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		<title>Quitter le trampoline de la criseJean-Marie Harribey</title>
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		<dc:date>2012-07-01T22:51:55Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Marie Harribey, Les &#201;conomistes Atterr&#233;s *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La crise n'en finit pas de rebondir. Toujours plus haut, plus grave et plus loin. La Gr&#232;ce, l'Irlande, le Portugal, depuis deux ans. L'Espagne maintenant. Il y a de quoi s'alarmer mais pas de s'&#233;tonner. Les politiques n&#233;olib&#233;rales &#8211; qui ont provoqu&#233; la crise, rappelons-le &#8211; font tout pour la prolonger : l'aust&#233;rit&#233; enfonce les &#233;conomies dans la r&#233;cession, laquelle aggrave les d&#233;ficits, obligeant les &#201;tats &#224; toujours emprunter davantage sur les march&#233;s financiers. Aveugles &#224; cet engrenage (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Neoliberalisme" rel="directory"&gt;Capitalisme s&#233;nile&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La crise n'en finit pas de rebondir. Toujours plus haut, plus grave et plus loin. La Gr&#232;ce, l'Irlande, le Portugal, depuis deux ans. L'Espagne maintenant. Il y a de quoi s'alarmer mais pas de s'&#233;tonner. Les politiques n&#233;olib&#233;rales &#8211; qui ont provoqu&#233; la crise, rappelons-le &#8211; font tout pour la prolonger : l'aust&#233;rit&#233; enfonce les &#233;conomies dans la r&#233;cession, laquelle aggrave les d&#233;ficits, obligeant les &#201;tats &#224; toujours emprunter davantage sur les march&#233;s financiers. Aveugles &#224; cet engrenage fatal et sourds aux protestations des peuples pressur&#233;s, les dirigeants europ&#233;ens ont concoct&#233; le Pacte budg&#233;taire et sa &#171; r&#232;gle d'or &#187; pour annihiler toute tentative de r&#233;orientation des politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sanction est l&#224; : pour n'avoir pas voulu s'attaquer aux structures de la finance, ni m&#234;me les encadrer si peu que ce soit, et donc remettre en cause ses propres dogmes inscrits dans les trait&#233;s, l'Union europ&#233;enne et sa zone euro craquent. Depuis deux ans, plus de 400 milliards d'euros ont &#233;t&#233; apport&#233;s aux pays en difficult&#233;, sans autre r&#233;sultat que de les placer plus ou moins sous tutelle : 240 milliards pour la Gr&#232;ce, 85 pour l'Irlande, 78 pour le Portugal. Ces milliards, qualifi&#233;s d'&#171; aides &#187;, n'ont &#233;t&#233; apport&#233;s qu'en contrepartie d'une aust&#233;rit&#233; draconienne et d'une d&#233;r&#233;gulation du march&#233; du travail. De plus, les 130 milliards d&#233;cid&#233;s en mars dernier en faveur de la Gr&#232;ce consistaient &#224; entourer la conversion de 85,8 % de la valeur des obligations de droit grec d&#233;tenues par les banques grecques ou &#233;trang&#232;res contre de nouveaux titres &#224; 50 % de la valeur nominale des anciens qu'elles n'auraient pu, de toute fa&#231;on, n&#233;gocier sur le march&#233; qu'&#224; hauteur de 10 ou 20 %. Et ces nouveaux titres ont &#233;t&#233; &#233;mis sous la loi britannique afin d'&#233;viter qu'un futur gouvernement grec puisse toucher &#224; la dette. Au total, l'aide apport&#233;e fut surtout destin&#233;e aux banques que l'on a tir&#233;es ainsi d'un mauvais pas, beaucoup plus qu'&#224; l'&#201;tat lui-m&#234;me, tandis que le pays plonge dans le chaos &#233;conomique, social et politique. Cerise sur le g&#226;teau : les banques &#233;trang&#232;res ayant des filiales en Gr&#232;ce pourront acc&#233;der &#224; la liquidit&#233; offerte par la Banque centrale europ&#233;enne en cas de retraits de d&#233;p&#244;ts trop importants. On conna&#238;t la g&#233;n&#233;rosit&#233; de cette derni&#232;re qui a d&#233;j&#224; pr&#234;t&#233; au cours des six derniers mois 1000 milliards d'euros aux banques priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est maintenant au tour de l'Espagne d'&#234;tre projet&#233;e sur le trampoline de la crise. Parce que, d'une part, les cons&#233;quences de la sp&#233;culation immobili&#232;re ne sont pas sold&#233;es. La seule banque Bankia d&#233;tiendrait 176 milliards d'actifs toxiques. L'ensemble des banques espagnoles seraient engag&#233;es dans l'immobilier &#224; hauteur de 307 milliards. On sait qu'ailleurs ce n'est gu&#232;re plus brillant : Dexia qui s'&#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;lest&#233;e de 73 milliards d'actifs douteux fin 2011, d&#233;tiendrait encore plus de 100 milliards d'actifs toxiques, h&#233;rit&#233;s de la p&#233;riode o&#249; elle s'&#233;tait lanc&#233;e dans une politique d&#233;lirante de placements sp&#233;culatifs. D'autre part, la crise s'approfondit parce qu'elle n'est pas une addition de crises nationales qui &#233;clateraient par hasard au m&#234;me moment, mais elle est une crise du capitalisme qui met ce syst&#232;me au pied du mur : le mur de l'exploitation de la force de travail car il y a un seuil &#224; ne pas d&#233;passer sous peine de crise sociale et de surproduction &#233;conomique, et le mur infranchissable des ressources naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vont r&#233;soudre les 100 milliards que l'Union europ&#233;enne vient de d&#233;cider d'octroyer &#224; l'Espagne par le biais du Fonds europ&#233;en de stabilit&#233; financi&#232;re (FESF), encore en service avant l'entr&#233;e en sc&#232;ne du M&#233;canisme europ&#233;en de stabilit&#233; (MES) ? (voir &#224; ce sujet notre dernier ouvrage : &#034;L'Europe mal-trait&#233;e&#034;). Ce ne sera pas une aide &#224; l'&#201;tat espagnol, a-t-on entendu, car &#171; il a d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; les r&#233;formes structurelles &#187; attendues pour &#233;viter la mise sous tutelle. Il s'agira d'une aide directe aux banques, sous le couvert du Fonds public espagnol de soutien au secteur bancaire. L'argent public europ&#233;en refinancera donc les banques. Car il faut se souvenir que le FESF, tout comme bient&#244;t le MES, n'a pas un euro d'avance. Il n'a que des garanties apport&#233;es par les &#201;tats qui&#8230; doivent emprunter sur les march&#233;s financiers lorsque la sonnette d'alarme est tir&#233;e. C'est la cons&#233;quence d'avoir une Banque centrale europ&#233;enne qui ne joue ni le r&#244;le de pr&#234;teur en dernier ressort &#224; l'&#233;gard des &#201;tats, ni m&#234;me celui de garant de leurs emprunts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les analyses que les &#201;conomistes atterr&#233;s ont pr&#233;sent&#233;es, en leur nom propre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#201;conomistes atterr&#233;s, Manifeste d'&#233;conomistes atterr&#233;s, Paris, LLL, 2010 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou en collaboration avec d'autres associations, sont malheureusement confirm&#233;es. Sans un changement radical de cap, l'Europe ne peut que s'enfoncer dans la crise. Mais il n'y a pas de fatalit&#233;. Dans quelques jours, les Grecs voteront. D&#233;j&#224;, on sait que le parti Syriza exprime ouvertement et clairement un sentiment populaire : il est possible de refuser l'aust&#233;rit&#233; sans se condamner &#224; sortir de la zone euro. &#192; condition que le soutien ext&#233;rieur soit important. Dans ce cadre-l&#224;, des mobilisations sont en pr&#233;paration, auxquelles les &#201;conomistes atterr&#233;s s'associeront ou qu'ils animeront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ainsi :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'Appel pour sauver le peuple grec de ses sauveurs est toujours en cours de signature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sauvons le peuple grec de ses sauveurs !]. Le collectif national pour un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se r&#233;unira le 23 juin &#224; Paris en rassemblant tous les collectifs locaux pour faire le bilan des actions d&#233;j&#224; men&#233;es et envisager leur suite.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le r&#233;seau &#171; Another road for Europe &#187; se r&#233;unira le 28 juin &#224; Bruxelles.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le r&#233;seau &#171; Euromemo Group &#187; tiendra son colloque annuel &#224; Potznan du 28 au 30 septembre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un &#171; Alter summit &#187; &#224; Florence est en pr&#233;paration pour le mois de novembre dans le cadre de la Joint Social Conference.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, d'autres initiatives sont prises actuellement, auxquelles les &#201;conomistes atterr&#233;s sont attentifs m&#234;me s'ils n'en sont pas partie prenante, comme celle intitul&#233;e &#171; Roosevelt 2012 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, la situation chaotique de l'Europe en g&#233;n&#233;ral et de plusieurs pays en particulier n'est ni le fruit du hasard, ni une fatalit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et quitter le trampoline de la crise sur lequel les politiques n&#233;olib&#233;rales contraignent les peuples est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://atterres.org/article/quitter-le-trampoline-de-la-crise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;conomistes atterr&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, 14 Juin 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#201;conomistes atterr&#233;s, Manifeste d'&#233;conomistes atterr&#233;s, Paris, LLL, 2010 ; 20 ans d'aveuglement, l'Europe au bord du gouffre, Paris, LLL, 2011 ; Changer d'&#233;conomie, Nos propositions pour 2012, Paris, LLL, 2011 ; L'Europe mal-trait&#233;e, Paris, LLL, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editions-lignes.com/sauvons-le-peuple-grec-de-ses.html.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sauvons le peuple grec de ses sauveurs !&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le collectif national pour un audit citoyen de la dette publique [[&lt;a href=&#034;http://www.audit-citoyen.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Retours sur les Assises de l'audit citoyen le 23 juin&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Socialiser la richesse</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Socialiser-la-richesse</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Socialiser-la-richesse</guid>
		<dc:date>2006-02-13T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le gouvernement fran&#231;ais radicalise le programme lib&#233;ral. Apr&#232;s avoir mis en place le plan Borloo de pr&#233;carisation sociale, amput&#233; un peu plus le droit du travail avec le contrat nouvelles embauches tout en instaurant des contr&#244;les et sanctions draconiens contre les ch&#244;meurs, il participe aux ench&#232;res europ&#233;ennes du moins-disant fiscal. En ramenant de sept &#224; cinq le nombre de tranches du bar&#232;me de l'imp&#244;t sur le revenu, en diminuant le taux marginal de 48,09% &#224; 40%, en plafonnant &#224; 60% du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le gouvernement fran&#231;ais radicalise le programme lib&#233;ral. Apr&#232;s avoir mis en place le plan Borloo de pr&#233;carisation sociale, amput&#233; un peu plus le droit du travail avec le contrat nouvelles embauches tout en instaurant des contr&#244;les et sanctions draconiens contre les ch&#244;meurs, il participe aux ench&#232;res europ&#233;ennes du moins-disant fiscal. En ramenant de sept &#224; cinq le nombre de tranches du bar&#232;me de l'imp&#244;t sur le revenu, en diminuant le taux marginal de 48,09% &#224; 40%, en plafonnant &#224; 60% du revenu le montant total des imp&#244;ts directs vers&#233;s par un contribuable, il amplifie le d&#233;tournement de la richesse vers les riches. La suppression de l'abattement forfaitaire de 20% du revenu dont b&#233;n&#233;ficiaient les salari&#233;s avantage relativement les contribuables dont les revenus sont issus de la rentabilit&#233; de leur patrimoine ou bien qui ont actuellement un revenu annuel sup&#233;rieur &#224; 117 900 euros. En r&#233;duisant encore la part de l'imp&#244;t progressif dans l'ensemble des imp&#244;ts, le gouvernement privatise un peu plus la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme est essentiel pour l'id&#233;ologie lib&#233;rale : la d&#233;l&#233;gitimation de l'imp&#244;t accompagne celle de la d&#233;pense publique et des services non marchands pour &#233;tendre la sph&#232;re capitaliste. Sa r&#233;ussite, aux yeux des classes dominantes, se jauge &#224; cette possibilit&#233; d'accumulation suppl&#233;mentaire pour elles et aussi &#224; leur enrichissement par le biais d'un imp&#244;t moins redistributif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment restaurer une l&#233;gitimit&#233; de la socialisation de la richesse ? En s'attaquant &#224; la racine du galimatias lib&#233;ral consid&#233;rant l'activit&#233; publique comme improductive. Les travailleurs employ&#233;s dans les services non marchands produisent d'authentiques valeurs d'usage. Et il faut se d&#233;marquer de l'id&#233;e selon laquelle les imp&#244;ts financent les d&#233;penses publiques, car cette affirmation est trompeuse. Dirait-on que les acheteurs d'automobiles financent la production de celles-ci ? Non, car elle est financ&#233;e par les avances de capital en investissements et salaires, avances dont la croissance sur le plan macro-&#233;conomique est permise par la cr&#233;ation mon&#233;taire. Les achats des consommateurs permettent de transformer en monnaie la valeur marchande ajout&#233;e par le travail et les capitalistes r&#233;alisent une plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collectivit&#233;s publiques effectuent des d&#233;penses : les unes sont de simples achats &#224; des entreprises priv&#233;es (ex. : construction d'une route), les autres correspondent &#224; une production non marchande. S'agissant de celle-ci, les collectivit&#233;s publiques, anticipant non pas des d&#233;bouch&#233;s fructueux comme les entreprises mais des besoins sociaux, investissent, embauchent et l'impulsent alors. Quel r&#244;le joue l'imp&#244;t vis-&#224;-vis de la production non marchande ? Il est le paiement socialis&#233; de l'&#233;ducation, la sant&#233;, la justice... Le contribuable ne &#171; finance &#187; pas plus le fonctionnement de l'&#233;cole ou l'h&#244;pital que l'acheteur d'automobile ne &#171; finance &#187; les cha&#238;nes de montage. Car le financement est pr&#233;alable &#224; la production, que celle-ci soit marchande ou non marchande. Et le paiement, priv&#233; ou socialis&#233;, lui est post&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le paiement de l'imp&#244;t permet - tout comme les achats priv&#233;s des consommateurs - au cycle productif de se reproduire de p&#233;riode en p&#233;riode. Mais il y a deux impens&#233;s dans l'id&#233;ologie lib&#233;rale. Premi&#232;rement, ce sont les travailleurs du secteur capitaliste - et non pas les consommateurs - qui cr&#233;ent la valeur mon&#233;taire dont une partie sera accapar&#233;e par les capitalistes, et ce sont les travailleurs du secteur non marchand - et non pas les contribuables - qui cr&#233;ent la valeur mon&#233;taire quoique non marchande des services non marchands. Deuxi&#232;mement, au sens propre, le financement d&#233;signe l'impulsion mon&#233;taire n&#233;cessaire &#224; la production capitaliste et &#224; la production non marchande et doit &#234;tre donc distingu&#233;e du paiement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend facilement pourquoi les riches veulent &#234;tre moins impos&#233;s : parce qu'ils ne veulent pas payer pour les pauvres. Mais pourquoi la politique mon&#233;taire est-elle verrouill&#233;e par la Banque centrale europ&#233;enne et le TCE interdisait-il aux Etats d'emprunter aupr&#232;s d'elle ? Les capitalistes ne veulent pas que la cr&#233;ation mon&#233;taire finance une production qui ne rapporterait pas un profit. Sauf si l'Etat comble ses d&#233;ficits en empruntant aupr&#232;s d'eux qui, en outre, b&#233;n&#233;ficient de facilit&#233;s de cr&#233;dit bancaire pour pr&#234;ter ensuite. C'est ainsi que l'&#233;quivalent de plus de 80% de l'imp&#244;t sur le revenu en France part en int&#233;r&#234;ts aux cr&#233;anciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La richesse non marchande n'est pas une ponction sur l'activit&#233; marchande, elle est un &#171; plus &#187; provenant d'une d&#233;cision publique d'utiliser des forces de travail et des &#233;quipements soustraits au lucre. Elle est donc socialis&#233;e &#224; un double titre : par la d&#233;cision d'affecter des capacit&#233;s productives et par celle de r&#233;partir socialement la charge du paiement. Insupportable pour l'imaginaire bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Politis&lt;/strong&gt;, n&#176; 872, 20 octobre 2005&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; D&#233;veloppement, m&#234;me &#171; durable &#187;, ne rime pas forc&#233;ment avec croissance &#187; Jean-Marie Harribey</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Developpement-meme-durable-ne-rime-pas-forcement-avec-croissance-Jean-Marie-Harribey</link>
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		<dc:date>2004-12-01T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Doctrine officielle des organisations internationales, le d&#233;veloppement, m&#234;me &#171; durable &#187;, est assimil&#233; par certains &#233;conomistes &#224; la croissance et &#224; ses d&#233;g&#226;ts. or n'est-ce pas plut&#244;t &#224; une dissociation des deux qu'il faut travailler ? En effet, le mot d'ordre de d&#233;croissance ne peut s'appliquer, &#224; la fois, aux pays pauvres d&#233;munis de l'essentiel et aux pays riches. Ce d&#233;bat, qui traverse aussi le mouvement altermondialiste, ram&#232;ne &#224; une n&#233;cessaire critique des rapports sociaux. &lt;br class='autobr' /&gt; Le &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Empire-et-Resistance" rel="directory"&gt;Empire et R&#233;sistance&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Doctrine officielle des organisations internationales, le d&#233;veloppement, m&#234;me &#171; durable &#187;, est assimil&#233; par certains &#233;conomistes &#224; la croissance et &#224; ses d&#233;g&#226;ts. or n'est-ce pas plut&#244;t &#224; une dissociation des deux qu'il faut travailler ? En effet, le mot d'ordre de d&#233;croissance ne peut s'appliquer, &#224; la fois, aux pays pauvres d&#233;munis de l'essentiel et aux pays riches. Ce d&#233;bat, qui traverse aussi le mouvement altermondialiste, ram&#232;ne &#224; une n&#233;cessaire critique des rapports sociaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le &#171; D&#233;veloppement Durable &#187; ou &#171; soutenable &#187;, doctrine officielle des Nations unies, est cens&#233; assurer le bien-&#234;tre des g&#233;n&#233;rations pr&#233;sentes sans compromettre celui des g&#233;n&#233;rations futures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gro Harlem Brundtland, Notre avenir &#224; tous, Rapport de la Commission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est une bou&#233;e de sauvetage &#224; laquelle se raccrochent les gouvernements fervents partisans et pourvoyeurs de l'agriculture intensive, les chefs d'entreprises multinationales gaspillant les ressources, d&#233;versant sans vergogne leurs d&#233;chets et affr&#233;tant des bateaux poubelles, les organisations non gouvernementales ne sachant plus que faire et les &#233;conomistes pris en flagrant d&#233;lit d'ignorance des contraintes naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le programme du d&#233;veloppement durable est entach&#233; d'un vice fondamental : la poursuite d'une croissance &#233;conomique infinie est suppos&#233;e compatible avec le maintien des &#233;quilibres naturels et la r&#233;solution des probl&#232;mes sociaux. &lt;i&gt;&#171; Ce dont nous avons besoin, c'est d'une nouvelle &#232;re de croissance, une croissance vigoureuse et, en m&#234;me temps, socialement et &#034;environnementalement&#034; soutenable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. XXIII.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, &lt;/i&gt;&#233;non&#231;ait le rapport Brundtland. Or ce postulat est fond&#233; sur deux affirmations tr&#232;s fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La premi&#232;re est d'ordre &#233;cologique :&lt;/strong&gt; la croissance pourrait se poursuivre parce que la quantit&#233; de ressources naturelles requise par unit&#233; produite diminue avec le progr&#232;s technique. On pourrait donc produire toujours davantage avec moins de mati&#232;res premi&#232;res et d'&#233;nergie. Or la baisse de l'intensit&#233; en ressources naturelles est malheureusement plus que compens&#233;e par l'augmentation g&#233;n&#233;rale de la production ; la ponction sur les ressources et la pollution continuent ainsi d'augmenter, comme le reconna&#238;t le rapport du Programme des Nations unies pour le d&#233;veloppement (PNUD) : &lt;i&gt;&#171; Partout dans le monde, les processus de production sont devenus plus &#233;conomes en &#233;nergie (...). Cependant, vu l'augmentation des volumes produits, ces progr&#232;s sont nettement insuffisants pour r&#233;duire les &#233;missions de dioxyde de carbone &#224; l'&#233;chelle mondiale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport mondial sur le d&#233;veloppement humain 2002, De Boeck, 2002, Bruxelles, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'Agence internationale de l'&#233;nergie (AIE) s'alarme du ralentissement des progr&#232;s accomplis en mati&#232;re d'intensit&#233; &#233;nerg&#233;tique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;U intensit&#233; &#233;nerg&#233;tique (et plus g&#233;n&#233;ralement l'intensit&#233; en ressources (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : entre &lt;i&gt;1973 &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;1982, &lt;/i&gt;cette derni&#232;re avait diminu&#233; en moyenne de &lt;i&gt;2,5 % &lt;/i&gt;par an dans les pays repr&#233;sent&#233;s au sein de l'AIE, puis seulement de &lt;i&gt;1,5 % &lt;/i&gt;par an de &lt;i&gt;1983 &#224; 1990 &lt;/i&gt;et de &lt;i&gt;0,7 % &lt;/i&gt;par an depuis &lt;i&gt;1991&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AIE, Oil Crises and Climate Challenges 30 Years of Energy Use in IEA (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une faille dans le discours officiel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde affirmation contestable se situe sur le plan social : la croissance &#233;conomique serait capable de r&#233;duire la pauvret&#233; et les in&#233;galit&#233;s et de renforcer la coh&#233;sion sociale. Or la croissance capitaliste est n&#233;cessairement in&#233;gale, destructrice autant que cr&#233;atrice, se nourrissant des in&#233;galit&#233;s pour susciter sans cesse des frustrations et des besoins nouveaux. Depuis quarante ans, malgr&#233; l'accroissement consid&#233;rable de la richesse produite dans le monde, les in&#233;galit&#233;s ont explos&#233; : l'&#233;cart entre les 20 % les plus pauvres et les 20 % les plus riches &#233;tait de 1 &#224; 30 en 1960, il est aujourd'hui de I &#224; 80. Cela n'est pas surprenant : le passage &#224; un r&#233;gime d'accumulation financi&#232;re provoque un chamboulement des m&#233;canismes de r&#233;partition de la valeur produite. L'&#233;l&#233;vation des exigences de r&#233;mun&#233;ration des classes capitalistes, notamment par le biais de la hausse des dividendes, condamne la part de la valeur ajout&#233;e attribu&#233;e aux salari&#233;s &#224; d&#233;cro&#238;tre, tant sous forme de salaires directs que de prestations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Banque mondiale elle-m&#234;me avoue que l'objectif de division par deux du nombre de personnes vivant dans la pauvret&#233; absolue d'ici &#224; 2015 ne sera pas atteint&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;claration de son pr&#233;sident, M. James Wolfensohn, cit&#233;e dans &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : plus de 1J milliard vivent encore avec moins d'un dollar par jour. Le dernier rapport de la Conf&#233;rence des Nations unies sur -le commerce et le d&#233;veloppement (Cnuced) &#233;tablit que les pays pauvres les moins ouverts &#224; la mondialisation sont ceux qui ont le plus progress&#233; en termes de revenu par habitant, au contraire des pays les plus ouverts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cnuced, The Least Developed Countries, Report 2004, Nations unies, Gen&#232;ve, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incapacit&#233; &#224; penser l'avenir en dehors du paradigme de la croissance &#233;conomique permanente constitue sans doute la faille principale du discours officiel sur le d&#233;veloppement durable. En d&#233;pit de ses d&#233;g&#226;ts sociaux et &#233;cologiques, la croissance, de laquelle aucun responsable politique ou &#233;conomique ne veut dissocier le d&#233;veloppement, fonctionne comme une drogue dure. Lorsqu'elle est forte, on entretient l'illusion qu'elle peut r&#233;soudre les probl&#232;mes - qu'elle a fait na&#238;tre pour une grande part - et que plus forte est la dose, mieux le corps social se portera. Lorsqu'elle est faible, le manque appara&#238;t et se r&#233;v&#232;le d'autant plus douloureux qu'aucune d&#233;sintoxication n'a &#233;t&#233; pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, derri&#232;re I'&#171; an&#233;mie &#187; actuelle de la croissance se cache l'&#171; anomie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Durkheim d&#233;finissait l'anomie comme l'absence ou la disparition des valeurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; grandissante dans les soci&#233;t&#233;s min&#233;es par le capitalisme lib&#233;ral. Celui-ci se montre incapable d'indiquer un sens &#224; la vie en soci&#233;t&#233; autre que le consum&#233;risme, le gaspillage, l'accaparement des ressources naturelles et des revenus issus de l'activit&#233; &#233;conomique, et, en' fin de compte, l'augmentation des in&#233;galit&#233;s. Pr&#233;monitoire &#233;tait le premier chapitre du &lt;i&gt;Capital &lt;/i&gt;de Marx critiquant la marchandise : la croissance devient ce nouvel opium des peuples dont les rep&#232;res culturels et les solidarit&#233;s sont bris&#233;s pour qu'ils sombrent dans le gouffre sans fond de la marchandisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dogme dominant est traduit par Jacques Attali qui, bon proph&#232;te, croit d&#233;celer au d&#233;but de l'ann&#233;e 2004 &lt;i&gt;&#171; un agenda de croissance fabuleux &#187; &lt;/i&gt;que seuls &lt;i&gt;&#171; des al&#233;as non &#233;conomiques, par exemple une r&#233;surgence du SRAS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Attali, &#171; Un agenda de croissance fabuleux &#187;, Le Monde, &#171; 2004, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &lt;/i&gt;seraient susceptibles de faire &#233;chouer. Pour tous les id&#233;ologues aveugles de la croissance, l'&#233;cologie, c'est-&#224;-dire la prise en compte des relations de l'&#234;tre humain et de la nature, n'existe pas l'activit&#233; &#233;conomique s'effectue &lt;i&gt;in abstracto, &lt;/i&gt;en dehors de la biosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est faire peu de cas du caract&#232;re entropique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lentropie d&#233;signe la d&#233;gradation de l'&#233;nergie.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des activit&#233;s &#233;cono&#172;miques. Bien que la Terre soit un syst&#232;me ouvert recevant l'&#233;nergie solaire, elle forme un ensemble &#224; l'int&#233;rieur duquel l'homme ne peut d&#233;passer les limites de ses ressources et de son espace. Or l'&#171; empreinte &#233;cologique &#187; - la surface n&#233;cessaire pour accueillir toutes les activit&#233;s humaines sans d&#233;truire les &#233;quilibres &#233;cologiques - atteint d&#233;j&#224; 120 % de la plan&#232;te et, compte tenu des disparit&#233;s de d&#233;veloppement, il faudrait quatre ou cinq pla&#172;n&#232;tes si toute la population mondiale consommait et d&#233;versait autant de d&#233;chets que les habitants des Etats Unis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Redefining Progress, www.rprogress.org&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, l'id&#233;e de &lt;i&gt;&#171; d&#233;croissance &#187;&lt;/i&gt;lanc&#233;e par Nicholas Georgescu-Roegen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicholas Georgescu-Roegen, La D&#233;croissance, Sang de la terre, Paris, 1995.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; trouve un &#233;cho favorable au sein d'une partie des &#233;cologistes et des altermondialistes. Poussant la d&#233;marche th&#233;orique, certains auteurs adjurent de renoncer au d&#233;veloppement, celui-ci ne pouvant selon eux &#234;tre dissoci&#233; d'une croissance mortif&#232;re. Ils r&#233;cusent tout qualificatif qui viserait &#224; r&#233;habiliter le d&#233;veloppement que nous connaissons - qu'il soit humain, durable ou soutenable - puisqu'il ne peut &#234;tre autrement que ce qu'il a &#233;t&#233;, &#224; savoir le vecteur de la domination occidentale sur le monde. Ainsi Gilbert Rist d&#233;nonce-t-il le d&#233;veloppement comme un &lt;i&gt;&#171; mot f&#233;tiche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilbert Rist, &#171; Le &#034;d&#233;veloppement&#034; : la vio&#172;lence symbolique d'une croyance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/i&gt; &#187; et Serge Latouche le d&#233;veloppement durable comme un &lt;i&gt;&#171; oxymoron&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Latouche, &#171; En finir, une fois pour toutes, avec le d&#233;veloppement &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &lt;/i&gt;Pourquoi, alors que nous critiquons comme eux le productivisme impliqu&#233; par le r&#232;gne de la production marchande, leur refus du d&#233;veloppement ne nous convainc-t-il pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique, il n'est pas juste d'ordonner uniform&#233;ment la d&#233;crois&#172;sance &#224; ceux qui regorgent de tout et &#224; ceux qui manquent de l'essentiel. Les populations pauvres ont droit &#224; un temps de croissance &#233;conomique, et l'id&#233;e que l'extr&#234;me pauvret&#233; renvoie &#224; une simple projection des valeurs occidentales ou &#224; un pur imaginaire est irrecevable. Il fau&#172;dra b&#226;tir des &#233;coles pour supprimer l'analphab&#233;tisme, des centres de soins pour permettre &#224; toutes les populations de se soigner et des r&#233;seaux pour amener l'eau potable partout et pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc parfaitement l&#233;gitime de continuer &#224; appeler &lt;i&gt;d&#233;veloppement &lt;/i&gt;la possibilit&#233; pour tous les habitants de la Terre d'acc&#233;der &#224; l'eau potable, &#224; une alimentation &#233;quilibr&#233;e, aux soins, &#224; l'&#233;ducation et &#224; la d&#233;mocratie. D&#233;finir les besoins essentiels comme des droits universels n'&#233;quivaut pas &#224; avaliser la domination de la culture occidentale ni &#224; adh&#233;rer &#224; la croyance lib&#233;rale en des droits naturels comme celui de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Les droits universels sont une construction sociale qui r&#233;sulte d'un projet d'&#233;mancipation permettant &#224; un nouvel imaginaire de s'installer sans que celui-ci se r&#233;duise &lt;i&gt;&#224; &#171; l'imaginaire universaliste des &#034;droits naturels&#034; &#187; &lt;/i&gt;critiqu&#233; par Cornelius Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Corn&#233;lius Castoriadis, Le Monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe 3, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il n'est pas raisonnable d'opposer &#224; la croissance &#233;conomique, &#233;lev&#233;e au rang d'objectif en soi par le capitalisme, la d&#233;croissance, elle-m&#234;me &#233;rig&#233;e en objectif en soi par les anti&#172;d&#233;veloppementistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Silence, Objectif d&#233;croissance. Vers une soci&#233;t&#233; harmonieuse, Parangon, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec deux &#233;cueils sym&#233;triques : la croissance fait tendre la production vers l'infini et la d&#233;croissance ne peut que la faire tendre vers z&#233;ro si aucune borne n'est mise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal th&#233;oricien en France de la d&#233;croissance, Serge Latouche, semble en &#234;tre conscient lorsqu'il &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Le mot d'ordre de d&#233;croissance a surtout pour objet de marquer fortement l'abandon de l'objectif insens&#233; de la croissance pour la croissance, objectif dont le moteur n'est autre que la recherche effr&#233;n&#233;e du profit pour les d&#233;tenteurs du capital. Bien &#233;videmment, il ne vise pas au renversement caricatural qui consisterait &#224; pr&#244;ner la d&#233;croissance pour la d&#233;croissance. En particulier la d&#233;croissance n'est pas la &#034;croissance n&#233;gative&#034;, expression antinomique et absurde qui traduit bien la domination de l'imaginaire de la croissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Latouche,'&#171; Il faut jeter le b&#233;b&#233; plut&#244;t que l'eau du bain &#187;, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Or que signifierait une d&#233;croissance qui ne serait pas une diminution de la production ? Serge Letouche tente de s'extraire de ce pi&#232;ge en disant vouloir &#171; sortir de l'&#233;conomie de croissance et entrer dans une &#034;soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance &#034; &#187;. La production continuerait-elle&lt;br class='autobr' /&gt;
de cro&#238;tre ? On ne comprendrait plus alors le mot de d&#233;croissance. Ou bien serait-elle ma&#238;tris&#233;e, auquel cas le d&#233;saccord s'estomperait ? D'ailleurs, Serge Latouche finit par convenir que ce mot d'ordre de d&#233;croissance pour tous les Terriens est inad&#233;quat : &lt;i&gt;&#171; En ce qui concerne les soci&#233;t&#233;s du Sud, cet objectif n'est pas vraiment &#224; l'ordre du jour m&#234;me si elles sont travers&#233;es par l'id&#233;ologie de la croissance, ce ne sont pas vraiment pour la plupart des &#034;soci&#233;t&#233;s de croissance&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Latouche, &#171; Pour une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance &#187;, Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/i&gt; &#187; Subsiste une terrible ambigu&#239;t&#233; : les populations pauvres pet vent-elles accro&#238;tre leur production ou bien les soci&#233;t&#233;s de &#171; non-croissance &#187; doivent-elles rester pauvres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eloge sans nuances de l'&#233;conomie informelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les antid&#233;veloppementistes attribuent l'&#233;chec des strat&#233;gies du d&#233;veloppement au vice, suppos&#233; fondamental, de tout d&#233;veloppement et jamais aux rapports de forces sociaux qui, par exemple, emp&#234;chent les paysans d'avoir acc&#232;s &#224; la terre en raison de structures fonci&#232;res in&#233;galitaires. D'o&#249; l'&#233;loge sans nuance de l'&#233;conomie informelle en oubliant que cette derni&#232;re, vit souvent sur les restes de l'&#233;conomie officielle. Et d'o&#249; la d&#233;finition de la sortie du d&#233;veloppement comme une sortie de l'&#233;conomie, parce que celle-ci ne pourrait &#234;tre diff&#233;rente de celle qu'a construite le capitalisme. La rationalit&#233; de l'&#171; &#233;conomie &#187;, au sens o&#249; l'on &#233;conomise les efforts de l'homme au travail et les ressources naturelles utilis&#233;es pour produire, est mise sur le m&#234;me plan que la rationalit&#233; de la rentabilit&#233;, c'est-&#224;-dire du profit. Et toute am&#233;lioration de la productivit&#233; du travail se trouve assimil&#233;e &#224; du productivisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, il nous est dit que la chose &#233;conomique n'existerait pas en dehors de l'imaginaire occidental qui l'a cr&#233;&#233;e, au pr&#233;texte que certaines cultures ne connaissent pas les mots &#171; &#233;conomie &#187;, &#171; d&#233;veloppement &#187;, dont l'usage nous est familier. Mais si les mots n'y sont pas, la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, c'est-&#224;-dire la production des moyens d'existence, est bien l&#224;. La production est une cat&#233;gorie anthropologique, m&#234;me si le cadre et les rapports dans lesquels elle est r&#233;alis&#233;e sont sociaux. Il r&#233;sulte de cette confusion - qui revient &#224; refaire du capitalisme une donn&#233;e universelle et non historique, rappelant curieusement le dogme lib&#233;ral - une incapacit&#233; &#224; penser simultan&#233;ment la critique du productivisme et celle du capitalisme : seule la premi&#232;re est men&#233;e, mais sans qu'elle soit rattach&#233;e &#224; celle des rapports sociaux dominants. Vouloir donc &lt;i&gt;&#171; sortir de l'&#233;conomie &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Latouche, Justice sans limites. Le d&#233;fi de l'&#233;thique dans une &#233;conomie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; tout en pr&#233;tendant r&#233;enchasser &lt;i&gt;&#171; -l'&#233;conomique dans le social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Latouche, ibid., p. 278.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &lt;/i&gt;est pour le moins curieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan th&#233;orique, soit on consi&#172;d&#232;re qu'une diff&#233;rence existe entre croissance et d&#233;veloppement, soit on voit dans les deux ph&#233;nom&#232;nes une m&#234;me logique d'extension perp&#233;tuelle conduisant &#224; l'impasse. La seconde position est ais&#233;ment identifiable : c'est celle des partisans de la d&#233;croissance, qui sont aussi &#171; anti d&#233;veloppementistes &#187; ; mais la premi&#232;re est revendiqu&#233;e tant par des &#233;conomistes lib&#233;raux que par des antilib&#233;raux. Les lib&#233;raux affirment pour&#172;suivre des objectifs qualitatifs ne se r&#233;duisant pas &#224; la croissance mat&#233;rielle, surtout depuis l'&#233;chec social des plans d'ajustement structurel du Fonds mon&#233;taire international et de la Banque Mondiale. Mais cette distinction entre croissance (quantitative) et d&#233;veloppement (qualitatif) repr&#233;sente une imposture dans la logique lib&#233;rale d&#232;s lors que la croissance est consid&#233;r&#233;e comme une condition n&#233;cessaire et suffisante du d&#233;veloppement, et de surcro&#238;t &#233;ternellement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu des d&#233;g&#226;ts sociaux et &#233;cologiques d'un mode de d&#233;veloppement qui semble indissociablement li&#233; &#224; la croissance, les &#233;conomistes antilib&#233;raux, issus du marxisme, du structuralisme ou du tiers-mondisme ont beaucoup de mal &#224; faire valoir qu'on peut distinguer les deux notions. Les adversaires de tout d&#233;veloppement ont alors beau jeu de r&#233;cuser croissance et d&#233;veloppement en niant toute possibilit&#233; de les dissocier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toute production n'est pas polluante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on d&#233;passer cette contradiction ?&lt;br /&gt;
Le capitalisme a int&#233;r&#234;t &#224; faire croire que croissance et d&#233;veloppement vont toujours de pair, l'am&#233;lioration du bien-&#234;tre humain ne pouvant passer que par l'accroissement perp&#233;tuel de la quantit&#233; de marchandises. Nous devons alors fonder pour l'avenir une distinction radi&#172;cale entre les deux concepts : l'am&#233;lioration du bien-&#234;tre et l'&#233;panouissement des potentialit&#233;s humaines se r&#233;alisant hors du sentier de la croissance infinie des quantit&#233;s produites et consomm&#233;es, hors du sentier de la marchandise et de la valeur d'&#233;change, mais sur celui de la valeur d'usage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La valeur d'usage est l'utilit&#233; d'un bien ou d'un service, notion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de la qualit&#233; du tissu social qui peut na&#238;tre autour d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre de d&#233;croissance, appliqu&#233; indistinctement pour tous les peuples ou pour tout type de production, serait injuste et inop&#233;rant. D'abord parce que le capitalisme nous impose actuellement une certaine d&#233;croissance, surtout celle des biens et services dont nous aurions socialement le plus besoin transports collectifs, sant&#233;, &#233;ducation, aide aux personnes &#226;g&#233;es, etc. Ensuite parce que toute production n'est pas forc&#233;ment polluante ou d&#233;gradante. Le produit int&#233;rieur brut (PIB), &#233;valu&#233; mon&#233;tairement, enregistre la croissance des activit&#233;s de services, dont la pression sur les &#233;cosyst&#232;mes n'est pas comparable &#224; celle de l'industrie et de l'agriculture. La nature de la croissance importe au moins autant que son ampleur. L'urgente n&#233;cessit&#233; de diminuer l'empreinte &#233;cologique n'implique pas la d&#233;croissance de toutes les productions sans distinction entre elles ni entre ceux auxquels elles sont destin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation plan&#233;taire des ressources doit &#234;tre organis&#233;e de telle sorte que les pays pauvres puissent enclencher la croissance n&#233;cessaire &#224; la satisfaction des besoins essentiels, et que les plus riches deviennent &#233;conomes. Tout mod&#232;le impos&#233; aux pays pauvres ne pourrait que d&#233;truire leurs racines culturelles et constituer un obstacle &#224; un d&#233;veloppement &#233;mancipateur. Dans les pays riches, il convient de penser les politiques en fonction de la transition &#224; assurer : le d&#233;crochage progressif de la croissance et du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela passe non pas par une d&#233;croissance aveugle, inacceptable pour une majorit&#233; de citoyens, mais par une d&#233;c&#233;l&#233;ration cibl&#233;e permettant d'enclencher la transformation des processus productifs et aussi celle des repr&#233;sentations culturelles : la d&#233;c&#233;l&#233;ration de la croissance, comme premi&#232;re &#233;tape avant d'envisager la d&#233;croissance s&#233;lective, en commen&#231;ant par celle des activit&#233;s nuisibles, pour une &#233;conomie r&#233;orient&#233;e vers la qualit&#233; des produits et des services collectifs, une r&#233;partition primaire des revenus plus &#233;gale et une baisse r&#233;guli&#232;re du temps de travail au fur et &#224; mesure des gains de productivit&#233;, seule mani&#232;re de promouvoir l'emploi en dehors de la croissance. En sachant que toute remise en cause du mod&#232;le de d&#233;veloppement actuel n'est r&#233;aliste qu'&#224; condition de remettre en cause simultan&#233;ment les rapports sociaux capitalistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Economie &#233;conome. Le d&#233;veloppement soutenable par la r&#233;duction du temps de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finir le d&#233;veloppement comme l'&#233;volution d'une soci&#233;t&#233; qui utiliserait ses gains de productivit&#233; non pour accro&#238;tre ind&#233;finiment une production g&#233;n&#233;ratrice, de d&#233;gradations de l'environnement, d'insatisfactions, de d&#233;sirs refoul&#233;s, d'in&#233;galit&#233;s et d'injustices, mais pour diminuer le travail de tous en partageant plus &#233;quitablement les revenus de l'activit&#233;, ne constitue pas un retour en arri&#232;re par rapport &#224; la critique du d&#233;veloppement actuel. Cela ne condamne pas &#224; rester &#224; l'int&#233;rieur du paradigme utilitariste, si les gains de productivit&#233; sont obtenus sans d&#233;grader ni les conditions de travail ni la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du moment o&#249; l'on admet que l'humanit&#233; ne reviendra pas &#224; l'avant-d&#233;veloppement et que, de ce fait, les gains de productivit&#233; existent et existeront, leur utilisation doit &#234;tre pens&#233;e et rendue compatible avec la reproduction des syst&#232;mes vivants. On peut faire l'hypoth&#232;se que la baisse du temps de travail peut contribuer &#224; d&#233;barrasser notre imaginaire du fantasme d'avoir toujours davantage pour mieux &#234;tre, et que l'extension des services collectifs, de la protection sociale et de la culture soustraits &#224; l'app&#233;tit du capital est source d'une richesse incommensurable avec celle que privil&#233;gie le march&#233;. Derri&#232;re la question du d&#233;veloppement sont en jeu les finalit&#233;s du travail et donc le chemin vers une soci&#233;t&#233; &#233;conome et solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par Jean-Marie Harribey&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/strong&gt;, Juillet 2004, page 18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; l'universit&#233; Bordeaux IV&lt;/strong&gt;, membre du conseil scientifique d'Attac, coordonnateur du livre d'Attac &lt;i&gt;Le D&#233;veloppement a-t-il un avenir ? Pour une soci&#233;t&#233; solidaire et &#233;conome,&lt;/i&gt; Mille et une nuits, Paris, 2004 &#224; para&#238;tre en ao&#251;t).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gro Harlem Brundtland, Notre avenir &#224; tous, Rapport de la Commission mondiale pour l'environnement et le d&#233;veloppement, Fleuve, Montr&#233;al, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. XXIII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport mondial sur le d&#233;veloppement humain 2002, De Boeck, 2002, Bruxelles, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;U intensit&#233; &#233;nerg&#233;tique (et plus g&#233;n&#233;ralement l'intensit&#233; en ressources naturelles) de la production est la quantit&#233; d'&#233;nergie (ou de ressources naturelles) n&#233;cessaire pour produire 1 euro de PIB.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;AIE, Oil Crises and Climate Challenges 30 Years of Energy Use in IEA Countries, Vienne, 2004, &lt;a href=&#034;http://www.iea.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.iea.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;claration de son pr&#233;sident, M. James Wolfensohn, cit&#233;e dans &#171; Les objectifs de r&#233;duction de la pauvret&#233; ne seront pas atteints &#187;, Le Monde, 24 avril 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cnuced, The Least Developed Countries, Report 2004, Nations unies, Gen&#232;ve, mai 2004, 362 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Durkheim d&#233;finissait l'anomie comme l'absence ou la disparition des valeurs communautaires et des r&#232;gles sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Attali, &#171; Un agenda de croissance fabuleux &#187;, Le Monde, &#171; 2004, l'ann&#233;e du rebond &#187;, 4-5 janvier 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lentropie d&#233;signe la d&#233;gradation de l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Redefining Progress, &lt;a href=&#034;http://www.rprogress.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.rprogress.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicholas Georgescu-Roegen, &lt;i&gt;La D&#233;croissance, &lt;/i&gt;Sang de la terre, Paris, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilbert Rist, &#171; Le &#034;d&#233;veloppement&#034; : la vio&#172;lence symbolique d'une croyance &#187;, dans Christian Comeliau (sous la &lt;a href=&#034;http://die.de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;die.de&lt;/a&gt;), &#171; Brouillons pour l'ave&#172;nir. Contributions au d&#233;bat sur les alternatives &lt;i&gt; &#187;, Les Nouveaux Cahiers de L'IUED, &lt;/i&gt;Gen&#232;ve, n' 14, PUF, Paris, 2003, p. 147.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Latouche, &#171; En finir, une fois pour toutes, avec le d&#233;veloppement &lt;i&gt; &#187;, Le Monde diplomatique, &lt;/i&gt;mai 2001. Un oxymoron est la juxtaposition de deux termes contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Corn&#233;lius Castoriadis, &lt;i&gt;Le Monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe 3, &lt;/i&gt;Seuil, Paris, 1990, p. 193.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Silence, &lt;i&gt;Objectif d&#233;croissance. Vers une soci&#233;t&#233; harmonieuse, &lt;/i&gt;Parangon, Paris, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Latouche,'&#171; Il faut jeter le b&#233;b&#233; plut&#244;t que l'eau du bain &#187;, dans Christian Comeliau (sous la &lt;a href=&#034;http://dir.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dir.de&lt;/a&gt;), &lt;i&gt;op. cit., p. &lt;/i&gt;127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Latouche, &#171; Pour une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance &lt;i&gt; &#187;, Le Monde diplomatique, &lt;/i&gt;novembre 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Latouche, &lt;i&gt;Justice sans limites. Le d&#233;fi de l'&#233;thique dans une &#233;conomie mondialis&#233;e, &lt;/i&gt;Fayard, Paris, 2003, p. 275.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Latouche, &lt;i&gt;ibid., p. &lt;/i&gt;278.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La valeur d'usage est l'utilit&#233; d'un bien ou d'un service, notion qualitative non mesurable et non r&#233;ductible &#224; une valeur d'&#233;change mon&#233;taire. Cette derni&#232;re est le rapport dans lequel deux marchandises vont s'&#233;changer entre elles par le biais de la monnaie. En soulignant cette distinction, on signifie le refus que tout soit marchandis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Economie &#233;conome. Le d&#233;veloppement soutenable par la r&#233;duction du temps de travail, &lt;/i&gt;L'Harmattan, Paris, 1997 ; &lt;i&gt;La D&#233;mence s&#233;nile du capital. Fragments d'&#233;conomie, &lt;/i&gt;Ed. du Passant, B&#232;gles, 2` &#233;d., 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Concilier &#233;conomie, social et &#233;thique ?</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Concilier-economie-social-et-ethique</link>
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		<dc:date>2004-09-16T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il y a beaucoup de paradoxes dans cette question : peut-on concilier &#233;conomie, social et &#233;thique ? D'abord, elle n'est pas pos&#233;e aujourd'hui par ceux qui s'indignent de la persistance, voire l'aggravation de la pauvret&#233; dans le monde, ou de la mont&#233;e du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233; tandis que des grandes fortunes s'accumulent, ou des plans de licenciement quand les cours boursiers s'envolent, ou de l'impunit&#233; dont jouissent les d&#233;linquants de la finance. Ceux qui s'indignent de bonne foi de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a beaucoup de paradoxes dans cette question : peut-on concilier &#233;conomie, social et &#233;thique ? D'abord, elle n'est pas pos&#233;e aujourd'hui par ceux qui s'indignent de la persistance, voire l'aggravation de la pauvret&#233; dans le monde, ou de la mont&#233;e du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233; tandis que des grandes fortunes s'accumulent, ou des plans de licenciement quand les cours boursiers s'envolent, ou de l'impunit&#233; dont jouissent les d&#233;linquants de la finance. Ceux qui s'indignent de bonne foi de ces faits et qui veulent y rem&#233;dier s'attachent &#224; promouvoir des r&#232;gles sociales et &#233;thiques sans trop se pr&#233;occuper d'imp&#233;ratifs &#233;conomiques et ne tentent donc pas une conciliation entre ces trois objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la conciliation entre l'&#233;conomie, le social et l'&#233;thique vient surtout des milieux qui faisaient nagu&#232;re ou font encore profession de foi en faveur de l'&#233;conomie de march&#233;, seule capable selon eux d'atteindre simultan&#233;ment l'objectif d'efficacit&#233; et celui de justice. Plus encore, d'aucuns affirmaient ou affirment encore que l'on n'a pas &#224; se pr&#233;occuper de justice sociale, celle-ci nous &#233;tant donn&#233;e de surcro&#238;t d&#232;s lors que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, la concurrence et les lois du march&#233; sont respect&#233;es, ainsi que n'a cess&#233; de le r&#233;p&#233;ter tout au long de sa vie l'&#233;conomiste autrichien Friedrich von Hayek, p&#232;re spirituel de tous les ultra-lib&#233;raux contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cents scandales financiers qui ont &#233;clat&#233; aux Etats-Unis et en Europe - que l'on pense &#224; Enron, World com, Vivendi, Parmelat, Adecco et Morgan Stanley - et les malversations comptables dont se rendus coupables les cabinets d'audit les plus r&#233;put&#233;s dans le monde ont contribu&#233; &#224; accro&#238;tre l'&#233;motion, et ce sujet retient maintenant l'attention des m&#233;dia, des gouvernements et m&#234;me des milieux d'affaires inquiets pour leur image &#224; une &#233;poque o&#249; l'apparence tient lieu de conviction et la communication de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait commencer par se demander ce qui a conduit voici quelques ann&#233;es &#224; rebaptiser dans les entreprises et les administrations les Directions du Personnel en Directions des ressources humaines qui sont charg&#233;es de g&#233;rer au quotidien des exigences &#233;conomiques et humaines, bien plus sans doute que les membres de conseils d'administration, abrit&#233;s que sont ces derniers derri&#232;re l'anonymat de l'actionnariat. On pourrait y voir le souci de r&#233;introduire l'homme en tant que finalit&#233; dans l'entreprise. On pourrait au contraire y voir son instrumentalisation franchir un degr&#233; suppl&#233;mentaire : l'homme &#233;tant r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de ressource, un capital de plus &#224; rentabiliser, voire le seul puisqu'il est &#224; la source de tous les autres. L'homme, ce capital le plus pr&#233;cieux, disait Staline ; l'homme, capital humain, r&#233;pondent en &#233;cho les &#233;conomistes lib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; la question pos&#233;e a &#233;t&#233; donn&#233;e sans ambigu&#239;t&#233; il y a 2500 ans par Aristote dans les chapitres 8 et 9 du Livre I des &lt;i&gt;Politiques &lt;/i&gt;o&#249; il distingue l'administration familiale, l'&lt;i&gt;oikonomos &lt;/i&gt;- qui est l'&#233;tymologie grecque du mot &#233;conomie - de l'art d'acqu&#233;rir, la &lt;i&gt;chr&#233;matistique &lt;/i&gt;qui ne comporte &#171; nulle borne &#224; la richesse et &#224; la propri&#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse a &#233;t&#233; rappel&#233;e avec force d&#233;monstrations il y a bient&#244;t 140 ans par Marx d&#232;s la premi&#232;re page du &lt;i&gt;Capital &lt;/i&gt; : &#171; La richesse des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles r&#232;gne le mode de production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandises &#187;. Le but du capitalisme &#233;tant d'accumuler du profit pour le transformer en capital suppl&#233;mentaire, et ce de mani&#232;re illimit&#233;e, la marchandisation infinie du monde rend d&#233;finitivement incompatibles profit et consid&#233;rations sociales. Pis encore, en r&#233;duisant toute activit&#233; humaine &#224; un acte v&#233;nal, l'ali&#233;nation, c'est-&#224;-dire la d&#233;possession de soi-m&#234;me, de sa vie, est consubstantielle &#224; la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne cherchons donc plus, ne faisons pas comme si nous ne savions pas, nous savons, il faut choisir : la valeur ou les valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, bien que nous sachions l'essentiel tout en nous contorsionnant pour l'oublier, nous pouvons nous demander pourquoi cette question revient en force aujourd'hui et quelles r&#233;ponses contemporaines peuvent lui &#234;tre apport&#233;es.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
Pourquoi la question ?&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
J'&#233;mets l'hypoth&#232;se que nous vivons une crise aux multiples dimensions. Pour la commodit&#233; de l'expos&#233;, je dirais que cette crise provient d'une triple origine :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une origine &#233;conomique &#224; cause de la soumission des activit&#233;s humaines &#224; la marchandise ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des rapports difficiles entre la science et la soci&#233;t&#233; ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de l'affaiblissement du cadre dans lequel s'exprime la d&#233;mocratie politique.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br /&gt;
1) La crise &#233;conomique&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;Quel est le trait de g&#233;nie d'Aristote en distinguant l'oikonomos et la chr&#233;matistique ?&lt;br /&gt;
C'est d'avoir diff&#233;renci&#233; la valeur d'usage des choses et leur valeur d'&#233;change. C'est de cette distinction que repartiront les &#233;conomistes classiques Adam Smith et David Ricardo pour fonder l'&#233;conomie politique. Les marchandises ont une valeur d'usage par l'utilit&#233; qu'elles procurent et une valeur d'&#233;change par leur capacit&#233; &#224; entrer en rapport quantifiable entre elles. La premi&#232;re est la condition n&#233;cessaire pour que la seconde existe, mais la mesure de celle-ci n'a rien &#224; voir avec l'utilit&#233;. Elles sont donc irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre et la premi&#232;re d&#233;passe les fronti&#232;res de la seconde. L'une constitue l'ensemble de la richesse de la soci&#233;t&#233;, qu'elle soit mon&#233;taire ou non, marchande ou non, l'autre est restreinte &#224; la valeur, sous entendu d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve en est, disait A. Smith, que l'eau tr&#232;s utile n'a que peu de valeur d'&#233;change et que le diamant, peu utile, a une forte valeur d'&#233;change. La preuve en est que la lumi&#232;re solaire a une utilit&#233; extr&#234;me mais n'a aucune valeur d'&#233;change. L'air est indispensable &#224; la vie et, pour l'instant encore, il n'a pas de valeur d'&#233;change. Le lait t&#233;t&#233; au sein de sa m&#232;re par le nourrisson a une valeur d'usage essentielle mais n'a pas de valeur d'&#233;change alors que le lait en poudre mis dans le biberon a une valeur d'&#233;change. Le lien social, la qualit&#233; des relations humaines sont aussi des formes de richesse inestimable sans pour autant avoir une valeur au sens &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que cette distinction g&#233;niale servit de point de d&#233;part de la critique radicale de la marchandisation capitaliste faite par Marx, elle fut ni&#233;e et abandonn&#233;e par la pens&#233;e &#233;conomique lib&#233;rale ult&#233;rieure qui fit l'apologie du capitalisme. Celle-ci est b&#226;tie sur une double d&#233;n&#233;gation :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'abord, elle nie la diff&#233;rence entre valeur d'usage et valeur d'&#233;change et cherche &#224; &#233;tablir au contraire l'identit&#233; entre valeur d'usage et valeur d'&#233;change ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et, puisque la satisfaction des besoins ne peut provenir que des valeurs d'usage tenues pour synonymes des valeurs d'&#233;change, alors l'extension perp&#233;tuelle de la sph&#232;re de la valeur d'&#233;change, c'est-&#224;-dire de la sph&#232;re marchande, est &#233;rig&#233;e en finalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que le capital n'est que l'accumulation du fruit du travail humain, qu'il ne peut s'accro&#238;tre que parce que le travail est exploit&#233;, toutes les conditions sont donc r&#233;unies pour le divorce entre l'imp&#233;ratif de rentabilit&#233; et le respect de valeurs autres que celle de l'argent : les conditions de travail, la dignit&#233;, l'&#233;galit&#233; de droits, le respect de la nature, etc.&lt;br /&gt;
Cela est bien s&#251;r une constante du capitalisme depuis son origine, il y a environ trois si&#232;cles. Mais elle se renforce depuis le tournant que l'on appelle n&#233;olib&#233;ral pris &#224; la fin de la d&#233;cennie 1970 aux Etats-Unis et au d&#233;but de la d&#233;cennie 1980 en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il pass&#233; ? A la fin de la d&#233;cennie 1960, une grave crise de rentabilit&#233; du capital &#233;clate, dont le capitalisme ne sort qu'apr&#232;s la prise de trois s&#233;ries de d&#233;cisions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La premi&#232;re consiste &#224; abolir tous les obstacles &#224; la circulation des capitaux et des marchandises.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La seconde pr&#233;voit un programme g&#233;n&#233;ral de privatisations dans le monde entier des entreprises publiques, des services publics, des syst&#232;mes de protection sociale, des ressources naturelles et des connaissances scientifiques, de fa&#231;on &#224; &#233;largir le champ d'action des investissements priv&#233;s.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La troisi&#232;me organise une modification du partage de la valeur ajout&#233;e entre salari&#233;s et d&#233;tenteurs de capitaux &#224; l'avantage de ces derniers. Partout s'ouvre une p&#233;riode au cours de laquelle la part de la masse salariale diminue dans le PIB diminue : par exemple, en France, pr&#232;s de 10 points de PIB en 20 ans en moins pour la masse salariale au fur et &#224; mesure que le ch&#244;mage augmente et parce que les salaires augmentent moins vite que la productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise capitaliste se r&#233;sout en faisant payer le prix fort aux salari&#233;s par le biais des politiques d'aust&#233;rit&#233; et du ch&#244;mage, aux pauvres du tiers-monde soumis aux fameux plans d'ajustement structurel du FMI et de la BM. On est bien loin de la conciliation entre l'&#233;conomique et le social puisqu'il s'agit au contraire de jeter les bases d'une accumulation durable des profits. Tel est le sens de l'aust&#233;rit&#233; salariale et surtout de la r&#233;gression des protections sociales, par exemple des retraites condamn&#233;es &#224; r&#233;gresser drastiquement alors que la richesse produite augmente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une dimension suppl&#233;mentaire qu'il faut prendre en compte et qui accentue le hiatus entre imp&#233;ratif de rentabilit&#233; et principes &#233;thiques. La soif d'accumulation a engendr&#233; un mod&#232;le de d&#233;veloppement productiviste qui, en quelques d&#233;cennies, a &#233;puis&#233; bon nombre de ressources naturelles essentielles, g&#233;n&#233;ralis&#233; d'innombrables pollutions, mettant en danger les conditions de la vie dans un proche avenir, et &#224; tout le moins amoindrissant la capacit&#233; des g&#233;n&#233;rations futures de r&#233;pondre &#224; leurs besoins. Le r&#233;chauffement climatique caus&#233; par le renforcement de l'effet de serre, lui m&#234;me d&#251; aux &#233;missions de gaz &#224; effet de serre, est maintenant certain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le d&#233;veloppement du capitalisme heurte ce que Hans Jonas a appel&#233; le principe de&lt;br /&gt;
Responsabilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Jonas, Le principe responsabilit&#233;, Une &#233;thique pour la civilisation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; vis-&#224;-vis de nos descendants et plus g&#233;n&#233;ralement &#224; l'&#233;gard de la vie elle m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;2) Les rapports entre science et soci&#233;t&#233;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;La deuxi&#232;me raison de la crise que nous traversons, outre son aspect &#233;conomique, tient aux rapports entre la science et la soci&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
Ils sont marqu&#233;s par deux traits : la science semble de plus en plus subordonn&#233;e &#224; des imp&#233;ratifs &#233;conomiques et la soci&#233;t&#233; a de moins en moins de prise sur les orientations g&#233;n&#233;rales de la recherche scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche publique est fragilis&#233;e parce que les fonds publics sont compt&#233;s chichement ; de ce fait, les organes publics de la recherche sont conduits &#224; passer de plus en plus de contrats avec les industries priv&#233;es. L'utilisation mercantile de la recherche passe avant les consid&#233;rations d'ordre sanitaire ou environnemental. On sait par exemple que les maladies tropicales ne font l'objet d'aucune recherche s&#233;rieuse et importante. On se souvient de la tentative des multinationales pharmaceutiques d'emp&#234;cher des pays comme l'Afrique du Sud ou le Br&#233;sil de fabriquer des m&#233;dicaments g&#233;n&#233;riques &#224; faible prix pour soigner les malades du SIDA et de les vendre aux autres pays du tiers-monde qui ne peuvent les fabriquer. Cette tentative a &#233;chou&#233; mais les multinationales continuent d'exercer une pression au sein de l'OMC pour que cette pratique soit tr&#232;s r&#233;glement&#233;e et donc contrari&#233;e le plus possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait cru un peu na&#239;vement depuis le si&#232;cle des Lumi&#232;res que le progr&#232;s de la science signifiait automatiquement le progr&#232;s de la soci&#233;t&#233; : une ambiance positiviste qu'Auguste Comte avait le premier th&#233;oris&#233;e au d&#233;but du XIXe si&#232;cle. La science jouissait d'une grande l&#233;gitimit&#233; qui fut pourtant remise en cause dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XXe si&#232;cle. Hiroshima et Nagasaki furent le point de d&#233;part des doutes sur la capacit&#233; de l'homme &#224; ma&#238;triser les forces scientifiques et techniques qu'il mettait en mouvement. L'industrie nucl&#233;aire civile n'offrit pas davantage de garanties, tant en termes de contr&#244;le d&#233;mocratique que de gestion s&#233;curis&#233;e. Et, plus r&#233;cemment, les catastrophes sanitaires (vache folle), ou la catastrophe &#224; venir du climat, sont directement li&#233;es &#224; la d&#233;rive d'un mode de production et de consommation emport&#233; par le Ma&#235;lstrom de l'accumulation, hors de toute norme &#233;thique ou sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pire est peut-&#234;tre devant nous avec la possibilit&#233; de manipulations g&#233;n&#233;tiques, soit sur les esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales (OGM) et animales (clonage), soit sur l'esp&#232;ce humaine. On voit d'ailleurs combien on arrive difficilement &#224; &#233;tablir consensuellement des normes parce que des pressions de toutes sortes s'exercent pour les emp&#234;cher ou les retarder. Le principe de pr&#233;caution se heurte &#224; l'hostilit&#233; des industriels qui craignent que leur activit&#233; soit menac&#233;e (opposition &#224; l'application du protocole de Kyoto en Europe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ph. Ricard, &#171; Les industriels europ&#233;ens mobilis&#233;s contre les engagements de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et ils sont confort&#233;s par une attitude scientiste que l'on rencontre dans certains milieux scientifiques et qui de toute fa&#231;on continue d'impr&#233;gner les mentalit&#233;s dominantes.&lt;br /&gt;
La science a donc un double visage : elle est porteuse de savoirs toujours renouvel&#233;s et r&#233;visables et en m&#234;me temps elle donne cette image de V&#233;rit&#233; absolue et d&#233;finitive. Ce deuxi&#232;me aspect est potentiellement dangereux car il peut engendrer le pouvoir technocratique qui ne souffre pas de discussion.&lt;br /&gt;
Les deux probl&#232;mes sont li&#233;s. L'industrie nucl&#233;aire fut impos&#233;e en France au nom du progr&#232;s technique sans qu'aucun d&#233;bat public ne vienne sanctionner le choix d&#233;cid&#233; par un groupe d'industriels et le sommet de l'Etat. Les finalit&#233;s de la recherche et le contr&#244;le d&#233;mocratique sont une seule question.&lt;br /&gt;
Le recul de la recherche publique et son asservissement &#224; des fins mercantiles &#224; cause de la place grandissante prise par les financements priv&#233;s s'inscrivent dans le mouvement de lib&#233;ralisation qui atteint aujourd'hui l'ensemble de la sph&#232;re de la soci&#233;t&#233; rest&#233;e jusque-l&#224; hors march&#233; : services publics, protection sociale, culture et recherche. D&#232;s lors que le savoir, les d&#233;couvertes et inventions deviennent les &#233;l&#233;ments moteurs de la cr&#233;ation de richesses, le capitalisme n'a de cesse que d'&#233;tendre &#224; l'infini le champ de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Tel est le sens de la pression exerc&#233;e par les multinationales au sein de l'OMC pour obtenir le droit de d&#233;poser des brevets sur tout le patrimoine naturel et scientifique de l'humanit&#233;. Plus ce droit progresse, plus il entre en contradiction avec l'existence d'une recherche publique s'engageant sur des objectifs d&#233;finis par la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour sauver la recherche et &#233;viter sa marchandisation comporte donc plusieurs dimensions. Elle exprime la n&#233;cessit&#233; de refonder une relation entre la science et la soci&#233;t&#233; pour rel&#233;gitimer la premi&#232;re &#224; une &#233;poque o&#249; la ma&#238;trise des processus biologiques pose des questions &#233;thiques redoutables et o&#249; la d&#233;finition du progr&#232;s ne va plus de soi. Elle r&#233;v&#232;le le caract&#232;re de bien public de la connaissance qui doit absolument &#233;chapper &#224; la privatisation pour deux raisons. La premi&#232;re est une affaire de principe : la connaissance est un h&#233;ritage sans cesse agrandi de l'histoire humaine et il doit &#234;tre transmis comme tel. La deuxi&#232;me raison rel&#232;ve d'une exigence d'efficacit&#233; : la connaissance grandit quand elle est partag&#233;e et construite en coop&#233;ration ; au contraire, elle s'&#233;tiole, voire dispara&#238;t quand elle est accapar&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;3) Le cadre de l'expression politique d&#233;mocratique&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;L'expression d&#233;mocratique des peuples s'est historiquement d&#233;velopp&#233;e dans le cadre de l'Etat-nation. Et c'est celui-l&#224; qui sert encore aujourd'hui. Mais la mondialisation du capitalisme, le poids des grands groupes industriels et financiers, la place des grandes institutions internationales, comme l'ONU, le FMI, la BM, domin&#233;es par les Etats-Unis et dans une moindre mesure par le Japon et quelques pays europ&#233;ens, rendent de plus en plus obsol&#232;te le cadre national de l'expression d&#233;mocratique. Tous les peuples du monde entier &#233;taient oppos&#233;s &#224; la guerre en Irak ; elle a pourtant eu lieu, sur la base de mensonges d'Etat.&lt;br /&gt;
Tous les peuples sont oppos&#233;s &#224; la privatisation des services publics et de la protection sociale ; elle est pourtant mise en &#339;uvre inexorablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe est que ce sont les Etats qui pilotent ces d&#233;cisions allant dans le sens d'une lib&#233;ralisation toujours plus pouss&#233;e de l'organisation de la soci&#233;t&#233; et qui, de ce fait, se privent pour l'avenir d'outils de r&#233;gulation en planifiant &#224; l'avance leur propre dessaisissement des affaires publiques, remettant celles-ci entre les mains d'institutions inf&#233;od&#233;es aux exigences financi&#232;res. Le projet de constitution europ&#233;enne ne pr&#233;voit pas que le fonctionnement des institutions europ&#233;ennes, comme le fait toute constitution. Il inscrit dans le marbre le principe de la concurrence et du march&#233; comme principe directeur de la soci&#233;t&#233;, de la m&#234;me fa&#231;on que l'AGCS au niveau de l'OMC. Le patronat europ&#233;en envisage de faire adopter la norme de 45 &#224; 48 heures de travail hebdomadaires au sein de l'Europe &#233;largie, et d&#233;j&#224; des projets circulent selon lesquels un travailleur immigr&#233; dans un pays europ&#233;en se verrait appliquer la l&#233;gislation du travail de son pays d'origine et non celle du pays d'accueil. En France, le r&#233;cent rapport Virville propose d'instituer le contrat de mission comme mod&#232;le de contrat de travail s'apparentant davantage au droit commercial qu'au droit du travail, pendant que la loi sur le dialogue social et la formation professionnelle abolit la hi&#233;rarchie des normes qui voulait qu'aucun accord d'entreprise ne pouvait offrir de garanties sociales inf&#233;rieures &#224; l'accord de branche, &#224; l'accord interprofessionnel, et &#224; la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les &#233;coles de management mettent en place des modules de formation pour futurs DRH sur la mani&#232;re de bien pr&#233;parer des plans sociaux&#8230;&lt;br /&gt;
Concilier l'&#233;conomie, le social et l'&#233;thique ? C'est la notion m&#234;me de progr&#232;s qui est en question. Le r&#234;ve de Condorcet de voir l'humanit&#233; accomplir un progr&#232;s moral en m&#234;me temps que le progr&#232;s scientifique se r&#233;alisait s'est &#233;vanoui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un nouveau contrat social ?&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Nous ne sommes donc pas seulement en pr&#233;sence d'une simple crise &#233;conomique, classique dans l'histoire du capitalisme, mais d'une crise syst&#233;mique globale, mettant en cause les conditions de reproduction de la soci&#233;t&#233;, tant dans ses aspects mat&#233;riels que culturels, et, plus g&#233;n&#233;ralement encore, mena&#231;ant les conditions de reproduction de la vie.&lt;br /&gt;
Cette crise atteint, par voie de cons&#233;quence, les repr&#233;sentations dominantes, celles-l&#224; m&#234;mes qui assuraient que le progr&#232;s humain serait n&#233;cessairement au bout du progr&#232;s mat&#233;riel, au bout du d&#233;veloppement &#233;conomique que ce progr&#232;s mat&#233;riel engendrait. Or, aujourd'hui le d&#233;veloppement est en crise parce que le processus d'accumulation de richesses soumis au r&#232;gne du profit entre en contradiction avec l'ensemble des proc&#233;dures de r&#233;gulation des rapports sociaux et des rapports entre l'homme et la nature qui permettraient &#224; la vie en soci&#233;t&#233; d'&#234;tre &#171; soutenable &#187;, c'est-&#224;-dire, tout simplement, supportable ou vivable.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir J.M. Harribey, L'&#233;conomie &#233;conome, Le d&#233;veloppement soutenable par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br /&gt;
1) Le d&#233;veloppement durable ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;Dans ce contexte est n&#233; un engouement extraordinaire pour le mot d'ordre de &#171; d&#233;veloppement durable &#187; ou &#171; soutenable &#187; depuis que l'ONU et, &#224; sa suite, tous les gouvernements, chefs d'entreprises multinationales, ONG, &#233;conomistes bien intentionn&#233;s, etc., en ont popularis&#233; le concept : assurer le bien-&#234;tre des g&#233;n&#233;rations pr&#233;sentes sans compromettre celui des g&#233;n&#233;rations futures. Qui ne peut souscrire &#224; un tel programme ? Mais celui-ci est entach&#233; d'un vice fondamental : la poursuite d'une croissance &#233;ternelle est suppos&#233;e &#234;tre compatible avec le maintien des &#233;quilibres naturels et la r&#233;solution des probl&#232;mes sociaux. &#171; Aujourd'hui, ce dont nous avons besoin, c'est une nouvelle &#232;re de croissance, une croissance vigoureuse et, en m&#234;me temps, socialement et environnementalement soutenable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport Brundtland, Notre avenir &#224; tous, Montr&#233;al, Ed. du Fleuve, 1987, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;clarait le rapport Brundtland en 1987. Ce postulat est fond&#233; sur deux affirmations tr&#232;s fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est d'ordre &#233;cologique : la croissance pourrait se poursuivre parce que l'intensit&#233; en ressources naturelles requise par la production diminue avec le progr&#232;s technique. Autrement dit, on pourrait produire toujours davantage avec moins de mati&#232;res premi&#232;res et d'&#233;nergie. Or, les faits sont t&#234;tus : la baisse de l'intensit&#233; en ressources naturelles est ind&#233;niable mais elle est malheureusement plus que compens&#233;e par l'augmentation g&#233;n&#233;rale de la production, et, ainsi, la ponction sur les ressources et la pollution continuent d'augmenter, comme le reconna&#238;t le rapport du Programme des Nations Unies pour le D&#233;veloppement : &#171; Partout dans le monde, les processus de production sont devenus plus &#233;conomes en &#233;nergie depuis quelques ann&#233;es. Cependant, vu l'augmentation des volumes produits, ces progr&#232;s sont nettement insuffisants pour r&#233;duire les &#233;missions de dioxyde de carbone &#224; l'&#233;chelle mondiale. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PNUD, Rapport mondial sur le d&#233;veloppement humain 2002, Bruxelles, De Boeck, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me affirmation fragile est d'ordre social : la croissance &#233;conomique serait seule capable de r&#233;duire la pauvret&#233; et les in&#233;galit&#233;s et de renforcer les coh&#233;sions sociales. Or tout porte &#224; croire le contraire car la croissance capitaliste est n&#233;cessairement in&#233;gale, destructrice autant que cr&#233;atrice, se nourrissant des in&#233;galit&#233;s pour susciter sans cesse des frustrations et des besoins nouveaux. De plus, depuis quarante ans, alors que globalement le monde a connu un accroissement consid&#233;rable de la richesse produite, les in&#233;galit&#233;s ont explos&#233; : l'&#233;cart entre les 20% les plus pauvres et les 20% les plus riches est pass&#233; de 1 &#224; 30 &#224; 1 &#224; 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approfondissement des &#233;carts, aussi bien entre les pays riches et les pays pauvres qu'au sein m&#234;me des pays riches, n'est pas &#233;tonnant : le passage &#224; un r&#233;gime d'accumulation financi&#232;re provoque un profond chamboulement des m&#233;canismes de r&#233;partition de la valeur produite puisque l'&#233;l&#233;vation des exigences de r&#233;mun&#233;ration des classes capitalistes, notamment par le biais de la hausse des dividendes, condamne la part de la valeur ajout&#233;e attribu&#233;e aux salari&#233;s &#224; d&#233;cro&#238;tre, tant sous forme de salaires directs que de prestations sociales.&lt;br /&gt;
La faille principale des promoteurs officiels du concept de d&#233;veloppement durable est leur incapacit&#233; &#224; penser l'avenir en dehors du paradigme de la croissance &#233;conomique &#233;ternelle. En d&#233;pit des d&#233;g&#226;ts sociaux et &#233;cologiques, le d&#233;veloppement durable que presque personne ne veut dissocier de la croissance fonctionne comme une drogue dure. Lorsque la croissance est forte, l'illusion est entretenue qu'elle peut r&#233;soudre les probl&#232;mes - qu'elle a pour la plupart fait na&#238;tre - et qu'ainsi, plus grande est la dose, mieux le corps social s'en portera. Lorsqu'elle est faible, le manque appara&#238;t et est d'autant plus douloureux qu'aucune d&#233;sintoxication n'a &#233;t&#233; pr&#233;vue.&lt;br /&gt;
Aussi l'&lt;i&gt;an&#233;mie &lt;/i&gt;actuelle de la croissance ne doit-elle pas dissimuler l'&lt;i&gt;anomie &lt;/i&gt;grandissante dans les soci&#233;t&#233;s min&#233;es par le capitalisme lib&#233;ral. Celui-ci est incapable&lt;i&gt; &lt;/i&gt;d'indiquer un sens &#224; la vie en soci&#233;t&#233; autre que celui du consum&#233;risme, du gaspillage, de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;l'accaparement des ressources naturelles et des revenus issus de l'activit&#233; &#233;conomique et en&lt;i&gt; &lt;/i&gt;fin de compte des in&#233;galit&#233;s. La drogue de la croissance est le nouvel opium des peuples dont&lt;i&gt; &lt;/i&gt;les rep&#232;res culturels et les solidarit&#233;s collectives sont bris&#233;s pour qu'ils sombrent dans le&lt;i&gt; &lt;/i&gt;gouffre sans fond de la marchandisation. Le premier chapitre du &lt;i&gt;Capital &lt;/i&gt;de Marx critiquant la&lt;i&gt; &lt;/i&gt;marchandise &#233;tait particuli&#232;rement pr&#233;monitoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Le Capital, Livre I, 1867, Paris, Gallimard, La Pl&#233;iade, tome 1, 1965.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Nous sommes donc confront&#233;s &#224; un dilemme : comment r&#233;sorber le ch&#244;mage sans recourir &#224; une croissance &#233;conomique &#233;lev&#233;e &#233;cologiquement d&#233;vastatrice ? Il faut en effet &#233;carter cette solution pour trois raisons principales :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la croissance n'est jamais qu'une solution de court terme compte tenu de l'imp&#233;ratif du capitalisme d'avoir toujours &#224; sa disposition dans le monde une &#171; arm&#233;e de r&#233;serve &#187; ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; elle n'est n&#233;cessaire, dans un contexte technique donn&#233;, pour atteindre le plein emploi que si l'on consid&#232;re comme intangibles la r&#233;partition des revenus et le temps de travail ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cette croissance devrait &#234;tre faramineuse durablement pour faire dispara&#238;tre tout le ch&#244;mage actuel et maintenir un plein emploi permanent, et donc elle &#233;puiserait rapidement les ressources naturelles et aggraverait la pollution : la marchandisation du monde d&#233;g&#233;n&#232;rerait en une &lt;i&gt;excroissance &lt;/i&gt;difforme et de plus en plus monstrueuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les gains de productivit&#233; doivent servir &#224; autre chose que produire et consommer toujours davantage : la r&#233;duction du temps de travail est une voie pour surmonter le dilemme que nous l&#232;gue le capitalisme entre d&#233;ch&#233;ance des ch&#244;meurs et saccage de la plan&#232;te, &#224; condition de simultan&#233;ment r&#233;orienter la production vers la qualit&#233; et la satisfaction des besoins collectifs.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;2) Restreindre le champ de la propri&#233;t&#233; et du march&#233;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;Plut&#244;t que de vouloir concilier l'inconciliable, nous devons travailler &#224; refonder un contrat social et mettre fin aux projets de d&#233;molition sociale n&#233;cessaires &#224; la financiarisation de l'&#233;conomie capitaliste.&lt;br /&gt;
La condition &lt;i&gt;sine qua non &lt;/i&gt;porte sur la propri&#233;t&#233; et le champ que nous laissons au march&#233;. Dans l'imm&#233;diat doivent &#234;tre mis hors march&#233; :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les services publics ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la sant&#233; ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les retraites ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la culture ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'eau et l'air ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; toutes les connaissances scientifiques.&lt;br /&gt;
Cela implique deux choses : un &#233;largissement de la sph&#232;re non marchande et une nouvelle conception de la richesse. La vulgate lib&#233;rale explique &#224; longueur de temps que les activit&#233;s publiques sont parasitaires et entravent la dynamique &#233;conomique et que les pr&#233;l&#232;vements obligatoires sont toujours trop &#233;lev&#233;s.&lt;br /&gt;
Non seulement c'est faux car les activit&#233;s publiques offrent d'authentiques valeurs d'usage. Elles ont seulement l'inconv&#233;nient aux yeux des lib&#233;raux d'&#234;tre des d&#233;penses socialis&#233;es et de permettre un d&#233;but de redistribution des richesses. Mais, de plus, tout le monde reconna&#238;t aujourd'hui que les activit&#233;s d'&#233;ducation, de sant&#233; sont cr&#233;atrices d'externalit&#233;s positives dont b&#233;n&#233;ficient l'ensemble des acteurs de l'&#233;conomie.&lt;br /&gt;
On revient &#224; notre point de d&#233;part : la richesse n'est pas r&#233;ductible &#224; ce qui a une valeur sur le march&#233;. Quand on aime la vie, ne compte pas ce qui d'ordinaire se compte et compte ce qui ne se compte pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;3) De la d&#233;mocratie censitaire &#224; la d&#233;mocratie r&#233;elle&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;Au sein du FMI, un dollar = une voix. Cela illustre bien la limite de la d&#233;mocratie dans le monde : elle est plus censitaire que r&#233;elle et ne peut donc d&#233;livrer un arbitrage entre les imp&#233;ratifs capitalistes et les valeurs sociales et &#233;thiques. Certes, nous avons encore la possibilit&#233; de chasser du pouvoir un Aznar qui fait une guerre contre l'assentiment de son peuple et qui lui ment effront&#233;ment. Nous avons encore la possibilit&#233; d'infliger un camouflet au trio Seilli&#232;re-Chirac-Raffarin. Mais que pesons-nous dans les choix fondamentaux si la BCE n'a de comptes &#224; rendre qu'aux march&#233;s financiers et si les ch&#244;meurs sont priv&#233;s de droits tandis que les grandes fortunes caracolent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La refondation de la d&#233;mocratie rel&#232;ve donc de l'urgence extr&#234;me. Son avenir d&#233;pendra de notre capacit&#233; &#224; articuler les formes de d&#233;mocratie repr&#233;sentative et de d&#233;mocratie directe.&lt;br /&gt;
Sans la seconde, la premi&#232;re est toujours tent&#233;e d'&#233;voluer vers une d&#233;mocratie d&#233;l&#233;gataire sans contr&#244;le et technocratique. Concilier le capitalisme et l'&#233;thique, c'est comme vouloir marier l'eau et le feu. La conclusion s'impose alors. Elle est de consid&#233;rer le capitalisme comme une &#233;tape de l'histoire humaine, et rien que cela. Sur le plan philosophique et &#233;pist&#233;mologique, cela implique que l'organisation de l'&#233;conomie n'ob&#233;it &#224; aucune loi naturelle qui s'imposerait &#224; nous comme la loi de la gravitation universelle. L'&#233;conomie est une construction sociale, c'est-&#224;-dire est toujours le fruit de rapports entre les hommes, souvent de rapports de forces entre des int&#233;r&#234;ts divergents.&lt;br /&gt;
La volont&#233; de concilier est louable. Encore faut-il qu'elle ne masque pas une mise sur un m&#234;me plan du pot de fer et du pot de terre. Encore faut-il qu'elle ne masque pas une r&#233;duction des valeurs &#224; une valeur marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bordeaux, 14 juin 2004&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/valeur/eco-ethique.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/valeur/eco-ethique.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conf&#233;rence pour l'Association nationale&lt;br /&gt;
des directeurs et cadres de la fonction personnel&lt;br /&gt;
M&#233;rignac, 7 avril 2004&lt;br /&gt;
et&lt;br /&gt;
Communication au s&#233;minaire : Journ&#233;e de r&#233;flexions et d'&#233;changes&lt;br /&gt;
&#171; D&#233;veloppement durable et &#233;thique de la responsabilit&#233; &#187;&lt;br /&gt;
Chaire Unesco sur la formation de professionnels du d&#233;veloppement durable&lt;br /&gt;
CREPHINAT, UFR de philosophie&lt;br /&gt;
Universit&#233; Bordeaux 3&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Jonas, &lt;i&gt;Le principe responsabilit&#233;, Une &#233;thique pour la civilisation technologique&lt;/i&gt;, 1979, &#233;d. fr. Paris, Ed. du Cerf, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ph. Ricard, &#171; Les industriels europ&#233;ens mobilis&#233;s contre les engagements de Kyoto &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 23 mars 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir J.M. Harribey, &lt;i&gt;L'&#233;conomie &#233;conome, Le d&#233;veloppement soutenable par la r&#233;duction du temps de travail&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 1997 ; et &lt;i&gt;Le d&#233;veloppement soutenable&lt;/i&gt;, Paris, Economica, 1998 ; &lt;i&gt;La d&#233;mence s&#233;nile du&lt;/i&gt; &lt;i&gt;capital, Fragments d'&#233;conomie critique&lt;/i&gt;, B&#232;gles, Ed. du Passant, 2e &#233;d. 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport Brundtland, &lt;i&gt;Notre avenir &#224; tous&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Ed. du Fleuve, 1987, p. XXIII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PNUD, &lt;i&gt;Rapport mondial sur le d&#233;veloppement humain 2002&lt;/i&gt;, Bruxelles, De Boeck, 2002, p. 28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. Marx, &lt;i&gt;Le Capital, Livre I&lt;/i&gt;, 1867, Paris, Gallimard, La Pl&#233;iade, tome 1, 1965.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Qui annule sa dette rel&#232;ve sa t&#234;te &#187; Jean-Marie Harribey </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Qui-annule-sa-dette-releve-sa-tete-Jean-Marie-Harribey</link>
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		<dc:date>2003-01-24T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un riche bien &#233;tabli dit &#224; un ambitieux qui veut le devenir : Qui paie ses dettes s'enrichit. L'autre r&#233;pond : Comment puis-je m'enrichir si, pour rembourser ma dette, je suis oblig&#233; de m'endetter de nouveau ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le riche ricane : On voit bien que tu es un novice. Tu n'as qu'&#224; faire comme moi : tu pr&#234;tes. L'autre : Mais &#224; qui ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le riche : Retourne-toi, il y a un pauvre derri&#232;re toi et il veut emprunter ; pr&#234;te-lui. L'autre : Je lui pr&#234;te ou il m'emprunte ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le riche : C'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Dette-externe" rel="directory"&gt;Dette externe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un riche bien &#233;tabli dit &#224; un ambitieux qui veut le devenir :&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui paie ses dettes s'enrichit.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;L'autre r&#233;pond &lt;/strong&gt; : Comment puis-je m'enrichir si, pour rembourser ma dette, je suis oblig&#233; de m'endetter de nouveau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le riche ricane&lt;/strong&gt; : On voit bien que tu es un novice. Tu n'as qu'&#224; faire comme moi : tu pr&#234;tes.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;L'autre&lt;/strong&gt; : Mais &#224; qui ? &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le riche&lt;/strong&gt; : Retourne-toi, il y a un pauvre derri&#232;re toi et il veut emprunter ; pr&#234;te-lui.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;L'autre &lt;/strong&gt; : Je lui pr&#234;te ou il m'emprunte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le riche &lt;/strong&gt; : C'est pareil. Tu me fais perdre mon temps et tu vas me devoir davantage. &lt;br /&gt; L'autre, ahuri : Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le riche &lt;/strong&gt; : Parce que le temps, c'est de l'argent. On ne te l'a jamais dit ? &lt;br /&gt; L'autre : &#034; Non. Le temps fait de l'argent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le riche&lt;/strong&gt; : Oui, &#224; condition qu'un pauvre travaille pendant ce temps-l&#224;. &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;L'autre &lt;/strong&gt; : Je croyais qu'on ne pr&#234;tait qu'aux riches. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le riche, agac&#233; &lt;/strong&gt; : On pr&#234;te aux riches qui ont beaucoup de pauvres qui travaillent pour eux et &#224; certains pauvres qui travaillent deux fois plus. &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;L'autre&lt;/strong&gt; : Mais ce que produisent les pauvres leur appartient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le riche : Non, si tu as pr&#234;t&#233; &#224; un pauvre pour qu'il travaille, ce qu'il produira nous reviendra. &#034;&lt;br /&gt; L'autre : J'ai compris &#224; qui il faut pr&#234;ter. Mais avec quoi ? &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le riche&lt;/strong&gt; : Je te l'ai d&#233;j&#224; dit. Je te pr&#234;te. &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;L'autre &lt;/strong&gt; : Mais toi, d'o&#249; tu le tiens ce que tu me pr&#234;tes ? &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le riche : &lt;/strong&gt; Ah &#231;a mais, tu ne comprends donc rien. J'ai connu des pauvres avant toi ! Mais il y en a encore. D&#233;p&#234;che-toi, sinon je vais les prendre. Et puis, tais-toi maintenant car ils pourraient nous entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Histoire vraie. Histoire sordide. L'histoire de la g&#233;n&#233;ration d'une dette qui n'existait pas il y a 40 ans et qui atteint aujourd'hui 2030 milliards de dollars + 465 milliards de dollars si l'on inclut les pays de l'Est. Donc un total de 2500 milliards de dollars de dettes des pays les plus pauvres de la plan&#232;te vis-&#224;-vis des grandes institutions financi&#232;res internationales, des grandes banques occidentales ou des Etats d&#233;velopp&#233;s. L'histoire d'une formidable ponction op&#233;r&#233;e par le syst&#232;me financier capitaliste mondial sur les peuples les plus d&#233;munis. Une ponction qui est normalement programm&#233;e pour &#234;tre sans fin gr&#226;ce &#224; un m&#233;canisme infernal de reproduction de la dette &#224; une &#233;chelle de plus en plus vaste, que l'on ne pourra briser que par une annulation pure et simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. L'engrenage de la dette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la 2&#232;me guerre mondiale, le monde d&#233;couvre la r&#233;alit&#233; du sous-d&#233;veloppement. C'est l'&#233;poque des luttes pour l'ind&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des puissances coloniales ou vis-&#224;-vis des deux blocs de la guerre froide. Dans les ann&#233;es 50, une conscience du tiers monde &#233;merge lors des conf&#233;rences de Bandung (1955), puis plus tard de Belgrade (1961) ou d'Alger (1973). Quelques pays amorcent au cours des ann&#233;es 50 et 60 des processus de d&#233;veloppement &#233;conomique sur une base nationaliste, parfois selon une voie non capitaliste. Que l'on songe &#224; l'Inde de Nehru, la Yougoslavie de Tito, l'Egypte de Nasser, le Cuba de Castro et du &lt;i&gt;Che&lt;/i&gt;, la Chine de Mao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces amorces de d&#233;veloppement se font alors sans &#234;tre compl&#232;tement subordonn&#233;es &#224; des proc&#233;dures de financement dont &#233;taient ma&#238;tres les banques et institutions internationales. La majeure partie des flux de capitaux allant du Nord vers le Sud sont, dans les ann&#233;es 50 et 60, d'origine publique. La subordination du tiers monde &#224; l'&#233;poque passait essentiellement soit par un colonialisme classique encore non aboli, soit par une non ma&#238;trise de l'exploitation et du prix des mati&#232;res premi&#232;res dans lesquelles la production des pays du tiers monde destin&#233;e &#224; l'exportation &#233;tait sp&#233;cialis&#233;e. Les deux principales manifestations de cette subordination &#233;taient alors l'&#233;change in&#233;gal et la d&#233;gradation des termes de l'&#233;change. Ces deux probl&#232;mes subsistent encore aujourd'hui, mais ils sont aggrav&#233;s par l'engrenage de la dette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout va changer en effet &#224; partir du d&#233;but des ann&#233;es 70. Sous la conjonction de deux s&#233;ries d'&#233;l&#233;ments concomitants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier est la crise du capitalisme qui &#233;clate &#224; ce moment-l&#224; et qui se traduit par une baisse de la rentabilit&#233; du capital, c'est-&#224;-dire des opportunit&#233;s de profit, par un effondrement en 1971 du syst&#232;me mon&#233;taire international fond&#233; &#224; Bretton-Woods (1944) et la chute du dollar d&#233;j&#224; min&#233; &#224; cause de l'accumulation de dollars dans le monde, et par le quadruplement du prix de p&#233;trole en 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes banques occidentales vont se trouver &#224; la t&#234;te de dollars accumul&#233;s depuis plusieurs ann&#233;es &#224; cause du d&#233;ficit de la balance des paiements am&#233;ricaine et soudainement accrus apr&#232;s le premier choc p&#233;trolier. Elles vont donc, &#224; un moment o&#249; la croissance des pays industrialis&#233;s donne des signes de fatigue, &#234;tre prises d'une fr&#233;n&#233;sie pour octroyer des pr&#234;ts faciles aux pays du tiers monde et inciter ceux-ci &#224; y avoir recours. Les taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;els sont tr&#232;s bas &#224; cause d'une inflation forte. Et, par chance pour les pays du tiers monde, la hausse du prix des mati&#232;res premi&#232;res pendant la d&#233;cennie 70 promet &#224; ceux-ci des recettes d'exportation capables de les aider &#224; rembourser leurs emprunts. La cons&#233;quence est que de 1973 &#224; 1981, les cr&#233;ances des banques priv&#233;es sur les pays en voie de d&#233;veloppement progress&#232;rent de 28% par an en moyenne. De 1974 &#224; 1982, le ratio de la dette ext&#233;rieure sur les exportations est pass&#233; de 72,2% &#224; 113,7%, et le ratio du service de la dette sur les exportations est pass&#233; de 8,5% &#224; 17,2%. Cette d&#233;t&#233;rioration des ratios est surtout marqu&#233;e en Am&#233;rique latine (doublement du premier ratio et 26,4% pour le second) et en Afrique (triplement du premier ratio ; le second ne progressant que jusqu'&#224; 13,3% parce que la part des financements publics &#233;tait rest&#233;e importante). Seule, l'Asie du sud-est maintenait des ratios plus supportables parce qu'elle b&#233;n&#233;ficiait d'une croissance forte et d'exportations importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment expliquant la mont&#233;e de l'endettement des pays du tiers monde est plus politique. Au d&#233;but de la d&#233;cennie 70, les &#233;lites capitalistes prennent conscience que le risque est grand de voir le tiers monde basculer dans la voie d'un d&#233;veloppement alternatif qui est per&#231;u comme une menace communiste. Les Etats-Unis sont embourb&#233;s au Vietnam et s'appr&#234;tent &#224; subir une d&#233;faite, le Chili tente une exp&#233;rience originale avec Allende, et m&#234;me au bout de l'Europe le Portugal se d&#233;fait de la dictature de Salazar avec la r&#233;volution des &#339;illets. Aussi l'ONU ainsi que les institutions comme le FMI et la Banque mondiale lancent-elles &#224; tour de r&#244;le des &#034; d&#233;cennies du d&#233;veloppement &#034; annon&#231;ant pour demain la fin de la mis&#232;re et de la malnutrition dans le monde. La r&#233;volution agricole verte doit emp&#234;cher la r&#233;volution rouge. Tous les projets de d&#233;veloppement pr&#233;sent&#233;s par les pays du tiers monde sont accept&#233;s sans aucune r&#233;ticence et m&#234;me encourag&#233;s, fussent-ils pharaoniques et destructeurs d'environnement comme le barrage d'Inga dans l'ex-Za&#239;re, celui sur la Narvada en Inde, celui de Kedung Ombo en Indon&#233;sie, ou comme la route transamazonienne au Br&#233;sil, ou fussent-ils, et &#224; plus forte raison, command&#233;s par des r&#233;gimes dictatoriaux ou fascistes comme l'Indon&#233;sie de Suharto, le Br&#233;sil des militaires, l'Argentine de Videla et plus tard le Chili de Pinochet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conjoncture financi&#232;re qu'on aurait pu consid&#233;rer comme favorable aux pays du tiers monde ne va pas durer. Favorable, parce qu'un endettement n'est pas quelque chose de malsain si la croissance et notamment la croissance des exportations sont sup&#233;rieures aux taux d'int&#233;r&#234;ts r&#233;els. Or, imm&#233;diatement apr&#232;s le 2nd choc p&#233;trolier, en 1979, les Etats-Unis effectuent un retournement complet de leur politique mon&#233;taire. Pour mettre fin &#224; l'inflation et enrayer la chute du dollar, la FED (banque centrale am&#233;ricaine) amorce une politique de taux d'int&#233;r&#234;t tr&#232;s &#233;lev&#233;s qui va se propager rapidement dans le monde entier et avoir des cons&#233;quences d&#233;sastreuses pour les pays du tiers monde tr&#232;s endett&#233;s. Non seulement le co&#251;t du cr&#233;dit se trouve brutalement rench&#233;ri car 70% de la dette avait &#233;t&#233; contract&#233;e &#224; des taux d'int&#233;r&#234;t variables, mais ce rench&#233;rissement s'op&#232;re au moment o&#249; s'ach&#232;ve la d&#233;cennie faste pour le tiers monde en ce qui concerne les prix des mati&#232;res premi&#232;res qui recommencent &#224; baisser au d&#233;but de la d&#233;cennie 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : des recettes d'exportations procurant des devises aux pays en voie de d&#233;veloppement en baisse et n&#233;cessit&#233; de recourir &#224; de nouveaux emprunts pour rembourser les pr&#233;c&#233;dents. Simultan&#233;ment, les pays d&#233;velopp&#233;s entrent en r&#233;cession apr&#232;s que les politiques mon&#233;taristes d'aust&#233;rit&#233; ont aggrav&#233; les cons&#233;quences du 2nd p&#233;trolier. Il s'ensuit que les importations des pays d&#233;velopp&#233;s en provenance des pays en voie de d&#233;veloppement se contractent, pr&#233;cipitant ces derniers dans la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re crise de l'endettement &#233;clate en ao&#251;t 1982 lorsque le Mexique annonce qu'il n'est plus en mesure d'honorer le service de sa dette et qu'il cesse de rembourser et de payer ses int&#233;r&#234;ts. Cette cessation de paiement survient apr&#232;s la d&#233;gradation des capacit&#233;s de paiement pour les raisons &#233;voqu&#233;es plus haut et aussi apr&#232;s le d&#233;part d'une masse &#233;norme de capitaux internationaux (22 milliards de $) qui fuyaient un peso consid&#233;r&#233; comme sur&#233;valu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du Mexique &#233;branle le syst&#232;me bancaire mondial, d'autant plus fortement que ce pays &#233;tait consid&#233;r&#233; comme l'un des plus fiables parmi le tiers monde eu &#233;gard &#224; ses r&#233;serves p&#233;troli&#232;res. La vuln&#233;rabilit&#233; du syst&#232;me bancaire appara&#238;t donc au grand jour puisque le montant total de l'endettement ext&#233;rieur des pays du tiers monde atteint, &#224; la fin 1982, 635 milliards de $, et que cet endettement est tr&#232;s concentr&#233; dans la mesure o&#249; pr&#232;s de la moiti&#233; du total est r&#233;partie entre 5 pays seulement (Br&#233;sil, Mexique, Argentine, Cor&#233;e du Sud et V&#233;n&#233;zuela).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le point crucial pour la compr&#233;hension des enjeux de la r&#233;solution de la crise de la dette. De par leurs liens avec l'Am&#233;rique latine et leur domination sur elle, les Etats-Unis ont leurs banques tr&#232;s impliqu&#233;es avec les pays les plus endett&#233;s du tiers monde. Les cr&#233;ances sur le Br&#233;sil, l'Argentine, le V&#233;n&#233;zu&#233;la et le Chili repr&#233;sentaient, en 1982, 141% des fonds propres de la Morgan Guaranty, 154% de ceux de la Chase Manhatan Bank, 158% de ceux de la Bank of America, 170% de ceux de la Chemical Bank, 175% de ceux de la City Bank et 263% de ceux de la Manufacturers Hanover.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors, le mot d'ordre financier, bancaire et politique international devient, non pas sauver les pays endett&#233;s, mais sauver les banques cr&#233;anci&#232;res de la faillite. Et c'est l&#224; qu'entrent en sc&#232;ne le FMI et la BM. Acte II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le r&#244;le des institutions financi&#232;res internationales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1971, le FMI n'avait plus de r&#244;le officiel puisqu'il avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1944 pour garantir le respect des accords de Bretton Woods, notamment le maintien de la parit&#233; des changes. L'abolition des changes fixes, le passage aux changes flottants ainsi que la lib&#233;ralisation du mouvement des capitaux et la mont&#233;e en puissance des banques priv&#233;es, avaient mis un peu au ch&#244;mage technique le FMI. La crise de la dette allait lui redonner de l'ouvrage. Essentiellement pour asservir d&#233;finitivement les pays du tiers monde au capitalisme de plus en plus lib&#233;ral. Au moyen de deux m&#233;canismes : le report des &#233;ch&#233;ances et surtout les plans d'ajustement structurel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le report des &#233;ch&#233;ances ou r&#233;&#233;chelonnement de la dette consiste &#224; accorder un d&#233;lai suppl&#233;mentaire pour le remboursement des emprunts tout en continuant &#224; payer les int&#233;r&#234;ts. En justifiant cela par l'id&#233;e que la difficult&#233; de paiement de pays endett&#233;s n'&#233;tait que passag&#232;re et que les banques pouvaient donc continuer &#224; leur pr&#234;ter des sommes uniquement pour rembourser les pr&#233;c&#233;dentes. Pis encore, en faisant jouer &#224; certains pays d&#233;j&#224; tr&#232;s endett&#233;s le r&#244;le d'interm&#233;diaires entre les banques et d'autres pays encore plus endett&#233;s. C'est ainsi qu'en mars 1984, le Mexique et le Br&#233;sil, qui n'arrivaient d&#233;j&#224; &#224; payer leurs int&#233;r&#234;ts qu'au moyen de nouveaux pr&#234;ts, ont &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; avancer 300 millions de dollars &#224; l'Argentine pour &#233;viter aux banques engag&#233;es dans ce dernier pays d'avoir &#224; reconna&#238;tre la d&#233;tention de cr&#233;ances douteuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ces artifices &#233;taient &#233;vidents. Ils ne pouvaient &#234;tre utilis&#233;s que parce que, parall&#232;lement, une machine redoutable entrait en action : les plans d'ajustement structurel (PAS).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Ajuster :&lt;/strong&gt; en &#233;conomie, ce mot signifie broyer, ou, plus soft, flexibiliser.&lt;br /&gt; &lt;strong&gt;Structurel :&lt;/strong&gt; en &#233;conomie, ce mot d&#233;signe le social. &lt;br /&gt; &lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; :&lt;/strong&gt; ajuster le structurel, c'est broyer le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &#224; l'&#233;poque o&#249; les cr&#233;dits &#233;taient accord&#233;s aux pays du tiers monde &#224; des taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;els faibles, ce n'&#233;tait pas sans exiger d'eux le respect de normes lib&#233;rales strictes. Par exemple, Robert McNamara qui s'y connaissait en mati&#232;re de guerre contre les peuples puisqu'il avait dirig&#233; celle contre le Vietnam avant de diriger la BM, d&#233;clarait en 1968 : &#034; L'unique limitation des activit&#233;s de la Banque mondiale est la capacit&#233; des pays membres d'utiliser notre assistance de mani&#232;re efficace et de rembourser nos pr&#234;ts dans les termes et les conditions que nous d&#233;terminerons. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; partir de la crise de la dette de 1982, le FMI et la BM vont conditionner l'octroi de nouveaux cr&#233;dits ou le r&#233;&#233;chelonnement de la dette &#224; l'adoption de programmes dits PAS qui, dans un premier temps vont avoir pour objectif de faciliter la gestion de la dette, c'est-&#224;-dire d'&#233;viter la faillite des grandes banques, mais rapidement vont devenir des instruments d'int&#233;gration et de suj&#233;tion des pays endett&#233;s aux m&#233;canismes du march&#233; capitaliste mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les PAS pr&#233;sentent deux volets :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un volet de stabilisation &#233;conomique &#224; court terme qui se d&#233;cline en trois dimensions : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. la d&#233;valuation de la monnaie (63% pour le dinar alg&#233;rien en 1994, 50% pour le franc CFA en janvier 1994) et la suppression du contr&#244;le des changes ;&lt;br /&gt; . l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire publique avec la diminution du nombre de fonctionnaires, de leurs salaires, et la baisse des budgets sociaux et des d&#233;penses d'&#233;ducation et de sant&#233; ;&lt;br /&gt; . la lib&#233;ralisation des prix, la suppression des subventions notamment en faveur des produits de base (pain, riz, tortilla, eau, &#233;lectricit&#233;, transport) et de l'indexation des salaires.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; un volet de r&#233;formes structurelles qui visent toutes &#224; lib&#233;raliser l'&#233;conomie :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. libre circulation des capitaux (fin du contr&#244;le sur les investissements &#233;trangers), lib&#233;ralisation du commerce ext&#233;rieur (ouverture aux produits &#233;trangers) ;&lt;br /&gt; . privatisations du syst&#232;me bancaire et des entreprises publiques ;&lt;br /&gt; . privatisation de la terre (contre-r&#233;forme agraire) ;&lt;br /&gt; . priorit&#233; &#224; la production destin&#233;e &#224; l'exportation par rapport &#224; la production vivri&#232;re ;&lt;br /&gt; . d&#233;r&#233;glementation du march&#233; du travail et limitation du pouvoir des syndicats ;&lt;br /&gt; . r&#233;forme fiscale anti-redistributive : g&#233;n&#233;ralisation de la TVA et surtout pas d'imp&#244;t sur le capital.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enjeu des PAS est clair :&lt;/strong&gt; eliminer d&#233;finitivement toute trace des modes de vie traditionnels communautaires et emp&#234;cher que le d&#233;veloppement se fasse en empruntant une voie qui donnerait trop de place aux rapports non marchands ou qui ferait appel &#224; une r&#233;gulation collective. Par exemple, le FMI et la BM ont impos&#233; au Mexique qu'il modifie l'article de sa constitution prot&#233;geant les biens communaux (les ejido). Ils pr&#233;parent activement la privatisation des terres communautaires ou &#233;tatiques en Afrique subsaharienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on aille sur n'importe quel continent, les r&#233;sultats des PAS sont d&#233;sastreux. On note partout une aggravation des in&#233;galit&#233;s parce que ce sont les plus petits revenus qui sont le plus s&#233;v&#232;rement touch&#233;s par l'aust&#233;rit&#233;, tandis que les d&#233;tenteurs de fortunes et de hauts revenus peuvent facilement changer des sommes importantes avant et apr&#232;s la d&#233;valuation et ainsi prot&#233;ger leurs avoirs. En Afrique, huit pays ont vu l'&#233;tat nutritionnel des enfants diminuer pendant l'application des PAS. Le taux d'inscription dans les &#233;coles primaires avait progress&#233; de 41% &#224; 79% entre 1965 et 1980. En 1988, il &#233;tait redescendu &#224; 67%. Le taux de mortalit&#233; infantile a augment&#233; de 54% en Zambie au d&#233;but de la d&#233;cennie 90. De 1985 &#224; 1995, les d&#233;penses d'&#233;ducation par habitant y ont &#233;t&#233; divis&#233;es par 6. De 1990 &#224; 1993, la Zambie a consacr&#233; 37 millions de $ pour l'enseignement primaire et 1,3 milliard pour le service de sa dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1997, la Cor&#233;e du Sud, la Tha&#239;lande, l'Indon&#233;sie &#233;taient cit&#233;es en exemples par le FMI et la BM parce que les banques centrales devenaient ind&#233;pendantes des gouvernements, parce que le code du travail &#233;tait r&#233;form&#233; pour permettre les licenciements, parce que la p&#233;n&#233;tration des capitaux &#233;trangers &#233;tait assur&#233;e ou parce que les conglom&#233;rats locaux &#233;taient d&#233;mantel&#233;s de fa&#231;on &#224; ce que les entreprises &#233;trang&#232;res puissent acqu&#233;rir jusqu'&#224; 100% du capital des entreprises locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la crise couvait. Les pays du sud-est asiatique avaient connu des taux de croissance faramineux bas&#233;s sur des entr&#233;es de capitaux en surnombre, attir&#233;s par les bas salaires et par les taux d'int&#233;r&#234;t maintenus &#224; un niveau &#233;lev&#233; pour laisser les monnaies locales accroch&#233;es au dollar. Comme les balances commerciales &#233;taient d&#233;ficitaires, cela ne faisait que renforcer le d&#233;ficit des transactions courantes. Comme l'ambiance &#233;tait euphorique, toutes les entreprises industrielles, financi&#232;res ou immobili&#232;res, avaient largement recours au cr&#233;dit qui alimentait les sp&#233;culations de toutes sortes et engendrait une surproduction croissante dans tous les secteurs. Les grands fonds sp&#233;culatifs internationaux ne craignaient rien car ils savaient qu'il y aurait de toute fa&#231;on un pr&#234;teur en dernier ressort au niveau mondial. Mais quand ils ont vu en 1997 que les autorit&#233;s ne pourraient plus d&#233;fendre la parit&#233; de leurs monnaies avec le dollar, ils ont commenc&#233; &#224; d&#233;serter la place. La crise dite asiatique, mais qui n'est qu'une crise capitaliste en Asie, &#233;tait l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pendant ce temps-l&#224;, la dette faisait son chemin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre 1968 et 1980, la dette ext&#233;rieure des pays du tiers monde a &#233;t&#233; multipli&#233;e par 12, puis par 4 jusqu'&#224; aujourd'hui (le service de la dette x 6). En une trentaine d'ann&#233;es, elle est pass&#233;e de 50 milliards de $ &#224; 2500 : x par 50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le service de la dette engendr&#233; par celle-ci en 1999 :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tiers monde 300 M $&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pays de l'Est 50 M $&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'aide publique au d&#233;veloppement sous forme de pr&#234;ts ne d&#233;passe pas 50 milliards de $ : environ 0,24% des PIB des pays de l'OCDE (0,13% pour les USA), loin du 0,7% pr&#233;vu.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1997, l'Etat f&#233;d&#233;ral br&#233;silien a pay&#233; 45 milliards de reais d'int&#233;r&#234;ts, 72,5 en 1998, 95 en 1999, alors que le budget de la sant&#233; publique n'&#233;tait que de 19,5 milliards en 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Afrique subsaharienne rembourse chaque ann&#233;e 15 milliards de $, soit 4 fois plus que ce qu'elle d&#233;pense pour la sant&#233; et l'&#233;ducation.&lt;br class='autobr' /&gt;
La balance entre service de la dette et nouveaux pr&#234;ts laisse appara&#238;tre un transfert du Sud vers le Nord :&lt;br class='autobr' /&gt;
1998 : 45 M $&lt;br class='autobr' /&gt;
1999 : 114,6 M $ = plan Marshall de l'apr&#232;s-guerre en $ actualis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le PNUD a calcul&#233; qu'il suffisait de 40 milliards de $ par an pour assurer l'alimentation, l'eau, l'&#233;ducation, les soins de gyn&#233;cologie et d'obst&#233;trique dans tous les pays pauvres.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1998, les 41 PPTE ont transf&#233;r&#233; vers les pays du Nord 1,680 milliard de $ de plus que ce qu'ils ont re&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande partie de la dette est une dette &#224; l'&#233;gard des grandes institutions internationales et des Etats d&#233;velopp&#233;s (1600 M $), et cela d'autant plus que les pays endett&#233;s sont pauvres. La dette est &#233;norme : 2500 M $, mais ne repr&#233;sente qu'une tr&#232;s faible part de toutes les dettes contract&#233;es dans le monde : environ 6% sur 40 000 M $.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette est un m&#233;canisme de transfert occulte des richesses des pays pauvres vers les pays riches, ou plus exactement des classes sociales les plus pauvres situ&#233;es surtout dans les pays pauvres vers les classes sociales les plus riches situ&#233;es le plus souvent dans les pays riches. C'est un m&#233;canisme qui s'ins&#232;re dans le processus de financiarisation de l'&#233;conomie capitaliste &#224; l'&#233;chelle mondiale, processus qui consiste lui-m&#234;me &#224; capter la plus grande part des richesses cr&#233;&#233;es par le biais de l'augmentation de l'exploitation de la force de travail dont la sp&#233;culation fait ses choux gras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. L'annulation de la dette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'ampleur des d&#233;sastres sociaux provoqu&#233;s par les PAS et l'impossibilit&#233; d'envisager un recouvrement de la dette des pays les plus pauvres, le FMI, la BM et les pays du G7 ont d&#233;cid&#233; en 1996 un plan de r&#233;duction de la dette des pays pauvres tr&#232;s endett&#233;s (PPTE). La BM a retenu alors 41 PPTE. Le 19 juin 1999, le G7 r&#233;uni &#224; Cologne a envisag&#233; un all&#232;gement de la dette de 74 &#224; 100 milliards de $ pour 34 pays. Ces pays sont ceux pour lesquels leur dette &#233;tait jug&#233;e insoutenable parce que le PIB par habitant &#233;tait inf&#233;rieur &#224; 370$ (1 $ par jour) et parce que la dette d&#233;passait 150% des recettes annuelles d'exportations et le service de la dette d&#233;passait 25% des recettes annuelles d'exportations. De plus, ces ratios ne devaient pas s'&#234;tre am&#233;lior&#233;s de puis 3 ans. Ce projet ne porte que sur la moiti&#233; de la dette des 34 pays en question et ne repr&#233;sente qu'un tiers de la dette des 41 PPTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse a fait grand bruit de ces projets et les gouvernements se sont gargaris&#233;s de leur g&#233;n&#233;rosit&#233;. En fait, plusieurs &#233;l&#233;ments viennent rendre presque caduques les annonces faites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, quels sont les montants de la dette pris en compte pour d&#233;cider un all&#232;gement ? Premi&#232;rement, on ne prend en compte le plus souvent que le montant de la dette publique bilat&#233;rale (d'Etat &#224; Etat) et on laisse de c&#244;t&#233; tant la dette publique multilat&#233;rale &#224; l'&#233;gard des institutions comme le FMI ou la BM que la dette &#224; l'&#233;gard des banques priv&#233;es. Or, cela repr&#233;sente la part la plus faible. Deuxi&#232;mement, on ne retient que la dette publique bilat&#233;rale qui existait avant tout r&#233;&#233;chelonnement &#233;ventuellement obtenu (principe de la date butoir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a une v&#233;ritable course d'obstacles que doivent subir les pays candidats &#224; l'all&#232;gement de leur dette : all&#233;geance au FMI puis n&#233;gociation devant le Club de Paris qui r&#233;unit les principaux pays cr&#233;anciers devant lesquels vient faire amende honorable le repr&#233;sentant du pays endett&#233; candidat &#224; l'all&#232;gement de la dette publique bilat&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin et surtout, l'all&#232;gement de la dette est soumis &#224; des conditions draconiennes qui ne sont ni plus ni moins que la perp&#233;tuation des PAS rebaptis&#233;s Cadre Strat&#233;gique de Lutte contre la Pauvret&#233; (CSLP) &#233;labor&#233; &#034; en concertation avec la soci&#233;t&#233; civile &#034; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un PAS de 3 &#224; 6 ans doit avoir &#233;t&#233; pratiqu&#233; auparavant dont les r&#233;sultats doivent avoir &#233;t&#233; jug&#233;s probants par le FMI et la BM ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le Club de Paris d&#233;cide ou non de l'all&#232;gement en vertu de l'accord de Cologne ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; retour devant le FMI et la BM qui d&#233;cident du montant exact de l'all&#232;gement dans le cadre d'un CSLP qui, pris au pied de la lettre, est une absurdit&#233; puisqu'il pr&#233;conise d'un c&#244;t&#233; la poursuite des politiques lib&#233;rales et de l'autre la lutte contre la pauvret&#233; par la satisfaction des besoins essentiels et les services publics qui supposerait la fin de ces politiques lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, le Mozambique avait r&#233;ussi &#224; obtenir pour 2000 un all&#232;gement de sa dette. En octobre 1999, le FMI et la BM lui demandent de pr&#233;senter un plan CSLP avant janvier 2000. Le gouvernement du Mozambique r&#233;pond qu'il n'est pas possible de pr&#233;parer un tel plan avec la population en si peu de temps. Le FMI et la BM d&#233;cident de reporter sine die l'all&#232;gement de la dette.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Guyane devait b&#233;n&#233;ficier d'un all&#232;gement en d&#233;cembre 1999. Mais son gouvernement avait d&#233;cid&#233; d'accorder une hausse de salaire de 3,5% apr&#232;s une p&#233;riode o&#249; le pouvoir d'achat avait baiss&#233; de 40%. Le FMI et la BM demandent alors &#224; la justice de trancher, qui accorde 20% d'augmentation de salaire. FMI et la BM d&#233;cident de reporter sine die l'all&#232;gement de la dette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au total, sur les 100 milliards de $ d'all&#232;gement annonc&#233;s &#224; Cologne en 1999 et rappel&#233;s &#224; Okinawa en juillet 2000, 2,5 milliards ont &#233;t&#233; effectivement accord&#233;s, soit 1/1000 de la dette totale et 1,2% de la dette des 41 PPTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut dire que ces annulations ne sont pas v&#233;ritablement des annulations. D'abord parce que le FMI et la BM ne renoncent jamais &#224; leurs cr&#233;ances. Ils n'acceptent qu'un transfert d'une partie de celles-ci sur le dos des Etats d&#233;velopp&#233;s. C'est la raison pour laquelle ceux-ci sont si chiches avec les pays pauvres : parce que le FMI et la BM reportent sur les Etats les dettes partiellement &#034; annul&#233;es &#034;. C'est-&#224;-dire, pour les Etats en question, cela signifie accro&#238;tre leurs propres d&#233;ficits ou lever des imp&#244;ts suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les Etats qui pr&#233;tendent annuler la dette bilat&#233;rale qu'a contract&#233;e &#224; leur &#233;gard tel ou tel pays pauvre mentent effront&#233;ment. Le Japon a annonc&#233; le 23 juillet 2000 &#224; Okinawa une aide de 15 milliards de $ pour favoriser le d&#233;veloppement d'Internet dans le tiers monde. Mais c'est une annonce trompeuse car il s'agit d'une aide li&#233;e qui fait obligation d'acheter au Japon le mat&#233;riel informatique. Jacques Chirac, apr&#232;s avoir fait aux Fran&#231;ais le coup de la fracture sociale en 1995, avant de leur faire celui de la fracture &#233;cologique en 2002, conditionne les all&#232;gements de dette des pays pauvres &#224; des privatisations qui permettent aux multinationales fran&#231;aises comme Bouygues et Vivendi d'acheter en solde des pans entiers de l'&#233;conomie africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, l'annulation de la dette ext&#233;rieure des pays pauvres repr&#233;sente une exigence de justice &#233;l&#233;mentaire mais elle ne serait de toute fa&#231;on qu'une petite contrepartie de l'&#233;norme dette sociale et &#233;cologique laiss&#233;e par le d&#233;veloppement occidental &#224; la plan&#232;te enti&#232;re et aux plus d&#233;munis en particulier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les arguments des opposants &#224; cette annulation n'ont aucune validit&#233;. Soit ils invoquent le risque de d&#233;stabilisation du syst&#232;me financier mondial. Or, la dette des pays du tiers monde n'est finalement qu'une goutte d'eau dans la dette totale. Le syst&#232;me financier mondial est beaucoup plus menac&#233; par la sp&#233;culation et les crises financi&#232;res p&#233;riodiques qui en r&#233;sultent que par l'annulation de la dette. Soit ils invoquent l'al&#233;a moral. Il faut prendre le terme de moral dans ses deux sens. L'annulation de la dette serait immorale parce qu'elle laisserait entrevoir aux emprunteurs la perspective de ne pas rembourser. Cela pr&#234;te &#224; sourire quand on sait que les pays pauvres ont rembours&#233; environ quatre fois leur dette depuis 1982. Et puis, les d&#233;tenteurs de capitaux perdraient leur moral pour investir dans les pays dont on aurait effac&#233; la dette. Cet argument est aussi pertinent que celui qui consiste &#224; faire passer le bourreau pour la victime.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'annulation de la dette ext&#233;rieure des pays pauvres r&#233;pond &#224; une n&#233;cessit&#233; sociale, mais elle ne peut contribuer &#224; faire reculer l'emprise du capitalisme financier que si elle prend place parmi un ensemble de mesures pour ma&#238;triser l'avenir de la plan&#232;te, comme le demande ATTAC :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; respect des modes de vie des populations et de leurs moyens de subsistance ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; respect des droits d&#233;mocratiques et syndicaux ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; contr&#244;le du mouvement des capitaux par la taxation des transactions de change ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; taxation des revenus du capital ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; suppression des paradis fiscaux ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; remplacement des institutions internationales inf&#233;od&#233;es &#224; la finance par des institutions contr&#244;l&#233;es d&#233;mocratiquement ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; pratique de taux d'int&#233;r&#234;t les plus bas possibles.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ralisation du capitalisme qui a pr&#233;valu au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es a produit ses d&#233;g&#226;ts surtout dans les pays pauvres mais elle a laiss&#233; des traces profondes &#233;galement dans les pays riches o&#249;, malgr&#233; la richesse produite et accumul&#233;e, la pauvret&#233; n'a jamais &#233;t&#233; aussi forte et les in&#233;galit&#233;s aussi criantes. Le ch&#244;mage au plus haut et l'inflation au plus bas, le franc fort, l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire et mon&#233;taire, le freinage du pouvoir d'achat salarial alors que la productivit&#233; du travail progresse, c'&#233;taient ou ce sont les ingr&#233;dients des trait&#233;s de Maastricht et d'Amsterdam qui furentles PAS europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, l'annulation de toutes les dettes publiques au monde est un objectif de premier plan parce qu'elles ne sont jamais que le moyen de transf&#233;rer des richesses des pauvres vers les riches. C'&#233;tait le sens de la petite historiette racont&#233;e au d&#233;but de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Jean-Marie Harribey &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Bordeaux - 11 janvier 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Appel des &#233;conomistes contre la pens&#233;e unique, Les pi&#232;ges de la finance mondiale, Diagnostics et rem&#232;des &#187;, Paris, Syros, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;ATTAC&lt;/strong&gt;, Contre la dictature des march&#233;s, Paris, La Dispute, Syllepse, VO Editions, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les peuples entrent en r&#233;sistance, Gen&#232;ve, CADTM, CETIM, Syllepse, 2000. Site : attac.org&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Chesnais F&lt;/strong&gt;., Tobin or not Tobin ? Une taxe internationale sur le capital, Paris, L'Esprit frappeur, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Harribey J.M.&lt;/strong&gt;, &#171; La taxe Tobin contre le capitalisme financier ? &#187;, Economie et politique, n&#176; 267-268 (540-541), juillet-ao&#251;t, p. 39-42. Publi&#233; en espagnol dans Iniciativa Socialista, n&#176; 56, primavera 2000, p. 44-49. Article traduit en anglais, allemand, italien. Sur le site d'ATTAC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Larsabal B.&lt;/strong&gt;, &#171; La bourse ou la vie : Robin des bourses &#187;, Le Passant Ordinaire, n&#176; 25, juin-juillet-ao&#251;t 1999.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La bourse ou la vie : Hold-up sur la valeur, celui qui ne risque rien a tout &#187;, Le Passant Ordinaire, n&#176; 27, janvier-f&#233;vrier 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Toussaint E.&lt;/strong&gt;, &#171; La Bourse ou la vie, La finance contre les peuples &#187;, Bruxelles, CADTM, CETIM, Ed. Luc Pire, Syllepse, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Zacharie A.&lt;/strong&gt;, Toussaint E., Le bateau ivre de la mondialisation, Bruxelles, CADTM, Syllepse, 2000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le d&#233;veloppement durable est-il un concept soutenable ?</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Le-developpement-durable-est-il-un-concept-soutenable</link>
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		<dc:date>2003-01-04T14:20:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;A la fin du XX&#232;me si&#232;cle, le d&#233;veloppement &#233;conomique rencontre deux limites : &#233;cologique et sociale. &lt;br class='autobr' /&gt;
La probl&#233;matique du d&#233;veloppement soutenable est plac&#233;e dans une alternative. D'un cot&#233; l'&#233;conomie de l'environnement cherche &#224; internaliser les externalit&#233;s n&#233;gatives pour &#233;largir constamment le champ des activit&#233;s marchandes. De l'autre, la soutenabilit&#233; est d&#233;finie par l'insertion de l'&#233;conomie dans la biosph&#232;re avec pour perspective la reproduction des &#234;tres et des syst&#232;mes vivants. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Empire-et-Resistance" rel="directory"&gt;Empire et R&#233;sistance&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A la fin du XX&#232;me si&#232;cle, le d&#233;veloppement &#233;conomique rencontre deux limites :&lt;/strong&gt; &#233;cologique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matique du d&#233;veloppement soutenable est plac&#233;e dans une alternative. D'un cot&#233; l'&#233;conomie de l'environnement cherche &#224; internaliser les externalit&#233;s n&#233;gatives pour &#233;largir constamment le champ des activit&#233;s marchandes. De l'autre, la soutenabilit&#233; est d&#233;finie par l'insertion de l'&#233;conomie dans la biosph&#232;re avec pour perspective la reproduction des &#234;tres et des syst&#232;mes vivants. Nous essayons d'articuler un d&#233;veloppement qualitatif soutenable avec une utilisation des gains de productivit&#233; pour r&#233;duire le temps de travail et donner un emploi &#224; chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une telle strat&#233;gie repose sur trois principes :&lt;/strong&gt; Responsabilit&#233;, solidarit&#233; et &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une critique des indicateurs de Revenu National Soutenable et du D&#233;veloppement humain, nous proposons un indicateur de progr&#232;s purement qualitatif. Nous &#233;laborons enfin un mod&#232;le de r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s de revenus pour d&#233;gager les capacit&#233;s de financer les emplois indispensables pour r&#233;sorber le ch&#244;mage en France. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6845 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/IMG/pdf/doc-12.pdf&#034; class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 452.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1778586169' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Documents de travail du Centre d'Economie du D&#233;veloppement de l'Universit&#233; Montesquieu Bordeaux IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contacte :&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;mailto:harribey@montesquieu.u-bordeaux.fr&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;harribey@montesquieu.u-bordeaux.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La monnaie concentre toutes les oppositions th&#233;oriques en &#233;conomie.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/La-monnaie-concentre-toutes-les-oppositions-theoriques-en-economie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/La-monnaie-concentre-toutes-les-oppositions-theoriques-en-economie</guid>
		<dc:date>2001-09-10T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Harribey</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On pourrait croire que l'inventaire de ses fonctions (instrument de mesure, d'&#233;change et de r&#233;serve) suffit &#224; comprendre ce qu'est la monnaie. De plus, comme chacun en a une id&#233;e intuitive, ces fonctions sont suffisamment simples &#224; saisir pour qu'on s'imagine que les &#233;conomistes sont &#224; peu pr&#232;s d'accord entre eux pour en faire une m&#234;me analyse. Ce n'est pas le cas. On peut dire m&#234;me que la monnaie concentre toutes les oppositions th&#233;oriques que l'on conna&#238;t en &#233;conomie. Cela n'est gu&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Neoliberalisme" rel="directory"&gt;Capitalisme s&#233;nile&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On pourrait croire que l'inventaire de ses fonctions (instrument de mesure, d'&#233;change et de r&#233;serve) suffit &#224; comprendre ce qu'est la monnaie. De plus, comme chacun en a une id&#233;e intuitive, ces fonctions sont suffisamment simples &#224; saisir pour qu'on s'imagine que les &#233;conomistes sont &#224; peu pr&#232;s d'accord entre eux pour en faire une m&#234;me analyse. Ce n'est pas le cas. On peut dire m&#234;me que la monnaie concentre toutes les oppositions th&#233;oriques que l'on conna&#238;t en &#233;conomie. Cela n'est gu&#232;re &#233;tonnant dans la mesure o&#249; la monnaie est au centre de l'&#233;conomie capitaliste et que cette celle-ci fait l'objet d'analyses tr&#232;s diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des manuels et des ouvrages d'&#233;conomie sur la monnaie disent qu'il existe deux conceptions th&#233;oriques de la monnaie. C'est faux. Le d&#233;bat th&#233;orique entre les &#233;conomistes ne se r&#233;sume pas &#224; cela. Il est beaucoup plus riche et beaucoup plus complexe. Il est d'autant plus int&#233;ressant de conna&#238;tre l'ensemble de ces conceptions que celles qui sont le plus souvent d&#233;laiss&#233;es par les &#233;conomistes sont celles qui sont le plus utile d'une part pour analyser et critiquer le syst&#232;me &#233;conomique qui a &#233;rig&#233; l'argent en valeur supr&#234;me, et d'autre part pour montrer que l'&#233;conomie s'ins&#232;re dans une organisation sociale et qu'il n'y a aucune loi &#233;conomique naturelle. Cette d&#233;marche th&#233;orique permet alors de justifier la ma&#238;trise par la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire la ma&#238;trise politique, des questions mon&#233;taires et financi&#232;res que l'on ne peut laisser dans les mains du march&#233;, sous peine de voir la marchandisation du monde s'achever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va pr&#233;senter d'abord les conceptions th&#233;oriques de la monnaie et ensuite la place et le r&#244;le de la monnaie dans le contexte de financiarisation du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Qu'est-ce que la monnaie ? Les conceptions th&#233;oriques de la monnaie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut classer les conceptions th&#233;oriques de la monnaie en quatre cat&#233;gories. Les deux premi&#232;res sont celles qui sont habituellement pr&#233;sent&#233;es : il s'agit de la conception commune aux classiques et n&#233;oclassiques et de la conception keyn&#233;sienne. Les deux autres sont plus rarement &#233;voqu&#233;es : il s'agit de la conception marxienne et de la conception que l'on va appeler anthropologique, faute de mieux et parce qu'on ne peut la rattacher &#224; un auteur unique. L'ordre de la pr&#233;sentation est important parce que, bien que ces conceptions soient souvent antagoniques, plus on s'avance vers les derni&#232;res, plus on a affaire &#224; des conceptions englobantes. La seconde est plus g&#233;n&#233;rale que la premi&#232;re, la troisi&#232;me que la seconde, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.1. La conception classique et n&#233;oclassique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la th&#233;orie classique et la th&#233;orie n&#233;oclassique sont &#224; distinguer, mais, sur la monnaie, elles ont une position commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re conception est structur&#233;e autour de quatre id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, la monnaie est un instrument qui &#233;vite les inconv&#233;nients du troc lorsque les &#233;changes se d&#233;veloppent et se complexifient. Parce qu'elle est unit&#233; de compte, la monnaie sert d'interm&#233;diaire des &#233;changes. Simple interm&#233;diaire, elle n'a d'int&#233;r&#234;t que parce qu'elle facilite les &#233;changes de marchandises. Mieux, ce sont les marchandises qui s'&#233;changent entre elles. L'id&#233;e que la monnaie est en quelque sorte un voile dissimulant cet &#233;change va &#234;tre le fil conducteur de la conception classique et n&#233;oclassique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me id&#233;e porte un nom : c'est la th&#233;orie quantitative de la monnaie. Esquiss&#233;e par Jean Bodin (1568) qui remarqua la corr&#233;lation entre l'arriv&#233;e massive de m&#233;taux pr&#233;cieux en Europe et la flamb&#233;e des prix, puis formul&#233;e par John Locke (1690), David Hume (1752) et Richard Cantillon (1757) et mise sous forme d'&#233;quation par Irving Fisher (1911), elle a donn&#233; naissance &#224; une branche particuli&#232;re de la th&#233;orie n&#233;oclassique : le mon&#233;tarisme. Que dit-elle ? Pour un volume de transactions (T) donn&#233; et une vitesse de la circulation (V) constante, toute variation de la quantit&#233; de monnaie en circulation (M) entra&#238;ne une variation proportionnelle des prix (P) : MV = PT. La vitesse de circulation est suppos&#233;e constante &#224; court terme car les habitudes de paiement n'&#233;voluent que lentement. Le volume de transactions est lui aussi suppos&#233; constant car l'&#233;quilibre des march&#233;s assure le plein emploi de toutes les capacit&#233;s de production. La th&#233;orie quantitative de la monnaie s'int&#232;gre donc dans le mod&#232;le d'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral de Walras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me id&#233;e d&#233;coule de la pr&#233;c&#233;dente. Si la variation de la quantit&#233; de monnaie ne fait varier que les prix, elle n'a aucune influence sur la production et l'emploi. La monnaie est donc neutre au regard de l'activit&#233; r&#233;elle. Une autre mani&#232;re de dire qu'elle n'est qu'un voile. Cette id&#233;e tr&#232;s ancienne puisqu'elle date au moins de deux si&#232;cles et demi a &#233;t&#233; remise au go&#251;t du jour dans les ann&#233;es 1950 par Milton Friedman qui a &#233;tendu le raisonnement du court au long terme. La neutralit&#233; de la monnaie vis-&#224;-vis de l'activit&#233; productive est vraie &#224; long terme apr&#232;s que les entreprises, les travailleurs et les m&#233;nages ont r&#233;agi rationnellement &#224; un &#233;v&#233;nement non anticip&#233;. Ainsi, dit Friedman, si le gouvernement d&#233;cide d'augmenter certaines prestations sociales, les individus peuvent se croire plus riches et augmenter leurs d&#233;penses s'ils n'anticipent pas qu'un jour prochain le gouvernement devra augmenter les pr&#233;l&#232;vements. Les entreprises vont embaucher pour r&#233;pondre &#224; cette demande et augmenter les salaires. Les salari&#233;s vont croire &#224; une hausse de leurs salaires r&#233;els, d&#233;penser et les entreprises embaucher de nouveau, etc. Mais l'inflation va annuler la hausse des salaires, les entreprises vont r&#233;duire l'emploi et le ch&#244;mage va retrouver son niveau d'antan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion politique tir&#233;e par les mon&#233;taristes est qu'il faut &#233;troitement surveiller l'&#233;mission de monnaie pour qu'elle ne d&#233;bouche pas sur l'inflation, &#233;tant entendu qu'elle ne peut avoir que cette cons&#233;quence et aucune sur la production. La monnaie est neutre par d&#233;finition mais il faut, de plus, la neutraliser politiquement car elle est inefficace. Voil&#224; un premier paradoxe : la monnaie est neutre mais il faut la veiller comme le lait sur le feu. Derri&#232;re le paradoxe, la vacuit&#233; de la th&#233;orie n'est pas loin. En effet, par hypoth&#232;se, les classiques et n&#233;oclassiques consid&#232;rent que le march&#233; assure l'&#233;quilibre de plein emploi et que la production tourne &#224; son maximum, et ils affirment qu'une politique &#233;conomique est inefficace pour r&#233;tablir le plein emploi. Forc&#233;ment puisqu on y est d&#233;j&#224; par hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;couvrant le mon&#233;tarisme, on a fait allusion sans le dire explicitement &#224; la quatri&#232;me id&#233;e contenue dans la conception classique et n&#233;oclassique. Elle fut formul&#233;e par Jean-Baptiste Say (1803) et est connue sous le nom de loi des d&#233;bouch&#233;s. Elle fut syst&#233;matis&#233;e par L&#233;on Walras (1874) dans son mod&#232;le d'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral de tous les march&#233;s. Que dit-elle ? Comme les marchandises s'&#233;changent contre des marchandises (la monnaie n'&#233;tant qu'un voile), tout offre cr&#233;e sa propre demande. La production permet de distribuer des revenus mon&#233;taires d'un montant &#233;quivalent &#224; la valeur de la production. Les revenus sont d&#233;pens&#233;s en achats de biens de consommation et en achats de biens d'investissement via l'&#233;pargne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;P = R = C + S = C + I = D.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Toute surproduction est impossible. Un d&#233;s&#233;quilibre dans un sens dans un secteur de l'&#233;conomie serait imm&#233;diatement compens&#233; par un autre en sens inverse. L'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral serait r&#233;tabli par la flexibilit&#233; des prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; loi &#187; est &#224; premi&#232;re vue imparable. Or, deux failles profondes la traversent. Mais elles ne peuvent appara&#238;tre qu'&#224; la lumi&#232;re des conceptions suivantes de la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2. La conception keyn&#233;sienne &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la vision classique et n&#233;o-classique d'une &#233;conomie coup&#233;e en deux, d'un c&#244;t&#233; la sph&#232;re r&#233;elle ou productive, de l'autre la sph&#232;re mon&#233;taire n'ayant aucune influence sur la premi&#232;re, John Maynard Keynes va opposer une approche radicalement diff&#233;rente, celle d'une &#233;conomie mon&#233;taire de production, mettant fin &#224; la dichotomie pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre sa d&#233;marche intellectuelle, il faut se souvenir qu'il voit dans l'entre-deux-guerres et surtout dans les ann&#233;es 1930 le ch&#244;mage grandir et les pr&#233;ceptes lib&#233;raux impuissants &#224; y mettre fin. Il va donc op&#233;rer une rupture intellectuelle par rapport &#224; l'&#233;conomie classique et n&#233;oclassique. Son point de d&#233;part est la prise en compte de l'incertitude qui p&#232;se sur les d&#233;cisions &#233;conomiques, d'une part car il est impossible de conna&#238;tre l'avenir par rapport auquel nous sommes r&#233;duits &#224; faire des anticipations, et d'autre part car cet avenir d&#233;pend largement des d&#233;cisions des autres. De ce point de d&#233;part d&#233;coule une conception de la monnaie qui peut se r&#233;sumer en quatre id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, Keynes souligne la fonction de r&#233;serve de valeur de la monnaie. Parce que la monnaie est la forme de richesse la plus liquide qui soit, les individus ont une pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233;. Si un individu poss&#232;de un immeuble, un terrain, des machines ou des biens mobiliers, ou encore des titres financiers, il lui faudra du temps pour les &#171; liquider &#187;, c'est-&#224;-dire les convertir en monnaie en les vendant. En revanche, la monnaie est liquide par d&#233;finition. Elle offre &#224; son d&#233;tenteur la possibilit&#233; la plus &#233;tendue de choix ou d'anticipations. De ce fait, la monnaie n'est pas seulement d&#233;sir&#233;e parce qu'elle permet d'&#233;changer des marchandises, mais elle est d&#233;sir&#233;e pour elle-m&#234;me. Elle peut ainsi &#234;tre th&#233;sauris&#233;e, c'est-&#224;-dire conserv&#233;e de fa&#231;on passive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233; varie en sens inverse du taux d'int&#233;r&#234;t. Pour deux raisons. D'abord, plus celui-ci est faible, moins l'on renonce &#224; une r&#233;mun&#233;ration all&#233;chante (co&#251;t d'opportunit&#233; faible), et donc plus la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233; est forte. Inversement, plus le taux d'int&#233;r&#234;t est &#233;lev&#233;, plus la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233; est faible. Ensuite, plus le taux d'int&#233;r&#234;t est bas, plus la probabilit&#233; qu'il remonte est grande, et donc il vaut mieux garder des encaisses mon&#233;taires plut&#244;t que de risquer d'enregistrer des moins-values sur le cours des obligations que l'on ach&#232;terait. Voici pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons une obligation &#233;mise et vendue pour 100 euros rapportant 5% par an, c'est-&#224;-dire 5 euros. L'ann&#233;e suivante, une nouvelle obligation de 100 euros est &#233;mise et rapporte 10% parce que le taux d'int&#233;r&#234;t a mont&#233;, soit 10 euros par an. L'acheteur de la premi&#232;re obligation, s'il veut la vendre et retrouver sa liquidit&#233;, ne pourra trouver preneur que s'il consent &#224; en voir le prix baisser de telle sorte qu'il soit indiff&#233;rent aux nouveaux acqu&#233;reurs d'obligations d'acheter l'ancienne ou la nouvelle. Sur le march&#233; des obligations, le prix de la premi&#232;re va baisser jusqu'&#224; 50 euros. Elle rapportera pour son nouvel acheteur toujours 5 euros par an puisqu'elle est estampill&#233;e 100 euros, c'est-&#224;-dire 10% de 50 euros, proportionnellement autant que s'il avait achet&#233; la nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;100/0,1 = x/0,05 ou x = 50&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le risque de moins-value est &#233;norme et n'est pas compens&#233; par l'int&#233;r&#234;t annuel. Sauf si l'obligataire conserve jusqu'&#224; son terme l'obligation. Mais, dans ce cas, il ne faut pas qu'un impr&#233;vu vienne troubler sa s&#233;r&#233;nit&#233; et l'oblige &#224; liquider son portefeuille. Comme il n'est s&#251;r de rien, la liquidit&#233; est la meilleure garantie et l'int&#233;r&#234;t est une prime de renoncement &#224; la liquidit&#233; et non pas &#224; la consommation comme le croient les &#233;conomistes classiques et n&#233;oclassiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, quand le taux d'int&#233;r&#234;t est &#233;lev&#233;, il serait dommage de garder des encaisses oisives, d'autant que le cours des obligations est au plus bas et a donc toute chance de remonter, laissant esp&#233;rer des plus-values.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit par l&#224; que la caract&#233;ristique majeure de la monnaie d'&#234;tre l'actif le plus liquide donne &#224; son d&#233;tenteur la possibilit&#233; d'avoir un comportement sp&#233;culatif. On peut m&#234;me dire que la sp&#233;culation est intimement li&#233;e &#224; la liquidit&#233;. On retrouvera ce th&#232;me plusieurs fois par la suite : la monnaie est ambivalente car elle est &#224; la fois instrument de r&#233;duction de l'incertitude des transactions et facteur de sp&#233;culation, donc source d'instabilit&#233; et d'incertitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apport de Keynes fut de montrer qu'un agent &#233;conomique prend deux d&#233;cisions successives quant &#224; l'utilisation de son revenu. D'abord, la part du revenu qui sera consomm&#233;e (propension &#224; consommer) dont d&#233;coulera par soustraction la part &#233;pargn&#233;e. Ensuite, la forme qu'il donnera &#224; son &#233;pargne : th&#233;sauris&#233;e ou plac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le taux d'int&#233;r&#234;t baisse, la proportion d'agents pariant qu'il va remonter (et donc que les cours vont baisser) augmente, et la demande de monnaie dite de sp&#233;culation (qui est la somme de toutes les pr&#233;f&#233;rences individuelles pour la liquidit&#233;) va augmenter aussi. Plus le taux descend bas, plus les anticipations sont unanimes : la demande de sp&#233;culation devient tr&#232;s grande car plus personne ne place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le raisonnement de Keynes jusqu'ici semble bas&#233; sur un mouvement de yoyo du taux d'int&#233;r&#234;t. Il faut indiquer pourquoi ce taux varie. Il varie en fonction des mouvements que donne l'autorit&#233; mon&#233;taire &#224; la masse mon&#233;taire qui constitue l'offre de monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me id&#233;e qui compl&#232;te la conception keyn&#233;sienne de la monnaie est que celle-ci est active, c'est-&#224;-dire elle joue un r&#244;le au niveau de la production et de l'emploi, contrairement &#224; l'affirmation de neutralit&#233; des classiques et n&#233;oclassiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;monstration de ce principe actif part d'une r&#233;futation de la th&#233;orie quantitative de la monnaie. &#171; L'accroissement de la quantit&#233; de monnaie ne produit absolument aucun effet sur les prix tant qu'il reste du ch&#244;mage. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.M. Keynes, Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'emploi, de l'int&#233;r&#234;t et de la monnaie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La th&#233;orie quantitative de la monnaie n'est v&#233;rifi&#233;e que lorsque tous les facteurs de production sont employ&#233;s et qu'il n'est donc plus possible d'augmenter la production. Lorsque ce n'est pas le cas et que l'&#233;conomie souffre de sous-emploi, les autorit&#233;s mon&#233;taires peuvent accro&#238;tre la quantit&#233; de monnaie en circulation. La baisse du taux d'int&#233;r&#234;t qui en r&#233;sultera (soit directement, soit indirectement) aura un double effet. Elle satisfera la pr&#233;f&#233;rence pour la liquidit&#233; des agents. Et elle abaissera le co&#251;t de l'emprunt et rendra rentables des projets d'investissement qui n'auraient pu l'&#234;tre en l'absence de baisse du taux d'int&#233;r&#234;t. Par un effet multiplicateur, ces investissements accroissent le revenu global de la soci&#233;t&#233;. Gr&#226;ce &#224; une politique mon&#233;taire active compl&#233;t&#233;e par une politique budg&#233;taire, l'intervention de l'Etat est ainsi justifi&#233;e d&#232;s lors que la r&#233;cession menace. Entre l'inflation qui n'a que des cons&#233;quences sur les prix et la d&#233;flation qui a des cons&#233;quences d&#233;sastreuses sur les prix, la production et l'emploi, Keynes fait un choix oppos&#233; aux n&#233;oclassiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un quatri&#232;me point vient parachever la conception keyn&#233;sienne de la monnaie. Si l'incertitude r&#233;gnant ne d&#233;bouche pas sur le chaos g&#233;n&#233;ralis&#233;, c'est qu'existent des m&#233;canismes de stabilisation. Non pas des m&#233;canismes de march&#233; par le jeu de la flexibilit&#233; des prix comme le disent les classiques et n&#233;oclassiques. Mais des m&#233;canismes conventionnels. Une convention est un accord implicite entre les membres d'un collectif. En l'occurrence, chaque agent &#233;conomique adopte l'attitude du plus grand nombre. Ce ph&#233;nom&#232;ne de mim&#233;tisme conduit &#224; l'&#233;mergence d'un &#171; jugement conventionnel &#187;, c'est-&#224;-dire qui n'a pas d'autre raison de correspondre &#224; la r&#233;alit&#233; que le fait qu'il la fait advenir. Ainsi la sp&#233;culation &#224; la hausse d'un titre financier, qui peut n'&#234;tre pas rationnelle d'un point de vue individuel car aucun indice &#233;conomique ne la laisse pr&#233;voir, devient collectivement rationnelle si tous sp&#233;culent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pourrait-on dire, une convention unanime dans un sens ou dans l'autre conduit immanquablement au krach. Il faut donc, pour que la stabilit&#233; l'emporte, que des conventions en sens inverse jouent en permanence. Comme le d&#233;sir de d&#233;tenir de la monnaie est en raison inverse de la confiance dans l'avenir, les capitalistes acceptent d'investir &#224; long terme parce qu'ils savent qu'ils peuvent r&#233;cup&#233;rer &#224; court terme leur liquidit&#233; sur le march&#233; financier, &#224; condition de trouver un acheteur de titres acceptant de porter l'investissement car la liquidit&#233; ne peut &#234;tre vraie pour tous simultan&#233;ment. Ainsi, le march&#233; financier facilite l'investissement parce qu'il est &#171; l'institutionnalisation de l'illusion &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.P. Dupuy, Introduction aux sciences sociales, Logique des ph&#233;nom&#232;nes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la liquidit&#233; parfaite mais il est en m&#234;me temps le &#171; foyer de la sp&#233;culation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Combemale, Introduction &#224; Keynes, Paris, La D&#233;couverte, Rep&#232;res, 1999, p. 85.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Keynes, l'action de l'Etat d'un c&#244;t&#233; et la d&#233;tention de la monnaie de l'autre sont des &#171; digues &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Combemale, 1999, p. 83.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui prot&#232;gent de l'incertitude radicale sans toutefois l'&#233;liminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.3. La conception marxienne&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'utilise ce terme plut&#244;t que marxiste pour diff&#233;rencier l'&#339;uvre de Marx du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception de la monnaie de Marx se situe pour partie en de&#231;&#224; de celle de Keynes (elle lui est donc inf&#233;rieure sur un plan), pour partie au-del&#224; de celle de Keynes (elle lui est donc sup&#233;rieure sur un autre plan), et pour partie commune avec celle de Keynes tout en lui &#233;tant ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part de Marx est l'analyse de la marchandise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Le capital, Livre I, 1867, Paris, Gallimard, La Pl&#233;iade, tome 1, 1965.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui dans la soci&#233;t&#233; capitaliste se d&#233;double en valeur d'usage et en valeur d'&#233;change. Ce qui int&#233;resse le capitalisme, ce n'est pas l'utilit&#233; qui peut &#234;tre retir&#233;e de tel ou tel produit, c'est qu'il porte en lui une fraction du travail r&#233;alis&#233; dans la soci&#233;t&#233; et qui fait qu'il est un porte-valeur, valeur susceptible de grossir le capital une fois la marchandise vendue. La monnaie est donc li&#233;e &#224; la marchandise. Elle est elle-m&#234;me une marchandise accept&#233;e comme &#233;quivalent-g&#233;n&#233;ral de toutes les autres. Ce premier point est &#224; la fois original et banal. Original car il relie la monnaie &#224; la valeur dont l'origine se situe dans le travail. Banal car l'&#233;quivalent g&#233;n&#233;ral de Marx est une mani&#232;re de redire le r&#244;le d'instrument d'&#233;change rempli par la monnaie, r&#244;le qu'avaient d&#233;j&#224; mentionn&#233; les classiques. Marx ne fait aucune relation entre la monnaie et l'incertitude que la liquidit&#233; vise &#224; temp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apport le plus novateur et f&#233;cond de Marx se situe ailleurs. Il fut le premier et il reste le seul &#224; montrer le r&#244;le de la monnaie dans l'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monnaie n'a pas la m&#234;me signification quand elle est utilis&#233;e pour acheter du pain ou de la force de travail. Dans le premier cas, elle est un droit de consommation et elle s'&#233;change contre des biens de valeur &#233;quivalente : j'ai 10 euros que j'&#233;change contre un bien qui vaut justement 10 euros. Dans le second, elle est un droit d'appropriation sur la capacit&#233; de cr&#233;er une valeur sup&#233;rieure &#224; elle-m&#234;me : j'ai 10 euros que je verse &#224; un salari&#233; qui cr&#233;era une valeur plus &#233;lev&#233;e. La monnaie a fonctionn&#233; comme capital qui grossit mon portefeuille chaque fois que je me livre &#224; cette op&#233;ration miraculeuse. En cela, elle dissimule le rapport social d'exploitation et d'ali&#233;nation du travail, d'une part car elle repr&#233;sente du travail mais dont le fruit a &#233;t&#233; appropri&#233; - le profit que j'ai per&#231;u semble na&#238;tre de mon capital alors qu'il provient du travail d'un autre -, d'autre part car, en mat&#233;rialisant la valeur cr&#233;&#233;e par le travail, elle r&#233;duit celui-ci &#224; un acte v&#233;nal, le vidant de son caract&#232;re cr&#233;atif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, comme les 10 euros que j'ai vers&#233;s au salari&#233; lui suffisent &#224; peine pour vivre, il est oblig&#233; le lendemain de revenir travailler pour moi et donc m'enrichir. Ainsi, la d&#233;tention de plus ou moins de monnaie maintient la distance sociale : elle distingue, comme dit Pierre Bourdieu, le pauvre bougre, le prol&#233;taire qui n'a que sa force de travail physique et intellectuelle, de celui qui a des avoirs. Le capital suit donc un cycle en passant d'une forme argent (A) &#224; une forme marchandise (M) et enfin &#224; une forme argent (A' sup&#233;rieur &#224; A). Au cours de ce cycle, la force de travail mise en &#339;uvre a valoris&#233; le capital parce que celui-ci s'est appropri&#233; une part de la valeur cr&#233;&#233;e, part que Marx a appel&#233;e plus-value car elle repr&#233;sente un surtravail non pay&#233; et vient grossir le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus-value est la source de toutes les sortes de profits, industriels, commerciaux, bancaires, financiers que per&#231;oivent les entreprises, actionnaires et pr&#234;teurs. Ainsi l'int&#233;r&#234;t per&#231;u par les cr&#233;anciers est-il une part de la plus-value. Mais on dit la source car ce n'est pas le surtravail qui int&#233;resse le capitaliste (au contraire du seigneur qui exige la corv&#233;e de ses serfs), ni m&#234;me les marchandises produites pendant ce temps, mais leur valeur mon&#233;taire. La monnaie est n&#233;cessaire pour que la plus-value se transforme en profit mon&#233;taire lors de la vente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de marchandisation du monde n'est donc pas le r&#233;sultat de la propension soi-disant naturelle des hommes &#224; l'&#233;change, il est le produit de la g&#233;n&#233;ralisation plan&#233;taire des rapports sociaux capitalistes, processus que l'on affuble de l'euph&#233;misme &#171; mondialisation &#187;. Ce processus de marchandisation fut analys&#233; pour la premi&#232;re fois par Marx dans des termes parfaitement actuels, &#224; la fois au niveau des causes et des cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces cons&#233;quences, la r&#233;duction de tous les actes humains &#224; un acte marchand contient en germe la r&#233;duction de toutes les valeurs humaines &#224; une valeur marchande. Pis encore, l'&#234;tre humain est r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de marchandise dont l'utilisation doit produire toujours plus de profit et donc de capital. Et pour couronner le tout, les richesses naturelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour la d&#233;monstration que les richesses naturelles n'ont pas de valeur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (l'eau, bient&#244;t l'air), le g&#233;nome des esp&#232;ces vivantes, le savoir, sans parler de la sant&#233; ou de l'&#233;ducation, sont convoit&#233;s avec gourmandise par les principales firmes capitalistes. Au pr&#233;texte que les m&#233;canismes du march&#233; sont &#224; m&#234;me de satisfaire tous les besoins humains. Or, le march&#233; ne peut satisfaire que les besoins solvables, c'est-&#224;-dire les besoins de ceux qui ont suffisamment d'argent et, au premier rang, de ceux qui ont accumul&#233; le plus de capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse pr&#233;c&#233;dente de Marx permet d'&#233;clairer la sp&#233;culation financi&#232;re sous un jour nouveau. Les capitalistes obtiennent des profits de deux mani&#232;res. En tant qu'actionnaires, ils per&#231;oivent des dividendes qui proviennent de l'activit&#233; productive r&#233;alis&#233;e par les salari&#233;s : c'est l'exploitation qui consiste &#224; s'approprier la plus-value produite par les travailleurs. Et ils peuvent aussi se livrer &#224; une activit&#233; purement financi&#232;re en revendant avec b&#233;n&#233;fice leurs titres. Ces plus-values proprement financi&#232;res peuvent correspondre &#224; trois cas de figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un capitaliste peut revendre plus cher ses actions parce que les profits r&#233;alis&#233;s par l'entreprise ont &#233;t&#233; partiellement convertis en capital productif suppl&#233;mentaire et les actions repr&#233;sentent alors une valeur r&#233;elle sup&#233;rieure. Il peut aussi les revendre plus cher parce que son acheteur anticipe des profits &#224; venir sup&#233;rieurs qui viendront grossir la valeur du capital productif dont les actions sont les repr&#233;sentantes. Dans ces deux cas, l'enrichissement du capitaliste vendeur est le fruit de l'exploitation actuelle du travail et celui, par anticipation, de l'exploitation future du travail. L'enrichissement du capitaliste acheteur d'actions viendra plus tard de la m&#234;me mani&#232;re. Le troisi&#232;me cas de figure de plus-values financi&#232;res est le produit d'un m&#233;canisme autor&#233;f&#233;rentiel reposant sur une croyance majoritaire en la poursuite durable de la tendance &#224; la hausse des cours des titres financiers. C'est ce cas qui correspond le mieux &#224; la sp&#233;culation qui se d&#233;roule sur les march&#233;s financiers et qui conduit au gonflement de bulles qui ne repr&#233;sentent aucune richesse r&#233;elle, aucune valeur, puisque, d&#232;s que tous les capitalistes veulent vendre simultan&#233;ment leurs titres, le cours de ceux-ci s'effondre et ce capital appara&#238;t pour ce qu'il est : fictif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, malgr&#233; cette fiction, tant que la bulle enfle, c'est-&#224;-dire tant que les capitalistes se vendent et s'ach&#232;tent entre eux les titres dont le cours monte sans cesse, si certains liquident leurs titres - et ils le font tour &#224; tour mais pas tous &#224; la fois -, ils s'enrichissent &#224; un rythme bien sup&#233;rieur &#224; celui auquel cro&#238;t la production et donc la richesse r&#233;elle. Comment cela est-il possible ? Un miracle de la Bourse, comme affectent de le croire les &#233;conomistes lib&#233;raux ? La magie de m&#233;canismes autor&#233;f&#233;rentiels, en somme un miracle du mim&#233;tisme, comme pourrait le laisser croire une lecture simpliste de Keynes ? Non, pas de miracle, rien qui tombe du ciel, pas de g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e du capital. C'est simplement le r&#233;sultat d'un renforcement de l'exploitation des travailleurs &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire. La sp&#233;culation financi&#232;re se nourrit des plans sociaux de licenciements, de l'intensification du travail, de la flexibilit&#233; accrue et de la pr&#233;carit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, parce que cela induit une compression des co&#251;ts salariaux ou, au moins, une progression moindre que celle de la productivit&#233;, et, par cons&#233;quent, cela procure des profits imm&#233;diats plus importants, et surtout cela promet des profits futurs encore plus mirobolants. Rappelons-nous comment les annonces de suppressions d'emplois de Renault, Michelin, ou Danone, avaient &#233;t&#233; imm&#233;diatement suivies d'une envol&#233;e du cours de leurs actions en Bourse parce que ces annonces donnaient pour l'avenir la certitude d'un meilleur rapport de forces du capital face au travail.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la captation de valeur, voir J.M. Harribey, &#171; L'entreprises sans usines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les p&#233;riodes de sp&#233;culation, les travailleurs salari&#233;s - surtout les plus pauvres dans le monde - sont davantage pressur&#233;s. Et une fois que le krach boursier a eu lieu, ils souffrent encore davantage car les capitalistes veulent r&#233;cup&#233;rer - non pas leurs pertes puisque la bulle &#233;tait du capital fictif - mais leurs manques &#224; gagner : en quelques semaines, il y eut 23 millions de ch&#244;meurs suppl&#233;mentaires dans le sud-est asiatique apr&#232;s la d&#233;b&#226;cle de 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que taisent les &#233;conomistes lib&#233;raux, et ce que ne comprennent pas nombre d'&#233;conomistes qui parfois s'insurgent, de bonne foi, contre les d&#233;g&#226;ts de la sp&#233;culation, c'est que derri&#232;re la sp&#233;culation financi&#232;re, il y a toujours l'exploitation capitaliste. Cette d&#233;monstration, on la doit &#224; Marx et elle reste irrempla&#231;able.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le r&#244;le de la monnaie dans l'&#233;conomie capitaliste, il faut mentionner un dernier point qui, cette fois-ci, rapproche consid&#233;rablement Marx et Keynes puisqu'ils l'expriment dans des termes quasiment identiques. Mais la paternit&#233; en revient &#224; Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est une &#233;conomie mon&#233;taire de production. D'un point de vue macro&#233;conomique, sans cr&#233;ation mon&#233;taire, l'accumulation serait impossible car, au cours d'une p&#233;riode, le capital ne pourrait r&#233;cup&#233;rer en vendant les marchandises produites que les avances faites sous forme de salaires et d'outils de production. A l'&#233;chelle globale, point de profit dans ce cas. Macro&#233;conomiquement, pour qu'un profit accumulable puisse &#234;tre r&#233;alis&#233;, il faut que soit mise en circulation une quantit&#233; de monnaie sup&#233;rieure &#224; celle correspondant aux avances pr&#233;c&#233;dentes. Sans cr&#233;ation mon&#233;taire, les propri&#233;taires des moyens de production ne pourraient transformer en profit la plus-value produite par le travail et donc accro&#238;tre leur capital. Par le cr&#233;dit, le syst&#232;me bancaire anticipe le profit mon&#233;taire repr&#233;sentant le &#171; travail vivant &#187; appropri&#233; par le capital. Il pr&#233;valide le travail qui sera reconnu comme socialement utile par le march&#233;. Le capitalisme ne peut donc se passer de financement pour accumuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; Marx et Keynes, on dispose maintenant des outils pour r&#233;futer la loi des d&#233;bouch&#233;s de Say. Celle-ci est fausse pour deux raisons qui tiennent au fait que nous sommes dans une &#233;conomie mon&#233;taire et non pas de troc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, laproduction cr&#233;e des revenus mon&#233;taires qui lui sont &#233;quivalents (P = R), et les revenus sont consomm&#233;s ou &#233;pargn&#233;s. Si toute l'&#233;pargne &#233;tait plac&#233;e pour &#234;tre r&#233;investie, la demande de consommation ajout&#233;e &#224; celle d'investissement serait &#233;gale aux revenus (R = C + I) et toute la production offerte serait &#233;coul&#233;e (P = R = D). Mais si une part de l'&#233;pargne est th&#233;sauris&#233;e, alors la demande globale n'&#233;gale pas l'offre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, une partie des revenus mon&#233;taires sont distribu&#233;s avant la vente et peuvent donc imm&#233;diatement constituer du pouvoir d'achat : c'est le cas des salaires et des int&#233;r&#234;ts. Mais une autre partie des revenus ne peut &#234;tre distribu&#233;e qu'apr&#232;s la vente : c'est le cas des profits industriels et des dividendes. Ces revenus ne peuvent donc se porter en demande de marchandises qui supposent d'avoir &#233;t&#233; d&#233;j&#224; vendues gr&#226;ce &#224; des revenusqui supposent eux-m&#234;mes que les marchandises soient vendues, etc. Contradiction insoluble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'examen des trois premi&#232;res conceptions th&#233;oriques de la monnaie, un premier bilan s'impose. En consid&#233;rant l'apport de Marx et celui de Keynes comme compl&#233;mentaires, la monnaie n'est plus simplement un instrument d'&#233;change. Elle est au c&#339;ur du fonctionnement, du d&#233;veloppement et des contradictions du capitalisme dont les crises p&#233;riodiques sont les sympt&#244;mes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une synth&#232;se sur les crises, voir B. Rosier, Les th&#233;ories des crises (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant une question reste malgr&#233; tout dans l'ombre : la monnaie serait-elle seulement li&#233;e &#224; une soci&#233;t&#233; capitaliste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.4. La conception anthropologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les travaux de Marcel Mauss dans l'entre-deux-guerres et ceux un peu plus tard de Karl Polanyi, les anthropologues et les historiens nous ont appris que m&#234;me les soci&#233;t&#233;s que nous appelons primitives connaissaient la monnaie dont la fonction n'&#233;tait pas &#233;conomique mais &#233;tait d'assurer le lien social. Avant d'&#234;tre un outil du march&#233;, la monnaie est un outil de communication sociale. Pour reprendre l'expression de Marcel Mauss, elle est un &#171; fait social total &#187; dont on peut dire trois choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement la monnaie est le reflet des antagonismes sociaux et des rapports de pouvoir (c'est l'interpr&#233;tation de Marx), mais une interpr&#233;tation de type freudien peut lui &#234;tre donn&#233;e. Elle exprime la tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de l'homme de fuir sa condition ou de lui trouver un exutoire : l'angoisse de la mort, le spectre de celle-ci, sont &#233;loign&#233;s, exorcis&#233;s par la passion de la richesse que permet d'assouvir l'argent. En accumulant biens mat&#233;riels et symboles que la monnaie permet d'acqu&#233;rir, on conjure le sort funeste qui nous est promis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monnaie est alors un moyen de canaliser la violence &#224; l'int&#233;rieur des soci&#233;t&#233;s vers cette soif de richesse, exutoire &#224; l'angoisse morbide le plus accessible, et passion susceptible de d&#233;g&#233;n&#233;rer de fa&#231;on un peu moins violente que la passion du pouvoir ou le fanatisme religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de l&#224;, cette conception anthropologique de la monnaie conna&#238;t deux variantes contemporaines. L'une, qui est bien repr&#233;sent&#233;e par une partie de l'&#233;cole des conventions (Andr&#233; Orl&#233;an) rejointe par une partie de l'ex-&#233;cole de la r&#233;gulation (Michel Aglietta), consid&#232;re que la monnaie est l'acte fondateur de la soci&#233;t&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Aglietta, A. Orl&#233;an, La violence de la monnaie, Paris, PUF, 1982 ; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Elle se d&#233;marque donc de la th&#233;orie classique qui situait cet acte fondateur dans le seul &#233;change entre individus autonomes hors de tout environnement social et dans le contrat qu'ils nouent. Elle avance l'id&#233;e que la monnaie est une institution sociale qui, de gr&#233; ou de force, unifie autour d'elle une communaut&#233; dans laquelle s'effectuent les &#233;changes tant &#233;conomiques que sociaux. Comme cette institution est le fait d'une puissance publique, elle s'impose aux individus, d'o&#249; l'id&#233;e de la &#171; violence de la monnaie &#187; : la monnaie homog&#233;n&#233;ise les travaux et les dettes et elle s'impose &#224; tous dans un espace donn&#233;. Cette premi&#232;re variante bannit toute th&#233;orie objective de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre variante, que l'on peut rattacher &#224; la probl&#233;matique marxienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir A. Lipietz, Le monde enchant&#233;, De la valeur &#224; l'envol inflationniste, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, continue d'adosser la th&#233;orie de la monnaie &#224; la th&#233;orie de la valeur parce que le travail est l'acte par lequel les hommes vont nouer des rapports sociaux dans lesquels la monnaie joue son r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point commun entre ces deux variantes est que la monnaie est &#224; la fois un bien priv&#233; et un bien public, c'est-&#224;-dire elle n'existe que par la soci&#233;t&#233; qui &#233;dicte r&#232;gles, conventions r&#233;glementant son usage. Usage ambivalent : instrument de lien social et instrument d'exploitation et d'ali&#233;nation ; instrument canalisant la violence et l'instituant. Leur diff&#233;rence est que dans la premi&#232;re, la monnaie figure comme une institution sociale traduisant la violence qui s'exerce sur les individus rattach&#233;s &#224; une m&#234;me communaut&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Aglietta, A. Orl&#233;an, La violence de la monnaie, op. cit. ; La monnaie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais sans que cette violence soit rattach&#233;e aux rapports sociaux d'exploitation et d'ali&#233;nation comme le fait la seconde variante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conceptions keyn&#233;sienne, marxienne et anthropologique de la monnaie sont ignor&#233;es par la pens&#233;e lib&#233;rale dominante parce qu'elles mettent en relief sa nature sociale faite de contradictions et non pas d'harmonie universelle. Il n'y a pas de biens priv&#233;s &#233;chang&#233;s non m&#233;diatis&#233;s par le bien public qu'est la monnaie et les individus ne sont pas des Robinsons mais ils sont ins&#233;r&#233;s dans des relations sociales. Pour l'orthodoxie &#233;conomique, la monnaie est neutre : elle n'affecte pas le niveau de la production, elle a seulement un effet sur les prix si elle est trop abondante, et, surtout, tous les individus sont &#233;gaux devant la monnaie. Mais comme l'&#233;vidence s'impose m&#234;me aux lib&#233;raux les plus obstin&#233;s - la monnaie ne peut &#234;tre coup&#233;e de la soci&#233;t&#233; -, alors il faut la neutraliser politiquement, ou plus exactement neutraliser la politique mon&#233;taire. Le projet lib&#233;ral est d'enlever &#224; la puissance publique le pouvoir d'&#233;mettre de la monnaie et de confier ce soin &#224; une banque centrale qui n'est soumise &#224; aucun contr&#244;le, qui n'a de comptes &#224; rendre qu'aux d&#233;tenteurs de capitaux soucieux de ne pas voir leur rente &#233;rod&#233;e par l'inflation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les cons&#233;quences de ce changement ? Certes, la d&#233;tention de monnaie donnait d&#233;j&#224; &#224; une classe le pouvoir d'acheter la source de toute valeur nouvelle : la force de travail. Cependant la puissance publique qui avait le contr&#244;le de la monnaie garantissait &#224; chacun le respect de droits sociaux tels que l'&#233;ducation, la sant&#233; ou les retraites. En privant la collectivit&#233; de la ma&#238;trise de la monnaie, elle est moins en mesure de remplir sa mission. D&#232;s lors, la monnaie tourne encore davantage au profit de ceux qui en poss&#232;dent d&#233;j&#224; beaucoup. La monnaie utilis&#233;e au sein d'un espace d&#233;mocratique comme une nation ou maintenant un continent perd son caract&#232;re collectif pour n'&#234;tre plus qu'un instrument d'accumulation priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La privatisation de la monnaie est l'expression du pouvoir de la bourgeoisie qui prend place dans le processus d'ach&#232;vement de la marchandisation du monde, processus commenc&#233; au XIX&#176; si&#232;cle et analys&#233; en son temps par Marx. La monnaie repr&#233;sente la valeur &#233;conomique par excellence. En marchandisant tout, de la force de travail depuis deux si&#232;cles jusqu'aux services publics, l'&#233;ducation, la sant&#233;, l'eau, l'air, toutes les ressources naturelles, le g&#233;nome des esp&#232;ces vivantes et le savoir humain aujourd'hui, toutes les &#171; valeurs &#187;, philosophiques, &#233;thiques, politiques, etc., sont r&#233;duites &#224; une seule : la valeur marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En transformant la monnaie en capital, puis en r&#233;duisant tout &#224; une valeur marchande, tout est potentiellement consid&#233;r&#233; comme du capital. Les ressources naturelles sont du capital, le savoir et le savoir-faire humains sont du capital humain. Tout est instrumentalis&#233;, tout doit &#234;tre rentabilis&#233;. Donc, tout doit &#234;tre soumis &#224; la loi capitaliste de la rentabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La monnaie dans le contexte de financiarisation du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re le ph&#233;nom&#232;ne habituellement d&#233;nomm&#233; &#171; mondialisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une critique, voir J.M. Harribey, &#171; Les malentendus de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'en d&#233;roule un autre qui est celui de la financiarisation du capitalisme et que la lib&#233;ralisation du mouvement des capitaux a rendu possible. La conduite de la politique mon&#233;taire s'en trouve affect&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1. Qu'est-ce que la financiarisation ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avant tout un nouveau r&#233;gime d'accumulation du capital qui entra&#238;ne, sur le plan social un affaiblissement de la position des salari&#233;s, et sur le plan mon&#233;taire un affaiblissement de la fronti&#232;re entre actifs mon&#233;taires et actifs financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;gime d'accumulation est un ensemble de relations capables d'assurer l'accumulation du capital sur une longe p&#233;riode. Il s'agit notamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des relations entre les forces productives et les rapports de production : les formes de propri&#233;t&#233; se modifient car la propri&#233;t&#233; du capital est transf&#233;r&#233;e vers des institutions financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des relations entre les classes sociales : au compromis social fordien et keyn&#233;sien des ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre s'est substitu&#233;e une h&#233;g&#233;monie absolue de la classe poss&#233;dante dont la pr&#233;carisation des salari&#233;s n'est que la cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des relations entre l'&#233;volution de la production et celle de la demande : elles passent par un mode de d&#233;termination des revenus et de leur &#233;volution. A la progression des salaires parall&#232;le &#224; celle de la productivit&#233; s'est substitu&#233;e une stagnation des salaires et une progression des revenus du capital bien sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des relations entre l'&#233;conomique et le politique : elles sont souvent d&#233;sign&#233;es par la notion de mode de r&#233;gulation. A la r&#233;gulation de type keyn&#233;sien men&#233;e dans un cadre national s'est substitu&#233;e un r&#233;gulation de plus en plus lib&#233;rale o&#249; le r&#244;le du politique est subordonn&#233; aux exigences des march&#233;s financiers, surtout par le biais de banques centrales devenues ind&#233;pendantes des pouvoirs politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les points les plus importants de l'&#233;poque actuelle sont sans doute le passage &#224; un financement des investissements sur fonds propres et &#224; une strat&#233;gie de captation de la valeur &#224; l'avantage des actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour financer leurs investissements, les entreprises ont moins recours qu'autrefois &#224; l'endettement et davantage &#224; des fonds propres, c'est-&#224;-dire &#224; l'autofinancement et &#224; l'&#233;mission de nouvelles actions. En France, depuis 1980, l'autofinancement est pass&#233; de 60% &#224; plus de 90%. Comme dans le m&#234;me temps, l'investissement s'&#233;tait ralenti, les entreprises ont utilis&#233; la restauration de leurs b&#233;n&#233;fices pour se d&#233;sendetter, pour faire des placements financiers et pour racheter leurs propres actions. De plus, lorsque les entreprises continuent d'avoir recours &#224; l'endettement, c'est moins en faisant appel aux banques qu'en &#233;mettant des obligations ou des billets de tr&#233;sorerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution pr&#233;c&#233;dente est bas&#233;e sur un partage de la valeur ajout&#233;e de plus en plus favorable aux profits, tant les profits qui restent dans les entreprises que ceux qui sont distribu&#233;s aux actionnaires sous forme de dividendes. Le corollaire est bien s&#251;r une r&#233;duction de la part des salaires dans la valeur ajout&#233;e. En France, en deux d&#233;cennies, cette part a &#233;t&#233; r&#233;duite de 70% &#224; 60% environ, au moyen d'une &#233;volution des salaires toujours inf&#233;rieure aux gains de productivit&#233; &#224; cause essentiellement de la pression du ch&#244;mage. Dans les autres pays, le sens de l'&#233;volution est le m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes marxiens, ce nouveau partage de la valeur ajout&#233;e correspond &#224; une augmentation de l'exploitation de la force de travail. Dans le langage manag&#233;rial, il est qualifi&#233; de &#171; cr&#233;ation de valeur pour l'actionnaire &#187;, mais qui se r&#233;duit &#224; une pure captation. Le risque du placement est report&#233; sur les salari&#233;s qui payent d'une pr&#233;carit&#233; accrue l'augmentation de la rentabilit&#233;. D'ailleurs, on peut analyser les projets de d&#233;veloppement des fonds de pension et d'&#233;pargne salariale comme un report du risque &#224; un &#233;tage encore inf&#233;rieur : les salari&#233;s les plus ais&#233;s du Nord se voient proposer des placements dans le Sud. Ainsi l'actionnaire a mis au point une technique efficace : le report en cascade du risque. Lui-m&#234;me n'en prend plus puisqu'il reporte tout sur les &#233;tages inf&#233;rieurs en demandant &#224; chacun d'entre eux de se d&#233;fausser en partie sur l'&#233;tage en dessous.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir J.M. Harribey, &#171; Le bon bougre et le pauvre bougre &#187;, Le Passant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renforcement du pouvoir des actionnaires se fait par l'interm&#233;diaire des investisseurs institutionnels qui interviennent sur les march&#233;s financiers. Ce sont des institutions financi&#232;res sp&#233;cialis&#233;es dans le drainage de l'&#233;pargne des particuliers, qui sont en petit nombre, et qui d&#233;tiennent une part croissante du capital des entreprises. Aux Etats-Unis, la part des actions d&#233;tenues par les zins-zins est pass&#233;e de 5% &#224; plus de 50% en un demi-si&#232;cle. Ce sont les zins-zins qui sont les t&#234;tes de pont des investissements &#233;trangers, notamment en Europe. Ils contribuent &#224; l'interp&#233;n&#233;tration des capitaux dont on ne peut gu&#232;re plus d&#233;finir l'origine nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gestion des entreprises se transforme pour renforcer le pouvoir des actionnaires sur les dirigeants : on parle de gouvernement d'entreprise ou de corporate governance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle m&#233;thode de gestion a pour but de rendre maximale la valeur qui revient aux actionnaires par tous les moyens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; fusions-acquisitions pour faire monter le cours de l'action ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; rachat de ses propres actions dans la m&#234;me intention mais en faisant coup double : si une entreprise rach&#232;te ses actions, leur cours va monter et en diminuant les fonds propres le taux de rentabilit&#233; de ces fonds augmente ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; recentrage sur l'activit&#233; de base et externalisation des activit&#233;s p&#233;riph&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats de cette m&#233;thode de gestion sont appr&#233;ci&#233;s selon le taux de rendement des fonds propres (i.e. des actions) : ROE (return on equity). On a vu que le ROE peut &#234;tre accru en r&#233;duisant les fonds propres et donc en augmentant la part de l'endettement, quitte &#224; utiliser cet endettement pour racheter les actions et donc r&#233;duire les fonds propres, etc. D'o&#249; l'avantage d'avoir des taux d'int&#233;r&#234;t bas : c'&#233;tait le cas aux Etats-Unis o&#249; les entreprises se sont endett&#233;es pour acqu&#233;rir des actions, les leurs ou d'autres ; cela se pratique aussi en Europe maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une contradiction appara&#238;t alors : plus les cours des actions s'&#233;l&#232;vent, plus le taux de rendement des fonds propres diminue, et plus les actionnaires r&#233;clament un endettement sup&#233;rieur pour racheter les actions de telle sorte que s'accroisse l'&#233;cart entre le taux de rendement &#233;conomique et le taux d'int&#233;r&#234;t (effet de levier). D'o&#249; l'engrenage de la bulle et de l'endettement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banques sont parties prenantes de cet engrenage financier et sp&#233;culatif dans la mesure o&#249; elles accordent du cr&#233;dit dont une partie ne correspond pas &#224; de l'&#233;pargne pr&#233;existante mais constitue de la cr&#233;ation mon&#233;taire. Cr&#233;ation mon&#233;taire dont les mon&#233;taristes disent ne pas vouloir &#224; cause du risque de hausse des prix des biens et services, mais dont les ma&#238;tres du monde s'accommodent quand elle d&#233;g&#233;n&#232;re en hausse des prix des actifs, c'est-&#224;-dire en inflation financi&#232;re. Or une hausse des prix des actifs financiers peut stimuler la demande de biens d'investissement de la part des entreprises (effet Tobin) et la demande de consommation des m&#233;nages (effet de richesse) et donc d&#233;g&#233;n&#233;rer en hausse des prix des biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement des march&#233;s financiers et des produits financiers a accru la liquidit&#233; des actifs financiers. Plus cette liquidit&#233; est grande, plus la fronti&#232;re entre les actifs financiers et les actifs mon&#233;taires devient floue et s'att&#233;nue. Le poids des actifs mon&#233;taires dans le patrimoine des m&#233;nages diminue au profit des actifs financiers et notamment des contrats d'assurance-vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit qu'il est de plus en plus malais&#233; de distinguer les diff&#233;rents agr&#233;gats mon&#233;taires. La dilution de la fronti&#232;re entre actifs financiers et mon&#233;taires affecte la politique mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2. La lib&#233;ralisation des mouvements de capitaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1980, dans tous les pays, un mouvement de lib&#233;ralisation a gagn&#233; les march&#233;s de capitaux qui se sont peu &#224; peu unifi&#233;s. En France, l'encadrement du cr&#233;dit a &#233;t&#233; supprim&#233; en 1987, le contr&#244;le des changes a &#233;t&#233; supprim&#233; en 1989, pendant que les principaux &#233;tablissements de cr&#233;dit &#233;taient privatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; des capitaux peut se d&#233;composer de la mani&#232;re suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande diff&#233;rence entre le financement par &#233;mission de titres et le financement bancaire est que le premier se fait sur une &#233;pargne pr&#233;alable, alors que le second peut donner lieu &#224; cr&#233;ation mon&#233;taire. Mais si les banques ach&#232;tent des titres nouvellement &#233;mis sur le march&#233; financier, cela peut donner lieu &#224; cr&#233;ation mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'endettement int&#233;rieur total comporte les cr&#233;dits accord&#233;s par le syst&#232;me bancaire, les financements obtenus sur les march&#233;s mon&#233;taire et obligataire, et les financements obtenus de l'&#233;tranger sous formes de cr&#233;dits et d'obligations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de ce qui pr&#233;c&#232;de doit &#234;tre replac&#233; dans l'analyse de l'usage international des monnaies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Universit&#233; d'&#233;t&#233; ATTAC d'Arles, du 24 au 28 ao&#251;t 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;El&#233;ments de bibliographie : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Aglietta M., Orl&#233;an A. [1982], La violence de la monnaie, Paris, PUF. [1998], La monnaie souveraine, Paris, O. Jacob.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Appel des &#233;conomistes contre la pens&#233;e unique, Les pi&#232;ges de la finance mondiale, Paris, Syros, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Combemale P. [1999], Introduction &#224; Keynes, Paris, La D&#233;couverte, Rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De Brunoff S. [1973], La monnaie chez Marx, Paris, Editions Sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Galand G., Grandjean A. [1996], La monnaie d&#233;voil&#233;e, Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Harribey J.M. [2001], &#171; La financiarisation du capitalisme et la captation de valeur &#187;, dans Jean-Claude Delaunay (coord.), Capitalisme contemporain : questions de fond, Paris, L'Harmattan, p. 67-111. Fragments d'&#233;conomie critique, Ed. du Passant, &#224; para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Keynes J.M. [1969], Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'emploi, de l'int&#233;r&#234;t et de la monnaie, Paris, Payot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Larsabal B. [1999], &#171; La bourse ou la vie : une monnaie pour les cannibales &#187;, Le Passant Ordinaire, n&#176; 24, avril-mai. &#171; La bourse ou la vie : Le miroir aux alouettes &#187;[2000-2001], Le Passant Ordinaire, n&#176; 32, d&#233;cembre -janvier. &#171; La bourse ou la vie : Tout ce qui vaut n'est pas argent &#187; [2001], Le Passant Ordinaire, n&#176; 36, septembre-octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lipietz A. [1983], Le monde enchant&#233;, De la valeur &#224; l'envol inflationniste, Paris, La D&#233;couverte/Masp&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Marx K. [1965], Le capital, Livre I, Paris, Gallimard, La Pl&#233;iade, tome 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1968], Le capital, Livres II et II, Paris, Gallimard, La Pl&#233;iade, tome 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Polanyi K. [1983], La grande transformation, Aux origines politiques et &#233;conomiques de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;notre temps, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Plihon D., Les taux de change, La D&#233;couverte, Rep&#232;res, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monnaie et ses m&#233;canismes, La D&#233;couverte, Rep&#232;res, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Simmel G. [1987], Philosophie de l'argent, Paris, PUF.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;J.M. Keynes&lt;/strong&gt;, Th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'emploi, de l'int&#233;r&#234;t et de la monnaie, Paris, Payot, 1969, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;J.P. Dupuy&lt;/strong&gt;, Introduction aux sciences sociales, Logique des ph&#233;nom&#232;nes collectifs, Paris, Ellipses, 1992, p. 186.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;P. Combemale&lt;/strong&gt;, Introduction &#224; Keynes, Paris, La D&#233;couverte, Rep&#232;res, 1999, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;P. Combemale&lt;/strong&gt;, 1999, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'utilise ce terme plut&#244;t que marxiste pour diff&#233;rencier l'&#339;uvre de Marx du mouvement qui s'est r&#233;clam&#233; ensuite de lui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;K. Marx&lt;/strong&gt;, Le capital, Livre I, 1867, Paris, Gallimard, La Pl&#233;iade, tome 1, 1965.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour la d&#233;monstration que les richesses naturelles n'ont pas de valeur &#233;conomique intrins&#232;que mais qu'elles ressortissent au champ de l'&#233;thique et de la politique, voir J.M. Harribey, L'&#233;conomie &#233;conome, Le d&#233;veloppement soutenable par la r&#233;duction du temps de travail, Paris, L'Harmattan, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la captation de valeur, voir J.M. Harribey, &#171; L'entreprises sans usines ou la captation de valeur &#187;, Le Monde, 3 juillet 2001 ; et pour un approfondissement : J.M. Harribey, &#171; La financiarisation du capitalisme et la captation de valeur &#187;, dans J.C. Delaunay, Capitalisme contemporain : questions de fond, Paris, L'Harmattan, 2001, p. 67-111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une synth&#232;se sur les crises, voir B. Rosier, Les th&#233;ories des crises &#233;conomiques, Paris, La D&#233;couverte, Rep&#232;res, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;M. Aglietta&lt;/strong&gt;, A. Orl&#233;an, La violence de la monnaie, Paris, PUF, 1982 ; La monnaie souveraine, Paris, O. Jacob, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir A. Lipietz, Le monde enchant&#233;, De la valeur &#224; l'envol inflationniste, Paris, La D&#233;couverte/Masp&#233;ro, 1983 ; M. Netter, &#171; Valeur marxienne, monnaie de cr&#233;dit et mouvements &#233;conomiques de longue dur&#233;e &#187;, Congr&#232;s Marx International III, Universit&#233; Paris X, 26 au 29 septembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Aglietta, A. Orl&#233;an, La violence de la monnaie, op. cit. ; La monnaie souveraine, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une critique, voir J.M. Harribey, &#171; Les malentendus de la mondialisation &#187;, ATTAC info, Le Grain de sable, n&#176; 259, 21 ao&#251;t 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir J.M. Harribey, &#171; Le bon bougre et le pauvre bougre &#187;, Le Passant Ordinaire, n&#176; 27, janvier-f&#233;vrier 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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