<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>El Correo</title>
	<link>https://www.elcorreo.eu.org/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.elcorreo.eu.org/spip.php?id_auteur=559&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Quitter le mode egocentrique :D&#233;finir la richesse est un choix de soci&#233;t&#233;</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Quitter-le-mode-egocentrique-Definir-la-richesse-est-un-choix-de-societe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Quitter-le-mode-egocentrique-Definir-la-richesse-est-un-choix-de-societe</guid>
		<dc:date>2006-01-31T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Viveret</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En r&#233;ponse aux points de vue exprim&#233;s dans ce num&#233;ro sp&#233;cial, Patrick Viveret rappelle l'ambition politique qu'il entend donner &#224; sa mission. Il s'agit de d&#233;mythifier l'&#233;conomie comme science de l'affectation des ressources rares et activit&#233; conditionnant la survie de l'humanit&#233;. Sous sa forme moderne, elle appara&#238;t plut&#244;t comme l'id&#233;ologie dominante de la soci&#233;t&#233; industrielle, id&#233;ologie dont il nous faut aujourd'hui sortir par le haut. &lt;br class='autobr' /&gt; Ce num&#233;ro sp&#233;cial est un &#233;l&#233;ment important du d&#233;bat (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En r&#233;ponse aux points de vue exprim&#233;s dans ce num&#233;ro sp&#233;cial, Patrick Viveret rappelle l'ambition politique qu'il entend donner &#224; sa mission. Il s'agit de d&#233;mythifier l'&#233;conomie comme science de l'affectation des ressources rares et activit&#233; conditionnant la survie de l'humanit&#233;. Sous sa forme moderne, elle appara&#238;t plut&#244;t comme l'id&#233;ologie dominante de la soci&#233;t&#233; industrielle, id&#233;ologie dont il nous faut aujourd'hui sortir par le haut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce num&#233;ro sp&#233;cial est un &#233;l&#233;ment important du d&#233;bat public que j'ai propos&#233; dans mon rapport d'&#233;tape. Je remercie Transversales Science Culture, Citoyens et toutes les associations qui se sont regroup&#233;es pour travailler ensemble sur cette question. Il me para&#238;t, en effet, essentiel de sortir la question des modes de reconnaissance et de circulation de la richesse du cercle &#233;troit des sp&#233;cialistes et m&#234;me de faire comprendre que ce d&#233;bat est, au moins autant, un d&#233;bat politique et culturel qu'un d&#233;bat proprement &#233;conomique. D'autres d&#233;bats suivront gr&#226;ce &#224; la cr&#233;ation d'un Conseil d'orientation, au lancement d'un forum sur Internet, &#224; plusieurs rencontres internationales (en particulier &#224; Qu&#233;bec et Porto Alegre) et &#224; l'organisation probable d'une rencontre en France sur ces th&#232;mes d&#233;but 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette mission que m'a confi&#233;e Guy Hasco&#235;t et celle que conduit Bernard Perret &#224; la demande de Jacques Delors (voir pp. 64-65), nous entrons dans une phase o&#249; les institutions publiques fran&#231;aises acceptent de prendre en charge cette question. Il est grand temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que Ren&#233; Passet, dans les ann&#233;es soixante-dix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment L'Economique et le Vivant.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a d&#233;velopp&#233; la critique des indicateurs macro&#233;conomiques dominants, depuis que Jacques Delors a lanc&#233; l'hypoth&#232;se des &#034;indicateurs sociaux&#034;, tr&#232;s peu de choses ont &#233;t&#233; faites en France dans cette direction, sauf quelques avanc&#233;es dans le domaine environnemental. La France, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pionni&#232;re, est, comme c'est souvent le cas dans d'autres domaines, devenue conservatrice ; elle ne jouait plus, jusqu'&#224; ces derni&#232;res initiatives, le r&#244;le moteur qu'on attend d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contrepartie de ce handicap, c'est que l'on pourra difficilement, pour r&#233;cuser toute transformation, d&#233;velopper l'argument favori du courant conservateur : vous ne pouvez rien faire en France car le probl&#232;me est mondial, or au niveau mondial des tentatives de ce type seraient impossibles parce que&#8230; etc. Il est en effet possible, d&#232;s aujourd'hui, de s'appuyer sur un courant de recherche international. En t&#233;moignent les indicateurs de d&#233;veloppement humain et de pauvret&#233; &#233;labor&#233;s par le PNUD (programme des Nations unies pour le d&#233;veloppement) ; les travaux, dans le domaine de l'entreprise, sur l'investissement socialement responsable afin de prendre en compte les co&#251;ts &#233;cologiques et sociaux que g&#233;n&#232;re l'activit&#233; des entreprises ; les &#233;tudes consacr&#233;es au &#034;capital social&#034; ; et, bien entendu, les nombreuses initiatives de cette soci&#233;t&#233; civile mondiale de plus en plus pr&#233;sente qui a inscrit ces questions &#224; l'ordre du jour du prochain Forum social mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, toutes ces recherches m&#233;ritent discussion. Certaines risquent, en voulant tout comptabiliser en termes mon&#233;taires, d'aggraver encore cette obsession du chiffrage et de la marchandisation qui constitue l'une des pathologies majeures de nos soci&#233;t&#233;s. C'est pourquoi il me semble utile de conduire un d&#233;bat public autant pour obtenir &#034;le droit de ne pas tout compter&#034; que pour gagner celui de &#034;compter autrement&#034;. Et seule la qualit&#233; d&#233;mocratique est de nature &#224; &#233;viter, pour la construction de nouveaux indicateurs de richesse, l'accusation d'arbitraire qui est souvent adress&#233;e, de bonne ou de mauvaise foi, &#224; ces tentatives.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peur du manque ou peur de l'abondance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux, faute de place, &#233;voquer chacune des riches contributions que contient ce num&#233;ro. Je me bornerai &#224; revenir sur un point central, celui qu'&#233;voque Marie-Louise Duboin mais qui est au c&#339;ur d'autres d&#233;bats, tel celui sur le temps (cf. les articles de Fran&#231;ois Plassard, du MDS et de Luc Marschall), et qui manifeste &#224; quel point la repr&#233;sentation de la richesse et le statut de l'&#233;conomie rel&#232;vent de choix culturels et soci&#233;taux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adh&#232;re pour l'essentiel au propos de Marie-Louise Duboin sur &#034;la peur de manquer&#034; qui, beaucoup plus que la raret&#233; objective, est &#224; la racine des formes de domination que va justifier l'&#233;conomie au sens moderne du terme. Mais pr&#233;cis&#233;ment la peur du manque ne saurait se r&#233;duire &#224; l'&#233;conomie (par exemple, elle est fortement li&#233;e sur le plan psychologique &#224; la peur de l'abandon) et il me para&#238;t discutable de consid&#233;rer que c'est seulement &#224; partir du machinisme industriel que l'humanit&#233; serait sortie de l'&#232;re de la raret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie se pr&#233;sente &#224; la fois comme une science et comme une activit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui supposerait, en toute rigueur, de les distinguer ; s'il est en effet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui ont pour point commun de se pr&#233;occuper de la production de richesses afin de faire face aux situations de raret&#233;, la premi&#232;re de ces raret&#233;s &#233;tant celle de la nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord produire avant de songer &#224; redistribuer : tel est en g&#233;n&#233;ral le premier chapitre de tout manuel d'&#233;conomie. Et pour produire, il faut associer deux facteurs principaux de production que sont le capital et le travail. C'est sur cette &#233;vidente apparence que les deux grandes id&#233;ologies du XIXe si&#232;cle, le lib&#233;ralisme et le marxisme, ont construit, par-del&#224; leurs d&#233;saccords, l'id&#233;e d'une infrastructure &#233;conomique d&#233;terminante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me le courant &#034;abondanciste&#034;, issu des travaux de Jacques Duboin, qui a fait faire un grand pas &#224; la r&#233;flexion &#233;conomique en montrant qu'avec la r&#233;volution industrielle la question de l'abondance primait celle de la raret&#233;, partage ce postulat. Pour lui, c'est l'apparition du machinisme qui, en assurant une &#034;grande rel&#232;ve&#034; de l'homme par la machine, nous fera entrer dans cette &#232;re d'abondance, laquelle, si nous &#233;tions conscients, nous permettrait de donner la priorit&#233; &#224; des enjeux politiques, culturels et soci&#233;taux qualitativement sup&#233;rieurs &#224; ceux de la simple lutte pour la survie. Pourtant, cette apparente &#233;vidence doit &#234;tre r&#233;interrog&#233;e &#224; partir de plusieurs donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il est clair que la premi&#232;re des ressources, celle sans laquelle nous ne pourrions vivre plus de quelques minutes, alors que nous pouvons vivre sans nourriture pendant plusieurs semaines, est l'air que nous respirons. Ce fait montre que les ressources &#233;cologiques, consid&#233;r&#233;es comme sans valeur &#233;conomique au motif qu'elles sont abondantes et gratuites, sont bien, avec les &#034;ressources humaines&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme est &#224; utiliser avec pr&#233;caution tout comme celui de &#034;capital (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des ressources premi&#232;res dont la pr&#233;servation et le renouvellement sont pr&#233;alables &#224; la production d'autres richesses, &#233;conomiques notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous met aussi sur la piste d'un autre enseignement majeur : c'est plut&#244;t l'abondance que la raret&#233; qui domine dans la nature. Que l'on songe &#224; la profusion des esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales et animales, &#224; la surabondance des cellules reproductrices ou aux quelque cent milliards de neurones des cerveaux humains dont nous n'utilisons qu'une faible partie. Bref, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas la production (par le travail) en situation de raret&#233; qui est d&#233;terminante, mais le don(n&#233;) de l'abondance. Et c'est bien l&#224; que r&#233;side une grande partie du probl&#232;me : les humains, loin de vivre le don de l'univers et de leur propre vie comme un cadeau, l'ont v&#233;cu le plus souvent sur le mode de la mal&#233;diction. La question &#034;et moi, alors, &#224; quoi je sers ?&#034; ou &#034;qu'est-ce que je fais dans tout cela ?&#034; est en effet l'angoisse principale que g&#233;n&#232;re une situation d'abondance. Et l'une des r&#233;ponses les plus classiques &#224; ce que l'on pourrait appeler &#034;la peur de l'abondance&#034; consiste &#224; refabriquer artificiellement de la raret&#233; et &#224; faire de cette fabrication artificielle un outil de domination sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ainsi faire l'hypoth&#232;se qu'une bonne partie des mythes religieux ont eu pour objet de traiter cette situation angoissante et que la premi&#232;re mani&#232;re de r&#233;tablir, si l'on peut dire, les termes de l'&#233;change avec les dieux a &#233;t&#233; l'invention du sacrifice. Il fallait en effet que les humains sacrifient ce qu'il y a de plus pr&#233;cieux pour eux - d'abord des humains puis des animaux symbolisant des humains - pour &#233;chapper &#224; ce d&#233;s&#233;quilibre vertigineux et retrouver une part d'initiative. Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t, &#224; cet &#233;gard, de noter que l'origine de la monnaie n'est pas &#233;conomique mais d'abord religieuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le passionnant ouvrage collectif La Monnaie souveraine, coordonn&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est qu'avec la constitution de l'autonomie du politique par rapport au religieux qu'elle deviendra ensuite d'essence politique. Et c'est seulement dans la toute derni&#232;re p&#233;riode historique que la monnaie appara&#238;tra comme &#233;tant un signe d'&#233;change &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment paradoxal est &#224; prendre en compte : ce que les modernes ont appel&#233; &#233;conomie est tr&#232;s diff&#233;rent de ce que les Grecs, inventeurs du mot, de la discipline et de l'activit&#233;, y avaient mis : la loi (ou l'ordre) de la maison (oikos-nomos) c'est, comme son nom l'indique, l'activit&#233; domestique qui, dans le cadre de la stricte division sociale et sexuelle des r&#244;les dans la Gr&#232;ce antique, &#233;tait r&#233;serv&#233;e aux femmes, les hommes s'adonnant &#224; l'activit&#233; politique tandis que les esclaves &#233;taient, eux, condamn&#233;s au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie moderne, telle qu'elle se trouve refond&#233;e au XIXe si&#232;cle, frappe au contraire de nullit&#233; les t&#226;ches domestiques d&#233;clar&#233;es non productives et fait du travail non domestique r&#233;serv&#233; aux hommes le c&#339;ur de sa d&#233;finition. On voit le formidable bouleversement qui est ainsi op&#233;r&#233;. Ce n'est plus la maison, &lt;i&gt;l'oikos&lt;/i&gt; grecque ou la &lt;i&gt;domus latine&lt;/i&gt;, dont on parle ; ce n'est plus l'activit&#233; des femmes qui donne la possibilit&#233; aux hommes d'exercer d'autres activit&#233;s consid&#233;r&#233;es comme plus hautes (la politique et la philosophie par exemple) ; l'essentiel, c'est dor&#233;navant la production de richesses &#224; l'ext&#233;rieur de la maison ; et comme cette activit&#233; devient, avec le pouvoir de la bourgeoisie, fortement valoris&#233;e, le mod&#232;le patriarcal place cette fois les hommes au c&#339;ur de l'&#233;conomie et en exclut les femmes. Sur le plan th&#233;orique, ce renversement est parachev&#233; par le lien, pour d&#233;finir la valeur (&#233;conomique), entre la raret&#233; et le prix mon&#233;taire. C'est ainsi qu'on en vient &#224; placer au c&#339;ur du lien social des activit&#233;s qui, dans d'autres civilisations, &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme secondaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des soci&#233;t&#233;s qui refusent l'accumulation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;l&#233;ments historiques permettent de renforcer cette hypoth&#232;se. Je m'appuie notamment sur les travaux de Marshall Sahlins, intitul&#233;s &#034;La premi&#232;re soci&#233;t&#233; d'abondance&#034; et remarquablement mis en perspective par la revue du Mauss&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Revue du Mauss, n&#176;12, 4e trimestre 1984, article d'Alain Caill&#233;.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette &#233;conomie d'abondance, c'est l'&#233;conomie pal&#233;olithique, celle de la chasse et de la cueillette avant l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parmi les principaux principaux r&#233;sultats que cite Sahlins, on note :&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une enqu&#234;te men&#233;e en 1948 par Mac Carthy et Mac Arthur dans la terre d'Arnhem, en Australie, qui montre que le temps allou&#233; &#224; l'obtention et &#224; la pr&#233;paration de la nourriture oscille entre quatre et cinq heures par jour en moyenne. Ce &#034;travail&#034; n'est pas continu et n'est pas consid&#233;r&#233; comme p&#233;nible ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une &#233;tude de Richard Lee sur les Bushmen africains (1968) &#034; indique que la journ&#233;e de travail y est d'environ six heures, mais qu'on ne travaille que d'un jour et demi &#224; trois jours par semaine, ce qui donne une moyenne de deux heures neuf minutes par jour, sans compter la cuisine &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne remarque pas, poursuit l'article, de changement appr&#233;ciable avec le passage des soci&#233;t&#233;s d'agriculture mod&#233;r&#233;e. Pierre Clastres estime que, chez les Tupis-Guaranis, &#034;les hommes, c'est-&#224;-dire la moiti&#233; de la population, travaillent (dans les jardins) environ deux mois tous les quatre ans. Quant au reste du temps, ils le vouaient &#224; des occupations &#233;prouv&#233;es non comme peine mais comme plaisir : chasse, p&#234;che, f&#234;tes et beuveries&#8230; &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Clastres, La Soci&#233;t&#233; contre l'Etat, Ed. de Minuit, Paris, 1974, p. 165.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce n'est donc pas la duret&#233; de la vie mat&#233;rielle que fuyaient les Tupis-Guaranis mais, vraisemblablement, la duret&#233; de la vie tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Caill&#233; poursuit : &#034; Ce choix, pour les soci&#233;t&#233;s pal&#233;olithiques, il est d'abord celui d'un certain nomadisme, d'un refus de se fixer et d'accumuler des biens durables n&#233;cessairement lourds et intransportables. Elles ne peuvent &#234;tre soci&#233;t&#233;s &#034;d'abondance&#034; que pour autant qu'elles refusent la richesse et l'accumulation. &#034; En fait, ajoute-t-il, &#034; ce n'est pas le loisir mais bien le travail qui est une invention moderne, notamment des XVIIIe et XIXe si&#232;cles europ&#233;ens. &#034; Ainsi, au Moyen Age, en Europe, m&#234;me si dans les villes la journ&#233;e de travail est longue, oscillant entre 8 heures et demie en hiver et 16 heures en &#233;t&#233;, &#224; 85 dimanches et jours f&#233;ri&#233;s s'ajoutent environ 70 samedis et vigiles (veilles de f&#234;tes), partiellement ch&#244;m&#233;s, soit un total d'&#224; peu pr&#232;s 120 &#224; 130 jours ch&#244;m&#233;s par an.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Bruno Caceres, Loisirs et Travail du Moyen Age &#224; nos jours, Le Seuil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'&#233;voque ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments, c'est pour rappeler que, de tous temps, la plupart des raret&#233;s, et singuli&#232;rement celles de la nourriture, sont artificiellement produites par des effets de domination sociale et/ou des peurs culturelles. C'est encore plus vrai aujourd'hui puisque, comme le montre le rapport annuel d'Action contre la faim, G&#233;opolitique de la faim, les famines sont entretenues, voire provoqu&#233;es pour des raisons politiques, id&#233;ologiques et militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne signifie pas que les raret&#233;s objectives n'existent pas (zones d&#233;sertiques, par exemple), mais il est toujours possible aux humains de se nourrir si un processus social, politique ou culturel ne s'oppose pas &#224; leur capacit&#233; de d&#233;placement, de transformation de la nature ou, bien s&#251;r, de partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un d&#233;bat politique et soci&#233;tal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon hypoth&#232;se est donc la suivante : loin que l'&#233;conomie apparaisse comme l'activit&#233; de base, condition de toute survie, elle est beaucoup plus, &#224; partir de sa r&#233;invention moderne au XIXe si&#232;cle, l'id&#233;ologie dominante de la soci&#233;t&#233; industrielle. Et cette id&#233;ologie est d'autant plus forte qu'elle est partag&#233;e par des acteurs qui sont eux-m&#234;mes en conflit social (classe ouvri&#232;re/bourgeoisie), politique (radicaux, socialistes et communistes face aux conservateurs devenus &#233;conomiquement lib&#233;raux) et id&#233;ologique (marxisme/lib&#233;ralisme). Bref, elle devient ce que Gramsci a nomm&#233; &#034;h&#233;g&#233;monie&#034;, c'est-&#224;-dire un v&#233;ritable &#034;sens commun&#034; qui para&#238;t &#224; ce point relever de l'&#233;vidence que les courants sociaux, politiques et culturels qui proposent d'autres voies se trouvent marginalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce que nous vivons aujourd'hui, avec la sortie des soci&#233;t&#233;s industrielles, la crise du productivisme et les d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques et humains de la soci&#233;t&#233; de march&#233;, c'est pr&#233;cis&#233;ment la n&#233;cessit&#233; de sortir &#034;par le haut&#034; de cette p&#233;riode historique commun&#233;ment qualifi&#233;e de &#034;temps modernes&#034;. La question des indicateurs de richesse, comme celle des moyens d'&#233;change mon&#233;taires ou non mon&#233;taires (en particulier l'&#233;change de temps qui en constitue le socle), doit donc &#234;tre vue comme un d&#233;bat politique et soci&#233;tal majeur, et non comme une discussion technique entre statisticiens et comptables. Quel que soit l'avenir institutionnel de cette mission en France, c'est dans cette perspective que la soci&#233;t&#233; civique (et pas seulement civile) mondiale doit, &#224; mon sens, la prendre en charge dans les ann&#233;es qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.place-publique.fr/richesse/ressources2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Place publique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, 2005&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment L'Economique et le Vivant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui supposerait, en toute rigueur, de les distinguer ; s'il est en effet admissible, du point de vue de la connaissance, qu'une discipline ne se pr&#233;occupe pas de la question des fins, cet amoralisme m&#233;thodologique (ou cette neutralit&#233; axiologique) devient dangereux lorsque l'&#233;conomie comme activit&#233; pr&#233;tend s'affranchir du d&#233;bat &#233;thique et politique. C'est l&#224; une question tr&#232;s importante, que je ne peux traiter ici mais qui sera fortement &#233;voqu&#233;e dans le rapport de synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme est &#224; utiliser avec pr&#233;caution tout comme celui de &#034;capital humain&#034;, car si les humains sont pour eux-m&#234;mes mutuellement des ressources, ce n'est &#233;videmment pas au sens de mat&#233;riaux : l'humanit&#233; est une finalit&#233;, et non un moyen du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. le passionnant ouvrage collectif La Monnaie souveraine, coordonn&#233; par Michel Aglietta et Andr&#233; Orl&#233;an.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Revue du Mauss, n&#176;12, 4e trimestre 1984, article d'Alain Caill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Clastres, La Soci&#233;t&#233; contre l'Etat, Ed. de Minuit, Paris, 1974, p. 165.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Bruno Caceres, Loisirs et Travail du Moyen Age &#224; nos jours, Le Seuil, Paris, 1973, pp. 30-32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
