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		<title> Bilan du gouvernement Lula : &#171; Un social-lib&#233;ralisme &#224; la br&#233;silienne &#187;</title>
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		<dc:date>2010-09-29T18:32:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Evelyne Bechtold-Rognon </dc:creator>



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&lt;p&gt;A quelques jours des &#233;lections pr&#233;sidentielles et f&#233;d&#233;rales au Br&#233;sil, nous publions une version actualis&#233;e d'une entretien paru dans la revue Nouveaux Regards qui revient sur les deux mandats du Pr&#233;sident br&#233;silien &#171; Lula &#187; Da Silva. Faire un bilan critique de ces 8 ann&#233;es doit permettre d'essayer de comprendre le cycle politique &#224; venir dans un pays essentiel pour la g&#233;opolitique latinoam&#233;ricaine mais aussi mondiale. Comme le rappelle dans un r&#233;cent &#233;ditorial le journaliste du Monde (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A quelques jours des &#233;lections pr&#233;sidentielles et f&#233;d&#233;rales au Br&#233;sil, nous publions une version actualis&#233;e d'une entretien paru dans la revue Nouveaux Regards qui revient sur les deux mandats du Pr&#233;sident br&#233;silien &lt;i&gt;&#171; Lula &#187;&lt;/i&gt; Da Silva. Faire un bilan critique de ces 8 ann&#233;es doit permettre d'essayer de comprendre le cycle politique &#224; venir dans un pays essentiel pour la g&#233;opolitique latinoam&#233;ricaine mais aussi mondiale. Comme le rappelle dans un r&#233;cent &#233;ditorial le journaliste du Monde Diplomatique Renaud Lambert, d&#233;s 1971 le pr&#233;sident Nixon avait compris que &lt;i&gt;&#171; L&#224; o&#249; le Br&#233;sil va, l'Am&#233;rique latine ira&#8230; &#187;&lt;/i&gt; (Mani&#232;re de voir, N&#176;113, oct-nov 2010)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment situer le Br&#233;sil d'un point de vue g&#233;opolitique, en particulier par rapport aux autres pays de l'Am&#233;rique latine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques chiffres permettent de comprendre : le Br&#233;sil repr&#233;sente en taille la moiti&#233; du territoire de l'Am&#233;rique du sud, et sa population est de plus de 195 millions d'habitants. C'est un g&#233;ant, &#224; tous les points de vue. Son &#233;conomie se situe aux environs de la 8e ou 9&#176; place mondiale, juste derri&#232;re l'Espagne. Il fait partie du groupe des &#171; BRIC &#187; : Br&#233;sil, Russie, Inde et Chine, acronyme qui d&#233;signe les grands pays dits &#233;mergents. Mais les dirigeants br&#233;siliens r&#233;cusent ce terme, et consid&#232;rent qu'ils repr&#233;sentent une &#233;conomie &#171; &#233;merg&#233;e &#187;... C'est un pays qui, sur le plan diplomatique et g&#233;opolitique, a toujours recherch&#233; l'autonomie, le multilat&#233;ralisme et une certaine ind&#233;pendance. Depuis la pr&#233;sidence de Lula, cet aspect s'est encore accentu&#233;. Le Br&#233;sil veut jouer dans la cour des &#171; grands &#187;. Il demande par exemple un si&#232;ge au conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU. Il est aussi un promoteur du G 20, con&#231;u comme un forum &#233;conomique plus large que le G 8 et ouvert &#224; certains pays du sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; de se d&#233;velopper ind&#233;pendamment de la puissance &#233;tasunienne a conduit le Br&#233;sil &#224; dire &#171; non &#187; au projet imp&#233;rial de l'ALCA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#193;rea de Livre Com&#233;rcio das Am&#233;ricas, ou Zone de libre-&#233;change des Am&#233;riques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en 2005, aux c&#244;t&#233;s du Venezuela et de l'Argentine. Il est clair que la voix du Br&#233;sil &#233;tait absolument d&#233;terminante ; de lui d&#233;pendait la poursuite du projet. D'autre part, le Br&#233;sil joue &#233;videmment un r&#244;le pr&#233;dominant dans le Mercosur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Mercosur unit depuis 1991 le Br&#233;sil, l'Argentine, le Paraguay et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, est un pays clef pour penser l'int&#233;gration &#233;conomique des pays d'Am&#233;rique Latine. Il a ainsi eu un r&#244;le essentiel dans la r&#233;cente entr&#233;e du Venezuela dans ce march&#233; commun. Toutefois, si le Br&#233;sil pr&#244;ne l'autonomie, il ne plaide pas pour un mod&#232;le de d&#233;veloppement alternatif au capitalisme, bien au contraire. Il agit dans le domaine &#233;conomique dans le droit fil d'une conception lib&#233;rale, voire par plusieurs aspects n&#233;olib&#233;rale. Dans ses relations avec les pays de la r&#233;gion, on assiste &#224; une claire volont&#233; d'h&#233;g&#233;monie de proximit&#233;. Certains auteurs parlent de &#171; semi-imp&#233;rialisme &#187; ou d'imp&#233;rialisme p&#233;riph&#233;rique. Plusieurs entreprises br&#233;siliennes sont des multinationales qui pratiquent une politique &#233;conomique agressive avec leurs voisins : Petrobras pour le p&#233;trole ou Odebrecht pour le BTP., et qui ont engendr&#233; des conflits importants avec des pays proches comme la Bolivie, l'&#201;quateur... M&#234;me relation in&#233;gale avec le Paraguay &#224; propos de la gestion des ressources hydro&#233;lectriques communes &#224; Itaipu, o&#249; le Paraguay est litt&#233;ralement d&#233;poss&#233;d&#233; de sa souverainet&#233; en la mati&#232;re. C'est que la bourgeoisie financi&#232;re et industrielle br&#233;silienne (en particulier celle de Sao Paulo) entend d&#233;fendre ses pr&#233;rogatives sur le march&#233; mondial, ce qui n'emp&#234;che d'ailleurs pas les accords strat&#233;giques entre Br&#233;sil et Etats-Unis, en ce qui concerne les agrocombustibles par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue diplomatique, la pr&#233;sidence actuelle a cherch&#233; a se d&#233;marquer en s'appuyant sur les gouvernement de gauche ou centre-gauche de la r&#233;gion. Lula a toujours soutenu Chavez (par exemple au moment du coup d'Etat d'avril 2002), et il maintient des relations chaleureuses avec le gouvernement cubain et a &#233;t&#233; tr&#232;s clair sur la situation au Honduras suite au putsch men&#233; contre le pr&#233;sident Zelaya. Lula a d'ailleurs menac&#233; de ne pas venir au sommet UE-Am&#233;rique latine de Madrid en mai, si Lobo -le pr&#233;sident hondurien putschiste- &#233;tait pr&#233;sent (ce dernier a du se d&#233;sister). Sa diplomatie favorise les relations Sud-Sud sur le plan diplomatique mais aussi &#233;conomique. La Chine est ainsi devenue un de ses principaux partenaires &#233;conomiques : le commerce entre les deux puissances a augment&#233; de plus de 750% en 8 ans ! Suivant un principe de multipolarit&#233;, le gouvernement br&#233;silien cherche &#224; marquer son opposition &#224; certaines ing&#233;rences du Nord dans les affaires des pays du Sud et &#224; se faire un espace sur la sc&#232;ne mondiale, ce qui explique son soutien &#224; l'Iran contre les USA ou encore la d&#233;nonciation de nouvelles bases militaires US en Colombie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Br&#233;sil s'investit dans le d&#233;veloppement de l'Unsasur (Union des nations sud-am&#233;ricaines), qui r&#233;pond &#224; son souci d'ind&#233;pendance politique et de renforcement &#233;conomique r&#233;gional, avec un projet qui pr&#233;voit &#224; terme une monnaie et un parlement communs. Cet ensemble repr&#233;senterait, s'il se concr&#233;tise, une population de 360 millions d'habitants et sera, en superficie (17 millions de km&#178;), la plus vaste union &#233;conomique, mon&#233;taire et politique du monde. Mais de nombreux obstacles restent &#224; franchir dus aux multiples concurrences intrar&#233;gionales et aux tensions existantes entre diff&#233;rents secteurs capitalistes, obstacles dont les classes dominantes br&#233;siliennes sont paradoxalement les artisans en cherchant &#224; d&#233;fendre syst&#233;matiquement leurs int&#233;r&#234;ts au d&#233;triment d'une perspective de coop&#233;ration r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports du Br&#233;sil avec l'Union europ&#233;enne s'inscrivent dans ce souci d'une plus forte insertion comp&#233;titive sur le march&#233; mondial. Ainsi, le Br&#233;sil a sign&#233; avec la France un important contrat d'armement. Par ailleurs, le Mercosur est en n&#233;gociation avec l'UE mais se heurte au protectionnisme europ&#233;en, essentiellement dans le domaine agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel bilan peut-on tirer au terme de huit ann&#233;es de pouvoir de Lula ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon plusieurs analystes, les immenses d&#233;ceptions qui ont suivi l'arriv&#233;e du PT et de Lula au gouvernement en 2002 &#233;taient pr&#233;visibles. Elles s'expliquent par le fait qu'une partie de la gauche et des mouvements sociaux n'avait pas bien analys&#233; &#224; quel point le PT avait chang&#233; de nature et d'orientation entre le d&#233;but des ann&#233;es 1980 et la victoire &#233;lectorale de 2002. Le PT a &#233;t&#233; fond&#233; en f&#233;vrier 1980 dans le sillage d'oppositions collectives radicales et populaires &#224; la dictature. Depuis la fin 1978, syndicalistes, intellectuels, dirigeants de mouvements populaires, discutaient de la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er au Br&#233;sil un nouveau parti de classe ind&#233;pendant et ouvertement socialiste. Le PT a &#233;t&#233; l'un des plus grand parti ouvrier de la plan&#232;te et est toujours le plus important parti de gauche d'Am&#233;rique latine. Il r&#233;unit &#224; l'origine une grande diversit&#233; de secteurs sociaux mobilis&#233;s : des syndicalistes bien s&#251;r, en particulier venus de la CUT&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Central &#218;nica dos Trabalhadores (CUT - Centrale unique des travailleurs) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , qui en est la colonne vert&#233;brale, des militants associatifs, f&#233;ministes, des quartiers, mais aussi beaucoup de communaut&#233;s chr&#233;tiennes de base, inspir&#233;es par la th&#233;ologie de la lib&#233;ration. En vingt ans et apr&#232;s trois d&#233;faites &#233;lectorales successives aux pr&#233;sidentielles, le parti a beaucoup chang&#233;. D'un programme initial anticapitaliste, promettant une alternative radicale, le discours est devenu toujours plus mod&#233;r&#233;, de centre gauche. En 2002, le slogan de campagne de Lula &#233;tait &#171; Paix et amour &#187;... On retrouve ici ce qu'a not&#233; Perry Anderson &#224; propos de la gauche europ&#233;enne, celle d'une gauche qui &#171; a gagn&#233; ses galons de parti de gouvernement apr&#232;s avoir perdu la bataille des id&#233;es &#187;. Dans un m&#234;me mouvement, le PT a connu une transformation de sa composition sociale, laissant une place grandissante aux classes moyennes et intellectuelles, avec un processus d'institutionnalisation de son appareil et de sa direction, progressivement aux mains des &#233;lus, au d&#233;triment des syndicalistes d'hier. Malgr&#233; tout, l'&#233;clatante victoire de Lula en 2002 a soulev&#233; de nombreux espoirs dans le pays et m&#234;me dans toute l'Am&#233;rique latine. L'heure est d&#233;sormais aux bilans. Le sociologue Emir Sader parle de &#171; l'&#233;nigme Lula &#187;, qui &#233;chapperait aux jugements tout faits. D'autres sociologues comme Michael L&#246;wy ou Atilio Boron sont plus critiques, ce dernier notant que c'est le &#171; possibilisme conservateur &#187; qui a marqu&#233; ces deux mandats. On peut effectivement constater qu'il a reni&#233; les id&#233;aux du PT de 1980, en faisant passer la stabilit&#233; macro&#233;conomique et les int&#233;r&#234;ts du capital financier bien avant les r&#233;formes sociales promises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'&#233;vidents traits de continuisme avec la politique de F. H. Cardoso (gouvernement pr&#233;c&#233;dent), avec l'argument que le salut du Br&#233;sil reste le march&#233; mondial et l'ouverture aux transnationales. De ce point de vue, le &#171; succ&#232;s &#187; &#233;conomique est r&#233;el : l'&#233;conomie du Br&#233;sil est l'une des plus dynamique du monde, avec plus de 5% de croissance annuelle, et -appr&#233;hend&#233;e depuis Brasilia- la crise n'aurait &#233;t&#233; qu'une &#171; vaguelette &#187;, selon le bon mot de Lula. Lou&#233; par &#171; les march&#233;s &#187; et le FMI, le Br&#233;sil pratique des taux d'int&#233;r&#234;ts tr&#232;s &#233;lev&#233;s, pour le plus grand profit des capitaux sp&#233;culatifs internationaux. Ce &#171; succ&#232;s &#187; a pour contrepoint le maintien, voire l'approfondissement des in&#233;galit&#233;s de revenus et de la structure de classe du pays. Et c'est pourtant l&#224; l'un des probl&#232;mes d&#233;mocratiques principaux ! Le Br&#233;sil est une sorte de &#171; Suisse-Inde &#187;, r&#233;unissant sur un m&#234;me territoire des revenus extr&#234;mes. Hors, Lula n'a pas agi sur ces in&#233;galit&#233;s structurelles : sous son gouvernement, les revenus des plus pauvres ont effectivement augment&#233;s de mani&#232;re notable mais &#233;galement ceux des plus riches ! Selon l'&#233;conomiste Pierre Salama, le nombre de Br&#233;siliens poss&#233;dant plus d'un million de dollars d'actifs financiers a augment&#233; de 19% seulement entre 2006 et 2007. Autre &#233;cueil majeur, le Br&#233;sil s'est engag&#233; dans une politique d'agrobusiness, comprenant la culture intensive d'OGM et d'agrocombustibles, pour le plus grand bonheur de firmes comme Monsanto, accueillies &#224; bras ouverts, avec des cons&#233;quences environnementales et sociales d&#233;sastreuses. Cela a conduit d'ailleurs la ministre de l'&#233;cologie, Marina Silva, &#224; d&#233;missionner au bout de quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, la grande r&#233;forme agraire tant esp&#233;r&#233;e, tant annonc&#233;e durant la campagne n'a pas &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e. Hors au Br&#233;sil, il ne pourra avoir de d&#233;veloppement alternatif, d&#233;mocratique et soutenable, sans une r&#233;forme agraire radicale. Il s'agit l&#224; d'une probl&#233;matique incontournable. Toute cette politique a repr&#233;sent&#233; une douche froide pour le mouvement social, et en particulier pour le MST&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mouvement des travailleurs sans terre / Movimento dos Trabalhadores Rurais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, plus grand mouvement social du continent (il regroupe plusieurs millions de militants) et l'un des plus int&#233;ressant par ces modes d'auto-organisation et de promotion d'une &#233;ducation populaire remarquable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, ces politiques publiques conservatrices ont &#233;t&#233; confort&#233;es par les obstacles institutionnels de ce grand Etat f&#233;d&#233;ral qu'est le Br&#233;sil. Le PT est minoritaire au parlement et au s&#233;nat et majoritaire que dans trois &#233;tats. Il a donc choisi, d&#232;s le d&#233;but, de s'allier avec la droite, les lib&#233;raux ou les grands propri&#233;taires pour gouverner, ce qui a accentu&#233; son immobilisme, en particulier du point de vue de la politique agraire. Par ailleurs, l'exigence de stabilit&#233; &#233;conomique et de respect de la grande propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#233;tait un argument auquel Lula &#233;tait tr&#232;s sensible d&#232;s son &#233;lection comme le montre la &#171; lettre aux Br&#233;siliens &#187; qu'il a publi&#233; pendant la campagne. Ses principaux conseillers &#233;conomiques &#233;taient m&#234;me issus des &#233;coles de pens&#233;e n&#233;olib&#233;rale &#233;tasuniennes ou de grandes banques d'affaires et la contre-r&#233;forme du syst&#232;me de retraites des fonctionnaires a &#233;t&#233; l'une des premi&#232;res mesures prises par son gouvernement. Cette remise en cause des conqu&#234;tes sociales des fonctionnaires a conduit &#224; une premi&#232;re dissidence au sein du PT, d&#233;bouchant sur la cr&#233;ation du PSOL&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parti socialisme et libert&#233; / Partido Socialismo e Liberdade&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; autour de figures de la gauche, tels que Heloisa Helena ou Plinio de Sampaio. Cependant, il serait erron&#233; d'oublier que Lula reste extraordinairement populaire, surtout au sein des classes pauvres (du Nord Est notamment). Il a r&#233;alis&#233; plusieurs programmes sociaux assistancialistes de lutte contre la pauvret&#233; (surtout durant le second mandat) qui ont tir&#233; de l'extr&#234;me mis&#232;re plus de 20 millions de br&#233;siliens : c&#8216;est le cas de Bolsa Familia&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bolsa Fam&#237;lia fait partie du programme plus g&#233;n&#233;ral Fome Zero (Faim z&#233;ro).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , programme d'aide financi&#232;re (quelques dizaines de dollars par mois) conditionn&#233;e &#224; la scolarisation des enfants. La couverture sociale a aussi &#233;t&#233; &#233;tendue, ainsi que le niveau du salaire minimum et le niveau de criminalisation des mouvements sociaux par l'Etat a consid&#233;rablement d&#233;cr&#251;, ouvrant des espaces de dialogues et m&#234;me (surtout ?) de cooptation de nombreux dirigeants sociaux et syndicaux. Il ne faut pas perdre de vue non plus que les grands groupes de m&#233;dias sont aux mains d'une oligarchie archa&#239;que, toujours haineusement hostile &#224; Lula qu'elle consid&#232;re toujours comme un syndicaliste issu de la gauche, donc potentiellement dangereux du fait de la composition de sa base sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer, on pourrait dire que la politique de Lula a conjugu&#233; une politique macro &#233;conomique n&#233;olib&#233;rale avec une politique sociale assistancialiste cibl&#233;e sur l'extr&#234;me pauvret&#233;, ce qui in fine a permis une certains stabilisation du syst&#232;me et explique cette gestion soit salu&#233;e unanimement par Wall Street et le grand patronat latino-am&#233;ricain. On peut ainsi qualifier cette gestion de &#171; social-lib&#233;ralisme &#224; la br&#233;silienne &#187; ou peut-&#234;tre plut&#244;t comme le font certains auteurs de &#171; lib&#233;ral-d&#233;veloppementisme &#187;, puisque l'Etat br&#233;silien entend toujours r&#233;guler et orienter une part de l'activit&#233; &#233;conomique du pays (via Petrobras et le secteur &#233;nerg&#233;tique notamment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment voyez-vous l'avenir du pays ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lula ne peut pas se repr&#233;senter aux prochaines &#233;lections d'octobre. Pour le PT, le d&#233;fi est de faire du &#171; lulisme sans Lula &#187;, de capter son imposante popularit&#233;, avec certainement peu d'inflexions sur le plan de l'orientation politique et &#233;conomique, voire m&#234;me avec une poursuite du &#034;recentrage&#034; vers la droite. La candidate actuelle est Dilma Roussef. &#201;conomiste de formation, chef du cabinet minist&#233;riel de Lula, une sorte de Premier ministre, elle a milit&#233; dans sa jeunesse dans les mouvements de lutte arm&#233;e contre la dictature. Peu charismatique, elle a &#233;norm&#233;ment progress&#233; dans les sondages derni&#232;rement gr&#226;ce &#224; l'appui r&#233;p&#233;t&#233; de Lula, et pourrait gagner d&#232;s le premier tour face au principal candidat de l'opposition, Jos&#233; Serra (social-d&#233;mocrate). A gauche, le PSOL malgr&#233; plusieurs crises internes m&#232;ne une campagne int&#233;ressante autour de son candidat, Plinio de Sampaio, infatigable d&#233;fenseur de la r&#233;forme agraire. Malheureusement, il n'y aura pas de candidat commun de la gauche radicale, notamment avec le PSTU (trotskiste) et le PCB (communiste). Marina Silva sera candidate pour les verts, incarnant l'&#233;cologie lib&#233;rale et la &#171; capitalisme vert &#187;. Malgr&#233; la critique d'une partie de la gauche, il est probable que le PT remobilise &#233;lectoralement une partie des classes populaires et de ceux qui ne veulent pas d'un retour d'une droite r&#233;pressive et du centre n&#233;olib&#233;ral incarn&#233; par la candidature Serra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le moyen terme, je pense qu'il est fondamental de regarder ce qui se passe au sein du mouvement des sans terre, des sans toits et des organisations syndicales. Ainsi, cet &#233;t&#233; nous avons assist&#233; &#224; une tentative (infructueuse pour l'instant) pour cr&#233;er un nouvelle centrale syndicale &#171; lutte de classes &#187;, ind&#233;pendante par rapport au pouvoir &#224; la diff&#233;rence de la CUT et rassemblant des salari&#233;s combatifs aux c&#244;t&#233;s d'&#233;tudiants, de f&#233;ministes et de collectifs afro-br&#233;siliens ou indig&#232;nes. C'est ce type de recomposition &#171; par en bas &#187; qui peut faire surgir l'espoir d'un renouveau des alternatives anticapitalistes au Br&#233;sil, terre du Forum social mondial et du mot d'ordre &#171; un autre monde est possible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cetri.be/spip.php?article1827&amp;lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;CETRI&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, B&#233;lgique,29 septembre 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opinions exprim&#233;es et les arguments avanc&#233;s dans cet article demeurent l'enti&#232;re responsabilit&#233; de l'auteur-e et ne refl&#232;tent pas n&#233;cessairement ceux du &lt;strong&gt;CETRI&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#193;rea de Livre Com&#233;rcio das Am&#233;ricas&lt;/i&gt;, ou Zone de libre-&#233;change des Am&#233;riques . Ce projet dirig&#233; par le gouvernement des &#201;tats-Unis pr&#233;voyait la suppression des droits de douanes sur plusieurs types de produits, notamment des produits manufactur&#233;s et agroalimentaires. Il engloberait 34 pays, soit toute l'Am&#233;rique &#224; part Cuba.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Mercosur unit depuis 1991 le Br&#233;sil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay (plus le Venezuela). C'est le troisi&#232;me march&#233; int&#233;gr&#233; au monde apr&#232;s l'Union europ&#233;enne et l'ALENA.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Central &#218;nica dos Trabalhadores (CUT - Centrale unique des travailleurs) est le principal syndicat br&#233;silien fond&#233; en 1983 par, entre autres personnalit&#233;s, le pr&#233;sident actuel du Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mouvement des travailleurs sans terre / &lt;a href=&#034;http://www.mst.org.br&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;&lt;i&gt;Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra&lt;/i&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parti socialisme et libert&#233; / &lt;a href=&#034;http://psol50.org.br&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;Partido Socialismo e Liberdade&lt;/u&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bolsa Fam&#237;lia fait partie du programme plus g&#233;n&#233;ral Fome Zero (Faim z&#233;ro).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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