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	<title>El Correo</title>
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		<title>Pour une internationale des peuples</title>
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		<dc:date>2017-08-14T17:29:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samir Amin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le syst&#232;me en place depuis une trentaine d'ann&#233;es est caract&#233;ris&#233; par l'extr&#234;me centralisation du pouvoir dans toutes ses dimensions, locales et internationales, &#233;conomiques, politiques et militaires, sociales et culturelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques milliers d'entreprises g&#233;antes et quelques centaines d'institutions financi&#232;res, associ&#233;es dans des alliances cartellis&#233;es, ont r&#233;duit les syst&#232;mes productifs nationaux et mondialis&#233;s au statut de sous-traitance. De cette mani&#232;re les oligarchies (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me en place depuis une trentaine d'ann&#233;es est caract&#233;ris&#233; par l'extr&#234;me centralisation du pouvoir dans toutes ses dimensions, locales et internationales, &#233;conomiques, politiques et militaires, sociales et culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques milliers d'entreprises g&#233;antes et quelques centaines d'institutions financi&#232;res, associ&#233;es dans des alliances cartellis&#233;es, ont r&#233;duit les syst&#232;mes productifs nationaux et mondialis&#233;s au statut de sous-traitance. De cette mani&#232;re les oligarchies financi&#232;res accaparent une part croissante du produit du travail et de l'entreprise transform&#233;e en rente pour leur b&#233;n&#233;fice exclusif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant domestiqu&#233; les partis politiques traditionnels majeurs de &#171; droite &#187; et de &#171; gauche &#187;, les syndicats et les organisations de la soci&#233;t&#233; dite civile, ces oligarchies exercent d&#233;sormais &#233;galement un pouvoir politique absolu, et le clerg&#233; m&#233;diatique qui leur est soumis fabrique la d&#233;sinformation n&#233;cessaire pour la d&#233;politisation des opinions g&#233;n&#233;rales. Les oligarchies ont annihil&#233; la port&#233;e ancienne du pluripartisme et lui ont substitu&#233; un r&#233;gime de quasi parti unique du capital des monopoles. Priv&#233;e de sens, la d&#233;mocratie repr&#233;sentative perd sa l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me du capitalisme tardif contemporain, parfaitement clos, r&#233;pond aux crit&#232;res du &#171; totalitarisme &#187;, qu'on se garde n&#233;anmoins d'invoquer &#224; son endroit. Un totalitarisme pour le moment encore &#171; doux &#187; mais toujours pr&#234;t &#224; recourir &#224; la violence extr&#234;me d&#232;s lors que, par leur r&#233;volte possible, les victimes &#8211; la majorit&#233; des travailleurs et des peuples &#8211; viendraient &#224; se r&#233;volter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transformations multiples associ&#233;es &#224; ce processus dit de &#171; modernisation &#187; doivent &#234;tre appr&#233;ci&#233;es &#224; la lumi&#232;re de l'&#233;volution majeure identifi&#233;e dans les lignes pr&#233;c&#233;dentes. Il en est ainsi des d&#233;fis &#233;cologiques majeurs (la question du changement climatique en particulier) auxquels le capitalisme ne peut apporter aucune r&#233;ponse (et l'accord de Paris sur le sujet n'est rien d'autre que de la poudre jet&#233;e aux yeux des opinions na&#239;ves), comme des avanc&#233;es scientifiques et des innovations technologiques (informatique entre autre) rigoureusement soumises aux exigences de la rentabilit&#233; financi&#232;re qu'elles doivent procurer aux monopoles. L'&#233;loge de la comp&#233;titivit&#233; et de la libert&#233; des march&#233;s, que les m&#233;dias asservis pr&#233;sentent comme garants de l'expansion des libert&#233;s et de l'efficacit&#233; des interventions de la soci&#233;t&#233; civile, constitue un discours aux antipodes de la r&#233;alit&#233;, anim&#233;e par les conflits violents entre fractions des oligarchies en place et r&#233;duite aux effets destructeurs de leur gouvernance.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans sa dimension plan&#233;taire le capitalisme contemporain proc&#232;de toujours de la m&#234;me logique imp&#233;rialiste qui a caract&#233;ris&#233; toutes les &#233;tapes de son d&#233;ploiement mondialis&#233; (la colonisation du XIX &#232; si&#232;cle constituait une forme &#233;vidente de mondialisation). La &#171; mondialisation &#187; contemporaine n'&#233;chappe pas &#224; la r&#232;gle : il s'agit d'une forme nouvelle de mondialisation imp&#233;rialiste, et rien d'autre. Ce terme passe partout, sans qualification, cache la r&#233;alit&#233; majeure : le d&#233;ploiement de strat&#233;gies syst&#233;matiques d&#233;velopp&#233;es par les puissances imp&#233;rialistes historiques (Etats-Unis, pays de l'Europe occidentale et centrale, Japon) qui poursuivent l'objectif de pillage des ressources naturelles du Grand Sud et la sur exploitation de ses forces de travail que la d&#233;localisation et la sous traitance commandent. Ces puissances entendent conserver leur &#171; privil&#232;ge historique &#187; et interdire &#224; toutes les autres nations de sortir de leur statut de p&#233;riph&#233;ries domin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du si&#232;cle dernier avait pr&#233;cis&#233;ment &#233;t&#233; celle de la r&#233;volte des peuples des p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me mondial, engag&#233;s dans la d&#233;connexion socialiste ou dans les formes att&#233;nu&#233;es de la lib&#233;ration nationale, dont la page est provisoirement tourn&#233;e. La recolonisation en cours, priv&#233;e de l&#233;gitimit&#233;, demeure de ce fait fragile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison les puissances imp&#233;rialistes historiques de la triade ont mis en place un syst&#232;me de contr&#244;le militaire collectif de la plan&#232;te, dirig&#233; par les Etats Unis. L'appartenance &#224; l'Otan, indissociable de la construction europ&#233;enne, comme la militarisation du Japon, traduisent cette exigence du nouvel imp&#233;rialisme collectif qui a pris la rel&#232;ve des imp&#233;rialismes nationaux (des Etats Unis, de la Grande Bretagne, du Japon, de l'Allemagne, de la France et de quelques autres) nagu&#232;re en conflit permanent et violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions la construction d'un front internationaliste des travailleurs et des peuples de toute la plan&#232;te devrait constituer l'axe majeur du combat face au d&#233;fi que repr&#233;sente le d&#233;ploiement capitaliste imp&#233;rialiste contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Face au d&#233;fi d&#233;fini dans les paragraphes pr&#233;c&#233;dents l'ampleur des insuffisances des luttes conduites par les victimes du syst&#232;me para&#238;t b&#233;ante. Les faiblesses de ces r&#233;ponses populaires sont de nature diverse que je rangerai sous les rubriques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L'&#233;miettement extr&#234;me des luttes, du local au mondial, toujours sp&#233;cifiques, concernant des lieux et des domaines particuliers (&#233;cologie, droits des femmes, services sociaux, revendications communautaires etc.). Les rares campagnes de port&#233;e nationale ou m&#234;me mondiale n'ont gu&#232;re enregistr&#233; de succ&#232;s significatifs entra&#238;nant des changements dans les politiques mises en &#339;uvre par les pouvoirs ; et nombre de ces luttes ont &#233;t&#233; absorb&#233;es par le syst&#232;me et nourrissent l'illusion de la possibilit&#233; de sa r&#233;forme.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La p&#233;riode est pourtant celle de l'acc&#233;l&#233;ration prodigieuse de processus de prol&#233;tarisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e : la presque totalit&#233; des populations des centres sont d&#233;sormais soumis au statut de travailleurs salari&#233;s vendeurs de leur force de travail, l'industrialisation de r&#233;gions du Sud a entra&#238;n&#233; la constitution de prol&#233;tariats ouvriers et de classes moyennes salari&#233;es, leurs paysanneries sont d&#233;sormais pleinement int&#233;gr&#233;es au syst&#232;me marchand. Mais les strat&#233;gies politiques mises en &#339;uvre par les pouvoirs sont parvenues &#224; &#233;mietter ce gigantesque prol&#233;tariat en fractions distinctes, souvent en conflit. Cette contradiction doit &#234;tre surmont&#233;e.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Les peuples de la triade ont renonc&#233; &#224; la solidarit&#233; internationaliste anti imp&#233;rialiste &#224; laquelle ont &#233;t&#233; substitu&#233;es au mieux des campagnes &#171; humanitaires &#187; et des programmes &#171; d'aide &#187; contr&#244;l&#233;s par le capital des monopoles. Les forces politiques europ&#233;ennes h&#233;riti&#232;res de traditions de gauche adh&#232;rent largement de ce fait &#224; la vision imp&#233;rialiste de la mondialisation en place.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (iii)Une id&#233;ologie nouvelle de droite a gagn&#233; l'adh&#233;sion des peuples.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Nord le th&#232;me central de la lutte de classe anti capitaliste est abandonn&#233; &#8211; ou r&#233;duit &#224; son expression la plus parcellaire &#8211; au b&#233;n&#233;fice d'une pr&#233;tendue d&#233;finition nouvelle de la &#171; culture soci&#233;taire de gauche &#187;, communautariste, s&#233;parant la d&#233;fense de droits particuliers du combat g&#233;n&#233;ral contre le capitalisme.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Dans certains pays du Sud la tradition des luttes associant le combat anti imp&#233;rialiste au progr&#232;s social a c&#233;d&#233; la place &#224; des illusions pass&#233;istes r&#233;actionnaires d'expression para religieuses ou pseudo ethniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres pays du Sud les succ&#232;s de l'acc&#233;l&#233;ration de la croissance &#233;conomique au cours des derni&#232;res d&#233;cennies nourrissent l'illusion de la possibilit&#233; de la construction d'un capitalisme national &#171; d&#233;velopp&#233; &#187; capable d'imposer sa participation active au fa&#231;onnement de la mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;4&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir des oligarchies de l'imp&#233;rialisme contemporain para&#238;t indestructible, dans les pays de la triade et m&#234;me &#224; l'&#233;chelle mondiale (la &#171; fin de l'histoire &#187; !). L'opinion g&#233;n&#233;rale souscrit &#224; son d&#233;guisement en &#171; d&#233;mocratie de march&#233; &#187; et le pr&#233;f&#232;re &#224; son adversaire du pass&#233; &#8211; le socialisme &#8211; affubl&#233; des qualificatifs les plus odieux (autocraties criminelles, nationalistes, totalitaires etc.).&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant ce syst&#232;me n'est pas viable pour beaucoup de raisons :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; (i)Le syst&#232;me capitaliste contemporain est pr&#233;sent&#233; comme &#171; ouvert &#187; &#224; la critique et &#224; la r&#233;forme, inventif et flexible. Des voix commencent &#224; s'exprimer qui pr&#233;tendent mettre un terme aux abus de sa finance incontr&#244;l&#233;e et aux politiques d'aust&#233;rit&#233; permanente qui l'accompagne, et ainsi de &#171; sauver le capitalisme &#187;. Mais ces appels resteront sans &#233;cho : les pratiques en cours servent les int&#233;r&#234;ts des oligarchies de la triade &#8211; les seuls qui comptent &#8211; dont elles garantissent la croissance continue de la richesse, en d&#233;pit de la stagnation &#233;conomique qui frappe la triade.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (ii)Le sous-syst&#232;me europ&#233;en fait partie int&#233;grante de la mondialisation imp&#233;rialiste. Il a &#233;t&#233; con&#231;u dans un esprit r&#233;actionnaire, anti socialiste, pro imp&#233;rialiste, soumis &#224; la direction militaire des Etats Unis. L'Allemagne y exerce son h&#233;g&#233;monie, en particulier dans le cadre de la zone euro et en Europe orientale annex&#233;e comme l'Am&#233;rique latine l'est par les Etats Unis. L' &#171; Europe allemande &#187; sert les int&#233;r&#234;ts nationalistes de l'oligarchie germanique, exprim&#233;s avec arrogance comme on l'a vu dans la crise grecque. Cette Europe n'est pas viable et son implosion est d&#233;j&#224; amorc&#233;e.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (iii)La stagnation de la croissance dans les pays de la triade fait contraste avec son acc&#233;l&#233;ration dans des r&#233;gions du Sud qui ont &#233;t&#233; capables de tirer profit de la mondialisation. On en a conclu trop vite que le capitalisme est bien vivant, mais que son centre de gravit&#233; se d&#233;placerait des vieux pays de l'Occident atlantique au Grand Sud en particulier asiatique. En fait les obstacles &#224; la poursuite de ce mouvement correctif de l'histoire sont appel&#233;s &#224; prendre toujours plus d'ampleur dans la violence de leur mobilisation &#8211; par le moyen entre autre des agressions militaires. Les puissances imp&#233;rialistes n'entendent pas permettre &#224; un pays quelconque de la p&#233;riph&#233;rie &#8211; grand ou petit &#8211; de se lib&#233;rer de leur domination.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (iv)Les d&#233;vastations &#233;cologiques associ&#233;es n&#233;cessairement &#224; l'expansion capitaliste viennent renforcer les raisons pour lesquelles ce syst&#232;me n'est pas viable.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Le moment actuel est celui de &#171; l'automne du capitalisme &#187; sans que celui-ci ne soit renforc&#233; par l'&#233;mergence du &#171; printemps des peuples &#187; et de la perspective socialiste. La possibilit&#233; de r&#233;formes progressistes d'ampleur du capitalisme parvenu &#224; son stade actuel ne doit pas faire illusion. Il n'y a pas d'alternative autre que celle que rendrait possible un renouveau de la gauche radicale internationaliste, capable mettre en &#339;uvre &#8211; et non pas seulement d'imaginer &#8211; des avanc&#233;es socialistes. Il faut sortir du capitalisme en crise syst&#233;mique et non pas tenter l'impossible sortie de cette crise du capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une premi&#232;re hypoth&#232;se rien de d&#233;cisif ne viendrait affecter l'attachement des peuples de la triade &#224; leur option imp&#233;rialiste, en particulier en Europe. Les victimes du syst&#232;me demeureraient dans l'incapacit&#233; de concevoir la sortie des sentiers battus du &#171; projet europ&#233;en &#187;, la d&#233;construction n&#233;cessaire de ce projet, pr&#233;alable incontournable &#224; sa reconstruction, plus tard, dans une autre vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exp&#233;riences de &lt;i&gt;Siriza&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Podemos&lt;/i&gt;, de la &lt;i&gt;France insoumise&lt;/i&gt;, les h&#233;sitations de &lt;i&gt;Die Linke&lt;/i&gt; et d'autres t&#233;moignent de l'ampleur et de la complexit&#233; du d&#233;fi. L'accusation facile de &#171; nationalisme &#187; &#224; l'endroit des critiques de l'Europe ne tient pas la route. Le projet europ&#233;en se r&#233;duit de plus en plus visiblement dans celui du nationalisme bourgeois de l'Allemagne. Il n'y a pas d'alternative, en Europe comme ailleurs, &#224; la mise en place d'&#233;tapes de projets nationaux populaires et d&#233;mocratiques (non bourgeois, mais anti bourgeois), amor&#231;ant la d&#233;connexion de la mondialisation imp&#233;rialiste. Il faut d&#233;construire la centralisation outranci&#232;re de la richesse et du pouvoir associ&#233;e au syst&#232;me en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette hypoth&#232;se le plus probable serait un &#171; &lt;i&gt;remake&lt;/i&gt; &#187; du 20 &#232; si&#232;cle : des avanc&#233;es amorc&#233;es exclusivement dans quelques p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me. Mail il faut savoir alors que ces avanc&#233;es demeureront fragiles comme l'ont &#233;t&#233; celles du pass&#233;, et pour la m&#234;me raison, &#224; savoir la guerre permanente que les centres imp&#233;rialistes ont poursuivi contre elles, largement &#224; l'origine de leurs limites et d&#233;rives. Par contre, l'hypoth&#232;se d'une progression de la perspective de l'internationalisme des travailleurs et des peuples ouvrirait la voie &#224; d'autres &#233;volutions, n&#233;cessaires et possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces voies est celle de la &#171; d&#233;cadence de la civilisation &#187;. Elle implique que les &#233;volutions ne sont ma&#238;tris&#233;es par personne, se creusent leur chemin par la seule &#171; force des choses &#187;. A notre &#233;poque, compte tenu de la puissance de destruction &#224; la disposition des pouvoirs (destructions &#233;cologiques et militaires) le risque, d&#233;nonc&#233; par Marx en son temps, que les combats d&#233;truisent tous les camps qui s'y affrontent, est r&#233;el. La seconde voie par contre exige l'intervention lucide et organis&#233;e du front internationaliste des travailleurs et des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La mise en route de la construction d'une nouvelle Internationale des travailleurs et des peuples devrait constituer l'objectif majeur du travail des meilleurs militants convaincus du caract&#232;re odieux et sans avenir du syst&#232;me capitaliste imp&#233;rialiste mondial en place. La responsabilit&#233; est lourde et la t&#226;che exigera des ann&#233;es encore avant de donner des r&#233;sultats visibles. Pour ma part je soumets les propositions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; (i)L'objectif est de cr&#233;er une Organisation (l'Internationale nouvelle) et non simplement un &#171; mouvement &#187;. Cela implique qu'on aille au-del&#224; de la conception d'un Forum de discussions. Cela implique &#233;galement qu'on prenne la mesure des insuffisances associ&#233;es &#224; l'id&#233;e, encore dominante, de &#171; mouvements &#187; pr&#233;tendus horizontaux, hostiles aux organisations dites verticales, sous pr&#233;texte que ces derni&#232;res sont par nature anti d&#233;mocratiques. L'organisation na&#238;t de l'action qui secr&#232;te par elle-m&#234;me des cercles &#171; dirigeants &#187;. Ces derniers peuvent aspirer &#224; dominer, voire manipuler les mouvements ; mais on peut &#233;galement se prot&#233;ger contre ce danger par des statuts appropri&#233;s. Mati&#232;re &#224; discussion.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (ii)L'exp&#233;rience de l'histoire des Internationales ouvri&#232;res doit &#234;tre &#233;tudi&#233;e s&#233;rieusement, m&#234;me si l'on pense qu'elles appartiennent au pass&#233;. Non pour &#171; choisir &#187; un mod&#232;le parmi elles, mais pour inventer la forme la mieux appropri&#233;e aux conditions contemporaines.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (iii)L'invitation doit &#234;tre adress&#233;e &#224; un bon nombre de partis et d'organisations en lutte. Un premier comit&#233; responsable de la mise en route du projet devrait &#234;tre constitu&#233; rapidement.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (iv)Je n'ai pas souhait&#233; alourdir ce texte. Je revoie n&#233;anmoins &#224; des textes compl&#233;mentaires (en fran&#231;ais et en anglais) :&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; a) un texte fondamental concernant l'unit&#233; et la diversit&#233; dans l'histoire moderne des mouvements au socialisme&lt;/li&gt;&lt;li&gt; b) un texte concernant l'implosion du projet europ&#233;en&lt;/li&gt;&lt;li&gt; c) quelques textes concernant : l'audacit&#233; exig&#233;e dans la perspective du renouveau de gauches radicales, la lecture de Marx, la nouvelle question agraire, la le&#231;on d'Octobre 1917 et celle du maoisme, le renouveau n&#233;cessaire de projets nationaux populaires.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://samiramin1931.blogspot.fr/2017/08/samir-amin-pour-une-internationale-des.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Samir Amin&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, jeudi 10 ao&#251;t 2017&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les r&#233;volutions arabes un an plus tard</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Les-revolutions-arabes-un-an-plus-tard</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Les-revolutions-arabes-un-an-plus-tard</guid>
		<dc:date>2012-02-14T10:48:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samir Amin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les victoires &#233;lectorales de l'islam politique en Egypte et en Tunisie &lt;br class='autobr' /&gt;
La victoire &#233;lectorale des Fr&#232;res Musulmans et des Salafistes en Egypte (janvier 2012) n'est gu&#232;re surprenante. La d&#233;gradation produite par la mondialisation capitaliste contemporaine a entra&#238;n&#233; un gonflement prodigieux des activit&#233;s dites &#171; informelles &#187;, qui, en Egypte, fournissent leurs moyens de survie &#224; plus de la moiti&#233; de la population (les statistiques disent : 60%). Or les Fr&#232;res Musulmans, sont fort bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Afrique-et-Monde-Arabo-Musulman" rel="directory"&gt;Afrique et Monde Arabo-Musulman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les victoires &#233;lectorales de l'islam politique en Egypte et en Tunisie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire &#233;lectorale des Fr&#232;res Musulmans et des Salafistes en Egypte (janvier 2012) n'est gu&#232;re surprenante. La d&#233;gradation produite par la mondialisation capitaliste contemporaine a entra&#238;n&#233; un gonflement prodigieux des activit&#233;s dites &#171; informelles &#187;, qui, en Egypte, fournissent leurs moyens de survie &#224; plus de la moiti&#233; de la population (les statistiques disent : 60%). Or les Fr&#232;res Musulmans, sont fort bien plac&#233;es pour tirer profit de cette d&#233;gradation et en perp&#233;tuer la reproduction. Leur id&#233;ologie simple donne une l&#233;gitimit&#233; &#224; cette &#233;conomie primitive de march&#233;/ de bazar. Les moyens financiers fabuleux mis &#224; leur disposition (par le Golfe) permettent de le traduire en moyens d'action efficaces : avances financi&#232;res &#224; l'&#233;conomie informelle, charit&#233; d'accompagnement (centres de soins et autres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par ce moyen que les Fr&#232;res s'implantent dans la soci&#233;t&#233; r&#233;elle et la place sous leur d&#233;pendance. Mais ce succ&#232;s aurait &#233;t&#233; difficile s'il n'avait pas r&#233;pondu parfaitement aux objectifs des pays du Golfe, de Washington et d'Isra&#235;l. Ces trois alli&#233;s intimes partagent la m&#234;me pr&#233;occupation : faire &#233;chouer le redressement de l'Egypte. Car une Egypte forte, debout, c'est la fin du triple h&#233;g&#233;monisme du Golfe (la soumission au discours de l'islamisation de la soci&#233;t&#233;), des Etats Unis (l'Egypte compradoris&#233;e et mis&#233;rabilis&#233;e reste dans leur giron) et d'Isra&#235;l (l'Egypte impuissante laisse faire en Palestine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avortement planifi&#233; de la &#171; r&#233;volution &#233;gyptienne &#187; garantirait donc la continuit&#233; du syst&#232;me mis en place depuis Sadate, fond&#233; sur l'alliance du commandement de l'arm&#233;e et de l'Islam politique. Une r&#233;vision du dosage dans le partage des b&#233;n&#233;fices de cette alliance au b&#233;n&#233;fice des Fr&#232;res peut n&#233;anmoins s'av&#233;rer difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e Constituante sortie des &#233;lections d'octobre 2011 en Tunisie sera domin&#233;e par un bloc de droite qui associera le parti islamiste Ennahda et les nombreux cadres r&#233;actionnaires, hier encore associ&#233;s au r&#233;gime de Ben Ali, toujours en place et infiltr&#233;s dans les &#171; nouveaux partis &#187; sous le nom de &#171; bourguibistes &#187; ! Les uns et les autres partagent le m&#234;me ralliement inconditionnel &#224; &#171; l'&#233;conomie de march&#233; &#187; telle qu'elle est, c'est-&#224;-dire un syst&#232;me de capitalisme d&#233;pendant et subalterne. La France et les Etats Unis, n'en demandent pas plus : &#171; tout changer afin que rien ne change &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux changements sont n&#233;anmoins &#224; l'ordre du jour. Positif : une d&#233;mocratie politique mais non sociale (c'est-&#224;-dire une &#171; d&#233;mocratie de faible intensit&#233; &#187;) qui tol&#233;rera la diversit&#233; des opinions, respectera davantage les &#171; droits de l'homme &#187; et mettra un terme aux horreurs polici&#232;res du r&#233;gime pr&#233;c&#233;dent. N&#233;gatif : un recul probable des droits des femmes. Autrement dit un retour &#224; un &#171; bourguibisme &#187; pluripartiste color&#233; d'islamisme. Le plan des puissances occidentales, fond&#233; sur le pouvoir du bloc r&#233;actionnaire compradore, mettra un terme &#224; cette transition qu'on voulait &#171; courte &#187; (ce que le mouvement a accept&#233; sans en mesurer les cons&#233;quences), ne laissant pas le temps aux luttes sociales pour s'organiser, et permettra la mise en place de sa &#171; l&#233;gitimit&#233; &#187; exclusive, &#224; travers des &#233;lections &#171; correctes &#187;. Le mouvement tunisien s'&#233;tait largement d&#233;sint&#233;r&#233;ss&#233; de la &#171; politique &#233;conomique &#187; du r&#233;gime d&#233;chu, concentrant ses critiques sur la &#171; corruption &#187; du pr&#233;sident et de sa famille. Beaucoup des contestataires, m&#234;me &#171; &#224; gauche &#187; ne remettaient pas en cause les orientations fondamentales du mode de d&#233;veloppement mis en &#339;uvre Bourguiba et Ben Ali. L'issue &#233;tait donc pr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que les m&#234;mes causes produisent parfois les m&#234;mes effets. Que penseront et feront les classes populaires en Egypte et en Tunisie quand elles verront se poursuivre inexorablement la d&#233;gradation de leurs conditions sociales, avec son cort&#232;ge de ch&#244;mage et de pr&#233;carisation, sans compter probablement avec les d&#233;gradations suppl&#233;mentaires intensifi&#233;es par la crise g&#233;n&#233;rale de la mondialisation capitaliste ? Il est trop t&#244;t pour le dire ; mais on ne peut pas s'obstiner &#224; ignorer que seule la cristallisation rapide d'une gauche radicale, allant bien au-del&#224; de la revendication d'&#233;lections correctes, peut permettre une reprise des luttes pour un changement digne de ce nom. Il appartient &#224; cette gauche radicale de savoir formuler une strat&#233;gie de d&#233;mocratisation de la soci&#233;t&#233; qui irait bien plus loin que la simple tenue d'&#233;lections correctes, d'associer cette d&#233;mocratisation au progr&#232;s social, ce qui implique l'abandon du mod&#232;le de d&#233;veloppement en place, et de renforcer ses initiatives par une posture internationale ind&#233;pendante et franchement anti imp&#233;rialiste. Ce ne sont pas les monopoles imp&#233;rialistes et leurs serviteurs internationaux (la Banque Mondiale, le FMI, l'OMC) qui aideront les pays du Sud &#224; sortir des orni&#232;res ; c'est en se tournant vers de nouveaux partenaires du Sud que cela deviendra moins difficile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucune de ces questions fondamentales ne paraissent pr&#233;occuper les acteurs politiques majeurs. Tout se passe comme si l'objectif final de la &#171; r&#233;volution &#187; avait &#233;t&#233; d'obtenir rapidement des &#233;lections. Comme si la source exclusive de l&#233;gitimit&#233; du pouvoir r&#233;sidait dans les urnes. Mais il y a pourtant une autre l&#233;gitimit&#233;, sup&#233;rieure - celle des luttes ! Ces deux l&#233;gitimit&#233;s sont appell&#233;es &#224; des confrontations s&#233;rieuses &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des reformes maitris&#233;es de l'int&#233;rieur seront-elles possibles en Alg&#233;rie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Alg&#233;rie et l'Egypte ont &#233;t&#233;, dans le monde arabe, les deux pays d'avant-garde du premier &#171; &#233;veil du Sud &#187;, &#224; l'&#233;poque de Bandoung, du Non Alignement et du d&#233;ploiement victorieux de l'affirmation nationale post-coloniale, associ&#233; &#224; d'authentiques r&#233;alisations &#233;conomiques et sociales importantes et progressistes qui auguraient de belles possibilit&#233;s d'avenir. Mais par la suite les deux pays se sont enlis&#233;s pour finalement accepter le &#171; retour au bercail &#187; des Etats et des soci&#233;t&#233;s domin&#233;es par l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le alg&#233;rien a donn&#233; des signes &#233;vidents d'une plus forte consistance, ce qui explique qu'il ait mieux r&#233;sist&#233; &#224; sa d&#233;gradation ult&#233;rieure. De ce fait, la classe dirigeante alg&#233;rienne demeure composite et divis&#233;e, partag&#233;e entre les aspirations nationales encore pr&#233;sentes chez les uns et le ralliement soumis &#224; la compradorisation chez les autres (parfois m&#234;me ces deux composantes conflictuelles se combinent chez les m&#234;mes personnes !). En Egypte par contre, cette classe dominante est devenue int&#233;gralement, avec Sadate et Moubarak, une bourgeoisie compradore, ne nourrissant plus aucune aspiration nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux raisons majeures rendent compte de cette diff&#233;rence. La guerre de lib&#233;ration en Alg&#233;rie avait produit, naturellement, une radicalisation sociale et id&#233;ologique. Par contre en Egypte le nass&#233;risme vient en fin de p&#233;riode d'essor du mouvement initi&#233; par la r&#233;volution de 1919, qui se radicalise en 1946. Le coup d'Etat ambigu de 1952 vient donc en r&#233;ponse &#224; l'impasse du mouvement. Par ailleurs, la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne avait subi, avec la colonisation, des assauts destructifs majeurs. La nouvelle soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne, issue de la reconqu&#234;te de l'ind&#233;pendance, n'avait plus rien en commun avec celle des &#233;poques pr&#233;coloniales. Elle &#233;tait devenue une soci&#233;t&#233; pl&#233;b&#233;ienne, marqu&#233;e par une tr&#232;s forte aspiration &#224; l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette aspiration &#8211; avec la m&#234;me force &#8211; ne se retrouve nulle part ailleurs dans le monde arabe, ni au Maghreb ni au Mashrek. Par contre, l'Egypte moderne a &#233;t&#233; construite d&#232;s le d&#233;part (&#224; partir de Mohamed Ali) par son aristocratie devenue progressivement une &#171; bourgeoisie aristocratique &#187; (ou une &#171; aristocratie capitaliste &#187;). De ces diff&#233;rences d&#233;coule une autre, d'une importance &#233;vidente, concernant l'avenir de l'Islam politique. Comme Hocine Belalloufi le montre (La d&#233;mocratie en Alg&#233;rie : r&#233;forme ou r&#233;volution ? ; ouvrage en cours de publication), l'Islam politique alg&#233;rien (le FIS), qui avait d&#233;voil&#233; sa figure hideuse, a &#233;t&#233; v&#233;ritablement mis en d&#233;route. Cela certes ne signifie pas que cette question soit d&#233;finitivement d&#233;pass&#233;e. Mais la diff&#233;rence est grande avec la situation en Egypte, caract&#233;ris&#233;e par la convergence solide entre le pouvoir de la bourgeoisie compradore et l'Islam politique des Fr&#232;res Musulmans.&lt;br class='autobr' /&gt;
De toutes ces diff&#233;rences entre les deux pays d&#233;coulent des possibilit&#233;s diff&#233;rentes de r&#233;ponses aux d&#233;fis actuels. L'Alg&#233;rie me para&#238;t mieux plac&#233;e (ou moins mal plac&#233;e) pour r&#233;pondre &#224; ces d&#233;fis, dans le court terme au moins. Des r&#233;formes &#233;conomiques, politiques et sociales ma&#238;tris&#233;es de l'int&#233;rieur me semblent avoir encore leurs chances en Alg&#233;rie. Par contre, en Egypte, la confrontation entre &#171; le mouvement &#187; et le bloc r&#233;actionnaire &#171; antir&#233;volutionnaire &#187; para&#238;t devoir inexorablement s'aggraver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Alg&#233;rie et l'Egypte constituent deux exemples magistraux de l'impuissance des soci&#233;t&#233;s concern&#233;es, jusqu'&#224; ce jour, &#224; faire face au d&#233;fi. L'Alg&#233;rie et l'Egypte sont les deux pays du monde arabe qui sont des candidats possibles &#224; &#171; l'&#233;mergence &#187;. La responsabilit&#233; majeure des classes dirigeantes et des syst&#232;mes de pouvoirs en place, dans l'&#233;chec des deux pays &#224; le devenir, est certaine. Mais celle des soci&#233;t&#233;s, de leurs intellectuels, des militants des mouvements en lutte doit tout &#233;galement &#234;tre prise en s&#233;rieuse consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me espoir d'une &#233;volution d&#233;mocratique pacifique est il possible au Maroc ? J'en doute tant que le peuple marocain continuera &#224; adh&#233;rer au dogme archa&#239;que qui ne dissocie pas la Monarchie (de droit divin : &#171; amir el mouminine &#187;) de la nation. C'est sans doute l&#224; la raison pour laquelle les Marocains ne comprennent pas la question Sahraouie : les nomades fiers du Sahara ont une autre conception de l'Islam, qui leur interdit de s'agenouiller devant autre qu'Allah, fut il Roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le drame syrien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime de Bashar el Assad n'est gu&#232;re plus qu'une dictature polici&#232;re accompagnant sa soumission aux exigences du &#171; lib&#233;ralisme &#187; mondialis&#233;. La l&#233;gitimit&#233; de la r&#233;volte du peuple syrien n'est donc pas contestable. Il reste que la destruction de la Syrie constitue l'objectif des trois partenaires que sont les Etats Unis, Israel et l'Arabie S&#233;oudite, qui mobilisent &#224; cette fin les Fr&#232;res Musulmans, voire leur procurent des armes. Leur victoire &#233;ventuelle &#8211; par l'intervention militaire &#233;trang&#232;re ou sans elle &#8211; produirait l'&#233;clatement du pays, le massacre d'Alaouites, de Druzes et de Chr&#233;tiens. Mais qu'importe. L'objectif de Washington et de ses alli&#233;s n'est pas de lib&#233;rer la Syrie de son dictateur, mais de d&#233;truire le pays, comme il n'&#233;tait pas de lib&#233;rer l'Iraq de Saddam Hussein mais de d&#233;truire le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule solution d&#233;mocratique passerait par des r&#233;formes substantielles au b&#233;n&#233;fice des forces populaires et d&#233;mocratiques qui existent et refusent de se laisser enr&#244;ler par les Fr&#232;res Musulmans. Si le r&#233;gime s'av&#232;re incapable de le comprendre, rien n'arr&#232;tera la marche du drame de se poursuivre jusqu'&#224; son terme. Il est amusant de savoir que ce sont d&#233;sormais le Sultan de Qatar et le Roi d'Arabie S&#233;oudite qui sont les champions de la promotion de la d&#233;mocratie (chez les autres). Difficile de pousser la farce plus loin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La g&#233;ostrat&#233;gie de l'imp&#233;rialisme et la question d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai voulu montrer dans ce livre que la d&#233;politisation avait &#233;t&#233; d&#233;cisive dans la mont&#233;e en sc&#232;ne de l'Islam politique. Cette d&#233;politisation n'est certainement pas sp&#233;cifique &#224; l'Egypte nass&#233;rienne. Elle a &#233;t&#233; la pratique dominante dans toutes les exp&#233;riences nationales populaires du premier &#233;veil du Sud et m&#234;me dans celles des socialismes historiques apr&#232;s que la premi&#232;re phase de bouillement r&#233;volutionnaire ait &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e. D&#233;nominateur commun : la suppression de la pratique d&#233;mocratique (que je ne r&#233;duis pas &#224; la tenue d'&#233;lections pluripartites), c'est-&#224;-dire du respect de la diversit&#233; des opinions et des propositions politiques et de leur organisation &#233;ventuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politisation exige la d&#233;mocratie. Et la d&#233;mocratie n'existe que lorsque la libert&#233; est donn&#233;e aux &#171; adversaires &#187;. Dans tous les cas sa suppression, &#224; l'origine donc de la d&#233;politisation, est responsable du d&#233;sastre ult&#233;rieur. Que celui-ci prenne la forme de retours aux pass&#233;ismes (religieux ou autres). Ou qu'il prenne celle de l'adh&#233;sion au &#171; consumisme &#187; et au faux individualisme propos&#233;e par les m&#233;dias occidentaux, comme ce fut le cas chez les peuples de l'Europe orientale et de l'ex URSS, comme c'est le cas ailleurs &#233;galement non pas seulement au sein des classes moyennes (b&#233;n&#233;ficiaires &#233;ventuels du d&#233;veloppement) mais &#233;galement au sein des classes populaires qui, faute d'alternative, aspirent &#224; en b&#233;n&#233;ficier, m&#234;me &#224; une toute petite &#233;chelle (ce qui est &#233;videmment parfaitement compr&#233;hensible et l&#233;gitime).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le cas des soci&#233;t&#233;s musulmanes, cette d&#233;politisation rev&#234;t la forme principale du &#171; retour &#187; (apparent) de l'Islam. L'articulation associant le pouvoir de l'Islam politique r&#233;actionnaire, la soumission compradore et la paup&#233;risation par l'informalisation de l'&#233;conomie de bazar n'est pas sp&#233;cifique &#224; l'Egypte. Elle caract&#233;rise d&#233;j&#224; la plupart des soci&#233;t&#233;s arabes et musulmanes, jusqu'au Pakistan et au-del&#224;. Cette m&#234;me articulation op&#232;re en Iran ; le triomphe de cette &#233;conomie de bazar avait &#233;t&#233; signal&#233; d&#232;s le d&#233;part comme le r&#233;sultat majeur de la &#171; r&#233;volution khomeyniste &#187;. Cette m&#234;me articulation pouvoir islamique/&#233;conomie de march&#233; de bazar a d&#233;vast&#233; la Somalie, d&#233;sormais effac&#233;e de la carte des nations existantes (voir mon article sur le sujet, site de Pambazuka, 1/2/2011).&lt;br class='autobr' /&gt;
Que peut-on donc imaginer si cet Islam politique acc&#233;dait au pouvoir en Egypte et ailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes envahis par des discours rassurants &#224; cet effet, d'une incroyable na&#239;vet&#233;, sinc&#232;re ou fausse. &#171; C'&#233;tait fatal, nos soci&#233;t&#233;s sont impr&#233;gn&#233;es par l'Islam ; on a voulu l'ignorer ; il s'est impos&#233; &#187; disent les uns. Comme si ce succ&#232;s de l'Islam politique n'&#233;tait pas d&#251; &#224; la d&#233;politisation et &#224; la d&#233;gradation sociale qu'on veut ignorer. &#171; Cela n'est pas si dangereux ; le succ&#232;s est passager et la faillite du pouvoir exerc&#233; par l'Islam politique am&#232;nera les opinions &#224; s'en d&#233;tacher &#187;. Comme si les Fr&#232;res en question &#233;taient acquis au principe du respect des principes d&#233;mocratiques ! Ce &#224; quoi font semblant de croire Washington, les &#171; opinions &#187; fabriqu&#233;es par les m&#233;dias dominants et la cohorte des &#171; intellectuels &#187; arabes, par opportunisme ou absence de lucidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. L'exercice du pouvoir par l'Islam politique r&#233;actionnaire serait appel&#233; &#224; durer&#8230; 50 ans ? Et alors qu'il contribuerait &#224; enfoncer les soci&#233;t&#233;s qu'il soumettrait chaque jour dans l'insignifiance sur l'&#233;chiquier mondial, les &#171; autres &#187; poursuivraient leurs avanc&#233;es. Au terme de cette triste &#171; transition &#187; les pays concern&#233;s se retrouveront au bas de l'&#233;chelle de la classification mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la politisation d&#233;mocratique constitue, dans le monde arabe comme ailleurs, l'axe central du d&#233;fi. Notre &#233;poque n'est pas celle d'avanc&#233;es d&#233;mocratiques, mais au contraire de reculs dans ce domaine. La centralisation extr&#234;me du capital des monopoles g&#233;n&#233;ralis&#233;s permet et exige la soumission inconditionnelle et totale du pouvoir politique &#224; ses ordres. L'accentualisation de pouvoirs &#171; pr&#233;sidentiels &#187;, d'apparence individualis&#233;s &#224; l'extr&#234;me mais en fait int&#233;gralement soumis au service de la ploutocratie financi&#232;re, constitue la forme de cette d&#233;rive qui annihile la port&#233;e de la d&#233;funte d&#233;mocratie bourgeoise (elle-m&#234;me renforc&#233;e un temps par les conqu&#234;tes des travailleurs) et lui substitue la farce d&#233;mocratique. Dans les p&#233;riph&#233;ries les embryons de d&#233;mocratie, quand ils existent, associ&#233;s &#224; des r&#233;gressions sociales encore plus violentes que dans les centres du syst&#232;me, perdent leur cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recul de la d&#233;mocratie est synonyme de d&#233;politisation. Car celle-ci implique l'affirmation sur la sc&#232;ne de citoyens capables de formuler des projets de soci&#233;t&#233; alternatifs, et non seulement d'envisager, par des &#233;lections sans port&#233;e, &#171; l'alternance &#187; (sans changement !). Le citoyen capable d'imagination cr&#233;atrice disparu, l'individu d&#233;politis&#233; qui lui succ&#232;de est un spectateur passif de la sc&#232;ne politique, un consommateur model&#233; par le syst&#232;me qui se pense (&#224; tort) individu libre. Avancer sur les chemins de la d&#233;mocratisation des soci&#233;t&#233;s et de la repolitisation des peuples sont indissociables. Mais par o&#249; commencer ? Le mouvement peut &#234;tre amorc&#233; &#224; partir de l'un ou de l'autre de ces deux p&#244;les. Rien ici ne peut &#234;tre substitu&#233; &#224; l'analyse concr&#232;te des situations concr&#232;tes, en Alg&#233;rie, en Egypte, tout comme en Gr&#232;ce, en Chine, au Congo, en Bolivie, en France ou en Allemagne. A d&#233;faut d'avanc&#233;es visibles dans ces directions le monde s'engagera, comme il l'est d&#233;j&#224;, dans la tourmente chaotique associ&#233;e &#224; l'implosion du syst&#232;me. Le pire est alors &#224; craindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.comite-valmy.org/spip.php?article2205&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comit&#233; Valmy&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, le 1er f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Samir Amin&lt;/strong&gt; est directeur du &lt;i&gt;Forum du Tiers monde&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.pambazuka.org/fr/category/features/79533&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pambazuka&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
30 janvier 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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