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		<title>Le renversement historique de la question indienne en Am&#233;rique Latine</title>
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		<dc:date>2005-12-06T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yvon Le Bot</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les mouvements indiens ont constitu&#233; le principal, sinon le seul mouvement social en Am&#233;rique latine dans les derni&#232;res d&#233;cennies. A l'&#233;chelle plan&#233;taire, dans un monde marqu&#233; par la mont&#233;e des affirmations identitaires antid&#233;mocratiques, ils comptent parmi les rares acteurs qui combinent projet culturel, conflit social et aspirations d&#233;mocratiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis l'apparition de la premi&#232;re organisation indienne moderne parmi les Shuar (Jivaros) d'Amazonie &#233;quatorienne au milieu des ann&#233;es (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Frere-Indigene" rel="directory"&gt;Fr&#232;re Indig&#232;ne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les mouvements indiens ont constitu&#233; le principal, sinon le seul mouvement social en Am&#233;rique latine dans les derni&#232;res d&#233;cennies. A l'&#233;chelle plan&#233;taire, dans un monde marqu&#233; par la mont&#233;e des affirmations identitaires antid&#233;mocratiques, ils comptent parmi les rares acteurs qui combinent projet culturel, conflit social et aspirations d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'apparition de la premi&#232;re organisation indienne moderne parmi les Shuar (Jivaros) d'Amazonie &#233;quatorienne au milieu des ann&#233;es soixante jusqu'&#224; l'actuelle mobilisation des Mapuche du Chili, le ph&#233;nom&#232;ne n'a fait que s'&#233;tendre, avec &#224; plusieurs reprises un retentissement mondial : le katarisme bolivien dont l'une des principales figures, l'aymara Victor Hugo C&#225;rdenas, a acc&#233;d&#233; pour quatre ans, en 1993, &#224; la vice-pr&#233;sidence de la R&#233;publique ; la gu&#233;rilla des Miskitos de la C&#244;te atlantique du Nicaragua qui a mis en difficult&#233; le r&#233;gime sandiniste ; le mouvement indien guat&#233;malt&#232;que dont Rigoberta Mench&#250;, prix Nobel de la Paix en 1992, a illustr&#233; la destin&#233;e tragique ; les soul&#232;vements des Indiens des Andes &#233;quatoriennes qui ont donn&#233; lieu &#224; plusieurs marches spectaculaires sur Quito dans les ann&#233;es 1990 ; et surtout, l'insurrection zapatiste au Chiapas qui a &#233;branl&#233; &#224; partir de 1994 la pyramide mexicaine et mobilis&#233; des sympathies et des oppositions bien au-del&#224; des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers ces mouvements, les Indiens ont acquis une nouvelle visibilit&#233; dans tous les pays d'Am&#233;rique latine, qu'ils y repr&#233;sentent une part importante de la population (Equateur, Bolivie, P&#233;rou, Guatemala, Mexique) ou qu'ils ne soient qu'une minorit&#233; plus ou moins significative (Colombie, Br&#233;sil, Nicaragua, Panama ou Chili).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de s'inscrire dans la continuit&#233; des anciennes insurrections indiennes ou des id&#233;ologies indig&#233;nistes guid&#233;es par une &#034; utopie archa&#239;que &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mario Vargas Llosa, L'utopie archa&#239;que, Paris, Gallimard, 1999.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ces mouvements constituent un pari sur la modernit&#233;. En rupture &#233;galement avec les politiques indig&#233;nistes mises en &#339;uvre depuis les ann&#233;es 1920 par divers Etats et gouvernements, le plus souvent d'inspiration populiste, ils participent &#224; l'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; civile qui marque les derni&#232;res d&#233;cennies. Ils combinent dimensions &#233;conomique, sociale, culturelle et politique, de mani&#232;re vari&#233;e et en mettant l'accent sur l'une ou l'autre selon les contextes et les moments. C'est principalement gr&#226;ce &#224; eux et aux relais qu'ils trouvent au sein des couches moyennes urbaines que la question de la diff&#233;rence et des droits culturels a fait irruption dans le d&#233;bat public au Br&#233;sil, en Equateur, au Guatemala, au Mexique par exemple. Une avocate, sp&#233;cialis&#233;e dans les droits indig&#232;nes, a pu affirmer qu'en Colombie, &#034; les Indiens sont pass&#233;s de la marginalisation &#224; la sursaturation des espaces de participation &#034;, que &#034; de si nombreux espaces se sont ouverts simultan&#233;ment que les organisations indiennes en perdent la boussole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mar&#237;a del Pilar Valencia, &#034; Desarrollo de los derechos ind&#237;genas en Colombia (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#034;. Mais, le plus souvent, la reconnaissance des diff&#233;rences et des droits culturels des Indiens reste d&#233;clarative et s'inscrit difficilement dans les politiques et dans les pratiques sociales. Les principaux bouleversements s'op&#232;rent au sein des communaut&#233;s indiennes, irr&#233;m&#233;diablement &#233;clat&#233;es, et au niveau des personnes, d&#233;chir&#233;es elles aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du refus &#224; l'affirmation. Un renversement historique&lt;br class='autobr' /&gt;
En s'inscrivant dans les lignes de faille qui traversent les communaut&#233;s et les individus, et en les accentuant, les mouvements indiens modernes font &#233;merger un sujet. Ils se construisent en luttant &#224; la fois contre les d&#233;pendances intracommunautaires et contre les d&#233;pendances extra-communautaires, les premi&#232;res &#233;tant subordonn&#233;es aux secondes dans le cadre d'un syst&#232;me de rapports de domination et de discrimination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier moment de ces mouvements est un moment de rupture, de conversion, d'insurrection. La r&#233;volte sociale s'y combine avec la contestation culturelle, avec le rejet d'un syst&#232;me de repr&#233;sentation qui enferme l'Indien dans une image n&#233;gative, l'objective et l'inf&#233;riorise. En Am&#233;rique latine, le racisme anti-indien est une composante commune de la repr&#233;sentation de soi et de l'autre. Il impr&#232;gne les cultures nationales et est int&#233;rioris&#233; par les communaut&#233;s indiennes et les individus eux-m&#234;mes. Selon les lieux et les p&#233;riodes, les groupes et les personnes, il s'exprime sous des formes biologiques, culturelles, folkloristes. Ses manifestations politiques vont du quasi-apartheid &#224; la mani&#232;re guat&#233;malt&#232;que jusqu'aux politiques d'int&#233;gration par assimilation dont l'expression historique la plus &#233;labor&#233;e a &#233;t&#233; l'indig&#233;nisme mexicain des ann&#233;es 1930 aux ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sciences sociales ont elles-m&#234;mes d&#233;velopp&#233; des syst&#232;mes d'objectivation et de d&#233;valorisation de la &#034; diff&#233;rence &#034; indienne, et aliment&#233; plusieurs id&#233;ologies de purification ethnique, du darwinisme social &#224; l'exaltation de l'homog&#233;n&#233;isation culturelle par m&#233;tissage. &#034; On nous a dit, r&#233;sume un anthropologue indien mexicain, qu'en transformant nos cultures, en renon&#231;ant &#224; notre diff&#233;rence, en devenant m&#233;tis, le &#034;probl&#232;me indig&#232;ne&#034; dispara&#238;trait. Beaucoup de nos fr&#232;res l'ont cru. Ils ont renonc&#233; &#224; se r&#233;clamer de leur peuple, ils se sont ni&#233;s eux-m&#234;mes, ils se sont coup&#233;s de leur pass&#233;, de leurs proches, de leur avenir. Malgr&#233; cela, ils en sont rest&#233;s au m&#234;me point : exploit&#233;s, opprim&#233;s. Le mythe du m&#233;tissage s'est d&#233;gonfl&#233; de lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Martine Dauzier, &#034; Tous des Indiens ? La 'r&#233;indianisation', force (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements indiens modernes rompent avec ces politiques et ces repr&#233;sentations, avec les images de la communaut&#233; traditionnelle repli&#233;e sur elle-m&#234;me (closed corporate community), avec les st&#233;r&#233;otypes de l'Indien, une anthropologie qui le traite en objet, une &#233;thique qui l'enferme dans le statut de victime et des id&#233;ologies indig&#233;nistes paternalistes. Ce sont des mouvements de modernisation qui cherchent &#224; en finir avec les s&#233;quelles de l'ordre colonial et du colonialisme interne de l'&#233;poque r&#233;publicaine. Ce qui se traduit notamment par des demandes d'acc&#232;s au march&#233;, au cr&#233;dit et aux services et conduit certaines composantes &#224; &#233;pouser une logique n&#233;o-lib&#233;rale. La r&#233;sistance aux agressions de la vague n&#233;o-lib&#233;rale de la fin du si&#232;cle est toutefois un ressort dans la plupart des cas (mouvement mapuche, zapatisme, Panama, Equateur...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements indiens modernes ne font pas que contester une domination de cinq si&#232;cles, ou ses formes plus r&#233;centes. Une de leurs caract&#233;ristiques communes, au-del&#224; de leur diversit&#233;, est qu'ils font un pas de c&#244;t&#233; et en avant, qu'ils ne se limitent pas aux conduites de refus ou de d&#233;fi, qu'ils cherchent &#224; mettre en &#339;uvre de nouveaux rapports sociaux, de nouveaux rapports au pouvoir. Ils se distinguent ainsi des anciennes insurrections indiennes contre l'ordre colonial ou n&#233;o-colonial, mais aussi des luttes arm&#233;es r&#233;volutionnaires des ann&#233;es soixante &#224; quatre-vingt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res le plus souvent d&#233;sesp&#233;r&#233;es et suicidaires, portaient une utopie communautariste pass&#233;iste, une volont&#233; de retour &#224; un &#226;ge d'or mythique, et les forces d&#233;fi&#233;es r&#233;pondaient par une implacable r&#233;pression et un joug renforc&#233;. Les gu&#233;rilleros r&#233;volutionnaires, quant &#224; eux, se proposaient de prendre d'assaut le sommet de l'Etat pour changer radicalement le syst&#232;me social et politique. L&#224; o&#249; ils eurent l'occasion d'exercer le pouvoir -au sein de leurs organisations, dans leurs zones d'influence ou, plus rarement, au niveau national- ils instaur&#232;rent un r&#233;gime autoritaire et niv&#233;lateur qui se proposait d'&#233;liminer les diff&#233;rences culturelles ou de les instrumentaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouveaux mouvements ethniques (indiens mais noirs &#233;galement) substituent &#224; l'illusion d'une communaut&#233; pleine, harmonieuse et autosuffisante, l'affirmation et la n&#233;gociation de droits culturels dans le cadre d'un nouveau pacte national. Ils s'&#233;cartent de l'&#233;tatisme r&#233;volutionnaire et lui opposent l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; civile o&#249; se d&#233;ploient des acteurs sociaux, se construisent des identit&#233;s et s'invente une autre culture politique. Sur la sc&#232;ne latino-am&#233;ricaine d'o&#249; ont reflu&#233;, sauf rares exceptions (El Barz&#243;n au Mexique, le Mouvement des sans-terre au Br&#233;sil...), les grands acteurs syndicaux et les grands mouvements paysans, les luttes indiennes, m&#234;me si elles ne sont pas d&#233;nu&#233;es d'influences &#233;tatiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le r&#244;le d'institutions et d'acteurs externes (gouvernements, Eglises, ONG, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sont l'une des figures les plus significatives de l'&#233;mergence d'une soci&#233;t&#233; civile plus autonome par rapport &#224; un Etat, lui aussi en reflux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;voltes contre la domination, la discrimination et l'exclusion, souvent aussi contre la menace de disparition ou de perte de la diff&#233;rence, elles vont cependant au-del&#224; de la simple protestation. Elles cherchent &#224; lier des conduites de d&#233;fense &#224; la d&#233;finition et &#224; la mise en &#339;uvre de nouvelles orientations sociales et culturelles. Elles op&#232;rent un renversement historique de la question indienne : de la soumission &#224; l'&#233;mancipation, de la r&#233;sistance passive, du repli sur soi ou du soul&#232;vement sans lendemain &#224; des actions organis&#233;es et inscrites dans la dur&#233;e, de la reproduction de la tradition &#224; la production d'une identit&#233; moderne, de la honte &#224; l'estime de soi, du racisme int&#233;rioris&#233; &#224; la double revendication d'&#233;galit&#233; et de diff&#233;rence, de la suj&#233;tion &#224; la subjectivation. &#034; Avant, j'avais honte de me dire indien, mais plus maintenant &#034;, d&#233;clare un jeune indien &#233;quatorien ayant particip&#233; &#224; la grande mobilisation de 1990&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jorge Le&#243;n, De campesinos a ciudadanos diferentes, Quito, CEDIME Abya-Yala, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1992 a cristallis&#233; ce renversement : alors que les gouvernements et les &#233;lites dirigeantes c&#233;l&#233;braient le 500e anniversaire de la D&#233;couverte de l'Am&#233;rique, les Indiens prenaient cong&#233; de cinq si&#232;cles de conduites d&#233;fensives et r&#233;actives et manifestaient, &#224; l'&#233;chelle continentale, l'entr&#233;e d&#233;j&#224; bien amorc&#233;e dans une &#232;re de valorisation de leur identit&#233;. C'est aussi autour de cette date-charni&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1992 marque par ailleurs un tournant dans l'histoire de la violence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que des mouvements qui, depuis quelques d&#233;cennies d&#233;j&#224;, creusaient patiemment leur sillon au sein de la soci&#233;t&#233; locale ou r&#233;gionale, se projettent dans les sph&#232;res institutionnelles et politiques et se font visibles &#224; l'&#233;chelle continentale et au-del&#224;. En une dizaine d'ann&#233;es, la question des droits indig&#232;nes est devenue centrale dans la plupart des pays latino-am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irruption de la question des droits culturels&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette centralit&#233; a &#233;t&#233; conquise par les importantes mobilisations indiennes d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;es au d&#233;but de cet expos&#233;. Elle est visible aussi au niveau institutionnel. Pour la premi&#232;re fois, des Indiens sont &#233;lus dans les parlements respectifs sur des programmes qui incluent la promotion des droits indig&#232;nes, et parfois sur des listes propres : au Br&#233;sil, en Bolivie, en Colombie, en Equateur, au Guatemala, au Panam&#225;, au Nicaragua. Il n'est pas rare qu'ils recueillent les suffrages d'une partie de la population non indienne, notamment d'une fraction des couches moyennes urbaines, sensible aux th&#232;mes de la diff&#233;rence et des droits culturels. C'est en particulier le cas en Colombie. Une telle alliance est &#233;galement caract&#233;ristique du zapatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode voit aussi l'adoption de nouvelles constitutions ou de r&#233;formes constitutionnelles reconnaissant le caract&#232;re multiculturel de la nation et les droits indig&#232;nes : au Nicaragua (1986 et 1995), au Br&#233;sil (1988), en Colombie (1991), au Mexique (1991), en Bolivie (1994), en Equateur (1998). Nombre de pays ont sign&#233; la Convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail relative aux peuples autochtones et ont promulgu&#233; des lois et mis sur pied des institutions visant &#224; d&#233;fendre et promouvoir les droits coutumiers, les droits territoriaux, l'organisation politique indig&#232;ne, l'&#233;ducation bilingue, la culture et les ressources naturelles... Au Nicaragua, le r&#233;gime sandiniste a adopt&#233; en 1987 un &#034; statut d'autonomie &#034;, qui, depuis, a fait l'objet d'une mise en &#339;uvre laborieuse. Deux textes plus r&#233;cents donnent une formulation &#233;tendue et d&#233;taill&#233;e des droits indig&#232;nes : l'Accord relatif &#224; l'identit&#233; et aux droits des peuples indig&#232;nes (1995) qui est une composante des accords de paix au Guatemala, et les Accords sur les droits et la culture indig&#232;nes sign&#233;s par les zapatistes et le gouvernement mexicain (1996). Mais, alors qu'elles avaient &#233;t&#233; vot&#233;es par le Congr&#232;s, les r&#233;formes constitutionnelles qui devaient d&#233;couler de l'Accord indig&#232;ne guat&#233;malt&#232;que ont &#233;t&#233; rejet&#233;es lors d'un r&#233;f&#233;rendum national en mai 1999. Et au Mexique, depuis l'interruption des n&#233;gociations de paix fin 1996, les Accords de San Andr&#233;s sont rest&#233;s, jusqu'&#224; pr&#233;sent, en suspens, sans traduction l&#233;gislative ni constitutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Guatemala et le Mexique ne sont pas les seuls pays o&#249; la reconnaissance de droits sp&#233;cifiques aux Indiens fait probl&#232;me. Mais c'est sans doute dans ces deux pays que la question donne lieu aux plus fortes tensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des droits de l'homme et du citoyen aux droits culturels&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mouvements indiens modernes en appellent aux droits humains universels. Contre la discrimination raciale, ils affirment l'&#233;galit&#233; de l'Indien, contre les forces qui l'enferment dans la d&#233;pendance, sa libert&#233; et sa responsabilit&#233;, contre les humiliations, les viols et les violences, sa dignit&#233;. Ils luttent pour sa reconnaissance contre tout ce qui le nie. L'exigence &#233;thique, l'autonomie de la personne telle qu'elle est d&#233;finie par les grands penseurs des Lumi&#232;res nourrit la conduite des acteurs indiens et de ceux qui les d&#233;fendent. C'est parce que les droits de la personne sont particuli&#232;rement bafou&#233;s dans leur cas, que la cause des Indiens &#233;veille la sympathie des d&#233;fenseurs des droits de l'homme &#224; travers le monde. Souvent les int&#233;ress&#233;s se pr&#233;sentent eux-m&#234;mes comme des victimes. Ils expriment une protestation morale et invoquent les principes universels de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension &#233;tait tr&#232;s pr&#233;sente dans le mouvement d'&#233;mancipation des Indiens guat&#233;malt&#232;ques avant m&#234;me qu'un d&#233;ferlement de violence ne s'abatte sur eux. Elle &#233;tait a fortiori au centre des pr&#233;occupations des organisations &#034; surgies de la r&#233;pression et de l'impunit&#233; &#034; qui ont regroup&#233; diverses cat&#233;gories de victimes de la guerre, indiennes dans leur tr&#232;s grande majorit&#233;. Les deux &#034; commissions de la v&#233;rit&#233; &#034;, qui ont rendu des rapports d&#233;taill&#233;s et volumineux, &#233;taient elles aussi guid&#233;es par le devoir de m&#233;moire et la recherche des responsabilit&#233;s &#233;thiques et politiques (ind&#233;pendamment de suites judiciaires improbables).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exigence de la prise en compte de l'&#233;thique dans la politique est au c&#339;ur du zapatisme. Celui-ci s'ancre dans une &#034; insurrection morale &#034; des Indiens du Chiapas qui s'apparente &#224; celle de leurs fr&#232;res guat&#233;malt&#232;ques avant la plong&#233;e dans la guerre. Dans les deux cas, il y a au d&#233;part une conversion religieuse, elle-m&#234;me v&#233;cue surtout en termes &#233;thiques. Au Chiapas, en Am&#233;rique centrale et dans le reste de l'Am&#233;rique latine, la th&#233;ologie de la lib&#233;ration exprimait une demande de justice pour les pauvres, qui ne se limitait pas aux populations indiennes. Elle a &#233;galement inspir&#233;, par exemple, le mouvement aristidien en Ha&#239;ti et le mouvement des sans-terre au Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mouvements indiens, &#224; cette intrication des dimensions &#233;thique et religieuse, s'ajoute la dimension ethnique. La demande d'&#233;galit&#233; et la revendication de la diff&#233;rence, l'affirmation de la dignit&#233; et celle de l'identit&#233; ne sont pas dissociables. L'impossibilit&#233; ou le refus de s'assumer comme indien implique la n&#233;gation de soi et s'oppose aux exigences d'autonomie et de respect qui sont au fondement de l'&#233;thique, et qui, dans les soci&#233;t&#233;s modernes, accompagnent aussi l'affirmation d'identit&#233;. La libert&#233; est &#224; la fois le principe de la responsabilit&#233; morale et de l'identit&#233; personnelle entendue comme &#034; l'unit&#233; constamment construite et transform&#233;e d'une exp&#233;rience de vie personnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Touraine, Comment sortir du lib&#233;ralisme ?, Paris, Fayard, 1999, p. 98.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#034;. Et aujourd'hui, les identit&#233;s collectives rel&#232;vent elles-m&#234;mes de plus en plus de choix personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mouvements sociaux ou mouvements culturels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains mouvements indiens se limitent ou se focalisent sur des enjeux socio-&#233;conomiques (terre, cr&#233;dit, march&#233;s, infrastructures, services...). Ils pr&#233;sentent alors les m&#234;mes caract&#233;ristiques et connaissent souvent le m&#234;me sort que d'autres mouvements sociaux dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;pendantes d'Am&#233;rique latine : h&#233;t&#233;ronomie, dualisation, &#233;clatement, cooptation et r&#233;pression par l'Etat. Un cas limite est celui des organisations paysannes indiennes &#034; officielles &#034; que le pouvoir mexicain a longtemps manipul&#233;es &#224; l'aide d'une panoplie de m&#233;canismes client&#233;listes bien rod&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres mouvements, les plus importants, tentent avec plus ou moins de succ&#232;s d'articuler un conflit social (autour des questions de terre, d'acc&#232;s au cr&#233;dit, au march&#233; et aux services), une demande de reconnaissance de la diff&#233;rence culturelle, une mobilisation sur des enjeux int&#233;ressant l'ensemble de la soci&#233;t&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le katarisme bolivien des ann&#233;es 1970 et du d&#233;but des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; l'un des exemples les plus accomplis. Il privil&#233;giait les revendications socio-&#233;conomiques, l'organisation syndicale et la r&#233;f&#233;rence &#224; la classe paysanne, il int&#233;grait une forte dimension identitaire et a jou&#233; un r&#244;le cl&#233; dans les luttes contre la dictature et pour la transition d&#233;mocratique. Il s'est d&#233;compos&#233; lorsque, au milieu des ann&#233;es 1980, se sont effondr&#233;es les forces auxquelles il avait li&#233; son sort : le couple, souvent conflictuel, form&#233; par le mouvement ouvrier (avec son noyau dur des mineurs) et le populisme, h&#233;ritier de la r&#233;volution de 1952. Le katarisme ne s'est perp&#233;tu&#233; depuis que sous des formes affaiblies et &#233;clat&#233;es : comme composante du courant lib&#233;ral modernisateur, autour de la figure de Victor Hugo C&#225;rdenas ; en tant que composante minoritaire d'un syndicalisme transform&#233; et fragment&#233;, qui ne gravite plus autour du noyau form&#233; par les mineurs ; ou, dans des cercles ethno-nationalistes ultra-minoritaires, d&#233;bris &#233;pars qui tentent de relancer le r&#234;ve indianiste, toujours recommenc&#233; et chaque fois condamn&#233; &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors du katarisme s'est d&#233;velopp&#233;, toujours en Bolivie, un mouvement des Indiens des basses terres, qui est parvenu, &#224; l'occasion de marches h&#233;ro&#239;ques, &#224; se gagner la sympathie d'une partie de la nation, mais est demeur&#233; p&#233;riph&#233;rique. Par ailleurs, parall&#232;lement au reflux du katarisme dont la base &#233;tait principalement paysanne, s'est d&#233;velopp&#233;, au sein des couches populaires citadines d'origine aymara, un courant n&#233;o-populiste (Conciencia de Patria) qui, dans sa revendication d'une identit&#233; m&#233;tisse, incorpore de nombreux &#233;l&#233;ments de la symbolique indienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phanie Alenda, &#034; Bolivie : Conciencia de Patria, une forme originale de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement indien &#233;quatorien, avec ses deux composantes s&#233;par&#233;es, amazonienne et andine, est celui qui a le plus durablement maintenu sur la sc&#232;ne nationale le balancement, plus que l'articulation, entre conflit social et projet culturel. D'autres luttes paysannes indiennes, &#233;galement exemplaires, sont demeur&#233;es circonscrites &#224; une r&#233;gion, m&#234;me si certaines (celles du Conseil r&#233;gional des indig&#232;nes du Cauca en Colombie, celles de la Coalition ouvri&#232;re, paysanne et &#233;tudiante de l'isthme de Tehuantepec au Mexique, par exemple) ont eu un &#233;cho national important. Le mouvement de modernisation des communaut&#233;s et d'int&#233;gration sociale des Indiens des hautes terres guat&#233;malt&#232;ques a &#233;t&#233; happ&#233; dans la plus atroce des guerres centram&#233;ricaines, comme l'a relat&#233; Rigoberta Mench&#250;. Son r&#233;cit, m&#233;langeant de mani&#232;re parfois confuse l'histoire de son peuple et son histoire personnelle, a servi r&#233;cemment de support &#224; un ouvrage pol&#233;mique qui, au-del&#224; du prix Nobel de la paix 1992, visait la d&#233;sastreuse gu&#233;rilla guat&#233;malt&#232;que et les ethnic studies nord-am&#233;ricaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Stoll, Rigoberta Mench&#250; and the story of all poor Guatemalans, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes actuelles des Mapuche se construisent autour d'enjeux socio-&#233;conomiques : la r&#233;cup&#233;ration des terres, la d&#233;fense des communaut&#233;s contre les entreprises multinationales foresti&#232;res et contre l'Etat. Comme le katarisme, comme le zapatisme, comme les mouvements paysans indiens d'Equateur, de Colombie ou du Guatemala, elles cherchent &#224; faire reconna&#238;tre la dette historique de la nation &#224; l'&#233;gard des Indiens et &#224; faire admettre que l'identit&#233; indienne est une composante essentielle de l'identit&#233; nationale. Dans cette perspective, les Mapuche, &#224; l'instar des zapatistes ou des Indiens colombiens, jettent des passerelles en direction de secteurs, non indiens, des classes moyennes urbaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe aussi des organisations, des cercles et des personnalit&#233;s appartenant &#224; une intelligentsia indienne en formation, qui situent leur action principalement dans la sph&#232;re culturelle, &#224; distance des luttes sociales. Cette mouvance, tr&#232;s &#233;clat&#233;e, en appelle &#224; des principes, &#224; des valeurs (cosmologie, spiritualit&#233;, etc.), &#224; des droits culturels, et se caract&#233;rise par une faible propension ou une faible capacit&#233; &#224; les inscrire dans un conflit social avec des enjeux, des adversaires et des alli&#233;s clairement d&#233;finis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus radicaux sont quelques intellectuels indianistes qui s'isolent dans un discours antioccidental &#233;th&#233;r&#233;, souvent d&#233;lirant. Dans les soci&#233;t&#233;s latino-am&#233;ricaines, travers&#233;es dans toutes leurs sph&#232;res, de part en part et depuis plusieurs si&#232;cles, par des influences occidentales massives, un tel discours est en effet sans prise sur le r&#233;el et incapable d'alimenter d'importantes mobilisations. Aucun indianisme radical, du type de l'islamisme politique ou d'un quelconque nationalisme &#224; base ethnique ou religieuse, n'a prosp&#233;r&#233; en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres, plus nuanc&#233;s et plus prudents, animent des associations culturelles, lancent des initiatives ind&#233;pendantes ou tentent d'influer sur les politiques gouvernementales. Guillermo Bonfil Batalla voyait dans la nouvelle g&#233;n&#233;ration de l'intelligentsia indienne (instituteurs bilingues, &#233;crivains en langue indienne...) form&#233;e dans le cadre d'un indig&#233;nisme en crise, un vivier pour une renaissance culturelle, sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Guatemala, dans les ann&#233;es quatre-vingt-dix, a &#233;merg&#233; sur le devant de la sc&#232;ne une mouvance maya. Elle a fait sien l'Accord indig&#232;ne sign&#233; par le gouvernement et la gu&#233;rilla. Mais le rejet de ces r&#233;formes lors du r&#233;f&#233;rendum de mai 1999 manifeste la difficult&#233; de ces acteurs culturels &#224; articuler un conflit avec un adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'impossibilit&#233; maintes fois constat&#233;e d'articuler un mouvement indien sur un enjeu culturel s&#233;par&#233; n'emp&#234;che pas que les dimensions identitaires, religieuses, ethniques et culturelles, et la question de la dette historique occupent une place de plus en plus centrale dans les mouvements indiens r&#233;ellement existants, qui s'accompagnent aussi de l'&#233;mancipation des femmes indiennes et de leur irruption dans l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des mouvements d&#233;mocratiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus en plus, malgr&#233; leurs propres r&#233;ticences et les difficult&#233;s qu'ils rencontrent, les acteurs indiens, ou plus pr&#233;cis&#233;ment certains d'entre eux, se projettent sur la sc&#232;ne politique. Mais ce n'est pas forc&#233;ment le signe d'une consolidation ou d'un enrichissement. Il n'est pas rare que le passage au politique corresponde &#224; une &#233;tape de d&#233;sint&#233;gration du mouvement, et soit une sorte de fuite en avant. Ces acteurs politiques se coupent souvent de la base ou ont du mal &#224; se mettre en phase avec elle. Ainsi, c'est apr&#232;s l'&#233;clatement du katarisme que Victor Hugo C&#225;rdenas est devenu une figure politique centrale qui, depuis la vice-pr&#233;sidence de la R&#233;publique, a tent&#233; d'impulser des r&#233;formes visant &#224; une meilleure int&#233;gration des Indiens &#224; la nation bolivienne et &#224; une plus grande participation au syst&#232;me politique. Ne trouvant pas &#224; s'appuyer sur un mouvement social, l'application de ces r&#233;formes a eu tendance &#224; s'&#233;tioler. En Colombie, les succ&#232;s obtenus dans les ann&#233;es quatre-vingt-dix par des candidats indiens lors d'&#233;lections, n'ont pas emp&#234;ch&#233; le fractionnement du mouvement et ont m&#234;me contribu&#233; &#224; l'accentuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation des Indiens &#224; des &#233;lections municipales, r&#233;gionales ou nationales ne doit pas masquer la persistance d'une abstention souvent massive, m&#234;me lors de consultations sur des questions qui les concernent sp&#233;cifiquement. Au sein de la population indienne perdurent la m&#233;fiance vis-&#224;-vis de l'Etat et le sentiment que la logique et la classe politiques alimentent les divisions dans les communaut&#233;s, sentiment justifi&#233; m&#234;me si la politique n'est pas le seul facteur de division. En Equateur, lors des &#233;lections l&#233;gislatives de mai 1996, le taux d'abstention a &#233;t&#233; plus &#233;lev&#233; dans les zones indiennes que dans les zones non indiennes en d&#233;pit du fait que, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du pays, le mouvement indien pr&#233;sentait des listes et un programme propres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Magdalena G&#243;mez, op. cit., p. 316-317.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au Mexique, dans l'Etat d'Oaxaca, malgr&#233; l'adoption de modalit&#233;s &#233;lectorales conformes aux us et coutumes communautaires, les taux d'abstention continuent, couramment, &#224; fr&#244;ler ou &#224; d&#233;passer les 80 %&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Recondo, &#034; Usos y costumbres y elecciones en Oaxaca : los dilemas de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Guatemala offre de nombreuses illustrations de la fragmentation du mouvement, de la d&#233;connexion de ceux de ses repr&#233;sentants qui se hissent sur la sc&#232;ne politique et d'une forte abstention indienne r&#233;currente. Ainsi la campagne pour la participation citoyenne, orchestr&#233;e par Rigoberta Mench&#250; en 1995, n'a pas donn&#233; les r&#233;sultats escompt&#233;s. En g&#233;n&#233;ral, la figure et l'action du prix Nobel se meuvent sur une orbite internationale ou nationale, sans ancrage dans les communaut&#233;s, malgr&#233; plusieurs tentatives de sa Fondation. Tout en &#233;tant moins bonne strat&#232;ge que Victor Hugo C&#225;rdenas, Rigoberta Mench&#250; se comporte plus comme une candidate potentielle &#224; la pr&#233;sidence ou &#224; la vice-pr&#233;sidence de la R&#233;publique que comme l'animatrice d'un mouvement social. Et la faible mobilisation indienne lors du r&#233;f&#233;rendum de mai 1999 sur les r&#233;formes constitutionnelles a confirm&#233; que les organisations mayas, qui faisaient campagne pour le oui, sont peu pr&#233;sentes sur le terrain. Elles interviennent surtout sur la sc&#232;ne nationale, et aupr&#232;s des repr&#233;sentants de la communaut&#233; internationale dans la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espoir d'un d&#233;bouch&#233; pacifique et d&#233;mocratique &#224; la question indienne au Guatemala repose sur le d&#233;veloppement d'un mouvement autolimit&#233;, plus discret, mieux implant&#233; dans les communaut&#233;s. Ce mouvement existe. Contrairement aux interventions des intellectuels mayas orient&#233;es de haut en bas, il prend appui sur le local pour se projeter, &#233;ventuellement, vers le r&#233;gional, le national et l'international. Il est port&#233; principalement par des femmes, des comit&#233;s civiques et des maires indiens (ces derniers, cependant, ne sont jamais des femmes), par des ONG et par divers autres acteurs qui articulent protestation &#233;thique, revendications et actions socio-&#233;conomiques, strat&#233;gies politiques municipales, strat&#233;gies &#233;ducatives et affirmation identitaire en termes de libert&#233; individuelle, de construction du sens de l'exp&#233;rience et non pas sous la forme substantifi&#233;e ou essentialis&#233;e que donnent souvent les intellectuels mayas &#224; la notion d'identit&#233;. Il n'est certes pas rare que les &#233;lites indiennes locales s'&#233;loignent elles aussi de leurs bases et se mettent &#224; fonctionner sur le mode institutionnel plus que sur celui du mouvement social. Aussi peut-on se demander, dans de nombreux cas (Quetzaltenango, Nebaj, San Lucas Tolim&#225;n), si elles ne sont pas le germe d'un n&#233;o-indig&#233;nisme : des Indiens &#233;duqu&#233;s (educados) accaparant le pouvoir local et se transformant en nouveaux caciques, &#224; la mani&#232;re des instituteurs et promoteurs bilingues de l'indig&#233;nisme mexicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble cependant, les luttes indiennes en Am&#233;rique latine contribuent &#224; l'invention d'une culture politique qui ne gravite plus de mani&#232;re aussi exclusive autour de l'Etat et du syst&#232;me politique, mais s'&#233;labore dans les rapports entre la soci&#233;t&#233; et les instances du pouvoir. Tout en se situant dans le cadre des nations issues des ind&#233;pendances (contrairement aux craintes formul&#233;es par leurs adversaires, elles contribuent m&#234;me &#224; renforcer l'int&#233;gration nationale ou &#224; enrayer les processus de d&#233;sint&#233;gration), elles mettent en cause les mod&#232;les verticaux et &#233;tatistes et tissent des r&#233;seaux en de&#231;&#224; et au-del&#224; des institutions de l'Etat-nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de leurs limitations, particuli&#232;rement manifestes s'il s'agit de l'action politique, les mouvements indiens modernes sont fondamentalement d&#233;mocratiques, et &#224; plusieurs titres. Luttant pour les droits civiques, ils visent l'int&#233;gration des Indiens dans la nation sur un pied d'&#233;galit&#233; et demandent l'application universelle du principe de l'&#233;galit&#233; des citoyens. Ils se mobilisent pour une d&#233;mocratie plurielle, pour les droits culturels, contre la discrimination raciale, le refus de la diff&#233;rence, les mod&#232;les valorisant la domination blanche ou l'homog&#233;n&#233;isation m&#233;tisse. Ce sont aussi des mouvements d'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; civile, &#224; travers lesquels les Indiens s'affirment comme acteurs et sujets, s'&#233;mancipent de liens de d&#233;pendance (ce qui ne veut pas dire de toute influence), revendiquent des droits personnels et acc&#232;dent &#224; une libert&#233; cr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces orientations (droits de l'homme et du citoyen, droits culturels, affirmation du sujet personnel), pr&#233;sentes &#224; des degr&#233;s divers dans chacun des mouvements, les font participer d'un mouvement historique, et expliquent que leur &#233;cho d&#233;passe largement l'orbite locale, nationale ou continentale. Le mouvement qui a acquis au plus haut degr&#233; cette dimension, le zapatisme, est aussi celui qui a eu le plus d'impact dans son pays et le plus d'&#233;cho &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CNRS France, le 2 f&#233;vrier 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yvon Le Bot, &#171; Le renversement historique de la question indienne en Am&#233;rique Latine &#187;, Am&#233;rique Latine Histoire et M&#233;moire, Num&#233;ro 10-2004 - Identit&#233;s : positionnements des groupes indiens en Am&#233;rique latine , [En ligne], mis en ligne le 2 f&#233;vrier 2005. &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;URL :&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://alhim.revues.org/document100.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://alhim.revues.org/document100.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mario Vargas Llosa, L'utopie archa&#239;que, Paris, Gallimard, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mar&#237;a del Pilar Valencia, &#034; Desarrollo de los derechos ind&#237;genas en Colombia &#034;, in Magdalena G&#243;mez, Derecho Ind&#237;gena, M&#233;xico, INI, 1997, p. 266.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Martine Dauzier, &#034; Tous des Indiens ? La 'r&#233;indianisation', force ou fiction. D&#233;bats autour des essais de Guillermo Bonfil Batalla &#034;, Cahiers des Am&#233;rique latines, n&#176; 13, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le r&#244;le d'institutions et d'acteurs externes (gouvernements, Eglises, ONG, organismes et r&#233;seaux internationaux) dans la gen&#232;se et le d&#233;veloppement des mouvements indiens a souvent &#233;t&#233; soulign&#233;. Le plus souvent &#224; juste titre, mais les interpr&#233;tations en termes de manipulation ne rendent pas compte de la signification et de la port&#233;e du ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jorge Le&#243;n, De campesinos a ciudadanos diferentes, Quito, CEDIME Abya-Yala, 1994, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1992 marque par ailleurs un tournant dans l'histoire de la violence politique en Am&#233;rique latine : un cycle des gu&#233;rillas r&#233;volutionnaires s'ach&#232;ve, avec la paix au Salvador (d'autres foyers du cycle gu&#233;varien essaient de se maintenir au Guatemala, au P&#233;rou, mais s'&#233;teindront bient&#244;t) et avec l'arrestation du leader de Sentier lumineux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Touraine, Comment sortir du lib&#233;ralisme ?, Paris, Fayard, 1999, p. 98.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phanie Alenda, &#034; Bolivie : Conciencia de Patria, une forme originale de client&#233;lisme au sein d'un parti politique &#034;, Probl&#232;mes d'Am&#233;rique latine, n&#176; 32, janvier-mars 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;David Stoll, Rigoberta Mench&#250; and the story of all poor Guatemalans, Boulder, Westview Press, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Magdalena G&#243;mez, op. cit., p. 316-317.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;David Recondo, &#034; Usos y costumbres y elecciones en Oaxaca : los dilemas de la democracia representativa en una sociedad multicultural &#034;, Trace (Travaux et Recherches dans les Am&#233;riques du Centre), 36, d&#233;cembre 1999, p. 85-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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