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		<title>F&#233;d&#233;ralismes et r&#233;gions en Argentine : perspective compar&#233;e</title>
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		<dc:date>2002-10-15T18:58:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-France Pr&#233;v&#244;t Schapira </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Marie-France Pr&#233;v&#244;t Schapira * &lt;br class='autobr' /&gt;
COLLOQUE DE MOSCOU : 20-22 FEVRIER 2002 &lt;br class='autobr' /&gt;
Universit&#233; de l'Amiti&#233; des peuples &lt;br class='autobr' /&gt;
(Version provisoire de la communication pr&#233;sent&#233;e au colloque de Moscou ) &lt;br class='autobr' /&gt;
La crise argentine vue &#224; travers le prisme du f&#233;d&#233;ralisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
La crise que traverse aujourd'hui le pays, apr&#232;s dix ann&#233;es de r&#233;formes &#233;conomiques n&#233;o-lib&#233;rales, a soulev&#233; bien des interrogations sur les raisons d'une faillite d'une telle ampleur : 15 millions de pauvres soit 40% de la population du pays, un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie-France Pr&#233;v&#244;t Schapira *&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
COLLOQUE DE MOSCOU : 20-22 FEVRIER 2002 &lt;br /&gt;
Universit&#233; de l'Amiti&#233; des peuples &lt;br /&gt;
(Version provisoire de la communication pr&#233;sent&#233;e au colloque de Moscou )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise argentine vue &#224; travers le prisme du f&#233;d&#233;ralisme. &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
La crise que traverse aujourd'hui le pays, apr&#232;s dix ann&#233;es de r&#233;formes &#233;conomiques n&#233;o-lib&#233;rales, a soulev&#233; bien des interrogations sur les raisons d'une faillite d'une telle ampleur : 15 millions de pauvres soit 40% de la population du pays, un ch&#244;mage ouvert qui tourne autour de 20%, une dette de 140 milliards de dollars, une classe moyenne lamin&#233;e. On a bien s&#251;r &#233;voqu&#233; le r&#244;le des bailleurs de fonds dans la mise en place d'une r&#233;forme de l'Etat qui a provoqu&#233; des licenciements massifs, les conditions l&#233;onines impos&#233;es par les entreprises &#233;trang&#232;res dans la privatisation des grands services publics, la corruption qui a gangren&#233; les institutions argentines, enfin le carcan que supposait la convertibilit&#233; qui arrimait le peso au dollar. La question f&#233;d&#233;rale a &#233;t&#233; peu &#233;voqu&#233;e. Or les provinces ont &#233;t&#233; d&#232;s le d&#233;part dans la mire du FMI.&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; C'est &#233;galement sur l'assainissement de leurs finances qu'achoppe la signature d'un accord entre l'Argentine et le FMI. La dimension territoriale et f&#233;d&#233;rale est de toute premi&#232;re importance pour comprendre l'agenda des r&#233;formes &#233;conomiques des ann&#233;es 90 et la crise actuelle. Elle constitue une des dimensions permettant d'&#233;clairer ce qui appara&#238;t &#224; beaucoup comme une &#233;nigme. Comment un gouvernement p&#233;roniste a pu mettre en place des r&#233;formes qui allaient &#224; l'encontre de la volont&#233; de ses bases sociales et politiques et &#234;tre r&#233;&#233;lu en 1995 ? &lt;br /&gt;
L'hypoth&#232;se avanc&#233;e par E. Gibson et E. Calvo &lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt; est que l'organisation territoriale du f&#233;d&#233;ralisme &#233;lectoral a jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans la viabilit&#233; de la r&#233;forme &#233;conomique mise en &#339;uvre dans les ann&#233;es 1990. Elle s'est appuy&#233;e sur deux m&#233;canismes li&#233;s entre eux : la segmentation r&#233;gionale des mod&#232;les de construction de coalitions politiques et l'&#233;chelonnement du co&#251;t des r&#233;formes et de l'ajustement. Les r&#233;formes &#233;conomiques n'ont pas &#233;t&#233; appliqu&#233;es de mani&#232;re uniforme sur l'ensemble du territoire ; elles furent model&#233;es par l'&#233;conomie politique du f&#233;d&#233;ralisme argentin avec des &#171; perdants &#187; et des &#171; gagnants &#187;. Le co&#251;t social et politique des r&#233;formes a &#233;t&#233; dans un premier temps plus &#233;lev&#233; dans les r&#233;gions les plus urbanis&#233;es et les plus d&#233;velopp&#233;es du pays, - les &#171; espaces m&#233;tropolitains &#187; -, tandis que les petites provinces p&#233;riph&#233;riques furent un temps &#233;pargn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme argentin&lt;br /&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Les f&#233;d&#233;rations sont une forme territoriale d'organisation politique et de partage du pouvoir, permettant de g&#233;rer la diversit&#233;. Toutefois, les disparit&#233;s de superficie et de richesses peuvent &#234;tre source de dissensions et avoir un effet corrosif sur la solidarit&#233;. Qu'en est-il dans la f&#233;d&#233;ration argentine, compos&#233;e de 24 unit&#233;s constitutionnelles (23 provinces auxquelles s'ajoutent la capitale) de poids &#233;conomique et de taille tr&#232;s disparates ? &lt;br /&gt;
Selon les chiffres du recensement de 2001, un peu moins de la moiti&#233; de la population du pays - soit 36 millions d'habitants -, est regroup&#233;e dans la ville et la province de Buenos Aires, un quart dans trois provinces de 2 &#224; 3 millions d'habitants et le reste dans 19 provinces. Neuf ne d&#233;passent pas le demi million d'habitants. On ne peut &#233;chapper &#224; cette donn&#233;e. Elle est interpr&#233;t&#233;e par beaucoup comme la raison majeure des &#171; errements &#187; du f&#233;d&#233;ralisme argentin. Si ce d&#233;s&#233;quilibre entre &#171; Buenos Aires et le pays &#187; a toujours exist&#233;, il s'est consid&#233;rablement amplifi&#233; depuis le triomphe de l'id&#233;e f&#233;d&#233;rale (1853). Le syst&#232;me s'est mis en place &#224; un moment o&#249; les provinces historiques, aujourd'hui en crise, constituaient des foyers de peuplement et d'activit&#233; &#233;conomique qui faisaient contrepoids &#224; la province de Buenos Aires. Mais les relations entre le centre et les p&#233;riph&#233;ries, entre la nation et les provinces ont profond&#233;ment &#233;volu&#233; en 150 ans de vie f&#233;d&#233;rale, d&#233;pla&#231;ant, &#224; partir des ann&#233;es 1880, le centre de gravit&#233; du pays vers l'espace pamp&#233;en et le port de Buenos Aires. Ce basculement a largement contribu&#233; &#224; forger l'id&#233;e que les destin&#233;es du pays &#233;taient dirig&#233;es depuis le centre. &lt;br /&gt;
Daniel Elazar (1987) &lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; dans son ouvrage sur le f&#233;d&#233;ralisme assigne un r&#244;le particulier &#224; l'Argentine. Dans ce pays divis&#233; politiquement, int&#233;gr&#233; socialement et tr&#232;s homog&#232;ne culturellement, - &#224; tout le moins jusqu'aux ann&#233;es 80 -, les provinces disposent d'un large degr&#233; d'autonomie dans la d&#233;finition de leur syst&#232;me politique, &#233;lectoral et municipal. Ce constat doit &#234;tre imm&#233;diatement nuanc&#233; en raison du pouvoir de r&#233;vocation des gouvernements provinciaux par le centre et de leur forte d&#233;pendance fiscale comme nous le verrons plus loin. De fait, le r&#244;le central des gouverneurs dans la crise actuelle, souligne la dissociation croissante entre le pouvoir &#233;conomique concentr&#233; dans l'espace central et le pouvoir politique des p&#233;riph&#233;ries. B. Sarlo parle d'une sorte de retour &#224; l'organisation pr&#233;-nationale dans laquelle les gouverneurs occupent le devant de la sc&#232;ne politique, la crise semblant avoir d&#233;truit la construction nationale. &lt;br /&gt;
Pour comprendre cette r&#233;alit&#233;, il convient de montrer que cette dissociation s'est appuy&#233;e &#224; la fois sur les structures client&#233;laires du parti p&#233;roniste et la construction du syst&#232;me &#233;lectoral argentin qui appara&#238;t parmi les pays f&#233;d&#233;raux celui qui donne une des plus fortes repr&#233;sentations aux petites provinces. Les provinces les plus pauvres et les moins peupl&#233;es peuvent ainsi se constituer en majorit&#233; d'appui ou de blocage. Ce poids des provinces dans le dispositif de la r&#233;forme de l'Etat et de l'ajustement renvoie &#224; la lancinante question des relations entre le &#171; centre &#187; et la p&#233;riph&#233;rie - ou plut&#244;t les p&#233;riph&#233;ries -, entre Buenos Aires et l'&lt;i&gt;Interior. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les deux Argentines : La force des repr&#233;sentations &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine, le f&#233;d&#233;ralisme a une forte r&#233;sonance dans la m&#233;moire collective. Le mot appartient au vocabulaire politique, culturel, identitaire de la Nation. Toutefois, dans un pays qui ne conna&#238;t pas de probl&#232;me ethnique, linguistique ou de nationalit&#233; comme d'autres &#201;tats f&#233;d&#233;raux, l'acuit&#233; de la question f&#233;d&#233;rale rappelle la difficile cr&#233;ation de l'Etat-nation. Ce n'est qu'apr&#232;s de longues luttes entre F&#233;d&#233;ralistes et Unitaires au lendemain de l'Ind&#233;pendance (1810) que s'est mis p&#233;niblement en place un f&#233;d&#233;ralisme d'agr&#233;gation pour r&#233;unir &#224; la ville et &#224; la province de Buenos Aires les provinces jalouses de leur autonomie et de leurs particularismes. Plus de la moiti&#233; de celles-ci - les 14 provinces historiques - pr&#233;existaient &#224; cet &#201;tat, qu'elles n'ont accept&#233; qu'apr&#232;s trois d&#233;cennies de guerre civile. &#171; La cons&#233;quence de cette lutte est la cr&#233;ation de deux &#034;pays&#034; sous l'apparence d'un seul : l'Etat-m&#233;tropole, Buenos Aires, et le pays vassal, les provinces de l'Int&#233;rieur &#187;. &lt;br /&gt;
Le discours sur l'existence d'une dualit&#233; irr&#233;ductible due &#224; la pr&#233;sence de deux &#171; pays &#187; sur le territoire argentin impr&#232;gne les lectures du politique et de l'espace. &lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; L'opposition entre le port et l'int&#233;rieur se superpose &#224; d'autres clivages qui ne se recouvrent pas (ou plus forc&#233;ment), mais qui a donn&#233; lieu &#224; une construction s&#233;mantique qui oppose unitaires/f&#233;d&#233;ralistes, civilisation/barbarie, ville/campagne, centre/p&#233;riph&#233;rie, jacobins/&lt;i&gt;caudillos&lt;/i&gt;, et plus tard, dans une certaine mesure, radicaux/p&#233;ronistes &lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;. &lt;br /&gt;
Jusqu'aux ann&#233;es 30, le f&#233;d&#233;ralisme a &#233;t&#233; travers&#233; par trois grands d&#233;bats. La f&#233;d&#233;ralisation de la capitale (1880), l'intervention dans les provinces et l'&#233;laboration d'un nouveau syst&#232;me &#233;lectoral en 1910. Puis &#224; partir de 1930, la question passe au second plan. Pourquoi ? Le processus de centralisation qui s'&#233;tait tr&#232;s nettement amorc&#233; avec le d&#233;veloppement du mod&#232;le agro-exportateur (1880-1930) s'accentue avec les populismes - celui de H. Yrigoyen dans les ann&#233;es 20 comme de J. D. Per&#243;n dans l'apr&#232;s deuxi&#232;me guerre mondiale - dont les bases &#233;taient en cours de concentration acc&#233;l&#233;r&#233;e en milieu urbain et plus particuli&#232;rement en milieu &#171; m&#233;tropolitain &#187;. La structuration corporatiste de la soci&#233;t&#233; est venue parfaire la construction d'un territoire en &#171; entonnoir &#187;, o&#249; tout convergeait vers Buenos Aires et l'espace pamp&#233;en. &lt;br /&gt;
Les analyses sur le &#171; d&#233;voiement &#187; du syst&#232;me f&#233;d&#233;ral et sur ses cons&#233;quences territoriales se d&#233;clinent sur des modes diff&#233;rents selon les protagonistes et les p&#233;riodes, mais elles rel&#232;vent cependant d'une m&#234;me repr&#233;sentation du territoire, celle d'un espace sur lequel p&#232;se une double fatalit&#233; : la pr&#233;sence d'une ville &#171; monstrueuse &#187; qui &#171; vampirise &#187; le pays : &#171; la t&#234;te de Goliath &#187; (Martinez Estrada, 1946) - et l'existence du vide patagonien et des provinces historiques en crise. Ce discours s'inscrit dans la tradition f&#233;d&#233;raliste du XIXe si&#232;cle. Toutefois, avec le mod&#232;le d'industrialisation par substitution d'importation &#224; partir des ann&#233;es 40, le d&#233;bat sur le f&#233;d&#233;ralisme vient se confondre, ou plut&#244;t se fondre dans celui sur le d&#233;clin des &#171; &#233;conomies r&#233;gionales &#187;, car c'est entre 1930 et 1947, que se dirigent vers la capitale et ses faubourgs plus d'un million de personnes venues des provinces du nord-ouest argentin et que la dissym&#233;trie s'amplifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La difficile &#233;quit&#233; socio-spatiale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du financement respectif de l'Etat et des provinces s'est pos&#233;e d&#232;s le XIXe si&#232;cle. La premi&#232;re loi de &lt;i&gt;coparticipacion &lt;/i&gt;a &#233;t&#233; vot&#233;e dans les ann&#233;es 30, sous la pression de la n&#233;cessit&#233;. &lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; Elle consacre l'abandon d'une partie des pouvoirs fiscaux des provinces &#224; la nation. Depuis lors, la vieille ranc&#339;ur historique des provinces envers le Centre est toujours pr&#234;te &#224; resurgir, surtout lorsque diminue la capacit&#233; r&#233;distributrice de l'&#201;tat. Cette question renvoie &#224; une probl&#233;matique g&#233;ographique d&#233;sormais classique concernant les diff&#233;rences, les in&#233;galit&#233;s et l'&#233;quit&#233; spatiales au sein d'un m&#234;me espace. &lt;br /&gt;
Comment concevoir la solidarit&#233; territoriale dans un pays o&#249; les diff&#233;rences de population, de niveau de vie, de densit&#233;, de type de soci&#233;t&#233; et d'&#233;conomie sont immenses : d'un c&#244;t&#233;, la province de Buenos Aires avec plus de 12 millions d'habitants, de l'autre la province de Santa Cruz avec quelque 160 000 habitants. La tr&#232;s grande h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des provinces aux int&#233;r&#234;ts parfois compl&#233;mentaires, mais le plus souvent concurrents, explique que les regroupements partisans l'emportent sur les regroupements r&#233;gionaux pour faire pression sur la Nation. &lt;br /&gt;
La construction typologique &#233;tablie par le Conseil F&#233;d&#233;ral d'Investissement (CFI), dans les ann&#233;es 1960, r&#233;sulte des caract&#233;ristiques de l'espace argentin mais aussi des repr&#233;sentations qu'en ont les diff&#233;rents acteurs. Cette construction qui distingue quatre groupes de province sur la base desquels s'est fond&#233;e, un temps, la redistribution entre les provinces, refl&#232;te la difficult&#233; de trouver des crit&#232;res qui rendent compte &#224; la fois des &#233;carts de superficie, de population, de niveau de vie et le difficile accord entre les provinces, sinon celui impos&#233; par le Centre. Des alliances se nouent et se d&#233;nouent en fonction des temps politiques et &#233;conomiques, donnant lieu &#224; des combinaisons multiples. On peut cependant distinguer des postures diff&#233;rentes face &#224; ce que F. Porto a appel&#233; un &#171; f&#233;d&#233;ralisme coercitif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;-&lt;/strong&gt; celle des provinces les plus pauvres qui appuient leurs exigences sur la tradition du &lt;i&gt;reclamo&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire sur l'id&#233;e que la Nation doit r&#233;paration au nom de la responsabilit&#233; historique du Centre dans le d&#233;clin des &#171; &#233;conomies r&#233;gionales &#187;. Cette posture port&#233;e par le p&#233;ronisme de l'Int&#233;rieur a entra&#238;n&#233; le vote d'une loi de R&#233;paration historique (1974) sous le second gouvernement p&#233;roniste. A ce titre, certaines provinces (San Luis, San Juan, La Rioja) ont b&#233;n&#233;fici&#233; des politiques de promotion industrielle mises en place dans les ann&#233;es 70. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;-&lt;/strong&gt; celle des provinces les plus riches qui d&#233;noncent le &#171; f&#233;d&#233;ralisme du gaspillage &#187; (&lt;i&gt;federalismo del despilfarro&lt;/i&gt;) et la faiblesse de la lev&#233;e fiscale des petites provinces d&#233;pendantes du centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sch&#233;ma binaire, la province de Buenos Aires, la province la plus peupl&#233;e et la plus riche, occupe une position singuli&#232;re. Elle a pris, dans les ann&#233;es quatre-vingt, le contre-pied de l'orthodoxie de la pens&#233;e sur l'espace, en s'insurgeant &#224; la fois contre &#171; les am&#233;nageurs du vide &#187;, c'est-&#224;-dire l'industrialisation au-del&#224; du 42&#232;me parall&#232;le mis en en &#339;uvre durant la p&#233;riode d&#233;veloppementiste et les aides apport&#233;es aux provinces du vieux noyau historique, aux d&#233;pens du &lt;i&gt;Conurbano &lt;/i&gt;o&#249; se situe la plus grande concentration de pauvres.&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; Cette prise de position posait la question des strat&#233;gies d'am&#233;nagement &#224; privil&#233;gier, celle du conflit redistributif entre les territoires de la Nation et la question des &#233;chelles de solidarit&#233;. &lt;br /&gt;
Le r&#233;gime de coparticipation doit &#234;tre compris comme le r&#233;sultat des actions des principaux acteurs politiques, et de ce fait soumis &#224; la forte instabilit&#233; institutionnelle qui a caract&#233;ris&#233; l'histoire argentine, dans le dernier demi-si&#232;cle. &lt;br /&gt;
Apr&#232;s la derni&#232;re p&#233;riode de dictatures militaires (1976-1983), durant laquelle les provinces avaient &#233;t&#233; p&#233;nalis&#233;es, la revendication f&#233;d&#233;rale d&#233;bouche sur un nouvel accord, dans une p&#233;riode de red&#233;mocratisation du pays. A l'issue de conflits violents entre les provinces p&#233;ronistes et la nation radicale, une nouvelle loi de coparticipation est vot&#233;e en 1988, dans un moment d'extr&#234;me faiblesse du pouvoir central. &#171; Par un jeu de coefficients fixes, le syst&#232;me appara&#238;t &#224; la fois in&#233;quitable et statique, car il ne repose sur aucun crit&#232;re explicite &#187; (Velut, 2000).&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt; Les pourcentages retenus p&#233;nalisent les provinces les plus peupl&#233;es, en premier lieu la province de Buenos Aires Les cinq provinces les plus &#171; d&#233;velopp&#233;es &#187; sont celles qui per&#231;oivent les transferts les plus faibles par habitants. A l'autre extr&#234;me les provinces d&#233;favoris&#233;es (&lt;i&gt;atrasadas&lt;/i&gt;) de Catamarca, La Rioja, Chaco sont les mieux dot&#233;es. Par rapport &#224; des crit&#232;res simples comme le chiffre de population ou le nombre de pauvres, la loi refl&#232;te de fortes incoh&#233;rences (Porto et Sanguinetti).&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt; Si la recherche d'un transfert de ressources des provinces riches vers les provinces pauvres a toujours &#233;t&#233; poursuivie dans la mise en place des diff&#233;rents r&#233;gimes de coparticipati&#243;n, l'absence d'un v&#233;ritable contr&#244;le de l'utilisation des fonds a abouti &#224; de profondes disparit&#233;s de la d&#233;pense publique &lt;i&gt;per capita &lt;/i&gt;et entre les provinces, mettant en question l'efficacit&#233; et l'&#233;quit&#233; des politiques redistributives. &lt;br /&gt;
Par ailleurs, l'examen des budgets provinciaux r&#233;v&#232;le la faible part des ressources propres et celle tr&#232;s &#233;lev&#233;e des d&#233;penses courantes.&lt;strong&gt;10&lt;/strong&gt; L'imp&#244;t sur le chiffre d'affaires des entreprises reste le plus important. Mais le dernier rapport du PNUD montre que moins de 2% des investissements de 500 plus grandes entreprises argentines sont r&#233;alis&#233;s dans les provinces pauvres.&lt;strong&gt;11&lt;/strong&gt; Outre ces imp&#244;ts, les provinces p&#233;troli&#232;res re&#231;oivent des &lt;i&gt;royalties &lt;/i&gt;sur l'exploitation des hydrocarbures, qu'elles per&#231;oivent d&#233;sormais directement des compagnies productrices (Neuquen et Santa Cruz), car la constitution argentine reconna&#238;t aux provinces la ma&#238;trise de leurs ressources naturelles.&lt;strong&gt;12&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
La faiblesse des ressources provinciales placent les provinces dans une situation de forte d&#233;pendance. De 1985 &#224; 1995, les d&#233;penses des provinces ont &#233;t&#233; financ&#233;es &#224; concurrence de 65% par des imp&#244;ts collect&#233;es au niveau national et 35% par des imp&#244;ts provinciaux. Dix provinces financent moins de 15% de leurs d&#233;penses ; elles se caract&#233;risent par l'importance des d&#233;penses courantes, en personnel notamment, la faiblesse des investissements et un d&#233;ficit chronique. La charge la plus lourde concerne les employ&#233;s publics au nombre de 33 pour 1000 pour la moyenne nationale, mais qui peut atteindre 70 voire 100 dans la province de la Rioja contre 20 &#224; 27 dans les provinces les plus d&#233;velopp&#233;es. Enfin &#224; ces revenus, s'ajoutent, avec le vote de la loi de 1988, les Apports du tr&#233;sor national (ATN) distribu&#233;s de mani&#232;re discr&#233;tionnaire et fort controvers&#233;e par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur.&lt;strong&gt;13&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
Mais les politiques redistributives mises en place par la loi de 1988 ont vite tourn&#233; court, emport&#233;es par l'imp&#244;t inflationniste qui grangr&#232;ne l'&#233;conomie argentine. De nombreuses provinces font alors marcher la planche &#224; billets ; elles &#233;mettent de bons provinciaux pour compenser la r&#233;duction de leurs revenus, contribuant ainsi &#224; l'augmentation de la d&#233;pense publique. Aussi, les provinces ont-elles &#233;t&#233; au centre de ce que l'on appelle dans le jargon des bailleurs de fonds, les r&#233;formes de la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration, lorsque s'amorce le tournant m&#233;nemiste. Toutefois, les r&#233;formes pour assainir les finances provinciales ont eu des effets contradictoires, car nous avons &#224; faire en Argentine &#224; un f&#233;d&#233;ralisme &#171; disciplin&#233; par le politique &#187;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Le labyrinthe fiscal de l'Argentine &#224; l'heure du lib&#233;ralisme. 14 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 1991, la stabilit&#233; mon&#233;taire assur&#233;e par la mise en place du &lt;i&gt;currency board &lt;/i&gt;autorise le suivi des budgets provinciaux et met &#224; nu les d&#233;ficiences des gestions provinciales. Le syst&#232;me de 1988 avait instaur&#233; un syst&#232;me de transfert vers les provinces sans obligation de r&#233;sultat, leur permettant ainsi de b&#233;n&#233;ficient de la reprise &#233;conomique, sans effort et sans r&#233;forme. &lt;br /&gt;
Dans une conjoncture de reprise &#233;conomique est mis en &#339;uvre une double r&#233;forme, dans le droit fil du &#171; f&#233;d&#233;ralisme fiscal &#187; et des prescriptions de la Banque mondiale. La loi de 1988 n'est pas abrog&#233;e mais elle est fortement modifi&#233;e par deux d&#233;crets (1992 et 1993) qui s'ils garantissent un minima de ressources aux provinces, en affectent une partie &#224; des usages sp&#233;cifiques, notamment aux services de sant&#233; et d'&#233;ducation qui sont d&#233;centralis&#233;s. C'est l&#224; le second volet de la r&#233;forme. Car pour de l'&#233;quipe de D. Cavallo, il s'agit d'&#233;viter ce qui s'&#233;tait pass&#233; au Br&#233;sil, o&#249; les gouverneurs avaient utilis&#233; les pouvoirs que leur donnait la Constitution de 1988 pour financer leur d&#233;ficit par les banques des Etats, mettant en difficult&#233; la politique du gouvernement central.&lt;strong&gt;15&lt;/strong&gt; Le nouveau syst&#232;me r&#233;duit de fait l'autonomie des provinces. Toutes sont perdantes, mais certaines moins que d'autres, notamment les petites provinces o&#249; les transferts par habitant ont &#233;t&#233; les plus importants et les plus rentables politiquement. &lt;br /&gt;
La r&#233;forme &#233;conomique mise en place par l'&#233;quipe de D. Cavallo a &#233;t&#233; territorialement s&#233;lective et n'a pas touch&#233; de mani&#232;re &#233;gale les r&#233;gions et les diff&#233;rents secteurs du p&#233;ronisme. Les politologues distinguent&lt;br class='autobr' /&gt;
les r&#233;gions &#171; m&#233;tropolitaines &#187; des r&#233;gions p&#233;riph&#233;riques. &lt;br /&gt;
Par r&#233;gions m&#233;tropolitaines, il faut entendre, les r&#233;gions les plus peupl&#233;es et urbanis&#233;es, les &#171; provinces d&#233;velopp&#233;es &#187; pour reprendre la terminologie du CFI. Elles sont au nombre de quatre (Buenos Aires, Santa Fe, Cordoba et Mendoza) et concentrent 70% de la population et du PIB. Au c&#339;ur de cet ensemble, se situe la r&#233;gion m&#233;tropolitaine de Buenos Aires qui a renforc&#233; ses positions &#233;conomiques dans la derni&#232;re d&#233;cennie. Entre 1990 et 1997, elle a vu plus de la moiti&#233; des IED s'y investir. Les grandes op&#233;rations urbanistiques qui ont transform&#233; la ville par morceaux sont embl&#233;matiques de l'entr&#233;e de Buenos Aires dans la post-modernit&#233; : Puerto Madero, Palermo Holywood, Tren de la Costa, etc. Mais, c'est &#233;galement dans ces r&#233;gions que les effets de la r&#233;forme ont &#233;t&#233; les plus d&#233;l&#233;t&#232;res et les plus visibles.&lt;strong&gt;16&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
En revanche, dans les r&#233;gions p&#233;riph&#233;riques - 19 provinces- , les transferts de fonds de la F&#233;d&#233;ration, ont diff&#233;r&#233; la r&#233;forme de l'Etat que l'on imposait au centre. &lt;br /&gt;
Dans la plupart des travaux sur l'Argentine, le regard est tourn&#233; vers la grande r&#233;gion de Buenos Aires, en raison de son poids d&#233;mographique et &#233;conomique. C'est pourquoi on a eu tendance &#224; sous-estimer le r&#244;le politique des petites provinces. Or, dans le syst&#232;me politique argentin, ces petites provinces qui abritent seulement 30% de la population sont surepr&#233;sent&#233;es politiquement, beaucoup plus et de loin que dans la plupart des syst&#232;mes f&#233;d&#233;raux, et ce au niveau des deux chambre. &lt;br /&gt;
&#8226; Au s&#233;nat, elles monopolisent plus des trois quart des si&#232;ges, avec un &#233;cart maximum de vote de 1 &#224; 214 entre la province de Buenos Aires la plus peupl&#233;e du pays et celle de La Terre de Feu de 59 000 habitants. &lt;br /&gt;
&#8226; Mais cette surepr&#233;sentation se r&#233;p&#232;te au niveau de la chambre des repr&#233;sentants, car le syst&#232;me de l'&#233;lection &#224; la proportionnelle s'est vu &#224; plusieurs reprises modifi&#233;, en &#233;tablissant un seuil minimum de d&#233;put&#233;s pour les petites provinces, de 2 puis de 3 sous le premier p&#233;ronisme, et enfin de 5 sous la derni&#232;re dictature militaire. Ce syst&#232;me assez rare dans les f&#233;d&#233;rations, si l'on excepte le voisin br&#233;silien o&#249; il existe un seuil minimum (8) et un seuil maximum (70) m&#233;rite que l'on s'interroge sur le poids croissant des petites provinces dans le syst&#232;me politique argentin. &lt;br /&gt;
Dans la construction f&#233;d&#233;rale &#233;lectorale, la m&#233;tropole se trouve en position &#171; p&#233;riph&#233;rique &#187; et peut difficilement construire ses propres politiques. Cette relation se r&#233;p&#232;te &#224; l'&#233;chelle de la province de Buenos Aires o&#249; les municipes du &lt;i&gt;Conurbano &lt;/i&gt;sont sous-repr&#233;sent&#233;s. Le pouvoir ex&#233;cutif se d&#233;cide au centre, tandis que les assembl&#233;es sont &#233;lues &#224; la p&#233;riph&#233;rie. On est donc en Argentine en pr&#233;sence d'un syst&#232;me qui produit de la redistribution tr&#232;s forte vers l'Int&#233;rieur et dans lequel la r&#233;alit&#233; &#233;conomique et g&#233;ographique de la r&#233;gion m&#233;tropolitaine garde une existence politique amoindrie et fragment&#233;e. &lt;strong&gt;17&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
La force de l'&#233;conomie politique du m&#233;n&#233;misme fut sa capacit&#233; &#224; segmenter les coalitions au sein de son propre parti, jouant de la forte dissociation entre les territoires politiques et &#233;conomiques. Le client&#233;lisme fut un ingr&#233;dient clef dans la mise en place de la r&#233;forme, en distinguant les bases politiques volatiles des r&#233;gions m&#233;tropolitaines, au &#171; co&#251;t de transaction &#187; &#233;lev&#233; de celles des&#171; bastions &#187; p&#233;ronistes de &lt;i&gt;l'Interior. &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
On &#233;voque toujours l'appui apport&#233; par les ouvriers, les &lt;i&gt;descamisados &lt;/i&gt;au parti p&#233;roniste. Le 17 octobre 1945 en est le symbole. Mais on oublie trop souvent l'importance des r&#233;seaux politiques provinciaux dont la dynamique a &#233;t&#233; en partie masqu&#233;e par le discours ouvri&#233;riste/populaire et national du p&#233;ronisme. La force de ces r&#233;seaux r&#233;sulte d'une alliance pragmatique entre les partis conservateurs provinciaux (clans familiaux, les &lt;i&gt;caudillos&lt;/i&gt;). C'est ce solide ancrage local et r&#233;gional des r&#233;seaux qui permet de comprendre l'invincibilit&#233; &#233;lectorale du p&#233;ronisme, en &#233;change de mesures de protection &#233;conomique et des ressources donn&#233;es aux &lt;i&gt;caudillos &lt;/i&gt;locaux (Moro y Araujo et Llorente, 1980 et Pr&#233;v&#244;t Schapira, 1992). &lt;strong&gt;18&lt;/strong&gt; Durant les ann&#233;es 90, celles du &#171; d&#233;montage &#187; de l'Etat de bien-&#234;tre, les petites provinces ont &#233;t&#233;, comme dans le pass&#233;, un contrepoids aux al&#233;as &#233;lectoraux des zones m&#233;tropolitaines plus fortement p&#233;nalis&#233;es par le tournant lib&#233;ral. Car la r&#233;forme de l'Etat a supprim&#233; un demi million d'emploi dans la fonction publique nationale massivement concentr&#233;e dans les r&#233;gions m&#233;tropolitaines, et plus particuli&#232;rement dans la r&#233;gion de Buenos Aires, &#233;pargnant un temps l'emploi public provincial sur lequel se sont construits les r&#233;seaux client&#233;laires provinciaux. Il faut sans aucun doute nuancer ce propos. Les provinces connaissent des &#233;volutions contrast&#233;es. D&#232;s 1993, l'explosion sociale dans la province de Santiago del Estero vient rappeler l'extr&#234;me vuln&#233;rabilit&#233; des &#171; &#233;conomies r&#233;gionales &#187; et l'importance de l'emploi public dans le maintien de la paix sociale. Mais quoi qu'il en soit, les donn&#233;es montrent que paradoxalement, c'est dans les provinces &#171; f&#233;odales &#187; que se sont maintenues les formes de l'Etat de bien &#234;tre (&#233;coles et h&#244;pitaux publics), tandis que dans les espaces centraux, notamment dans la capitale la r&#233;forme de l'Etat et les privatisations ont avanc&#233; &#224; grands pas. &lt;br /&gt;
Il est certain que la d&#233;centralisation &#171; comp&#233;titive &#187; a soumis l'&#233;conomie nationale &#224; de tensions accrues entre les diff&#233;rentes r&#233;gions. Les politiques lib&#233;rales ont engendr&#233; des logiques r&#233;gionales diff&#233;rentes. Les r&#233;gions &#171; prosp&#232;res &#187;, celles qui ont b&#233;n&#233;fici&#233; de la relance et des investissements &#233;trangers, ouvertes sur l'&#233;conomie mondiale et domin&#233;es par l'&#233;conomie des services et de la finance ont contribu&#233; &#224; donner une id&#233;e fausse de la &#171; relance &#187; m&#233;nemiste.&lt;strong&gt;19&lt;/strong&gt; Les in&#233;galit&#233;s sont all&#233;es en s'aggravant ainsi que l'endettement des provinces &lt;strong&gt;20&lt;/strong&gt;, lorsque la priorit&#233; donn&#233;e &#224; la stabilisation &#233;conomique s'est traduite par un changement important dans la r&#233;partition de la d&#233;pense publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fronde des gouverneurs &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mettant en &#233;vidence les d&#233;ficits structurels, jusqu'alors masqu&#233;s par l'inflation, le plan de convertibilt&#233; arrimant le peso argentin au dollar (&lt;i&gt;currency board&lt;/i&gt;) a rendu plus visibles les enjeux et les tensions entre le centre et les p&#233;riph&#233;ries, car la stabilit&#233; mon&#233;taire accro&#238;t le contentieux concernant la r&#233;partition des revenus f&#233;d&#233;raux. La n&#233;cessit&#233; d'un &#233;quilibre fiscal indispensable &#224; la bonne marche du plan &#233;conomique et, au-del&#224;, &#224; la constitution de l'autorit&#233; &#233;tatique elle-m&#234;me, impose des restrictions budg&#233;taires qui opposent le gouvernement aux provinces. Certes, le nouveau pacte fiscal sign&#233; en 1992 avait assur&#233; un certain niveau de transfert et &#233;galement un meilleur recouvrement fiscal. &lt;br /&gt;
Mais la crise mexicaine, &#224; la fin de l'ann&#233;e 1994, et l'effet Tequila (1995) qui provoquent une contraction forte de l'&#233;conomie argentine (sortie de capitaux et chute de d&#233;p&#244;ts bancaires), approfondissent la crise fiscale et l'&#233;tendent &#224; l'ensemble des provinces. On assiste alors, dans certaines d'entre elles (C&#243;rdoba, Catamarca) &#224; la r&#233;apparition de &#034;bons&#034; pour payer les commer&#231;ants et les employ&#233;s publics, comme au temps de l'hyperinflation. Toutes, m&#234;me celles qui avaient affich&#233; une volont&#233; de r&#233;sistance &#224; la privatisation des entreprises publiques provinciales (eau, &#233;lectricit&#233;, banque) s'y engagent pour faire face aux d&#233;penses courantes. &lt;br /&gt;
Tant que le centre a pu transf&#233;rer les fonds de la coparticipation, un &#233;quilibre plus ou pr&#233;caire a &#233;t&#233; maintenu. Toutefois, les tensions ont &#233;t&#233; de plus en plus perceptibles dans les provinces qui connaissent une d&#233;t&#233;rioration croissante de leur &#233;conomie et qui, p&#233;riodiquement, ne peuvent plus payer leurs employ&#233;s publics. L'aggravation des tensions lors de la r&#233;cession de 1995, &#224; la suite de la crise du peso mexicain -, refl&#232;tent les difficult&#233;s que les autorit&#233;s provinciales ont eu &#224; r&#233;duire leurs d&#233;penses-, lorsque les transferts diminuent. Si bien que la fin de la p&#233;riode m&#233;n&#233;miste a vu cro&#238;tre une hostilit&#233; sourde des &#171; gouverneurs &#187;, retranch&#233;s dans leur territoire o&#249; se construit leur l&#233;gitimit&#233; politique, en d&#233;calage ou en opposition avec les politiques n&#233;o-lib&#233;rales men&#233;es au centre. &lt;br /&gt;
Ces logiques chaotiques et divergentes s'accentuent avec la r&#233;duction de la d&#233;pense publique &#224; partir de 1998, contribuant &#224; affaiblir les institutions et &#224; r&#233;duire la marge de man&#339;uvre du pr&#233;sident &#233;lu en 1999, F. De La Rua, face &#224; des provinces en majorit&#233; p&#233;roniste. Le gouvernement de l'&lt;i&gt;Alianza &lt;/i&gt;qui s'&#233;tait engag&#233; &#224; verser 1,3 milliard de pesos par mois en 2000 et 2001, ne peut plus d&#232;s la fin de l'ann&#233;e 2000 honorer ses engagements, provoquant une fronde ouverte des gouverneurs, bien d&#233;cid&#233;s &#224; en finir avec F. De La Ru&#225;. La d&#233;cision de la province de Buenos Aires, en ao&#251;t 2001, d'&#233;mettre des bons - les patacones - pour payer ses employ&#233;s publics donne &#224; la circulation de monnaies parall&#232;les &#224; la fois un caract&#232;re quasi-officiel et subversif. &#171; L'Etat est mis en question, &#224; la fois parce qu'on violait la r&#232;gle d'&#233;mission qu'il s'&#233;tait impos&#233;e depuis dix ans et parce qu'il acceptait de voir contestait son monopole r&#233;galien sur l'instrument mon&#233;taire &#187; (Sgard, 2002).&lt;strong&gt;21&lt;/strong&gt; Plusieurs gouverneurs vont m&#234;me jusqu'&#224; proposer d'unifier les monnaies provinciales, en cr&#233;ant &#171; El argentino &#187;. La fin de la convertibilit&#233; est marqu&#233;e par un processus de d&#233;sint&#233;gration profonde : la r&#233;cession &#233;conomique, l'&#233;vasion fiscale et la partie de bras de fer entre les provinces et le gouvernement central entra&#238;nent la paralysie totale de l'action publique. &lt;br /&gt;
Les chocs subis par l'&#233;conomie argentine ont exacerb&#233; les diff&#233;rences. Elles ont d&#233;bouch&#233; sur des politiques locales qui n'entrent plus en coh&#233;rence entre elles. On peut &#224; cet &#233;gard &#233;voquer la solidarit&#233; des syndicats et des entreprises des provinces patagoniennes qui se rassemblent contre le gouvernement central, lorsque ce dernier envisage un pr&#233;l&#232;vement fiscal sur les compagnies p&#233;troli&#232;res. Lorsque le centre n'est plus capable de mettre en place une politique de transferts, permettant un certain r&#233;&#233;quilibrage, le pays bascule dans ce que J. Sapir a qualifi&#233; de &#034;risque syst&#233;mique&#034;.&lt;strong&gt;22&lt;/strong&gt; La paralysie progressive de l'&#233;conomie &#224; partir de 1998 a r&#233;v&#233;l&#233; ce risque syst&#233;mique et la perte de l&#233;gitimit&#233; du pouvoir soumis &#224; des pressions contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes : &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;. &lt;i&gt;Argentina :Towards a new federalism&lt;/i&gt;, Washington, World Bank, 1992 &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt;. E. Gibson y E. Calvo &#171; Federalismo y sobrerrepresentacion : la dimension territorial de la reforma econ&#243;mica en la Argentina &#187;, in E. Calvo y J. Manuel Abal Medina (editores), &lt;i&gt;El Federalismo electoral argentino, INAP/Eudeba, 2001. &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt;. Daniel. J. Elazar, &lt;i&gt;Exploring Federalism&lt;/i&gt;, Tuscalosa, University of Alabama Press, 1987, 355 pages. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;5.&lt;/strong&gt; M. F. Pr&#233;v&#244;t Schapira, A propos de la d&#233;centralisation et du f&#233;d&#233;ralisme en Argentine, Document du CREDAL, 70 pages, 1992. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;. Marie-France Pr&#233;v&#244;t Schapira, &#171; Pauvret&#233;, crise urbaine et &#233;meutes de la faim dans le Grand Buenos Aires &#187;, &lt;i&gt;Probl&#232;mes d'Am&#233;rique latine&lt;/i&gt;, avril 1990. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt;. S. Velut, F&#233;d&#233;ralisme et disparit&#233;s r&#233;gionales, S&#233;minaire du GREIDT, IHEAL, d&#233;cembre 2000, mimeo. 35 pages. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;9.&lt;/strong&gt; A. Porto et P. Sanguinetti (1996), &#171; Political Determinants of regional distribution in a Federation / evidence fron Argentina &#187;, 52th Congress of the International Institute of Public Finance, Tel Aviv. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;10.&lt;/strong&gt; Cf. Cuadro VII-21, Recaudaci&#243;n tributaria, tercer trimestre 2001, Direccion nacional de coordinacion fiscal con las provincias. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;11&lt;/strong&gt;. PNUD Argentina, Integraci&#243;n territorial e igualdad de oportunidades : orientaciones para definir el federalismo argentino, junio 2002. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;12&lt;/strong&gt;. A la diff&#233;rence du Mexique et du Venezuela. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;13&lt;/strong&gt;. Les ATN furent cr&#233;&#233;s en 1988, lors du vote de la loi 23 548 pour faire face &#224; des situations d'urgence et de difficult&#233;s financi&#232;res des gouvernements provinciaux., &lt;i&gt;Clarin &lt;/i&gt;, 20/05/02, &#171; ATN : un agujero por el que se escaparon 2.700 milliones &#187;. La publication r&#233;cente des sommes attribu&#233;es entre 1991 et 2001 fait appara&#238;tre que presqu'un tiers l'ont &#233;t&#233; en direction de la province de la Rioja, province du pr&#233;sident. Toutefois, &#224; partir de 1999, la situation s'inverse et les sommes sont alors attribu&#233;es en priorit&#233; aux municipalit&#233;s &lt;i&gt;aliancistas &lt;/i&gt;du Conurbano . &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;14.&lt;/strong&gt; S. Saiegh et M. Tommasi, &#171; Le labyrinthe fiscal de l'Argentine et les co&#251;ts de transaction en politique &#187;, &lt;i&gt;Probl&#232;mes d'Am&#233;rique latine&lt;/i&gt;, N&#176;37, avril-juin 2000. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;15.&lt;/strong&gt; F. L. Abrucio, &#171; Br&#233;sil : la r&#233;forme de l'Etat dans l'impasse &#187;, &lt;i&gt;Probl&#232;mes d'Am&#233;rique latine&lt;/i&gt;, n&#176;37, &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;16.&lt;/strong&gt; M. F. Pr&#233;v&#244;t Schapira, &#171; Les politiques de lutte contre la pauvret&#233; dans les banlieues de Buenos Aires &#187;, &lt;i&gt;Les Annales de la recherche urbaine&lt;/i&gt;, juin 2000. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;17.&lt;/strong&gt; M. Escolar et P. Pirez, &#191; La Cabeza de Goliat ? Region metropolitana y organizaci&#243;n federal en Argentina, XIII Congr&#232;s de la Asociaci&#243;n de Estudios Latinoamericanos, Septembre 2001. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;18.&lt;/strong&gt; Mora y Araujo Manuel e Llorente Ignacio (1980&lt;i&gt;), El voto peronista : ensayos sobre la sociologia electoral argentina&lt;/i&gt;, Buenos Aires &lt;br /&gt;
Depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle, les porte-parole de la revendication f&#233;d&#233;rale ont &#233;t&#233; les partis provinciaux. Ces partis qu'ils se rattachent &#224; la tradition conservatrice du XIXe si&#232;cle ou qu'ils soient issus d'une dissidence des deux grands partis fonctionnent sur le mode des oligarchies proinciales de la fin du XIXe si&#232;cle. Le n&#233;potisme qui avait alors domin&#233; ne dispara&#238;t pas avec la formation des partis modernes, ni du populisme. Les acteurs changent mais ils se calent dans les structures anciennes et les plagient. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;19.&lt;/strong&gt; Cf. Clarin, Hacia un nuevo federalismo, 14 mars 2002, cf. &#233;galement le document du PNUD &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;20.&lt;/strong&gt; La dette des provinces repr&#233;sentent 16 milliards de dollars, dont plus d'un tiers pour la province de Buenos Aires, Cf. &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mecon.gov.ar&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.mecon.gov.ar&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;21&lt;/strong&gt;. J. Sgard, &#171; Le peso argentin peut-il r&#233;sister &#224; la concurrence du dollar ? &#187;, &lt;i&gt;La lettre du CEPII&lt;/i&gt;, n&#176;209, f&#233;vrier 2002. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;22.&lt;/strong&gt; Jacques Sapir, &#171; Diff&#233;renciation r&#233;gionale et f&#233;d&#233;ralisme budg&#233;taire en Russie &#187;, &lt;i&gt;Critique internationale&lt;/i&gt;, n&#176;10,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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