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		<title>Enrique Dussel : &#171; Nous sommes dans la lutte pour la Deuxi&#232;me &#201;mancipation &#187;</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Enrique-Dussel-Nous-sommes-dans-la-lutte-pour-la-Deuxieme-Emancipation</link>
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		<dc:date>2019-07-29T09:21:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Enrique Dussel*</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; La situation est tr&#232;s compliqu&#233;e et exige une philosophie politique de grand r&#233;alisme critique... Les gens prennent conscience de ce que la situation est difficile et qu'il faut s'engager. Nous sommes dans la lutte pour la Deuxi&#232;me &#201;mancipation &#187;... Enrique Dussel&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; La situation est tr&#232;s compliqu&#233;e et exige une philosophie politique de grand r&#233;alisme critique &#187;...&#171; Les Europ&#233;ens eux- m&#234;mes sont pomm&#233;s. Ils vivaient &#224; l'ombre des Etats-Unis, et l'arbre a boug&#233;, et maintenant ils sont au soleil et c'est eux qui doivent commencer &#224; faire les choses et ils se rendent compte qu'ils sont mal pr&#233;par&#233;s. Et en cela nous avons davantage d'alli&#233;s. Je ne suis pas optimiste, mais je ne perds pas l'espoir &#187;, a r&#233;sum&#233; l'universitaire argentin install&#233; au Mexique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Enrique Dussel lui m&#234;me se d&#233;finit comme un philosophe, en plus d'&#234;tre historien et critique th&#233;ologique. Il est n&#233; le 24 d&#233;cembre 1934 &#224; La Paz, petite ville de la province de Mendoza en Argentine. Cosmopolite et d'esprit curieux, apr&#232;s avoir obtenu son doctorat en Philosophe &#224; &lt;a href=&#034;http://www.uncuyo.edu.ar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'&lt;i&gt;Universit&#233; Nationale de Cuyo&lt;/i&gt; (UNC)&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; [Mendoza, Argentine] il a v&#233;cu dans plusieurs pays d'Europe afin de continuer ses &#233;tudes (Espagne, France et Allemagne, entre autres) et en Isra&#235;l. Il est retourn&#233; en Argentine plusieurs ann&#233;es apr&#232;s ayant obtenu un doctorat en Philosophie, en histoire et fait des &#233;tudes sur les Sciences de la Religion, pour s'&#233;tablir &#224; nouveau dans son pays. Le 2 octobre 1973 &#8211; &#224; cause de ses liens id&#233;ologiques avec les mouvements r&#233;volutionnaires argentins - un commando a attent&#233; &#224; sa vie apr&#232;s avoir plac&#233; une bombe dans sa propre maison. Depuis ce temps-l&#224; il vit au Mexique, o&#249; il a &#233;t&#233; naturalis&#233; et a &#233;crit la plupart de son &#339;uvre. Laquelle compte aujourd'hui plus de 50 livres et plus de 400 articles traduits en plusieurs langues, ce qui a g&#233;n&#233;r&#233; nombre de dissertations sur une pens&#233;e &#233;thico-critique et transformatrice dans toute la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce philosophe, reconnu comme l'un des cr&#233;ateurs de la &#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Filosof%C3%ADa_de_la_liberaci%C3%B3n&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Philosophie de la Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187; et comme l'inspirateur de milliers de militants et de penseurs dans le monde, a r&#233;cemment &#233;t&#233; nomm&#233; membre de l'Acad&#233;mie de Sciences et des Arts aux &#201;tats-Unis et a re&#231;u une reconnaissance de m&#234;me ordre partout dans le monde. Il nous a re&#231;us dans sa maison de Mexico pour converser sur divers sujets : la vie et la mort, la sant&#233; et la maladie, le changement climatique et les destins possibles non seulement de l'Am&#233;rique Latine mais du monde et de l'humanit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Nous vous pr&#233;sentons cet &#233;change exceptionnel. &lt;strong&gt;Agence Paco Urondo (APU)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APU : &lt;strong&gt;Dans son &#171; &lt;i&gt;&#201;thique de la lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#187; de 1998 vous citez &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Humberto_Maturana&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Humberto Maturana&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. L'&#233;minent biologiste chilien a l'habitude de commenter que &#171; ce n'est pas qu'il existe quelque chose de semblable &#224; la '&lt;i&gt;vie&lt;/i&gt;' au sens abstrait, ou de mani&#232;re ent&#233;l&#233;chie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tradition aristot&#233;licienne : Principe cr&#233;ateur de l'&#234;tre, par lequel l'&#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais existent des &#234;tres vivants autopo&#239;&#233;tiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'autopo&#239;&#232;se (du grec auto soi-m&#234;me, et poi&#232;sis production, cr&#233;ation) est la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que pensez-vous d'une telle affirmation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enrique Dussel :&lt;/strong&gt; Bon, ce que Maturana propose a beaucoup &#224; voir r&#233;ellement avec l'&#233;thique comme je la con&#231;ois. La vie est &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Autopo%C3%AF%C3%A8se&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;autopo&#239;&#232;tique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Les plantes et les animaux reproduisent la vie et dans un processus de type anti entropique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme entropie a &#233;t&#233; introduit en 1865 par Rudolf Clausius &#224; partir d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; parce qu'ils sortent le plus du moins. Le monde physique, astronomique, d&#233;pense de l'&#233;nergie et se d&#233;grade. En revanche la vie est comme un processus anti entropique parce se cr&#233;ent de nouvelles choses, &#233;tapes qualitatives sup&#233;rieures. Autour de l'humain la vie a atteint sa plus grande complexit&#233; et un d&#233;veloppement encore ind&#233;fini vers l'avenir. Cela si nous changeons les usages de la civilisation, qui a d&#233;j&#224; entam&#233; un processus entropique g&#233;om&#233;triquement d&#233;velopp&#233; qui va mener &#224; l'extinction de l'esp&#232;ce humaine. Cinq fois d&#233;j&#224;, la vie a tu&#233; plus de 90 % des vivants et la derni&#232;re fois fut l'&#233;tape des dinosaures. Nous sommes dans la cinqui&#232;me &#233;tape mais l'&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Anthropoc%C3%A8ne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;anthropoc&#232;n&lt;/a&gt;e&lt;/strong&gt; - l'&#233;tape de l'&#234;tre humain &#8211; semble finie si nous suivons le chemin que nous avons pris. Nous allons d&#233;truire la vie humaine et aussi une grande partie de la vie qui est parasitaire de notre vie. Par cons&#233;quent, nous commen&#231;ons &#224; pr&#233;dire peut-&#234;tre une sixi&#232;me &#233;tape de la vie, qui ne sera pas la fin de la vie puisque les blattes et les souris et d'autres types d'insectes et de petits animaux sortiront peut &#234;tre de la prochaine &#233;tape de la vie o&#249; l'&lt;i&gt;Homo Sapiens&lt;/i&gt; aura disparu parce que s'est produit un processus suicidaire. Nous sommes dans le sujet vie et mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; propos du sujet de la vie, il est central dans la &lt;i&gt;Philosophie de la Lib&#233;ration&lt;/i&gt; pourriez-vous nous offrir une d&#233;finition de la &#171; &lt;i&gt;vie humaine&lt;/i&gt; &#187; en particulier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort et la vie dont nous parlons n'est pas le concept de vie, ni de la bonne vie, mais de facto le fait de vivre et cela n'a pas besoin de d&#233;finition. Un enfant sait tr&#232;s bien si on lui montre une image : Une pierre, une maison, un arbre et une fleur montr&#233;s &#224; un enfant de 4 ans et on lui dit : voyons dis-moi de ces images lesquelles sont les &#234;tres vivants. Il ne se trompera pas, il sait ce qui est un &#234;tre vivant. La vie est le point de d&#233;part de tout &#234;tre humain. La politique a &#224; voir avec l'affirmation de la vie. L'&#233;conomie a &#224; voir avec l'affirmation de la vie. Nous pouvons dire que la vie est la condition absolue et universelle de tout ce que l'&#234;tre humain fait. Si nous tuons les conditions qui permettent de se reproduire et de grandir, la vie est alors un mauvais acte, et c'est un bon acte oui, si elle permet la reproduction et la croissance de la vie. Mais bien s&#251;r, parfois les uns exploitent les autres, et vivent aussi des autres. Telle serait l'injustice &#233;conomique par exemple, mais cela continue &#224; &#234;tre un sujet sur l'affirmation ou la n&#233;gation de la vie. Le mauvais serait n&#233;crophile, celui qui aime la mort. Et biophile serait celui qui aime la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conception m&#233;dicale occidentale pense &#171; la vie &#187; de l'&#234;tre humain dans un sens dualiste, le corps (soma) d'un c&#244;t&#233; et l'esprit (psych&#233;) de l'autre, chacune des formes s&#233;par&#233;es avec ses &#171; &lt;i&gt;sympt&#244;mes &lt;/i&gt; &#187; respectifs et ses &#171; &lt;i&gt;souffrances&lt;/i&gt; &#187;. De plus, elle l'isole de son contexte historique, social, culturel, politique et philosophique. Pensez-vous que la m&#233;decine moderne devrait modifier une telle anthropologie de racine greco-cart&#233;sienne et penser l'&#234;tre humain depuis une autre perspective ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;decine comme toutes les sciences touche directement le sujet de la vie. C'est l'art de soigner c'est-&#224;-dire d'&#233;viter la maladie pour prolonger la vie. Cela devait &#234;tre l'essence de la m&#233;decine. Mais comme l'exercice de l'affirmation de la vie se fait dans des structures id&#233;ologiques, politiques, &#233;conomiques et autres, nous devons voir que la m&#233;decine r&#233;pond d'abord au concept de la vie. Chez les grecs le corps &#233;tait la vie. L'&#226;me donnait la vie au corps mais la m&#233;decine gu&#233;rissait un peu les corps. C'est clair qu'ils disaient : un esprit sain dans un corps sain. Mais l'esprit n'&#233;tait pas proprement l'objet de la m&#233;decine mais plut&#244;t le corps. Et souvent la m&#233;decine actuelle par le mode d'intervention continue de penser aussi que le sujet fondamental est la corporalit&#233; souffrante -comme maladie- qui suppose une vie non accomplie. Aussi, je pourrais d&#233;finir la m&#233;decine comme une science, une institution et des instruments affirmant la vie et lutte contre la maladie. Mais &#224; son tour, la maladie va aussi se d&#233;finir autrement dans l'histoire. Au Moyen &#194;ge on pensait qu'un malade pouvait &#234;tre l'objet d'une action d&#233;moniaque. Alors l'exorcisme du d&#233;mon &#233;tait fait pour gu&#233;rir quelqu'un parce que le malheur &#233;tait habit&#233; par un esprit malin. Nous allons plut&#244;t vers une vision plus mat&#233;rielle. Je ne dis pas corporelle parce que c'est diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont, selon vous, les facteurs et les int&#233;r&#234;ts qui d&#233;terminent actuellement les notions de Maladie et de Sant&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a comme une grande influence de la pharmacologie. On donne des m&#233;dicaments qui sont produits par une industrie qui gu&#233;rit la maladie avec une intervention parfois violente du m&#233;decin. Maintenant ce que nous ne pensons pas, souvent c'est que ces m&#233;dicaments forment un syst&#232;me de transnationales - par exemple &lt;i&gt;Bayer&lt;/i&gt; - qui produisent non seulement des semences transg&#233;niques mais aussi des m&#233;dicaments. Mais &#233;tant une transnationale capitaliste sa finalit&#233; de fond est de produire des b&#233;n&#233;fices. Alors je pourrais dire que la pharmacologie est quelque chose de semblable &#224; la technique par laquelle le capital obtient du profit &#224; travers l'exploitation de la maladie. C'est ainsi que les pauvres ne peuvent pas acheter les m&#233;dicaments les plus efficaces pour pouvoir gu&#233;rir les nouvelles maladies qui surviennent. Cela veut dire alors qu'il y a aussi un probl&#232;me &#233;conomique qui d&#233;termine l'usage de la m&#233;decine et que le m&#233;decin d'une certaine fa&#231;on est un instrument d'un grand syst&#232;me d'exploitation de la maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait commencer &#224; voir comment cela fonctionne. Aujourd'hui un m&#233;decin normalement se fait r&#233;mun&#233;rer une visite ce qu'elle co&#251;te ou bien il travaille pour une clinique. &lt;a href=&#034;https://es.wikipedia.org/wiki/Pedro_La%C3%ADn_Entralgo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La&#237;n Entralgo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; qui a &#233;t&#233; un m&#233;decin espagnol a &#233;crit une histoire de la m&#233;decine. Depuis quand un m&#233;decin se fait r&#233;mun&#233;rer de fa&#231;on priv&#233;e par un client malade ? Depuis quand et pourquoi le fait-il ? Est-ce que cela existait dans toutes les cultures ? Est-ce que cela se passait avant le Moyen &#194;ge ? Depuis quand est quantifi&#233; de fa&#231;on &#233;conomique le service d'un M&#233;decin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez &#233;t&#233; Recteur de l'Universit&#233; Autonome de la Cit&#233; de Mexico (UACM) et Professeur Universitaire. Quel est le r&#244;le de la formation Universitaire et de la production de connaissance sur ces sujets ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le service du m&#233;decin fonctionne pour &#233;viter la maladie. Et par cons&#233;quent le m&#233;decin se transforme en instrument d'un syst&#232;me. A la facult&#233; de M&#233;decine on &#233;tudie l'anatomie, la physiologie et une quantit&#233; de sujets relevant de la science m&#233;dicale pour lutter contre la maladie. Mais on n'&#233;tudie pas du tout le syst&#232;me d'exploitation de la maladie. Cela serait d&#233;j&#224; de la m&#233;taphysique, ou de l'&#233;thique, et il semble que cela ne correspond pas &#224; la M&#233;decine. Mais le sujet est juste. Le m&#233;decin est un instrument du capital, et c'est pourquoi il y a une m&#233;decine pour les classes privil&#233;gi&#233;es qui peuvent payer, et une &#171; m&#233;decine de masse &#187; pour ceux qui ne peuvent pas se la payer, qui meurent bien s&#251;r bien avant, bien que la dur&#233;e vie ait augment&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui cr&#233;e &#224; son tour un autre probl&#232;me, tout &#224; coup la terre devient petite pour une expansion de l'esp&#232;ce Homo. La Terre n'a pas &#233;t&#233; faite pour cette quantit&#233; de personnes, nous commen&#231;ons &#224; &#234;tre trop nombreux. Certes, la mani&#232;re dont aujourd'hui le sujet est r&#233;solu consiste en ce que les pauvres meurent. En r&#233;alit&#233;, il serait rationnel de ne pas concevoir autant de nouveaux n&#233;s afin de faire baisser baisser la d&#233;mographie et que la terre recommence &#224; grandir. Il y a des situations politiques et &#233;conomiques qui d&#233;terminent la M&#233;decine et celle-ci ne capte pas parfois toute cette complexit&#233;. C'est pourquoi le sujet &#233;thique dans la m&#233;decine et la formation de professionnels de la sant&#233; se doit de revenir &#224; l'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consolider la vie de l'&#234;tre humain et non tant exploiter la maladie, ce qui peut paraitre la m&#234;me chose mais cela ne l'est pas parce que l'exploitation de la maladie devient de plus en plus ch&#232;re pour ceux qui affrontent les derniers jours de leur vie. Mais en m&#234;me temps, le syst&#232;me &#233;conomique produit des pauvres qui meurent avant l'heure parce qu'ils ne peuvent pas payer r&#233;ellement ce type de M&#233;decine. Certes, il faut de quelque fa&#231;on socialiser la M&#233;decine. Cela veut dire qu'il y a un probl&#232;me d'injustice en ce qui concerne la lutte contre la maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment pourrait-on d&#233;coloniser le discours occidental moderne -dans le domaine de la Sant&#233;, conditionn&#233; -comme d&#233;j&#224; mentionn&#233;- par de forts int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques- depuis un regard propre aux majorit&#233;s populaires et depuis la perspective de la &#171; &lt;i&gt;Philosophie de la Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la &#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Filosof%C3%ADa_de_la_liberaci%C3%B3n&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Philosophie de la Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;, le premier principe &#233;thique valable pour toutes les actions humaines et aussi pour la m&#233;decine, serait de s'occuper de consolider la vie et effectivement de la prolonger dans le temps de mani&#232;re heureuse. C'est le principe mat&#233;riel de l'&#233;thique. Le deuxi&#232;me principe est comment affirmerons- nous la vie ? et l&#224; d&#233;j&#224; vient le consensus, l'organisation politique qui se formule en un principe d&#233;mocratique. Ce n'est pas un sujet que le dictateur dise comment la vie s'affirme, mais c'en est un que le peuple puisse d&#233;finir comment il va distribuer cette vie. Et ensuite le troisi&#232;me principe est celui de la faisabilit&#233;. C'est-&#224;-dire que soit possible ce qu'on a d&#233;cid&#233; sur la fa&#231;on de consolider la vie. Ces trois principes dans la M&#233;decine fonctionnent tr&#232;s bien, mais comme nous l'avons dit, il y a une injustice. L&#224; nous avons une quantit&#233; de probl&#232;mes qui guident une r&#233;flexion sur la transformation du syst&#232;me de sant&#233; : c'est l'affirmation de la vie et la lutte contre la maladie mais dans une juste distribution des moyens pour arriver &#224; ces fins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose aussi un Etat qui s'occupe de la sant&#233; comme un droit de l'homme et qui cr&#233;e les instruments pour que parvienne r&#233;ellement jusqu'aux gens une m&#233;decine comme elle devrait &#234;tre. Le sujet est qu'il ne faut pas seulement changer les structures de la m&#233;decine mais de l'&#233;conomie, o&#249; d&#233;j&#224; la finalit&#233; ne serait pas l'augmentation du taux de profit mais l'augmentation de la qualit&#233; de la vie. Il y a un dilemme entre la croissance des profits et de la croissance de la qualit&#233; de la vie, du bonheur. En Argentine, il y a un proverbe qu'il dit qu'un voleur s'approche et dit &#224; quelqu'un : la bourse ou la vie. La bourse serait l'argent et la vie alors, je lui colle une balle. Mais si nous la prenons au s&#233;rieux la proposition, ce serait ou la bourse de&lt;i&gt; Wall Street&lt;/i&gt; ou la vie humaine. Le syst&#232;me mondial nous en met une &#224; tous dans la t&#234;te. Alors tout &#224; coup la m&#233;decine se lie &#224; l'&#233;conomie mais &#224; son tour l'&#233;conomie se lie &#224; la politique parce que changer aujourd'hui le syst&#232;me &#233;conomique suppose des mesures politiques tr&#232;s fortes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;alit&#233; suppose une nouvelle th&#233;orie et aussi on peut dire une nouvelle &#233;thique. Mais ce n'est pas une &#233;thique des valeurs ou une &#233;thique d'honn&#234;tet&#233; individuelle pour dire que je suis bon. Non, non. Cela doit &#234;tre une &#233;thique r&#233;ellement pens&#233;e depuis des structures r&#233;elles. Qui va investir un copec s'il ne tire un pourcentage annuel sup&#233;rieur &#224; celui qu'il aurait s'il l'investissait dans autre chose ? La rationalit&#233; est l'augmentation du taux de profit, &#231;a c'est r&#233;el. Et celui qui ne fait pas cela coule, et s'il coule donc l'entreprise qu'il avait ferme et ceux qui travaillaient dans cette entreprise restent sans travail. Alors la question est grave et elle est d'ensemble, mais nous arrivons aux limites et justement la vie recommence &#224; &#234;tre sur un Horizon proche parce que &#233;cologiquement nous d&#233;truisons les conditions qui facilitent la reproduction de la vie. L'augmentation de la temp&#233;rature, le trou d'ozone, les plastiques qui envahissent les oc&#233;ans. D&#233;j&#224; maintenant m&#234;me le super milliardaire le plus riche de Wall Street va respirer aussi un air contamin&#233;, il va prendre du plastique et va mourir comme le dernier pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, pas si vite. D'abord les pauvres vont mourir, mais les autres aussi. Et de plus, quand mourront les pauvres : Que vont faire les autres ? Nous sommes devant un temps apocalyptique, &#224; la fin des temps dans un sens quasi mythique. Parce qu'il n'y a pas beaucoup d'avenir pour l'humanit&#233; si elle continue comme cela et en cela d&#233;j&#224; la m&#233;decine passe &#224; l'&#233;cologie. L'&#233;cologie se transforme comme la m&#233;decine qui traite maintenant la maladie de la terre qui est la destruction &#233;cologique. C'est la grande maladie. Et comment obtenir alors que la vie continue pour les prochaines g&#233;n&#233;rations. C'est pourquoi elle &#233;meut &#233;thiquement mais rationnellement la jeune su&#233;doise de seize ans qui l'autre jour s'est adress&#233;e &#224; une assembl&#233;e d'hommes de science. Ils &#233;taient environ mille et la jeune fille en tr&#232;s bon anglais a dit que nous les g&#233;n&#233;rations futures demandons qu'ils changent l'ordre ou nous allons mourir. Et quand elle a dit cela , la petite a une larme. Alors ils ont dit : c'est nouveau. Il n'y avait jamais eu dans l'histoire une r&#233;bellion des enfants. Mais ce ne sont pas des blagues, mais bien le fond du sujet : ils vont nous d&#233;truire la Terre et nous allons &#234;tre les victimes. Cela implique aussi une &#233;thique forte et une red&#233;finition de la M&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mexique est aujourd'hui au milieu d'une bataille politique et &#233;conomique. Parce que s'ils prennent certaines mesures, le capital lui se retire, la monnaie chute, le pays entre en crise et c'est une h&#233;catombe. La politique a &#224; voir avec la gestion du sujet &#233;conomique. Ce n'est pas du tout facile aujourd'hui de dire nous allons faire ce qu'a fait L&#233;nine, c'est &#224; dire un &#233;tat o&#249; les producteurs sont propri&#233;taires de l'entreprise et d&#233;finissent le socialisme du XXe si&#232;cle. Ce n'est pas si facile, aujourd'hui le capital est tr&#232;s organis&#233; et a d&#233;j&#224; de l'exp&#233;rience et sait comment lutter contre ceux-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#233;valuez-vous la r&#233;alit&#233; de l'Am&#233;rique Latine &#224; la lumi&#232;re de ces d&#233;bats ? Quel impact pourra avoir l'irruption du gouvernement d'AMLO au Mexique et quelles choses se jouent dans l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en Argentine &#224; la fin de l'ann&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de ce si&#232;cle il y a eu ce que nous appelons un printemps politique. J'ai &#233;crit mon petit livre &#171; 20 th&#232;ses de Politique &#187; en disant qu'apr&#232;s 500 ans nous vivons un printemps politique avec les M&#232;res de Place de Mai, les &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt;, les Sans-terre, les cultivateurs de coca. Aussi avec les gouvernements de l'&#201;quateur de Correa, la Bolivie avec Evo Morales, le Guatemala, le Forum Mondial de Porto Alegre. N&#233;stor Kirchner en Argentine, Tabar&#233; V&#225;zquez en Uruguay, Lula au Br&#233;sil. Eh bien, il semblait que nous &#233;tions dans une nouvelle &#233;tape. Et, en peu d'ann&#233;es, Paff !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il y a eu deux pas en avant et un en arri&#232;re. Mais ce n'est pas seulement nous, les Etats-Unis &#233;taient distraits par le Moyen-Orient voulant se pomper tout le p&#233;trole et &#233;tant aux ordres du Sionisme. Non d'Isra&#235;l, mais oui du Sionisme, en transformant en miettes tout ce qui pouvait &#234;tre un danger pour Isra&#235;l. Et alors ils se sont m&#234;l&#233;s du Moyen-Orient : et voil&#224; qu'ils sortent battus ! Parce qu'ils n'ont pas gagn&#233; cette bataille et maintenant ils partent et retirent leurs soldats d'Irak sans gagner la bataille. En Syrie non plus. Ils ont d&#233;truit la Libye, mais ils ne l'ont pas conquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ils se sont dits : bon nous avons d&#233;j&#224; assez fait des bourdes, revenons sur n&#244;tre terrain. Et ils reviennent malheureusement vers l'Am&#233;rique Latine et nous avons en face celui de toujours, l'Empire. Il nous a fait reculer, et toujours avec de nouvelles m&#233;thodes. Avant c'&#233;tait les dictatures militaires, maintenant ils se sont d&#233;brouill&#233;s pour corrompre le syst&#232;me judiciaire. Et maintenant les coups d'&#201;tat sont judiciaires : Qui l'aurait dit !? Ils mettent Lula en prison, veulent mettre Cristina Kirchner en prison aussi. Eh bien, nous devrons voir comment nous &#233;purons le syst&#232;me juridique. Il y a eu un pas en arri&#232;re, mais il a &#233;t&#233; aussi d&#233;sastreux pour le N&#233;olib&#233;ralisme. Macri c'est une catastrophe : Bolsonaro, n'en parlons m&#234;me pas ! Un autre Trump. Et il n' y a pas de solution, parce qu'ils se livrent aux USA. Et les USA n'ont pas de co-responsabilit&#233;, et puisqu'ils se livrent, les &#233;tasuniens les exploitent mieux. Ils n'ont pas de doctrine &#224; moyen terme. Mais maintenant l'immigration de l'Am&#233;rique Centrale arrive. Qui l'a produite, les Etats-Unis ! Ils ont mis en place une dictature au Salvador. L'ananas de Costa Rica ne vaut plus rien. Ils paient trois sous la valeur de la banane au Guatemala. Alors la pauvret&#233; vient comme immigration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions eu un petit triomphe, mais maintenant la droite est appuy&#233;e par les Etats-Unis surtout en frappant le Venezuela, en faisant croire que le Venezuela n'a rien r&#233;solu. Mais au Venezuela, c'est les Etats-Unis eux m&#234;mes qui bloquent jusqu'au papier hygi&#233;nique, sans parler des m&#233;dicaments. Et ils l'attribuent au Chavisme mais la vraie cause est le blocage de l'Empire face un petit pays qui ne peut pas se d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors nous avons un Etats-Unis qui est en train de se repositionner et un Trump qui est de plus en plus absurde, mais que plusieurs suivent parce qu'il y a une droitisation du bon sens. Mais il a aussi perdu l'h&#233;g&#233;monie aux mains de la Chine. Alors nous sommes au milieu d'une grave crise politique et il faudra agir avec beaucoup d'intelligence. Une r&#233;volution &#224; la russe n'est pas possible, ni m&#234;me une &#224; la cubaine. Le sujet est comment aller de l'avant, dans cette &#233;tape dure des &#201;tats-Unis, et c'est pourquoi au Mexique se joue quelque chose de tr&#232;s important qui est la possibilit&#233; de r&#233;sister sans orthodoxie parce qu'ici l'orthodoxie socialiste ne fonctionne d&#233;j&#224; plus. Ici, Il n'y a pas de Socialisme du XXIe Si&#232;cle : n' y pensez m&#234;me pas ! Ce serait plut&#244;t un &lt;i&gt;faible N&#233;olib&#233;ralisme&lt;/i&gt;, ce qui serait d&#233;j&#224; tr&#232;s bon. La faisabilit&#233; devient fondamentale et la d&#233;fense de son quant-&#224;-soi est le fruit d'une grande intelligence politique. Puisque c'est ce que L&#243;pez Obrador montre aujourd'hui. Mais il a beaucoup de probl&#232;mes internes : la criminalit&#233;, la drogue qui a le march&#233; des Etats-Unis, les massacres avec des armes qu'exportent les Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; dire que la cause des probl&#232;mes des Etats-Unis du Mexique ce sont les Etats-Unis d'Am&#233;rique, et on ne peut m&#234;me pas leur rappeler cela, parce qu'ils deviennent hyst&#233;riques. Mais monsieur Trump ne pense pas que le probl&#232;me est que tous les Am&#233;ricains sont drogu&#233;s, que c'est le plus grand march&#233; de consommation de drogue. Et que c'est ainsi parce que c'est un peuple insatisfait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est tr&#232;s compliqu&#233;e et exige une philosophie politique de grand r&#233;alisme critique. Avec une tr&#232;s forte &#233;thique d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre une grande intelligence pour pouvoir faire &#233;chec au &lt;i&gt;monstre yankee&lt;/i&gt;. Maintenant le Mexique est un facteur tr&#232;s important pour l'Am&#233;rique Latine parce que le Mexique avait toujours jou&#233; en faveur des &lt;i&gt;gringos&lt;/i&gt;. C'est fondamental de par l'importance du Mexique et de ses dimensions dans le continent, et je crois qu'en Argentine Macri va tomber et Bolsonaro au Bresil aussi va tomber le moment venu. Il ne surviendra pas un gouvernement r&#233;volutionnaire, mais un gouvernement qui remplira le gouffre gigantesque que Macri a laiss&#233;. Les gens prennent conscience de ce que la situation est difficile et qu'il faut s'engager. Nous sommes dans la lutte pour la Deuxi&#232;me &#201;mancipation. La premi&#232;re a &#233;t&#233; en 1810, et maintenant nous sommes dans la deuxi&#232;me. &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Mart%C3%AD&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233; Mart&#237;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; le disait, et aussi &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Carlos_Mari%C3%A1tegui&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233; Carlos Mariategui&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Et comment lutter sinon en s'ouvrant militairement &#224; la Russie et &#233;conomiquement &#224; la Chine ? Au moins pour jouer en troisi&#232;me place, l'un ni l'autre. La situation est tr&#232;s difficile mais l'histoire continue et les peuples continueront de lutter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis : je ne suis pas optimiste, mais je ne perds pas l'espoir. Quand tout le monde a dit '&lt;i&gt;c'est une catastrophe, l'&#233;tape progressiste de l'Am&#233;rique Latine est finie &lt;/i&gt;' j'ai dit que c'&#233;tait une &#233;tape dans laquelle le progressisme a re&#231;u un coup m&#233;rit&#233; parce qu' il n'a pas fait g&#233;r&#233; la corruption et d'autres choses. Il n'a pas non plus d&#233;velopp&#233; une th&#233;orie, comme le remarque &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Frei_Betto&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Frei Betto&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Et bon, maintenant il faut faire l'autocritique, fourbir ses armes et lentement avancer. Le peuple apprend par la souffrance, il n'y a pas d'autre fa&#231;on. Ce n'est pas par des cours. Les th&#233;oriciens, nous nous pouvons r&#233;diger des formules pour mettre en lumi&#232;re les causes de cette souffrance et pour trouver un chemin, mais celui qui souffre a l'intelligence la plus ouverte pour comprendre qui est qui. Toujours et quand les m&#233;dias ne d&#233;forment pas toutes les cat&#233;gories d'interpr&#233;tation et font interpr&#233;ter la r&#233;alit&#233; &#224; l'envers. Mais en cela les r&#233;seaux m&#234;mes des portables cr&#233;ent une m&#233;diocratie parall&#232;le qui commence &#224; fonctionner d&#233;j&#224; plus fort. Les gens n'avalent pas tout si facilement, mais cela continue &#224; &#234;tre encore tr&#232;s fort. Il faudrait esp&#233;rer que si tombe Macri, le quotidien Clarin en finisse pour toujours et qu'ils finissent tous en prison une bonne fois pour toutes. Mais s'ils veulent continuer &#224; les maintenir, ils vont devoir continuer &#224; souffrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le long chemin de l'Histoire. Sauf que maintenant nous commen&#231;ons &#224; voir le processus, ce ne sont plus les Etasuniens ou les Europ&#233;ens qui nous apprennent. Nous avons notre propre vision et m&#234;me nous pouvons leur apprendre comment on lutte contre l'empire. Les Europ&#233;ens eux m&#234;mes sont d&#233;pit&#233;s. Ils vivaient &#224; l'ombre des Etats-Unis, l'arbre a boug&#233;, et maintenant ils sont rest&#233;s au Soleil et ils doivent commencer &#224; faire les choses et ils se rendent compte qu'ils sont mal pr&#233;par&#233;s. Et en cela nous avons plus alli&#233;s. J'ai de l' espoir, je ne suis pas optimiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enrique Dussel&lt;/strong&gt; propos recueillies par &lt;strong&gt;Manuel Fonseca*&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Omar Garc&#237;a Corona **&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Facundo Tineo ***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;* Manuel Fonseca&lt;/strong&gt;, m&#233;decin, conseiller de la facult&#233; de Sciences m&#233;dicales de La Plata, directeur de la Chaire Libre de Sant&#233; &#8220;Ram&#243;n Carrillo&#8221; de l'UNLP.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;** Omar Garc&#237;a Corona&lt;/strong&gt;, docteur en philosophie de l'Universit&#233; Nationale Autonome du Mexico, membre de l'Association de Philosophie et Lib&#233;ration (AFyL le Mexique).&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;*** Facundo Tineo&lt;/strong&gt;, m&#233;decin, enseignant &#224; l'Universit&#233; Nationale de Mar del Plata&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.agenciapacourondo.com.ar/debates/enrique-dussel-la-situacion-actual-es-muy-complicada-y-exige-una-filosofia-politica-de-gran&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;APU&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 3 juillet 2019&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;strong&gt;Enrique Domingo Dussel Ambrosini&lt;/strong&gt; (n&#233; en 1934, &#224; Mendoza, Argentine) C'est un universitaire, philosophe et historien argentin. R&#233;sident mexicain, il fut nomm&#233; recteur int&#233;rimaire de l'Universit&#233; Autonome de Mexico. Son travail est reconnu &#224; l'&#233;chelle internationale dans les domaines de l'Ethique, la Philosophie Politique, la Philosophie latinoam&#233;ricaine et en particulier le courant de pens&#233;e dont il est &#224; l'origine la &#171; &lt;a href=&#034;http://es.wikipedia.org/wiki/Filosof%C3%ADa_de_la_Liberaci%C3%B3n&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Philosophie de la Lib&#233;ration&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Enrique-Dussel-Estamos-en-la-lucha-por-la-Segunda-Emancipacion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Enrique-Dussel-Estamos-en-la-lucha-por-la-Segunda-Emancipacion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 29 juillet 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tradition aristot&#233;licienne : Principe cr&#233;ateur de l'&#234;tre, par lequel l'&#234;tre trouve sa perfection en passant de la puissance &#224; l'acte&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;L'autopo&#239;&#232;se&lt;/strong&gt; (du grec &lt;i&gt;auto&lt;/i&gt; soi-m&#234;me, et &lt;i&gt;poi&#232;sis&lt;/i&gt; production, cr&#233;ation) est la propri&#233;t&#233; d'un syst&#232;me de se produire lui-m&#234;me, en permanence et en interaction avec son environnement, et ainsi de maintenir son organisation (structure) malgr&#233; son changement de composants (mat&#233;riaux). Le concept d'autopo&#239;&#232;se est invent&#233; par Humberto Maturana et Francisco Varela dans l'article &lt;i&gt;Autopoietic Systems&lt;/i&gt;, pr&#233;sent&#233; lors d'un s&#233;minaire de recherche de l'universit&#233; de Santiago en 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme &lt;strong&gt;entropie&lt;/strong&gt; a &#233;t&#233; introduit en 1865 par Rudolf Clausius &#224; partir d'un mot grec signifiant &#171; transformation &#187;. Il caract&#233;rise le degr&#233; de d&#233;sorganisation, ou d'impr&#233;dictibilit&#233; du contenu en information d'un syst&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La critique de la th&#233;ologie devenue la critique de la politique &#187; </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/La-critique-de-la-theologie-devenue-la-critique-de-la-politique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/La-critique-de-la-theologie-devenue-la-critique-de-la-politique</guid>
		<dc:date>2015-01-21T19:35:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Enrique Dussel*</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'attentat perp&#233;tr&#233; &#224; Paris par des fondamentalistes islamistes nous am&#232;ne &#224; une r&#233;flexion plus vaste concernant d'autres situations de l'actualit&#233; mondiale, secou&#233;e par des sentiments religieux de droite extr&#234;mement dangereux. Toutefois, en pr&#233;ambule, nous tenons &#224; pr&#233;ciser que nous ne nous attachons pas uniquement &#224; l'int&#233;grisme islamique, mais &#233;galement aux extr&#233;mismes chr&#233;tiens et sionistes, qui, aujourd'hui, terrorisent l'humanit&#233;. La gauche moderniste a entendu la critique de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'attentat perp&#233;tr&#233; &#224; Paris par des fondamentalistes islamistes nous am&#232;ne &#224; une r&#233;flexion plus vaste concernant d'autres situations de l'actualit&#233; mondiale, secou&#233;e par des sentiments religieux de droite extr&#234;mement dangereux. Toutefois, en pr&#233;ambule, nous tenons &#224; pr&#233;ciser que nous ne nous attachons pas uniquement &#224; l'int&#233;grisme islamique, mais &#233;galement aux extr&#233;mismes chr&#233;tiens et sionistes, qui, aujourd'hui, terrorisent l'humanit&#233;. La gauche moderniste a entendu la critique de la th&#233;ologie (et de la religion) comme sa suppression pure et simple. Cette attitude a occult&#233; le probl&#232;me de la religion dans ses &#171; formes profanes &#187; ( qu'aborde Marx dans sa th&#233;orie du f&#233;tichisme) et rejet&#233; la th&#233;ologie fondamentaliste dans l'ombre, niant ainsi son existence et donc son analyse. Ce fondamentalisme rena&#238;t aujourd'hui de ses cendres et r&#233;appara&#238;t dans une logique &#233;cart&#233;e par la gauche, et non par Marx lui-m&#234;me, qui avait explicitement abord&#233; le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mois-ci, en janvier 2015, est survenu un &#233;v&#232;nement qui a pris la gauche moderne et s&#233;cularisante totalement au d&#233;pourvu. Pour Karl Marx, l'histoire, la philosophie et la th&#233;ologie se rejoignent dans la pens&#233;e critique. Dans un texte connu, il d&#233;clare &#224; propos de ces trois niveaux &#233;pist&#233;miques :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; La vocation de l'histoire consiste (&#8230;) &#224; d&#233;couvrir la v&#233;rit&#233; de l'ici-bas (Diesseits) (&#8230;) Celle de la philosophie mise au service de l'histoire (&#8230;) est de d&#233;masquer l'auto-ali&#233;nation sous ses formes profanes (&#8230;). La critique de la th&#233;ologie devient celle de la politique. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Examinons donc le lien entre ces trois aspects : histoire, philosophie et th&#233;ologie, au risque de peut-&#234;tre scandaliser les marxistes traditionnels et les anti-marxistes chr&#233;tiens (et islamistes, tao&#239;stes, sionistes, etc&#233;t&#233;ra).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, Marx &#233;crit de sa propre main que Thomas M&#252;nzer, &#171; &lt;i&gt;en s'appuyant sur la Bible, compare le christianisme f&#233;odal de son &#233;poque avec le christianisme cr&#233;dule des premiers si&#232;cles&lt;/i&gt; &#187;. Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;les paysans ont utilis&#233; cet instrument contre les princes, la noblesse et le clerg&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Cet &#171; instrument &#187; est un retour aux &#171; premiers si&#232;cles &#187; du christianisme, quand il avait une dimension messianique. En Am&#233;rique Latine, apr&#232;s des d&#233;buts assez obscurs, il est apparu tr&#232;s clairement que Marx faisait r&#233;f&#233;rence avant l'heure &#224; ce que nous appelons aujourd'hui &lt;i&gt;Th&#233;ologie de la Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, qui dans sa version premi&#232;re la plus radicale est une critique de la th&#233;ologie f&#233;tichis&#233;e (comme celle utilis&#233;e par les dictatures militaires &#224; partir de 1964, qui agissaient au nom de la &#171; civilisation occidentale et chr&#233;tienne &#187;), qui d&#233;bouche sur une critique de la politique lib&#233;rale et de l'&#233;conomie capitaliste. Je voudrais approfondir quelques instants la question, non sous l'angle subjectif d'un croyant appartenant &#224; une communaut&#233; religieuse, mais du point de vue de l'objectivit&#233; socio-politique, culturelle et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; actuelle. A ce propos, et d'une fa&#231;on, encore de nos jours, provocatrice et choquante, visant &#233;galement les marxistes lambda (ajouterais-je), Marx &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; C'est pourquoi (pensait M&#252;nzer), le ciel n'appartient pas &#224; un autre monde ; il faut le chercher dans cette vie, et la t&#226;che (y compris) des croyants doit &#234;tre de b&#226;tir ici, sur terre, ce ciel qui est le royaume de Dieu. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx, la religion confirmait ou infirmait certains &#233;l&#233;ments. Par exemple, le calvinisme, qui a reformul&#233; le christianisme pour le rendre compatible avec le capitalisme n&#233; en son sein. Sans oublier le presbyt&#233;rianisme calviniste de John Knox, pratiqu&#233; en Ecosse, culture religieuse d'Adam Smith, par exemple. Marx critique cette inversion th&#233;ologique et pratique du christianisme (qui a cess&#233; d'&#234;tre messianique et critique comme dans les premiers si&#232;cles, position &#233;galement partag&#233;e par Engels et Kausky). S'il doit y avoir une critique th&#233;ologique, encore faut-il savoir comment &#171; entrer &#187; dans la logique du discours th&#233;ologique (que Marx ma&#238;trisait fort bien, mais que le marxisme post&#233;rieur a compl&#232;tement ignor&#233; jusqu'&#224; maintenant) pour d&#233;montrer que la th&#233;ologie chr&#233;tienne est essentiellement une critique du lib&#233;ralisme en politique et du capitalisme en &#233;conomie. Cette derni&#232;re est &#233;galement la th&#232;se que soutient Walter Benjamin, aujourd'hui soumise &#224; controverses interpr&#233;tatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question tourne autour du th&#232;me du f&#233;tichisme des &#171; formes profanes &#187;. En effet, c'est la th&#233;ologie moderne (espagnole du XVI&#232;me si&#232;cle) qui, la premi&#232;re a fait la critique de la th&#233;ologie m&#233;di&#233;vale (qui, avec Gin&#233;s de Sep&#250;lveda, jeta les fondements th&#233;ologiques du colonialisme et du capitalisme naissant). Ensuite, avec le calvinisme, notamment, c'est la th&#233;ologie catholique de la premi&#232;re modernit&#233; pr&#233;-industrielle, posant les bases d'une compl&#232;te identification possible entre christianisme, colonialisme et capitalisme, depuis le XVIII&#232;me si&#232;cle, industrielle (par la cr&#233;ation d'une plus-value relative) qui va devenir l'objet de la critique. Ce christianisme &#233;cossais, calviniste, est le plus attaqu&#233; par Marx. Penchons-nous sur un passage tant soit peu m&#233;connu dans la tradition marxiste (et donc chr&#233;tienne) :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; D'o&#249; il ressort que la critique est dans son parfait bon droit, quand elle oblige l'Etat (chr&#233;tien du nord de l'Europe) qui se r&#233;clame de la Bible, &#224; reconna&#238;tre combien sa conscience est retorse (...) &#224; partir du moment o&#249; la vil&#233;nie de ses fins s&#233;culaires, qu'il tente de dissimuler sous couvert de religion, se trouvent en flagrante contradiction avec la puret&#233; de sa conscience religieuse. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Marx, brandissant la tradition th&#233;ologique critique de la pens&#233;e s&#233;mite et chr&#233;tienne messianique primitive, critique le christianisme nord-europ&#233;en, qui a n&#233;goci&#233; avec la politique moderno-lib&#233;rale (en &#233;conomie : le capitalisme) leur mutuelle justification (la religion sacralise les &#171; formes profanes &#187; de la politique et de l'&#233;conomie, et celles-ci soutiennent la religion invers&#233;e de la chr&#233;tient&#233;, d&#233;j&#224; critiqu&#233;e par S. Kierkegaard). Le message du christianisme messianique des premiers si&#232;cles ne peut tol&#233;rer ni lib&#233;ralisme ni capitalisme, parce qu'il serait en contradiction avec lui-m&#234;me. C'est cette contradiction que doit d&#233;montrer la critique de la th&#233;ologie ( le critique &#233;tant croyant ou non). Et le pire, c'est qu'&#224; partir des Lumi&#232;res, non en termes de critique mais de n&#233;gation de la religion, on annonce ce que longtemps apr&#232;s Nietzsche qualifiera de &#171; mort de Dieu &#187;. Mais le &#171; dieu &#187; qui meurt est celui des cieux, et rena&#238;t sous la forme d'un &#171; dieu profane &#187; terrestre, sacralisant les &#171; dieux profanes &#187; qui sont le fait du f&#233;tichisme dont seule une critique de la th&#233;ologie (profane) peut venir &#224; bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; les fondamentalismes (chr&#233;tien, comme celui de G. Bush ; islamique ou sioniste) sont la renaissance d'un concept de Dieu (ou polyth&#233;isme comme le qualifierait M. Weber) qui justifie une politique, une &#233;conomie, une culture, une race, un genre, etcetera, de mani&#232;re absolue, et utilise les armes au lieu d'arguments de raison, compr&#233;hensibles par l'interlocuteur (personne comme le fondamentalisme am&#233;ricain n'emploie les armes plut&#244;t que le raisonnement : il pr&#233;tend imposer la d&#233;mocratie par la guerre au lieu d'argumenter &#224; partir de la tradition de l'Autre, par exemple, avec les croyants de l'Islam &#224; partir du Coran). On n'&#233;radique pas le fondamentalisme par la force (ne pas oublier que c'est la CIA qui s'est charg&#233;e d'enseigner le maniement des armes &#224; l'int&#233;grisme islamique pour lutter contre l'Union Sovi&#233;tique, en Afghanistan, et que nous subissons aujourd'hui des cons&#233;quences dont l'origine est tue), mais par le raisonnement et une conduite honn&#234;te (comme le professait Bartolom&#233; de las Casas &#224; propos de la conqu&#234;te). Mais cela n'entre pas dans les consid&#233;rations des int&#233;r&#234;ts de l'empire. On manipule la violence irrationnelle islamique pour justifier et accro&#238;tre la violence irrationnelle du n&#233;olib&#233;ralisme politico-&#233;conomique. La gauche int&#232;gre, au contraire, doit entreprendre une critique de la th&#233;ologie comme faisant partie d'une critique de la politique lib&#233;rale et de l'&#233;conomie capitaliste, comme le faisait Karl Marx &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enrique Dussel&lt;/strong&gt;* para &lt;a href=&#034;http://www.jornada.unam.mx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Jornada&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.jornada.unam.mx/2015/01/10/opinion/018a1mun&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Jornada&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. M&#233;xico, 10 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;strong&gt;Enrique Domingo Dussel Ambrosini&lt;/strong&gt; (n&#233; en 1934, &#224; Mendoza, Argentine) C'est un universitaire, philosophe et historien argentin. R&#233;sident mexicain, il fut nomm&#233; recteur int&#233;rimaire de l'Universit&#233; Autonome de Mexico. Son travail est reconnu &#224; l'&#233;chelle internationale dans les domaines de l'Ethique, la Philosophie Politique, la Philosophie latinoam&#233;ricaine et en particulier le courant de pens&#233;e dont il est &#224; l'origine la &#171; &lt;a href=&#034;http://es.wikipedia.org/wiki/Filosof%C3%ADa_de_la_Liberaci%C3%B3n&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Philosophie de la Lib&#233;ration&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/La-critica-de-la-teologia-se-torna-en-la-critica-de-la-politica&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par&lt;/strong&gt; : Florence Olier-Robine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/La-critique-de-la-theologie-devenue-la-critique-de-la-politique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 20 janvier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; En Am&#233;rique Latine il y a un certain printemps politique qui n'&#233;tait jamais arriv&#233; &#187;, analyse Enrique Dussel </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/En-Amerique-Latine-il-y-a-un-certain-printemps-politique-qui-n-etait-jamais-arrive-analyse-Enrique-Dussel</link>
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		<dc:date>2013-11-27T15:09:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Enrique Dussel*</dc:creator>



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&lt;p&gt;Lors d'un entretien exclusif avec T&#233;lam, le philosophe argentin r&#233;sidant dans la ville de Mexico, consid&#232;re que la r&#233;gion &#171; a commenc&#233; le processus de sa deuxi&#232;me &#233;mancipation &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Enrique Dussel vient de la Province de Mendoza en Argentine, il a du en 1975 s'exiler au Mexique, o&#249; il vit depuis cette &#233;poque et il continue de travailler comme enseignant &#224; l'Universit&#233;, alors qu'il a presque 79 ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Docteur en philosophie de l'Universit&#233; Complutense de Madrid et docteur en histoire de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lors d'un entretien exclusif avec T&#233;lam, le philosophe argentin r&#233;sidant dans la ville de Mexico, consid&#232;re que la r&#233;gion &#171; a commenc&#233; le processus de sa deuxi&#232;me &#233;mancipation &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Enrique Dussel vient de la Province de Mendoza en Argentine, il a du en 1975 s'exiler au Mexique, o&#249; il vit depuis cette &#233;poque et il continue de travailler comme enseignant &#224; l'Universit&#233;, alors qu'il a presque 79 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Docteur en philosophie de l'Universit&#233; Complutense de Madrid et docteur en histoire de La Sorbonne, &#224; Paris il est &#233;galement docteur honoris causa de l'universit&#233; de Fribourg, en Suisse, et de l'Universit&#233; de San Andr&#233;s en Bolivie et de l'Universit&#233; de Buenos Aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1969, apr&#232;s le &#171; &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Cordobazo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cordobazo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, il a pris comme cadre d'analyse la &#171; &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_de_la_d%C3%A9pendance&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;orie de la d&#233;pendance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187; et a commenc&#233; &#224; d&#233;velopper &#224; c&#244;t&#233; d'autres intellectuels la &#171; &lt;a href=&#034;http://www.online-translator.com/url/translation.aspx?autolink=yes&amp;inframe=1&amp;direction=sf&amp;template=General&amp;sourceURL=http://es.wikipedia.org/wiki/Filosof%C3%ADa_de_la_Liberaci%C3%B3n&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Philosophie de la lib&#233;ration&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Philosophie de la lib&#233;ration &#187; est le titre de l'&#339;uvre philosophique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'exp&#233;rience initiale de la &#8216;&lt;i&gt;philosophie de la lib&#233;ration&lt;/i&gt;' consiste &#224; d&#233;couvrir le &lt;i&gt;'fait'&lt;/i&gt; massif de la domination sur le plan mondial (centre - p&#233;riph&#233;rie), au niveau national (&#233;lites-masses, bourgeoisie nationale - classe ouvri&#232;re et peuple), au niveau &#233;rotique (homme - femme), au niveau racial (la discrimination des races non-blanches), etc. &#187;, explique Dussel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re visite de l'intellectuel &#224; Buenos Aires s'est tenue &#224; l'occasion de la journ&#233;e de &#171; &lt;i&gt;La Cartographie du pouvoir et de la g&#233;opolitique de la connaissance&lt;/i&gt; &#187; que le minist&#232;re de la D&#233;fense argentin a organis&#233; pour pr&#233;senter la nouvelle projection cartographique du planisph&#232;re dessin&#233;e par l'Institut G&#233;ographique National et pour r&#233;fl&#233;chir aux relations entre g&#233;opolitique, pouvoir et production des connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette occasion, Dussels'est entretenu avec T&#233;lam sur l'actualit&#233; politique de l'Am&#233;rique Latine, le colonialisme, l'importance de la conception g&#233;opolitique du monde et la &#171; &lt;i&gt;Philosophie de la lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#233;valuez-vous les processus actuels en Am&#233;rique Latine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un certain printemps politique qui n'&#233;tait jamais arriv&#233;. Il y a une croissance. Je crois que nous avons commenc&#233; le processus de la deuxi&#232;me &#233;mancipation. Nous &#233;laborons les th&#233;ories et nous vivons les premi&#232;res grandes exp&#233;riences d'une Am&#233;rique Latine qui commence enfin &#224; se situer en &#233;galit&#233; avec les autres blocs historiques qui surgissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser depuis soi, sans &#234;tre boug&#233; comme une marionnette, voil&#224; ce que nous obtenons maintenant. Parce que nos patriotes l'ont obtenu en 1810. Ils savaient qu'ils s'&#233;taient lib&#233;r&#233;s de l'Espagne mais l'Angleterre &#233;tait le nouvel empire et nous sommes tomb&#233;s dans leurs mains. Et apr&#232;s dans celles des Etasuniens. Maintenant, pour la premi&#232;re fois, nous disons, comme l'a dit le pr&#233;sident Kirchner lui-m&#234;me &#224; Bush : &#171; &lt;i&gt;Vous avez &#233;t&#233; choisis par le peuple &#233;tasunien, moi par le peuple argentin, donc nous sommes &#233;gaux&lt;/i&gt; &#187;. Bush s'est mis en col&#232;re un peu : et Il a dit : &#171; &lt;i&gt;&#224; quoi est-ce qu'il pr&#233;tend celui-l&#224; ?&lt;/i&gt; &#187;. Mais c'est justement une certaine dignit&#233; qui est acquise. Nous sommes dans un processus de d&#233;colonisation mentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel moment peut-on identifier comme la naissance des colonies ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler des colonies n'est pas n'importe quoi. Le mot est romain. Les Romains avaient des colonies. Mais c'&#233;taient des colonies homog&#232;nes, dirais-je. C'est-&#224;-dire Rome &#233;tait une ville et le sud de l'Italie &#233;tait d&#233;j&#224; la colonie. Mais dans le fond il y avait une continuit&#233; culturelle, linguistique, des coutumes, de tout. &lt;i&gt;Colonie&lt;/i&gt; &#233;tait la province. Mais r&#233;ellement le premier empire que l'Europe conquiert en dehors de ses fronti&#232;res est l'empire azt&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'une conf&#233;rence en Allemagne o&#249; un professeur m'a dit : &#171; Non ! Comment ? Jules C&#233;sar a conquis La Gaulle &#187;. Mais La Gaulle est France. C'&#233;tait quelque chose dans la m&#234;me culture de fond et d'une g&#233;ographie au sein m&#234;me de l' empire romain dans la M&#233;diterran&#233;e. Le sujet &#233;tait de croiser un oc&#233;an immense et d'arriver &#224; une culture tellement diff&#233;rente qu'ils se sont demand&#233;s si ces gens &#233;taient humains. Parce qu'ils les voyaient et ne savaient pas c' &#233;taient des hommes. Et un chroniqueur a dit : &#171; &lt;i&gt;Ils sont certainement humains. Ils &#233;taient dans l'arche de No&#233; mais sont devenus bestiaux par leurs coutumes&lt;/i&gt; &#187;. Cela fit le premier monde &lt;i&gt;&#171; autre &#187;&lt;/i&gt; et ce sont les colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi consiste le concept de &#171; g&#233;opolitique &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La G&#233;opolitique est justement le fait de situer le pouvoir dans la g&#233;ographie. Dans l'empire romain ils disaient : &#171; &lt;i&gt;tous les chemins m&#232;nent Rome&lt;/i&gt; &#187;. Quand l'un va vers la M&#233;diterran&#233;e, on prend l'habitude de voir tout &#224; coup un chemin romain qui allait &#224; Rome. Parce que c'&#233;tait une grande pierre, d'un m&#232;tre par un m&#232;tre, o&#249; les chariots avec des roues en fer pouvaient circuler. Mais ils marchaient tellement par ce chemin qu'ils faisaient une esp&#232;ce trou dans la roche. Tous les chemins m&#232;nent &#224; Rome. C'est un concept spatial, politique. G&#233;opolitique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, la carte oriente une interpr&#233;tation du centre &#224; la p&#233;riph&#233;rie. C'est pourquoi nous avons &#233;t&#233; plut&#244;t situ&#233;s dans la p&#233;riph&#233;rie des cartes et en bas. Mais quand l'un dit en bas, il ne dit pas le sud. Le sud peut &#234;tre l&#224;-haut, cependant en g&#233;n&#233;ral c'est en dessous, comme le plus insignifiant. Et au nord, on trouve l'Europe et les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique. La carte est d&#233;j&#224; une interpr&#233;tation du territoire. C'est-&#224;-dire la carte, l'espace, est intimement mis en rapport au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que la &#171; philosophie de la lib&#233;ration &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se demander si l'on peut penser depuis la p&#233;riph&#233;rie fut une question lanc&#233;e en ann&#233;e 69 &#8211; 70. Depuis longtemps, mais d' une certaine mani&#232;re se posait d&#233;j&#224; le sujet aujourd'hui si connu de la globalisation, parce que nous pensions qu'il y avait un centre qui &#233;taient les &#201;tats-Unis et &#224; cette &#233;poque aussi l'Union Sovi&#233;tique, le Japon. Et d'un autre c&#244;t&#233;, c'&#233;tait la p&#233;riph&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous &#233;tions des peuples p&#233;riph&#233;riques, penser depuis chez nous &#224; cette &#233;poque, &#233;tait un peu inconcevable. Cependant, nous consid&#233;rions qu'&#233;tait possible de penser depuis le sud. Nous &#233;tions d&#233;j&#224; en avance de 30 ans sur ce qui allait arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#171; philosophie de la lib&#233;ration &#187; , c'est de nous savoir une colonie. C' est savoir qu'il y a eu un mouvement de la lib&#233;ration, de l'&#233;mancipation, au d&#233;but du XIXe si&#232;cle mais plus ou moins interrompu. Parce que bien que nos h&#233;ros aient lutt&#233; contre l'Espagne, enfin, l'Espagne &#233;tait d&#233;j&#224; un empire qui s'&#233;croulait et nous sommes tomb&#233;s entre dans les mains de l'Angleterre ou de la France, et apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique. Un n&#233;o-colonialisme culturel, militaire ainsi est advenu &#8230; Nos militaires allaient &#233;tudier dans les &#233;coles militaires, ils ont organis&#233; les dictatures. Nous suivons l'&#233;tape coloniale et cela la &#171; philosophie de la lib&#233;ration &#187; l'a capt&#233; profond&#233;ment. Le sujet &#233;tait comment nous lib&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est le r&#244;le de l'intellectuel dans l'Am&#233;rique Latine d'aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de donner conscience de notre histoire, de donner conscience de la valeur de nos cultures, de nos exp&#233;riences politiques. Le fait de penser &#224; un dialogue avec les cultures mais un dialogue sym&#233;trique, personne n'est sup&#233;rieur, personne au dessus de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas accepter de domination et commencer &#224; faire que notre autod&#233;termination nationale et r&#233;gionale soit une r&#233;alit&#233;. Cela, il faut le penser politiquement, litt&#233;rairement, artistiquement, militairement, &#233;conomiquement, technologiquement, scientifiquement, et &#224; tous les niveaux. Et voil&#224; ce que je crois qu'il est train de se produire. Cela commence &#224; se produire d'une fa&#231;on qui n'&#233;tait jamais arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enrique Dussel&lt;/strong&gt; interview&#233; par Florencia Copley pour T&#233;lam&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.telam.com.ar/notas/201311/42334-en-latinoamerica-hay-una-cierta-primavera-politica-que-nunca-habia-acontecido-analiza-enrique-dussel.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;T&#233;lam&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 27 novembre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir la vid&#233;o en espagnol de l'entretien&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch%3Fv=Cpq0KDbhUqE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;d'Enrique Dussel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/En-Latinoamerica-hay-una-cierta-primavera-politica-que-nunca-habia-acontecido&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/En-Amerique-latine-il-y-a-un-certain-printemps-politique-qui-n-etait-jamais-arrive&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 27 novembre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification&lt;/u&gt; 3.0 Unported&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Philosophie de la lib&#233;ration &#187; est le titre de l'&#339;uvre philosophique d'Enrique Dussel &#233;crite et publi&#233;e au Mexique, en 1975. Le philosophe venait de s'installer au Mexique apr&#232;s l'attentat &#224; la bombe qui a d&#233;truit sa maison en Argentine et qui l'a oblig&#233; &#224; quitter le pays. Sans biblioth&#232;que &#224; port&#233;e de mains, Dussel &#233;crit le livre de m&#233;moire, sans citations ni appareil critique aucun. Il a initialement qualifi&#233; l'&#339;uvre comme un exemple de philosophie postmoderne, au sens de d&#233;passer les cat&#233;gories modernes d'analyse philosophique (en particulier celles de Descartes et de Hegel), qu'il accuse d'&#234;tre l'expression du colonialisme intellectuel europ&#233;en. Par la suite il l'a qualifi&#233;e de &#171; transmoderne &#187;, en faisant r&#233;f&#233;rence au projet de lib&#233;ration sociale et culturelle commune &#224; tous les pays de la p&#233;riph&#233;rie mondiale. Le livre s'ests transform&#233; aussit&#244;t en l'une des &#339;uvres cl&#233;s de la philosophie latinoam&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les Fr&#232;res Musulmans. </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Enrique Dussel*</dc:creator>



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&lt;p&gt;Antonio Gramsci, dans un monde tr&#232;s diff&#233;rent de l'Etasunien, l'Allemand ou &#224; l'Arabe, parle fr&#233;quemment dans ses Cahiers de l'Action Catholique en Italie, et sp&#233;cialement de sa jeunesse (qui se d&#233;veloppera dans l'apr&#232;s-guerre comme les partis d&#233;mocrates-chr&#233;tiens, certainement antifasciste au d&#233;but). Ce dernier mouvement a aussi &#233;t&#233; tr&#232;s puissant en France et en Alg&#233;rie (Louis Althusser lui-m&#234;me a &#233;t&#233; jeune membre de l'Action Catholique en Afrique du Nord &#224; l'int&#233;rieur la communaut&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Antonio Gramsci, dans un monde tr&#232;s diff&#233;rent de l'Etasunien, l'Allemand ou &#224; l'Arabe, parle fr&#233;quemment dans ses Cahiers de l'Action Catholique en Italie, et sp&#233;cialement de sa jeunesse (qui se d&#233;veloppera dans l'apr&#232;s-guerre comme les partis d&#233;mocrates-chr&#233;tiens, certainement antifasciste au d&#233;but). Ce dernier mouvement a aussi &#233;t&#233; tr&#232;s puissant en France et en Alg&#233;rie (Louis Althusser lui-m&#234;me a &#233;t&#233; jeune membre de l'Action Catholique en Afrique du Nord &#224; l'int&#233;rieur la communaut&#233; fran&#231;aise), ou en Am&#233;rique Latine, du Mexique au Br&#233;sil ou &#224; l'Argentine, adversaires aux jeunesses de gauche du Parti Communiste et au mouvement de droite et fasciste en Italie ou en Allemagne. De cette Action Catholique, proviennent les mouvements ouvriers et universitaires, d'o&#249; seront issus les cadres syndicalistes et les hommes politiques d&#233;mocrates, qui enfin s'inspireront &#233;galement de Karl Marx &#224; la fin de la d&#233;cennie de 1960, et qui sur d'autres versants &#233;laboreront la th&#233;orie ensuite nomm&#233;e de Th&#233;ologie de la Lib&#233;ration latinoam&#233;ricaine. En &#201;gypte, en 1926, un mouvement de jeunesse d&#233;mocratique et progressiste s'organise aussi, nomm&#233; les Fr&#232;res Musulmans, qui avait clairement un militantisme politique populaire. Ce mouvement provient d'un &#171; &#233;v&#233;nement lib&#233;rateur &#187; explicite. Taryk Ramadan &#8211; avec qui j'ai eu &#224; l'Universit&#233; de Californie, sur le campus de Berkeley, une conversation &#224; ce sujet &#8211; raconte que son grand-p&#232;re, Hassan al-Banna (1906-1949), a v&#233;cu une exp&#233;rience religieuse-politique tr&#232;s particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, Hassan, jeune homme dot&#233; d'un leadership naturel, organisateur depuis son enfance de nombreuses institutions de jeunes, musulman croyant comme son p&#232;re (qui travaillait avec ses mains comme ouvrier, et &#233;tait comme imam responsable d'une mosqu&#233;e), sp&#233;cialiste de l'arabe classique, du Coran et de ses commentaires, ma&#238;tre &#224; l'&#233;cole primaire par hasard &#224; c&#244;t&#233; du canal de Suez, dans la ville d'Isma&#239;lia, r&#233;gion occup&#233;e par des britanniques &#224; cause de son importance strat&#233;gique, a eu une &#233;trange exp&#233;rience apr&#232;s avoir contempl&#233; &#171; (&#8230;) un camp militaire anglais, en voyant comment ils d&#233;ployaient leur force, leur pouvoir, leur domination, ce qui lui a produit dans son c&#339;ur de patriote amoureux de son pays, un malaise et une honte profonde. Le patriote s'est senti pouss&#233; &#224; consid&#233;rer cette occupation d&#233;testable et &#224; reconsid&#233;rer aussi que l'&#201;gypte avait subi une catastrophe d&#233;cisive, ayant perdu tant d'occasions mat&#233;rielles et civilisatrices. L'unique obstacle principal avait &#233;t&#233; celui qui emp&#234;chait la renaissance et l'&#233;l&#233;vation du pays depuis 60 ans : la perte de l'unit&#233; arabe et l'union des musulmans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette exp&#233;rience fusionnait d'une mani&#232;re originale une intuition du colonialisme &#224; tous les niveaux. C'est pour cela qu'en mars 1928 Hassan organise une Fraternit&#233; qui commence avec sept coll&#232;gues, qui se chargeraient d'aller dans les petits villages paysans pour reconstruire en premier lieu les anciennes mosqu&#233;es, pour organiser une &#233;cole, pour initier des coop&#233;ratives (de production ou de consommation, ainsi qu'une &#339;uvre sociale et politique) et de pr&#234;cher un renouvellement patriotique et musulman, progressiste, d&#233;mocratique, p&#233;dagogique et social dans les rues, dans les caf&#233;s, dans les lieux publics. La Fraternit&#233; Musulmane aura une &#233;cole de formation de cadres (Madrasat at-tahdhib). Des ann&#233;es apr&#232;s, la Fraternit&#233; est arriv&#233;e &#224; avoir 3 millions de membres en &#201;gypte, et aussi au Liban, en Syrie, en Jordanie, au Soudan et en Palestine. En 1933 la branche f&#233;minine de la Fraternit&#233; est organis&#233;e. Le mouvement a des revues sociales, des radios, des &#233;coles, un centre de formation de cadres, une maison d'&#233;dition, des collections de livres th&#233;oriques et pratiques, de classiques et du mouvement lui m&#234;me. Ils &#233;taient tr&#232;s solidaires avec ce qui se passait dans la pauvre Palestine voisine, ils &#233;teint solidaires en tout. Comme c'est &#233;vident, l'occupation militaire britannique et les colonies juives de la future Isra&#235;l les tenaient comme ennemi principal. C'&#233;tait l'institution la mieux organis&#233;e, avec des cadres et une th&#233;orie, de tout le Moyen-Orient. Le mouvement comptait avec les professeurs de l'Universit&#233; al-Azhar, avec des professionnels de toutes les sp&#233;cialit&#233;s, avec des directeurs d'entreprises, avec de grands dirigeants syndicaux, avec des organisations de femmes dans des coop&#233;ratives, et cetera. Entre 1939 et 1949, ils ont leur premi&#232;re confrontation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Fraternit&#233; Musulmane n'&#233;tait pas un parti politique, ni &#224; proprement dit, une organisation de la soci&#233;t&#233; politique. Elle se trouvait profond&#233;ment enracin&#233;e dans la soci&#233;t&#233; civile et religieuse (deux aspects toujours indissolubles dans le monde musulman). En 1941 la Fraternit&#233; pr&#233;sente cependant des membres pour participer aux &#233;lections l&#233;gislatives. Hassan el-Banna se pr&#233;sente comme candidat. Le Premier ministre Mustafa Nahhas Pacha le prie, press&#233; par le haut commandement des troupes d'occupation anglaises, de retirer sa candidature. Les confrontations politiques se multiplient. En 1946, l'&#233;norme &#171; manifestation du pont &#193;bbas &#187; qui r&#233;unit des centaines de milliers d'&#233;tudiants membres de la Fraternit&#233;, criant pour l'ind&#233;pendance du pays. Le gouvernement tombe, mais le nouveau leader, Isamil Sidqui Pasha, lance des pers&#233;cutions contre la Fraternit&#233;. Les manifestations augmentent et le gouvernement doit accepter les demandes d'ind&#233;pendance de la Fraternit&#233;. En 1947, encourag&#233;e par les &#201;tats-Unis et l'Union sovi&#233;tique, le gouvernement &#233;gyptien adh&#232;re &#224; la division de la Palestine. La Fraternit&#233; rompt &#224; nouveau avec le gouvernement. Il y a d'autre part des miliciens de la Fraternit&#233; qui luttent aux c&#244;t&#233;s des palestiniens contre Isra&#235;l r&#233;cemment fond&#233;. Le 12 f&#233;vrier 1949, apr&#232;s une r&#233;union avec le Premier ministre, Hassan le-Banna est assassin&#233;. &#171; La renaissance musulmane dont il r&#234;vait n'impliquait pas dans son essence &#224; une r&#233;action contre l'h&#233;g&#233;monie occidentale &#187; &#8211; &#233;crit Tariq Ramadan &#8211; bien que contre le colonialisme britannique. Ce n'&#233;tait pas un mouvement islamiste, fondamentaliste ou terroriste mais d&#233;mocratique et m&#234;me r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 juillet 1952 fut l'&#233;preuve du feu pour la Fraternit&#233;. La Fraternit&#233; s'est positionn&#233;e comme le mouvement central de la politique &#233;gyptienne, puisqu'il avait une pr&#233;sence et une autorit&#233; devant le peuple, ayant au Caire jusqu'&#224; un million de membres. Il en faisait partie et en m&#234;me temps &#233;tait un arbitre politique. Quand Jamal &#8216;Abd an-Nasser fait le coup d'Etat militaire du 23 juillet, il s'appuie incontestablement sur la Fraternit&#233;, avec laquelle il a un dialogue fluide. La Fraternit&#233; fixe clairement les conditions : limitation de la propri&#233;t&#233; et r&#233;forme agraire, l&#233;gislation en faveur de la d&#233;fense du travail, abolition des privil&#232;ges, ind&#233;pendance du Royaume-Uni. Le 3 d&#233;cembre, devant la grande foule convoqu&#233;e par la Fraternit&#233;, elle somme les militaires de laisser le gouvernement aux civils. En janvier 1953, avec la ferme volont&#233; de rester au pouvoir tel un dictateur, Nasser dissout la Fraternit&#233; et commence une chasse impitoyable contre ses membres (en accord avec les Anglais). Cette confrontation, avec la pendaison des principaux leaders de la Fraternit&#233;, avec torture pour plusieurs d'entre eux, avec la r&#233;clusion perp&#233;tuit&#233; pour des milliers, et cetera, cr&#233;era une nouvelle situation. C'&#233;tait la &#171; grande &#233;preuve &#187; (al-mihna al-kubra).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les &#339;uvres de Sayyid Qutb &#171; La justice sociale dans l'islam &#187; (Al - &#8216;adala al ijtima'iyya fil - islam) (1949) et &#171; Jalons sur la route &#187; (Ma&#225;lim fi at-tariq) (1962), &#233;crite en prison, d'un membre form&#233; aux &#201;tats-Unis (connaisseur de l'Occident), cr&#233;e une nouvelle tradition plus islamiste, qui rejette l'Europe et les &#201;tats-Unis, et qui propose l'&#201;tat islamique comme solution politique. Ce n'&#233;tait pas la position de Hassan al-Banna, ni de la Fraternit&#233; en majorit&#233; jusque l&#224;. Devant la souffrance des pers&#233;cutions, de la prison et de l'assassinat, ce groupe plus radical propose comme possible, l'utilisation des armes, et ce sera, lentement, l'une des origines des groupes islamistes fondamentalistes jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement qui incendie aujourd'hui le Moyen-Orient a &#233;t&#233; le long fruit d'un mouvement th&#233;orique, pratique et politique de plus d'un si&#232;cle de grands pr&#233;curseurs, tels que Jamal un ad-argent al-Afghani (1838-1897), &#224; Rashid Rida (1865-1935), Sa'id An-Nursi (1873-1960), &#8216;Abd al-Hamid Ibn Badis (1889-1940) ou &#224; Muhammad Iqbal (1873). L'&#233;v&#233;nement lib&#233;rateur d'Isma'iliya a continu&#233; &#224; grandir jusqu'&#224; se transformer en inspirateur du nouvel ordre politique autod&#233;termin&#233; dans le monde musulman. Hassan al-Banna, comme Jos&#233; Mart&#237; &#224; Cuba, Mao en Chine ou le Che Guevara, jusqu'au sandinisme et le zapatisme (en gardant les diff&#233;rences et les proportions), sont des initiateurs de mouvements dans les parties distinctes du monde et du temps, qui ont anticip&#233; les luttes contre la globalisation de l'empire qui s'&#233;tend aujourd'hui partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant on pourra comprendre que les prochains pas de la r&#233;volution arabe seront li&#233;s de quelque fa&#231;on &#224; la Fraternit&#233; Musulmane en &#201;gypte, qui n'est pas terroriste ni fondamentaliste, mais d&#233;mocratique et profond&#233;ment arabe, musulmane. Elle sera un interlocuteur s&#233;rieux des &#201;tats-Unis et d'Isra&#235;l, qui exigera un traitement &#233;galitaire et ne supportera pas une r&#233;p&#233;tition de l'actuelle attitude colonialiste et de domination de ces puissances cyniques. Tous les mouvements (dont les futures sont incertains) se sont renforc&#233;s avec la participation de millions de musulmans qui en sortant des mosqu&#233;es les vendredis apr&#232;s-midi ont particip&#233; &#224; des manifestations politiques en exigeant libert&#233; et d&#233;mocratie. Un inesp&#233;r&#233; &#233;v&#233;nement incompr&#233;hensible au XIX&#232;me Si&#232;cle : Nous nous trouvons alors face &#224; des nouveaut&#233;s qui demandent la cr&#233;ation de nouvelles cat&#233;gories th&#233;oriques critiques propres du XXIeme Si&#232;cle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Enrique Dussel&lt;/strong&gt;. Philosophe, &#233;m&#233;rite de l'UAM (Universit&#233; Autonome du Mexique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.jornada.unam.mx/2011/03/06/index.php?section=opinion&amp;article=022a1mun&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;u&gt;La Jornada&lt;/u&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Le Mexique, le 6 mars 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;i&gt;El Correo&lt;/i&gt; par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/?Les-Freres-Musulmans&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;El Correo&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, le 8 mars 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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