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		<title>Alternatives au-del&#224; de la pens&#233;e &#233;conomique dominante. </title>
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		<dc:date>2006-11-14T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry G. Verhelst</dc:creator>



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&lt;p&gt;1.LES ALTERNATIVES AU DELA DE LA PENSEE ECONOMIQUE DOMINANTE &lt;br class='autobr' /&gt;
1.1. Un monde en qu&#234;te de sens &lt;br class='autobr' /&gt;
Les citoyens &#233;tasuniens (am&#233;ricains) consomment en moyenne 60 fois plus que la moyenne des citoyens ha&#239;tiens. Si tous les habitants de la plan&#232;te consommaient l'&#233;quivalent de la moyenne europ&#233;enne, il faudrait cinq plan&#232;tes pour fournir ressources, air et eau n&#233;cessaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais dans l'histoire du monde, autant de richesses n'y ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es qu'au cours des 15 derni&#232;res ann&#233;es. Cependant, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.LES ALTERNATIVES AU DELA DE LA PENSEE ECONOMIQUE DOMINANTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.1. Un monde en qu&#234;te de sens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les citoyens &#233;tasuniens (am&#233;ricains) consomment en moyenne 60 fois plus que la moyenne des citoyens ha&#239;tiens. Si tous les habitants de la plan&#232;te consommaient l'&#233;quivalent de la moyenne europ&#233;enne, il faudrait cinq plan&#232;tes pour fournir ressources, air et eau n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais dans l'histoire du monde, autant de richesses n'y ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es qu'au cours des 15 derni&#232;res ann&#233;es. Cependant, l'&#233;cart entre riches et pauvres, loin de se r&#233;duire, a &#233;t&#233; s'&#233;largissant. Aujourd'hui, 20% des habitants du monde consomment 85% des ressources mondiales ; 800 millions de personnes souffrent de malnutrition ou de faim ; 250 millions d'enfants sont forc&#233;s de travailler dans des usines et sur des plantations ou de se prostituer tandis que 35.000 enfants meurent chaque jour de malnutrition ou de maladie. La malnutrition et la pauvret&#233; mat&#233;rielle s'&#233;tendent dans de nombreux pays du Sud ou deviennent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment end&#233;miques dans beaucoup d'autres. Le rapport du PNUD 1996 sur le d&#233;veloppement humain note que le foss&#233; entre riches et pauvres ne se creuse pas seulement &#224; l'&#233;chelle mondiale, entre le Nord et le Sud, mais qu'il s'&#233;largit aussi dans les pays qui jouissent de taux de croissance confortables de m&#234;me que dans les pays occidentaux &#224; vieille infrastructure industrielle. Aux Etats-Unis (E.U.) 15% des citoyens vivent en dessous du seuil de pauvret&#233;. En Europe, il y a au moins 25 millions de ch&#244;meurs, jeunes pour beaucoup d'entre eux. En France, 2 millions de jeunes rel&#232;vent de l'aide alimentaire. James Speth, Directeur G&#233;n&#233;ral du PNUD avertit que ce syst&#232;me &#224; polarisation croissante conduit la plan&#232;te &#224; une situation qui n'est pas seulement immorale mais inhumaine. Comme le disait r&#233;cemment Ph. Maystadt, Pr&#233;sident du Conseil des Gouverneurs du FMI, la violence menace partout. Nous assistons au cr&#233;puscule de l'Etat-Providence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es Reagan et Thatcher, les Programmes d'Ajustement Structurel (PAS) et les politiques mon&#233;taristes conduisent &#224; la frustration et &#224; l'angoisse. Le Secr&#233;taire d'Etat &#233;tasunien au Travail, Robert Reich, observe que &#034;la globalisation cr&#233;&#233;e dans nos d&#233;mocraties une sous-classe de citoyens d&#233;moralis&#233;s et appauvris&#034;. M&#234;me l&#224; o&#249; les PAS aboutissent &#224; des r&#233;sultats positifs en termes de dette publique et de taux d'inflation, leur impact social est d&#233;plorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance exerce plus de pouvoir dans la soci&#233;t&#233; que la politique. Les experts financiers, aux lieux et places des industriels-entrepreneurs du bon vieux temps, sont &#224; la t&#234;te de grandes compagnies. Des d&#233;cisions sont prises qui ne tiennent pas compte de la qualit&#233; des produits et du processus de production mais se soumettent d'abord aux objectifs &#224; court terme du rapport financier. Ces d&#233;cisions qui ne b&#233;n&#233;ficient qu'&#224; peu de personnes se caract&#233;risent par une absence de vision industrielle et d'int&#233;r&#234;t r&#233;el pour les cons&#233;quences sociales ou environnementales. La sp&#233;culation sur les monnaies est devenue une occupation majeure et une source de revenus pour les entreprises. 1.400 milliards de dollars circulent quotidiennement autour du globe, desquels 10% seulement sont utilis&#233;s pour le commerce ou l'investissement &#224; fins productives, le reste &#233;tant disponible pour la sp&#233;culation. La moiti&#233; de cet argent semble &#234;tre gris ou d'origine ill&#233;gale (mafia, drogue, corruption, etc...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe comme si nos hommes d'&#233;tat &#233;taient incapables de concevoir et mettre en &#339;uvre des alternatives au pr&#233;sent drame social et &#233;cologique se d&#233;roulant devant nous. Jacques Delors, pr&#233;c&#233;dent Pr&#233;sident de la Commission europ&#233;enne d&#233;plore le vide des lieux d'exercice du pouvoir et il compare notre plan&#232;te &#224; un avion se pr&#233;cipitant dans la nuit sans pilote &#224; bord. M&#234;me Hans Tietmeyer, Pr&#233;sident de la Bundesbank, admet qu'aujourd'hui &#034;les march&#233;s dirigent les politiciens&#034;. Notre propre ami, ancien expert de la BIRD et de l'USAID, David Korten, a publi&#233; un livre stimulant appel&#233; &#034;Quand les multinationales m&#232;nent le monde&#034;. Il y stigmatise le d&#233;clin de la d&#233;mocratie caus&#233; par le pouvoir exorbitant exerc&#233; par les soci&#233;t&#233;s multinationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est urgent de chercher des voies de sortie de l'impasse actuelle, loin du triomphalisme aveugle de l'&#233;conomie n&#233;olib&#233;rale. Un nouveau mur id&#233;ologique a remplac&#233; le mur de Berlin : celui de l'argent et du capitalisme d&#233;brid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les politiciens semblent incapables d'offrir des solutions cr&#233;dibles, n'est-ce pas notre t&#226;che, en tant que citoyens responsables, de contribuer &#224; penser, explorer et exp&#233;rimenter d'autres approches, pour &#234;tre mieux entendu sur la base de suggestions raisonnables pour un monde plus juste, plus &#233;galitaire, plus libre, plus durable ? En bref, plus humain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;a href=&#034;http://www.networkcultures.net/index_f.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;R&#233;seau Cultures&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; a d&#233;cid&#233; de prendre ses responsabilit&#233;s comme ONG internationale, &#224; l'&#233;chelle, modeste, qui est la sienne. Notre apport sp&#233;cifique est l'analyse des cultures locales. La voie d'entr&#233;e du &lt;a href=&#034;http://www.networkcultures.net/index_f.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;R&#233;seau Cultures&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; dans ce d&#233;bat est donc l'exploration des dynamiques culturelles locales dans la vie &#233;conomique, et, plus pr&#233;cis&#233;ment, des r&#233;-actions des cultures locales &#224; la mondialisation/globalisation &#233;conomique. Au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, le &lt;a href=&#034;http://www.networkcultures.net/index_f.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;R&#233;seau Cultures&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; s'est employ&#233; &#224; montrer les effets n&#233;fastes du d&#233;veloppement ethnocentrique se r&#233;duisant &#224; n'&#234;tre qu'une man&#339;uvre de rattrapage de l'Occident aveugle &#224; la culture locale, confondant progr&#232;s et occidentalisation. Aujourd'hui, nous voulons appliquer notre savoir-faire en mati&#232;re socioculturelle en explorant la mani&#232;re dont les peuples, avec leurs diff&#233;rences culturelles, r&#233;agissent &#224; la globalisation, r&#233;sistent aux forces &#233;conomiques dominantes, voire m&#234;me, mettent en &#339;uvre des &#233;l&#233;ments d'alternatives au capitalisme global. Dans les dix derni&#232;res ann&#233;es, depuis qu'est n&#233; le R&#233;seau Cultures, et, pour nombre d'entre nous, bien avant m&#234;me, port&#233;s par le grand courant tiers-mondiste et ind&#233;pendantiste consacr&#233; &#224; Bandoeng en 1955, nous avons lutt&#233;, &#224; notre niveau, contre la globalisation du d&#233;veloppement occidentalisant des pays du tiers-monde. Aujourd'hui, nous entendons combattre partout dans le monde, en y incluant bien s&#251;r le Nord, la globalisation du capitalisme sauvage anim&#233; par les valeurs &#233;triqu&#233;es du mat&#233;rialisme et de la comp&#233;titivit&#233; ainsi que par les politiques mon&#233;taristes que l'ancien Chancelier Schmidt n'h&#233;sitait pas &#224; appeler &#034;monomaniaques&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Projet de Recherche 1995-96 du &lt;a href=&#034;http://www.networkcultures.net/index_f.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;R&#233;seau Cultures&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, intitul&#233; &#034;Organisation &#233;conomique et cultures locales : l'ench&#226;ssement culturel de la vie &#233;conomique locale&#034; constitue un modeste effort dans cette direction. Il &#233;tait bas&#233; sur la pr&#233;supposition que, contrairement &#224; la pens&#233;e &#233;conomique et politique dominante, les peuples ne r&#233;pondent pas partout, et de la m&#234;me mani&#232;re, &#224; la m&#234;me logique de maximisation du profit individuel. C'est en ce sens, que le &lt;a href=&#034;http://www.networkcultures.net/index_f.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;R&#233;seau Cultures&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; a formul&#233; l'hypoth&#232;se de base du pr&#233;sent Projet de Recherche. Dans son appel &#224; participer &#224; ce Projet, il &#233;tait notamment &#233;crit ce qui suit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2. L'hypoth&#232;se de d&#233;part&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e &#233;conomique dominante est bas&#233;e sur la pr&#233;somption que les gens r&#233;pondent en tous lieux dans le monde &#224; la m&#234;me logique de maximisation du profit. En ces temps de globalisation toujours croissante, il ne fait pas de doute que la maximisation du profit ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, la logique du capitalisme s'&#233;tend au monde entier. Les pr&#233;suppos&#233;s de la th&#233;orie &#233;conomique dominante semblent &#234;tre corrobor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, un examen plus attentif du comportement actuel des gens au niveau micro semble indiquer que l'&#233;conomie n'est pas r&#233;ductible &#224; la seule logique capitaliste. La logique &#233;troite du march&#233;, mat&#233;rialiste et individualiste, ne r&#232;gne pas en ma&#238;tresse supr&#234;me. Certes, elle est pr&#233;sente dans la plupart des soci&#233;t&#233;s, sinon dans toutes. Mais, cette logique se combine avec d'autres rationalit&#233;s, attentes, int&#233;r&#234;ts, valeurs, codes et mod&#232;les de comportements. Religions, normes &#233;thiques, relations de pouvoir et politiques, modes d'organisation, tant traditionnels que n&#233;o-traditionnels, approches locales sp&#233;cifiques (du temps, de l'espace, de la nature, de l'usage du sol, des outils, de la solidarit&#233; de la s&#233;curit&#233;), jouent &#233;galement un r&#244;le dans le comportement quotidien des gens &#224; l'&#233;gard de l'argent, du profit, de la comp&#233;tition, du march&#233;, de l'&#233;pargne, de l'accumulation et de la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le monde est hybride. La logique du capitalisme est m&#233;lang&#233;e avec les logiques socio-&#233;conomiques locales, les contraintes locales, et en d&#233;finitive, avec le sens que les populations locales donnent, ou tentent de donner, &#224; l'existence. Ce m&#233;lange produit des comportements et des modes d'organisation originaux et culturels sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.3. Les cultures locales dans un monde global&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel &#224; participation du R&#233;seau Cultures au pr&#233;sent Projet de Recherche &#233;tant largement diffus&#233;, un nombre consid&#233;rable de gens y ont montr&#233; un vif int&#233;r&#234;t. Suite &#224; un processus de tri minutieux, vingt-cinq participants furent identifi&#233;s. Certains se sont retir&#233;s parce qu'ils n'&#233;taient pas en mesure d'accomplir les diverses &#034;vagues&#034; d'apports de travail que notre m&#233;thode de travail implique. D'autres ont estim&#233; que l'esprit de la recherche questionnait trop radicalement la l&#233;gitimit&#233; de la pens&#233;e n&#233;olib&#233;rale dominante. Un r&#233;pondant a craint que notre int&#233;r&#234;t pour les alternatives culturelles pr&#233;sentes dans les cultures locales ne nous conduise &#224; id&#233;aliser &#224; l'exc&#232;s les coutumes africaines et la tradition qu'il avait &#233;tudi&#233;es au Zimbabwe. En d&#233;finitive, les apports proviennent de sites aussi vari&#233;s que l'Angleterre et le Chili, la Chine et le Cameroun, la Belgique et l'Afrique du Sud, le Canada, l'Inde et la Suisse, la Russie et le Ghana. La liste des auteurs et des communications imprim&#233;es qui nous sont parvenues appara&#238;t dans la bibliographie de r&#233;f&#233;rence du pr&#233;sent texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, on peut constater que la pr&#233;supposition sous-jacente &#224; la recherche a &#233;t&#233; confirm&#233;e : les cultures locales - incluant leurs modes d'organisation sociale et de satisfaction des besoins mat&#233;riels, leurs valeurs &#233;thiques et spirituelles aussi bien que leur vision du monde cosmologique et philosophique - n'ont pas &#233;t&#233; totalement &#233;radiqu&#233;es. Bien au contraire, elles continuent &#224; fournir une signification &#224; l'activit&#233; &#233;conomique de m&#234;me qu'&#224; inspirer les formes locales d'organisation. Elles sont souvent marqu&#233;es par la &#034;continuit&#233; dans le changement&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.4. Introduction &#224; la synth&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent travail fait la synth&#232;se aussi bien des diverses contributions produites pour le Projet de Recherche que des discussions tenues au cours de l'Atelier organis&#233; &#224; Rixensart, non loin de Bruxelles, du 13 au 17 novembre 1996. Les interventions des divers participants ainsi que la teneur g&#233;n&#233;rale des d&#233;bats y sont respect&#233;es aussi fid&#232;lement que possible. Mais les deux r&#233;dacteurs, Thierry Verhelst et Henry Panhuys y apportent bien s&#251;r leur marque personnelle : le premier dans son texte de synth&#232;se r&#233;dig&#233; en anglais, le second dans le pr&#233;sent texte r&#233;dig&#233; en fran&#231;ais sur la base d'une traduction adapt&#233;e du pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ferons d'abord r&#233;f&#233;rence aux commentaires de caract&#232;re g&#233;n&#233;ral d&#233;velopp&#233;s par les divers participants &#224; propos de la logique capitaliste. Il sera question de son dynamisme mais aussi de ses effets destructifs quand elle n'est pas contrecarr&#233;e par des int&#233;r&#234;ts autres que ceux mis en &#339;uvre par la comp&#233;tition, la maximisation du profit et la libert&#233; des soci&#233;t&#233;s g&#233;antes (chapitre 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets de cette logique et de la globalisation sur les politiques de d&#233;veloppement dans les pays du Sud seront trait&#233;s dans le chapitre suivant (chapitre 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;actions des populations &#224; ces politiques seront examin&#233;es ensuite telles qu'elles se manifestent dans leurs pratiques &#034;d&#233;viantes&#034; &#224; la fois au Sud et au Nord (chapitre 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain nombre de traits culturels qui sous-tendent ces r&#233;actions seront alors identifi&#233;s (chapitre 5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Existe-t-il de v&#233;ritables alternatives au syst&#232;me &#233;conomique dominant ? Cette question sera abord&#233;e sur la base d'un certains nombre d'exp&#233;riences et d'institutions localis&#233;es dans des sites aussi vari&#233;s que la Chine et l'Angleterre, le Chili et le Cameroun (chapitre 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouvelles approches observ&#233;es dans l'h&#233;misph&#232;re occidental de l'argent, de la banque, du consum&#233;risme, seront d&#233;crites au chapitre suivant (chapitre 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, sous le titre &#034;Cultures et transformation &#233;conomique&#034;, l'&#233;conomie sera appr&#233;hend&#233;e comme un ph&#233;nom&#232;ne social. Cela permettra de conclure &#224; l'ench&#226;ssement de l'&#233;conomie dans les socio-cultures locales, bien au del&#224; de tout d&#233;terminisme mat&#233;rialiste ou culturaliste (chapitre 8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'ECONOMIE NE DOIT PAS ETRE REDUITE A LA LOGIQUE CAPITALISTE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La Soci&#233;t&#233; et la mani&#232;re dont elle est &#233;conomiquement structur&#233;e &lt;br /&gt;
ne rel&#232;ve pas d'un cas de force majeure &lt;br /&gt;
mais de la volont&#233; et de l'action des homme.&#034;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Raff Carmen.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1. La Soci&#233;t&#233; n'est pas seulement une &#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains chercheurs, venant aussi bien de l'h&#233;misph&#232;re Nord que de l'Am&#233;rique Latine, d'Afrique ou d'Asie, observent que la notion d'&#233;conomie est tout simplement absente de soci&#233;t&#233;s qui ont conserv&#233; un lien solide avec leur propre tradition holiste. Dans de telles soci&#233;t&#233;s, les activit&#233;s &#233;conomiques sont per&#231;ues comme des activit&#233;s sociales. Aujourd'hui cependant, la pens&#233;e dominante tend a consid&#233;rer la soci&#233;t&#233; comme une &#233;conomie. Ce qui est nouveau. Bien que les march&#233;s et les marchands aient exist&#233; pendant une longue p&#233;riode &#224; diff&#233;rents endroits, jamais avant 1830-1850, il n'y a eu de march&#233; int&#233;gr&#233; de l'int&#233;rieur capable de r&#233;gler tous les aspects de la vie. Cela a suscit&#233; l'habitude de voir la soci&#233;t&#233; d'abord d'un point de vue &#233;conomique. Cette habitude moderne tend &#224; r&#233;duire les gens et la nature &#224; leur potentiel d'accumulation d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les gens d&#233;sirent &#234;tre trait&#233;s comme ayant une valeur en eux-m&#234;mes, ind&#233;pendamment de leur &#034;utilit&#233;&#034;. Ils n'acceptent pas d'&#234;tre jug&#233;s selon ce &#224; quoi ils peuvent servir. H&#233;las, l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, y compris ses aspects spirituels, tels que ceux existant dans les villages ghan&#233;ens par exemple, sont brutalement r&#233;duits &#224; de l'&#233;conomie et &#224; de la mati&#232;re (Akpokavie). La soci&#233;t&#233; est vue et g&#233;r&#233;e comme si elle &#233;tait un gigantesque march&#233; (Carmen).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est cependant illusoire de penser que les liens &#233;conomiques peuvent, &#224; eux seuls, donner aux &#234;tres humains des raisons de vivre suffisantes. Les peuples ont besoin d'activit&#233;s &#233;conomiques port&#233;es par des liens sociaux, lesquels sont plus qu'&#233;conomiques (Santikaro).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une approche plus humaine et en m&#234;me temps plus r&#233;aliste de la soci&#233;t&#233; consiste &#224; penser que celle-ci est constitu&#233;e de gens qui, parmi d'autres objectifs (par exemple, relations sociales, exp&#233;riences religieuses, connaissance, action politique) sont &#034;aussi&#034; engag&#233;s dans des processus de production, d'&#233;change et de consommation de biens et de services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2. Les limites &#224; la comp&#233;tition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres participants se pench&#232;rent sur la pens&#233;e &#233;conomique dominant actuellement. Son triomphe depuis l'effondrement du communisme en Europe conduit &#224; des niveaux d'&#233;conomisme sans pr&#233;c&#233;dent, avec une obsession pour tout ce qui est li&#233; au march&#233; et &#224; la comp&#233;tition. Un auteur s'est r&#233;f&#233;r&#233; au manifeste du Groupe de Lisbonne &#034;Limites &#224; la comp&#233;titivit&#233;&#034; (1995). Conduit par le Professeur Riccardo Petrella, ce Groupe s'accorde &#224; penser que la comp&#233;titivit&#233; a &#233;t&#233; un ingr&#233;dient important de l'am&#233;lioration mat&#233;rielle et de l'innovation technologique dans le pass&#233; r&#233;cent. Elle constitue une force motrice dans la r&#233;alisation humaine. Sous l'emprise de la nouvelle pens&#233;e &#233;conomique cependant, la comp&#233;tition a de plus en plus pris le caract&#232;re d'une &#233;preuve de force entre rivaux. Son langage belliqueux-&#034;battre le concurrent, envahir et contr&#244;ler les march&#233;s&#034;-indique sa propension perverse &#224; chercher non seulement le succ&#232;s, mais l'&#233;limination du comp&#233;titeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De moyen, la comp&#233;tition est devenue une fin en elle-m&#234;me. De modalit&#233; (fa&#231;on selon laquelle les acteurs &#233;conomiques essaient de se comporter sur le march&#233;), la comp&#233;tition est devenue un objectif. Elle g&#233;n&#232;re l'exclusion et l&#233;gitime au niveau mondial le fait que le &#034;droit&#034; est du c&#244;t&#233; du plus fort, de celui qui l'emporte technologiquement, industriellement et commercialement (Carmen).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#034;&#233;vangile de la comp&#233;titivit&#233;&#034; selon Petrella, peut &#234;tre condens&#233; en quatre principes de base :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous sommes engag&#233;s dans une guerre technologique, industrielle et &#233;conomique &#224; l'&#233;chelle du monde ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La comp&#233;tition est la seule garantie de survie (&#034;ne pas &#234;tre tu&#233;&#034;) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En dehors de la comp&#233;tition, il ne peut y avoir ni bien-&#234;tre social et &#233;conomique, ni ind&#233;pendance ou autonomie ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le r&#244;le principal des Etats est de cr&#233;er un environnement favorable aux entreprises pour qu'elles deviennent ou demeurent comp&#233;titives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.3. &#034;L'entreprise civilis&#233;e&#034; &#233;rig&#233;e en &#233;thique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contraste aigu avec ce qui pr&#233;c&#232;de, les Vieux Croyants de la Russie du 19e si&#232;cle abord&#232;rent les affaires d'une mani&#232;re profond&#233;ment &#233;thique. Les marchands percevaient leur activit&#233; comme une mission divine. Frugalit&#233;, prudence dans l'usage de la richesse et de la nature, modestie, &#233;taient hautement respect&#233;es. Leur activit&#233; &#233;conomique &#233;tait vue comme faisant partie de la vie et par cons&#233;quent guid&#233;e par les m&#234;mes principes et la m&#234;me &#233;thique que la vie en g&#233;n&#233;ral. Ces marchands russes avaient un sentiment d'obligation envers leur patrie. Le marchand russe et promoteur d'art, fondateur de la fameuse galerie Tretyakov de Moscou, avait l'habitude de r&#233;p&#233;ter &#034;Ce que vous obtenez de la soci&#233;t&#233;, doit retourner &#224; la soci&#233;t&#233;&#034;. La critique socialiste du capitalisme a emprunt&#233; son &#233;nergie spirituelle &#224; cette hostilit&#233; envers la culture des affaires jug&#233;e &#233;gocentrique, du nouveau bourgeois (Apressyan). Cependant, elle d&#233;g&#233;n&#233;ra en bureaucratie et en parasitisme sous le r&#232;gne de l'ordre sovi&#233;tique. R&#233;cemment, &#034;La Table Ronde des Entreprises Russes&#034; (TRBR) a promulgu&#233; un code &#233;thique des Entreprises qui invite &#224; une nouvelle culture de l'ouverture mutuelle, de la confiance, de la responsabilit&#233; civile et du &#034;business civilis&#233;&#034;. Cette charte a &#233;t&#233; sign&#233;e par beaucoup d'hommes d'affaire qui s'opposent &#224; la corruption des anciens cadres communistes, &#224; l'ill&#233;galit&#233;, &#224; la violence mafieuse et au d&#233;clin g&#233;n&#233;ral des standards moraux qui se sont accentu&#233;s sous la th&#233;rapie de choc de Boris Eltsine. Il appara&#238;trait qu'ils refusent de confondre la saine aspiration des Russes a g&#233;rer leur existence de mani&#232;re cr&#233;ative, par eux-m&#234;mes, avec une lutte brutale, bas&#233;e sur la seule survie du plus adapt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre continent, la r&#233;bellion zapatiste du Chiapas, qui avait &#233;t&#233; lanc&#233;e le jour m&#234;me o&#249; le Mexique rejoignait le march&#233; commun de l'ALENA, n'est qu'une manifestation parmi beaucoup d'autres qui tentent d'attirer l'attention sur la trag&#233;die sociale et &#233;cologique en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les participants rappellent que la Tha&#239;lande offre des exemples de pratiques destructives quand l'&#233;conomie est s&#233;par&#233;e des valeurs sociales et de la conscience spirituelle. Ajarn Buddhadasa, un moine promoteur du &#034;Socialisme Dhammique&#034;, insiste sur le fait que tout syst&#232;me &#233;conomique et social, pour &#234;tre viable et sain, se doit de restreindre l'&#233;go&#239;sme. Les activit&#233;s &#233;conomiques promues par les moines bouddhistes et les ONG ou institutions inspir&#233;es par le bouddhisme consid&#232;rent l'altruisme comme essentiel &#224; toute culture humaine. Ils valorisent la pond&#233;ration et le sens de l'&#233;quilibre dans toute entreprise humaine, y compris &#233;conomique. En cons&#233;quence, ils inclinent &#224; consid&#233;rer le capitalisme comme une non-culture (Santikaro).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique actuelle du laissez-faire, combin&#233;e avec l'incitation au profit maximum pour accro&#238;tre la consommation et &#234;tre comp&#233;titif, a conduit &#224; une immense diff&#233;renciation des revenus. Elle met en danger la libert&#233; et la dignit&#233; d'un nombre croissant de gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.4. Une spirale auto-destructive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'Am&#233;rique du Nord et d'Europe occidentale, des voix s'&#233;l&#232;vent qui mettent en garde contre la propension &#224; l'auto-destruction des m&#233;canismes du march&#233; libre. Comme Susan Georges le fait remarquer : &#034; Paradoxalement, si nous voulons prot&#233;ger le march&#233; qui nous rend tant de services, il est urgent sinon vital de le prot&#233;ger et de l'emp&#234;cher d'entrer dans une spirale auto-destructive qui nous entra&#238;nerait tous dans son sillage. En effet, plus il y a de comp&#233;tition, plus il y aura d'exclusion, jusqu'&#224; ce que la comp&#233;tition &#233;limine .... les comp&#233;titeurs&#034;. D'autres sonnent l'alarme contre les menaces qui d&#233;chirent le tissu social des soci&#233;t&#233;s du Nord. Dans &#034;La soci&#233;t&#233; en sablier &#034; (Maspero 1996) qu'il oppose &#224; la soci&#233;t&#233; en montgolfi&#232;re, A. Lipietz montre &#224; partir du cas fran&#231;ais, &#224; quel point, des cat&#233;gories sociales, &#233;conomiques et professionnelles, de plus en plus nombreuses de la population, les femmes en particulier, sont irr&#233;vocablement aspir&#233;es vers le bas du sablier, entra&#238;n&#233;es dans un processus impitoyable d'exclusion ou de pr&#233;carisation qu'il n'h&#233;site pas &#224; qualifier de &#034;br&#233;silianisation&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; laisse en dehors ceux qui n'ont pas d'argent pour consommer. Le march&#233; ignore aussi les besoins humains qui ne peuvent &#234;tre achet&#233;s : affection, participation, dignit&#233;, identit&#233;. Le syst&#232;me &#233;conomique actuel d&#233;truit la &#034;communaut&#233;&#034;. C'est le message transmis par des gens comme David Korten, Ross Dobson, Helena Norberg-Hodge, Ted Trainer, Susan Hunt, Serge Latouche, John Cobb, Herman Daly et d'autres encore. E.F. Schumacher et Yvan Illich peuvent compter parmi leurs r&#233;f&#233;rences assez proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.5. Le cas de l'ing&#233;nierie g&#233;n&#233;tique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a sans doute pas de meilleure illustration du danger effrayant de l'&#233;conomie n&#233;olib&#233;rale que le d&#233;veloppement de la biotechnologie. Le contr&#244;le exerc&#233; sur les formes de la vie et sur l'information g&#233;n&#233;tique &#224; travers les droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle (droits de propri&#233;t&#233; sur les organismes vivants aux fins d'exploitation et de r&#233;plication poursuivies pour accro&#238;tre le gain &#233;conomique) permet &#224; quelques soci&#233;t&#233;s multinationales d'exercer une sorte d'imp&#233;rialisme faisant penser au mouvement des &#034;enclosures&#034; de l'histoire anglaise (Kneen). Maintenant, cependant, ce n'est pas seulement la terre qui est cl&#244;tur&#233;e et privatis&#233;e, mais la vie elle-m&#234;me. Si l'on n'y prend garde, celle-ci risque m&#234;me d'&#234;tre marchandis&#233;e, puis clon&#233;e. Partageant avec les &#233;conomistes une vue du progr&#232;s lin&#233;aire, mat&#233;rialiste, d&#233;terministe, les biotechnologues ne voient aucune limite &#224; ce qui peut &#234;tre am&#233;lior&#233;, ni comment. La croissance est le fondement de ce qui est jug&#233; progr&#232;s. &#034;Accepter la r&#233;alit&#233; des limites physiques ou &#233;thiques, implique qu'il faudrait accepter le besoin de limiter la convoitise et l'accaparement au b&#233;n&#233;fice de la mod&#233;ration et de la justice &#233;conomiques&#034;. Ainsi s'exprime en termes forts, quoique mesur&#233;s, l'ancien expert de la Banque Mondiale, David Korten, dans son r&#233;cent ouvrage best-seller d&#233;j&#224; cit&#233; &#034;&lt;i&gt;When Corporations Rule the World&lt;/i&gt;&#034;. Des semences de culture aux b&#233;b&#233;s-&#233;prouvettes, la biotechnologie promeut, non une culture de la vie, mais une culture utilitaire du commerce et du profit ainsi qu'une domination sur la nature et sur les processus de vie. Le danger tragique d'une industrie de la vie est qu'elle ne conna&#238;t pas de limites. Elle cherche une prolongation construite de la vie, en bref, une mani&#232;re d'immortalit&#233;. Le contr&#244;le total de la vie exclut le sens de la limitation. &#034;Cependant, accepter ses propres limites et en endosser la responsabilit&#233; voil&#224;, la condition de sa propre fertilit&#233;&#034; disait un participant &#224; l'atelier. La m&#234;me optique vaut pour la mort, cette limite ultime de tous les humains. Notre destin n'est pas de conqu&#233;rir la mort mais de l'assumer et d'accepter qu'elle est une part de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ing&#233;nierie g&#233;n&#233;tique pratiqu&#233;e par les multinationales est bas&#233;e sur une violation d&#233;lib&#233;r&#233;e des fronti&#232;res de l'esp&#232;ce et de l'int&#233;grit&#233; de la vie organique : la vie n'y est plus quelque chose &#224; laquelle les march&#233;s ont &#224; s'accommoder eux-m&#234;mes. La vie est simplement vue comme un produit qui serait meilleur si elle &#233;tait d&#233;lib&#233;r&#233;ment format&#233;e pour r&#233;pondre aux exigences du march&#233; ! Le pr&#233;sident de la Monsanto a r&#233;affirm&#233; &#224; ses actionnaires troubl&#233;s par les mises en garde &#233;thiques adress&#233;es &#224; la biotechnologie industrielle : &#034;il n'est pas question de diminuer notre pression pour h&#226;ter le plein succ&#232;s de nouveaux produits &#224; commercialiser&#034;. Toute limite &#224; la libert&#233; de sa firme est accus&#233;e de la conduire, ainsi que la Nation toute enti&#232;re, &#224; &#234;tre &#034;non comp&#233;titives&#034;. Pourtant le scepticisme du public au sujet des m&#233;rites et de la s&#233;curit&#233; de la biotechnologie est fond&#233;. Qu'on ne se laisse par leurrer par une certaine litt&#233;rature ! Une bonne part de ce que les grandes soci&#233;t&#233;s pr&#233;sentent comme preuves de leur assertions et qui se donne &#224; lire dans les revues scientifiques est d&#251;e &#224; la plume servile ou, &#224; tout le moins, int&#233;ress&#233;e de scientifiques d&#251;ment stipendi&#233;s ou en recherche de carri&#232;re (Kneen).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En biotechnologie comme dans d'autres domaines, les droits et libert&#233;s des soci&#233;t&#233;s anonymes ont priorit&#233; sur ceux des individus. David Korten a coll&#233; &#224; cette tendance exorbitante l'&#233;tiquette de &#034;&lt;i&gt;corporate libertarianism&lt;/i&gt;&#034; (&#034;libertarianisme&#034; de firme). La pratique de la science comme activit&#233; industrielle et la capture par les soci&#233;t&#233;s transnationales du savoir scientifique-lequel appartient au domaine public-est malheureusement typique du processus &#224; l'&#339;uvre dans les &#233;conomies industrielles du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#244;les sont renvers&#233;s. D'institution jouissant du droit de fonctionner aussi longtemps qu'elle sert les int&#233;r&#234;ts du public, la soci&#233;t&#233; anonyme est entrain de se transformer en institution qui permet &#224; l'Etat de fonctionner... aussi longtemps qu'il sert les buts de la firme. Comme David Korten le note : &#034;La l&#233;gislation concernant la soci&#233;t&#233; anonyme est une invention cr&#233;&#233;e pour mobiliser les ressources financi&#232;res priv&#233;es au service d'un but public. H&#233;las, elle permet aujourd'hui &#224; un ou plusieurs individus de drainer des ressources massives, &#233;conomiques et politiques, en faveur d'objectifs priv&#233;s et de se d&#233;barrasser de leurs responsabilit&#233;s quant aux cons&#233;quences sociales de leurs agissements&#034;. Jusqu'au milieu du si&#232;cle dernier, le pouvoir de conf&#233;rer aux soci&#233;t&#233;s la personnalit&#233; juridique appartenait &#224; l'Etat. Aux EU, les actionnaires de la soci&#233;t&#233; anonyme &#233;taient tenus personnellement responsables pour toutes les dettes encourues par la soci&#233;t&#233;. Les grands et petits investisseurs avaient des droits de vote &#233;gaux. La guerre civile am&#233;ricaine (1861-65) a marqu&#233; un changement dans les relations de pouvoir et dans le statut des soci&#233;t&#233;s anonymes. &#034;Graduellement (...), les grosses soci&#233;t&#233;s ont acquis un contr&#244;le suffisant sur les corps l&#233;gislatifs cl&#233;s de l'Etat pour r&#233;&#233;crire virtuellement les lois gouvernant leur propre cr&#233;ation (...). En 1986 (...), la Cour Supr&#234;me d&#233;cr&#233;ta dans l'affaire opposant le comt&#233; de Santa Clara &#224; la Southern Pacific Rail Road, qu'une compagnie priv&#233;e est une personne naturelle selon la constitution des E.U. (...). Donc, la soci&#233;t&#233; anonyme r&#233;clame finalement tous les pleins droits dont jouissent les citoyens individuels, tandis qu'elle est exempt&#233;e des nombreuses responsabilit&#233;s et obligations li&#233;es &#224; la citoyennet&#233;&#034; (Korten pp. 56-59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. LES PROGRAMMES DE DEVELOPPEMENT HORS-CULTURE SONT DESTRUCTIFS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.1. Le pi&#232;ge ethnocentrique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les participants au pr&#233;sent Projet de Recherche soulignent l'inad&#233;quation de la th&#233;orie et des programmes de d&#233;veloppement r&#233;sultant du r&#233;ductionnisme &#233;conomiste dont il a &#233;t&#233; question ci-avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux &#233;conomistes et experts en d&#233;veloppement sont imbus du paradigme m&#233;caniciste selon lequel des &#034;lois&#034; (relations de causes-&#224;-effets) peuvent &#234;tre induites de l'observation de la vie sociale. Les mod&#232;les math&#233;matiques sont suppos&#233;s justifier la pr&#233;tention que l'&#233;conomie est une discipline scientifique, universellement valable. Ceci explique pourquoi la pens&#233;e et la pratique du d&#233;veloppement ont donn&#233; tant de cr&#233;dit aux &#233;conomistes comme experts du d&#233;veloppement. Cependant, beaucoup de pr&#233;suppositions &#224; la base de l'&#233;conomie sont impr&#233;gn&#233;es parune culture particuli&#232;re, &#224; savoir, la culture occidentale moderne. L'&#233;conomie, comme la sociologie, souffre d'un ethnocentrismeprofond&#233;mentancr&#233;, quoique souvent inconscient. Les choses ne sont-elles pas in&#233;vitablement erron&#233;es quand la formulation et la planification de projets s'inscrivent dans le cadre d'une approche &#233;troite et simpliste d'un &#034;&lt;i&gt;homo &#339;conomicus&lt;/i&gt;&#034;, ainsi qu'on appelle cet homme soi-disant universel, d&#233;fini comme personne qui se livre, avant d'entreprendre, &#224; des calculs de quantification co&#251;ts-b&#233;n&#233;fices ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction de la motivation humaine &#224; l'utilitarisme est illusoire. L'exp&#233;rience tr&#232;s m&#233;diocre du d&#233;veloppement autant que le nouveau paradigme holistique introduit par les sciences &#034;dures&#034; d'aujourd'hui, sugg&#232;rent qu'il est plus r&#233;aliste de reconna&#238;tre la complexit&#233; du social. La r&#233;duction de l'homme et de la soci&#233;t&#233; &#224; un ensemble de &#034;lois&#034; et de m&#233;canismes pr&#233;visibles constitue une profonde erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nombreux &#233;checs de la planification du d&#233;veloppement, particuli&#232;rement dans la sph&#232;re de l'&#233;conomie, aussi bien que les souffrances humaines inflig&#233;es aux communaut&#233;s locales au nom du d&#233;veloppement, sont d&#251;s &#224; une approche des sciences sociales empoisonn&#233;e par le paradigme r&#233;ductionniste, m&#233;caniste, d&#233;terministe et par le pr&#233;jug&#233; bureaucratique occidental. Ce pr&#233;jug&#233; tire son origine d'un &#233;volutionnisme social lin&#233;aire particuli&#232;rement &#233;troit et qui pr&#233;sente le Nord comme le &#034;mod&#232;le&#034;. Comme si le pass&#233; du Nord &#233;tait le futur du Sud ! Un nouveau paradigme et de nouvelles approches sont requis. L'expertise des &#233;conomistes est certainement n&#233;cessaire, mais le paradigme &#233;conomiste qui &#233;taye la th&#233;orie &#233;conomique dominante d'aujourd'hui appelle une mise en cause radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.2. Les promesses non tenues du d&#233;veloppementalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction des peuples et de la nature des Tiers-Mondes &#224; leur potentiel &#233;conomique, la r&#233;duction des aspirations mat&#233;rielles et m&#233;ta-mat&#233;rielles aux besoins quantifi&#233;s d&#233;finis par les experts dans les bureaux des capitales locales et &#233;trang&#232;res, conduisent au mal-d&#233;veloppement. Pire, &#224; l'obsession du &#034;d&#233;veloppementalisme&#034; (Akpokavie). Les participants le d&#233;finissent comme une logique perverse de la croissance, du productivisme, de l'individualisme, de l'accumulation, de la maximisation du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques rurales impos&#233;es aux paysans ghan&#233;ens sont caract&#233;ris&#233;es par l'introduction de technologies cr&#233;atrices de d&#233;pendance, par des politiques de cr&#233;dit irr&#233;alistes et par la sp&#233;cialisation culturale. Notre chercheur ghan&#233;en critique s&#233;v&#232;rement la pr&#233;tention des experts de transformer la paysannerie-cens&#233;e arri&#233;r&#233;e-en agro-entrepreneurs mercantiles capables de dominer leur environnement et non seulement de s'y adapter. Ils visent la rupture de leur &#034;&#233;conomie affective&#034;, si bien analys&#233;e par G. Hyden, celui-ci d&#233;crivant comment les paysans africains valorisent les relations humaines autant que le profit. Un contraste aigu existe entre le &#034;d&#233;veloppement de la logique dominante&#034; et les &#034;strat&#233;gies paysannes de d&#233;veloppement&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne ghan&#233;enne est le lieu des espoirs bris&#233;s et des promesses non tenues de l'eldorado du d&#233;veloppement. Nombreux sont ceux qui ont rejet&#233; la responsabilit&#233; de ces &#233;checs sur la paysannerie. Pourtant, les paysans ont rarement con&#231;u ces programmes de d&#233;veloppement. On consid&#232;re comme allant de soi que le mod&#232;le de d&#233;veloppement &#233;conomiste, et la culture le fondant, est celui qui convient le mieux &#224; la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les politiques coloniale et post-coloniale sont souvent responsables de l'imposition d'un type de d&#233;veloppement d&#233;sench&#226;ss&#233;. Les strat&#233;gies de d&#233;veloppement subvertissent les modes de production des paysans en essayant de transformer ceux-ci en producteurs de cultures de rente pour l'exportation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fermes d'&#233;tat, les projets de d&#233;veloppement, les plans de remembrement et de colonisation rurale, toutes ces nouveaut&#233;s sophistiqu&#233;es reviennent &#224; une m&#234;me caract&#233;ristique : l'aspect de production &#233;conomique orient&#233;e vers le profit est dissoci&#233; des aspects sociaux et culturels. Les paysans &#233;taient, et sont encore, soit transform&#233;s en producteurs de biens, soit ignor&#233;s ou marginalis&#233;s. On ne cherche pas &#224; promouvoir un mod&#232;le paysan local d'agriculture mais &#224; assurer la modernisation agraire &#224; travers le d&#233;veloppement agricole intensif en restructurant l'articulation entre agriculture et industrie, la premi&#232;re &#233;tant soumise &#224; la seconde gr&#226;ce &#224; l'imposition de rapports sociaux de production compatibles avec le productivisme technocratique de haut rendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.3. Sujets, non objets, de d&#233;veloppement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse conduit &#224; une nouvelle explication de la pauvret&#233; mat&#233;rielle endur&#233;e dans la plus grande partie du continent africain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pauvret&#233; mat&#233;rielle est le r&#233;sultat d'un conflit aigu entre les experts (aujourd'hui tant africains qu'occidentaux) affirmant &#034;Vous-pouvez-&#234;tre-comme-nous&#034; et le besoin profond d'identit&#233;, d'autonomie, de dignit&#233; et d'humanit&#233;. Les gens veulent &#234;tre acteurs : sujets non objets de d&#233;veloppement. Plut&#244;t que d'essayer de re-coloniser l'Afrique - ce qui signifierait la r&#233;imposition des recettes rat&#233;es du pass&#233; - l'Afrique profonde devrait devenir assez libre pour trouver sa propre voie, et se d&#233;gager enfin des philosophies et syst&#232;mes de valeur eurocentriques (Carmen).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.4. Les cultures mutil&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques de d&#233;veloppement n&#233;ocolonial conduisent &#224; des &#034;cultures mutil&#233;es&#034; (De Boeck) et parfois &#224; des soci&#233;t&#233;s agonisantes &#034;dans lesquelles la production et la reproduction de la m&#233;moire sociale et d'un habitus charg&#233; de sens sont mises en danger&#034;. Les membres de ces communaut&#233;s sont sous menace constante de d&#233;possession, de d&#233;sappropriation, de dislocation d'elles-m&#234;mes. Ce proc&#232;s peut n'&#234;tre pas partout aussi tragiquement avanc&#233;. Pourtant le dommage culturel est partout visible. Pour reprendre un constat de la Banque Mondiale, il y a eu, et il y a encore, une d&#233;connexion entre institutions import&#233;es et approches &#233;conomiques d'une part, institutions autochtones et approches locales d'autre part (Atomate).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capacit&#233; de s&#233;lection des influences ext&#233;rieures et le libre choix entre les &#233;l&#233;ments du mode de vie actuel qui doivent &#234;tre conserv&#233;s et ceux qui peuvent &#234;tre abandonn&#233;s - capacit&#233; de choix qui est une des fonctions les plus vitales de toute culture - a &#233;t&#233; s&#233;rieusement anesth&#233;si&#233;e par la colonisation mentale et par le d&#233;veloppement mim&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. LA REACTION DES &#034;GENS D'EN BAS&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.1. La globalisation : une &#233;p&#233;e &#224; double tranchant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus d'internationalisation du capital est &#224; l'&#339;uvre depuis longtemps mais il conna&#238;t &#224; pr&#233;sent une acc&#233;l&#233;ration sans pr&#233;c&#233;dent et agit comme moteur de la globalisation actuelle. Cette internationalisation du capital se combine avec un formidable r&#233;tr&#233;cissement de l'espace et du temps, lesquels, &#224; leur tour, engendrent un important changement de mentalit&#233;s. Les deux sont renforc&#233;s id&#233;ologiquement par un &#233;conomisme tr&#232;s vigoureusement n&#233;olib&#233;ral conjugu&#233; &#224; un ethnocentrisme arrogant et &#224; une repr&#233;sentation de la &#034;Fin de l'Histoire&#034; anti-d&#233;mocratique. Bref, on assiste &#224; l'essor d'une id&#233;ologie selon laquelle l'humanit&#233; aurait, depuis la chute du mur de Berlin, atteint la maturit&#233; et la paix gr&#226;ce &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de la rationalit&#233; en &#233;conomie (capitalisme) comme en politique (d&#233;mocratie) (voir point 8.1.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La globalisation en tant que telle n'est cependant pas enti&#232;rement n&#233;gative, loin s'en faut. Elle est une &#233;p&#233;e &#224; double tranchant. &#034;La globalisation, dit un participant, cr&#233;e des &#233;v&#233;nements dynamisants au niveau local et permet de donner &#224; ces &#233;v&#233;nements un retentissement au niveau global&#034;. Ainsi le local peut influencer le global tandis que le global p&#233;n&#232;tre le local. S'il y a une h&#233;g&#233;monie de la globalisation, celle-ci permet simultan&#233;ment de d&#233;velopper, pour parler en termes gramsciens, une contre-h&#233;g&#233;monie ! Des &#034;niches&#034; locales peuvent devenir des &#034;crevasses&#034; dans le syst&#232;me. La globalisation inclut des ph&#233;nom&#232;nes d'&#233;mergence de facteurs potentiellement positifs tels que : conscience plan&#233;taire, citoyennet&#233; mondiale, communication globale, acc&#233;l&#233;ration de l'information et du contact, sensibilit&#233; globale aux droits humains, acc&#232;s (pour qui ?) &#224; la technologie utile (Internet ?) dans un village global internationalis&#233;, solidarit&#233; accrue, potentiellement au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement, la globalisation pr&#233;sente de nombreux aspects n&#233;gatifs. Elle est li&#233;e &#224; l'in&#233;galit&#233; croissante et au d&#233;veloppement national &#224; deux vitesses, au colonialisme organis&#233; des multinationales, &#224; l'homog&#233;n&#233;isation culturelle (occiden-talisation), &#224; la marchandisation de tous les aspects de la vie et &#224; la financiarisation, &#224; l'imposition d'une &#233;pist&#233;mologie r&#233;ductionniste en sciences humaines ainsi qu'&#224; une criminalisation croissante &#224; travers les activit&#233;s de type mafieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.2. Acceptation, r&#233;action, r&#233;sistance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La globalisation chemine &#224; travers une dialectique du global et du local, par laquelle l'un influence l'autre, et vice-versa. Ce monde globalis&#233; qui est le n&#244;tre, produit aussi des particularismes. On observe donc toutes sortes de pratiques allant de la participation enthousiaste &#224; l'&#233;conomie mondiale &#224; des formes vari&#233;es de r&#233;action ou de r&#233;sistance en passant par la &#034;R&#233;invention du capitalisme&#034; (selon le titre d'un ouvrage dirig&#233; par J-F. Bayart, Karthala 1995). On constate ainsi un peu partout, des m&#233;tissages entre des cultures particuli&#232;res et un capitalisme unifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des participants ont exprim&#233; leur malaise &#224; l'&#233;gard de l'usage de la formule &#034;r&#233;sistance &#224; la globalisation&#034; parce que ce terme implique une r&#233;ponse purement r&#233;active et hostile &#224; une chose per&#231;ue, erron&#233;ment, comme monstrueuse et monolithique. Ils d&#233;fendent l'id&#233;e qu'il est impossible d'identifier un &#034;ennemi&#034; av&#233;r&#233;. Une autre formulation, plus positive, serait l'&#034;adaptation cr&#233;ative&#034;. Cela sonne moins &#034;militariste&#034; que le mot &#034;r&#233;sistance&#034;. D'autres insistaient au contraire sur l'importance de la r&#233;sistance &#224; ce que la globalisation peut avoir de destructeur et mettaient l'accent sur le c&#244;t&#233; cr&#233;atif, innovateur, de certaines formes de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;ventail des modes de r&#233;action &#224; la globalisation, on constate aussi, outre l'attraction pure et simple et l'opposition radicale, l'adaptation, la collaboration critique, l'effervescence st&#233;rile, la n&#233;gociation, le m&#233;lange de vieux et de nouveaux compromis, la r&#233;invention cr&#233;ative ! Les populations veulent la modernit&#233;, mais, dans leurs propres termes. Certains agissent contre certains aspects du capitalisme, mais l'affectionnent en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'apparence du contraire, nous pensons, avec Immanuel Wallerstein, que le syst&#232;me capitaliste, n&#233;olib&#233;ral, globalisant, est en train de s'affaiblir. Il perd sa l&#233;gitimit&#233; en montrant son inaptitude &#224; satisfaire les besoins essentiels de masses croissantes de gens frustr&#233;s qui sont exclus ou n'entrevoit aucune chance d'am&#233;lioration de leurs conditions de vie. R&#233;agir ou m&#234;me r&#233;sister au capitalisme n'est donc pas seulement un choix id&#233;ologique. Pour beaucoup, c'est une question de lutte pour la vie contre la mort, de combat pour l'humanit&#233; contre l'exclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.3. Conscience globale et changement individuel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience humaine est-elle entrain d'&#233;voluer ? Certains esp&#232;rent qu'une des cons&#233;quences positives de la globalisation en cours, soit le lent av&#232;nement d'une nouvelle conscience globale, un bond en avant de l'esp&#232;ce humaine. Peut-&#234;tre sommes-nous en train d'&#233;voluer lentement de l'actuel syndrome de Ca&#239;n, typique d'une &#233;conomie- &#034;je gagne-tu perds&#034; (&#034;&lt;i&gt;win&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;loose economy&lt;/i&gt;&#034;), &#224; un type d'&#233;conomie &#034; je gagne-tu gagnes&#034; (&#034;&lt;i&gt;win-win economy&lt;/i&gt;&#034;) qui ne sombrerait pas dans la comp&#233;titivit&#233; et qui respecterait et la nature et les cultures (voir point 8.2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel changement, disent souvent ceux qui se prononcent ainsi, se pr&#233;pare au niveau individuel. L'intuition de Gandhi &#224; propos d'un lien myst&#233;rieux entre d'un c&#244;t&#233;, le changement social et politique, et de l'autre, une transformation personnelle, interpelle beaucoup de monde aujourd'hui. Pour le mahatma il ne pouvait y avoir d'am&#233;lioration sociale sans am&#233;lioration personnelle. La sociologie classique objecterait &#224; cela que tout individu vient d'un moule social et refl&#232;te simplement des logiques et des structures sociales. Ce qui impliquerait la n&#233;cessit&#233; de se concentrer seulement sur le changement au niveau collectif. Cependant, un nouveau paradigme holiste et humaniste est en train d'&#233;merger qui consid&#232;re le changement individuel comme une condition n&#233;cessaire ou comme une composante du changement collectif. K. Marx lui-m&#234;me notait que le libre d&#233;veloppement de soi est la condition d'un libre d&#233;veloppement pour tous. Pour lui, c'&#233;tait &#233;videmment de libert&#233; sociale dont il &#233;tait question surtout et non d'abord de libert&#233; individuelle. Mais pour acc&#233;der &#224; cette soci&#233;t&#233; libre, il mettait l'accent sur le besoin de lib&#233;ration personnelle de l'id&#233;ologie ali&#233;nante et des structures d'exploitation &#233;conomique. Ses successeurs peuvent avoir trahi cette d&#233;claration humaniste, mais elle se trouve encore dans le Manifeste Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tradition biblique, surtout dans le livre du proph&#232;te Isa&#239;e, insiste, elle aussi, sur l'interrelation entre la personne individuelle, vue comme microcosme, et le monde en g&#233;n&#233;ral. Mon int&#233;grit&#233; est li&#233;e &#224; l'int&#233;grit&#233; du monde. L'&#234;tre humain est appel&#233; &#224; garantir, comme co-cr&#233;ateur avec Dieu, l'int&#233;grit&#233; du monde et la justice des soci&#233;t&#233;s humaines. Notre action sociale et politique est de ce fait une t&#226;che sacr&#233;e, et il est donc &#233;vident qu'une telle mission ne peut &#234;tre exerc&#233;e n'importe comment. L'action sociale et l'engagement politique sont des t&#226;ches d'une telle importance qu'elles requi&#232;rent une profondeur spirituelle et un asc&#233;tisme personnel, c'est-&#224;-dire une auto-transformation et un &#233;veil constants. Bouddhistes, Musulmans, Hindous et Chr&#233;tiens s'accordent sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de mettre l'accent sur la simultan&#233;it&#233; de l'action sociale et du changement personnel. C'est souvent dans le processus m&#234;me de l'engagement social que ce changement arrive. Le changement n'est ni &#034;individuel&#034;, ni &#034;collectif&#034; : il est les deux &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.4. Les pauvres sont-ils rationnels ou raisonnables ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines personnes adh&#232;rent &#224; l'id&#233;ologie &#233;conomiste comp&#233;titive, soit avec enthousiasme, comme les &#034;nouveaux Russes&#034;, soit parce qu'ils ne voient pas d'alternative. D'autres recourent &#224; toutes sortes de moyens pour compenser les effets nuisibles de celle-ci. Leur r&#233;action ou leur r&#233;sistance sont tant&#244;t conscientes et organis&#233;es, tant&#244;t relativement inconscientes et spontan&#233;es, manquant alors d'organisation et de planification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s sont des organismes vivants qui ne se pr&#234;tent gu&#232;re &#224; la planification volontariste des experts. Elles ne se laissent pas totalement envahir et broyer par le d&#233;veloppement. Pour que les institutions et la technologie modernes, pour que les m&#233;canismes du march&#233; moderne fonctionnent bien, un syst&#232;me sous-jacent de croyances modernes est n&#233;cessaire. Or, en Alg&#233;rie et au Maroc, comme dans beaucoup d'autres parties du Tiers-Monde, ces croyances sont absentes de nombreuses communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de ce qui pr&#233;c&#232;de que les pratiques des populations sont ambigu&#235;s. Les populations qui n'adh&#232;rent pas totalement &#224; la logique &#233;conomiciste recourent &#224; des syst&#232;mes syncr&#233;tiques (Keulder), &#224; des recompositions mosa&#239;ques, hybrides (Zaoual). La rationalit&#233; &#233;conomique fusionne avec d'autres fa&#231;ons d'&#234;tre &#034;raisonnable&#034; (Latouche) et produit des syst&#232;mes complexes. Les syst&#232;mes locaux luttent donc contre l'entropie &#224; laquelle un syst&#232;me uniforme conduirait, en particulier s'il n'&#233;tait accompagn&#233; d'aucune am&#233;lioration r&#233;elle des niveaux de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.5. Logiques de d&#233;veloppement holiste et durable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique de l'Ouest, les paysans d&#233;ploient des strat&#233;gies de d&#233;veloppement qui d&#233;jouent les logiques de d&#233;veloppement impos&#233;es par les experts de l'Etat et/ou de l'agro-business (voir point 3.2 ci-dessus). Beaucoup recourent &#224; une option qui consiste &#224; se soustraire du syst&#232;me (&#034;exit-option&#034;). Une telle attitude de retrait et d'&#233;vitement proc&#232;de d'une habitude s&#233;culaire de libres all&#233;es et venues, de lieu en lieu. La flexibilit&#233; leur est usuelle. Ils cherchent ainsi des solutions qui ne se polarisent pas exclusivement sur l'accumulation, la productivit&#233;, l'individualisme, la maximisation du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que les paysanneries africaines se contentent toujours d'une simple subsistance et d'un niveau minimum de revenus. Ce qui leur importe, c'est d'&#233;viter de mettre tous leurs &#339;ufs dans le m&#234;me panier. Ils diversifient autant que possible et ce, &#224; tous les niveaux. La diversification appara&#238;t m&#234;me comme un v&#233;ritable mode de vie, au coeur de leur strat&#233;gie de r&#233;action/r&#233;sistance (Akpokavie). Prenons quelques exemples : les paysans pratiquent les cultures mixtes intercalaires, lesquelles, contrairement &#224; la sp&#233;cialisation monoculturale, conduisent &#224; un volume global accru de r&#233;coltes diversifi&#233;es tant pour des raisons agronomiques et &#233;conomiques que pour des fins rituelles et autres. La migration saisonni&#232;re ou m&#234;me &#224; long terme, telle que celle pratiqu&#233;e par les travailleurs agricoles de la ceinture de cacao, est tr&#232;s r&#233;pandue &#233;galement parmi les agriculteurs qui cultivent leurs propres champs pendant d'autres p&#233;riodes de l'ann&#233;e. La plupart des paysans exercent diff&#233;rents m&#233;tiers et commerces en m&#234;me temps qu'ils s'adonnent &#224; l'agriculture vivri&#232;re ou de rente. Les paysans sont polyvalents. Ils &#233;vitent le calcul &#233;conomique &#233;troit en investissant dans les relations sociales aussi bien que dans la production. Les groupes d'&#226;ge, la parent&#233;, les soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes, le mariage, toutes sortes d'organisations &#034;communautaires&#034; sont ainsi sollicit&#233;s pour &#233;largir les opportunit&#233;s et r&#233;duire les risques dus &#224; la sp&#233;cialisation recommand&#233;e par l'agriculture technocratique et m&#233;canis&#233;e, ax&#233;e sur des cultures de rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les festivit&#233;s prennent une part importante de leur vie. Ces festivit&#233;s ne sont pas du gaspillage mais des investissements raisonnables en termes de relations sociales qui peuvent s'av&#233;rer utiles dans l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que la r&#233;action paysanne est fond&#233;e sur une logique &#224; long terme de d&#233;veloppement holiste, durable et diversifi&#233;, les tactiques &#224; court terme des paysans sont impr&#233;visibles. Elles sont simplement des ajustements aux situations locales ou aux affaires courantes. Leur comportement tactique peut donc appara&#238;tre aux observateurs ext&#233;rieurs contradictoires avec leur logique &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats et les donateurs ont essay&#233; de capturer la paysannerie dans des projets centralis&#233;s ou dans une agriculture modernis&#233;e qui, de paysans diversifi&#233;s, les transformeraient en fermiers sp&#233;cialis&#233;s. De nombreux projets de d&#233;veloppement &#233;tudi&#233;s par un participant, visaient &#224; atteindre cet objectif. Il rapporte que, si l'Etat r&#233;ussit vraiment &#224; transformer la paysannerie dans certaines situations, dans l'&#233;crasante majorit&#233; des cas, l'imposition de la modernisation agraire (soit par projets, soit par politiques sectorielles) a conduit &#224; diff&#233;rentes formes de r&#233;sistance paysanne, for&#231;ant parfois le &#034;d&#233;veloppeur&#034; &#224; modifier son projet ou sa politique de modernisation en cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.6. Des r&#233;actions et des r&#233;sistances &#224; facettes multiples&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier type de r&#233;action ou de r&#233;sistance est donc le retrait, par exemple en recourant au march&#233; informel ou &#224; l'&#233;change direct de vivres entre villages. Cela peut aussi consister en un phagocytage des institutions d'encadrement et d'exploitation de mani&#232;re &#224; les manipuler au profit d'int&#233;r&#234;ts locaux. &lt;br /&gt;
Un autre type de r&#233;action ou de r&#233;sistance est la d&#233;viation des programmes de d&#233;veloppement de leur but originel pour servir des int&#233;r&#234;ts paysans, par exemple : revente d'intrants qui leur sont vendus &#224; bas pris par l'Etat, d&#233;rivation vers leurs logements du courant &#233;lectrique destin&#233; &#224; des projets &#224; grande &#233;chelle, etc... &lt;br /&gt; Un autre type encore de r&#233;sistance est la neutralisation des politiques de modernisation par le recours &#224; des formes de r&#233;sistance culturellement enracin&#233;es. James Scott les a appel&#233;es &#034;les armes du faible&#034; : absent&#233;isme, non-coop&#233;ration, travail au ralenti, manque de comptabilit&#233; d'engagement financier, de d&#233;vouement (Atomate), d&#233;rision, accidents intentionnels pour d&#233;truire les r&#233;coltes ou les &#233;quipements, etc... &lt;br /&gt;
D&#233;crits par maints experts &#224; l'arrogance n&#233;o-coloniale comme exemples de paresse et d'inefficacit&#233; des paysans, ces tactiques sont des moyens de r&#233;sistance par neutralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que les r&#233;voltes paysannes contre l'Etat sont assez rares. En g&#233;n&#233;ral, elles sont cibl&#233;es (hausse des prix de vente, baisse des taxes, etc...) et ne font pas souvent preuve d'une juste appr&#233;ciation des rapports de force en jeu (Akpokavie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.7. Apprivoiser les diamants et les dollars&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233;s aux &#233;preuves du capitalisme moderne et &#224; l'irrationalit&#233; des soudaines fluctuations de la monnaie, les jeunes urbains za&#239;rois interpr&#232;tent l'&#233;conomie moderne comme &#233;tant li&#233;e &#224; la sorcellerie diabolique : &#034;l'argent vous rend trouble, avec la t&#234;te dans les nuages&#034; !. Les diamants, disent-ils, transforment les gens en voleurs, escrocs et menteurs et m&#232;nent &#224; l'immoralit&#233; et &#224; toutes sortes de pratiques nocturnes horribles (De Boeck). En un sens, acheter et vendre leur appara&#238;t irrationnel, immoral, pervers, puisque cela arr&#234;te la r&#233;ciprocit&#233; et bloque les flux naturels de biens et d'&#233;nergies (M. Mauss) pour faire du profit et maximiser le capital. L'individu qui r&#233;ussit et ne partage pas est un &#034;sorcier&#034; qui trahit les valeurs traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richesse et argent doivent &#234;tre chass&#233;s, traqu&#233;s, pi&#233;g&#233;s et apprivois&#233;s comme du gibier. En effet, la richesse d&#233;rivant du capitalisme se comporte de fa&#231;on impr&#233;visible. Les diamants et les dollars se conduisent comme des animaux sauvages, dangereux, qui exigent d'&#234;tre domestiqu&#233;s avant de pouvoir &#234;tre int&#233;gr&#233;s dans le village ou la cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes, &#224; certains endroits comme la r&#233;gion-fronti&#232;re entre le Za&#239;re et l'Angola, tentent de r&#233;ench&#226;sser le capitalisme et la modernit&#233; par la &#034;capture des diamants&#034; et l'&#034;apprivoisement des dollars&#034;, donc en r&#233;interpr&#232;tant l'Occident, en transformant le capitalisme et en y r&#233;injectant les normes traditionnelles. Capturer la modernit&#233; sans &#234;tre pi&#233;g&#233;e par elle, est un type de r&#233;action bas&#233;e sur sa propre tradition (pass&#233;) et sur sa propre lecture d'une situation f&#226;cheuse (pr&#233;sent). Le global est donc localis&#233;, actualis&#233;, contextualis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, la contrebande et le commerce des diamants n'apparaissent pas comme destructeurs des formes locales de solidarit&#233; et de r&#233;ciprocit&#233;. Au contraire, il existe une forte rationalit&#233; locale, traditionnelle ou n&#233;o-traditionnelle, derri&#232;re ces pratiques. Les diamants et les dollars permettent finalement &#224; ces jeunes de se cr&#233;er une nouvelle identit&#233; pour eux-m&#234;mes en tant que nouveaux &#034;chasseurs de gibier&#034;. Ils gagnent en auto-r&#233;alisation et en statut social. Ils trouvent leur &#233;quilibre entre la pouss&#233;e de l'&#034;&#233;conomie affective&#034; et l'attraction de l'&#034;&#233;conomie capitaliste&#034;. Les auteurs soutiennent cependant que l'apprivoisement des diamants et des dollars n'est pas tant li&#233; &#224; une r&#233;sistance &#224; la modernit&#233; (diluer les effets destructeurs de l'&#233;conomie d'&#233;change), qu'&#224; une fa&#231;on de s'approprier et de transformer la modernit&#233; par la projection d'une moralit&#233; locale sur la sc&#232;ne globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.8. Prol&#233;tariat organis&#233; ou r&#233;sistance informelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il des r&#233;actions et r&#233;sistances &#224; la logique n&#233;o-lib&#233;rale extr&#234;me en Occident ? Au coeur du capitalisme, la r&#233;action/r&#233;sistance &#224; celui-ci est &#233;videmment mieux connue. L'exclusion et la pauvret&#233; ont conduit &#224; une r&#233;sistance croissante par des partis repr&#233;sentant, ou pr&#233;tendant repr&#233;senter, le prol&#233;tariat. Les actions de lutte men&#233;es par le mouvement ouvrier et ses organisations syndicales s'inspirent de m&#233;thodes telles que manifestations, gr&#232;ves, r&#233;voltes urbaines. Ils comptent parmi les formes reconnues de r&#233;sistance les plus avanc&#233;es et aussi les plus connues. Les mouvements de masse socialistes et d&#233;mocrates-chr&#233;tiens ont profond&#233;ment structur&#233; de nombreuses soci&#233;t&#233;s industrielles en remportant d'importantes victoires sociales contre le capitalisme sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au titre des r&#233;sistances ou r&#233;actions des populations urbaines dans les pays du Sud, il convient de citer le vaste aper&#231;u qu'en offrit la contribution &#233;manant du Chili sans en exclure les formes de lutte semblables &#224; celles du monde ouvrier occidental. Le tableau ci-apr&#232;s pr&#233;sente une vue synth&#233;tique de la structure de l'&#233;conomie populaire (selon Razeto et Calcagni, 1989). Il montre clairement les types vari&#233;s de strat&#233;gies pratiqu&#233;es par les &#034;pobladores&#034;, les habitants des quartiers exclus, en l'occurrence &#224; Santiago du Chili, dans le champ de l'&#233;conomie. Certaines d'entres elles traduisent en fait une forme de r&#233;action voire m&#234;me de r&#233;sistance &#224; la globalisation et trouvent leur place dans le pr&#233;sent chapitre. D'autres seront trait&#233;es dans les chapitres suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.9. Identifier de nouveaux opposants, autres que l'Etat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'impact des PAS et des politiques n&#233;o-lib&#233;rales, les Etats sont devenus de moins en moins capables d'imposer leurs politiques et de &#034;capturer&#034; leurs paysanneries. Dans le vide qui en r&#233;sulte, toutes sortes de nouveaux acteurs interviennent. Les mouvements sociaux doivent apprendre &#224; lutter contre de nouveaux opposants, autres que l'Etat. R&#233;inventer la notion de lutte sociale est &#224; n'en pas douter l'un des d&#233;fis majeurs et urgents de notre temps. Sans doute, la logique dominante et son paradigme fondateur (voir chap. 8) exigent-ils une remise en cause radicale, un simple changement des politiques d'Etat ne pouvant apporter les solutions requises.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.networkcultures.net/index_f.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;seau Culture&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; - Septembre 1997&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Pour plus d'informations, contacter : &lt;br /&gt;
R&#233;seau Culture&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
174, rue Joseph II - 1000 Bruxelles&lt;br /&gt;
T&#233;l : +32 (0) 2 230 46 37 - Fax : +32 (0) 2 231 14 13&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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