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		<title>Les &#171; Harragas &#187; ou l'&#233;migration sans visa </title>
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		<dc:date>2018-02-19T10:02:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Djamel Labidi</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Les &#171; Harragas &#187; ou l'&#233;migration sans visa - Djamel Labidi&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Union-Europeenne" rel="directory"&gt;Union Europ&#233;enne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce qu'il y a d'&#233;tonnant dans les d&#233;bats actuels sur la question des &#171; &lt;i&gt;Harragas&lt;/i&gt; &#187;, c'est que l'un des &#233;l&#233;ments essentiels du drame de cette &#233;migration, un &#233;l&#233;ment qui parait pourtant &#233;vident, semble passer inaper&#231;u ou du moins ne pas prendre l'importance qu'il m&#233;rite dans les d&#233;bats : il s'agit de la question des visas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a &#171; Harragas &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Harragas &#187;, expression alg&#233;rienne. Veut dire litt&#233;ralement &#171; ceux qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; lorsqu'il n'y a pas de visas. Cela semble &#234;tre une lapalissade mais c'est mettre le doigt sur un probl&#232;me majeur de notre &#233;poque. Jamais la mondialisation n'a &#233;t&#233; aussi grande sur le plan &#233;conomique et celui des moyens de communication, mais jamais les fronti&#232;res n'ont &#233;t&#233; aussi ferm&#233;es. L'Europe, l'Occident, les pays riches ont leur part de responsabilit&#233; dans ce drame. Les accords de l'OMC pr&#233;voient la libre circulation des marchandises, des capitaux et des biens. Les &#234;tres humains seraient-ils moins pr&#233;cieux que les marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'aux ann&#233;es 80, les d&#233;placements humains &#233;taient infiniment plus libres. Il fut un temps, &#224; l'&#233;poque de la guerre froide, o&#249; l'Occident faisait campagne contre &#171; le rideau de fer &#187; dress&#233;, par l'URSS et les pays socialistes de l'Est europ&#233;en, &#224; la libre circulation de leurs citoyens et o&#249; les fronti&#232;res ouvertes &#233;taient une caract&#233;ristique dont s'enorgueillit le &#171; monde libre &#187;. Des accords dans ce sens avaient m&#234;me &#233;t&#233; sign&#233;s &#224; Helsinki (en Ao&#251;t 1975) entre les pays occidentaux, l'URSS et les pays d'Europe de l'Est. Voil&#224; qu'aujourd'hui c'est exactement l'inverse et qu'il est fait reproche aux pays en d&#233;veloppement de laisser partir leurs ressortissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les drames de l'&#233;migration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des centaines de milliers de jeunes occidentaux sont attir&#233;s par les USA et viennent y tenter l'aventure. Cela ne se transforme pas en drame car ils obtiennent pr&#233;cis&#233;ment un visa. Plus de 500 000 mille jeunes fran&#231;ais ont quitt&#233; leur pays pour le Royaume Uni. Mais, nuances du langage, il y a les expatri&#233;s et il y a les &#233;migr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les centaines de milliers de Harragas mexicains ne risquent pas de mourir en mer c'est que les fronti&#232;res sont terrestres entre les Etats-Unis et le Mexique. Bien que ces derni&#232;res ann&#233;es, des milices nord am&#233;ricaines se sont constitu&#233;es qui n'h&#233;sitent pas &#224; revendiquer le droit de tirer &#224; vue sur les &#233;migrants clandestins mexicains, et que le drame parfois, l&#224; aussi, n'est pas loin. Trente ans apr&#232;s le mur de Berlin, le pr&#233;sident Trump veut le restaurer, mais entre les Etats-Unis et le Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre malgr&#233; les efforts connus et reconnus d'un pays comme Cuba pour am&#233;liorer les conditions de vie sociales dans l'ile, du point de vue de l'&#233;ducation, de la sant&#233; etc.., l'&#233;migration vers la Floride n'a jamais cess&#233; et a &#233;t&#233; l'occasion de bien de drames en mer. A l'ouverture des fronti&#232;res de la RDA, des masses humaines &#233;normes se sont dirig&#233;es vers la RFA. Tout cela montre la g&#233;n&#233;ralit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes d'&#233;migration en m&#234;me temps que les diversit&#233;s de situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les drames li&#233;s &#224; l'&#233;migration ne sont d'ailleurs pas nouveaux. Dans d'autres contextes historiques, ils &#233;taient li&#233;s, non pas &#233;videmment &#224; une question de visas, mais &#224; la pr&#233;carit&#233; des moyens de transport. C'est ainsi que l'&#233;migration massive vers les Etats-Unis, &#224; l'&#233;poque de la navigation &#224; voile, avant les bateaux &#224; vapeur, s'est traduite par des milliers de morts d'&#233;migrants, dont des femmes et des enfants, traversant l'Atlantique &#224; fond de cale, dans des conditions tr&#232;s dures. Plus loin dans le temps, l'empire romain parlait d'invasion de &#171; barbares &#187;. Il est &#233;trange de retrouver, aujourd'hui, &#224; notre &#233;poque technologique, mais pour d'autres raisons, la m&#234;me pr&#233;carit&#233; dans les moyens de transport utilis&#233;s par les &#171; Harragas &#187;, qui traversent la mer dans des barques, et les m&#234;mes th&#232;mes des &#171; barbares &#187; r&#233;appara&#238;tre dans le vocabulaire d'une certaine opinion publique occidentale. Dans cette r&#233;surgence de formes cruelles d'un autre temps, la question des &#171; Harragas &#187; devient r&#233;v&#233;latrice des relations mondiales actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Emigration sans visa et avec visa &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'Alg&#233;rie, il est &#233;tonnant qu'il n'y ait pas d'enqu&#234;tes empiriques, bas&#233;es sur des donn&#233;es factuelles, aussi bien sur le ph&#233;nom&#232;ne dit des &#171; Harragas &#187;, que sur les causes de l'&#233;migration alg&#233;rienne en g&#233;n&#233;ral et ses particularit&#233;s. Certes des chiffres sont donn&#233;s, notamment en ce qui concerne l'exode des comp&#233;tences, mais concernant les causes, les avis &#224; ces sujets, rel&#232;vent en g&#233;n&#233;ral de points de vue politiques ou id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les uns, les partis et les m&#233;dias d'opposition en particulier, c'est le pouvoir qui fait &#171; fuir les jeunes du pays &#187;. Ils lui renvoient la responsabilit&#233; enti&#232;re du ph&#233;nom&#232;ne des &#171; Harragas &#187;, et de l'&#233;migration en g&#233;n&#233;ral. Pour d'autres au contraire, le ph&#233;nom&#232;ne est &#224; rattacher &#224; l'esprit d'aventure particulier aux jeunes, &#224; l'inconscience, aux illusions sur la vie en occident catalys&#233;es par la t&#233;l&#233;vision et les nouveaux moyens de communication. Sur un plateau de t&#233;l&#233;vision, un invit&#233; pr&#233;sent&#233; comme sociologue expliquait que les jeunes quittaient le pays car &#171; d&#233;gout&#233;s de voir des gens s'y enrichir sans effort par la corruption et le favoritisme &#187;. Une autre, sociologue elle aussi, insistait sur le facteur religieux et l'importance de l'&#233;ducation pour emp&#234;cher les jeunes de c&#233;der aux sir&#232;nes occidentales. Bref, chacun y va, en l'absence de donn&#233;es factuelles, d'une explication qui correspond &#224; son orientation politique, id&#233;ologique, voire philosophique ou religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de conna&#238;tre les nouvelles tendances et particularit&#233;s de l'&#233;migration dans le contexte de la mondialisation, ainsi que leur intensit&#233; et leur importance respective dans le cas de l'Alg&#232;rie : Quelle est la part des raisons &#233;conomiques &#171; pures &#187;, le ch&#244;mage, la pauvret&#233; ? Quelle est la part des raisons culturelles, politiques, religieuses. Quelle est la part de l'influence des nouvelles technologies dans la vision qu'elles donnent de la vie moderne et les contacts humains qu'elles induisent ? Quelle est la part de l'attraction du mode de vie occidentale, et des nouvelles motivations, comme la qualit&#233; de la vie, chez une jeunesse de plus en plus instruite. Il semblerait en effet que cette recherche d'une plus grande qualit&#233; de vie touche, &#224; travers la mondialisation des moyens de d'information et de communication, d&#233;sormais toute la jeunesse ind&#233;pendamment de sa condition sociale. Quels sont les rapports aujourd'hui entre l'&#233;migration type &#171; exode des comp&#233;tences &#187; et l'&#233;migration type &#171; Harragas &#187;, entre l'&#233;migration avec visa et sans visa. Ces deux types d'&#233;migration ne r&#233;v&#232;leraient- elles pas de nouvelles discriminations qui ne seraient plus seulement sociales, entre jeunes de couches favoris&#233;es et d&#233;favoris&#233;es, mais qui correspondraient aussi &#224; des diff&#233;rences de &#171; pouvoir de n&#233;gociation &#187; entre titulaires de formations recherch&#233;es sur le march&#233; mondial des comp&#233;tences, et d'autres moins demand&#233;es ? On parle, dans les m&#233;dias, de &#171; harags &#187; titulaires de dipl&#244;mes, de masters. Toutes ces questions m&#233;ritent d'&#234;tre explor&#233;es sur la base d'enqu&#234;tes empiriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut, en outre, faire la part des choses, entre les causes locales et les causes ext&#233;rieures. Comment par exemple ne pas tenir compte, dans les drames actuels de l'&#233;migration clandestine par les mers, de l'intervention &#233;trang&#232;re en Libye et ses cons&#233;quences sur les pays africains voisins, des guerres men&#233;es par les pays dominants en Irak, en Syrie, en Afghanistan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela montre qu'il faut se m&#233;fier des explications r&#233;ductrices. En effet, voir sans nuances, dans l'&#233;migration et les &#171; Harragas &#187;, l'influence sans limite des politiques men&#233;es par les pouvoirs en place n'aide pas &#224; comprendre le ph&#233;nom&#232;ne dans toute sa complexit&#233;. De telles explications sont r&#233;ductrices pour une raison simple : tous les pays en voie de d&#233;veloppement vivent, &#224; des degr&#233;s et des intensit&#233;s diverses, le probl&#232;me de l'exode des comp&#233;tences et de l'&#233;migration. Jusqu'aux pays d&#233;velopp&#233;s entre eux, par rapport &#224; des pays encore plus d&#233;velopp&#233;s, m&#234;me si c'est sous des formes plus &#171; softs &#187;. Ce sont en effet les in&#233;galit&#233;s de d&#233;veloppement qui sont la cause profonde des flux migratoires. Elles sont comme des poup&#233;es russes qui s'emboitent l'une dans l'autre. L'Alg&#233;rie, par exemple, est un pays d'&#233;migration mais elle est aussi un pays d'immigration par rapport &#224; d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes les politiques men&#233;es par les pouvoirs ont un impact sur le mouvement migratoire, que ce soit positivement par leur r&#233;duction ou n&#233;gativement par leur aggravation. L'Inde par exemple partage avec l'Alg&#233;rie un certain nombre de traits : importance du secteur d'Etat avant le passage actuel &#224; l'&#233;conomie de march&#233;, diffusion de l'instruction et grand nombre de dipl&#244;m&#233;s, influence consid&#233;rable sur les &#233;lites de la culture anglophone, comme en Alg&#233;rie de la culture francophone, exode des comp&#233;tences consid&#233;rable, notamment massif des m&#233;decins vers le Royaume Uni et les USA etc...Mais la situation a commenc&#233; &#224; s'am&#233;liorer ces deux derni&#232;res d&#233;cennies gr&#226;ce une politique r&#233;solue de l'Etat en direction des dipl&#244;m&#233;s &#224; travers un syst&#232;me de pr&#234;ts et d'encouragement &#224; la cr&#233;ation de petites entreprises. On retrouve des traits similaires en Alg&#233;rie &#224; travers le syst&#232;me de l'ANSEJ.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les facteurs objectifs et les facteurs subjectifs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences de d&#233;veloppement entrainent des sentiments de frustration. Ceux ci peuvent jouer un r&#244;le positif en poussant les soci&#233;t&#233;s et les nations &#224; se d&#233;passer pour se mettre au niveau des nations les plus avanc&#233;es et &#224; &#234;tre exigeants envers leurs dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces diff&#233;rences peuvent entrainer aussi un sentiment de d&#233;valorisation, et &#224; une hi&#233;rarchisation implicite des nations, entre &#171; nations avanc&#233;es &#187; et &#171; nations arri&#233;r&#233;es &#187;. C'est la racine des visions sombres, pessimistes, d&#233;faitistes qu'on retrouve, &#224; un autre p&#244;le, dans nombre de pays du Tiers monde, notamment dans les pays arabes et dans lesquelles les manipulations ou les interventions &#233;trang&#232;res ont trouv&#233; souvent un terreau propice. La tentation, en effet, est souvent grande d'exploiter &#224; des fins politiques partisanes de telles visions. La question de l'&#233;migration est alors instrumentalis&#233;e et dramatis&#233;e &#224; outrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles approches n'aident pas &#224; comprendre l'&#233;volution historique de l'&#233;migration et ses nouvelles donn&#233;es actuelles. Le d&#233;veloppement en tant que transformations structurelles et qualitatives &#233;conomiques et sociales continues et rapides, est un ph&#233;nom&#232;ne historique relativement r&#233;cent, qui s'est d&#233;clench&#233; avec la r&#233;volution industrielle et le capitalisme, il y a environ deux si&#232;cles, d'abord en Angleterre puis dans les pays europ&#233;ens. La question des in&#233;galit&#233;s de d&#233;veloppement exige donc elle aussi une vision historique, un recul, une perception historiques qui permettent de ne sous-estimer ni le chemin parcouru ni celui qui reste &#224; faire pour le d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les pays en d&#233;veloppement ont fait des progr&#232;s r&#233;els si ce n'est par le seul fait de la lib&#233;ration des &#233;nergies historiques rendu possible par les luttes de lib&#233;ration nationale. Ces progr&#232;s &#233;conomiques et culturels sont l'un des facteurs principaux des transformations mondiales actuelles. Ils sont aujourd'hui le principal moteur de la croissance &#233;conomique mondiale et notamment de la r&#233;volution de l'enseignement qui s'est d&#233;velopp&#233;e apr&#232;s les ind&#233;pendances et se poursuit actuellement et qui a vu le nombre de gens instruits et de dipl&#244;m&#233;s des pays en d&#233;veloppement d&#233;passer largement celui des pays occidentaux d&#233;s les ann&#233;es 80, ph&#233;nom&#232;ne qui influe grandement sur les migrations internationales actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons le cas de l'Alg&#232;rie. En 1962, &#224; l'ind&#233;pendance, elle avait moins de 10 millions d'habitants. Aujourd'hui elle en a 4 fois plus. En 1962, un pays comme la France, avait 40 millions d'habitants. Si sa population avait augment&#233;e dans les m&#234;mes proportions, la France aurait aujourd'hui 160 millions d'habitants et serait dans une crise inextricable. L'Alg&#233;rie, par contre, a pu, dans cette p&#233;riode historique, r&#233;pondre aux principaux imp&#233;ratifs du d&#233;veloppement : &#233;ducation de la population, sur le plan de la sant&#233; une esp&#233;rance de vie comparable &#224; celle des pays d&#233;velopp&#233;s (de 76 ans environ), &#233;lectrification du pays et distribution g&#233;n&#233;ralis&#233;e du gaz, alimentation en eau, d&#233;veloppement des infrastructures etc... Sur le plan de l'habitat, le nombre d'habitations, tout logement confondu, &#233;tait en 1962 de 700 000 pour toute l'Alg&#233;rie. C'est moins que le nombre des habitations aujourd'hui pour la seule ville d'Alger. En 1962, 80 % de ces habitations n'avait pas de syst&#232;me d'&#233;vacuation des eaux us&#233;es, y compris les villas des colons et des fran&#231;ais ais&#233;s qui utilisaient des fosses septiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela pour dire qu'il y a des pesanteurs historiques venus de la colonisation et du sous d&#233;veloppement qui s'imposent &#224; tout pouvoir, quel qu'il soit, au del&#224; des orientations id&#233;ologiques, socialistes, capitalistes, lib&#233;rales, et qui doivent engager &#224; relativiser les choses. Et pour dire aussi, qu'au del&#224; du niveau politique, il y a beaucoup de respect et de reconnaissance &#224; avoir pour les tr&#233;sors de sacrifices et de d&#233;vouements, le plus souvent anonymes, dont a fait preuve la soci&#233;t&#233; pour construire un pays &#224; partir de pratiquement rien, affronter les difficult&#233;s de d&#233;veloppement et atteindre le niveau actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut &#234;tre r&#233;aliste. Quel que soit l'efficacit&#233; des efforts de d&#233;veloppement, il faudra du temps pour que l'Alg&#233;rie, comme d'autres pays m&#234;me &#233;mergents, comble la distance qui la s&#233;pare des pays d&#233;velopp&#233;s. Cela veut dire que les facteurs objectifs qui travaillent &#224; reproduire les flux migratoires continueront encore d'exister. Il faut donc s'appuyer aussi sur les facteurs subjectifs : le patriotisme, le nationalisme et les mettre au service du d&#233;veloppement de la nation. On sait l'importance qu'ils ont jou&#233;e dans l'industrialisation et la modernisation du Japon au 19&#233;me si&#232;cle, &#224; l'&#232;re du Meiji. , &#224; travers notamment l'envoi, et le retour au pays, de missions de milliers d'&#233;tudiants envoy&#233;s vers les pays europ&#233;ens pour leur formation. On sait le r&#244;le qu'ils ont jou&#233; aussi en Allemagne dans son unification apr&#232;s la guerre franco-allemande, et dans la r&#233;sorption de son retard industriel par rapport &#224; la France et l'Angleterre. Aujourd'hui il y a aussi l'exemple de la Chine, du Vietnam, de la Turquie etc.. o&#249; le nationalisme, le patriotisme jouent un r&#244;le positif, progressiste, et sont requis au service de l'&#233;mergence de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie n'est pas une science exacte. Elle est politique au sens o&#249; elle d&#233;pend de facteurs sociaux, de l'unit&#233; de la soci&#233;t&#233;, de la qualit&#233; des &#233;lites politiques, &#233;conomiques, culturelles, etc. Ces facteur subjectifs sont eux aussi une force &#233;conomique car c'est l'Homme qui est au centre du travail et de la vie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;migration sans visa ne peut &#234;tre stopp&#233;e dans un avenir pr&#233;visible, pourquoi ne pas la g&#233;rer de fa&#231;on civilis&#233;e, sans qu'elle devienne une catastrophe humaine, et la consid&#233;rer, pour ce qu'elle est, comme une forme de r&#233;gulation des in&#233;galit&#233;s de d&#233;veloppement &#224; l'&#232;re de la mondialisation. L'&#233;migration sans visa, le &#171; Harrag &#187;, et les trag&#233;dies quotidiennes qui les accompagnent, ont surgi, de fa&#231;on inattendue, pour faire la critique muette et douloureuse de l'inhumanit&#233; des relations internationales actuelles, et d&#233;voiler leur caract&#232;re anachronique. Cette situation ne m&#233;rite-t-elle un d&#233;bat mondial, une profonde r&#233;forme et une nouvelle vision des rapports et des &#233;changes humains entre nations. La question des visas ne peut plus, aujourd'hui, &#234;tre trait&#233;e de fa&#231;on classique, traditionnelle, diplomatique, comme simplement une question de souverainet&#233; pour chaque pays, elle d&#233;passe d&#233;sormais ce cadre, elle devient une question mondiale ; elle pose le probl&#232;me d'un r&#233;am&#233;nagement du droit international et l'&#233;mergence d'une nouvelle morale dans les rapports internationaux. Plus de 40 ans apr&#232;s, Les accords d'Helsinki, sur la libre circulation des hommes et des id&#233;es, restent encore &#224; &#234;tre appliqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Djamel Labidi*&lt;/strong&gt; pour le &lt;a href=&#034;http://www.lequotidien-oran.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Quotidien d'Oran&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5256988&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Quotidien d'Oran&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, le Jeudi 15 F&#233;vrier 2018&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Harragas &#187;, expression alg&#233;rienne. Veut dire litt&#233;ralement &#171; ceux qui br&#251;lent &#187; (sous-entendu les fronti&#232;res par la mer sans papiers)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; * &lt;strong&gt;Djamel LABIDI&lt;/strong&gt;, professeur &#224; l'Universit&#233; d'Alger2&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du discours sur la rente p&#233;troli&#232;re, des clich&#233;s politiques en Alg&#233;rie et de leur usage.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Du-discours-sur-la-rente-petroliere-des-cliches-politiques-en-Algerie-et-de-leur-usage</link>
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		<dc:date>2014-11-17T12:23:17Z</dc:date>
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		<dc:creator>Djamel Labidi</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il existe en Alg&#233;rie, une fa&#231;on de penser qui fonctionne &#224; coup de clich&#233;s, d'affirmations arbitraires, d'id&#233;es re&#231;ues : &#171; l'Alg&#233;rie est un pays riche &#187;, &#171; elle vit de la rente p&#233;troli&#232;re &#187;, &#171; elle ne produit rien &#187;, &#171; la rente sert &#224; acheter la paix sociale &#187; etc. Cette pens&#233;e se caract&#233;rise par le conformisme et risque d'emp&#234;cher ou m&#234;me d'ass&#233;cher toute r&#233;flexion originale ou audacieuse sur nos r&#233;alit&#233;s. Des experts, &#233;conomistes, sociologues, politologues, s'&#233;vertuent parfois &#224; lui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Afrique-et-Monde-Arabo-Musulman" rel="directory"&gt;Afrique et Monde Arabo-Musulman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il existe en Alg&#233;rie, une fa&#231;on de penser qui fonctionne &#224; coup de clich&#233;s, d'affirmations arbitraires, d'id&#233;es re&#231;ues : &#171; &lt;i&gt;l'Alg&#233;rie est un pays riche&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;elle vit de la rente p&#233;troli&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;elle ne produit rien&lt;/i&gt; &#187;, &#171; la rente sert &#224; acheter la paix sociale &#187; etc. Cette pens&#233;e se caract&#233;rise par le conformisme et risque d'emp&#234;cher ou m&#234;me d'ass&#233;cher toute r&#233;flexion originale ou audacieuse sur nos r&#233;alit&#233;s. Des experts, &#233;conomistes, sociologues, politologues, s'&#233;vertuent parfois &#224; lui donner une apparence de rationalit&#233; et de scientificit&#233;. Cette id&#233;ologie n'est pas nouvelle. Elle existe en fait, depuis les premi&#232;res ann&#233;es de l'ind&#233;pendance, peut-&#234;tre surtout &#224; partir des ann&#233;es 70, apr&#232;s la nationalisation des hydrocarbures. Co&#239;ncidence ? C'est ce qu'on va voir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Commen&#231;ons par le clich&#233; des clich&#233;s : &#171; &lt;i&gt;l'Alg&#233;rie est un pays riche&lt;/i&gt; &#187;. Faux. Sur le plan de la richesse mat&#233;rielle, l'Alg&#233;rie est &#224; la 90eme place sur 182 pays, avec un PIB (Produit Int&#233;rieur Brut) par habitant de 5 297 $ en 2011, et de 5 606 $ en 2013 (source FMI ). A la m&#234;me date, le Liban (10 477 $/ha) et la Turquie (10 721 $/ha) avaient pr&#233;s de deux fois la richesse par habitant de l'Alg&#233;rie, un pays comme la Gr&#232;ce avait un PIB/ha pr&#232;s de 4 fois sup&#233;rieur (21 857 $/ha) &#224; celui de l'Alg&#233;rie, Chypre plus de 4 fois sup&#233;rieur aussi (24 867 $/an), l'Espagne (29 150 $/an) plus de cinq fois, le Chili (15 776 $/an) pr&#233;s de trois fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est ce qu'un pays riche ? S'agit-il des 20 pays commun&#233;ment appel&#233;s les plus riches, du premier du classement, le Qatar, avec 189 950 $ de PIB/ha en 2013, &#224; la France, 20eme avec 42 991 $/ ha (source FMI ). Ceux qui utilisent le terme ne prennent pas le soin de le d&#233;finir. A l'affirmation &#171; l'Alg&#233;rie est un pays riche &#187;, va parfois &#234;tre ajout&#233;e une autre &#171; avec un peuple pauvre &#187;, sans qu'on pr&#233;cise ce qu'est un peuple pauvre. L'&#233;conomie c&#232;de la place &#224; la politique, voire au slogan. Les faits indiquent pourtant le contraire. Le niveau de vie moyen des alg&#233;riens s'est &#233;lev&#233;. C'est particuli&#232;rement visible notamment concernant les classes moyennes avec un mod&#232;le de consommation qui a chang&#233; (voiture, loisirs, tourisme etc..). Il serait bien plus int&#233;ressant d'&#233;tudier de quelle mani&#232;re cette augmentation du niveau de vie s'est op&#233;r&#233;e et la nature des diff&#233;renciations sociales qui se sont d&#233;velopp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La &#171; litt&#233;rature renti&#233;riste &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Autre clich&#233; : &#171; &lt;i&gt;l'Etat rentier&lt;/i&gt; &#187;. Un nombre incalculable de textes, d'articles, de discours a utilis&#233; en Alg&#233;rie cette formule sous ses diff&#233;rentes variantes, &#171; &lt;i&gt;rente p&#233;troli&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, les &#171; &lt;i&gt;revenus de la rente&lt;/i&gt; &#187;, &#171; les comportements rentiers &#187; etc. sans se questionner l&#224; aussi sur sa validit&#233;. A tel point qu'elle est devenue un lieu commun, un postulat, dans une atmosph&#232;re de d&#233;mission critique &#233;tonnante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est ce qu'un &#171; Etat rentier &#187; ? L'est-il parce qu'il pr&#233;l&#232;ve une taxe p&#233;troli&#232;re, c'est-&#224;-dire des imp&#244;ts sur le p&#233;trole. A ce titre, tout Etat serait &#171; rentier &#187; du moment qu'il l&#232;ve l'imp&#244;t. On remarquera d'ailleurs de suite que cette expression n'est pas utilis&#233;e &#224; propos des grandes soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voyons d'abord la validit&#233; de l'expression &#171; rente &#187; appliqu&#233;e &#224; l'Etat. Du point de vue de la th&#233;orie &#233;conomique, la rente est li&#233;e &#224; de multiples d&#233;finitions et situations mais elle est toujours li&#233;e &#224; un profit et au revenu qu'il g&#233;n&#232;re : profit suppl&#233;mentaire (surprofit) acquis &#224; l'abri de la concurrence dans des conditions par exemple de monopole ou de sup&#233;riorit&#233; technologique, rente de la terre, rente financi&#232;re &#224; travers les int&#233;r&#234;ts provenant d'un emprunt. Pour la science &#233;conomique, la rente est une r&#233;mun&#233;ration du capital sous diff&#233;rentes formes. Elle n'introduit pas de notion morale ou moralisante &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le terme va &#234;tre d&#233;tourn&#233;e et r&#233;duit &#224; un seul sens, celui commun d'une personne qui vit sans rien faire, une personne fain&#233;ante. Et cela appliqu&#233; &#224; tout un Etat, et puis de proche en proche &#224; tout un pays et &#224; toute une soci&#233;t&#233;. On va parler de l'Etat comme d'un individu et donner &#224; chacun, &#224; travers une analyse simple, le sentiment de comprendre le fond de la situation alg&#233;rienne, le secret de tous nos probl&#232;mes : &#171; Nous ne travaillons pas, nous vivons du p&#233;trole &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#233;orie de la rente, relay&#233;e en Alg&#233;rie, r&#233;p&#233;t&#233;e, assen&#233;e &#224; longueur d'analyse et de d&#233;claration va dresser le tableau d'un pays qui vit et survit uniquement gr&#226;ce aux ressources en hydrocarbures. La th&#233;orie de la rente p&#233;troli&#232;re s'accompagne de d&#233;sinformation. On va jouer aupr&#232;s de l'opinion sur la confusion entre la part de la valeur des hydrocarbures dans les exportations de l'Alg&#233;rie (98%) et celle dans la production nationale, ce qui est &#233;videmment tout autre chose. Le produit des hydrocarbures repr&#233;sente 30 % environ du PIB de l'Alg&#233;rie et donc 70% du PIB sont le produit du travail des Alg&#233;riens, si tant est que le revenu tir&#233; des hydrocarbures ne le soit pas. Ce qui n'est &#233;videmment pas le cas. Des dizaines de milliers d'Alg&#233;riens travaillent, tr&#232;s souvent durement, dans le secteur des hydrocarbures et produisent cette richesse. Ce secteur n&#233;cessite des investissements consid&#233;rables. Ce sont les cadres alg&#233;riens, par leur valeur, par l'exp&#233;rience acquise, apr&#232;s la nationalisation des hydrocarbures, qui ont jou&#233; un r&#244;le essentiel dans le d&#233;veloppement de ce secteur aussi dans d'autres pays arabes, comme, entre autres, les pays du Golfe. La production p&#233;troli&#232;re n'a rien d'une rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs, dans les ann&#233;es 70, au moment pr&#233;cis&#233;ment de la mont&#233;e des pays p&#233;troliers et la vague des nationalisations du p&#233;trole dans le monde arabe, qu'est n&#233;e et s'est d&#233;velopp&#233;e cette th&#233;orie de l'Etat rentier &#224; travers ce qu'on appelle les Middle East Studies (Etudes du Moyen Orient). La premi&#232;re a &#233;t&#233; consacr&#233;e &#224; l'Iran en 1970. &lt;i&gt;(Hossein Mahdavy, &#171; &lt;i&gt;The Pattern and Problems of Economic Development in Rentier States : The Case of Iran&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;in Studies in the Economic History of the Middle East, Ed.&lt;/i&gt;).&lt;/i&gt; Cette th&#233;orie repose essentiellement sur la th&#232;se que la nature des richesses p&#233;troli&#232;res et leur contr&#244;le par l'Etat (d'o&#249; la notion de l'Etat rentier) explique le caract&#232;re &lt;i&gt;&#171; exog&#232;ne &#224; la soci&#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt; &#187; et donc autoritaire des Etats p&#233;troliers du Moyen Orient. Cette th&#232;se a donn&#233; lieu &#224; toute une litt&#233;rature qui est un m&#233;lange de consid&#233;rations &#233;clectiques, &#233;conomiques, politiques, voire m&#234;me psychologiques et moralistes sur ces Etats, avec la pr&#233;dominance de la description voire de l'anecdote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut lire &#224; ce sujet l'int&#233;ressant article de Fatiha Talahite, (&#171; &lt;i&gt;Le concept de rente, pertinence et d&#233;rives&lt;/i&gt; &#187;, Probl&#232;mes &#233;conomiques, n&#176;2.908, 21 juin 2006&lt;/i&gt; ) qui note que &#171; &lt;i&gt;cette litt&#233;rature, parfois d&#233;sign&#233;e comme &#171; Ecole de l'Etat rentier&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;renti&#233;risme&lt;/i&gt; &#187; a consist&#233; &#224; importer une notion &#233;conomique, la rente, dans la science politique et s'interroge sur la validit&#233; de ce proc&#233;d&#233;, la science &#233;conomique n'ayant pas r&#233;ussi &#224; &#171; &lt;i&gt;construire une th&#233;orie unifi&#233;e de la rente&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle montre que &#171; &lt;i&gt;la r&#233;f&#233;rence &#224; la rente dans les travaux sur les &#233;conomies et les Etats de la r&#233;gion MENA manque de bases th&#233;oriques solides&lt;/i&gt; &#187; et qu' &#171; &lt;i&gt;il n'est donc pas &#233;tonnant qu'elle d&#233;rive souvent vers un simple jugement de valeur sur la l&#233;gitimit&#233; de certaines rentes et l'ill&#233;gitimit&#233; d'autres, sans que le rapport entre l&#233;gitimit&#233; et efficience &#233;conomique ne soit clairement &#233;tabli&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle note qu'elle a eu cependant &#171; &lt;i&gt;un succ&#232;s inesp&#233;r&#233;&lt;/i&gt; &#187; et qu'elle &#171; &lt;i&gt;a s&#233;duit une g&#233;n&#233;ration d'universitaires et de cadres, dans les pays &#224; &#233;conomie administr&#233;e&lt;/i&gt; &#187; pr&#233;occup&#233;s de trouver une &#171; &lt;i&gt;grille d'analyse&lt;/i&gt; &#187; &#224; la critique de la gestion des pouvoirs en place. Mais elle se demande cependant si la r&#233;f&#233;rence syst&#233;matique &#224; cette explication, &#171; le renti&#233;risme &#187;, &#171; &lt;i&gt;ne rel&#232;ve pas d&#233;sormais d'une certaine paresse intellectuelle, d'une incapacit&#233; &#224; forger des outils conceptuels plus appropri&#233;s &#224; l'&#233;tude de ces &#233;conomies&lt;/i&gt; &#187;. Elle cite ainsi la tendance de la vision renti&#233;riste actuelle &#171; &lt;i&gt;&#224; valoriser la production industrielle ou agricole, au d&#233;triment de l'activit&#233; commerciale (et financi&#232;re), consid&#233;r&#233;es comme parasitaires et sp&#233;culatives&lt;/i&gt; &#187;, avec pour cons&#233;quence &#171; &lt;i&gt;un immense retard dans la modernisation de la distribution et du syst&#232;me financier, deux secteurs pourtant essentiels &#224; la dynamique &#233;conomique d'un pays&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la remise en cause de la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat qualifi&#233; ainsi de &#171; rentier &#187;, &#224; celle de la l&#233;gitimit&#233; de sa propri&#233;t&#233;, et de celle du pays sur ces ressources, il ne peut y avoir qu'un pas. Il peut &#234;tre bien tentant pour les grands pays industrialis&#233;s de trouver argument dans cette th&#233;orie de la rente pour revendiquer une l&#233;gitimit&#233; sur la propri&#233;t&#233; ou le contr&#244;le des ressources en hydrocarbures puisqu'ils sont les principaux utilisateurs de ces ressources. Ce pas a d'ailleurs souvent &#233;t&#233; franchi et explique, en profondeur, les interventions militaires en Irak et en Libye. On comprend alors mieux &#171; la co&#239;ncidence &#187;, dont nous parlions plus haut, entre les nationalisations des ressources en hydrocarbures et la naissance de la th&#233;orie de &#171; l'Etat rentier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Le despotisme oriental et l'Arabe paresseux &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Fatiha Talahite se demande finalement si cette &#171; th&#233;orie &#187; n'est pas &#171; &lt;i&gt;la r&#233;surgence de la vieille th&#233;orie du &#171; despotisme oriental&lt;/i&gt; &#187; et s'il n'y a pas &#171; &lt;i&gt;l&#224; en arri&#232;re-plan, le clich&#233; de l'Arabe paresseux responsable de son sous-d&#233;veloppement&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque pertinente s'il en est. Le discours &#171; renti&#233;riste &#187; d&#233;bouche immanquablement sur la culpabilisation &#171; d'un peuple qui ne travaille pas &#187; ou &#171; qui doit &#234;tre mis au travail &#187;. Aux antipodes des intentions, souvent sinc&#232;res proclam&#233;es au d&#233;part, ce discours finit par nourrir un m&#233;pris d'un peuple, d&#233;crit comme &#171; un tube digestif &#187;, d'un peuple qui &#171; consomme et ne produit rien &#187;. Et il en arrive au bout, implicitement ou explicitement, &#224; un discours o&#249; perce une admiration refoul&#233;e d'un syst&#232;me colonial o&#249; &#171; les gens travaillaient &#187;, o&#249; &#171; l'agriculture fonctionnait &#187;, o&#249; &#171; il y avait une organisation &#187;. Un discours s'insinue qui va dire entre les lignes &#171; qu'il n'y a rien de bon depuis l'ind&#233;pendance &#187;. On pourra lire alors des phrases comme celle-ci parues dans un journal, parmi tant d'autres du m&#234;me genre : &#171; &lt;i&gt;Depuis 1962, les alg&#233;riens ne sont pas des citoyens&lt;/i&gt; &#187;. Qu'y avait-il avant 1962 ? Le colonialisme&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit alors l'utilisation politique et id&#233;ologique qui peut &#234;tre faite du discours &#171; renti&#233;riste &#187; : convaincre toute une nation que l'Etat national est ill&#233;gitime et d&#233;valoriser la nation elle-m&#234;me &#224; ses propres yeux, lui donner le sentiment qu'elle vit en parasite aux basques de l'Etat ou des ressources en p&#233;trole et en gaz, ce qui dans cette th&#233;orie de l'Etat rentier revient au m&#234;me. Elle pourra d'ailleurs suivant le cas servir &#224; deux usages, soit d&#233;l&#233;gitimer l'Etat, soit d&#233;bouter toute revendication du peuple, et le culpabiliser, &#171; puisqu'il ne travaille pas &#187; et &#171; ne produit rien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours &#171; renti&#233;riste &#187; a d'ailleurs comme produits d&#233;riv&#233;s, d'autres clich&#233;s : &#171; l'Alg&#233;rie importe tout &#187;. &#171; L'agriculture est en d&#233;liquescence &#187;. Tout cela est inexact puisque l'agriculture et l'industrie agroalimentaire alg&#233;riennes couvrent 50 &#224; 60% des besoins alimentaires du pays, que des surfaces nouvelles consid&#233;rables ont &#233;t&#233; mises en culture. En dehors des statistiques (mais le discours &#171; renti&#233;riste &#187; d&#233;cr&#233;tera d'avance qu'elles sont trompeuses), il suffit de voyager en Alg&#233;rie pour s'en rendre compte, pour voir par exemple que les versants de montagne sont d&#233;sormais verts et cultiv&#233;s et que l'irrigation touche de nouvelles terres. Certes, l'Alg&#233;rie d&#233;pend trop, m&#234;me dans sa production, des importations d'entrants, mais le discours &#171; renti&#233;riste &#187; ne fait pas dans la nuance, Il proc&#232;de par affirmations : &#171; l'Alg&#233;rie ne produit rien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clich&#233; de &#171; l'Etat qui ach&#232;te la paix sociale &#187; est une autre variante de la litt&#233;rature &#171; renti&#233;riste &#187;. dans le sens o&#249;, selon elle, &#171; la rente de l'Etat lui permettrait d'acheter le silence de la population &#187;, de &#171; reporter les &#233;ch&#233;ances &#187;. Cette affirmation se veut lapidaire, irr&#233;futable, et pourtant elle n'a pas de sens &#233;conomique. Qui a dit que la paix sociale &#233;tait mauvaise ? Pourtant, on sait depuis Smith et Ricardo qu'elle est un facteur de stabilit&#233;, de s&#233;curit&#233; et donc de d&#233;veloppement &#233;conomique. Cette affirmation est d'autant plus &#233;tonnante qu'elle est souvent coupl&#233;e &#224; un discours qui se r&#233;clame de modernit&#233; et de justice sociale. On ne peut &#224; la fois s'en r&#233;clamer et d&#233;noncer les mesures d'augmentation de salaire, de transfert social, et d'une meilleure r&#233;partition du revenu national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa tendance extr&#234;me, le discours &#171; renti&#233;riste &#187;, enferm&#233; dans sa propre logique, peut alors d&#233;boucher sur la politique du pire. Il va se r&#233;jouir des difficult&#233;s du pays. Il va accueillir la baisse des prix de l'&#233;nergie comme une bonne nouvelle. Il va nourrir, sous des arguments pseudo scientifiques, une id&#233;ologie faite de catastrophisme, de d&#233;moralisation : on va angoisser les gens, leur pr&#233;dire un avenir sombre, celui de la fin des ressources p&#233;troli&#232;res. La d&#233;moralisation atteint des sommets lorsque certains vont jusqu'&#224; dire ou m&#234;me &#233;crire que &#171; le p&#233;trole est une mal&#233;diction pour l'Alg&#233;rie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on imaginer paroles plus absurdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la lutte contre le colonialisme que l'Alg&#233;rie a r&#233;cup&#233;r&#233; ses richesses en hydrocarbures. Il ne faut pas oublier que la guerre de lib&#233;ration a dur&#233; plus longtemps pour le Sahara et que ce p&#233;trole est aussi le sang de nos martyrs. Le discours renti&#233;riste va sous -estimer l'importance des ressources en &#233;nergie dans les relations internationales, en tant que ressources rares et strat&#233;giques, et donc leur r&#244;le dans les capacit&#233;s de l'Alg&#233;rie &#224; avoir une politique ind&#233;pendante, n'y voyant que l'autre versant, certes r&#233;el, de la d&#233;pendance envers une mono exportation. Mais il faut voir aussi le r&#244;le jou&#233; par les ressources en hydrocarbures dans l'immense effort de construction du pays depuis l'ind&#233;pendance, dans son d&#233;veloppement &#233;conomique, dans son &#233;quipement en infrastructures modernes, dans la formation des ressources humaines, lesquelles sont la v&#233;ritable &#233;nergie renouvelable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Djamel Labidi&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;http://www.lequotidien-oran.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Quotidien d'Oran&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5205984&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Quotidien d'Oran&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Oran, le 13 Novembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; * &lt;strong&gt;Djamel LABIDI&lt;/strong&gt;, professeur &#224; l'Universit&#233; d'Alger2&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Egypte : un pays, deux soci&#233;t&#233;s...</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Egypte-un-pays-deux-societes</link>
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		<dc:date>2013-10-21T08:47:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Djamel Labidi</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le coup d'Etat en Egypte a r&#233;v&#233;l&#233; la situation d'une soci&#233;t&#233; scind&#233;e en deux sur la question de la l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique, mais aussi sur les questions soci&#233;tales. C'est par bien des traits la m&#234;me situation en Tunisie, comme cela s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233; auparavant aussi en Alg&#233;rie. &lt;br class='autobr' /&gt; Le clivage entre ces deux parties de la soci&#233;t&#233; est si marqu&#233; qu'on peut parler de deux soci&#233;t&#233;s. Comment caract&#233;riser ces deux soci&#233;t&#233;s ? On peut le faire &#224; partir des apparences &#224; travers lesquelles elles se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Afrique-et-Monde-Arabo-Musulman" rel="directory"&gt;Afrique et Monde Arabo-Musulman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le coup d'Etat en Egypte a r&#233;v&#233;l&#233; la situation d'une soci&#233;t&#233; scind&#233;e en deux sur la question de la l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique, mais aussi sur les questions soci&#233;tales. C'est par bien des traits la m&#234;me situation en Tunisie, comme cela s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233; auparavant aussi en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le clivage entre ces deux parties de la soci&#233;t&#233; est si marqu&#233; qu'on peut parler de deux soci&#233;t&#233;s. Comment caract&#233;riser ces deux soci&#233;t&#233;s ? On peut le faire &#224; partir des apparences &#224; travers lesquelles elles se laissent voir, celles de leurs r&#233;f&#233;rents culturels : d'un c&#244;t&#233; une soci&#233;t&#233; profonde, o&#249; dominent les r&#233;f&#233;rents &#171; arabo-islamiques &#187;, de l'autre une soci&#233;t&#233; o&#249; dominent les r&#233;f&#233;rents &#171; occidentaux ou occidentalistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet sous cette apparence qu'elles apparaissent spectaculairement aux yeux, sous toutes les formes par lesquelles s'exprime la culture, du mode de vie, des apparences vestimentaires &#224; la langue, la religion, et les valeurs. Mais c'est aussi sous des formes culturelles qu'elles s'opposent ou s'affrontent sur le plan id&#233;ologique, le plus intens&#233;ment. On verra cependant que les clivages culturels expriment au fond des clivages sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends d&#233;j&#224; les cris d'orfraie de ceux qui vont s'indigner qu'on divise ainsi nos soci&#233;t&#233;s. Et pourtant, c'est la r&#233;alit&#233;, elles sont profond&#233;ment divis&#233;es et l'actualit&#233; elle-m&#234;me le d&#233;montre chaque jour. D'ailleurs, si tel n'&#233;tait pas le cas, nos soci&#233;t&#233;s ne seraient pas aussi vuln&#233;rables. Toute la probl&#233;matique politique est l&#224;. Le m&#233;rite sera grand que celui des forces politiques qui sauront les unir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'existence de ces deux soci&#233;t&#233;s que se trouvent probablement l'explication, le secret des particularit&#233;s des conflits dans les pays arabes, notamment de leur violence extr&#234;me et notamment de ce paradoxe qui fait que toutes les parties se r&#233;clament de la d&#233;mocratie, qu'il y a semble-t-il unanimit&#233; sur la question, mais que celle-ci a tant de difficult&#233; &#224; s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dualit&#233; sociale remonte au syst&#232;me colonial. Il faut en effet revenir au colonialisme, &#224; un conflit historique qui n'a pas &#233;t&#233; encore r&#233;solu, qui tra&#238;ne, qui rebondit, qui se manifeste sous des formes in&#233;dites, pour comprendre cette dualit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; il a exist&#233;, le syst&#232;me colonial a cr&#233;&#233; cette dualit&#233; : deux secteurs &#233;conomiques, l'un moderne, l'autre traditionnel et rural, deux soci&#233;t&#233;s, l'une coloniale et l'autre autochtone, etc.. Les guerres de lib&#233;ration ont d'ailleurs &#233;t&#233; les plus violentes l&#224; o&#249; la dualit&#233; a &#233;t&#233; la plus intense et o&#249; le colonialisme a fortement influenc&#233; des secteurs plus ou moins larges de la population et des &#233;lites locales. En cela, la domination occidentale a &#233;t&#233; et est aussi interne. C'est ce qui explique que les guerres de lib&#233;ration ont pris aussi dans certains cas des aspects de guerre civile, d&#233;chirant souvent des familles, des communaut&#233;s, des ethnies, ou que les luttes actuelles pour la d&#233;mocratie basculent brusquement dans des guerres civiles, non seulement dans les pays arabes, mais aussi, disons-le au passage, en Afrique ou de nombreux pays sont actuellement &#224; feu et &#224; sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dualit&#233; sociale n'a pas disparu avec les ind&#233;pendances. Elle s'est m&#234;me accrue. D'o&#249; le sentiment &#224; la fois d'&#233;chec de l'ind&#233;pendance et de la voie vers la modernit&#233; port&#233;e et propos&#233;e par les &#233;lites dirigeantes des mouvements de lib&#233;ration national du si&#232;cle pass&#233;. Celles-ci, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, malgr&#233; une phras&#233;ologie nationaliste ou socialiste, suivant les cas, n'entrevoyaient le d&#233;veloppement et le progr&#232;s des pays arabes que sous la forme de l'acc&#232;s &#224; une modernit&#233; occidentale, enfin apur&#233;e de son p&#233;ch&#233; originel, le colonialisme, et devenue donc, enfin, universelle, disponible &#224; tous comme &#171; un pr&#234;t &#224; porter &#187;. D'o&#249; la d&#233;nonciation r&#233;currente du discours sur &#171; les aspects positifs du colonialisme &#187; qui ne pouvait aller plus loin que l'exigence de la reconnaissance par l'Occident de ses fautes par rapport &#224; ses propres valeurs, et de retrouvailles enfin entre le colonis&#233; et le colonisateur. Voil&#224; comment ces &#233;lites voyaient le d&#233;passement de la contradiction coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'Histoire en a d&#233;cid&#233; autrement. La dualit&#233; sociale mise en place par le colonialisme n'a cess&#233; de s'aggraver, creusant le foss&#233; et les tensions entre une soci&#233;t&#233;, apparaissant comme avoir pris la place de la soci&#233;t&#233; coloniale, et une autre, la soci&#233;t&#233; profonde, laiss&#233;e pour compte ou marginalis&#233;e &#224; des degr&#233;s divers suivant les ressources du pays. Ce n'est pas un hasard si les explosions, ou les endroits de plus forte contestation, sont aux alentours des zones modernes de l'&#233;conomie touristique comme &#224; Isma&#239;lia en Egypte, ou &#224; Sidi Bouzid en Tunisie, ou &#224; Marrakech au Maroc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme ces tensions peuvent exister aussi, autour d'ilots de modernisation &#233;conomique, qui apparaissent d'autant plus &#233;trangers qu'ils n'ont pas d'int&#233;gration locale, comme c'est le cas des enclaves p&#233;troli&#232;res au Sud de l'Alg&#233;rie et probablement d'autres pays arabes. D&#233;s lors les tensions &#233;conomiques deviennent aussi des tensions culturelles, comme la critique et la d&#233;nonciation de la soci&#233;t&#233; dominante s'appuiera sur des valeurs d'identit&#233; et rejettera une occidentalisation per&#231;ue comme la continuation de la domination coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Egypte, comme au Maghreb, la dualit&#233; coloniale continue d'exister et s'est d&#233;velopp&#233;e sous la forme d'abord de la dualit&#233; &#233;conomique entre un secteur moderne utilisant la technologie et un secteur traditionnel peu d&#233;velopp&#233; principalement dans les campagnes mais aussi dans des secteurs du commerce. Mais cette dualit&#233; n'est pas seulement &#233;conomique, elle s'exprime et se prolonge en m&#234;me temps sur le plan socioculturel : au Maghreb, tout particuli&#232;rement, l'utilisation sociale d'une langue &#233;trang&#232;re, qui est la langue du colonisateur, est un v&#233;ritable marqueur social qui traduit l'appartenance &#224; l'une ou l'autre des deux soci&#233;t&#233;s, qui anticipe sur les id&#233;es, la vision du monde, les valeurs bref la culture de chacun. Il n'est pas jusqu'&#224; la division du travail qui n'&#233;pouse cette dualit&#233; linguistique et culturelle, le secteur moderne ( p&#233;trole, informatique, nouvelles technologies, pharmacie etc..) utilisant la langue fran&#231;aise, les secteurs traditionnels la langue arabe ou amazigh. Le r&#233;sultat est une dualit&#233; socioculturelle g&#233;n&#233;ralis&#233;e : 2 &#233;lites, l'une en Arabe, l'autre en Fran&#231;ais, 2 Universit&#233;s, l'une en Arabe, dans les sciences sociales et le droit, l'autre en Fran&#231;ais dans les sciences exactes, la m&#233;decine, deux presses, etc.. Cette dualit&#233; influe jusqu'&#224; l'habitat, les quartiers riches ou ais&#233;s &#233;tant ceux o&#249; on parle Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Egypte aussi, la dualit&#233; &#233;conomique est tr&#232;s forte. Elle a une importance politique d'autant plus grande que c'est la haute hi&#233;rarchie militaire qui dirige une grande partie de l'&#233;conomie. Quant &#224; la dualit&#233; socioculturelle, si elle est plus discr&#232;te en Egypte, notamment sur le plan linguistique, elle n'en est pas moins r&#233;elle &#224; travers des canaux particuliers de l'histoire de certaines &#233;lites &#233;gyptiennes et de ses rapports avec les colonialismes fran&#231;ais ou britannique, puis les USA. A Alexandrie, jusqu'il n'y a pas si longtemps, l'&#233;tat civil se faisait en Fran&#231;ais. Le fait d'ailleurs que les t&#233;l&#233;visions publiques &#233;gyptiennes affichent en permanence sur leurs &#233;crans, depuis le coup d'Etat, la mention en anglais &#171; &lt;i&gt;Egypt fights terrorism&lt;/i&gt; &#187;, un message qui s'adresse donc &#224; l'Occident avant de s'adresser au peuple &#233;gyptien, en dit long sur cette extraversion culturelle. Il n'est donc pas &#233;tonnant que les clivages socio&#233;conomiques apparaissent d'abord, ici comme ailleurs dans les soci&#233;t&#233;s postcoloniales, comme des clivages culturels, dont la religion est une dimension civilisationnelle essentielle. C'est bien moins le cas, dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;velopp&#233;es, homog&#232;nes culturellement, o&#249; les conflits apparaissent directement sous leurs formes &#233;conomiques, comme des conflits de classe, et passent de fa&#231;on bien moins intense par la m&#233;diation de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec dans la r&#233;alisation des aspirations nationales est en r&#233;sum&#233; l'&#233;chec des &#233;lites occidentalistes postcoloniales, qui se sont r&#233;v&#233;l&#233;e incapables de supprimer la dualit&#233; &#233;conomique, culturelle et sociale coloniale et les tensions sociales &#233;normes qui en r&#233;sultent. C'est par contre, dans l'accomplissement de cette t&#226;che, celle de supprimer la dualit&#233; sociale sur les plans &#233;conomique et culturel, et de trouver une voie nationale vers la modernit&#233;, que r&#233;side tr&#232;s probablement le secret de la r&#233;ussite des pays &#233;mergents, qu'ils se r&#233;clament d'une id&#233;ologie lib&#233;rale comme la Cor&#233;e du Sud entre autres, de l'islamisme comme la Malaisie, ou d'une id&#233;ologie socialiste comme la Chine ou le Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit le &#171; nass&#233;risme &#187; en Egypte, le &#171; boum&#233;di&#233;nisme &#187; en Alg&#233;rie, le &#171; bourguibisme &#187; en Tunisie, &#171; l'istiqlalisme &#187; au Maroc, force est de constater, qu'ind&#233;pendamment des r&#233;f&#233;rences id&#233;ologiques- socialisme ou capitalisme- le r&#233;sultat &#034;en gros&#034; a &#233;t&#233; le m&#234;me, celui du maintien et du d&#233;veloppement de la dualit&#233; &#233;conomique et sociale. Les m&#234;mes causes produisant les m&#234;mes effets, il ne faut pas s'&#233;tonner que ces pays aient en commun, avec d'autres d'ailleurs, de conna&#238;tre, &#224; travers la vague islamiste, la d&#233;nonciation de la voie occidentaliste vers la modernit&#233; et la remise en cause des &#233;lites qui la repr&#233;sentent. Soixante ans apr&#232;s, l'&#233;chec du nass&#233;risme s'exprime &#224; travers le retour en force du parti des Fr&#232;res musulmans, auxquels il s'&#233;tait oppos&#233;, &#224; l'origine, pr&#233;cis&#233;ment sur la question du chemin vers le d&#233;veloppement et la modernit&#233;. De la m&#234;me mani&#232;re, les auteurs du coup d'Etat, ainsi que les &#233;lites qui les soutiennent, se r&#233;f&#232;rent de nouveau au Nass&#233;risme, alors que la haute hi&#233;rarchie militaire, avec Sadate puis Moubarak, a, depuis plus de 30 ans, progressivement tourn&#233;, le dos &#224; la dimension de lib&#233;ration nationale et antisioniste de l'h&#233;ritage nass&#233;rien. Il faut noter aussi que dans bien des pays arabes, c'est l'arm&#233;e, &#224; travers des coups d'Etat militaires, ou au moins des &#171; r&#233;volutions par le haut &#187;, qui a pr&#233;sid&#233; &#224; cette tentative de modernisation de la soci&#233;t&#233;, et l'&#233;chec de cette modernisation est donc per&#231;u comme le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aussi dans l'existence de ces deux soci&#233;t&#233;s, et leur antagonisme, qu'il faut chercher les racines de la violence extr&#234;me des conflits actuels dans bien des pays arabes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence terrible de ces conflits rec&#232;le bien des traits de la violence coloniale comme s'ils opposaient deux soci&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res l'une &#224; l'autre, qui se nient mutuellement, qui ne partagent pas la m&#234;me culture, les m&#234;mes valeurs, la m&#234;me histoire, c'est-&#224;-dire tous ces &#233;l&#233;ments qui relient les classes sociales entre elles, adoucissent les conflits en les transcendant dans une solidarit&#233; plus grande qui est le sentiment d'appartenance &#224; la m&#234;me nation, au m&#234;me devenir et qui rend pr&#233;cis&#233;ment n&#233;cessaire la d&#233;mocratie comme moyen de g&#233;rer les contradictions sociales, les conflits de classe, et donc de vivre ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs dans le m&#234;me moteur cach&#233;, masqu&#233;, qui est celui de toute violence historique, l'app&#233;tit de propri&#233;t&#233; et de richesses, qu'il faut chercher le m&#233;canisme intime de cette violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Transfert de propri&#233;t&#233; et violence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#233;riodes historiques de transfert de propri&#233;t&#233; sont les p&#233;riodes d'extr&#234;me violence sociale. Il n'est pas possible d'expliquer ce qui passe actuellement dans bien des pays arabes si on n'a pas en vue cet aspect de la situation, et le sentiment qu'a une partie des classes poss&#233;dantes (celle pr&#233;cis&#233;ment comme on le verra qui a &#171; h&#233;rit&#233; &#187; de la propri&#233;t&#233; coloniale ou de la propri&#233;t&#233; d'Etat) que leurs int&#233;r&#234;ts sont menac&#233;s par la d&#233;mocratie. L&#224; est la cl&#233; de la compr&#233;hension de la brutalit&#233; sociale des conflits autour de la question de la d&#233;mocratie. Les conflits sont donc fondamentalement des conflits de classe m&#234;me s'ils apparaissent d'abord aux yeux sous leur angle socioculturel et qu'ils doivent leur sp&#233;cificit&#233; au dualisme postcolonial, c'est-&#224;-dire au fait qu'ils opposent les forces sociales, les classes de deux parties de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode coloniale fut une p&#233;riode de transfert de propri&#233;t&#233; d'une violence extr&#234;me. Vues sous cet angle, les guerres de lib&#233;ration nationale doivent aussi leur violence si caract&#233;ristique &#224; la lutte pour la r&#233;cup&#233;ration de la terre de la patrie, et donc &#224; un nouveau transfert de propri&#233;t&#233; au profit, en principe, des populations spoli&#233;es. Dans les pays arabes, qui avaient &#233;t&#233; colonis&#233;s ou domin&#233;s, cela s'est fait en g&#233;n&#233;ral au profit d'une partie de la soci&#233;t&#233;, la plus proche le plus souvent de l'ancienne soci&#233;t&#233; coloniale, ce qui a prolong&#233; ou maintenu le dualisme de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays arabes &#224; &#171; orientation socialiste &#187; ou &#224; capitalisme d'Etat, comme on voudra les nommer, le transfert de propri&#233;t&#233; postcolonial a d'abord &#233;t&#233; ajourn&#233; au profit de la propri&#233;t&#233; d'Etat. Mais l'&#233;croulement de l'URSS et du syst&#232;me socialiste europ&#233;en a d&#233;clench&#233; ou acc&#233;l&#233;r&#233; le passage &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Ce tournant historique est aussi une p&#233;riode d'un gigantesque transfert de propri&#233;t&#233; avec la violence qui peut lui &#234;tre li&#233;e. La co&#239;ncidence donc entre ce tournant historique et la crise actuelle dans les pays arabes n'est donc pas fortuite. Cette corr&#233;lation entre transfert de propri&#233;t&#233; et violence peut expliquer aussi que c'est pr&#233;cis&#233;ment dans les pays arabes &#224; &#233;conomie d'Etat, o&#249; la propri&#233;t&#233; d'Etat &#233;tait la plus &#233;tendue et o&#249; elle a &#233;t&#233; privatis&#233;e de fa&#231;on acc&#233;l&#233;r&#233;e, que la crise est la plus violente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard le cas de l'Alg&#233;rie est plein d'enseignements. A l'ind&#233;pendance, le choix en faveur d'une &#171; soci&#233;t&#233; socialiste &#187; donne lieu &#224; l'existence de la propri&#233;t&#233; publique sur un vaste secteur d'Etat dans l'agriculture, l'industrie, les services. L'immobilier lui-m&#234;me, pour la plus grande part et pour sa part la plus riche, est propri&#233;t&#233; d'Etat sous l'appellation &#171; des biens vacants &#187; (biens abandonn&#233;s par la colonie fran&#231;aise.). L'&#233;l&#233;ment culturel &#8211; le capital culturel, le niveau culturel, et sa mesure le dipl&#244;me- vont alors jouer un r&#244;le essentiel dans l'acc&#232;s aux fonctions de l'Etat, aux fonctions administratives et &#233;conomiques, et aux privil&#232;ges qu'ils assurent, notamment dans l'occupation des &#171; biens vacants &#187; immobiliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les toutes premi&#232;res d&#233;cennies de l'ind&#233;pendance, un dipl&#244;me, quel qu'il soit, &#233;tait la cl&#233; d'entr&#233;e aux postes de direction dans les soci&#233;t&#233;s d'Etat ou la haute administration. Le facteur culturel, d&#233;j&#224; important dans la hi&#233;rarchisation sociale dans toutes les soci&#233;t&#233;s, joue un r&#244;le encore plus grand dans les soci&#233;t&#233;s o&#249; domine la propri&#233;t&#233; d'Etat. Il va &#234;tre en Alg&#233;rie survaloris&#233;. De plus, en Alg&#233;rie, dans les premi&#232;res ann&#233;es de l'ind&#233;pendance, son action va &#234;tre d'autant plus intense qu'il faut remplacer l'appareil administratif et &#233;conomique colonial, l'&#171; alg&#233;rianiser &#187;. Le facteur culturel va donc se transformer directement en facteur de domination &#233;conomique et social. Et comme l'instruction, pour ceux qui pouvaient y acc&#233;der, s'est faite en langue fran&#231;aise pendant la p&#233;riode coloniale mais aussi apr&#232;s l'ind&#233;pendance, ce sont les &#233;lites francophones qui vont constituer l'essentiel des &#233;lites &#233;conomiques, administratives et pour une part importante militaires. On comprend donc les raisons sociologiques de la co&#239;ncidence qui s'op&#232;re entre langue fran&#231;aise et statut &#233;conomique et social. C'est le cas pour les fonctions administratives et &#233;conomiques mais c'est aussi le cas pour la jouissance de la meilleure partie des biens immobiliers de l'Etat car c'est &#224; partir de ces fonctions que se fait l'acc&#232;s &#224; ces biens. Ceci explique que la langue fran&#231;aise soit celle aussi des beaux quartiers des grandes villes, et l'existence de ce dualisme culturel et soci&#233;tal y compris dans l'espace urbain dont nous avons parl&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque se fait, &#224; la fin des ann&#233;es 80 et au d&#233;but des ann&#233;es 90 le passage g&#233;n&#233;ralis&#233; en Alg&#233;rie de la propri&#233;t&#233; d'Etat &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, du &#171; capitalisme d'Etat &#187; au capitalisme priv&#233;, ce sont donc les m&#234;mes &#233;lites qui en b&#233;n&#233;ficient. Elles vont s'approprier juridiquement, directement, ce dont elles jouissaient indirectement. La d&#233;mocratie va alors &#234;tre d'autant plus tentante, d'autant plus s&#233;duisante qu'elle va repr&#233;senter pour ces &#233;lites la possibilit&#233; de donner la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat de droit &#224; leurs nouveaux droits de propri&#233;t&#233; et de se lib&#233;rer enfin du populisme &#233;galitariste nationaliste de la guerre anticoloniale. Mais elle va repr&#233;senter aussi le danger de donner le pouvoir &#224; la majorit&#233;, aux masses de ceux laiss&#233;s pour compte et qui d&#233;sormais leur demandent des comptes. D'o&#249; leur h&#233;sitation permanente entre d&#233;mocratie et r&#233;gime autoritaire. Ce n'est pas un hasard, si les &#233;v&#232;nements d'Octobre 1988 en Alg&#233;rie, qui ont annonc&#233; la mont&#233;e de l'islamisme politique, aient co&#239;ncid&#233; avec la vente, bien souvent pour une bouch&#233;e de pain, des biens de l'Etat, notamment des biens immobiliers et des r&#233;serves fonci&#232;res. Beaucoup des revendications populaires, dont on ne parle plus aujourd'hui, portaient alors sur l'exigence de r&#233;v&#233;ler l'origine des biens de chacun et avaient cr&#233;&#233; une grande peur chez les nouveaux poss&#233;dants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On v&#233;rifie donc sous cet autre angle, les interf&#233;rences culturelles et sociales signal&#233;es plus haut : en effet, dans ces conditions historiques et culturelles particuli&#232;res de transfert de la propri&#233;t&#233;, les classes populaires vont assimiler occidentalisation, &#233;lites occidentalistes et discriminations &#233;conomiques et sociales. Les questions d'identit&#233; culturelles, et &#224; travers elles religieuses, vont alors prendre une signification sociale. Les contradictions de classe vont prendre le biais des conflits culturels pour s'exprimer. La question sociale va s'exprimer &#224; travers la question nationale, c'est-&#224;-dire &#224; travers l'exigence populaire de parachever l'&#233;mancipation nationale, de r&#233;aliser les promesses du mouvement de lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes causes produisant les m&#234;mes effets, on retrouve des situations semblables dans les pays du Maghreb. On retrouve aussi en Egypte, probablement avec d'autres variantes, des interf&#233;rences culturelles et sociales du m&#234;me ordre, et en tout cas certainement cette violence diffuse ou directe de l'&#233;norme transfert de propri&#233;t&#233; de l'&#233;conomie d'Etat &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le reclassement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#233;riodes historiques de transfert de propri&#233;t&#233; sont des p&#233;riodes de reclassement social et donc de reclassement politique et id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de constitution des empires coloniaux en fut une. Des voix &#171; d&#233;mocratiques &#187; comme celles, en France, de Lamartine et de Victor Hugo ont d&#233;fendu le colonialisme qui apportait, selon eux, &#171; la civilisation &#187; aux pays conquis. Les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais des r&#233;volutions de 1830 et 1848, et plus tard de la commune de Paris, d&#233;port&#233;s en Alg&#233;rie se sont peu &#224; peu transform&#233;s en propagandistes de &#171; &lt;i&gt;l'&#339;uvre civilisationnelle fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187;, et en d&#233;fenseurs de l'ordre colonial. Les avantages de la colonisation et de leur reclassement social les avaient fait changer de camp mais le discours humaniste et social &#233;tait rest&#233; le m&#234;me. C'est d'ailleurs par la suite devenu une tradition de la gauche coloniale fran&#231;aise, en Alg&#233;rie et au Maghreb de masquer la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts les plus froids derri&#232;re une phras&#233;ologie humanitaire et de grands discours sur &#171; la libert&#233;, la tol&#233;rance, la d&#233;fense de la civilisation &#187; contre les &#171; masses musulmanes fanatiques &#187; et la &#171; barbarie &#187;. On retrouve d'ailleurs, sous une forme modernis&#233;e mais au fond sans grands changements, les grands traits de ce discours comme discours dominant dans les m&#233;dias occidentaux .Plus pr&#233;s de nous, le 8 mai 1945, des militants politiques fran&#231;ais, mais aussi alg&#233;riens, se d&#233;finissant comme progressistes, qualifiaient les nationalistes alg&#233;riens de &#171; fascistes &#187; pour ne pas vouloir renoncer au mot d'ordre d'ind&#233;pendance et refuser de le subordonner &#224; la politique des forces de gauche fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire se r&#233;p&#232;te. De la m&#234;me mani&#232;re, les Fr&#232;res musulmans sont trait&#233;s en Egypte, par les partisans du coup d'Etat, de &#171; &lt;i&gt;fascistes&lt;/i&gt; &#187;, et ceux qui soutiennent le principe de la l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique de &#171; traitres &#224; la patrie &#187;, parce qu'il refusent de subordonner la d&#233;mocratie &#224; tout autre consid&#233;ration. . Un journaliste du journal fran&#231;ais &#171; Le Nouvel Observateur &#187; note avec surprise lors d'un reportage en Tunisie que &lt;i&gt;&#171; la violence vis-&#224;-vis d'Ennahdha, souvent trait&#233; de &#171; fascistes &#187; par l'opposition la&#239;que, serait facilement assimil&#233;e en France &#224; de l'Islamophobie ! &#187; &lt;/i&gt; ( Jean Marcel Bouguereau, &#171; &lt;i&gt;Egypte, Tunisie, le spectre des ann&#233;es noires alg&#233;riennes&lt;/i&gt; &#187; Le Nouvel Observateur, 28 juillet 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;f&#233;rence au &#171; fascisme &#187; est typique de l'arsenal de l'id&#233;ologie occidentaliste actuelle. Elle est d'abord hors de propos car le fascisme et le nazisme sont un produit historique, politique et culturel sp&#233;cifique &#224; l'Occident en tant que m&#233;lange complexe de racisme, d'int&#233;r&#234;ts financiers et imp&#233;riaux et de concurrence entre puissances occidentales pour la domination mondiale. C'est ensuite une contre v&#233;rit&#233; historique car Hitler n'est jamais arriv&#233; au pouvoir par les &#233;lections. Bien au contraire, il &#233;tait minoritaire au parlement, et il n'a &#233;t&#233; nomm&#233; chancelier, avec seulement 3 ministres au gouvernement, que par la pression de milieux financiers allemands et d'une partie de l'arm&#233;e sur le pr&#233;sident de la R&#233;publique de Weimar : Hindenburg. Il en est de m&#234;me de Mussolini qui ne prend le pouvoir que par un coup d'Etat, &#171; la marche de Rome &#187; des groupes fascistes, avec le soutien d'officiers sup&#233;rieurs et des milieux industriels &#171; d&#233;sireux de r&#233;tablir l'ordre dans le pays &#187;. Mais cette contre v&#233;rit&#233; a une fonction, celle d'&#233;tayer l'argument &#171; que le peuple peut se tromper &#187;, et d'&#233;viter aux faux d&#233;mocrates leur cauchemar : celui du suffrage populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est semble-t-il une tradition politique, h&#233;rit&#233;e de la culture coloniale fran&#231;aise, dans les pays du Maghreb mais aussi en Egypte &#224; travers la forte influence culturelle et historique fran&#231;aise, que de badigeonner d'un discours &#171; de gauche &#187; des int&#233;r&#234;ts particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la raison fondamentale de telles positions est l&#224; aussi le transfert de propri&#233;t&#233;, le reclassement et le changement de statut social qui en ont r&#233;sult&#233;. Devenues propri&#233;taires, les &#233;lites qui ont dirig&#233; le pays pendant le socialisme d'Etat ont gard&#233; de leur jeunesse politique le vocabulaire, et probablement la nostalgie sinc&#232;re de cette p&#233;riode. La forme reste, mais le fond a chang&#233;. L'id&#233;ologie &#171; de gauche &#187; est recycl&#233;e au service de nouveaux int&#233;r&#234;ts sociaux. Il en a toujours &#233;t&#233; ainsi. Les patriciens romains gardaient, dans leurs discours, les accents &#233;galitaristes et pl&#233;b&#233;iens des fondateurs de la R&#233;publique romaine, bien apr&#232;s s'&#234;tre constitu&#233;s en aristocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;norme reclassement social touche aussi et reconfigure les relations politiques, non seulement &#224; l'&#233;chelle nationale mais aussi &#224; l'&#233;chelle internationale. Les tournants historiques sont &#224; l'origine de changements dans les alliances, dans les rapports entre Etats, dans les relations diplomatiques. Mais il faut du temps &#224; chaque force pour &#233;valuer la nouvelle situation, prendre la mesure des changements, prendre ses marques, avoir de nouveaux rep&#232;res. A la faveur de la crise actuelle qui secoue le monde arabe, des alliances &#233;tonnantes se forment, qui semblent contradictoires, voire contre-nature ; elles se nouent, se d&#233;nouent au gr&#233; de l'&#233;volution de la situation, aussi bien au niveau local qu'international. En Egypte, les USA h&#233;sitent entre le soutien et la critique du coup d'Etat, entre le vieil alli&#233; s&#251;r que repr&#233;sente la hi&#233;rarchie militaire &#233;gyptienne depuis 30 ans, et un processus d&#233;mocratique qui pourrait s'av&#233;rer aventureux pour leurs int&#233;r&#234;ts. Ils avaient d&#233;j&#224; beaucoup h&#233;sit&#233; &#224; abandonner Moubarak. L'Arabie saoudite est avec les Fr&#232;res musulmans en Syrie mais soutient le coup d'Etat militaire en Egypte. Le Qatar et l'Arabie saoudite divergent fortement sur l'Egypte mais sont alli&#233;s sur la Syrie. Le parti des Fr&#232;res musulmans d&#233;nonce le silence, voire la complicit&#233; occidentale concernant le coup d'Etat et la r&#233;pression en Egypte. On se souvient cependant que c'est Mohamed Morsi, pr&#233;sident de l'Egypte, qui avait aux c&#244;t&#233;s des pays du Golfe, rompu les relations diplomatiques avec la Syrie. En Lybie, les puissances occidentales se sont alli&#233;es avec des courants islamistes pour abattre &#224; tout prix Maamar Gueddafi, puis ont agi de m&#234;me contre le gouvernement syrien. Mais apr&#232;s les r&#233;centes attaques antioccidentales &#224; Benghazi, elles ne sont plus du tout s&#251;r de leur int&#233;r&#234;t &#224; une alliance avec les islamistes en Syrie, et craignent qu'elle ne se retourne contre eux. Un Bernard Henri Levy, partisan acharn&#233; d'Isra&#235;l et des interventions militaires occidentales, pourra tout autant c&#233;l&#233;brer la &#171; r&#233;volution d&#233;mocratique &#187; en Lybie, comme le font des courants islamistes, que s'enflammer devant ce qu'il appelle &#171; le coup d'Etat d&#233;mocratique &#187; en Egypte, comme le font des courants arabes &#171; la&#239;ques de gauche &#187;. Le nouveau pouvoir tunisien pourra, tout autant, organiser &#224; Tunis, avec les puissances occidentales, une conf&#233;rence &#171; des amis de la Syrie &#187; que s'opposer aujourd'hui &#224; une intervention militaire en Syrie etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tournants historiques sont des p&#233;riodes d'h&#233;sitations, de grande confusion. C'est dans les bouleversements historiques actuels que se trouve, en profondeur, l'explication du d&#233;sordre, du chaos qui semble r&#233;gner dans le monde arabe, et non dans une main invisible et toute puissante qui l'aurait organis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Djamel Labidi&lt;/strong&gt; pour &lt;i&gt;Le Quotidien d'Oran&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lequotidien-oran.com/?news=5188926&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Quotidien d'Oran&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Alg&#233;rie, le 10 octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Egypte-un-pays-deux-societes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 21 octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification&lt;/u&gt; 3.0 Unported&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; * &lt;strong&gt;Djamel LABIDI&lt;/strong&gt;, professeur &#224; l'Universit&#233; d'Alger2&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Faits et m&#233;faits du &#171; droit d'ing&#233;rence &#187;Aujourd'hui l'Afrique demain l'Am&#233;rique Latine</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Faits-et-mefaits-du-droit-d-ingerence-Aujourd-hui-l-Afrique-demain-l-Amerique-Latine</link>
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		<dc:creator>Djamel Labidi</dc:creator>



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&lt;p&gt;Apr&#232;s la Libye, la France intervient en C&#244;te d'Ivoire. On pourrait tout autant dire qu'avant la Libye, la France &#233;tait intervenue en C&#244;te d'Ivoire, tant l'ing&#233;rence et l'intervention militaire de la France ont &#233;t&#233; chroniques dans ce pays depuis son ind&#233;pendance. En 2004, les troupes fran&#231;aises avaient ouvert le feu sur la foule &#224; Abidjan, faisant 90 morts et 2000 bless&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Les deux interventions militaires, en Libye et C&#244;te d'Ivoire, ont des points communs. Tout d'abord la recherche de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Afrique-et-Monde-Arabo-Musulman" rel="directory"&gt;Afrique et Monde Arabo-Musulman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s la Libye, la France intervient en C&#244;te d'Ivoire. On pourrait tout autant dire qu'avant la Libye, la France &#233;tait intervenue en C&#244;te d'Ivoire, tant l'ing&#233;rence et l'intervention militaire de la France ont &#233;t&#233; chroniques dans ce pays depuis son ind&#233;pendance. En 2004, les troupes fran&#231;aises avaient ouvert le feu sur la foule &#224; Abidjan, faisant 90 morts et 2000 bless&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les deux interventions militaires, en Libye et C&#244;te d'Ivoire, ont des points communs. Tout d'abord la recherche de la couverture du Conseil de S&#233;curit&#233; de l'ONU pour l&#233;galiser une ing&#233;rence flagrante dans les affaires d'un autre Etat. Pour ce qui est de la C&#244;te d'Ivoire, les forces de l'ONU n'ont &#233;t&#233;, d'&#233;vidence, qu'un paravent &#224; l'intervention des forces fran&#231;aises. Pour la Libye, on sait comment la r&#233;solution 1973 a &#233;t&#233; manipul&#233;e et viol&#233;e, sans qu'une r&#233;elle opposition &#224; cela puisse s'imposer au sein du Conseil de s&#233;curit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Conseil de l'Ins&#233;curit&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait de la r&#233;p&#233;tition de ces pratiques, le Conseil de s&#233;curit&#233; appara&#238;t aujourd'hui comme l'organe d'une sorte de dictature mondiale &#224; travers une alliance des principales puissances militaires occidentales, USA, Angleterre, France. Ces trois puissances sont, en g&#233;n&#233;ral partantes pour toutes les interventions militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine et la Russie, en pleine transition industrielle, n'ont d'&#233;vidence pas les moyens actuellement de s'opposer &#224; cette domination. Elles r&#233;servent apparemment l'utilisation de leur droit de veto aux situations o&#249; leurs int&#233;r&#234;ts vitaux sont directement touch&#233;s, ce qu'&#233;vite d'ailleurs de faire les puissances occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une dictature, car la &#171; Communaut&#233; internationale &#187; &#224; laquelle on se r&#233;f&#232;re, et qui est suppos&#233;e fournir la justification morale &#224; ces interventions, n'a jamais &#233;t&#233; aussi absente et silencieuse au sein de l'ONU. L'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU, qui en est l'expression, ne joue plus le r&#244;le de relai de l'opinion mondiale, qu'elle remplissait auparavant, quand elle avait par exemples condamn&#233; l'apartheid ou d&#233;fini le sionisme comme une forme de racisme. Le r&#244;le du Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU semble, lui aussi, se r&#233;duire de plus en plus &#224; celui d'un employ&#233; docile et effac&#233; du Conseil de S&#233;curit&#233;, qui sert par sa pr&#233;sence d'alibi dans les conf&#233;rences internationales, et qui n'ose m&#234;me pas s'inqui&#233;ter de la bonne application et du respect des r&#233;solutions du Conseil de S&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tribunal p&#233;nal international (TPI), con&#231;u au d&#233;part comme un des instruments de la d&#233;mocratie internationale, est peu &#224; peu d&#233;tourn&#233;, instrumentalis&#233; au service d'une dictature internationale, selon le &#171; deux poids, deux mesures &#187;. Les dirigeants occidentaux et pro-occidentaux y b&#233;n&#233;ficient de l'immunit&#233;. Les morts civils des bombardements des forces militaires occidentales, sont des &#171; bavures &#171; ou des &#171; dommages collat&#233;raux &#187;, tandis que ceux caus&#233;s par l'adversaire, ou attribu&#233;s &#224; lui, sont des &#171; crimes contre l'humanit&#233; &#187;. Pour la Libye et la C&#244;te d'Ivoire, il est int&#233;ressant de voir comment la menace du TPI est brandie ou retir&#233;e selon l'objectif, qu'on veuille &#233;craser et humilier un dirigeant, ou lui laisser entrevoir une porte de sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ing&#233;rence et guerres civiles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point commun &#224; la situation en Libye et en C&#244;te d'Ivoire, est que l'intervention militaire &#233;trang&#232;re y d&#233;clenche ou y nourrit une guerre civile. Celle-ci, comme son nom l'indique, est la plus co&#251;teuse en vies civiles, alors que l'objectif proclam&#233; au d&#233;part de l'intervention est de prot&#233;ger les populations. En Libye, comme en C&#244;te d'ivoire, les interventions se sont vite transform&#233;es en ing&#233;rence caract&#233;ris&#233;e au profit toujours d'un camp, celui jug&#233; pro-occidental par rapport &#224; l'autre. L'ing&#233;rence fausse le jeu des rapports de force internes &#224; une soci&#233;t&#233; et rend toujours plus difficile la recherche du compromis et le dialogue entre les forces nationales d'un pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Libye, c'est une insurrection, d&#233;clench&#233;e dans des conditions obscures, qui a fourni le pr&#233;texte &#224; l'intervention puis carr&#233;ment &#224; l'ing&#233;rence. Du coup, les v&#233;ritables donn&#233;es sur la situation en Libye, s'en sont trouv&#233;s brouill&#233;es et l'intervention du peuple libyen paralys&#233;. Celui ci appara&#238;t d'ailleurs &#233;trangement absent et silencieux comme s'il &#233;tait seulement l'enjeu passif des combats. Chaque camp peut alors revendiquer le soutien du peuple sans que rien ne permette de contr&#244;ler la v&#233;racit&#233; de ce qui est proclam&#233;. Que l'intervention ait eu pour objectif de d&#233;clencher un affrontement interne, ou qu'il en soit la cons&#233;quence, le r&#233;sultat est le m&#234;me : la guerre civile est install&#233;e et elle nourrit &#224; son tour l'ing&#233;rence, dans une situation o&#249; on ne peut plus alors distinguer les effets des causes. C'&#233;tait d&#233;j&#224; la situation en Irak et en Afghanistan, cela risque de devenir celle de la Libye et de la C&#244;te d'Ivoire. La haine diffus&#233;e dans la soci&#233;t&#233; par la guerre civile rend alors le pays qui en est victime fragile et vuln&#233;rable pour longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En C&#244;te d'Ivoire, c'est le non respect du r&#233;sultat des &#233;lections pr&#233;sidentielles qui a &#233;t&#233; la raison proclam&#233;e de l'ing&#233;rence. Mais l&#224;, c'est l'ing&#233;rence qui a pr&#233;c&#233;d&#233; l'intervention militaire violente actuelle, bien que la pr&#233;sence de troupes officiellement sous le contr&#244;le de l'ONU (mais dont l'action d&#233;pend en r&#233;alit&#233; op&#233;rationnellement de celle des troupes fran&#231;aises) soit plus ancienne. C'est donc d&#233;j&#224; la preuve que l'ing&#233;rence peut aggraver les probl&#232;mes jusqu'&#224; provoquer et justifier &#224; la fois une intervention militaire. Un engrenage s'installe alors o&#249; l'intervention a aliment&#233; la guerre civile en C&#244;te d'Ivoire, alors, qu'&#224; l'origine, elle &#233;tait suppos&#233;e vouloir l'emp&#234;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le r&#233;sultat des &#233;lections, dans les deux cas, que ce soit celui du comptage de la Commission de (l'ONU) en faveur de Ouattara ou celui du Conseil constitutionnel ivoirien en faveur de Gbagbo, le nombre de voix &#233;tait proche et indiquait une population &#233;lectorale r&#233;partie en deux camps d'une importance &#224; peu pr&#232;s &#233;gale. Dans de telles conditions, la pression faite par la France sur Ouattara pour qu'il agisse militairement, puis l'intervention militaire fran&#231;aise en sa faveur ne peuvent que pousser &#224; la guerre civile, &#234;tre un drame pour la soci&#233;t&#233; Ivoirienne, et fausser les &#233;quilibres en son sein, tels qu'ils ont &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;s par les &#233;lections. Il faut rapprocher cette f&#233;brilit&#233; et cette impatience du Gouvernement fran&#231;ais &#224; intervenir, de l'attitude et de la patience de l'Union africaine &#224; rechercher une solution pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aveu &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est prendre les gens pour des imb&#233;ciles que d' affirmer, comme le fait le ministre des affaires &#233;trang&#232;re fran&#231;ais, Alain Jupp&#233;, que c'est Ouattara qui est all&#233; &#224; l'assaut de la r&#233;sidence de Gbagbo ou que c'est l'ONU qui a r&#233;quisitionn&#233; l'intervention des troupes fran&#231;aises. Il est en effet clair que sans la pr&#233;sence des troupes fran&#231;aises Ouattara ne serait d'aucune efficacit&#233; militaire, ni ne penserait probablement m&#234;me &#224; agir militairement. De leur c&#244;t&#233;, les troupes de l'ONU apparaissent peu motiv&#233;es pour agir, preuve en est d'ailleurs l'intervention fran&#231;aise. On retrouve &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me situation en Libye ou l'action de l'insurrection se r&#233;v&#232;le de plus en plus &#234;tre totalement d&#233;pendante de l'intervention &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, en Libye, comme en C&#244;te d'Ivoire, les forces &#233;trang&#232;res, et leurs alli&#233;s locaux, reprochent aux troupes d'El Gueddafi comme &#224; celle de Gbagbo &#171; d'utiliser les populations civiles comme bouclier humains &#187;. On fait appel ainsi &#224; des valeurs chevaleresques contre un adversaire qu'on attaque sans risques, du haut du ciel, par h&#233;licopt&#232;re en C&#244;te d'ivoire, et par avions de chasse et missiles en Libye, et qu'on pr&#233;f&#233;rerait &#233;videmment avoir &#224; sa merci, en rase campagne. Les medias, d&#233;sormais simples instruments de propagande, matraquent de tels arguments. Elles oublient un simple d&#233;tail, c'est qu'El Gueddafi et Gbagbo sont eux dans leur pays, quoi qu'on puisse penser d'eux. Comment peut-on s'arroger le droit d'occuper le pays des autres. Et pourquoi ce droit est-il celui de certains pays, toujours les m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, face &#224; l'intervention &#233;trang&#232;re, Gbagbo comme El Gueddafi, auront r&#233;ussi &#224; donner &#224; leur action le sens d'un acte de r&#233;sistance nationale. Les deux hommes, dans des contextes diff&#233;rents, font preuve d'une fiert&#233; et d'un courage physique qui deviennent eux m&#234;mes un &#233;l&#233;ment du rapport de forces et qui ne semblent pas avoir &#233;t&#233; pr&#233;vus par les forces d'intervention. Les d&#233;clarations du ministre des affaires &#233;trang&#232;res fran&#231;ais exigeant de Laurent Gbagbo l'humiliation de signer un document reconnaissant la victoire de Ouattara, et d&#233;clarant le 7 mars qu'il ne tardera pas dans quelques heures &#224; se rendre, trahissent des relents de m&#233;pris colonial et &#233;claircissent, mieux que toute analyse, l'esprit r&#233;el et les buts cach&#233;s de l'intervention. La France a voulu essayer de sauver les apparences en d&#233;clarant qu'elle n'interviendrait pas dans l'assaut final contre Gbagbo. Il a bien fallu qu'elle le fasse, r&#233;v&#233;lant du m&#234;me coup qu'Ouattara n'&#233;tait rien sans elle. L'insistance des autorit&#233;s fran&#231;aises &#224; dire qu'elles n'ont pas proc&#233;d&#233;, elles, &#224; l'arrestation de Gbagbo, est significative. Elle trahit la crainte d'une r&#233;action de l'opinion ivoirienne. C'est donc l'aveu m&#234;me du caract&#232;re immoral de l'intervention militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Gbagbo, par sa r&#233;sistance acharn&#233;e et t&#234;tue, malgr&#233; l'&#233;norme d&#233;s&#233;quilibre du rapport de forces militaires, aura eu un m&#233;rite : celui de mettre &#224; nu &#224; la fois les v&#233;ritables objectifs de l'ing&#233;rence et ses cons&#233;quences pr&#233;visibles sur l'ind&#233;pendance de son pays. Du m&#234;me coup, cette r&#233;sistance entre dans l'Histoire de la C&#244;te d'Ivoire. La victoire fran&#231;aise n'aura rien r&#233;gl&#233;. C'est une victoire &#224; la Pyrrhus. Elle n'aura d'autre r&#233;sultat que de ternir l'image de la France en C&#244;te d'Ivoire et en Afrique et d'unifier toujours plus les Ivoiriens dans leur longue lutte nationale. Elle rendra tr&#232;s difficile &#224; l'ex Directeur g&#233;n&#233;ral adjoint du FMI, Mr Ouattara la gestion du pays, faute d'autorit&#233; morale. Elle risque alors, comme pour certains de ces pr&#233;d&#233;cesseurs de la &#171; Franceafrique &#187;, de le pousser, quels que soient ses intentions, vers une dictature. Tout sera alors &#224; refaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au nom de la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me point, et non le moindre, commun aux interventions en C&#244;te d'Ivoire et en Libye, est qu'elles se font au nom de la d&#233;mocratie. En Libye, c'est l'absence de d&#233;mocratie, en C&#244;te d'Ivoire c'est le non respect du r&#233;sultat du suffrage populaire, qui en ont &#233;t&#233; les justifications. D&#233;mocratie que de crimes, on commet en ton nom&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait penser que c'est un progr&#232;s si l'ing&#233;rence se r&#233;clame d&#233;sormais de la d&#233;fense de la d&#233;mocratie. Certes, dans un certains sens, et c'est d&#233;j&#224; le signe d'un changement d'&#233;poque. En effet, les interventions militaires se faisaient nagu&#232;re pour sauver des r&#233;gimes dictatoriaux et corrompus en Afrique. Par exemple, les interventions fran&#231;aises au Gabon en 1964, au Za&#239;re, pour sauver le dictateur Mobutu en 1978 et 1996, au Tchad en 1983, au Rwanda en 1994. Mais &#224; y regarder de pr&#233;s, on peut se demander si ce n'est pas seulement une op&#233;ration visant &#224; mieux vendre le m&#234;me produit. Ouattara est d&#233;sormais pour toujours un pr&#233;sident install&#233; par l'&#233;tranger, et qui plus est par l'ancienne (et toujours pr&#233;sente) puissance coloniale. Les insurg&#233;s libyens ne pourront jamais l&#233;gitimer leur recours &#224; l'&#233;tranger par l'objectif atteint du renversement ou de l'&#233;viction de El Gueddafi, au cas o&#249; cela se fait. On ne fait pas faire sa r&#233;volution par les autres. Dans les deux cas, ceux qui auront eu recours &#224; de tels moyens, n'auront donn&#233; au mieux &#224; eux et &#224; leurs peuples que de nouveaux maitres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci rappelle l'illusion, au d&#233;but du 20eme si&#232;cle, d'une certaine bourgeoisie &#233;clair&#233;e arabe au Moyen Orient, fascin&#233;e par l'Occident, qui croyait que celui ci allait la lib&#233;rer de la domination turque et lui apporter la d&#233;mocratie. On sait ce qu'il en advint. De m&#234;me, aujourd'hui, aussi bien au Machrek qu'au Maghreb, qu'en Afrique, ceux qui attendent de l'intervention militaire occidentale, qu'elle leur apporte la d&#233;mocratie, ressemblent comme une goutte d'eau, par une sorte de filiation historique, &#224; ceux qui attendaient du colonialisme la modernit&#233; et la civilisation. On ne peut dominer une soci&#233;t&#233; sans avoir des relais en son sein. Ceux qui avaient servi de relai au colonialisme y voyaient des aspects positifs, leur descendance, g&#233;n&#233;tique ou spirituelle, voient aujourd'hui dans l'ing&#233;rence &#233;trang&#232;re des aspects positifs pour la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, l'Histoire se r&#233;p&#232;te toujours et en m&#234;me temps ne se r&#233;p&#232;te jamais, car on retrouve &#224; chaque fois les m&#234;mes questions mais dans un contexte toujours diff&#233;rent. Les rapports entre la question de la d&#233;mocratie et la question nationale ont toujours &#233;t&#233; &#233;troits En 1789, en France, l'id&#233;e de la d&#233;mocratie a &#233;t&#233; ins&#233;parable de celle de la nation. De m&#234;me, pour la naissance de la nation am&#233;ricaine. En Alg&#233;rie, pendant longtemps le mouvement national a cru qu'il pourrait obtenir l'ind&#233;pendance pacifiquement, par la d&#233;mocratie. C'est en fait, la France qui a cr&#233;&#233;, en Alg&#233;rie, la m&#233;thode de manipulation du r&#233;sultat des urnes, avec ce qu'on a appel&#233; les &#233;lections &#224; la Naegelen (socialiste fran&#231;ais, gouverneur de l'Alg&#233;rie de 1948 &#224; 1951, rest&#233; c&#233;l&#232;bre pour son organisation de la fraude &#233;lectorale massive). Peu apr&#232;s &#233;clatait la r&#233;volution arm&#233;e et la d&#233;mocratie a &#233;t&#233; sacrifi&#233;e aux n&#233;cessit&#233;s de la lib&#233;ration nationale. C'est peut &#234;tre l&#224; l'une des raisons de la sous-estimation de la d&#233;mocratie au profit du nationalisme longtemps apr&#232;s l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire donc se r&#233;p&#232;te dans le sens ou aujourd'hui l'ing&#233;rence &#233;trang&#232;re, loin de faciliter la transition d&#233;mocratique au contraire la bloque, en obligeant les peuples agress&#233;s &#224; mobiliser leurs forces pour obtenir ou d&#233;fendre en priorit&#233; leur ind&#233;pendance. Peut &#234;tre est ce l&#224; le but des ing&#233;rences et des interventions militaires, celui d'emp&#234;cher une v&#233;ritable d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en vient ainsi &#224; une question particuli&#232;rement int&#233;ressante, qui m&#233;riterait r&#233;flexion. Comment s'est diffus&#233;e la d&#233;mocratie dans les nations europ&#233;ennes. Pourquoi les nations europ&#233;ennes, &#224; part la tentative d'exporter la r&#233;volution fran&#231;aise par Napol&#233;on qui s'est sold&#233; par un d&#233;sastre, n'ont-elles jamais connu depuis de situation o&#249; une force &#233;trang&#232;re vient r&#233;gler par les armes un conflit concernant l'application des r&#232;gles de la d&#233;mocratie. Pourtant ces conflits sont inh&#233;rents &#224; la vie d&#233;mocratique. Il n'y a pas si longtemps, par exemple, lors de sa premi&#232;re &#233;lection, le pr&#233;sident Gorges. W. Bush a, c'est connu, &#233;t&#233; &#171; tr&#232;s mal &#187; &#233;lu. Pourtant tout le monde aux Etats unis a accept&#233; la d&#233;cision de la Cour supr&#234;me. La coh&#233;sion nationale a &#233;t&#233; jug&#233;e par tous plus importante que le diff&#233;rend autour du r&#233;sultat des &#233;lections. Pourquoi la d&#233;cision de la Cour constitutionnelle, en faveur de Gbagbo en C&#244;te d'Ivoire n'aurait-elle pas du avoir la m&#234;me autorit&#233;. Certes, on peut douter, et &#224; raison, de son impartialit&#233;. Mais Gbagbo, de son c&#244;t&#233;, pouvait estimer lui aussi &#224; juste titre, que la pr&#233;sence des forces fran&#231;aises faussait le r&#233;sultat des &#233;lections et que l'ONU et la France &#233;tait &#224; la fois juges et parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit sous la forme du soutien apport&#233; aux r&#233;gimes antid&#233;mocratiques et corrompus, ou de l'intervention militaire au nom de la d&#233;mocratie, l'ing&#233;rence occidentale peut &#234;tre l&#233;gitimement soup&#231;onn&#233;e de viser depuis toujours les m&#234;mes buts, puisqu' elle aboutit au m&#234;me r&#233;sultat : celui de paralyser les capacit&#233;s internes de chaque soci&#233;t&#233; &#224; r&#233;gler ses conflits et donc de les exacerber suivant le vieux principe de &#171; diviser pour r&#233;gner &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1980, en m&#234;me temps que basculait le rapport de forces dans le monde au profit des principales puissances occidentales, le &#171; droit d'ing&#233;rence &#187; a &#233;t&#233; brandi comme un devoir des nations les plus fortes. Att&#233;nu&#233; au d&#233;part par le mot &#171; humanitaire &#187;, il a fini par produire &#171; des bombardements humanitaires &#187;. Qualifi&#233; au d&#233;part de &#171; devoir d'ing&#233;rence &#187;, il est devenu peu &#224; peu, par glissement successifs, un &#171; droit d'ing&#233;rence &#187; tout court avec comme mission nouvelle d'exporter la d&#233;mocratie. Le bilan de ce droit d'ing&#233;rence est tr&#232;s lourd en termes de souffrances pour les peuples et de tensions internationales. Les faits sont l&#224; : il n'a &#233;t&#233; qu'un instrument pour servir des desseins de domination. Il n'a nulle part aid&#233; &#224; la d&#233;mocratie, aussi bien au niveau des rapports internationaux qu'au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Djamel Labidi&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.lequotidien-oran.com/?news=5151774&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;u&gt;Le Quotidien d'Oran&lt;/u&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Alg&#233;rie, le 26 de avril de 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; * &lt;strong&gt;Djamel LABIDI&lt;/strong&gt;, professeur &#224; l'Universit&#233; d'Alger2&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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