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	<title>El Correo</title>
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		<title>&#193;lvaro Garc&#237;a LineraPourquoi le progressisme et la gauche perdent-ils les &#233;lections ? </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Alvaro-Garcia-LineraPourquoi-le-progressisme-et-la-gauche-perdent-ils-les-elections</link>
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		<dc:date>2025-08-18T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Alvaro Garc&#237;a Linera*</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#193;lvaro Garc&#237;a Linera : Les partis de gauche et progressistes au pouvoir ne perdent pas les &#233;lections &#224; cause des &lt;i&gt;trolls&lt;/i&gt; des r&#233;seaux sociaux. Ils ne perdent pas non plus parce que la droite est plus violente, ni parce que les b&#233;n&#233;ficiaires des politiques sociales sont ingrats (...)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les partis de gauche et progressistes au pouvoir ne perdent pas les &#233;lections &#224; cause des &lt;i&gt;trolls&lt;/i&gt; des r&#233;seaux sociaux. Ils ne perdent pas non plus parce que la droite est plus violente, ni parce que les b&#233;n&#233;ficiaires des politiques sociales sont ingrats.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les batailles politiques sur les r&#233;seaux sociaux ne cr&#233;ent pas spontan&#233;ment des environnements politiques et culturels &#233;largis parmi la majorit&#233; des classes populaires. Elles les radicalisent et les entra&#238;nent dans des voies hyst&#233;riques. Mais leur influence requiert d'abord un malaise social g&#233;n&#233;ralis&#233;, une volont&#233; collective de se d&#233;sengager et de rejeter les positions progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, l'extr&#234;me droite, autoritaire, fasciste et raciste, a toujours exist&#233;. Elle prosp&#232;re dans les espaces marginaux d'un militantisme furieux et clo&#238;tr&#233;. Mais son discours s'&#233;tend, aliment&#233; par la d&#233;gradation des conditions de vie des travailleurs, la frustration collective engendr&#233;e par un progressisme timide ou la perte de statut des classes moyennes. Quant &#224; ceux qui affirment que la d&#233;faite est due &#224; l'ingratitude des secteurs qui en b&#233;n&#233;ficiaient auparavant, ils oublient que les droits sociaux n'ont jamais &#233;t&#233; une charit&#233; gouvernementale. Ils ont &#233;t&#233; des conqu&#234;tes sociales gagn&#233;es dans la rue et par le vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour toutes ces raisons, sans aucune excuse, un gouvernement progressiste ou de gauche perd les &#233;lections &#224; cause de ses erreurs politiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces erreurs peuvent &#234;tre nombreuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais un d&#233;faut les unit :&lt;/strong&gt; l'erreur dans la gestion &#233;conomique a prendre des d&#233;cisions qui touchent les poches sur la grande majorit&#233; de ses partisans.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Au Br&#233;sil&lt;/strong&gt;, le coup d'&#201;tat parlementaire de 2016 contre Dilma Rousseff, men&#233; par les factions les plus antid&#233;mocratiques de l'&#233;chiquier politique br&#233;silien, s'est construit sur le malaise &#233;conomique qui durait depuis plusieurs ann&#233;es et qui, lors de l'ajustement budg&#233;taire de 2015, a aggrav&#233; la contraction des revenus populaires.&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;En Argentine&lt;/strong&gt;, le p&#233;ronisme a perdu les &#233;lections de 2023 en raison de la hausse de l'inflation sous le gouvernement d'Alberto Fern&#225;ndez. Si l'inflation est une constante de l'&#233;conomie argentine depuis des d&#233;cennies, il existe une limite historique qui, une fois franchie, conduit &#224; une liqu&#233;faction des loyaut&#233;s politiques populaires, les incitant &#224; s'accrocher &#224; toute proposition, aussi terrifiante soit-elle, visant &#224; r&#233;soudre cette volatilit&#233; mon&#233;taire &#233;touffante. L'anomalie politique Milei est une mani&#232;re perverse de canaliser la frustration vers la haine et la punition.&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;En Bolivie&lt;/strong&gt;, l'instrument politique des syndicats paysans et des organisations communales (MAS) est vou&#233; &#224; la d&#233;faite &#233;lectorale en raison de la gestion &#233;conomique d&#233;sastreuse de Luis Arce. Avec une inflation des denr&#233;es alimentaires de base approchant les 100 %, une p&#233;nurie de carburant obligeant les gens &#224; faire la queue pendant des jours, et un dollar r&#233;el qui a doubl&#233; sa valeur face &#224; la monnaie bolivienne, il n'est pas surprenant que le processus de transformation d&#233;mocratique le plus profond du continent perde les deux tiers de son suffrage populaire au profit de tra&#238;tres archa&#239;ques qui proposent d'&#233;vincer les autochtones du pouvoir, de c&#233;der les entreprises publiques &#224; des &#233;trangers et, Bible en main, de consolider les oligarchies mercenaires de la terre &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat. Si l'on ajoute &#224; tout cela le ressentiment des classes moyennes traditionnelles, d&#233;poss&#233;d&#233;es de leurs privil&#232;ges par l'ascension sociale et l'autonomisation politique des majorit&#233;s autochtones, la rh&#233;torique ouvertement vindicative et racialis&#233;e qui entoure le discours de la droite bolivienne est &#233;vidente.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans tous les cas, d'autres composantes politiques sous-tendent ces erreurs fondamentales qui conduisent &#224; la d&#233;faite :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Au Br&#233;sil&lt;/strong&gt;, les all&#233;gations de corruption, ensuite instrumentalis&#233;es politiquement. &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;En Argentine&lt;/strong&gt;, la lassitude suscit&#233;e par le confinement prolong&#233; d&#251; au coronavirus, qui a d&#233;truit une partie du tissu &#233;conomique populaire, etc.&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;En Bolivie&lt;/strong&gt;, une guerre politique interne fait rage. D'un c&#244;t&#233;, un &#233;conomiste m&#233;diocre, pr&#233;sident par hasard, a cru pouvoir &#233;vincer le charismatique leader indig&#232;ne (Evo) en l'interdisant de diriger le pays. De l'autre, le leader qui, en fin de parcours ne peut plus remporter les :&#233;lections, mais sans le soutien duquel personne ne peut gagner, se venge en contribuant &#224; la destruction de l'&#233;conomie, sans comprendre que dans cette h&#233;catombe, son propre travail est &#233;galement d&#233;truit. Le r&#233;sultat final de ce mis&#233;rable fratricide est la d&#233;faite temporaire d'un projet historique et, comme toujours, la souffrance des humbles, jamais pris en compte par les deux fr&#232;res, ivres de strat&#233;gies personnelles.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En bref, les d&#233;faites politiques conduisent &#224; des d&#233;faites &#233;lectorales.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose est de savoir comment des gouvernements progressistes et de gauche ont pu &#233;chouer &#233;conomiquement alors que, &#224; leurs d&#233;buts, ce fut la force de l&#233;gitimit&#233; qui leur a permis de remporter les &#233;lections &#224; maintes reprises. Dans le cas de la Bolivie, avec 55 %, 64 %, 61 % et 47 % des voix au premier tour. Le progressisme latinoam&#233;ricain du XXIe si&#232;cle est certainement n&#233; de l'&#233;chec des administrations n&#233;olib&#233;rales qui avaient pr&#233;valu depuis les ann&#233;es 1980. La majorit&#233; a mis en &#339;uvre des politiques de redistribution des richesses et &#233;tendu les droits. Les r&#233;sultats ont &#233;t&#233; imm&#233;diats. Plus de 70 millions de Latinoam&#233;ricains sont sortis de la pauvret&#233; en une d&#233;cennie, les institutions r&#233;serv&#233;es aux aristocraties obsol&#232;tes ont &#233;t&#233; d&#233;mocratis&#233;es et, dans le cas de la Bolivie, une recomposition des classes sociales au sein de l'&#201;tat a eu lieu, transformant les paysans autochtones en classes disposant directement du pouvoir d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que r&#233;sidaient la grande force et la l&#233;gitimit&#233; historique du progressisme. Mais ce fut aussi le d&#233;but de ses limites ; une fois ce travail initial de redistribution achev&#233;, il commen&#231;a &#224; se r&#233;v&#233;ler insuffisant pour garantir le maintien des droits acquis &#224; long terme. Cette limitation, due &#224; la r&#233;alisation d'objectifs, exigeait de comprendre que les pays avaient chang&#233; pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce au progressisme et qu'il &#233;tait donc n&#233;cessaire de proposer &#224; cette nouvelle soci&#233;t&#233; des r&#233;formes &#233;conomiques de deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration, capables de consolider les acquis et de r&#233;aliser de nouveaux progr&#232;s en mati&#232;re d'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le progressisme et la gauche sont condamn&#233;s &#224; progresser s'ils veulent survivre. L'immobilisme est synonyme d'&#233;chec. La nouvelle g&#233;n&#233;ration de r&#233;formes requiert n&#233;cessairement la construction d'une base productive &#233;tendue, &#224; petite, moyenne et grande &#233;chelle, dans l'industrie, l'agriculture et les services ; dans les secteurs priv&#233;, paysan, populaire et public ; pour le march&#233; int&#233;rieur et pour les exportations, garantissant un soutien large, industrieux et durable &#224; la redistribution des richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; ce jour, les progressistes au gouvernement, surtout ceux qui en sont d&#233;j&#224; &#224; leur deuxi&#232;me ou troisi&#232;me mandat, ou ceux qui cherchent &#224; gouverner &#224; nouveau, sont ancr&#233;s dans leurs acquis pass&#233;s, dans leur d&#233;fense m&#233;lancolique et, contrairement &#224; leur premier mandat, manquent pour l'instant d'une nouvelle proposition de transformation capable de raviver l'espoir collectif d'un monde &#224; conqu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la droite se soit appropri&#233; le paradigme de la volont&#233; de changement n'est pas une co&#239;ncidence. C'est le r&#233;sultat du conservatisme du progressisme actuel. Et aussi de ses d&#233;faites &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'esprit des temps historiques ne s'est pas encore install&#233;. Ni le continent ni le monde, qui oscille d'un obstacle &#224; l'autre entre n&#233;olib&#233;raux revigor&#233;s, protectionnismes souverainistes ou capitalismes d'&#201;tat productivistes, n'ont encore d&#233;fini la nouvelle longue phase d'accumulation &#233;conomique et de l&#233;gitimation politique. Nous restons encore un moment au seuil o&#249; d&#233;faites et victoires sont &#233;ph&#233;m&#232;res. Mais cela ne durera pas &#233;ternellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le progressisme veut rester protagoniste de cette querelle de destin, il doit se lancer dans un avenir audacieusement r&#233;invent&#233;, avec plus d'&#233;galit&#233; et de d&#233;mocratie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#193;lvaro Garc&#237;a Linera*&lt;/strong&gt; pour &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;P&#225;gina 12&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/850114-por-que-el-progresismo-y-la-izquierda-pierden-elecciones&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Buenos Aires, le 17 ao&#251;t 2025.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&#193;lvaro Garc&#237;a Linera&lt;/strong&gt;, n&#233; le 19 octobre 1962 &#224; Cochabamba, est un math&#233;maticien et sociologue bolivien. &#201;lu vice-pr&#233;sident de la R&#233;publique lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2005 en tant que colistier d'Evo Morales pour le parti Movimiento al Socialismo (Mouvement vers le socialisme), il est r&#233;&#233;lu en 2009 comme vice-pr&#233;sident de l'&#201;tat plurinational de Bolivie.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol depuis &lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Alvaro-Garcia-Linera-Por-que-el-progresismo-y-la-izquierda-pierden-elecciones&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la Di&#225;spora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Alvaro-Garcia-LineraPourquoi-le-progressisme-et-la-gauche-perdent-ils-les-elections&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 18 ao&#251;t 2025&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034;href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La racine de la cruaut&#233; </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/La-racine-de-la-cruaute</link>
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		<dc:creator>Alvaro Garc&#237;a Linera*</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#191;Qu&#233; ha llevado a que las abominaciones humanas tengan hoy carta de ciudadan&#237;a e incluso justificaci&#243;n moral entre las elites empresariales y segmentos de las clases medias de los pa&#237;ses del mundo ? (...)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#191;Qu&#233; ha llevado a que las abominaciones humanas tengan hoy carta de ciudadan&#237;a e incluso justificaci&#243;n moral entre las elites empresariales y segmentos de las clases medias de los pa&#237;ses del mundo ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce qui a conduit &#224; ce que ces abominations humaines aient d&#233;sormais un statut de citoyennet&#233; et m&#234;me de justification morale aupr&#232;s des &#233;lites &#233;conomiques et de segments des classes moyennes dans les pays du monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la cruaut&#233; r&#233;pressive exerc&#233;e &#224; l'encontre des retrait&#233;s r&#233;clamant leurs droits en Argentine est-elle non seulement tol&#233;r&#233;e mais aussi c&#233;l&#233;br&#233;e par une partie importante de la population ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le massacre des indig&#232;nes aymaras lors du coup d'&#201;tat de 2019 en Bolivie est-il oubli&#233; par les intellectuels criollos et, au contraire, l'accession violente au gouvernement est-elle rappel&#233;e comme un moment &#233;pique de la lutte contre la &#171; &lt;i&gt;tyrannie&lt;/i&gt; &#187; socialiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la d&#233;nonciation et la pers&#233;cution des migrants &#224; la peau brune sont-elles devenues un sport &#233;tasunien auquel croit la moiti&#233; de ses habitants, alors qu'en Europe, l'id&#233;e de &lt;i&gt;bunkeriser&lt;/i&gt; son territoire fait partie d'un nouveau sens commun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse selon laquelle il s'agit du r&#233;sultat d'algorithmes malveillants qui renforcent les &#233;motions de base des citoyens sans m&#233;fiance qui acc&#232;dent aux r&#233;seaux num&#233;riques ou, que les grandes plateformes technologiques ont fusionn&#233; leur id&#233;ologie avec celle des dirigeants fascistes, sont incompl&#232;tes car elles oublient que pour que ces microclimats &lt;strong&gt; &lt;i&gt;tiktokero&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; soient efficaces, il faut d'abord qu'il y ait une inclination &#224; la haine vengeresse de la part d'une population qui consomme b&#234;tement et docilement ce qu'elle voit sur l'&#233;cran et que, a toujours &#224; sa port&#233;e, l'exercice de sa libert&#233; &#233;lective de lever la t&#234;te au-dessus de son t&#233;l&#233;phone portable et de voir une r&#233;alit&#233; &#233;largie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/LES-GLOBALISTESUne-histoire-intellectuelle-du-neoliberalisme?lang=es&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'explication de Quinn Slobodian&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; sur la propension des &#233;lites n&#233;olib&#233;rales &#224; revenir sur les vieux &#171; &lt;i&gt;dangers&lt;/i&gt; &#187; &#233;galitaires qui menacent la coh&#233;sion sociale et qui n&#233;cessitent une action d&#233;cisive et brutale ne tient pas compte du fait que ce qui importe dans les inventions parano&#239;aques d'ennemis artificiels, c'est la connotation sociale qu'elles acqui&#232;rent, c'est-&#224;-dire l'adh&#233;sion fervente que de telles d&#233;clarations provoquent &#224; un moment historique pr&#233;cis et pas &#224; un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura toujours des c&#233;nacles marginaux capables de produire des r&#233;cits d'ordre, depuis les plus rationalistes et fond&#233;s aux plus absurdes et fallacieux. Et g&#233;n&#233;ralement, leur influence se limite &#224; des cercles discrets. Mais ce n'est que dans certaines circonstances que ces r&#233;cits deviennent socialement plausibles, donnant lieu &#224; des mouvements politiques expansifs. Aucun r&#233;cit n'a de force sociale par sa seule construction grammaticale. Sa force vient de sa capacit&#233; &#224; unifier des pulsions collectives qui n'existaient pas auparavant. La question est donc de savoir pourquoi les discours anti-&#233;galitaires, racistes, misogynes et autoritaires ont aujourd'hui autant d'adeptes dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En p&#233;riode de stabilit&#233; &#233;conomique et de croissance, il est clair que les discours &#171; &lt;i&gt;centristes&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire les discours qui &#233;vitent les ruptures ou les variations substantielles de l'ordre social, sont ceux qui ont le plus d'adeptes. Il n'y a pas d'incitation &#224; opter pour des propositions qui s'&#233;cartent de ce qui est d&#233;j&#224; &#233;tabli ou qui remettent en question l'horizon pr&#233;dictif imagin&#233; dominant des individus et des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque des perturbations surviennent dans l'ordre r&#233;gulier des revenus &#233;conomiques ou des hi&#233;rarchies sociales, le syst&#232;me politique et de croyance l&#233;gitime est d&#233;stabilis&#233;, laissant la place &#224; la mont&#233;e en puissance de ce qui &#233;tait autrefois les &#171; &lt;i&gt;extr&#234;mes&lt;/i&gt; &#187; marginaux. Ces crises, qui vieillissent rapidement la coh&#233;sion sociale et son consensus dominant, peuvent &#234;tre &#233;conomiques, avec la contraction des revenus de la majorit&#233; des habitants d'un pays, ou du statut et du pouvoir d'une partie de cette soci&#233;t&#233;, ou m&#234;me de la hi&#233;rarchie d'une soci&#233;t&#233; enti&#232;re vis-&#224;-vis des autres soci&#233;t&#233;s du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des &#201;tats-Unis est paradigmatique. Selon J. Francis, dans son &#233;tude &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://raw.githubusercontent.com/joefrancis505/White_Patriarchy/main/Francis_White_Patriarchy.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;The Autumn of the White Patriarch&lt;/strong&gt; : Identity and Inequality in American Capitalism&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, entre 1970 et 2021, les hommes blancs &#233;tasuniens ont vu leur part dans le revenu national passer de 70 % &#224; 41 %. Les femmes blanches et les &#171; &lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; &#187; hommes et femmes ont quant &#224; eux vu leur part passer de 30 % &#224; 59 %. La r&#233;mun&#233;ration hebdomadaire brute de la plupart des hommes blancs a peut-&#234;tre augment&#233;, voire stagn&#233;, mais par rapport aux femmes, aux Noirs et aux Latinos, elle a diminu&#233; de pr&#232;s de la moiti&#233;. Il y a clairement une plus grande &#233;galit&#233; dans la r&#233;partition ethnique et sexuelle des revenus, mais en m&#234;me temps une crise des anciennes hi&#233;rarchies &#233;conomiques selon le &#171; &lt;i&gt;genre&lt;/i&gt; &#187; et la &#171; &lt;i&gt;race&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela contribue &#224; cr&#233;er une crise du sentiment d'ordre dans la soci&#233;t&#233; &#233;tasunienne et, avec elle, une pr&#233;disposition &#224; renverser les croyances. Le fait que cette bataille pour &#233;tablir le nouveau r&#233;cit explicatif soit gagn&#233;e par ceux qui attribuent leur sort &#224; l'immigration latino ou &#224; l'&#233;mancipation des femmes, &#233;vin&#231;ant ceux qui revendiquent l'&#233;galit&#233; et la n&#233;cessit&#233; de faire progresser la fortune brute des oligarchies technologiques et financi&#232;res, n'est pas une fatalit&#233;. C'est une question de corr&#233;lation des forces politiques. Mais bien s&#251;r, si ce qui s'oppose au discours d'une &#171; &lt;i&gt;bataille finale&lt;/i&gt; &#187; de revanche r&#233;demptrice n'est que le maintien du vieil ordre mondialiste d&#233;cr&#233;pit et aust&#232;re, alors il n'est pas difficile de comprendre pourquoi Trump et ses semblables gagnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la Bolivie, l'ascension sociale des indig&#232;nes et le d&#233;mant&#232;lement des hi&#233;rarchies raciales dans l'acc&#232;s au pouvoir de l'&#201;tat ont &#233;t&#233; r&#233;agis par une vague anti-&#233;galitaire des anciennes classes moyennes. Entre 2006 et 2019, 30 % de la population, principalement indig&#232;ne, est sortie de la pauvret&#233; pour entrer dans la cat&#233;gorie des revenus moyens. Le salaire minimum, pour les travailleurs et le secteur informel, a augment&#233; de 400 %, tandis que les salaires des professions lib&#233;rales ont augment&#233; de 50 %. Dans le m&#234;me temps, les m&#233;canismes d'acc&#232;s &#224; la fonction publique et de reconnaissance officielle ont &#233;t&#233; r&#233;gul&#233;s par l'appartenance ou la proximit&#233; avec les identit&#233;s indig&#232;nes. Ce sont l&#224; des faits concrets de d&#233;mocratisation mat&#233;rielle. Mais l'effroi moral que cette &#233;galisation sociale d&#233;clenche dans les classes moyennes cr&#233;oles est d'une telle ampleur qu'elles n'h&#233;sitent pas &#224; embrasser les discours raciaux darwinistes, proclamant, sinon l'extermination purificatrice des barbares indig&#232;nes par des soldats &#171; &lt;i&gt;biens&#233;ants et catholiques&lt;/i&gt; &#187;, du moins leur animalisation et leur subordination prophylactique pour des raisons de salubrit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Marco Porto[?] l'a montr&#233; dans le cas du Br&#233;sil, des r&#233;actions similaires ont &#233;t&#233; observ&#233;es avec ce qu'il appelle &#171; &lt;i&gt;l'anxi&#233;t&#233; du statut&lt;/i&gt; &#187; des classes moyennes face &#224; l'ascension sociale, au cours de la p&#233;riode des deux gouvernements de Lula, des secteurs noirs et indig&#232;nes qui ont acc&#233;d&#233; aux universit&#233;s (plan de quotas raciaux) et des travailleurs domestiques, avec la l&#233;gislation de leurs droits du travail. Ainsi, les espaces de consommation auparavant r&#233;serv&#233;s aux secteurs moyens, qui validaient non seulement leur pouvoir d'achat mais surtout leur diff&#233;rence et leur hi&#233;rarchie par rapport aux classes pauvres, ont &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;envahis&lt;/i&gt; &#187; par une pl&#232;be crasseuse qui, effront&#233;ment, a aboli un prestige social exclusif consid&#233;r&#233; comme une partie &#171; sacr&#233;e &#187; de tout ordre civilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, en Argentine, quand on regarde le tableau r&#233;cemment publi&#233; par &lt;i&gt;Agendata&lt;/i&gt; sur la part des salari&#233;s dans le Produit Int&#233;rieur Brut (PIB), on comprend que les grandes vagues autoritaires de haine qui r&#233;tablissent les anciennes hi&#233;rarchies sociales et raciales, comme l'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pedro_Eugenio_Aramburu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;aramburato&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, sont pr&#233;c&#233;d&#233;es de grandes avanc&#233;es en mati&#232;re d'&#233;galit&#233; mat&#233;rielle. Dans le cas du &lt;i&gt;mileisme&lt;/i&gt;, aux ann&#233;es de d&#233;mocratisation &#233;conomique &lt;i&gt;kirchneriste&lt;/i&gt; s'ajoute la frustration redistributive, via l'inflation, du gouvernement progressiste qui a pr&#233;c&#233;d&#233; le triomphe de Javier Milei.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Europe, il n'est pas pertinent de regarder la d&#233;t&#233;rioration des conditions de vie de larges secteurs de la population. Selon &lt;a href=&#034;https://www.nature.com/articles/s41467-024-49687-y&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;HIckel-Lemus et Barbour&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, le transfert de valeur du Sud vers le Nord global (USA, Europe), via le commerce in&#233;gal, la dette publique et les cha&#238;nes de montage, a permis de pr&#233;lever l'&#233;quivalent de 16,9 trillions de dollars entre 1995-2021, assurant ainsi la stabilit&#233; du &#171; &lt;i&gt;mode de vie imp&#233;rial&lt;/i&gt; &#187; (Brand), et d'une partie de l'&#201;tat-providence dont leurs soci&#233;t&#233;s b&#233;n&#233;ficient encore. Cependant, les in&#233;galit&#233;s se sont accrues au cours de la m&#234;me p&#233;riode. Les 10 % de personnes les mieux r&#233;mun&#233;r&#233;es, qui repr&#233;sentaient 27 % du revenu national en 1980, en repr&#233;sentaient 36 % en 2019 (Piketty, 2019). Mais ce qui secoue la r&#233;gion aujourd'hui, c'est le d&#233;s&#233;quilibre des statuts sociaux internes et externes. Selon le rapport de la base de donn&#233;es &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://wid.world/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Wid World Inequality Database&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, alors que les secteurs &#224; haut revenu s'&#233;loignent des personnes &#224; revenu moyen, les personnes &#224; faible revenu se rapprochent des personnes &#224; revenu moyen, ce qui d&#233;valorise leur statut. Et le plus d&#233;vastateur est l'effondrement de la mani&#232;re s&#233;culaire de se situer dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le montre Milanovic (&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://jacobin.com/2025/03/what-comes-after-globalization&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;What comes after globalization ?&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;), les classes moyennes &#171; occidentales &#187; ont vu leur position dans la r&#233;partition mondiale des richesses se d&#233;grader. Alors que dans les ann&#233;es 1990, les classes moyennes et inf&#233;rieures europ&#233;ennes occupaient les 70 premiers d&#233;ciles, elles occupent aujourd'hui le 55e d&#233;cile. Elles occupent aujourd'hui le 55e d&#233;cile, d&#233;pass&#233;es par les classes moyennes et sup&#233;rieures asiatiques, qui progressent syst&#233;matiquement &#224; l'&#233;chelle mondiale. Et bien s&#251;r, apr&#232;s des si&#232;cles de supr&#233;matie europ&#233;enne, l'obligation de devoir d&#233;sormais converser d'&#233;gal &#224; &#233;gal avec des nations qui &#233;taient jusqu'&#224; r&#233;cemment des colonies est terrifiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, l'expansion sociale des id&#233;ologies n&#233;cessite un support mat&#233;riel qui leur donne du pouvoir. Les crises majeures d&#233;placent les anciens syst&#232;mes de l&#233;gitimation politique et cr&#233;ent les conditions de possibilit&#233; de nouvelles croyances de substitution. S'il s'agit de crises &#233;conomiques g&#233;n&#233;rales, elles tendent &#224; promouvoir des coalitions sociopolitiques &#233;galitaires dirig&#233;es par des gouvernements de gauche ou progressistes. Si la crise a &#233;t&#233; favoris&#233;e, ou n'a pas &#233;t&#233; r&#233;solue, par un gouvernement progressiste, une coalition d'extr&#234;me droite lui succ&#233;dera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises de statut, &#224; leur tour, tendent &#224; promouvoir des passions anti-&#233;galitaires qui donnent naissance &#224; des gouvernements ultra-r&#233;actionnaires et autoritaires, et &#224; des haines visc&#233;rales &#224; l'&#233;gard des gens du peuple. Dans tous les cas, ce sont des changements mat&#233;riels dans les conditions de vie &#233;conomiques, le pouvoir ou la reconnaissance qui d&#233;clenchent, dans de multiples directions politiques, des changements id&#233;ologiques et &#233;motionnels dans les soci&#233;t&#233;s. C'est la qualit&#233; du temps liminal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on de ces derni&#232;res ann&#233;es est que la mani&#232;re de faire face aux ressentiments anti-&#233;galitaires n'est pas de reculer ou de s'arr&#234;ter sur la politique de l'&#233;galit&#233; mat&#233;rielle. C'est la pire des choses, car cela ne favorise ni ceux d'en bas, qui se sentiront trahis, ni ceux d'en haut, qui ont toujours consid&#233;r&#233; les progressistes comme de d&#233;testables arrivistes temporaires &#224; un pouvoir politique qu'ils croient leur appartenir par h&#233;ritage familial. Et, pire que tout, la d&#233;ception de ceux qui sont au bas de l'&#233;chelle peut facilement les pousser &#224; &#233;prouver du ressentiment, non pas &#224; l'&#233;gard des puissants, mais &#224; l'&#233;gard des plus faibles des classes n&#233;cessiteuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En temps de crise, il n'y a pas de plus grand encouragement au conservatisme autoritaire qu'un gouvernement progressiste qui renonce &#224; l'audace du changement. La crise est, par excellence, le terrain privil&#233;gi&#233; de la contestation des espoirs collectifs, des horizons pr&#233;visionnels. Pas seulement des m&#233;moires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la seule option face aux d&#233;bordements anti-&#233;galitaires, c'est plus d'&#233;galit&#233;, de nouvelles attentes convaincantes de meilleures conditions de vie en commun, en radicalisant les politiques de r&#233;partition des richesses. Et cela, pour &#234;tre durable dans le temps, devra affecter les oligarchies renti&#232;res, en plus de l'expansion d'un nouveau type de productivisme durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#193;lvaro Garc&#237;a Linera*&lt;/strong&gt; para &lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/821331-la-raiz-de-la-crueldad&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 27 avril 2025.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;strong&gt;&#193;lvaro Garc&#237;a Linera&lt;/strong&gt;, n&#233; le 19 octobre 1962 &#224; Cochabamba, est un math&#233;maticien et sociologue bolivien. &#201;lu vice-pr&#233;sident de la R&#233;publique lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2005 en tant que colistier d'Evo Morales pour le parti Movimiento al Socialismo (Mouvement vers le socialisme), il est r&#233;&#233;lu en 2009 comme vice-pr&#233;sident de l'&#201;tat plurinational de Bolivie.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/La-raiz-de-la-crueldad&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la Di&#225;spora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/La-racine-de-la-cruaute&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Di&#224;spora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 1er mai 2025.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034;href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Nationalisme &#233;conomique &#187; Alvaro Garcia Linera</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Nationalisme-economique-Alvaro-Garcia-Linera</link>
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		<dc:date>2023-11-29T02:08:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alvaro Garc&#237;a Linera*</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; Nationalisme &#233;conomique &#187; Le &#171; nationalisme &#233;conomique &#187; est le titre d'un vaste dossier sp&#233;cial publi&#233; dans le magazine &lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt; en octobre 2023, qui fait r&#233;f&#233;rence &#224; la nouvelle tendance &#233;conomique qui supplante le libre &#233;change &#224; l'&#233;chelle mondiale (...) Alvaro Garcia Linera&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Neoliberalisme" rel="directory"&gt;Capitalisme s&#233;nile&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'un concept extrait des archives p&#233;rim&#233;es du populisme latino-am&#233;ricain du milieu du 20e si&#232;cle. &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.economist.com/leaders/2009/02/05/the-return-of-economic-nationalism&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;The return of economic nationalism&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187; est le titre d'un vaste dossier sp&#233;cial publi&#233; dans le magazine &lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt; en octobre 2023, qui fait r&#233;f&#233;rence &#224; la nouvelle tendance &#233;conomique qui supplante le libre &#233;change &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un an, cet hebdomadaire prestigieux et conservateur, qui sert de boussole &#224; tous les adeptes du lib&#233;ralisme &#233;conomique, avait d&#233;j&#224; mis en garde contre les risques de la &#171; fin de la mondialisation &#187; favoris&#233;e par la fragmentation g&#233;opolitique des march&#233;s. Aujourd'hui, davantage sur la d&#233;fensive, il d&#233;nonce la &#171; tendance alarmante &#187; de la croissance d'un ensemble de mesures adopt&#233;es par les gouvernements du monde ; d'un courant croissant d'opinion patronale et acad&#233;mique, en faveur du protectionnisme national des industries, de l'application de subventions &#224; l'activit&#233; &#233;conomique, de l'augmentation des d&#233;penses publiques et de la r&#233;gulation des march&#233;s. Tout cela est regroup&#233; sous le nom de &#171; nationalisme &#233;conomique &#187; ou &#171; &#233;conomie de la patrie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais The Economist n'est pas le seul &#224; d&#233;tecter ce changement d'&#233;poque. Au cours de l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e, l'influent journal am&#233;ricain The New York Times a publi&#233; de nombreuses &#233;tudes et opinions sur le retour des &#171; politiques industrielles &#187;, nom donn&#233; &#224; l'ensemble des interventions de l'&#201;tat visant &#224; soutenir l'activit&#233; manufacturi&#232;re, au moyen d'exon&#233;rations fiscales, de subventions, de pr&#234;ts &#224; taux r&#233;duit, de garanties publiques, de contrats d'&#201;tat et, le cas &#233;ch&#233;ant, de nationalisations.L'un des animateurs de ce d&#233;bat est l'&#233;conomiste &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Krugman&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Paul Krugman&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, laur&#233;at du prix Nobel, qui, dans des articles passionn&#233;s d&#233;fendant les politiques de subvention du pr&#233;sident Biden, d&#233;clare sans ambages que si cela conduit &#224; une prolif&#233;ration du nationalisme &#233;conomique &#224; travers le monde, alors le protectionnisme est le bienvenu. &lt;i&gt;Le Projet Sindicate&lt;/i&gt;, qui regroupe plus de 500 m&#233;dias &#224; travers le monde et dans lequel &#233;crivent des universitaires de renom issus des plus prestigieuses universit&#233;s, s'est fait l'&#233;cho ces derniers mois de l'intensit&#233; du d&#233;bat sur le sujet.La prestigieuse universit&#233; &lt;i&gt;Massachusetts Institute of Technology&lt;/i&gt; (MIT) vient de publier un livre sur l'histoire des &#171; politiques industrielles &#187;, tandis que le c&#233;l&#232;bre professeur de Harvard &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Dani_Rodrik&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dani Rodrik&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; recommande depuis des mois d'appliquer &#171; correctement &#187; ce nationalisme &#233;conomique.Au milieu de tout cela, ce n'est pas un hasard si l'on assiste &#224; un renouveau des d&#233;bats keyn&#233;siens et polanyiens [&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Polanyi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Karl Polony&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;], mais aussi &#224; la parution de nouvelles &#233;ditions de l'ouvrage classique sur le protectionnisme, celui de l'&#233;conomiste allemand &lt;strong&gt;Friedrich List&lt;/strong&gt; (Le syst&#232;me national de l'&#233;conomie politique, 1841), auquel Marx a consacr&#233; des dizaines de commentaires critiques dans ses cahiers de lecture de 1847.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce n&#233;o-protectionnisme industriel n'est pas seulement une nouvelle mode acad&#233;mique, mais une transformation tectonique des structures &#233;conomiques de l'ordre mondial qui est en cours sous nos pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons :&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Adieu aux march&#233;s &#171; libres &#187;&lt;/i&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un march&#233; mondial autor&#233;gul&#233; &#233;tait la grande utopie n&#233;olib&#233;rale des derni&#232;res d&#233;cennies. La fin de la guerre froide, l'adh&#233;sion de la Chine &#224; l'OMC et l'expansion des cha&#238;nes de valeur qui ont int&#233;gr&#233; le monde entier en termes d'efficacit&#233; et d'opportunit&#233;s ont encourag&#233; ce grand r&#234;ve. Dans la tension originelle entre territorialit&#233; mondiale / territorialit&#233; locale-nationale de la marchandise (valeur d'&#233;change / valeur d'usage), l'histoire semblait pencher en faveur de la premi&#232;re. Mais ce n'&#233;tait qu'une illusion. Les march&#233;s sont incapables d'unir les soci&#233;t&#233;s, ce qui conduit finalement &#224; la polarisation politique. Les march&#233;s sont incapables d'&#233;quilibrer la production et la finance, ce qui conduit finalement &#224; la d&#233;sindustrialisation des riches et &#224; la perte de leur &lt;i&gt;leadership&lt;/i&gt; mondial. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui se passe actuellement dans ce qu'il est convenu d'appeler l'Occident, et en particulier aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait donc pr&#233;visible que les &#201;tats-Unis et l'Europe chercheraient d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; stopper leur d&#233;clin imp&#233;rial face &#224; la mont&#233;e de &#171; l'asiatisme &#187; industriel. Ce moment est arriv&#233;. Le premier tournant historique a &#233;t&#233; amorc&#233; par les &#201;tats-Unis en 2018, lorsqu'ils se sont lanc&#233;s dans une guerre tarifaire contre les importations chinoises, imposant des droits de douane allant jusqu'&#224; 25 % de leur valeur totale. En retour, la Chine a fait de m&#234;me pour les importations &#233;tasuniennes.Ce faisant, les deux plus importantes puissances &#233;conomiques du monde ont enterr&#233; le libre-&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union europ&#233;enne n'est pas en reste. Depuis janvier 2022, elle a r&#233;duit ses achats de gaz &#224; la Russie de 45 % &#224; 13 % de sa consommation totale (Commission europ&#233;enne, 2023), notamment en faisant sauter le gazoduc Nord Stream 2. Le gaz russe, qui a fourni pendant des d&#233;cennies une &#233;nergie bon march&#233; aux Europ&#233;ens et &#224; l'industrie allemande en plein essor, co&#251;tait environ 6 dollars par MBTU. En 2022, ils devront payer 45 dollars par MBTU &#224; d'autres fournisseurs amis, y compris les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, en mars 2023, l'UE a adopt&#233; une loi sur la &#171; d&#233;fense commerciale contre la coercition &#233;conomique &#187;, qui permet d'augmenter les droits de douane et de restreindre la participation aux appels d'offres aux pays qui exercent une &#171; pression &#233;conomique indue &#187;, c'est-&#224;-dire la Chine. La symphonie du XXI&#232;me si&#232;cle n'accompagne plus les odes au libre-&#233;change mais &#224; la &lt;i&gt;s&#233;curit&#233; nationale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'entr&#233;e de Huawei sur le march&#233; europ&#233;en soit ensuite restreinte, que la vente de terres agricoles aux Chinois soit interdite ou que, en ao&#251;t, M. Biden ait pris des d&#233;crets pour interdire les exportations et les investissements US en Chine dans le domaine des semi-conducteurs, de l'intelligence artificielle, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouvel &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ethos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; mondial est parfaitement cartographi&#233; par le FMI lorsqu'il d&#233;plore l'augmentation g&#233;om&#233;trique des restrictions au libre-&#233;change mondial, passant de 250 mesures marginales et dans des pays marginaux en 2005 &#224; 2 500 en 2022, principalement dans les pays les plus avanc&#233;s &#233;conomiquement (&lt;i&gt;Globalisation at itspeak&lt;/i&gt;, June, 2023). Les litiges contre les barri&#232;res commerciales pour des questions de s&#233;curit&#233; nationale sont pass&#233;s de 0 en 2005 &#224; 11 en 2022 (OMC, L'impact de la s&#233;curit&#233;..., 2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela conduit &#224; une r&#233;organisation g&#233;ographique de la division du travail ou, comme on l'appelle souvent aujourd'hui, des &#171; cha&#238;nes de valeur &#187;. L'Organisation mondiale du commerce (OMC) signale que depuis 2009, cette articulation mondiale des processus de production n'a plus continu&#233; &#224; s'&#233;tendre et a commenc&#233; &#224; se r&#233;tracter progressivement (OMC, Cha&#238;ne de valeur mondiale..., 2022). Les mots &#224; la mode parmi les PDG du monde entier sont d&#233;sormais &#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Nearshoring&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;nearshoring&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &#171; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Friendshoring&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;friendshoring&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187; ou, selon l'euph&#233;misme classique de la pr&#233;sidente de l'UE, Mme Von der Leyen, &#171; r&#233;duction des risques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Guerre des subventions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, l'&#233;tag&#232;re mondialiste, d&#233;j&#224; fissur&#233;e par le progressisme latino-am&#233;ricain, a commenc&#233; &#224; s'effriter. Le commandement sacr&#233; selon lequel les &#201;tats doivent faire preuve d'aust&#233;rit&#233; et minimiser leurs d&#233;penses est d&#233;sormais une folie contrefactuelle.En 2008, dans le sillage de la crise des &lt;i&gt;subprimes&lt;/i&gt; qui a entra&#238;n&#233; le monde dans une crise financi&#232;re, les &#233;conomies avanc&#233;es ont d&#251; mobiliser l'&#233;quivalent de 1,5 % de leur PIB pour contenir la chute des valeurs bancaires et des march&#233;s boursiers.En 2020, face &#224; la &#171; grande pouss&#233;e &#187; du covid-19, l'effort budg&#233;taire exceptionnel a atteint 18 % du PIB, inondant la soci&#233;t&#233; d'&#233;missions mon&#233;taires pour payer les salaires, rembourser les dettes des entreprises, soutenir les actions des entreprises et mettre en &#339;uvre les paiements sociaux (FMI, Fiscal Monitor, 2021). L'endettement public mondial, qui pendant les ann&#233;es &#171; dor&#233;es &#187; du n&#233;olib&#233;ralisme adh&#233;rait &#224; une discipline budg&#233;taire stricte avec une dette publique faible d'environ 50 % du PIB, a grimp&#233; &#224; 80 % au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, et &#224; 110 % aux &#201;tats-Unis (Kansascity FED, 2023). Les d&#233;penses publiques, qui ont repr&#233;sent&#233; pendant 30 ans environ 24 % du PIB, ont grimp&#233; &#224; 34 % ces derni&#232;res ann&#233;es (Banque mondiale, 2023). L'endettement public &#233;lev&#233; n'est ni une maladie &#233;conomique passag&#232;re, ni un h&#233;ritage latinoam&#233;ricain. C'est la nouvelle normalit&#233; mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans le cauchemar des lib&#233;raux, il y a non seulement un nouvel &#201;tat d&#233;pensier, mais d&#233;sormais un &#201;tat industriel et g&#233;n&#233;rateur de march&#233;s. Le pr&#233;sident Biden a mobilis&#233; pr&#232;s de 400 milliards de dollars depuis 2022 pour subventionner la fabrication de voitures &#233;lectriques, de technologies &lt;i&gt;vertes&lt;/i&gt; et de puces &#233;lectroniques aux Etats-Unis, avec des technologies et des travailleurs US (&lt;i&gt;IRA Act, Chips Act&lt;/i&gt;). &#171; Consommez [US]am&#233;ricain &#187; est le nouveau slogan protectionniste.L'Europe n'est pas en reste. Selon &lt;i&gt;l'Observatoire &#233;conomique Brugel,&lt;/i&gt; entre 2022 et juillet 2023, les gouvernements ont d&#251; subventionner le prix final de l'&#233;lectricit&#233; pour leurs citoyens &#224; hauteur de 651 milliards d'euros.Pour l'Allemagne, cela repr&#233;sente 5 % de son PIB annuel. Dans l'ancien langage lib&#233;ral, il s'agit d'une inefficacit&#233; stup&#233;fiante.Mais aujourd'hui, les int&#233;r&#234;ts de la guerre contre la Russie l'emportent sur les &lt;i&gt;d&#233;lices&lt;/i&gt; du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour couronner le tout, depuis 2019, les subventions publiques &#224; l'industrie de l'UE, directement par le biais de transferts et de r&#233;ductions d'imp&#244;ts, et indirectement par le biais de pr&#234;ts et de garanties, s'&#233;l&#232;vent &#224; 3,2 % du PIB par an (OCDE, juin 2023).Dans les cas les plus audacieux, les &#201;tats ont nationalis&#233; la production d'&#233;lectricit&#233; (France), ou la distribution de gaz (Allemagne).De leur c&#244;t&#233;, l'Inde et la Cor&#233;e du Sud viennent d'approuver de g&#233;n&#233;reuses incitations publiques pour la production de certains produits.Et le plan de la Chine est en cours pour s'approvisionner en mati&#232;res premi&#232;res de base pour la fabrication &#224; 70 % sur le territoire national d'ici 2025 (Harvard Review, automne 2018).De moins de 34 interventions de &#171; politique industrielle &#187; dans le monde en 2010, on est pass&#233; &#224; 1568 d'ici 2022 (Juhasz, Rodrik, ao&#251;t 2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre mondial change rapidement, tout comme les id&#233;ologies dominantes .De l'ancienne gouvernementalit&#233; soutenue par le libre &#233;change, le globalisme, l'&#201;tat minimal et l'entrepreneuriat solitaire, on passe &#224; une l&#233;gitimit&#233; politique encore diffuse, mais dans laquelle d'autres ancrages comme l'industrialisme local, l'autonomie technologique et la comp&#233;titivit&#233; sur des march&#233;s segment&#233;s semblent commencer &#224; s'imposer (Thurbon, 2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, tout cela n'emp&#234;che pas le r&#233;veil violent, ici ou l&#224;, d'un attachement m&#233;lancolique aux ann&#233;es glorieuses imagin&#233;es du libre-&#233;change.Ce sont des fossiles politiques qui ne sont pas inoffensifs et simplement carnavalesques.Ces partisans du libre-&#233;change qui, comme le d&#233;plore &lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt;, sont d&#233;sormais trait&#233;s comme &#171; &lt;i&gt;une relique coloniale mourante&lt;/i&gt; &#187;, ont caus&#233; beaucoup de douleur sociale dans leur aventure, comme au Br&#233;sil, et continueront &#224; le faire, comme en Argentine. Curieusement, c'est en Am&#233;rique Latine, pionni&#232;re de ce retour aux politiques protectionnistes, que naissent les versions les plus perverses et les plus cruelles de cet anachronisme lib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas que le nationalisme &#233;conomique l'emportera bient&#244;t.La p&#233;riode d'incertitude mondiale se poursuivra pendant une d&#233;cennie ou plus. Mais le protectionnisme qui commence &#224; se d&#233;velopper est diff&#233;rent de celui qui existait dans les ann&#233;es 1940.Les subventions publiques ne soutiennent plus tant un &#201;tat producteur qu'un secteur priv&#233; qui a besoin de la protection et des conseils de l'&#201;tat pour prosp&#233;rer.De m&#234;me, la nouvelle &#171; substitution des importations &#187;, qui rappelle l'ancien slogan de la CEPALC, est d&#233;sormais s&#233;lective, dans des domaines strat&#233;giques ordonn&#233;s par des crit&#232;res politico-militaires, tandis que le reste des importations qui subsisteront chercheront &#224; &#234;tre d&#233;localis&#233;es vers d'autres march&#233;s plus proches ou alli&#233;s sur le plan politique.Il semblerait que nous assistions &#224; la naissance d'un nouveau mod&#232;le hybride, amphibie, qui combine protectionnisme et libre-&#233;change, en fonction des besoins nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alvaro Garcia Linera*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/689735-nacionalismo-economico&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, 28 de noviembre de 2023&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;strong&gt;&#193;lvaro Garc&#237;a Linera&lt;/strong&gt;, n&#233; le 19 octobre 1962 &#224; Cochabamba, est un math&#233;maticien et sociologue bolivien. &#201;lu vice-pr&#233;sident de la R&#233;publique lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2005 en tant que colistier d'Evo Morales pour le parti Movimiento al Socialismo (Mouvement vers le socialisme), il est r&#233;&#233;lu en 2009 comme vice-pr&#233;sident de l'&#201;tat plurinational de Bolivie.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'anglais pour &lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Nacionalismo-economico-por-Alvaro-Garcia-Linera&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Nationalisme-economique-Alvaro-Garcia-Linera&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 29 novembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034;href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bolivie : La haine de l'indien </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/La-haine-de-l-indien</link>
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		<dc:date>2019-11-18T18:31:37Z</dc:date>
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		<dc:creator>Alvaro Garc&#237;a Linera*</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La haine de l'indien. Le fascisme, la haine raciale, n'est pas seulement l'expression d'une r&#233;volution qui a &#233;chou&#233;, mais, paradoxalement aussi, dans les soci&#233;t&#233;s postcoloniales, le succ&#232;s d'une d&#233;mocratisation mat&#233;rielle obtenue. ...Alvaro Garc&#237;a Linera&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Frere-Indigene" rel="directory"&gt;Fr&#232;re Indig&#232;ne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le fascisme, la haine raciale, n'est pas seulement l'expression d'une r&#233;volution qui a &#233;chou&#233;, mais, paradoxalement aussi, dans les soci&#233;t&#233;s postcoloniales, le succ&#232;s d'une d&#233;mocratisation mat&#233;rielle obtenue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme un &#233;pais brouillard nocturne, la haine s&#233;vit dans les quartiers des classes moyennes urbaines traditionnelles en Bolivie. Leurs yeux d&#233;bordent de col&#232;re. Ils ne crient pas, ils crachent ; Ils ne demandent pas, ils imposent. Leurs chansons ne sont ni d'espoir ni de fraternit&#233;, mais de m&#233;pris et de discrimination &#224; l'&#233;gard des Indiens. Ils conduisent leurs motos, montent dans leurs camions, se rassemblent dans leurs fraternit&#233;s de carnaval et leurs universit&#233;s priv&#233;es et partent &#224; la chasse des Indiens mutin&#233;s qui ont os&#233; prendre le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de Santa Cruz, ils organisent des hordes motoris&#233;es en 4x4 avec des b&#226;tons dans la main pour effrayer les Indiens, qu'ils appellent &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Kolla&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;collas&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, qui vivent dans des bidonvilles et dans les march&#233;s. Ils chantent des slogans : &#171; Il faut tuer des collas &#187; et si une femme en &lt;i&gt;Pollera&lt;/i&gt; [jupe longue traditionnelle] les croise sur la route, ils la battent, la menacent et lui ordonnent de quitter &#171; leur &#187; territoire. &#192; Cochabamba, ils organisent des convois pour imposer leur supr&#233;matie raciale dans la zone sud, o&#249; vivent les classes n&#233;cessiteuses et chargent - comme s'il s'agissait d'un d&#233;tachement de cavalerie - des milliers de paysannes sans d&#233;fense qui d&#233;filent pour la paix. Ils portent des battes de baseball, des cha&#238;nes, des grenades &#224; gaz et certaines poss&#232;dent des armes &#224; feu. Les femmes sont leurs victimes pr&#233;f&#233;r&#233;es : ils s'emparent d'une Maire d'une population rurale, l'humilient, la tra&#238;nent dans la rue, la frappent, urinent sur elle quand elle tombe par terre, lui coupent ses cheveux, la menacent de la lyncher, et quand ils se rendent compte qu'ils sont film&#233;s d&#233;cident de jeter de la peinture rouge symbolisant ce qu'ils vont faire avec son sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; La Paz, ils soup&#231;onnent leurs employ&#233;es de maison et ne parlent pas quand elles apportent &#224; manger &#224; table. Au fond, ils les craignent, mais ils les m&#233;prisent &#233;galement. Apr&#232;s , ils sortent dans la rue pour crier, ils insultent Evo et, avec lui, tous ces Indiens qui ont os&#233; construire une d&#233;mocratie interculturelle dans des conditions d'&#233;galit&#233;. Quand ils sont nombreux, ils tra&#238;nent la Wiphala, le drapeau indig&#232;ne, crachent dessus, le pi&#233;tinent, le coupent, le br&#251;lent. C'est une rage visc&#233;rale qui se d&#233;verse sur ce symbole des Indiens qu'ils voudraient faire disparaitre de la terre avec tous ceux qui s'y reconnaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haine raciale est le langage politique de cette classe moyenne traditionnelle. Vos dipl&#244;mes universitaires, vos voyages et votre foi sont inutiles car, &#224; la fin, tout est dilu&#233; face &#224; l'ascendance. Au fond, la lign&#233;e imagin&#233;e est plus forte et semble adh&#233;rer au langage spontan&#233; de la peau qu'elle d&#233;teste, aux gestes visc&#233;raux et &#224; sa morale corrompue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout a explos&#233; dimanche 20, quand Evo Morales a remport&#233; les &#233;lections avec plus de 10 points d'avance sur le deuxi&#232;me, mais pas avec l'immense avantage d'avant ou des 51% des voix. C'&#233;tait le signal que les forces r&#233;gressives accroupies attendaient : du candidat timor&#233; de l'opposition lib&#233;rale, des forces politiques ultraconservatrices, de l'OEA et de l'ineffable classe moyenne traditionnelle. Evo avait encore gagn&#233; mais n'avait plus 60% de l'&#233;lectorat ; Il &#233;tait plus faible et il fallait le d&#233;passer. Le perdant n'a pas reconnu sa d&#233;faite. L'OEA a parl&#233; &#171; d'&#233;lections propres &#187; mais d'une victoire r&#233;duite et a demand&#233; un second tour, conseillant d'aller &#224; l'oppos&#233; de la Constitution, qui stipule que si un candidat dispose de plus de 40% des suffrages et de plus de 10% d'&#233;cart sur le deuxi&#232;me candidat, il est &#233;lu. Et la classe moyenne a lanc&#233; la chasse aux Indiens. Dans la nuit du lundi 21 , 5 des 9 bureaux &#233;lectoraux ont &#233;t&#233; incendi&#233;s, y compris des bulletins de vote. La ville de Santa Cruz a d&#233;cr&#233;t&#233; une gr&#232;ve civique qui a touchait les habitants des zones centrales de la ville, avec des ramifications jusqu' aux zones r&#233;sidentielles de La Paz et Cochabamba. Et puis la terreur a &#233;clat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des bandes paramilitaires ont commenc&#233; &#224; assi&#233;ger des institutions, &#224; incendier les si&#232;ges des syndicats, &#224; incendier les maisons des candidats et des dirigeants politiques du parti au pouvoir. M&#234;me la r&#233;sidence priv&#233;e du pr&#233;sident a &#233;t&#233; saccag&#233;e ; &#192; d'autres endroits, des familles, y compris des enfants, ont &#233;t&#233; kidnapp&#233;s et menac&#233;s d'&#234;tre fouett&#233;s ou brul&#233;s si leur p&#232;re ministre ou dirigeant syndical ne d&#233;missionnait pas de ses fonctions. Une longue nuit de longs couteaux s'&#233;tait d&#233;cha&#238;n&#233;e et le fascisme s'est montr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les forces populaires mobilis&#233;es pour r&#233;sister &#224; ce coup d'&#201;tat ont commenc&#233; &#224; reprendre le contr&#244;le territorial des villes avec la pr&#233;sence d'ouvriers, de travailleurs des mines, de paysans, indig&#232;nes et habitants urbains -et le solde de la corr&#233;lation des forces &#233;tait plut&#244;t du c&#244;t&#233; des forces arm&#233;es les forces populaires - la mutinerie de la police est survenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des semaines, les policiers avaient montr&#233; une grande indolence et une incapacit&#233; &#224; prot&#233;ger les pauvres lorsqu'ils &#233;taient battus et pers&#233;cut&#233;s par des gangs fascisants. Mais &#224; partir de vendredi, avec la non reconnaissance de la mandature civile, nombre d'entre eux ont d&#233;montr&#233; une capacit&#233; extraordinaire &#224; attaquer, &#224; arr&#234;ter, torturer et tuer des manifestants du peuple. Bien s&#251;r, il aurait fallu auparavant contenir les enfants de la classe moyenne et, suppos&#233;ment, ils n' en avaient pas la capacit&#233; ; Cependant, quand il s'est agit de r&#233;primer des Indiens r&#233;volt&#233;s, le d&#233;ploiement, l'arrogance et la fureur r&#233;pressive ont &#233;t&#233; monumentaux. La m&#234;me chose s'est produite avec les forces arm&#233;es. Tout au long de l'administration de notre gouvernement, nous n'avons jamais permis que les manifestations civiles soient r&#233;prim&#233;es, m&#234;me lors du premier coup d'&#201;tat civil de 2008. Et maintenant, en pleine convulsion et sans que nous leur ayons rien demand&#233;, ils ont d&#233;clar&#233; qu'ils n'avaient aucun &#233;l&#233;ment anti-&#233;meute, ils avaient &#224; peine 8 balles par membre et qu'un d&#233;cret pr&#233;sidentiel &#233;tait requis pour &#234;tre pr&#233;sent dans la rue de mani&#232;re dissuasive. Cependant, ils n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; imposer au pr&#233;sident Evo sa d&#233;mission brisant l'ordre constitutionnel. Ils se sont mis en quatre pour essayer de le kidnapper quand il est all&#233; au Chapare ; et quand le coup fut consomm&#233;, ils descendirent dans les rues pour tirer des milliers de balles, militariser les villes, tuer des paysans. Et tout cela sans aucun d&#233;cret pr&#233;sidentiel. Pour prot&#233;ger les Indiens, un d&#233;cret &#233;tait n&#233;cessaire. Pour r&#233;primer et tuer des Indiens, il suffisait d'ob&#233;ir &#224; ce que la haine raciale et de classe ordonnait. Et en seulement 5 jours, il y a d&#233;j&#224; eu plus de 18 morts, 120 bless&#233;s par balle. Bien s&#251;r, tous indig&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question &#224; laquelle nous devons tous r&#233;pondre est de savoir comment cette classe moyenne traditionnelle a &#233;t&#233; en mesure d'incuber tant de haine et de ressentiment envers le peuple, l'amenant &#224; adopter un fascisme racial centr&#233; sur l'Indien en tant qu'ennemi ? Comment a-t-elle fait pour irradier ses frustrations de classe jusqu' &#224; la police et aux Forces Arm&#233;es et &#234;tre la base sociale de cette fascisation, de cette r&#233;gression d'&#233;tat et de cette d&#233;g&#233;n&#233;rescence morale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le rejet de l'&#233;galit&#233;, c'est-&#224;-dire le rejet des fondements m&#234;mes d'une d&#233;mocratie substantielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 14 derni&#232;res ann&#233;es de gouvernement des mouvements sociaux ont eu pour caract&#233;ristique principale le processus de p&#233;r&#233;quation sociale, la r&#233;duction abrupte de l'extr&#234;me pauvret&#233; (de 38 &#224; 15%), l'extension des droits de tous (acc&#232;s universel &#224; la sant&#233;, &#233;ducation et protection sociale), l'indianisation de l'Etat (plus de 50% des fonctionnaires de l'administration publique ont une identit&#233; autochtone, un nouveau r&#233;cit national autour du tronc autochtone), la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques (baisse de 130 &#224; 45 la diff&#233;rence de revenus entre les plus riches et les plus pauvres) ; c'est-&#224;-dire la d&#233;mocratisation syst&#233;matique de la richesse, l'acc&#232;s aux biens publics, aux opportunit&#233;s et au pouvoir de l'&#201;tat. L'&#233;conomie est pass&#233;e de 9 000 millions de dollars &#224; 42 000, ce qui a permis d'&#233;largir le march&#233; et de et l'&#233;pargne interne, ce qui a permis &#224; de nombreuses personnes d'avoir leur propre maison et d'am&#233;liorer situation professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela a conduit au fait qu'en une d&#233;cennie, le pourcentage de personnes dans la &#171; classe moyenne &#187;, mesur&#233; en revenus, est pass&#233; de 35% &#224; 60%, principalement dans les secteurs populaires indig&#232;nes. Il s'agit d'un processus de d&#233;mocratisation des biens sociaux par la construction de l'&#233;galit&#233; mat&#233;rielle mais qui a, in&#233;vitablement, entra&#238;n&#233; une d&#233;valuation rapide des &#171; capitaux &#187; &#233;conomiques, &#233;ducatifs et politiques d&#233;tenus par les classes moyennes traditionnelles. Si auparavant un nom de famille notable ou le monopole de la connaissance l&#233;gitime ou l'ensemble des liens parentaux typiques des classes moyennes traditionnelles leur permettait d'acc&#233;der &#224; des postes dans l'administration publique, d'obtenir des cr&#233;dits, de participer &#224; des appel d'offres pour des travaux ou des bourses d'&#233;tudes, aujourd'hui le nombre de personnes qui se battent pour le m&#234;me poste ou pour la m&#234;me opportunit&#233; n'a pas seulement doubl&#233; &#8211; r&#233;duisant &#224; la moiti&#233; des possibilit&#233;s d'acc&#233;der &#224; ces biens- mais aussi les &#171; arrivistes &#187;, la nouvelle classe moyenne d'origine populaire indig&#232;ne disposent d'un ensemble de nouveaux &#171; capitaux &#187; (langue autochtone, relations syndicales) d'une valeur accrue et reconnu par l'&#201;tat pour lutter pour les biens publics disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc un effondrement de ce qui &#233;tait une caract&#233;ristique de la soci&#233;t&#233; coloniale : l'ethnicit&#233; en tant que capital, c'est-&#224;-dire le fondement imaginaire de la sup&#233;riorit&#233; historique de la classe moyenne sur les classes subalternes, car ici, en Bolivie, la classe sociale est seulement compr&#233;hensible et est visible sous la forme de hi&#233;rarchies raciales. Le fait que les enfants de cette classe moyenne aient &#233;t&#233; la force de choc de l'insurrection r&#233;actionnaire est le cri violent d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration qui voit comme l'h&#233;ritage du nom de famille, et la peau s'efface devant la force de la d&#233;mocratisation des biens. Ainsi, bien qu'ils arborent des drapeaux de la d&#233;mocratie comprise comme un vote, ils se sont en r&#233;alit&#233; rebell&#233;s contre la d&#233;mocratie comprise comme l'&#233;galisation et la distribution de la richesse. D'o&#249; le d&#233;bordement de la haine, l'explosion de la violence ; Parce que la supr&#233;matie raciale ne se rationalise pas, elle est v&#233;cue comme l'impulsion premi&#232;re du corps, comme un tatouage de l'histoire coloniale sur la peau. Ainsi, le fascisme n'est pas seulement l'expression d'une r&#233;volution qui a &#233;chou&#233;, mais aussi, paradoxalement, dans les soci&#233;t&#233;s postcoloniales, le succ&#232;s d'une d&#233;mocratisation mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, il n'est pas surprenant que, tandis que les Indiens rassemblent les corps d'une vingtaine de personnes assassin&#233;es tu&#233;es par balles, les auteurs mat&#233;riels et moraux de ces faits racontent qu'ils l'ont fait cela pour pr&#233;server la d&#233;mocratie. Mais en r&#233;alit&#233;, ils savent que ce qu'ils ont fait, c' est de prot&#233;ger le privil&#232;ge de la caste et du nom de famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haine raciale ne peut que d&#233;truire ; ce n'est pas un horizon, ce n'est rien d'autre qu'une revanche primitive d'une classe historiquement et moralement d&#233;cadente qui d&#233;montre que, derri&#232;re chaque lib&#233;ral m&#233;diocre, s'accroupit un putschiste accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alvaro Garc&#237;a Linera *&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;https://www.celag.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Celag&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.celag.org/el-odio-al-indio/?utm_source=website&amp;utm_medium=home&amp;utm_campaign=articulos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Celag&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 16 novembre 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/El-odio-al-indio&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;par :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;. Paris, le 18 novembre 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Am&#233;rique Latine et Europe dans un miroir &#187; Alvaro Garc&#237;a Linera, Vice-Pr&#233;sident de la Bolivie </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alvaro Garc&#237;a Linera*</dc:creator>



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&lt;p&gt;Que se passe t-il en Am&#233;rique Latine dont nous, de mani&#232;re sinc&#232;re, pourrions parler, communiquer, informer l'Europe ? Et que se passe t-il en Europe que nous pourrionsrecueillir en Am&#233;rique Latine ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Alvaro Garc&#237;a Linera Vid&#233;o en esp et transcription en fr &lt;br class='autobr' /&gt;
&#193;lvaro Garc&#237;a Linera dans le Forum International l'&#201;mancipation et l'&#201;galit&#233;(Vid&#233;o en espagnol) &lt;br class='autobr' /&gt;
Tr&#232;s bonne soir&#233;e &#224; tous. Un salut affectueux, respectueux, &#224; toutes les personnes qui sont pr&#233;sentes dans ce beau th&#233;&#226;tre d'un, deux, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Que se passe t-il en Am&#233;rique Latine dont nous, de mani&#232;re sinc&#232;re,&lt;br/&gt; pourrions parler, communiquer, informer l'Europe ?&lt;br/&gt;
Et que se passe t-il en Europe que nous pourrions&lt;br/&gt;recueillir en Am&#233;rique Latine ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Alvaro Garc&#237;a Linera&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;&lt;sc&gt;Vid&#233;o en esp et transcription en fr&lt;/sc&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=kDrZc_bSJ_o&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;sc&gt;&#193;lvaro Garc&#237;a Linera dans le Forum International l'&#201;mancipation et l'&#201;galit&#233;&lt;/sc&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;(Vid&#233;o en espagnol)&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s bonne soir&#233;e &#224; tous. Un salut affectueux, respectueux, &#224; toutes les personnes qui sont pr&#233;sentes dans ce beau th&#233;&#226;tre d'un, deux, trois, quatre, cinq &#233;tages. Aux compagnons qui sont l&#224;-haut, un grand salut. Je veux saluer les compagnons qui sont aussi dehors : on me dit que dehors, il y a plusieurs milliers de personnes devant l'&#233;cran. Je veux saluer Diego (Tati&#225;n), Ignacio (Ramonet), I&#241;igo (Errej&#243;n), Ricardo (Forster), qui nous accompagnent autour de cette table. Et avant tout, partager l'&#233;motion de cette rencontre avec des personnes telles que les M&#232;res de la Place de Mai, qui repr&#233;sentent la m&#233;moire et la dignit&#233; des ann&#233;es 70 et des ann&#233;es 80. Et avec cette jeunesse pleine de ferveur, que nous avons vue d&#233;filer en Bolivie le 22 janvier quand le pr&#233;sident Evo a de nouveau acc&#233;d&#233; &#224; la Pr&#233;sidence. A cette occasion, nous avons vu beaucoup de jeunes argentins avec des drapeaux qui venaient nous rendre visite. Nous nous sommes alors sentis en Argentine. Et ici je me sens en Bolivie. Merci beaucoup pour votre affection, merci beaucoup pour votre accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos du dialogue Europe-Am&#233;rique Latine. Que se passe t-il en Am&#233;rique Latine dont, d'une mani&#232;re sinc&#232;re, nous pouvons parler, communiquer, informer l'Europe ? Et que se passe t-il en Europe que nous pouvons recueillir en Am&#233;rique Latine ? Il ne s'agit pas de copier des recettes, aucun peuple n'est semblable &#224; un autre, aucune exp&#233;rience historique n'est semblable &#224; une autre, il n'y a pas une seule route, il n'y a pas une formule que nous devons tous imiter. Ce qui existe ce sont des exp&#233;riences partag&#233;es. Des situations qui enrichissent l'exp&#233;rience de l'autre. Des exp&#233;riences de l'autre qui am&#233;liorent la compr&#233;hension de notre propre exp&#233;rience. Et je souhaite dialoguer avec l'Europe &#224; partir de l'exp&#233;rience latinoam&#233;ricaine, avec I&#241;igo (Errej&#243;n), avec Podemos, avec Syryza, d'un ensemble de sujets que nous avons travers&#233;s, et qui devraient &#234;tre pris, de quelque fa&#231;on, en consid&#233;ration par nos coll&#232;gues. Peut-&#234;tre ne les traverseront ils pas, et s'ils sont appel&#233;s &#224; les traverser qu'ils prennent en consid&#233;ration ce qui ici a &#233;t&#233; bien fait, ou ce qui ici a &#233;t&#233; mal fait, afin que l&#224; bas ils puissent faire mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier sujet que Diego (Tati&#225;n) a soulev&#233; quand il a inaugur&#233; ce Forum : le th&#232;me de la place. L'importance de la place. Et il mentionnait la Place Murillo [La Paz, Bolivie], la Place de Mai, ici &#224; Buenos Aires, la place &#224; Madrid, la place &#224; Caracas. Les places. Les places comme sc&#232;nes d'invention d'un nouvel ordre, d'espoir, d'id&#233;es. De nouveaux types d'organisation. C'est un sujet fondamental pour l'Am&#233;rique Latine et pour le monde. Nous avons tous travers&#233; de longues p&#233;riodes de r&#233;gimes de d&#233;mocratie repr&#233;sentative, formation de partis, campagnes &#233;lectorales, &#233;lections de gouvernants. Et apr&#232;s un certain temps, nous sentons g&#234;n&#233;s par les gens qui gouvernent, indignation, scepticisme, d&#233;sespoir, malaise, angoisse et r&#233;signation personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est nouveau en Am&#233;rique Latine, et je crois que ce qui est nouveau dans la floraison de la d&#233;mocratie r&#233;side, non dans la n&#233;gation des processus de d&#233;mocratie repr&#233;sentative - le peuple vote, les gens vont voter et cela fait partie de leur habitude -. Peut-&#234;tre, ce qui est nouveau, ce qu'est en train d'enseigner l'Am&#233;rique Latine, ce que montre l'Am&#233;rique Latine, c'est que la d&#233;mocratie ne peut se r&#233;duire uniquement au vote. Que le vote, la repr&#233;sentation, est un &#233;l&#233;ment fondamental de la constitution d&#233;mocratique des &#201;tats. Des droits sont garantis, la pluralit&#233; est garantie. Mais, en parall&#232;le et de fa&#231;on compl&#233;mentaire, il y a d'autres formes d'enrichissement d&#233;mocratique. Ces formes d'enrichissement d&#233;mocratique, c'est la place, c'est la rue, c'est la d&#233;mocratie de la rue, c'est la d&#233;mocratie pl&#233;b&#233;ienne. C'est la d&#233;mocratie que nous exer&#231;ons &#224; travers les marches, sur les avenues, au sein des syndicats, dans les assembl&#233;es, et dans les communaut&#233;s. On ne peut pas comprendre le processus bolivien sans cette corr&#233;lation, sans cette dualit&#233; institutionnelle. La formation d'une majorit&#233; &#233;lectorale. La victoire par 54 %, 64 %, 62 %. La majorit&#233; &#233;lectorale qui l&#233;gitime une proposition, une volont&#233; politique. Mais cette d&#233;mocratie, ou cette volont&#233; politique, ne pourrait se maintenir, n'aurait pas pu durer face aux coups de boutoir de la droite, des forces conservatrices, des pouvoirs externes, des organisations internationales. On n'aurait pas pu la soutenir si elle n'&#233;tait pas venue ici accompagn&#233;e, enrichie, pouss&#233;e et d&#233;fendue par la d&#233;mocratie dans les rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie de la rue, la d&#233;mocratie de la place, la d&#233;mocratie du syndicat, la d&#233;mocratie des gens r&#233;unis pour discuter de leurs sujets, pour protester, pour marcher, pour prendre possession, pour d&#233;fendre, pour soutenir, c'est l'unique fa&#231;on par laquelle la d&#233;mocratie contemporaine peut sortir de ce que nous avons appel&#233; ce &#171; stade fossile &#187; de l'exp&#233;rience d&#233;mocratique. Aujourd'hui beaucoup de pays du monde ont des syst&#232;mes &#233;lectoraux, bien s&#251;r que oui. Des syst&#232;mes d&#233;mocratiques, bien s&#251;r que oui. Mais c'est une d&#233;mocratie fossile. Leurs citoyens apathiques, enferm&#233;s dans leurs maisons avec suffisamment de pain et de beurre pour la journ&#233;e : en quoi interviennent-ils ? Que d&#233;cident-ils ? D&#233;cident-ils du destin de leur quartier ? D&#233;cident-ils du destin de leur d&#233;partement ? D&#233;cident-ils du destin de leur pays ? D&#233;cident-ils des licenciements ? D&#233;cident-ils des investissements ? D&#233;cident-ils de la croissance de l'&#233;conomie ? D&#233;cident-ils de la r&#233;partition de budget pour la sant&#233; et l'&#233;ducation ? Non, ils ne le font pas. Cela est fait par une minorit&#233;, une &#233;lite, une caste. L'unique mani&#232;re par laquelle la d&#233;mocratie dans le monde peut rajeunir, se revitaliser- pour qu'elle abandonne son &#233;tat d'institution fossile, r&#233;p&#233;titive, ennuyeuse et monopolis&#233;e par des &#233;lites ou des castes- est l'existence, l'&#233;nergie et le compl&#233;ment de la d&#233;mocratie des rues, de la d&#233;mocratie des organisations, de la force des mouvements sociaux. Qui va d&#233;fendre la r&#233;volution au Venezuela ? Les gens, l'humble, le travailleur, la vendeuse, le commer&#231;ant. Dans la rue, dans le quartier, dans la communaut&#233;. Qui a d&#233;fendu le pr&#233;sident Evo quand ils nous ont encercl&#233;s, quand il y avait un coup d'&#201;tat, quand il y avait des groupes de mercenaires dispos&#233;s &#224; nous tuer dans chaque endroit o&#249; nous atterrissions ? Les gens. Cette d&#233;mocratie pl&#233;b&#233;ienne. Cette d&#233;mocratie de la rue qui garantit un nouveau type de possibilit&#233; de gouvernance. La possibilit&#233; d'un rajeunissement de cette Europe qui se pr&#233;sente vieillie, et qui &#224; travers &lt;i&gt;Podemos&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Syriza&lt;/i&gt; a la possibilit&#233; d'une reprise et d'un rajeunissement, peut et doit non seulement r&#233;sider dans des victoires &#233;lectorales, qui sont d&#233;cisives, mais doit aussi exister dans un dialogue permanent et dans un renforcement permanent avec l'autre d&#233;mocratie, la d&#233;mocratie des marches, la d&#233;mocratie des mobilisations, la d&#233;mocratie des syndicats. La d&#233;mocratie des hommes et femmes touch&#233;s par les politiques d'aust&#233;rit&#233; et qui se sentent concern&#233;s pour construire un destin commun en sortant dans la rue, en se r&#233;unissant avec leurs voisins, en se r&#233;unissant avec leurs coll&#232;gues, en cr&#233;ant un autre type de sociabilit&#233;, un autre type de communaut&#233; en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est nouveau en Am&#233;rique Latine, c'est cette dualit&#233; institutionnelle appel&#233;e &#171; gouvernabilit&#233; &#187;. Il y a une gouvernabilit&#233; en Am&#233;rique Latine si simultan&#233;ment se combine la force &#233;lectorale et la force dans la rue. Il y a une gouvernabilit&#233; dans les &#201;tats am&#233;ricains et il y a un renforcement de la dynamique d&#233;mocratique si simultan&#233;ment les gens votent en d&#233;fendant des droits civils et des droits politiques, et si simultan&#233;ment les gens d&#233;lib&#232;rent, si les gens participent, si les gens prennent des engagements, si les gens font des propositions &#224; l'&#201;tat et au Gouvernement dans les enceintes de leurs organisations locales, territoriales, de la rue, de la place, de l'assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me point sur lequel je veux dialoguer avec nos coll&#232;gues d'Europe, c'est le sujet de l'apparente contradiction entre l'&#201;tat et l'autonomie. Les gauches doivent-elles poser le sujet de l'&#201;tat, ou les gauches doivent-elles poser le sujet de la construction autonome d'espaces de libert&#233;, de souverainet&#233;, de cr&#233;ativit&#233;, d'&#233;mancipation ? Un vieux d&#233;bat. Faut-il prendre l'&#201;tat ? Ne court-on pas, le risque que l'&#201;tat nous prenne nous, et que de r&#233;volutionnaires il nous convertisse en conservateurs ? Et si nous laissons l'&#201;tat : alors nous consacrerons nous &#224; construire les espaces d'autonomie o&#249; l'&#201;tat n'intervient pas ? Je crois que ceci est aussi un d&#233;bat qui dans l'exp&#233;rience latinoam&#233;ricaine - ici en Argentine, au Br&#233;sil, en &#201;quateur, en Bolivie, au Venezuela- a fait un pas de plus. L'&#201;tat est aussi une autre institution de ce qu'a en commun une soci&#233;t&#233;. Est-ce que les droits ne sont pas communs ? Est-ce que la citoyennet&#233; n'est pas une fa&#231;on de construire un type de communaut&#233; de droits culturels, de droits civiques, de droits politiques ? L'&#201;tat est une forme de communaut&#233;. Mais Marx nous a dit, &#171; &lt;i&gt;c'est une communaut&#233; illusoire&lt;/i&gt; &#187;. Et le r&#233;volutionnaire ne doit jamais perdre cela de vue. C'est une communaut&#233;, la port&#233;e de ce qui est commun, mais elle est aussi illusoire, parce que l'&#201;tat est aussi monopole. L'&#201;tat est aussi, par d&#233;finition, une concentration de d&#233;cisions. Mais c'est aussi une communaut&#233;, ce sont des droits, ce sont des symboles, ce sont des r&#232;gles, ce sont des conqu&#234;tes, ce sont des m&#233;moires, ce sont des institutions construites avec le travail commun des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes et de cette g&#233;n&#233;ration. L'&#201;tat est une forme du moi collectif. Mais en m&#234;me temps, si nous avons le f&#233;tichisme de l'&#201;tat comme l'unique sc&#232;ne de ce moi collectif, nous courons le risque de nous s&#233;parer ou d'oublier qu'il est un moi collectif en m&#234;me temps difforme. Parce que bien qu'il soit un moi collectif qui nous unifie tous, c'est un moi collectif qui est concentr&#233; sur ses d&#233;cisions principales par groupes. C'est un monopole. Et la fa&#231;on de nous vacciner contre cela, la fa&#231;on de nous vacciner contre cette monopolisation, c'est aussi cultiver des sph&#232;res d'autonomie, des structures autonomes de la soci&#233;t&#233;, dans des communaut&#233;s, dans des quartiers, dans des usines, dans des groupes collectifs de production, d'association, de commercialisation. C'est l'un et l'autre. Si nous nous consacrons seulement au cas de l'autonomie, disons que je ne veux rien avec l'&#201;tat, parce qu'il contamine tout, donc je m'isole avec le groupe, avec ma petite communaut&#233;, je peux vivre bien : mais alors le reste des gens ? J'ai abdiqu&#233; face aux puissants, qui eux oui, savent administrer de fa&#231;on monopolistique, abusive et autoritaire ces biens communs pour un usage priv&#233;.C'est aussi une forme de l&#226;chet&#233; politique. C'est abdiquer de notre responsabilit&#233; avec l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut lutter pour le pouvoir de l'&#201;tat, mais sans &#234;tre absorb&#233; par le pouvoir de l'&#201;tat. Et en m&#234;me temps que nous nous battons pour conqu&#233;rir le pouvoir de l'&#201;tat, qui est simplement une nouvelle corr&#233;lation de forces du monde populaire, paysans, indig&#232;ne, ouvrier, de la classe moyenne, avec la capacit&#233; de prendre du pouvoir et d'avoir plus d'influence, il ne faut jamais oublier qu'il faut simultan&#233;ment renforcer le local, l'autonomie, ce qui diff&#232;re de l'&#201;tat. Alors l&#224;, oui on avance avec nos deux pieds. Je construis une soci&#233;t&#233; et cela me permet de refl&#233;ter et rediriger l'&#201;tat. Nous nous battons pour l'&#201;tat comme amplificateur de droits, mais nous renfor&#231;ons simultan&#233;ment le social et l'autonome pour emp&#234;cher que ce qui est en commun s'autonomise, s'ali&#232;ne, et se retourne contre la soci&#233;t&#233; elle m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un faux d&#233;bat &#171; Autonomie ou &#201;tat &#187;. Plus je lutte pour l'&#201;tat, plus je dois me battre pour l'autonomie de la soci&#233;t&#233;. Et plus je lutte pour l'autonomie de la soci&#233;t&#233;, plus je dois me battre pour la transformation du pouvoir m&#234;me de l'&#201;tat. L'un pour l'autre, l'un en faveur de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233;. L'espoir. Les politiques d'aust&#233;rit&#233;, de licenciement et de mauvais traitement, que nous avons v&#233;cues ici en Argentine, que nous avons v&#233;cues en Bolivie, et que les gens commencent &#224; vivre maintenant en Europe : en Espagne, en Gr&#232;ce, au Portugal, peu &#224; peu en Italie, aussi en France : sont-elles suffisantes pour g&#233;n&#233;rer une masse critique capable de se mobiliser face aux puissants ? Non. La pauvret&#233; ne g&#233;n&#232;re pas par elle seule, l'&#233;mancipation. La pauvret&#233; par elle seule peut g&#233;n&#233;rer le d&#233;sespoir. Elle peut g&#233;n&#233;rer l'isolement. Elle peut g&#233;n&#233;rer la frustration. En g&#233;n&#233;ral c'est ce qui arrive. La pauvret&#233; et le mal-&#234;tre ne sont pas toujours synonymes de bouillon de culture des processus r&#233;volutionnaires. Les processus r&#233;volutionnaires peuvent surgir sur le mal-&#234;tre, sur la pauvret&#233;, sur la baisse de tes conditions de vie, les gens croient qu'il est possible de lutter et que leur lutte donnera un r&#233;sultat. On ne lutte pas seulement parce qu'on est pauvre : on lutte parce qu'on est pauvre et parce qu'on croit qu'en luttant on peut arr&#234;ter d'&#234;tre pauvre. C'est-&#224;-dire l'espoir. Il n'y a pas de r&#233;volution qui n'ait pas &#233;t&#233; mobilis&#233;e &#224; partir d'un espoir, d'une possibilit&#233;. L'espoir du changement, l'espoir de que tout cela se termine, l'espoir d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration, l'espoir qu'on puisse nationaliser, l'espoir qu'il puisse y avoir une assembl&#233;e constituante, l'espoir que ces types qui ici se sont enrichis aux d&#233;pens de nous, vont tous partir. Un espoir. La cl&#233; d'un processus r&#233;volutionnaire r&#233;side aussi dans la conversion de l'indignation, du mal-&#234;tre, de la pauvret&#233;, de la pr&#233;carit&#233; en une force collective qui tourne autour d'un espoir, un nouveau sens commun, une possibilit&#233;. Dans le cas de la Bolivie, trois furent les espoirs mobilisateurs qui ont surgi de la rue : nationaliser les hydrocarbures, l'assembl&#233;e constituante, un gouvernement indig&#232;ne. Trois possibilit&#233;s initialement marginales, initialement secondaires, &#233;cras&#233;es par le sens commun de globalisation, de privatisation, d'accords partisans qui dominaient la sc&#232;ne des universit&#233;s, des syndicats, des m&#233;dias, de la presse. Mais ce qui a &#233;merg&#233; des interstices de la lutte et du pouvoir &#233;tatique, peu &#224; peu, a pris du corps. Peu &#224; peu a rayonn&#233;. Peu &#224; peu a r&#233;ussi &#224; former une force collective ayant une capacit&#233; de mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, une lutte politique est une lutte pour le sens commun, pour les &lt;i&gt;id&#233;es force&lt;/i&gt;, pour les id&#233;es et la force que peuvent mobiliser l'espoir des gens. Les id&#233;es force, I&#241;igo (Errej&#243;n), personne ne peut dire les quelles sont elles. Les Espagnols sauront. Leur probl&#232;me, les Espagnols, n'est pas un probl&#232;me que nous pouvons conna&#238;tre, parce que je ne vis pas en Espagne, nous ne connaissons pas l'Espagne. Vous &#234;tes de l&#224;-bas. Mais une id&#233;e force, un principe d'espoir, c'est ce que nous avons vu dans cette grande marche. C'&#233;tait une marche d'espoir. Il n'y avait pas de consigne commune : il y avait de l'espoir de ce que tout cela finisse. Voil&#224; la cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes espoir, la nouvelle g&#233;n&#233;ration, cela se voit sur vos visages, jeunes, dans vos discours, dans votre force. La jeunesse est aussi un espoir. L'unit&#233; est un espoir. La fin d'un cycle est un espoir. Mais on doit savoir en permanence mettre en marche les sujets de l'espoir. Si l'espoir ne trouve pas sa coh&#233;sion&#8230; il peut y avoir une grande mobilisation et apr&#232;s les gens peuvent rentrer chez eux, se r&#233;signer, revenir &#224; leur vie quotidienne. Les gens vont &#234;tre dispos&#233;s &#224; donner leur &#233;nergie. Sortir, marcher, c'est de l'&#233;nergie. C'est laisser l'enfant &#224; la maison, c'est laisser le travail, c'est arr&#234;ter de dormir, c'est arr&#234;ter de manger. Et on va le faire une, et une autre et encore autre une fois, parce qu'on croit que cela vaut la peine, que cela va servir &#224; quelque chose. Et si on croit que cela sert &#224; quelque chose, c'est parce qu'on a de l'espoir. Et si on a de l'espoir, nous sommes invincibles. La cl&#233; de la r&#233;volution r&#233;side dans le fait que cet espoir s'&#233;tend &#224; un plus grand nombre de personnes. Mais aussi les r&#233;volutions, les r&#233;volutionnaires, les gens progressistes, nous devons avoir la capacit&#233; de nous auto analyser, de nous auto &#233;valuer de mani&#232;re permanente. En Am&#233;rique Latine nous avons d&#233;j&#224; presque quinze ans de ce processus extraordinaire et jamais d&#233;pass&#233; auparavant de par son rayonnement territorial de gouvernements progressistes et r&#233;volutionnaires. Et voil&#224; c'est important que nous, et ce que font d'autres pays, ne perdions jamais la capacit&#233; de nous regarder nous-m&#234;me, d'&#234;tre autocritiques, et d'&#233;valuer de nouvelles choses que nous n'avions pas vues au d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mentionnerai quatre &#224; cinq sujets tr&#232;s importants qui &#233;mergent de l'exp&#233;rience en Argentine, qui &#233;mergent de l'exp&#233;rience en Bolivie, en &#201;quateur, au Br&#233;sil, au Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier : faut-il promouvoir l'&#201;tat ou faut-il favoriser la soci&#233;t&#233; ? Si nous concentrons tout dans la volont&#233; de cr&#233;er une force &#233;lectorale, une capacit&#233; organisatrice et une force institutionnelle, on va rassembler toute sa force pour promouvoir l'&#201;tat. Cela peut donner de l'efficacit&#233; au d&#233;but, mais cela perd l'aspect vital de la d&#233;mocratisation de la chose publique. Parce qu'il peut y avoir un bon &#201;tat, le bon &#201;tat de bien-&#234;tre, mais s'il n'y a pas d'action collective, il n'y a pas de mobilisation sociale ayant une capacit&#233; d'intervention dans ce qui est public. L'&#201;tat de bien-&#234;tre appara&#238;t comme une bonne gestion, d'une &#233;lite bien pensante et bien intentionn&#233;e, mais pas comme une cr&#233;ation de la soci&#233;t&#233; elle m&#234;me. Il faut renforcer le bon &#201;tat, il faut cr&#233;er une nouvelle forme institutionnelle qui corresponde &#224; la nouvelle &#233;poque, oui ! Mais jamais en fonction du gouvernement, il ne faut jamais arr&#234;ter de cr&#233;er une force sociale, une mobilisation sociale. Parce que c'est seulement l&#224; o&#249; r&#233;side le fait que nous pouvons d&#233;passer l'exp&#233;rience de ce capitalisme d'&#201;tat qui a caract&#233;ris&#233; les exp&#233;riences de l'Europe de l'Est. Le capitalisme d'&#233;tat n'est pas la m&#234;me chose que le socialisme. Nationaliser n'est pas synonyme de socialisme. Cela aide &#224; cr&#233;er des biens communs, cela aide &#224; cr&#233;er des droits communs, mais bien qu'il soit monopolis&#233; [par l'Etat], ce n'est pas une nouvelle soci&#233;t&#233;. L'unique garantie d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, c'est que la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me assume le contr&#244;le de ces m&#233;canismes, le contr&#244;le des d&#233;cisions. Alors il faut cr&#233;er l'&#201;tat et il faut cr&#233;er une soci&#233;t&#233; ; il faut cr&#233;er une soci&#233;t&#233;, avec plus de force, plus d'autonomie, et en m&#234;me temps de puissantes institutions de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me sujet : &#233;conomie ou engagement ? La volont&#233; aide &#224; bouger. La volont&#233; et l'espoir sont les principes qu' Hegel mentionnait toujours pour pouvoir changer le monde. Mais cela a une limite. Il peut y avoir un an de volont&#233;, deux ans d'espoir, trois ans de volont&#233;, quatre ans de sacrifice. Mais si ce sacrifice, cette volont&#233;, ne sont pas accompagn&#233;s de r&#233;sultats pratiques, la volont&#233; aussi se fatigue. Le sacrifice a aussi des limites. C'est une obligation des gouvernements progressistes et r&#233;volutionnaires d'avoir la capacit&#233; de cr&#233;er un r&#233;gime &#233;conomique soutenable, qui redistribue, g&#233;n&#233;rateur de richesse, g&#233;n&#233;rateur d'&#233;galit&#233;. Ce n'est pas un sujet mineur. La soci&#233;t&#233; ne bouge pas perp&#233;tuellement. Il n'y a pas d'ascension perp&#233;tuelle de la soci&#233;t&#233; dans ses mobilisations. Non. La soci&#233;t&#233; bouge par cycles : cycles d'ascension, de stabilisation, de descente. Ascension, stabilisation, descente. Et, entre un sommet et l'autre, des mois peuvent passer, des ann&#233;es peuvent passer, ou des d&#233;cennies peuvent passer. Et, entre un sommet et l'autre, il doit y avoir un r&#233;gime de stabilit&#233; &#233;conomique, de croissance &#233;conomique et de redistribution. Quand nous &#233;tions dans l'opposition nous ne pensions pas &#224; ces sujets l&#224;. Critiquer les n&#233;olib&#233;raux, d&#233;noncer leur incapacit&#233;, d&#233;noncer la corruption et le vol... cela suffisait. Au gouvernement, nous avons l'obligation de penser la gestion. Dans la mobilisation et l'efficacit&#233;, dans la mobilisation et la gestion, dans la mobilisation et la g&#233;n&#233;ration de richesse, dans la mobilisation et dans la distribution de la richesse, nous devons montrer que les r&#233;gimes progressistes et r&#233;volutionnaires, nous sommes non seulement plus d&#233;mocratiques, mais aussi &#233;conomiquement plus cr&#233;atifs et plus &#233;galitaires, redistribuant plus la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et savez-vous pourquoi ? Parce que nous ne voulons pas, Ignacio (Ramonet), nous ne voulons pas que ce r&#233;veil des gauches latinoam&#233;ricaines soit un court &#233;t&#233;. Nous ne voulons faire partie d'un roman d'&#233;t&#233;. Nous voulons que cela dure longtemps. Nous voulons que cela dure des d&#233;cennies. Nous voulons que cela dure pour toujours. Et &#231;a, c'est l'&#233;conomie. Au gouvernement, le poste de commandement se situe dans l'&#233;conomie. D&#233;mocratie et &#233;conomie. Quand on est dans l'opposition, c'est la lutte d&#233;mocratique et la construction du sens commun. Quand on est au gouvernement, c'est l'&#233;largissement des espaces d&#233;mocratiques et la construction d'une bonne &#233;conomie ayant la capacit&#233; de distribuer la richesse et de g&#233;n&#233;rer plus d'&#233;galit&#233; entre les personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un sujet d&#233;licat, je me rends compte, mais c'est un sujet d&#233;cisif. Je crois personnellement que l'avenir des r&#233;volutions en Am&#233;rique Latine va se d&#233;cider dans le domaine &#233;conomique. C'est l&#224; qu'il se d&#233;finit. Et alors il faut cr&#233;er une structure &#233;conomique suffisamment diverse, vaste, d&#233;mocratique et redistributive. Le socialisme et le communautarisme n'est pas la distribution de la pauvret&#233;. Le socialisme et le communautarisme, c'est la distribution de la richesse, l'&#233;largissement de la richesse distribu&#233;e entre les personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une seule force locale ou une dimension mondiale ? Ici permettez-moi quelques mots sur la R&#233;publique Bolivarienne &#171; s&#339;ur &#187; du Venezuela. Je partage le point de vue exprim&#233; par le compagnon (Ignacio) Ramonet, il y a peu. L'Am&#233;rique Latine joue son destin au Venezuela. L'Am&#233;rique Latine, l'Argentine, vous, nous les boliviens, les &#233;quatoriens, les br&#233;siliens, jouons notre destin l&#224;-bas. Les Cubains jouent leur destin au Venezuela. Si le Venezuela tombe sous les griffes d'une intrusion, d'une invasion, d'une ing&#233;rence, directe ou indirecte, l'Am&#233;rique Latine a perdu. Parce que le Venezuela est la clef de l'Am&#233;rique Latine. Ce fut le d&#233;but et ce ne doit pas &#234;tre le point final, ni celui du commencement de la fin. Nous jouons notre destin comme r&#233;volutionnaires au Venezuela. Et l&#224; je dois regretter, critiquer, les d&#233;clarations inf&#226;mes, non seulement du gouvernement des Etats-Unis, mais aussi du parlement europ&#233;en lui-m&#234;me, qui aujourd'hui vient d'approuver une r&#233;solution contre le Venezuela. Depuis ici, je vous dis -attention, la gauche n'a pas vot&#233;, a vot&#233; toute la droite-, d'ici nous disons &#224; cette droite europ&#233;enne et &#224; ce gouvernement des Etats-Unis -au gouvernement des Etats-Unis, non &#224; son peuple- : vous &#234;tes un danger pour la souverainet&#233; latinoam&#233;ricaine ! Nous ne sommes un danger pour personne ! Vous &#234;tes et vous avez &#233;t&#233; un danger pour les peuples latinoam&#233;ricains, un danger pour les &#201;tats latinoam&#233;ricains, un danger pour la vie en Am&#233;rique Latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; la droite europ&#233;enne, qui vient de sortir un communiqu&#233;, pour approuver une r&#233;solution : n'est-ce pas vous, ceux qui ont d&#233;truit des &#233;tats en Asie et en Afrique ? N'est-ce pas vous qui attaquez et volez le p&#233;trole des pays du Moyen-Orient ? Quelle autorit&#233; morale ont-ils pour demander des comptes &#224; un pays sur sa vie d&#233;mocratique int&#233;rieure ? D'abord , retirez vos troupes, retirez vos entreprises des pays du Moyen-Orient et d'Afrique pour avoir ensuite l'autorit&#233; morale pour r&#233;clamer quoi que ce soit au Venezuela. Vous voyez, que ce qui arrive dans chaque pays se r&#233;percute sur le monde. C'est comme &#231;a. Aucune r&#233;volution et aucun processus ne peut survivre par lui m&#234;me. Aucune r&#233;volution, aucun processus d'&#233;mancipation et progressiste ne va pouvoir continuer s'il se regarde seulement le nombril. Tous ont besoin de tous. L'Argentine a besoin du Br&#233;sil. Le Br&#233;sil a besoin de l'&#201;quateur. L'&#201;quateur de la Bolivie. La Bolivie de Cuba. Cuba du Venezuela. Toute Am&#233;rique Latine a besoin de nous. Et nous, nous vous avons besoin de vous, les Europ&#233;ens. Sans vous, cela ne va pas avancer. Et sans nous, vous n'allez pas non plus pouvoir faire ce que vous avez &#224; faire. Nous sommes interconnect&#233;s, nous avons besoin de nous mutuellement. Aujourd'hui, l'humanit&#233; est en danger, aujourd'hui l'humanit&#233; court un risque. Nous avons vu qu'avec les bombardements de troupes europ&#233;ennes et de troupes &#233;tasuniennes, des &#201;tats ont &#233;t&#233; d&#233;truits. Et maintenant, ils veulent combattre ISIS. Mais en r&#233;alit&#233; ISIS, n'est &#8211;elle pas une cr&#233;ature des &#201;tats-Unis et des gouvernements europ&#233;ens ? Est-ce qu'ils n'ont pas d&#233;truit la Syrie, l'Irak ? N'ont-ils pas d&#233;truit la Libye ? Ne l'ont-ils pas envahie, n'en n'ont-ils pas fini avec les &#201;tats nationaux pour que surgisse cette chose ? Et maintenant, ils font ceux qui &#171; n'y sont pour rien &#187;, et convoquent le monde pour combattre le fondamentalisme d'ISIS ? Ils sont leurs parents, ils sont les m&#232;res de ce type de fondamentalisme qui a surgi en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est clair. Notre interd&#233;pendance ne doit pas seulement &#234;tre bas&#233;e sur la solidarit&#233; politique, sur la compl&#233;mentarit&#233; et le dialogue de savoirs et d'exp&#233;riences politiques et culturelles, comme nous le faisons ici. Il faut lui donner une base mat&#233;rielle. L'int&#233;gration latinoam&#233;ricaine a besoin obligatoirement d'une base mat&#233;rielle pour l'unit&#233;. Des actions conjointes en &#233;conomie, des actions conjointes dans les finances, des actions conjointes dans le domaine des droits. C'est notre grand travail, mes coll&#232;gues de l'Argentine et sp&#233;cialement du Br&#233;sil qui sont les pays &#233;conomiquement les plus forts et les solides de l'Am&#233;rique Latine. Notre stabilit&#233;, comme processus &#233;mancipateur, notre Grande Patrie qui est pr&#233;sente dans les discours, dans les rencontres, dans les &#233;motions partag&#233;es, ne vont pas &#234;tre durables si nous ne passons pas de la rencontre politique, de la rencontre culturelle, &#224; la rencontre &#233;conomique. Des entreprises communes, de la production commune, des services financiers communs. Pardonnez ces r&#233;flexions qui combinent le feu des intellectuels avec la froideur de la gestion. J'ai h&#233;las cette dualit&#233; personnelle. En tant que personne je peux imaginer les plus belles id&#233;es, mais en tant que gouvernant, je connais la duret&#233; et la froideur de la vie quotidienne, du salaire, du budget, de la production, du produit national brut, des cr&#233;dits. Et sans cela, les id&#233;es ne tiennent pas. Il doit y avoir une base mat&#233;rielle, qui donne force et &#171; &lt;i&gt;long&#233;vit&#233;&lt;/i&gt; &#187; &#224; ce que nous pensons et r&#233;fl&#233;chissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, je veux dire &#224; nos fr&#232;res europ&#233;ens, que nous les argentins, les boliviens, nous voyons ce qui se passe en Europe comme si nous voyions un film retro, du temps de Charles Chaplin. Ce qui vous arrive nous l'avons d&#233;j&#224; vu : cela nous est arriv&#233; ! L'imposition du Fonds Mon&#233;taire, de la Banque mondiale, des politiques d'aust&#233;rit&#233;, privatisation, licenciements. C'est arriv&#233; ici en Argentine, c'est arriv&#233; en Bolivie, c'est arriv&#233; en &#201;quateur, c'est arriv&#233; au P&#233;rou. Ce qui arrive en ce moment en Europe est ce qui est arriv&#233; &#224; l'Am&#233;rique Latine il y a vingt ans . Et le r&#233;sultat fut une nuit terrible, une nuit terrible de malheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que nous vous disons ? Ne passez pas cette nuit. Non. C'est terrible. Elle est pr&#233;datrice. Elle est mortelle. Toutes les politiques d'aust&#233;rit&#233; conduisent &#224; une perte de droits, &#224; une perte de souverainet&#233;, &#224; une perte de syndicalisation, &#224; un recul &#233;conomique, &#224; une subordination politique, &#224; une subordination &#233;conomique. Ici en Argentine, en Bolivie, dans les ann&#233;es 80, dans des temps n&#233;olib&#233;raux, 40 % de la richesse appartenait &#224; un pays &#233;tranger, l'autre 30 % &#224; des entreprises &#233;trang&#232;res. L'extr&#234;me pauvret&#233; avait augment&#233;, la pr&#233;carit&#233; s'&#233;tait amplifi&#233;e, les jeunes n'avaient pas d'espoir, ni d'avenir. Nous l'avons v&#233;cu. Fr&#232;res europ&#233;ens : n'en passez pas par l&#224;. Si l'exp&#233;rience latinoam&#233;ricaine sert &#224; quelque chose, c'est que les politiques d'aust&#233;rit&#233; d&#233;truisent les nations, d&#233;truisent la soci&#233;t&#233;, annulent la d&#233;mocratie et font perdre la souverainet&#233; &#233;conomique. Faites le saut. Rompez avec cela. Il y a une autre possibilit&#233; de richesse. Il y a une autre possibilit&#233; de distribuer et de g&#233;n&#233;rer une richesse sans accepter l'intrusion terrible, autoritaire, despotique, de ces organismes, de ces Tro&#239;kas, que les propri&#233;taires du monde ont cr&#233;&#233;es. Non ! L'Europe est aux Europ&#233;ens. Elle n'est pas aux march&#233;s financiers europ&#233;ens et &#224; la &lt;i&gt;Bundes Bank&lt;/i&gt;. L'Europe est pour les Europ&#233;ens, comme l'Am&#233;rique Latine pour les Latinoam&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde change. En t&#234;te l'Am&#233;rique Latine. Le monde change. En t&#234;te les forces progressistes europ&#233;ennes. Le monde va changer. Parce que nous jouons nos destins : l'avenir de la nature, l'avenir de cette g&#233;n&#233;ration, l'avenir de la vie et des droits. Je suis s&#251;r que, plus t&#244;t que plus tard, ces soci&#233;t&#233;s abattues par une d&#233;ception et une apathie incontr&#244;lable, sauront trouver le destin pour lever la t&#234;te, pour construire leur propre &#233;mancipation et pour accompagner ce que l'Am&#233;rique Latine est en train de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci beaucoup&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alvaro Garc&#237;a Linera&lt;/strong&gt;, Buenos Aires, le 13 mars 2015.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Forum International pour l'&#201;mancipation et l'&#201;galit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un forum pour d&#233;battre sur l'alternative au n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://espectadores.files.wordpress.com/2015/03/foroemancipacion_documentofinal.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;DOCUMENT FINAL&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (en esp)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Table 2 : &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt;&lt;sc&gt; l'Am&#233;rique Latine et l'Europe, dans un miroir &lt;/sc&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Participants&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://espectadores.files.wordpress.com/2015/03/foroemancipacion_ponenciaierrejon.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;I&#241;igo Errej&#243;n&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (Espagne), Ignacio Ramonet (Espagne), &lt;br class='autobr' /&gt; Ricardo Forster (Argentine) et &#193;lvaro Garc&#237;a Linera (Bolivie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moderateur &lt;/strong&gt; : Diego Tati&#225;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Forum par l'&#201;mancipation et l'&#201;galit&#233;&lt;/strong&gt; a eu lieu du 12 mars au 14 mars, avec l'objectif de mettre au centre du d&#233;bat la dignit&#233; de l'homme et des peuples, en se focalisant sur la politique en tant qu' outil d'&#233;mancipation d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la participation d'hommes politiques reconnus et d'intellectuels de diverses parties du monde, comme Noam Chomsky (EU), Cuauht&#233;moc C&#225;rdenas (Mexique), la Constance Moreira (Uruguay), &lt;a href=&#034;https://espectadores.files.wordpress.com/2015/03/foroemancipacion_ponenciaesader.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;mir Sader&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (le Br&#233;sil), &lt;a href=&#034;https://espectadores.files.wordpress.com/2015/03/foroemancipacion_ponenciapcordoba.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Piedad Cordoba&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (Colombie), Jorge Alem&#225;n (Argentine), Nicol&#225;s Lynch (P&#233;rou), Gabriela Monta&#241;o (Bolivie), Axel Kiciloff (Argentine) et Gabriela Rivadeneira (&#201;quateur), entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour consulter les discours des autres participants&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;a href=&#034;https://espectadores.wordpress.com / 2015/03/16/foro-internacional-por-la-emancipacion-y-la-igualdad-material-disponible/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clicar ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/America-Latina-y-Europa-en-espejo-Alvaro-Garcia-Linera&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;El Correo&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Amerique-Latine-et-Europe-dans-un-miroir-Alvaro-Garcia-Linera-Vice-President-de-la-Bolivie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 12 avril 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Aux Gauches d'Europe et du Monde &#187;Transcription du discours de Alvaro Garc&#237;a Linera </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Aux-Gauches-d-Europe-et-du-Monde-Transcription-du-discours-de-Alvaro-Garcia-Linera</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Aux-Gauches-d-Europe-et-du-Monde-Transcription-du-discours-de-Alvaro-Garcia-Linera</guid>
		<dc:date>2013-12-18T23:31:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alvaro Garc&#237;a Linera*</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le IV Congr&#232;s du Parti de la Gauche Europ&#233;enne (PIED) a r&#233;uni 30 formations de gauches europ&#233;ennes &#224; Madrid entre 13 et le 15 d&#233;cembre, en recherche d'un discours pour unifier des strat&#233;gies en face des politiques d'aust&#233;rit&#233; et de soumission de Bruxelles &#224; la dict&#233;e des march&#233;s. Voici le discours du Vice-pr&#233;sident invit&#233; de l'&#201;tat Plurinational de la Bolivie, Alvaro Garc&#237;a Linera : &lt;br class='autobr' /&gt; Bonjour &#224; vous tous. Permettez-moi d'adresser mes salutations &#224; cette rencontre de la gauche europ&#233;enne et, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Union-Europeenne" rel="directory"&gt;Union Europ&#233;enne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;IV Congr&#232;s du Parti de la Gauche Europ&#233;enne&lt;/i&gt; (PIED) a r&#233;uni 30 formations de gauches europ&#233;ennes &#224; Madrid entre 13 et le 15 d&#233;cembre, en recherche d'un discours pour unifier des strat&#233;gies en face des politiques d'aust&#233;rit&#233; et de soumission de Bruxelles &#224; la dict&#233;e des march&#233;s. Voici le discours du Vice-pr&#233;sident invit&#233; de l'&#201;tat Plurinational de la Bolivie, Alvaro Garc&#237;a Linera :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bonjour &#224; vous tous.&lt;br/&gt;
Permettez-moi d'adresser mes salutations &#224; cette rencontre de la gauche europ&#233;enne et, au nom de notre Pr&#233;sident, de notre pays, de notre peuple, de remercier pour l'invitation qui nous a &#233;t&#233; faite de partager un ensemble d'opinions, d'id&#233;es &#224; la tribune de ce si important congr&#232;s de la gauche europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi d'&#234;tre direct, franc mais aussi porteur de propositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment voyons-nous l'Europe depuis l'ext&#233;rieur ? Nous voyons une Europe qui se languit ; nous voyons une Europe abattue ; nous voyons une Europe repli&#233;e sur soi-m&#234;me et pleine d'autosatisfaction ; nous voyons une Europe quelque peu apathique et fatigu&#233;e. Ce sont des mots tr&#232;s vilains et tr&#232;s durs. Mais c'est ainsi que nous voyons l'Europe. Loin derri&#232;re est rest&#233;e l'Europe des Lumi&#232;res, l'Europe des r&#233;voltes, l'Europe des r&#233;volutions. Loin derri&#232;re, tr&#232;s loin derri&#232;re est rest&#233;e l'Europe des grands universalismes qui ont &#233;mus le monde, qui ont enrichi le monde et qui ont permis d'avancer &#224; de nombreux pays dans de nombreuses r&#233;gions du monde, d'acqu&#233;rir une esp&#233;rance et de se mobiliser autour de cette esp&#233;rance. Loin derri&#232;re sont rest&#233;s les grands d&#233;fis intellectuels. Cette interpr&#233;tation que faisaient et que font les postmodernistes concernant la fin des grandes &#233;pop&#233;es, au vu des derniers &#233;v&#233;nements ne semble traduire que celle des grands n&#233;gociants, des grands groupes et du syst&#232;me financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le peuple europ&#233;en qui a perdu la vertu et l'esp&#233;rance, parce que l'Europe &#224; laquelle je fais r&#233;f&#233;rence, l'Europe fatigu&#233;e, &#233;puis&#233;e, repli&#233;e sur soi, n'est pas celle des peuples. C'est celle qui est &#233;touff&#233;, asphyxi&#233; et l'unique Europe que nous voyons dans le monde est celle des grandes entreprises, l'Europe n&#233;olib&#233;rale, celle des march&#233;s et pas celle du travail. D&#233;pourvus de grands dilemmes, d'horizons et d'esp&#233;rances, on entend seulement, en paraphrasant Montesquieu, le bruit lamentable des petites ambitions et des grands app&#233;tits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;mocraties sans esp&#233;rance et sans foi, sont des d&#233;mocraties battues. Des d&#233;mocraties sans esp&#233;rance et sans foi, sont des d&#233;mocraties fossilis&#233;es. Au sens strict du terme, ce ne sont pas des d&#233;mocraties. Il ne peut y avoir de d&#233;mocratie r&#233;elle s'il ne s'agit que d'un attachement ennuyeux &#224; des institutions fossilis&#233;es, o&#249; l'on pratique des rituels tous les trois ou quatre, cinq ans pour &#233;lire ceux qui viendront d&#233;cider de notre destin d'une mauvaise mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons tous, et &#224; gauche nous partageons plus ou moins tous la m&#234;me opinion sur comment en sommes-nous arriv&#233;s &#224; une telle situation ? Les chercheurs, les acad&#233;miciens, les d&#233;bats politiques nous proposent de nombreux axes de r&#233;flexion sur la situation d&#233;sastreuse dans laquelle nous sommes et du comment nous en sommes arriv&#233;s l&#224;. Un premier &#233;l&#233;ment partag&#233; par nous tous et concernant les raisons de cette d&#233;ch&#233;ance est que le capitalisme a acquis sans aucun doute une dimension g&#233;opolitique plan&#233;taire absolue. Le monde entier s'est globalis&#233;. Et le monde entier est devenu une grande usine mondiale : une radio, un t&#233;l&#233;viseur, un t&#233;l&#233;phone, aucun n'a une origine de fabrication pr&#233;cise, c'est le monde entier qui est devenu l'origine de leur cr&#233;ation. La puce est fabriqu&#233;e au Mexique, le design se fait en Allemagne, la mati&#232;re premi&#232;re est latinoam&#233;ricaine, les travailleurs sont des Asiatiques, l'emballage se fait aux Etats-Unis et la vente est plan&#233;taire. C'est l&#224; une des caract&#233;ristiques du capitalisme moderne. Cela ne fait aucun doute et c'est &#224; partir de l&#224; que chacun doit envisager des actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment caract&#233;ristique de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es c'est un retour &#224; une accumulation primitive perp&#233;tuelle. Les textes de Karl Marx qui d&#233;crivaient la naissance du capitalisme aux XVIe-XVIIe si&#232;cles, ces textes se reproduisent aujourd'hui et sont des textes du XXIe si&#232;cle. Nous avons une accumulation primitive permanente qui reproduit des m&#233;canismes d'esclavage, des m&#233;canismes de subordination, de pr&#233;carit&#233;, de fragmentation, m&#233;canismes si bien d&#233;crits par Karl Marx. Mais le capitalisme moderne r&#233;actualise l'accumulation primitive, il l'&#233;largit et rayonnent sur d'autres territoires afin d'en tirer davantage de ressources et davantage d'argent. Parall&#232;lement &#224; cette accumulation primitive permanente, qui va d&#233;finir les caract&#233;ristiques des classes sociales contemporaines autant dans vos pays que dans le monde entier parce qu'il r&#233;organise l'organisation du travail local et la division du travail &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire, il y a aussi une sorte de n&#233;o-accumulation par expropriation. Nous avons un capitalisme pr&#233;dateur qui accumule dans de nombreux cas en produisant, dans des domaines strat&#233;giques : science, t&#233;l&#233;communications, biotechnologies, industrie de l'automobile, mais dans beaucoup de nos pays il accumule par expropriation, c'est-&#224;-dire en occupant des espaces communs : la biodiversit&#233;, l'eau, les connaissances ancestrales, les for&#234;ts, les ressources naturelles. Il s'agit d'une accumulation par expropriation, non par production de richesse, il y a bien expropriation de richesses communes qui deviennent une richesse priv&#233;e. La voil&#224;, la logique n&#233;olib&#233;rale ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous critiquons autant le n&#233;olib&#233;ralisme, c'est &#224; cause de sa logique pr&#233;datrice et parasitaire. Plut&#244;t que de g&#233;n&#233;rer des richesses, plut&#244;t que de d&#233;velopper les forces productives, le n&#233;olib&#233;ralisme exproprie des forces productives, capitalistes ou non, collectives, locales, appartenant &#224; des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi une troisi&#232;me caract&#233;ristique de l'&#233;conomie moderne. Il n'y a pas qu'accumulation primitive permanente et accumulation par expropriation, il y a aussi subordination, Marx dirait subsomption r&#233;elle des connaissances et de la science &#224; l'accumulation capitalistique, ce que certains sociologues appellent &#171; la soci&#233;t&#233; du savoir &#187;. Ce sont sans aucun doute les domaines les plus puissants et les plus employ&#233;s par les forces productives de la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la quatri&#232;me caract&#233;ristique, chaque jour plus conflictuelle et hasardeuse, c'est le processus de subsomption r&#233;elle du syst&#232;me int&#233;gral de la vie de la plan&#232;te, c'est-&#224;-dire des processus m&#233;taboliques qui existent entre les &#234;tres humains et la Nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre caract&#233;ristiques du capitalisme moderne red&#233;finissent la g&#233;opolitique du capital &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire, red&#233;finissent la composition des classes au sein des soci&#233;t&#233;s, red&#233;finissent la composition des classes et des classes sociales dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas que l'externalisation aux extr&#233;mit&#233;s du corps capitaliste de la classe ouvri&#232;re traditionnelle, de cette classe ouvri&#232;re que nous avons vu apparaitre au XIXe et d&#233;but du XXe si&#232;cle et qui maintenant se trouve d&#233;plac&#233;e dans les zones p&#233;riph&#233;riques : Br&#233;sil, Mexique, Chine, Inde, Philippines. On voit aussi apparaitre dans les soci&#233;t&#233;s plus d&#233;velopp&#233;es un nouveau type de prol&#233;tariat, un nouveau type de classe laborieuse : les cols blancs. Ce sont les professeurs, les chercheurs, les analystes, qui ne se per&#231;oivent pas comme classe laborieuse. Ils se per&#231;oivent s&#251;rement comme de petits entrepreneurs, mais au fonds ils constituent une nouvelle entit&#233; sociale de la classe ouvri&#232;re de ce d&#233;but du XXIe si&#232;cle. Aussi, nous avons l'apparition dans le monde de ce que l'on pourrait nommer &#171; un prol&#233;tariat diffus &#187;. Des soci&#233;t&#233;s et des nations non capitalistes sont soumises formellement &#224; l'accumulation capitaliste : Am&#233;rique Latine, Afrique, Asie. Nous parlons ici de soci&#233;t&#233;s et de nations, qui ne sont pas strictement capitalistes, mais qui prises dans leur ensemble apparaissent comment &#233;tant subordonn&#233;es et articul&#233;es autour de formes de prol&#233;tarisation diffuse, non seulement &#224; cause de leur qualit&#233; &#233;conomique mais &#224; cause des caract&#233;ristiques de leur unification fragment&#233;e ou de leur dispersion territoriale. Nous avons ainsi de fait non seulement un nouveau mode d'expansion de l'accumulation capitaliste, mais &#233;galement un r&#233;am&#233;nagement des classes et du prol&#233;tariat ainsi que des classes non prol&#233;taires dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde est aujourd'hui plus conflictuel. Le monde est aujourd'hui davantage prol&#233;taris&#233;. Mais les formes de la prol&#233;tarisation sont diff&#233;rentes de celles que nous connaissions au XIXe si&#232;cle, au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Et les formes d'organisation de ces prol&#233;taires diffus, de ces prol&#233;taires au col blanc ne passent pas n&#233;cessairement par un syndicat. Le syndicat a perdu sa place centrale dans certains pays. Et d'autres formes d'unification populaire, d'unification des travailleurs et des ouvriers font leur apparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire ? C'est la question que posait L&#233;nine. Que faisons-nous ? Nous partageons les d&#233;finitions de ce qui ne va pas ; nous partageons les d&#233;finitions de ce qui est en train de changer dans le monde ; et malgr&#233; ces d&#233;finitions nous ne sommes pas en &#233;tat de r&#233;pondre ou plut&#244;t les r&#233;ponses que nous avions auparavant sont insuffisantes. Sinon, la droite ne gouvernerait pas en Europe. Il a manqu&#233; et il continue de manquer quelque chose &#224; nos r&#233;ponses, &#224; nos propositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de formuler modestement cinq suggestions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette construction collective du &#171; que faire ? &#187; qu'assume la gauche europ&#233;enne, celle-ci ne peut se contenter d'un diagnostic et d'une d&#233;nonciation. Ceux-ci servent pour g&#233;n&#233;rer l'indignation morale et il est important que cette indignation s'&#233;largisse, mais cela ne suffit pas &#224; g&#233;n&#233;rer une volont&#233; d'acqu&#233;rir le pouvoir. La d&#233;nonciation n'est pas une volont&#233; d'acqu&#233;rir le pouvoir. Cela peut en &#234;tre l'antichambre, mais ce n'est pas la volont&#233; de pouvoir. Face &#224; la voracit&#233; de pr&#233;dateur et &#224; la capacit&#233; destructrice qui anime le capitalisme moderne, la gauche europ&#233;enne, la gauche mondiale doit se pr&#233;senter avec des propositions, des initiatives. Il nous appartient, &#224; la gauche europ&#233;enne et aux forces de gauches partout dans le monde, de construire un nouveau &#171; sens commun &#187;. Car au fond, la bataille politique consiste &#224; lutter pour un nouveau sens commun, pour un ensemble de jugements et de pr&#233;jug&#233;s, pour la fa&#231;on dont les gens simples : le jeune &#233;tudiant, le professionnel, la vendeuse, le travailleur, l'ouvrier, per&#231;oivent le monde. C'est cela le sens commun : la conception basique du monde, celle qui ordonne notre vie quotidienne, la mani&#232;re de d&#233;finir ce qui est juste et injuste, ce qui est souhaitable et ce qui ne l'est pas, le possible et le probable. Et la gauche mondiale, la gauche europ&#233;enne doivent lutter pour un nouveau sens commun. Un nouveau sens commun qui soit progressiste, r&#233;volutionnaire, universaliste, mais qui soit obligatoirement nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, il nous faut r&#233;cup&#233;rer - comme le disait notre brillant premier intervenant &#8211; le concept de d&#233;mocratie. La gauche a toujours revendiqu&#233; ce drapeau, c'est notre drapeau, celui de la justice, de l'&#233;galit&#233;, de la participation. Mais pour cela nous avons &#224; nous d&#233;tacher d'une conception institutionnelle. La d&#233;mocratie c'est beaucoup plus que des institutions. C'est beaucoup plus que de voter et de choisir un Parlement. C'est beaucoup plus que de respecter les r&#232;gles de l'alternance. Nous sommes prisonniers d'une conception lib&#233;rale, fossilis&#233;e de la d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie ce sont des valeurs, des principes organisationnels de compr&#233;hension du monde : la tol&#233;rance, la pluralit&#233;, la libert&#233; d'opinion, la libert&#233; d'associations. C'est vrai, ce sont des principes, des valeurs, mais il ne s'agit pas uniquement de principes et de valeurs. Ce sont des institutions, mais pas uniquement. La d&#233;mocratie est une pratique, c'est une action collective, elle consiste en une participation croissante dans l'administration des espaces communs de la soci&#233;t&#233;. Il y a d&#233;mocratie si nous participons au bien commun. Si nous avons pour patrimoine l'eau, alors la d&#233;mocratie est de participer &#224; la gestion de l'eau. Si nous avons pour patrimoine la langue, alors la d&#233;mocratie est de d&#233;fendre ce bien commun. Si nous avons pour patrimoine les for&#234;ts, la terre, le savoir, alors la d&#233;mocratie c'est de les g&#233;rer, de les administrer en commun. Il faut une participation croissante dans la gestion des for&#234;ts, de l'eau, de l'air, des ressources naturelles. Il y a d&#233;mocratie, une d&#233;mocratie vivante et non fossilis&#233;e si la population et la gauche aident, participent &#224; la gestion en commun des ressources communes. Institutions, droits, richesses. Les vieux socialistes des ann&#233;es 70 disaient que la d&#233;mocratie devrait frapper aux portes des usines. C'est une bonne id&#233;e, mais ce n'est pas suffisant. En plus de frapper aux portes des usines, elle doit aussi frapper aux portes des banques, des entreprises, des institutions, des ressources, de tout ce qui est commun aux gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;l&#233;gu&#233; grec m'a interrog&#233; sur la question de l'eau, comment avions-nous commenc&#233; en Bolivie. Nous avons pris des &#233;l&#233;ments basiques pour la survie : l'eau. Qui pollue l'eau qui est une richesse commune ? Elle &#233;tait en train d'&#234;tre privatis&#233;e. Le peuple a men&#233; une guerre et a r&#233;cup&#233;r&#233; l'eau pour les habitants. Ensuite nous avons r&#233;cup&#233;r&#233; non seulement l'eau, nous avons men&#233; une autre guerre sociale et nous nous sommes lanc&#233; &#224; l'assaut du gaz, du p&#233;trole, des mines, des t&#233;l&#233;communications. Et nous avons encore beaucoup d'autres choses &#224; r&#233;cup&#233;rer. En tout cas, cela a &#233;t&#233; le point de d&#233;part : une participation croissante des citoyens dans la gestion des biens communs dont dispose toute soci&#233;t&#233;, r&#233;gion&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, la gauche doit r&#233;cup&#233;rer la revendication de l'universalisme, des id&#233;aux universels, des biens communs, de la politique qui est un bien commun, de la participation en commun &#224; la gestion des biens communs. Elle doit r&#233;cup&#233;rer des biens communs tels que les droits. Le droit au travail, &#224; la retraite, &#224; l'&#233;ducation gratuite, &#224; la sant&#233;, &#224; un air sain, &#224; la protection de la terre-m&#232;re, &#224; la protection de la nature. Ce sont des droits universels, ce sont des biens communs universels &#224; propos desquels la gauche, la gauche r&#233;volutionnaire, a des mesures concr&#232;tes, objectives et mobilisatrices &#224; proposer. Je lisais dans le journal qu'en Europe on utilisait des ressources publiques pour sauver des biens priv&#233;s. C'est une aberration. Ils utilisaient l'argent des &#233;pargnants europ&#233;ens pour sauver les banques de la faillite. Ils utilisaient ce qui &#233;tait un bien commun pour sauver du priv&#233;. Le monde marche sur la t&#234;te. Ce devrait &#234;tre le contraire : utiliser des biens priv&#233;s pour sauver et aider le bien commun. Les banques doivent connaitre un processus de d&#233;mocratisation et de socialisation de leur gestion, sinon les banques vont vous priver non seulement de votre travail, mais aussi de votre maison, de votre vie, de votre esp&#233;rance, de tout. C'est quelque chose qu'il ne faut pas permettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, notre proposition en tant que gauche doit revendiquer une nouvelle relation m&#233;tabolique entre l'&#234;tre humain et la nature. En Bolivie du fait de notre h&#233;ritage indig&#232;ne nous appelons cela ainsi. Le Pr&#233;sident Evo Morales dit toujours : &#171; la Nature peut exister sans l'&#234;tre humain, mais l'&#234;tre humain ne peut pas exister sans la Nature &#187;. il ne faut toutefois pas tomber dans la logique de l'&#233;conomie verte qui est une forme hypocrite de l'&#233;cologie. Il y a des entreprises qui se pr&#233;sentent &#224; vous, les Europ&#233;ens, comme &#233;tant des protectrices de la nature et de la puret&#233; de l'air. Mais ce sont les m&#234;mes qui nous apportent en Amazonie, en Am&#233;rique ou en Asie tous les d&#233;chets qui sont produits ici. Ils se pr&#233;sentent ici comme des d&#233;fenseurs, des protecteurs, et l&#224;-bas ce sont des pr&#233;dateurs. Ils ont converti la Nature en un march&#233; de plus. Or la protection radicale de l'&#233;cologie ce n'est pas un nouveau march&#233;, ni une nouvelle logique d'entreprise. Il faut instaurer une nouvelle relation qui sera toujours tendue. Parce que la richesse qui va satisfaire les besoins requiert la transformation de la nature et en transformant la nature, nous modifions son existence, nous modifions le bios. Mais en modifiant le bios, souvent &#224; contremploi, nous d&#233;truisons et l'&#234;tre humain et la nature. Le capitalisme ne se soucie pas de cela pas, parce que pour lui c'est du commerce. Mais nous cela nous concerne, cela concerne la gauche, l'humanit&#233;, l'histoire de l'humanit&#233;. Nous devons revendiquer une nouvelle logique des relations, qui soient je ne dirai pas harmonieuses mais m&#233;taboliques, r&#233;ciproquement b&#233;n&#233;fiques, entre l'environnement et l'&#234;tre humain, le travail, les besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il est clair que nous devons revendiquer la dimension h&#233;ro&#239;que de la politique, telle que la voyait Hegel. En le suivant, je suppose, Gramsci disait que dans les soci&#233;t&#233;s modernes, la philosophie et un nouvel horizon de vie ont &#224; se convertir en foi en la soci&#233;t&#233;, qu'ils ne pouvaient exister qu'en tant que foi &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233;. Cela signifie que nous avons besoin de reconstruire l'esp&#233;rance, que la gauche doit &#234;tre la structure organisationnelle souple, de plus en plus unifi&#233;e, capable de r&#233;veiller l'esp&#233;rance, de redonner un nouveau sens commun, une nouvelle foi, non dans le sens religieux du terme, mais une nouvelle croyance largement r&#233;pandue au nom de laquelle les gens puissent mettre en jeu leur temps, leurs efforts, leur espace, leur d&#233;vouement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je salue ce que ma camarade commentait disant qu'aujourd'hui nous r&#233;unissons 30 organisations politiques. Excellent ! Cela signifie qu'il est possible de s'unir, que nous pouvons sortir des espaces restreints. La gauche, si faible aujourd'hui en Europe, ne peut se permettre le luxe de se d&#233;marquer de ses pairs. Il peut y avoir des diff&#233;rences sur 10 ou 20 points, mais nous co&#239;ncidons sur 100. Que ces 100 points soient donc les points d'accord, de rapprochement, de travail. Et nous pouvons garder les 20 autres pour la suite. Nous sommes trop faibles pour nous permettre le luxe de rester dans des combats de chapelle et de petits fiefs, en se distan&#231;ant du reste. Nous devons assumer une logique nouvellement gramscienne, unifier, coordonner, promouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons prendre le pouvoir de l'&#201;tat, nous devons nous battre pour l'Etat, sans jamais oublier que l'Etat est plus qu'une machine, c'est une relation. Plus que mati&#232;re, c'est une id&#233;e. L'Etat est essentiellement une id&#233;e. Et un peu de mati&#232;re. Il est mati&#232;re en tant que relations sociales, en tant que forces, en tant que pressions, budgets, accords, r&#233;glementations, lois. Mais il est fondamentalement id&#233;e en tant que croyance en un ordre commun, un sens de la communaut&#233;. Au fond, la lutte pour l'Etat est un combat pour une nouvelle fa&#231;on de nous unifier, pour un nouvel universalisme, pour un type d'universalisme qui unifie les gens volontairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela suppose alors d'avoir gagn&#233; au pr&#233;alable sur les croyances. Avoir d&#233;j&#224; vaincu les adversaires avec des mots, par le bon sens. Avoir d&#233;j&#224; vaincu les conceptions dominantes de droite dans le discours, dans la perception du monde, dans les perceptions morales que nous avons des choses. Tout cela exige un travail tr&#232;s ardu. La politique n'est pas seulement une question de rapport de forces, de capacit&#233; de mobilisation, m&#234;me si cela le sera en son temps. Elle est fondamentalement persuasion, articulation, sens commun, croyance, vision partag&#233;e, jugements et pr&#233;jug&#233;s partag&#233;s quant &#224; l'ordre du monde. Et l&#224;, la gauche ne doit pas seulement se satisfaire de l'unit&#233; des organisations de gauche. Elle a besoin de se d&#233;velopper dans le domaine des syndicats, qui sont le soutien de la classe ouvri&#232;re et sa forme organique d'unification. Mais nous devons aussi &#234;tre tr&#232;s attentifs, camarades, &#224; d'autres formes nouvelles d'organisation de la soci&#233;t&#233;. La reconfiguration des classes sociales en Europe et dans le monde va donner lieu &#224; diff&#233;rentes formes d'unification, plus souples, moins organiques, peut-&#234;tre plus territoriales, moins li&#233;es aux lieux de travail. Toutes sont n&#233;cessaires. L'unification par lieu de travail, l'unification territoriale, l'unification th&#233;matique, l'unification id&#233;ologique ... c'est un ensemble de formes flexibles, face auxquelles la gauche doit avoir la capacit&#233; d'articuler, d'unifier et de proposer, et d'aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi, au nom du Pr&#233;sident, en mon nom, de vous f&#233;liciter, de saluer cette rencontre, de vous souhaiter et d'exiger de vous - respectueusement et affectueusement : luttez, luttez, luttez ! Ne nous laissez pas seuls, nous les autres peuples qui luttons de mani&#232;re isol&#233;e dans certains endroits : en Syrie, un peu en Espagne, au Venezuela, en Equateur, en Bolivie. Non, ne nous laissez pas seuls, nous avons besoin de vous, non pas d'une Europe qui observe de loin ce qui se passe dans les r&#233;gions &#233;loign&#233;es du monde, mais d'une Europe qui &#233;claire &#224; nouveau le destin du continent et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meilleurs v&#339;ux &#224; vous tous et merci beaucoup !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Discours du vice-pr&#233;sident de l'&#201;tat plurinational de Bolivie, Alvaro Garcia Linares, &#224; la tribune du IVe Congr&#232;s du Parti de la Gauche Europ&#233;enne (PGE), c&#233;l&#233;br&#233; &#224; Madrid du 13 au 15 d&#233;cembre.&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Vid&#233;o discours en espagnol de &lt;/strong&gt; : &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=e25Arsu2TlU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Alvaro Garc&#237;a Linera&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/A-las-Izquierdas-de-Europa-y-del-Mundo-Transcripcion-del-discurso-de-Alvaro-Garcia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par&lt;/strong&gt; : Marie-Rose Ardiaca&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Aux-Gauches-d-Europa-et-du-Monde-Transcription-du-discoursde-Alvaro-Garcia-Linera&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 18 d&#233;cembre 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style=&#034;border-width:0&#034; src=&#034;http://i.creativecommons.org/l/by-nc-nd/3.0/88x31.png&#034; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/a&gt;.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title> &#171; Le peuple bolivien vit la plus grande r&#233;volution sociale &#187; &#193;lvaro Garc&#237;a Linera </title>
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		<dc:date>2012-02-09T15:20:59Z</dc:date>
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		<dc:creator>Alvaro Garc&#237;a Linera*</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En plus d'&#234;tre le vice-pr&#233;sident de la Bolivie, Alvaro Garcia Linera est l'un des intellectuels les plus &#233;minents de la gauche latinoam&#233;ricaine. Bien que math&#233;maticien de formation (il a &#233;tudi&#233; &#224; l'Universit&#233; Nationale Autonome du Mexique), il s'est form&#233; comme sociologue en prison et sur le terrain. &lt;br class='autobr' /&gt; Il a th&#233;oris&#233; l'exp&#233;rience de la transformation bolivienne comme personne ne l'a fait, c'est-&#224;-dire, avec originalit&#233;, profondeur et fra&#238;cheur. Et l'exp&#233;rience bolivienne est aujourd'hui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Bolivie" rel="directory"&gt;Bolivie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En plus d'&#234;tre le vice-pr&#233;sident de la Bolivie, Alvaro Garcia Linera est l'un des intellectuels les plus &#233;minents de la gauche latinoam&#233;ricaine. Bien que math&#233;maticien de formation (il a &#233;tudi&#233; &#224; l'Universit&#233; Nationale Autonome du Mexique), il s'est form&#233; comme sociologue en prison et sur le terrain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il a th&#233;oris&#233; l'exp&#233;rience de la transformation bolivienne comme personne ne l'a fait, c'est-&#224;-dire, avec originalit&#233;, profondeur et fra&#238;cheur. Et l'exp&#233;rience bolivienne est aujourd'hui une r&#233;f&#233;rence oblig&#233;e et chaque fois avec une ascendance plus grande sur le mouvement populaire latinoam&#233;ricain. Garcia Linera conna&#238;t et domine en profondeur le marxisme classique, mais il est tr&#232;s loin d'&#234;tre doctrinaire. Sa pens&#233;e est tr&#232;s influenc&#233;e par l'&#339;uvre de Pierre Bourdieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un entretien avec &lt;i&gt;La Jornada&lt;/i&gt;, le vice-pr&#233;sident remarque que le fait fondamental v&#233;cu dans l'actuel processus de transformation politique en cours est que les indig&#232;nes, qui sont une majorit&#233; d&#233;mographique, sont aujourd'hui ministres, d&#233;put&#233;s, s&#233;nateurs, et directeurs d'entreprises publiques, r&#233;dacteurs de constitutions, haut magistrats de la justice, gouverneurs ; pr&#233;sident. C'est fait &#8211; remarque-t-il &#8211; c'est la plus grande r&#233;volution sociale et &#233;galitaire survenue en Bolivie depuis sa fondation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garcia Linera caract&#233;rise le mod&#232;le &#233;conomique de son pays comme post n&#233;olib&#233;ral et de transition post capitaliste. Un mod&#232;le qui a r&#233;cup&#233;r&#233; le contr&#244;le des ressources naturelles qui &#233;taient entre des mains &#233;trang&#232;res pour les placer entre les mains de l'&#201;tat, dirig&#233; par le mouvement indig&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela fait d&#233;j&#224; six ans que vous gouvernez la Bolivie. A-t-elle r&#233;ellement avanc&#233; vers la d&#233;colonisation de l'&#201;tat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Bolivie, le fait fondamental que nous avons v&#233;cu fut que ces personnes, majorit&#233; d&#233;mographique d'avant et d'aujourd'hui, les indig&#232;nes, les indiens, pour qui la brutalit&#233; de l'invasion et les s&#233;diments centenaires de la domination avaient &#233;tabli dans le sens commun des classes dominantes et des classes domin&#233;es, qu'ils &#233;taient pr&#233;destin&#233;s &#224; &#234;tre paysans, ouvriers peu qualifi&#233;s, artisans au noir, concierges ou serveurs, sont aujourd'hui ministres, d&#233;put&#233;s, s&#233;nateurs, directeurs d'entreprises publiques, r&#233;dacteurs de constitutions, hauts magistrats de justice, gouverneurs ; pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La d&#233;colonisation est un processus de d&#233;mant&#232;lement des structures institutionnelles, sociales, culturelles et symboliques qui conditionnent l'action quotidienne des peuples aux int&#233;r&#234;ts, aux hi&#233;rarchies et aux narrations impos&#233;es par des pleins pouvoirs territoriaux externes. La &lt;i&gt;colonialit&#233;&lt;/i&gt; est une relation de domination territoriale qui s'impose de force et, avec le temps elle se &#171; fait naturelle &#187;, en inscrivant la domination dans le comportement &#171; normal &#187;, dans les routines quotidiennes, dans les perceptions mondaines des propres peuples domin&#233;s. C'est pourquoi, d&#233;monter cette machinerie de domination requiert beaucoup de temps. En particulier le temps dont on a besoin pour modifier la domination devenue le sens commun, habitude culturelle des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les formes d'organisation communales, agraires, syndicales du mouvement indig&#232;ne contemporain, avec leurs formes de d&#233;lib&#233;ration en assembl&#233;es , de rotation traditionnelle de postes, dans quelques cas, de contr&#244;le commun de moyens de production, sont aujourd'hui les centres de d&#233;cision de la politique et d'une bonne part de l'&#233;conomie de la Bolivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui, pour influer sur les budgets de l'&#201;tat, pour savoir l'agenda gouvernemental, cela ne sert pas c&#244;toyer des Hauts Fonctionnaires du Fonds Mon&#233;taire, de la banque Interam&#233;ricaine de D&#233;veloppement, des ambassades US ou europ&#233;ennes. Aujourd'hui les circuits du pouvoir &#233;tatique passent par les d&#233;bats et les d&#233;cisions des assembl&#233;es indig&#232;nes, ouvri&#232;res et de quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les sujets de la politique et l'institution r&#233;elle du pouvoir se sont d&#233;plac&#233;s vers le sein pl&#233;b&#233;ien et indig&#232;ne. Ce qu'on appelait auparavant les &#171; espaces de conflit &#187;, comme les syndicats et communaut&#233;s, sont aujourd'hui ce sont les espaces du pouvoir de fait de l'&#201;tat. Et ceux qui &#233;taient auparavant condamn&#233;s &#224; la subalternit&#233; silencieuse sont aujourd'hui les sujets d&#233;cideurs de la trame politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est du &#224; l'ouverture de l'horizon de possibilit&#233; historique des indig&#232;nes, de pouvoir &#234;tre agriculteurs, ouvriers, ma&#231;ons, employ&#233;s, mais aussi chanceliers, s&#233;nateurs, ministres ou juges supr&#234;mes, c'est la plus grande r&#233;volution sociale et &#233;galitaire survenue en Bolivie depuis sa fondation. &#171; &lt;i&gt;Des indiens au pouvoir&lt;/i&gt; &#187;, c'est la phrase s&#232;che et m&#233;prisante avec laquelle les classes seigneuriales dominantes aplaties annoncent l'h&#233;catombe de ces six ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment caract&#233;riser le mod&#232;le &#233;conomique mis en pratique ? Est-ce une expression du socialisme au XXIe si&#232;cle ? Est-une une expression du post n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/strong&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Basiquement post n&#233;olib&#233;rale et de transition post capitaliste. On a r&#233;cup&#233;r&#233; le contr&#244;le des ressources naturelles qui &#233;tait entre les mains &#233;trang&#232;res, pour le placer entre les mains de l'&#201;tat, dirig&#233; par le mouvement indig&#232;ne (gaz, p&#233;trole, une partie du minerais, eau, &#233;nergie &#233;lectrique) ; alors que d'autres ressources, comme la terre fiscale, la grande propri&#233;t&#233; rurale et les for&#234;ts, sont pass&#233;s sous contr&#244;le de communaut&#233;s et peuples indig&#232;no-paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aujourd'hui l'&#201;tat est le principal producteur de richesse du pays, et cette richesse n'est pas &#233;valu&#233;e comme capital ; elle est redistribu&#233;e dans la soci&#233;t&#233; &#224; travers des bons, des rentes et des b&#233;n&#233;fices sociaux directs &#224; la population, en plus du gel des tarifs des services de base, les combustibles et la subvention de la production agraire. Il essaie d'accorder la priorit&#233; &#224; la richesse comme valeur d'usage, au-dessus de la valeur d'&#233;change. Dans ce sens, l'&#201;tat ne se comporte pas comme un &lt;i&gt;&#171; capitaliste collectif &#187;&lt;/i&gt; propre du capitalisme d'&#201;tat, sinon comme un redistributeur de richesses collectives entre les travailleurs et en catalyseur des capacit&#233;s mat&#233;rielles, techniques et associatives des modes de production paysans, communautaires et artisanaux urbains. Dans cette expansion du communautaire agraire et urbain nous mettons notre espoir de passer par le post capitalisme, sachant que c'est aussi une &#339;uvre universelle et non celle d'un seul pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est vu depuis la Bolivie le processus d'int&#233;gration r&#233;gionale ? Quel r&#244;le jouent les &#201;tats-Unis et l'Espagne ? Quel espace ont la Chine, la Russie et l'Iran ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le continent latinoam&#233;ricain traverse un cycle historique exceptionnel. Une grande partie des gouvernements sont de caract&#232;re r&#233;volutionnaire et progressiste. Les gouvernements n&#233;olib&#233;raux tendent &#224; appara&#238;tre comme r&#233;trogrades. Et en m&#234;me temps, l'&#233;conomie latinoam&#233;ricaine a d&#233;ploy&#233; des initiatives internes qui lui permettent d'affronter d'une mani&#232;re vigoureuse les effets de la crise mondiale. En particulier, l'importance des march&#233;s r&#233;gionaux et du lien avec l'Asie ont d&#233;fini une architecture &#233;conomique continentale d'un nouveau type. Il faut parier pour approfondir cette articulation r&#233;gionale et, si c'est possible, nous projeter comme une esp&#232;ce d'&#201;tat r&#233;gional des &#233;tats et de nations. Nous comporter comme l'&#201;tat r&#233;gional dans l'enceinte de l'usage et la n&#233;gociation plan&#233;taire des grandes richesses strat&#233;giques que nous poss&#233;dons (p&#233;trole, minerais, lithium, eau, agriculture, biodiversit&#233;, industrie semi-&#233;labor&#233;e, force de travail jeune et qualifi&#233;e.) et de fa&#231;on interne, respecter la souverainet&#233; &#233;tatique et les identit&#233;s nationales r&#233;gionales que le continent poss&#232;de. C'est seulement ainsi que nous pourrons avoir voix et force propres dans le cours des dynamiques de mondialisation de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il un r&#244;le actif de Washington pour saboter la transformation bolivienne courante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement &#233;tasunien n'a jamais accept&#233; que les nations latinoam&#233;ricaines puissent d&#233;finir leur destin parce qu'ils ont toujours consid&#233;r&#233; que nous faisons partie de leur zone d'influence politique pour leur s&#233;curit&#233; territoriale, et nous sommes leur centre d'approvisionnement de richesses, naturelles et sociales. Toute dissidence &#224; cet objectif colonial place la nation rebelle dans le viseur d'attaque. La souverainet&#233; des peuples est l'ennemi num&#233;ro 1 de la politique des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela s'est pass&#233; avec la Bolivie au cours des six ann&#233;es. Nous n'avons rien contre le gouvernement &#233;tasunien ni contre son peuple. Mais nous n'acceptons pas que quiconque, absolument personne de dehors ait &#224; venir nous dire ce que nous avons &#224; faire, &#224; dire ou &#224; penser. Ni quand en tant que gouvernement de mouvements sociaux nous commen&#231;ons &#224; &#233;tablir les bases mat&#233;rielles de la souverainet&#233; &#233;tatique apr&#232;s avoir nationalis&#233; le gaz ; quand nous avons rompu avec la honteuse influence des ambassades sur les d&#233;cisions minist&#233;rielles ; quand nous d&#233;finissons une politique de coh&#233;sion nationale en affrontant ouvertement les tendances s&#233;paratistes latentes d' une oligarchie r&#233;gionale, l'ambassade des &#201;tats-Unis a pas seulement appuy&#233; financi&#232;rement les forces conservatrices, mais elle les a organis&#233;es et elle les dirig&#233;es politiquement, &#224; travers une ing&#233;rence brutale dans des affaires int&#233;rieures. Cela nous a oblig&#233; &#224; expulser l'ambassadeur et ensuite l'agence antidrogue de ce pays (DEA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis lors les m&#233;canismes de conspiration sont devenus plus sophistiqu&#233;s : ils utilisent des organisations non gouvernementales, ils s'infiltrent &#224; travers des tiers dans les groupements indig&#232;nes, divisent et projettent un leadership parall&#232;le dans la sph&#232;re populaire, comme ce fut r&#233;cemment d&#233;montr&#233; gr&#226;ce au flux d'appels depuis l'ambassade m&#234;me vers plusieurs dirigeants indig&#232;nes de la marche du Territoire Indig&#232;ne et du &lt;i&gt;Parc national Isiboro S&#233;cure&lt;/i&gt; (TIPNIS), l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;En tout cas, nous cherchons des relations diplomatiques respectueuses, mais nous sommes aussi attentifs &#224; repousser les interventions &#233;trang&#232;res de &#171; haute &#187; ou de &#171; basse &#187; intensit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis certains secteurs de gauche on a signal&#233; que le bloc conservateur a r&#233;ussi &#224; se r&#233;articuler et est pass&#233; &#224; l'offensive, tandis que le mouvement social qui a men&#233; le MAS au pouvoir a &#233;t&#233; absorb&#233; par la politique institutionnelle. Cette appr&#233;ciation est-elle correcte ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le bloc conservateur, des oligarchies li&#233;es &#224; l'&#233;tranger, n'a pas de projet alternatif de soci&#233;t&#233; capable d'articuler une volont&#233; g&#233;n&#233;rale de pouvoir. L'horizon de l'actuelle politique bolivienne est marqu&#233; par un tr&#233;pied vertueux : la plurinationalit&#233; (des peuples et des nations indig&#232;nes sous la conduite de l'&#201;tat) ; l'autonomie (la d&#233;concentration territoriale du pouvoir), et l'&#233;conomie plurielle (la coexistence articul&#233;e par l'&#201;tat de divers modes de production).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; le projet n&#233;olib&#233;ral d'&#233;conomie et de soci&#233;t&#233; de la droite a &#233;t&#233; battu, ce qui caract&#233;rise aujourd'hui la politique bolivienne est l'&#233;mergence des &#171; tensions cr&#233;atrices &#187; &#224; l'int&#233;rieur du m&#234;me bloc national-populaire au pouvoir. Pass&#233;s les grands moments de d'ascension de masses, o&#249; s'est construite l'id&#233;ologie universelle des grandes transformations- le mouvement social vit dans quelques cas un processus de repli corporatif. Des int&#233;r&#234;ts locaux tendent &#224; pr&#233;valoir par moment au-dessus des nationaux, ou les organisations se lovent dans des luttes internes pour le contr&#244;le de postes publiques. Mais de nouveaux th&#232;mes non pr&#233;vus &#233;mergent aussi sur comment conduire le processus r&#233;volutionnaire. C'est le cas au sujet de la d&#233;fense des droits de la terre-m&#232;re, sous tension avec l'exigence &#233;galement populaire d'industrialiser les ressources naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme on voit, il s'agit de contradictions &#224; l'int&#233;rieur du peuple, de tensions qui soumettent &#224; un d&#233;bat collectif la fa&#231;on de porter en avant les changements r&#233;volutionnaires. Et c'est sain, c'est d&#233;mocratique et c'est le point d'appui du renouvellement vivifiant de l'action des mouvements sociaux. Bien qu'il s'agisse aussi de contradictions qui pourraient &#234;tre utilis&#233;es par l'imp&#233;rialisme et des forces de droite qui tel un ventriloque travesti projettent leurs int&#233;r&#234;ts de long terme, &#224; travers quelques sujets populaires et discours apparemment altermondialistes et &#233;cologistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En septembre de l'ann&#233;e derni&#232;re, la marche des peuples autochtones pour la d&#233;fense du TIPNIS et contre la construction d'une route elle a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e par la police. Le fait a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; devant l'opinion publique comme la perte de l'appui indig&#232;ne au gouvernement d'Evo Morales. On a affirm&#233; que le gouvernement bolivien s'est obstin&#233; &#224; construire la route parce qu'il avait re&#231;u un appui &#233;conomique de l'entreprise p&#233;troli&#232;re br&#233;silienne OAS. Est-ce vrai ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population indig&#232;ne en Bolivie, aussi comme au Guatemala, est majoritaire par rapport au reste d'habitants. 62 pour cent des boliviens est indig&#232;ne. Les nations principales indig&#232;nes sont l'aymara et la quechua, avec pr&#232;s de 6 millions de personnes situ&#233;s principalement dans le haut plateau, les vall&#233;es, les zones d'&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Yunga&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;yungas&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et aussi dans de basses terres. D'autres nations indig&#232;nes sont les guaranis, &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Moxos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;moxos&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Yuracar%C3%A9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;yuracar&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Chimane&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;chimane&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ayoreos et autres 29 qui habitent l'Amazonie, la &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Province_de_Chiquitos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chiquitania&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et le Chaco dans de basses terres. La population totale de ces nations de &lt;i&gt;basses terres boliviennes&lt;/i&gt; est estim&#233;e entre 250 mille et 300 mille habitants &#224; un total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le conflit sur le TIPNIS a impliqu&#233; quelques peuples autochtones de &lt;i&gt;basses terres&lt;/i&gt;, mais on garde le soutien des indig&#232;nes de hautes terres et des vall&#233;es, qui sont 95 % de la population indig&#232;ne de la Bolivie. Et parmi les indig&#232;nes mobilis&#233;s, la plupart &#233;taient les dirigeants d'autres zones qui ne sont pas pr&#233;cis&#233;ment du TIPNIS, mais qui comptent avec l'appui syst&#233;matique d'organismes non gouvernementaux environnementalistes, dont plusieurs d'entre elles financ&#233;es par l'&lt;i&gt;Agence des &#201;tats-Unis pour le D&#233;veloppement International&lt;/i&gt; (USAID), en plus de l'appui des principaux r&#233;seaux de communication et de la t&#233;l&#233;vision priv&#233;e, propri&#233;t&#233; de vieux militants de l'oligarchie s&#233;paratiste, et avec une vaste influence sur la construction de l'opinion publique de classe moyenne. Ces jours-ci une autre marche est arriv&#233;e &#224; La Paz, aussi avec des indig&#232;nes de basses terres, et avec une plus grande pr&#233;sence d'indig&#232;nes du TIPNIS, qui demandent la construction de la route par le parc, en argumentant qu'il n'est pas possible qu'ils soient marginalis&#233;s des droits &#224; la sant&#233;, &#224; l'&#233;ducation et au transport, auxquels aujourd'hui ils ne peuvent seulement acc&#233;der qu'apr&#232;s des jours de marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le probl&#232;me est complexe. Ce sont m&#233;lang&#233;s de sujets propres au d&#233;bat r&#233;volutionnaire, comme celui du difficile &#233;quilibre entre le respect pour la terre m&#232;re et l'urgente n&#233;cessit&#233; de lier le pays apr&#232;s des si&#232;cles d&#233;structuration isolationniste des r&#233;gions. C'est le d&#233;bat entre la relation organique et le leadership des peuples autochtones des hautes terres dans l'&#201;tat plurinational, diff&#233;rent de la relation encore ambig&#252;e des peuples autochtones de basses terre avec l'Etat Plurinational&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais aussi, se trouve au milieu, la strat&#233;gie de l'oligarchie r&#233;gionale de Santa Cruz d'emp&#234;cher cette route, qui d&#233;senclaverait l'activit&#233; &#233;conomique de toute l'Amazonie et de son contr&#244;le patronal. Il y a aussi l'int&#233;r&#234;t &#233;tasunien de prot&#233;ger l'Amazonie pour son r&#233;servoir d'eau et de biodiversit&#233;, et de provoquer des divisions au sein du leadership indig&#232;ne pour cr&#233;er des conditions pour l'expulsion des indig&#232;nes du pouvoir &#233;tatique. Ceci est de l'int&#233;r&#234;t de quelques ONG habitu&#233;es &#224; faire de grandes affaires priv&#233;es avec des parcs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En tout cas, au milieu de cette trame d'int&#233;r&#234;ts, comme gouvernement nous devons avoir la capacit&#233; de r&#233;soudre d&#233;mocratiquement les tensions internes, et de d&#233;voiler et de neutraliser les int&#233;r&#234;ts contre-r&#233;volutionnaires qui s'habillent souvent d'une tenue pseudo r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi construire cette route malgr&#233; l'opposition d'une partie de la population ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour trois motifs. Le premier, pour garantir &#224; la population indig&#232;ne du parc l'acc&#232;s aux droits et aux garanties constitutionnelles : eau potable pour que les enfants ne meurent pas d'infections digestives. Des &#233;coles avec des professeurs qui enseignent dans leur langue, en pr&#233;servant leur culture et en l'enrichissant avec d'autres cultures. Acc&#232;s &#224; des march&#233;s pour porter leurs produits sans avoir &#224; naviguer sur des radeaux une semaine pour vendre leur riz ou pour acheter du sel 10 fois plus cher que dans n'emporte quel magasin de quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le deuxi&#232;me motif, la route permettra de lier pour la premi&#232;re fois l'Amazonie, qui est un tiers du territoire bolivien, avec le reste de r&#233;gions des vall&#233;es et de haut plateau. La Bolivie voit isol&#233; un tiers de son territoire, ce qui a permis que la souverainet&#233; de l'&#201;tat soit substitu&#233;e par le pouvoir du patron de ferme, du marchand de bois &#233;tranger ou du narcotrafiquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et le troisi&#232;me motif est un caract&#232;re g&#233;opolitique. Les tendances s&#233;paratistes de l'oligarchie, qui ont &#233;t&#233; sur le point de diviser la Bolivie en 2008, ont &#233;t&#233; contenues parce qu'ils ont &#233;t&#233; politiquement battus pendant le coup d'&#201;tat de septembre de la m&#234;me ann&#233;e, et parce qu'une partie de leur base mat&#233;rielle, agroindustrielle, a &#233;t&#233; occup&#233;e par l'&#201;tat. Cependant, il y a un dernier pilier &#233;conomique qui maintient sur pied les forces r&#233;trogrades de tendances s&#233;paratistes : le contr&#244;le de l'&#233;conomie amazonienne, qui , pour arriver au reste du pays, doit obligatoirement passer par le traitement et le financement d'entreprises sous contr&#244;le d'une fraction oligarchique install&#233;e &#224; Santa Cruz. Une route qui lie directement l'Amazonie avec les vall&#233;es et le haut plateau reconfigurerait radicalement la structure du pouvoir &#233;conomique r&#233;gional, en d&#233;molissant la base mat&#233;rielle finale des s&#233;paratistes et en donnant lieu &#224; un nouvel axe g&#233;o&#233;conomique &#224; l'&#201;tat. Le paradoxe de tout cela est que l'histoire a plac&#233; quelques gauchistes comme les meilleurs d&#233;fenseurs les plus loquaces des int&#233;r&#234;ts les plus conservateurs et r&#233;actionnaires qu'a le pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a dit que la Bolivie continue d'&#234;tre un pourvoyeur de mati&#232;res premi&#232;res sur le march&#233; international et que le mod&#232;le de d&#233;veloppement en pratique (que quelques analystes ont qualifi&#233; comme extractiviste [mini&#232;re, gaz, p&#233;trole, lithium, etc) ne contredit pas ce r&#244;le. Est-ce vrai ? S'agit-il d'une phase transitoire d'accumulation qui s'accompagne d'une redistribution de la rente ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni l'extractivisme ni le non-extractivisme, ni l'industrialisme sont un vaccin contre l'injustice, l'exploitation et l'in&#233;galit&#233;. En soi, ce ne sont ni des modes de production ni des modes de gestion de la richesse. Ce sont des syst&#232;mes techniques de traiter la nature gr&#226;ce au travail. Et selon comment s'utilisent ces syst&#232;mes techniques, comment la richesse ainsi produite est g&#233;r&#233;e, on pourra avoir des r&#233;gimes &#233;conomiques avec plus ou moins de justice, avec exploitation ou sans exploitation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luis Hern&#225;ndez Navarro &lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.jornada.unam.mx/2012/02/07/politica/002e1pol&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Jornada&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Mexique, le 7 f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/El-pueblo-boliviano-vive-la-mayor-revolucion-social-Alvaro-Garcia-Linera&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;El Correo&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification&lt;/u&gt; 3.0 Unported&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Le-peuple-bolivien-vit-la-plus-grande-revolution-sociale-Alvaro-Garcia-Linera&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;El Correo&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, le 9 f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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