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		<title>La technique du coup d'Etat Op&#233;ration &#171; changement de r&#233;gime &#187;</title>
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		<dc:date>2011-01-24T21:48:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>John Laughland</dc:creator>



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&lt;p&gt;Au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, une s&#233;rie de &#171; r&#233;volutions &#187; ont &#233;clat&#233; en diff&#233;rents endroits du monde. &lt;br class='autobr' /&gt; Georgie En novembre 2003, le pr&#233;sident Edouard Chevardnadze a &#233;t&#233; renvers&#233; &#224; la suite de manifestations et d'all&#233;gations d'&#233;lections truqu&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ukraine En novembre 2004, des manifestations &#8211; la &#171; R&#233;volution orange &#187; &#8211; commenc&#232;rent au moment o&#249; des accusations similaires d'&#233;lections truqu&#233;es &#233;taient formul&#233;es. Il en r&#233;sulta que le pays perdit son ancien r&#244;le g&#233;opolitique de pont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Guerre-invisible" rel="directory"&gt;Guerre invisible&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, une s&#233;rie de &#171; r&#233;volutions &#187; ont &#233;clat&#233; en diff&#233;rents endroits du monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Georgie&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
En novembre 2003, le pr&#233;sident Edouard Chevardnadze a &#233;t&#233; renvers&#233; &#224; la suite de manifestations et d'all&#233;gations d'&#233;lections truqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ukraine&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
En novembre 2004, des manifestations &#8211; la &#171; R&#233;volution orange &#187; &#8211; commenc&#232;rent au moment o&#249; des accusations similaires d'&#233;lections truqu&#233;es &#233;taient formul&#233;es. Il en r&#233;sulta que le pays perdit son ancien r&#244;le g&#233;opolitique de pont entre l'Est et l'Ouest et fut pouss&#233; vers une adh&#233;sion &#224; l'OTAN et &#224; l'UE. Etant donn&#233; que la Rus de Kiev fut le premier Etat russe et que l'Ukraine s'est maintenant tourn&#233;e contre la Russie, il s'agit l&#224; d'un &#233;v&#233;nement historique. Mais, comme le disait George Bush, &#171; vous &#234;tes soit avec nous soit contre nous &#187;. Bien que l'Ukraine ait envoy&#233; des troupes en Irak, elle &#233;tait manifestement consid&#233;r&#233;e comme trop amie de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Liban&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Peu apr&#232;s que les Etats-Unis et l'ONU aient d&#233;clar&#233; que les troupes syriennes devaient se retirer du Liban et suite &#224; l'assassinat de Rafik Hariri, les manifestations de Beyrouth ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;es comme la &#171; R&#233;volution du C&#232;dre &#187;. Une &#233;norme contre-manifestation du Hezbollah, le plus important parti de Syrie, fut pass&#233;e sous silence alors que la t&#233;l&#233;vision montrait sans fin la foule anti-syrienne. Exemple particuli&#232;rement &#233;norme de mauvaise foi orwellienne, la BBC expliqua aux t&#233;l&#233;spectateurs que &#171; le Hezbollah, le plus grand parti politique du Liban, est jusqu'ici la seule voix dissidente qui souhaite que les Syriens restent au Liban &#187;. Comment la majorit&#233; peut-elle &#234;tre une &#171; voix dissidente &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kirghizistan&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Apr&#232;s les &#171; r&#233;volutions g&#233;orgienne et ukrainienne, nombreux sont ceux qui pr&#233;disaient que la vague de &#171; r&#233;volutions &#187; allait s'&#233;tendre aux anciens Etats sovi&#233;tiques d'Asie centrale. Et c'est ce qui arriva. Les commentateurs semblaient divis&#233;s sur la question de savoir quelle couleur attribuer au soul&#232;vement de Bichkek : r&#233;volution &#171; citron &#187; ou &#171; tulipe &#187; ? Ils n'ont pas pu se d&#233;cider. Mais ils &#233;taient tous d'accord sur un point : ces r&#233;volutions sont cool, m&#234;me quand elles sont violentes. Le pr&#233;sident du pays, Askar Aka&#239;ev, fut renvers&#233; le 24 mars 2005 et les contestataires prirent d'assaut le palais pr&#233;sidentiel et le mirent &#224; sac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouzb&#233;kistan&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Lorsque des rebelles arm&#233;s s'empar&#232;rent des b&#226;timents gouvernementaux, lib&#233;r&#232;rent des prisonniers et prirent des otages dans la nuit du 12 au 13 mai dans la ville ouzbek d'Andijan (situ&#233;e dans la vall&#233;e de Ferghana o&#249; les troubles avaient &#233;galement commenc&#233; au Kirghizistan voisin), la police et l'arm&#233;e encercl&#232;rent les rebelles et il en r&#233;sulta une impasse de longue dur&#233;e. On entreprit des n&#233;gociations avec les rebelles qui ne cess&#232;rent d'augmenter leurs revendications. Quand les forces gouvernementales les attaqu&#232;rent, les combats firent quelque 160 morts dont 30 parmi les forces de la police et de l'arm&#233;e. Pourtant les m&#233;dias occidentaux pr&#233;sent&#232;rent imm&#233;diatement ces affrontements violents de mani&#232;re d&#233;form&#233;e, pr&#233;tendant que les forces gouvernementales avaient ouvert le feu sur des contestataires non arm&#233;s, sur &#171; le peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mythe sans cesse r&#233;p&#233;t&#233; de la r&#233;volte populaire contre un gouvernement dictatorial est populaire &#224; gauche comme &#224; droite de l'&#233;ventail politique. Autrefois, le mythe de la r&#233;volution &#233;tait manifestement r&#233;serv&#233; &#224; la gauche, mais lorsque le putsch violent eut lieu au Kirghizistan, le Times s'enthousiasma &#224; propos des sc&#232;nes de Bichkek qui lui rappelaient les films d'Eisenstein sur la r&#233;volution bolch&#233;vique ; le Daily Telegraph exalta le &#171; pouvoir pris par le peuple &#187; et le Financial Times eut recours &#224; une m&#233;taphore mao&#239;ste bien connue lorsqu'il vanta la &#171; longue marche du Kirghizistan vers la libert&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des id&#233;es cl&#233;s &#224; la base de ce mythe est manifestement que le &#171; peuple &#187; est derri&#232;re les &#233;v&#233;nements et que ces derniers sont spontan&#233;s. En r&#233;alit&#233;, bien s&#251;r, ce sont des op&#233;rations tr&#232;s organis&#233;es, souvent mises en sc&#232;ne pour les m&#233;dias et habituellement cr&#233;&#233;s et contr&#244;l&#233;s par les r&#233;seaux transnationaux d'&#171; ONG &#187; qui sont des instruments du pouvoir occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La litt&#233;rature sur les coups d'Etat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe de la r&#233;volution populaire spontan&#233;e perd de sa pr&#233;gnance en raison de l'ample litt&#233;rature sur les coups d'Etat et les principales tactiques utilis&#233;es pour les provoquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien entendu L&#233;nine qui a d&#233;velopp&#233; la structure organisationnelle vou&#233;e au renversement d'un r&#233;gime que nous connaissons maintenant sous le nom de parti politique. Il diff&#233;rait de Marx en ce qu'il ne pensait pas que le changement historique &#233;tait le r&#233;sultat de forces anonymes in&#233;luctables. Il pensait qu'il fallait le provoquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce fut probablement Curzio Malaparte qui le premier, dans Technique du coup d'Etat, donna une forme c&#233;l&#232;bre &#224; ces id&#233;es. Publi&#233; en 1931, ce livre pr&#233;sente le changement de r&#233;gime comme une technique. Malaparte &#233;tait en d&#233;saccord avec ceux qui pensaient que les changements de r&#233;gime &#233;taient spontan&#233;s. Il commence son livre en rapportant une discussion entre des diplomates &#224; Varsovie au printemps 1920 : La Pologne a &#233;t&#233; envahie par l'arm&#233;e rouge de Trotski (la Pologne avait elle-m&#234;me envahi l'Union sovi&#233;tique, prenant Kiev en avril 1920) et les bolcheviques &#233;taient aux portes de Varsovie. La discussion avait lieu entre le ministre de Grande-Bretagne, Sir Horace Rumbold, le Nonce papal, Monsignor Ambrogio Damiano Achille Ratti (lequel fut &#233;lu pape deux ans plus tard sous le nom de Pie XI. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Anglais disait que la situation politique int&#233;rieure de la Pologne &#233;tait si chaotique qu'une r&#233;volution &#233;tait in&#233;vitable et que le corps diplomatique devait fuir la capitale et se rendre &#224; Poznan. Le Nonce n'&#233;tait pas d'accord, insistant sur le fait qu'une r&#233;volution &#233;tait tout aussi possible dans un pays civilis&#233; comme l'Angleterre, la Hollande ou la Suisse que dans un pays en &#233;tat d'anarchie. Naturellement, l'Anglais &#233;tait choqu&#233; &#224; l'id&#233;e qu'une r&#233;volution p&#251;t &#233;clater en Angleterre. &#171; Jamais ! &#187; s'exclama-t-il. Les faits lui ont donn&#233; tort car il n'y eut aucune r&#233;volution en Pologne et cela, selon Malaparte parce que les forces r&#233;volutionnaires n'&#233;taient pas suffisamment bien organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette anecdote permet &#224; Malaparte d'aborder les diff&#233;rences entre L&#233;nine et Trotski, deux praticiens du coup d'Etat. Il montre que le futur pape avait raison et qu'il &#233;tait faux de dire que certaines conditions sont n&#233;cessaires pour qu'il y ait r&#233;volution. Pour Malaparte, comme pour Trotski, on peut provoquer un changement de r&#233;gime dans n'importe quel pays, y compris dans les d&#233;mocraties stables d'Europe occidentale &#224; condition qu'il y ait un groupe d'hommes suffisamment d&#233;termin&#233;s &#224; l'effectuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabriquer le consentement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous am&#232;ne &#224; d'autres textes relatifs &#224; la manipulation m&#233;diatique. Malaparte lui-m&#234;me n'aborde pas cet aspect mais celui-ci est a) tr&#232;s important et b) constitue un &#233;l&#233;ment de la technique utilis&#233;e pour les changements de r&#233;gime aujourd'hui. A vrai dire, le contr&#244;le des m&#233;dias durant un changement de r&#233;gime est si important qu'une des caract&#233;ristiques de ces r&#233;volutions est la cr&#233;ation d'une r&#233;alit&#233; virtuelle. Le contr&#244;le de cette r&#233;alit&#233; est lui-m&#234;me un instrument du pouvoir, si bien que lors des coups d'Etats classiques des r&#233;publiques banani&#232;res, la premi&#232;re chose dont s'emparent les r&#233;volutionnaires est la radio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens &#233;prouvent une forte r&#233;pugnance &#224; accepter l'id&#233;e que les &#233;v&#233;nements politiques, aujourd'hui, sont d&#233;lib&#233;r&#233;ment manipul&#233;s. Cette r&#233;pugnance est elle-m&#234;me un produit de l'id&#233;ologie de l'&#232;re de l'information qui flatte la vanit&#233; des gens et les incite &#224; croire qu'ils ont acc&#232;s &#224; une somme consid&#233;rable d'informations. En fait, l'apparente diversit&#233; de l'information m&#233;diatique moderne cache une extr&#234;me pauvret&#233; de sources originales, de m&#234;me qu'une rue enti&#232;re de restaurants sur un rivage grec peut cacher la r&#233;alit&#233; d'une seule cuisine &#224; l'arri&#232;re. Les informations sur les &#233;v&#233;nements importants proviennent souvent d'une source unique, souvent une agence de presse et m&#234;me des diffuseurs d'informations comme la BBC se contentent de recycler les informations re&#231;ues de ces agences tout en les pr&#233;sentant comme &#233;tant les leurs. Les correspondants de la BBC sont souvent dans leurs chambres d'h&#244;tel lorsqu'ils envoient leurs d&#233;p&#234;ches, lisant souvent pour le studio de Londres l'information que leur ont transmise leur coll&#232;gues en Angleterre, qui les ont &#224; leur tour re&#231;ues des agences de presse. Un second facteur expliquant la r&#233;pugnance &#224; croire &#224; la manipulation des m&#233;dias est li&#233; au sentiment d'omniscience que notre &#233;poque de &lt;i&gt;mass m&#233;dia &lt;/i&gt; aime flatter : d&#233;biner les informations de la presse, c'est dire aux gens qu'ils sont cr&#233;dules et ce message n'est pas agr&#233;able &#224; recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manipulation m&#233;diatique a plusieurs aspects. L'un des plus importants est l'iconographie politique. C'est un instrument tr&#232;s important utilis&#233; pour d&#233;fendre la l&#233;gitimit&#233; des r&#233;gimes qui ont pris le pouvoir par la r&#233;volution. Il suffit de penser &#224; des &#233;v&#233;nements embl&#233;matiques comme la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, l'assaut du Palais d'Hiver pendant la r&#233;volution d'octobre 1917 ou la marche de Mussolini sur Rome en 1922 pour se rendre compte que certains &#233;v&#233;nements peuvent &#234;tre &#233;lev&#233;s au rang de sources presque &#233;ternelles de l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'importance de l'imagerie politique va bien au-del&#224; de l'invention d'un embl&#232;me pour chaque r&#233;volution. Elle implique un contr&#244;le beaucoup plus rigoureux des m&#233;dias et g&#233;n&#233;ralement ce contr&#244;le doit &#234;tre exerc&#233; sur une longue p&#233;riode, pas seulement au moment du changement de r&#233;gime. Il est vraiment essentiel que la ligne du parti soit r&#233;p&#233;t&#233;e &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt;. Un aspect de la culture m&#233;diatique d'aujourd'hui que de nombreux dissidents d&#233;noncent &#224; la l&#233;g&#232;re et &#224; tort comme relevant du &#171; totalitarisme &#187; est que les opinions dissidentes peuvent &#234;tre exprim&#233;es et publi&#233;es, mais c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que, n'&#233;tant que des gouttes d'eau dans l'oc&#233;an, elles ne repr&#233;sentent jamais une menace pour la mar&#233;e propagandiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Willy M&#252;nzenberg&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des ma&#238;tres modernes du contr&#244;le des m&#233;dias fut le communiste allemand avec qui Goebbels apprit son m&#233;tier, Willy M&#252;nzenberg. Il n'est pas seulement l'inventeur de la manipulation mais aussi le premier &#224; avoir mis au point l'art de cr&#233;er un r&#233;seau de journalistes formateurs de l'opinion qui propag&#232;rent des id&#233;es correspondant aux besoins du Parti communiste allemand et &#224; l'Union sovi&#233;tique. Il fit fortune en &#233;difiant un vaste empire m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait tr&#232;s impliqu&#233; dans le projet communiste d&#232;s le d&#233;but. Il appartenait aux proches de L&#233;nine &#224; Zurich et en 1917, il accompagna le futur chef de la r&#233;volution bolch&#233;vique de la gare centrale de Zurich &#224; la gare de Finlande &#224; Saint-P&#233;tersbourg dans un train plomb&#233;, avec l'aide des autorit&#233;s imp&#233;riales allemandes. L&#233;nine demanda &#224; M&#252;nzenberg de combattre la publicit&#233; &#233;pouvantable suscit&#233;e par le fait qu'en 1921, 25 millions de paysans de la r&#233;gion de la Volga commenc&#232;rent &#224; souffrir de la famine qui frappait l'Etat sovi&#233;tique nouvellement cr&#233;&#233;. M&#252;nzenberg, qui &#233;tait alors rentr&#233; &#224; Berlin o&#249; il fut plus tard &#233;lu d&#233;put&#233; communiste au Reichstag, fut charg&#233; de cr&#233;er une &#339;uvre de bienfaisance ouvri&#232;re factice, le &lt;i&gt;Foreign Committee for the Organisation of Worker Relief for the Hungry in Soviet Russia &lt;/i&gt; dont le but &#233;tait de faire croire que les secours humanitaires provenaient d'autres sources que de la &lt;i&gt;Herbert Hoover's American Relief Administration&lt;/i&gt;. L&#233;nine craignait non seulement que Hoover utilise son projet humanitaire pour envoyer des espions en URSS (ce qu'il fit) mais &#233;galement &#8211; chose peut-&#234;tre plus importante &#8211; que le premier Etat communiste au monde ne souffre fatalement de la publicit&#233; n&#233;gative due au fait que l'Etats-Unis capitaliste lui venait en aide &#224; quelques ann&#233;es de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s s'&#234;tre fait la main en &#171; vendant &#187; la mort de millions de personnes caus&#233;e par les bolcheviques, M&#252;nzenberg se tourna vers des activit&#233;s de propagande plus g&#233;n&#233;rales. Il &#233;difia un vaste empire m&#233;diatique connu sous le nom de Trust M&#252;nzenberg qui poss&#233;dait deux quotidiens de masse en Allemagne, un hebdomadaire de masse et avait des int&#233;r&#234;ts dans d'autres publications dans le monde. Il s'illustra particuli&#232;rement en mobilisant l'opinion mondiale contre l'Etats-Unis lors du proc&#232;s de Sacco et Vanzetti (deux immigr&#233;s italiens anarchistes condamn&#233;s &#224; mort pour meurtre dans le Massachusetts en 1921) et pour contrebalancer l'id&#233;e propag&#233;e par les nazis selon laquelle l'incendie du Reichstag en 1933, &#233;tait l'&#339;uvre d'un complot communiste. Rappelons que les nazis prirent pr&#233;texte de cet incendie pour proc&#233;der &#224; des arrestations et &#224; des ex&#233;cutions en masse de communistes. (On pense maintenant que le feu a en r&#233;alit&#233; &#233;t&#233; mis &#224; titre individuel par l'homme qui fut arr&#234;t&#233; dans le b&#226;timent &#224; l'&#233;poque, le pyromane Martinus van der Lubbe. M&#252;nzenberg r&#233;ussit &#224; convaincre une partie importante de l'opinion d'une contrev&#233;rit&#233; oppos&#233;e &#224; celle des nazis, c'est-&#224;-dire que ceux-ci avaient mis le feu eux-m&#234;mes afin d'avoir un pr&#233;texte pour se d&#233;barrasser de leurs principaux adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait le plus significatif pour notre &#233;poque est que M&#252;nzenberg comprit combien il est important d'influencer les faiseurs d'opinion. Il avait essentiellement pour cible les intellectuels, partant de l'id&#233;e qu'ils &#233;taient faciles &#224; influencer en raison de leur grande vanit&#233;. Il avait notamment des contacts avec un grand nombre de personnalit&#233;s litt&#233;raires des ann&#233;es 1930. Il en encouragea beaucoup &#224; soutenir les R&#233;publicains lors de la guerre civile espagnole et d'en faire une cause c&#233;l&#232;bre de l'anti-fascisme communiste. La tactique de M&#252;nzenberg rev&#234;t une grande importance dans la manipulation de l'opinion en faveur du Nouvel ordre mondial aujourd'hui. Plus que jamais, des &#171; experts &#187; apparaissent sur nos petits &#233;crans pour nous expliquer les &#233;v&#233;nements et ils sont toujours des v&#233;hicules de la ligne officielle du parti. On les contr&#244;le de diff&#233;rentes mani&#232;res, g&#233;n&#233;ralement avec de l'argent ou par la flatterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Psychologie de la manipulation de l'opinion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une s&#233;rie d'ouvrages qui mettent le doigt sur un aspect un peu diff&#233;rent de la technique sp&#233;cifique mise au point par M&#252;nzenberg. Il concerne la mani&#232;re d'amener les gens &#224; agir collectivement en recourant &#224; des stimuli psychologiques. Peut-&#234;tre que le premier th&#233;oricien important en fut le neveu de Freud, Edward Bernays, qui &#233;crivait dans son ouvrage Propaganda [Traduction fran&#231;aise : Propaganda, Comment manipuler l'opinion en d&#233;mocratie, Zones, 2007], paru en 1928, qu'il &#233;tait tout &#224; fait naturel et justifi&#233; que les gouvernements fa&#231;onnent l'opinion publique &#224; des fins politiques. Le premier chapitre porte le titre r&#233;v&#233;lateur suivant : &#171; Organiser le chaos &#187;. Pour Bernays, la manipulation consciente et intelligente des opinions et des habitudes des masses est un &#233;l&#233;ment important des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques. Ceux qui manipulent les m&#233;canismes cach&#233;s de la soci&#233;t&#233; constituent un gouvernement invisible qui repr&#233;sente le vrai pouvoir. Nous sommes dirig&#233;s, nos esprits sont fa&#231;onn&#233;s, nos go&#251;ts form&#233;s, nos id&#233;es sugg&#233;r&#233;es essentiellement par des hommes dont nous n'avons jamais entendu parler. C'est la cons&#233;quence logique de la mani&#232;re dont notre soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique est organis&#233;e. Un grand nombre d'&#234;tres humains doivent coop&#233;rer afin de vivre ensemble dans une soci&#233;t&#233; qui fonctionne bien. Dans presque tous les actes de notre vie quotidienne, qu'il s'agisse de la sph&#232;re politique, des affaires, de nos comportements sociaux ou de nos conceptions &#233;thiques, nous sommes domin&#233;s par un nombre relativement r&#233;duit de personnes qui connaissent les processus mentaux et les caract&#233;ristiques sociales des masses. Ce sont elles qui contr&#244;lent l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Bernays, tr&#232;s souvent les membres du gouvernement invisible ne savent m&#234;me pas qui en sont les autres membres. La propagande est le seul moyen d'emp&#234;cher l'opinion publique de sombrer dans le chaos. Bernays continua de travailler sur le sujet apr&#232;s la guerre et a publi&#233;, en 1955, &lt;i&gt;The Engineering of Consent&lt;/i&gt;, titre auquel Edward Herman et Noam Chomsky faisaient allusion lorsqu'ils publi&#232;rent leur ouvrage majeur &lt;i&gt;Manufacturing Consent &lt;/i&gt; [ La Fabrication du consentement, Agone, 2008] en 1988. Le rapport avec Freud est important parce que, comme nous allons le voir, la psychologie est un outil capital pour influencer l'opinion publique. Selon deux des auteurs ayant collabor&#233; &#224; &lt;i&gt;Manufacturing Consent&lt;/i&gt;, Doris E. Fleischmann et Howard Walden Cutler &#233;crivent que chaque chef politique doit faire appel &#224; des &#233;motions humaines de base afin de manipuler l'opinion. L'instinct de conservation, l'ambition, l'orgueil, la faim, l'amour de la famille et des enfants, le patriotisme, l'esprit d'imitation, le d&#233;sir de commander, le go&#251;t du jeu ainsi que d'autres besoins sont les mati&#232;res brutes psychologiques que chaque leader doit prendre en compte dans ses efforts pour gagner l'opinion publique &#224; ses id&#233;es. Pour pr&#233;server leur confiance en eux, la plupart des gens ont besoin d'&#234;tre certains que tout ce qu'ils croient est vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que M&#252;nzenberg avait bien compris : le besoin fondamental des hommes de croire ce qu'ils veulent croire. Thomas Mann faisait allusion &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne quand il attribua l'ascension d'Hitler au d&#233;sir collectif du peuple allemand de croire &#224; un &#171; conte de f&#233;es &#187; dissimulant la laide r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce sujet, d'autres ouvrages m&#233;ritant d'&#234;tre mentionn&#233;s concernent moins la propagande &#233;lectronique moderne que la psychologie des foules. Les classiques, ici, sont Psychologie des foules de Gustave Le Bon (1895), Masse et puissance d'Elias Canetti (1960) et Le viol des foules par la propagande politique de Serge Tchakhotine [Gallimard, 1992] (1939). Tous ces livres font abondamment appel &#224; la psychologie et &#224; l'anthropologie. Il y a &#233;galement le magnifique ouvrage de l'anthropologue Ren&#233; Girard dont les &#233;crits sur la logique de l'imitation (mimesis) et sur les actions violentes collectives sont d'excellents outils pour comprendre pourquoi l'opinion publique peut si facilement &#234;tre amen&#233;e &#224; soutenir la guerre et d'autres formes de violence politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Technique de formation de l'opinion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, un grand nombre des techniques mises au point par le communiste M&#252;nzenberg furent adopt&#233;es par les Am&#233;ricains, comme le montre magnifiquement l'excellent ouvrage de Frances Stonor Saunders &lt;i&gt;Who Paid the Piper ? CIA and the Cultural Cold War&lt;/i&gt;.[ &lt;u&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/?Qui-mene-la-danse-La-CIA-et-la-guerre-froide-culturelle-Frances&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui m&#232;ne la danse ? La CIA et la Guerre froide culturelle&lt;/u&gt;&lt;/i&gt;,&lt;/a&gt;Deno&#235;l, 2003] Saunders explique de mani&#232;re extr&#234;mement d&#233;taill&#233;e comment, au d&#233;but de la guerre froide, les Am&#233;ricains et les Britanniques commenc&#232;rent une importante op&#233;ration clandestine destin&#233;e &#224; financer des intellectuels anti-communistes. L'&#233;l&#233;ment fondamental est qu'ils concentr&#232;rent leur attention sur des personnalit&#233;s de gauche, surtout des trotskistes qui n'avaient cess&#233; de soutenir l'Union sovi&#233;tique qu'en 1939 lorsque Staline signa le Pacte de non-agression avec Hitler et qui avaient souvent travaill&#233; auparavant pour M&#252;nzenberg. Un grand nombre de ces personnes qui se situaient au point de jonction entre le communisme et la CIA au d&#233;but de la guerre froide sont devenus des n&#233;o-conservateurs de premier plan, en particulier Irving Kristol, James Burnham, Sidney Hook et Lionel Trilling.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les origines gauchistes, voire trotskistes, du n&#233;o-conservatisme sont connues, bien que je continue d'&#234;tre surpris par de nouveaux d&#233;tails que je d&#233;couvre, par exemple que Lionel et Diana Trilling ont &#233;t&#233; mari&#233;s par un rabbin qui consid&#233;rait Felix Dzerjinski, fondateur de la police secr&#232;te bolch&#233;vique (anc&#234;tre du KGB) et pendant communiste de Himmler, comme un mod&#232;le d'h&#233;ro&#239;sme. Ces origines gauchistes entretiennent un rapport particulier avec les op&#233;rations clandestines &#233;voqu&#233;es par Saunders car l'objectif de la CIA &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment d'influencer les opposants de gauche au communisme, c'est-&#224;-dire les trotskistes. L'id&#233;e de la CIA &#233;tait simplement que les anti-communistes de droite n'avaient pas besoin d'&#234;tre influenc&#233;s et encore moins d'&#234;tre pay&#233;s. Saunders cite Michael Warner lorsqu'elle &#233;crit que pour la CIA, la strat&#233;gie consistant &#224; soutenir la gauche anticommuniste allait devenir le fondement th&#233;orique des op&#233;rations politiques de la CIA contre le communisme pendant les deux d&#233;cennies suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie &#233;tait d&#233;crite dans &lt;i&gt;The Vital Center : The Politics of Freedom &lt;/i&gt; d'Arthur Schlesinger (1949), ouvrage qui constitue une des pierres angulaires de ce qui devint plus tard le mouvement n&#233;oconservateur. Saunders &#233;crit que l'objectif consistant &#224; soutenir des groupes gauchistes n'&#233;tait ni de d&#233;truire ni de dominer ces groupes mais plut&#244;t de maintenir une discr&#232;te proximit&#233; et de diriger leur pens&#233;e, de leur procurer un moyen de se d&#233;fouler et, &#224; la limite, de s'opposer &#224; leurs actions au cas o&#249; ils deviendraient trop &#171; radicaux &#187;. Les mani&#232;res dont cette influence de gauche fut ressentie furent nombreuses et vari&#233;es. Les Etats-Unis &#233;taient d&#233;cid&#233;s &#224; donner d'eux-m&#234;mes une image progressiste, en contraste avec l'Union sovi&#233;tique &#171; r&#233;actionnaire &#187;. Autrement dit, ils voulaient faire exactement ce que faisaient les Sovi&#233;tiques. En musique, par exemple, Nicolas Nabokov (le cousin de l'auteur de Lolita) &#233;tait l'un des principaux agents du Congr&#232;s. En 1954, la CIA finan&#231;a un festival de musique &#224; Rome au cours duquel l'amour &#171; autoritaire &#187; de Staline pour des compositeurs comme Rimski-Korsakov et Tcha&#239;kovski fut &#171; contr&#233; &#187; par de la musique moderne non orthodoxe inspir&#233;e du dod&#233;caphonisme de Schoenberg. Pour Nabokov, promouvoir une musique qui abolissait manifestement les hi&#233;rarchies naturelles, c'&#233;tait d&#233;livrer un message politique clair. Un autre progressiste, le peintre Jackson Pollock, ancien communiste, fut &#233;galement soutenu par la CIA. Ses barbouillages &#233;taient cens&#233;s repr&#233;senter l'id&#233;ologie &#233;tasunienne de la &#171; libert&#233; &#187; oppos&#233;e &#224; l'autoritarisme de la peinture du r&#233;alisme socialiste. (Cette alliance avec les communistes a pr&#233;c&#233;d&#233; la guerre froide : le fresquiste communiste mexicain Diego Rivera fut parrain&#233; par Abby Aldrich Rockefeller mais leur collaboration prit fin subitement lorsque Rivera refusa de retirer un portrait de L&#233;nine d'une sc&#232;ne de foule peinte sur les murs du Rockefeller Center en 1933.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;lange entre la culture et la politique fut encourag&#233; explicitement par un organisme de la CIA qui avait un nom tr&#232;s orwellien, le Bureau de strat&#233;gie psychologique. En 1956, il parraina une tourn&#233;e europ&#233;enne du Metropolitan Opera dont l'objectif politique &#233;tait d'encourager le multiculturalisme. Son organisateur, Junkie Fleischmann, d&#233;clara : &#171; Nous, aux Etats-Unis, nous sommes un &lt;i&gt;melting-pot &lt;/i&gt; et par l&#224; nous prouvons que les peuples peuvent s'entendre ind&#233;pendamment des races, des couleurs de peau ou des confessions. En utilisant le terme de &#171; &lt;i&gt;melting-pot &lt;/i&gt; &#187; ou toute autre expression accrocheuse, nous pourrions pr&#233;senter le Met comme un exemple de la mani&#232;re dont les Europ&#233;ens peuvent s'entendre aux Etats-Unis et sugg&#233;rer que, par cons&#233;quent, une esp&#232;ce de f&#233;d&#233;ration europ&#233;enne est tout &#224; fait possible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit dit en passant, c'est exactement l'argument utilis&#233; notamment par Ben Wattenberg qui, dans son ouvrage &lt;i&gt;The First Universal Nation&lt;/i&gt;, soutient que l'Am&#233;rique poss&#232;de un droit particulier &#224; l'h&#233;g&#233;monie mondiale parce qu'elle r&#233;unit toutes les nations et races de la plan&#232;te. La m&#234;me id&#233;e a &#233;t&#233; exprim&#233;e par Newt Gingrich et d'autres n&#233;oconservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les autres sujets mis en avant, certains sont au centre de la pens&#233;e n&#233;oconservatrice d'aujourd'hui. Le premier d'entre eux est la croyance authentiquement lib&#233;rale &#224; l'universalisme moral et politique. Elle a &#233;t&#233; au centre de la philosophie de la politique &#233;trang&#232;re de George W. Bush. A de nombreuses occasions, il a d&#233;clar&#233; que les valeurs politiques sont les m&#234;mes dans le monde entier et il a utilis&#233; cette affirmation pour justifier l'intervention militaire en faveur de la &#171; d&#233;mocratie &#187;. Au d&#233;but des ann&#233;es 1950, Raymond Allen, directeur du PSB (le Bureau de strat&#233;gie psychologique fut rapidement d&#233;sign&#233; uniquement par ses initiales, sans doute afin de cacher son vrai nom) &#233;tait d&#233;j&#224; parvenu &#224; la conclusion suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les principes et id&#233;aux contenus dans la D&#233;claration d'ind&#233;pendance et la Constitution sont destin&#233;s &#224; &#234;tre export&#233;s et constituent le patrimoine des hommes partout dans le monde. Nous devrions nous adresser aux besoins fondamentaux de l'humanit&#233; qui, je crois, sont les m&#234;mes pour l'agriculteur du Texas que pour celui du Pendjab. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il serait faux d'attribuer la propagation des id&#233;es uniquement &#224; la manipulation clandestine. Elles s'inscrivent dans de vastes courants culturels dont les causes sont multiples. Mais il ne fait pas de doute que la domination de ces id&#233;es peut &#234;tre consid&#233;rablement facilit&#233;e par des op&#233;rations clandestines, en particulier parce que les gens des soci&#233;t&#233;s d'information de masse sont &#233;tonnamment influen&#231;ables. Non seulement, ils croient ce qu'ils lisent dans les journaux mais ils s'imaginent qu'ils sont arriv&#233;s aux conclusions par eux-m&#234;mes. Par cons&#233;quent, l'astuce pour manipuler l'opinion publique consiste &#224; appliquer ce qui a &#233;t&#233; th&#233;oris&#233; par Bernays, mis en place par M&#252;nzenberg et &#233;lev&#233; au rang d'un grand art par la CIA. Selon l'agent de la CIA Donald Jameson, en ce qui concerne les attitudes que l'Agence d&#233;sirait susciter par ses activit&#233;s, il est &#233;vident qu'elle voulait produire des gens qui &#233;taient intimement persuad&#233;s que tout ce que faisait le gouvernement &#233;tait juste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement dit, ce que la CIA et d'autres agences ont fait pendant cette p&#233;riode fut d'adopter la strat&#233;gie que nous associons au marxiste italien Antonio Gramsci qui affirmait que l'&#171; h&#233;g&#233;monie culturelle &#187; &#233;tait essentielle pour la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;sinformation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il existe une quantit&#233; &#233;norme de textes sur la technique de d&#233;sinformation. J'ai d&#233;j&#224; mentionn&#233; le fait important, formul&#233; &#224; l'origine par Tchakhotine, que le r&#244;le des journalistes et des m&#233;dias est fondamental pour s'assurer que la propagande est constante. Il &#233;crit que la propagande ne saurait s'interrompre, formulant ainsi une des r&#232;gles fondamentales de la d&#233;sinformation moderne qui est que le message doit &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233; tr&#232;s souvent pour passer. Avant tout, Tchakhotine dit que les campagnes de propagande doivent &#234;tre dirig&#233;es de mani&#232;re centralis&#233;e et tr&#232;s organis&#233;e, ce qui est devenu la norme &#224; l'&#232;re de la &#171; communication &#187; politique moderne. Les membres travaillistes du Parlement britannique, par exemple, ne peuvent pas parler aux m&#233;dias sans l'autorisation du &lt;i&gt;Director for Communications &lt;/i&gt; du 10, Downing Street.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sefton Delmer &#233;tait &#224; la fois un praticien et un th&#233;oricien de la &#171; black propaganda &#187; (d&#233;s-information). Il cr&#233;a une fausse station de radio qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, diffusait de la Grande-Bretagne vers l'Allemagne et r&#233;pandit le mythe qu'il y avait de bons Allemands patriotes qui s'opposaient &#224; Hitler. On maintint le mythe qu'il s'agissait en r&#233;alit&#233; d'une station allemande clandestine et on la fit &#233;mettre sur des fr&#233;quences proches de celles des stations officielles. Ce genre de &#171; black propaganda &#187; fait maintenant partie de l'arsenal de la &#171; communication &#187; gouvernementale am&#233;ricaine. Le New York Times a r&#233;v&#233;l&#233; que le gouvernement faisait des bulletins d'informations favorables &#224; sa politique qui &#233;taient ensuite diffus&#233;s sur les cha&#238;nes ordinaires et pr&#233;sent&#233;s comme s'ils &#233;manaient de ces cha&#238;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a de nombreux autres auteurs qui ont &#233;crit sur le sujet et j'ai parl&#233; de certains d'entre eux dans ma chronique &lt;i&gt;All News Is Lies&lt;/i&gt; mais peut-&#234;tre que l'ouvrage qui correspond le mieux au d&#233;bat actuel est celui de Roger Mucchielli, la Subversion [La subversion, C.L.C ; nouvelle &#233;d. revue et mise &#224; jour, 1976], publi&#233; en fran&#231;ais en 1971 et qui montre que la d&#233;sinformation, autrefois tactique auxiliaire pendant la guerre, est devenue une tactique principale. Selon lui, la strat&#233;gie s'est d&#233;velopp&#233;e au point que l'objectif est maintenant de conqu&#233;rir un pays sans m&#234;me l'attaquer physiquement, en particulier en recourant &#224; des agents d'influence &#224; l'int&#233;rieur. C'est essentiellement l'id&#233;e propos&#233;e et discut&#233;e par Robert Kaplan dans son essai publi&#233; dans &lt;i&gt;The Atlantic Monthly &lt;/i&gt; en juillet/ao&#251;t 2003 et intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;Supremacy by Stealth &lt;/i&gt; &#187;. Un des plus sinistres th&#233;oriciens du Nouvel ordre mondial et de l'Empire am&#233;ricain, Robert Kaplan, d&#233;fend explicitement l'utilisation ill&#233;gale et immorale de la force pour permettre aux Etats-Unis de contr&#244;ler le monde entier. Son essai concerne le recours aux op&#233;rations secr&#232;tes, &#224; la force des armes, aux coups tordus, &#224; la d&#233;sinformation, aux influences clandestines, &#224; la formation de l'opinion, voire aux assassinats politiques, tous moyens relevant d'une &#171; &#233;thique pa&#239;enne &#187; et destin&#233;s &#224; assurer la domination am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point &#224; souligner &#224; propos de Mucchielli est qu'il fut un des premiers th&#233;oriciens du recours &#224; des fausses ONG ou &#171; organisations de fa&#231;ade &#187; pour provoquer un changement politique interne dans un autre pays. Comme Malaparte et Trotski, Mucchielli avait compris que ce n'&#233;taient pas des circonstances &#171; objectives &#187; qui faisaient le succ&#232;s ou l'&#233;chec d'une r&#233;volution mais la perception de ces circonstances cr&#233;&#233;e par la d&#233;sinformation. Il avait &#233;galement compris que les r&#233;volutions historiques, qui se pr&#233;sentaient invariablement comme le produit de mouvements de masse, &#233;taient en r&#233;alit&#233; l'&#339;uvre d'un tout petit nombre de conspirateurs tr&#232;s bien organis&#233;s. Comme Trotski, Mucchielli insistait sur le fait que la majorit&#233; silencieuse devait &#234;tre absolument exclue du m&#233;canisme de changement politique, pr&#233;cis&#233;ment parce que les coups d'Etat sont l'&#339;uvre d'un petit nombre de personnes et non de la masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opinion est le &#171; forum &#187; o&#249; l'on pratique la subversion et Mucchielli montre les diff&#233;rentes mani&#232;res d'utiliser les &lt;i&gt;mass m&#233;dias&lt;/i&gt; pour cr&#233;er une psychose collective. Selon lui, les facteurs psychologiques sont extr&#234;mement importants &#224; cet &#233;gard, particuli&#232;rement dans la poursuite de strat&#233;gies importantes comme la d&#233;moralisation d'une soci&#233;t&#233;. L'adversaire doit &#234;tre amen&#233; &#224; perdre confiance dans le bien-fond&#233; de sa cause et tous les efforts doivent &#234;tre tent&#233;s pour le convaincre que son adversaire est invincible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#244;le des militaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'aborder le pr&#233;sent, &#233;voquons encore une question d'ordre historique : le r&#244;le des militaires dans la conduite d'op&#233;rations secr&#232;tes et dans l'influence exerc&#233;e sur le changement politique. C'est une chose dont certains analystes contemporains admettent volontiers l'existence aujourd'hui : Kaplan approuve le fait que l'arm&#233;e am&#233;ricaine soit utilis&#233;e pour &#171; promouvoir la d&#233;mocratie &#187;. Il se pla&#238;t &#224; indiquer qu'un coup de t&#233;l&#233;phone d'un g&#233;n&#233;ral &#233;tasunien est souvent un meilleur moyen d'encourager un changement politique dans un pays du Tiers Monde qu'un appel de l'ambassadeur des Etats-Unis de l&#224;-bas. Il cite un officier des &lt;i&gt;Army Special Operations&lt;/i&gt; : &#171; Quel que soit le Pr&#233;sident du Kenya, c'est le m&#234;me groupe de gars qui dirige les forces sp&#233;ciales et les gardes du corps du Pr&#233;sident. Nous les avons entra&#238;n&#233;s. C'est ce qu'on appelle l'influence diplomatique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect historique du sujet a &#233;t&#233; r&#233;cemment &#233;tudi&#233; par un universitaire suisse, Daniele Ganser dans son livre &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/?Les-armees-secretes-de-l-OTAN&amp;lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;Les Arm&#233;es secr&#232;tes de l'OTAN&lt;/U&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; [Demi-lune, Paris, 2007]. Il commence par mentionner le fait que, le 3 ao&#251;t 1990, Giulio Andreotti, alors Premier ministre, a admis qu'il avait exist&#233; une arm&#233;e secr&#232;te dans son pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale connue sous le nom de Gladio, qu'elle avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par la CIA et le MI6 et qu'elle &#233;tait coordonn&#233;e par une section peu orthodoxe de l'OTAN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il confirmait ainsi une des rumeurs les plus persistantes de l'Italie de l'apr&#232;s-guerre. De nombreuses personnes dont des magistrats instructeurs avaient le sentiment que Gladio ne faisait pas seulement partie d'un r&#233;seau d'arm&#233;es secr&#232;tes cr&#233;&#233;es par les Etasuniens en Europe occidentale pour combattre une &#233;ventuelle occupation sovi&#233;tique, mais &#233;galement que ces r&#233;seaux en &#233;taient venus &#224; influencer le r&#233;sultat d'&#233;lections, allant jusqu'&#224; conclure de sinistres alliances avec des organisations terroristes. L'Italie &#233;tait une cible particuli&#232;re parce que le Parti communiste y &#233;tait tr&#232;s puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'origine, cette arm&#233;e secr&#232;te avait &#233;t&#233; mise sur pied dans le but de se pr&#233;parer &#224; l'&#233;ventualit&#233; d'une invasion, mais il semble qu'elle effectua bient&#244;t des op&#233;rations secr&#232;tes visant &#224; influencer les processus politiques eux-m&#234;mes, en l'absence d'invasion. Il existe de nombreuses preuves que les Am&#233;ricains se sont ing&#233;r&#233;s massivement, en particulier dans les &#233;lections italiennes, afin d'emp&#234;cher le Parti communiste de prendre le pouvoir. Des dizaines de milliards de dollars ont &#233;t&#233; offerts aux chr&#233;tiens-d&#233;mocrates pour cette raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ganser va jusqu'&#224; dire qu'on a la preuve que des cellules Gladio ont organis&#233; des attentats terroristes dans le but de faire accuser les communistes et de pousser la population &#233;pouvant&#233;e &#224; r&#233;clamer des pouvoirs sp&#233;ciaux pour l'Etat destin&#233;s &#224; les &#171; prot&#233;ger &#187; du terrorisme. Ganser cite l'homme accus&#233; d'avoir pos&#233; une des bombes, Vincenzo Vinciguerra, qui a bien expliqu&#233; la nature du r&#233;seau dont il &#233;tait un simple soldat. Cela faisait partie d'une strat&#233;gie visant &#224; &#171; d&#233;stabiliser afin de stabiliser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'attaquait &#224; des civils, &#224; des femmes, &#224; des enfants, &#224; des innocents, &#224; des inconnus tout &#224; fait &#233;trangers au jeu politique. La raison en &#233;tait simple : il s'agissait de contraindre le peuple italien &#224; se tourner vers l'Etat pour demander une plus grande s&#233;curit&#233;. Telle est la logique politique qui pr&#233;sidait &#224; tous les massacres dont les auteurs sont rest&#233;s impunis parce que l'Etat ne pouvait pas se d&#233;clarer coupable de ce qui &#233;tait arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un rapport &#233;vident avec les th&#233;ories du complot &#224; propos du 11-Septembre. Ganser pr&#233;sente toute une s&#233;rie de preuves selon lesquelles on a agi l&#224; comme Gladio en Italie et ses arguments laissent penser qu'il pourrait y avoir eu une alliance avec des groupes d'extr&#234;me gauche comme les Brigades Rouges. Apr&#232;s tout, lorsque Aldo Moro fut enlev&#233; &#8211; il fut ensuite assassin&#233; &#8211;, il se rendait au Parlement pour y pr&#233;senter un programme de coalition entre les socialistes et les communistes, ce que les Etasunins &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment d&#233;termin&#233;s &#224; emp&#234;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les tacticiens de la r&#233;volution aujourd'hui&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvrages historiques dont j'ai parl&#233; nous aident &#224; comprendre ce qui se passe aujourd'hui. Mes coll&#232;gues et moi-m&#234;me du &lt;i&gt;British Helsinki Human Rights Group&lt;/i&gt; avons pu constater que les m&#234;mes techniques sont utilis&#233;es aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales tactiques ont &#233;t&#233; perfectionn&#233;es en Am&#233;rique Latine dans les ann&#233;es 1970&#8211;80. Beaucoup d'agents secrets sp&#233;cialistes du changement de r&#233;gime de l'&#233;poque Reagan et Bush p&#232;re ont exerc&#233; leur m&#233;tier sans probl&#232;mes dans l'ancien bloc sovi&#233;tique sous Clinton et Bush fils. Le g&#233;n&#233;ral Noriega raconte dans ses m&#233;moires que les deux agents de la CIA et du D&#233;partement d'Etat envoy&#233;s pour n&#233;gocier puis pour provoquer sa chute du pouvoir &#224; Panama en 1989 s'appelaient William Walker et Michael Kozak. Or le premier r&#233;apparut au Kosovo en janvier 1999 lorsque, en tant que chef de la Mission de v&#233;rification, il supervisa la cr&#233;ation du mensonge sur les &#171; atrocit&#233;s &#187; qui servit de pr&#233;texte &#224; la guerre. Michael Kozak, quant &#224; lui, devint ambassadeur en Bi&#233;lorussie o&#249;, en 2001, il monta l'op&#233;ration &#171; Blanche cigogne &#187; destin&#233;e &#224; renverser le pr&#233;sident Alexandr Loukachenko. Dans un &#233;change de lettres avec &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt;, en 2001, il eut le front de reconna&#238;tre qu'il faisait en Bi&#233;lorussie exactement ce qu'il avait fait au Nicaragua et au Panama, c'est-&#224;-dire &#171; promouvoir la d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technique moderne du coup d'Etat se pr&#233;sente essentiellement sous trois formes : ONG, contr&#244;le des m&#233;dias et agents secrets. Leurs activit&#233;s sont interchangeables, si bien que je ne les traiterai pas s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serbie, 2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renversement de Slobodan Milosevic ne fut manifestement pas la premi&#232;re fois o&#249; l'Occident utilisait des influences clandestines pour provoquer un changement de r&#233;gime. Le renversement de Sali Berisha en Albanie en 1997 et celui de Vladimir Meciar en Slovaquie en 1998 ont &#233;t&#233; fortement influenc&#233;s par l'Occident et dans le cas de Berisha, un soul&#232;vement extr&#234;mement violent fut pr&#233;sent&#233; comme un exemple bienvenu de prise du pouvoir spontan&#233;e par le peuple. J'ai personnellement observ&#233; comment la communaut&#233; internationale et en particulier l'OSCE (Organisation pour la s&#233;curit&#233; et la coop&#233;ration en Europe), falsifi&#232;rent les r&#233;sultats de leur contr&#244;le des &#233;lections afin d'assurer le changement politique. Cependant le renversement de Milosevic &#224; Belgrade, le 5 octobre 2000, est important parce qu'il s'agissait d'une personnalit&#233; tr&#232;s connue et que la &#171; r&#233;volution &#187; qui l'a destitu&#233; impliquait un usage tr&#232;s ostentatoire du &#171; pouvoir populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte du putsch contre Milosevic a &#233;t&#233; brillamment d&#233;crit par Tim Marshall, journaliste &#224; Sky TV. Ce qu'il montre est valable parce qu'il approuve les &#233;v&#233;nements qu'il &#233;voque et qu'il se vante de ses nombreux contacts avec les services secrets, en particulier ceux de Grande-Bretagne et des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tout instant, Marshall semble savoir qui sont les principaux agents secrets. Son compte rendu est plein de r&#233;f&#233;rences &#224; &#171; un agent du MI6 de Pristina &#187;, &#224; des &#171; sources des services secrets yougoslaves &#187;, &#224; &#171; un homme de la CIA qui a aid&#233; &#224; pr&#233;parer le coup d'Etat &#187;, &#224; un agent des services secrets de la marine am&#233;ricaine &#187;, etc. Il cite des rapports secrets des renseignements serbes, il sait qui est le chef d'&#233;tat-major du ministre britannique de la D&#233;fense qui mit au point la strat&#233;gie du renversement de Milosevic. Il sait que les conversations t&#233;l&#233;phoniques du ministre des Affaires &#233;trang&#232;res britannique sont &#233;cout&#233;es. Il sait qui sont les agents des services secrets russes qui accompagnent Evgueni Primakov, le Premier ministre russe, &#224; Belgrade pendant les bombardements de l'OTAN. Il sait dans quelles chambres de l'ambassade de Grande-Bretagne il y a des micros et o&#249; sont les espions yougoslaves qui &#233;coutent les conversations des diplomates. Il sait qu'un membre de la Commission des relations internationales de la Chambre des repr&#233;sentants am&#233;ricaine est en r&#233;alit&#233; un agent des services secrets de la marine. Il semble savoir que des d&#233;cisions des services secrets sont souvent prises sans l'accord complet des ministres. Il d&#233;crit comment la CIA a escort&#233; la d&#233;l&#233;gation de l'Arm&#233;e de lib&#233;ration du Kosovo jusqu'&#224; Paris pour les entretiens de Rambouillet avant la guerre o&#249; l'OTAN lan&#231;a &#224; la Yougoslavie un ultimatum dont elle savait qu'il ne pouvait pas ne pas &#234;tre rejet&#233;. Il fait allusion &#224; un &#171; journaliste britannique &#187; qui a servi d'interm&#233;diaire entre Londres et Belgrade pour des n&#233;gociations secr&#232;tes &#224; un haut niveau extr&#234;mement importantes o&#249; les participants cherch&#232;rent &#224; se trahir les uns les autres au moment o&#249; le pouvoir de Milosevic s'effondrait. (Je le soup&#231;onne de parler ici de lui-m&#234;me.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des th&#232;mes qui traversent son livre sans qu'il le veuille est que la fronti&#232;re entre les journalistes et les barbouzes est t&#233;nue. Au d&#233;but du livre, Marshall parle en passant des &#171; liens in&#233;vitables entre les agents, les journalistes et les politiques &#187;, disant qu'ils &#171; travaillent tous dans le m&#234;me domaine &#187;. Il continue sur le ton de la plaisanterie en disant que c'est une &#171; association de barbouzes, de journaleux et de politicards, plus le peuple &#187; qui a caus&#233; la chute de Milosevic. Il adh&#232;re au mythe de la participation du &#171; peuple &#187; mais le reste de son livre montre qu'en r&#233;alit&#233; le renversement du Pr&#233;sident yougoslave n'a pu avoir lieu que gr&#226;ce &#224; des strat&#233;gies politiques con&#231;ues &#224; Londres et &#224; Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, Marshall fait bien comprendre qu'en 1998, le D&#233;partement d'Etat et les services de renseignements d&#233;cid&#232;rent d'utiliser l'Arm&#233;e de lib&#233;ration du Kosovo (ALK) pour se d&#233;barrasser de Milosevic. Il cite une source selon laquelle &#171; le projet des Etats-Unis &#233;tait clair : lorsque le moment serait venu, ils utiliseraient l'ALK pour apporter la solution au probl&#232;me politique &#187;, le &#171; probl&#232;me &#187; &#233;tant la survie politique de Milosevic. Cela voulait dire qu'on soutenait le s&#233;cessionnisme terroriste de l'ALK pour mener ensuite une guerre contre la Yougoslavie &#224; ses c&#244;t&#233;s. Marshall cite Karl Kirk, un agent des services secrets de la marine US : &#171; Finalement, nous avons engag&#233; une vaste op&#233;ration &#224; la fois ouverte et secr&#232;te contre Milosevic . La partie secr&#232;te de l'op&#233;ration consistait non seulement &#224; &#233;toffer les diff&#233;rentes missions d'observation envoy&#233;es au Kosovo d'agents des services secrets britanniques et &#233;tasuniens, mais &#233;galement &#8211; et c'&#233;tait crucial &#8211; d'apporter une aide militaire, technique, financi&#232;re, logistique et politique &#224; l'ALK qui faisait du trafic de drogue et d'&#234;tres humains et assassinait des civils. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie commen&#231;a &#224; la fin de 1998 lorsqu'une &#171; importante mission de la CIA fut mise en &#339;uvre au Kosovo &#187;. Le Pr&#233;sident Milosevic avait autoris&#233; la mission d'observation diplomatique du Kosovo &#224; entrer dans la province pour y contr&#244;ler la situation. Ce groupe fut imm&#233;diatement &#233;toff&#233; d'agents secrets et de forces sp&#233;ciales britanniques et &#233;tasuniennes, d'hommes de la CIA et des services secrets de la marine US, de membres du &lt;i&gt;Special Air Service&lt;/i&gt; britannique et du 14th Intelligence, corps de l'arm&#233;e britannique qui op&#232;re aux c&#244;t&#233;s du SAS pour effectuer ce qu'on appelle de la &#171; &lt;i&gt;deep surveillance &lt;/i&gt; &#187;. Le but imm&#233;diat de l'op&#233;ration &#233;tait d'effectuer de l'&#171; &lt;i&gt;intelligence preparation of battlefield&lt;/i&gt; &#187; [m&#233;thode d'analyse du terrain susceptible de devenir un champ de bataille], version moderne de ce que le duc de Wellington avait l'habitude de faire, c'est-&#224;-dire de parcourir le champ de bataille de long en large pour se rendre compte de la configuration du terrain avant d'attaquer l'ennemi. Ainsi, comme l'&#233;crit Marshall, &#171; officiellement la KDOM [Mission diplomatique d'observation au Kosovo] &#233;tait dirig&#233;e par l'OSCE en Europe et officieusement par la CIA. C'&#233;tait un front de la CIA. &#187; En fait, la plupart de ses membres travaillaient pour un autre front de la CIA, la &lt;i&gt;DynCorp&lt;/i&gt;, compagnie bas&#233;e en Virginie qui emploie, selon Marshall surtout des &#171; membres des unit&#233;s d'&#233;lite de l'arm&#233;e &#233;tasunienne ou de la CIA &#187;. On utilisa la KDOM, qui devint plus tard la Mission de v&#233;rification au Kosovo pour faire de l'espionnage. Au lieu d'effectuer les t&#226;ches de contr&#244;le qui leur &#233;taient assign&#233;es, les membres de la Mission utilisaient leurs GPS pour localiser et identifier les cibles que l'OTAN bombarderait plus tard. On a du mal &#224; comprendre comment les Yougoslaves ont pu permettre que 2000 agents des services secrets parfaitement entra&#238;n&#233;s parcourent leur territoire, d'autant que, comme le montre Marshall, ils savaient tr&#232;s bien ce qui se passait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef de la Mission de v&#233;rification au Kosovo &#233;tait William Walker, l'homme qui avait eu pour mission d'&#233;vincer Noriega du pouvoir au Panama et qui avait &#233;t&#233; ambassadeur des Etats-Unis au Salvador dont le gouvernement, soutenu par l'Am&#233;rique, entretenait des escadrons de la mort. Walker &#171; d&#233;couvrit &#187; le &#171; massacre &#187; de Racak en janvier 1999, &#233;v&#233;nement utilis&#233; comme pr&#233;texte pour engager le processus conduisant aux bombardements qui commenc&#232;rent le 24 mars. De nombreux t&#233;moignages laissent penser que Racak &#233;tait une mise en sc&#232;ne et que les corps trouv&#233;s l&#224; &#233;taient ceux de combattants de l'ALK et non de civils, comme on l'a pr&#233;tendu. Ce qui est certain, c'est que le r&#244;le de Walker &#233;tait si important que la route nationale du Kosovo qui m&#232;ne &#224; Racak a re&#231;u son nom. Marshall &#233;crit que la date de la guerre &#8211; printemps 1999 &#8211; n'a pas seulement &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e &#224; la fin de d&#233;cembre 1998, mais qu'elle a &#233;t&#233; communiqu&#233;e &#224; ce moment-l&#224; &#224; l'ALK. Cela signifie que lorsque le &#171; massacre &#187; a eu lieu et que Madeleine Albright d&#233;clara que le printemps &#233;tait pr&#233;coce cette ann&#233;e-l&#224;, elle se comportait comme Goebbels qui, apprenant la nouvelle de l'incendie du Reichstag en 1933, aurait dit : &#171; Quoi, d&#233;j&#224; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, Marshall &#233;crit que lorsque la Mission fut retir&#233;e &#224; la veille des bombardements de l'OTAN, les agents de la CIA qui en faisaient partie remirent tous leurs mobiles et leurs GPS &#224; l'ALK. &#171; Les Etasuniens entra&#238;n&#232;rent l'ALK, l'&#233;quip&#232;rent en partie et lui donn&#232;rent virtuellement un territoire &#187;, &#233;crit Marshall, m&#234;me si lui, comme tous les autres reporters, a contribu&#233; &#224; propager le mythe des atrocit&#233;s commises syst&#233;matiquement par les Serbes contre une population civile albanaise totalement passive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre commen&#231;a, bien s&#251;r, et la Yougoslavie fut violemment bombard&#233;e. Mais Milosevic restait au pouvoir. Aussi Londres et Washington se mirent &#224; pratiquer ce que Marshall appelle une &#171; guerre politique &#187; pour le faire partir. Cela consistait &#224; donner d'importantes sommes d'argent et d'apporter une aide technique, logistique et strat&#233;gique, y compris des armes, &#224; diff&#233;rents groupes de l'&#171; opposition d&#233;mocratique &#187; et &#224; des ONG de Serbie. A ce moment-l&#224;, les &#201;tasuniens op&#233;raient principalement par le biais de l'&lt;i&gt;International Republican Institute&lt;/i&gt; qui avait ouvert des bureaux en Hongrie dans le but de se d&#233;barrasser de Milosevic. Marshall explique qu'&#224; l'une des r&#233;unions, &#171; on &#233;tait tomb&#233; d'accord sur le fait que les arguments id&#233;ologiques de d&#233;mocratie, de droits civiques et d'approche humanitaire seraient beaucoup plus convaincants s'ils &#233;taient accompagn&#233;s, le cas &#233;ch&#233;ant, de beaucoup d'argent &#187;. Cet argent, et beaucoup d'autres choses, d'ailleurs, entr&#232;rent en Serbie par les valises diplomatiques, dans bien des cas celles de pays apparemment neutres comme la Su&#232;de qui, n'&#233;tant pas officiellement membre de l'OTAN, purent maintenir des ambassades compl&#232;tes &#224; Belgrade. Marshall ajoute que l'argent entra pendant des ann&#233;es. Des m&#233;dias &#171; ind&#233;pendants &#187;, comme la station de radio B92 (&#233;diteur de Marshall) &#233;taient financ&#233;s en grande partie par les Etats-Unis. Des organisations contr&#244;l&#233;es par George Soros jou&#232;rent &#233;galement un r&#244;le essentiel, comme plus tard en G&#233;orgie, en 2003&#8211;04. Les &#171; d&#233;mocrates &#187; n'&#233;taient en r&#233;alit&#233; rien d'autre que des agents &#233;trangers, comme l'affirmait impassiblement le gouvernement yougoslave &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marshall explique aussi une chose qui est maintenant de notori&#233;t&#233; publique, c'est-&#224;-dire que ce sont &#233;galement les Etasuniens qui ont con&#231;u la strat&#233;gie consistant &#224; mettre en avant un candidat, Vojislav Ko&#353;tunica, pour unifier l'opposition. Il pr&#233;sentait le principal atout d'&#234;tre inconnu du grand public. Marshall montre que la strat&#233;gie impliquait aussi un coup d'Etat soigneusement pr&#233;par&#233; et qui eut lieu comme pr&#233;vu. Il montre de mani&#232;re tr&#232;s d&#233;taill&#233;e comment les principaux acteurs de ce qui fut pr&#233;sent&#233; par les t&#233;l&#233;visions occidentales comme un soul&#232;vement &#171; populaire &#187; spontan&#233; &#233;taient en r&#233;alit&#233; une bande de voyous extr&#234;mement violents et lourdement arm&#233;s command&#233;s par le maire de la ville de Cacak, Velimir Illic. C'est le convoi d'Illic long de 22 kilom&#232;tres qui transporta &#171; des armes, des paras et une &#233;quipe de kick-boxeurs &#187; jusqu'au b&#226;timent du Parlement f&#233;d&#233;ral de Belgrade. Marshall admet que les &#233;v&#233;nements du 5 octobre 2000 &#171; ressemblaient plus &#224; un coup d'Etat &#187; qu'&#224; la r&#233;volution populaire que pr&#233;sentaient si na&#239;vement les m&#233;dias du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;orgie, 2003&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des tactiques appliqu&#233;es &#224; Belgrade furent reprises &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; en G&#233;orgie en novembre 2003 pour renverser le Pr&#233;sident Edouard Chevardnadze. Les m&#234;mes all&#233;gations d'&#233;lections truqu&#233;es furent faites et sans cesse r&#233;p&#233;t&#233;es. (En G&#233;orgie, il s'agissait d'&#233;lections l&#233;gislatives et en Yougoslavie d'&#233;lections pr&#233;sidentielles.) Les m&#233;dias occidentaux reprirent sans se poser de questions ces all&#233;gations qui avaient &#233;t&#233; formul&#233;es longtemps avant le scrutin. Une guerre de propagande fut d&#233;clench&#233;e contre les deux pr&#233;sidents, dans le cas de Chevardnadze apr&#232;s une longue p&#233;riode o&#249; on l'avait encens&#233; comme un grand d&#233;mocrate r&#233;formateur. Les deux &#171; r&#233;volutions &#187; se produisirent apr&#232;s un similaire &#171; assaut contre le Parlement &#187; transmis en direct par les t&#233;l&#233;visions. Les deux transferts de pouvoirs furent n&#233;goci&#233;s par le ministre russe des Affaires &#233;trang&#232;res Igor Ivanov qui prit l'avion pour Belgrade puis pour Tbilissi afin d'organiser la chute des pr&#233;sidents en exercice. Et, &lt;i&gt;last but not least&lt;/i&gt;, l'ambassadeur &#233;tasunien fut le m&#234;me dans les deux cas : Richard Miles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la similitude la plus manifeste consiste dans l'utilisation d'un mouvement &#233;tudiant connu sous le nom d'Otpor (R&#233;sistance) en Serbie et Kmara (C'est assez !) en G&#233;orgie. Les deux mouvements avaient le m&#234;me symbole, un poing serr&#233; noir sur blanc. Les gens d'Otpor entra&#238;n&#232;rent ceux de Kmara et tous les deux furent soutenus par les Etats-Unis. Et les deux &#233;taient manifestement structur&#233;s selon des principes communistes, associant l'apparence d'une structure diffuse de cellules autonomes et la r&#233;alit&#233; d'une discipline l&#233;niniste fortement centralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en Serbie, le r&#244;le jou&#233; par les op&#233;rations secr&#232;tes et l'argent am&#233;ricains fut r&#233;v&#233;l&#233;, mais seulement apr&#232;s les &#233;v&#233;nements. Pendant ceux-ci, les t&#233;l&#233;visions ne cess&#232;rent de parler du soul&#232;vement du &#171; peuple &#187; contre Chevardnadze. Toutes les images contraires &#224; ce mensonge optimiste furent occult&#233;es, comme le fait que la &#171; marche sur Tbilissi &#187; men&#233;e par Mikhail Saakachvili &#233;tait partie de Gori, la ville natale de Staline, au pied de la statue de l'ancien tyran sovi&#233;tique qui reste un h&#233;ros pour beaucoup de G&#233;orgiens. Les m&#233;dias ne s'inqui&#233;t&#232;rent pas lorsque le nouveau pr&#233;sident, Saakachvili, fut confirm&#233; dans ses fonctions par une &#233;lection qui le gratifia d'un score stalinien de 96%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ukraine, 2004&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de l'Ukraine, on observe la m&#234;me combinaison d'activit&#233;s des ONG financ&#233;es par l'Occident, des m&#233;dias et des services secrets. Les ONG ont jou&#233; un r&#244;le &#233;norme en d&#233;l&#233;gitimant les &#233;lections avant qu'elles aient lieu. On n'a cess&#233; de parler de fraudes g&#233;n&#233;ralis&#233;es. En d'autres termes, les manifestations de rues qui ont eu lieu apr&#232;s le second tour, remport&#233; par Ianoukovitch, se fondaient sur des all&#233;gations qui circulaient avant le d&#233;but du second tour. La principale ONG responsable de ces accusations, le Comit&#233; des &#233;lecteurs d'Ukraine, n'a pas re&#231;u un sou des &#233;lecteurs ukrainiens ; il a en revanche &#233;t&#233; g&#233;n&#233;reusement financ&#233; par les gouvernements occidentaux. Ses bureaux &#233;taient orn&#233;s de photos de Madeleine Albright et le &lt;i&gt;National Democratic Institute&lt;/i&gt; &#233;tait un de ses principaux soutiens. Il ne cessait de faire de la propagande anti-Ianoukovitch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes, j'ai pu prouver certains des abus de cette propagande. Ils consistaient principalement &#224; r&#233;p&#233;ter inlassablement que le gouvernement pratiquait la fraude &#233;lectorale, &#224; dissimuler la fraude pratiqu&#233;e par l'opposition, &#224; pr&#233;senter Victor Iouchtchenko, un des hommes les plus ennuyeux du monde, comme un politique charismatique et de propager la th&#232;se ridiculement invraisemblable qu'il avait &#233;t&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment empoisonn&#233; par ses ennemis. (Aucune poursuite n'a &#233;t&#233; engag&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent.) On trouvera le compte rendu le plus complet sur la propagande et les fraudes dans le rapport &#171; &lt;i&gt;Ukraine's Clockwork Orange Revolution&lt;/i&gt; &#187; du &lt;i&gt;British Helsinki Human Rights Group&lt;/i&gt;. Une explication int&#233;ressante du r&#244;le jou&#233; par les services secrets a &#233;t&#233; fournie dans le New York Times par C. J. Chivers qui montre que le KGB ukrainien a travaill&#233; depuis le d&#233;but pour Iouchtchenko, en collaboration avec les Etasuniens, bien entendu. Parmi d'autres articles importants sur le sujet, mentionnons celui de Jonathan Mowat intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;The New Gladio in Action ? Ukrainian Postmodern Coup Completes Testing of New Template &lt;/i&gt; &#187;, qui montre en d&#233;tail comment la doctrine militaire a &#233;t&#233; adapt&#233;e pour provoquer un changement de r&#233;gime et comment sont utilis&#233;s divers instruments, de la psychologie aux faux sondages d'opinion. L'article de Mowat est particuli&#232;rement int&#233;ressant quand il parle des th&#233;ories de Peter Ackermann, l'auteur de &lt;i&gt;Strategic Nonviolent Conflict&lt;/i&gt; (Praeger 1994) et d'un discours intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;Between Hard and Soft Power : The Rise of Civilian-Based Struggle and Democratic Change&lt;/i&gt; &#187; et prononc&#233; au D&#233;partement d'Etat en juin 2004. Mowat est &#233;galement excellent en mati&#232;re de psychologie des foules et de son utilisation lors des putschs. Il attire l'attention sur le r&#244;le des &#171; masses d'adolescents &#187; et de l'&#171; hyst&#233;rie des rebelles &#187; et fait remonter l'origine de leur utilisation &#224; des fins politiques au &lt;i&gt;Tavistock Institute &lt;/i&gt; dans les ann&#233;es 1960. Cet Institut avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par l'Arm&#233;e britannique en vue de la guerre psychologique apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale et parmi ses illustres &#233;tudiants on trouve David Owen, ancien Secr&#233;taire d'Etat aux Affaires &#233;trang&#232;res et Radovan Karad&#382;ic, ex-Pr&#233;sident de la R&#233;publique serbe de Bosnie. Mowat montre comment les id&#233;es formul&#233;es l&#224; par Fred Emery furent reprises par un certain Howard Perlmutter, professeur d'&#171; architecture sociale &#187; &#224; la Wharton School et disciple d'Emery pour qui &#171; Rock video in Katmandu &#187; &#233;tait une image appropri&#233;e pour &#233;voquer la mani&#232;re dont les Etats de culture traditionnelle pouvaient &#234;tre d&#233;stabilis&#233;s afin de cr&#233;er &#233;ventuellement une &#171; civilisation globale &#187;. Il ajoutait qu'une telle transformation devait satisfaire &#224; deux exigences : &#171; cr&#233;er des r&#233;seaux internationaux d'organisations internationales et locales &#187; et &#171; cr&#233;er des &#233;v&#233;nements mondiaux &#187; en &#171; transformant un &#233;v&#233;nement local en un &#233;v&#233;nement pouvant avoir des r&#233;percussions internationales imm&#233;diates gr&#226;ce aux m&#233;dias. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de ce que je viens d'&#233;voquer ne rel&#232;ve de th&#233;ories du complot, il s'agit d'authentiques complots. Pour les Etats-Unis, la promotion de la d&#233;mocratie est un &#233;l&#233;ment important de sa strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale de s&#233;curit&#233; nationale. D'importants secteurs du D&#233;partement d'Etat, la CIA, des agences paragouvernementales comme le &lt;i&gt;National Endowment for Democracy&lt;/i&gt; et des ONG financ&#233;es par le Gouvernement, comme le &lt;i&gt;Carnegie Endowment for International Peace&lt;/i&gt;, qui a publi&#233; plusieurs ouvrages sur la &#171; promotion de la d&#233;mocratie &#187; ont tous un point commun : ils impliquent l'ing&#233;rence, parfois violente, de puissances occidentales, en particulier des Etats-Unis, dans la politique d'autres Etats et cette ing&#233;rence est tr&#232;s souvent utilis&#233;e pour encourager le changement de r&#233;gime, objectif r&#233;volutionnaire par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt; : &lt;a href=&#034;http://www.lewrockwell.com/orig6/laughland8.1.1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lewrockwell.com/orig6/laughland8.1.1.html&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Traduction Horizons et d&#233;bats)&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Une preuve d'incapacit&#233;
&lt;p&gt;par Bruno Bandulet&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;John Laughland, l'un des journa&#172;listes anglais le mieux inform&#233;, m'a d&#233;j&#224; dit il y a des ann&#233;es que l'UE n'est rien d'autre qu'une agence d'influence des USA. L'acte incroyable du 30 novembre a confirm&#233; cette analyse. Ce jour-l&#224;, les ministres de l'Int&#233;rieur europ&#233;ens ont sign&#233; &#224; Bruxelles un accord avec le gouvernement am&#233;ricain, selon lequel il lui est accord&#233; et &#224; l'avenir de fa&#231;on compl&#232;tement l&#233;gale, un droit de regard dans les donn&#233;es bancaires europ&#233;ennes. Il s'agit des virements bancaires, y compris adresses, num&#233;ros de cartes d'identit&#233; ainsi que d'autres donn&#233;es personnelles &#8211; bien s&#251;r sous le pr&#233;texte de la lutte contre le terrorisme. D'apr&#232;s la version officielle, les virements intereurop&#233;ens ne seront pas not&#233;s, mais d'apr&#232;s le magazine Der Spiegel cela n'est pas clairement exclu dans le texte du contrat. Le mensonge est de toute fa&#231;on de la partie. Ainsi la commission europ&#233;enne pr&#233;tend que le programme de recherche am&#233;ricain a d&#233;j&#224; aid&#233; lors de l'arrestation du groupe terroriste de Sauerland en Alle&#172;magne. Le minist&#232;re public f&#233;d&#233;ral allemand concern&#233;, qui devrait le savoir, d&#233;ment. Ind&#233;pendamment de cela se pose la question de savoir pourquoi les services secrets europ&#233;ens n'ont pas &#233;galement acc&#232;s aux transactions financi&#232;res am&#233;ricaines ? O&#249; en est-il de l'&#233;galit&#233; ? C'est &#224; juste titre que le Bundesverband der Deutschen Industrie (BDI, Association de l'industrie allemande) alerte &#224; l'espionnage industriel. Seuls les na&#239;fs peuvent nier que les services am&#233;ricains le pratiquent de fa&#231;on intensive. L'espionnage des transactions finan&#172;ci&#232;res est le r&#234;ve de tous les services secrets. Cela ne suffit pas que le propre gouvernement ait depuis longtemps supprim&#233; le secret bancaire, il n'assure pas non plus la protection juridique des citoyens vis-&#224;-vis du grand fr&#232;re. Pauvre Europe.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt; : G&amp;M. Gold &amp; Money Intelligence&lt;/p&gt;
&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Le minist&#232;re isra&#233;lien des Affaires &#233;trang&#232;res pr&#233;sent sur Internet&lt;br class='autobr' /&gt;
Des internautes pay&#233;s pour diffuser la propagande isra&#233;lienne&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ministre isra&#233;lien des Affaires &#233;tran&#172;g&#232;res a mis en place une &#233;quipe sp&#233;ciale et secr&#232;te de salari&#233;s, dont le travail consiste &#224; surfer sur Internet 24 heures sur 24, afin de diffuser la bonne parole sur les sites internet, les forums, les blogs, Twitter et Facebook. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;De jeunes Isra&#233;liens accros d'Internet &#8211; le plus souvent fra&#238;chement dipl&#244;m&#233;s ou soldats juste d&#233;mobilis&#233;s et disposant de quelque talent de plume &#8211; ont &#233;t&#233; recrut&#233;s pour se poser en surfeurs ordinaires, alors qu'ils relaient la ligne du gouvernement sur la situation au Proche-Orient.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;L'existence d'une &#171; machine de guerre &#187; sur la toile a &#233;t&#233; mise en lumi&#232;re par la publication du budget annuel du minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res. Environ 150 000 dollars ont &#233;t&#233; affect&#233;s pour la premi&#232;re &#233;tape de son d&#233;veloppement, en attendant des fonds sup&#233;rieurs pour l'ann&#233;e prochaine.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;L'&#233;quipe en question serait sous la direction d'un vaste service relevant de ce que les Isra&#233;liens appellent &#171; hasbara &#187;, litt&#233;ralement &#171; explication publique &#187;, qui signifie plus prosa&#239;quement propagande. Ceci n'inclut pas seulement le travail de relations publiques du gouvernement mais des accords plus secrets pass&#233;s par le minist&#232;re avec une batterie d'organisations et d'initiatives priv&#233;es qui font la promotion de l'image d'Isra&#235;l dans la presse, &#224; la t&#233;l&#233; et sur internet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une interview de ce mois au Calcalist, journal &#233;conomique isra&#233;lien, Ilan Shturman, directeur adjoint du d&#233;partement de la Propagande (&#171; hasbara &#187;) au minist&#232;re et responsable du projet, a admis que son &#233;quipe travaillait clandestinement.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&#171; Nos gens ne diront pas &#8249;salut, je fais partie du d&#233;partement de la &#8249;hasbara&#8250; du minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res isra&#233;lien. Voil&#224; ce que je veux vous dire&#8250;. Et ils ne s'identifieront pas forc&#233;ment non plus en tant qu'Isra&#233;liens &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233;. &#171; Ils parleront comme des surfeurs du net et comme des citoyens, ils &#233;criront des r&#233;ponses qui auront l'air personnelles, mais qui se baseront sur une liste de messages tout pr&#233;par&#233;s que le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res aura &#233;labor&#233;s &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le projet n'est que la formalisation de pratiques de communication que le minist&#232;re a d&#233;velopp&#233;es &#224; l'occasion de l'op&#233;ration men&#233;e &#224; Gaza en d&#233;cembre et janvier derniers.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&#171; Au cours de l'op&#233;ration &#8249;plomb durci&#8250; nous avons fait appel aux communaut&#233;s juives de l'&#233;tranger, et avec leur aide nous avons recrut&#233; quelques milliers de volontaires qui se sont joints aux volontaires isra&#233;liens &#187; a indiqu&#233; Shturman. &#171; Nous leur avons donn&#233; le mat&#233;riel de base et celui de la &#171; hasbara &#187;, et nous les avons envoy&#233;s repr&#233;senter le point de vue isra&#233;lien sur les sites web et dans les sondages sur le net. &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Shturman a pr&#233;cis&#233; que durant la guerre, le minist&#232;re avait concentr&#233; ses efforts sur les sites web europ&#233;ens, o&#249; l'audience &#233;tait plus hostile &#224; la politique isra&#233;lienne. En haut de la liste des sites vis&#233;s par ce nouveau projet, se trouvent la BBC Online et les sites arabes du Web.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;La nouvelle &#233;quipe devrait augmenter la proche coordination du minist&#232;re avec un groupe priv&#233; de soutien, giyus.org (&#171; Apportez &#224; Isra&#235;l votre soutien uni &#187;). Pr&#232;s de 50 000 sont cens&#233;s t&#233;l&#233;charger le programme M&#233;gaphone, qui envoie un signal d'alerte &#224; leur ordinateur d&#232;s qu'un article critiquant Isra&#235;l est publi&#233;. Ils doivent alors bombarder le site en question de commentaires pro-isra&#233;liens.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Sources&lt;/strong&gt; : &lt;a href=&#034;http://www.europalestine.com/spip.php?article4295&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.europalestine.com/spip.php?article4295&lt;/a&gt; du 26/7/09 et&lt;br class='autobr' /&gt;
mplbelgique.wordpress.com du 30/7/09&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;- L'article original en h&#233;breu se trouve sur &lt;a href=&#034;http://www.calcalist.co.il/internet/articles/0,7340,L-3319543,00.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.calcalist.co.il/internet/articles/0,7340,L-3319543,00.html&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		
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