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	<title>El Correo</title>
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		<title>Exilios </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alicia Bonet-Krueger</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; Exilies &#187; APPEL A TOUS LES ARGENTINS RESIDENTS EN FRANCE. Les activit&#233;s s'adressent &#224; tous les Argentins exil&#233;s France, quelle que soit la raison de leur d&#233;part et leur motivation &#224; rester. &#171; Collectif argentin pour la M&#233;moire &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Livres" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les activit&#233;s s'adressent &#224; tous les Argentins exil&#233;s France, quelle que soit la raison de leur d&#233;part et leur motivation &#224; rester. Les Argentins exil&#233;s qui ont quitt&#233; le pays pour survivre &#224; la pers&#233;cution, la prison et/ou la mort, par ces positions politiques et &#224; tous les Argentins expatries qui sont en France pour un p&#233;riode ou de mani&#232;re d&#233;finitive pour diff&#233;rentes raisons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le projet consiste en :&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;1)&lt;/strong&gt; La publication d'un livre avec les textes autour de la raison de chacun de son d&#233;part de l'Argentine et de sa r&#233;sidence en France de mani&#232;re d&#233;finitive ou temporaire. Ce travail viendra enrichir de mani&#232;re essentielle &#171; la M&#233;moire de l'Histoire argentine &#187;. Tous les membres de la famille peuvent y participer, le document peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; en fran&#231;ais ou en espagnol.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;div class='spip_document_9684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.elcorreo.eu.org/IMG/jpg/e2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L500xH738/e2-be60f.jpg?1711368703' width='500' height='738' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Vous &#234;tes invit&#233;s &#224; nous transmettre votre t&#233;moignage de ce moment cl&#233; de vos vies, narration de votre exil, motivations, ressentis, inspirations. D&#233;crivez le changement de vie, vos prises de conscience, vos angoisses, surprises, anecdotes. Exprimer les diff&#233;rents moments, les d&#233;cisions, les difficult&#233;s, les &#233;motions qui se sont produites lorsque vous avez quitt&#233; l'Argentine, un voyage sans retour et qui s'est termin&#233; en exil. Exp&#233;riences actuelles en tant qu'exil&#233;. Souvenez-vous si vous aviez l'intention de venir pour une certaine p&#233;riode et que finalement vous &#234;tes rest&#233;, si vous &#233;tiez seul ou en couple, si vous aviez d&#233;j&#224; des enfants. Revivez les images de ces moments, aviez-vous des probl&#232;mes dus &#224; la r&#233;pression, ou vous veniez pour le travail, pour l'amour ou pour une simple aventure. Dans quelles conditions avez-vous v&#233;cu, comment &#234;tes-vous arriv&#233;s en France, pourquoi avez-vous choisi ce pays, l'avez-vous choisi ? Comment avez-vous v&#233;cu la s&#233;paration d'avec votre famille et vos amis, &#234;tes-vous venus avec des projets et avez-vous pu les r&#233;aliser, saviez-vous parler fran&#231;ais, vous vous &#234;tes adapt&#233; facilement, &#234;tes-vous toujours envahis par la nostalgie, est-ce qu'il y a eu des retrouvailles ou des rencontres. Vous regardez toujours les matchs de football de l'Argentine avec le maillot et le drapeau ? Le voyage &#233;tait-il une aventure impr&#233;vue ou un projet bien calcul&#233; et structur&#233;. Comment la France et la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral vous ont re&#231;us. Vous vous inqui&#233;tez de ce qui se passait alors en Argentine ou il y eu une coupure et vous avez commenc&#233; une nouvelle vie, avez-vous &#233;tudi&#233;, vous vous sentiez reconnus, avez-vous eu ou vous avez encore l'intention de rentrer, vous vous &#234;tes naturalis&#233;s fran&#231;ais ou vous n'avez jamais voulu. Vous consid&#233;rez-vous comme une victime, un privil&#233;gi&#233;, un rescap&#233;, un immigr&#233;, un Fran&#231;ais de plus, un Argentin de plus, un &#233;tranger, comment avez-vous v&#233;cu de loin la perte de la famille et des amis ? Ce ne sont que quelques id&#233;es. Votre r&#233;cit est n&#233;cessaire &#224; la construction de cette mosa&#239;que de sensibilit&#233;s et histoires individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;2)&lt;/strong&gt; Une exposition de vos productions. (Peintures, photographies, sculptures, vid&#233;os, livres, etc.)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toute personne souhaitant participer doit envoyer un mail confirmant sa participation &#224;&lt;/strong&gt; : &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;mailto:exilios.francia@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;exilios.francia@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La date limite de r&#233;ception des textes et des productions est fix&#233;e au 31 janvier 2022 par mail et au si&#232;ge de l'Ambassade d'Argentine. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'inauguration de l'exposition aura lieu le 24 mars 2022 au si&#232;ge de l'Ambassade de la R&#233;publique de l'Argentine en France.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Si vous connaissez quelqu'un qui a v&#233;cu une exp&#233;rience d'exil en France et qui r&#233;side dans un autre pays, envoyez-lui ce document.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Nous vous remercions &#224; toutes et tous !&lt;br/&gt;
Collectif argentin pour la M&#233;moire &lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;mailto:collectif.argentin@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;collectif.argentin@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Guantanamo, l'horreur et autres histoires de Terrorisme d'Etat </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Guantanamo-l-horreur-et-autres-histoires-de-Terrorisme-d-Etat</link>
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		<dc:date>2014-12-13T17:31:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alicia Bonet-Krueger</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Aujourd'hui, symbolique &#171; Journ&#233;e Mondiale des Droits de l'Homme &#187;, le monde pose un regard horrifi&#233; sur les tortures inflig&#233;es aux d&#233;tenus de Guantanamo. Et telle est la r&#233;action normale et logique de tout &#234;tre humain &#171; normal &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Il faut que le monde sache, et tout particuli&#232;rement l'Argentine, que ces tortures assorties de milliers de formes toutes plus brutales, sauvages, destructrices de la dignit&#233; et de la vie humaines sont devenues pratiques courantes des diff&#233;rents gouvernements (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Terrorismo-de-Estado" rel="directory"&gt;Terrorisme d'Etat&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui, symbolique &#171; Journ&#233;e Mondiale des Droits de l'Homme &#187;, le monde pose un regard horrifi&#233; sur les tortures inflig&#233;es aux d&#233;tenus de Guantanamo. Et telle est la r&#233;action normale et logique de tout &#234;tre humain &#171; normal &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il faut que le monde sache, et tout particuli&#232;rement l'Argentine, que ces tortures assorties de milliers de formes toutes plus brutales, sauvages, destructrices de la dignit&#233; et de la vie humaines sont devenues pratiques courantes des diff&#233;rents gouvernements argentins qui se sont succ&#233;d&#233; depuis le d&#233;but du Terrorisme d'Etat dans ce pays. Dans les ann&#233;es 1960, fut mis en &#339;uvre le &#171; Plan condor &#187; en accord avec les directives des militaires nord-am&#233;ricains de l'&#233;cole de Panama, o&#249; ont &#233;t&#233; form&#233;s les militaires argentins, uruguayens, chiliens, boliviens, paraguayens et br&#233;siliens. Le mot d'ordre &#233;tait clair : l'&#233;limination physique de tout opposant. En 1972, le premier acte de terrorisme d'Etat fut perp&#233;tr&#233; selon ces directives. Apr&#232;s avoir fusill&#233; les graines de l'opposition d'une g&#233;n&#233;ration enti&#232;re lors du massacre de Trelew, l'un des assassins, le lieutenant Bravo, fut imm&#233;diatement &#233;vacu&#233; hors du pays, sous protection am&#233;ricaine. Il vit toujours aux Etats-Unis o&#249; il pr&#234;te main forte &#224; la CIA, en particulier &#224; Guantanamo. A partir de 1972 et jusqu'&#224; aujourd'hui, tous les pr&#233;sidents am&#233;ricains l'ont prot&#233;g&#233;, malgr&#233; les demandes d'extradition r&#233;p&#233;t&#233;es de l'Argentine. En 1974, l' &#171; Alliance Anticommuniste Argentine (3 AAA) &#187;, d&#233;clarait dans son manifeste de guerre : &#171; &lt;i&gt;Par d&#233;cision des Commandos, il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; d'ex&#233;cuter, d'annihiler les individus qui, quelque soit leur nationalit&#233;, race, credo ou rang r&#233;pondent &#224; des int&#233;r&#234;ts apatrides, marxistes, ma&#231;onniques, antichr&#233;tiens ou propres au juda&#239;sme international synarchique&lt;/i&gt; &#187;, entre 2 000 et 3 000 personnes correspondaient &#224; cette description et furent assassin&#233;es, avant 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me ann&#233;e, les g&#233;n&#233;raux argentins &#224; la t&#234;te du pays voulurent construire une Argentine qui respecte les principes n&#233;olib&#233;raux des alli&#233;s nationaux et internationaux et foment&#232;rent un coup d'Etat civile-militaire ; pour parvenir &#224; leurs fins, ils n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; exterminer toute une g&#233;n&#233;ration comme en t&#233;moigne le &lt;a href=&#034;http://es.wikipedia.org/wiki/Ib%C3%A9rico_Saint-Jean&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;G&#233;n&#233;ral de Brigade Ib&#233;rico Saint Jean&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Nous allons liquider tous les subversifs, puis leurs collaborateurs, et ensuite leurs sympathisants, nous continuerons avec les indiff&#233;rents et terminerons avec les timides&lt;/i&gt; &#187;. Et ils le firent, mais avant de les assassiner ou de les faire dispara&#238;tre, ils commirent des actes de torture et de barbarie aussi atroces voire pires que ceux de Guantanamo, actuellement : enl&#232;vements de mineurs, atteintes &#224; l'int&#233;grit&#233; des personnes avec abus sexuels syst&#233;matiques, viols sur des personnes des deux sexes et de tout &#226;ge, vol des biens des s&#233;questr&#233;s, esclavagisme, destructions de propri&#233;t&#233;s priv&#233;es, assassinats en bandes arm&#233;es, la liste des horreurs est longue...Et ensuite, ils les jet&#232;rent dans des fosses communes ou en plein vol au-dessus de la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est imp&#233;ratif de pr&#233;server la m&#233;moire collective du peuple argentin, qu'elle reste vivante, pr&#233;sente, vigilante et alerte, pour que &lt;strong&gt;JAMAIS PLUS &lt;/strong&gt;en Argentine ou dans le monde,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;n'existent d'autres Guantanamo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alicia Bonet-Krueger&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Presidente du &#171; &lt;a href=&#034;mailto:collectif.argentin@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;&lt;strong&gt;Colectivo Argentino por la memoria&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187; de France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'Espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Guantanamo-el-horror-y-otras-historias-de-Terrorismo-de-Estado&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par&lt;/strong&gt; : Florence Olier-Robine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Guantanamo-l-horreur-et-autres-histoires-de-Terrorisme-d-Etat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 13 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Argentine : La &#171; Vie &#187; apr&#232;s Trelew.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Argentine-La-Vie-apres-Trelew</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alicia Bonet-Krueger</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Pensez que cela est arriv&#233;, je vous recommande ces mots &#187; PRIMO LEVI Survivant des camps de concentration des nazis. &lt;br class='autobr' /&gt; Le 15 ao&#251;t 1972, a lieu une tentative de fugue massive des prisonniers politiques de la prison de Rawson. Un premier groupe de six dirigeants de la FAR (Force Arm&#233;e R&#233;volutionnaire), de Montoneros et de l'ERP (Arm&#233;e R&#233;volutionnaire du Peuple) compos&#233; de Mario Santucho, Roberto Quieto, Fernando Vaca Narvaja, Enrique Gorriaran Merlo, Domingo Mena et Marcos Osatinsky (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Argentine-98" rel="directory"&gt;Argentine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Pensez que cela est arriv&#233;, je vous recommande ces mots&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;PRIMO LEVI&lt;br/&gt; Survivant des camps de concentration des nazis.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 15 ao&#251;t 1972, a lieu une tentative de fugue massive des prisonniers politiques de la prison de Rawson. Un premier groupe de six dirigeants de la FAR (Force Arm&#233;e R&#233;volutionnaire), de Montoneros et de l'ERP (Arm&#233;e R&#233;volutionnaire du Peuple) compos&#233; de Mario Santucho, Roberto Quieto, Fernando Vaca Narvaja, Enrique Gorriaran Merlo, Domingo Mena et Marcos Osatinsky r&#233;ussissent &#224; s'enfuir de la prison de haute s&#233;curit&#233; de Rawson, en Patagonie (Argentine) et &#224; prendre un avion &#224; l'a&#233;roport de Trelew. L&#224; ils attendirent l'arriv&#233;e du reste des compagnons qui devaient participer &#224; la fugue. L'avion est pris et d&#233;colle en direction du Chili puis de Cuba. Le deuxi&#232;me groupe compos&#233; de membres des dites organisations arrivent &#224; l'a&#233;roport en retard, sans la possibilit&#233; de d&#233;coller, du fait des failles dans l'organisation de la fugue. Les 19 camaradas restent encercl&#233; par les marines &#224; l'a&#233;roport de Trelew Ils seront conduits apr&#232;s &#224; la base de l'Amiral Zar :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Ana Mar&#237;a Villarreal de Santucho&lt;/strong&gt;, 36 ans.&lt;br /&gt;
(PRT-ERP). N&#233;e le 9 octobre 1935, compagne de Mario Roberto Santucho et m&#232;re de trois enfants. Licenci&#233;e en arts plastiques dans l'Universit&#233; de Tucum&#225;n. Aupr&#232;s de Santucho elle a commenc&#233; &#224; militer au FRIP (Front R&#233;volutionaire Indoam&#233;ricain et Populaire) qui plus tard devient le PRT. Arr&#234;t&#233;e lors d' un controle de routine dans un autobus.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Carlos Alberto Astudillo&lt;/strong&gt;, 28 ans.&lt;br /&gt;
(FAR). N&#233; &#224; Santiago del Estero le 17 ao&#251;t 1944, &#233;tudiant en m&#233;dicine &#224; l'Universit&#233; de C&#243;rdoba. Arr&#234;t&#233; le 29 d&#233;cembre 1970 et sauvagement tortur&#233;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Eduardo Adolfo Capello&lt;/strong&gt;, 24 ans.&lt;br /&gt;
(PRT-ERP). N&#233; &#224; Buenos Aires le 3 mai 1948, &#233;tudiant en sciences &#233;conomiques et employ&#233;. Arr&#234;t&#233; quand il a essay&#233; d'exproprier une automobile en f&#233;vrier 1971.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Alberto Carlos del Rey&lt;/strong&gt;, 23 ans.&lt;br /&gt;
(PRT-ERP). N&#233; &#224; Rosario le 22 f&#233;vrier 1949, &#233;tudie l'ing&#233;nierie chimique dans la Universit&#233; de Rosario, o&#249; il int&#232;gre le PRT. Participe au congr&#232;s de fondation de l&#8216;ERP. Arr&#234;t&#233; le 27 avril 1971.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Jos&#233; Ricardo Mena&lt;/strong&gt;, 21 ans.&lt;br /&gt;
(PRT-ERP). N&#233; le 28 mars 1951 &#224; Tucum&#225;n, ouvrier de l'industrie sucri&#232;re. Int&#232;gre les premiers groupes du PRT &#224; Tucum&#225;n. Arr&#234;t&#233; &#224; la suite de l'expropriation d'une banque, en novembre 1970.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Clarisa Rosa Lea Place&lt;/strong&gt;, 23 ans.&lt;br /&gt;
(PRT-ERP). N&#233; &#224; Tucum&#225;n le 23 de d&#233;cembre de 1948, &#233;tudie le droit dans l'Universit&#233; de Tucum&#225;n, o&#249; il int&#232;gre le PRT. Participe au congr&#232;s de la fondation de l'ERP. Arr&#234;t&#233; en d&#233;cembre 1970 au tour d'un contr&#244;le de routine.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Humberto Segundo Su&#225;rez&lt;/strong&gt;, 25 ans.&lt;br /&gt;
(PRT-ERP). N&#233; &#224; Tucum&#225;n le 1er avril 1947, d'origine rurale, ouvrier de la construction et ma&#238;tre boulanger. Arr&#234;t&#233; en mars 1971.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Humberto Adri&#225;n Toschi&lt;/strong&gt;, 25 ans.&lt;br /&gt;
(PRT-ERP). N&#233; le 1er avril 1947 &#224; C&#243;rdoba, travaille dans une entreprise familiale avant de choisir de devenir ouvrier. Arr&#234;t&#233;, avec Santucho et Gorriar&#225;n Merlo, dans une ratonade le 30 ao&#251;t 1971.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Jorge Alejandro Ulla&lt;/strong&gt;, 27 ans.&lt;br /&gt;
(PRT-ERP). N&#233; &#224; Santa Fe le 23 d&#233;cembre 1944, enseignant ; abandonne ses &#233;tudes pour travailler comme ouvrier dans une usine de m&#233;tallurgie. Participe au congres pour la fondation de l'ERP et dans la primera op&#233;ration arm&#233;e. Arr&#234;t&#233; avec Humberto Toschi &#224; C&#243;rdoba, en ao&#251;t 1971.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Mario Emilio Delfino&lt;/strong&gt;, 29 ans.&lt;br /&gt;
(PRT-ERP). N&#233; &#224; Rosario le 17 septembre 1942, mari&#233;. Etudie l'ing&#233;nierie &#224; l'Universit&#233; de Santa Fe. Commence &#224; militer &#224; &lt;i&gt;Palabra Obrera&lt;/i&gt;, qui a rejoint le PRT. Abandonne ses &#233;tudes universitaires pour travailler comme ouvrier dans l'agroalimentaire chez Swift &#224; Rosario, o&#249; il travaille 5 ans. Arr&#234;t&#233; le 14 avril 1970. Au V&#232;me congres du PRT il est &#233;lu membre du Comit&#233; Central.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Alfredo El&#237;as Kohon&lt;/strong&gt;, 27 ans.&lt;br /&gt;
(FAR) : N&#233; &#224; Entre R&#237;os le 22 mars 1945, &#233;tudie l'ing&#233;nierie &#224; la Universit&#233; de Cordoba et il travaille dans une usine de m&#233;tallurgie. Fait partie des commandos Santiago Pampill&#243;n fut fondateur du FAR local. Arr&#234;t&#233; le 29 d&#233;cembre 1970.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Miguel &#193;ngel Polti&lt;/strong&gt;, 21 ans.&lt;br /&gt;
(PRT-ERP). N&#233; &#224; Cordoba le 11 juillet 1951, &#233;tudie l'ing&#233;nierie chimique &#224; l'Universit&#233; de Cordoba, &#233;tait le fr&#232;re de Jos&#233; Polti, mort en avril 1971. Arr&#234;t&#233; &#224; Cordoba, en juillet 1971&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Mariano Pujadas&lt;/strong&gt;, 24 ans.&lt;br /&gt;
(MONTONEROS). N&#233; &#224; Barcelona le 14 juin 1948, fut fondateur et dirigeant des Montoneros &#224; C&#243;rdoba. Participe &#224; la prise de &lt;i&gt;La Calera&lt;/i&gt;. Il &#233;t&#233; sur le point de finir ses &#233;tudes d' ing&#233;nieur agronome quand il fut arr&#234;t&#233; dans une rafle, en juin 1971.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Ricardo Ren&#233; Haidar&lt;/strong&gt;, 28 ans.&lt;br /&gt;
(MONTONEROS). Ing&#233;nieur en chimie, il avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; le 22 de f&#233;vrier 1972. Evite les rafales en s'introduisant dans sa cellule, il fut bless&#233;. S&#233;questr&#233; le 18 d&#233;cembre 1982. Disparu au Br&#233;sil le 19 d&#233;cembre 1982.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Susana Graciela Lesgart de Yofre&lt;/strong&gt;, 22 ans.&lt;br /&gt;
(MONTONEROS). N&#233;e &#224; C&#243;rdoba le 13 octobre 1949, enseignante. S'installe &#224; Tucum&#225;n o&#249; elle enseigne et partage sa vie avec les travailleurs de la canne &#224; sucre. Fut une des fondatrises de Montoneros &#224; C&#243;rdoba. Arr&#234;t&#233;e en d&#233;cembre 1971.&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Mar&#237;a Ang&#233;lica Sabelli&lt;/strong&gt;, 23 ans.&lt;br /&gt;
N&#233;e &#224; Buenos Aires le 12 janvier 1949, rencontre Carlos Olmedo quand elle &#233;tudie dau &lt;i&gt;Colegio Nacional Buenos Aires&lt;/i&gt;. Suit des cours de math&#233;matiques dans la Facult&#233; de Sciences exactes, et elle travaille comme employ&#233;e et comme professeur de math&#233;matiques et latin. Arr&#234;t&#233;e f&#233;vrier 1972 elle est sauvagement tortur&#233;e.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Mar&#237;a Antonia Berger&lt;/strong&gt;, 30 a&#241;os.&lt;br /&gt;
(MONTONEROS). Licenci&#233;e en sociologie, a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e le 3 novembre 1971. Bless&#233;e par une rafale r&#233;ussie &#224; s'introduire dans sa cellule, o&#249; elle re&#231;ut un coup de pistolet ; fut la derni&#232;re &#224; &#234;tre hospitalis&#233;e. Elle fut s&#233;questr&#233;e et disparue vers la mi 1979.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Alberto Miguel Camps&lt;/strong&gt;, 24 ans.&lt;br /&gt;
(FAR). Etudiant, avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; le 29 d&#233;cembre de 1970. Evite la ra fale de mitraille en plongeant &#224; l'int&#233;rieur de sa propre cellule, o&#249; il re&#231;oit des balles &#224; nouveau. Meurt &#224; Lomas de Zamora, pcia. de Buenos Aires, le 16 ao&#251;t 1977 dans un affrontement avec les forces de s&#233;curit&#233; qui avaient encercl&#233; sa maison. Son corps, fut enterr&#233; sous NN dans le cimeti&#232;re de &lt;i&gt;Lomas de Zamora&lt;/i&gt;, et identifi&#233; en 2000.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Et mon &#233;poux &lt;strong&gt;Rub&#233;n Pedro Bonet&lt;/strong&gt;, 30 ans.&lt;br /&gt;
(PRT-ERP). N&#233; &#224; Buenos Aires le 1er f&#233;vrier 1942, mari&#233; et p&#232;re de deux enfants, Hern&#225;n y Mariana, de 4 et 5 ans. D'une famille tr&#232;s modeste abandonne ses &#233;tudes pour travailler comme ouvrier chez Sudamtex et Nestl&#233;. Arr&#234;t&#233; en f&#233;vrier 1971.
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cela a &#233;t&#233; la plus grande op&#233;ration militante qui a &#233;t&#233; con&#231;ue &lt;strong&gt;d'une mani&#232;re unitaire&lt;/strong&gt; par les organisations p&#233;ronistes et non p&#233;ronistes (marxistes- l&#233;ninistes) dans ces ann&#233;es de luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le G&#233;n&#233;ral Lanusse qui avait fait un coup militaire en Argentine et qui &#233;tait le Pr&#233;sident de la Nation, d&#233;clare l'&#201;tat d'urgence et la zone reste sous le commandement de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; inform&#233;s de la fuite, les familles des compagnons d&#233;cident de voyager &#224; Rawson, nous louons un petit avion. De leur c&#244;t&#233;, les avocats (ma&#238;tres Ortega Pe&#241;a, Duhalde, Galin, Gonzalez Garland et Mattarollo) voyagent aussi &#224; Rawson avec plusieurs taxis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces militants &#233;taient tr&#232;s jeunes (entre 20 et 30 ans), pour la majorit&#233;, leurs familles &#233;taient compos&#233;es de leurs p&#232;res et m&#232;res, tr&#232;s peu &#233;taient ceux qui avaient d&#233;j&#224; une &#233;pouse et des enfants. A Rawson, les familles essayent de prendre contact avec les militaires qui &#233;taient aux commandes dans la r&#233;gion, avec les membres de l'&#233;glise, et les hommes politiques. Nous voulions qu'ils leur fassent parvenir des couvertures, de la nourriture et surtout qu'ils sachent que nous nous occupions d'eux. Mais personne ne nous a &#233;cout&#233;s et ils nous ont arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commissariat de Rawson, j'&#233;tais avec les parents de Mariano Pujadas, Susana Lesgart, Mar&#237;a Ang&#233;lica Sabelli, entre autres, ils ont pris nos empreintes digitales et nous ont fait un casier judiciaire tandis qu'ils nous &#171; conseillaient &#187; de retourner chez nous. C'&#233;tait la condition pour que nous soyons lib&#233;r&#233;s. Les parents ne pouvaient pas croire que la police s'en prennent aussi &#224; eux, et ils me disaient : &#171; &lt;i&gt;je suis m&#233;decin dans ma ville, et la seule chose que je veux savoir est comment va ma fille : pourquoi ne vont-ils pas me permettre de la voir ? &#187; - &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt; Si mon fils a fait ce qu'il a consid&#233;r&#233; qu'il avait &#224; faire : pourquoi s'en prend-t-on &#224; moi ? - Che : te semble-t-il que j'ai un visage de gangster ?&lt;/i&gt; &#187;. Ils avaient de la force, de l'humour, de la fiert&#233; pour le chemin que leurs enfants avaient choisi. Pour sortir, nous avons promis aux policiers que nous partirions chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes partis &#224; la ville de Trelew et avons continu&#233; notre d&#233;marche. J'&#233;tais institutrice et journaliste du &#171; Nouvel Homme &#187;, de cette fa&#231;on, j'ai obtenu des photos et un enregistrement de la Conf&#233;rence de presse improvis&#233;e retransmise en direct &#224; la t&#233;l&#233;vision. Dans cette cassette, nos compagnons expliquent les raisons de leur lutte (fondamentalement qu'on ne peut pas croire en la d&#233;mocratie, ni en les urnes, car depuis plus de 50 ans, chaque gouvernement &#233;lu d&#233;mocratiquement a &#233;t&#233; retir&#233; du pouvoir par des coups d'&#233;tats militaires et l'unique solution &#233;tait de s'unir afin que les organisations r&#233;volutionnaires r&#233;ussissent &#224; acc&#233;der au pouvoir et puissent construire une patrie socialiste). &#192; ce moment l&#224;, se trouvaient avec eux, &#224; l'a&#233;roport, les journalistes de &#171; La Journ&#233;e &#187; et le &#171; Chubut &#187;, le Me. Amaya, (avocat), le Juge Godoy et le Dr. Viglione, le m&#233;decin qui les a auscult&#233; pour v&#233;rifier qu'ils se trouvaient en bon &#233;tat de sant&#233;. Dans les n&#233;gociations, ils autorisent &#224; nouveau le transfert &#224; la prison de Rawson : Le Capitaine Sosa engage &lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;sa parole d'honneur&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt; concernant la r&#233;alisation des requ&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette vid&#233;o, Mariano Pujadas parle au nom des Montoneros, Mar&#237;a Antonia Berger de la FAR et Rub&#233;n Pedro Bonet de l'ERP. Ils signent un acte. Cependant, finalement ils les am&#232;nent &#224; la Base de l'Amiral Zar et nous connaissons tous la fin de &#171; la parole d'Honneur &#187; de la Marine Argentine. Cette &#171; Conf&#233;rence de presse &#187; reste immortalis&#233;e dans le film &#171; Ni olvido ni perd&#243;n &#187; (Ni oubli, ni pardon) de Raymundo Gleyzer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de retourner &#224; nos domiciles, nous essayons d'aller &#224; la Base, mais il y avait des militaires de tous les c&#244;t&#233;s. Les avocats se confrontent &#224; un cercle herm&#233;tique de silence, qui emp&#234;che tout contact avec les d&#233;tenus de la Base et de la prison de Rawson. Ils sont aussi arr&#234;t&#233;s, ainsi que les chauffeurs des taxis qui les ont conduits. Ma&#238;tres Amaya et Solari Irigoyen qui &#233;taient avocats au Tribunal local ne r&#233;ussissent pas non plus &#224; prendre contact avec les prisonniers, et Me Amaya reste d&#233;tenu. Les juges Quiroga et Godoy ne re&#231;oivent pas les &#171; habeas corpus &#187;. Les avocats convoquent une Conf&#233;rence de presse dans le cabinet de Me. Romero et Me. Amaya. Peu apr&#232;s, une bombe y explose. Ce qui oblige les d&#233;fenseurs &#224; faire leurs d&#233;clarations dans la rue. Le jour suivant, nous d&#233;cidons tous de rentrer chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 ao&#251;t, tr&#232;s t&#244;t, j'&#233;coute la radio, l'une des premi&#232;res versions des militaires, disant que les militants pris dans la Base ont essay&#233; de s'enfuir, qu'il y a des morts et des bless&#233;s .Mon mari est dans la liste de bless&#233;s. Imm&#233;diatement, toutes les familles nous mettons en rapport avec nos avocats. Ils nous disent de partir directement &#224; l'a&#233;roport pour nous rendre &#224; Trelew. On nous conseille, surtout, de ne pas passer par leurs cabinets ni par l'Association Syndicale d'Avocats, o&#249; nous avions l'habitude de nous r&#233;unir. Peu apr&#232;s une bombe explose et d&#233;truit le local de l'Association. J'explique &#224; mes enfants, Hern&#225;n 6 ans et Mariana 4 ans que j'apporte &#171; des pansements &#187; pour soigner papa, les oncles et les tantes qui s'&#233;taient battus avec les militaires (cela faisait presque deux ans qu'ils rendaient visite &#224; leur p&#232;re dans les prisons de Devoto et de Rawson)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres du journal &#171; Lib&#233;ration &#187; (1972) de Rub&#233;n y Alicia Bonet Trelew, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je prends un taxi et demande au chauffeur de mettre la radio, lui expliquant que je veux &#233;couter les nouvelles ; quand nous arrivons &#224; l'a&#233;roport, il ne me fait pas payer, et il me dit &#171; Mme s'ils tuent votre mari c'est parce qu'il luttait pour nous tous &#187;. C'est ainsi qu'a &#233;t&#233; v&#233;cu le &#171; &lt;i&gt;Massacre de Trelew&lt;/i&gt; &#187; par le peuple, v&#233;cu comme le massacre des fils du peuple Argentin.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;C'est la premi&#232;re fois qu'&#233;tait mis en pratique un massacre aussi important contre un groupe de prisonniers politiques, &#233;tant sous la responsabilit&#233; de la Marine et de L'Etat Argentin. Ils d&#233;cident de les supprimer physiquement. &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je prends un taxi a&#233;rien avec Ma&#238;tres Landaburu, Sandler, Cavilla et Lombardi jusqu'&#224; la ville Bah&#237;a Blanca pour aller &#224; l'H&#244;pital o&#249; les bless&#233;s se trouvaient. En chemin, on annonce &#224; la radio la mort du num&#233;ro 16 : Rub&#233;n. Je reviens, alors &#224; l'a&#233;roport d'Ezeiza &#224; Buenos Aires pour r&#233;cup&#233;rer le cercueil. Apr&#232;s &#234;tre arriv&#233;e, je r&#233;cup&#232;re mes enfants. Les familles et nous, sommes inform&#233;s que les corps de nos compagnons seront rapatri&#233;s vers leurs lieux de naissance ; &#224; Rosario, Cordoba, Tucum&#225;n, Entre R&#237;os, Santa F&#233;, Santiago del Estero, Capitale F&#233;d&#233;rale et &#224; la ville de Pergamino dans mon cas. En voyant les manifestations populaires qui se produisaient dans la Capitale F&#233;d&#233;rale, les militaires d&#233;cident d'&#233;viter de cette fa&#231;on toutes les obs&#232;ques populaires. Dans la Capitale, arrivent les corps d'Eduardo Capello, de Mar&#237;a Ang&#233;lica Sabelli et d'Ana Mar&#237;a Villarreal de Santucho. Corps qui seront veill&#233;s au Si&#232;ge P&#233;roniste o&#249; peu de temps apr&#232;s une brutale r&#233;pression se produira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mon cot&#233;, je prends un bus pour aller &#224; Pergamino avec mes enfants, leur explique que l'on n'a pas pu soigner ni papa, ni les oncles et les tantes, et que beaucoup d'entre eux sont morts. Ils ont commenc&#233; &#224; me poser des questions sur la mort : &#171; Comment fait-on pour respirer et manger &#224; l'int&#233;rieur d'un cercueil &#187; Ils ont fait des dessins pour leur p&#232;re que j'ai coll&#233; sur le cercueil. En attendant, j'&#233;tais convaincu que jamais, ni Rub&#233;n, ni les autres compagnons ne pouvaient avoir fait un seul geste pour s'enfuir. Ils avaient une forte morale r&#233;volutionnaire, avaient &#233;t&#233; d&#233;j&#224; tortur&#233;s, ils savaient qu'ils &#233;taient entour&#233;s par la Marine, que le lieu &#233;tait au milieu du d&#233;sert de Patagonie, qu'ils n'avaient pas de communication avec l'ext&#233;rieur. Je pensais simplement qu'ils les avaient tu&#233;s de sang-froid, malgr&#233; les 4 versions &#171; officielles &#187; qui augmentaient la confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'arrive &#224; Pergamino, nous fumes, comme toutes les familles, interrog&#233;s par la police. Un ordre militaire a du &#234;tre sign&#233; pour qu'il n'y ait pas de c&#233;r&#233;monie, ni veill&#233;e du corps, et qu'il devait &#234;tre enterr&#233; imm&#233;diatement. Pour moi, il &#233;tait impossible d'accepter ces conditions, je voulais v&#233;rifier que celui qui &#233;tait dans le cercueil &#233;tait Rub&#233;n et ce qu'ils lui avaient fait. Cela n'a pas &#233;t&#233; facile, le cimeti&#232;re &#233;tait entour&#233; de militaires arm&#233;s et de tanks. Finalement, entre menace et d&#233;bats, ils me permettent de l'identifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entre avec un crayon et un papier, j'&#233;cris tout ce que je vois de lui ; c'&#233;tait Rub&#233;n, avait des h&#233;matomes, il avait comme des esp&#232;ces de grains de beaut&#233; (apr&#232;s j'ai su que c'&#233;tait l'entr&#233;e de balles) et une partie de la t&#234;te &#233;tait mise en pi&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment l&#224;, on ne savait pas qu'&#233;tait en train d'&#234;tre mis en place le fonctionnement de destruction massive de la population &#224; travers les directives du &lt;strong&gt;&#171; Plan Condor &#187;&lt;/strong&gt;. Appellation donn&#233; aux directives des EEU aux militaires de diff&#233;rentes payses de l'Am&#233;rique du Sud de finir avec toute opposition dans leur pays. En Argentine, le terrorisme d'Etat s'implante &#224; Trelew, continue avec la triple A (Alliance Argentine Anticommuniste) pendant le gouvernement d'Isabel Per&#243;n et s'instaure d&#233;finitivement le 24 Mars 1976 avec la prise de pouvoir de la Junte militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ce moment, j'&#233;tais convaincu que les militaires ne pouvaient plus cacher la v&#233;rit&#233; sur ces &#233;v&#232;nements. Il &#233;tait n&#233;cessaire de le d&#233;noncer pour &#233;viter qu'ils ne continuent encore de tuer avec une totale impunit&#233;. Quelques jours apr&#232;s le massacre de Trelew, la premi&#232;re semaine de septembre 1972, je porte plainte et j'initie le proc&#232;s titr&#233; &#171; Alicia de Bonet contre l'&#201;tat National (Le Commandant en Chef de la Marine) &#187; au Tribunal de premi&#232;re instance n&#176;6 pour l' assassinat de mon &#233;poux. Le juge ordonne l'autopsie de Rub&#233;n. Dans l'autopsie, on mentionne 3 blessures de balle de distance et de calibre semblable, d'une blessure par balle &#224; la t&#234;te avec un autre type de projectile, tir&#233; &#224; une courte distance, par lequel on v&#233;rifie que c'est un coup mortel .Le 26 octobre 1972, j'accompagne mon avocat Me. Mario Diehl Gainza de la prison de Villa Devoto o&#249; le tribunal s'est constitu&#233;, pour prendre des d&#233;clarations des trois survivants. Tous les avocats des compagnons sont pr&#233;sents. Alberto Camps d&#233;clare d'abord, puis Ricardo Haidar et finalement Mar&#237;a Antonia Berger, qui bien qu'ils soient bless&#233;s et isol&#233;s, accusent le capitaine Luis Emilio Sosa, le lieutenant Roberto Bravo, le capitaine Emilio Del Real, le sous officier Carlos Amadeo Marandino, le capitaine Herrera, d'avoir tir&#233; sur eux et expliquent comment ils ont donn&#233; les ordres, ont proc&#233;d&#233; au fusillement et comment s'est d&#233;roul&#233; le massacre en donnant des d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils d&#233;crivent les faits, r&#233;alisent un plan avec un dessin o&#249; la place des cellules est indiqu&#233;e, et l'endroit o&#249; sont situ&#233;es les mitraillettes qu'ils vont utiliser et comment. Meurent sur le coup 12 des 19 prisonniers, soit par tirs des mitraillettes soit par tirs de pistolets 45. Ceux qui sont en vie sont encore dans les cellules et racontent que Bravo passe avec un pistolet 45 et tire sur ceux qu'il aper&#231;oit comme vivant (eux inclus). Mais les tirs ne seront pas mortels et ils surv&#233;curent. Ils seront ensuite emmen&#233;s &#224; l'infirmerie de la base et ils racontent qu'Astudillo, Kohon, Polti et mon mari Ruben Bonet gisent bless&#233;s par terre. Les trois premiers meurent apr&#232;s avoir perdu tout leur sang, malgr&#233; la pr&#233;sence de deux m&#233;decins et infirmiers ils ne re&#231;oivent aucune attention m&#233;dicale. Mon mari est vivant. &#192; 12H30 arrivent les m&#233;decins de l'H&#244;pital militaire de Bahia Blanca, qui les transf&#232;rent en avion et donnent les premiers soins &#224; Haidar, Camps puis &#224; Berger, qui sont les survivants du massacre et qui sont entrain de d&#233;clarer les faits. Mon mari est assassin&#233; une deuxi&#232;me fois &#224; &lt;i&gt;12h55, le 22 aout 1972&lt;/i&gt; d'un coup de balle dans la t&#234;te avec un pistolet Calibre 45 &#224; bout portant lorsqu'il &#233;tait par terre demi-nu. C'est le fusill&#233; num&#233;ro 16. Ces t&#233;moignages ont &#233;t&#233; repris, non seulement par la Justice mais aussi par l'&#233;crivant Francisco Urondo le 23 mai 1973 dans la prison de Villa Devoto, o&#249; il les interviews durant la nuit pr&#233;c&#233;dent &#224; la lib&#233;ration des prisonniers politiques. Il les a publi&#233;s dans deux livres &#171; &lt;i&gt;Trelew&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;Trelew, La patrie fusill&#233;e&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Proc&#232;s a suivi son cours jusqu'en 1974, ann&#233;e pendant laquelle a commenc&#233; &#224; se mettre en action &#171; &lt;i&gt;La triple A&lt;/i&gt; &#187; (Alliance Anticommuniste Argentine), ils fusill&#232;rent des personnes cibl&#233;es et bombes. Quand ils ont assassin&#233; l'avocat de Rub&#233;n, le Dr Rodolfo Ortega Pena, j'ai parl&#233; aux parents de Mariano, de Susana, de la Clarisa et ils disaient &#171; &lt;i&gt;ma ch&#233;rie, ne te pr&#233;occupe pas pour nous, nous sommes des personnes &#226;g&#233;es, fait attention &#224; toi et aux enfants&lt;/i&gt; &#187;. Ils ne pouvaient pas imaginer tant de cruaut&#233; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1972, le po&#232;te Jean Gelman &#233;crit &#171; &lt;i&gt;Les Gloires&lt;/i&gt; &#187;, des vers pr&#233;monitoires de ce qui allait arriver :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Est-ce qu'il ne court pas le sang des fusill&#233;s dans Trelew ?&#8230;&lt;br /&gt;
Y a-t-il un endroit du pays o&#249; ce sang ne court pas maintenant ?....&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
Je raconterai certains des cas &#171; &lt;i&gt;le sang qui a continu&#233; de courir&lt;/i&gt; &#187; apr&#232;s Trelew :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9642; &lt;strong&gt;Raymundo Gleyzer&lt;/strong&gt; a disparu depuis mai 1976.&lt;br /&gt;
&#9642; &lt;strong&gt;Paco Urondo&lt;/strong&gt; meurt dans un affrontement pr&#232;s de sa femme en mars 1976.&lt;br /&gt;
&#9642; &lt;strong&gt;Alberto Camps&lt;/strong&gt; est mort le 16 ao&#251;t 1977 dans un affrontement &#224; son domicile&lt;br /&gt;
&#9642; &lt;strong&gt;Mar&#237;a Antonia Berger&lt;/strong&gt; est morte en 1979 dans un affrontement, et son corps a &#233;t&#233; montr&#233; dans l'ESMA (Ecole de la Marine) comme troph&#233;e. &lt;br /&gt;
&#9642; &lt;strong&gt;Ricardo Haidar&lt;/strong&gt; a disparu d&#232;s 1980.&lt;br /&gt;
&#9642; &lt;strong&gt;Robert Quieto&lt;/strong&gt; a &#233;t&#233; s&#233;questr&#233; et il a disparu d&#232;s 1975. &lt;br /&gt;
&#9642; &lt;strong&gt;Marcos Osatinsky&lt;/strong&gt; a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233; en 1975, ses enfants Jos&#233; et Mario de 18 et 15 ans sont morts dans un affrontement &#224; leur domicile, son &#233;pouse Sara a &#233;t&#233; s&#233;questr&#233;e. &lt;br /&gt;
&#9642; &lt;strong&gt;Mario Santucho&lt;/strong&gt; est mort dans un affrontement en 1976, une grande partie de sa famille est port&#233;e disparue (des fr&#232;res, des &#233;pouses, des ni&#232;ces). Entre ceux-ci Ma&#238;tre &lt;strong&gt;Manuela Santucho&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
&#9642; &lt;strong&gt;Le p&#232;re et le fr&#232;re de Fernando Vaca Narvaja&lt;/strong&gt; ont &#233;t&#233; assassin&#233;s en 1976.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les familles des morts de le &lt;i&gt;Massacre de Trelew&lt;/i&gt; furent &#233;limin&#233;es&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#9642; &lt;strong&gt;Le 14 ao&#251;t 1975, les parents de Mariano Pujadas&lt;/strong&gt;, de Jos&#233; Mar&#237;a et de Josefa, ainsi que sa fille Mar&#237;a Jos&#233;, son fils Jos&#233; Mar&#237;a et sa compagne Mirta, ont &#233;t&#233; s&#233;questr&#233;s. Ils ont &#233;t&#233; mitraill&#233;s, dynamit&#233;s et leurs corps jet&#233;s dans un puits. Mirta se sauve et meurt quelques ann&#233;es apr&#232;s suite aux s&#233;quelles.&lt;br /&gt;
&#9642; &lt;strong&gt;Arturo Lea Place&lt;/strong&gt;, p&#232;re de Clarisa a &#233;t&#233; tu&#233; et son fr&#232;re Luis d&#233;tenu. &lt;br /&gt;
&#9642; &lt;strong&gt;Le fr&#232;re d'Eduardo Capello, Jorge&lt;/strong&gt;, est s&#233;questr&#233; avec sa compagne Irma et son fils de 12 ans. Ils ont disparu.&lt;br /&gt;
&#9642; &lt;strong&gt;Le fr&#232;re de Susana Lesgart, Rogelio&lt;/strong&gt;, est arr&#234;t&#233; en 1976, ses s&#339;urs Mar&#237;a Amelia et Adriana se trouvent disparues d&#232;s 1979.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la liste continuera&#8230;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 22 ao&#251;t 1976 on d&#233;couvre 60 corps de personnes&lt;/strong&gt; qui avaient &#233;t&#233; s&#233;questr&#233;es par les Forces Arm&#233;es. Les d&#233;tenus politiques et syndicaux enferm&#233;s dans les prisons du pays et sp&#233;cialement celle de Rawson, ont &#233;t&#233; durement punis et beaucoup d'entre eux sont port&#233;s disparus ou ont du quitter le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus de 200 avocats&lt;/strong&gt; ont &#233;t&#233; tu&#233;s et disparus dans l'exercice de leur fonction entre 1974 et 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La population de Rawson et de Trelew&lt;/strong&gt; a subi la pers&#233;cution et la torture pour avoir &#233;t&#233; t&#233;moin. C'&#233;taient des mandataires, des syndicalistes, des hommes politiques, des journalistes, des amis, des m&#233;decins, des enseignants, des ouvriers, des &#233;tudiants ou des membres de la commission de la solidarit&#233; avec les prisonniers de Rawson et de Trelew.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces informations ne sont pas exhaustives, c'est seulement une partie de l'iceberg qui a constitu&#233;, dans notre pays, l'application de la politique d&#233;nomm&#233;e de &#171; Terrorisme d'&#201;tat &#187;, qui s'est traduit par l'&#233;limination physique de tous ceux qu'on supposait &#234;tre des adversaires au r&#233;gime gouvernemental en vigueur, sans respect d'aucune loi nationale ou internationale de protection de la vie des personnes, et qui a culmin&#233; avec les 30 000 morts et disparus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir d'ao&#251;t 1974, j'ai v&#233;cu dans la clandestinit&#233; avec ma famille. Mes compagnons de travail m'ont averti que les militaires sont all&#233;s me chercher &#224; l'&#233;cole, et que la directrice a re&#231;u l'ordre de ma capture de la part de la Marine de Guerre. A partir de ce jour j'ai v&#233;cu dans la clandestinit&#233; avec mon second &#233;poux Aldo Krueger, mes deux enfants Hernan Bonet y Mariana Bonet et avec notre troisi&#232;me fille n&#233;e en 1975 : Laura Krueger. En 1977, je suis sortie du pays avec ma famille, nous avons demand&#233; l'Asile politique au Br&#233;sil et la France nous a donn&#233;e le refuge politique en 1978. Une fois en France notre 4&#232;me enfant Aldo Yvan Krueger est n&#233; et nous sommes rest&#233;s dans ce pays et dans la Ville de Fontenay S/B qui nous a accueilli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la d&#233;mocratie a &#233;t&#233; r&#233;tablie en Argentine, j'ai commenc&#233; &#224; demander aux pr&#233;sidents argentins, pour que justice soit faite pour le &lt;i&gt;Massacre de Trelew&lt;/i&gt;. J'ai essay&#233; de r&#233;-ouvrir le proc&#232;s initi&#233;, mais le dossier avait &#233;t&#233; d&#233;truit des Tribunaux de la Nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2005, j'ai &#233;t&#233; invit&#233; par le pr&#233;sident argentin N&#233;stor Kirchner. J'ai particip&#233; avec d'autres familles et anciens prisonniers de Rawson aux &#171; actes officiels &#187; de comm&#233;moration, pour les 33 ans du &lt;i&gt;Massacre de Trelew&lt;/i&gt;. Nous avons &#233;t&#233; re&#231;us par le Secr&#233;tariat des Droits de l'Homme de Chubut, Mme Elisa Mart&#237;nez, par le Sous-secr&#233;taire Me. Mattarollo et le Secr&#233;taire de Droits de l'Homme de la Nation Me. Duhalde, et plus tard, par Monsieur le pr&#233;sident de la Nation Me. Kirchner. Pour la premi&#232;re fois, apr&#232;s de 33 ann&#233;es de r&#233;clamation de justice, j'&#233;tais &#233;cout&#233;e par les plus hautes autorit&#233;s du pays. Tous nous ont donn&#233; leur appui pour que le &lt;i&gt;Massacre de Trelew&lt;/i&gt; ne reste pas impuni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons demand&#233; aussi que l'A&#233;roport de Trelew se transforme en lieu de M&#233;moire. Quelques mois apr&#232;s nous initions une Plainte contre l'&#201;tat, cela a &#233;t&#233; en f&#233;vrier 2006. La Plainte initi&#233;e avec les avocats Carolina Varsky et Eduarda Hualpa du CELS (Centre d'&#233;tudes l&#233;gaux et sociaux) a suivi son cours. Sont en d&#233;tention Roberto Paccagnini, chef de la Base en 1972 aupr&#232;s de l'ancien contre-amiral Horacio Mayorga, l'ancien capitaine Nav&#237;o Jorge Enrique Bautista, l'ancien capitaine Luis Emilio Sosa, l'ancien caporal Carlos Marandino et l'ancien capitaine Jorge del Real, et de Herrera (mort). Mais, comme le proc&#232;s n'a pas &#233;t&#233; initi&#233; dans les d&#233;lais pr&#233;vus par la loi, ils ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s. On esp&#233;rait l'extradition de l'ancien lieutenant Nav&#237;o Roberto Guillermo Bravo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ancien lieutenant Roberto Guillermo Bravo fut d&#233;tenu le 26 f&#233;vrier 2010 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;- qui fut d&#233;ni&#233;e par les Etats-Unis en juillet 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La justice fait son travail en Argentine. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s &#224; finalement commenc&#233; le 7 mai 2012 &#224; Trelew et Rawson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand absent sera le Secr&#233;taire des Droits de l'Homme d'Argentine, le camarade, l'ami et avocat de Ruben et d'une grande partie des camarades fusill&#233;s, Luis Eduard Duhalde qui est d&#233;c&#233;d&#233; le 3 avril 2012.Il avait d&#233;clar&#233; en novembre 2011 face au juge et je peux t&#233;moigner que l'un de ses objectifs fondamental de sa vie, &#233;tait que ce proc&#232;s en particulier soit men&#233; &#224; terme. Il a pu assister &#224; la condamnation des plus terribles r&#233;presseurs mais il ne sera pas l&#224; pour le proc&#232;s de Trelew, &#233;v&#232;nement qui l'a marqu&#233; &#224; vie et pour lequel nous jurons en ce jour du 22 out 1972 que Justice sera faite un jour&#8230;. Manquera sa personne &#224; ceux qui l'ont connu il y a 42 ans et il sera pr&#233;sent symboliquement avec nous, avec le souvenir exemplaire d'un militant jusqu'&#224; la derni&#232;re minute de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre grand absent sera celui qui m'a re&#231;u &#224; la Maison du Pr&#233;sident &#171; Casa Rosada &#187;, le 22 aout 2005, le Pr&#233;sident N&#233;stor Kirchner, &#224; qui je rends hommage chaque jour pour avoir eu le courage politique d'en finir avec l'impunit&#233; en Argentine concernant le Terrorisme d'Etat. A partir de ce jour l&#224; j'ai pu avoir confiance en la justice argentine et la promesse que j'ai fait &#224; mes enfants et petits enfants pour la m&#233;moire, la v&#233;rit&#233; et la justice du massacre de Trelew se transforme en r&#233;alit&#233; presque 40 ans apr&#232;s avoir d&#233;noncer depuis la clandestinit&#233; et l'exil, ce qui est arriv&#233; cette matin&#233;e du 22 aout 1972.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve, l'utopie de r&#233;clamer la justice pendant 40 ans s'est concr&#233;tis&#233; lorsque j'ai &#233;t&#233; appel&#233; &#224; t&#233;moigner aupr&#232;s des juges le 18 mai 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;nonc&#233; tout ce que j'ai d&#233;crit pr&#233;c&#233;demment, en pr&#233;sence des assassins qui &#233;taient libres et apr&#232;s avoir apport&#233; toutes les copies de chacune de mes affirmations, j'ai fini par dire aux juges : Vous ferez partie de l'histoire d'Argentine quelle que soit votre d&#233;cision de justice, si vous d&#233;cidez de condamner les assassins pour crimes de l&#232;se humanit&#233;, initi&#233; dans le premier acte du terrorisme d'&#233;tat d'argentine le 22 aout 1972 o&#249; a &#233;limin&#233; physiquement un groupe d'opposant id&#233;ologiques, nous, les familles des victimes du massacres de Trelew pourrons enterrer nos &#234;tres chers d&#233;finitivement en paix et avec dignit&#233;. Si ce n'est pas l'option que vous choisissez, je continuerai de lutter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 octobre fut le jour de la sentence, nous &#233;tions 45 familles (fr&#232;res, &#233;pouses, fils, petits-fils, neveux, cousins) &#224; assister &#224; la condamnation &#224; perp&#233;tuit&#233; de Sosa, Marandino, Del Real et l'appel fait concernant la libert&#233; accord&#233;e de Paccagnini et de Bautista. Des d&#233;marches pour obtenir la demande d'extradition de Bravo seront &#233;galement mises en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justice argentine a rempli sa dette d'honneur qu'elle avait envers le peuple Argentin, qui n'avait jamais cru les militaires et leurs communiqu&#233;s absurdes pour justifier le massacre. Mais aussi parce que Trelew a marqu&#233; un avant-apr&#232;s dans l'histoire argentine en &#233;tant consid&#233;r&#233; comme &#171; &lt;strong&gt;le&lt;/strong&gt; &#187; primer acte de Terrorisme d'&#233;tat et un crime de l&#232;se-humanit&#233; pour les juges. Nous esp&#233;rons maintenant avec beaucoup d'attention que les peines des assassins soient effectives. Le 3 novembre 2012 au cimeti&#232;re de Pergamino, o&#249; reposent les restes de Rub&#233;n, un grand acte a eu lieu. Nous avons d&#233;pos&#233; avec ma fille Mariana, accompagn&#233;e des autorit&#233;s de la ville, des familles, amis, camarades, des gens du peuple une plaque tombale que dit :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &lt;strong&gt;Le 15 Octobre 2012 le Massacre de Trelew fut d&#233;clar&#233; crime de l&#232;se-humanit&#233; et ses auteurs condamn&#233;s &#224; prison &#224; perp&#233;tuit&#233;. Ruben repose en paix et avec dignit&#233;. Ta famille, tes camarades et amis de disent : PRESENTE ! Pour la victoire, toujours.&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En France j'ai fond&#233; avec des argentins, des latinoam&#233;ricaines et des fran&#231;aises en 2006, le &#171; &lt;i&gt;Collectif Argentin pour la M&#233;moire&lt;/i&gt; &#187;, qui est devenu la r&#233;f&#233;rence en France concernant tous les faits li&#233;s au terrorisme d'&#233;tat en Argentine. Nous faisons des conf&#233;rences dans les lyc&#233;es, universit&#233;s, nous organisons des colloques internationaux, des d&#233;bats, pr&#233;sentons des livres, des films, entre autre activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour la V&#233;rit&#233;, la M&#233;moire et la Justice continue pour toutes les victimes du terrorisme d'&#233;tat en Argentine, pour donner conscience dans le monde, en particulier en France, pour que NUNCA MAS se r&#233;p&#232;te l'horreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mme. Alicia Bonet -Krueger&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Pr&#233;sidente du &#171; &lt;i&gt;Collectif Argentin pour la m&#233;moire&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Livres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Abogados Desaparecidos&lt;/strong&gt; &#187;, Familiares de detenidos y desaparecidos&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&#171; Proceso de explotaci&#243;n y represi&#243;n en la Argentina&lt;/strong&gt; &#187;, Foro de Buenos Aires por la vig&#233;sima de los Derechos Humanos&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&#171; Trelew&lt;/strong&gt; &#187; de Francisco Urondo&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&#171; Nunca Mas&lt;/strong&gt; &#187;, CONADEP&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&#171; Argentina : Dossier de un genocidio&lt;/strong&gt; &#187;, Comisi&#243;n Argentina de Derechos del Hombre&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&#171; Heroes&lt;/strong&gt; &#187;, Gregorio Levenson y Ernesto Jauretche&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&#171; Trelew : La Patria Fusilada&lt;/strong&gt; &#187; de Francisco Urondo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Films :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ni olvido ni Perd&#243;n&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;, Raymundo Gleyzer&lt;br /&gt;
&#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Trelew&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187; de Mariana Arruti&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Argentina-La-Vie-apres-Trelew&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 23 ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification&lt;/u&gt; 3.0 Unported.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt; Lettres du journal &#171; Lib&#233;ration &#187; (1972) de Rub&#233;n y Alicia Bonet &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trelew, le 22 ao&#251;t 1972&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui &#233;tait Rub&#233;n Pedro Bonet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre pour montrer, vraiment, qui &#233;tait Rub&#233;n Pedro Bonet - un militant r&#233;volutionnaire massacr&#233; &#224; Trelew-, rien de plus appropri&#233; que la lettre qu'il a envoy&#233; &#224; ses enfants depuis la prison, ceci avec le t&#233;moignage de sa compagne, Alicia Bonet, et les lettres qu' elle-m&#234;me a &#233;crit &#224; Hern&#225;n et Mariana, pour qu'ils puisse savoir que leur p&#232;re est all&#233; &#192; LA LUTTE, est all&#233; &#192; LA MORT, POUR LA JOIE DE VIVRE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lettre de Rub&#233;n Pedro Bonet &#224; ses enfants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes Enfants aim&#233;s &#161; Salut Hern&#225;n !! &#161; Salut Mariana !! Comment allez-vous ? Papa vous donne pleins de bisous &#224; tous les deux et je vais vous raconter tout ce qui s'est pass&#233; apr&#232;s qu'on m'a transf&#233;r&#233; de Devoto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un camion qui a des petites cellules un groupe de policiers ont emmen&#233; Papa jusqu'&#224; l'A&#233;rodrome et apr&#232;s dans un grand avion ils m'ont emmen&#233; ici. Maintenant je suis &#224; Rawson et c'est tr&#232;s loin d'o&#249; vous &#234;tes. Ici il y a une autre prison comme Devoto et je suis comme l&#224;-bas avec beaucoup d'oncles et de tantes et des amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, maintenant papa va vous raconter ce qu'il fait dans la journ&#233;e. Tous les matins nous nous levons tr&#232;s t&#244;t et faisons de la gymnastique et courons un peu ; apr&#232;s nous &#233;tudions, lisons des livres pour apprendre beaucoup de choses, nous &#233;tudions beaucoup. Nous travaillons aussi, nous faisons des petites couvertures et des ponchos que nous essayons de vendre pour pouvoir nous acheter des choses comme des cigarettes et des confitures et tout dont nous avons besoin. Dans les moments libres nous bavardons, jouons de la guitare, nous chantons et nous rions en nous racontant des choses. De plus, nous jouons au football et aussi au volley, mais nous jouons davantage au football. Voil&#224; tout ce que je fais plus ou moins dans la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici il faut se couvrir beaucoup parce qu'il fait froid, mais quand je me couvre bien je ne sens plus rien et il me pla&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour dormir, il y a une cellule, qui est petite. J'ai un lit et quelques tiroirs o&#249; je range les v&#234;tements, mes papiers et un livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le mur j'ai coll&#233; vos photos et un petit dessin comme celui que je t'ai offert &#224; toi Hern&#225;n, o&#249; il y a Charlot avec le b&#233;b&#233; dans ses bras, et quelques dessins que vous m'avez offerts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ? Il vous a plu ce que papa vous a racont&#233; ?&lt;br /&gt;
C'est vrai que, apr&#232;s m'avoir transf&#233;r&#233; si loin, nous ne pouvons pas jouer et bavarder si souvent comme nous le faisions &#224; Devoto, mais papa est bien et malgr&#233; tout content.&lt;br /&gt;
J'ai tr&#232;s envie de jouer et de bavarder avec vous deux. Hern&#225;n, maintenant que tu es l'homme de la maison racontes-moi comme vont Mariana et maman, racontes-moi si elles sont sages et dis-moi aussi si tu vas tous les jours au jardin et emm&#232;ne avec toi Mariana.&lt;br /&gt;
Comme je te disais j'ai tr&#232;s envie de vous voir et je voudrais que vous veniez le plut&#244;t possible, j'aimerais vous voir le 9 juillet, mais si vous ne pouvez pas, la semaine suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand vous viendrez je vais vous montrer ma petite cellule et o&#249; je vis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant je vais aller dormir et dites &#224; maman que je l'embrasse et je vous serre fort. Pour vous une petite tape dans les fesses, mais ce n'est qu'une plaisanterie rien de plus. Bon, mes jolis, un bisou &#233;norme et maintenant oui je vous dis salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papa Rub&#233;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que vous allez me r&#233;pondre vite, dites &#224; maman qu'elle vous aide &#224; &#233;crire, si vous ne pouvez pas, qu'elle &#233;crive.&lt;br /&gt;
Bisous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;br /&gt;
T&#233;moignage de l'&#233;pouse de Rub&#233;n Pedro Bonet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir &#233;t&#233; celle qui a partag&#233; les ann&#233;es de sa formation cristallis&#233;e dans une maturit&#233; pour arriver &#224; &#234;tre un Argentin assassin&#233;, un Compagnon assassin&#233;, un P&#232;re assassin&#233;, les trois choses avec majuscule et sang, c'est que je veux que vous sachiez qu'on devient r&#233;volutionnaire par amour et qu'il est d&#233;pouill&#233; d'&#233;go&#239;sme pour aimer tous ceux qui sont &#224; son c&#244;t&#233; et donner la vie pour son peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous donne &#224; lire la derni&#232;re lettre que papa Rub&#233;n Pedro a &#233;crite &#224; ses enfants quand il a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; du p&#233;nal de Villa Devoto &#224; celui de Rawson. Ils lui ont r&#233;pondu avec leur langage (les dessins). II n'y a que quelques jours se sont pass&#233;s pour que je re&#231;oive une enveloppe envoy&#233;e par la &#171; Marine Argentine &#187; avec les affaires du mort N&#176;16. &#192; l'int&#233;rieur de cette enveloppe il y avait une pochette en cuir marron que Rub&#233;n emportait pendue du cou avec les dessins, les lettres et les photos de ses enfants, sa ceinture, la montre et un stylo. Avec cette enveloppe sont arriv&#233;es toutes les r&#233;ponses que j'ai &#233;crites ou mes enfants pour que ne rien du pass&#233; soit oubli&#233; ou d&#233;form&#233;. Ces lettres, quand Hern&#225;n et Mariana apprendront &#224; lire, seront lues &#224; haute voix par eux avec sa m&#232;re et tout un peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alicia Bonet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;br /&gt;
LETTRE D'ALICIA BONET &#192; SES ENFANTS&lt;br /&gt;
22-08-72&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hern&#225;n et Marina :&lt;br /&gt;
Maman va vous raconter une histoire d'amour en quelques parties.&lt;br /&gt;
La premi&#232;re partie de cette histoire je vais vous la d&#233;tailler parce que vous &#234;tes le produit d'elle, de l'amour, pur ; du d&#233;sir profond de concevoir le fruit d'une passion d'un homme et d'une femme simple, d'une &#233;tudiante et d'un ouvrier qui se sont connus &#224; la porte d'une usine, qu'ils ont pris un caf&#233; ensemble dans un bar, qu'ils se sont promen&#233;s main dans la main dans les rues et les places du Buenos Aires et aux six mois l'affection &#233;tait si grande, les id&#233;aux si proches, qu'ils se sont mari&#233;s tr&#232;s c&#233;r&#233;monieusement et &#224; la porte du Registre Civil des rues Salvador et Maria del Carril se sont mis les alliances pour plaire aux parents anxieux de formalit&#233;. Cette partie appartient &#224; maman et &#224; papa, mais elle ressemble &#224; celle-l&#224; d'autres enfants qui ont un papa et une maman heureux d'avoir donn&#233; la vie &#224; d'autres &#234;tres et heureux d'avoir &#233;t&#233; capables de les cr&#233;er, par tout le beau, la douceur et l'unique qui sont vous, les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand vous &#234;tes arriv&#233;s, nous vous attendions dans un petit appartement, o&#249; on avait &#233;parpill&#233; des jouets et des fleurs, m&#234;l&#233;s aux c&#226;lins de maman et les jeux de papa. Ce papa qui voulait vous donner un monde diff&#233;rent, nouveau, avec beaucoup de jouets, avec plus de temps pour jouer, avec des enfants sains et joyeux, et pour cela il est sorti de ses quatre murs et s'est joint &#224; la lutte des ouvriers, des &#233;tudiants, du peuple. Ce p&#232;re qui revenait anxieux de vous offrir toute son affection et son amour, et &#224; cause de la g&#233;n&#233;rosit&#233; de ses sentiments il a eu d&#251; cesser de vous voir, de vivre avec nous pour &#233;viter des difficult&#233;s ou des risques plus grands que le fait dur et terrible de vivre dans cette Argentine saign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une nuit de mai 71 arriva, o&#249;, toi Hern&#225;n, tu expliquais avec tes 4 ann&#233;es adultes &#224; ta s&#339;ur, qui n'avait pas atteint encore les 3 ans, que le commissariat est la maison o&#249; vivent les policiers. Les policiers avaient emmen&#233; papa l&#224; parce qu'ils ne permettaient pas le travail qu'il faisait, (celui de lutter pour changer cette forme de vie pour une autre plus digne et humaine). Et &#224; partir de ce jour-l&#224; jusqu'&#224; presque le 22 ao&#251;t 1972 il n'y a pas eu de sortie plus joyeuse, (et pour cela vous le racontiez aux cris dans les bus, les taxis, les ascenseurs et dans les rues) que vous alliez voir papa &#224; la prison, ces r&#233;ponses que vous donniez &#224; ceux qui vous demandaient innocemment, tu vas te promener ? Bien s&#251;r, apr&#232;s maman s'amusait en regardant les expressions de ces messieurs et ces dames qui se repentaient de leur int&#233;r&#234;t et &#171; sympathie &#187; pour les enfants et ils auraient voulu sortir en courant effray&#233;s de leurs pr&#233;jug&#233;s et peurs ou les visages complices, tristes ou indiff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de gens entendraient votre spontan&#233;it&#233; naturelle, le bonheur que signifiait courir, jouer, bavarder pendant quelques heures avec papa qui les aimait si tendrement. &#192; vous dont les visites n'&#233;taient pas assez et vous qui lui envoyez des lettres avec des b&#226;tons, des dessins, des lettres et des photos. Qui peut vous dire que ce papa est mauvais,qu' il est un d&#233;linquant, qu'&#234;tre r&#233;volutionnaire ou gu&#233;rillero est condamnable &#224; payer avec la prison et la mort ? Qui peut vous faire croire cela &#224; vous et aux autres enfants du peuple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les insultes seulement sont &#233;cout&#233;es par ceux qui ont peur de ses grands capitaux, ses grandes terres, ses grandes peurs de regarder la vie de face. Mais pour vous mes enfants est un homme &#224; qui le temps lui a manqu&#233; pour aller &#224; ton prochain anniversaire Hern&#225;n, pour &#233;couter ton po&#232;me au jardin d'enfants, demain vous serez les continuateurs, vous le d&#233;fendrez de toute injure et offense, vous qui marquerez le chemin futur juste. Il n'y aura pas de grands et de petits mensonges, de pi&#232;ges et de tromperies qui pourraient changer votre histoire, &#233;crite avec le sang de papa, d'oncles et de tantes et qui est l'histoire de tout le peuple argentin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;br /&gt;
DEUXI&#200;ME LETTRE D'ALICIA BONET &#192; SES ENFANTS&lt;br /&gt;
22-09-72&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hern&#225;n et Mariana : &#171; vous n'avez plus de papa &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui cela fait d&#233;j&#224; un mois que je les ai appel&#233;s pour vous dire ces mots. Cela faisait un peu plus de 24 heures que nous avions pris cong&#233; et bien que sans foi, je suis partie pour voir si je pouvais &#171; gu&#233;rir papa qui s'&#233;tait battu avec les policiers de Rawson &#187;. Quand j'arrivais &#224; l'h&#244;pital de la base, la radio annon&#231;ait encore un mort, papa &#233;tait le num&#233;ro 16. Avec toute ton ing&#233;nuit&#233; et sagesse, toi Hern&#225;n tu m'as demand&#233; : &#171; Pour quoi papa ne s'est pas d&#233;fendu s'il savait utiliser les armes ? &#187;. Est-ce qu&#8216;un homme &#224; moiti&#233; nu peut-il se d&#233;fendre, quand il est mitraill&#233; par une PAM [mitraillette] et un pistolet calibre 45 dans une cellule de 2 par 2 et dans le dos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous n'avez plus de papa parce que les militaires l'ont tu&#233;. Et vous avez demand&#233; de nouveau : &#171; pourquoi ont-ils tu&#233; papa qui &#233;tait bon ? &#187;. Les questions se sont succ&#233;d&#233; sans arr&#234;t, &#171; Les morts n'&#233;coutent pas, ne respirent pas, ne parlent pas ? Pourquoi papa ne s'est-il &#233;vanoui ou rest&#233; bless&#233; ? Pourquoi ne puis-je pas voir papa &#224; l'int&#233;rieur de la bo&#238;te ? Papa m'a dit que quand j'aurai six ans il allait venir &#224; mon anniversaire ; qu'il allait tirer tout l'argent que Lanusse a gard&#233; dans les poches pour le donner aux papas et aux mamans de tous les enfants pour qu'ils ach&#232;tent beaucoup de nourriture, pour qu'ils soignent les b&#233;b&#233;s s' ils sont malades, pour que les enfants puissent &#233;tudier et aller &#224; l'&#233;cole ; et aux agents de la police il allait leur dire qu'ils travaillent, qu'ils vendent des choses dans les commerces ou dans les kiosques, mais qu'ils ne devaient pas frapper ou tuer plus de papas et mamans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je les &#233;coutais et leur r&#233;p&#233;tais, mes enfants, que tout ce que papa vous avait appris, vous avait racont&#233;, vous ne deviez pas l'oublier. Que papa voulait que vous vous entendiez bien, que vous suiviez des bons fr&#232;res et que vous partagiez les affaires, les jouets et les jeux avec tous les enfants. Que papa allait &#234;tre toujours &#224; l'int&#233;rieur de nos c&#339;urs et ses mots dans nos t&#234;tes. Quand nous allions &#224; la veill&#233;e fun&#232;bre, vous me disiez que papa &#233;tait &#233;gal &#224; San Martin parce qu'il avait lutt&#233; comme lui et que nous avions &#224; lui faire une statue &#8230; Bien s&#251;r que nous ferons une statue &#224; papa, &#224; tous les oncles et les tantes qui tombaient pour lutter, pour vouloir &#234;tre libres, pour vouloir construire un monde qui n'est pas bas&#233; sur la haine et la pers&#233;cution, mais sur l'amour. &#192; tous ceux qui ont laiss&#233; de c&#244;t&#233; la possibilit&#233; individuelle d'avoir son quotidien bonheur, paix et joie pr&#232;s des parents et des fr&#232;res, pr&#232;s des &#233;pouses et des enfants, pour comprendre que sa vie &#233;tait moins importante que celle de l'ouvrier, de l'&#233;tudiant, du paysan, du camarade poursuivi, affam&#233;, tortur&#233;, mort. Pour cette int&#233;grit&#233;, qui loin d'&#234;tre indiff&#233;rence, &#233;tait la grande qualit&#233; humaine, pour sa clart&#233; et sa fermet&#233;, seulement maman conna&#238;t les larmes de papa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les larmes quand tu es n&#233; Hern&#225;n et toi Mariana, quand vous avez parl&#233; et march&#233; pour la premi&#232;re fois, quand nous nous prenions fort dans les bras apr&#232;s une discussion ou un probl&#232;me, quand il a cess&#233; de vivre chez nous apr&#232;s les longues all&#233;es et venues qu'il lui &#233;tait difficile qu'elles deviennent d&#233;finitives, quand il a re&#231;u deux paquets de nourriture que de votre part de un policier lui a fait parvenir dans la cellule apr&#232;s avoir &#233;t&#233; clou&#233; au sol, frapp&#233; et tortur&#233; (l&#224; papa a &#233;t&#233; ferme, il n'a non seulement pas parl&#233;, mais il n'a pas pleur&#233; ni cri&#233;) quand il a bavard&#233; avec maman sur la mort de son ami Luis (Pujals). La derni&#232;re fois que nous avons &#233;t&#233; ensemble aux Tribunaux, entour&#233;s de policiers, en nous s&#233;chant nos larmes d'impuissance, m&#233;lang&#233;es avec des mots rapides et n&#233;cessaires. Et les voix cass&#233;es qu'on vous a chant&#233;es quand ils partaient du P&#233;nal de Rawson le 22 juillet pass&#233;, dans la derni&#232;re visite que vous lui avez faite. Aujourd'hui je vous &#233;cris avec le stylo de papa, qui avec vos photos et les petites lettres, la ceinture et la montre, ont &#233;t&#233; remis dans une enveloppe de l' &#171; Arm&#233;e &#187; comme toutes les affaires de papa &#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous rendez compte que papa allait &#224; la lutte seulement guid&#233; par le plus grand amour, par l'amour qu'il gardait cach&#233; dans une pochette en cuir pendu du cou, &#224; cot&#233; du c&#339;ur ; vous &#233;tiez l&#224;, vous qui lui donniez la force et le courage qui se trouve dans ce qu'on aime le plus. Vous vous rendez compte quelle belle le&#231;on et enseignement vous a-t-il laiss&#233;s papa d'h&#233;ritage ? Avec quelle fiert&#233; et dignit&#233; vous &#233;crirez tous les jours notre nom ! Mes petits poussins, n'y aura plus de petits chevaux dans les &#233;paules, ni les batailles comme &#171; &lt;i&gt;des vrais hommes&lt;/i&gt; &#187;, ni promenades au zoo, ni des fontaines, ni des &#233;glises, ni des dessins, ni des maisonnettes de cure-dents et de carton &#8230; Seulement des souvenirs, seulement des verbes au pass&#233;, nous appellerons papa et il n'y aura pas de r&#233;ponse. Et nous pleurerons et ne crierons dans notre intimit&#233; de rage et de col&#232;re sans fin, et nous manquera tout ce que papa nous donnait, son baiser quotidien, son regard ferme dans ses yeux clairs, sa m&#232;che toujours tomb&#233;e sur le front, il nous restera, tout ce que signifie aujourd'hui pour nous et pour tout le peuple argentin ses 30 ann&#233;es perc&#233;es par les balles, ses bras crois&#233;s immobiles sur sa poitrine vigoureuse, sur sa peau jeune et incroyablement vivante. Et vous saurez aujourd'hui, demain, que papa est un martyr qui a eu &#224; peine le temps d'&#234;tre un h&#233;ros et qu'il a &#233;crit l'un des plus cruels volets de notre histoire, et peu &#224; peu, toi Hern&#225;n tu cesseras de me dire : &#171; mami je voulais avoir mon papa &#187; et toi Mariana, tu ajouteras que tu es tr&#232;s triste parce qu'on a aussi tu&#233; l'oncle &lt;i&gt;Chupete&lt;/i&gt;, (Capello) ton oncle pr&#233;f&#233;r&#233; &#187;. Avec le temps vous trouverez votre papa et votre oncle aim&#233; dans chacun des hommes capables de vous aimer tellement pour donner leur vie pour vous et pour chaque &#234;tre qui arrive &#224; ce monde. Monde que aujourd'hui &#233;crit AMOUR avec du sang ; pour que demain vous l'&#233;criviez de toutes couleurs, plein d'&#233;toiles, de fleurs, de papillons, de ballons, de bonhommes, de sucettes, comme tous les enfants du monde ont &#224; le vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.D. : Quand nous sommes all&#233;s au cimeti&#232;re se rappeler de l'oncle Luis et de papa, toi, Mariana tu as cri&#233; un : Viva ! Qui nous a p&#233;n&#233;tr&#233; tous, apr&#232;s avoir &#233;cout&#233; les mots de maman ; et quand toi Hern&#225;n tu m'as demand&#233; en secret si la police &#233;coutait les d&#233;clarations des bless&#233;s que je lisais aux amis et je t'ai pris fort dans les bras et t'ai dit que non, je me suis rendu compte, plus s&#251;re, plus fermement qu'avant que votre compr&#233;hension et clart&#233; &#233;tait merveilleuses. Pour cela papa et maman sont fiers de vous avoir, de se prolonger en vous que si t&#244;t, si rapidement, vous avez appris la le&#231;on de ce qui est vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Liberation - page 9&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Ces lettres &#233;taient dans le dossier r&#233;cup&#233;r&#233; par Alicia Bonet en la DIPBA, (Direction d'information de la Province de Buenos Aires et lieu de M&#233;moire actuellement), en les pages 107-108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'ancien lieutenant Roberto Guillermo Bravo fut d&#233;tenu le 26 f&#233;vrier 2010 par INTERPOL de Washington dans sa maison de Miami et il lui a &#233;t&#233; attribu&#233; par le juge f&#233;d&#233;ral les d&#233;lits de privation ill&#233;gitime de libert&#233;, tortures et homicides qualifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa biographie officielle indique qu'apr&#232;s le &lt;i&gt;Massacre de Trelew&lt;/i&gt;, Bravo en 1973 est devenu attach&#233; naval d'Argentine &#224; Washington. L'ancien lieutenant de la Marine a profit&#233; de son s&#233;jour aux Etats-Unis pour s'entrainer dans les forces arm&#233;es locales. Il a suivi des cours dans la division de l'infanterie a&#233;rotransport&#233;e, appel&#233;e Pathfinder et il s'est entrain&#233; avec la Marine dans des op&#233;rations de reconnaissance amphibie (avion).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1979, il s'est retir&#233; de la Marine Argentine, a obtenu un emploi aux USA et en 1987 il a obtenu la nationalit&#233; usam&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mari&#233; &#224; Ana Maria Bravo, leurs trois enfants ont fait leurs services dans les forces arm&#233;es des USA. Bravo garde une &#233;troite relation avec les forces arm&#233;es des USA. &lt;br /&gt;
L'entreprise qu'il a fond&#233; en 1998, &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.rgbgroup.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RGB Group, Inc.&lt;/a&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, vend des services m&#233;dicaux au Pentagone et aux forces arm&#233;es US, y compris &#224; la marine US.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la liste compl&#232;te de contrat que RGB groupe (RGB=Roberto Guillermo Bravo) a sign&#233; avec diff&#233;rentes partie des forces arm&#233;es, plus de 460 contrats de la valeur de millions de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus important fut pour 6 154 204 dollars. A cela s'ajoute ceux que Bravo a sign&#233;s avec le d&#233;partement de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure, l'agence de logistique de la d&#233;fense, le garde-c&#244;te et l'officine f&#233;d&#233;rale de prison. Les majeures parties sont pour des &#171; &lt;i&gt;services m&#233;dicaux&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois d&#233;tenu par Interpol, il a retrouv&#233; sa libert&#233; apr&#232;s avoir du payer en esp&#232;ces 25 000 dollars sur 1.2 million que le juge a fix&#233; comme caution. Le magistrat a gard&#233; son passeport et lui a interdit de quitt&#233; l'&#233;tat de Floride, lui a retir&#233; le permis de naviguer et a annonc&#233; pour le 2 avril l'audience pour l'extradition. La semaine suivante, Bravo a &#233;t&#233; &#224; Guantanamo comme chef des forces d'ordre pour donner des cours sur le traitement des ennemis. (Google-internet)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; Loi de l'Exil &#187;Alicia Bonet-Krueger</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Loi-de-l-Exil-Alicia-Bonet-Krueger</link>
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		<dc:date>2006-02-02T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alicia Bonet-Krueger</dc:creator>



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&lt;p&gt;Texte lu au S&#233;nat argentin le jour du d&#233;bat sur la &#034;Loi de l'Exil&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Loi de l'exile&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui 24 mars 2005 (24 mars 1976 coup d'&#233;tat militaire), en cette date qui a marqu&#233; l'histoire argentine et l'histoire personnelle de toute une g&#233;n&#233;ration, je vous &#233;cris ces lignes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elles ont &#233;t&#233; &#233;crites dans le besoin imp&#233;rieux de dire publiquement et sans tabous ce qu'est l'exil. Pour que tous ceux qui travaillent actuellement sur la loi de l'exil sachent quelle est la port&#233;e du travail qu'ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Exil" rel="directory"&gt;Exil&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte lu au S&#233;nat argentin le jour du d&#233;bat sur la &#034;Loi de l'Exil&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Loi de l'exile&#034; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui 24 mars 2005 (24 mars 1976 coup d'&#233;tat militaire), en cette date qui a marqu&#233; l'histoire argentine et l'histoire personnelle de toute une g&#233;n&#233;ration, je vous &#233;cris ces lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ont &#233;t&#233; &#233;crites dans le besoin imp&#233;rieux de dire publiquement et sans tabous ce qu'est l'exil. Pour que tous ceux qui travaillent actuellement sur la loi de l'exil sachent quelle est la port&#233;e du travail qu'ils font, puisque c'est la premi&#232;re tentative s&#233;rieuse de r&#233;tablir une continuit&#233; dans l'histoire argentine en incorporant &#224; cette histoire une g&#233;n&#233;ration qui pour des diverses raisons et avec des moyens tr&#232;s divers a d&#251; quitter le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui presque 30 ans se sont &#233;coul&#233;es et nous faisons des d&#233;marches actuellement qui doivent servir &#224; d&#233;montrer que nous &#233;tions oblig&#233;s de nous exiler. Ainsi, nous avons &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; nous r&#233;unir avec les d'autres exil&#233;s politiques, &#224; parler, &#224; revivre les premiers moments de notre exil et une grande &#233;motion s'est empar&#233;e de nous, nous a envahi ; on a pleur&#233; en se racontant des &#171; d&#233;tails &#187; que nous ne connaissions pas les uns au sujet des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les &#233;motions, la souffrance li&#233;e &#224; toutes les pertes, &#224; toutes les ruptures, &#224; toutes les blessures physiques et psychiques, nous les avions laiss&#233;es de c&#244;t&#233; ; nous les avions v&#233;cues dans la plus grande intimit&#233;, sans avoir pu ext&#233;rioriser nos sentiments, pas m&#234;me avec les personnes les plus proches de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'aurait eu l'id&#233;e de parler de soi et de ses probl&#232;mes existentiels alors que nous avions laiss&#233; derri&#232;re nous, les camarades, les amis, la famille d&#233;vor&#233;s par les monstres de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions vivants, sans savoir ni pourquoi, ni comment. Le caract&#232;re surprenant d'avoir surv&#233;cu nous a cach&#233; la dimension du simple &#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais vous raconter quelques extraits de mon histoire, vous les multiplierez par 1 million et les adapterez &#224; la situation de chaque exil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 ao&#251;t 1972 mon mari a &#233;t&#233; tu&#233; &#224; Trelew. Plus tard, nous avons commenc&#233; &#224; vivre dans la clandestinit&#233; &#224; partir de 1974 quand les 3 A (police parall&#232;le) de Isabel P&#233;ron et de Lopez Rega nous recherchaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions une famille, j'avais eu deux enfants avec Ruben et je m'&#233;tais remari&#233;e et durant cette p&#233;riode de clandestinit&#233; j'avais eu une fille. Nous avons chang&#233; de noms, de maisons et nous avons chang&#233; les enfants d'&#233;cole et pendant que nous militions, nous &#233;tions aux aguets, attentifs &#224; tout et nous ne savons toujours pas comment, ni pourquoi le monstre de la r&#233;pression n'est pas arriv&#233; &#224; notre porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 juin 1977, lors d'une de ces repr&#233;sentations que l'on organise pour les f&#234;tes nationales dans les &#233;coles &#224; l'occasion de la journ&#233;e du drapeau argentin, je suis all&#233;e voir mes enfants danser la chacarera (Danse folklorique) avec des foulards bleus et blancs&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, la directrice de l'&#233;cole informait les parents qu'&#224; partir de la semaine suivante la police allait venir dans les &#233;coles pour d&#233;livrer les cartes d'identit&#233; aux mineurs et qu'il fallait pr&#233;parer les actes de naissance, les livrets de famille, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant de plus en plus difficile de se faire faire des faux papiers, le cercle se refermait et nous ne pouvions demander de l'aide ni &#224; la famille, ni aux amis, ni aux coll&#232;gues, ni aux voisins, parce qu'on pouvait les compromettre et leur faire subir le m&#234;me sort que nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque les organisations r&#233;volutionnaires avaient d&#233;cid&#233; de faire sortir le maximum de militants du pays. Nous avions rendez-vous &#224; Rio de Janeiro, le mot d'ordre &#233;tait de vendre en une semaine tous nos biens afin de permettre &#224; d'autres camarades de sortir avec l'argent ramass&#233;e. Tout devait &#234;tre fait sans se faire remarquer, discr&#232;tement, sans que personne ne se rende compte que nous &#233;tions en train de partir &#8230;.pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons voyag&#233; le 7 juillet, pendant les vacances d'hiver et nous nous sommes transform&#233;s en &#171; touristes &#187; sans valise. Nous avons tout laiss&#233;, nous avons tout perdu, nous avons ferm&#233; la porte et nous avons commenc&#233; &#224; marcher sans savoir si nous allions atteindre le coin de la rue, l'a&#233;roport, la fronti&#232;re, le Br&#233;sil, et Rio de Janeiro, o&#249; nous n'avions pas la moindre id&#233;e de ce qui nous attendait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exil a commenc&#233; &#224; ce moment l&#224;. Dans quelques lignes que j'avais &#233;crit pour moi &#224; ce moment l&#224; je le comparais &#224; un s&#233;isme, lorsque la terre tremble, s'ouvre, que tout tombe et qu'il faut s'&#233;loigner rapidement avant qu'il n'y ait un autre mouvement, et que non seulement il est impossible de revenir en arri&#232;re, mais qu'on ne peut m&#234;me pas se retourner, on ne peut qu'avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est durant ce voyage, en arrivant au Br&#233;sil, que j'ai dit &#224; mes enfants que nous ne savions pas quand nous reviendrions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma fille s'est mise &#224; pleurer parce qu'elle voulait le cahier avec les devoirs que lui avait donn&#233;s sa ma&#238;tresse &#8230; Cela faisait d&#233;j&#224; un bon bout de temps que nous inventions des histoires &#224; la mani&#232;re de Maria Elena Walsh pour nous aider &#224; &#171; vivre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, nous sommes arriv&#233;s au rendez-vous &#224; Rio, d'autres ont &#233;t&#233; attrap&#233;s par les mailles de la r&#233;pression du Plan Condor pendant qu'ils voyageaient, ou en traversant les fronti&#232;res, ou au Br&#233;sil. Il y a eu des morts aux portes des ambassades, des enl&#232;vements d'argentins qui venaient d'arriver au Br&#233;sil. Les services br&#233;siliens les promenaient dans leurs Volkswagen et les obligeaient &#224; signaler les maisons des camarades. Nous nous sommes rendus compte du danger que nous courrions. Quelques ambassades ont ouvert leurs portes et ont accueilli des camarades dans des pays latino-am&#233;ricains : P&#233;rou, Mexique, Venezuela, Cuba, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres camarades cherchaient &#224; savoir, s'ils avaient de la famille espagnole, italienne ou allemande, ces pays donnaient la nationalit&#233; selon le droit du sang, ils demandaient qu'on leur envoie des actes de naissance ; d'autres ont pu sortir avec l'aide de l'ambassade d'Isra&#235;l en application de la loi Juive de protection &#224; tout juif pers&#233;cut&#233; ; d'autres ont &#233;t&#233; pris en charge par les ambassades de Su&#232;de et de Suisse, car ils &#233;taient tr&#232;s malades, ab&#238;m&#233;s par la torture ; d'autres sont sortis du pays avec des vrais ou des faux passeports ; d'autres se sont cach&#233;s dans les rues du Br&#233;sil, ou terr&#233;s dans les tr&#233;fonds de l'Argentine en attendant que passe l'orage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes aper&#231;us un apr&#232;s-midi, une vingtaine de jours apr&#232;s notre arriv&#233;e &#224; Rio, qu'il y avait une Volkswagen avec des types arm&#233;s en bas de l'appartement que nous avions lou&#233; en tant que &#171; touristes &#187;. Nous avons alors t&#233;l&#233;phon&#233; aux Nations Unies pour expliquer notre situation : nous &#233;tions avec trois enfants et personne au monde ne savait o&#249; nous &#233;tions (c'&#233;tait &#231;a notre terreur, non pas d'&#234;tre tu&#233;s, mais de ne pas savoir ce que deviendraient nos enfants seuls au Br&#233;sil).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personne du secr&#233;tariat des Nations Unies nous dit qu'il &#233;tait 18h et que les bureaux &#233;taient ferm&#233;s, qu'elle prenait nos coordonn&#233;es et nous donnait rendez-vous le lendemain &#224; 9h, si nous n'&#233;tions pas au rendez-vous, ils sauraient qu'il s'&#233;tait pass&#233; quelque chose et qu'ils entameraient alors les recherches. Et nous avons fait ainsi, ce fut une nuit encore plus longue que toutes celles que nous avions v&#233;cu en Argentine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain nous sommes arriv&#233;s &#224; 9 h et nous avons commenc&#233; les d&#233;marches pour demander l'asile politique. Mon fils qui avait 10 ans et &#233;tait rod&#233; aux consignes de la clandestinit&#233;, m'emmena sur le c&#244;t&#233; du comptoir o&#249; je remplissais les papiers et me dit &#224; voix basse : &#171; Maman, tu es folle ? Qu'est ce qui te prend de leur donner nos vrais noms &#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a l'exil, c'est sortir pour manger et ne pas savoir quoi donner &#224; manger &#224; nos enfants, non seulement pour des probl&#232;mes d'argent, mais parce que tout est tellement diff&#233;rent. L'exil est fait de toutes ces petites choses quotidiennes que vous ne trouvez pas, comme par exemple &#171; el Mejoralito &#187; (petite aspirine pour enfants), &#171; las Curitas &#187; (les pansements), &#171; el chupete Dulcito &#187; (la t&#233;tine &#224; la confiture de lait), les seuls rem&#232;des magiques qui calment tous les bobos de nos enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la responsabilit&#233; des Nations Unies, nous avions en quelque sorte une &#171; immunit&#233; presque diplomatique &#187;. Ils s'occupaient de chercher un pays ayant sign&#233; la charte d'accueil des r&#233;fugi&#233;s qui accepterait notre dossier. Mais notre &#171; immunit&#233; biologique et psychique &#187;, c'est elle qui souffrait dans le secret le plus absolu. Et ce pendant les longues ann&#233;es d'exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon cas, l'immunit&#233; &#224; l&#226;ch&#233; et je me suis trouv&#233;e malade op&#233;r&#233;e, hospitalis&#233;e pendant un mois &#224; l'Institut du cancer de Rio (personne ne l'a su, je n'&#233;tais plus nulle part, je ne comprenais rien, ni au portugais, ni &#224; ce qui m'arrivait).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mari s'occupait des trois enfants, d'aller toucher les allocations pour vivre, de faire avancer notre dossier aux Nations Unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai pu sortir de l'h&#244;pital, nous avons atterri en France. Dans d'autres avions venaient des camarades prisonniers expuls&#233;s du pays qui ne savaient pas o&#249; ils atterrissaient, ils ne savaient m&#234;me pas s'ils &#233;taient en libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque soit le pays o&#249; nous soyons arriv&#233;s, dans chaque lieu nous avons d&#251; d&#233;chiffrer des codes sociaux inconnus en langue &#233;trang&#232;re et nous l'avons fait sans perdre de temps, il fallait apprendre dans l'urgence, oublier ses inhibitions, sa timidit&#233;, les difficult&#233;s et s'int&#233;grer imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque de moyens &#233;conomiques, de biens mat&#233;riels, les difficult&#233;s administratives, notre lutte difficile et quotidienne, nous ne la montrions &#224; personne, nous devions &#234;tre &#224; la hauteur de ce que nous &#233;tions, des combattants de grandes causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un coup, nous apprenions que nous &#233;tions latino-am&#233;ricains, que tous nous associaient aux chiliens et &#224; Pinochet. Nous sommes devenus p&#233;dagogues, nous avons expliqu&#233; la g&#233;ographie d'Am&#233;rique du Sud, qu'il existait, outre l'exp&#233;rience extraordinaire d'Allende et le drame v&#233;cu par les chiliens depuis Pinochet, une dictature f&#233;roce en Argentine avec des noms de g&#233;n&#233;raux non connus en Europe, nous avons expliqu&#233; la r&#233;pression, la pers&#233;cution, les camps de concentration, les prisonniers politiques, les 30 000 disparus, les milliers de personnes qui vivaient cet enfer, et nous avons parl&#233; avec pudeur des b&#233;b&#233;s vol&#233;s par les militaires et de la torture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons montr&#233; au monde que le combat des M&#232;res de la Place de Mai &#233;tait un exemple majeur de courage et de lutte en Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps nous continuions &#224; d&#233;noncer, essayer de r&#233;soudre &#171; la question argentine &#187;. C'&#233;tait notre mani&#232;re de nous d&#233;montrer que nous &#233;tions toujours vivants, malgr&#233; tout. Nous &#233;tions si occup&#233;s &#224; continuer &#171; de militer &#187; que lorsque Alfons&#237;n est arriv&#233; au pouvoir en 1983, alors que nous f&#234;tions l'&#233;v&#232;nement avec les drapeaux bleus et blancs, une camarade me dit discr&#232;tement : &#171; Alicia, je me sens comme si on m'avait vir&#233;e du boulot, qu'est ce que je vais faire maintenant ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a l'exil, passer son temps &#224; chercher un &#171; sens &#224; sa vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revendiquant nos luttes nous avons re&#231;u la solidarit&#233; d'europ&#233;ens qui avaient &#233;chapp&#233; aux camps de concentration nazis, au franquisme et &#224; d'autres dictatures. Dans chaque pays il y eut beaucoup de solidarit&#233;. Ce qui n'exclut pas que 30 ans apr&#232;s, on nous demande toujours d'o&#249; nous vient cet accent, on passe notre temps &#224; pr&#233;senter l'Argentine, son histoire, sa g&#233;ographie et &#224; parler de Maradona et de football.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes nos maisons sont des petits mus&#233;es argentins, o&#249; l'on &#233;coute le tango, le folklore, o&#249; l'on mange de la confiture de lait, des empanadas et des petites grillades interdites au balcon (jusqu'&#224; ce qu'un voisin appelle la police ou les pompiers&#8230;) et nous n'avons jamais fini de faire comprendre aux gens que le mat&#233; n'est pas une drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette touche d'humour c'est l'esprit avec lequel nous vivons, pour pouvoir tout seuls faire face &#224; tout ce qui nous fait souffrir : nous nous s&#233;parons, nous divor&#231;ons, nous tombons amoureux, malades ; et vous, argentins rest&#233;s, vous nous manquez. Nous &#233;tions pass&#233;s du statut d'individus avec des trajectoires professionnelles, politiques et sociales &#224; celui d'analphab&#232;tes anonymes ; mais malgr&#233; &#231;a nous &#233;tions entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'ont grandi nos enfants, j'ai eu un quatri&#232;me enfant un an apr&#232;s notre arriv&#233;e en France. J'ai accouch&#233; d'un apatride, jusqu'&#224; ce qu'il soit reconnu fran&#231;ais et maintenant avec les lois sur l'exil, argentin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfants qui regardaient avec un &#233;tonnement muet leurs parents travailler dans des emplois qu'ils n'avaient jamais exerc&#233;s auparavant, qui &#233;coutaient leurs difficult&#233;s &#224; s'exprimer et &#233;crire dans des langues qu'ils ma&#238;trisaient,eux ; et quand ils ont grandi, ils ont demand&#233; des explications : comment nous, parents qui aimons nos enfants, avons-nous pu risquer nos vies et les leurs ? Nous leur avons parl&#233; de nos id&#233;aux de construire une soci&#233;t&#233; plus juste et meilleure. Certains n'ont pas &#233;t&#233; convaincus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces enfants continuent &#224; construire leurs personnalit&#233;s, leurs histoires dans d'autres cultures et ils ont d&#251; trouver tous seuls leur &#233;quilibre avec des parents qui vivaient dans une schizophr&#233;nie permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivions dans le pays de l'exil en faisant comme si c'&#233;tait d&#233;finitif et nous voulions tous que cela soit provisoire, nous passions notre temps &#224; imaginer des projets - que quelques uns ont pu concr&#233;tiser - de retour au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes impr&#233;gn&#233;s de nouvelles cultures, mais jamais au point de ne plus laisser d'espace &#224; la comparaison nostalgique avec notre paradis perdu. Notre schizophr&#233;nie nous a conduit &#224; r&#234;ver en fran&#231;ais ou dans une autre langue que celle du gar&#231;on qui vivait au coin de notre rue &#224; Flores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous passons notre temps &#224; nous raconter des anecdotes de notre histoire, nous faisons des arbres g&#233;n&#233;alogiques, et tout d'un coup, lorsque nos petits enfants viennent vers nous, nos yeux s'emplissent de larmes cach&#233;es, que nous gardions depuis des ann&#233;es et nous ne pouvons parler de nos parents, de nos fr&#232;res, de notre famille, de nos amis qui sont morts l&#224;-bas sans qu'on puisse se sentir &#224; leur c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait d'&#234;tre &#171; seuls &#187; et &#171; loin &#187; nous a entra&#238;n&#233; vers des chaos int&#233;rieurs, nous sommes devenus plus &#171; fous &#187;, plus &#171; hypocondriaques &#187;, nous sommes quasiment tous allergiques &#224; des fleurs et arbres magnifiquement &#233;trangers, et beaucoup n'ont pas surv&#233;cu &#224; la survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes d&#233;couverts des talents, des comp&#233;tences, des d&#233;fauts, des qualit&#233;s que nous ne connaissions pas. Ceci est la richesse que nous a apport&#233;e l'exil, personne n'est devenu millionnaire en vivant dans un pays d&#233;velopp&#233;, mais nous avons appris de nouvelles langues, vu des paysages magnifiques, d&#233;couvert d'autres cultures, d'autres saveurs et odeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes aper&#231;u peu &#224; peu que nous n'&#233;tions pas immortels, ni surhommes. Nous avons commenc&#233; &#224; accorder de l'importance &#224; chaque geste, chaque mot, &#224; la vie &#171; ordinaire &#187;. Nous avons appris la patience, la tol&#233;rance, le respect face &#224; d'autres gens, d'autres id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exil&#233; politique argentin est respect&#233;, &#233;cout&#233;, il a gagn&#233; sa place dans chaque pays par la force int&#233;rieure qu'il a toujours d&#233;montr&#233; et par sa fid&#233;lit&#233; aux valeurs morales fondamentales ; il semblerait que ce respect commence &#224; &#234;tre aper&#231;u aujourd'hui en Argentine. Il semblerait que cette fois-ci, avec les lois sur l'exil les choses se mettront en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pourrons jamais r&#233;cup&#233;rer les personnes que nous avons &#233;t&#233;, ni les maisons que l'on nous a cass&#233;es, l'exil produit une blessure totale - profonde - irr&#233;versible, tu restes coup&#233; en deux. Par chance, nous avons emmen&#233; nos racines dans nos poches, car elles nous permettent de savoir d'o&#249; nous venons, parce que c'est d'elles que viennent nos enfants qui aujourd'hui ont donn&#233; &#224; nos petits-enfants des pr&#233;noms de camarades disparus, belle revanche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne nous ont pas fait taire, ils ne nous ont pas tu&#233;s, aujourd'hui nous transmettons notre histoire dans les cinq continents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes les champions de la r&#233;silience (terme en vogue &#224; Paris) qui est la capacit&#233; de surmonter les traumatismes et de continuer &#224; construire sa vie. Et maintenant, en Argentine, on nous reconna&#238;t comme &#171; victimes de la dictature et de la r&#233;pression &#187;. Nous n'aurons plus &#224; nous justifier d'&#234;tre vivants, d'avoir refait nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne serons pas des &#171; touristes &#187; quand nous reviendrons en Argentine. Nous serons argentins entiers n'importe o&#249; dans le monde. Quelque soit le nombre de passeports et de nationalit&#233;s que nous poss&#233;dons, nous serons une seule et m&#234;me personne et nous commencerons enfin &#224; faire les deuils interminables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je consid&#232;re que les revendications des lois sur l'exil doivent se concr&#233;tiser et qu'il s'agit l&#224; d'un travail fondamental et urgent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il reste un grand chemin &#224; parcourir, celui d'incorporer toute notre diaspora dans la m&#233;moire collective et dans l'histoire argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu des milliers de personnes qui sont parties pour ne pas jouer &#224; la roulette russe avec leurs vies, pour ne pas se sentir en danger. Notre mort &#233;tait annonc&#233;e, la leur probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne devons pas oublier les mots du gouverneur de Buenos Aires, le g&#233;n&#233;ral Manuel Saint-Jean, durant la dictature : &#171; nous allons tuer tous les agents de la subversion, apr&#232;s leurs collaborateurs et sympathisants, ensuite les indiff&#233;rents et ensuite les timides &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui et les autres assassins ont tenu leurs promesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela qu'il faut reconna&#238;tre qu'il manque dans ce pays une g&#233;n&#233;ration parmi les morts, les disparus et les vivants absents. Et &#224; tous il est n&#233;cessaire de leur donner la place qui leur correspond dans l'Histoire Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque nous les vivants absents continuons d'&#234;tre unis &#224; vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ALICIA BONET-KRUEGER&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Argentina et exil&#233;e&lt;br /&gt;
France, 24 mars 2004&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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