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		<title>Ce que la chute de Kaboul nous dit du monde &#224; venir</title>
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		<dc:date>2021-09-05T08:49:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Rogalski *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;CE QUE LA CHUTE DE KABOUL NOUS DIT DU MONDE &#192; VENIR. &lt;br class='autobr' /&gt;
On n'a pas fini de dig&#233;rer les le&#231;ons de la chute de Kaboul...Michel Rogalski&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis trente ann&#233;es le XXI&#232;me si&#232;cle peine &#224; s'affirmer dans ses contours internationaux. Nous cr&#251;mes d'abord qu'il avait commenc&#233; en 1991 avec l'effondrement du monde sovi&#233;tique, raccourcissant, comme le sugg&#233;rait l'historien britannique Eric Hobsbawm, le si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent. Puis devant l'incapacit&#233; des Etats-Unis &#224; ma&#238;triser au tournant du si&#232;cle le cours de la mondialisation &#224; travers son fameux triptyque - ouverture internationale, d&#233;mocratie, march&#233; -, on se dit que tout commen&#231;ait s&#233;rieusement avec les attentats du 11 septembre 2001 et la grande aventure de la &#171; lutte mondiale contre le terrorisme &#187; pr&#244;n&#233;e par Bush Junior et &#224; laquelle nous &#233;tions somm&#233;s de nous rallier. Et bien non, c'est vingt ans plus tard, cette strat&#233;gie s'&#233;croulant, que s'esquissent les traits du si&#232;cle &#224; venir. 1991, 2001, 2021, les s&#233;quences s'encha&#238;nent, le si&#232;cle b&#233;gaie, peine &#224; se mettre en place, mais fraie son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'issue de cette guerre afghane d&#233;passe par sa port&#233;e le territoire de ce petit pays &#8211; le cimeti&#232;re des Empires - et s'apparente au grain de sable dans la chaussure. Si la consternation et parfois la concertation dans le d&#233;sordre s'installent entre les principales chancelleries, c'est que beaucoup de certitudes tenues pour &#233;videntes viennent de basculer. Les grilles de lectures acquises vacillent tant la port&#233;e de l'&#233;v&#233;nement bouscule. Car ce que la chute de Kaboul nous dit du monde qui s'annonce rel&#232;ve de la grande lessive. Quelques premi&#232;res le&#231;ons peuvent s'imposer sans trop de risques d'erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre est embl&#233;matique des conflits asym&#233;triques qui ont surgit &#224; travers le monde et qui se transforment en guerre sans fin, dont les objectifs s'&#233;rodent d'autant plus en cours de route qu'ils ont &#233;t&#233; mal d&#233;finis ou volontairement occult&#233;s d&#232;s le d&#233;part. L'enlisement ne peut &#234;tre qu'au bout du chemin et le prix &#224; payer &#224; l'arriv&#233;e d&#233;pend de l'ampleur de l'engagement, du co&#251;t initi&#233;, des pertes humaines, des divisions internes et de l'humiliation m&#233;diatique. L&#224;, l'addition est ph&#233;nom&#233;nale et envoie un signal fort aux autres conflits en cours. Alli&#233;s et adversaires l'ont compris. L'Empire est rentr&#233; chez lui et h&#233;sitera &#224; en sortir, d'autant plus qu'il a fait savoir qu'il avait beaucoup &#224; faire, notamment face au grand rival qui monte, la Chine. &#171; Gulliver emp&#234;tr&#233; &#187; nous disait d&#233;j&#224; Santley Hoffmann il y a cinquante ans dans un autre contexte. Bien s&#251;r, il ne reste pas d&#233;sarm&#233; et sans puissance et sera attentif &#224; tout ce qui pourrait remettre en cause son h&#233;g&#233;monie. Ing&#233;rences, surveillances, d&#233;stabilisations, embargos, saisies d'avoirs, mesures de contraintes ne seront pas remis&#233;s et s'appuieront sur les r&#233;seaux d'influences mis en place et la formidable technologie disponible, de la cyber-attaque aux drones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la d&#233;faite cuisante l'&#233;quipe en place devra rendre compte de ses maladresses, de son manque de clairvoyance, de l'&#233;chec de ses services ou du refus de leur &#233;coute. Il faudra trouver un bouc &#233;missaire. Un s&#233;isme politique s'annonce qui sera plus difficile &#224; surmonter que les p&#233;rip&#233;ties de la fin de la guerre du Vietnam. L'heure du bilan a d&#233;j&#224; commenc&#233; et il s'annonce ravageur, d'autant que les trois derni&#232;res &#233;quipes pr&#233;sidentielles sont concern&#233;es. Le d&#233;ballage se fait devant le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une large partie de la plan&#232;te on peut toujours consid&#233;rer que le pouvoir est au bout du fusil selon la formule en vogue dans les ann&#233;es soixante et soixante-dix. Les conflits en cours vont trouver un formidable encouragement &#224; leurs objectifs devant l'incapacit&#233; de la premi&#232;re puissance &#224; fa&#231;onner le monde &#224; sa guise. Ce qui s'&#233;tait esquiss&#233; au lendemain de la fin de la guerre froide, la multiplication de d&#233;sordres &#233;chappant aux logiques anciennes, va retrouver une nouvelle jeunesse et encourager l'extension de zones grises laissant l'Occident spectateur impuissant face &#224; l'anomie cr&#233;&#233;e. Devant ces zones grises les instruments du monde ancien &#8211; armes nucl&#233;aires, engagements prolong&#233;s sur le terrain &#8211; seront inop&#233;rants. Il ne reste plus que mod&#232;le isra&#233;lien vis-&#224;-vis de Gaza, c'est-&#224;-dire l'exp&#233;dition punitive courte &#8211; pour &#233;viter les retours d'opinions publiques &#8211; accompagn&#233;e pour le temps long de toutes les mesures d'asphyxie &#233;conomiques, juridiques et financi&#232;res que procure le statut de principale puissance encore dot&#233;e de l'h&#233;g&#233;monie du dollar. Car la palette d'actions possibles reste loin d'&#234;tre totalement affect&#233;e et on aurait tort de croire l'Empire totalement d&#233;sarm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde devra d&#233;sormais vivre avec un islam radical buissonnant et conqu&#233;rant dont l'ambition n'a cess&#233; de cro&#238;tre depuis la chute, en 1979, d'un des pays le plus occidentalis&#233; d'Orient, celui du Shah d'Iran. Ce retour du religieux, qui n'est pas que la marque de l'islam, fait son chemin depuis plusieurs d&#233;cennies, ne peut qu'&#234;tre dop&#233; par la chute de Kaboul. L'influence int&#233;griste s'&#233;tale d&#233;j&#224; dans de larges parties de l'Asie et de l'Afrique et s'oppose au Sahel aux troupes occidentales d&#233;sempar&#233;es, devant les faibles succ&#232;s rencontr&#233;s, sur la strat&#233;gie &#224; adopter. La responsabilit&#233; de l'Occident dans ces remont&#233;es est &#233;crasante. Cette islam a &#233;t&#233; instrumentalis&#233; pour &#233;liminer les progressistes au Moyen-Orient, pour casser les exp&#233;riences de construction nationale port&#233;es par les gauches nationalistes issues des luttes de d&#233;colonisation. Depuis le soutien am&#233;ricain aux Moudjahidines antisovi&#233;tiques d'Afghanistan qui essaim&#232;rent dans maintes r&#233;gions du monde, en passant par l'intervention en Irak qui entra&#238;na la cr&#233;ation de Daech et livra le pays &#224; l'influence iranienne jusqu'&#224; l'exp&#233;dition en Libye dont le contrecoup d&#233;stabilisa le Sahel, l'Occident a cr&#233;&#233; l'objet de ses turpitudes. Et il ne peut, sans gloire, que proposer d'abandonner ces populations &#224; la f&#233;rule de r&#233;gimes moyen&#226;geux qui devront seulement s'engager &#224; ne pas laisser se d&#233;velopper de pr&#233;paratifs hostiles &#224; partir de leur territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est bien loin des projets devant refa&#231;onner le Grand Moyen-Orient en d&#233;mocratie. Ce n'est plus &#224; l'agenda. La perspective est celle du retrait qui d&#233;coule de la fin de la croyance qu'il &#233;tait possible, par les armes ou les exp&#233;ditions guerri&#232;res d'imposer la d&#233;mocratie, les droits de l'homme ou le &#171; nation building &#187;. Les Etats-Unis ne nourrissent plus une telle ambition, qui n'a souvent &#233;t&#233; agit&#233;e que comme pr&#233;texte, tout &#224; leur grande pr&#233;occupation de conserver leur premi&#232;re place face &#224; un rival montant. Il y a un basculement des priorit&#233;s que les alli&#233;s doivent comprendre et dont ils doivent aussi savoir que s'ils leur venait l'envie de s'engager dans ce type d'aventure, ce serait sans appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine des id&#233;es, cette d&#233;faite nous fait faire retour aux propos de Samuel Huntington. Peu d'auteurs auront fait l'objet d'aussi nombreux commentaires, pour &#234;tre d&#233;cri&#233; ou salu&#233;, que celui qui annon&#231;ait en 1993, dans un article de la revue am&#233;ricaine &lt;i&gt;Foreign Affairs&lt;/i&gt; que nous &#233;tions d&#233;sormais entr&#233;s dans l'&#232;re du &#171; choc des civilisations &#187;. On mesure aujourd'hui combien il a mal &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; et incompris. Connaissant le sort du messager qui apporte la mauvaise nouvelle, il a &#233;t&#233; fusill&#233;. Et il a &#233;t&#233; trouv&#233; plus confortable de se mettre la t&#234;te dans le sable plut&#244;t que de l'entendre. Que nous dit il ? Que le temps des grands conflits id&#233;ologiques susceptibles de d&#233;g&#233;n&#233;rer en guerres &#233;tait termin&#233;. Qu'ils feraient place &#224; une nouvelle forme de conflictualit&#233; adoss&#233;e &#224; des civilisations fortement marqu&#233;es par des religions, et que dans le contexte d'un Occident d&#233;clinant, il &#233;tait vain d'aller guerroyer dans ces terres &#233;trang&#232;res car l'&#233;chec serait pr&#233;visible. Apr&#232;s s'&#234;tre oppos&#233; &#224; la guerre du Vietnam, il condamnera les interventions en Afghanistan et en Irak et prendra soin de se d&#233;marquer de la ligne bushienne des neocons de la &#171; guerre globale au terrorisme &#187; dont on a essay&#233; de lui attribuer la paternit&#233;. Le temps est venu de le lire comme pr&#233;dicteur et non comme prescripteur et de comprendre que ces guerres sans fin &#224; l'autre bout du monde sont vaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on feint de d&#233;couvrir que ces conflits prolong&#233;s pr&#233;sentent partout la m&#234;me cons&#233;quence. Ils pr&#233;cipitent les populations civiles dans la recherche d'un exil et poussent &#224; la mont&#233;e des flux migratoires. Les pays d'accueil sollicit&#233;s &#233;tant rarement les pays responsables. Tr&#232;s t&#244;t mobilis&#233;, le pr&#233;sident Macron nous met en garde. Les possibilit&#233;s d'accueil sont limit&#233;es et devant la multiplication de ces zones grises &#224; venir, il est impossible de ne pas r&#233;guler les flux migratoires. Chacun a compris que dans ce domaine le discours avait chang&#233; et que Kaboul marquera un tournant. Bref, il ne nous dit pas autre chose que les flux migratoires sont &#224; la fois in&#233;vitables et impossibles et qu'ils interpellent les traditions d'internationalisme : aider &#224; fuir ou aider &#224; s'organiser et &#224; r&#233;sister lorsque un partage de valeurs est possible car tout ce qui bouge aux confins de la plan&#232;te n'est pas forc&#233;ment rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas fini de dig&#233;rer les le&#231;ons de la chute de Kaboul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel Rogalski*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Michel Rogalski&lt;/strong&gt; Economiste, CNRS et Directeur de la revue &lt;i&gt;Recherches internationales&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.elcorreo.eu.org/-&gt;http:/www.recherches-internationales.fr'&gt;&lt;strong&gt;Recherches internationales&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ao&#251;t 2021&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Cette chronique est r&#233;alis&#233;e en partenariat r&#233;dactionnel avec la revue &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Recherches internationales&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#224; laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d'analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd'hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarit&#233; qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Adresse :&lt;/strong&gt; 6, av. Mathurin Moreau ; 75167 Paris Cedex 19.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Site :&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://www.recherches-internationales.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recherches-internationales.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mail :&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;mailto:recherinter@paul-langevin.fr&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;recherinter@paul-langevin.fr&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Abonnements 4 num&#233;ros par an :&lt;/strong&gt; 55 Euros, &#201;tranger 75 Euros&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La chronique de Recherches internationales : &#171; Kaboul, le chaos annonc&#233; &#187;</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/La-chronique-de-Recherches-internationales-Kaboul-le-chaos-annonce</link>
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		<dc:date>2021-07-26T15:44:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Rogalski *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La chronique de Recherches internationales : &#171; Kaboul, le chaos annonc&#233; &#187; ... Michel Rogalski&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Empire-et-Resistance" rel="directory"&gt;Empire et R&#233;sistance&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est officiel, les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s engag&#233;s dans une coalition militaire en Afghanistan vont quitter le pays. La plus longue intervention &#224; l'&#233;tranger qui a dur&#233; une vingtaine d'ann&#233;es va ainsi prendre fin dans des conditions d'un enlisement peu glorieux et sans que ses objectifs ne soient atteints. Cette guerre commenc&#233;e en 2001 au lendemain des attentats du 11 septembre ouvrit la strat&#233;gie de l'anti-terrorisme pour renverser les Talibans alors au pouvoir &#224; Kaboul et r&#233;duire leurs prot&#233;g&#233;s d'El Qa&#239;da et va se conclure par un &#233;chec cinglant puisque les Talibans sont de retour et d&#233;j&#224; aux portes du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre ingagnable de l'OTAN et de ses alli&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Otan, bien vite adoub&#233;e par l'ONU et renforc&#233;e de quelques pays alli&#233;s, aura &#233;t&#233; le vecteur d'une intervention hors de l'espace euro-atlantique, dans l'esprit des nouvelles orientations d&#233;finies lors de son Sommet du cinquantenaire de 1999. C'est cette pr&#233;tention &#224; jouer le r&#244;le de gendarme du monde qui s'effondre aujourd'hui. En r&#233;alit&#233; cette issue &#233;tait attendue depuis d&#233;j&#224; dix ans puisqu'Obama avait d&#233;cid&#233;, apr&#232;s dix ans de guerre, d'un retrait non-n&#233;goci&#233; des troupes engag&#233;es sur place. &#192; partir de 2011 les Talibans savent que les Am&#233;ricains vont partir. Ils n'ont plus qu'&#224; attendre et &#224; assister &#224; l'&#233;chec des efforts d'une construction d'un &#201;tat &#171; moderne et d&#233;mocratique &#187; par les intervenants ext&#233;rieurs. Car le mod&#232;le subliminal des Occidentaux renvoie &#224; l'issue de la Seconde guerre mondiale lorsqu'il s'agit de reconstruire l'Allemagne apr&#232;s son effondrement. Mais l'Afghanistan n'est pas l'Allemagne et les islamistes radicaux n'ont jamais &#233;t&#233; mis en d&#233;route, se sont reconstitu&#233;s, ont pris appui sur le Pakistan voisin et ont essaim&#233; dans de larges r&#233;gions du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre a eu un co&#251;t &#233;norme, pour l'Afghanistan d'abord qui conna&#238;t l&#224; sa deuxi&#232;me guerre, apr&#232;s celle contre les sovi&#233;tiques de 1979 &#224; 1989, puis la guerre civile qui vit les Talibans l'emporter sur les &#171; Seigneurs de guerre &#187; et imposer leur chape de plomb sur le pays. Bref un pays en guerre depuis quarante ans. Son co&#251;t sur l'ordre international n'a pas &#233;t&#233; moindre. Apr&#232;s avoir humili&#233; Moscou et contribu&#233; fortement &#224; son effondrement, puis dop&#233; l'islamisme radical en envoyant ses &#171; Afghans internationalistes &#187; sur diff&#233;rents terrains de luttes, ce petit pays, en passe d'infliger une d&#233;faite militaire &#224; la coalition emport&#233;e par l'Otan aura &#233;galement contribu&#233; &#224; fa&#231;onner les traits majeurs du XXI&#176; si&#232;cle. La population civile a terriblement souffert. Plus de 100 000 morts selon les Nations unies, des milliers de bombes d&#233;vers&#233;es, une soci&#233;t&#233; plus corrompue que jamais, une culture et un trafic de drogue fleurissant alimentant 80 % du march&#233; mondial d'opium, sans compter les morts indirectes de pauvret&#233; et maladies caus&#233;es par le conflit et l'absence d'un v&#233;ritable &#201;tat, jamais construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le co&#251;t fut redoutable &#233;galement pour les &#201;tats-Unis. D'abord en terme humain, puisqu'on estime les pertes &#224; pr&#232;s de 3000 soldats auxquels il convient de rajouter environ 4000 &#171; &lt;i&gt;contractors&lt;/i&gt; &#187; - mercenaires des soci&#233;t&#233;s militaires priv&#233;es &#8211;, 20 000 bless&#233;s graves et des pertes &#233;valu&#233;es &#224; 60 000 soldats dans les rangs gouvernementaux. La d&#233;pense engendr&#233;e se monte &#224; pr&#232;s de 3000 milliard de dollars en ajoutant op&#233;rations guerri&#232;res, entra&#238;nement et aide &#233;conomique souvent d&#233;tourn&#233;e. Un g&#226;chis total.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des enjeux qui d&#233;passent le pays&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre, dont l'enjeu international d&#233;passait largement le territoire afghan, n'a jamais &#233;t&#233; populaire aux &#201;tats-Unis, sauf dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-11 septembre. Mais pourtant, elle n'a pas suscit&#233; de fortes mobilisations internationales qui pourraient rappeler l'ampleur des grandes campagnes contre les guerres d'Alg&#233;rie, du Vietnam ou plus r&#233;cemment contre l'invasion de l'Irak, sans &#233;voquer les solidarit&#233;s aux causes embl&#233;matiques du peuple palestinien ou des luttes anti-apartheid le l'Afrique du Sud. Ce qui a manqu&#233;, au-del&#224; des traits d&#233;testables du r&#233;gime de Kaboul, c'est l'existence de forces politiques et sociales avec lesquelles un partage de valeurs puisse se construire et auteur desquelles organiser une solidarit&#233; internationaliste. Car l'alternative au r&#233;gime actuel soutenu par les Am&#233;ricains se pr&#233;sente d&#233;j&#224; depuis longtemps sous les traits d'un retour des Talibans, certes d&#233;lest&#233;s de leurs prot&#233;g&#233;s, les Talibans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre a &#233;t&#233; men&#233;e dans des conditions d'un aveuglement total. Les Am&#233;ricains ont refus&#233; &#8211; confort&#233;s par beaucoup de &lt;i&gt;think tanks&lt;/i&gt; sans grande l&#233;gitimit&#233; &#8211; de voir la progression des Talibans forts de quelques dizaines de milliers d'hommes, de leur structuration en parti politique national, dot&#233; d'une direction et d'un chef, de l'appui apport&#233; par le Pakistan pays alli&#233; des &#201;tats-Unis et d'imaginer qu'il pouvait y avoir chez ce peuple une attente d'&#201;tat &#224; m&#234;me de satisfaire aux besoins les plus essentiels, en terme de sant&#233;, d'&#233;ducation, de logement, de s&#233;curit&#233;... Faute de s'atteler &#224; la construction d'un tel &#201;tat, le gouvernement en place a &#233;t&#233; court-circuit&#233; par des organismes internationaux donateurs d'aide &#233;trang&#232;re sans connaissance du terrain et anim&#233;s par des logiques bureaucratiques &#224; mille lieues des r&#233;alit&#233;s, et aspirant souvent les &#233;lites du pays. Des bataillons d'anthropologues envoy&#233;s en reconnaissance auraient &#233;t&#233; plus utiles que des images satellites ou des drones pr&#233;parant le travail des forces sp&#233;ciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce qui a manqu&#233; le plus &#224; la coalition c'est la connaissance du tissu local social dont l'absence est le talon d'Achille des interventions militaires en terre &#233;trang&#232;re. Ce terrain social a totalement &#233;t&#233; m&#233;connu par les militaires, ainsi que les liens familiaux, religieux, &#233;conomiques entretenus entre les diff&#233;rentes populations et entre celles-ci et les Talibans. Les troupes coalis&#233;es ont combattu un ennemi dont elles ne connaissaient pas les modes de fonctionnement, mais qui poss&#233;dait l'avantage de la ma&#238;trise du terrain et avait su de longue date infiltrer les institutions du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 20 ans d'une coalition de l'Otan, les r&#233;sultats sont d&#233;cevants. Le r&#233;gime a certes &#233;tait d&#233;fait comme celui de Saddam Hussein ult&#233;rieurement, les groupes d'El Qa&#239;da dispers&#233;s et r&#233;duits consid&#233;rablement, mais les Talibans prenant appui sur le Pakistan sanctuaris&#233; sont aujourd'hui de retour et au bord du pouvoir. Ils multiplient les attentats et le pays n'a jamais &#233;t&#233; v&#233;ritablement pacifi&#233;. La corruption s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;e emp&#234;chant la reconstruction d'un &#201;tat contourn&#233; par l'aide internationale, les ONG, et les diff&#233;rents op&#233;rateurs du d&#233;veloppement. Les &#171; Seigneurs de guerre &#187; et le tribalisme se sont multipli&#233;s. La coalition s'est bunkeris&#233;e en enclaves ultra s&#233;curis&#233;es et coup&#233;es de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout les conditions du d&#233;part ont &#233;t&#233; men&#233;es de fa&#231;on maladroite &#224; l'initiative de Trump, puis par Biden, par contact direct avec les Talibans, en passant par dessus la t&#234;te du gouvernement afghan, consid&#233;r&#233; comme partie mineure. Le seul souci des &#201;tats-Unis &#233;tant qu'un r&#233;gime sous la f&#233;rule des Talibans ne redevienne pas un sanctuaire pour des groupes terroristes. Seul cet engagement les int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Talibans ne sont pas en recherche de n&#233;gociations inter-afghanes avec le r&#233;gime actuel de Kaboul dont le monde pressent la fin. Ils n'ont plus rien &#224; n&#233;gocier avec personne, le d&#233;part des troupes &#233;trang&#232;res &#233;tant d&#233;j&#224; acquis. Ils se pr&#233;parent &#224; la s&#233;quence suivante : investir Kaboul et d&#233;faire le r&#233;gime en place, quitte &#224; initier une nouvelle guerre civile. Le retrait a d&#233;j&#224; commenc&#233;. La grande base militaire de Kandahar, construite par les Sovi&#233;tiques et situ&#233;e dans le sud du pays dans une zone &#224; forte pr&#233;sence talibane, a &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;e nuitamment en catimini sans concertation avec l'arm&#233;e afghane, et ne laissant en service que la base de Bagram pr&#232;s de Kaboul comme t&#234;te de pont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Maison Blanche annonce que l'arm&#233;e &#233;tasunienne poss&#232;de la capacit&#233; en ouvrant de nouvelles bases militaires dans des pays frontaliers &#8211; en Ouzb&#233;kistan et au Tadjikistan &#8211; de disposer de moyens de surveillance, voire d'intervention, pour emp&#234;cher tout retour en force d'Al-Qaida dans cette r&#233;gion. M&#234;me intention annonc&#233;e par Macron &#224; propos de l'op&#233;ration Barkhane. Faute de pouvoir rester sur le terrain, on d&#233;place quelques moyens engag&#233;s en pr&#233;tendant avoir la ma&#238;trise de la suite des &#233;v&#233;nements. Les Alli&#233;s de la coalition ont compris le sens de ces discours. La France a d&#233;cid&#233; d'accorder l'asile politique aux centaines d'Afghans ayant travaill&#233; pour elle, &#233;videmment sans consultation des autorit&#233;s du pays et t&#233;moignant ainsi de son pessimisme sur la capacit&#233; du r&#233;gime &#224; se maintenir en place bien longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre afghane d&#233;passe par sa port&#233;e le territoire de ce petit pays. Elle est embl&#233;matique des conflits asym&#233;triques qui ont surgit &#224; travers le monde et qui se transforment en guerre sans fin, dont les objectifs s'&#233;rodent en cours de route. L'enlisement est au bout du chemin. Elle confirme qu'on ne peut imposer la d&#233;mocratie ou les droits de l'homme souvent mobilis&#233;s par la force ou par d&#233;crets. La le&#231;on devrait servir pour le Sahel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel Rogalski*&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;http://www.recherches-internationales.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;http://www.recherches-internationales.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel Rogalski*&lt;/strong&gt; est &#233;conomiste, CNRS et Directeur de la revue &lt;a href=&#034;http://www.recherches-internationales.fr/.)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;http://www.recherches-internationales.fr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Cette chronique est r&#233;alis&#233;e en partenariat r&#233;dactionnel avec la revue Recherches internationales &#224; laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d'analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd'hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarit&#233; qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.&lt;br /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.recherches-internationales.fr/RI120/RI120_Edito.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recherches Internationales&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; N&#176; 120 - Avril Juin 2021&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;mondialisation : le d&#233;bat interdit ?</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Demondialisation-le-debat-interdit</link>
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		<dc:creator>Michel Rogalski *</dc:creator>



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&lt;p&gt;L'ampleur du tir de barrage oppos&#233; au terme de d&#233;mondialisation donne la juste mesure de son c&#244;t&#233; insupportable pour tous ceux qui avaient vant&#233; depuis des d&#233;cennies la mondialisation heureuse, alors m&#234;me que les faits accumulaient jours apr&#232;s jours les sympt&#244;mes de son &#233;chec. Qu'on en juge par les quolibets et noms d'oiseaux : tour &#224; tour absurde, irr&#233;aliste, r&#233;actionnaire, subalterne, accus&#233;e de propager illusion d&#233;magogique, d'&#234;tre un concept superficiel et simpliste, une fable, un th&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'ampleur du tir de barrage oppos&#233; au terme de d&#233;mondialisation donne la juste mesure de son c&#244;t&#233; insupportable pour tous ceux qui avaient vant&#233; depuis des d&#233;cennies la mondialisation heureuse, alors m&#234;me que les faits accumulaient jours apr&#232;s jours les sympt&#244;mes de son &#233;chec. Qu'on en juge par les quolibets et noms d'oiseaux : tour &#224; tour absurde, irr&#233;aliste, r&#233;actionnaire, subalterne, accus&#233;e de propager illusion d&#233;magogique, d'&#234;tre un concept superficiel et simpliste, une fable, un th&#232;me provocateur, d'encourager un repli national ne pouvant conduire qu'au mod&#232;le de la Cor&#233;e du Nord. Rien ne fut &#233;pargn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation des &lt;i&gt;think tanks&lt;/i&gt; et des politiciens &#233;margeant au &#171; Cercle de la raison &#187; ne doit pas &#233;tonner. Ils sont dans leur r&#244;le en agissant en sorte que l'alternance reste bien une alternance et ne soit surtout pas une alternative. Les forces qui concourent &#224; ce Cercle, tel un disque ray&#233;, ressassent en boucle, malgr&#233; la r&#233;alit&#233;, les bienfaits de la mondialisation. Par contre, on ne peut qu'&#234;tre surpris que d'autres, au nom de l'id&#233;ologie altermondialiste dont le bilan des avanc&#233;es depuis dix ans confine &#224; l'&#233;vanescence, viennent, dans la crainte de perdre le peu qu'il reste de leur fond de commerce, joindre leurs voix aux premiers avec tout autant de mauvaise foi. Mais le d&#233;bat n'est plus confin&#233; &#224; la gauche de la gauche puisqu'il s'est invit&#233; dans la bataille pr&#233;sidentielle. Et c'est bien normal car il porte en lui l'analyse n&#233;cessaire du bilan des trente derni&#232;res ann&#233;es. Vouloir &#233;touffer un tel d&#233;bat serait une faute politique majeure. Ce serait occulter la richesse potentielle inh&#233;rente &#224; tout d&#233;bat sur la sortie ma&#238;tris&#233;e du tunnel de l'aust&#233;rit&#233; fabriqu&#233; &#224; coup de d&#233;flation salariale, de d&#233;localisations, d'invention de &#171; contraintes ext&#233;rieures &#187; recherch&#233;es par nos &#233;lites et reposant sur une soi-disante rationalit&#233; sup&#233;rieure d'essence mondiale, de construction europ&#233;enne important les formes les plus exacerb&#233;es de la mondialisation, souvent au pr&#233;texte d'y r&#233;sister et bien s&#251;r se mettant dans l'incapacit&#233; de prot&#233;ger, de promouvoir le social ou de contr&#244;ler la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont il s'agit aujourd'hui, c'est de reprendre et d'approfondir l'opposition &#224; la bifurcation de 1983 qui sacrifia les avanc&#233;es sociales sur l'autel de la construction europ&#233;enne, en prenant appui sur l'acquis de la confrontation d'id&#233;es qui vit le jour en 2005 &#224; l'occasion du referendum constitutionnel europ&#233;en. Magnifique d&#233;bat dont l'enjeu ne portait ni sur des personnes ou des postes et qui est relanc&#233; aujourd'hui par la crise de 2008 et son contrecoup actuel aliment&#233; par les dettes souveraines, l'incertitude sur l'euro et les interrogations sur la fa&#231;on de penser la construction europ&#233;enne. Et si la d&#233;mondialisation interpelle fortement l'Europe c'est parce que cette r&#233;gion du monde est devenue un concentr&#233; -un laboratoire- de la mondialisation et que, loin d'y &#234;tre douce, elle y concentre tous ses exc&#232;s. Il n'y a pas lieu de s'en &#233;tonner. C'est dans cet espace que le commerce de proximit&#233; s'est le plus d&#233;velopp&#233;, que l'interd&#233;pendance y est la plus forte, que des pans entiers de souverainet&#233; nationale ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s, qu'une majorit&#233; de pays ont d&#233;cid&#233; de se doter d'une m&#234;me monnaie et d'une Banque centrale ind&#233;pendante des gouvernements et enfin que des &#233;l&#233;ments de constitutions &#233;conomiques se sont successivement empil&#233;s (Acte unique, Trait&#233; de Maastricht, Pacte de stabilit&#233;, etc.) pour &#234;tre repris dans le corset du Trait&#233; de Lisbonne. En s'&#233;largissant &#224; 27 pays, l'Europe a brutalement modifi&#233; les conditions de la concurrence, y a import&#233; brutalement la diversit&#233; de mondialisation et s'est mise hors d'&#233;tat de pouvoir assurer la moindre protection &#224; ses populations sur lesquelles plane l'ombre de l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les d&#233;bats que suscite le th&#232;me de la d&#233;mondialisation sont essentiels. Ils touchent tout simplement aux conditions n&#233;cessaires &#224; la r&#233;alisation d'une rupture avec trente ann&#233;es de n&#233;olib&#233;ralisme mondialis&#233; qui tel un rouleau compresseur &#233;crase tout sur son passage. Car peut-on supporter plus longtemps la strat&#233;gie d&#233;lib&#233;r&#233;ment mise en place par le capital pour se rapprocher d'un travail pr&#233;caire et non prot&#233;g&#233; et fuir celui qui avait su lui imposer la &#171; contrainte &#187; des acquis sociaux. Tout fut tent&#233; avec les cons&#233;quences que l'on sait, des d&#233;localisations massives &#224; l'organisation de flux migratoires en passant par libre circulation des capitaux sp&#233;culatifs et d&#233;stabilisants, le libre-&#233;change g&#233;n&#233;ralis&#233; des marchandises, la d&#233;flation salariale et son corollaire l'endettement des m&#233;nages, la soumission aux signaux des march&#233;s, internationaux de pr&#233;f&#233;rence. Quelques questions centrales &#233;mergent avec force de ce d&#233;bat dont on voudrait &#233;touffer la richesse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; On nous explique qu'il faudrait &#234;tre patient et que nos maux proviendraient de la situation d'entre deux dans laquelle nous serions entr&#233;s. L'&#201;tat-Nation est bless&#233;, mais il bouge encore, alors que l'&#233;conomie mondiale ne serait pas encore instaur&#233;e et peinerait &#224; se doter d'une gouvernance globale (ou europ&#233;enne). Ainsi nous cumulerions les d&#233;fauts de l'&#233;rosion des fronti&#232;res sans &#234;tre encore en mesure de b&#233;n&#233;ficier des avantages de leur d&#233;passement. Cette &#171; transition &#187;, qui se d&#233;roule depuis une trentaine d'ann&#233;es, n'a pour l'instant accouch&#233; que de la crise et se trouve de moins en moins en mesure de prouver que l'expansion du n&#233;olib&#233;ralisme &#224; l'&#233;chelle du monde serait salvatrice. L'attente d'un gouvernement mondial pour r&#233;soudre les probl&#232;mes engendr&#233;s par sa recherche risque fort de s'enliser dans le sable. Elle est &#233;videmment insupportable pour les peuples. Se sortir de cette orni&#232;re en proposant une v&#233;ritable issue, c'est, pour tout pays, n&#233;cessairement entrer dans un processus de d&#233;mondialisation. Faut-il attendre que &#231;a change en Europe ou dans le monde pour que cela puisse changer chez nous ? Ou bien, faut-il engager l'action de fa&#231;on unilat&#233;rale en mesurant sa port&#233;e conflictuelle et s'y pr&#233;parer ? N'oublions pas que l'Europe qui s'est construite a toujours servi de gangue gluante pour r&#233;duire l'amplitude de l'oscillation du balancier de l'alternance et jouer ainsi le r&#244;le de Sainte Alliance, rempla&#231;ant le Mur d'argent des ann&#233;es 20. Ainsi refuser l'antimondialisation reviendrait &#224; subordonner tout changement en France &#224; d'&#233;ventuelles et bien improbables &#233;volutions europ&#233;ennes ou mondiales. Ce constat conduit &#224; poser la question incontournable de l'exercice de la souverainet&#233;, c'est-&#224;-dire de la n&#233;cessaire superposition entre le p&#233;rim&#232;tre o&#249; se joue la d&#233;mocratie et celui de la ma&#238;trise de la r&#233;gulation des flux &#233;conomiques et financiers. Le cadre national s'impose. Pourquoi la &#171; relocalisation &#187; sur la r&#233;gion serait &#224; la limite acceptable, l'Europe f&#233;d&#233;rale souhait&#233;e et la souverainet&#233; nationale vilipend&#233;e ? Pourquoi cette haine de l'&#233;tat-Nation qu'il faudrait prendre en tenaille par le bas et par le haut ? Les gauches latino-am&#233;ricaines ont montr&#233; que le cadre national pouvait permettre des avanc&#233;es sociales substantielles, faire tache d'huile et rendre possible des coop&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La soumission &#224; une rationalit&#233; dite sup&#233;rieure parce que mondiale cr&#233;e ce que nos &#233;lites appellent la &#171; contrainte ext&#233;rieure &#187;. Celle-ci n'est que le retour de ce qui a &#233;t&#233; voulu et recherch&#233;. La mondialisation qui nous retombe sur la t&#234;te c'est celle que l'on a envoy&#233;e en l'air &#224; coups de d&#233;r&#233;gulation, de libre-&#233;change forcen&#233;, de privatisations, de d&#233;localisations, de circulation incontr&#244;l&#233;e de capitaux et de marchandises, de financiarisation, d'endettement de peuples et d'&#233;tats. Elle se heurte aux acquis sociaux historiquement constitu&#233;s qui deviennent ainsi pour nos mondialisateurs des &#171; contraintes internes &#187; qui freinent leurs objectifs et dont ils doivent se d&#233;barrasser pour obtemp&#233;rer aux ordres des march&#233;s. La comp&#233;tition internationale devient l'arme de l'antisocial et d&#233;vaste les territoires. Le m&#233;rite du d&#233;bat sur la d&#233;mondialisation est de bien montrer l'affrontement des logiques des deux contraintes, l'une fabriqu&#233;e pour mieux combattre l'autre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lionel Stol&#233;ru, conseiller de Giscard, nous avait d&#233;j&#224; tout expliqu&#233; d&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et d'identifier les gagnants (les facteur mobiles : capital et finance, grandes firmes, maffias) et les perdants (les facteurs fixes : peuples et territoires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Les cons&#233;quences sur les politiques &#233;conomiques &#224; adopter reviennent au c&#339;ur du d&#233;bat. La demande de protection qui monte concerne prioritairement l'ensemble des acquis sociaux engrang&#233;s pendant les Trente Glorieuses, annexement ceux du capital national malmen&#233; par la concurrence sauvage. Cette p&#233;riode a connu les protections tarifaires, quelques contr&#244;les de change, nombre de d&#233;valuations qui n'ont pas signifi&#233; pour autant repli national, fermeture ou adoption d'un mod&#232;le nord-cor&#233;en. Croissance, &#233;l&#233;vation du niveau de vie, plein-emploi ont bien &#233;t&#233; au c&#339;ur de ce qu'on voudrait nous faire regarder aujourd'hui comme une horreur &#171; national-protectionniste &#187;. La crise actuelle appelle au retour de l'&#233;tat comme acteur &#233;conomique majeur. Il n'y a pas de protection possible sans qu'un r&#244;le accru lui soit confi&#233;, aussi bien en termes de p&#233;rim&#232;tre d'action que dans la nature de ses interventions. Enfin, faut-il se tourner vers la satisfaction des besoins du march&#233; int&#233;rieur ou vers ceux, erratiques, du march&#233; mondial ? O&#249; sont situ&#233;es les sources de croissance de notre pays ? Dans notre territoire o&#249; &#224; l'export ? Un pays peut le tenter, mais si tous font de m&#234;me l'avantage dispara&#238;t. C'est cette strat&#233;gie non g&#233;n&#233;ralisable qui fut propos&#233;e au Tiers monde dans les ann&#233;es 70 et provoqua la crise de la dette et les politiques d'aust&#233;rit&#233; qui s'ensuivirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On all&#232;guera qu'il existe une forme de mondialisation d&#233;sirable, celle des &#233;changes culturels, du tourisme, de la connaissance et des savoirs, de la coop&#233;ration entre les peuples, de tout ce qui fait la densit&#233; de la vie internationale ou d'un espace public en construction &#224; ce niveau. Mais ne la m&#233;langeons pas avec celle qui fait l'objet du d&#233;bat d'aujourd'hui &#224; savoir le n&#233;cessaire blocage de l'expansion du n&#233;olib&#233;ralisme &#224; l'espace mondial. Ne fusillons pas les messagers qui apportent la mauvaise nouvelle mais regardons plut&#244;t les signaux divers qui attestent des limites de la phase en cours, &#224; commencer par l'annonce faite par la Cnuced de la r&#233;duction du commerce mondial de 8 % au premier trimestre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel Rogalski&lt;/strong&gt;, est &#233;conomiste, CNRS, directeur de la revue Recherches internationales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.recherches-internationales.fr/chroniques/2011-9-demondialisation.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Recherches Internationales&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, Octobre 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Lionel Stol&#233;ru&lt;/strong&gt;, conseiller de Giscard, nous avait d&#233;j&#224; tout expliqu&#233; d&#232;s 1987 dans L'ambition internationale (Le Seuil) en r&#233;sumant parfaitement le sens de la d&#233;marche mondialiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces pr&#233;tendues &#171; contraintes &#187; internationales, c'est nous-m&#234;mes qui les avons voulues, c'est nous-m&#234;mes qui les avons &#233;difi&#233;es, c'est nous-m&#234;mes qui, jour apr&#232;s jour, nous employons &#224; les d&#233;velopper. Nous n'avons plus les coud&#233;es franches parce que nous avons voulu ne plus avoir les coud&#233;es franches. &#187; (p.12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) &#171; Disons d'abord qu'il n'y a pas de contraintes internationales, il n'y a que des ambitions internationales que nous avons librement choisies, que nous voulons atteindre parce que nous savons qu'hors d'elles, point de salut &#187;. &#171; Disons que par rapport &#224; ces ambitions internationales, il n'y a plus de politiques nationales, il n'y a plus que des contraintes nationales, qui nous freinent dans la recherche de nos ambitions internationales &#187;. (p.13)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cette chronique est r&#233;alis&#233;e en partenariat r&#233;dactionnel avec la revue Recherches internationales &#224; laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d'analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd'hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarit&#233; qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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