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		<title>Indiens, Quechuas ou Paysans ?</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Indiens-Quechuas-ou-Paysans</link>
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		<dc:date>2005-12-12T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Val&#233;rie Robin</dc:creator>



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&lt;p&gt;Un jour, une personne &#224; qui j'expliquai que j'&#233;tais ethnologue et m'&#233;tais sp&#233;cialis&#233;e dans les Andes p&#233;ruviennes, me demanda sur quelle ethnie je travaillais. Je ne sus que r&#233;pondre. Comment, apr&#232;s tant d'ann&#233;es pass&#233;es sur le terrain, &#233;tais-je incapable de r&#233;pondre &#224; une question aussi simple&#8230; Il fallait que je me rende &#224; l'&#233;vidence : j'&#233;tais dans l'impossibilit&#233; d'identifier quelle ethnie constituait l'objet de mon &#233;tude&#8230; Le comble, finalement, pour quelqu'un qui pr&#233;tend faire de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Frere-Indigene" rel="directory"&gt;Fr&#232;re Indig&#232;ne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un jour, une personne &#224; qui j'expliquai que j'&#233;tais ethnologue et m'&#233;tais sp&#233;cialis&#233;e dans les Andes p&#233;ruviennes, me demanda sur quelle ethnie je travaillais. Je ne sus que r&#233;pondre. Comment, apr&#232;s tant d'ann&#233;es pass&#233;es sur le terrain, &#233;tais-je incapable de r&#233;pondre &#224; une question aussi simple&#8230; Il fallait que je me rende &#224; l'&#233;vidence : j'&#233;tais dans l'impossibilit&#233; d'identifier quelle ethnie constituait l'objet de mon &#233;tude&#8230; Le comble, finalement, pour quelqu'un qui pr&#233;tend faire de l'ethnologie ! J'essayai de lui expliquer que les personnes avec qui je travaillais dans le d&#233;partement de Cuzco vivent en communaut&#233;s paysannes, parlent la langue quechua, et qu'ils s'appellent donc&#8230; des &#034; paysans &#034; (campesinos).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour mon interlocuteur, paysan &#233;tait, au plus, une cat&#233;gorie socio-professionnelle, et non une identit&#233; ethnique&#8230; Je lui proposai alors comunero (membre d'une communaut&#233;), terme &#233;galement utilis&#233; dans cette r&#233;gion. Mais il s'agissait cette fois-ci d'une identification sociale, et toujours pas d'ethnie&#8230; Pourquoi ne pas lui avoir r&#233;pondu simplement qu'il s'agissait d'Indiens Quechuas ? Cette r&#233;ponse l'aurait sans doute satisfait. Pourtant, paysan est bien le terme consacr&#233; aujourd'hui, au P&#233;rou, pour la d&#233;signation et l'auto-d&#233;signation des membres des communaut&#233;s andines. Certes, il n'en a pas toujours &#233;t&#233; ainsi et ce n'est que depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970 que l'on parle officiellement de paysans, et non plus d'Indiens ou d'indig&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui m'&#233;tait pos&#233;e, et mon embarras &#224; y r&#233;pondre, m'ont alors conduite &#224; m'attarder sur ces termes. L'existence d'une terminologie permettant un classement des personnes est, en tant que telle, une production sociale. Je ferai miens les termes de l'ethnologue Jean-Loup Amselle : &#034; plut&#244;t que d'envisager les fronti&#232;res ethniques comme des limites g&#233;ographiques, il faut consid&#233;rer celles-ci comme des barri&#232;res s&#233;mantiques ou des syst&#232;mes de classement, c'est-&#224;-dire, en d&#233;finitive, comme des cat&#233;gories sociales &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. L. Amselle, &#034; Ethnies et espaces : pour une anthropologie topologique &#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le contenu s&#233;mantique de ces termes classificatoires n'est donc pas d&#233;nu&#233; de poids symbolique, puisqu'ils s'inscrivent dans l'interaction m&#234;me des diff&#233;rents acteurs de la soci&#233;t&#233;. C'est le rapport &#224; l'autre, une construction &#233;minemment sociale, qui est en jeu dans le fait de d&#233;signer par tel ou tel nom des individus, voire un groupe entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais donc dans les lignes qui suivent interroger les cat&#233;gories &#034; Indien &#034;, &#034; indig&#232;ne &#034;, &#034; Quechua &#034; et &#034; paysan &#034; afin de comprendre la gen&#232;se de ces termes et leur &#233;volution conceptuelle. Je retracerai tout d'abord l'histoire des communaut&#233;s andines et m'attarderai sur la mani&#232;re dont l'Etat s'est charg&#233; de d&#233;finir et de classer ses habitants. Il s'agira ensuite de comprendre dans quelle mesure les populations concern&#233;es se sont reconnues dans ces cat&#233;gories qui leur sont exog&#232;nes. Finalement, j'analyserai la mani&#232;re dont se d&#233;finissent aujourd'hui ces hommes et ces femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;poque coloniale et la &#034; R&#233;publique des Indiens &#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration de la Couronne espagnole regroupa la population du continent qu'elle d&#233;couvrit sous l'appellation g&#233;n&#233;rique d'&#034; Indiens &#034; ou d'&#034; indig&#232;nes &#034;. La domination coloniale s&#233;para l'ensemble de la population de la Vice-Royaut&#233; du P&#233;rou en deux groupes : une &#034; R&#233;publique des Indiens &#034; et une &#034; R&#233;publique des Espagnols &#034;, distinction fond&#233;e sur une diff&#233;rence de &#034; race &#034;. Au d&#233;but des ann&#233;es 1570, dans le but d'exercer un meilleur contr&#244;le politique, &#233;conomique et religieux sur les populations soumises, le Vice-Roi Toledo mit en place les reducciones ou comunes. Le syst&#232;me pr&#233;colombien d'organisation sur des territoires discontinus, situ&#233;s sur plusieurs &#233;tages &#233;cologiques, fut d&#233;finitivement d&#233;truit, et les populations regroup&#233;es au sein de villages-communaut&#233;s, calqu&#233;s sur le mod&#232;le ib&#233;rique. Ceux-ci furent toutefois reconnus juridiquement comme territoires appartenant aux populations autochtones&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au XVII&#232;me si&#232;cle, le pr&#234;tre Cabrera de Larta&#250;n octroya m&#234;me des titres de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les anciennes unit&#233;s sociales s'effac&#232;rent et de nombreuses langues locales disparurent au profit du quechua, qui devint la langue d'&#233;vang&#233;lisation catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la fin du XVIII&#232;me si&#232;cle, la population indig&#232;ne &#233;tait toutefois relativement h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Elle portait en son sein une &#233;lite dont le statut, le style et le niveau de vie &#233;taient plus proches de ceux de la population cr&#233;ole - n&#233;e sur le territoire p&#233;ruvien d'ascendants espagnols - que des autres indig&#232;nes, le plus souvent ruraux. Si les derniers &#233;taient soumis au paiement d'un tribut et contraints de fournir un service personnel gratuit (mita), en revanche les premiers en &#233;taient exempt&#233;s. Les notables indig&#232;nes assumaient le r&#244;le de curacas, caciques op&#233;rant comme interm&#233;diaires entre les populations rurales et les autorit&#233;s coloniales. Mais &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XVII&#232;me, l'&#233;conomie entra en crise et une s&#233;rie de soul&#232;vements indig&#232;nes &#233;clat&#232;rent dans le pays. En 1780, le cacique Jos&#233; Gabriel Condorcanqui mena une r&#233;bellion contre la Couronne espagnole dans les Andes du sud, prenant le nom de Tupac Amaru II, en r&#233;f&#233;rence au dernier inca rebelle d&#233;capit&#233; en 1572 par les Espagnols&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le but de cette r&#233;volte contre les Espagnols et les repr&#233;sentants de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Apr&#232;s la d&#233;faite de la &#034; grande r&#233;bellion &#034;, un an et demi plus tard, et la r&#233;pression sanglante qui s'ensuivit, le r&#233;gime colonial, craignant une nouvelle d&#233;stabilisation, restreignit les pouvoirs des caciques. La d&#233;sarticulation de cette &#233;lite s'acc&#233;l&#233;ra et ses privil&#232;ges furent abolis. La noblesse indig&#232;ne finit par se fondre au sein de la population cr&#233;ole &#224; travers des alliances. Elle disparut finalement comme classe sociale indig&#232;ne diff&#233;renci&#233;e &#224; la suite du d&#233;mant&#232;lement officiel des cacicats en 1825. Un ab&#238;me social d&#233;finitif s'ouvrit entre Cr&#233;oles et Indig&#232;nes. L'&#034; Indien &#034; devint progressivement l'&#233;quivalent de &#034; pauvre &#034;. D&#232;s lors, une confusion s'op&#232;re entre revendications socio-&#233;conomiques et revendications sp&#233;cifiquement indig&#232;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Manrique, Historia de la Rep&#250;blica, Congreso de la Rep&#250;blica, Lima, 1995, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ind&#233;pendance, av&#232;nement de la R&#233;publique et disparition l&#233;gale de l'Indien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'Ind&#233;pendance en 1821, et durant le protectorat dirig&#233; par San Mart&#237;n qui pr&#233;c&#233;da l'av&#232;nement de la R&#233;publique, il fut d&#233;cid&#233; que dor&#233;navant on ne parlerait plus d'&#034; Indiens &#034; mais seulement de &#034; P&#233;ruviens &#034;. En 1824, Bolivar, le lib&#233;rateur du P&#233;rou, anim&#233; d'une id&#233;ologie d&#233;mocrate et lib&#233;rale, voulut poser les bases d'une citoyennet&#233; &#233;galitaire o&#249; les Indiens seraient lib&#233;r&#233;s des relations coloniales. Afin de les transformer en petits propri&#233;taires, la reconnaissance l&#233;gale des terres des communaut&#233;s et leur inali&#233;nabilit&#233; furent abolies. Mais les ind&#233;pendantistes cr&#233;oles s'accapar&#232;rent du pouvoir, sans intention de changer la structure coloniale de domination, reposant sur l'encadrement et l'exploitation de la main-d'&#339;uvre indig&#232;ne dont l'assujettissement leur paraissait naturel. Le r&#233;sultat de l'application de la nouvelle l&#233;gislation dans ces circonstances fut d&#233;sastreux pour les Indiens et contribua &#224; leur ruine : elle favorisa la spoliation des terres communautaires par les propri&#233;taires terriens. La R&#233;volution industrielle anglaise eut pour cons&#233;quence une explosion de la demande de laine dans la r&#233;gion sud-andine (d&#233;partements d'Arequipa, Cuzco et Puno). Pour y r&#233;pondre, les commer&#231;ants cherch&#232;rent &#224; acqu&#233;rir des domaines fonciers et des t&#234;tes de b&#233;tail (alpagas et moutons). Le plus souvent par la violence, ils expropri&#232;rent massivement les populations indiennes de leurs terres et constitu&#232;rent de grands domaines fonciers : les haciendas. Les populations indig&#232;nes furent cantonn&#233;es dans les plus mauvaises terres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Favre, L'indig&#233;nisme, PUF, Paris, 1993, pp. 24-28 ; N. Manrique, op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi, pour nombre d'auteurs, au colonialisme externe et espagnol succ&#232;de un n&#233;o-colonialisme interne et r&#233;publicain, qui ne modifie pas les structures coloniales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Piel Capitalisme agraire au P&#233;rou, Anthropos, Paris, 1975 ; H. Favre, op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le d&#233;veloppement de l'hacienda &#233;merge la figure du gamonal : un grand propri&#233;taire terrien, spoliateur des terres des communaut&#233;s, dont les liens avec le pouvoir politique garantissent l'impunit&#233;. D&#232;s le milieu du XIX&#232;me si&#232;cle, mais plus encore durant les deux premi&#232;res d&#233;cennies du XX&#232;me si&#232;cle, des r&#233;voltes paysannes explosent pour lutter contre les abus des gamonales dans les provinces isol&#233;es des Andes du sud du pays. Ces derniers cherchent &#224; discr&#233;diter ces soul&#232;vements et les pr&#233;sentent comme un complot qui prend la forme d'une &#034; guerre de castes &#034; : &#034; l'Indien &#034; vise &#224; l'extermination de la population &#034; blanche &#034;, voire &#224; la restauration de l'empire inca et menace l'int&#233;grit&#233; de l'unit&#233; nationale. La formulation du conflit en termes raciaux permit d'occulter ses dimensions socio-&#233;conomiques, notamment le rapport de force tr&#232;s in&#233;gal entre propri&#233;taires terriens et petits paysans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Manrique, op. cit., 1995, p. 222.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la politique indig&#233;niste des ann&#233;es 1920 &#224; la r&#233;forme agraire de 1969&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1920, pour trouver une solution &#224; ces r&#233;bellions qui se multipliaient en zone rurale, principalement dans le sud de la Cordill&#232;re (d&#233;partements de Cuzco, de Puno et d'Apurimac), le pr&#233;sident de la R&#233;publique Augusto Legu&#237;a r&#233;pondit aux demandes des &#034; Indig&#232;nes &#034; en reconnaissant &#224; nouveau l'existence l&#233;gale des communaut&#233;s. La Constitution de 1920 d&#233;clara l'inali&#233;nabilit&#233; des terres de ces communaut&#233;s qui prirent le nom officiel de &#034; communaut&#233;s indig&#232;nes &#034; (comunidades ind&#237;genas). Cette promulgation permit l'octroi de titres de propri&#233;t&#233;s &#224; certaines communaut&#233;s qui en faisaient la demande et fournit une arme fondamentale pour la d&#233;fense des droits de leurs membres. Ces mesures permirent aussi, et peut-&#234;tre surtout, &#224; l'Etat de r&#233;cup&#233;rer du pouvoir sur des zones rest&#233;es en grande partie incontr&#244;l&#233;es depuis l'Ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les r&#233;sultats de la mise en place par l'Etat d'une politique indig&#233;niste furent limit&#233;s. Cela ne d&#233;couragea pas compl&#232;tement, ni partout, les exactions des propri&#233;taires terriens. En cons&#233;quence, des soul&#232;vements aux enjeux fonciers resurgirent jusque dans les ann&#233;es 1960, en particulier dans les vall&#233;es de La Convenci&#243;n (d&#233;partement de Cuzco). Une tentative de r&#233;forme agraire fut entreprise en 1964 en r&#233;ponse &#224; l'agitation sociale sans toutefois r&#233;ussir &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me de la concentration des terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est apr&#232;s un coup d'Etat militaire en 1968 que le g&#233;n&#233;ral Velasco Alvarado prit le pouvoir et mit en place une r&#233;forme agraire radicale qui morcela la grande et moyenne propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Anim&#233; par la volont&#233; de rompre les relations de domination fond&#233;es sur la distinction entre Indiens et non-Indiens, &#224; la classification de type ethnique existante Velasco substitua une terminologie de type socioprofessionnelle : les communaut&#233;s indig&#232;nes (comunidades ind&#237;genas) devinrent l&#233;galement des communaut&#233;s paysannes (comunidades campesinas). Dor&#233;navant, et jusqu'&#224; nos jours, campesino (paysan) s'est impos&#233; comme le terme officiel pour d&#233;signer ces populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'&#233;mergence du &#034; paysan &#034; &#224; l'abandon de l'&#034; indig&#232;ne &#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme agraire eut des cons&#233;quences sociales ind&#233;niables au sein des communaut&#233;s andines du sud du P&#233;rou. Tout d'abord, les populations concern&#233;es reprirent &#224; leur compte la nouvelle terminologie et se revendiqu&#232;rent d&#232;s lors comme campesinos. Les membres des communaut&#233;s du d&#233;partement de Cuzco avec qui j'ai discut&#233; de la r&#233;forme agraire consid&#232;rent tous cet &#233;pisode comme un v&#233;ritable tournant historique qui co&#239;ncide avec la reconnaissance de leur statut de citoyens, voire de leur pleine humanit&#233;&#8230; Cette appellation de &#034; paysan &#034; semblait clore l'&#233;poque o&#249; les termes &#034; indig&#232;ne &#034; et &#034; indien &#034; indiquaient une relation de subordination vis-&#224;-vis des membres de l'oligarchie terrienne et marquaient leur exclusion de la soci&#233;t&#233; nationale. De plus, la possibilit&#233; pour certaines communaut&#233;s de r&#233;clamer et de r&#233;cup&#233;rer les terres usurp&#233;es tout au long de la p&#233;riode r&#233;publicaine fut un signe mat&#233;riel de cette &#233;mancipation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;cisons toutefois que l'application de la r&#233;forme agraire proc&#233;da (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les r&#233;alit&#233;s quotidiennes et les structures en place sont plus r&#233;sistantes. Pour les personnes ext&#233;rieures aux communaut&#233;s, le terme &#034; Paysan &#034; ne d&#233;signe personne d'autre que les anciens &#034; Indiens &#034;. Ce changement de vocabulaire n'est qu'un changement de forme : sa valeur s&#233;mantique reste celle attach&#233;e &#224; l'&#034; Indien &#034;. C'est pourquoi aujourd'hui, les descendants des propri&#233;taires terriens, s'ils continuent d'exploiter la terre, ne s'identifieront jamais &#224; des &#034; paysans &#034;. L'assimilation serait pour eux une offense. Ils se revendiquent &#034; agriculteurs &#034; ou &#034; propri&#233;taires &#034;. Pourtant, les membres des communaut&#233;s cherchaient bien &#224; &#233;chapper &#224; une cat&#233;gorie marginalisante en adoptant si promptement l'&#233;tiquette de paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, dans les communaut&#233;s paysannes du d&#233;partement de Cuzco, le terme &#034; Indien &#034; est d&#233;gradant. Les paysans l'utilisent exclusivement comme insulte, une des pires qui soit : l'&#034; indien &#034; d&#233;signe celui qui est fain&#233;ant (qilla indio), sale (qhilli indio), abruti (lunla indio), analphab&#232;te (&#241;awsa indio) ou encore voleur (suwa indio). Cette r&#233;-utilisation d'Indien, qui reproduit le stigmate m&#233;prisant auquel il &#233;tait associ&#233; auparavant, sert aussi &#224; &#233;voquer le souvenir des temps pass&#233;s et &#224; rappeler de fa&#231;on &#233;difiante la situation ancienne de quasi servage dans laquelle vivaient ceux d&#233;finis alors comme indiens ou indig&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au P&#233;rou, on n'a pas assist&#233; &#224; une r&#233;cup&#233;ration de cette indianit&#233; discriminante, comme dans les pays andins voisins o&#249; le terme indig&#232;ne a &#233;t&#233; repris en tant qu'embl&#232;me d'une identit&#233; ethnique. C'est dans le cadre de projets politiques nationaux que s'inscrit cette nouvelle production d'identit&#233;s, prise en charge par les mouvements indianistes. En Equateur et en Bolivie, ces mouvements ont pris un poids consid&#233;rable, principalement dans les ann&#233;es 1980, tandis qu'ils sont rest&#233;s quasi inexistants dans les Andes p&#233;ruviennes - peut-&#234;tre aussi en raison de la situation de d&#233;stabilisation politique qui d&#233;buta en 1980 lorsque surgit la gu&#233;rilla mao&#239;ste du Sentier Lumineux. Toutefois, le gouvernement actuel du Pr&#233;sident Toledo cherche &#224; faire adopter une r&#233;forme constitutionnelle visant &#224; la &#034; reconnaissance des droits ethniques et culturels des peuples indig&#232;nes ou autochtones &#034;, sur le mod&#232;le multiculturaliste en expansion en Am&#233;rique Latine depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990. Peut-&#234;tre assisterons-nous d'ici quelques temps &#224; un renversement de la valeur attribu&#233;e dans les communaut&#233;s andines &#224; la d&#233;finition d'indig&#232;ne. Toujours est-il que pour l'instant force est de constater que ce discours n'a pas encore &#233;t&#233; r&#233;appropri&#233; par ces populations. L'image de l'&#034; indig&#232;ne &#034; reste encore exclusivement n&#233;gative et les membres des communaut&#233;s andines pr&#233;f&#232;rent se revendiquer comme paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons, par ailleurs, qu'il est courant de trouver dans la presse voire dans la litt&#233;rature ethnologique la d&#233;nomination de &#034; Quechuas &#034; pour se r&#233;f&#233;rer aux habitants des Andes parlant cette langue. Il est vrai que le quechua est un &#233;l&#233;ment commun partag&#233; par les habitants des communaut&#233;s paysannes. C'est souvent leur langue maternelle, parfois l'unique qu'ils connaissent et pratiquent. Toutefois, ils ne sont pas les seuls &#224; employer le quechua, qui est parl&#233; par diff&#233;rents secteurs sociaux : presque toute la population au sein de la configuration r&#233;gionale des Andes du sud, qu'elle soit urbaine ou rurale, s'exprime en quechua en plus de l'espagnol. Qui plus est, diff&#233;rentes vari&#233;t&#233;s dialectales du quechua sont parl&#233;es depuis les Andes des hauts plateaux jusqu'&#224; l'Amazonie par des populations aux r&#233;alit&#233;s sociales, &#233;conomiques et culturelles extr&#234;mement diff&#233;rentes. C'est la raison pour laquelle il est impropre de parler d'une &#034; ethnie quechua &#034;. En fait, le terme &#034; quechua &#034; d&#233;signe sp&#233;cifiquement une langue. Il en a d'ailleurs &#233;t&#233; ainsi depuis les &#233;poques pr&#233;-coloniale et coloniale. Les premi&#232;res traces d'une application de cette cat&#233;gorie linguistique au champ ethnique remontent aux &#233;crits de quelques &#233;crivains cr&#233;oles qui, au XIX&#232;me si&#232;cle, commencent &#224; parler des &#034; Quechuas &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Itier, Parlons quechua, L'Harmattan, Paris, 1997, pp. 26-28.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, certains membres des &#233;lites urbaines provinciales de la cordill&#232;re, se sentant marginalis&#233;s par le centralisme de Lima, la capitale c&#244;ti&#232;re, revendiquent une &#034; Nation quechua &#034;. C'est le cas des membres de l'Acad&#233;mie de la langue quechua de Cuzco, fond&#233;e en 1956, et de quelques jeunes intellectuels et universitaires en qu&#234;te d'une &#034; identit&#233; Quechua &#034; dont les habitants des communaut&#233;s paysannes repr&#233;senteraient l'incarnation tangible. Cependant, cette r&#233;f&#233;rence exog&#232;ne n'a pas de sens pour les populations int&#233;ress&#233;es et seules les personnes ext&#233;rieures &#224; la communaut&#233; paysanne se font &#233;ventuellement les porte-parole d'une telle identit&#233; quechua.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut maintenant s'attarder sur la conception que se font les paysans quechuaphones eux-m&#234;mes de leur propre identit&#233; afin de comprendre la perception qu'ils peuvent avoir d'appartenance &#224; un groupe original.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une identit&#233; imprim&#233;e dans le territoire communautaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment d'appartenir &#224; un groupe social particulier appara&#238;t dans l'emploi du terme quechua &#034; runa &#034; qui d&#233;signe les paysans des communaut&#233;s, par opposition &#224; la cat&#233;gorie des &#034; misti &#034;, qui renvoie &#224; tous ceux qui vivent en dehors des communaut&#233;s, dans les villages ou les villes de la r&#233;gion. Toutefois, cette opposition repose principalement sur un mode d'organisation sp&#233;cifique. La communaut&#233;, personnalit&#233; juridique &#224; vocation agro-pastorale, jouit d'une certaine autonomie politique : elle est soumise &#224; l'autorit&#233; d'une Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale, pr&#233;sid&#233;e par une direction compos&#233;e de repr&#233;sentants &#233;lus tous les deux ans &#224; la majorit&#233; des voix et qui ont la charge de g&#233;rer les affaires internes. Les habitants de la communaut&#233; sont aussi li&#233;s entre eux par le devoir de r&#233;aliser des travaux d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral (construction de salles de r&#233;union, d'&#233;coles&#8230;) qui sont pris en charge collectivement (faena). Si chaque noyau familial poss&#232;de ses propres parcelles, certaines parties du territoire communautaire, principalement celles servant au p&#226;turage, sont communes &#224; tous les habitants qui les utilisent &#224; tour de r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, en quechua, la mani&#232;re de se pr&#233;senter est intrins&#232;quement li&#233;e &#224; son origine communautaire : par l'utilisation d'un substantif issu du nom de la communaut&#233; on d&#233;signe &#034; les Pampallacta &#034; (Pampallactakuna) pour se r&#233;f&#233;rer aux habitants de la communaut&#233; de Pampallacta ou &#034; les Lutto &#034; (Luttokuna) pour ceux de la communaut&#233; de Lutto, etc. Ce mode d'identification refl&#232;te l'importance de l'association avec une unit&#233; territoriale d&#233;limit&#233;e correspondant aux fronti&#232;res de la communaut&#233; paysanne. Si l'on cherche &#224; d&#233;finir une identit&#233; propre &#224; ces populations andines c'est &#224; l'importance symbolique et mat&#233;rielle que rev&#234;t cette organisation sociale qu'il faut s'attacher. Bien que ses fronti&#232;res se soient maintes fois recompos&#233;es et ne correspondent plus aux anciennes limites des ayllu (groupements d'unit&#233;s familiales) pr&#233;colombiens, coloniaux ou m&#234;me du d&#233;but de l'&#232;re r&#233;publicaine, l'espace de la communaut&#233; repr&#233;sente aujourd'hui un point d'ancrage central pour la d&#233;finition de ceux qui y vivent et qui sont unis par des liens de parent&#233; plus ou moins proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le territoire communautaire constitue un patrimoine commun &#224; tous ses membres. La m&#233;moire sociale attribue le peuplement ant&#233;rieur de la communaut&#233; &#224; des personnages des temps pr&#233;-culturels appel&#233;s &#034; Gentils &#034;, en allusion &#224; leur paganisme. Leur pr&#233;sence physique, mat&#233;rialis&#233;e par les momies ou par les restes osseux localis&#233;s dans les ruines pr&#233;hispaniques, imprime dans le paysage la marque d'une autochtonie. Par l'abondance du patrimoine arch&#233;ologique de cette r&#233;gion, presque chaque communaut&#233; poss&#232;de dans ses limites un ou plusieurs lieux associ&#233;s &#224; ces &#234;tres. Les termes de r&#233;f&#233;rence employ&#233;s pour d&#233;signer les Gentils &#233;voquent une forme d'ascendance unissant les habitants des communaut&#233;s andines &#224; ces &#034; grands-parents &#034;. Leur figure est &#233;troitement li&#233;e &#224; l'institution communautaire, et les rapports tiss&#233;s avec ces morts des temps anciens expriment l'id&#233;e d'une ant&#233;riorit&#233; sur l'occupation des terres actuelles. Ainsi, l'ancrage territorial des Gentils, per&#231;us comme les fondateurs de la communaut&#233; actuelle, participe &#224; la l&#233;gitimation de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re du groupe social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement par le type de v&#234;tements port&#233;s que la marque de sa communaut&#233; se manifeste et que ses habitants peuvent &#234;tre facilement identifi&#233;s. D'une communaut&#233; &#224; une autre, les motifs, les couleurs, les formats ou encore les techniques de tissage utilis&#233;es varient et participent de la signature de chacune de ces communaut&#233;s. Dans les march&#233;s dominicaux des villages o&#249; se rendent les membres de communaut&#233;s environnantes pour vendre leurs produits, il est ais&#233;, pour un &#339;il avis&#233;, d'en reconna&#238;tre la provenance en fonction de leurs habits. Par ailleurs, sur le plan religieux, on peut indiquer que les esprits tut&#233;laires des montagnes (awki), si importants, notamment dans les rituels de fertilit&#233; du b&#233;tail, varient aussi en fonction de la communaut&#233; et lui donnent une empreinte qui contribue &#224; la singulariser des autres. Il en va de m&#234;me des Saints Catholiques, patrons protecteurs de la communaut&#233;, qui sont c&#233;l&#233;br&#233;s annuellement et qui participent de l'identit&#233; sp&#233;cifique de chaque communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est dans l'appartenance &#224; telle ou telle communaut&#233; que se constitue la conscience d'une identit&#233; commune aux paysans andins quechuaphones, sans toutefois que nous puissions parler d'une ethnie en particulier. Mais la pr&#233;sentation de ces modes d'identification ne doit pas occulter la dimension mouvante propre &#224; ces diff&#233;rentes formes d'&#034; identit&#233;s &#034;. Il est essentiel de les consid&#233;rer comme le fruit de productions historiques complexes et en perp&#233;tuelle &#233;volution, qui varient en fonction des situations, des interlocuteurs que l'on a en face, ou des enjeux qu'il peut y avoir &#224; se positionner dans telle ou telle cat&#233;gorie. Le paysan quechuaphone d'une communaut&#233; de Cuzco exhibera son identit&#233; r&#233;gionale de &#034; cuzque&#241;o &#034; s'il rencontre un paysan andin originaire du centre du pays, ou pourra pr&#233;f&#233;rer se proclamer &#034; peruano &#034; (P&#233;ruvien) lorsqu'il aura en face de lui un &#233;tranger. Chaque individu, dans les communaut&#233;s paysannes comme &#224; Lima, au P&#233;rou comme ailleurs, ne se compose pas d'une seule identit&#233;, mais poss&#232;de plusieurs cartes d'identit&#233;s qu'il proclame ou dissimule suivant les circonstances et ses n&#233;cessit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;Pour citer cet article :&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Val&#233;rie Robin, &#171; Indiens, Quechuas ou Paysans ? &#187;, Am&#233;rique Latine Histoire et M&#233;moire, Num&#233;ro 10-2004 - Identit&#233;s : positionnements des groupes indiens en Am&#233;rique latine , [En ligne], mis en ligne le 2 f&#233;vrier 2005. &lt;br /&gt;
Universit&#233; Paris X, Janvier 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;URL :&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://alhim.revues.org/document98.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://alhim.revues.org/document98.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. L. Amselle, &#034; Ethnies et espaces : pour une anthropologie topologique &#034;, in J. L. Amselle et E. M'Bokolo (Ed.) Au c&#339;ur de l'ethnie, 1999 [1985], p. 34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au XVII&#232;me si&#232;cle, le pr&#234;tre Cabrera de Larta&#250;n octroya m&#234;me des titres de propri&#233;t&#233; &#224; plusieurs communaut&#233;s des Andes sud p&#233;ruviennes correspondant aux actuels d&#233;partements de Cuzco et Apurimac. C'est ainsi qu'aujourd'hui certaines de ces communaut&#233;s affichent, en cas de conflit foncier, ces anciens titres pour justifier de la l&#233;gitimit&#233; de leurs propri&#233;t&#233;s sur les territoires communautaires occup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le but de cette r&#233;volte contre les Espagnols et les repr&#233;sentants de la Couronne ne visait pas v&#233;ritablement &#224; un r&#233;tablissement de l'empira inca. En revanche, l'affichage des insignes de noblesse h&#233;rit&#233;s de leurs ascendants Incas servait &#224; l&#233;gitimer le r&#244;le exerc&#233; par les caciques au sein de la soci&#233;t&#233; coloniale dont la promulgation des &#034; leyes borb&#243;nicas &#034;, mises en place par les rois Bourbons d'Espagne, r&#233;duisait l'influence. Ces lois qui consist&#232;rent en une reprise en main par les autorit&#233;s espagnoles aux d&#233;pends des &#233;lites r&#233;gionales (indig&#232;nes et cr&#233;oles) et qui s'accompagn&#232;rent de nouveaux imp&#244;ts, mena&#231;aient &#233;galement les revenus, le pouvoir et le statut socio-&#233;conomique de ces caciques. Voir S. O'Phelan Godoy, La gr&#225;n rebeli&#243;n en los Andes : De Tupac Amaru a Tupac Catari, CBC, Cuzco, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N. Manrique, Historia de la Rep&#250;blica, Congreso de la Rep&#250;blica, Lima, 1995, pp. 27-28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Favre, L'indig&#233;nisme, PUF, Paris, 1993, pp. 24-28 ; N. Manrique, op. cit., pp. 37-41 et 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Piel Capitalisme agraire au P&#233;rou, Anthropos, Paris, 1975 ; H. Favre, op. cit., p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N. Manrique, op. cit., 1995, p. 222.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;cisons toutefois que l'application de la r&#233;forme agraire proc&#233;da principalement &#224; la parcellisation des terres des domaines fonciers pour les regrouper en coop&#233;ratives agraires. Elle ne fut qu'exceptionnellement re-distributive pour les petits paysans des communaut&#233;s du reste du pays, le d&#233;partement de Cuzco repr&#233;sentant une exception.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Itier, Parlons quechua, L'Harmattan, Paris, 1997, pp. 26-28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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