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	<title>El Correo</title>
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		<title>&#034; Les peuples ont cess&#233; d'&#234;tre spectateurs &#034; : Adolfo P&#233;rez Esquivel</title>
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		<dc:date>2002-05-10T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Saumon</dc:creator>



		<description>

-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.S. :&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Quels sont les probl&#232;mes quotidiens des Argentins ces derniers mois ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.P.E. :&lt;/strong&gt; Nous vivons actuellement de tr&#232;s grandes turbulences &#233;conomiques et sociales. Les valeurs traditionnelles de la soci&#233;t&#233; sont aussi tr&#232;s bouscul&#233;es mais on assiste &#224; des r&#233;ponses tr&#232;s fortes du peuple face &#224; la politique du gouvernement : assembl&#233;es populaires, mobilisation des &#034; piqueteros &#034; (ch&#244;meurs), organisations relatives aux droits humains, etc. Le mouvement estudiantin a repris r&#233;cemment, apr&#232;s les vacances d'&#233;t&#233; [l'Argentine est dans l'h&#233;misph&#232;re sud] &#224; l'Universit&#233; de Buenos Aires o&#249; j'enseigne. Il y a une forte mobilisation des &#233;tudiants et des professeurs face &#224; la grave crise sociale, politique et &#233;conomique. Le ph&#233;nom&#232;ne le plus frappant et le plus fort c'est la voix, le &#034; cri &#034;, du peuple qui demande &#224; tous les politiciens de partir, qui se rend aussi &#224; la Cour supr&#234;me en tapant sur des casseroles (&#034; cacerolazos &#034;) et demande le d&#233;part de tous les juges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations sociales et les assembl&#233;es populaires sont devenues tr&#232;s inventives. Elles ont lanc&#233; par exemple les clubs de troc. Il n'y a pas d'argent alors on fonctionne avec des bons en &#233;change de services ou de marchandises : on peut apporter des choses qu'on a chez soi, on re&#231;oit en &#233;change un bon qui sert &#224; son tour &#224; obtenir de l'huile, du sucre, des p&#226;tes, etc. Actuellement, il y a environ 1500 clubs de troc en Argentine. On voit appara&#238;tre beaucoup d'initiatives d'&#233;conomie solidaire : les assembl&#233;es ach&#232;tent en commun, en gros, en &#233;liminant les interm&#233;diaires, et pr&#233;parent des paquets d'aliments ou d'autres produits, ce qui revient tr&#232;s bon march&#233; et permet aux membres de chaque assembl&#233;e de survivre malgr&#233; la grave crise &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement est compl&#232;tement soumis aux injonctions des Etats-Unis et du Fonds mon&#233;taire international (FMI). Il y a actuellement une mission du FMI en Argentine. Nous avons obtenu, il y a deux jours, une r&#233;union d'une heure avec la d&#233;l&#233;gation du FMI, &#224; la Banque centrale. J'&#233;tais avec Nora Corti&#241;as [porte-parole des M&#232;res de la Place de Mai], le pr&#233;sident de la conf&#233;d&#233;ration des petits entrepreneurs industriels, un avocat de Di&#225;logo 2000, un Indien et deux autres repr&#233;sentants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'impose le Fonds c'est l'&#233;limination de l'&#233;tat d'exception &#233;conomique, la diminution du budget des provinces de 600 millions de dollars, le paiement du service de la dette et bien d'autres mesures inadapt&#233;es. Cela va provoquer de tr&#232;s nombreux licenciements et imposer une baisse des salaires minimaux, qui ne sont d'ailleurs souvent m&#234;me plus pay&#233;s. Les pressions du FMI sur le gouvernement sont multiples : on sait par exemple qu'il exerce de fortes pressions pour que la d&#233;l&#233;gation argentine vote contre Cuba &#224; la Commission des Droits de l'Homme &#224; Gen&#232;ve, ce sont des diktats, l'Equateur en p&#226;tit &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme &#224; l'&#233;poque de Fernando de la Rua, le pr&#233;sident dont le peuple s'est d&#233;barrass&#233; &#224; force de cacerolazos, c'est un cercle restreint de financiers qui gouverne : apr&#232;s la fuite des grands capitaux, le gouvernement a gel&#233; les avoirs de tous les &#233;pargnants dans les banques. 300 dollars par personne et par semaine, on ne peut pas retirer davantage, on ne peut donc ni construire, ni produire. La seule exception c'&#233;tait, jusqu'&#224; cette semaine, pour acheter une voiture, un appartement ou une maison. Il y a un tr&#232;s profond malaise et les manifestations populaires continuent, les marches des piqueteros aussi. Les enseignants manifestent &#233;galement depuis la forte diminution du budget de l'Education. Le gouvernement veut pallier les probl&#232;mes avec des syst&#232;mes d'assistance, en donnant 150 pesos (50 $) par mois et par famille, ce qui est tr&#232;s insuffisant : il n'y a ni production, ni travail, c'est une aum&#244;ne qui n'a rien &#224; voir avec le travail. Ce que r&#233;clament les gens c'est du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation de la pauvret&#233;, la classe moyenne de plus en plus appauvrie, le nombre croissant de gar&#231;ons et de filles dans la rue, etc., entra&#238;nent une r&#233;pression polici&#232;re forte. Ce qui fait confondre s&#233;curit&#233; avec augmentation des effectifs policiers et de r&#233;pression. Certes, face &#224; la d&#233;t&#233;rioration sociale, &#233;conomique et politique, les d&#233;lits se multiplient, il y a plus de violence, d'ins&#233;curit&#233;, mais parall&#232;lement aucun projet pour changer le syst&#232;me et cr&#233;er des postes de travail n'est avanc&#233;. L'unique r&#233;ponse est r&#233;pressive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous faisons partie du Front national contre la pauvret&#233;, le FRENAPO. C'est un front multi-sectoriel, qui a fait des propositions concr&#232;tes sur la n&#233;cessit&#233; de donner &#224; chaque famille une formation et un emploi. Avant la d&#233;valuation nous avions chiffr&#233; les besoins &#224; 360 dollars par famille et par mois. De plus nous proposions d'aider les moins de 18 ans &#224; poursuivre leurs &#233;tudes. C'&#233;tait un projet d'habilitation au travail et de reprise &#233;conomique. Le gouvernement de Duhalde a tout abandonn&#233;. J'ai discut&#233; deux heures avec Duhalde, &#224; sa demande. Je lui ai parl&#233; des alternatives &#233;conomiques et aussi du grave probl&#232;me de la dette ext&#233;rieure. Je lui ai demand&#233; de prendre le probl&#232;me &#224; bras le corps et, sans d&#233;clarer que nous ne payerions pas la dette, de porter la question devant la Cour de La Haye pour avis consultatif sur les parties l&#233;gitimes et ill&#233;gitimes de cette dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Est-ce que le pr&#233;sident Duhalde continue &#224; payer la dette ? Est-ce qu'il a &#233;voqu&#233; le jugement &#034; Alejandro Olmos &#034; ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, il continue &#224; payer. Malheureusement. C'est un gouvernement qui ob&#233;it aux diktats, aux politiques du FMI et des Etats-Unis. Les Etats-Unis lui disent de voter contre Cuba, il ob&#233;it. Ils lui ordonnent de promulguer une loi sur la faillite de l'Etat, il ob&#233;it. D&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs sont complices, le parlement ent&#233;rine ce que fait le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olmos est un avocat qui a fait un proc&#232;s pour d&#233;terminer la responsabilit&#233; de la dictature quant &#224; la dette argentine ; le proc&#232;s a dur&#233; 18 ans et Olmos est mort avant que le juge n'ait prononc&#233; la sentence. Un jugement a pourtant &#233;t&#233; prononc&#233; en juillet 2001, qui donne raison &#224; Olmos. Le juge a enjoint la chambre des D&#233;put&#233;s et des S&#233;nateurs &#224; mener une enqu&#234;te sur les irr&#233;gularit&#233;s li&#233;es &#224; la dette. Mais depuis deux ans, rien n'a &#233;t&#233; fait. Il y a une grande complicit&#233; au plus haut niveau, c'est pourquoi le peuple demande le d&#233;part des politiciens : car ils sont complices et corrompus. Personne n'entre chez toi si tu n'ouvres pas la porte, sauf les cambrioleurs, &#224; moins que des complices n'ouvrent la porte pour que ta maison soit mise &#224; sac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle peut-&#234;tre l'issue d'une telle situation ? L'emploi de la force par l'arm&#233;e argentine ? Des man&#339;uvres plus opaques dans le cadre du &#034; Plan Colombie &#034; ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des choses graves se sont pass&#233;es et se passent encore en Argentine. Par exemple, en 2000, sous le gouvernement de la Rua, le pouvoir ex&#233;cutif a demand&#233; au parlement d'autoriser l'entr&#233;e de troupes &#233;trang&#232;res dans le pays. Une des hypoth&#232;ses d'ennemi potentiel &#233;tait les organisations populaires ou sociales et les organismes non gouvernementaux. Cela signifie que pour les forces arm&#233;es, l'ennemi potentiel est &#224; nouveau le peuple. La demande d'autorisation pour l'exercice &#233;tait sign&#233;e, avec l'approbation du pr&#233;sident de la R&#250;a, par les ministres du gouvernement, dont bien s&#251;r le ministre de la D&#233;fense, le chef de cabinet du pr&#233;sident et le chancelier. Le parlement n'a pas donn&#233; son aval mais en ao&#251;t 2000, malgr&#233; ce refus, sous commandement des Etats-Unis, des troupes de tous les pays latino-am&#233;ricains, sauf de Cuba et du Venezuela, sont entr&#233;es en Argentine. C'est la politique h&#233;g&#233;monique des Etats-Unis en Am&#233;rique latine, en droite ligne de la doctrine de la s&#233;curit&#233; nationale et dans le cadre du Plan Colombie. Tout a &#233;t&#233; pay&#233; au Pentagone et au D&#233;partement d'Etat am&#233;ricain par le gouvernement argentin : ces man&#339;uvres militaires ont co&#251;t&#233; deux millions et demi de dollars. En 2001, de nouvelles man&#339;uvres ont eu lieu, avec des troupes des m&#234;mes pays, toujours sous commandement &#233;tasunien ; cette fois l'objectif &#233;tait la province de Salta, &#224; la fronti&#232;re bolivienne, toujours dans le cadre du Plan Colombie, pour la militarisation et la r&#233;pression. Il y a des bases militaires am&#233;ricaines en Argentine, &#224; Bariloche, Sarate, Misiones, Salta, mais aussi au Br&#233;sil, en Equateur, au P&#233;rou, etc. L'objectif ? L'h&#233;g&#233;monie politique et &#233;conomique sur le continent. Dans cette optique on utilise aussi la dette ext&#233;rieure comme m&#233;canisme de contr&#244;le et de domination militaires : l'Equateur s'est ainsi vu contraint de c&#233;der la base de Manta pour le Plan Colombie. Le Commandant en chef de l'arm&#233;e colombienne a indiqu&#233; que cette base allait servir &#224; cette fin, c'est tr&#232;s clair dans plusieurs documents et d&#233;clarations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contr&#244;lant les arm&#233;es latino-am&#233;ricaines, les Etats-Unis acc&#233;l&#232;rent l'entr&#233;e du sous continent dans la zone de libre &#233;change des Am&#233;riques (ZLEA). La ZLEA sonnera le glas les march&#233;s communs r&#233;gionaux : le Mercosur, le march&#233; andin, le march&#233; cara&#239;be et le march&#233; commun d'Am&#233;rique centrale. Ceci va accro&#238;tre les tensions sociales et entra&#238;ner un contr&#244;le policier et militaire omnipr&#233;sent, d'o&#249; le syst&#232;me r&#233;pressif install&#233; sur tout le continent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Etats-Unis s'appr&#234;tent &#224; provoquer un nouveau Vietnam en Colombie avec l'intervention de troupes latino-am&#233;ricaines et cela leur servira &#224; contr&#244;ler le reste des pays. Les morts seront des soldats latino-am&#233;ricains, pas &#233;tasuniens pour ne pas r&#233;p&#233;ter l'erreur du Vietnam. Des soldats latino-am&#233;ricains vont se battre en Colombie contre des Colombiens ! Les Etats-Unis commanderont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les analyses et la recherche d'alternatives, en commun, par des organisations non gouvernementales du Nord et du Sud, peuvent quand m&#234;me favoriser l'&#233;mergence d'une coh&#233;sion, d'un front de refus et de r&#233;sistances. Les m&#233;dias latino-am&#233;ricains donnent-ils un &#233;cho sinc&#232;re du FSM (Forum Social Mondial) de Porto Alegre ou de ce qui se passe dans la soci&#233;t&#233; civile en Am&#233;rique latine ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je crois &#224; la capacit&#233; de r&#233;sistance des peuples dans toute l'Am&#233;rique latine, par exemple le FSM de Porto Alegre est un de ces nouveaux ph&#233;nom&#232;nes sociaux, politiques et &#233;conomiques, une recherche d'alternatives. Mais cette force sociale (sauf au Br&#233;sil avec le Parti des Travailleurs) n'est pas structur&#233;e comme force politique. Il n'y a pas de construction politique, pas de projet de gouvernance, de contr&#244;le de la gestion pour un projet politique viable. Ce sont des mouvements sociaux suscit&#233;s par la n&#233;cessit&#233; de survivre, de s'organiser, mais sans unit&#233; politique et c'est l&#224; leur faiblesse. Bien s&#251;r les mouvements sociaux du Nord et du Sud peuvent s'entraider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le des m&#233;dias est effectivement tr&#232;s important. La presse &#034; canaille &#034; [menteuse] est dominante. Radios, t&#233;l&#233;visions et journaux sont contr&#244;l&#233;s par des multinationales financi&#232;res. CNN, par exemple, joue un grand r&#244;le dans l'information diffus&#233;e dans notre pays. L'information est partielle ou d&#233;natur&#233;e, manipul&#233;e. L'exemple du Venezuela est &#233;loquent : la presse &#034; canaille &#034; a d&#233;guis&#233; la v&#233;rit&#233;, elle a attribu&#233; les morts au gouvernement de Chavez et non &#224; Carmona. Le probl&#232;me c'est le pourquoi du coup d'Etat contre Chavez : il y a eu toute une campagne de presse, cruelle, pour d&#233;consid&#233;rer Chavez et cr&#233;er un climat d'animosit&#233;. Chavez a commis des erreurs qu'il doit corriger, c'est certain, mais quand un pays veut sortir de l'orbite de domination des Etats-Unis, de leur pens&#233;e unique, ils essayent de le d&#233;truire. C'est surtout &#231;a qui a compt&#233;. D&#233;truire le gouvernement de Chavez est un de leurs objectifs, et leur gouvernement a &#233;t&#233; m&#234;l&#233; &#224; l'organisation du coup d'Etat. L'alliance entre militaires et entrepreneurs a toujours exist&#233;, mais ce qui est curieux cette fois, c'est d'avoir mis un patron et non un militaire &#224; la t&#234;te de la junte. Carmona appartient &#224; la m&#234;me famille que les P&#233;rez Carmona en Argentine, d&#233;tenteurs de vastes int&#233;r&#234;ts au Venezuela, essentiellement dans le p&#233;trole. Curiosit&#233; ou co&#239;ncidence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de ce coup d'Etat, les Etats-Unis se sont montr&#233;s satisfaits, ils n'ont absolument pas parl&#233; de l&#233;galit&#233;, de droit, de respect de la constitution v&#233;n&#233;zu&#233;lienne. Leur complicit&#233; &#233;tait tr&#232;s ouverte. Ensuite, la r&#233;action du peuple et celle des pays latino-am&#233;ricains, avec la d&#233;claration de l'OEA (Organisation des Etats Am&#233;ricains) qui pour la premi&#232;re fois s'est prononc&#233;e fermement, ont fait revenir Chavez au pouvoir. C'est un &#233;v&#233;nement significatif : les peuples ont cess&#233; d'&#234;tre spectateurs, ils s'assument comme protagonistes. Je crois qu'il y a une mutation dans l'exercice des relations d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les dictatures r&#233;centes, des ann&#233;es 70 et 80, au Br&#233;sil et en Argentine montrent cependant que le risque de retomber dans l'alternative militaire n'est pas mince.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a eu de fortes rumeurs au sujet d'un &#233;ventuel coup d'Etat mais personne ne veut des militaires. L'exp&#233;rience de la dictature a &#233;t&#233; tr&#232;s dure. Les militaires n'ont jamais rien r&#233;solu, ils ne font qu'envenimer la situation, et eux-m&#234;mes n'ont pas l'intention d'intervenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
A bien y regarder, les militaires ne font jamais de putsch seuls, sans l'aval des Etats-Unis. Le fait que les Etats-Unis aient &#233;chou&#233; &#224; renverser le gouvernement Chavez &#224; cause de la force et de l'attitude nouvelles de l'action populaire, le fait que nous arrivions petit &#224; petit &#224; construire des espaces de d&#233;mocratie participative plus directs et que tout cela se passe en dehors des gouvernements, font qu'ils vont nuancer leurs actions. Les foyers de r&#233;sistance sociale, m&#234;me s'ils s'&#233;laborent selon un processus difficile, ont chang&#233; la donne. L'action par le biais du Plan Colombie est plus probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Es-tu en train d'essayer de me dire que si les ONG le veulent vraiment elles pourraient emp&#234;cher une dictature de se mettre en place en Argentine ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le 24 mars, c'&#233;tait le 26&#232;me anniversaire du coup d'Etat militaire de 1978 en Argentine. Plus de 50 000 personnes ont particip&#233; &#224; une &#233;norme manifestation &#224; Buenos Aires. Dans cette manifestation on voyait des femmes avec leurs b&#233;b&#233;s, des familles, tous les syndicats, les enseignants, presque toutes les classes sociales. C'&#233;tait comme dans les assembl&#233;es populaires, avec des repr&#233;sentants de ces assembl&#233;es, des piqueteros et bien d'autres. La convergence de toutes ces forces sociales c'est quelque chose de puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais les pressions, notamment ext&#233;rieures, sont quand m&#234;me tr&#232;s fortes. Je pense en particulier aux nouvelles directives contre le terrorisme.&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De toute &#233;vidence le syst&#232;me est tr&#232;s dur, les pressions du FMI et des Etats-Unis sont tr&#232;s fortes, les gouvernements sont faibles et totalement soumis, ils roulent pour le Nord et ne repr&#233;sentent pas la volont&#233; des peuples, du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que peut engendrer le manque de solutions claires, ce sont des r&#233;bellions populaires plus fortes. Le gouvernement argentin et les Etats-Unis sont pr&#234;ts pour la r&#233;pression. Quiconque s'oppose &#224; ces derniers est un terroriste. Alors on criminalise les protestations sociales, les organisations sociales, la pauvret&#233;, les enfants pauvres, les travailleurs sans travail comme les piqueteros ; on criminalise le droit du peuple &#224; une vie juste, &#224; lutter contre les injustices. La capacit&#233; de r&#233;sistance des peuples &#233;volue aussi avec par exemple le mouvement des paysans sans terre au Br&#233;sil, les mouvements indig&#232;nes, les mouvements pour les droits humains dans toute l'Am&#233;rique latine, les mouvements des femmes de plus en plus pr&#233;sents et actifs sur le plan social, politique et culturel (nous en avons eu la preuve ici, &#224; Washington, o&#249; ce sont en majorit&#233; des femmes qui participent au tribunal de la dette). &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous mesurons ces nouvelles r&#233;alit&#233;s. Cependant, plus que la lutte contre le terrorisme, notre grande inqui&#233;tude concerne l'exode massif des jeunes qui quittent le pays faute de possibilit&#233;s de travail : &#233;tudiants, dipl&#244;m&#233;s, scientifiques, ing&#233;nieurs&#8230; Les processus actuels sont riches en contrastes. D'une part des gens en r&#233;sistance et d'autre part, ceux qui s'en vont. D'autres encore courent apr&#232;s les dollars, cherchant &#224; sp&#233;culer sur l'achat et la revente. Il y a, dans la rue, des queues tr&#232;s longues pour cela tout comme pour obtenir un visa aupr&#232;s des ambassades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous manquons d'un catalyseur, d'une force d'unit&#233; pouvant mettre en avant des projets politiques alternatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les hommes politiques osent-ils se montrer dans la rue ?&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Non, tr&#232;s peu d'hommes politiques peuvent sortir dans la rue, car les gens les punissent : ils les insultent, ils les frappent, m&#234;me chose pour beaucoup de syndicalistes corrompus, responsables eux aussi de cette situation. Except&#233; la CTA (Centrale des Travailleurs Argentins), qui a toujours milit&#233; aupr&#232;s du peuple et qui incarne l'opposition &#224; la grande Centrale Ouvri&#232;re compl&#232;tement d&#233;consid&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces perspectives ne sont gu&#232;re encourageantes. La situation est difficile. Faisons confiance &#224; la capacit&#233; des peuples &#224; trouver des alternatives. Nous sommes engag&#233;s dans un processus, nous n'avons ni recettes ni solutions pour sortir de la crise mais nous travaillons dans la voie des alternatives sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Argentine-Les-peuples-ont-cesse-d&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CATDM&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, le 1er avril 2002&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#233;carit&#233; et exclusion en Argentine : On peut encore fouiller dans les poubelles :</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Precarite-et-exclusion-en-Argentine-On-peut-encore-fouiller-dans-les-poubelles</link>
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		<dc:date>2002-05-08T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Alain Saumon</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#034; Celui qui meurt meurt, et voil&#224; ! &#034; &lt;br class='autobr' /&gt; La politique &#233;conomique actuelle engendre l'exclusion et le nombre des pauvres augmente de jour en jour. Les gens se retrouvent sans travail dans toutes les classes sociales, aussi bien ouvriers que dipl&#244;m&#233;s. La mis&#232;re est grande mais en m&#234;me temps on constate une forte mobilisation de toutes les couches de la population : il y a ceux qui descendent dans la rue pour protester devant le palais du gouvernement et demander le d&#233;part des hommes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034; Celui qui meurt meurt, et voil&#224; ! &#034; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La politique &#233;conomique actuelle engendre l'exclusion et le nombre des pauvres augmente de jour en jour. Les gens se retrouvent sans travail dans toutes les classes sociales, aussi bien ouvriers que dipl&#244;m&#233;s. La mis&#232;re est grande mais en m&#234;me temps on constate une forte mobilisation de toutes les couches de la population : il y a ceux qui descendent dans la rue pour protester devant le palais du gouvernement et demander le d&#233;part des hommes politiques, devant les banques contre le dernier pillage de la classe moyenne par le gouvernement qui s'est appropri&#233; les &#233;conomies &#233;pargn&#233;es ; il y a les barrages de route, parce que les gens ne gagnent rien ou presque, ou parce qu'ils travaillent pour le gouvernement et que celui-ci ne tient pas ses engagements ; il y a les manifestations de ceux qui ne peuvent plus r&#233;aliser des transactions commerciales, ni vente ni achat d'une maison, d'une voiture, ni traitement m&#233;dical parce que leur argent n'est plus disponible bien qu'il ne s'agisse le plus souvent que de modestes &#233;conomies - ceux qui avaient beaucoup d'argent l'ont sorti du pays. C'est tout un concert de protestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ativit&#233; est &#233;galement forte. Dans l'organisation du troc par exemple. On &#233;change disons des galettes contre autre chose &#224; manger, ou de la nourriture contre des outils, ou inversement. Le troc est un moyen de faire face mais il ne r&#233;sout rien, d'autant plus que souvent, par d&#233;sespoir et pour manger, des gens se d&#233;font de choses dont ils auraient besoin pour continuer &#224; travailler. Le troc est tr&#232;s r&#233;pandu, il y en a dans les quartiers, avec des formules variables. C'est la vie au jour le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, beaucoup de gens fouillent les poubelles et mangent les restes des autres. Beaucoup de gens mendient, des enfants, des personnes &#226;g&#233;es qui dans le train ou l'autobus vous pr&#233;sentent un objet quelconque sans aucune valeur, pour que vous l'achetiez. Ceux qui en ont les moyens l'ach&#232;tent car c'est une fa&#231;on d'aider. D'autres aident quelques voisins. La pauvret&#233; est palpable, en permanence. C'est un grand malheur, l'&#233;conomie sombre dans des proportions inou&#239;es malgr&#233; un potentiel que tout le monde nous reconna&#238;t. Nous venons d'avoir la plus grosse production de bl&#233; depuis 50 ans, et les gens meurent de faim ; nous avons des vaches qui donnent le meilleur lait du monde, et les enfants meurent, sans pouvoir boire un verre de lait. Les fermiers et les transporteurs ont jet&#233; du lait pour protester contre les prix tant ils &#233;taient d&#233;risoires. Maintenant ils d&#233;posent le lait devant la porte des supermarch&#233;s, pour protester contre les grands groupes dont on dit que certains blanchissent de l'argent et d'autres fonctionnent aux narcodollars. La corruption est terrible et le gouvernement est partie prenante. Jusqu'o&#249; cela ira-t-il ?.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un autre probl&#232;me, comme dans de nombreux pays, celui des sans-papier. Les gouvernements n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; donner des papiers &#224; des familles qui sont venues de l'&#233;tranger pour travailler, il y a des ann&#233;es de &#231;a, et qui ont eu des enfants. Ce sujet est tabou. La plupart des Argentins ignorent que des enfants sont refus&#233;s dans les &#233;coles faute de papiers, que des malades sont refus&#233;s dans les h&#244;pitaux parce qu'un ordre sup&#233;rieur du minist&#232;re de la Sant&#233; a interdit de soigner les sans-papier. Nous le savons par nos conversations avec le personnel des h&#244;pitaux, qui prend de gros risques pour soigner quand m&#234;me ces &#233;trangers qui vivent dans des bidonvilles et des banlieues compl&#232;tement marginalis&#233;es par la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour la conqu&#234;te de la dignit&#233; par le travail, la rue vous attend.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fonctionnaires s'attendent &#224; &#234;tre mis &#224; pied. A chaque entretien avec le Fonds mon&#233;taire international (FMI) ils redoutent de nouveaux ajustements. Leur exp&#233;rience c'est qu'&#224; chaque ajustement certains d'entre eux se retrouvent &#224; la rue. En Argentine, en ce moment, chaque jour apporte son lot de travailleurs licenci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois les gens revendiquaient un meilleur salaire, la justice sociale &#224; travers un salaire digne. Aujourd'hui, le quotidien s'est tellement d&#233;t&#233;rior&#233; qu'ils ne r&#233;clament plus qu'un travail, n'importe quel travail. M&#234;me dans le cadre des plans &#034; trabajar &#034; [travailler] qui sont des programmes gouvernementaux pour occuper une partie de la population : le salaire est si bas qu'il ne suffit pas pour sortir de la pauvret&#233;. Ces plans ne r&#233;activent pas l'&#233;conomie du pays non plus. Avec le salaire Trabajar on peut acheter une bo&#238;te de lait par jour. Et pourtant les gens font de longues queues pour int&#233;grer ces programmes. Evidemment cela aggrave l'indignation ambiante vis-&#224;-vis des hommes politiques parce que ces emplois ne permettent m&#234;me pas de survivre. Le salaire minimal des plans Trabajar est de 150 pesos, ce qui faisait 150 dollars mais n'en vaut plus que 50. Aucune famille ne peut vivre avec 50 dollars, mais les gens sont tenus par cette esp&#232;ce de contrat qui leur donne un travail pr&#233;caire de 4 heures par jour, pour ramasser les ordures dans la rue, ou faire quelque chose d'autre sans aucune perspective d'enrichissement ou de conqu&#234;te de dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il vaut mieux &#234;tre riche et en bonne sant&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a de moins en moins de travail pour les dipl&#244;m&#233;s aussi, avocats, m&#233;decins, ing&#233;nieurs ou autres. La population gagne moins donc r&#233;duit au minimum ou &#224; z&#233;ro ses d&#233;penses. Avant les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre, la classe moyenne se faisait soigner dans des infrastructures li&#233;es &#224; des mutuelles correspondant &#224; son statut. Les h&#244;pitaux publics &#233;taient traditionnellement fr&#233;quent&#233;s par des gens moins ais&#233;s. J'&#233;tais il y a quelques jours dans un h&#244;pital et le personnel m'a dit qu'une nouvelle cat&#233;gorie de patientS fr&#233;quentait maintenant l'&#233;tablissement. Ce ne sont plus les pauvres qui s'y rendent, ils n'ont m&#234;me plus de quoi se payer l'autobus, c'est la classe moyenne qui en plus de perdre son travail, a perdu sa couverture sociale de qualit&#233;. Les gens vivent avec leurs maladies et ne se font pas soigner. Celui qui meurt meurt, et voil&#224; ! Il n'y a plus ni mutuelle, ni pr&#233;vention, ni soins, ni m&#233;dicaments. Gr&#226;ce au troc on peut en trouver quelque fois. Les h&#244;pitaux n'ont plus de budget mais le personnel, la &#034; composante humaine &#034;, est l&#224; : la solidarit&#233; fait qu'on s'occupe des patients, mais sans argent, pas d'op&#233;ration, pas de m&#233;dicaments, surtout pour les malades pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les possibilit&#233;s d'indemnisation pour maladie ou accident du travail sont tr&#232;s r&#233;duites. De plus, les entreprises n'embauchent plus personne qui ait une probabilit&#233; de tomber malade. On embauche de moins en moins de femmes, &#224; cause du risque de grossesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement &#233;labore un nouveau plan de r&#233;duction des d&#233;penses publiques. Encore un ajustement demand&#233; par le FMI : sant&#233;, &#233;ducation et logement vont encore en p&#226;tir et les &#233;quipements vont &#234;tre acquis &#224; bas prix par des priv&#233;s qui ne s'occuperont que des gens solvables. Ce m&#233;canisme nous le voyons se d&#233;rouler sous nos yeux et nous le vivons tr&#232;s mal. La qualit&#233; de la vie diminue de jour en jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T'as pas un peso pour aller &#224; l'&#233;cole ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transports en commun ont aussi beaucoup de probl&#232;mes. Il y a moins d'autobus : les entreprises de transport urbain ont moins d'argent, elles doivent payer le carburant et il y a moins d'usagers &#224; cause du ch&#244;mage. Elles essuient des pertes. Le personnel proteste, se met en gr&#232;ve, et les pertes s'aggravent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le transport a un co&#251;t tr&#232;s bas pour les scolaires, un peso symbolique. Malgr&#233; cela, certains ne peuvent pas aller r&#233;guli&#232;rement &#224; l'&#233;cole. Alors le gouvernement annonce que les classes qui ne font pas le plein d'&#233;l&#232;ves seront &#234;tre ferm&#233;es, et c'est ainsi qu'on p&#233;nalise aussi l'&#233;ducation. Les enseignants ont beau demander aux parents d'envoyer leurs enfants en classe, leur promettre de faire encore plus d'efforts pour faire cours, il y a des gens qui ne peuvent pas, et on ferme des classes. Les enfants ne vont plus &#224; l'&#233;cole, il y a de nombreux analphab&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains enseignants montrent beaucoup de bonne volont&#233; et font beaucoup d'efforts, ils travaillent de fa&#231;on tr&#232;s solidaire, ils ont souvent trois mois ou plus d'arri&#233;r&#233;s de salaire. Dans les provinces on leur doit leurs primes. Ils ont des salaires bas. Il leur faut vivre de la solidarit&#233; familiale, de l'entraide entre voisins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la capitale f&#233;d&#233;rale et dans la province de Buenos Aires, la situation semble &#234;tre un peu meilleure, mais les &#233;l&#232;ves ne peuvent pas tous aller &#224; l'&#233;cole, par exemple par manque de chaussures. La richesse n'est pas &#233;galement r&#233;partie entre les provinces. Il y a les provinces riches, sp&#233;cialement celles qui ont du p&#233;trole, o&#249; les hommes d'affaires et les politiciens accaparent les richesses et les provinces pauvres o&#249; la situation est encore plus d&#233;grad&#233;e qu'ailleurs. Nous luttons beaucoup pour qu'un &#233;quilibre soit r&#233;alis&#233;, mais les progr&#232;s sont rares pour ne pas dire nuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre jour j'&#233;tais dans le train pour rentrer &#224; Buenos Aires et je lisais le journal. Un gar&#231;on d'environ 14 ans s'est assis &#224; c&#244;t&#233; de moi, il &#233;tait maigre et semblait tr&#232;s pauvre. Il regardait mon journal, je croyais qu'il le lisait puis je me suis rendu compte qu'il ne savait pas lire. Je lui ai expliqu&#233; que le journal parlait de la guerre en Afghanistan. Il m'a alors demand&#233; s'il y aurait une guerre en Argentine, ou bien une dictature militaire. Je lui ai r&#233;pondu qu'il fallait lutter pour ne pas en arriver &#224; cette extr&#233;mit&#233;. Il insistait : &#034; c'est que les choses vont si mal&#8230; &#034;. Ce jeune, qui ne savait pas lire, avait comme une hantise de la guerre et associait la situation du pays &#224; la guerre ou &#224; la dictature. Il y a beaucoup de jeunes analphab&#232;tes comme lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui cette m&#234;me classe moyenne qui d&#233;tournait les yeux et ne se sentait pas concern&#233;e par la dictature&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population est tr&#232;s divis&#233;e. Une bonne partie de la soci&#233;t&#233; civile a enfin compris, tout r&#233;cemment, que la derni&#232;re dictature militaire, qui a &#233;t&#233; la plus sanglante, a laiss&#233; un h&#233;ritage de plomb : 30 000 prisonniers et disparus, hommes femmes et enfants, et un d&#233;sastre &#233;conomique extraordinaire par l'augmentation ph&#233;nom&#233;nale de la dette ext&#233;rieure. Jusqu'&#224; maintenant, les gens ne comprenaient pas que c'&#233;tait le legs de la dictature. Une partie des Argentins avaient bien v&#233;cu sous la junte, faisant des voyages, des sorties, et ils disaient &#034; nous vivions bien, on m'a laiss&#233; tranquille, on ne m'a rien fait, on ne m'a pas touch&#233;, on ne m'a pas emmen&#233;, moi &#034;. Aujourd'hui, cette m&#234;me classe moyenne qui d&#233;tournait les yeux et ne se sentait pas concern&#233;e commence petit &#224; petit &#224; comprendre le pourquoi de la dictature et n'en veulent plus. Ils participent m&#234;me &#224; des manifestations, des assembl&#233;es, des cacerolazos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nous, M&#232;res de disparus, ils nous disaient au d&#233;but des manifestations : &#034; que faites-vous ici ? nous nous ne faisons pas de politique &#034;. Sous-entendu : &#034; vous faites de la politique, pas nous &#034;. Descendre dans la rue pour protester parce que votre compte bancaire a &#233;t&#233; vid&#233;, ce n'&#233;tait pas une action politique &#224; leurs yeux ; le gouvernement disposait de fa&#231;on arbitraire des biens du peuple et les gens ne faisaient pas la relation avec la politique ni avec les s&#233;quelles de la dictature militaire. Apr&#232;s quatre mois de cacerolazos, quand le gouvernement de De la Rua a &#233;t&#233; renvers&#233;, et que peu apr&#232;s le gouvernement qui l'a remplac&#233; a subi le m&#234;me sort, ils ont commenc&#233; &#224; comprendre que ce n'&#233;tait pas un d&#233;linquant comme un autre qui leur avait vol&#233; leurs &#233;conomies dans la rue, mais que c'&#233;tait bien l'Etat qui s'&#233;tait appropri&#233; l'argent qu'ils avaient d&#233;pos&#233; dans les banques. Ces m&#234;mes banques o&#249; une affiche officielle pr&#233;cisait que les d&#233;p&#244;ts priv&#233;s &#233;taient intangibles. Quand l'Etat l'a voulu, il y a touch&#233;. Et les gens ont compris un petit peu plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, une frange importante de la population ressent toujours une certaine sympathie pour les militaires, voyant en eux un facteur de s&#233;curit&#233;. Alors, il faut dialoguer, d&#233;battre, informer, quand les gens se r&#233;unissent dans les assembl&#233;es - fait nouveau lui aussi dans notre pays puisque la dictature avait dissous tous les liens de solidarit&#233;, tous les r&#233;seaux, et &#233;limin&#233; tant de gens, sans compter les personnes arr&#234;t&#233;es, tortur&#233;es, exil&#233;es&#8230; Aujourd'hui les cons&#233;quences de la dictature sont visibles, de m&#234;me que toutes les r&#233;formes &#233;conomiques exig&#233;es par les institutions financi&#232;res internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Eglise est tr&#232;s ti&#232;de&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Eglise a d'abord &#233;t&#233; complice et partie prenante dans la dictature militaire. Et maintenant, bien que quelques t&#234;tes aient &#233;t&#233; chang&#233;es, elle est tr&#232;s ti&#232;de, elle fait des d&#233;clarations, elle parle de la faim, mais elle ne dit jamais tout. Un jour, il faudrait qu'ils ferment la porte des &#233;glises, en signe de protestation, et qu'ils ne permettent plus que les fonctionnaires y organisent des messes et des hommages. Un jour, ils devront vraiment changer. La hi&#233;rarchie de l'Eglise argentine est totalement coup&#233;e du peuple. Quand ils parlent, ils parlent d'en haut, depuis une chaire. Ils ne marchent ni ne parlent avec le peuple, il ne le laissent pas les toucher, les voir de pr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il y avait une nouvelle dictature - pourvu qu'il n'y en ait plus jamais - l'Eglise serait-elle &#224; nouveau complice ? Une partie de l'Eglise est rest&#233;e fasciste, elle a une mentalit&#233; nazi. La hi&#233;rarchie a &#233;t&#233; un peu modifi&#233;e, elle proclame qu'elle se fait du mauvais sang, qu'elle ne veut pas que le gouvernement traite si mal son peuple, mais sans plus, et tant qu'elle continuera &#224; administrer la communion aux politiciens qui d&#233;truisent notre pays, elle restera complice de situations qui s'aggravent et dont elle est co-responsable. Il n'y a pas de s&#233;paration nette entre l'Eglise et l'Etat, tant qu'elle touche des revenus de l'Etat elle ne se rebelle pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons beaucoup de pr&#234;tres, nous travaillons avec de nombreux pr&#234;tres totalement d&#233;vou&#233;s au peuple. L'Eglise de base, comme on l'appelle, marche avec les pauvres, aide dans les quartiers, aide dans les occupations de terrain, elle est solidaire sur toute la ligne, elle partage compl&#232;tement la pauvret&#233; avec les pauvres. Ils sont pauvres et donnent le peu qu'ils ont, comme sous la dictature qui r&#233;primait cela. Deux &#233;v&#234;ques ont &#233;t&#233; assassin&#233;s &#224; l'&#233;poque, la hi&#233;rarchie a d&#233;tourn&#233; la t&#234;te et a ni&#233; qu'ils aient &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s par la dictature militaire, ce qui montre son degr&#233; d'implication, de participation, je ne parle m&#234;me plus de complicit&#233;. Des pr&#234;tres &#233;taient pr&#233;sents dans les camps de concentration, ils voyaient la torture et ne pipaient mot, ils accompagnaient les militaires dans les vols de la mort au cours desquels les prisonniers &#233;taient jet&#233;s dans les rivi&#232;res et dans la mer pour ne jamais repara&#238;tre. C'est ce qui est probablement arriv&#233; &#224; mon fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains cur&#233;s se manifestent. Il y a quelques jours un cur&#233; de base a &#233;crit une lettre tr&#232;s dure au pr&#233;sident de la Nation et au pr&#233;sident de l'Eglise pour leur exposer les graves probl&#232;mes et la vie du peuple. Aujourd'hui l'Eglise de base marche avec les pauvres mais sans aucune perspective de r&#233;volution. Le changement ne peut se faire que progressivement car le peuple a terriblement souffert. Beaucoup ne sont plus l&#224;. Beaucoup ont peur. On ne peut donc pas penser &#224; une action r&#233;volutionnaire, le peuple n'est pas pr&#234;t. A Cuba la r&#233;volution s'est d'abord produite et ensuite le peuple s'y est ralli&#233;, c'est un exemple isol&#233;. Au Venezuela, tout r&#233;cemment, le peuple a d&#233;montr&#233; qu'il voulait la justice sociale et un gouvernement populaire, malgr&#233; les efforts des m&#233;dias et des grandes entreprises pour tout d&#233;guiser ; le peuple a exprim&#233; sa volont&#233; et c'est r&#233;jouissant, cela montre le changement qui est en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tel en Argentine. L'Argentine est un pays cosmopolite, o&#249; cohabitent plusieurs nationalit&#233;s. Les nouvelles g&#233;n&#233;rations estiment &#234;tre de &#034; vrais Argentins &#034;, le stade du melting-pot est d&#233;pass&#233;. Pourtant, depuis d&#233;cembre, rien n'est plus comme avant. Tout a compl&#232;tement chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Argentine-entretien-avec-Nora&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CATDM&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;. Buenos Aires, 8 de mayo 2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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