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		<title>Enrique DusselPens&#233;e de l'&#234;tre et philosophie de la lib&#233;ration</title>
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		<dc:date>2011-01-29T20:22:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Paul Galibert</dc:creator>



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&lt;p&gt;Enrique Dussel est le fondateur de la &#171; Philosophie de la lib&#233;ration &#187;. Il me disait tenir beaucoup au mot &#171; philosophie &#187;, qui le distinguait parmi ses amis de la &#171; th&#233;ologie de la lib&#233;ration &#187;, et ouvrait davantage, par sa la&#239;cit&#233;, la perspective de la lib&#233;ration &#224; toutes les cultures de monde. &lt;br class='autobr' /&gt; M&#233;connue en France, son &#339;uvre est imposante (plus 50 livres et 400 articles), et en constant dialogue avec Appel, Vattimo, Habermas, Rorty, Chomsky et Lyotard. Argentin, mais exil&#233; au Mexique, il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Enrique Dussel est le fondateur de la &#171; Philosophie de la lib&#233;ration &#187;. Il me disait tenir beaucoup au mot &#171; philosophie &#187;, qui le distinguait parmi ses amis de la &#171; th&#233;ologie de la lib&#233;ration &#187;, et ouvrait davantage, par sa la&#239;cit&#233;, la perspective de la lib&#233;ration &#224; toutes les cultures de monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;M&#233;connue en France, son &#339;uvre est imposante (plus 50 livres et 400 articles), et en constant dialogue avec Appel, Vattimo, Habermas, Rorty, Chomsky et Lyotard. Argentin, mais exil&#233; au Mexique, il enseigna &#224; l'Universit&#233; de Mexico. Ses id&#233;es, qui ont toujours cherch&#233; &#224; f&#233;d&#233;rer les diff&#233;rentes luttes (femmes, ouvriers, indiens, minorit&#233;s) au sein d'un m&#234;me mouvement de lib&#233;ration, ont eu une telle influence en Am&#233;rique Latine qu'il essuya une critique en r&#232;gle de la part du Cardinal Ratzinger, qui n'&#233;tait pas encore Pape, et dirigeait alors la &#171; Congr&#233;gation pour la doctrine de la foi &#187;, l'organisme qui a pris, au Vatican, la rel&#232;ve de l'Inquisition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son grand ma&#238;tre fut Levinas : l'ami des pauvres connaissait sa dette envers le penseur de l'autre comme visage et d&#233;nuement. J'entends encore Dussel me raconter la fois o&#249; il avait os&#233; lui poser la question m&#234;me qui d&#233;finissait son propre point de d&#233;part en philosophie : &#171; Ma&#238;tre, vous nous dites toujours que l'autre est pauvre, quelle que soit sa richesse ; mais celui qui meurt de faim, n'est-il pas encore plus pauvre ? N'y a-t-il pas comme un degr&#233; &#224; int&#233;rieur de l'alt&#233;rit&#233; ? Levinas a eu cette r&#233;ponse superbe : &#171; Moi, je me fais vieux : ce livre-l&#224;, c'est &#224; vous de l'&#233;crire. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, Dussel n'a jamais cess&#233; d'&#233;crire ce livre l&#224;, tous ces livres l&#224;, sur la distance exactement o&#249; l'on tient les pauvres, les hommes de toutes les p&#233;riph&#233;ries, et les questions qu'ils posent &#224; tous les centres du monde. A nous donc de le lire, le m&#233;diter et devenir &#224; notre tour, si nous le voulons, un de ces philosophes assez courageux et lucides pour ne pas oublier les pauvres. Un de ceux que Dussel nomme si joliment &#171; les &#234;tres du lointain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J.P. Galibert&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***************&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Traduction, par Jean paul Galibert, d'un extrait de l'introduction d'un des livres majeurs de Dussel : &lt;i&gt;Philosophie de la lib&#233;ration&lt;/i&gt;, sans cesse publi&#233; dans le monde de 1977 &#224; 1996. (Dussel, Filosof&#237;&#225; de la liberaci&#243;n, nueva am&#233;rica, Bogot&#225;, 1996, p.14-18)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous disons que la philosophie de la lib&#233;ration est postmoderne, nous voulons indiquer la th&#232;se suivante : la philosophie moderne europ&#233;enne, peut-&#234;tre avant m&#234;me l'ego cogito, mais certainement &#224; partir de lui, situe tous les hommes de toutes les cultures, -et avec eux, leurs femmes et leurs enfants, &#224; l'int&#233;rieur de ses propres fronti&#232;res comme des outils manipulables, des instruments. L'ontologie les situe comme des &#234;tres interpr&#233;tables, comme des id&#233;es connues, comme des m&#233;diations ou des possibilit&#233;s internes &#224; l'horizon de la compr&#233;hension de l'&#234;tre. Au centre de l'espace, l'ego cogito constitue la p&#233;riph&#233;rie et se demande avec Fernandez de Oviedo : &#171; Les indiens sont-ils des hommes ?, c'est-&#224;-dire sont &#8211;ils europ&#233;ens, et donc animaux raisonnables ? La r&#233;ponse th&#233;orique importe moins que la r&#233;ponse pratique, qui est la r&#233;ponse r&#233;elle, celle dont nous continuons encore &#224; souffrir : ils ont seulement une main d'&#339;uvre ; s'ils ne sont pas d&#233;pourvus de raison, ils sont au moins &#171; b&#234;tes &#187;, incultes, puisque d&#233;pourvus de la culture du centre, sauvages, en un mot, sous d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ontologie ne surgit pas du n&#233;ant. Elle surgit d'une exp&#233;rience pr&#233;alable de domination sur d'autres hommes, d'oppression culturelle sur d'autres mondes. Avant l'ego cogito, il y a un ego conquiro ( le &#171; je conquiers &#187;est le fondement pratique du &#171; je pense &#187;). Le centre s'impose &#224; la p&#233;riph&#233;rie depuis cinq si&#232;cles. Mais pour combien de temps ? La pr&#233;pond&#233;rance g&#233;opolitique du centre n'a-t'elle fait son temps ? ne pouvons nous observer un processus de lib&#233;ration croissant de l'homme de la p&#233;riph&#233;rie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Spatialit&#233; g&#233;opolitique et histoire de la philosophie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie ne pense pas la philosophie, quand elle est r&#233;ellement philosophie, et non sophistique ou id&#233;ologie. Elle ne pense pas des textes philosophiques, et si elle doit le faire, c'est seulement comme prop&#233;deutique p&#233;dagogique, pour s'exercer aux cat&#233;gories interpr&#233;tatives. La philosophie pense le non-philosophique : la r&#233;alit&#233;. Mais parce qu'elle est r&#233;flexion sur sa propre r&#233;alit&#233;, elle part de ce qu'elle est d&#233;j&#224;, de son propre monde, de son syst&#232;me, de sa spatialit&#233;. Ce qui est certain, c'est qu'il semblerait que la philosophie a toujours surgi de la p&#233;riph&#233;rie, selon la n&#233;cessit&#233; de se penser elle m&#234;me, par opposition au centre et &#224; l'ext&#233;riorit&#233; totale, ou simplement &#224; l'avenir de la lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est depuis la p&#233;riph&#233;rie politique, parce qu'ils &#233;taient domin&#233;s et colonis&#233;s, depuis la p&#233;riph&#233;rie &#233;conomique, puisqu'ils &#233;taient colons, depuis la p&#233;riph&#233;rie g&#233;opolitique, puisqu'ils d&#233;pendaient des arm&#233;es du centre que la pens&#233;e des pr&#233;socratiques apparut dans l'actuelle Turquie, ou au sud de l'Italie, et non en Gr&#232;ce. La pens&#233;e m&#233;di&#233;vale &#233;merge des fronti&#232;res de l'empire. Les p&#232;res grecs sont p&#233;riph&#233;riques, tout comme les latins. Dans la Renaissance carolingienne, la r&#233;novation provient de la p&#233;riph&#233;rique Irlande. C'est de la p&#233;riph&#233;rique France que surgit un Descartes, et de la lointaine K&#246;nigsberg que se dresse un Kant. Les hommes du lointain, ceux qui ouvrent une perspective depuis la fronti&#232;re jusqu'au centre, ceux qui doivent se d&#233;finir devant l'homme d&#233;j&#224; fait et devant ses fr&#232;res barbares, nouveaux, ceux qui attendent parce qu'ils sont d&#233;j&#224; dehors, voil&#224; les hommes qui ont l'esprit libre pour penser la r&#233;alit&#233;. Ils n'ont rien &#224; cacher. Comment cacheraient-ils la domination qu'ils subissent ? Comment leur philosophie serait-elle une ontologie id&#233;ologique si leur praxis est une lib&#233;ration, face au centre qu'ils combattent ? L'intelligence philosophique n'est jamais si v&#233;ridique, si limpide, si pr&#233;cise que quand elle part de l'oppression, et qu'elle n'a aucun privil&#232;ge &#224; d&#233;fendre, puisqu'elle n'en a aucun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le centre, l'ontologie classique et le syst&#232;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e critique surgit dans la p&#233;riph&#233;rie -&#224; laquelle il faudrait ajouter la p&#233;riph&#233;rie sociale, les classes opprim&#233;es, les lumpen- et finit toujours par se diriger vers le centre. C'est sa mort comme philosophie, et sa naissance comme ontologie achev&#233;e, et comme id&#233;ologie. La pens&#233;e qui se r&#233;fugie au centre finit par le penser comme la seule r&#233;alit&#233;. Hors de ses fronti&#232;res, il y a le non-&#234;tre, le n&#233;ant, la barbarie, le non sens. L'&#234;tre est le fondement m&#234;me du syst&#232;me, ou la totalit&#233; du sens de la culture, et le monde de l'homme du centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Aristote, le grand philosophe de l'&#233;poque classique, issu d'une formation sociale esclavagiste autocentr&#233;e, c'est le grec qui est homme, et non le barbare europ&#233;en, qui manque d'habilet&#233;, ni l'asiatique, auquel manque la force de caract&#232;re. Les esclaves non plus ne sont pas des hommes, la femme l'est &#224; demi, et l'enfant en puissance. L'homme est le m&#226;le libre de la polis grecque. Pour Thomas d'Aquin, le seigneur f&#233;odal exerce un jus dominativum sur le serf de son fief, comme l'homme sur la femme (En effet Eve, bien que p&#233;cheresse, ne pouvait transmettre le p&#233;ch&#233; originel, puisque la m&#232;re n'apportait que la mati&#232;re, et le p&#232;re seul donnait l'&#234;tre &#224; l'enfant. Pour Hegel, l'Etat qui porte l'esprit est le &#171; dominateur du monde &#187; devant lequel aucun Etat n'a le moindre droit (rechtlos). L'Europe appara&#238;t ainsi dans le monde comme &#171; la missionnaire de la civilisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ontologie, la pens&#233;e qui exprime l'&#234;tre &#8211; du syst&#232;me en vigueur et central- est le fondement des id&#233;ologies des empires, du centre. La philosophie classique de tous les temps est l'ach&#232;vement et l'accomplissement th&#233;orique de l'oppression pratique des p&#233;riph&#233;ries. Ainsi la philosophie, comme centre de l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique des classes dominantes, lorsqu'elle est philosophie de la domination, joue un r&#244;le essentiel dans l'histoire europ&#233;enne. A l'inverse, on pourrait suivre tout au long de l'histoire la pens&#233;e critique, qui est en quelque mani&#232;re philosophie de la lib&#233;ration, pour peu qu'elle s'articule &#224; la formation id&#233;ologique des classes domin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La philosophie grecque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parm&#233;nide, depuis la p&#233;riph&#233;rie de la grande Gr&#232;ce, &#233;non&#231;a le commencement radical de la philosophie comme ontologie : &#171; L'&#234;tre est, le non-&#234;tre n'est pas &#187;. Qu'est-ce que l'&#234;tre, sinon le fondement du monde, l'horizon qui comprend la totalit&#233; dans laquelle je vis, la fronti&#232;re que contr&#244;lent nos arm&#233;es ? L'&#234;tre co&#239;ncide avec le monde ; il est comme la lumi&#232;re (t&#243; f&#243;s) qui illumine un champ, mais que l'on ne voit pas. On ne voit pas l'&#234;tre ; on voit ce qu'il illumine : les choses (ta &#243;nta), les biens (ta pr&#225;gmata). Mais l'&#234;tre est le grec, la lumi&#232;re de la culture grecque elle-m&#234;me. L'&#234;tre porte jusqu'au fronti&#232;res de la Gr&#232;ce. Plus loin, au-del&#224; de l'horizon, il y a le non &#234;tre, le barbare, l'Europe et l'Asie. C'est dans la politique, de Platon, Aristote, Epicure et les sto&#239;ciens, que l'on d&#233;couvre le sens de l'ontologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les pauvres colons qui affirmaient avec H&#233;raclite que l'&#234;tre est comme un logos qui, tel un mur, d&#233;fend la cit&#233; (contre les barbares), jusqu'au cosmopolitisme alexandrin ou romain, la cit&#233; se confond avec le cosmos ; c'est-&#224;-dire que la cit&#233; gr&#233;co-romaine se divinise, et s'identifie avec la nature m&#234;me. L'ontologie finit ainsi par affirmer que l'&#234;tre, le divin, le politique et l'&#233;ternel sont &#171; une seule et m&#234;me chose &#187;. Identit&#233; du pouvoir et domination, le centre, au dessus des colonies des autres cultures, au dessus des esclaves des autres races. Le centre est, la p&#233;riph&#233;rie n'est pas. L&#224; o&#249; l'&#234;tre r&#232;gne, ce sont les arm&#233;es du C&#233;sar, de l'empereur, qui r&#232;gnent et qui contr&#244;lent. L'&#234;tre est ; il est ce qui se voit et se contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les philosophies classiques, hell&#233;nistiques ou romaines, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, s'articul&#232;rent de fait avec les int&#233;r&#234;ts des classes dominantes esclavagistes, et justifi&#232;rent leur domination depuis l'horizon de l'&#234;tre m&#234;me. A partir de l&#224;, il est facile de comprendre qu'Aristote dise que &#171; l'esclave est esclave par nature &#187;, ou que les sto&#239;ciens et &#233;picuriens aient tent&#233; de proposer un salut individuel aux citoyens de l'empire &#224; la fois pour donner une conscience tranquille &#224; tous ses membres, et pour sacraliser l'empire, la manifestation accomplie des dieux du cosmopolitisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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