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		<title>L'Etat social : une r&#233;volution qui n'a pas sa th&#233;orie </title>
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		<dc:date>2005-01-15T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Ramaux</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avec l'&#201;tat social, le XXe si&#232;cle nous a finalement l&#233;gu&#233; une r&#233;volution. Une r&#233;volution inachev&#233;e, mais non moins r&#233;elle. Pour s'en convaincre, il suffit de penser &#224; l'importance de ce qu'on peut nommer les quatre piliers de l'&#201;tat social : la protection sociale, les services publics, le droit du travail et les politiques &#233;conomiques de soutien &#224; l'activit&#233; et &#224; l'emploi. &lt;br class='autobr' /&gt; Ces quatre piliers ont &#233;t&#233; fortement d&#233;stabilis&#233;s suite au tournant lib&#233;ral op&#233;r&#233; &#224; partir du d&#233;but des ann&#233;es 1980. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec l'&#201;tat social, le XXe si&#232;cle nous a finalement l&#233;gu&#233; une r&#233;volution. Une r&#233;volution inachev&#233;e, mais non moins r&#233;elle. Pour s'en convaincre, il suffit de penser &#224; l'importance de ce qu'on peut nommer les quatre piliers de l'&#201;tat social : la protection sociale, les services publics, le droit du travail et les politiques &#233;conomiques de soutien &#224; l'activit&#233; et &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces quatre piliers ont &#233;t&#233; fortement d&#233;stabilis&#233;s suite au tournant lib&#233;ral op&#233;r&#233; &#224; partir du d&#233;but des ann&#233;es 1980. L'&#201;tat social n'en demeure pas moins d'actualit&#233; pour trois raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, parce qu'en d&#233;pit des assauts r&#233;p&#233;t&#233;s du lib&#233;ralisme, il existe toujours bel et bien. Preuve qu'il joue un r&#244;le &#224; bien des &#233;gards irrempla&#231;able, ses quatre piliers ont ainsi &#233;t&#233; plus &#233;corn&#233;s que mis &#224; bas au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es. Des exemples ? En d&#233;pit des r&#233;formes lib&#233;rales du syst&#232;me de protection sociale, plus de 35 % du revenu disponible des m&#233;nages, en France, est constitu&#233; de prestations sociales. Une proportion &#233;norme si on songe qu'au d&#233;but du XXe, elle atteignait p&#233;niblement 1 %. Une proportion qui a continu&#233; &#224; augmenter sensiblement au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es, puisqu'elle est pass&#233;e de 30 % en 1981 &#224; 36 % en 2002. En d&#233;pit de sa flexibilisation incontestable, approfondie r&#233;cemment par la remise en cause du &#171; principe d'ordre social &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce principe stipule qu'une r&#232;gle de niveau inf&#233;rieur ne vaut que si elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le droit du travail continue, de m&#234;me, &#224; structurer profond&#233;ment les relations d'emploi et de travail, sans qu'on per&#231;oive d'ailleurs comment il pourrait en &#234;tre autrement (le droit du travail comme toute r&#232;gle g&#233;n&#232;re des &#233;conomies consid&#233;rables de savoir, de n&#233;gociation, etc.). La remise en cause, bien r&#233;elle, des services publics, n'a pu, quant &#224; elle, emp&#234;cher, par exemple, que la part des &#171; pr&#233;l&#232;vements obligatoires &#187; dans les pays de l'OCDE soit plus importante aujourd'hui qu'au d&#233;but des ann&#233;es 1980. En France, la part des emplois de la fonction publique est m&#234;me plus &#233;lev&#233;e aujourd'hui que dans les ann&#233;es 1970. Quant aux politiques &#233;conomiques de soutien &#224; l'activit&#233; et &#224; l'emploi, les &#201;tats-Unis les utilisent toujours abondamment. Avec des r&#233;sultats finalement plut&#244;t probants si on songe aux pi&#232;tres performances enregistr&#233;es en Europe, o&#249; leur remise en cause a, au contraire, &#233;t&#233; syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re remarque permet d'introduire la seconde raison qui fonde l'actualit&#233; de l'&#201;tat social. L'application des pr&#233;ceptes lib&#233;raux, on l'a dit, n'est pas parvenue &#224; mettre &#224; bas l'&#201;tat social, m&#234;me si des &#233;volutions contrast&#233;es ont, en fait, &#233;t&#233; enregistr&#233;es selon les pays et selon chacun des quatre piliers recens&#233;s (les &#201;tats-Unis et la Grande-Bretagne, par exemple, ont largement pr&#233;serv&#233; leur capacit&#233; d'intervention en mati&#232;re de politique &#233;conomique, les pays scandinaves leur &#171; pilier &#187; protection sociale, etc.). Elle n'en a pas moins &#233;t&#233; r&#233;elle. Avec plus de vingt ans d'application des pr&#233;ceptes lib&#233;raux, on dispose ainsi d'une profondeur de vue suffisante pour appr&#233;cier leur efficacit&#233;. Or, et c'est tout le probl&#232;me pour les lib&#233;raux, on peut juger que les r&#233;sultats promis ne sont gu&#232;re, c'est un euph&#233;misme, au rendez-vous. Le &#171; changement de ton &#187; op&#233;r&#233; par des institutions telles que le FMI, la Banque mondiale ou l'OCDE (les institutions europ&#233;ennes faisant exception par ce qu'il faut bien nommer leur dogmatisme) le prouve &#224; sa fa&#231;on. &#192; l'&#233;vidence, la page du lib&#233;ralisme conqu&#233;rant des ann&#233;es 1980-1990 se tourne.&lt;br class='autobr' /&gt;
La troisi&#232;me raison n'est rien d'autre que la mise en perspective des deux pr&#233;c&#233;dentes. L'&#201;tat social s'est d&#233;ploy&#233;, en particulier &#224; partir de 1945, &#224; partir d'un constat simple : le capitalisme lib&#233;ral, dominant jusqu'alors, s'&#233;tait av&#233;r&#233; incapable de r&#233;pondre &#224; une s&#233;rie de besoins sociaux en mati&#232;re de sant&#233;, de plein-emploi, de r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s, etc. Les d&#233;boires du capitalisme lib&#233;ral au XIXe et au d&#233;but du XXe si&#232;cles, son incapacit&#233; &#224; r&#233;soudre la &#171; question sociale &#187; entendue au sens large (pas uniquement la lutte contre la pauvret&#233;), ont ainsi l&#233;gitim&#233; la construction progressive de l'&#201;tat social et de ses quatre piliers. Mais ce qui &#233;tait vrai hier, l'est-il encore aujourd'hui ? Certains soutiennent que non. Les lib&#233;raux, bien entendu, et ils sont ici dans leur r&#244;le. Mais ce ne sont pas les seuls. De nombreux travaux d'inspiration plus &#171; critique &#187; laissent aussi clairement entendre que l'&#201;tat social aurait &#233;t&#233; en quelque sorte adapt&#233; au &#171; capitalisme fordiste &#187;, celui des trente glorieuses, et serait avec lui d&#233;pass&#233;. D'o&#249; une &#233;tonnante convergence entre des lib&#233;raux, qui ne cessent d'en appeler au retrait de l'&#201;tat et certaines th&#232;ses &#171; critiques &#187; qui les rejoignent pour soutenir que la politique &#233;conomique, par exemple, &#171; ne peut plus rien faire &#187;, qu'au fond l'&#201;tat social lui-m&#234;me est finalement une figure du pass&#233;. Il faudrait s'interroger sur les racines de cette convergence qui, pour &#234;tre partielle, n'en est pas moins saisissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste l'essentiel pour notre propos : ceux qui vendent la &#171; peau de l'ours &#187; de l'&#201;tat social, ou qui invitent &#224; l' &#171; adapter &#187; aux suppos&#233;s contraintes irr&#233;versibles de la financiarisation ou de la mondialisation, se doivent de d&#233;montrer que ce qui &#233;tait av&#233;r&#233; hier, l'incapacit&#233; du capitalisme lib&#233;ral &#224; r&#233;soudre la question sociale, ne l'est plus aujourd'hui. On peut soutenir, au contraire, que la &#171; question sociale &#187;, requiert une intervention publique &#171; inaugurale &#187;, qui vaut d'ailleurs plus largement car le capitalisme, le march&#233;, et celui-ci n'est pas r&#233;ductible &#224; celui-l&#224;, ne peut, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, tenir sans d&#233;terminants (la monnaie, le droit, etc.) qui lui sont fondamentalement ext&#233;rieurs. On peut m&#234;me soutenir que l'intervention publique est plus n&#233;cessaire aujourd'hui encore qu'hier pour deux raisons. En premier lieu parce que la d&#233;mocratie s'est enracin&#233;e comme norme de fonctionnement de nos soci&#233;t&#233;s (plus personne ne se prononce ouvertement contre). Or, la &#171; question sociale &#187; ne peut pas ne pas recevoir durablement de r&#233;ponse, dans ce cadre. Il est ainsi ais&#233; de constater qu'en France - mais cela vaut bien au-del&#224; - le lib&#233;ralisme a &#233;t&#233;, depuis plus de vingt ans, syst&#233;matiquement rejet&#233; &#224; chaque &#233;lection (m&#234;me si c'est parfois de la pire fa&#231;on). En second lieu, parce que des besoins qualitatifs (en mati&#232;re de sant&#233;, de retraite, de formation, de culture, etc.) sont appel&#233;s &#224; cro&#238;tre sans cesse. Des besoins que le capitalisme, &#224; l'&#233;vidence, ne prend pas en charge plus efficacement que le public. Le fait qu'aux &#201;tats-Unis, les d&#233;penses de sant&#233; soient moiti&#233; plus &#233;lev&#233;es qu'en France (15 % du PIB contre 10 %), pour des performances moindres, l'atteste amplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Etat social n'a pas sa th&#233;orie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;ritable r&#233;volution du XXe si&#232;cle, l'&#201;tat social, n'a paradoxalement pas sa th&#233;orie. Des lin&#233;aments existent certes, mais pas &#224; proprement parler de th&#233;orie. Cette absence de th&#233;orie est patente si on se r&#233;f&#232;re &#224; l'&#233;conomie publique dominante. Inscrite dans le paradigme n&#233;o-classique, elle ne l&#233;gitime l'intervention publique qu'a minima, ne la pense qu'&#224; l'aune du march&#233;. Comme pour s'excuser d'avance, elle pointe les d&#233;fauts, les insuffisances du march&#233; (les &#171; market failures &#187;), dans certaines circonstances bien d&#233;finies (existence de biens collectifs, d'externalit&#233;s ou de rendements d'&#233;chelle croissants) pour justifier cette intervention. Ce sont ces imperfections du march&#233;, et elles seules, qui la justifient. Pas (ou peu) de positivit&#233; propre, fondatrice, de l'intervention publique. Une n&#233;gativit&#233; cong&#233;nitale, au contraire, que l'on retrouve d'ailleurs dans le programme assign&#233; &#224; l'&#201;tat : r&#233;aliser autant que possible le &#171; programme du march&#233; &#187; que des imperfections (exog&#232;nes ou endog&#232;nes comme les asym&#233;tries d'information) l'emp&#234;cheraient de r&#233;aliser lui-m&#234;me. On ne saurait concevoir d'assise plus fragile pour l'&#201;tat social. D'o&#249; la propension de ces travaux &#224; plaider pour sa transmutation en &#201;tat social-lib&#233;ral. En mati&#232;re d'emploi, cela donne le programme suivant. Les lib&#233;raux et les sociaux-lib&#233;raux s'accordent sur l'essentiel : seule la baisse du co&#251;t du travail est, selon eux, susceptible de r&#233;duire le ch&#244;mage. Mais l&#224; o&#249; les lib&#233;raux pr&#233;conisent la suppression (ou la r&#233;duction) du Smic et des allocations ch&#244;mage, les sociaux-lib&#233;raux pr&#233;conisent, pour leur part, l'intervention de l'&#201;tat (d'o&#249; leur appellation de &#171; n&#233;o-keyn&#233;siens &#187; ou de &#171; nouveaux keyn&#233;siens &#187;). Pas n'importe quelle intervention, bien entendu, puisque l'&#201;tat doit r&#233;aliser le &#171; programme du march&#233; &#187;, en l'occurrence r&#233;duire le co&#251;t du travail. D'o&#249; les mesures d' &#171; aides publiques &#224; l'emploi &#187; ou d' &#171; imp&#244;t n&#233;gatif &#187; (pour inciter les ch&#244;meurs &#224; accepter des &#171; petits boulots &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'h&#233;t&#233;rodoxie est aussi en cause. L'incapacit&#233; de la principale th&#233;orie critique du capitalisme, le marxisme, &#224; penser positivement l'&#201;tat et, au-del&#224;, le caract&#232;re irr&#233;ductible du champ du politique, contribue, pour une large part, &#224; expliquer cette situation. Dans la tradition marxiste, qui rejoint pour le coup &#233;trangement la pens&#233;e libertaire, l'&#201;tat est pens&#233; comme une simple b&#233;quille au service de la classe dominante, en l'occurrence le capital. On lui reconna&#238;t, &#224; la rigueur, une certaine autonomie, mais en prenant soin d'inscrire celle-ci dans un rapport global de &#171; d&#233;rivation &#187;, selon lequel l'&#201;tat est toujours, au fond, d&#233;riv&#233; du capital et de ses contradictions. Que l'&#201;tat ait &#233;t&#233; historiquement et soit encore souvent au service du capital, est une &#233;vidence. La conqu&#234;te de march&#233;s &#224; la canonni&#232;re hier, l'intervention publique pour sauver les march&#233;s et les investisseurs financiers, comme ce fut le cas encore r&#233;cemment suite au krach financier du d&#233;but du mill&#233;naire, en t&#233;moignent. Tout comme en t&#233;moignent les quelques vingt milliards d'euros d' &#171; aides publiques &#224; l'emploi &#187;, g&#233;n&#233;reusement distribu&#233;es aux entreprises pour des effets en termes de cr&#233;ations d'emplois qu'on peine &#224; rep&#233;rer. Mais doit-on r&#233;duire l'&#201;tat &#224; cela ? Les assauts du capital priv&#233; contre la s&#233;curit&#233; sociale ou les services publics ne t&#233;moignent-ils pas qu'il peut, &#224; travers justement l'&#201;tat social, avoir une dimension anti-lib&#233;rale et m&#234;me proprement anti-capitaliste ? Ne peut-on soutenir que nos soci&#233;t&#233;s, pour &#234;tre capitalistes, sont aussi structur&#233;es par l'&#201;tat social, et plus largement, si on songe au r&#244;le des associations, ce qu'on nomme le &#171; tiers secteur &#187;, par un ensemble de rapports non-capitalistes, et m&#234;me souvent non-marchands, qui portent en eux la n&#233;gation du capitalisme ? Bref, que nous vivons d'ores et d&#233;j&#224; non pas dans des &#171; soci&#233;t&#233;s de march&#233;s &#187; - ou, distinction sp&#233;cieuse, dans des &#171; &#233;conomies de march&#233; &#187; -, mais dans des soci&#233;t&#233;s (et &#233;conomies) avec march&#233; et intervention publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres traditions critiques que le marxisme existent certes. Dans le champ de l'&#233;conomie, la th&#233;orie keyn&#233;sienne invite &#224; penser la positivit&#233; propre de l'intervention publique. Au c&#339;ur de la th&#233;orie keyn&#233;sienne se trouve en effet la th&#232;se - partag&#233;e par Marx m&#234;me si c'est selon une toute autre optique - selon laquelle le capitalisme lib&#233;ral n'est pas le syst&#232;me de r&#233;gulation &#233;conomique le plus efficace. Le probl&#232;me, pour Keynes, et ce point m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233; &#224; l'encontre des relectures n&#233;o-classiques dominantes qui en sont faites aujourd'hui (cf. les n&#233;o- ou les nouveaux keyn&#233;siens), n'est donc pas un probl&#232;me d'imperfections. Ce ne sont pas d'&#233;ventuelles imperfections qui sont source d'inefficacit&#233;s et de gaspillages. C'est le syst&#232;me de &#171; concurrence parfaite &#187; laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me qui a toutes les chances de se traduire par une insuffisance de la croissance et donc par du ch&#244;mage de masse. L'intervention publique sous formes de politique budg&#233;taire, de politique mon&#233;taire mais aussi de politique de redistribution des revenus est donc n&#233;cessaire, pour r&#233;aliser une s&#233;rie de besoins sociaux - le plein emploi et la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s en particulier - que le march&#233; laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me ne peut r&#233;aliser. Avec Keynes, et ses successeurs post-keyn&#233;siens, l'&#201;tat a donc commenc&#233; &#224; recevoir sa &#171; positivit&#233; propre &#187; dans le champ de la th&#233;orie et de la politique &#233;conomique. Mais ce ne sont que des lin&#233;aments, dans la mesure notamment o&#249; Keynes, en se focalisant sur le soutien public &#224; l'investissement priv&#233; en capital, ne s'est pas autoris&#233; &#224; syst&#233;matiser cette positivit&#233; propre de l'intervention publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tat social n'a donc, au final, pas &#224; proprement parler sa th&#233;orie. On comprend ainsi que, depuis plus de vingt ans, les assauts du lib&#233;ralisme &#224; son encontre n'ont donn&#233; lieu qu'&#224; des r&#233;ponses essentiellement d&#233;fensives. Au-del&#224;, il est ais&#233; de constater que la force du lib&#233;ralisme, avec ses diff&#233;rentes d&#233;clinaisons (du lib&#233;ralisme le plus tranch&#233; au social-lib&#233;ralisme), tient moins &#224; ses r&#233;alisations concr&#232;tes, qu'aux difficult&#233;s &#224; lui opposer un projet alternatif un tant soit peu coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment penser l'&#201;tat social ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux et pr&#233;cieux travaux ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s sur chacun des piliers pris s&#233;par&#233;ment mais finalement peu sur la coh&#233;rence d'ensemble de l'&#201;tat social. Pour penser cette coh&#233;rence, mais aussi celle des assauts lib&#233;raux qui lui sont adress&#233;s, on peut au moins retenir trois logiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une logique institutionnelle (versus une logique contractuelle) qui repose sur l'id&#233;e simple - mais incompr&#233;hensible pour le lib&#233;ralisme &#233;conomique - selon laquelle g&#233;n&#233;ral ne peut se r&#233;duire au jeu des int&#233;r&#234;ts particuliers ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une logique de socialisation de la production de richesse et des revenus (versus une logique de leur d&#233;termination concurrentielle et privative). Le financement de la protection sociale par la cotisation signifie, par exemple, qu'&#224; la fin de chaque mois, une fraction de la richesse produite par le travail est &#171; pr&#233;lev&#233;e &#187;, c'est-&#224;-dire, socialis&#233;e, pour &#234;tre (sans passage par la capitalisation) revers&#233;e sous formes de prestations sociales ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une logique de mieux-&#234;tre social (versus une logique du risque) qui signifie que la vocation de l'&#201;tat social n'est pas seulement de garantir un filet de protection minimale pour les plus d&#233;munis, ce &#224; quoi veulent le r&#233;duire les lib&#233;raux. Sa vocation est autrement plus ambitieuse : garantir, &#224; tous, que demain sera meilleur qu'aujourd'hui. Les prestations sociales, pour l'essentiel, n'offrent pas de ce fait un minimum social (c'est le cas pour les minima sociaux mais qui ne repr&#233;sentent qu'une tr&#232;s faible part des d&#233;penses de protection sociale) mais un certain niveau de vie. Une certaine id&#233;e du progr&#232;s social, en quelque sorte, que certains s'acharnent &#224; nous pr&#233;senter comme une figure du pass&#233;. L'&#201;tat social a sans aucun doute des limites. La bureaucratisation, il serait vain et surtout contre-productif de le nier, est son talon d'Achille. Une chose est cependant de pointer ces limites pour mieux les d&#233;passer. Autre chose est d'en prendre pr&#233;texte pour en revenir sur cette r&#233;volution du XXe si&#232;cle, alors m&#234;me qu'on c'est sans doute en creusant son sillon que l'on peut reconstruire une perspective d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.france.attac.org/a3686&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Attac&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 22/11/2004 - Compte rendu&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce principe stipule qu'une r&#232;gle de niveau inf&#233;rieur ne vaut que si elle accorde un &#171; plus &#187; au salari&#233;. L'accord de branche doit &#234;tre plus favorable que la loi pour le salari&#233;, l'accord d'entreprise plus favorable que l'accord de branche, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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