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	<title>El Correo</title>
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		<title>Politique de la crise financi&#232;re, 5DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : FERMER LA BOURSE</title>
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		<dc:date>2026-06-28T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Que l'&#233;conomie sans Bourse n'existe pas ne saurait donc en aucun cas &#234;tre un argument, ni que l'id&#233;e semble de la derni&#232;re extravagance aux partisans de l'image actuelle, acharn&#233;s, comme de juste, &#224; soutenir qu'il n'est aucune autre image possible (...) Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes le 17 septembre 2001, les attentats du World Trade Center ont eu lieu il y a un peu plus d'une semaine. &lt;a href=&#034;https://www.cnbc.com/2021/09/10/remembering-9/11-and-the-greatest-day-for-the-new-york-stock-exchange.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Bourse de New York rouvre&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Sur le podium, Richard Grasso, le pr&#233;sident du &lt;i&gt;New York Stock Exchange&lt;/i&gt; (NYSE), est entour&#233;, entre autres, de Charles Schumer, s&#233;nateur d&#233;mocrate et Hillary Clinton &#8212; dont la finance n'est pas l'ennemie. Un policier bodybuild&#233;, repr&#233;sentant de l'h&#233;ro&#239;sme des secouristes, sonne la cloche. Le muscle rouvrant le march&#233; sous les regards &#233;mus du socialisme de gouvernement : c'est la mani&#232;re &#233;tasunienne de dire que la vie est la plus forte &#8212; un document anthropologique en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quatre d&#233;cennies, c'est avec ce genre d'image, ou bien en France avec les chroniques plus ventripotentes mais bonhommes de Jean-Pierre Gaillard, pr&#233;cocement install&#233;es sur le service public (France Info), plus tard immortalis&#233;es par les Guignols (&#171; &lt;i&gt;Le march&#233; a la gaule !&lt;/i&gt; &#187;), c'est avec ce genre d'image, donc, que la Bourse est devenue comme un &#233;l&#233;ment de r&#233;alit&#233; naturelle, une chose &#224; la pr&#233;sence aussi incontestable que le retour des saisons &#8212; alors qu'elle avait &#233;t&#233; une institution parfaitement insignifiante du capitalisme fordiste. &#192; ce stade, s'en prendre &#224; elle n'est m&#234;me plus un attentat contre le capital mais quasiment contre la raison. Qu'il y ait des actions et une Bourse pour les n&#233;gocier est &#171; vieux comme le capitalisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Lire aussi&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Fr&#233;d&#233;ric Lordon, &lt;br /&gt;
&#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/57227&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et si on fermait la Bourse&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;,&lt;br /&gt;
Le Monde diplomatique, septembre 2016.&lt;/center&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;vidence s'impose pourtant, chroniquement install&#233;e, confirm&#233;e, depuis quinze ans :&lt;/strong&gt; le capitalisme n&#233;olib&#233;ral qui &#233;tait cens&#233; porter les prodiges de la Bourse &#224; leur plus haut, abreuver les entreprises de fonds propres comme on ne l'aurait jamais vu, a produit l'exact inverse : la Bourse est devenue une machine anti&#233;conomique, qui soutire aux entreprises bien plus de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.l-expert-comptable.com/a/6223-cash-flow-definition-interet-calcul.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;cash flow&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (en dividendes et &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://formationtrading.fr/guide-bourse/comment-investir/produits/action/rachat-actions/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;buybacks&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;) qu'elle ne leur apporte de fonds propres &#8212; pour ainsi dire une pompe &#224; phynance. En bonne logique, il n'est pas utile de pousser plus loin le raisonnement. Si la Bourse qui est suppos&#233;e financer l'&#233;conomie finit par se faire financer par l'&#233;conomie, alors il n'y a rigoureusement rien &#224; perdre, et m&#234;me beaucoup &#224; gagner, &#224; fermer la Bourse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui, entendu ceci, auront surv&#233;cu &#224; la premi&#232;re vague d'apoplexies, demanderont alors : qu'est-ce qu'il peut bien rester de l'id&#233;e m&#234;me de fonds propres, et d'&#233;conomie de fonds propres, si la Bourse est ferm&#233;e ? Ne s'ensuit-il pas que les entreprises ne connaitront plus de financement que sous la forme de la dette, et n'est-ce pas terriblement dangereux ? L'analyse financi&#232;re a &#233;tabli, par une &lt;i&gt;common wisdom&lt;/i&gt; dont il vaut mieux ne pas trop questionner les fondements, qu'un bilan sain ne compte pas plus de la moiti&#233; des capitaux longs sous forme de dette, donc un ratio dettes/fonds propres &#233;gal &#224; 1 (puisque les capitaux longs sont la somme de la dette et des fonds propres). Pourquoi 1 plut&#244;t qu'autre chose ? &#8212; magie cognitive de la num&#233;rologie et des chiffres simples.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &#171; probl&#232;me des fonds propres &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reprenons du d&#233;but :&lt;/strong&gt; il est bien certain que, pour toute entreprise au d&#233;part, et puis plus tard, au fil des &#233;tapes de son d&#233;veloppement, il faut, il y aura, des avances. Pourvoir aux avances, c'est la fonction g&#233;n&#233;rique de la finance &#8212; c'est m&#234;me sa d&#233;finition la plus fondamentale. Ici, l'habitude de penser inv&#233;t&#233;r&#233;e, plant&#233;e dans nos esprits par le capitalisme, tient pour &#233;vident que ces avances sont susceptibles de prendre deux formes : la dette et les fonds propres (actions). Et ceci sans jamais poser la question pr&#233;judicielle : qu'il doive y avoir des avances, c'est bien entendu, mais pourquoi ces avances devraient-elles consister, pour une part, &lt;i&gt;en fonds propres&lt;/i&gt; ? Or, la r&#233;ponse ne va nullement de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence de la dette, les fonds propres sont des avances &lt;i&gt;non remboursables&lt;/i&gt;. Cependant, comme la dette, ce sont des avances r&#233;mun&#233;rables &#8212; et m&#234;me : &lt;i&gt;&#224; r&#233;mun&#233;rer&lt;/i&gt;. L'&#233;metteur passe alors avec lui-m&#234;me son &#171; compromis de fonds propres &#187;, dont les termes sont les suivants :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'avance n'est pas &#224; rembourser &#8212; c'est bien ; &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; mais elle est &#224; r&#233;mun&#233;rer &lt;i&gt;et pour un temps ind&#233;fini&lt;/i&gt; (formellement infini) &#8212; c'est long&#8230; &#8212; l&#224; o&#249; une dette est &#224; maturit&#233; finie ; &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; en contrepartie de quoi, l'&#233;metteur d&#233;tient la souverainet&#233; sur la r&#233;mun&#233;ration qu'il consent &#224; ses actionnaires, puisque c'est lui qui d&#233;cide de sa politique de dividende : il peut s'abstenir d'en verser, et quand il en verse il en d&#233;termine le volume &#8212; l&#224; o&#249; le cr&#233;ancier impose le taux d'int&#233;r&#234;t fixe.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au moment de solliciter des apporteurs de fonds ext&#233;rieurs, que choisir :&lt;/strong&gt; aller chercher des cr&#233;anciers, ou bien des actionnaires ? Si, donc, les actions sont non remboursables, elles sont &#224; r&#233;mun&#233;rer &#233;ternellement, mais discr&#233;tionnairement. Croit-on. Le capitalisme actionnarial ne porte pas son nom pour rien : il tord syst&#233;matiquement dans le sens des int&#233;r&#234;ts des actionnaires toutes les donn&#233;es formelles du &#171; probl&#232;me des fonds propres &#187;. L'id&#233;e, par exemple, que la d&#233;cision de r&#233;mun&#233;ration des fonds propre est laiss&#233;e &#224; la discr&#233;tion de l'entreprise, qui l'ajustera au mieux de sa situation et de ses contraintes, est une &#233;norme fable. Les actionnaires exigent, et ils ont les moyens d'obtenir. Ces moyens sont inscrits dans les structures m&#234;mes du capitalisme actionnarial :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; la parfaite libert&#233; de mouvement des capitaux pour commencer, bien s&#251;r (mais il faut toujours en revenir &#224; &#231;a &#8212; et &#224; l'article 63 du trait&#233; sur le fonctionnement de l'Union europ&#233;enne qui la sanctuarise) ; &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; la cotation en continu qui cr&#233;e les conditions d'une n&#233;gociabilit&#233; permanente ; &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le d&#233;mant&#232;lement du syst&#232;me des participations crois&#233;es.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;faire les participations crois&#233;es, maximiser le pouvoir des actionnaires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point, qui pourra para&#238;tre aussi technique-abscons que la cotation en continu, emporte en fait des cons&#233;quences au moins aussi vastes. Fut un temps &#8212; on l'appelait le fordisme &#8212; o&#249;, en effet, dans le capitalisme fran&#231;ais (et pas seulement), r&#233;gnaient les participations crois&#233;es. Une entreprise A d&#233;tenait une participation, significative, dans le capital de l'entreprise B qui, r&#233;ciproquement. Et la configuration bilat&#233;rale &#233;tait ais&#233;ment &#233;tendue &#224; des petits ensembles de participations en r&#233;seau. Des sortes de clubs capitalistiques si l'on veut. Laurent Mauduit, alors chef du service &#233;conomique de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, puis du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, parlant sans m&#234;me s'en rendre compte le langage des fonds de pension et du capitalisme actionnarial, s'&#233;tait empress&#233; d'y voir de regrettables syndicats de protection capitalistique mutuelle &#8212; &lt;i&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.nouvelobs.com/opinions/20071115.OBS4955/un-capitalisme-de-barbichette.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;le capitalisme de la barbichette&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;&lt;/i&gt;, a-t-il d&#251; &#233;crire quelques dizaines de fois puisque &#231;'aura &#233;t&#233; son apport conceptuel majeur &#8212; autrement dit, le capitalisme fran&#231;ais dans toute sa splendeur encro&#251;t&#233;e, recroquevill&#233; sur ses rentes de situation &#224; reproduire. Alors qu'au dehors soufflaient les grands vents vivifiants du capitalisme actionnarial, avec ses toniques OPA et ses r&#233;allocations du capital, certes un peu brutales &#8212; mais tellement efficientes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Et, en effet :&lt;/strong&gt; l&#224; o&#249; les participations crois&#233;es, terriblement &lt;i&gt;old school&lt;/i&gt;, ont &#233;t&#233; d&#233;faites, le capital flotte librement en Bourse, les titres de propri&#233;t&#233; sont offerts &#224; qui voudra (et pourra) les ramasser, un raider, par exemple, qui aura vu le cours fl&#233;chir, analys&#233; la sous-performance, et se sera propos&#233; de d&#233;gager les encro&#251;t&#233;s &#8212; ces managers incapables de servir convenablement les actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les participations crois&#233;es &#233;taient peut-&#234;tre ringardes, il devait bien leur arriver de prot&#233;ger des situations acquises, mais elles &#233;taient formidablement stabilisatrices : les clubs de protection capitalistique mutuelle&#8230; prot&#233;geaient. Si bien que, s&#233;curisant la propri&#233;t&#233;-actions du capital, elles relevaient les entreprises de la crainte permanente des pr&#233;dateurs, donc de la n&#233;cessit&#233; de tenir le cours de Bourse sous st&#233;ro&#239;des pour dissuader une &#233;ventuelle OPA, en la rendant trop co&#251;teuse et trop peu rentable. Ce faisant, permettaient de d&#233;ployer des strat&#233;gies industrielles un peu rationnelles, dans des horizons temporels ad&#233;quats, &#233;ventuellement contre l'opinion des &#171; march&#233;s &#187; &#8212; dont les furies &#233;taient neutralis&#233;es puisque la propri&#233;t&#233; du capital &#233;tait &#224; l'abri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;nouement des participations crois&#233;es a &#233;t&#233; le parach&#232;vement du capitalisme actionnarial, double sacrifice : &#224; la th&#232;se (fausse) de &#171; l'efficience allocative des march&#233;s &#187;, et &#224; l'id&#233;ologie (frelat&#233;e) de la chasse aux situations &#233;tablies et de la saine remise en question permanente. Lorsque les patrons, la main sur le c&#339;ur, jurent qu'ils sont tr&#232;s d&#233;sol&#233;s de devoir faire &#171; toutes ces choses &#187; &#8212; d&#233;localiser, licencier, intensifier, sous-payer &#8212; mais qu'ils &#171; ne peuvent pas faire autrement &#187;, le pire est qu'il y a une tranche de v&#233;rit&#233; dans ce discours d&#233;go&#251;tant. Il est hors de doute qu'ils se font bien plaisir au passage, s'enrichissent comme gorets &#224; coup de bonus et de stock-options, mais il n'est pas moins vrai qu'&#224; &#171; ne pas le faire &#187;, ils finiront avec les actionnaires sur le dos et, &#224; terme, d&#233;gag&#233;s. Car, de nouveau, &#171; les actionnaires sur le dos &#187; signifie, non pas tant un putsch de conseil d'administration (&#231;a, c'&#233;tait le capitalisme &#224; l'ancienne, et les m&#339;urs y &#233;taient polic&#233;es), qu'une d&#233;gringolade en Bourse, suivie d'une OPA. Lorsque la v&#233;rit&#233; objective du pire est ainsi &#233;tablie, il faut chercher les structures qui l'&#233;tablissent &#8212; et les d&#233;truire. Ces structures, en l'occurrence, sont celles de la Bourse. Il faut donc fermer la Bourse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut la fermer sans regret puisque, si ses nuisances sont certaines, ses suppos&#233;s b&#233;n&#233;fices sont en r&#233;alit&#233; inexistants, et ceci du point de vue m&#234;me des entreprises. En r&#233;alit&#233;, dans la configuration d'un capitalisme domin&#233; par les actionnaires, toutes les &#171; promesses des fonds propres &#187; sont frauduleuses. Celle de leur r&#233;mun&#233;ration &#224; la discr&#233;tion des entreprises, pour commencer. Si bien qu'on poserait &#224; bon droit la question de savoir, du financement obligataire et du financement actionnarial, lequel peut revendiquer la sup&#233;riorit&#233; actuarielle. Certes les avances obligataires sont remboursables &#224; maturit&#233; et les avances actionnariales ne le sont pas, mais ces derni&#232;res sont &#224; r&#233;mun&#233;rer &#233;ternellement et dans les conditions exorbitantes d&#233;termin&#233;es par le pouvoir des actionnaires. Au total ? Il se trouvera bien (il s'est d&#233;j&#224; trouv&#233; ?) des &#233;conomistes pour tenter la comparaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la &#171; promesse des fonds propres &#187;, il y avait aussi une promesse de temporalit&#233; : pr&#233;cis&#233;ment du fait qu'&#233;tant non remboursables, donc de maturit&#233; infinie, ils offrent des horizons temporels &#233;tendus en cons&#233;quence. Bien s&#251;r, il est toujours possible d'&#233;mettre des obligations de tr&#232;s long terme, mais cette possibilit&#233; est r&#233;serv&#233;e aux plus grosses entreprises. Pour produire tous leurs effets, les temporalit&#233;s allong&#233;es de fonds propres doivent se compl&#233;ter avec la r&#233;mun&#233;ration &lt;i&gt;effectivement &lt;/i&gt;discr&#233;tionnaire des actionnaires : une entreprise se lance dans un projet lourd, tr&#232;s co&#251;teux au commencement, mais prometteur de b&#233;n&#233;fices&#8230; &#224; terme. Quel terme ? Justement on ne sait pas &#8212; si ce n'est qu'il est &#233;loign&#233;. Ce genre de situation semble par excellence l'indication d'une solution de financement en fonds propres : l'entreprise n'a pas &#224; rembourser comme elle aurait &#224; le faire, &#224; &#233;ch&#233;ance, avec un financement obligataire, et elle peut formellement diff&#233;rer de r&#233;mun&#233;rer les actionnaires jusqu'&#224; ce que se mat&#233;rialisent les b&#233;n&#233;fices. Malheureusement, ce sch&#233;ma notionnel est m&#233;thodiquement d&#233;truit par le capitalisme actionnarial, pour toutes les raisons qui viennent d'&#234;tre expos&#233;es : court-termisme et cupidit&#233;, l'une et l'autre inscrit dans ses structures &#8212; capital-action flottant, n&#233;gociabilit&#233; permanente (cotation en continu), pouvoir actionnarial d'obtenir sans restriction. Un &lt;i&gt;Airbus&lt;/i&gt; ou une &lt;i&gt;Arianespace&lt;/i&gt; financ&#233;s en fonds propres &#224; l'&#233;poque du capitalisme actionnarial n'auraient jamais vu le jour, ou tenu jusqu'&#224; l'horizon de &lt;i&gt;payback&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les v&#233;ritables cas de fonds propres sont beaucoup plus rares que ne le raconte l'id&#233;ologie actionnariale, tellement rares qu'&#233;tant donn&#233;es au surplus les nuisances boursi&#232;res, la question d'une &#233;conomie largement sans fond propres se pose tr&#232;s l&#233;gitimement. La plupart des projets d'investissement sont justiciables d'un financement externe par la dette, cr&#233;dit bancaire ou obligations. Puisqu'il &#233;tait question d'&lt;i&gt;Airbus&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;Arianespace&lt;/i&gt;, et d'une question l&#233;gitime l'autre, on mettra volontiers &#224; l'ordre du jour l'id&#233;e que seule la puissance publique serait fond&#233;e &#224; intervenir en fonds propres, puisque c'est elle qui est la plus appropri&#233;e aux horizons temporels des &#171; cas de fonds propres &#187; et qui, n'&#233;tant pas mue par la pure rationalit&#233; micro&#233;conomique cupide de court terme, nous &#233;pargnerait le parasitage actionnarial. Nous savons maintenant quel sens donner ici &#224; &#171; la puissance publique &#187; : le sens du &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-banques-credit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, plus justement rebaptis&#233; &lt;i&gt;syst&#232;me socialis&#233; du financement&lt;/i&gt;, avec sa structure d&#233;centralis&#233;e, f&#233;d&#233;rale, subsidiaire&#8230; et sp&#233;cialis&#233;e. Incluant donc la possibilit&#233; pour certaines de ses branches d'intervenir en fonds propres dans les cas qui en seront jug&#233;s justiciables.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D'une &#233;conomie avec Bourse &#224; une &#233;conomie sans&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;conomie sans Bourse est parfaitement concevable. &#192; tout prendre, la question la plus d&#233;licate est celle de savoir comment y parvenir &#8212; quand on part d'une &#233;conomie avec. Il y a environ &lt;a href=&#034;https://www-ceicdata-com.translate.goog/en/indicator/france/market-capitalization&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;3 500 milliards de capitalisation-action&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dans la nature en France. Qu'advient-il d'eux au moment o&#249; on d&#233;clare &#171; Bourse, &lt;i&gt;adios&lt;/i&gt;, ferm&#233;e &#187; ? Les titres deviennent ipso facto non n&#233;gociables, c'est dire qu'ils perdent instantan&#233;ment toute valeur ou presque. 3 500 milliards de pertes patrimoniales d'un coup, &#231;a n'est pas tout &#224; fait rien. Certes les pertes r&#233;elles se comptent &#224; partir des prix d'acquisition, moins &#233;lev&#233;s, et sans doute de beaucoup, que les cours instantan&#233;s. Tout de m&#234;me, il faut examiner de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour commencer, qui d&#233;tient des actions dans ce pays ? [France]&lt;/strong&gt; Il y a une extr&#233;mit&#233; de l'&#233;chelle sociale qui ne pose pas de doute : les tr&#232;s riches en ont, ils en ont m&#234;me beaucoup. Que ces gens essuient quelques &#233;vaporations de portefeuille, &#231;a n'est ni un probl&#232;me &#233;conomique ni un probl&#232;me politique de grande importance. Quel est le p&#233;rim&#232;tre de &#171; ces gens &#187;, c'est une question toujours d&#233;licate, notamment du fait des effets de discontinuit&#233; qui peuvent s'en suivre et demanderaient des solutions &#224; gradient. &#201;tant donn&#233; l'effarant degr&#233; de concentration des richesses, on peut cependant imaginer que ce petit nombre porterait &#224; lui seul une tr&#232;s grande partie de &#171; l'&#233;vaporation &#187;. Pour certains, elles pourraient &#234;tre totale, sans dommage &#8212; pour la collectivit&#233;, &#224; laquelle ils ont beaucoup nui dans le pass&#233; &#8212;, et leurs patrimoines-actions seraient purement et simplement annul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y a pas que des tr&#232;s riches, ou m&#234;me des riches, &#224; d&#233;tenir des actions. Beaucoup d'autres m&#233;nages, le sachant ou non d'ailleurs, peuvent se trouver patrimonialement impliqu&#233;s dans les march&#233;s d'actions : &#233;pargne-vie, PEA, Sicav &#171; actions &#187;, etc. On leur imposera difficilement la m&#234;me perte s&#232;che qu'&#224; Bernard Arnault. Mais comment compenser &#8212; et en particulier : par qui faire compenser ? Par les institutions financi&#232;res qui les ont impliqu&#233;s ? On mesure d'ici la crise de liquidit&#233; dans laquelle les jetterait cette compensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a qu'une seule solution g&#233;n&#233;rique &#224; ce type de probl&#232;me :&lt;/strong&gt; la solution du lissage, c'est-&#224;-dire de l'&#233;talement temporel. Par exemple par conversion des actions en obligations, &#224; charge continu&#233;e de l'entreprise &#233;mettrice donc, &#224; un taux d'int&#233;r&#234;t conventionnellement fix&#233; : et le titre continue de rapporter, &#171; comme s'il &#187; &#233;tait une action. Pour &#234;tre rembours&#233; &#224; l'&#233;ch&#233;ance &#8212; &#233;quivalent fonctionnel de la sortie par revente du titre sur le march&#233;. Probl&#232;me de la solution : pour qu'il y ait lissage, il faut que la maturit&#233; de l'obligation en laquelle l'action a &#233;t&#233; convertie soit suffisamment longue ; or, quand ils ont fait l'acquisition de leurs actions, les m&#233;nages devaient avoir en t&#234;te un certain horizon temporel de d&#233;tention, partant de d&#233;gagement pour r&#233;acc&#233;der &#224; leurs fonds, peut-&#234;tre plus court. Il n'est donc pas certain que tout ceci se corresponde : la maturit&#233; de l'obligation et l'horizon d'investissement-actions des m&#233;nages concern&#233;s. Que se passera-t-il en cas de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.iotafinance.com/Definition-risque-de-mismatch.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;mismatch&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, comme dit la finance ? C'est &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la tranche interm&#233;diaire de ceux qui, sans &#234;tre des super-riches, sont tout de m&#234;me suffisamment riches pour qu'on leur retire la r&#233;cup&#233;ration finale (le remboursement &#224; &#233;ch&#233;ance de l'obligation-substitut), on pourrait imaginer une formule d'ailleurs d&#233;j&#224; pratiqu&#233;e par des caisses de retraite par capitalisation au moment de la liquidation de la pension : la sortie en rente. Soit un &#233;quivalent de titre &#224; revenu fixe (l&#224; encore conventionnellement d&#233;termin&#233;) mais perp&#233;tuel, donc sans &#233;ch&#233;ance de &#171; remboursement &#187;, perp&#233;tuel signifiant : courant jusqu'au d&#233;c&#232;s du souscripteur, &#233;videmment sans transmission successorale, c'est-&#224;-dire avec extinction du titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conversion en obligation remboursable &#224; maturit&#233; ou en rente perp&#233;tuelle : dans les deux cas, la charge financi&#232;re reste &#224; l'ex-entreprise cot&#233;e &#8212; comme elle lui serait revenue si ses actions avaient perdur&#233;. On voit venir que, hormis le cas des super-riches pour lequel il y aura, selon le mot r&#233;jouissant de Keynes, &lt;i&gt;&#171; euthanasie des rentiers &#187;&lt;/i&gt;, les diff&#233;rentes formules de conversion ne se feront probablement pas &#224; &#233;quivalence actuarielle. Partant, il y aura des pertes &#8212; &#224; r&#233;partir : entre ex-entreprises cot&#233;es, diff&#233;rentes classes de m&#233;nages, institutions financi&#232;res qui seront sollicit&#233;es au titre des formidables profits pass&#233;s qu'elles ont r&#233;alis&#233;s avec leurs activit&#233;s &#171; actions &#187;, et, &#233;ventuellement une caisse publique d'amortissement. Il faudra trouver selon quelle cl&#233;. Et &#231;a ne s'annonce pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un programme de travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On cachera difficilement que tout ceci, en l'&#233;tat, est passablement flou. Depuis que cette s&#233;rie de textes a &#233;t&#233; lanc&#233;e, on devrait cependant en avoir compris le principe. Sa base de d&#233;part est d'une solidit&#233; granitique : il faut d&#233;truire la finance n&#233;olib&#233;rale. La suite est une affaire de d&#233;sir : de d&#233;sir politique de penser dans une certaine direction. Avec ce que d&#233;sir requiert d'opini&#226;tret&#233;. C'est-&#224;-dire de ne pas c&#233;der d&#232;s que se pr&#233;sentent les objections et les difficult&#233;s &#8212; pour certaines bien r&#233;elles. Mais d'insister. Ceci n'est donc certainement pas un plan cl&#233;s en mains : c'est un programme de travail. S'y joindront tous ceux qui ne doutent pas de sa direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On les reconna&#238;tra &#224; ce qu'ils ont l'imagination pers&#233;v&#233;rante. Car, comme toujours quand il s'agit de d&#233;sir politique &#224; poursuivre, c'est affaire d'imagination libre et obstin&#233;e. L'imagination pers&#233;v&#233;rante est celle qui tient fermement sa vis&#233;e et ne se laisse pas enfermer dans les images de l'h&#233;g&#233;monie, ni sans ses directions de pens&#233;e oblig&#233;es ni dans ses impossibilit&#233;s de penser. Exemple : R&#233;gis &lt;a href=&#034;https://x.com/goulag2023/status/1648763117864640537&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Monstrueux tas de fric &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; Portalez poste un &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/smart-cities/article/2019/01/29/vienne-l-utopie-realisee-du-logement-pour-tous_5416087_4811534.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;article&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dont on se demande par quel formidable loup&#233; de la chefferie il a bien pu &#234;tre publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. Il y est question du logement &#224; Vienne &#8212; aujourd'hui. Blaise Gauquelin, l'auteur de l'article, nous apprend qu'ayant d&#233;velopp&#233;, et maintenu, depuis 1919 un programme de logement social, la capitale viennoise y case plus de 60 % de ses habitants, pour des loyers entre 350 et 700 euros. On compare avec Paris, on croit qu'on r&#234;ve. La ville est le principal bailleur, &#224; chaque nouvel occupant, le logement est repeint &#224; neuf ; la mixit&#233; est telle qu'une adresse ne saurait donner aucune indication de groupe social.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Exp&#233;rience de pens&#233;e n&#176;1 :&lt;/strong&gt; on soumet cette id&#233;e &#224; n'importe quel n&#233;olib&#233;ral, m&#234;me pas la peine d'aller chercher jusqu'&#224; cette brute libertarienne de Kasbarian. Yeux qui roulent, bras au ciel, soupirs de consternation &#8212; &#171; une telle ignorance des lois naturelles du march&#233; immobilier &#187;. Or, c'est. Et c'est &#224; l'exact envers du parasitisme des bailleurs priv&#233;s, de l'investissement locatif, de la rapine Airbnb, et de tout ce que le n&#233;olib&#233;ralisme c&#233;l&#232;bre comme principe unique de l'efficacit&#233; immobili&#232;re. Et qu'il impose comme image unique. Qui interdirait radicalement l'image viennoise&#8230; si elle n'existait dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Exp&#233;rience de pens&#233;e n&#176;2 :&lt;/strong&gt; proposer aux &#201;tats-Unis une autre image du financement des retraites. Il s'agit de pr&#233;lever des cotisations avec lesquelles on paye les retraites contemporaines. &#199;a n'est pas du salaire diff&#233;r&#233;, car &#231;a n'est pas de la pr&#233;voyance individuelle : c'est de la solidarit&#233; instantan&#233;e. On appelle &#231;a la &#171; r&#233;partition &#187;. Compl&#232;tement d&#233;boussol&#233;, l'&#233;tasunien. Persuad&#233; que son interlocuteur est sous produits &#8212; &#233;videmment : il n'a en t&#234;te que des images de fonds de pension. Ne peut imaginer autre chose, et rien dans le d&#233;bat public de son pays ne peut l'y induire. Or l&#224; encore : la chose qui lui para&#238;t un comble de d&#233;raison &lt;i&gt;existe&lt;/i&gt; &#8212; ailleurs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Fermer la Bourse rel&#232;ve du m&#234;me exercice de d&#233;calage. Que l'&#233;conomie sans Bourse n'existe pas ne saurait donc en aucun cas &#234;tre un argument, ni que l'id&#233;e semble de la derni&#232;re extravagance aux partisans de l'image actuelle, acharn&#233;s, comme de juste, &#224; soutenir qu'il n'est aucune autre image possible. Le d&#233;sir opini&#226;tre et son imagination pers&#233;v&#233;rante soutiennent au contraire que si. Et persiste &#224; approfondir, dans toutes les directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par exemple dans celle de l'IA :&lt;/strong&gt; l'imaginer sans son barnum financiaris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Frederic-Lordon&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour son blog &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dans &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les blogs du &#171; Diplo &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-fermer-la-bourse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 22 juin 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re &#8211; 1 :&lt;br/&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-1UNE-FENETRE-HISTORIQUE&#034;&gt;UNE FENETRE HISTORIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
Toutes les versions de cet article : [&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/La-politica-de-la-crisis-financiera-1UNA-VENTANA-HISTORICA&#034;&gt;Espa&#241;ol&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;] [fran&#231;ais]
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 2 :&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-2-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-PRINCIPES-ET-METHODES&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : PRINCIPES ET METHODES&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
Toutes les versions de cet article : &lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politica-de-la-crisis-financiera-2-DESMANTELANDO-LAS-FINANZAS-NEOLIBERALES-PRINCIPIOS-Y-METODOS&#034;&gt;&lt;strong&gt;Espa&#241;ol&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; [fran&#231;ais]
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 3 :&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-3-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-BANQUES-CREDIT-DETTE&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : BANQUES, CREDIT, DETTE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
Toutes les versions de cet article : [&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politica-de-la-crisis-financiera-3DESMANTELANDO-LAS-FINANZAS-NEOLIBERALES-BANCOS-CREDITO-DEUDA&#034;&gt;Espa&#241;ol&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; [fran&#231;ais]
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 4 :&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-4DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-ACTIONS-ET-ACTIONNAIRES&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : ACTIONS ET ACTIONNAIRES&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
Toutes les versions de cet article : [&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politica-de-la-crisis-financiera-4-DESTRUYENDO-LAS-FINANZAS-NEOLIBERALES-ACCIONES-Y-ACCIONISTAS&#034;&gt;&lt;strong&gt;Espa&#241;ol&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;] [Fran&#231;ais]&lt;/center&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;b&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Frederic-Lordon&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est un &#233;conomiste qui travaille avec la philosophie, selon sa propre d&#233;finition, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l'auteur de &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, octobre 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-5DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-FERMER-LA-BOURSE&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 28 juin 2026.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Politique de la crise financi&#232;re, 4DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : ACTIONS ET ACTIONNAIRES</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-4DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-ACTIONS-ET-ACTIONNAIRES</link>
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		<dc:date>2026-06-26T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;On en &#233;tait au syst&#232;me bancaire et aux march&#233;s obligataires. Qui viennent de prendre un vieux coup. Et les actions ? D'abord saisies du c&#244;t&#233; des &#233;pargnants &#8212; du c&#244;t&#233; des riches. Les fortunes, &#224; l'enthousiasme un peu refroidi avec les obligations, ne pourraient-elles aller s'investir dans les actions ? (...) Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On en &#233;tait &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-banques-credit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;au syst&#232;me bancaire et aux march&#233;s obligataires&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Qui viennent de prendre un vieux coup. Et les actions ? D'abord saisies du c&#244;t&#233; des &#233;pargnants &#8212; du c&#244;t&#233; des riches. Les fortunes, &#224; l'enthousiasme un peu refroidi avec les obligations, ne pourraient-elles aller s'investir dans les actions ? En effet, ce ne sera pas impossible. Il faut toutefois leur faire conna&#238;tre l&#224; encore les nouvelles conditions qui viennent avec cette possibilit&#233;. C'est que la voie des fonds propres, comme elle a &#233;t&#233; am&#233;nag&#233;e dans la finance n&#233;olib&#233;rale, n'est pas moins toxique que celle de la dette. Et d'une toxicit&#233; qui passe par deux effets aussi pernicieux l'un que l'autre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le fl&#233;au de la liquidit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'effet de la liquidit&#233; d'abord. La liquidit&#233; est la propri&#233;t&#233; sacro-sainte de la finance n&#233;olib&#233;rale, sa &#171; chose &#187; &#224; pr&#233;server par-dessus tout &#8212; celle dont nous allons la priver. On comprend qu'elle y tienne : la liquidit&#233; est la garantie de satisfaction du d&#233;sir financier dans ses moindres fluctuations : je veux, j'ach&#232;te ; &#231;a ne me pla&#238;t plus, je revends aussit&#244;t ; je veux autre chose, j'ach&#232;te autre chose ; je reveux la premi&#232;re, je la rach&#232;te. Et ceci &lt;i&gt;&#224; tout instant&lt;/i&gt;. Derri&#232;re la propri&#233;t&#233; &#171; technique &#187; de la liquidit&#233;, il y a une proposition d&#233;sirante, il faudrait m&#234;me dire : une proposition pulsionnelle, irr&#233;sistible, faite aux individus de la finance. L'id&#233;ologie de la finance n&#233;olib&#233;rale justifie la liquidit&#233; par la &#171; fluidit&#233; &#187; de l'allocation du capital. Comme si l'allocation du capital &#8212; dans les entreprises &#8212; devait &#234;tre rejou&#233;e &#224; chaque instant. Et m&#234;me : comme si elle &lt;i&gt;pouvait&lt;/i&gt; l'&#234;tre. L'id&#233;ologie dit aussi : on ne convaincra les &#233;pargnants d'investir dans une entreprise qu'&#224; leur laisser la possibilit&#233; de reconsid&#233;rer leur investissement et de s'en d&#233;gager. &#192; tout instant. La finance n&#233;olib&#233;rale a donc d&#233;velopp&#233; une notion de l'engagement assez particuli&#232;re : mesur&#233;e en nanosecondes. Puisque telle est la temporalit&#233; de transactions d&#233;sormais autoris&#233;e par le &lt;i&gt;flash trading&lt;/i&gt;. Voil&#224; : je m'engage. Une nanoseconde plus tard : en fait, s&#233;parons-nous bons amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liquidit&#233; est concr&#232;tement appareill&#233;e dans la cotation en continu. La cotation en continu : typiquement de ces machins techniques et abscons auxquels personne ne pr&#234;te la moindre attention &#8211; pour lesquels, comme dirait Sandra Lucbert, &lt;a href=&#034;https://www.seuil.com/ouvrage/personne-ne-sort-les-fusils-sandra-lucbert/9782021456554&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;personne ne sort les fusils&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Pourtant d'une importance consid&#233;rable, structurante &#8212; institu&#233;e en deux &#233;tapes, 1986 et 1989 par le meilleur ami de la finance, comme toujours : le socialisme de gouvernement. D'une importance structurante, en effet, puisqu'elle instaure une temporalit&#233; g&#233;n&#233;rale du contr&#244;le de la finance sur les entreprises : extraordinairement raccourcie. Il n'est pas fortuit que la cotation en continu se soit rapidement accompagn&#233;e de la pratique du &lt;i&gt;reporting&lt;/i&gt; trimestriel auquel les grandes entreprises cot&#233;es se sont trouv&#233;es contraintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a n'est pas que l'un ne puisse exister sans l'autre &#8212; la preuve pour le moins inattendue en &#233;tant donn&#233;e par Trump qui envisage d'abolir l'obligation du &lt;i&gt;reporting&lt;/i&gt; trimestriel ! &#8212;, mais que les deux, ensemble, forment &#224; l'&#233;vidence un ensemble coh&#233;rent dans la distorsion des temporalit&#233;s &#233;conomiques. &#192; chaque trimestre, donc, les entreprises ont d&#251; pr&#233;senter leurs r&#233;sultats, comme si une &#233;valuation de ce genre avait le moindre sens eu &#233;gard &#224; ce que sont les temporalit&#233;s r&#233;elles de l'investissement &#8212; physique ! &#8212;, de l'innovation, ou des r&#233;visions strat&#233;giques. Or, de ces &#233;valuations trimestrielles, r&#233;sultent des effets tr&#232;s concrets : car la cotation en continu &lt;i&gt;r&#233;agit&lt;/i&gt; &#8212; &#224; ces nouvelles informations. Qu'elles soient intrins&#232;quement ineptes ne les emp&#234;chent pas de produire des mouvements des cours, parfois consid&#233;rables, lorsque se produisent, par exemple, ces situations que les salles de march&#233; se sont mises &#224; appeler &lt;i&gt;profit warning&lt;/i&gt; : &#224; savoir lorsque les r&#233;sultats trimestriels annonc&#233;s ne sont pas &#224; la hauteur de ce qui avait &#233;t&#233; annonc&#233;. Un r&#233;sultat trimestriel&#8230; C'est-&#224;-dire une &#171; donn&#233;e &#187; priv&#233;e de la moindre signification &#233;conomique. Sur la base de laquelle, n&#233;anmoins, les investisseurs prendront des d&#233;cisions, d'achat ou de vente, qui conduiront &#224; des variations peut-&#234;tre significatives du cours de Bourse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais qui ces variations peuvent-elles int&#233;resser ?&lt;/strong&gt; En fait tout le monde. Et jusqu'aux salari&#233;s, spectateurs passifs d'un jeu qui peut les saisir avec une terrible violence. Par exemple, si les dirigeants de l'entreprise, inquiets de voir leur cours plonger, d&#233;cident, pour le trimestre suivant, de revenir avec des r&#233;sultats cette fois &#233;tincelants. Qui auront &#233;t&#233; gagn&#233;s comment ? Comme d'habitude : par des combinaisons d'augmentation de productivit&#233; et de r&#233;duction de masse salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de dire que les patrons aussi y sont int&#233;ress&#233;s. Encore faut-il savoir comment. Bien s&#251;r parce qu'on les a transform&#233;s en actionnaires &#224; coup de stock-options &#8212; int&#233;r&#234;t direct. Mais plus encore, parce que le cours de Bourse est &lt;i&gt;leur&lt;/i&gt; param&#232;tre : celui qui d&#233;termine leurs chances de rester &#224; leur poste &#8212; ou d'en &#234;tre &#233;ject&#233;s. Valoir cher en Bourse est le meilleur moyen, en fait le seul, de d&#233;courager les pr&#233;dateurs &#8212; l'OPA hostile. Celle qui d&#233;capitera l'&#233;quipe dirigeante pour installer dans la place encore chaude la clique du nouveau propri&#233;taire. Alors les occupants, pour se maintenir envers et contre les pr&#233;dateurs qui rodent, fouettent l'entreprise enti&#232;re, pour lui faire cracher le bon rendement des capitaux propres qui font les bons &lt;i&gt;reportings&lt;/i&gt; trimestriels qui font les cours boursiers en forme qui font les actionnaires repus qui font les pr&#233;dateurs &#233;loign&#233;s qui font les dirigeants &#224; l'aise. Et les salari&#233;s maltrait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Revenir au fixing&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc tout &#231;a aussi dans le &#171; machin abscons &#187; de la cotation continue. M&#234;me si elle est, avant toute autre chose, la condition de possibilit&#233; de la fr&#233;n&#233;sie sp&#233;culative : la condition pour transacter et retransacter &#224; tout instant, le cas &#233;ch&#233;ant &#224; chaque nanoseconde, pendant que les cours s'ajustent instantan&#233;ment. Toutes les raisons militent donc pour y mettre un terme. Cependant, en mati&#232;re d'actions, le principe de d&#233;tention, pos&#233; pour les obligations, ne peut pas trouver &#224; s'appliquer tel quel. C'est que le principe de d&#233;tention prescrit de conserver le titre acquis jusqu'&#224; sa maturit&#233;, or, pr&#233;cis&#233;ment, si les obligations ont par construction une maturit&#233; &#8212; l'&#233;ch&#233;ance de l'emprunt dont elles sont une part &#8212;, les actions n'en ont pas : elles sont des titres &#224; maturit&#233; formellement infinie. Les actions sont des avances non-remboursables. On peut contraindre un &#233;pargnant &#224; conserver un titre obligataire 1, 5 ou 10 ans. On ne peut pas le contraindre &#224; garder un titre actionnarial &lt;i&gt;&#224; vie&lt;/i&gt;. Il s'agit donc de d&#233;terminer les conditions dans lesquelles il sera autoris&#233; &#224; s'en d&#233;faire. Cette condition a un nom : &lt;strong&gt;le &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi marchait la Bourse avant la cotation en continu : les ordres d'achat et de vente &#233;taient collationn&#233;s toute la journ&#233;e, des cours interm&#233;diaires, fictifs, &#233;taient r&#233;vis&#233;s tout au long du processus de leur arriv&#233;e, jusqu'&#224; ce que la journ&#233;e boursi&#232;re vienne &#224; son terme. Alors on arr&#234;tait les compteurs, c'est-&#224;-dire le processus de r&#233;vision du prix &#8212; qui &#233;tait &lt;i&gt;fix&#233;&lt;/i&gt; &#224; sa derni&#232;re valeur. Et toutes les transactions enregistr&#233;es &#233;taient ensuite r&#233;alis&#233;es &#224; ce prix de &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt;. Au lieu qu'il y ait un prix &#224; la nanoseconde et des transactions permanentes, il y avait un prix pour la journ&#233;e de Bourse, qui se cl&#244;turait par la r&#233;alisation de tous les ordres pass&#233;s. &lt;i&gt;Un&lt;/i&gt; prix. Pour la journ&#233;e enti&#232;re. Ce qui signifie, de fait, que les titres &#233;taient au moins d&#233;tenus pour toute cette journ&#233;e, puisque des transactions ne pouvaient avoir lieu tant qu'on n'&#233;tait pas arriv&#233; au &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce principe du &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt; auquel il faut revenir. Pour une raison &#224; la fois simple et profonde : c'est lui qui d&#233;termine la temporalit&#233; des &#233;changes. La p&#233;riodicit&#233; du &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt; est donc un param&#232;tre n&#233;vralgique s'il s'agit de restructurer les temporalit&#233;s de la finance &#8212; en l'occurrence de les &#171; d&#233;-courtermiser &#187;. On pourrait par exemple envisager un &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt; trimestriel, ou annuel. Annuel serait bien, pour &#233;tablir une &#233;galit&#233; de traitement avec la d&#233;tention des obligations, dont la plus courte &#233;ch&#233;ance a &#233;t&#233; pos&#233;e &#224; un an. Moins qu'annuel ne serait pas mal non plus pour inciter &#233;ventuellement les &#233;pargnants &#224; ne pas tout mettre en obligations. En tout cas que des investisseurs soient contraints de d&#233;tenir leur titre sur une ann&#233;e enti&#232;re (semestre, trimestre), sans pouvoir s'en d&#233;faire entre temps, c'est le sens minimal qu'on puisse donner &#224; la notion d'engagement financier. On dira qu'en un an il peut s'en passer des choses, et que pendant ce temps on sera priv&#233; de la possibilit&#233; de r&#233;agir &#8212; comprendre : de se barrer. C'est vrai. De nouveau : comme les banques avec leurs pr&#234;ts, comme les investisseurs dans les fonds de &lt;i&gt;private credit&lt;/i&gt;. Objection non retenue, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que dans cette nouvelle organisation de la finance, les formules d'investissement propos&#233;es aux &#233;pargnants seront fort peu nombreuses et tr&#232;s standardis&#233;es, que l'investissement dans des actions ne concernera, comme aujourd'hui, que les centiles sup&#233;rieurs de la population &#233;pargnante, qu'il sera (restera) donc un jeu de riches, et qu'on ne laissera pas un jeu de riches d&#233;stabiliser les entreprises. En revanche on pourra imaginer de diff&#233;rencier les investisseurs par la dur&#233;e de d&#233;tention &#224; laquelle ils consentiront, &#233;videmment &#224; partir du plancher de &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt; annuel. Plusieurs avantages pourraient constituer des incitations &#224; cette d&#233;tention allong&#233;e. Par exemple des droits de vote multiples &#224; exercer en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. L&#224; o&#249; la participation actionnariale standard est r&#233;gie par le principe 1 action / 1 voix, la participation de l'investisseur &#224; engagement prolong&#233; pourrait &#234;tre de N voix par titre, avec N &gt; 1. De m&#234;me d'ailleurs pour les dividendes qui, pourraient eux aussi &#234;tre affect&#233;s de coefficients proportionnels &#224; la dur&#233;e de d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;SLAM&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les dividendes&#8230; Il est temps d'en parler. La premi&#232;re nuisance de la finance actionnariale r&#233;sidait dans les effets pernicieux de la sacro-sainte propri&#233;t&#233;, la liquidit&#233; : condition de la fr&#233;n&#233;sie sp&#233;culative, distorsion dramatiquement court-termiste des temporalit&#233;s &#233;conomiques, la liquidit&#233; ne &#171; parle &#187; que les int&#233;r&#234;ts de la finance, en aucun cas ceux de la production. C'est cependant lorsqu'on en arrive &#224; la r&#233;mun&#233;ration du capital financier qu'on entre vraiment dans le dur &#8212; et en l'&#233;tat des choses n&#233;olib&#233;rales, dans l'obsc&#232;ne, dans le scandaleux. Tout ceci est parfaitement connu, il n'y a donc pas lieu de s'y appesantir. Encore que. Il y a longtemps d&#233;j&#224; (2013), une fine &#233;quipe du Centre lillois d'&#233;tudes et de recherches sociologiques et &#233;conomiques (Clers&#233;) avait produit &lt;a href=&#034;https://ires.fr/publications/cgt/le-cout-du-capital-entre-pertes-et-detournement-de-richesses-mieux-saisir-le-capital-pour-en-mesurer-le-cout-pour-la-societe/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un travail sensationnel&lt;/a&gt; pour aboutir &#224; une estimation du co&#251;t du capital pour les entreprises &#8212; en fait pour installer dans le d&#233;bat &#233;conomique l'id&#233;e qu'il n'y avait pas que le co&#251;t du travail, la jouissive obsession de tous les n&#233;olib&#233;raux de la presse et du patronat, rab&#226;ch&#233;e en continu et jusqu'&#224; saturation, mais aussi un &lt;i&gt;co&#251;t du capital&lt;/i&gt;, qu'il est carabin&#233; et que, &#233;tonnamment, &#231;a n'est jamais de ce c&#244;t&#233; qu'on cherche &#224; raboter pour rendre les entreprises comp&#233;titives. Alors qu'il y aurait lieu. C'&#233;tait il y a 13 ans et, plus &#233;tonnamment encore, aucun compte n'a jamais &#233;t&#233; tenu ni de ce travail ni de ceux, qui avant ou apr&#232;s, demandaient qu'on songe &#224; regarder dans cette direction. Ce qui n'emp&#234;che nullement la presse bourgeoise, ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, de publier les records, toujours battus, des dividendes vers&#233;s par les entreprises du CAC 40 &#224; leurs actionnaires. Pour n'en rien faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les comptes nationaux confirment cette croissance de la &lt;a href=&#034;https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/b72e151f-ac09-47e6-92eb-30657fce5e46/files/9a8f51d9-a060-4547-8852-b630858d7565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;part des dividendes dans la valeur ajout&#233;e globale&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, mais moins spectaculairement qu'on aurait pu l'attendre : de 3% en 1990, la part des dividendes dans la valeur ajout&#233;e des soci&#233;t&#233;s non financi&#232;res (SNF) passe &#224; 5% en 2023. Il ne faut pas se laisser abuser par ces indications modestes en apparence, qui pourraient donner &#224; croire que nous avons affaire &#224; un ph&#233;nom&#232;ne somme toute b&#233;nin. On peut d'abord raisonnablement parier que, ramen&#233; aux limites du CAC 40, voire du SBF 120, c'est-&#224;-dire dans les sous-ensembles o&#249; la notion de capitalisme actionnarial prend tout son sens, le m&#234;me tableau serait autrement saisissant. Il y a ensuite et surtout que c'est de cette pointe du capitalisme fran&#231;ais, celle donc o&#249; la f&#233;rule actionnariale est la plus vivement exerc&#233;e, que sont &#233;mises les injonctions &#224; la rentabilit&#233; financi&#232;re, &#233;mises et diffus&#233;es dans toute l'&#233;paisseur du syst&#232;me productif via les relations de sous-traitance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces &#233;tages inf&#233;rieurs de la structure productive, on ne voit gu&#232;re d'orgies de dividendes, et pour cause : les efforts de productivit&#233;, pourtant tr&#232;s violents, impos&#233;s aux salari&#233;s sont enti&#232;rement concentr&#233;s dans la baisse continue des prix de sous-traitance, de sorte que la rentabilit&#233; financi&#232;re potentielle est capt&#233;e par les donneurs d'ordre, qui la concentrent apr&#232;s l'avoir pomp&#233;e et fait remonter des strates qu'ils dominent jusqu'&#224; eux. Afin d'engraisser le &#171; gros actionnariat &#187;, celui des investisseurs institutionnels, banques et fonds, qui s'&#233;bat &#224; Euronext Paris &#8212; le nouveau nom de la &#171; Bourse de Paris &#187;. Le capitalisme, fran&#231;ais en l'occurrence, mais ceci est vrai pour tous les capitalismes &#224; configuration n&#233;olib&#233;rale, n'est donc qu'une gigantesque succion actionnariale de l'effort du travail au travers de toutes les couches de l'appareil productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance est peut-&#234;tre chose compliqu&#233;e mais tout le monde a compris que les exigences de rentabilit&#233; financi&#232;re impos&#233;es aux entreprises sont le principe m&#234;me du pressurage sans fin des salari&#233;s. Et que c'est &#233;videmment l&#224; que le cran d'arr&#234;t doit &#234;tre mis. De quelle mani&#232;re ? Le programme &lt;i&gt;L'Avenir en commun&lt;/i&gt; pose d&#233;j&#224; une ou deux id&#233;es, comme : l'interdiction de verser des dividendes pour les entreprises qui ont licenci&#233; ou qui ont b&#233;n&#233;fici&#233; des aides publiques ; celle &#233;galement de verser des dividendes sup&#233;rieurs aux profits. Tout ceci est bien le moins. Mais ne r&#232;gle pas le probl&#232;me dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233;. La nuisance du capitalisme sous gouverne actionnariale s'exerce bien au-del&#224; de ces quelques cas particuliers, et c'est &#224; la g&#233;n&#233;ralit&#233; qu'il faut s'en prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De nouveau donc : comment ?&lt;/strong&gt; Par la voie fiscale. Plus pr&#233;cis&#233;ment par un imp&#244;t de plafonnement de la r&#233;mun&#233;ration actionnariale : le TSR, &lt;i&gt;Total Shareholder Return&lt;/i&gt;. Le TSR est un taux de rentabilit&#233;, total donc en ce qu'il rapporte au capital financier la totalit&#233; des gains que son investissement a permis : sous la forme des dividendes, bien s&#251;r, mais en y ajoutant &#233;galement les plus-values. L'avantage de prendre le TSR comme indicateur de la r&#233;mun&#233;ration actionnariale tient &#224; ceci qu'il fait entrer dans l'enveloppe non seulement les versements de dividendes mais &#233;galement tous les autres d&#233;bours auxquels se livrent les entreprises pour le bon plaisir des actionnaires. Notamment les rachats d'actions, cette sorte de folie totalement in&#233;dite dans l'histoire du capitalisme, install&#233;e par sa forme n&#233;olib&#233;rale financiaris&#233;e. Folie totalement &#171; rationnelle &#187; en v&#233;rit&#233;, si c'est de la rationalit&#233; dict&#233;e par l'&#233;tat des structures : en l'occurrence, racheter ses propres actions, pour une entreprise, est une op&#233;ration &#224; propri&#233;t&#233;s relutives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En volapuk de la finance, &#171; relutif &#187;, c'est l'inverse de &#171; dilutif &#187;. Il y a dilution quand de nouvelles actions sont &#233;mises. Dilution, en effet, puisque la m&#234;me masse de profit sera r&#233;partie sur un nombre accru de titres en circulation. Moins de b&#233;n&#233;fice par action : m&#233;contentement des actionnaires. &#192; l'inverse, racheter des actions, pour les d&#233;truire, c'est le moyen pour l'entreprise de r&#233;duire leur nombre en circulation, donc de proposer de diviser le m&#234;me profit sur un nombre inf&#233;rieur de titres, donc d'augmenter le b&#233;n&#233;fice par action : relution. Et franc satisfecit des actionnaires. Puisque l'affichage d'un b&#233;n&#233;fice par action en hausse est consid&#233;r&#233; comme le meilleur moteur de la hausse des cours. CQFO &#8211; Ce Qu'il Fallait Obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;bastien Tixier, ing&#233;nieur, sp&#233;cialiste des questions industrielles et collaborateur parlementaire s'amuse privativement (il devrait publier !) &#224; constituer une base de donn&#233;es CAC 40 bien &#233;difiante, qui confirme de mani&#232;re parfaitement document&#233;e et mise &#224; jour ce qu'on sait depuis la fin des ann&#233;es 2000, &#224; savoir que l'aberration actionnariale a atteint ce point de rebroussement caract&#233;ristique o&#249; les entreprises finissent par verser davantage aux actionnaires que ceux-ci, qui sont tout de m&#234;me suppos&#233;s les financer, ne leur apportent. &#171; Davantage &#187;, c'est m&#234;me bien peu dire. Entre dividendes et rachats d'actions, le financement &lt;i&gt;net &lt;/i&gt;des entreprises du CAC 40 par leurs actionnaires est devenu n&#233;gatif, et pas qu'un peu : pas loin de 100 milliards d'euros en 2025. Reformulons : ce ne sont plus les actionnaires qui financent les entreprises &#8212; comme le chante depuis des lustres le gospel de la finance de march&#233; &#8212; ce sont les entreprises qui financent les actionnaires, soit le machin d'ensemble qui marche litt&#233;ralement sur la t&#234;te. Et tout ceci men&#233; par l'unique mobile de complaire aux actionnaires &#8211; donc de garder leur faveur, donc de soutenir davantage encore le cours, donc de repousser le spectre pr&#233;dateur de l'OPA hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'il en est question, disons-le au passage : les OPA &#171; inamicales &#187;, comme on dit dans le langage feutr&#233; de la finance, seront purement et simplement interdites. Il est tr&#232;s facile d'en avoir le crit&#232;re pour les reconna&#238;tre : il suffit de poser la question &#224; l'entreprise cible ! Est-elle consentante &#224; se faire racheter ? R&#233;ponse oui : OPA amicale ; r&#233;ponse non : inamicale. Point. Interdire les OPA hostiles est l'un des moyens de relever partiellement les &#233;quipes dirigeantes des pressions &#224; tenir le cours au plus haut dans un jeu de pr&#233;dation o&#249; il est le param&#232;tre d&#233;cisif de la pers&#233;v&#233;rance. C'est toujours &#231;a de moins qui d&#233;gringolera en d&#233;gagement de productivit&#233; exig&#233; des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est encore tr&#232;s insuffisant &#224; desserrer l'emprise actionnariale. Qui rencontre la collaboration active des patrons eux-m&#234;mes, on l'a dit, d&#232;s lors qu'&#224; coup de stock-options leurs int&#233;r&#234;ts de trouvent de fait align&#233;s sur ceux des actionnaires. Ces m&#233;thodes de r&#233;mun&#233;ration qui font franchir aux grands patrons des caps de fortune que leurs &#171; seuls &#187; salaires, d&#233;j&#224; extravagants, ne leur permettraient pas d'atteindre, ces m&#233;thodes de r&#233;mun&#233;ration seront purement et simplement interdites. L&#224; encore on laissera braire &#224; la &#171; fuite des cerveaux &#187;. Carlos Tavares quitte (est remerci&#233; de) la direction de Stellantis apr&#232;s avoir touch&#233; 47 millions d'euros en actions gratuites en arrivant et en laissant des comptes d&#233;ficitaires de 22 milliards d'euros en partant : un cerveau dont on aurait pu se dispenser. En tout cas dont il n'y a pas lieu de regretter le d&#233;part. Il n'est pas seul de son genre &#8211; le genre dont on peut se passer, &#224; qui on serait m&#234;me tent&#233; de d&#233;signer la porte. Il doit se trouver d'aussi capables, juste en dessous d'eux, &#224; qui la perspective du pouvoir pourrait bien suffire, et qui s'accommoderaient du nouveau jeu o&#249; les gains obsc&#232;nes sont sortis de l'&#233;pure. Au reste, les r&#233;mun&#233;rations faramineuses sont intimement solidaires de mythologies individualistes h&#233;ro&#239;ques, et ignorent qu'un &#171; cerveau &#187; qui part est le plus souvent tr&#232;s avantageusement remplac&#233; par un collectif qui r&#233;fl&#233;chit au moins aussi bien.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lire aussi Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/strong&gt;,&lt;br/&gt; &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/14458&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Enfin une mesure contre la d&#233;mesure de la finance, le SLAM !&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;,&lt;br/&gt; &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2007.&lt;/div&gt; &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;OPA hostiles interdites, package actionnariaux supprim&#233;s, il reste cependant encore trop d'incitations pour les entreprises &#224; faire la danse du ventre pour attirer les actionnaires dans la perspective de grossir les fonds propres. Qui n'est pas incompr&#233;hensible &#8211; mais n'a pas &#224; se donner carri&#232;re n'importe comment et hors de toute limite. Par cons&#233;quent il faut non pas apprendre la mod&#233;ration aux actionnaires &#8211; ils en sont incapables &#8211; mais les y forcer. En les frappant au TSR, donc. Les frapper veut dire ici plafonner. Voici le SLAM (ou plut&#244;t &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2007/02/LORDON/14458&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;re-voici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, parce que cela non plus n'est pas tout &#224; fait nouveau &#8211; 2007&#8230;) : &lt;i&gt;Shareholder Limited Authorized Margin&lt;/i&gt; &#8211; soit : Marge Actionnariale Limite Autoris&#233;e, mais claque mieux dans la version anglaise de l'acronyme. Le SLAM consiste &#224; &#233;tablir une base normative de la r&#233;mun&#233;ration actionnariale autoris&#233;e, mesur&#233;e en termes de TSR, et d'&#233;cr&#234;ter tout ce qui d&#233;passe. Tout simplement. On n'a rien invent&#233; : l'&#233;ternel Georges Marchais avait d&#233;j&#224; donn&#233; la formule, si c'&#233;tait dans l'ordre de l'imposition du revenu : &#171; Au-dessus de 400.000 francs, je prends tout &#187;. Ici, pareil. Les effets cependant sont plus puissants : la pression &#224; la rentabilit&#233;, autrement ind&#233;finie, que font peser les actionnaires sur les entreprises, donc sur les travailleurs, n'a plus lieu d'&#234;tre &#224; partir du moment o&#249; tout effort suppl&#233;mentaire, convertible en rentabilit&#233; pour l'actionnaire, finira rafl&#233; par le fisc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base normative, au-del&#224; de laquelle passe le couperet fiscal du SLAM, est assez simple &#224; &#233;tablir, et sera, pour l'ironie, emprunt&#233;e aux petites &#233;laborations de la finance &#8212; mais retourn&#233;es contre elle. On consid&#233;rera donc que le taux de rendement normatif du capital-actions investi est &#233;gal au taux d'int&#233;r&#234;t de l'actif dit &#171; sans risque &#187; (en g&#233;n&#233;ral un bon du Tr&#233;sor de r&#233;f&#233;rence) additionn&#233; d'une prime de risque, calcul&#233;e, par exemple, d'apr&#232;s le mod&#232;le de valorisation des actifs le plus couramment utilis&#233;, le CAPM (&lt;i&gt;Capital Asset Pricing Model&lt;/i&gt;). Un actionnaire est donc autoris&#233; &#224; gagner le taux de rendement normatif, et apr&#232;s &#171; je prends tout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autonome dans son principe, le SLAM est intimement solidaire de la cotation au &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt; dans son op&#233;ration pratique &#8212; en r&#233;alit&#233; la cotation en continu lui poserait de redoutables difficult&#233;s. Les choses sont m&#234;me d'une parfaite simplicit&#233; si le &lt;i&gt;fixing &lt;/i&gt;est annuel (syncopes dans le lectorat financier), par-l&#224; co&#239;ncidant avec l'ann&#233;e comptable. Les dividendes vers&#233;s sont connus, la plus-value r&#233;alis&#233;e &#233;tablie au &lt;i&gt;fixing&lt;/i&gt;, le TSR effectif est donc parfaitement d&#233;termin&#233; : le couperet peut passer. Pour des &lt;i&gt;fixings&lt;/i&gt; infra-annuel (semestriel ou trimestriel), et au cas o&#249; l'investisseur s'est d&#233;barrass&#233; de son titre avant la cl&#244;ture de l'ann&#233;e comptable-fiscale, il suffira par exemple d'imputer au calcul de son TSR les dividendes de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, ou bien une moyenne avec les dividendes de l'ann&#233;e courante (quitte &#224; corriger &lt;i&gt;post festum&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des cris et des grincements de dents&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; &#231;a crie en tous sens, au fou, au scandale, &#224; l'imp&#233;ritie, &#224; l'assassinat pourquoi pas &#8211; des talents, de l'innovation, de la croissance, d'&#224; peu pr&#232;s tout. Alors qu'il faut dire les choses : tout ceci est encore d'une exquise gentillesse. On fera difficilement passer le paquet pour du communisme sanguinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Admettons un zeste de fourberie :&lt;/strong&gt; on livre le paquet en question par petites tranches, pour le glissement progressif du plaisir. En sachant tr&#232;s bien tout ce que chaque tranche d&#233;clenche aussit&#244;t de syncopes et d'objections v&#233;h&#233;mentes &#8211; qu'on traitera avec la m&#234;me progressivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En tout cas, prochaine tranche :&lt;/strong&gt; fermer la Bourse &#8212; l&#224;, &#231;a va crier bien fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt; pour son blog &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/a&gt; dans &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les blogs du &#171; Diplo &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-actions-et&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 11 juin 2026&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re &#8211; 1 :&lt;br/&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-1UNE-FENETRE-HISTORIQUE&#034;&gt;UNE FENETRE HISTORIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 2&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-2-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-PRINCIPES-ET-METHODES&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : PRINCIPES ET METHODES&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 3 :&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-3-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-BANQUES-CREDIT-DETTE&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : BANQUES, CREDIT, DETTE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/center&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-4DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-ACTIONS-ET-ACTIONNAIRES&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 26 juin 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;b&gt;*Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; est un &#233;conomiste qui travaille avec la philosophie, selon sa propre d&#233;finition, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l'auteur de &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, octobre 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Politique de la crise financi&#232;re, 3 :DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : BANQUES, CREDIT, DETTE</title>
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		<dc:date>2026-06-25T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Les textes qui viennent maintenant sont-ils faits ? Pour commencer &#224; donner &#171; du corps &#187; &#224; un plan de transformation profonde des structures de la finance, &#224; l'usage d'une gauche qui a toujours proclam&#233; vouloir &#171; en finir avec la finance &#187; sans jamais avoir trop d'id&#233;es quant &#224; la mani&#232;re de le faire (...) Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour quoi les textes qui viennent maintenant sont-ils faits ? Pour commencer &#224; donner &#171; &lt;i&gt;du corps&lt;/i&gt; &#187; &#224; un plan de transformation profonde des structures de la finance, &#224; l'usage d'une gauche qui a toujours proclam&#233; vouloir &#171; en finir avec la finance &#187; sans jamais avoir trop d'id&#233;es quant &#224; la mani&#232;re de le faire. En mati&#232;re de finance comme de n'importe quelle question institutionnelle ou structurelle, on n'&#233;chappe pas au moment de mettre les mains dans le cambouis s'il s'agit de transformer l'&#233;tat des choses. Ce qui nous fera des textes peut-&#234;tre parfois un peu aust&#232;res &#8211; &#224; l'usage &#233;ventuel de qui aurait le d&#233;sir, et la possibilit&#233;, de passer &#224; l'action.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Avares et prodigues poussent de gros sac de pi&#232;ces en s'injuriant mutuellement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous savons qu'il y aura peut-&#234;tre &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/une-fenetre-historique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;une opportunit&#233; historique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Si elle se concr&#233;tise, nous savons selon quels &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-principes-et&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;principes g&#233;n&#233;raux&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; la saisir. Il s'agit de dire maintenant quelles transformations y op&#233;rer, en commen&#231;ant d'entrer dans le d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a deux voies de la finance :&lt;/strong&gt; la voie de la dette, la voie actionnariale. Telles qu'elles sont l'une et l'autre configur&#233;es en r&#233;gime n&#233;olib&#233;ral, ce sont des nuisances. Elles vont &#234;tre brutalement ramen&#233;es &#224; leur fonction premi&#232;re : financer les agents de l'&#233;conomie r&#233;elle, &lt;i&gt;sans aucune autre fioriture&lt;/i&gt;. En envisageant les probl&#232;mes, &#224; chaque fois qu'il y aura lieu, sous leur double versant : le versant des &#233;pargnants et celui des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La banque et le cr&#233;dit : le terne et l'ennuyeux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les sophistications de la finance n&#233;olib&#233;rale ont fini par faire oublier que l'essentiel des agents d&#233;sireux (ou contraints) de s'endetter le font en passant par la plus planplan des solutions de financement : le cr&#233;dit bancaire. Fin 2025, &lt;a href=&#034;https://www.banque-france.fr/system/files/webstats/TRIM_Financement_des_entreprises_202512_20260212/FR_Stat_Info_financement_des_entreprises_202512.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'encours de financement des SNF&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (Soci&#233;t&#233;s non-financi&#232;res) est constitu&#233; pour les deux tiers de cr&#233;dits bancaires &#8211; encore cette donn&#233;e agglom&#232;re-t-elle les SNF quelles que soient leurs tailles : il suffirait de sortir le CAC 40 ou le SBF 120 de la statistique pour avoir un tableau encore plus &#233;crasant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le cr&#233;dit bancaire, op&#233;ration en son principe radicalement h&#233;t&#233;rog&#232;ne aux &#233;missions de titres sur lesquelles toutes les constructions de la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e se sont &#233;difi&#233;es, avec le cr&#233;dit bancaire, donc, nous sommes ramen&#233;s &#224; l'os de la finance fonctionnelle, d&#233;pouill&#233;e de tout son chamarr&#233;, de tout son folklore d'enrichissement, d'obsc&#233;nit&#233; &#8211; de toute sa &lt;i&gt;forme de vie&lt;/i&gt;. Car voil&#224; bien le tour effarant du capitalisme n&#233;olib&#233;ral : il a transform&#233; la finance en une forme de vie. Adr&#233;naline quotidienne, intensit&#233;s sans pareilles, bonus faramineux, costumes hors de prix, vins mill&#233;sim&#233;s, drogues, sexe, fr&#233;n&#233;sies de toutes les sortes : la finance est devenue un &lt;i&gt;monde&lt;/i&gt;, dont le cin&#233;ma hollywoodien, m&#234;me sous couleur de critique, n'aura pas cess&#233; de promouvoir objectivement les charmes v&#233;n&#233;neux. Le cr&#233;dit bancaire en revanche&#8230; : une affaire de cadre moyen habill&#233; de pr&#234;t-&#224;-porter, &#224; l'agence de Romorantin du Cr&#233;dit Lyonnais ou de la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale &#8211; pas le m&#234;me trip. Dont l'utilit&#233; sociale nette est cependant immens&#233;ment sup&#233;rieure &#224; celle de tous les coca&#239;n&#233;s des salles de march&#233;. En 2008, lorsque la finance n&#233;olib&#233;rale, sur le point de s'&#233;crouler totalement, s'est fait si peur &#8211; bien &#224; tort : il y aurait Obama, il y aurait Gordon Brown, il y aurait Hollande, &lt;i&gt;et tout irait bien&lt;/i&gt; &#8211;, m&#234;me &lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt; avait fini par se r&#233;soudre &#224; l'id&#233;e qu'apr&#232;s toutes ces ann&#233;es fofolles, il &#233;tait temps que le m&#233;tier de banquier redevienne &lt;i&gt;dull and boring&lt;/i&gt; : terne et ennuyeux. &lt;i&gt;Indeed&lt;/i&gt; : c'est ce qu'il n'aurait jamais d&#251; cesser d'&#234;tre &#8211; et qu'il doit &#234;tre &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terne et l'ennuyeux auront au moins des vertus de d&#233;mocratie &#233;conomique. Car dans l'hypoth&#232;se implicite d'une Grande crise que cette fois nous ne laisserions pas passer comme &#231;a, il ne saurait &#234;tre question, m&#234;me toutes les autres structures de la finance transform&#233;es, de laisser les banques en l'&#233;tat : priv&#233;es, c'est-&#224;-dire obs&#233;d&#233;es par le profit jusqu'&#224; de possibles points de d&#233;raison. L'id&#233;al serait que l'effondrement survienne quand le pouvoir de gauche qui correspond &#224; l'hypoth&#232;se est en place : &#224; ce moment-l&#224;, les banques sont &#224; ramasser &#224; la pelle et au petit balai, elles sont enti&#232;rement dans la main de qui les sauvera &#8211; la puissance publique en l'occurrence. Qui a le pouvoir de les rescaper &lt;i&gt;&#224; ses conditions&lt;/i&gt;. Ce seront les conditions d'une d&#233;privatisation int&#233;grale du syst&#232;me bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;privatisation ne veut pas dire, comme le penseront les id&#233;ologues &#224; lecture rapide, nationalisation &#8211; laquelle, dans sa pratique jusqu'&#224; pr&#233;sent, n'a d'ailleurs jamais &#233;t&#233; rien d'autre qu'une &#233;tatisation. Il est fort possible qu'au chaud de la crise et de l'effondrement, la r&#233;action d'urgence doive en passer par une nationalisation (&#233;tatisation) flash, et par la constitution d'un p&#244;le public unifi&#233; du cr&#233;dit. Une nationalisation dont on fera observer au passage qu'elle ne co&#251;tera pas grand-chose aux finances publiques, puisque les banques priv&#233;es seront acquises par l'&#201;tat &#224; leur valeur liquidative, la valeur d'un actif net vraisemblablement tr&#232;s n&#233;gatif &#8211; c'est-&#224;-dire 0 euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#244;le public du cr&#233;dit ne saurait cependant &#234;tre le nouvel &#233;tat stationnaire du syst&#232;me bancaire. Il ne sera qu'une &#233;tape en attendant de faire surgir les structures institutionnelles d'une nouvelle organisation d'ensemble sous la forme d'un &lt;i&gt;syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit&lt;/i&gt;. &#171; Syst&#232;me socialis&#233; &#187; signifie que la souverainet&#233; ne revient ni au capital ni &#224; l'&#201;tat, mais qu'elle appartient &#224; des conseils ad hoc, auxquels on pourra bien trouver une autre appellation que celle, tr&#232;s marqu&#233;e, de &#171; conseil d'administration &#187;, mais qui en tiendront lieu n&#233;anmoins. Des conseils o&#249; figureront des repr&#233;sentants de toutes les parties int&#233;ress&#233;es, constitutives d'un &#233;cosyst&#232;me du cr&#233;dit : des banquiers professionnels bien s&#251;r, pourquoi pas des repr&#233;sentants de la Banque centrale et/ou de l'&#201;tat (pr&#233;fet, par exemple), mais aussi des entreprises, des m&#233;nages/consommateurs int&#233;ress&#233;s aux d&#233;cisions de cr&#233;dit et &#224; la mani&#232;re dont elles sont prises, mais encore des associations &#233;cologistes, par exemple, ou autres, bref tous les acteurs &lt;i&gt;qui ont titre &#224; piloter l'allocation du capital&lt;/i&gt; selon un ensemble de crit&#232;res &lt;i&gt;vari&#233;s&lt;/i&gt;, et &#233;quilibr&#233;s : financiers (quels risque ?), &#233;conomiques (quelles perspectives de d&#233;veloppement ?), sociaux (quelles n&#233;cessit&#233;s de revitalisation d'un bassin d'emploi ?), environnementaux (quelles retomb&#233;es probl&#233;matiques ou quels avantages ?), territoriaux (quelles vertus d'am&#233;nagement ?), etc. Ceci en lieu et place de l'unique crit&#232;re du profit de la banque priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit rev&#234;tira n&#233;cessairement la forme multiscalaire et f&#233;d&#233;rale, sous un principe de subsidiarit&#233; et d'autonomie maximales. Ses unit&#233;s seront aussi locales qu'elles peuvent l'&#234;tre puisque c'est localement que se trouvent les agents les mieux inform&#233;s des n&#233;cessit&#233;s locales. Il y a cependant, &#233;videmment, des d&#233;cisions d'ouvertures de cr&#233;dit qui rel&#232;vent de niveaux territoriaux plus &#233;lev&#233;s parce que les projets d'investissement qui leur correspondent sont d'une ampleur plus &#233;lev&#233;e. Le syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit aura donc ses conseils r&#233;gionaux. Il y a enfin des d&#233;cisions, celles qui concernent les plus grands programmes industriels ou technologiques, c'est-&#224;-dire les investissements les plus structurants, &#233;tag&#233;s dans les &#233;ch&#233;ances les plus longues, qui ne s'envisagent pas &#224; un &#233;chelon autre que celui de la collectivit&#233; enti&#232;re, c'est-&#224;-dire du niveau supr&#234;me d'expression de la souverainet&#233; &#233;conomique, o&#249; l'Etat tient le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit aura ses biais de s&#233;lection &#8212; et ce ne seront pas ceux de la maximisation du profit, indiff&#233;rente aux contenus qui r&#233;alisent la maximisation (car pour un banquier priv&#233;, financer de la production de glyphosate, des NFT (&lt;i&gt;Non Fungible Tokens&lt;/i&gt;) ou les soumissionnaires de la A69, c'est idem du moment que &#231;a maximise). &#192; l'&#233;chelle nationale, ces biais seront par exemple le reflet de la Planification (&#233;cologique ou autre). Dans son principe, ce biais aura aussi pour charge de favoriser les structures, le plus souvent locales et de petite taille, de la d&#233;mocratie productive : les soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives. Apr&#232;s tout, c'est bien le moins que le syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit, lui-m&#234;me construit selon un principe semblable, se donne pour mission d'aider &#224; sa diffusion. Dans les multiples difficult&#233;s que rencontrent les coop&#233;ratives en environnement capitaliste, il y a l'hostilit&#233;, qu'on pourrait presque dire id&#233;ologique, des institutions financi&#232;res priv&#233;es, dont l'accompagnement serait pourtant d&#233;cisif. La pr&#233;sente transformation des structures de la finance passerait difficilement pour un plan de sortie du capitalisme, et cependant elle devrait &#234;tre dirig&#233;e par l'intention d'une sorte de &#171; pr&#233;paration &#187;, en favorisant syst&#233;matiquement tous les lieux de la production qui d&#233;cident de s'affranchir des principes capitalistes pour leur organisation, pour se rallier aux principes de la d&#233;mocratie productive &#8212; aux principes de la souverainet&#233; des producteurs. La finance est un vecteur &#233;minemment politique. D'une politique cach&#233;e et d&#233;ni&#233;e dans le capitalisme, pleinement assum&#233;e dans une perspective de gauche r&#233;elle, c'est-&#224;-dire de transformation. Le syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit aura donc vocation &#224; se faire le bras arm&#233; de la grande subduction, telle qu'elle sera r&#233;alis&#233;e notamment par la g&#233;n&#233;ralisation de la pr&#233;emption salariale. &#192; &#171; projets &#187; &#233;quivalents, ce sont les structures coop&#233;ratives qui auront les financements, de pr&#233;f&#233;rence aux structures capitalistes classiques &#8212; et l'on verra bien au bout de combien de temps celles-ci, ayant syst&#233;matiquement le d&#233;savantage dans l'acc&#232;s aux financements, comprendront la n&#233;cessit&#233; de leur propre mutation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fermer les march&#233;s obligataires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le syst&#232;me bancaire, engag&#233; dans son op&#233;ration la plus caract&#233;ristique : &lt;/strong&gt; le cr&#233;dit, peut-il, m&#234;me socialis&#233;, prendre en charge &#224; lui seul l'endettement de tous les agents, y compris l'&#201;tat donc ? Pour une tr&#232;s grande part, oui. Mais pour une grande part seulement. Et le reste ? Le reste va, par le fait, &#224; une solution &#171; titres &#187; : les obligations. Attention : danger. Le plus vaste des compartiments de la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e, le plus riche d'inventions cingl&#233;es et de produits toxiques, c'est la finance obligataire &#8212; alias : les march&#233;s de taux ; &lt;i&gt;a.k.a.&lt;/i&gt; le &lt;i&gt;fixed income&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;desk&lt;/i&gt; de tous les exc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &lt;i&gt;fixed income&lt;/i&gt; a deux passions :&lt;/strong&gt; fomenter des bulles dites de &#171; cr&#233;dit &#187; (dans un emploi &#224; l'&#233;lastique du terme &#171; cr&#233;dit &#187;), &#224; l'image des subprimes ; disciplinariser l'&#201;tat. Par disciplinariser, il faut entendre : exercer une pression financi&#232;re telle qu'elle conduit &#224; la paup&#233;risation des services publics, et &#224; leur d&#233;mant&#232;lement avec, au bout du chemin, la remise &#224; la marchandisation. Les usagers souffrent, les agents de l'&#201;tat souffrent &#8212; ces derniers pourtant hors de la propri&#233;t&#233; lucrative directe, n&#233;anmoins sous la f&#233;rule d'une autre propri&#233;t&#233; lucrative, mais indirecte : celle du capital financier, et par la m&#233;diation de la dette. Le &lt;i&gt;fixed income&lt;/i&gt;, compris synth&#233;tiquement comme &lt;i&gt;pouvoir des cr&#233;anciers arm&#233; par la structure des march&#233;s de capitaux d&#233;r&#233;glement&#233;s&lt;/i&gt;, est une nuisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ultra-n&#233;gociabilit&#233; sp&#233;culative en est le c&#339;ur. Il n'y a qu'un moyen de la contenir :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;le principe de d&#233;tention&lt;/i&gt;, l&#233;galement formul&#233; dans une loi de r&#233;novation du financement de l'&#233;conomie (petit plaisir de retourner &#224; l'envoyeur son propre lexique). Comme son nom l'indique, ce principe &lt;i&gt;contraint&lt;/i&gt; tout investisseur dans un titre obligataire &#224; sa conservation &lt;i&gt;jusqu'&#224; maturit&#233;&lt;/i&gt;. C'est donc un principe qui rend les titres non-n&#233;gociables, par cons&#233;quent qui supprime l'id&#233;e m&#234;me de march&#233;s obligataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous enregistrons les premi&#232;res syncopes. Pour les esprits de la finance, l'id&#233;e qu'il puisse ne plus y avoir de march&#233;s obligataires est d'une &#233;normit&#233;, d'une sid&#233;ration, &#224; faire des attaques. On mesure sans difficult&#233; ce qu'il leur en co&#251;tera de se d&#233;faire d'une image de la finance qui aura &#233;t&#233; leur naturel pendant quatre d&#233;cennies : il y a des march&#233;s obligataires, il y a la loi de la gravitation universelle, c'est un peu du pareil au m&#234;me. Qu'il n'y ait plus les uns, c'est &#224; peu pr&#232;s comme si on leur annon&#231;ait que les corps vont d&#233;sormais tomber du bas vers le haut : l'entendement fait un refus d'obstacle, les synapses partent en b&#233;chamel. Et puis le scandale, les hauts cris, les march&#233;s sont interconnect&#233;s, ils sont &lt;i&gt;mondiaux&lt;/i&gt;, &#171; fermer les march&#233;s obligataires &#187; est d&#233;lirant, avons-nous forc&#233; sur les produits ? Pr&#233;tendons-nous fermer des march&#233;s qui sont mondiaux ? Ou bien ceci signifie-t-il que nous allons nous retirer unilat&#233;ralement de la circulation financi&#232;re internationale ? C'est &#231;a ? C'est aberrant, c'est insens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera &#231;a. Le rapport &#224; la circulation financi&#232;re internationale, les modalit&#233;s de l'insertion, ou de la d&#233;sinsertion, dans cette circulation, telles sont bien les questions fondamentales auxquelles reconduit n&#233;cessairement toute id&#233;e de revenir sur les structures de la d&#233;r&#233;glementation. C'est donc une discussion &#224; laquelle on n'&#233;chappera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'heure, consid&#233;rons seulement le motif le plus imm&#233;diat de suffocation tel qu'on peut l'anticiper : comme hurlements qu'il est quasiment attentatoire aux droits de l'homme et de l'investisseur d'&#234;tre contraint de porter des titres risqu&#233;s sans pouvoir s'en d&#233;faire selon ce que lui commande son jugement. On fera remarquer que c'est ce que font pourtant les banques, et sans broncher : ouvrir des cr&#233;dits, les conserver dans leurs bilans, jusqu'&#224; &#233;ch&#233;ance. Du moins c'est que qu'elles faisaient avant qu'on invente la titrisation, innovation faite, comme son nom l'indique, pour transformer des cr&#233;dits immobiles, non cessibles et illiquides par construction, en actifs obligataires n&#233;gociables, liquides, susceptibles d'&#234;tre c&#233;d&#233;s aussit&#244;t que les cr&#233;dits qui leur servaient de sous-jacent venaient d'&#234;tre ouverts. Hormis la cr&#233;ation d'un lieu suppl&#233;mentaire de profitabilit&#233; par l'&#171; innovation &#187;, il s'agissait d'&#233;tendre le rayon d'action de la &#171; machine &#224; endetter &#187;. C'est que la capacit&#233; des banques &#224; &#233;mettre du cr&#233;dit &#233;tait limit&#233;e par de regrettables r&#233;glementations, et proportionn&#233;e &#224; un certain multiple de leurs capitaux propres. Or la titrisation permettait, pr&#233;cis&#233;ment, de sortir les cr&#233;dits des bilans des banques sit&#244;t qu'&#233;mis, partant de remettre les compteurs &#224; z&#233;ro et de recommencer dans l'instant de nouvelles &#233;missions en vue de nouvelles titrisations et de nouveaux d&#233;lestages. Pour, au total, faire passer la dette des m&#233;nages de 86% du PIB en 2000 &#224; 123% en 2008 aux &#201;tats-Unis &#8211; &#233;volution en ligne avec la coh&#233;rence g&#233;n&#233;rale du r&#233;gime d'accumulation de d&#233;pression salariale, o&#249; l'endettement vient se substituer &#224; la r&#233;mun&#233;ration du travail pour solvabiliser la demande finale des m&#233;nages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait comment l'affaire se termina : par la bulle des subprimes qui porta la titrisation &#224; des &#233;chelles sans pr&#233;c&#233;dent. Avant d'&#233;clater. L'aberration &#233;tant qu'aucune re-r&#233;gulation s&#233;rieuse ne survint par apr&#232;s &#8211; r&#233;gulation s&#233;rieuse ayant signifi&#233; de fermer pour de bon le recours &#224; la titrisation. &lt;i&gt;&#171; Admettons que nous renoncions &#224; la titrisation, porter des cr&#233;dits illiquides jusqu'&#224; leur terme, c'est l'affaire des banques, et les banques sont les banques &#8211; nous autres sommes de libres investisseurs, et nous n'avons pas &#224; &#234;tre sujets aux m&#234;mes contraintes. &#187;&lt;/i&gt; Dans la nouvelle finance, l'id&#233;e sera en principe que si &#8211; apr&#232;s d'ailleurs qu'on leur ait fait observer le comique de leur protestation, puisque dans le libre univers des libres investisseurs, s'est d&#233;velopp&#233;e la pratique du &lt;i&gt;private credit&lt;/i&gt;, qui consiste justement &#224; investir dans des portefeuilles de cr&#233;dits illiquides, dont la r&#233;cup&#233;ration pleine et enti&#232;re ne se fait qu'&#224; la maturit&#233;. Il est vrai que dans les esprits de la hourra-finance, la m&#234;me contrainte prend des valeurs enti&#232;rement diff&#233;rentes selon qu'elle provient de l'int&#233;rieur m&#234;me du syst&#232;me priv&#233; ou bien de la sph&#232;re politique &#8211; liberticide, &#231;a va sans dire. La dr&#244;lerie &#233;tant donc que cette pratique du &lt;i&gt;private credit&lt;/i&gt; est de celles qui auront concouru &#224; l'effondrement financier &#8211; et vaudra &#224; tout ce petit monde sa loi de r&#233;novation financi&#232;re. Sur les ruines qu'ils auront laiss&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On laissera donc hurler sans beaucoup plus d'attention. Pour le reste : seules les grandes entreprises, agr&#233;&#233;es par une agence de notation publique pour la qualit&#233; de leur signature, et, bien s&#251;r, l'&#201;tat, seront &#233;ligibles aux &#233;missions obligataires. Selon une gamme standardis&#233;e d'&#233;ch&#233;ances, &#224; crans pas trop nombreux, par exemple : 1, 5, 10 ans, &#233;ventuellement un cran suppl&#233;mentaire, plus long, pour l'&#201;tat. &#201;ch&#233;ances auxquelles s'appliquera donc le principe de d&#233;tention. Si des particuliers &#233;pargnants veulent s'y risquer, ils s'y risqueront &#8211; il s'agira vraisemblablement des plus riches. Pour les autres, les formules d'&#233;pargne propos&#233;es seront remarquablement r&#233;duites, et consisteront pour l'essentiel en livrets &#224; encours plafonn&#233;s, &#224; taux, capital et liquidit&#233; garantis. Les banques, par qui ces offres leurs seront propos&#233;es porteront le risque &#8211; comme c'est d&#233;j&#224; le cas. Le plafonnement, correspondant par exemple, aux &#233;pargnes actuelles des 90 ou 95 premiers centiles, ne sera exc&#233;d&#233; que par la fraction la plus riche de la population (il faut aller tr&#232;s loin dans la distribution statistique pour trouver le point de d&#233;collage vertical des revenus et des patrimoines). Qu'est-ce que les 5 derniers centiles pourront bien faire de leur fortune en exc&#232;s du plafonnement ? L'investissement obligataire dans ses nouvelles conditions, donc. Et sinon ? Comme d'habitude : l'investissement en actions, l'autre lieu par excellence de la cupidit&#233; sp&#233;culative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, de ce c&#244;t&#233;-l&#224; &#233;galement, il va y avoir du changement (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Frederic-Lordon&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour son blog &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dans &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les blogs du &#171; Diplo &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-banques-credit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 4 juin 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re &#8211; 1 :&lt;br/&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-1UNE-FENETRE-HISTORIQUE&#034;&gt;UNE FENETRE HISTORIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 2&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-2-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-PRINCIPES-ET-METHODES&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : PRINCIPES ET METHODES&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;b&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; est un &#233;conomiste qui travaille avec la philosophie, selon sa propre d&#233;finition, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l'auteur de &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, octobre 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-3-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-BANQUES-CREDIT-DETTE&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 25 juin 2026.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Politique de la crise financi&#232;re, 2 DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : PRINCIPES ET METHODES</title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;On dit souvent qu'on veut faire la peau &#171; &#224; la finance &#187;. L&#226;cher le mot &#171; finance &#187;, aussit&#244;t arrive son cort&#232;ge d'images li&#233;es : salles de march&#233;s, costumes trois pi&#232;ces ou traders d&#233;braill&#233;s, bonus en folie, coca&#239;ne &#224; gogo. Avec &#231;a, on veut en finir (...) Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;alable :&lt;/strong&gt; &#171; La finance &lt;i&gt;n&#233;olib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;, pas &#171; la finance &#187; tout court. On dit souvent qu'on veut faire la peau &#171; &#224; la finance &#187;. L&#226;cher le mot &#171; finance &#187;, aussit&#244;t arrive son cort&#232;ge d'images li&#233;es : salles de march&#233;s, costumes trois pi&#232;ces ou traders d&#233;braill&#233;s, bonus en folie, coca&#239;ne &#224; gogo. Avec &#231;a, on veut en finir. On a raison. M&#234;me si, en l'occurrence, dire &#171; la finance &#187; est une approximation &#8212; parfaitement recevable &#224; des fins pol&#233;miques dans la p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En toute rigueur, cependant, il faut proc&#233;der avec &#171; la finance &#187; comme avec &#171; le capitalisme &#187; : en donner le concept, qui restera une abstraction, puis en examiner les r&#233;alisations historiques successives. La finance n&#233;olib&#233;rale est l'une de ces r&#233;alisations &#8212; mais qui n'&#233;puise pas le concept. La finance, &lt;i&gt;dans son concept&lt;/i&gt;, se d&#233;finit comme l'ensemble des institutions et des proc&#233;d&#233;s qui permettent &#224; certains agents de d&#233;penser plus qu'ils ne gagnent pendant un certain temps. Et c'est tout. Une finance est n&#233;cessaire pour amorcer une production, c'est-&#224;-dire pour en r&#233;unir les moyens pr&#233;alables quand on n'en a pas les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, &lt;i&gt;la finance est le syst&#232;me de l'avance&lt;/i&gt;. Tel est son concept. Il n'est pas une organisation &#233;conomique &#224; division du travail suffisamment profonde qui n'ait besoin d'un syst&#232;me de l'avance. M&#234;me &lt;a href=&#034;https://lafabrique.fr/figures-du-communisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;une &#233;conomie communiste&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; appellerait une finance &#8212; une mani&#232;re d'organiser collectivement les avances : en l'occurrence hors tout march&#233;, et sous la forme d'un syst&#232;me f&#233;d&#233;ral de caisses &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De quelques arguments (n&#233;olib&#233;raux) &#224; ignorer&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Utiliser la crise financi&#232;re pour faire de la politique a pour sens d'abattre la finance &lt;i&gt;n&#233;olib&#233;rale&lt;/i&gt;. Le degr&#233; auquel cette derni&#232;re a solidifi&#233; ses arguments justificateurs est impressionnant. Il faudra ne se laisser impressionner par aucun. Quatre d'entre eux notamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1) &lt;strong&gt;L'argument de l'innovation et des produits d&#233;riv&#233;s comme instruments de couverture du risque&lt;/strong&gt;. Il y a de l'instabilit&#233; dans les march&#233;s &#8212; dit l'argument. De l'instabilit&#233; donc des risques de pertes quand le prix des actifs fait mouvement dans la mauvaise direction. Inventons donc de &#171; nouveaux actifs &#187; (&lt;i&gt;futures&lt;/i&gt;), d&#233;riv&#233;s de ceux dont il faut se prot&#233;ger des variations. Nouveaux actifs d&#233;riv&#233;s qui auront pour propri&#233;t&#233; de varier en sens inverse de leur sous-jacent, donc de neutraliser leurs &#233;ventuelles pertes. Ou bien des produits d'assurance (CDS : &lt;i&gt;Credit Default Swap&lt;/i&gt;) qui, moyennant le paiement d'une prime, rembourseraient la perte de valeur d'une obligation si elle venait &#224; faire d&#233;faut. Ou bien un moyen de toucher le rendement plus &#233;lev&#233; d'un actif parce qu'il est plus risqu&#233; mais en laissant les pots cass&#233;s d'un d&#233;faut &#224; d'autres investisseurs plac&#233;s plus bas dans une certaine hi&#233;rarchie (finance structur&#233;e, ABS : &lt;i&gt;Asset-Backed Securities&lt;/i&gt;). Ou bien, ou bien&#8230; Tous ces produits d&#233;riv&#233;s en leur fond sont des paris : paris sur le sort futur de certains actifs. Or, rien n'interdit de monter d'un cran et d'engager des paris sur les paris. Des paris sur la mani&#232;re dont va tourner le pari pris pour r&#233;f&#233;rence. Et puis des paris sur les paris sur les paris. Etc. C'est la raison pour laquelle, les produits d&#233;riv&#233;s deviennent un monde en soi, sujet &#224; un gonflement propuls&#233; par des forces sp&#233;culatives quasi-autonomes, dont le rapport avec l'&#233;conomie r&#233;elle devient de plus en plus t&#233;nu. Un monde sp&#233;culatif de plus en plus inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2) &lt;strong&gt;Un monde de plus en plus instable &#233;galement&lt;/strong&gt;. Ici, deuxi&#232;me argument &#8212; paradoxal. Rappelons qu'&#224; l'origine, donc, ces produits d&#233;riv&#233;s ont &#233;t&#233; justifi&#233;s au nom du risque &#224; couvrir, c'est-&#224;-dire de l'instabilit&#233; &#224; r&#233;duire. Au passage, nous retrouvons l'un des tropes les plus caract&#233;ristiques du capitalisme en son entier : il est vrai que le d&#233;veloppement de l'accumulation entra&#238;ne quelques petits inconv&#233;nients lat&#233;raux. Qu'&#224; cela ne tienne : voici un d&#233;veloppement suppl&#233;mentaire pour r&#233;duire les inconv&#233;nients des d&#233;veloppements pr&#233;c&#233;dents. &lt;strong&gt;Exemple :&lt;/strong&gt; certes, nous &#233;mettons un peu (trop) de CO2, mais nous inventerons la &#171; compensation carbone &#187; (inepte) en plantant des arbres (n'importe comment), et tiens, au passage nous inventerons un nouveau march&#233; (sympa) des droits &#224; polluer. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Dans la finance :&lt;/strong&gt; pareil. Le cours des actifs de base (actions, obligations, change) est devenu un peu agit&#233; (certes, du fait de la sp&#233;culation), mais nous allons inventer de nouvelles couches de march&#233; (produits d&#233;riv&#233;s) pour r&#233;parer les petites secousses de la couche primitive. Si d'aventure cette couche suppl&#233;mentaire devenait &#224; son tour instable, nous la coifferions d'une troisi&#232;me. Etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Moralit&#233; :&lt;/strong&gt; tout ce qui est fait dans la finance n&#233;olib&#233;rale au nom de la &#171; protection contre l'instabilit&#233; &#187; ne fait qu'apporter des instabilit&#233;s suppl&#233;mentaires. &#171; Justifiant &#187;, comme de bien entendu, l'invention d'un &#233;tage de plus &#224; son man&#232;ge d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la finance de march&#233;s &lt;i&gt;vit de l'instabilit&#233;&lt;/i&gt; : puisqu'elle fait ses gains sur les variations de cours. Qu'elle n'a donc aucun int&#233;r&#234;t &#224; r&#233;duire, tout au contraire. Toutes les nouvelles instabilit&#233;s sont au surplus le pr&#233;texte &#224; de nouvelles &#171; innovations financi&#232;res &#187;, dont la fonction v&#233;ritable est la suivante : lancer dans la nature un machin aussi complexe et incompr&#233;hensible que possible, que seuls ses concepteurs ma&#238;trisent &#224; peu pr&#232;s, que la concurrence va mettre un moment pour ma&#238;triser &#224; son tour, se trompant au d&#233;but dans ses calculs de &lt;i&gt;pricing&lt;/i&gt;, de sorte que de jolis profits d'arbitrage seront &#224; faire pendant toute la p&#233;riode d'apprentissage des autres &#8212; en quelque sorte la version schumpeterienne de l'innovation &#224; l'usage de la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) L'argument de &#171; la liquidit&#233; &#187;&lt;/strong&gt;. Il est important, nous dit-on maintenant, qu'il y ait autant d'argent que possible d&#233;vers&#233; dans les march&#233;s, et que l'activit&#233; y soit aussi intense que possible, ceci pour garantir la propri&#233;t&#233; cardinale de tout march&#233; de capitaux : la liquidit&#233;, pr&#233;cis&#233;ment. La liquidit&#233; consiste en la possibilit&#233; pour tout investisseur d'entrer et de sortir d'un certain march&#233; d'actif &#224; tout instant et sans que son mouvement individuel n'entra&#238;ne de variation de prix significative. La liquidit&#233; est la certitude pour tout acheteur de trouver un vendeur, et pour tout vendeur de trouver un acheteur, au prix de march&#233; courant et sans que leur transaction n'affecte ce prix. Et pour qu'il en soit ainsi, il faut qu'il y ait &#171; du mouvement &#187;, &#171; de la masse &#187; en rotation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut d'abord souligner que la liquidit&#233; est une propri&#233;t&#233; &#224; usage asym&#233;trique :&lt;/strong&gt; elle est principalement d'int&#233;r&#234;t pour les vendeurs, c'est-&#224;-dire pour tous ceux qui estiment devoir se retirer d'un certain compartiment de march&#233;, et escomptent pouvoir se retirer sans casse. &#201;videmment, contrairement &#224; ce que croient les id&#233;ologues de la finance, la liquidit&#233; n'est pas une propri&#233;t&#233; naturelle, ou technique : c'est une propri&#233;t&#233; sociale. Qui requiert absolument un &#233;tat non polaris&#233; des croyances financi&#232;res. Car si tout le monde se met &#224; partager la m&#234;me croyance, la croyance, par exemple, que tel compartiment est &#224; fuir de toute urgence, alors tout le monde devient vendeur&#8230; et, par le fait, il n'y a plus d'acheteur. Le prix de l'actif tombe comme pierre, et tout le monde reste coll&#233; avec son &lt;i&gt;junk&lt;/i&gt; sur les bras : la liquidit&#233; s'est &#233;vapor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point qui nous int&#233;resse ici cependant est autre. Il est qu'au nom de la liquidit&#233;, on a tol&#233;r&#233;, en fait justifi&#233;, et m&#234;me encourag&#233;, que des masses de fonds toujours plus colossales soient jet&#233;es dans les march&#233;s, sans plus aucun rapport avec les besoins financiers de l'&#233;conomie r&#233;elle. Et pour cause : le volume de ces masses d&#233;termine en fait la taille du terrain de jeu de la finance n&#233;olib&#233;rale, donc ses possibilit&#233;s de profits, mais de profits purement sp&#233;culatifs &#8212; dont les donn&#233;es de l'&#233;conomie r&#233;elle ne sont m&#234;me plus un lointain arri&#232;re-plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, la finance n&#233;olib&#233;rale a fait avaler que la condition sine qua non pour qu'un investisseur daigne acheter une action ou une obligation, et nous fasse la gr&#226;ce de financer-l'-&#233;conomie, &#233;tait que des volumes astronomiques, sans rapport avec le-financement-de-l'-&#233;conomie, fassent l'animation des march&#233;s, &lt;i&gt;au nom de la liquidit&#233;&lt;/i&gt;. Si bien que, du financement &lt;i&gt;effectif&lt;/i&gt; de l'&#233;conomie aux masses &#233;normes qui sont suppos&#233;es en fournir les conditions imp&#233;ratives, il y a les proportions du p&#226;t&#233; d'alouette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 4) &lt;strong&gt;On a gard&#233; pour la fin l'argument g&#233;n&#233;ralement donn&#233; en premier par les id&#233;ologues de la finance n&#233;olib&#233;rale : l'efficience&lt;/strong&gt;. Il en existe plusieurs d&#233;finitions, mais la plus utile du point de vue id&#233;ologique tient que les march&#233;s sont n&#233;cessaires en vertu de leurs propri&#233;t&#233;s d'allocation optimale du capital. Eux seuls savent dans quels emplois les plus efficaces, les plus productifs, les plus prometteurs orienter les fonds qu'ils ont re&#231;us en gestion des institutions collectrices de l'&#233;pargne. L'argument est doublement grotesque. D'abord, nous venons de le voir, parce que le capital est essentiellement &#171; allou&#233; &#187; au man&#232;ge sp&#233;culatif, et dans les proportions qu'on vient de dire relativement &#224; ce qui est dirig&#233; vers l'&#233;conomie r&#233;elle. Ensuite parce que, m&#234;me pour la part qui revient &#224; l'&#233;conomie r&#233;elle, les d&#233;sastres allocatifs du saint march&#233; sont tout &#224; fait spectaculaires. En fait toutes les crises financi&#232;res en sont la d&#233;monstration en vraie grandeur. La bulle &#171; Internet &#187; &#233;clate en 2000-2001 pour avoir jet&#233; des financements colossaux dans des startups sans profit ni m&#234;me chiffre d'affaires &#8212; et l'&#233;cho avec ce qui se passe aujourd'hui dans le secteur de l'IA pourrait &#234;tre bient&#244;t assourdissant. La crise des subprimes a sanctionn&#233; d'avoir jet&#233; 800 milliards de dollars dans des cr&#233;dits immobiliers ouverts &#224; des agents qui n'avaient notoirement pas les moyens de les soutenir. On sugg&#232;re par cons&#233;quent de mod&#233;rer les cris de triomphe en mati&#232;re d'&#171; allocation optimale du capital &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a r&#233;serv&#233; l'appellation d'&#171; &#233;l&#233;phants blancs &#187; aux projets de construction pharaoniques, et catastrophiques, impuls&#233;s par les gouvernements de pays en d&#233;veloppement, soutenus par des institutions internationales, la Banque mondiale par exemple. Comme toujours, il s'agissait de stigmatiser l'incapacit&#233; des acteurs publics &#224; faire quoi que ce soit d'intelligent en mati&#232;re d'investissement : seul &#171; le march&#233; &#187; sait &#8212; pourvu qu'on &#233;vite de regarder ses cimeti&#232;res d'&#233;l&#233;phants blancs &#224; lui, ses centaines, voire ses milliers de milliards de dollars vaporis&#233;s dans des allocations plus ineptes les unes que les autres, bulles et autres aventures insanes. Pensons par exemple au Meta de l'excellent Zuckerberg, qui a cram&#233; 80 milliards de dollars dans son mirifique m&#233;tavers &#8212; avant de mettre la cl&#233; sous la porte, mais sans qu'aucun &#171; commentateur &#187; n'y voit quelque mise en cause possible de la sagesse de principe des d&#233;cisions du &#171; priv&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une ligne simple : taper fort&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour l'essentiel le dispositif argumentatif de la finance n&#233;olib&#233;rale. Il va falloir lui rouler dessus, et sans le moindre &#233;gard. Pas un seul des articles de sa sociodic&#233;e ne tient la route. On en tirera un encouragement de plus &#224; tenir la ligne m&#233;thodologique qui gouvernera l'entreprise enti&#232;re contre la finance n&#233;olib&#233;rale : taper fort. Taper tr&#232;s fort m&#234;me. Ignorer toutes les j&#233;r&#233;miades, tous les plaidoyers pour la &#171; complexit&#233; &#187;. Au contraire : &lt;i&gt;ramener la finance &#224; l'&#226;ge de pierre&lt;/i&gt; &#8212; entendre : au degr&#233; maximal de la &lt;i&gt;simplicit&#233;&lt;/i&gt;. Il faut imposer &#224; la finance les id&#233;es, et le cadre futur de ses op&#233;rations, les plus &lt;i&gt;sommaires&lt;/i&gt;. Il faut consid&#233;rer que toute poche de &#171; complexit&#233; &#187; r&#233;siduelle est potentiellement un lieu de reconstitution de tout ce avec quoi il s'agit de rompre : d'&#171; innovation &#187;, de contournement, c'est-&#224;-dire d'&#233;chappement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la ligne strat&#233;gique, elle est la suivante : par retour &#224; son concept, la finance a pour &lt;i&gt;fonction premi&#232;re et derni&#232;re de pourvoir aux avances requises par la production&lt;/i&gt;. C'est &#224; cette fonction qu'elle sera rigoureusement ramen&#233;e. Elle y restera viss&#233;e et ne sera autoris&#233;e &#224; rien d'autre. Il s'ensuit que sa nouvelle organisation rompra radicalement avec le principe de la d&#233;fausse (revendre aussit&#244;t qu'on a achet&#233;) et de la sp&#233;culation, pour instaurer une &#233;conomie financi&#232;re de l'&lt;i&gt;engagement &lt;/i&gt;et de la &lt;i&gt;d&#233;tention&lt;/i&gt;. Investir, c'est s'engager, c'est-&#224;-dire conserver les actifs qui mat&#233;rialisent cet engagement, donc en assumer et en porter le risque &#8212; dans des conditions qui soient &#233;videmment supportables, et diff&#233;renci&#233;es, pour les diverses classes d'agents d&#233;tenteurs : conditions de tr&#232;s grande s&#233;curit&#233; pour les m&#233;nages &#233;pargnants modestes notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes d'&#233;pargnants se diff&#233;rencient par les motifs de leurs &#233;pargnes. Le motif le plus install&#233; par les mythologies de la finance lib&#233;ralis&#233;e est l'enrichissement bien s&#251;r. &lt;i&gt;&#171; Greed is good &#187;&lt;/i&gt; &#8211; c'est &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=OHnZi87272U&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Gordon Gekko&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, renvoyant Kant aux oubliettes de l'histoire, qui d&#232;s le milieu des ann&#233;es 1980, formule le nouvel imp&#233;ratif cat&#233;gorique. Nous allons donc r&#233;installer Kant. L'id&#233;e que l'&#233;pargne sert &#224; b&#226;tir des fortunes sera annul&#233;e. D'abord parce que le terrain de jeu de la finance va &#234;tre drastiquement restreint pour le ramener &#224; son p&#233;rim&#232;tre fonctionnel premier &#8212; &#233;troit. Ensuite parce qu'&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de ce p&#233;rim&#232;tre, les rendements seront s&#233;v&#232;rement r&#233;duits &#8211; on verra plus tard par quels proc&#233;d&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une ligne claire : d&#233;financiarisation, reprotection sociale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me motif de l'&#233;pargne, le seul qui concerne les m&#233;nages modestes, est la pr&#233;voyance : l'&#233;pargne de pr&#233;caution. C'est un mobile de s&#233;curit&#233; enti&#232;rement l&#233;gitime face aux coups impr&#233;visibles de l'avenir. On ne manquera cependant pas de reconna&#238;tre &#224; nouveau ici le sch&#232;me capitaliste d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; : cr&#233;er des probl&#232;mes / apporter des solutions (capitalistes) aux probl&#232;mes cr&#233;&#233;s. Car dans le r&#233;gime d'accumulation &#224; dominante financi&#232;re, ce que l'avenir r&#233;serve d'al&#233;as pour les m&#233;nages modestes provient presque exclusivement des instabilit&#233;s&#8230; engendr&#233;es par le r&#232;gne de la finance n&#233;olib&#233;rale sur l'&#233;conomie. Qui a par ailleurs m&#233;thodiquement d&#233;truit toutes les couvertures collectives (ch&#244;mage, maladie, vieillesse), d&#233;sormais en lambeaux : on comprend, dans ces conditions, que les m&#233;nages tiennent par-dessus tout &#224; entretenir une &#233;pargne de pr&#233;caution &#8212; puisqu'ils ne sont plus prot&#233;g&#233;s de rien et sont abandonn&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. Et l'on sait pouvoir compter sur tout le syst&#232;me financier, banques, assurances, pour leur faire les offres les plus chatoyantes de produits d'&#233;pargne &#171; solutions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appartient &#224; une politique de &#171; d&#233;-n&#233;olib&#233;ralisation &#187; du monde de restaurer toutes ces couvertures collectives, sociales, par leur unique et remarquable instrument : la cotisation. &lt;i&gt;C'est la couverture sociale int&#233;grale qui rend dispensable l'&#233;pargne de pr&#233;caution&lt;/i&gt;. Il y a l&#224; un point d&#233;cisif : les transformations qu'on se propose de faire conna&#238;tre &#224; la finance sont profond&#233;ment solidaires de la restauration extensive de la protection sociale. Que ces deux &#233;l&#233;ments soient ainsi solidaires, c'est bien le n&#233;olib&#233;ralisme lui-m&#234;me qui nous l'a appris mais &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt; : d&#233;truisant m&#233;thodiquement les formules collectives de la protection sociale pour leur substituer des formules individualis&#233;es et financiaris&#233;es de la pr&#233;voyance &#8212; substitution sous sa forme maximale dans le cas des retraites avec la capitalisation. Nous remettrons cette substitution sur ses pieds. En laissant cette fois la finance n&#233;olib&#233;rale dans la position de la &#171; substitu&#233;e &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci ayant &#233;t&#233; pos&#233;, maintenant nous pouvons entrer dans le dur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Frederic-Lordon&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour son blog &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187; dans &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les blogs du &#171; Diplo &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/defoncer-la-finance-neoliberale-principes-et&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 26 mai 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-1UNE-FENETRE-HISTORIQUE&#034;&gt;&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re &#8211; 1 :&lt;br/&gt;UNE FENETRE HISTORIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/center&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-2-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-PRINCIPES-ET-METHODES&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 26 juin 2026.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;b&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; est un &#233;conomiste qui travaille avec la philosophie, selon sa propre d&#233;finition, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l'auteur de &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, octobre 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Politique de la crise financi&#232;re &#8211; 1UNE FENETRE HISTORIQUE</title>
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		<dc:date>2026-06-23T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Ce texte est le premier d'une s&#233;rie de trois (ou plus...). Pour parler d'une chose simple dans son principe, moins dans son ex&#233;cution. La survenue d'une crise financi&#232;re du format de celle qui s'annonce n'appelle pas des actes de gestion mais de faire de la politique (...) Fr&#233;d&#233;rique Lordon&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est le premier d'une s&#233;rie de trois (ou plus...). Pour parler d'une chose simple dans son principe, moins dans son ex&#233;cution. La survenue d'une crise financi&#232;re du format de celle qui s'annonce n'appelle pas des actes de gestion mais de faire de la politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La finance n&#233;olib&#233;rale est une structure tellement puissante, tellement asservissante que lorsqu'elle nous fait la gr&#226;ce de s'abattre toute seule, on ne la loupe pas. On fait de la politique &#8211; transformatrice. Cette crise, dont tous les &#233;l&#233;ments sont en place, n'est pas encore ouverte. &#199;a viendra. Vraisemblablement pour le dernier trimestre. Ce qui laisse encore un peu de temps pour se pr&#233;parer. Car il faudra &#234;tre pr&#234;t. Ce triptyque est destin&#233; &#224; y contribuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'&#234;tre de gauche ? C'est faire reculer l'&lt;i&gt;emprise&lt;/i&gt; du capital aussi loin que possible, c'est-&#224;-dire &#224; terme &lt;i&gt;jusqu'au bout&lt;/i&gt;. Le bout : sortir du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais le terme est loin et &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/les-jours-d-apres-questions-strategiques-1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;ses conditions politiques sont exigeantes&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; avoir une repr&#233;sentation minimalement &#233;labor&#233;e de ce qu'on fait &#171; apr&#232;s &#187;, &lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; gagner une part suffisante de la population pour lui en faire voir les n&#233;cessit&#233;s, les b&#233;n&#233;fices, mais aussi pour la pr&#233;parer &#224; en accepter les cons&#233;quences.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc :&lt;/strong&gt; le terme est loin. On y verra &#224; la fois un devoir imp&#233;rieux de cheminer pour le rejoindre &lt;i&gt;et &lt;/i&gt;une n&#233;cessit&#233; de mesurer les possibilit&#233;s du moment sans trop se raconter de salades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En attendant :&lt;/strong&gt; la forme contemporaine du capitalisme est celle qui a historiquement maximis&#233; l'emprise. Sur l'&#233;conomie bien s&#251;r &#8211; en fait sur la soci&#233;t&#233; en son entier. Par o&#249; cette emprise passe-t-elle ? Par la d&#233;r&#233;glementation de tous les march&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; le march&#233; des biens-capitaux pour favoriser les investissements directs &#224; l'&#233;tranger, c'est-&#224;-dire les d&#233;localisations, et mettre en concurrence les territoires ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; les march&#233;s de biens et services pour intensifier la productivit&#233; et discipliner le co&#251;t salarial ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; le march&#233; du travail enfin pour y maximiser l'effet des autres d&#233;r&#233;glementations.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Mais toutes ces d&#233;r&#233;glementations sont chapeaut&#233;es par une d&#233;r&#233;glementation de rang sup&#233;rieur, qui se les subordonne toutes, et qui les intensifie toutes : &lt;strong&gt;la d&#233;r&#233;glementation des march&#233;s de capitaux. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces d&#233;r&#233;glementations ne sont en quelque sorte que des instruments pour les objectifs finaux pos&#233;s dans la sph&#232;re des march&#233;s de capitaux, et par la d&#233;r&#233;glementation des march&#233;s de capitaux : &lt;strong&gt;la maximisation du rendement du capital sous sa forme de capital financier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cet agencement hi&#233;rarchique des d&#233;r&#233;glementations qui conduit &#224; renommer plus pr&#233;cis&#233;ment le &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187; comme &lt;i&gt;capitalisme de d&#233;r&#233;glementation &#224; dominante financi&#232;re&lt;/i&gt;. La finance, dans sa forme des march&#233;s de capitaux d&#233;r&#233;glement&#233;s, en est donc &lt;i&gt;la t&#234;te&lt;/i&gt;, le centre n&#233;vralgique. D'o&#249; il r&#233;sulte qu'&#224; d&#233;faut des conditions propices &#224; une sortie du capitalisme, et sans pr&#233;judice du travail politique pour les faire advenir, l'entreprise &lt;i&gt;de gauche&lt;/i&gt; de sortir de &lt;i&gt;ce &lt;/i&gt;capitalisme, entreprise qui est comme une sorte de minimum syndical d'une politique de gauche, laissant &#224; toutes les droites la gestion de l'&#233;tat des choses et des choses en l'&#233;tat, cette entreprise doit &lt;i&gt;viser la t&#234;te&lt;/i&gt; : la finance. Il n'y aura pas de politique de gauche qui n'aura vis&#233; la t&#234;te. Si &#171; politique de gauche &#187; a pour sens de faire reculer l'emprise du capital, donc de modifier les conditions structurelles de cette emprise, alors elle doit s'en prendre &#224; la finance n&#233;olib&#233;rale. Violemment.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;5 raisons (d'en finir avec la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tout y conduit. Les deux voies de la finance n&#233;olib&#233;rale sont aussi nuisibles l'une que l'autre. La voie actionnariale, par o&#249; s'exprime sous sa forme pure le primat structural de la rentabilit&#233; du capital financier, est le bras arm&#233; de la mise au pas du travail. La voie de la dette est celle de la disciplinarisation des &#201;tats, d'apr&#232;s les int&#233;r&#234;ts du capital d&#233;tenteur de titres obligataires, et du d&#233;mant&#232;lement des fonctions collectives socialis&#233;es en vue de leur remise au capital priv&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; la marchandisation g&#233;n&#233;rale. Dirait-on cela seulement, nous disposerions d&#233;j&#224; d'une 1re et d'une 2e raison cat&#233;goriques d'en finir avec la finance n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve par ailleurs qu'en plus de maltraiter toute la population qui n'a pas partie li&#233;e au capital, la finance, les gens de la finance, tirent de fabuleux enrichissements de cette maltraitance &#8211; 3e raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve &#233;galement que la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e est au principe de crises r&#233;currentes, violentes, parfois cataclysmiques : dans leurs retomb&#233;es sur l'&#233;conomie r&#233;elle. Qui, pour &#234;tre parfaitement &#233;trang&#232;re aux fr&#233;n&#233;sies de la bulle, plus encore &#224; ses obsc&#232;nes profits, n'en souffrira pas moins le contrecoup des violentes r&#233;actions du syst&#232;me bancaire au moment o&#249; il restreint le cr&#233;dit avec autant de brutalit&#233; pour les agents de la production qu'il en a accord&#233; avec laxisme aux agents de la finance. D'o&#249; r&#233;sulteront r&#233;cession et ch&#244;mage. Ceci est parfaitement intol&#233;rable &#8211; 4e raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve enfin que lorsque leurs propres exc&#232;s les ont port&#233;es au bord de la ruine, les grandes institutions financi&#232;res, les banques au premier chef mais &#233;galement les compagnies d'assurance et tous les grands gestionnaires de l'&#233;pargne collective, demandent &#224; &#234;tre sauv&#233;es de la faillite compl&#232;te. Et l'obtiennent. Pas seulement par un effet de collusion d'&#233;lites bourgeoises qui circulent entre &#201;tat et capital. Mais pour les raisons imp&#233;rieuses du risque syst&#233;mique. Ce sont des raisons impossibles &#224; avaler. Et pourtant il faut s'y rendre. Car la joie mauvaise de voir les banques enfin &#224; terre ne durerait qu'une fraction de seconde : avant que nous ne soyons pr&#233;cipit&#233;s dans le m&#234;me ab&#238;me &#224; leur suite. Il faut se repr&#233;senter le chaos sur quoi d&#233;bouche un risque syst&#233;mique qu'on aurait laiss&#233; faire jusque dans ses derni&#232;res cons&#233;quences : la &lt;i&gt;totalit&#233; &lt;/i&gt;du secteur bancaire &#224; terre, plus une coupure au distributeur de billets, pas un ch&#232;que susceptible d'&#234;tre trait&#233;, les virements &#233;videmment impossibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de conserver les avoirs du public, les banques &lt;i&gt;constituent&lt;/i&gt; l'infrastructure des paiements. Ce qui signifie que, si plus de banques, alors &lt;i&gt;plus aucun moyen&lt;/i&gt; de transacter. Toute production, tout commerce arr&#234;t&#233;s dans l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Restent :&lt;/strong&gt; le peu de liquide que les agents ont dans la poche &#224; ce moment-l&#224;, le contenu du frigo et des placards pour manger, en gros quelques jours devant soi. Et apr&#232;s, l'aventure&#8230; Il est impensable de laisser les banques &#224; la ruine, il faut sauver les banques. En d&#233;pit de tout. Apr&#232;s les quatre pr&#233;c&#233;dentes : 5e raison &#8211; de ne plus tol&#233;rer &#231;a. Remettre les banques debout pour les laisser repartir &#224; l'identique, sans qu'&#224; aucun moment elles ne payent le prix, non pas seulement le prix mon&#233;taire mais le prix de l'arraisonnement structurel, c'est ce qu'une politique de gauche ne peut pas tol&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un syst&#232;me auto-verrouill&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que le syst&#232;me de la finance n&#233;olib&#233;rale force &#224; tol&#233;rer l'intol&#233;rable. Les structures de la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e n'occupent pas seulement la position hi&#233;rarchiquement sup&#233;rieure dans la configuration institutionnelle d'ensemble du capitalisme contemporain (son &#171; mode de r&#233;gulation &#187;), elle disposent d'une &#233;tonnante propri&#233;t&#233; d'auto-verrouillage. C'est-&#224;-dire des moyens de mettre en &#233;chec tout gouvernement qui entreprendrait de les transformer dans un sens non conforme &#224; leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est besoin d'aucune hypoth&#232;se de coordination cach&#233;e pour s'en faire une id&#233;e : tous les agents de la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e sont d'embl&#233;e accord&#233;s quant &#224; leurs visions du monde financier, quant &#224; ce que &lt;i&gt;doivent &#234;tre&lt;/i&gt; ses structures, et tous disposent du m&#234;me instrument pour r&#233;pondre &#224; toute politique &#233;conomique qui s'en prendrait &#224; elles (comme, plus g&#233;n&#233;ralement, &#224; toute politique &#233;conomique qui leur disconvient) : la vente, le cas &#233;ch&#233;ant massive, des titres de la dette publique. Il s'ensuit une hausse des taux d'int&#233;r&#234;t, dont nul ne sait &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; jusqu'o&#249; elle peut aller, possiblement tr&#232;s haut si, donc, &#171; les march&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire en fait la collectivit&#233; des op&#233;rateurs de la finance, consid&#232;rent qu'ils ont affaire &#224; une entreprise de d&#233;molition de leur monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Porter les taux d'int&#233;r&#234;t &#224; ces niveaux est davantage qu'une r&#233;action de &#171; d&#233;sapprobation &#187; : c'est une entreprise sym&#233;trique de contre-destruction. &#171; Nous d&#233;truirons le gouvernement qui veut nous d&#233;truire &#8211; et nous en avons les moyens &#187;. En effet : ils en ont les moyens. Des taux d'int&#233;r&#234;t en fus&#233;e disloquent litt&#233;ralement l'&#233;conomie : l'&#233;conomie des finances publiques, par explosion de la charge de la dette et &#233;viction de toutes les autres d&#233;penses publiques, ou bien creusement abyssal du d&#233;ficit et nouveau tour de hausse de taux ; l'&#233;conomie priv&#233;e o&#249; tout endettement devient d'un co&#251;t prohibitif, en fait impossible, et ce n'est m&#234;me pas que la croissance en est atteinte, c'est que la r&#233;cession va &#234;tre meurtri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance s'est rendue intouchable, par l'effet de d&#233;r&#233;glementations qui ont sanctuaris&#233; son domaine &#8211; ce dont, en France, elle doit la gr&#226;ce au Parti socialiste. Qui n'a pas seulement collabor&#233;, c'est bien le cas de le dire, &#224; son installation mais &#224; son maintien &#233;galement, alors que ses effets &#233;taient de plus en plus spectaculairement &#233;vidents, jusque dans les crises de tr&#232;s grande ampleur, comme celle de 2008, o&#249; s'ouvrit pourtant une fen&#234;tre in&#233;dite pour fermer le barnum &#8211; on fit &#224; peine semblant de l'emprunter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme de gouvernement se pr&#233;sentant &#224; peu pr&#232;s identiquement sous toutes les latitudes, il y eut d'abord Obama, &#233;lu en novembre 2008, c'est-&#224;-dire au plus fort de la d&#233;confiture, Obama qui, dit-on, r&#233;unit les patrons des 6 ou 7 grandes de Wall Street pour leur tenir ce discours : entre les fourches et vous, il n'y a que moi &#8211; &lt;a href=&#034;https://www.politico.com/story/2009/04/inside-obamas-bank-ceos-meeting-020871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;textuel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. On aurait pu y voir une fixation assez explicite du rapport de force r&#233;el et l'annonce de ce que cette fois le man&#232;ge allait &#234;tre ferm&#233;. En lieu de quoi, il y eut le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Dodd%E2%80%93Frank_Wall_Street_Reform_and_Consumer_Protection_Act&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dodd-Frank Act&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, loi de re-r&#233;gulation aussi &#233;paisse qu'inoffensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient aussi de Fran&#231;ois Hollande, quoique arriv&#233; un peu plus tard &#8212; alors que le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_des_subprimes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;scandale des &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;subprimes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; avait eu le temps de prendre toute son ampleur et de d&#233;border en Europe. On se souvient de la finance d'abord son ennemie, tr&#232;s vite son amie, et de &lt;a href=&#034;https://www.economie.gouv.fr/files/projet-loi-reforme-bancaire.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;la loi dite Moscovici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, suppos&#233;e s&#233;parer banques d'investissement et banques commerciales, mis&#233;rable en intention d&#232;s le d&#233;part, puis litt&#233;ralement &#233;visc&#233;r&#233;e par l'axe Bercy-lobby bancaire parfaitement complice, en parfaite conformit&#233; de toute fa&#231;on avec les orientations du socialisme de gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans un autre genre, mais peut-&#234;tre le plus accablant, il y eut les directions syndicales fran&#231;aises, qui percevant &#224; moiti&#233; la fureur de l'opinion publique, d&#233;cid&#232;rent certes d'une manifestation nationale en janvier 2009 &#8211; la participation fut &#233;norme. Mais sous les indigents mots d'ordre &#171; d'augmentation des salaires &#187; ou de &#171; partage des richesses et du temps de travail &#187;, pauvres syntagmes &#233;dent&#233;s, concass&#233;s depuis des lustres, alors qu'une occasion in&#233;dite s'ouvrait, la premi&#232;re apr&#232;s trois d&#233;cennies de mondialisation n&#233;olib&#233;rale, de tenir un propos &lt;i&gt;politique &lt;/i&gt;et de mettre enfin en cause &lt;i&gt;le capitalisme financiaris&#233;&lt;/i&gt;. La fen&#234;tre &#233;tait grande ouverte, la col&#232;re populaire &#224; son comble, l'arrogance du camp d'en face en miettes &#8211; une invitation au r&#233;armement id&#233;ologique et &#224; tout bousculer : et l'on &#171; revendiqua &#187; un &#171; meilleur partage des richesses &#187;. C'&#233;tait &#224; pleurer de b&#234;tise et de nullit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fen&#234;tres et v&#233;randas&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Or voil&#224; que l'histoire, qui n'est pas exactement connue pour ce genre de faveur, semble repasser les plats. Et non seulement les repasser mais dans un format pantagru&#233;lique. La crise qui s'annonce est de proportions hors du commun, &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/la-crise-financiere-qui-vient&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;multi-crise financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; d'un c&#244;t&#233;, choc massif de mati&#232;res premi&#232;res de l'autre, l'ensemble coiff&#233; par le syst&#232;me explosif de leurs potentialisations mutuelles, &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2026/05/LORDON/69499&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;crise totale&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dont on cherche en vain un pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire du capitalisme, par l&#224; vou&#233;e &#224; cr&#233;er une situation politique in&#233;dite. Car se trouve recr&#233;&#233;e l'unique circonstance dans laquelle ce qui est ordinairement impossible devient possible : arraisonner la finance parce que l'auto-verrouillage a saut&#233;. Il a saut&#233; parce que le capitalisme financiaris&#233; s'est vautr&#233; tout seul comme un grand, qu'il doit &#234;tre relev&#233;, qu'il est dans la plus extr&#234;me d&#233;pendance &#224; qui viendra le relever, et que celui qui le rel&#232;vera a la possibilit&#233; de le faire &lt;i&gt;&#224; ses conditions&lt;/i&gt; &#8211; pourvu qu'il le veuille, et qu'il ait l'id&#233;e de quelques-unes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a pas 36 &#171; &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; &#187;, il n'y en qu'un :&lt;/strong&gt; la puissance publique. Que la puissance publique vienne &#224; s'abstenir et la ruine serait totale, absolue, d&#233;finitive, par l'effet du risque syst&#233;mique abattant les unes apr&#232;s les autres toutes les institutions financi&#232;res dans une propagation fulgurante de la crise de liquidit&#233; &#8211; ramenant par cons&#233;quent l'&#233;conomie au troc et &#224; la cueillette. C'&#233;tait la 5e raison. Mais c'est surtout, cette fois, la 1re occasion : l'occasion de tout reprendre en main, c'est-&#224;-dire de faire tout ce que le socialisme de gouvernement corrompu a toujours refus&#233; de faire : &lt;strong&gt;mater la finance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est &#224; terre signifie que la catastrophe est visible de tous &#8211; elle est plan&#233;taire. Que le sauvetage des irresponsables nous est extorqu&#233;. Que les effets macro&#233;conomiques et sociaux vont &#234;tre d&#233;vastateurs. Par cons&#233;quent que le scandale est &#233;norme. La l&#233;gitimit&#233; de la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e, soustraite &#224; toute question ou bien prot&#233;g&#233;e par le baratin &#233;conomiste orthodoxe, ses arguments sur &#171; l'efficience des march&#233;s &#187;, ridiculis&#233;s &#224; chaque crise, reconduits apr&#232;s chaque crise, la l&#233;gitimit&#233; de la finance d&#233;r&#233;glement&#233;e est an&#233;antie au moment o&#249; elle s'effondre &#8211; temporairement. C'est un moment politique qu'il est vital de saisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour poser ce qui ne peut jamais l'&#234;tre autrement : le r&#232;gne de la d&#233;r&#233;glementation doit &#234;tre referm&#233;, nous allons y mettre un terme. C'est le seul moment o&#249; on le peut puisque les op&#233;rateurs qui seraient normalement en position de repr&#233;sailles sont bien trop occup&#233;s &#224; leur survie. Et que la population, ordinairement &#224; mille lieux des choses incompr&#233;hensibles de la finance, en per&#231;oit d'un coup tous les enjeux fondamentaux avec la plus grande acuit&#233;. Par cons&#233;quent apportera son plein soutien &#224; tout gouvernement qui lui offrira de se passer les nerfs par procuration sur la finance. On appelle &#231;a une fen&#234;tre historique. &#192; ce stade d'ailleurs, &#231;a n'est plus une fen&#234;tre : c'est une v&#233;randa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224;, pour parachever le tableau, que s'annonce une &#233;lection prochaine o&#249; figure en assez bonne place une formation politique qui pourrait &#234;tre tent&#233;e de s'y engouffrer &#8211; qui en aura en tout cas la possibilit&#233;. Une formation de gauche pour une fois. Sans doute pas au sens du &#171; terme &#187;, du &#171; jusqu'au bout &#187; (faire reculer l'emprise du capital &lt;i&gt;jusqu'au bout&lt;/i&gt;), mais suffisamment peut-&#234;tre pour au moins s'en prendre &#224; la forme financiaris&#233;e-d&#233;r&#233;glement&#233;e du capitalisme, en changer par cons&#233;quent la physionomie, tr&#232;s profond&#233;ment m&#234;me, en r&#233;alit&#233; faire advenir &lt;i&gt;par-l&#224;&lt;/i&gt; un nouveau r&#233;gime d'accumulation, une nouvelle s&#233;quence historique, un nouveau rapport de force du capital et du travail, drastiquement rebascul&#233; en faveur du travail, entreprise transformatrice normalement partie int&#233;grante &#8211; normalement partie minimale &#8211; de toute perspective de gauche. Rendue impossible pendant quatre d&#233;cennies. Enfin &#224; port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Voyons comment... (&#224; suivre)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt; pour son blog &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dans &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les blogs du &#171; Diplo &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/une-fenetre-historique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 20 mai 2026&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;b&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; est un &#233;conomiste qui travaille avec la philosophie, selon sa propre d&#233;finition, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l'auteur de &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, octobre 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;LIRE LA SUITE :&lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Politique de la crise financi&#232;re, 2&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-2-DEFONCER-LA-FINANCE-NEOLIBERALE-PRINCIPES-ET-METHODES&#034;&gt;DEFONCER LA FINANCE NEOLIBERALE : PRINCIPES ET METHODES&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Politique-de-la-crise-financiere-1&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 24 mai 2026.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fr&#233;d&#233;ric LordonLES JOURS D'APRES(Questions strat&#233;giques 1)</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Frederic-LordonLES-JOURS-D-APRES-Questions-strategiques-1</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Frederic-LordonLES-JOURS-D-APRES-Questions-strategiques-1</guid>
		<dc:date>2026-05-09T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Du d&#233;bat auquel le site Hors-S&#233;rie m'a convi&#233; avec Jean-Luc M&#233;lenchon, on pourrait dire simultan&#233;ment qu'il a &#233;t&#233; surabondant (voire un peu parti dans tous les sens) et qu'on en aurait voulu davantage. Mais nous ne pouvions pas aller au bout de tout. Il y a donc lieu de poursuivre, si l'on veut. Notamment l'anticipation de ce que serait un pouvoir insoumis. Non pas, certes, pour c&#233;l&#233;brer pr&#233;matur&#233;ment, mais pour creuser plus profond&#233;ment une indispensable exp&#233;rience de pens&#233;e. Au cas o&#249; (...)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/France" rel="directory"&gt;France&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du d&#233;bat auquel le site &lt;a href=&#034;https://www.hors-serie.net/emissions/la-france-insoumise-face-au-capitalisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Hors-S&#233;rie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; m'a convi&#233; avec Jean-Luc M&#233;lenchon, on pourrait dire simultan&#233;ment qu'il a &#233;t&#233; surabondant (voire un peu parti dans tous les sens) et qu'on en aurait voulu davantage. Mais nous ne pouvions pas aller au bout de tout. Il y a donc lieu de poursuivre, si l'on veut. Notamment l'anticipation de ce que serait un pouvoir insoumis. Non pas, certes, pour c&#233;l&#233;brer pr&#233;matur&#233;ment, mais pour creuser plus profond&#233;ment une indispensable exp&#233;rience de pens&#233;e. Au cas o&#249;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; &#233;lu &#8211; M&#233;lenchon. Et il a &#171; son &#187; gouvernement. Tout commence. Tout, quoi ?
&lt;br /&gt;
La r&#233;action, en premier. Le tableau de ses mouvements est connu, il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dress&#233; : m&#233;dias en folie, march&#233;s obligataires d&#233;gond&#233;s, taux d'int&#233;r&#234;t ascensionnels, Banque centrale et Commission europ&#233;ennes pr&#234;tes &#224; bondir, sabotage patronal. Entre r&#233;actions syst&#233;miques et intentions particuli&#232;res de nuire, tout conspire &#224; la mise en &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien s&#251;r, dans les degr&#233;s de libert&#233; de la politique &#233;conomique, il y a de quoi man&#339;uvrer : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; convaincre une fraction du patronat d'au moins attendre et voir &#8212; et mesurer qu'elle peut trouver son compte, par exemple dans le compromis de la planification &#233;cologique ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; convaincre la Commission que la taxation des riches et du capital a au moins le m&#233;rite de r&#233;tablir la situation des finances publiques &#8212; et puis lui faire avaler qu'il y aura de-ci, de-l&#224; quelques &#171; d&#233;sob&#233;issances &#187; (aides d'&#201;tat, march&#233; de l'&#233;nergie, etc.) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#224; ce propos, parler &#224; nouveau au patronat, lui expliquer que la redistribution fiscale fait les relances par la consommation et qu'elles lui sont en fait avantageuses &#8212; contrairement &#224; ce qu'il croit (ou feint de croire), &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/2014-02-26-Les-entreprises-ne-creent-pas-l-emploi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;ce ne sont pas &#171; &lt;i&gt;les entreprises qui cr&#233;ent l'emploi&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, c'est la conjoncture telle qu'elle d&#233;termine le volume g&#233;n&#233;ral de l'activit&#233;, et les quantit&#233;s de travail, donc les cr&#233;ations de postes qui leur correspondent, et ceci d&#233;pend aussi des stimulations de la politique &#233;conomique. Bref, expliquer &#224; &#171; tout le monde &#187; que &#171; &#231;a va bien se passer &#187; et qu'on se d&#233;tende un peu.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci, cependant, sous condition de rationalit&#233; minimale du camp du capital, et de sa capacit&#233; &#224; se d&#233;partir de son animosit&#233; visc&#233;rale-r&#233;flexe pour examiner un peu froidement ses int&#233;r&#234;ts objectifs. Malheureusement, on sait depuis Marx que la bourgeoisie quand elle est livr&#233;e &#224; ses &#233;ructations n'est m&#234;me pas capable d'&#234;tre fid&#232;le &#224; &lt;i&gt;&#171; ses int&#233;r&#234;ts grossiers et malpropres &#187;&lt;/i&gt;. Fragilit&#233; de la strat&#233;gie gouvernementale b&#226;tie sur une hypoth&#232;se de rationalit&#233; aussi contingente.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Lire aussi Vivek Chibber &lt;br /&gt;
&#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/69261&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La bataille culturelle ne suffit pas&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;br /&gt;
Le Monde diplomatique, f&#233;vrier 2026.&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Il est certain qu'&#224; la FI on a conscience du probl&#232;me. Les &#233;vocations de la &#171; &lt;i&gt;r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt; &#187; en t&#233;moignent. On ne va pas rediscuter ici du caract&#232;re r&#233;ellement r&#233;volutionnaire &#8212; c'est-&#224;-dire anticapitaliste (&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/la-france-insoumise-est-elle-anticapitaliste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;non&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;) &#8212; de la &#171; &lt;i&gt;r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt; &#187;. Au-del&#224; de sa nature participative-constituante, qui aura du mal, en soi, &#224; faire face &#224; l'attaque proprement &#233;conomique de la bourgeoisie (disons les choses : les march&#233;s obligataires ne seront pas impressionn&#233;s), on choisira d'entendre la &#171; &lt;i&gt;r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt; &#187; comme une m&#233;tonymie de &#171; &lt;i&gt;soutien populaire&lt;/i&gt; &#187;. Le fait est qu'il sera requis. S'il se manifestera, c'est l&#224; toute l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, &#224; ce propos, on peut formuler deux hypoth&#232;ses strat&#233;giques &#8212; radicalement contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Hypoth&#232;se 1. &lt;br/&gt;
DE LA PASSIVITE ELECTORALE A L'INERTIE&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lors du &lt;a href=&#034;https://www.hors-serie.net/emissions/la-france-insoumise-face-au-capitalisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;d&#233;bat organis&#233; par Hors-S&#233;rie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, Jean-Luc M&#233;lenchon a dessin&#233; la premi&#232;re &#8212; comme celle qu'il s'agissait de conjurer. Les socialistes arrivant au pouvoir en 1981, rappelle-t-il, &#233;taient persuad&#233;s qu'&#224; la mani&#232;re de 1936, un mouvement populaire prendrait aussit&#244;t la rue dans la foul&#233;e de la victoire &#233;lectorale. Ce fut le d&#233;sert. Magistrale erreur de tir qui n'avait pas convenablement pris la mesure du premier effet de la &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocratie &#233;lectorale&lt;/i&gt; &#187; fa&#231;on Ve r&#233;publique : la formation d'un habitus de la passivit&#233;, l'activit&#233; politique r&#233;duite au bulletin dans l'urne suivi de rendormissement imm&#233;diat. &#192; force de pouvoir s&#233;par&#233;, &#224; force de verticalisation et d'exclusion m&#233;thodique des citoyens de toute forme d'association &#224; la d&#233;cision politique, le pli a fini par &#234;tre pris : &#171; &lt;i&gt;on vous a donn&#233; les cl&#233;s du camion maintenant vous conduisez le camion&lt;/i&gt; &#187;. Dit autrement : ne pas compter sur nous pour pousser &#224; la roue. De fait, en 1981, personne ne s'est pr&#233;sent&#233; au cul du camion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extrapolation de 1981 &#224; partir de 1936 &#233;tait erron&#233;e. Quarante-six ans plus tard, il y a peu de chance qu'elle ne le soit pas davantage encore. Au moment pourtant o&#249; elle sera des plus n&#233;cessaires. Car on ne tiendra pas pour certain que savantes man&#339;uvres et louvoiements habiles sauront convaincre la bourgeoisie (r&#233;action) d'y regarder &#224; deux fois. Intentionnellement (Medef, UE) ou non (march&#233;s obligataires), il s'agira de mettre la politique &#233;conomique insoumise en &#233;chec &#8212; et de jeter de l'huile sur le feu (m&#233;dias) en faisant mine de s'en inqui&#233;ter. Si les choses se passent ainsi et que l'&#233;chec commence &#224; mordre (il mordra comme ch&#244;mage), il ne faudra plus esp&#233;rer de soutien populaire de quelque sorte : produite par la r&#233;action, la situation retombera sur le gouvernement &#8212; c'est tout le but de la man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien populaire doit donc se former &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt;. Telle est &#224; l'&#233;vidence la t&#226;che de mobilisation assign&#233;e &#224; la &#171; r&#233;volution citoyenne &#187;, justement suppos&#233;e embrayer dans la foul&#233;e. La question demeurant de savoir si, et qui, cette mobilisation pourra bien mobiliser. &#201;mettons un doute : les ateliers d'&#233;criture constitutionnelle comptent sans doute leurs amateurs &#8212; citoyens &#233;clair&#233;s, participalistes dans l'&#226;me, nostalgiques de Nuit debout &#8212;, mais ces amateurs font-ils des masses combattantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira qu'en plus d'&#234;tre injuste, cette anticipation est erron&#233;e, et que le Chili en a donn&#233; la d&#233;monstration. &#192; ceci pr&#232;s tout de m&#234;me que l'issue du processus n'a pas &#233;t&#233; exactement celle escompt&#233;e, et que les biais de la participation &#171; constituante &#187;, plus politis&#233;e que la moyenne de la population, n'ont pas r&#233;sist&#233; au suffrage g&#233;n&#233;ral &#8212; sp&#233;cialement sous le matraquage de m&#233;dias bourgeois d&#233;cha&#238;n&#233;s qui n'allaient pas louper si belle occasion de se refaire. Admettons malgr&#233; tout, pour pousser l'exp&#233;rience de pens&#233;e jusqu'au bout : il y a participation large, il y a r&#233;f&#233;rendum, et voici la VIe. Une question demeure : une Constitution donne-t-elle des outils ad&#233;quats pour r&#233;sister au sabotage &#233;conomique de la r&#233;action bourgeoise &#8211; &#224; la finance d&#233;cha&#238;n&#233;e, aux taux d'int&#233;r&#234;t, &#224; l'investissement effondr&#233;, au ch&#244;mage ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Hypoth&#232;se 2 &lt;br /&gt;
MOUVEMENT, DEBORDEMENT, CONFLIT&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Retour &#224; la case d&#233;part : la r&#233;action r&#233;actionne, elle jette toutes ses forces dans la bataille, son arsenal est &#233;conomique, et imposant ; pour toute sa bonne volont&#233;, la nouvelle Constitution n'y peut pas grand-chose. La participation constituante &#233;tait un joli soutien, mais &#231;a n'&#233;tait pas le bon soutien. Le &#171; bon soutien &#187; vise direct dans le dur : le dur du partage de la valeur ajout&#233;e, des conditions de la production, des statuts de l'emploi. C'est ici normalement qu'est appel&#233;e la deuxi&#232;me hypoth&#232;se strat&#233;gique, contradictoire &#224; la pr&#233;c&#233;dente. L'hypoth&#232;se 1, c'&#233;tait le triomphe inertiel de la passivit&#233;, &#233;ventuellement corrig&#233; d'activit&#233; constituante, mais un peu &#224; c&#244;t&#233; de la plaque. L'hypoth&#232;se 2, c'est celle du Front populaire &lt;i&gt;redux&lt;/i&gt; : &#231;a descend dans la rue, et pas pour &#233;crire une Constitution. Pour entrer dans le dur, pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si toutes les forces de la d&#233;possession d&#233;mocratique &#224; l'&#339;uvre, si tous les mauvais plis form&#233;s de longue date, poussent &#224; l'hypoth&#232;se 1, comment l'hypoth&#232;se 2 pourrait-elle advenir ? &#192; la v&#233;rit&#233;, personne n'en sait grand-chose. &#192; d&#233;faut de &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; &#171; formule &#187;, on cherche les facteurs propices. On en voit deux.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Lire aussi Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;br /&gt;
&#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/69499&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La crise sc&#233;l&#233;rate&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;br /&gt;
Le Monde diplomatique, mai 2026.&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;1)&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2026/05/LORDON/69499&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La crise&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#8212; dont personne ne semble encore bien mesurer l'ampleur &#8212; qui battra son plein d'ici la fin de l'ann&#233;e d&#233;but de la suivante. La crise de trop ? On aimerait bien cette fois-ci &#8211; apr&#232;s celle de 2008-2010s. Un &#233;v&#233;nement terriblement ambivalent en tout cas, entre d&#233;vastations sociales et possibilit&#233;s politiques in&#233;dites. Profiteurs p&#233;troliers de crise, banques &#224; sauver de nouveau, retomb&#233;e des cons&#233;quences pour la population seule : le cocktail de la col&#232;re. Il faudra y mettre le feu, d&#233;signer le responsable du d&#233;sastre : le capitalisme financiaris&#233;, le constituer en ennemi, poser la l&#233;gitimit&#233; &#8212; presque au sens de la l&#233;gitime d&#233;fense &#8212; de l'abattre, c'est-&#224;-dire d'en transformer radicalement les structures, celles de la d&#233;r&#233;glementation de tous les march&#233;s, de la concurrence, de la finance &#8212; de l'euro qui les r&#233;capitule toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;2)&lt;/strong&gt; Il y aura la crise, comme potentialit&#233;, mais il lui faudra des auxiliaires, comme &#171; r&#233;alisateurs &#187;. Disons les choses : des agitateurs. Bien s&#251;r, il sera de l'int&#233;r&#234;t de la FI en p&#233;riode &#233;lectorale de commencer &#224; agiter elle-m&#234;me. La question est : jusqu'o&#249; ? C'est qu'&#224; la fin on aura &#171; un gouvernement responsable &#187; &#224; tenir, &#171; pas une ZAD &#187;. Les gouvernements n'aiment pas le d&#233;sordre. Quand on est dedans ou qu'on aspire &#224; y &#234;tre, c'est une logique qui se d&#233;fend. Mais c'est une logique qui n'&#233;puise pas toutes les logiques. Par cons&#233;quent, il y aura des porteurs d'autres logiques, des agitateurs plus enclins &#224; l'agitation &#8212; entendre : &#224; ne pas faire dans la censure des objectifs. Il y en aura parce qu'eux aussi auront mesur&#233; la largeur de la fen&#234;tre historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous voil&#224; gentiment arriv&#233;s dans l'hypoth&#232;se 2.&lt;/strong&gt; Au d&#233;but, en fait, les choses se passent plut&#244;t bien : les diverses logiques sont align&#233;es, concourantes. Il y a la logique du gouvernement en accession qui appelle au soutien, qui y pousse un peu m&#234;me. Il y a la logique non contrainte des agitateurs du dehors, syndicalistes pugnaces affranchis des directions, militants communistes r&#233;volutionnaires, etc. On appelle &#231;a une alliance objective. Car, &#224; l'image de 1936, un gouvernement pour une fois de gauche cr&#233;e les conditions de possibilit&#233; du mouvement social. Il a la main sur la police. Alors il n'y aura pas de CRS venus d&#233;foncer les piquets de gr&#232;ve, pas d'expulsions violentes en cas d'occupations &#8212; ne doutons pas que l'id&#233;e d'occuper viendra &#224; certains (agitateurs). Par parenth&#232;ses, c'est le moment pr&#233;cis o&#249; l'on s'aper&#231;oit que regarder uniquement le &#171; peuple des r&#233;seaux &#187; en ayant compl&#232;tement oubli&#233; la classe des travailleurs est une fameuse boulette : car dans l'affrontement avec la bourgeoisie, seule compte la capacit&#233; de mettre la production &#224; l'arr&#234;t. Seule compte la gr&#232;ve. La gr&#232;ve, et le capital plie &#8212; forc&#233;ment, &#231;a n'est pas lui qui &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt;. L'occupation, et le capital est &lt;i&gt;out&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement avait besoin d'une manifestation de soutien qui impressionne le capital :&lt;/strong&gt; il l'aura. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Le mouvement de soutien avait besoin d'une absence d'hostilit&#233; de l'&#201;tat :&lt;/strong&gt; il l'aura aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viendra pourtant, in&#233;vitablement, l'entr&#233;e en conflit de ces deux forces d'abord align&#233;es. On pense &#233;videmment &#224; 1936, tout comme au premier &lt;i&gt;New Deal&lt;/i&gt;. M&#234;me si l'histoire ne se rejoue jamais &#224; l'identique, ce sont de bonnes r&#233;f&#233;rences, parce que leurs encha&#238;nements &lt;i&gt;formels&lt;/i&gt; sont transportables (se sont d&#233;j&#224; transport&#233;s) dans le temps, et surtout parce qu'ils indiquent des &#171; intensit&#233;s historiques &#187; qui vont se trouver de nouveau &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les encha&#238;nements formels, ce sont ceux des rapports entre les masses en mouvement et les institutions :&lt;/strong&gt; gouvernements, syndicats &#8212; ces derniers ayant cens&#233;ment un pied de chaque c&#244;t&#233;, en r&#233;alit&#233; bien plus d'un c&#244;t&#233; que de l'autre : les syndicats sont des institutions, dont les int&#233;r&#234;ts d'institutions sont enti&#232;rement pris dans le syst&#232;me institutionnel. Qu'elles n'ont donc aucune envie de bousculer. Les syndicats n'aiment que les mouvements r&#233;fugi&#233;s sous leur contr&#244;le, ont une sainte horreur des d&#233;bordements, c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas &#8212; argument &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; &#8212; quand ils &#233;taient sur le papier des syndicats de lutte de classes et de renversement du capitalisme. Lorsque s'ouvre la fen&#234;tre historique &#171; 1936 &#187;, m&#234;me la CGT de L&#233;on Jouhaux, n'a aucun projet de rien renverser, est bien trop contente de &#171; n&#233;gocier des compromis historiques &#187; &#224; la table du pouvoir &#8212; des pouvoirs : en &#234;tre. On repense aussit&#244;t &#224; Mai-68 et &#224; la s&#233;quence d'ouverture du film &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=tOlF5OXp8Lo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Reprise&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, dont le titre dit tout ; presque soixante ans plus tard on consid&#232;re &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Sophie_Binet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sophie Binet&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et sa direction. Et en effet tout est dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1936, la CGT c'est le PCF, et le PCF c'est Maurice Thorez, qui recommande de savoir terminer une gr&#232;ve &#171; &lt;i&gt;d&#232;s que satisfaction a &#233;t&#233; obtenue&lt;/i&gt; &#187;. Mais qui a fix&#233; le seuil de &#171; satisfaction &#187; ? Pourquoi ici et pas plus loin ? En tout cas la gr&#232;ve s'arr&#234;te. Il y aura eu l'alliance objective, elle aura &#233;t&#233; heureuse, fructueuse, n'aura pas eu le temps de (trop) mal tourner &#8212; avec pour contrepartie, donc, de se suspendre, pourtant si bien partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'arriverait-il au possible &#233;quivalent Front populaire de 2027 sous gouvernement FI ? Probablement de se mettre de travers &#224; un moment ou &#224; un autre. Des logiques momentan&#233;ment align&#233;es, et puis qui divergent quand l'une estime avoir son compte et que l'autre a envie de pousser plus loin &#8212; aussi loin que possible. Sait-elle d'ailleurs elle-m&#234;me jusqu'o&#249; ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;border, mais pour faire quoi ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette logique-l&#224; r&#233;pondra sans doute &#171; communisme &#187;. Mais quelle id&#233;e s'en fait-elle ? &#8212; quelle id&#233;e pas trop vague. Car c'est une excellente chose de dire &#171; abolition de la propri&#233;t&#233; lucrative &#187; &#8212; c'est m&#234;me par-l&#224; qu'il faut commencer. C'en est une tout autre que d'esquisser a minima comment, la propri&#233;t&#233; lucrative abolie, &lt;i&gt;s'organiseraient&lt;/i&gt; la production &lt;i&gt;et la reproduction mat&#233;rielles&lt;/i&gt;, dans quels ensembles institutionnels un peu concr&#232;tement dessin&#233;s &#8212; &lt;a href=&#034;https://lafabrique.fr/figures-du-communisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;figur&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Dire &#171; auto-organisation &#187;, ou &#171; souverainet&#233; des travailleurs &#187; ne peut pas suffire. Comment s'effectueront les avances en financement ? Comment seront organis&#233;es les fonctions collectives ? Comment sera pilot&#233;e la division du travail ? Comment les individus s'y ins&#233;reront-ils d&#232;s lors qu'ils seront relev&#233;s de la tyrannie salariale et de l'emploi capitaliste ? Quelle place restera-t-il pour du march&#233; ? Pour la monnaie ? Avec quelles cons&#233;quences d'ensemble sur le niveau de vie mat&#233;rielle ? Et quel degr&#233; de conscience de leur n&#233;cessit&#233; ? Tant de questions, si peu de r&#233;ponses pour l'heure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce vide relatif que revient en force la logique gouvernementale, avec toutes ses mauvaises bonnes raisons : si le mouvement d&#233;bordant ne sait pas tr&#232;s bien o&#249; il va &#8212; et c'est vrai qu'il ne le sait pas tr&#232;s bien &#8212;, le gouvernement, lui, sait ce qu'il a sous la main : un cadre en place, qui garantit des continuit&#233;s minimales de la vie mat&#233;rielle. Et puis (surtout) le d&#233;sir de ne pas s'auto-dissoudre le pouvoir &#224; peine conquis ! Ici, la logique gouvernementale dira que la soci&#233;t&#233; n'est pas pr&#234;te pour le grand saut communiste, pour les sacrifices qu'il suppose &#8212; et elle n'aura pas tort. On peut se raconter des histoires en couleurs, il n'est pas vrai qu'il y ait un d&#233;sir de communisme dans la soci&#233;t&#233;, entendre : suffisamment affirm&#233; pour soutenir les cons&#233;quences de ce qu'il veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; prend le risque du grand saut quand &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; vaut mieux que la demeure. En 1917, il y a la guerre &#224; millions de morts, il y a la famine, il y a le dernier degr&#233; de la mis&#232;re &#8212; si c'est &#231;a, en avant et sans regret pour le communisme (&#171; communisme &#187;). Le capitalisme contemporain a atteint un niveau de d&#233;veloppement o&#249; les agents ont encore le sentiment d'avoir trop &#224; perdre &#224; l'abandonner &#8212; puissance de la capture capitaliste. Rien de ceci n'interdit de travailler &#224; faire cro&#238;tre le d&#233;sir de communisme, &#224; en montrer en fait l'imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233;, et m&#234;me &lt;i&gt;les&lt;/i&gt; imp&#233;rieuses n&#233;cessit&#233;s : climatique, anti-technofasciste, anti-imp&#233;rialiste. Tout plut&#244;t que la demeure viendra. Mais 2027, c'est demain, et il faudra bien faire avec l'&#233;tat de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors la logique gouvernementale reprendra les choses en main. Les gouvernements sont des forces d'ordre. Dont il ne faut pas se cacher non plus qu'ils capitalisent sur des d&#233;sirs d'ordre majoritaires &#8212; l'envers du &#171; encore trop &#224; perdre &#187;. De toute fa&#231;on, les forces institutionnelles, les forces grandies dans les cadres institutionnels, ne veulent pas les explosions institutionnelle en tout cas pas au-del&#224; d'un certain stade. Il n'y a qu'au Mexique que &#171; Parti R&#233;volutionnaire Institutionnel &#187; n'est pas un oxymore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'intervalle, l'alli&#233; populaire du gouvernement, alli&#233; contradictoire &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e, lui aura permis de poser le vrai rapport de force avec la bourgeoisie &#8212; qui aurait sinon balay&#233; les ateliers constituants comme f&#233;tus. Et l'aura pouss&#233; plus loin qu'il ne serait all&#233; de son propre mouvement. Mine de rien, &#171; plus loin &#187;, &#231;a peut &#234;tre assez loin. Jusqu'o&#249; finalement ?, ce sera d&#233;termin&#233; par le rapport de force entre les masses et &#171; leur &#187; gouvernement. En 1936, le gouvernement, les syndicats, le PCF disent &#171; &lt;i&gt;pas plus loin&lt;/i&gt; &#187; parce que nul n'est pr&#234;t &#224; assumer un processus r&#233;volutionnaire et ses cons&#233;quences &#8212; possiblement une guerre civile. Poser &#224; nouveau la question pour 2027, c'est a fortiori y r&#233;pondre : les niveaux de tension et de violence politique ne se comparent pas &#8212; pas encore. Les risques (les chances) d'emballement r&#233;volutionnaire sont des plus mod&#233;r&#233;s. Un gouvernement dispos&#233; aux compromis de la &#171; stabilit&#233; sociale globale &#187; veillera de toute fa&#231;on &#224; ce qu'on n'approche pas des seuils que le capital consid&#233;rerait comme menace &#224; caract&#232;re existentiel, sans qu'on sache d'ailleurs tr&#232;s bien o&#249; ils se trouvent, ni si d&#233;sormais le capital ne consid&#232;re pas la moindre contrari&#233;t&#233; comme &#171; &lt;i&gt;existentielle&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginons tout de m&#234;me, par exemple, qu'en de&#231;&#224; de ses seuils critiques (?), le capital apeur&#233; fuie quelques lieux, selon sa mani&#232;re habituelle : en mettant cl&#233; sous la porte. Quelle excellente nouvelle : les salari&#233;s restent, les savoir-faire restent, et cette fois les &#233;quipements restent &#8212; car la police, d&#251;ment missionn&#233;e, sera l&#224; pour interdire les d&#233;m&#233;nagements nocturnes dont le patronat spoliateur a la pratique. Les machines ne sont du capital que sous la f&#233;rule du capital. Le capital parti, il reste, &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/en-guerre-pour-la-preemption-salariale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;par pr&#233;emption salariale&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; juridiquement institu&#233;e, la propri&#233;t&#233; collective d'usage, institu&#233;e pareillement. Dont le p&#233;rim&#232;tre gagne &#224; mesure que le capital se retire. Quelque chose comme une subduction progressive de la r&#233;publique bourgeoise par la r&#233;publique sociale. &#199;a n'est d&#233;j&#224; pas si mal. Voil&#224; en tout cas o&#249; l'activit&#233; constituante trouve sa pertinence : &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt;, et non avant. Les Constitutions viennent apr&#232;s, pour ratifier les victoires &#8212; par exemple les modifications des formes juridiques de la propri&#233;t&#233; &#8212;, pas avant quand il n'y a encore rien de tangible, et surtout aucun rapport de force bien pos&#233;. Les Constitutions en apesanteur n'ont aucun pouvoir de changer quoi que ce soit. Ce sont les luttes &lt;i&gt;et leurs conqu&#234;tes&lt;/i&gt; qui leur donnent du lest.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Hypoth&#232;se 1 (pilule bleue) ? Hypoth&#232;se 2 (pilule rouge) ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Y aura-t-il vraiment &#224; choisir ? Ou bien les &#233;v&#233;nements choisiront-ils pour nous ? Ceux qui nous viennent dessus sont consid&#233;rables, un peu plus que les qualifier de &#171; facteurs propices &#187; ne le laissait entendre. Et personne n'a l'air de s'en rendre bien compte. Dans le meilleur des cas on parle de p&#233;trole, de tarif du gaz et de prix &#224; la pompe. Si seulement. En fait deux crises nous viennent dessus, chacune &#233;norme, plus une troisi&#232;me constitu&#233;e par le syst&#232;me d'interactions explosif des deux pr&#233;c&#233;dentes. Une &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/la-crise-financiere-qui-vient&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;(multi-)crise financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, qui, fait nouveau, ne s'allume pas dans un seul compartiment de la finance, mais clignote aux quatre coins du tableau des march&#233;s. Une crise &#233;conomique r&#233;sultant de la dislocation de cha&#238;nes d'approvisionnement n&#233;vralgiques, qui touche le p&#233;trole en direct, et toute la cha&#238;ne de la p&#233;trochimie &#224; sa suite, avec des risques de p&#233;nurie d'intrants, notamment en provenance d'Asie, vou&#233;es &#224; se propager le long des lignes de la division internationale du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explosion combin&#233;e qui va s'en suivre ne restera pas dans les tuyaux de l'&#233;conomie. Si elle a la violence qu'on lui anticipe, elle se convertira en d&#233;flagrations sociales et en &#233;v&#233;nements politiques de proportions historiques. La sc&#232;ne qui s'ouvrira d'ici quelques mois n'aura rien du &lt;i&gt;business as usual&lt;/i&gt;. Les forces politiques de gauche, quelles que soient les logiques qui les gouvernent, donc quels que soient les agendas que ces logiques d&#233;terminent, devraient bien mesurer (mieux qu'elles ne le font actuellement) l'exceptionnalit&#233; des temps qui viennent, et s'y pr&#233;parer. Il faut &#234;tre pr&#234;t quand l'histoire sonne &#224; la porte. Pilule rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt; pour son blog &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/les-jours-d-apres-questions-strategiques-1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 6 mai 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;b&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; est un &#233;conomiste qui travaille avec la philosophie, selon sa propre d&#233;finition, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l'auteur de &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, octobre 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>France : &#171; L'union [de la gauche] ? Quelle union ? &#187;</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/France-L-union-de-la-gauche-Quelle-union</link>
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		<dc:date>2025-07-03T09:32:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;C'est un f&#233;tiche et c'est une j&#233;r&#233;miade : &#171; l'union &#187;. Pour quoi faire ? On ne sait pas. L'essentiel est d'&#234;tre &#171; unis &#187;. Tous ensemble vers le talus &#8212; on finira sur le toit mais on sera rest&#233;s soud&#233;s. Le gros bon sens qui tache proteste cependant : &#171; unis, on est plus fort que divis&#233;s ; divis&#233;s on n'arrivera &#224; rien &#187; (...) Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/France" rel="directory"&gt;France&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est un f&#233;tiche et c'est une j&#233;r&#233;miade : &#171; l'union &#187;. Pour quoi faire ? On ne sait pas. L'essentiel est d'&#234;tre &#171; unis &#187;. Tous ensemble vers le talus &#8212; on finira sur le toit mais on sera rest&#233;s soud&#233;s. Le gros bon sens qui tache proteste cependant : &#171; unis, on est plus fort que divis&#233;s ; divis&#233;s on n'arrivera &#224; rien &#187;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;... Mais tellement. En mati&#232;re syndicale, les prodiges de &#171; l'union &#187; sont encore tr&#232;s frais dans nos esprits, et offerts &#224; (ne pas) &#234;tre m&#233;dit&#233;s : c'&#233;tait en 2023, &#224; l'occasion des retraites. Pas d'erreur, on a &#233;t&#233; bien unis. Avec la CFDT. La preuve, on n'est pas &#171; arriv&#233;s &#224; rien &#187; : puisqu'on a mis des millions de personnes dans la rue pendant deux mois. Pour, &#224; la fin, perdre l'imperdable. Par alignement de &#171; l'union &#187; sur la mollesse politique, l'incompr&#233;hension des situations historiques et la nullit&#233; strat&#233;gique. Tous ensemble &#8212; dans la d&#233;faite. Attention, pas n'importe laquelle : une d&#233;faite triomphale, unanimement c&#233;l&#233;br&#233;e. Par la bourgeoisie &#8211; et sa presse, admirative : voil&#224; de la bonne union, celle qui ne nous fera jamais aucun mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a si bien &#233;chou&#233; en mati&#232;re syndicale, n'est-il pas tr&#232;s urgent de le reproduire en mati&#232;re politique ? La m&#234;me presse est de cet avis, plus encore que du pr&#233;c&#233;dent. L&#224; non plus, on n'&#233;conomisera pas le gros qui tache. D&#233;j&#224; abondamment pr&#233;sent dans les organisations vou&#233;es &#224; la ren&#233;gation. Et bien d&#233;cid&#233;es &#224; faire plier &#224; coup de bon sens le r&#233;calcitrant : la France insoumise (FI). Manque de chance, c'est &#224; la fois celui qui p&#232;se le plus et le moins na&#239;f.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; L'union &#187; selon les scrutins&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si vraiment on voulait accorder quelque cr&#233;dit &#224; &#171; l'union &#187;, on pourrait au moins se donner la peine d'en faire une analyse tactique minimale. Qui commencerait par diff&#233;rencier les scrutins. Par exemple : scrutin pr&#233;sidentiel ? Heureusement, la FI n'a jamais &#233;t&#233; assez b&#234;te pour s'engager dans les couillonnades de la primaire populaire/citoyenne/de la gauche/de toute la gauche/voire du centre/et m&#234;me au-del&#224; si affinit&#233;s, ou dans n'importe quelle autre sorte de candidature commune &#8212; &#171; totalement ouverte &#187;, pourvu qu'elle n'&#233;choie pas &#224; la FI. Il y a bien des raisons de ne plus vouloir des penchants autocratiques de la Ve mais pour le moment c'est elle que nous avons sur les bras. Par cons&#233;quent le jeu (&#233;lectoral&#8230;) s'analyse dans les contraintes qu'elle d&#233;termine : notamment d'ultra-personnalisation du scrutin. Or, ind&#233;pendamment de toute question de ligne, dans cet exercice-l&#224;, personne n'a l'abattage du Vieux &#8212; Faure, Autain, Tondelier ou le mirliton des tours et des bourgs : des personnalit&#233;s &#171; en vue &#187; si l'on veut, mais surtout pour leur platitude intellectuelle, leur consistance d'ectoplasme et leur charisme de pelle &#224; tarte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scrutin l&#233;gislatif ? Une tout autre musique, assur&#233;ment. Pour le coup, cette &#233;lection-l&#224; force bien davantage aux alliances. Encore faut-il distinguer : une l&#233;gislative dans la foul&#233;e d'une pr&#233;sidentielle gagn&#233;e offre un &lt;i&gt;momentum&lt;/i&gt; qui permet de faire l'union sous h&#233;g&#233;monie &#8212; une mani&#232;re dont il n'y a pas lieu de se cacher quand on consid&#232;re les planches pourries avec lesquelles il faut marcher. Exemple (hors victoire) : la Nupes &#8212; qui, au passage, a largement confirm&#233; l'&#233;tat des planches. Peut-&#234;tre m&#234;me donn&#233; l'envie r&#233;trospective, et prospective, d'en faire de la sciure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re configuration : une l&#233;gislative &#171; surprise &#187;. C'est le plus mauvais cas. Ni l'avantage comparatif de la personnalisation, ni le &lt;i&gt;momentum&lt;/i&gt; d'une pr&#233;sidentielle bien n&#233;goci&#233;e : reste le bouzin fa&#231;on Nouveau Front Populaire, tout juste redress&#233; par l'&#233;tat du rapport de force au moment de la dissolution &#8212; en l'occurrence apr&#232;s des europ&#233;ennes qui jusqu'ici n'ont jamais &#233;t&#233; bien fameuses pour la FI. La seule chose certaine &#233;tant que tirer des conclusions &#171; pr&#233;sidentielles &#187; depuis ce scrutin l&#233;gislatif parfaitement aytpique est de la derni&#232;re idiotie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Social-d&#233;mocratie : fermeture pour liquidation&lt;/h3&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Lire aussi Gr&#233;gory Rzepski, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/68525&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; quoi r&#234;vent les socialistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, juillet 2025. &lt;/center&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a les questions de charisme, il y a les questions de ligne &#8212; tout de m&#234;me. &#192; cet &#233;gard, dire que le PS &#171; trahit &#187; est un &#233;nonc&#233; qui n'a plus aucun sens. Il lui faudrait &#234;tre de gauche pour que ses positions aient la teneur d'une trahison. Logiquement, on ne trahit pas la gauche quand on est de droite. Le PS ne trahit rien : il est lui-m&#234;me. Il y a juste &#224; en finir avec cet effet de persistance r&#233;tinienne qui s'obstine &#224; le voir &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, dira-t-on, le PS n'est-il pas social-d&#233;mocrate ? C'est ce qu'il pr&#233;tend. Et la social-d&#233;mocratie, n'est-ce pas &#171; de la gauche &#187; ? Si l'on veut, mais pour qu'on la qualifie de quelque mani&#232;re, il faudrait surtout qu'elle existe encore. Or justement, c'est bien l&#224; le probl&#232;me. La radicalisation de la bourgeoisie a annul&#233; l'espace social-d&#233;mocrate du &#171; compromis &#187; &#224; partir du moment o&#249; la mutation des structures du capitalisme (alias la &#171; mondialisation n&#233;olib&#233;rale &#187;) a donn&#233; au capital les latitudes strat&#233;giques de refuser tout compromis. Quand les marges du compromis s'&#233;vanouissent, que reste-t-il aux partis du compromis ? Sinon s'accommoder de la disparition des compromis &#8212; et devenir de droite. De droite passive, de droite par d&#233;faut, de droite par ligne de plus grande pente &#8212; pour commencer : car on ne sait jamais jusqu'o&#249; peut emmener la plus grande pente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, on sait quand m&#234;me d&#233;j&#224; un peu, &#224; voir jusqu'o&#249; elle en a emmen&#233; certains &#8212; d&#233;ch&#233;ance de nationalit&#233;, &#233;tat d'urgence de convenance, refus d'obtemp&#233;rer, d&#233;lit d'apologie du terrorisme, etc. En fait la pente, irr&#233;sistible, est l'objection d&#233;finitive &#224; l'hypoth&#232;se strat&#233;gique de la fausse gauche, selon laquelle, entre &#171; les-extr&#234;mes &#187; abandonn&#233;s &#224; leurs radicalit&#233;s sym&#233;triques (quand elles ne sont pas identiques &#8211; puisqu'il est connu qu'elles &#171; se rejoignent &#187;), se rouvrirait grand l'espace des raisonnables, des compromis et du courage de la nuance. Malheureusement cet espace a la forme d'une nappe &#224; point-selle, et redistribue d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre tout ce qui passe, sans rien pouvoir tenir en son &#233;quilibre instable. Et, par d&#233;faut, du c&#244;t&#233; de la droite extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il n'y a pas &#8212; il n'y a plus &#8212; de centre, d'espace central ou de bloc central. Il n'y a qu'un effondrement en vrac de toutes les forces h&#233;g&#233;moniques sur le p&#244;le d'extr&#234;me droite, comme le prouve une fois de plus Bayrou, jusqu'ici figure tut&#233;laire du centre aimable, dont le gouvernement, entre Betharram-&lt;i&gt;vs&lt;/i&gt;-Averro&#232;s et Retailleau-Darmanin, aura fait faire ses progr&#232;s les plus remarquables au racisme syst&#233;mique d'&#201;tat et &#224; la fascisation g&#233;n&#233;rale. Tragique effet gravitationnel de &#171; la pente &#187; : sauf armement id&#233;ologique contraire, seul capable de faire rejoindre l'autre c&#244;t&#233;, tout y glisse pour finir au pire. De l&#224; que plus personne ne soit en &#233;tat de faire la moindre distinction entre le RN et LR, mais pas davantage entre ces deux-l&#224; et le macronisme r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; L'union &#187;, pi&#232;ge &#224; cons&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, n'ayant aucune pens&#233;e du capitalisme, le PS ne risquait pas d'avoir quelque pens&#233;e de la crise organique du capitalisme. Ni, parti bourgeois par excellence, de mesurer la radicalisation de la bourgeoisie &#8212; c'est-&#224;-dire l'inclinaison de la pente. D&#233;termin&#233;e &#224; absolument tout s'il s'agit de sauver son ordre, la bourgeoisie montre, comme toujours &#224; la faveur de la crise, son vrai visage. Et ceci dans une conjoncture qui porte &#224; son comble l'impasse strat&#233;gique du PS, en r&#233;alit&#233; &#233;tablie de longue date, telle qu'elle a permis d'identifier dans ses pr&#233;tentions &#224; gouverner une tromperie essentielle, confirm&#233;e, r&#233;p&#233;titive et, malheureusement pour lui, tr&#232;s susceptible d'apprentissage par le corps &#233;lectoral &#8212; qui a d&#233;j&#224; &#171; trait&#233; &#187; Jospin, Hollande&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emp&#234;ch&#233; en 2016.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Hamon et Hidalgo. De sorte que, sous le seul crit&#232;re de l'efficacit&#233; qui donne aux unionistes leur unique argument, l'&#233;chec est assur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Lire aussi Alain Deneault, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/67738&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le vrai visage de l'extr&#234;me centre&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, novembre 2024. &lt;/center&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, normalement, on devrait commencer &#224; mesurer l'inanit&#233; essentielle de poursuivre une &#171; union des forces de gauche &#187; avec des forces de droite. C'est qu'&#224; un moment il faut tout de m&#234;me bien se d&#233;cider &#224; nommer ce vice grotesque qui fait de &#171; l'union &#187; un si fameux pi&#232;ge &#224; cons, un man&#232;ge pour la F&#234;te &#224; Neuneu. Pour s&#251;r l'attraction pr&#233;f&#233;r&#233;e de la presse bourgeoise qui, assistance sondagi&#232;re &#224; l'appui, travaille sans rel&#226;che &#224; fourrer son &#171; union de la gauche &#187; avec de la farce de droite. Entreprise dont bien s&#251;r elle ne consentira jamais l'aveu. En r&#233;alit&#233;, les adh&#233;rences de cette presse &#224; l'ordre bourgeois sont devenues telles qu'elle n'a rien ni &#224; cacher ni &#224; avouer : que la gauche soit de droite, c'est son naturel. Aussi reste-telle &#224; b&#233;er, interdite, quand on vient lui dire le contraire. &#199;a n'est pas une affaire de logique ou de contradiction formelle dans son esprit : c'est juste une case de vide. N'a-t-elle pas longtemps soutenu l'existence du dahu et poursuivi l'&#171; aile gauche du macronisme &#187; ? &#192; ce compte-l&#224;, &#233;videmment, Valls, Cazeneuve, Delga, Lombard, Moscovici, Cambad&#233;lis, Hollande, Vallaud, etc., tout &#231;a, c'est-la-gauche. Marine Tondelier, ses tulipes offertes aux CRS et ses chor&#233;s au pied de la tour Total, c'est-la-gauche. Fabien Roussel, ses passions charcuti&#232;res et son &#171; racisme anti-blanc &#187;, c'est-la-gauche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#171; mots coll&#233;s &#187; &#233;tant emprunt&#233;s &#224; Sandra Lucbert comme d&#233;notateurs des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. O&#249; en est-on d'une pens&#233;e de ce qu'est la gauche quand on en arrive &#224; titrer, comme &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, qu'&lt;i&gt;&#171; &#192; eux deux, Rapha&#235;l Glucksmann et Fran&#231;ois Ruffin repr&#233;sentent un candidat complet &#224; gauche &#187;&lt;/i&gt; ? On imagine d'ici la physionomie du personnage reconstitu&#233;, entre tableau de boucherie et monstre de Frankenstein : tout en coutures, la d&#233;marche un peu raide aussi&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une autre union&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'on trouve au fond du vortex &#171; L'union &#187;, ce gouffre &#224; &#233;nergie et &#224; palabres ineptes, lieu imb&#233;cile &#224; d&#233;serter sans le moindre regret. Ou plut&#244;t &#224; d&#233;placer, &#224; r&#233;investir ailleurs. Car s'il y a une union &#224; envisager, mais d'un tout autre type, c'est l&#224; o&#249; personne ne regarde : dans la constitution d'un arc de force anti-fasciste. Notamment autour de ses composantes principales, d&#233;sign&#233;es par leurs capacit&#233;s de mobilisation, les plus puissantes dans la p&#233;riode : la FI et la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le coup cette union-l&#224;, qui ne va pas de soi, m&#233;rite du travail. D'abord d'imagination car, n'&#233;tant pas occup&#233;e de programmes, de circonscriptions et de d&#233;sistements, il faut lui concevoir des finalit&#233;s originales. Pour l'essentiel des contenus de coordination dans les discours, les mots d'ordre, et plus encore la mobilisation &#8212; entendre : dans la &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; des occasions de mobilisation. Et qu'on en finisse avec un rassemblement FI &#224; R&#233;publique contre l'extr&#234;me-droite un dimanche, un rassemblement CGT &#224; R&#233;publique contre le RN le dimanche d'apr&#232;s, une manifestation &#171; Palestine &#187; FI un samedi, une manifestation &#171; Palestine &#187; CGT une semaine plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du travail d'&#171; organisation &#187;, ou plut&#244;t d'organisations, ensuite &#8212; surtout. Car tout semble s'opposer a priori &#224; ce rapprochement &#8212; qui n'a rien d'organique, pr&#233;cis&#233;ment. On ne peut pas dire que la FI ait fait beaucoup d'effort pour d&#233;guiser ses propensions &#224; instrumentaliser les syndicats et leur force de mobilisation. Que ses relations avec la CGT notamment se soient rapidement mises de travers, c'est de notori&#233;t&#233;. Cependant on reprochera difficilement &#224; un parti engag&#233; &#224; ce point dans la conqu&#234;te du pouvoir institutionnel de faire ventre de tout au service de ses finalit&#233;s &#233;lectorales : c'est dans son concept. De m&#234;me qu'on ne reprochera pas sym&#233;triquement &#224; la CGT, direction comme militants, de ren&#226;cler &#224; se trouver objectivement enr&#244;l&#233;s dans des entreprises qui ne sont pas les leurs : c'est leur droit l&#233;gitime. Sans doute, pour briser le t&#234;te-&#224;-t&#234;te FI/CGT, y aura-t-il &#8212; de toute fa&#231;on, il faut qu'il y ait &#8212; d'autres forces politiques dans l'arc. On ne s'exag&#233;rera pas non plus leur pouvoir de &#171; dilution &#187; : la FI est un trop gros morceau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; le principal obstacle n'est pas, ou moins, l&#224; o&#249; l'on croit : non pas du c&#244;t&#233; des propensions &#224; l'enr&#244;lement d'une organisation politique qui, par nature, fonctionne &#224; l'enr&#244;lement, mais du c&#244;t&#233; d'une organisation syndicale qui trouve judicieux de &#171; ne pas faire de politique &#187; &#8212; en pleine p&#233;riode de fascisation. Lieu d'accablement : &#224; la direction de la CGT, on ne semble toujours pas comprendre le sens du mot &#8212; &#171; politique &#187;. Plus exactement, on comprend comme les journalistes. &#171; Politique &#187;, c'est : les &#233;lections, les partis, les d&#233;put&#233;s, les motions de synth&#232;se, le d&#233;bat du deuxi&#232;me tour, les isoloirs, les minist&#232;res, la buvette &#224; l'Assembl&#233;e. En revanche les questions sociales : c'est-pas-politique. Puisque : c'est les-questions-sociales. Les syndicats non plus : c'est-pas-politique &#8211; autrement : ce-seraient-des-partis (voyons).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a normalement qu'un groupe social qui ait int&#233;r&#234;t &#224; reconduire cette effarante restriction de la politique : le capital bien s&#251;r, dont l'effort constant a toujours &#233;t&#233; de nier mordicus que ce qui se passe dans une entreprise, et plus g&#233;n&#233;ralement dans &#171; l'&#233;conomie &#187;, ait le moindre caract&#232;re politique. Il aura fallu toutes les m&#233;sinterpr&#233;tations, les d&#233;rives et les obsolescences de la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_d'Amiens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charte d'Amiens&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, mais plus encore le triomphe de l'id&#233;ologie des &#171; partenaires sociaux &#187;, pour conduire les syndicats &#224; &#233;pouser ce d&#233;ni de la politique. Le fait est l&#224; en tout cas : m&#234;me &#224; la CGT, on ne fera pas faire &#171; de la politique &#187; &#224; une direction syndicale &#8212; au grand dam de bon nombre de militants, par exemple les dockers de Marseille qui ne veulent pas charger des armes pour Isra&#235;l, leurs &lt;a href=&#034;https://x.com/RevPermanente/status/1938626026365755776&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;homologues de l'a&#233;roport Charles de Gaulle&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour le m&#234;me motif, ou les syndicats d'enseignants d'&#206;le de France qui appelaient &#224; &lt;a href=&#034;https://www.cgteduc-versailles.fr/en-greve-le-17-juin-contre-le-genocide-a-gaza/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;la gr&#232;ve le 17 juin&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; contre le g&#233;nocide &#224; Gaza : &#224; l'&#233;vidence tous tiennent tr&#232;s bien les luttes revendicatives sans l&#226;cher les perspectives politiques, et pensent &#171; politique &#187; en m&#234;me temps qu'ils pensent &#171; syndicalisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur est que nous vivons une p&#233;riode exceptionnelle o&#249; il n'est pas optionnel d'y penser. On dira que la direction de la CGT l'a compris puisque, prenant son courage &#224; deux mains, elle a franchi le Rubicon et appel&#233; &#224; voter pour le NFP en juillet 2024. Le pire &#233;tant que, rapport&#233; &#224; ses standards, oui, la CGT a fait dans &#171; l'exceptionnel &#187;. Il faudra lui dire que le compte n'y est pas tout &#224; fait, quitte &#224; devoir lui rappeler sa propre histoire, celle de f&#233;vrier 1934, une &#233;poque o&#249; elle comprenait mieux ce que &#171; politique &#187; veut dire, sans doute aid&#233;e par son inf&#233;odation au PC&#8230; , mais aussi parce que la perspective r&#233;volutionnaire n'avait pas disparu de ses id&#233;es. Alors, face &#224; la menace fasciste, elle n'avait pas h&#233;sit&#233; &#224; m&#234;ler ses forces &#224; celle des &lt;i&gt;partis&lt;/i&gt; de gauche pour une riposte unitaire. Cela m&#234;me qu'il va falloir la convaincre de refaire aujourd'hui. Oui : avec des &lt;i&gt;partis&lt;/i&gt; de gauche. En l'occurrence, le principal : la FI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui terrifie un peu dans la d&#233;politisation du syndicalisme, CGT comprise, c'est l'absence de conscience du p&#233;ril &#8212; jug&#233; hors de son champ puisque c'est suppos&#233;ment une affaire &#171; &#233;lectorale &#187; &#8212;, et pire encore, mais &#231;a n'en est jamais qu'une cons&#233;quence, l'absence de conscience de la responsabilit&#233; &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; qui lui &#233;choit. Alors sans doute, en un deuxi&#232;me passage de Rubicon, la CGT mentionne-t-elle dans son appel du 1er mai &#171; Trump &#187;, &#171; l'internationale r&#233;actionnaire &#187; et &#171; l'extr&#234;me-droite &#187;. Malheureusement pour retourner au silence politique tout le reste du temps, le 1er mai ayant la mauvaise propri&#233;t&#233; de ne tomber qu'une fois par an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas concevable, dans une p&#233;riode d'une telle dangerosit&#233;, qu'une organisation de gauche aussi puissante que la CGT ne se red&#233;finisse pas, de la plus explicite des mani&#232;res, comme composante d'un arc anti-fasciste, sinon comme force anti-fasciste tout court &#8212; une d&#233;claration qui par-l&#224; m&#234;me signifierait sa disponibilit&#233; &#224; &#339;uvrer avec toutes les forces politiques qui se d&#233;finissent similairement, &lt;i&gt;quelle que soit leur nature&lt;/i&gt;, y compris partisane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux forces de gauche, la FI et la CGT, ont notre destin politique entre les mains. Si on a de l'&#233;nergie pour appeler &#224; &#171; l'union &#187;, c'est ici qu'il faut s'y employer &#8212; en laissant la F&#234;te &#224; Neuneu aux neuneux. Que cette union-l&#224; soit parfaitement h&#233;t&#233;rog&#232;nes aux coordonn&#233;es habituelles de &#171; l'union &#187;, qu'elle ait &#224; vaincre de fameux obstacles, qu'elle r&#233;clame d'inventer de nouvelles pratiques, tout ceci est entendu. Au moins en vaut-elle la peine.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;On demande du &#171; gros &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Plus que la peine m&#234;me : l'urgence. C'est que l'&#233;tendue et l'intensit&#233; de la menace sont telles que bien d'autres d&#233;routements des fonctionnements organisationnels ordinaires devraient &#234;tre envisag&#233;s. Au moins au titre d'une anticipation. Anticipation, par exemple, de ce que la bourgeoisie sera pr&#234;te &#224; tout pour emp&#234;cher l'arriv&#233;e au pouvoir de la gauche, y compris &#224; distordre, voire &#224; pi&#233;tiner, le processus &#233;lectoral, pour lequel elle n'a de respect que s'il a du respect pour ses propres int&#233;r&#234;ts. Jusque dans son coup de force de l'&#233;t&#233; 2024, le macronisme aura &#233;t&#233; une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cas de figure semblable, o&#249; le mensonge institutionnel-&#233;lectoral &#233;claterait en pleine lumi&#232;re, il y aurait int&#233;r&#234;t &#224; envoyer du &#171; gros &#187;. Alors voyons : qu'avons-nous donc en rayon au magasin du &#171; gros &#187; ? Pas tant de choses que &#231;a en fait. Essentiellement deux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Lire aussi Sophie B&#233;roud &amp; Jean-Marie Pernot, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/61503&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La gr&#232;ve, malgr&#233; tous les obstacles&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, mars 2020.&lt;center&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord l'&#233;meute &#224; d&#233;bordement insurrectionnel, fa&#231;on Gilets Jaunes ou Nahel, ou toute combinaison convexe des deux. Mais nul n'en conna&#238;t le mode d'emploi, ni de d&#233;clenchement &#8212; si, en face de ses vertus, l'on en mesure aussi les al&#233;as et les p&#233;rils. Le deuxi&#232;me article en magasin est bien plus int&#233;ressant : il s'appelle &#171; mobilisation de masse du camp du travail &#187;. On n'en connait pas plus le mode d'emploi ? &#199;a n'est pas enti&#232;rement faux &#8212; pas enti&#232;rement vrai non plus : par exemple, il y eut un 16 mars 2023, un 49.3 qui portait &#224; &#233;bullition un corps social d&#233;j&#224; d&#233;goupill&#233; de col&#232;re, et ce jour-l&#224; une fen&#234;tre politique, historique, d'appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'ouvrit. Pour &#234;tre laiss&#233;e aux courants d'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, la question n'est plus l&#224;. Contre tous les sociologues r&#233;alistes des organisations syndicales, il faut prendre le probl&#232;me &#224; l'envers : non pas depuis la critique m&#233;canique des &#171; incantations &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187;, mais depuis la conjoncture, qui est historique, et le p&#233;ril sans pr&#233;c&#233;dent sous la Ve. C'est de &lt;i&gt;l&#224;&lt;/i&gt; qu'il faut partir. &lt;i&gt;C'est cela qui commande&lt;/i&gt; &#8212; ce que les organisations ont imp&#233;rativement &#224; penser. C'est le sentiment du danger qui fait trouver la ressource. Et remuer ciel et terre pour rendre possible ce qui &#233;tait jug&#233; impossible &#8212; mais se trouve &#234;tre imp&#233;rieusement vital. Encore faut-il que le sentiment du danger soit &#233;prouv&#233; avec ce qu'il faut de vivacit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le camp du travail s'implique politiquement dans un arc anti-fasciste, &#231;a se plaide syndicalement. Il devrait &#234;tre assez clair que le fascisme n'est pas exactement son alli&#233;. Les lois anti-syndicales les plus cogn&#233;es viennent tr&#232;s haut dans son agenda : il y aurait l&#224; normalement un motif tr&#232;s suffisant pour les conf&#233;d&#233;rations &#224; s'agiter &lt;i&gt;s&#233;rieusement&lt;/i&gt; &#8212; ce serait tout de m&#234;me ballot de se retrouver an&#233;anties juste pour n'avoir pas voulu &#171; faire de politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, l'argument vaut pour toutes les organisations, indiff&#233;remment syndicales et politiques, qui seraient contrari&#233;es de se retrouver &#224; rouler pour l'une des composantes de l'arc : ce qui se pr&#233;sente &#224; l'horizon 2027 est suffisamment grave, en fait suffisamment &lt;i&gt;dangereux&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;pour tout le monde&lt;/i&gt;. Car les dissolutions et les poursuites politiques, celles m&#234;mes dont le macronisme nous a d&#233;j&#224; donn&#233; l'avant-go&#251;t, tomberaient aussi vite que les lois anti-syndicales. &#199;a ne devrait normalement pas &#234;tre trop demander que d'imaginer les curseurs pouss&#233;s &#8212; pour se convaincre de tout faire afin qu'ils ne le soient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, nous savons o&#249; nous en sommes &#224; simplement &lt;a href=&#034;https://www.dailymotion.com/video/x9hyiz6&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#233;couter Retailleau&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; trouver que &lt;i&gt;&#171; le RN est tr&#232;s &#224; gauche &#187;&lt;/i&gt;, pause, &lt;i&gt;&#171; sur le sujet &#233;conomique &#187;&lt;/i&gt;, combinaison bien faite pour &#224; la fois indiquer en toute g&#233;n&#233;ralit&#233; son authentique appartenance &#224; la dynamique fasciste du moment, et ce que cette g&#233;n&#233;ralit&#233; emporte en mati&#232;re sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire voir la connexion des deux combats, politique et syndical, &lt;i&gt;construire&lt;/i&gt; une &lt;i&gt;disposition&lt;/i&gt; &#8212; &#224; entrer dans une pratique sans doute inhabituelle &#8212;, c'est une affaire de ligne, conf&#233;d&#233;rale. Et de discours. Qui reviennent &#224; la direction &#8212; puisque, si on lit correctement, c'est la direction qui est en charge de donner la direction. On voudrait beaucoup que la CGT mesure qu'en cette p&#233;riode historique, elle se retrouve charg&#233;e, qu'elle le veuille ou non, d'une responsabilit&#233; historique. Qui va un peu au-del&#224; d'un premier communiqu&#233; &#171; NFP &#187; d'entre-deux tours &#8212; ou d'un deuxi&#232;me, atterrant, pour en appeler avec le Medef &#224; la &#171; stabilit&#233; &#187;&#8230; Il est des p&#233;riodes o&#249; le syndicalo-syndicalisme du &#171; partenaire social &#187; n'est simplement plus tenable. Il n'y a plus la gauche syndicale et la gauche partidaire, les luttes ceci et les luttes cela, les revendications et les &#233;lections : il y la gauche et l'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon* dans &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les blogs du &#171; Diplo &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour son blog personnel &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/l-union-quelle-union&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 30 juin 2025&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;b&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; es un economista franc&#233;s que trabaja con la filosof&#237;a, segun su propia definici&#243;n, director de investigaci&#243;n en el CNRS en Par&#237;s. Es el autor de &#171; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Raisons d'agir&lt;/i&gt;, octubre de 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emp&#234;ch&#233; en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#171; mots coll&#233;s &#187; &#233;tant emprunt&#233;s &#224; Sandra Lucbert comme d&#233;notateurs des pens&#233;es toutes faites de l'h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le sionisme et son destin</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Le-sionisme-et-son-destin</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;LE SIONISME ET SON DESTIN. La cat&#233;gorie du sionisme est le seul moyen de s'assurer que tous les Juifs ne sont pas accus&#233;s d'un crime dans lequel beaucoup d'entre eux se consid&#232;rent comme des &#233;trangers. L'antisionisme n'est pas l'antis&#233;mitisme, mais son seul rempart (...)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Israel" rel="directory"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier dit :&lt;/strong&gt; &#171; &lt;i&gt;Le sionisme n'aurait jamais pu gagner sans l'holocauste&lt;/i&gt; &#187;. Le second ajoute : &#171; &lt;i&gt;Netanyahou, il a fait un peu expr&#232;s de laisser faire pour reconqu&#233;rir Gaza&lt;/i&gt; &#187;. Qui sont-ils ? O&#249; s'expriment-ils ? Combien de temps s'&#233;coulera-t-il avant qu'ils ne soient injuri&#233;s dans tous les m&#233;dias, convoqu&#233;s par la police et gard&#233;s &#224; vue ? Eh bien il s'agit respectivement de Daniel Cohn-Bendit et de Luc Ferry, &lt;a href=&#034;https://x.com/LoeilMedias1/status/1924422709867368941&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#231;a se passe sur LCI&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et nous sommes le 19 mai 2025. Quant &#224; la r&#233;probation publique et &#224; la convocation au commissariat, nous attendons encore. Ainsi va la tectonique des plaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ahurissant &lt;a href='https://www.elcorreo.eu.org/https}}:/www.blast-info.fr/articles/2025/genocide-a-gaza-le-grand-retournement-uXFjjJA9RfiibufbAsSQOQ'&gt;&lt;strong&gt;retournement de veste&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; qui s'op&#232;re sous nos yeux, et l'autoblanchiment collectif &#224; sa suite, resteront comme un cas d'&#233;cole dans l'histoire de la propagande. Un retournement venu de la r&#233;gion la plus hypocrite du bloc propagandiste : les &#171; humanistes &#187;. Horvilleur, Sfar, Sinclair. C&#233;l&#233;br&#233;s pour leurs grandes consciences &#8211; qui s'&#233;taient parfaitement accommod&#233;es de dix-huit mois de massacre de masse, avaient tra&#238;n&#233; dans la boue ceux qui, ayant vu juste du tout d&#233;but, ont pris tous les risques : symboliques, juridiques, physiques m&#234;mes, pour hurler contre le crime g&#233;nocidaire et contre l'ignoble assimilation de tout soutien &#224; la Palestine &#224; de l'antis&#233;mitisme. Les intouchables ayant donn&#233; le signal, la masse des n&#233;gateurs s'est mim&#233;tiquement &#233;branl&#233;e, faisant mine d'ouvrir les yeux &#8211; mieux : pr&#233;tendant les avoir eus toujours ouverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment les &#171; humanistes &#187; ont-ils fini par se d&#233;cider ? Non par un mouvement de conscience universelle, mais pour prot&#233;ger une s&#233;rie d'int&#233;r&#234;ts : &#224; commencer par les leurs propres, symboliques et r&#233;putationnels, trop menac&#233;s de persister ainsi &#224; la remorque d'un crime qui passe toutes les bornes ; ceux du projet sioniste ensuite dont il faut imp&#233;rativement tenter de maintenir &#224; flot les cr&#233;ances politiques et morales en plein naufrage, pr&#233;cis&#233;ment en en incarnant le visage &#171; humaniste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et voici n&#233;anmoins l'os mis &#224; nu : &lt;/strong&gt; la question du sionisme, l'axiome qu'il fallait pr&#233;server &#224; tout prix, que ce soit par la silenciation, ou bien par la contrition mais qui maintient l'essentiel &#8211; le lieu o&#249;, pendant le grand retournement, la r&#233;pression continue. Socialistes et &#233;cologistes, rang&#233;s d&#232;s le 7 octobre dans le camp colonial, n&#233;gateurs de soixante-dix-sept ans d'occupation, censeurs de toutes les voix qui tentaient de faire entendre la cause palestinienne, mutiques au massacre tant que l'autorisation de parler n'avait pas &#233;t&#233; donn&#233;e, socialistes et &#233;cologistes votent il y a un mois l'inf&#226;me &lt;a href=&#034;https://tsedek.fr/2025/04/25/proposition-de-loi-contre-lantisemitisme-une-instrumentalisation-au-service-de-la-mise-au-pas-de-luniversite/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;loi de censure universitaire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; qui reconduit l'&#233;galit&#233; de l'antisionisme et de l'antis&#233;mitisme &#8211; et p&#233;nalise le premier au nom du second. Et ceci, suppl&#233;ment d'aberration, alors m&#234;me que la cat&#233;gorie de sionisme est l'unique moyen de ne pas charger indistinctement tous les Juifs d'un crime auquel nombre d'entre eux ne se reconnaissent aucune part. De sorte que l'antisionisme n'est pas l'&#233;quivalent de l'antis&#233;mitisme : il en est l'unique rempart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien admettre qu'en ces lieux la panique europ&#233;enne est &#224; son comble : au nom de quoi les auteurs du jud&#233;ocide pourraient-ils trouver &#224; redire &#224; l'&#201;tat d'Isra&#235;l ? L'&#233;crasante culpabilit&#233; historique, compliqu&#233;e d'une &lt;a href=&#034;https://rebellyon.info/La-captation-du-mot-juif-par-l-Occident-25356&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;conversion philos&#233;mite des plus troubles&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ont logiquement conduit &#224; un blanc-seing &#8211; et le message a &#233;t&#233; re&#231;u. Or voil&#224; : il n'y aura aucun r&#232;glement ni dans la r&#233;gion ni &#8211; par un classique effet de retour &#8211; ici, &#224; moins de sortir de la mis&#233;rable euph&#233;misation humanitaire des &#171; humanistes &#187;, et de refaire de la politique, c'est-&#224;-dire de remettre l'indiscutable en discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En commen&#231;ant par savoir quel sens on donne aux mots. On connait les multiples d&#233;finitions historiques, doctrinales, du sionisme et de l'antisionisme. On peut aussi en prendre une vue conceptuelle. Par exemple, en disant ceci : par sionisme, il faut entendre la position politique qui consid&#232;re que l'installation de l'&#201;tat d'Isra&#235;l sur une terre d&#233;j&#224; habit&#233;e, et par expulsion de ses habitants, ne pose aucun probl&#232;me &lt;i&gt;de principe&lt;/i&gt;. Antisionisme s'en d&#233;duit comme la position politique qui consid&#232;re, elle, que l'installation de l'&#201;tat d'Isra&#235;l en terre de Palestine pose un probl&#232;me de principe. Outre sa simplicit&#233;, cette d&#233;finition a pour avantage d'&#234;tre ouverte, c'est-&#224;-dire de poser un probl&#232;me dont elle ne pr&#233;suppose pas la solution. C'est pourquoi seul un grossier mensonge peut donner l'antisionisme pour un projet &#171; &lt;i&gt;de jeter les Juifs d'Isra&#235;l &#224; la mer&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, si indiscutable qu'elle ait sembl&#233; apr&#232;s la Shoah, la promesse sioniste de donner aux Juifs pas seulement un &#201;tat, mais, comme il est coutume de le dire, &#171; &lt;i&gt;un &#201;tat o&#249; ils puissent vivre en s&#251;ret&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#233;tait une fausse &#233;vidence d&#232;s le d&#233;part, en fait m&#234;me une contradiction dans les termes. Il lui aurait fallu une &lt;i&gt;terra nullius&lt;/i&gt; pour ne pas l'&#234;tre. Du moment que la terre &#233;tait &#224; un premier occupant, l'&#201;tat d'Isra&#235;l pouvait voir le jour, mais il ne conna&#238;trait pas la s&#251;ret&#233; : on ne d&#233;poss&#232;de pas les gens sans qu'ils ne se battent pour r&#233;cup&#233;rer ce qui leur appartient. Alors la faillite de l'&#171; Occident &#187; europ&#233;en s'est &#233;lev&#233;e au carr&#233;, et le meurtre industriel de masse des Juifs a &#233;t&#233; &#171; r&#233;par&#233; &#187; par un am&#233;nagement politique impossible : Isra&#235;l. Dont Shlomo Sand donne &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/090124/shlomo-sand-historien-l-etat-juif-n-pas-d-avenir-sans-les-palestiniens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;le terrible r&#233;sum&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Les Europ&#233;ens nous ont vomis sur les Arabes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; o&#249; nous en sommes soixante-dix-sept ans plus tard. Le massacre g&#233;nocidaire n'est pas un tour malencontreux pris par le cours des &#233;v&#233;nements, encore moins l'effet d'un dirigeant monstrueux dont il suffirait de se d&#233;barrasser. Car la v&#233;rit&#233; est qu'une part effrayante de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne elle-m&#234;me est devenue litt&#233;ralement insane. Un autre titre pour ce texte aurait pu &#234;tre : &#171; &#192; ciel ouvert &#187;. Il y avait Gaza depuis 2005 comme prison &#224; ciel ouvert ; Gaza aujourd'hui comme camp de concentration &#224; ciel ouvert. Et puis il y a maintenant des pans entiers de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne (et diasporique) comme h&#244;pital psychiatrique &#224; ciel ouvert. Un psychologue isra&#233;lien, Yoel Elizur, professeur &#224; la &lt;i&gt;Hebrew University of Jerusalem&lt;/i&gt; a recueilli &lt;a href=&#034;https://www.haaretz.com/opinion/2024-12-23/ty-article-opinion/.premium/when-you-enter-gaza-you-are-god-inside-the-minds-of-idf-soldiers-who-commit-war-crimes/00000193-f2a4-dc18-a3db-fee62b540000&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;les t&#233;moignages&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de soldats isra&#233;liens d&#233;ploy&#233;s &#224; Gaza. L'un dit : &#171; &lt;i&gt;Quand on entre dans Gaza, on est Dieu. Je me sentais comme&#8230; comme un nazi. C'&#233;tait exactement comme si on &#233;tait les nazis, et eux les Juifs&lt;/i&gt; &#187;. De quel vertige n'est-on pas saisi &#224; contempler cette catastrophe totale : psychique, politique et historique ? Que n'apprendra-t-on des abominations sadiques qui se sont commises au camp de torture de Sde Teiman quand la v&#233;rit&#233; sera faite ? Que dire de la perversion qui rassemble des affam&#233;s &#224; un point de ravitaillement pour leur tirer dessus au canon ? Les r&#233;seaux sociaux sont inond&#233;s de vid&#233;os de militaires documentant eux-m&#234;mes leur jouissance massacreuse, et de civils hurlant la leur au spectacle du massacre, r&#233;clamant au passage qu'on n'oublie pas les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira que des d&#233;jections de r&#233;seaux sociaux, m&#234;me nombreuses, ne donnent pas une image repr&#233;sentative de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Bien s&#251;r il y a les autres, soldats moralement effondr&#233;s, r&#233;servistes qui refusent &#171; &lt;i&gt;d'y retourner&lt;/i&gt; &#187;, opposants de toujours au consensus colonial devenu consensus &#233;radicateur. &lt;a href=&#034;https://www.hors-serie.net/emissions/israel-contre-les-juifs/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Eyal Sivan&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; en rappelle les proportions : insignifiantes. Un &lt;a href=&#034;https://www.haaretz.com/israel-news/2025-05-28/ty-article-magazine/.premium/yes-to-transfer-82-of-jewish-israelis-back-expelling-gazans/00000197-12a4-df22-a9d7-9ef6af930000&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;sondage&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; publi&#233; dans &lt;i&gt;Haaretz&lt;/i&gt; estime &#224; 82 % la part des Isra&#233;liens qui soutiennent l'expulsion compl&#232;te des palestiniens de Gaza, &#224; 65 % ceux qui adh&#232;rent &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2024/04/SCHATTNER/66745&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;au mythe &lt;i&gt;d'Amalek&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et au commandement de sa destruction. Le corps central de cette soci&#233;t&#233; sombre dans la folie pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vient fatalement un moment o&#249; les projets politiques de domination livrent leur v&#233;rit&#233; et r&#233;v&#232;lent leur vraie nature. Voil&#224; donc tous les caract&#232;res fondamentaux du sionisme expos&#233;s en pleine lumi&#232;re, &#224; la face du monde : il est colonial, raciste &#8212; mais cela nous le savions d&#233;j&#224; &#8212;, et s'il le faut g&#233;nocidaire &#8212; voil&#224; ce que nous savons maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est somme toute logique : il n'y a pas plus de sionisme &#224; visage humain que de possibilit&#233; d'un &#201;tat s&#251;r pour les Juifs sur une terre &lt;i&gt;conquise par la force&lt;/i&gt;. Ici s'ouvre l'alternative historique. Soit la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne persiste dans son mouvement exterminateur d&#233;cha&#238;n&#233;, mais alors elle p&#233;rit moralement sur pied, et en fait pr&#233;pare son effondrement terminal. Soit elle r&#233;alise que, du moment o&#249; elle a commis la catastrophe de la Nakba, elle pr&#233;parait la sienne propre, et alors elle aper&#231;oit l'unique possibilit&#233; d'une pr&#233;sence juive en terre de Palestine : &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; &#201;tat, binational, totalement &#233;galitaire &#8211; comme souvent, c'est l'utopie apparente qui est le r&#233;alisme v&#233;ritable. Il y a 7 millions de Juifs en Isra&#235;l, ils ne partiront pas, personne ne le demande, aucune position antisioniste s&#233;rieuse ne le demande. La demande antisioniste est d'une simplicit&#233;&#8230; biblique : l'&#233;galit&#233;. L'&#233;galit&#233; pour tous les occupants, l'&#233;galit&#233; en dignit&#233; et en droit, l'&#233;galit&#233; du droit au retour pour les r&#233;fugi&#233;s, l'&#233;galit&#233; en tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprendra sans difficult&#233; les niveaux d'angoisse que pareille perspective pourra faire na&#238;tre chez la plupart des Isra&#233;liens, ou des Juifs de la diaspora. &#192; plus forte raison de ce que, apr&#232;s la Shoah, il &#233;tait in&#233;vitable que l'angoisse soit la formation affective qui domine la condition juive &#8211; aussi celle qui explique les r&#233;actions de violence et de d&#233;sorientation insens&#233;e d&#232;s que la solution anxiolytique &#171; Isra&#235;l &#187; se trouve mise en question : &#171; &lt;i&gt;est anormal, antihumain que le monde entier soit antis&#233;mite&lt;/i&gt; &#187; explique &lt;a href=&#034;https://x.com/DebunkerNews/status/1931731450887291250&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Elie Chouraqui&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, totalement parti, &#224; un Luc Ferry sid&#233;r&#233;. Mais l'intensit&#233; des affects ne change rien aux donn&#233;es objectives de la situation : une terre a &#233;t&#233; prise &#224; ses occupants. Il n'y a rien, pas m&#234;me la Shoah, qui puisse effacer, encore moins justifier, ce fait originel. L'alternative fondamentale demeure : sauf la fuite en avant massacreuse, le forfait fondateur de l'&#201;tat d'Isra&#235;l ne connaitra aucune autre r&#233;solution que l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Circonstances&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce texte aurait d&#251; &#234;tre prononc&#233; le 16 juin 2025 dans le cadre d'une soir&#233;e du festival &#171; &lt;strong&gt;D&#233;colonisons&lt;/strong&gt; &#187;. &#171; Aurait d&#251; &#187; car, le matin m&#234;me, nous d&#233;couvrons, sans que les organisateurs en aient averti quiconque, que Fran&#231;ois Ruffin a &#233;t&#233; rajout&#233; au dernier moment sur l'affiche. Quelle riche id&#233;e. Et pourquoi pas Olivier Faure, ou Rapha&#235;l Glucksmann ? Planqu&#233; pendant dix-huit mois, faisant faire par Fakir en mai 2024 un long entretien avec Joann Sfar, envoyant en continu &#224; la cantonade m&#233;diatique tous les signaux ad&#233;quats, depuis &#171; &lt;i&gt;moi je ne suis pas dans le camp de la gauche antis&#233;mite&lt;/i&gt; &#187;, jusqu'&#224; &#171; &lt;i&gt;moi je ne tombe pas dans la drague &#233;lectoraliste des Arabes des quartiers&lt;/i&gt; &#187;, en passant par &#171; &lt;i&gt;si c'est contre l'islamophobie j'ai foot&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;regardez comme &#171; il &#187; est violent et moi raisonnable&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire cochant m&#233;thodiquement toutes les cases de l'onction &#233;ditocratique, Ruffin, voit la roue tourner et ce qu'il lui reste de cr&#233;ance de gauche partir en b&#233;chamel. Aller se refaire en partageant une tribune &#171; &lt;i&gt;Palestine&lt;/i&gt; &#187; &#233;tait une occasion qui ne se refusait pas, et qu'&#224; l'&#233;vidence une partie du &#171; &lt;i&gt;comit&#233; d'organisation&lt;/i&gt; &#187; ne s'est pas refus&#233;e non plus. Que, sous le coup de la bronca des intervenants, les organisateurs aient in extremis sorti Ruffin du programme ne recr&#233;ait pas pour autant les conditions d'une participation &#224; une entreprise aussi bien inspir&#233;e. Le texte qui devait &#234;tre dit l&#224;-bas aura donc trouv&#233; une bien meilleure place ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt; pour son blog personnel &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/le-sionisme-et-son-destin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; Paris, le 19 juin 2025&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;b&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; es un economista franc&#233;s que trabaja con la filosof&#237;a, segun su propia definici&#243;n, director de investigaci&#243;n en el CNRS en Par&#237;s. Es el autor de &#171; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Raisons d'agir&lt;/i&gt;, octubre de 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fascisme, d&#233;finition </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Fascisme-definition</link>
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		<dc:date>2025-03-22T10:28:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Il devrait commencer &#224; &#234;tre assez clair, quand des milices d&#233;filent dans Paris au cri de &#171; Paris est nazi &#187;, et poignardent des militants de gauche, que ce vers quoi nous nous dirigeons m&#233;rite d'&#234;tre appel&#233; &#171; fascisme &#187;. Fr&#233;d&#233;ric Lordon (...)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il devrait commencer &#224; &#234;tre assez clair, quand des milices d&#233;filent dans Paris au cri de &#171; Paris est nazi &#187;, et poignardent des militants de gauche, que ce vers quoi nous nous dirigeons m&#233;rite d'&#234;tre appel&#233; &#171; fascisme &#187;. C'est clair, et en m&#234;me temps pas encore si clair. Il se trouve que dans l'&#233;pisode en question, la r&#233;f&#233;rence historique directement convoqu&#233;e, il n'y a pas mati&#232;re &#224; interpr&#233;ter sans fin. C'est d'ailleurs bien le drame qu'il faille des affichages aussi nettement reconnaissables pour que le commentaire conc&#232;de &#171; fascisme &#187;. Il faudra probablement les croix gamm&#233;es au fronton des &#233;difices publics pour que &lt;i&gt;La Nuance&lt;/i&gt; accorde le danger d'une d&#233;rive fasciste &#8211; pour l'heure, on consent &#224; dire &#171; illib&#233;ral &#187;, et encore : les jours de grande &#233;bri&#233;t&#233; politique. Il est vrai que certains en sont toujours, quatre-vingts ans plus tard, &#224; d&#233;nier, contre la collaboration et les rafles, qu'il y eut quoi que ce soit comme un fascisme fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus d'obstacle n'est malheureusement pas circonscrit &#224; la presse bourgeoise. Pour des raisons qui tiennent &#224; des exigences suppos&#233;es de rigueur historique et &#224; des arri&#232;re-pens&#233;es politiques moins avouables, de nombreux secteurs de la gauche critique ne veulent simplement pas dire &#171; fascisme &#187; &#8211; c'est qu'une &#171; panique fasciste &#187; est mauvaise conseill&#232;re, fait les ru&#233;es &#233;lectorales et les fronts r&#233;publicains assembl&#233;s n'importe comment, bref l'errance des masses. Voil&#224; pour les arri&#232;re-pens&#233;es politiques. Quant aux exigences de rigueur, on les abrite derri&#232;re &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicos_Poulantzas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Poulantzas&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, Marx ou Gramsci &#8211; alors on dit : &#171; &#201;tat autoritaire &#187;, &#171; bonapartisme &#187; ou &#171; c&#233;sarisme &#187;. Mais surtout pas &#171; fascisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous sortons du &#171; bonapartisme &#187; ou du &#171; c&#233;sarisme &#187; quand l'&#201;tat autoritaire se branche sur l'&#233;l&#233;ment raciste au-del&#224; d'un certain seuil &#8211; car, &#171; branch&#233; &#187;, il l'est quasi constitutivement, en tant qu'&#201;tat &lt;i&gt;du capital&lt;/i&gt;, par cons&#233;quent, &#201;tat &lt;i&gt;racial&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon la th&#232;se de David Goldberg, reprise et d&#233;velopp&#233;e par Houria (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, depuis les pr&#233;dations de l'accumulation primitive jusqu'au traitement contemporain des populations issues de la colonisation ou de l'esclavage. Il y a, pour autant, des franchissements de seuil qui font des diff&#233;rences qualitatives, ainsi quand le racisme &lt;i&gt;syst&#233;mique&lt;/i&gt; d'&#201;tat commence &#224; se formuler dans la modalit&#233; &lt;i&gt;syst&#233;matique&lt;/i&gt; de la d&#233;portation. La formulation est d&#233;sormais explicite dans les &#201;tats-Unis de Trump, elle ne tardera pas &#224; le devenir dans la France de Le Pen-Retailleau. Dans les deux cas, l'alliance du charter et de la tron&#231;onneuse a de l'avenir &#8211; accessoirement on verra bien jusqu'&#224; quand le PS fera semblant de ne rien remarquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est m&#234;me pas certain que cette &#233;volution pourtant aveuglante suffise &#224; d&#233;sarmer les r&#233;ticences, et ceci tant que tout le saint-frusquin fasciste, uniformes, brassards et oriflammes, ne se voit pas &#224; nouveau dans les rues (et quand bien m&#234;me il commence &#224; y &#234;tre d&#233;j&#224;&#8230;). Il est vrai que la fixation sur les signes ext&#233;rieurs r&#233;pertori&#233;s par l'Histoire et bien identifi&#233;s demeure l'obstacle principal &#224; faire reconna&#238;tre le &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; quand il se donne sous une forme &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;. S'il n'avait pas pr&#233;vu la variante &#171; immobili&#232;re &#187; du trumpisme, Orwell avait pourtant mis en garde contre les r&#233;surgences m&#233;connaissables : le fascisme en &#171; chapeau melon et parapluie roul&#233; &#187; &#8211; ou bien en casquette rouge &#171; MAGA &#187;. C'&#233;tait l&#224; l'essentiel, et comme il n'a pas &#233;t&#233; entendu, le fascisme est demeur&#233; dans son statut d'hapax, impropre &#224; penser la politique contemporaine. Il n'y a qu'un rem&#232;de &#224; la fixation dans les images &#8211; particuli&#232;res &#8211; : le concept &#8211; qui, lui, est g&#233;n&#233;ral. Par cons&#233;quent susceptible d'&#234;tre d&#233;clin&#233; en &lt;i&gt;configurations historiques&lt;/i&gt;, y compris d'accueillir celles que nous ne connaissons pas encore. Tant qu'un concept n'en aura pas &#233;t&#233; propos&#233;, le fascisme restera une &#233;vocation historique intransposable. Il est bien certain qu'une d&#233;finition n'indique ni les causes ni les issues de secours. Mais on a plut&#244;t int&#233;r&#234;t &#224; nommer ad&#233;quatement pour identifier et les unes et les autres &#8211; et puis m&#234;me une simple nomination a des effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est g&#233;n&#233;ralement le moment o&#249; l'on invoque Umberto Eco et ses &#171; &lt;a href=&#034;https://tarage.noblogs.org/files/2021/12/Reconnaitre-le-fascisme.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;14 signaux &#224; quoi reconnaitre le fascisme&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;. C'est bien cette direction qu'il faut suivre. Mais pas avec 14 crit&#232;res. 14 crit&#232;res ne font pas un concept, ou une d&#233;finition : ils font une description. Et m&#234;me une d&#233;calcomanie &#8211; de la premi&#232;re occurrence historique. Dont pr&#233;cis&#233;ment le tableau ne sera jamais reproduit &#224; l'identique &#8211; par cons&#233;quent sans utilit&#233; pour penser des r&#233;actualisations originales.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Un concept : pas facile.&lt;/strong&gt; Donc il faut commencer par essayer.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Essai :&lt;/strong&gt; par fascisme, il faut entendre la combinaison de 3 &#233;l&#233;ments.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Un &#201;tat autoritaire. D'une part, engag&#233; dans la normalisation institutionnelle de tous les secteurs de la production des id&#233;es : &#233;ducation, recherche, culture, m&#233;dias &#8211; la purge &#171; antiwoke &#187; des institutions de service public &#233;tats-uniennes est sans doute appel&#233;e &#224; faire mod&#232;le du genre. Un &#201;tat, d'autre part, resserr&#233; sur son appareil de force, police-justice acquise &#224; son orientation id&#233;ologique, sans doute &#233;galement arm&#233;e, employable &#224; des fins polici&#232;res, appareil formel articul&#233; &#224; des prolongements informels, groupuscules satellites, milices de rue chauff&#233;es par des milices num&#233;riques, dans un mouvement d'explosion de toutes les normes de la violence politique &#8211; parmi les &#171; signaux &#187; (et non les &#233;l&#233;ments de d&#233;finition), il entrera &#224; coup s&#251;r l'apparition des assassinats politiques. On peut malheureusement pronostiquer que c'est pour bient&#244;t. En tout cas, la seule r&#232;gle en mati&#232;re de violence politique avec le fascisme est qu'il faut s'attendre &#224; &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Une instrumentalisation syst&#233;matique des &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=D1yzj7RkaNE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;tresses identificatoires et des passions p&#233;nulti&#232;mes&lt;/a&gt;, en d'autres termes : conduire une majorit&#233; des domin&#233;s, objectivement maltrait&#233;s par l'ordre socio-&#233;conomique et symboliquement d&#233;grad&#233;s, &#224; se refaire en se retournant, non contre les dominants mais contre plus domin&#233;s qu'eux, plus pr&#233;cis&#233;ment contre quelque partie de la soci&#233;t&#233; pos&#233;e comme inf&#226;me et symboliquement construite &#224; cette fin d'&#233;monctoire.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Une doctrine civilisationnelle-hi&#233;rarchique, prolong&#233;e en horizon apocalyptique, gros de menaces &#171; existentielles &#187;. Veut-on des &#171; signes &#187; ou des &#171; signaux &#187; de r&#233;surgence fasciste ? la prolif&#233;ration du mot &#171; existentiel &#187; en est un par excellence. Il est le concentr&#233; parano&#239;aque du fascisme. Et la cl&#233; de ses autorisations &#224; la violence : car s'il y a &#171; menace existentielle &#187;, alors il est pos&#233; une question &#171; de vie ou de mort &#187;, et dans ces conditions de &#171; p&#233;ril vital &#187;, &lt;i&gt;tout est permis&lt;/i&gt;. Tirer &#224; la mitrailleuse sur les canots de migrants sera permis puisque le Grand remplacement est notre an&#233;antissement. G&#233;nocider les Gazaouis et proc&#233;der au nettoyage ethnique des survivants est permis puisque la Palestine en elle-m&#234;me est une &#171; menace existentielle &#187; pour Isra&#235;l. Comme la Russie nous le sera s'il faut envisager une guerre ext&#233;rieure pour faire oublier le p&#233;trin int&#233;rieur.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Du concept &#224; la r&#233;alit&#233; : o&#249; en sommes-nous ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tout se met bien en place. La bourgeoisie de pouvoir, politique et tout autant m&#233;diatique, a d&#233;sormais &#233;lu le racisme anti-Arabe comme sa nouvelle valeur directrice &#8211; de l'affaire Benlazar aux destins compar&#233;s de B&#233;tharram et du lyc&#233;e Averro&#232;s, l'actualit&#233; r&#233;cente n'en finit pas de confirmer celle qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e. Toutes les droites fusionnent dans un bloc id&#233;ologiquement homog&#232;ne d'extr&#234;me droite, macronisme compris &#233;videmment, qui aura si bien pr&#233;par&#233; le terrain pendant huit ans. Les m&#233;dias dominants n'ont plus qu'un unique agenda : faire barrage. Mais &#224; la gauche. En France, LFI est antis&#233;mite, le RN est r&#233;publicain. Aux &#201;tats-Unis, tout ce qui est &#224; la gauche de Trump est &#171; communiste &#187;. Le pr&#233;sident-bis y fait un salut nazi, l'&#233;ditorialisme pense y voir une effusion un peu maladroite. M&#234;me quand l'image historique est l&#224; sous nos yeux, il demeure possible de ne pas voir. D'ailleurs, une radio de service public examine les potentialit&#233;s d'une &#171; Riviera &#224; Gaza &#187;. Le processus suit sa trajectoire nominale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Frederic-Lordon&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour son blog &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/fascisme-definition&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 19 f&#233;vrier 2025&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;b&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; est un &#233;conomiste qui travaille avec la philosophie, selon sa propre d&#233;finition, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l'auteur de &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, octobre 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Fascisme-definition&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 22 mars 2025.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon la th&#232;se de David Goldberg, reprise et d&#233;velopp&#233;e par &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Houria_Bouteldja&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Houria Bouteldja&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, voir &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/David_Theo_Goldberg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;David Theo Golberg&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wiley.com/en-us/The+Racial+State-p-9780631199212&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Racial State&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, Wiley-Blackwell, 2001 ; Houria Bouteldja, &lt;a href=&#034;https://lafabrique.fr/beaufs-et-barbares/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Beaufs et barbares. Le pari du nous&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, La Fabrique, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fr&#233;d&#233;rique Lordon : &#171; CRISE TOTALE &#187;M&#234;me arc d'une crise Totale [partout dans le monde].</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Frederique-Lordon-CRISE-TOTALE-Meme-arc-d-une-crise-Totale-partout-dans-le-monde</link>
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		<dc:date>2024-08-13T14:11:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;rique Lordon : CRISE TOTALE. Des orthop&#233;distes de l'h&#244;pital Pompidou de Paris oblig&#233;s, faute de moyens, de bricoler des f&#233;murs avec des broches de tibias. M&#234;mes causes, m&#234;me arc d'une crise Totale partout dans le monde (...)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des orthop&#233;distes de l'h&#244;pital Georges Pompidou oblig&#233;s, faute de moyens, de bricoler des f&#233;murs avec des broches de tibias jusqu'&#224; l'&#233;lection de Braun-Pivet par des individus auto-maintenus ministres-d&#233;put&#233;s (sans le secours de Schr&#246;dinger) : le m&#234;me arc d'une crise. Totale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On n'imagine pas combien le processus de &lt;i&gt;destruction d'une soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; peut &#234;tre rapide sit&#244;t qu'elle est aux mains d'une clique o&#249; se m&#234;lent pervers et imb&#233;ciles. Logiquement, le processus de destruction qui a d'abord &#233;t&#233; visible dans la sph&#232;re mat&#233;rielle, avec l'explosion de la pauvret&#233; et la d&#233;molition &lt;i&gt;m&#233;thodique&lt;/i&gt; des services publics, finit par gagner les &#233;tages sup&#233;rieurs, celui des institutions politiques, quand le corps social, exprimant &#233;lectoralement son refus, produit une donne parlementaire-gouvernementale qui envoie le r&#233;gime entier en erreur-syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;piph&#233;nom&#232;ne d'une crise en premi&#232;re instance mat&#233;rielle, la crise politique en cristallise toutes les contradictions en le lieu o&#249; elles sont normalement accommod&#233;es &#8212; et o&#249; visiblement elles ne peuvent plus l'&#234;tre. La crise devient totale en ce moment pr&#233;cis o&#249; plus aucune des institutions, plus aucune des &lt;i&gt;m&#233;diations&lt;/i&gt;, n'est capable de reprendre des tensions &#233;conomiques et sociales exc&#233;dant maintenant leur pouvoir d'accommodation : ni la m&#233;diation proprement politique, ni la m&#233;diation m&#233;diatique, ni la m&#233;diation syndicale ne sont plus &#224; la hauteur de leur travail de &#171; r&#233;gulation &#187; du cours de la vie collective. La ph&#233;nom&#233;nale formation d'&#233;nergie politique, enrag&#233;e, est maintenant priv&#233;e de toute solution de reprise institutionnelle. La nature ayant horreur du vide, cette &#233;nergie ne s'&#233;vaporera pas : elle se trouvera n&#233;cessairement une solution d'expression alternative &#8212; mais, l&#224; encore logiquement : hors institutions. Dit autrement : trop de forces concourent maintenant &#224; ce que &#231;a explose, si nul ne peut encore dire ni o&#249; ni quand ni sous quelle forme ni de quelle mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;D&#233;mocratie&lt;/i&gt; &#187; de confiscation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lieu d'enregistrement des tensions et des contradictions mont&#233;es de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re, la sph&#232;re politique-institutionnelle est celle dont la faillite est le plus spectaculaire. Que cette m&#233;diation-l&#224; ne m&#233;die plus rien, n'enregistre plus rien, ne retraite plus rien, nous le savons depuis la s&#233;quence 2005-2008 du &#171; &lt;i&gt;non-TCE&lt;/i&gt; &#187; converti en &#171; oui-Trait&#233; de Lisbonne &#187;. Mais les tensions n'ont plus cess&#233; de cro&#238;tre depuis. Elles ont m&#234;me &#233;t&#233; port&#233;es &#224; des niveaux sans pr&#233;c&#233;dent sous le gouvernement des brutes qui violentent la soci&#233;t&#233; avec la m&#234;me candeur et la m&#234;me indiff&#233;rence qu'on arrache deux brins d'herbe &#8212; et nous aurons v&#233;cu le gouvernement des sourires imb&#233;ciles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui de la psychose et de la perversion sous leurs formes les plus agressives &#233;galement &#8211; et il s'agit d'un peu autre chose que de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://x.com/marinetondelier/status/1816009661302141128&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; triche au Monopoly &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; ou de &lt;a href=&#034;https://x.com/bourmeau/status/1816013611367616557&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; gamins capricieux &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Car au sommet des institutions autocratiques de la Ve R&#233;publique, et autoris&#233; par elles, il y a un &lt;i&gt;type&lt;/i&gt; sp&#233;cial. Qui, emport&#233; par les n&#233;cessit&#233;s de sa complexion psychique, ne r&#233;pond plus de rien &#224; personne. Ne connait plus aucune norme sociale, ne se soumet plus &#224; aucun &#171; esprit &#187; (celui des lois, ou des institutions), plus &#224; aucune d&#233;cence &#8212; et envisage donc sans le moindre battement de cil de laisser en place pour un temps ind&#233;termin&#233; le gouvernement d&#233;fait deux fois, de faire voter &#224; l'Assembl&#233;e ses ministres-d&#233;put&#233;s, et de multiplier les scandales d&#233;mocratiques jusqu'aux limites du coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les destructions dont Macron et le macronisme se seront rendus coupables, celles de ces constructions invisibles qui font la doublure des institutions formelles, et en fait la condition de leur bonne op&#233;ration, comptent peut-&#234;tre parmi les pires : destruction des principes qui, s'ils sont non-&#233;crits, doivent gouverner les comportements ; destruction de toute moralit&#233; politique sans laquelle il n'est plus de l&#233;gitimit&#233; de l'institution politique. Il n'&#233;tait pas fortuit d'&#233;voquer le scandale du TCE de 2005 : celui du vol de la l&#233;gislative 2024, car il n'y a pas d'autre mani&#232;re de dire, le confirme quoique en le portant &#224; un niveau o&#249; l'on se demande si un seul scrutin pourra d&#233;sormais y survivre. L'&#171; esprit des lois &#187; ne se voit pas ? Il n'en ira pas exactement de m&#234;me des effets de sa ruine.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;M&#233;dias de fascisation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et pendant ce temps, la m&#233;diation m&#233;diatique avalise tout : toutes les d&#233;molitions, tous les passages de cap, toutes les r&#233;gressions d&#233;mocratiques : depuis les plus mis&#233;rables proc&#233;d&#233;s &#224; faire entrer dans les m&#339;urs &#8211; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/sport/article/2024/07/24/grace-aux-jeux-olympiques-paris-se-metamorphose_6256914_3242.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; les in&#233;vitables QR codes &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; des JO &#8212; jusqu'aux plus formidables outrages &#8212; en refusant de nommer la premi&#232;re ministre &#224; laquelle le NFP a gagn&#233; titre par son score &#233;lectoral, Macron ne se livre pas &#224; un coup d'&#201;tat : il &#171; &lt;i&gt;temporise&lt;/i&gt; &#187;. Le &#171; &lt;i&gt;quotidien de r&#233;f&#233;rence&lt;/i&gt; &#187; en est l&#224;. On imagine le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste, c'est l'&#233;gout audiovisuel. Comment continuer de lui appliquer la cat&#233;gorie de &#171; journalisme &#187;, c'est un myst&#232;re. Qui peut d&#233;cemment soutenir que Ruth-&#171; &lt;i&gt;Je suis &#224; votre disposition&lt;/i&gt; &#187;-Elkrief est une journaliste ? Que Nathalie-&#171; &lt;i&gt;JLM1PB&lt;/i&gt; &#187;-Saint Cricq est une journaliste ? Ce sont des tenanci&#232;res d'officine de propagande. M&#233;lenchon d&#233;clare que &#171; &lt;i&gt;Tubiana est la mieux plac&#233;e pour comprendre qu'on est contre sa candidature&lt;/i&gt; &#187;, le bandeau BFM titre : &lt;i&gt;&#171; M&#233;lenchon : Tubiana &#8220;la mieux plac&#233;e&#8221; &#187;&lt;/i&gt;. LCI affiche des camemberts de r&#233;partition des si&#232;ges, le NFP qui arrive premier r&#233;cup&#232;re une tranche plus petite que le RN arriv&#233; troisi&#232;me. Un milliardaire catholique monte une machine de guerre ouvertement d&#233;di&#233;e &#224; promouvoir des id&#233;es d'extr&#234;me-droite, &lt;i&gt;France Info&lt;/i&gt; titre qu'il veut &lt;i&gt;&#171; faire gagner la droite &#187;&lt;/i&gt;. Met la photo de Ruffin quand Mathilde Panot d&#233;pose une proposition de loi d'abrogation de la retraite &#224; 64 ans. On est frapp&#233; par l'extraordinaire bassesse de proc&#233;d&#233;s &#8211; qui disent &#224; quoi en est r&#233;duite une h&#233;g&#233;monie pour se maintenir quand elle est devenue odieuse &#224; tous. Il y a quelque chose de plus franc, et pour tout dire de plus droit, dans la t&#233;l&#233;vision nord-cor&#233;enne. Dans le &lt;i&gt;monde libre&lt;/i&gt;, ne r&#232;gnent plus que la manipulation &#233;hont&#233;e, la diffamation ouverte, le mensonge sans limite de grossi&#232;ret&#233; &#8212; et litt&#233;ralement, si l'on en vient &#224; Gaza, le d&#233;lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a sans doute belle lurette que &#171; &lt;i&gt;les m&#233;dias&lt;/i&gt; &#187;, normalement en charge de cette m&#233;diation qui s'appelle &#171; &lt;i&gt;le d&#233;bat public&lt;/i&gt; &#187;, donc d'y repr&#233;senter les divers courants d'opinion, ne m&#233;diatisent plus rien, sinon les seuls int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie de pouvoir. Mais l'approfondissement de la crise organique a port&#233; le devenir-officine des m&#233;dias &#224; un point qu'une dystopie raisonnablement imaginative aurait difficilement envisag&#233;. Il est donc &#233;tabli qu'aucune vie minimalement d&#233;mocratique ne peut plus passer par eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau g&#233;n&#233;ral de cet avilissement m&#233;nage une place de choix au &#171; &lt;i&gt;r&#233;gulateur&lt;/i&gt; &#187; : l'Arcom. Qui ne r&#233;gule rien, encourage tout. Devenue par excellence l'institution de la honte &#8212; et la collaboratrice du processus de fascisation. Maintenir dans sa concession &lt;i&gt;CNews&lt;/i&gt; et son r&#233;jouissant degr&#233; de m&#233;pris manifest&#233; aussi bien &#224; ses obligations de &#171; &lt;i&gt;pluralisme&lt;/i&gt; &#187; qu'aux commissions amen&#233;es &#224; auditionner ses dirigeants ; refuser la seule candidature d'un m&#233;dia de gauche (&lt;i&gt;Le M&#233;dia&lt;/i&gt;) ; pr&#233;f&#233;rer y ajouter, en la cha&#238;ne &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_K%C5%99et%C3%ADnsk%C3%BD&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Kretinsky&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;-Printemps r&#233;publicain&lt;/i&gt;, un canal ouvertement islamophobe de plus &#8212; un point de vue, il est vrai, injustement sous-repr&#233;sent&#233; dans le paysage m&#233;diatique actuel &#8212;, tout ceci constitue une sorte d'exploit dont il faudra bien faire l'analyse s&#233;rieuse, et m&#233;thodique : membre par membre du conseil de l'&lt;a href=&#034;https://www.arcom.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Arcom&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &#224; commencer par son pr&#233;sident, int&#233;r&#234;ts et r&#233;seaux de socialisation, trajectoires ant&#233;rieures et all&#233;geances ayant conduit &#224; de tels affaissements individuels, rapports de pouvoir et fonctionnements collectifs vicieux de l'institution elle-m&#234;me, etc. Or la faillite institutionnelle g&#233;n&#233;rale se reconna&#238;t &#224; la faillite de celles des institutions plac&#233;es en position &#171; d'appel &#187;, ou de dernier recours. &#192; l'Arcom, on n'offre ni appel ni recours &#224; rien, on n'enraye aucune glissade au d&#233;sastre : au contraire ! De l'huile, beaucoup d'huile, sur le toboggan des m&#233;dias racistes et fascisateurs ! Une vocation &#8212; et une responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement des institutions de rang sup&#233;rieur, celles m&#234;mes suppos&#233;es rattraper les d&#233;viations des institutions ordinaires, est le point ultime de la catastrophe institutionnelle &#8212; dans le champ des institutions politiques comme dans celui des institutions m&#233;diatiques : de m&#234;me que l'Arcom ne travaille qu'&#224; reconduire le pire, le Conseil Constitutionnel comme le Conseil d'&#201;tat se d&#233;clarent incomp&#233;tents pour juger des ministres-d&#233;put&#233;s. Mais alors, sans plus aucun appel nulle part, qui reste-t-il pour sauver les citoyens du d&#233;sarroi &#8212; et de la rage ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Syndicalisme de gestion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Normalement, la troisi&#232;me et derni&#232;re m&#233;diation : la m&#233;diation syndicale, institution d'un genre particulier, assur&#233;ment partie elle aussi du syst&#232;me institutionnel d'ensemble, mais proc&#233;dant selon ses voies singuli&#232;res : la manifestation, la gr&#232;ve. Sur le papier des voies extra-institutionnelles &#8212; mais devenues si &#233;troitement codifi&#233;es et si vid&#233;es de toute combativit&#233; r&#233;elle que le &#171; &lt;i&gt;extra&lt;/i&gt; &#187; n'a plus aucune consistance. Le syndicalisme par nature &#233;tait une institution &#171; &lt;i&gt;liminaire&lt;/i&gt; &#187;, une institution de marge, &#224; la bordure du syst&#232;me institutionnel &#171; &lt;i&gt;standard&lt;/i&gt; &#187;. Il est devenu une institution du milieu. Sophie Binet et la CGT, dit-on, font des avanc&#233;es inou&#239;es dans le champ politique &#8211; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/07/22/la-cgt-joue-la-carte-du-nouveau-front-populaire-un-tournant-politique-majeur_6255165_823448.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Monde&lt;/i&gt; y voit&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#171; &lt;i&gt;un tournant majeur&lt;/i&gt; &#187;, s'en effraye un peu. Il est vrai : Binet a articul&#233; autre chose que &#171; &lt;i&gt;Pas une voix pour le RN&lt;/i&gt; &#187;, elle a dit : &#171; &lt;i&gt;Voter pour le NFP&lt;/i&gt; &#187;. On est p&#233;trifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons que l'apprentissage de &#171; &lt;i&gt;la politique&lt;/i&gt; &#187; par Sophie Binet est progressif, tr&#232;s. Pour l'instant, &#171; &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; &#187; n'est compris que dans les coordonn&#233;es institutionnelles-&#233;lectorales &#8212; c'est vraiment la toute premi&#232;re le&#231;on. Qu'il y ait un autre sens du mot &#171; politique &#187;, et que c'est vers ce sens que l'apprentissage doive cheminer, plut&#244;t vite si possible &#233;tant donn&#233; les conditions actuelles, c'est la le&#231;on d'apr&#232;s. Cependant si lointaine encore. Alors la direction conf&#233;d&#233;rale part en vacances. Un coup d'&#201;tat est en cours, mais &#171; &lt;i&gt;JO&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;vacances&lt;/i&gt; &#187;. Sauvent l'honneur, ici la CGT Cheminots, l&#224; l'UD CGT-Paris. La direction conf&#233;d&#233;rale, elle, fait des communiqu&#233;s, appelle Macron &#224;, d&#233;clare qu'il faut qu'il &#8212; sous l'effet de quelle menace s&#233;rieuse, de quel rapport de force r&#233;el, on le saura sans doute apr&#232;s les JO, apr&#232;s les vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or quand l'heure est &#224; ce point au pi&#233;tinement de toute d&#233;mocratie, quand toutes les autres institutions ont fait faillite et qu'il n'existe plus aucune force r&#233;gulatrice dans le syst&#232;me d'ensemble &lt;i&gt;hormis un mouvement de masse&lt;/i&gt;, quand un tel mouvement a d'abord pour initiateur et pour coordinateur l'institution syndicale, et que l'institution syndicale est, elle aussi, &#224; ce point d&#233;faillante, le fond du fond est atteint : incompr&#233;hension radicale d'une situation et d'une responsabilit&#233; historiques, incapacit&#233; de s'y porter par enlisement dans les pratiques de rouage institutionnel. L'histoire ouvre des fen&#234;tres : le syndicalisme institutionnel y regarde passer les trains. 2023, 49.3, 90 % (de salari&#233;s oppos&#233;s &#224; la r&#233;forme des retraites) : une fen&#234;tre, rien. &lt;a href=&#034;https://institutlaboetie.fr/auteurs/stefano-palombarini/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Stefano Palombarini&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; 2024, &lt;a href=&#034;https://x.com/StefPalomba/status/1815834123233316989&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#224; l'adresse manifeste de la CGT&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; : cette fois, si vous ne vous bougez pas &lt;i&gt;s&#233;rieusement&lt;/i&gt;, vous aurez droit &#224; l'agenda Wauquiez. Et vous l'aurez cherch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propre des ossifications institutionnelles, c'est de faire perdre jusqu'au sens de ses int&#233;r&#234;ts vitaux. Il y a peut-&#234;tre eu &#171; sursaut &#187; dans les urnes, mais visiblement pas dans les directions syndicales &#8212; o&#249;, pourtant, ce serait le moment d'envisager de faire &lt;strong&gt; &lt;i&gt;autre chose&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;. Autre chose que l'unique journ&#233;e d'action de septembre qui est en train de se profiler &#8212; on descend, &#231;a ne sert &#224; rien, on rentre &#224; la maison, c'&#233;tait bien. Louper les fen&#234;tres ouvertes par l'histoire, c'est n'avoir aucune perception des colossaux surgissements d'&#233;nergie politique qui s'y forment, du relatif peu de chose qui suffirait pour la coordonner et la mettre en mouvement &#8212; et n'avoir non plus aucune anticipation des effets sensationnels qui pourraient s'ensuivre, pourvu simplement qu'on &lt;i&gt;essaye&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or &#224; l'&#233;vidence il ne faudra pas compter non plus sur la derni&#232;re m&#233;diation, syndicale, pour essayer. Dans son genre, pourtant, celle-ci a aussi le statut d'un dernier recours, celui qu'on active pour remettre d'&#233;querre les proc&#233;dures ordinaires quand elles commencent &#224; d&#233;railler. Mais le syndicalisme institutionnel est devenu une proc&#233;dure ordinaire parmi les proc&#233;dures ordinaires, au m&#233;pris de ce qui faisait originellement sa force : sa capacit&#233; &#224; mettre en mouvement des multitudes, c'est-&#224;-dire &#224; remanifester le fond pr&#233;-institutionnel de toute politique institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il n'y a plus aucune solution de recours nulle part, ni dans les institutions de rang sup&#233;rieur (Arcom, Conseil Constitutionnel) ni dans les institutions &#171; &lt;i&gt;liminaires&lt;/i&gt; &#187; (syndicats), alors, oui, la crise est &lt;i&gt;totale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Irruption&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Crise totale &#187;&lt;/strong&gt; ne veut certainement pas dire qu'il ne se passe plus rien. Il se passe que de tout autres processus entrent en jeu. Par construction : des processus de d&#233;bordement de l'ordre institutionnel &#8212; puisque celui-ci est failli. C'est ce qu'avaient parfaitement compris les gilets jaunes dans leur triple refus de &#171; &lt;i&gt;la politique&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;des m&#233;dias&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;des syndicats&lt;/i&gt; &#8212; et dans leur prise de rue autoris&#233;e d'elle-m&#234;me, faute de personne pour entendre leurs probl&#232;mes, encore moins les r&#233;gler. C'&#233;tait en 2018, et leur mouvement &#233;tait prescient. Cinq ans plus tard, le macronisme sombrerait d&#233;finitivement dans la violence des pouvoirs policiers, sous les vivats des m&#233;dias ; et le syndicalisme institutionnel, port&#233; par une mobilisation jamais vue, essuierait sa plus cuisante d&#233;faite pour n'avoir pas compris &#224; quel personnage et &#224; quelle situation &lt;strong&gt; &lt;i&gt;extra-ordinaires&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, il avait affaire. Les gilets jaunes : la r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; premi&#232;re &#187; aura lieu. Elle aura lieu parce que la formation d'&#233;nergie col&#233;rique ne cesse plus de grossir, aliment&#233;e par le d&#233;ni majuscule, le d&#233;ni de l'ultime breloque l&#233;gitimatrice dans la &#171; d&#233;mocratie &#187; de capture : le d&#233;ni des urnes. Comme dans la chimie des recombinaisons mol&#233;culaires, rien ne se perd, rien ne se cr&#233;e, tout se transforme : cette &#233;nergie politique en train de devenir ph&#233;nom&#233;nale ne se dissipera pas gentiment et, puisque ses solutions institutionnelles d'expression ont disparu, elle va s'en trouver d'autres &#8212; se transformer. O&#249;, quand, et sous quelle forme, personne ne peut le dire. D'une certaine mani&#232;re c'est tant mieux : cette ind&#233;termination laisse la possibilit&#233; d'une &lt;i&gt;intervention&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire d'une mise en forme. Pour que le flot en furie parte au moins dans une &lt;i&gt;direction &lt;/i&gt;politiquement avantageuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intervention de qui ? On ne sait pas non plus. Mais on sait d'o&#249; devrait &#234;tre donn&#233;e la &lt;i&gt;direction&lt;/i&gt;. Du travail, de la production, et des bastions de combativit&#233; qui y sont encore. Donc &#224; l'initiative d'un syndicalisme de base et non de conf&#233;d&#233;ration, politique et non de gestion, qui ne se sent pas tenu par les bonnes mani&#232;res institutionnelles et leurs censures, ne s'arr&#234;tera pas avec de la verroterie, un Grand d&#233;bat ou une convention citoyenne, posera les questions qui r&#233;&#233;mergent quand la crise est totale, les questions fondamentales, interdites par le cours ordinaire, celles du contr&#244;le ouvrier et de la souverainet&#233; des producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de d&#233;part-l&#224;, le d&#233;bordement trouvera d'embl&#233;e ses bonnes coordonn&#233;es &#8212; celles m&#234;mes que le mouvement des retraites, par nature, avait install&#233;es : celles qui renversent toutes les ali&#233;nations &#233;lectorales, toutes les d&#233;figurations m&#233;diatiques de la vie collective, et garantissent que quand le pays se l&#232;ve, c'est pour partir &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Post-scriptum OLYMPISME, MACRONISME ET CEREMONIES&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
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&lt;strong&gt;Deng Xiaoping, dit-on, avait livr&#233; un jour la m&#233;thode infaillible &#8212; chinoise &#8212; pour neutraliser un intellectuel contestataire devenu trop g&#234;nant pour le r&#233;gime : &#171; &lt;i&gt;nous le consacrons&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;
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La m&#233;thode vaut pour les personnages, elle vaut pour les &#233;v&#233;nements aussi bien. Tout ce que l'&#201;tat saisit &#224; fin de c&#233;l&#233;bration ou de comm&#233;moration, il l'&#233;visc&#232;re et n'en rend qu'une enveloppe vide et dess&#233;ch&#233;e &#8212; litt&#233;ralement an&#233;antie : ramen&#233;e au n&#233;ant, le n&#233;ant de la c&#233;l&#233;bration, pr&#233;cis&#233;ment. De l'histoire qui s'est faite &#224; l'histoire &#171; c&#233;l&#233;br&#233;e &#187;, il y a cet &#233;cart dont nous sommes tr&#232;s familiers entre, par exemple, le 14 juillet r&#233;el et les 14 juillet f&#234;t&#233;s &#8212; devenus &#224; peu pr&#232;s sans aucun rapport avec leur princeps.
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Que la grosse amibe du pouvoir avale et dissolve, nous en avons donc l'habitude. Un peu moins que des historiens pr&#234;tent la main &#224; l'annulation &#171; c&#233;r&#233;monielle &#187; de l'histoire. Que &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Boucheron&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Patrick Boucheron&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, professeur au Coll&#232;ge de France, s'inscrive dans la filiation glorieuse de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Paul_Goude&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Paul Goude&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, admettons qu'on ne l'avait pas vu venir. Boucheron n'ayant jamais &#233;t&#233; un intellectuel tr&#232;s g&#234;nant, il n'avait sans doute pas &#224; &#234;tre lui-m&#234;me neutralis&#233;. De l&#224; &#224; anticiper qu'il deviendrait un intellectuel neutralisateur, &#224; plus forte raison de sa mati&#232;re m&#234;me, il y avait un pas qu'on avait en fait tort de ne pas franchir. Encore que : la neutralisation ne lui &#233;tait pas inconnue si elle &#233;tait &lt;a href=&#034;https://www.revue-ballast.fr/1917-decameron/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;neutralisation savante&lt;/a&gt; (Voir Sandra Lucbert, &#171; 1917 Decameron &#187;, Ballast, 6 avril 2020.) : mus&#233;ification du &lt;i&gt;Decameron&lt;/i&gt; de Boccace, et guignolisation de Machiavel dont Macron &#233;tait fait une sorte de continuateur.
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Abondance de cr&#233;dits et promesse d'audience plan&#233;taire aidant, il &#233;tait temps de franchir quelques crans : &#171; Entre ici &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Michel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Louise Michel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; avec ton ridicule cort&#232;ge &#187;. Car voil&#224; ce qui a &#233;t&#233; fait &#224; Louise Michel, et avec elle aux &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9troleuse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;p&#233;troleuses&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, aux communards, en leur temps agonis, animalis&#233;s, d&#233;shumanis&#233;s mais par la crapule versaillaise, et par-l&#224; anoblis pour toujours : sur la sc&#232;ne du macronisme, ils ont &#233;t&#233; &#171; c&#233;l&#233;br&#233;s &#187; &#8212; et par-l&#224; d&#233;grad&#233;s &#224; nouveau. Tout anachronisme mis &#224; part, nul ne peut douter que Louise Michel aurait &#233;t&#233; passionn&#233;ment gilet jaune, et de tout son &#234;tre au milieu de cette pl&#232;be qui inspira &#224; Patrick Boucheron une &#233;pouvante toute versaillaise. La voil&#224; la diff&#233;rence entre l'histoire r&#233;elle et l'histoire &#171; c&#233;l&#233;br&#233;e &#187;, o&#249; les historiens c&#233;l&#233;brants poussent des cris d'horreur au spectacle du dixi&#232;me, du centi&#232;me de ce qu'accomplit l'histoire r&#233;elle qu'ils c&#233;l&#232;brent. &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Commune_de_Paris&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Commune&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; met le feu aux Tuileries, &#224; l'H&#244;tel de Ville, au Palais de justice, renverse la colonne Vend&#244;me, on ne parle m&#234;me pas des barricades &#8212; CNews et BFM tiennent deux heures sur une poubelle qui br&#251;le, le soir m&#234;me &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Karim_Rissouli&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Karim Rissouli&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; demande gravement &#224; ses invit&#233;s si la violence est une folie &#224; condamner ou bien &#224; condamner, Patrick Boucheron en fait partie sauf s'il doit se lever t&#244;t le lendemain pour aller le dire sur &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt; ; plus tard, donc, il nous proposera une merveilleuse &#233;vocation sc&#233;nique de Louise-en-fait-on-ne-sait-plus-qui, chair de poisson, curriculum effac&#233;, une figurine en carton.
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Pendant ce temps un tableau des trois glorieuses affiche sa fi&#232;re proclamation, &#171; &lt;i&gt;Libert&#233;&lt;/i&gt; &#187;, et des militants d'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Extinction_Rebellion&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Extinction R&#233;bellion [XR]&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; sont arr&#234;t&#233;s au matin parce qu'ils s'appr&#234;taient &#224; coller des stickers. Marie-Antoinette porte sa t&#234;te, c'est follement audacieux, mais il y a cinq ans il y avait de la comparution imm&#233;diate pour des guillotines en carton. En fond sonore, &#231;a chante que &#231;a ira et les aristocrates &#224; la lanterne, mais la t&#234;te &#224; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Olivier_Dussopt&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dussopt&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; sur un ballon de foot ou &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/2015-10-09-Le-parti-de-la-liquette&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;la liquette arrach&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; du DRH d'Air France, c'&#233;tait le commencement de la barbarie.
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Patrick Boucheron d&#233;sapprouve la violence, surtout celle des gueux, celle qui enflamma le VIIIe arrondissement &#8212; car apr&#232;s tout il n'a pas d'objection de principe contre l'&#233;borgnement policier &#8212;, tout &#231;a, il le dit chez Karim Rissouli ou &#224; &lt;i&gt;France Inter&lt;/i&gt;, ces lieux o&#249; en fait on ne dit jamais rien d'autre que l'horreur de toute r&#233;bellion cons&#233;quente. Comment tout &#231;a s'arrange dans sa t&#234;te avec les Louise Michel, Marie-Antoinette et la Lanterne r&#233;elles, c'est une &#233;nigme &#8212; en fait non : c'est une t&#234;te de bourgeois macronien. Si seulement il parvenait &#224; &#234;tre chinois, au moins on y discernerait l'intelligence subtile de la rouerie. On n'y trouve que le paradoxe de l'historiographie trahie par les int&#233;r&#234;ts mondains de l'historien.
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On veut bien entendre qu'une c&#233;r&#233;monie de JO n'est pas exactement l'occasion pour revenir au tragique de l'histoire, mais alors quelle id&#233;e d'y retourner si c'est pour en faire un livre d'images ? Il suffisait de parler &lt;i&gt;d'autre chose&lt;/i&gt; &#8212; et m&#234;me, pour peu qu'on r&#233;fl&#233;chisse deux secondes &#224; ce que &#231;a peut, voire doit &#234;tre un intellectuel, s'abstenir d'aller se commettre dans un machin pareil. Il faut croire que le pli bourgeois de la d&#233;politisation et de la &lt;i&gt;d&#233;r&#233;alisation&lt;/i&gt; est suffisamment marqu&#233; pour conduire m&#234;me un historien &#224; se faire sans ciller le d&#233;figurateur de ses propres objets historiques. Il est vrai que c'est tout une philosophie et de la politique et de l'histoire qui, le lendemain m&#234;me, est venue apporter ses confirmations en indiquant de quoi tout ceci &#233;tait finalement l'objet : de &#171; &lt;strong&gt;mieux vivre ensemble&lt;/strong&gt; &#187;. Le professorat au Coll&#232;ge de France rejoignant la pens&#233;e RTL.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon*&lt;/strong&gt; pour son blog &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dans &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les blogs du &#171; Diplo &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/crise-totale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La pompe &#224; phynance&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 29 juillet 2024&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;b&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/b&gt; es un economista franc&#233;s que trabaja con la filosof&#237;a, segun su propia definici&#243;n, director de investigaci&#243;n en el CNRS en Par&#237;s. Es el autor de &#171; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand ? Pour en finir avec les crises financi&#232;res&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Raisons d'agir&lt;/i&gt;, octubre de 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, Presses de Sciences Po, 2008 ; &#171; &lt;i&gt;Et la vertu sauvera le monde&lt;/i&gt; &#187;, Raisons d'agir, 2003 ; &#171; &lt;i&gt;La politique du capital&lt;/i&gt; &#187;, Odile Jacob, 2002. &lt;strong&gt;&#171; Imperium &#187; Structures et affects des corps politiques&lt;/strong&gt;. La Fabrique, septembre 2015.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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