le prix qui se forme sur un march&#233; refl&#232;te les jugements des investisseurs et synth&#233;tise l'ensemble de l'information disponible : il constitue donc une bonne estimation de la vraie valeur des titres. Or, cette valeur est suppos&#233;e r&#233;sumer toute l'information n&#233;cessaire pour orienter l'activit&#233; &#233;conomique et ainsi la vie sociale. Ainsi, le capital s'investit dans les projets les plus rentables et d&#233;laisse les projets les moins efficaces. Telle est l'id&#233;e centrale de cette th&#233;orie : la concurrence financi&#232;re produit des prix justes qui constituent des signaux fiables pour les investisseurs et orientent efficacement le d&#233;veloppement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crise est venue confirmer les diff&#233;rents travaux critiques qui avaient mis en doute cette proposition. La concurrence financi&#232;re ne produit pas n&#233;cessairement des prix justes. Pire : la concurrence financi&#232;re est souvent d&#233;stabilisante et conduit &#224; des &#233;volutions de prix excessives et irrationnelles, les bulles financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur majeure de la th&#233;orie de l'efficience des march&#233;s financiers consiste &#224; transposer aux produits financiers la th&#233;orie habituelle des march&#233;s de biens ordinaires. Sur ces derniers, la concurrence est pour partie autor&#233;gulatrice en vertu de ce qu'on nomme la &#171; loi &#187; de l'offre et de la demande : lorsque le prix d'un bien augmente, alors les producteurs vont augmenter leur offre et les acheteurs r&#233;duire leur demande ; le prix va donc baisser et revenir pr&#232;s de son niveau d'&#233;quilibre. Autrement dit, quand le prix d'un bien augmente, des forces de rappel tendent &#224; freiner puis inverser cette hausse. La concurrence produit ce qu'on appelle des &#171; feedbacks n&#233;gatifs &#187;, des forces de rappel qui vont dans le sens contraire du choc initial. L'id&#233;e d'efficience na&#238;t d'une transposition directe de ce m&#233;canisme &#224; la finance de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour cette derni&#232;re, la situation est tr&#232;s diff&#233;rente. Quand le prix augmente, il est fr&#233;quent d'observer, non pas une baisse mais une hausse de la demande ! En effet la hausse du prix signifie un rendement accru pour ceux qui poss&#232;dent le titre, du fait de la plus-value r&#233;alis&#233;e. La hausse du prix attire donc de nouveaux acheteurs, ce qui renforce encore la hausse initiale. Les promesses de bonus poussent les &lt;i&gt;traders &lt;/i&gt; &#224; amplifier encore le mouvement. Jusqu'&#224; l'incident, impr&#233;visible mais in&#233;vitable, qui provoque l'inversion des anticipations et le krach. Ce ph&#233;nom&#232;ne digne des moutons de Panurge est un processus &#224; &#171; &lt;i&gt;feedbacks positifs &lt;/i&gt; &#187;, qui aggrave les d&#233;s&#233;quilibres. C'est la bulle sp&#233;culative : une hausse cumulative des prix qui se nourrit elle-m&#234;me. Ce type de processus ne produit pas des prix justes, mais au contraire des prix inad&#233;quats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place pr&#233;pond&#233;rante occup&#233;e par les march&#233;s financiers ne peut donc conduire &#224; une quelconque efficacit&#233;. Plus m&#234;me, elle est une source permanente d'instabilit&#233;, comme le montre clairement la s&#233;rie ininterrompue de bulles que nous avons connue depuis 20 ans : Japon, Asie du Sud-Est, Internet, March&#233;s &#233;mergents, Immobilier, Titrisation. L'instabilit&#233; financi&#232;re se traduit ainsi par de fortes fluctuations des taux de change et de la Bourse, manifestement sans rapport avec les fondamentaux de l'&#233;conomie. Cette instabilit&#233;, n&#233;e du secteur financier, se propage &#224; l'&#233;conomie r&#233;elle par de nombreux m&#233;canismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;duire l'inefficience et l'instabilit&#233; des march&#233;s financiers, nous sugg&#233;rons quatre mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;1 :&lt;/strong&gt; cloisonner strictement les march&#233;s financiers et les activit&#233;s des acteurs financiers, interdire aux banques de sp&#233;culer pour leur compte propre, pour &#233;viter la propagation des bulles et des krachs
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;2 :&lt;/strong&gt; R&#233;duire la liquidit&#233; et la sp&#233;culation d&#233;stabilisatrice par des contr&#244;les sur les mouvements de capitaux et des taxes sur les transactions financi&#232;res
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;3 :&lt;/strong&gt; limiter les transactions financi&#232;res &#224; celles r&#233;pondant aux besoins de l'&#233;conomie r&#233;elle (ex. : CDS uniquement pour les d&#233;tenteurs des titres assur&#233;s, etc.)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;4 :&lt;/strong&gt; plafonner la r&#233;mun&#233;ration des traders&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fausse &#233;vidence n&#176;2 :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les marches financiers sont favorables a la croissance &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gration financi&#232;re a port&#233; le pouvoir de la finance &#224; son z&#233;nith par le fait qu'elle unifie et centralise la propri&#233;t&#233; capitaliste &#224; l'&#233;chelle mondiale. D&#233;sormais c'est elle qui d&#233;termine les normes de rentabilit&#233; exig&#233;es de l'ensemble des capitaux. Le projet &#233;tait que la finance de march&#233; se substitue au financement bancaire des investissements. Projet qui a d'ailleurs &#233;chou&#233;, puisqu'aujourd'hui, globalement, ce sont les entreprises qui financent les actionnaires au lieu du contraire. La gouvernance des entreprises s'est n&#233;anmoins profond&#233;ment transform&#233;e pour atteindre les normes de rentabilit&#233; du march&#233;. Avec la mont&#233;e en puissance de la valeur actionnariale, s'est impos&#233;e une conception nouvelle de l'entreprise et de sa gestion, pens&#233;es comme &#233;tant au service exclusif de l'actionnaire. L'id&#233;e d'un int&#233;r&#234;t commun propre aux diff&#233;rentes parties prenantes li&#233;es &#224; l'entreprise a disparu. Les dirigeants des entreprises cot&#233;es en Bourse ont d&#233;sormais pour mission premi&#232;re de satisfaire le d&#233;sir d'enrichissement des actionnaires et lui seul. En cons&#233;quence, ils cessent eux-m&#234;mes d'&#234;tre des salari&#233;s, comme le montre l'envol&#233;e d&#233;mesur&#233;e de leurs r&#233;mun&#233;rations. Comme l'avance la th&#233;orie de &#171; l'agence &#187;, il s'agit de faire en sorte que les int&#233;r&#234;ts des dirigeants soient d&#233;sormais convergents avec ceux des actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ROE (&lt;i&gt;Return on Equity&lt;/i&gt;, ou rendement des capitaux propres) de 15% &#224; 25% est d&#233;sormais la norme qu'impose le pouvoir de la finance aux entreprises et aux salari&#233;s. La liquidit&#233; est l'instrument de ce pouvoir, permettant &#224; tout moment aux capitaux non satisfaits d'aller voir ailleurs. Face &#224; cette puissance, le salariat comme la souverainet&#233; politique apparaissent de par leur fractionnement en &#233;tat d'inf&#233;riorit&#233;. Cette situation d&#233;s&#233;quilibr&#233;e conduit &#224; des exigences de profit d&#233;raisonnables, car elles brident la croissance &#233;conomique et conduisent &#224; une augmentation continue des in&#233;galit&#233;s de revenu. D'une part les exigences de profitabilit&#233; inhibent fortement l'investissement : plus la rentabilit&#233; demand&#233;e est &#233;lev&#233;e, plus il est difficile de trouver des projets suffisamment performants pour la satisfaire. Les taux d'investissement restent historiquement faibles en Europe et aux &#201;tats-Unis. D'autre part, ces exigences provoquent une constante pression &#224; la baisse sur les salaires et le pouvoir d'achat, ce qui n'est pas favorable &#224; la demande. Le freinage simultan&#233; de l'investissement et de la consommation conduit &#224; une croissance faible et &#224; un ch&#244;mage end&#233;mique. Cette tendance a &#233;t&#233; contrecarr&#233;e dans les pays anglo-saxons par le d&#233;veloppement de l'endettement des m&#233;nages et par les bulles financi&#232;res qui cr&#233;ent une richesse fictive, permettent une croissance de la consommation sans salaires, mais se terminent par des krachs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rem&#233;dier aux effets n&#233;gatifs des march&#233;s financiers sur l'activit&#233; &#233;conomique nous mettons en d&#233;bat trois mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;5 :&lt;/strong&gt; renforcer significativement les contre-pouvoirs dans les entreprises pour obliger les directions &#224; prendre en compte les int&#233;r&#234;ts de l'ensemble des parties prenantes
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;6 :&lt;/strong&gt; accro&#238;tre fortement l'imposition des tr&#232;s hauts revenus pour d&#233;courager la course aux rendements insoutenables
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;7 :&lt;/strong&gt; r&#233;duire la d&#233;pendance des entreprises vis-&#224;-vis des march&#233;s financiers, en d&#233;veloppant une politique publique du cr&#233;dit (taux pr&#233;f&#233;rentiels pour les activit&#233;s prioritaires au plan social et environnemental)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fausse &#233;vidence n&#176; 3 :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les marches sont de bons juges de la solvabilit&#233; des &#233;tats &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les tenants de l'efficience des march&#233;s financiers, les op&#233;rateurs de march&#233; prendraient en compte la situation objective des finances publiques pour &#233;valuer le risque de souscrire &#224; un emprunt d'&#201;tat. Prenons le cas de la dette grecque : les op&#233;rateurs financiers et les d&#233;cideurs s'en remettent aux seules &#233;valuations financi&#232;res pour juger la situation. Ainsi, lorsque le taux exig&#233; de la Gr&#232;ce est mont&#233; &#224; plus de 10%, chacun en a d&#233;duit que le risque de d&#233;faut &#233;tait proche : si les investisseurs exigent une telle prime de risque, c'est que le danger est extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une profonde erreur si l'on comprend la vraie nature de l'&#233;valuation par le march&#233; financier. Celui-ci n'&#233;tant pas efficient, il produit tr&#232;s souvent des prix totalement d&#233;connect&#233;s des fondamentaux. Dans ces conditions, il est d&#233;raisonnable de s'en remettre aux seules &#233;valuations financi&#232;res pour juger d'une situation. &#201;valuer la valeur d'un titre financier n'est pas une op&#233;ration comparable &#224; la mesure d'une grandeur objective, par exemple &#224; l'estimation du poids d'un objet. Un titre financier est un droit sur des revenus futurs : pour l'&#233;valuer il faut pr&#233;voir ce que sera ce futur. C'est affaire de jugement, pas de mesure objective, parce qu'&#224; l'instant &lt;i&gt;t&lt;/i&gt;, l'avenir n'est aucunement pr&#233;d&#233;termin&#233;. Dans les salles de march&#233;, il n'est que ce que les op&#233;rateurs imaginent qu'il sera. Un prix financier r&#233;sulte d'un jugement, une croyance, un pari sur l'avenir : rien n'assure que le jugement des march&#233;s ait une quelconque sup&#233;riorit&#233; sur les autres formes de jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout l'&#233;valuation financi&#232;re n'est pas neutre : elle affecte l'objet mesur&#233;, elle engage et construit le futur qu'elle imagine. Ainsi les agences de notation financi&#232;res contribuent largement &#224; d&#233;terminer les taux d'int&#233;r&#234;t sur les march&#233;s obligataires en attribuant des notes empruntes d'une grande subjectivit&#233; voire d'une volont&#233; d'alimenter l'instabilit&#233;, source de profits sp&#233;culatifs. Lorsqu'elles d&#233;gradent la notation d'un &#201;tat, elles accroissent le taux d'int&#233;r&#234;t exig&#233; par les acteurs financiers pour acqu&#233;rir les titres de la dette publique de cet &#201;tat, et augmentent par l&#224;-m&#234;me le risque de faillite qu'elles ont annonc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour r&#233;duire l'emprise de la psychologie des march&#233;s sur le financement des &#201;tats nous mettons en d&#233;bat deux mesures : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;8 :&lt;/strong&gt; les agences de notation financi&#232;re ne doivent pas &#234;tre autoris&#233;es &#224; peser arbitrairement sur les taux d'int&#233;r&#234;t des march&#233;s obligataires en d&#233;gradant la note d'un &#201;tat : on devrait r&#233;glementer leur activit&#233; en exigeant que cette note r&#233;sulte d'un calcul &#233;conomique transparent.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;8bis :&lt;/strong&gt; affranchir les &#201;tats de la menace des march&#233;s financiers en garantissant le rachat des titres publiques par la BCE.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fausse &#233;vidence n&#176; 4 :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'envol&#233;e des dettes publiques r&#233;sulte d'un exc&#232;s de d&#233;penses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel P&#233;bereau, l'un des &#171; parrains &#187; de la banque fran&#231;aise, d&#233;crivait en 2005 dans l'un de ces rapports officiels &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt;, une France &#233;touff&#233;e par la dette publique et sacrifiant ses g&#233;n&#233;rations futures en s'adonnant &#224; des d&#233;penses sociales inconsid&#233;r&#233;es. L'&#201;tat s'endettant comme un p&#232;re de famille alcoolique qui boit au dessus de ses moyens : telle est la vision ordinairement propag&#233;e par la plupart des &#233;ditorialistes. L'explosion r&#233;cente de la dette publique en Europe et dans le monde est pourtant due &#224; tout autre chose : aux plans de sauvetage de la finance et surtout &#224; la r&#233;cession provoqu&#233;e par la crise bancaire et financi&#232;re qui a commenc&#233; en 2008 : le d&#233;ficit public moyen dans la zone euro n'&#233;tait que de 0,6% du PIB en 2007, mais la crise l'a fait passer &#224; 7% en 2010. La dette publique est pass&#233;e en m&#234;me temps de 66% &#224; 84% du PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la mont&#233;e de la dette publique, en France et dans de nombreux pays europ&#233;ens a d'abord &#233;t&#233; mod&#233;r&#233;e et ant&#233;rieure &#224; cette r&#233;cession : elle provient largement non pas d'une tendance &#224; la hausse des d&#233;penses publiques &#8211; puisqu'au contraire celles-ci, en proportion du PIB, sont stables ou en baisse dans l'Union europ&#233;enne depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990 &#8211; mais de l'effritement des recettes publiques, du fait de la faiblesse de la croissance &#233;conomique sur la p&#233;riode, et de la contre-r&#233;volution fiscale men&#233;e par la plupart des gouvernements depuis vingt-cinq ans. Sur plus long terme la contre-r&#233;volution fiscale a contin&#251;ment aliment&#233; le gonflement de la dette d'une r&#233;cession &#224; l'autre. Ainsi en France, un r&#233;cent rapport parlementaire chiffre &#224; 100 milliards d'euros en 2010 le co&#251;t des baisses d'imp&#244;ts consenties entre 2000 et 2010, sans m&#234;me inclure les exon&#233;rations de cotisations sociales (30 milliards) et d'autres &#171; d&#233;penses fiscales &#187;. Faute d'harmonisation fiscale, les &#201;tats europ&#233;ens se sont livr&#233;es &#224; la concurrence fiscale, baissant les imp&#244;ts sur les soci&#233;t&#233;s, les hauts revenus et les patrimoines. M&#234;me si le poids relatif de ses d&#233;terminants varie d'un pays &#224; l'autre, la hausse quasi-g&#233;n&#233;rale des d&#233;ficits publics et des ratios de dette publique en Europe au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es ne r&#233;sulte pas principalement d'une d&#233;rive coupable des d&#233;penses publiques. Un diagnostic qui ouvre &#233;videmment d'autres pistes que la sempiternelle r&#233;duction des d&#233;penses publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour restaurer un d&#233;bat public inform&#233; sur l'origine de la dette et donc les moyens d'y rem&#233;dier nous mettons en d&#233;bat une proposition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176; 9 :&lt;/strong&gt; R&#233;aliser un audit public et citoyen des dettes publiques, pour d&#233;terminer leur origine et conna&#238;tre l'identit&#233; des principaux d&#233;tenteurs de titres de la dette et les montants d&#233;tenus.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fausse &#233;vidence n&#176;5 : &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut r&#233;duire les d&#233;penses pour r&#233;duire la dette publique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si l'augmentation de la dette publique r&#233;sultait en partie d'une hausse des d&#233;penses publiques, couper dans ces d&#233;penses ne contribuerait pas forc&#233;ment &#224; la solution. Car la dynamique de la dette publique n'a pas grand chose &#224; voir avec celle d'un m&#233;nage : la macro&#233;conomie n'est pas r&#233;ductible &#224; l'&#233;conomie domestique. La dynamique de la dette d&#233;pend en toute g&#233;n&#233;ralit&#233; de plusieurs facteurs : le niveau des d&#233;ficits primaires, mais aussi l'&#233;cart entre le taux d'int&#233;r&#234;t et le taux de croissance nominal de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si ce dernier est plus faible que le taux d'int&#233;r&#234;t, la dette va s'accro&#238;tre m&#233;caniquement du fait de &#171; l'effet boule de neige &#187; : le montant des int&#233;r&#234;ts explose, et le d&#233;ficit total (y compris les int&#233;r&#234;ts de la dette) aussi. Ainsi, au d&#233;but des ann&#233;es 1990, la politique du franc fort men&#233;e par B&#233;r&#233;govoy et maintenue malgr&#233; la r&#233;cession de 1993-94 s'est traduite par un taux d'int&#233;r&#234;t durablement plus &#233;lev&#233; que le taux de croissance, expliquant le bond de la dette publique de la France pendant cette p&#233;riode. C'est le m&#234;me m&#233;canisme qui expliquait l'augmentation de la dette dans la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1980, sous l'impact de la r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale et de la politique de taux d'int&#233;r&#234;ts &#233;lev&#233;s men&#233;e par Ronald Reagan et Margaret Thatcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le taux de croissance de l'&#233;conomie lui-m&#234;me n'est pas ind&#233;pendant des d&#233;penses publiques : &#224; court terme l'existence de d&#233;penses publiques stables limite l'ampleur des r&#233;cessions (&#171; stabilisateurs automatiques &#187;) ; &#224; long terme les investissements et d&#233;penses publiques (&#233;ducation, sant&#233;, recherche, infrastructures...) stimulent la croissance. Il est faux d'affirmer que tout d&#233;ficit public accro&#238;t d'autant la dette publique, ou que toute r&#233;duction du d&#233;ficit permet de r&#233;duire la dette. Si la r&#233;duction des d&#233;ficits plombe l'activit&#233; &#233;conomique, la dette s'alourdira encore plus. Les commentateurs lib&#233;raux soulignent que certains pays (Canada, Su&#232;de, Isra&#235;l) ont r&#233;alis&#233; de tr&#232;s brutaux ajustements de leurs comptes publics dans les ann&#233;es 1990 et connu imm&#233;diatement apr&#232;s un fort rebond de la croissance. Mais cela n'est possible que si l'ajustement concerne un pays isol&#233;, qui regagne rapidement de la comp&#233;titivit&#233; sur ses concurrents. Ce qu'oublient &#233;videmment les partisans de l'ajustement structurel europ&#233;en, c'est que les pays europ&#233;ens ont pour principaux clients et concurrents les autres pays europ&#233;ens, l'Union europ&#233;enne &#233;tant globalement peu ouverte sur l'ext&#233;rieur. Une r&#233;duction simultan&#233;e et massive des d&#233;penses publiques de l'ensemble des pays de l'Union ne peut avoir pour effet qu'une r&#233;cession aggrav&#233;e et donc un nouvel alourdissement de la dette publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter que le r&#233;tablissement des finances publiques ne provoque un d&#233;sastre social et politique nous mettons en d&#233;bat deux mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;10 :&lt;/strong&gt; Maintenir le niveau des protections sociales, voire les am&#233;liorer (assurance-ch&#244;mage, logement&#8230;) ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;11 :&lt;/strong&gt; accro&#238;tre l'effort budg&#233;taire en mati&#232;re d'&#233;ducation, de recherche, d'investissements dans la reconversion &#233;cologique... pour mettre en place les conditions d'une croissance soutenable, permettant une forte baisse du ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fausse &#233;vidence n&#176;6 : &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dette publique reporte le prix de nos exc&#232;s sur nos petits-enfants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est une autre affirmation fallacieuse qui confond &#233;conomie m&#233;nag&#232;re et macro&#233;conomie, celle selon laquelle la dette publique serait un transfert de richesse au d&#233;triment des g&#233;n&#233;rations futures. La dette publique est bien un m&#233;canisme de transfert de richesses, mais c'est surtout des contribuables ordinaires vers les rentiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, se fondant sur la croyance rarement v&#233;rifi&#233;e selon laquelle baisser les imp&#244;ts stimulerait la croissance et accro&#238;trait &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; les recettes publiques, les &#201;tats europ&#233;ens ont depuis 1980 imit&#233; les USA dans une politique de moins-disant fiscal syst&#233;matique. Les r&#233;ductions d'imp&#244;t et de cotisations se sont multipli&#233;es (sur les b&#233;n&#233;fices des soci&#233;t&#233;s, sur le revenu des particuliers les plus ais&#233;s, sur les patrimoines, sur les cotisations patronales...), mais leur impact sur la croissance &#233;conomique est rest&#233; tr&#232;s incertain. Ces politiques fiscales anti-redistributives ont donc aggrav&#233; &#224; la fois, et de fa&#231;on cumulative, les in&#233;galit&#233;s sociales et les d&#233;ficits publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces politiques fiscales ont oblig&#233; les administrations publiques &#224; s'endetter aupr&#232;s des m&#233;nages ais&#233;s et des march&#233;s financiers pour financer les d&#233;ficits ainsi cr&#233;&#233;s. C'est ce qu'on pourrait appeler &#171; l'effet jackpot &#187; : avec l'argent &#233;conomis&#233; sur leurs imp&#244;ts, les riches ont pu acqu&#233;rir les titres (porteurs d'int&#233;r&#234;ts) de la dette publique &#233;mise pour financer les d&#233;ficits publics provoqu&#233;s par les r&#233;ductions d'imp&#244;ts... Le service de la dette publique en France repr&#233;sente ainsi 40 milliards d'euros par an, presqu'autant que les recettes de l'imp&#244;t sur le revenu. Tour de force d'autant plus brillant qu'on a ensuite r&#233;ussi &#224; faire croire au public que la dette publique &#233;tait la faute des fonctionnaires, des retrait&#233;s et des malades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accroissement de la dette publique en Europe ou aux USA n'est donc pas le r&#233;sultat de politiques keyn&#233;siennes expansionnistes ou de politiques sociales dispendieuses mais bien plut&#244;t d'une politique en faveur des couches privil&#233;gi&#233;es : les &#171; d&#233;penses fiscales &#187; (baisses d'imp&#244;ts et de cotisations) augmentent le revenu disponible de ceux qui en ont le moins besoin, qui du coup peuvent accro&#238;tre encore davantage leurs placements notamment en Bons du Tr&#233;sor, lesquels sont r&#233;mun&#233;r&#233;s en int&#233;r&#234;ts par l'imp&#244;t pr&#233;lev&#233; sur tous les contribuables. Au total se met en place un m&#233;canisme de redistribution &#224; rebours, des classes populaires vers les classes ais&#233;es, via la dette publique dont la contrepartie est toujours de la rente priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour redresser de fa&#231;on &#233;quitable les finances publiques en Europe et en France nous mettons en d&#233;bat deux mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;12 :&lt;/strong&gt; redonner un caract&#232;re fortement redistributif &#224; la fiscalit&#233; directe sur les revenus (suppression des niches, cr&#233;ation de nouvelles tranches et augmentation des taux de l'imp&#244;t sur le revenu&#8230;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;13 :&lt;/strong&gt; supprimer les exon&#233;rations consenties aux entreprises sans effets suffisants sur l'emploi&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fausse &#233;vidence n&#176;7 : &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut rassurer les marches financiers pour pouvoir financer la dette publique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau mondial, la mont&#233;e des dettes publiques doit &#234;tre analys&#233;e corr&#233;lativement &#224; la financiarisation. Durant les trente derni&#232;res ann&#233;es, &#224; la faveur de la totale lib&#233;ralisation de la circulation des capitaux, la finance a accru consid&#233;rablement son emprise sur l'&#233;conomie. Les grandes entreprises recourent de moins en moins au cr&#233;dit bancaire et de plus en plus aux march&#233;s financiers. Les m&#233;nages aussi voient une part croissante de leur &#233;pargne drain&#233;e vers la finance pour leurs retraites, via les divers produits de placement ou encore dans certains pays via le financement de leur logement (pr&#234;ts hypoth&#233;caires). Les gestionnaires de portefeuille cherchant &#224; diversifier les risques, ils recherchent des titres publics en compl&#233;ment de titres priv&#233;s. Ils les trouvaient facilement sur les march&#233;s car les gouvernements menaient des politiques similaires conduisant &#224; un essor des d&#233;ficits : taux d'int&#233;r&#234;t &#233;lev&#233;s, baisses d'imp&#244;ts cibl&#233;es sur les hauts revenus, incitations massives &#224; l'&#233;pargne financi&#232;re des m&#233;nages pour favoriser les retraites par capitalisation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de l'UE, la financiarisation de la dette publique a &#233;t&#233; inscrite dans les trait&#233;s : depuis Maastricht les Banques centrales ont interdiction de financer directement les &#201;tats, qui doivent trouver pr&#234;teurs sur les march&#233;s financiers. Cette &#171; r&#233;pression mon&#233;taire &#187; accompagne la &#171; lib&#233;ration financi&#232;re &#187; et prend l'exact contrepied des politiques adopt&#233;es apr&#232;s la grande crise des ann&#233;es 1930, de &#171; r&#233;pression financi&#232;re &#187; (restrictions drastiques &#224; la libert&#233; d'action de la finance) et de &#171; lib&#233;ration mon&#233;taire &#187; (avec la fin de l'&#233;talon-or). Il s'agit de soumettre les &#201;tats, suppos&#233;s par nature trop d&#233;pensiers, &#224; la discipline de march&#233;s financiers suppos&#233;s par nature efficients et omniscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat de ce choix doctrinaire, la Banque centrale europ&#233;enne n'a ainsi pas le droit de souscrire directement aux &#233;missions d'obligations publiques des &#201;tats europ&#233;ens. Priv&#233;s de la garantie de pouvoir toujours se financer aupr&#232;s de la Banque Centrale, les pays du Sud ont ainsi &#233;t&#233; les victimes d'attaques sp&#233;culatives. Certes depuis quelques mois, alors qu'elle s'y &#233;tait toujours refus&#233; au nom d'une orthodoxie sans faille, la BCE ach&#232;te des obligations d'&#201;tat au taux d'int&#233;r&#234;t du march&#233; pour calmer les tensions sur le march&#233; obligataire europ&#233;en. Mais rien ne dit que cela suffira, si la crise de la dette s'aggrave et que les taux d'int&#233;r&#234;t de march&#233; s'envolent. Il pourrait alors &#234;tre difficile de maintenir cette orthodoxie mon&#233;taire d&#233;nu&#233;e de fondements scientifiques s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rem&#233;dier au probl&#232;me de la dette publique nous mettons en d&#233;bat deux mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;14 :&lt;/strong&gt; autoriser la Banque centrale europ&#233;enne &#224; financer directement les &#201;tats (ou &#224; imposer aux banques commerciales de souscrire &#224; l'&#233;mission d'obligations publiques) &#224; bas taux d'int&#233;r&#234;t, desserrant ainsi le carcan dans lequel les march&#233;s financiers les &#233;treignent
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;15 :&lt;/strong&gt; si n&#233;cessaire, restructurer la dette publique, par exemple en plafonnant le service de la dette publique &#224; un certain % du PIB, et en op&#233;rant une discrimination entre les cr&#233;anciers selon le volume des titres qu'ils d&#233;tiennent : les tr&#232;s gros rentiers (particuliers ou institutions) doivent consentir un allongement sensible du profil de la dette, voire des annulations partielles ou totales. Il faut aussi ren&#233;gocier les taux d'int&#233;r&#234;t exorbitants des titres &#233;mis par les pays en difficult&#233; depuis la crise.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fausse &#233;vidence n&#176;8 :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'union europ&#233;enne d&#233;fend le mod&#232;le social europ&#233;en &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction europ&#233;enne appara&#238;t comme une exp&#233;rience ambigu&#235;. Deux visions de l'Europe coexistent, sans oser s'affronter ouvertement. Pour les sociaux-d&#233;mocrates l'Europe aurait d&#251; se donner l'objectif de promouvoir le mod&#232;le social europ&#233;en, fruit du compromis social de l'apr&#232;s seconde guerre mondiale, avec sa protection sociale, ses services publics et ses politiques industrielles. Elle aurait d&#251; constituer un rempart face &#224; la mondialisation lib&#233;rale, un moyen de prot&#233;ger, de faire vivre et progresser ce mod&#232;le. L'Europe aurait d&#251; d&#233;fendre une vision sp&#233;cifique de l'organisation de l'&#233;conomie mondiale, la mondialisation r&#233;gul&#233;e par des organismes de gouvernance mondiale. Elle aurait d&#251; permettre aux pays membres de maintenir un niveau &#233;lev&#233; de d&#233;penses publiques et de redistribution, en prot&#233;geant leur capacit&#233; de les financer par l'harmonisation de la fiscalit&#233; sur les personnes, les entreprises, les revenus du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant l'Europe n'a pas voulu assumer sa sp&#233;cificit&#233;. La vision dominante actuellement &#224; Bruxelles et au sein de la plupart des gouvernements nationaux est au contraire celle d'une Europe lib&#233;rale, dont l'objectif est d'adapter les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes aux exigences de la mondialisation : la construction europ&#233;enne est l'occasion de mettre en cause le mod&#232;le social europ&#233;en et de d&#233;r&#233;guler l'&#233;conomie. La pr&#233;&#233;minence du droit de la concurrence sur les r&#233;glementations nationales et sur les droits sociaux dans le March&#233; unique permet d'introduire plus de concurrence sur les march&#233;s des produits et des services, de diminuer l'importance des services publics et d'organiser la mise en concurrence des travailleurs europ&#233;ens. La concurrence sociale et fiscale a permis de r&#233;duire les imp&#244;ts, notamment sur les revenus du capital et des entreprises (les &#171; bases mobiles &#187;), et de faire pression sur les d&#233;penses sociales. Les trait&#233;s garantissent quatre libert&#233;s fondamentales : la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux. Mais loin de se limiter au march&#233; int&#233;rieur, la libert&#233; de circulation des capitaux a &#233;t&#233; accord&#233;e aux investisseurs du monde entier, soumettant ainsi le tissu productif europ&#233;en aux contraintes de valorisation des capitaux internationaux. La construction europ&#233;enne appara&#238;t comme un moyen d'imposer aux peuples des r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la politique macro&#233;conomique (ind&#233;pendance de la Banque Centrale Europ&#233;enne vis-&#224;-vis du politique, Pacte de stabilit&#233;) est marqu&#233;e par la m&#233;fiance envers les gouvernements d&#233;mocratiquement &#233;lus. Il s'agit de priver les pays de toute autonomie en mati&#232;re de politique mon&#233;taire comme en mati&#232;re budg&#233;taire. L'&#233;quilibre budg&#233;taire doit &#234;tre atteint, puis toute politique discr&#233;tionnaire de relance bannie, pour ne plus laisser jouer que la &#171; stabilisation automatique &#187;. Aucune politique conjoncturelle commune n'est mise en &#339;uvre au niveau de la zone, aucun objectif commun n'est d&#233;fini en termes de croissance ou d'emploi. Les diff&#233;rences de situation entre les pays ne sont pas prises en compte, puisque le pacte ne s'int&#233;resse ni aux taux d'inflation ni aux d&#233;ficits ext&#233;rieurs nationaux ; les objectifs de finances publiques ne tiennent pas compte des situations &#233;conomiques nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instances europ&#233;ennes ont tent&#233; d'impulser des r&#233;formes structurelles (par les Grandes orientations de politiques &#233;conomiques, la M&#233;thode ouvertes de coordination, ou l'Agenda de Lisbonne) avec un succ&#232;s tr&#232;s in&#233;gal. Leur mode d'&#233;laboration n'&#233;tait ni d&#233;mocratique, ni mobilisateur, leur orientation lib&#233;rale ne correspondait pas obligatoirement aux politiques d&#233;cid&#233;es au niveau national, compte tenu des rapports de forces existant dans chaque pays. Cette orientation n'a pas connue d'embl&#233;e les succ&#232;s &#233;clatants qui l'auraient l&#233;gitim&#233;e. Le mouvement de lib&#233;ralisation &#233;conomique a &#233;t&#233; remis en cause (&#233;chec de la directive Bolkestein) ; certains pays ont &#233;t&#233; tent&#233;s de nationaliser leur politique industrielle tandis que la plupart s'opposaient &#224; l'europ&#233;anisation de leurs politiques fiscales ou sociales. L'Europe sociale est rest&#233;e un vain mot, seule l'Europe de la concurrence et de la finance s'est r&#233;ellement affirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que l'Europe puisse promouvoir v&#233;ritablement un mod&#232;le social europ&#233;en, nous mettons en d&#233;bat deux mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;16 :&lt;/strong&gt; remettre en cause la libre circulation des capitaux et des marchandises entre l'Union europ&#233;enne et le reste du monde, en n&#233;gociant des accords multilat&#233;raux ou bilat&#233;raux si n&#233;cessaire
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;17 :&lt;/strong&gt; au lieu de la politique de concurrence, faire de &#171; l'harmonisation dans le progr&#232;s &#187; le fil directeur de la construction europ&#233;enne. Mettre en place des objectifs communs &#224; port&#233;e contraignante en mati&#232;re de progr&#232;s social comme en mati&#232;re macro&#233;conomique (des GOPS, grandes orientations de politique sociale)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fausse &#233;vidence n&#176;9 : &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'euro est un bouclier contre la crise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'euro aurait d&#251; &#234;tre un facteur de protection contre la crise financi&#232;re mondiale. Apr&#232;s tout, la suppression de toute incertitude sur les taux de change entre monnaies europ&#233;ennes a &#233;limin&#233; un facteur majeur d'instabilit&#233;. Pourtant, il n'en a rien &#233;t&#233; : l'Europe est plus durement et plus durablement affect&#233; par la crise que le reste du monde. Cela tient aux modalit&#233;s-m&#234;mes de construction de l'union mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1999 la zone euro a connu une croissance relativement m&#233;diocre et un accroissement des divergences entre les &#201;tats membres en termes de croissance, d'inflation, de ch&#244;mage et de d&#233;s&#233;quilibres ext&#233;rieurs. Le cadre de politique &#233;conomique de la zone euro, qui tend &#224; imposer des politiques macro&#233;conomiques semblables pour des pays dans des situations diff&#233;rentes, a &#233;largi les disparit&#233;s de croissance entre les &#201;tats membres. Dans la plupart des pays, en particulier les plus grands, l'introduction de l'euro n'a pas provoqu&#233; l'acc&#233;l&#233;ration promise de la croissance. Pour d'autres, il y a eu croissance mais au prix de d&#233;s&#233;quilibres difficilement soutenables. La rigidit&#233; mon&#233;taire et budg&#233;taire, renforc&#233;e par l'euro, a permis de faire porter tout le poids des ajustements sur le travail. On a promu la flexibilit&#233; et l'aust&#233;rit&#233; salariale, r&#233;duit la part des salaires dans le revenu total, accru les in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette course au moins disant social a &#233;t&#233; remport&#233;e par l'Allemagne qui a su d&#233;gager d'importants surplus commerciaux au d&#233;triment de ses voisins et surtout de ses propres salari&#233;s, en s'imposant une baisse du co&#251;t du travail et des prestations sociales, ce qui lui a conf&#233;r&#233; un avantage commercial par rapport &#224; ses voisins qui n'ont pu traiter leurs travailleurs aussi durement. Les exc&#233;dents commerciaux allemands p&#232;sent sur la croissance des autres pays. Les d&#233;ficits budg&#233;taires et commerciaux des uns ne sont que la contrepartie des exc&#233;dents des autres... Les &#201;tats membres n'ont pas &#233;t&#233; capables de d&#233;finir une strat&#233;gie coordonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La zone euro aurait du &#234;tre moins touch&#233; que les &#201;tats-Unis ou le Royaume-Uni par la crise financi&#232;re. Les m&#233;nages sont nettement moins impliqu&#233;s dans les march&#233;s financiers, qui sont moins sophistiqu&#233;s. Les finances publiques &#233;taient dans une meilleure situation ; le d&#233;ficit public de l'ensemble des pays de la zone &#233;tait de 0,6% du PIB en 2007, contre pr&#232;s de 3% aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou au Japon. Mais la zone euro souffrait d'un creusement des d&#233;s&#233;quilibres : les pays du Nord (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Pays Scandinaves) bridaient leurs salaires et leurs demandes internes et accumulaient des exc&#233;dents ext&#233;rieurs, alors que les pays du Sud (Espagne, Gr&#232;ce, Irlande) connaissaient une croissance vigoureuse impuls&#233;e par des taux d'int&#233;r&#234;t faibles relativement au taux de croissance, tout en accumulant des d&#233;ficits ext&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la crise financi&#232;re est partie des &#201;tats-Unis, ceux-ci ont tent&#233; de mettre en &#339;uvre une r&#233;elle politique de relance budg&#233;taire et mon&#233;taire, tout en initiant un mouvement de re-r&#233;gulation financi&#232;re. L'Europe au contraire n'a pas su s'engager dans une politique suffisamment r&#233;active. De 2007 &#224; 2010, l'impulsion budg&#233;taire a &#233;t&#233; de l'ordre de 1,6 point de PIB dans la zone Euro ; de 3,2 points au Royaume-Uni ; de 4,2 points aux &#201;tats-Unis. La perte de production due &#224; la crise a &#233;t&#233; nettement plus forte dans la zone euro qu'aux &#201;tats-Unis. Le creusement des d&#233;ficits dans la zone a &#233;t&#233; subi plut&#244;t que le r&#233;sultat d'une politique active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, la Commission a continu&#233; de lancer des proc&#233;dures de d&#233;ficit excessif contre les &#201;tats-membres de sorte qu'&#224; la mi-2010 pratiquement tous les &#201;tats de la zone y &#233;taient soumis. Elle a demand&#233; aux &#201;tats-membres de s'engager &#224; revenir avant 2013 ou 2014 sous la barre de 3%, ind&#233;pendamment de l'&#233;volution &#233;conomique. Les instances europ&#233;ennes ont continu&#233; de r&#233;clamer des politiques salariales restrictives et des remises en cause des syst&#232;mes publics de retraite et de sant&#233;, au risque &#233;vident d'enfoncer le continent dans la d&#233;pression et d'accro&#238;tre les tensions entre les pays. Cette absence de coordination, et plus fondamentalement l'absence d'un vrai budget europ&#233;en permettant une solidarit&#233; effective entre les &#201;tats membres, ont incit&#233; les op&#233;rateurs financiers &#224; se d&#233;tourner de l'euro, voire &#224; sp&#233;culer ouvertement contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que l'euro puisse r&#233;ellement prot&#233;ger les citoyens europ&#233;ens de la crise nous mettons en d&#233;bat deux mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;18 :&lt;/strong&gt; assurer une v&#233;ritable coordination des politiques macro&#233;conomiques et une r&#233;duction concert&#233;e des d&#233;s&#233;quilibres commerciaux entre pays europ&#233;ens
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;19 :&lt;/strong&gt; compenser les d&#233;s&#233;quilibres de paiements en Europe par une Banque de R&#232;glements (organisant les pr&#234;ts entre pays europ&#233;ens)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;20 :&lt;/strong&gt; si la crise de l'euro m&#232;ne &#224; son &#233;clatement, et en attendant la mont&#233;e en r&#233;gime du budget europ&#233;en (cf. infra), &#233;tablir un r&#233;gime mon&#233;taire intraeurop&#233;en (monnaie commune de type &#171; bancor &#187;) qui organise la r&#233;sorption des d&#233;s&#233;quilibres des balances commerciales au sein de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fausse &#233;vidence n&#176;10 : &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise grecque a enfin permis d'avancer vers un gouvernement &#233;conomique et une vraie solidarit&#233; europ&#233;enne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de la mi-2009, les march&#233;s financiers ont commenc&#233; &#224; sp&#233;culer sur les dettes des pays europ&#233;ens. Globalement, la forte hausse des dettes et des d&#233;ficits publics &#224; l'&#233;chelle mondiale n'a pas (encore) entrain&#233; de hausses des taux longs : les op&#233;rateurs financiers estiment que les banques centrales maintiendront longtemps les taux mon&#233;taires r&#233;els &#224; un niveau proche de z&#233;ro, et qu'il n'y a pas de risque d'inflation ni de d&#233;faut d'un grand pays. Mais les sp&#233;culateurs ont per&#231;u les failles de l'organisation de la zone euro. Alors que les gouvernements des autres pays d&#233;velopp&#233;s peuvent toujours &#234;tre financ&#233;s par leur Banque centrale, les pays de la zone euro ont renonc&#233; &#224; cette possibilit&#233;, et d&#233;pendent totalement des march&#233;s pour financer leurs d&#233;ficits. Du coup, la sp&#233;culation a pu se d&#233;clencher sur les pays les plus fragiles de la zone : Gr&#232;ce, Espagne, Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instances europ&#233;ennes et les gouvernements ont tard&#233; &#224; r&#233;agir, ne voulant pas donner l'impression que les pays membres avaient droit &#224; un soutien sans limite de leurs partenaires et voulant sanctionner la Gr&#232;ce, coupable d'avoir masqu&#233; &#8211; avec l'aide de Goldman Sachs &#8211; l'ampleur de ses d&#233;ficits. Toutefois, en mai 2010, la BCE et les pays membres ont d&#251; cr&#233;er dans l'urgence un Fonds de stabilisation pour indiquer aux march&#233;s qu'ils apporteraient ce soutien sans limite aux pays menac&#233;s. En contrepartie, ceux-ci ont du annoncer des programmes d'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire sans pr&#233;c&#233;dent, qui vont les condamner &#224; un recul de l'activit&#233; &#224; court terme et &#224; une longue p&#233;riode de r&#233;cession. Sous pression du FMI et de la Commission europ&#233;enne la Gr&#232;ce doit privatiser ses services publics et l'Espagne flexibiliser son march&#233; du travail. M&#234;me la France et l'Allemagne, qui ne sont pas attaqu&#233;s par la sp&#233;culation, ont annonc&#233; des mesures restrictives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, globalement, la demande n'est aucunement excessive en Europe. La situation des finances publiques est meilleure que celle des &#201;tats-Unis ou de la Grande-Bretagne, laissant des marges de man&#339;uvre budg&#233;taire. Il faut r&#233;sorber les d&#233;s&#233;quilibres de fa&#231;on coordonn&#233;e : les pays exc&#233;dentaires du Nord et du centre de l'Europe doivent mener des politiques expansionnistes &#8211; hausse des salaires, des d&#233;penses sociales... - pour compenser les politiques restrictives des pays du Sud. Globalement, la politique budg&#233;taire ne doit pas &#234;tre restrictive dans la zone Euro, tant que l'&#233;conomie europ&#233;enne ne se rapproche pas &#224; une vitesse satisfaisante du plein-emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les partisans des politiques budg&#233;taires automatiques et restrictives en Europe sont malheureusement aujourd'hui renforc&#233;s. La crise grecque permet de faire oublier les origines de la crise financi&#232;re. Ceux qui ont accept&#233; de soutenir financi&#232;rement les pays du Sud veulent imposer en contrepartie un durcissement du Pacte de Stabilit&#233;. La Commission et l'Allemagne veulent imposer &#224; tous les pays membres d'inscrire l'objectif de budget &#233;quilibr&#233; dans leur constitution, de faire surveiller leur politique budg&#233;taire par des comit&#233;s d'experts ind&#233;pendants. La Commission veut imposer aux pays une longue cure d'aust&#233;rit&#233; pour revenir &#224; une dette publique inf&#233;rieure &#224; 60% du PIB. S'il y a une avanc&#233;e vers un gouvernement &#233;conomique europ&#233;en, c'est vers un gouvernement qui, au lieu de desserrer l'&#233;tau de la finance, va imposer l'aust&#233;rit&#233; et approfondir les &#171; r&#233;formes &#187; structurelles au d&#233;triment des solidarit&#233;s sociales dans chaque pays et entre les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise offre aux &#233;lites financi&#232;res et aux technocraties europ&#233;ennes la tentation de mettre en &#339;uvre la &#171; strat&#233;gie du choc , en profitant de la crise pour radicaliser l'agenda n&#233;olib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais cette politique a peu de chances de succ&#232;s : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diminution des d&#233;penses publiques va compromettre l'effort n&#233;cessaire &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne pour soutenir les d&#233;penses d'avenir (recherche, &#233;ducation, politique familiale), pour aider l'industrie europ&#233;enne &#224; se maintenir et &#224; investir dans les secteurs d'avenir (&#233;conomie verte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise va permettre d'imposer de fortes r&#233;ductions des d&#233;penses sociales, objectif inlassablement recherch&#233; par les tenants du n&#233;olib&#233;ralisme, au risque de compromettre la coh&#233;sion sociale, de r&#233;duire la demande effective, de pousser les m&#233;nages &#224; &#233;pargner pour leur retraite et leur sant&#233; aupr&#232;s des institutions financi&#232;res, responsables de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements et les instances europ&#233;ennes se refusent &#224; organiser l'harmonisation fiscale qui permettrait la hausse n&#233;cessaire des imp&#244;ts sur le secteur financier, sur les patrimoines importants et les hauts revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays europ&#233;ens instaurent durablement des politiques budg&#233;taires restrictives qui vont lourdement peser sur la croissance. Les recettes fiscales vont chuter. Aussi, les soldes publics ne seront gu&#232;re am&#233;lior&#233;s, les ratios de dette seront d&#233;grad&#233;s, les march&#233;s ne seront pas &lt;i&gt;rassur&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays europ&#233;ens, du fait de la diversit&#233; de leurs cultures politiques et sociales, n'ont pas pu se plier tous &#224; la discipline de fer impos&#233;e par le trait&#233; de Maastricht ; ils ne se plieront pas tous &#224; son renforcement actuellement organis&#233;. Le risque d'enclencher une dynamique de repli sur soi g&#233;n&#233;ralis&#233; est r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avancer vers un v&#233;ritable gouvernement &#233;conomique et une solidarit&#233; europ&#233;enne nous mettons en d&#233;bat deux mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;21 :&lt;/strong&gt; d&#233;velopper une fiscalit&#233; europ&#233;enne (taxe carbone, imp&#244;t sur les b&#233;n&#233;fices, &#8230;) et un v&#233;ritable budget europ&#233;en pour aider &#224; la convergence des &#233;conomies et tendre vers une &#233;galisation des conditions d'acc&#232;s aux services publics et sociaux dans les divers &#201;tats membres sur la base des meilleures pratiques. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mesure n&#176;22 :&lt;/strong&gt; lancer un vaste plan europ&#233;en, financ&#233; par souscription aupr&#232;s du public &#224; taux d'int&#233;r&#234;t faible mais garanti, et/ou par cr&#233;ation mon&#233;taire de la BCE, pour engager la reconversion &#233;cologique de l'&#233;conomie europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre en d&#233;bat la politique &#233;conomique, tracer des chemins pour refonder l'union europ&#233;enne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe s'est construite depuis trois d&#233;cennies sur une base technocratique excluant les populations du d&#233;bat de politique &#233;conomique. La doctrine n&#233;olib&#233;rale, qui repose sur l'hypoth&#232;se aujourd'hui ind&#233;fendable de l'efficience des march&#233;s financiers, doit &#234;tre abandonn&#233;e. Il faut rouvrir l'espace des politiques possibles et mettre en d&#233;bat des propositions alternatives et coh&#233;rentes, qui brident le pouvoir de la finance et organisent l'harmonisation dans le progr&#232;s des syst&#232;mes &#233;conomiques et sociaux europ&#233;ens. Cela suppose la mutualisation d'importantes ressources budg&#233;taires, d&#233;gag&#233;es par le d&#233;veloppement d'une fiscalit&#233; europ&#233;enne fortement redistributrice. Il faut aussi d&#233;gager les &#201;tats de l'&#233;treinte des march&#233;s financiers. C'est seulement ainsi que le projet de construction europ&#233;enne pourra esp&#233;rer retrouver une l&#233;gitimit&#233; populaire et d&#233;mocratique qui lui fait aujourd'hui d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est &#233;videmment pas r&#233;aliste d'imaginer que 27 pays d&#233;cideront en m&#234;me temps d'op&#233;rer une telle rupture dans la m&#233;thode et les objectifs de la construction europ&#233;enne. La Communaut&#233; &#233;conomique europ&#233;enne a commenc&#233; avec six pays : la refondation de l'Union europ&#233;enne passera elle aussi au d&#233;but par un accord entre quelques pays d&#233;sireux d'explorer des voies alternatives. A mesure que deviendront &#233;videntes les cons&#233;quences d&#233;sastreuses des politiques aujourd'hui adopt&#233;es, le d&#233;bat sur les alternatives montera partout en Europe. Des luttes sociales et des changements politiques interviendront &#224; un rythme diff&#233;rent selon les pays. Des gouvernements nationaux prendront des d&#233;cisions innovantes. Ceux qui le d&#233;sireront devront adopter des coop&#233;rations renforc&#233;es pour prendre des mesures audacieuses en mati&#232;re de r&#233;gulation financi&#232;re, de politique fiscale ou sociale. Par des propositions concr&#232;tes ils tendront la main aux autres peuples pour qu'ils rejoignent le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il nous semble important d'&#233;baucher et de mettre en d&#233;bat d&#232;s maintenant les grandes lignes de politiques &#233;conomiques alternatives qui rendront possible cette refondation de la construction europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Premiers signataires : &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;* &lt;strong&gt;Philippe Askenazy&lt;/strong&gt; (CNRS, Ecole d'&#233;conomie de Paris), &lt;br /&gt;
* &lt;strong&gt;Thomas Coutrot&lt;/strong&gt; (Conseil scientifique d'Attac), &lt;br /&gt;
* &lt;strong&gt;Andr&#233; Orl&#233;an&lt;/strong&gt; (CNRS, EHESS), &lt;br /&gt;
* &lt;strong&gt;Henri Sterdyniak&lt;/strong&gt; (OFCE)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, 1er septembre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Visiter leur site : &lt;a href=&#034;http://atterres.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt;&#201;conomistes Atterr&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lire leur livre : &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/?Manifeste-des-economistes-atteres-de-Philippe-Askenazy-Thomas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;Manifeste d'&#233;conomistes atterr&#233;s : Crise et dettes en Europe : 10 fausses &#233;vidences, 22 mesures en d&#233;bat pour sortir de l'impasse&lt;/u&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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