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		<title>Sept approches d'une guerre nomade </title>
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		<dc:date>2005-03-04T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Galy</dc:creator>



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&lt;p&gt;D&#233;construction des Etats, nomadisme guerrier, apparition de nouvelles formations politiques o&#249; se reforge l'ethnicit&#233; : depuis une quinzaine d'ann&#233;es, surgissent dans le Golfe de Guin&#233;e des ph&#233;nom&#232;nes politiques qu'il convient de penser par del&#224; - ou malgr&#233; - les violences exerc&#233;es. Des analyses h&#226;tives laissent entrevoir plusieurs &#233;cueils : s'enfermer dans un africanisme d&#233;suet qui se bornerait &#224; l'&#233;v&#232;nementiel d'un seul pays (et la fronti&#232;re linguistique, franco-anglaise semble, pour la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#233;construction des Etats, nomadisme guerrier, apparition de nouvelles formations politiques o&#249; se reforge l'ethnicit&#233; : depuis une quinzaine d'ann&#233;es, surgissent dans le Golfe de Guin&#233;e des ph&#233;nom&#232;nes politiques qu'il convient de penser par del&#224; - ou malgr&#233; - les violences exerc&#233;es. Des analyses h&#226;tives laissent entrevoir plusieurs &#233;cueils : s'enfermer dans un africanisme d&#233;suet qui se bornerait &#224; l'&#233;v&#232;nementiel d'un seul pays (et la fronti&#232;re linguistique, franco-anglaise semble, pour la recherche, plus marqu&#233;e que celle des territoires&#8230;) et ignorerait la pol&#233;mologie ; s'en tenir &#224; des th&#232;ses fixistes (voire r&#233;visionnistes&#8230;) sur les ethnies et la violence end&#233;mique, ou sur &#171; l'effondrement &#187; d'Etats bient&#244;t suppos&#233;s d&#233;linquants - voire terroristes - que l'on verrait bien reconstruire et remodeler, selon un certain air du temps. En revanche, une politologie inform&#233;e de l'histoire des soci&#233;t&#233;s segmentaires, de leur anthropologie et de la sociologie d'Etats- Nations en interaction constante pourrait fonder une approche constructiviste de ces conflits - dont une approche comparative avec la r&#233;gion des Grands Lacs et la Corne de l'Afrique permettrait ult&#233;rieurement de d&#233;gager des constantes. Occasion aussi de reprendre les th&#232;ses clastriennes, mises &#224; l'essai dans des soci&#233;t&#233;s paysannes, et de r&#233;fl&#233;chir sur les communaut&#233;s et la violence, le lien et la d&#233;composition du socius, mais aussi peut-&#234;tre la paix &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impossibilit&#233; de la th&#233;orie &#224; rendre compte de ces guerres nouvelles, comme en retard sur les ph&#233;nom&#232;nes conflictuels qui naissent ou renaissent apr&#232;s la Guerre Froide ? Les apories de la recherche, parfois acharn&#233;es, ne r&#233;solvent rien : ph&#233;nom&#232;nes plut&#244;t nouveaux ou plut&#244;t en continuit&#233; avec les soci&#233;t&#233;s anciennes ? Dynamiques de relations internationales ou du &#171; dedans &#187; des Etats, du haut ou du bas ? Conflits de la &#171; politique du ventre &#187; pour les rentiers de l'Etat et de &#171; l'avidit&#233; des rebelles &#187; ? Et si, &#224; l'inverse, par le biais de ce &#171; Grand D&#233;tour &#187;, de ce terrible laboratoire politologique des conflits d'Afrique, se d&#233;gageaient des sch&#232;mes nouveaux sur la fondation des Etats et sur la place m&#233;connue des communaut&#233;s ou bien des recompositions soci&#233;tales in&#233;dites durant la guerre mettant &#224; mal les id&#233;o-logiques ordinaires (femmes combattantes, enfants-guerriers, etc.) ? Comment vivre &#171; sans Etat &#187; ? Quel est le jeu de l'ethnicit&#233; et des identit&#233;s durant ces conflits, la place du religieux et les formes de la violence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces questions fondamentales que posent des &#171; syst&#232;mes de guerre &#187; comme celui de l'arc de crise ouest-africain, peu de r&#233;ponses, que ce soit du c&#244;t&#233; de la ph&#233;nom&#233;nologie compar&#233;e ou de la th&#233;orie interpr&#233;tatrice. Une rare, ambitieuse et paradoxale tentative est celle de Paul Richards, sp&#233;cialiste de la Sierra Leone en guerre. Dans des textes r&#233;cents, Richards trouve dans les marginalit&#233;s - ou plut&#244;t dans les marginalisations sociales - la clef principale des conflits : celle &#224; la fois de la jeunesse (focus de son ouvrage principal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Richards P., Fighting for the rain forest, Oxford, James Currey, 1996.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) et des exclus de l'Etat (&#171; natives &#187; de Sierra Leone et du Lib&#233;ria, par opposition aux &#233;lites &#171; crio &#187; et &#171; congo &#187;), auxquelles j'ajouterai personnellement les marges, les p&#233;riph&#233;ries du territoire, notamment aux fronti&#232;res, dans une perspective g&#233;opolitique (en opposition, bien s&#251;r, aux C&#244;tes et aux capitales surpeupl&#233;es et extraverties, tourn&#233;es vers l'Oc&#233;an). A cela, on ne peut qu'acquiescer, sans y voir d'ailleurs une quelconque surd&#233;termination d&#233;mographique vers la guerre qui fr&#244;lerait dangereusement la sociobiologie ; mais faut-il prendre au s&#233;rieux la r&#233;gression th&#233;orique vers l'anomie durkheimienne pour expliquer la guerre comme ce trou noir de la soci&#233;t&#233;, quand les r&#232;gles ordinaires s'effondrent - alors que Richards &#233;tablit, par ailleurs, les logiques des soci&#233;t&#233;s en guerre et les raisons des mouvements rebelles comme le RUF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Revolutionary United Front.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, contre ceux qui voudraient uniquement y voir des organisations criminelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre faut-il voir dans ce paradoxal hommage au fondateur fran&#231;ais de la sociologie un des traits d'humour typiquement britannique dont on soup&#231;onne Richards d'user comme m&#233;canisme d&#233;fensif. Quitte &#224; tomber sous une critique inverse, peut-&#234;tre faudrait-il chercher du c&#244;t&#233; des th&#232;ses de Gregory Bateson pour rendre compte, non seulement de l'&#233;volution des situations guerri&#232;res des individus par rapport &#224; leur propre soci&#233;t&#233;, mais aussi de la dynamique globale, entropique et &#233;largie, du syst&#232;me de conflit lui-m&#234;me et du lien entre les deux. On sait que c'est justement &#224; propos de la soci&#233;t&#233; Iatmul&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bateson G., La c&#233;r&#233;monie du Naven, Paris, Editions de Minuit, 1971.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que Bateson proposa sa conception de la schismog&#233;n&#232;se due &#224; une &#171; diff&#233;renciation compl&#233;mentaire &#187; entre deux groupes, qui pourraient se retrouver ici au niveau des &#233;lites occidentalis&#233;es et des &#171; natives &#187;, mais aussi du conflit latent &#171; autochtone/allog&#232;ne &#187; qui les recoupe, agissant &#224; micro-&#233;chelle. La combinatoire avec des diff&#233;renciations sym&#233;triques, participant de la segmentarit&#233; ordinaire, comme l'opposition Gyo vs Krahn au Lib&#233;ria, expliquerait le caract&#232;re entropique, et sans cesse renouvel&#233;, des conflits en ligues et en damiers, qui passeraient les fronti&#232;res pour devenir transnationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces id&#233;o-logiques reconstitu&#233;es sur un fond de violences croissantes, une d&#233;territorialisation continue aboutirait &#224; un nomadisme croissant et &#224; une atomisation des groupes guerriers ayant trouv&#233;, dans la mouvance et la pr&#233;dation, un mode de vie nouveau. La guerre, elle-m&#234;me, semble alors nomadiser, en fonction des sorties de crise et des paix provisoires, pour se porter vers de nouveaux pays, territoires &#224; prendre pour les factions des anciennes gu&#233;rillas antagonistes - comme la Guin&#233;e ou la C&#244;te d'Ivoire l'ont &#233;t&#233; temporairement pour des combattants issus du Liberia ou de la Sierra Leone. Suivant Clastres dans sa description de l'ambigu&#239;t&#233; du pouvoir guerrier qui d&#233;fend et menace &#224; la fois les communaut&#233;s comme p&#244;le de pouvoir accumulatif, incontr&#244;l&#233; et destructeur, Gilles Deleuze montre bien l'opposition fondamentale entre l'Etat et cette &#171; machine nomade &#187; qui d&#233;territorialise et recompose les soci&#233;t&#233;s, r&#233;inventant les formes d'hybridation des techniques de guerre, de la violence et du symbolique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clastres P., Recherches d'anthropologie politique, Paris, Seuil, 1980 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est le cas des r&#233;utilisations des 4X4 dans la &lt;i&gt;blitzkrieg&lt;/i&gt; tchadienne, de l'usage de la sorcellerie d'attaque ou de d&#233;fense, du renouveau de l'esclavage ou du d&#233;pe&#231;age lib&#233;rien du corps de l'ennemi, sur le mod&#232;le de la chasse et du gibier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On concevra ainsi, autour du conflit ivoirien, en de&#231;&#224; de la violence guerri&#232;re et au-del&#224; des fronti&#232;res, des r&#233;sonances ouest-africaines ou, au contraire, les jeux d'une microethnicit&#233; sans cesse recompos&#233;e, comme une s&#233;rie de plateaux ou d'intensit&#233;s qui lui font &#233;cho et l'informent en retour. En de&#231;&#224; de l'Etat, en effet, se construisent des machines et des tensions &#224; base anthropologique, puis tout un &#171; secteur informel du politique &#187; culminant, en temps de guerre, dans une pathologie du pouvoir et de la violence qui n'est pas sans racines, contrairement &#224; ce qu'affirment les rares &#233;chos m&#233;diatiques. R&#233;interrogeant les cat&#233;gories traditionnelles du politique, l'analyse de la guerre nomade ouest-africaine est si peu orpheline que ses conclusions vaudraient pour la r&#233;gion des Lacs et la Corne de l'Afrique, pour des cat&#233;gories soci&#233;tales - et donc guerri&#232;res - sensiblement diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une ph&#233;nom&#233;nologie &#224; une topologie des d&#233;veloppements de la guerre nomade prise comme un syst&#232;me, un champ conflictuel, on induira ses m&#233;canismes d'expansion ; mais seule une g&#233;n&#233;alogie compar&#233;e des formes du pouvoir - au-del&#224;, en de&#231;&#224; des Etats - permettra de donner sens aux formes du conflit, en particulier ivoirien. Face &#224; la multiplication des pseudo analyses se bornant &#224; un descriptif de l'&#233;v&#232;nementiel, on prendra sans risque le choix inverse : r&#233;fl&#233;chir au syst&#232;me de gouvernance mondial (aux causes de ses &#233;checs, aux obscures r&#233;bellions infra&#233;tatiques) en interrogeant autant les communaut&#233;s que l'ethnicit&#233; ; aux figures locales de la violence et du pouvoir (Ma&#238;tre de terre, Ma&#238;tre des gens, Ma&#238;tre de guerre) ; aux proc&#232;s de d&#233;territorialisation de la violence qui correspond in fine aux errances des guerriers et aux conqu&#234;tes de leurs dieux ; enfin, aux m&#233;diations permanentes, espoir d'une r&#233;gulation nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Machines n&#233;o- segmentaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est plus le Liberia, c'est la Sierra Leone. C'est la C&#244;te d'Ivoire, ce n'est plus elle. Demain, la Guin&#233;e ? Et m&#234;me, ce n'est plus Abidjan, Bouak&#233;, mais Ouagadougou, Dakar, Accra&#8230; Peut-&#234;tre Paris, Londres, Washington. Plus que des Etats, des soci&#233;t&#233;s, des services, des clients, en liens complexes avec des lieux de pouvoir. Cette guerre nomade, d&#233;cid&#233;ment, d&#233;territorialise de toutes parts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gu&#233;rillas africaines, conflits de basse intensit&#233; ? Plus que l'&#233;pop&#233;e surr&#233;aliste, catastrophique d'un Guevara aux prises avec l'africanit&#233; impr&#233;vue des insurrections congolaises et avec un Kabila jouisseur et retors&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ta&#238;bo P.I., L'ann&#233;e o&#249; nous &#233;tions nulle part, Paris, M&#233;taili&#233;, 1995.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est la trajectoire du plus am&#233;ricain des pr&#233;sidents africains, Charles Taylor, dont il faudrait peut-&#234;tre scruter l'itin&#233;raire pour comprendre ces nouveaux conflits. &#201;v&#232;nement fondateur ou origine que ce jour de d&#233;cembre 1989 o&#249;, &#224; la t&#234;te d'une centaine de rebelles arm&#233;s par le Burkina et financ&#233;s par la Libye, ce &#171; Ma&#238;tre de guerre &#187; franchit la fronti&#232;re de la C&#244;te d'Ivoire vers le Lib&#233;ria. Son parcours corrobore l'image du politique &#171; traducteur &#187; de registres et d'univers : mi-congo, mi-gyo, homme d'affaires douteuses, guerrier, administrateur et politique, usant des discours de la magie et du religieux comme de simulacres &#233;lectifs et repr&#233;sentatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lieux marginaux o&#249; s'origine ce long et sanglant conflit ne sont pas sans rappeler ces p&#233;riph&#233;ries o&#249; Vidal Naquet voyait le &#171; Chasseur Noir &#187; mener ses errances obscures jusqu'&#224; d&#233;stabiliser la Cit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vidal Naquet P, Le Chasseur Noir, Paris, La D&#233;couverte, 1992.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces contreforts du Mont Nimba, ces zones foresti&#232;res et montagneuses des guerriers Yacouba, &#224; la r&#233;putation ambigu&#235;, sont &#224; r&#233;fl&#233;chir comme le th&#233;&#226;tre initial d'un conflit entropique - exemplaire, peut-&#234;tre, dans le sens d'un affrontement de la violence extr&#234;me d'une arm&#233;e d'Etat avec la violence exacerb&#233;e d'une soci&#233;t&#233; segmentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; appara&#238;t aussi ce ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;sonance, ce point de fusion de deux types de violence autochtones : celle, segmentaire, de longue dur&#233;e, branch&#233;e sur les complexes alliances ou inimiti&#233;s de l'ethnicit&#233; ; celle, plus nomade dans ses parcours et en m&#234;me temps toute enti&#232;re tourn&#233;e vers la conqu&#234;te du centre, et du pouvoir d'Etat, des nouvelles formes de gu&#233;rilla. Et c'est d'ailleurs une des caract&#233;ristiques majeures des guerres nomades que cette circulation &#233;largie, permanente, inextricable, des enjeux et des violences entre les trois niveaux de l'ethnicit&#233;, du national et des relations internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les sbires de l'arm&#233;e du pr&#233;sident Samuel Doe massacr&#232;rent, en 1990, les villageois Gyo et Mano du Comt&#233; de Nimba sans distinction d'&#226;ge et de sexe en d&#233;clarant cyniquement que cette mani&#232;re de faire venait de &#171; l'impossibilit&#233; de distinguer les rebelles de la population &#187;, ils fondaient aussi le principe de ces &#171; guerres n&#233;o-segmentaires &#187;, qui impliquent peuples et Etats sur le mod&#232;le autochtone, mais &#233;largi, d'un conflit total hors rituel et, m&#234;me, hors symbolisme, bien &#233;loign&#233; des guerres limit&#233;es. Pour reprendre Clastres, dans ce type de &#171; soci&#233;t&#233;s paysannes &#187; les communaut&#233;s ont l'exp&#233;rience r&#233;elle de la violence d'Etat, qu'elles ne font que pressentir dans les &#171; soci&#233;t&#233;s sauvages &#187;, et leur refus, conjuration et lutte n'en est que plus inexpiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette machine n&#233;o-segmentaire joue sur un mod&#232;le structural sous-jacent, qui s'actualise dans le conflit et produit de nouveaux agencements d'ethnicit&#233; : il en est ainsi du conflit du 19&#232;me si&#232;cle entre Krahn (ethnie de Samuel Doe) et Gyo (dont est issue la m&#232;re de Charles Taylor) ; de l'alliance des premiers avec les Madigos, qui ont servi de milice exterminatrice dans le Comt&#233; de Nimba ; Madigos eux-m&#234;mes oppos&#233;s aux autochtones du Comt&#233; de Lofa, dans le conflit en cours. Toutes ces alliances et oppositions en mosa&#239;ques, d&#233;clin&#233;es sur le territoire et par del&#224; les fronti&#232;res, pourraient &#234;tre rapproch&#233;es des &#171; ligues &#187; (voir les &#171; leffs &#187; berb&#232;res) d'Afrique du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des effets de ces conflits serait de multiplier les niveaux spatiaux et structuraux : en particulier le langage de la guerre-ouest africaine se d&#233;cline autour de l'articulation secondaire opposant &#171; natives &#187; vs &#171; congo &#187; au Liberia (ou &#171; crios &#187; de Freetown pour la Sierra Leone). On peut rep&#233;rer des passages, ou des seuils, &#224; partir d'&#233;v&#232;nements particuliers, qui font en quelque sorte passer le conflit &#224; un niveau de violence plus important et &#224; une reproduction &#233;largie : c'est ainsi que l'implication des Madigos islamis&#233;s, comme suppl&#233;tifs de Doe, conduisit le NPLF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;National Patriotic Front Of Liberia.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Taylor et ses alli&#233;s &#224; des massacres anti-musulmans &#224; l'&#233;chelle du pays - et, de la part de ces derniers, &#224; une solidarit&#233; en retour sur cette base ethnico-religieuse. A l'inverse, l'opposition des Madigos aux Lormas du Comt&#233; de Nimba se retraduit par ce pattern plus profond du politique : autochtone vs allog&#232;nes, premiers arrivants vs derniers arrivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Liberia, Etat-de-guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nomadisme guerrier correspondraient des changements, glissements, mouvances de l'Etat qui, comme en &#233;cho, se transformerait insidieusement en autre chose, subverti par un appareil de guerre qui le pr&#233;c&#232;de, alors tout autant machination voulue que machine perverse. Les &#171; qualit&#233;s &#187; d'un Ma&#238;tre de guerre sont, comme pour un leader politique, de conjuguer au mieux les registres et les institutions : ici les appareils de guerre et les discours de l'ethnicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fascin&#233; par les USA - au point de conna&#238;tre leurs ge&#244;les - et pourtant reni&#233; (&#171; le Milosevitch de l'Afrique &#187; pour le D&#233;partement d'Etat), Charles Taylor a jou&#233; de ses multiples appartenances mais a aussi travesti sa Conqu&#234;te en victoire &#233;lectorale, tandis qu'il investissait et transformait des structures d'Etat d&#233;liquescentes, dans un processus qui m&#233;rite d'&#234;tre analys&#233; de plus pr&#232;s. La politologie, africaniste ou non, a esquiv&#233; en effet l'&#233;tude des avatars politiques sous la guerre, qui se constitueraient volontiers pourtant, dans une conception d'anthropologie dynamique, en outil essentiel pour comprendre les origines, structures et changements de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre faudrait-il partir, auparavant, de ce que l'on pourrait nommer les &#171; mouvances ordinaires de l'Etat &#187; ; ce changement interne, permanent de l'Etat ne se traduit que marginalement par des changements de personnes, pertinents seulement en tant qu'ils signifient des modifications de forces et de positions, voire d'institutions. De fait, des pans entiers des appareils sont parfois plus ou moins subtilement modifi&#233;s, tandis que l'apparence semble quasi-identique. J'ai analys&#233; ailleurs les &#171; avatars de la DCGTX &#187;, agence ivoirienne de grands travaux d&#233;pendant de la pr&#233;sidence, devenant un &#171; gouvernement-bis &#187; de l'ombre, par lequel le pouvoir blanc vidait de son sens les appareils minist&#233;riels - et le syst&#232;me repr&#233;sentatif, par ailleurs d&#233;j&#224; truqu&#233;. La suppression des fameuses &#171; soci&#233;t&#233;s d'&#233;tat &#187; (SODE) en fut sym&#233;trique, en ce sens que les barons qui les dirigeaient y avaient trouv&#233; les moyens de leur politique n&#233;o-patrimoniale et s'y &#233;taient taill&#233; des &#171; fiefs &#187; qui mena&#231;aient Houphou&#235;t Boigny&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Galy M., &#171; Les avatars de la Dcgtx : agence technique ou gouvernement-bis ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport &#224; ce qu'on a pu d&#233;crire comme un &#171; caciquisme urbanis&#233; &#187;, quel est le diagramme des pouvoirs dans un Etat-de-guerre ? Au Lib&#233;ria, tout se passe comme si ressurgissait derri&#232;re les appareils officiels et son syst&#232;me &#233;lectif, quelque chose comme un simulacre d'Etat, en un sens le fant&#244;me de l'organisation du NPLF, appareil de Conqu&#234;te du Taylorland. Territoire alors restreint &#224; la capitale par diverses rebellions (notamment le LURD&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Liberians United for Reconciliation and Democracy.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soutenu par la Guin&#233;e et les USA) o&#249; l'Etat, quasi virtuel, atteint le paroxysme de ses transformations, plus un simulacre qu'un &#171; quasi-Etat &#187; : un &#171; Etat-pour-la-guerre &#187;, extension machinique du guerrier clastrien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, l'Etat-de-guerre se d&#233;cline sur un mode orw&#233;lien, o&#249;, dans la novlangue internationale en cours, la propagande et le signifiant lui-m&#234;me d&#233;signent l'inverse du r&#233;el : l'institution des &#171; forces de s&#233;curit&#233; &#187; omnipr&#233;sente, qui &#171; doublonne &#187; l'arm&#233;e, est d&#233;sign&#233;e par le vocable d'&#171; anti-terrorist unit &#187; (ATU) et constitue la garde de fer de Taylor. Cette unit&#233; pr&#233;torienne, toute de noir v&#234;tue, semble &#224; la population, par ses privil&#232;ges et ses exactions, plus proche de sections sp&#233;ciales que de commandos l&#233;galistes&#8230; R&#244;le ailleurs tenu par les gardes pr&#233;sidentielles ou les milices ethniques qui repr&#233;sentent le coeur du pouvoir - y compris au besoin contre l'arm&#233;e, ou ce qu'il en reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dialectiquement, cet Etat-de-guerre peut se transformer &#224; nouveau, rapidement, en machine de guerre qui retrouve ses fiefs ethniques, pour un nouveau cycle de violence, vers la reconqu&#234;te du pouvoir central - ce qui risque fort de se passer apr&#232;s le d&#233;part de Taylor, en cas de troubles &#224; Monrovia, ou de rivalit&#233;s qui se dessinent d&#233;j&#224; entre Lurd (&#224; dominante madigo, soutenu par la Guin&#233;e), et le Model (essentiellement krahn et appuy&#233; par la C&#244;te d'Ivoire), pour la conqu&#234;te du pouvoir central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'informalisation &#233;conomique croissante est un produit de l'&#233;volution de la guerre, acc&#233;l&#233;r&#233; par les sanctions internationales : elle succ&#232;de &#224; une logique plus spatiale o&#249; de mini-&#233;tats entrepreneuriaux comme Firestone (cit&#233;s de cadres, chemin de fer, port, privatisation de la s&#233;curit&#233; et liens avec les &#171; services &#187; am&#233;ricains) se rapprochent des &#171; mod&#232;les &#187; latino-am&#233;ricains (grandes compagnies am&#233;ricaines agroalimentaires, par exemple). Au Lib&#233;ria, le besoin en armes intensifie le retour au troc, le d&#233;tournement des circuits commerciaux, en multipliant les march&#233;s : au &#171; classique &#187; diamant se surajoute le bois puis les produits agricoles ; l'informalisation gagne les pays proches et favorise la prolongation des conflits : nous avons pu observer, &#224; la fronti&#232;re du Lib&#233;ria, l'arm&#233;e officielle sierra l&#233;onnaise compl&#233;ter sa solde par les trafics du cacao lib&#233;rien ; Abidjan exporte diamants et bois rares qu'&#224; l'&#233;vidence la C&#244;te d'Ivoire ne produit pas. Les &#233;tudes montrent le retour non seulement &#224; des attributions de mati&#232;res premi&#232;res &#224; des diasporas (syrolibanais, occidentaux, ressortissants de l'ex-URSS&#8230; mais aussi des soci&#233;t&#233;s de mercenaires comme Sandline ou Ex&#233;cutive Outcomes), ainsi que le retour &#224; des rapports d'exploitation anciens, dont Paul Richards montre la proximit&#233; avec l'esclavage, toujours pr&#233;gnant dans les esprits, pour le diamant de Ko&#239;du, dans la Sierra Leone et pendant la guerre civile. Loin de r&#233;guler le conflit, les sanctions internationales touchent durement le petit peuple - on regrette d'avoir pu observer sur le terrain le &#171; march&#233; aux rats &#187; de Monrovia&#8230;-, mais poussent &#224; cette informalisation, tandis que le besoin en armes se fait plus pressant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a par ailleurs une homologie entre cette informalisation, le retour &#224; des formes de rapports sociaux fond&#233;s sur l'esclavage, et les formes de violence les plus extr&#234;mes : ex&#233;cutions sommaires, d&#233;pe&#231;ages, recours multipli&#233; &#224; la sorcellerie, exp&#233;rimentation macabre et sexuelle&#8230; Homologie entre la fin des rituels et la recherche perverse de la limite, dans une terrifiante ing&#233;niosit&#233; qui recourt volontiers aux fantasmes, mythes et l&#233;gendes du vieux fond culturel, pour les faire &#233;merger dans l'insoutenable horreur du R&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du Non-Etat au Sur-Etat : Sierra Leone, un pays &#171; border line &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant ici Pierre Legendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Legendre P., Jouir du pouvoir, Paris, Editions de Minuit, 1976.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on pourrait avancer que la politologie sierra l&#233;onaise rel&#232;ve surtout d'une pathologie du pouvoir : de l'Etat - ou de ce qui en tient lieu ; des communaut&#233;s, et de leurs conflits internes ; des violences et des institutions - et de leur refoul&#233;. Analysable en termes d'&#233;v&#232;nements, mais encore plus en forme d'instances psychopolitiques, le pays pr&#233;sente &#224; l'observation des &#171; formations pathologiques &#187; sym&#233;triques et spatialis&#233;es, alternantes et polaris&#233;es. Apr&#232;s avoir observ&#233;, sur le terrain, deux ethnies frontali&#232;res, et constat&#233; l'ampleur des traumatismes de l'apr&#232;s conflit (ou peut-&#234;tre de la tr&#234;ve avant le prochain conflit), mais aussi de la violence sous-jacente, nous avons propos&#233; de conceptualiser ces soci&#233;t&#233;s de l' &#171; entre-deux &#187; comme fonctionnant sur le mode du &#171; comme si &#187; (as if), situation &#233;minemment pr&#233;caire et r&#233;vocable, sur le fil du rasoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait temps, en Sierra Leone et aussi en Somalie ou au Congo, en bien des lieux, mais surtout aux fronti&#232;res, de commencer &#224; analyser le Non-Etat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concept que retrouve Anna Tsing pour les marges d'Asie du Sud-Est : In the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pas seulement en termes de n&#233;gativit&#233;, ni - plus subtilement - comme retour des formes politiques anciennes (communaut&#233;, segmentarit&#233;&#8230;), mais comme possible, hic et nunc, d'autres formes du politique, seulement aujourd'hui esquiss&#233;es. Il serait temps de comprendre tant les agencements des pouvoirs internes, notamment communautaires (et cliv&#233;s selon l'opposition structurale A&#238;n&#233;s/cadets), que l'articulation avec les instances ou les factions &#233;tatiques, per&#231;ues justement comme incarnation d'une A&#238;nesse sociale qui aurait rompu le pacte implicite du socius : redistribution accompagnant la pr&#233;dation, alternance spatiale et mobilit&#233; sociale contre acceptation de la violence fondatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Non-Etat des zones frontali&#232;res, l&#224; o&#249; le pouvoir de la capitale s'affaiblit ou dispara&#238;t, n'est pas une zone anarchique, mais une recomposition des structures sociales pr&#233;existantes, dans un syst&#232;me de guerre &#233;largi. On ne reviendra pas ici sur l'ampleur des trafics - d'ailleurs tr&#232;s mobiles - o&#249; des auteurs comme Gberie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gberie L., War and peace in Sierra Leone, Montr&#233;al, Partnership Africa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; voient, &#224; tort, les racines du conflit alors qu'ils ne sont que les moyens du pouvoir, y compris d'Etat, comme les diamants de la r&#233;gion de Ko&#239;du.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, on peut distinguer trois ph&#233;nom&#232;nes r&#233;gulateurs de ces espaces-fronti&#232;res, autour de l'instrumentalisation (plus que de la n&#233;gation) de cette ligne - en tout sens - relevant de l'imaginaire. La force des &#233;changes, fluctuants et dynamiques, qui jouent en quelque sorte du &#171; diff&#233;rentiel &#233;tatique &#187; - qui n'est pas que mon&#233;taire ; le contr&#244;le des hommes et des zones d'extraction, effectivement efficace pour se procurer des armes et/ou des devises et &#233;tendre son territoire ; l'utilisation du syst&#232;me de l'Aide, et notamment des camps de r&#233;fugi&#233;s, selon des logiques autochtones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait bien, dans des pays frontaliers d'une puissance r&#233;gionale comme le Nigeria, que les mille petits m&#233;tiers li&#233;s &#224; la fronti&#232;re sont capables de s'inverser du jour au lendemain, les pays p&#233;riph&#233;riques devenant des sortes d' &#171; Etats- entrep&#244;ts &#187;, selon l'expression de John Igu&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Igu&#233; J., L'Etat - entrep&#244;t, Paris, Karthala, 1992.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans le cas du B&#233;nin. M&#234;me chose ici, &#224; une &#233;chelle plus r&#233;duite, et cette activit&#233; porte principalement sur les mati&#232;res premi&#232;res principales, agricoles ou autres (diamants, caoutchouc&#8230;), des pays en guerre, transf&#233;r&#233;es aux pays limitrophes - trafic d'ampleur, souvent aux mains des diaspora, des grands commer&#231;ants africains en r&#233;seaux ethniques (de type mouride), mafia, r&#233;bellions ou arm&#233;es &#171; nationales &#187;. Au-del&#224; d'une perspective tr&#232;s onusienne, et souvent artificielle, de reconstruction et de soci&#233;t&#233; post-conflit, les soci&#233;t&#233;s locales se r&#233;organisent spontan&#233;ment par d'actives micro-transactions, notamment autour de r&#233;seaux f&#233;minins qui tissent de nombreux liens transfrontaliers, comme lors des march&#233;s kissi, par exemple, au nord-est de la Sierra Leone ; et bien plus loin : rappelons que cette ethnie se trouve aussi en Guin&#233;e et au Lib&#233;ria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse de la probl&#233;matique &#233;tatiste, dont nous avons montr&#233; &#224; quel point elle est inadapt&#233;e et d&#233;cal&#233;e, aucune r&#233;flexion s&#233;rieuse n'est faite par les pays occidentaux ni par les organisations internationales (et pas davantage par les ONG) en termes de gouvernementalit&#233;, de pouvoirs autres que l'Etat, justement. C'est plut&#244;t une caricature d'Etat n&#233;ocolonial, un retour au 19&#232;me si&#232;cle aggrav&#233; de tous les d&#233;fauts onusiens qui est impos&#233; au pays : une sorte de dangereux &#171; Sur-Etat &#187; (comme un terrible Surmoi institutionnalis&#233;), qui refoulerait - jusqu'&#224; quand ? - toutes les r&#233;voltes et les formes de pouvoir autochtones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour les &#171; natives &#187; sierra l&#233;onais (le point de vue des crios de Freetown est peut-&#234;tre diff&#233;rent, et encore&#8230;), c'est bien un m&#234;me pouvoir r&#233;pressif multiforme qui r&#233;prime et discipline - en tout sens : ONU, forces britanniques infiltrant et dirigeant le gouvernement de l'Etat fantoche, projets multi- et bilat&#233;raux, ONG, etc. Leur habitus somptuaire en font bien les h&#233;ritiers de ce &#171; m&#233;tier de Seigneur &#187; des Officiers des Affaires Indig&#232;nes : villas, avions, 4x4 et climatisation, ordinateurs dernier cri et Internet en sont simplement les nouveaux embl&#232;mes, ceux des repr&#233;sentants de l'Empire mettant au pas la Multitude, sur fond de grand d&#233;nuement mais sous le signe de la technologie triomphante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Communaut&#233;s vs Etats ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il existe bien des formes de gouvernementalit&#233;, communautaire entre autres, n&#233;glig&#233;es par les politologues, et curieusement d&#233;ni&#233;es par d'&#233;minents africanistes. M&#234;me ancien, m&#234;me colonial, l'Etat en Afrique s'est toujours heurt&#233; &#224; d'autres l&#233;gitimit&#233;s qu'on aurait tort de r&#233;sumer &#224; la seule ethnicit&#233;, dont on pr&#233;cisera plus loin dans quels dispositifs ce niveau d'identification entre en rapport dans les r&#233;gimes du politique. C'est dire &#224; quel point la pseudo-probl&#233;matique des Etats &#171; faillis &#187;, &#171; fant&#244;mes &#187;, &#171; effondr&#233;s &#187; - et autres m&#233;taphores dont la multiplication m&#234;me montre bien l'inadaptation - vient d'un r&#233;f&#233;rent occidental de gouvernance &#233;chappant d'ailleurs &#224; toute critique historienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une relecture des th&#232;ses de Clastres pour les &#171; soci&#233;t&#233;s paysannes &#187; comme celles d'Afrique de l'Ouest am&#232;ne &#224; analyser une certaine vari&#233;t&#233; des formes du politique &#224; l'&#233;chelle locale, dans lesquelles l'instance communautaire prend un aspect et une pertinence sensiblement diff&#233;rents. Si l'on retient l'opposition id&#233;altypique propos&#233;e par Clastres (qui n'est nullement exclusive de diff&#233;renciation communautaire interne, ni d'autres instances interm&#233;diaires du pouvoir), la communaut&#233; fait plus que pressentir l'Etat : elle a affaire &#224; lui, &#171; malencontre &#187; majeure, nous dit la Bo&#233;tie, et d'abord par la rencontre m&#234;me de la guerre &#233;tatique pour le contr&#244;le de ses propres communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de mani&#232;re diff&#233;rentielle : selon que l'on se retrouve, pour r&#233;sumer le propos et simplifier des &#233;volutions historiques complexes (&#233;mergence d'Empires et de Royaumes &#233;ph&#233;m&#232;res, depuis le Mandingue &#224; celui de Samory, ou de Kong, avec autant de constructions et de d&#233;constructions de leurs appareils d'Etat&#8230;), en zone segmentaire de pouvoir diffus ou &#224; l'inverse en pays de pouvoir fort et d'Etats traditionnels, dans des lieux de communaut&#233;s autonomes ou &#224; l'inverse soumises. Toute analyse du politique contemporain devrait donc passer par un minutieux inventaire du politique pr&#233;-colonial, une g&#233;opolitique de leurs pouvoirs pluriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pour la C&#244;te d'Ivoire, d&#232;s l'&#233;poque pr&#233;-coloniale, les Etats &#171; traditionnels &#187; occupent des espaces sp&#233;cifiques, entre lesquels subsistent tant bien que mal d'autres formes d'organisation sociale. La &#171; forme &#233;tatique &#187; - comme les ethnies - a aussi une histoire, et une g&#233;ographie. En effet, on assiste &#224; une v&#233;ritable migration de l'Etat depuis le Ghana et ses prestigieux royaumes ashantis, de l'Est vers l'Ouest, jusqu'au fleuve Bandama : c'est ce que traduisent beaucoup de r&#233;cits de migration, tel celui de la reine Abla Pokou chez les Baoul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf dans les cas, au fond assez rares, o&#249; chefferie et village co&#239;ncident,la communaut&#233; villageoise est souvent l'unit&#233; de base, sur laquelle s'&#233;tablissent les grandes chefferies, les Royaumes, les Empires. Bien qu'elle soit parfois, elle-m&#234;me, socialement et ethniquement composite, elle constitue souvent le lieu de pr&#233;l&#232;vement collectif du tribut ou de l'imp&#244;t, qui en un sens la renforce comme collectivit&#233;. En d'autres termes, jusqu'&#224; aujourd'hui, Etat et communaut&#233;, malgr&#233; leur opposition fondamentale, trouvent des modus vivendi qui les confortent : &#224; l'&#233;tatisation progressive correspond une communautarisation qui passe d'abord par la fixation au sol. A l'oppos&#233;, de nombreux peuples s'organisent intentionnellement &#171; contre l'Etat &#187;, refusant tout contr&#244;le et tout pouvoir coercitif, qu'il soit parmi eux ou ext&#233;rieur, traditionnel et contemporain - ce qui explique les formes de la violence et de la guerre dans l'Ouest segmentaire, en continuit&#233; culturelle avec le Lib&#233;ria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spatialement, on peut consid&#233;rer les zones de pouvoir segmentaire : peuples Krou, Lobi... comme l'hinterland des royaumes, lieux de rezzous, de guerres, de conqu&#234;tes et de pillages pour les Etats traditionnels qui les entouraient. A l'&#233;poque contemporaine, la manipulation de mouvements d'opposants (MPCI pour le pouvoir de Ouagadougou, MODEL&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mouvement patriotique de C&#244;te d'Ivoire ; Movement for Democracy In Liberia : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour celui d'Abidjan) participe de cette logique : mener le conflit plus loin, dans ces zones de pouvoir diffus ou effondr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A l'inverse, la zone Nordest tr&#232;s int&#233;ressante &#224; consid&#233;rer, sur le plan th&#233;orique d'une r&#233;organisation des pouvoirs coutumiers - et non sans contradictions : pays de chefferies et marqu&#233; par le syst&#232;me Poro, le fort pouvoir communautaire s'allie &#224; la reconnaissance de &#171; grandes familles &#187;, urbanis&#233;es, qui exercent les fonctions de m&#233;diation et de choix politiques, en interface avec la soci&#233;t&#233; nationale. En continuit&#233; avec les soci&#233;t&#233;s du Mali et du Burkina, elles sont marqu&#233;es par un progr&#232;s de l'islamisation, contre les cultes s&#233;noufo en particulier. Ayant gard&#233; un mauvais souvenir de la conqu&#234;te de Samory, elles passaient pour soumises aux pouvoirs ext&#233;rieurs, colonial puis national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le micro-politique communautaire, lui aussi, a une Histoire, pas si mineure qu'il y para&#238;t : participant de cette pluralit&#233; des pouvoirs et m&#234;me des l&#233;gitimit&#233;s, il signifie bien souvent une opposition radicale de principe (m&#234;me s'il compose au quotidien), avec les appareils d'Etat, assurant depuis longtemps ce que l'anthropologue Ernest Gellner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gellner E., Arabs and berbers, from Tribe to Nation, Londres, Duckworth, 1972.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nommait justement, pour une autre aire culturelle, &#171; une auto-administration clandestine &#187;. C'est en quoi les th&#232;ses n&#233;o-fonctionnalistes de &#171; l'empilement des pouvoirs locaux &#187; sont limit&#233;es dans le temps et l'espace. Le pouvoir n'est pas unique dans les communaut&#233;s, mais pluriel : mani&#232;re ordinaire de favoriser son contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que le pouvoir communautaire reste fort, p&#244;le structurellement oppos&#233; &#224; celui de la chefferie. La fonction qui correspondait le plus &#224; celui de l'actuel chef de village pourrait se traduire par &#171; ma&#238;tre des gens &#187;, dans un syst&#232;me de chefferies villageoises, tel le &#171; k&#233;f&#233;guefolo &#187; s&#233;noufo. Mais la fonction la plus importante, le pouvoir de l'ombre, est jusqu'&#224; nos jours celui du chef, ou plus exactement du &#171; ma&#238;tre de terre &#187;, en g&#233;n&#233;ral le plus &#226;g&#233; des descendants en ligne directe de l'anc&#234;tre fondateur : tel le &#171; tarfolo &#187; chez les S&#233;noufo. La guerre implique souvent une fonction en principe temporaire, celle du &#171; ma&#238;tre de guerre &#187; aux pouvoirs sacr&#233;s (&#171; mystiques &#187;, dit-on couramment aujourd'hui en C&#244;te d'Ivoire) &#233;tendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La combinatoire des trois pouvoirs se rencontre : si des n&#233;gociations &#233;videntes se passent avec le chef de guerre durant le conflit, si le chef de village sert d'interface avec le pouvoir d'Etat, c'est avec le chef de terre que se n&#233;gocient la paix, les rapports autochtones allog&#232;nes, les sacrifices et les pactes cons&#233;cutifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, la confusion des trois pouvoirs ou leur embo&#238;tement politico-spatial constituent un autre agencement : chez les S&#233;noufo, il arrive que le plus &#226;g&#233; des descendants de l'anc&#234;tre-fondateur soit &#171; le chef de village, le chef de terre, et le chef du bois sacr&#233; &#187;. Dans un contexte tr&#232;s diff&#233;rent, chez les Agni, Amon d'Aby montre que le patriarche (afili&#233;- kpangni) chef du clan des descendants d'un anc&#234;tre commun &#171; est tout &#224; la fois pr&#234;tre, juge, conservateur du patrimoine (sic) du clan, et chef politique &#187;. Comme le pouvoir politique est embo&#238;t&#233;, &#224; plusieurs niveaux &#233;ventuels de l'espace politique (&#171; rois &#187;, chefs de canton ou de clan, chef de village ou de lignage&#8230;), la Ma&#238;trise de terre peut concerner plusieurs espaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les ethnies, de v&#233;ritables pr&#234;tres de religions africaines peuvent coexister avec le Ma&#238;tre de terre ; d'autres cas plus &#233;tonnants, comme le Bagnon b&#233;t&#233; ou krou, peuvent repr&#233;senter l'excellence d'une culture au point de galvaniser les communaut&#233;s. Mais l'opposition structurale &#224; ces titulatures multiples du pouvoir communautaire se trouve du c&#244;t&#233; des id&#233;o-logiques d'&#226;ge et de sexe : les jeunes et les femmes (comme les &#233;trangers), quoique subordonn&#233;s, ont un pouvoir parall&#232;le, particuli&#232;rement important, pour le c&#244;t&#233; f&#233;minin, dans les soci&#233;t&#233;s matrilin&#233;aires de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir S. Coulibaly, Op. Cit.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;En g&#233;n&#233;ral, l'id&#233;al-type du pouvoir communautaire se retrouve dans une Assembl&#233;ed&#233;lib&#233;rative de tous les chefs de familles, femmes, jeunes et &#233;trangers assistant en groupes, et d&#233;lib&#233;rant &#224; leur tour de parole ; c'est de cette assembl&#233;e qu'est issue un Conseil, le plus souvent g&#233;rontocratique, qui assiste la ou les chefferies. C'est cette proc&#233;dure qui induit l'illusion fr&#233;quente pour les observateurs ext&#233;rieurs que &#171; le pouvoir est aux vieux &#187;. Les r&#233;alit&#233;s sont infiniment plus complexes et que cela soit dans les conflits entre les communaut&#233;s et les pouvoirs ext&#233;rieurs, ou encore dans les diff&#233;rentes instances de la chefferie, ou bien au niveau des cat&#233;gories internes, suivant les id&#233;o-logiques sociales (femmes, jeunes - guerriers notamment -, &#233;trangers). Cependant, l'opposition structurale et ternaire Assembl&#233;e/Conseil/Chefferie c&#232;de souvent &#224; une opposition duelle, notamment celle marqu&#233;e par la volont&#233; tendancielle de la chefferie de s'autonomiser, et le d&#233;sir contraire de la communaut&#233; de contr&#244;ler un &#171; chef sans pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma&#238;trise de terre : le pouvoir de l'ombre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En retrait du &#171; Ma&#238;tre des gens &#187; - qu'il soit chef de village ou non - se tient, dans les assembl&#233;es, le Ma&#238;tre de Terre, pouvoir souvent plus r&#233;el que le premier, &#233;quivalent structural des caciques m&#233;so-am&#233;ricains. Des auteurs comme Alain Marie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marie A., &#171; Une anthropo-logique communautaire &#224; l'&#233;preuve de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'essaient en quelque sorte &#224; transposer cette dualit&#233; et cette hi&#233;rarchie dans l'analyse du politique national, s'effor&#231;ant par l&#224; de contrer les n&#233;oculturalistes (comme les analyses en termes d'ethnonationalisme croissant et d'ethnicisation du conflit ivoirien), en voyant dans le foncier, et singuli&#232;rement la &#171; faim de terres &#187; dans le sud forestier, les clefs en derni&#232;re instance de la crise ivoirienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant il nous semble, apr&#232;s une longue recherche de terrain sur ces conflits dans les ann&#233;es 1990, que la plupart des analystes les plus sp&#233;cialis&#233;s comme J.P. Chauveau pour &#171; la question fonci&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir en particulier sa remarquable analyse du &#171; Plan foncier rural &#187; et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou J.F. Bayart pour l'analyse fondamentale des rapports autochtones/ allog&#232;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'ensemble du num&#233;ro de Critique internationale : &#171; probl&#233;matiques de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; manquent la dimension proprement religieuse de l'alliance &#224; la terre et de l'accueil des &#233;trangers. Origine de toute chose, la Terre se dit une D&#233;esse aussi bien qu'une r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle : chez les baoul&#233;, Asy&#949; repr&#233;sente la divinit&#233; chtonienne comme asy&#949; (toujours munie d'attributs tels que la couleur, la forme&#8230;) correspond &#224; la terre cultivable. Dans un texte d'une rare densit&#233;, Pierre Etienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Etienne P., &#171; Le fait villageois baoul&#233; &#187;, in &#171; Communaut&#233;s rurales et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; analyse cette double Nature, dans une cosmogonie complexe o&#249; elle prend place entre les Dieux et les Anc&#234;tres, peupl&#233;e de nombreux esprits et g&#233;nies des lieux, accultur&#233;e par les &#171; hommes forts &#187; qui passent avec elle une alliance sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une volont&#233; louable de simplifier ce que nous avions nomm&#233; &#171; l'imbroglio foncier &#187;, des chercheurs comme J.P. Chauveau tendent &#224; surinterpr&#233;ter, ou plus exactement &#224; surinstitutionnaliser, les relations entre ma&#238;tres de terre et allog&#232;nes, entre autochtone et exploitant, migrant sah&#233;lien ou ivoirien, selon des modalit&#233;s sensiblement diff&#233;rentes, en y rep&#233;rant l'institution d'un &#171; tutorat &#187; n&#233;o-coutumier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chauveau J.P., ibid.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Outre, en effet, que la ma&#238;trise sur une parcelle de terre peut &#234;tre multiple et parfois contradictoire (voir Plan Foncier Rural, PFR infra), il s'agit plut&#244;t d'un syst&#232;me interrelationnel (et interethnique) complexe et disput&#233;, o&#249; jeu de r&#244;les et n&#233;gociation, violence symbolique ou r&#233;elle, recours multiples &#224; des m&#233;diations, forment plus un champ de pouvoirs qu'une institution. Ainsi le primat de l'autochtonie explique bien des formes des conflits actuels : alors que les migrants sah&#233;liens repr&#233;sentent trois &#224; quatre millions de personnes dans le Sud forestier, et qu'ils sont souvent ultra- majoritaires dans certaines zones de l'Ouest (autour de la for&#234;t de Ta&#239;, proche du Lib&#233;ria, pr&#232;s de 95% des planteurs sont allog&#232;nes), les migrants, malgr&#233; des r&#233;sistances ponctuelles, ont toujours choisi la fuite et l'exode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ph&#233;nom&#232;ne complexe et m&#233;connu de relations autour du foncier peut aussi expliquer en partie la situation actuelle : historiquement, l'Etat ivoirien a toujours d&#233;fini sa politique locale contre le pouvoir de l'autochtonie - sauf &#224; consid&#233;rer le peuple baoul&#233; comme le &#171; Ma&#238;tre de terre &#187; collectif du pays. On conna&#238;t l'adage c&#233;l&#232;bre du pr&#233;sident Houphou&#235;t Boigny : &#171; la terre appartient &#224; celui qui la met en valeur &#187;. On sait moins que les baoul&#233; - dans les terroirs satur&#233;s dans lesquels se pose tr&#232;s peu le probl&#232;me allog&#232;ne, et o&#249; n'existe quasiment pas de march&#233; de la terre - l'interpr&#233;taient, dans les for&#234;ts de l'Ouest (en zone b&#233;t&#233; par exemple), comme une permission d'aller &#224; la fois contre le droit national (for&#234;ts class&#233;es, biens domaniaux) et coutumier (ma&#238;trise de terre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que traduisait clairement dans l'espace l'implantation baoul&#233;, en &#171; colonies de peuplement &#187; autonomes (campements, puis villages), sorte de p&#244;le tiers d'un &#171; ethnoscape &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les th&#232;ses d'A. Appadura&#239;, Apr&#232;s le colonialisme, Paris, Payot, 2001, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; organis&#233; autour du village autochtone baoul&#233; et du &#171; double &#187; urbain d'Abidjan. Toute autre est l'implantation nordiste, par exemple s&#233;noufo ou mossi, qui constitue un &#171; dyoulakro &#187; (nom populaire des quartiers nordistes) juxtapos&#233; au village autochtone, et donc implicitement d&#233;pendant. La pr&#233;pond&#233;rance baoul&#233; a donc co&#239;ncid&#233; un temps avec l'id&#233;ologie &#233;tatique dans la volont&#233; de &#171; casser la chefferie &#187;, ce qui a pris un tour d'autant plus aigu que, comme dans bien des pays subsahariens, le colonisateur fran&#231;ais (ou anglais, dans les pays limitrophes) a tent&#233; d'instrumentaliser, &#224; l'inverse, le prestige autochtone en un parti pro-colonial, frontalement oppos&#233;, au tournant des Ind&#233;pendances, au PDCI-RDA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parti D&#233;mocratique de C&#244;te d'Ivoire, section du Rassemblement D&#233;mocratique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont on sait la victoire et l'h&#233;g&#233;monie finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au quotidien des appareils locaux d'Etat, l'ambigu&#239;t&#233; restait des deux interpr&#233;tations antagonistes des transactions fonci&#232;res, par lesquelles un autochtone &#171; pr&#234;tait &#187; ou &#171; vendait &#187; des terres &#224; un allog&#232;ne. La premi&#232;re interpr&#233;tation, conforme au code de l'autochtonie, veut qu'il s'agisse d'usufruit contre des prestations r&#233;guli&#232;res. La seconde, sym&#233;trique, est celle des allog&#232;nes f&#233;rus sans le savoir d'une pure conception de droit romain, qui disent avoir &#171; achet&#233; &#187; une terre transmissible et s'appuient sur &#171; le papier &#187; : l'attestation d&#233;livr&#233;e &#224; des titres tr&#232;s divers par des agents administratifs. Les agents de d&#233;veloppement, occidentaux ou ivoiriens, ont pu conforter l'id&#233;ologie marchande (qui reste le but cach&#233; des projets fonciers comme le PFR, financ&#233; par l'AFD et la BM) en se servant d'un vocabulaire d&#233;cal&#233;, ignorant des r&#233;alit&#233;s coutumi&#232;res, tel que &#171; propri&#233;taire foncier &#187; vs &#171; exploitant &#187;, repris par le discours allog&#232;ne dans une certaine &#171; mauvaise foi &#187; d'autant plus remarquable que les int&#233;ress&#233;s excluent ces conceptions europ&#233;ennes d&#232;s lors qu'il s'agit de leurs terroirs d'origine. Notons d'ailleurs que l'obligation de demande de terre aupr&#232;s du ma&#238;tre de terre est toujours respect&#233;e en ce qui concerne les parcelles vivri&#232;res, annuelles : les probl&#232;mes r&#233;currents, de &#171; propri&#233;t&#233; &#187; et d'h&#233;ritage, se posent pour les terres de parcelles de rente (caf&#233;, cacao, cocotiers, palmiers &#224; huile, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la conflictualit&#233; ordinaire autour du foncier que nous avons pu &#233;tudier sur le terrain, ces &#171; n&#233;o-conflits &#187; autochtones/allog&#232;nes s'inscrivent sur un fond de segmentarit&#233; fonci&#232;redont on a pu dessiner des figures r&#233;currentes, servant de &#171; patterns &#187; aux conflits actuels, et expliquant bien des traits de la crise globale. En pleine zone baoul&#233;, autour de B&#233;oumi, la rar&#233;faction des terres ravive les conflits frontaliers, interlignages ou intercommunautaires et m&#234;me intertribaux. Des conflits internes nouveaux apparaissent, en particulier interg&#233;n&#233;rationnels : la jeunesse autochtone n'a parfois gu&#232;re plus envie de respecter le &#171; Ma&#238;tre de terre &#187; autochtone que le travailleur migrant, mais entend parfois s'y substituer. Une des escroqueries classiques en milieu rural est d'ailleurs la &#171; vente &#187; par des jeunes villageois de terres autochtones &#224; des migrants, les contractants &#233;tant le plus souvent complices&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour la pr&#233;pond&#233;rance baoul&#233; ou le &#171; pacte de croissance implicite &#187;, la revendication allog&#232;ne met &#224; jour l'implicite des rapports sociaux - et donc politiques - dans lesquels l'ivoirien en g&#233;n&#233;ral, l'autochtone en particulier, se per&#231;oit toujours comme privil&#233;gi&#233; d'une rente fonci&#232;re collective, due &#224; une dette perp&#233;tuelle de l'Etranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Errances de Mars&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils sont venus comme la destin&#233;e, sans &#233;gards, sans cause, sans pr&#233;texte&#8230; &#187; : de m&#234;me que la soumission et la servitude volontaire, pour la Bo&#233;tie, a aussi bien des s&#233;ductions cel&#233;es, le beau texte cit&#233; par Deleuze&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bo&#233;tie E. De La, Discours sur la Servitude volontaire, Paris, Payot, 1976 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rel&#232;ve la fascination du guerrier nomade, install&#233; dans le mouvement, comme d'autres sont ancr&#233;s aux lieux, dans l'insoumission et la pr&#233;dation, la consumation des biens et non leur accumulation. Dans cette guerre nomade, ce sont des groupes fluctuants de jeunes et de guerriers qui se font passeurs de fronti&#232;res, cr&#233;ateurs de foyers insurrectionnels, conqu&#233;rants de capitales. Et ce mouvement - &#224; part leur mort toujours possible -, devient leur vie m&#234;me, un mode de sociabilit&#233;, o&#249; bient&#244;t, dans la guerre et l'errance, s'installent des soci&#233;t&#233;s toutes enti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour autant, au-del&#224; des anecdotes, &#233;v&#232;nements et volont&#233;s, on peut discerner des &#233;chelles, des vecteurs et des spatialit&#233;s &#224; ce mouvement nomade qui pr&#233;sente des temporalit&#233;s propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on pouvait parler, sans essayisme p&#233;joratif &#224; la Kaplan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kaplan R., &#171; The coming anarchy &#187;, Atlantic Monthly, f&#233;vrier 1994, vol.273, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de &#171; guerres sauvages &#187;, ce serait plut&#244;t pour marquer la proximit&#233; avec les chasseurs, ces &#171; palpeurs-de-brousse &#187; et d&#233;couvreurs, selon F. H&#233;ritier, venus des p&#233;riph&#233;ries et des confins, pour s'en prendre &#224; la Cit&#233;. Et tout &#224; la fois sachant qu'ils repr&#233;sentent un mod&#232;le alternatif - ethnique, communautaire, nomade, selon les cas et les &#233;poques, ou plut&#244;t les agencements de ces trois &#233;tats - au mod&#232;le classique, anc&#234;tre de l'Etat. Comme si le drame des origines, de la d&#233;perdition et de la servitude (vs l'insurrection l&#233;gitime contre le Tyran et de l'utopie communautaire) &#233;tait vou&#233;e, dans ce D&#233;tour n&#233;cessaire &#224; la compr&#233;hension des fondations &#233;tatiques, &#224; sans cesse se rejouer sous nos yeux, b&#233;gayant des structures toujours proches et, pourtant, sans cesse diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la r&#233;bellion de Taylor &#233;tablit sa base en pays Dan/Gyo, &#224; cheval sur les fronti&#232;res du Liberia et de la C&#244;te d'Ivoire, comme les ethnies en question. De m&#234;me la base du RUF, &#224; partir de ses appuis lib&#233;riens, s'installe aux confins de la Sierra Leone. Et, en sens inverse, l'ULIMO, puis le LURD, les mouvements &#171; anti-Taylor &#187;, partent de l'arri&#232;re fronti&#232;re guin&#233;enne, avec l'appui de l'arm&#233;e de ce pays, et semble-t-il de la CIA, pour occuper l'Ouest du Lib&#233;ria, et progresser vers Monrovia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'est-ce pas l&#224;, justement, une vision &#233;tatiste, du moins g&#233;ocentr&#233;e, du conflit ? Certes, les fronti&#232;res artificielles et les ethnies transfrontali&#232;res repr&#233;sentent bien les faiblesses de l'Etat, et des opportunit&#233;s remarquables pour les gu&#233;rillas. Mais dans cette guerre nomade, justement, se cr&#233;&#233;e une zone transfrontali&#232;re sp&#233;cifique, &#224; cheval sur trois &#224; quatre fronti&#232;res, hors l'Etat d'abord, puis un espace de &#171; non-Etat &#187;, qui a pourtant ses pouvoirs et ses r&#233;gulations, comme on l'a vu pour la Sierra Leone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233; de ces solidarit&#233;s intra-ethniques, des rivalit&#233;s de longue dur&#233;e opposaient des ethnies voisines : au Lib&#233;ria, en particulier, les Gyo et les Krahn &#224; la fronti&#232;re Est, ou les Lorma et les Madigos pr&#232;s de la fronti&#232;re de la Sierra Leone. Dans ce dernier cas, le sociologue Amos Sawyer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sawyer A., &#171; Sharing the kola nut &#187;, Monrovia, Center for Democratic (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a montr&#233; que la rivalit&#233; se dit sur le mod&#232;le anthropologique oncle/neveu : de m&#234;me que les relations &#224; plaisanteries entre groupes, ces &#171; patterns &#187; des relations sociales restent tr&#232;s vivaces aujourd'hui. Soulignons aussi qu'une relation moins connue oppose &#171; en tuilage &#187; les c&#244;tiers &#224; ceux de l'hinterland, sous l'angle de &#171; ceux qui ont connu le Blanc le premier &#187; (sic !), comprendre &#171; plus civilis&#233;s &#187; (re-sic) que ceux de l'int&#233;rieur. Ali&#233;nation certainement int&#233;rioris&#233;e, mais qui structure encore des hi&#233;rarchies informelles, nourrit des rancoeurs, influence ou d&#233;courage les unions matrimoniales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant alliances et rivalit&#233;s peuvent &#234;tre tr&#232;s labiles, suivant le mod&#232;le fondamental de la segmentarit&#233; ; lorsque le conflit tourne avec des groupes diff&#233;rents, dans des agencements changeants, ou passe &#224; un niveau spatial diff&#233;rent. C'est l&#224; l'erreur fondamentale d'analystes de la C&#244;te d'Ivoire qui ont voulu &#233;tablir en mod&#232;le id&#233;al-typique rigide l'opposition b&#233;t&#233;/baoul&#233; qui clivait le pays selon une division Ouest/Est, recoupait leaders et partis (depuis l'&#233;poque d'Houphou&#235;t &#224; aujourd'hui : PDCI/FPI), mais surtout deux conceptions du pouvoir : &#233;tatiste et conservateur vs communautaire et progressiste. Or, l'irruption du &#171; tiers soumis &#187; - les nordistes et le RDR - a d&#233;montr&#233; que ces antagonismes de premier niveau pouvaient se transformer tr&#232;s rapidement en alliance face &#224; un adversaire commun. Et &#224; vrai dire le jeu des trois blocs ethnico-r&#233;gionaux ivoiriens, depuis les dix derni&#232;res ann&#233;es, semble avoir fait le tour de tous les agencements possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;territorialisation, elle aussi, a-t-elle une g&#233;n&#233;alogie ? Biographiquement, elle semble au contraire sa n&#233;gation, branch&#233;e sur l'&#233;v&#232;nement premier qui arrache l'individu &#224; l'espace-temps de sa soci&#233;t&#233;, et le projette dans la guerre, o&#249; sa survivance incertaine le ballote de flux en reflux, de camps en factions oppos&#233;es, de violences en fuites. &#171; Quand la guerre est arriv&#233;e chez nous&#8230; &#187; : ainsi commencent d'ordinaire les extraordinaires r&#233;cits de vie recueillis en Sierra Leone et au Lib&#233;ria. La guerre, pr&#233;sent&#233;e comme fortuite et al&#233;atoire, personnifi&#233;e mais aveugle, frappe au hasard et brouille d'embl&#233;e toute fronti&#232;re. Les victimes se voient arrach&#233;es &#224; leur environnement villageois, projet&#233;es dans cette vie invers&#233;e qu'est celle de la brousse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Cartry M, La fonction symbolique, Paris, Gallimard, 1979.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; la fois victimes et bient&#244;t acteurs de guerre, passant parfois d'une r&#233;bellion &#224; une faction gouvernementale, d'un camp &#224; l'autre. Les fronti&#232;res d'&#226;ge, d'activit&#233; quotidienne, de morale ordinaire s'inversent ou se brouillent : si dans son discours - adapt&#233; au monde de l'humanitaire ou aux normes suppos&#233;es de la soci&#233;t&#233; englobante -, le d&#233;territorialis&#233; se pr&#233;sente toujours comme victime passive, jamais comme acteur de guerre, il est en fait souvent les deux, victime et bourreau, en des proportions de lieux et de temps variables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en Sierra Leone, une soci&#233;t&#233; se reconstitue, m&#234;me nomade : guerriers et compagnes, m&#233;decins et auxiliaires, enseignants et porteurs, esclaves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les th&#232;ses de Rosalind Shaw, Memories of the Slave Trade, Chicago, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des mines de diamants et ma&#238;tres de guerre, tueurs et apprentis&#8230; Mais si elle est, &#224; bien des &#233;gards, une contre-soci&#233;t&#233;, elle s'inspire forc&#233;ment des mod&#232;les anciens, jusque dans l'esclavage ou la pr&#233;dation des s&#233;dentaires, faisant revivre d'anciennes mythologies et images du pouvoir : tel Foday Sankoh, repr&#233;sent&#233; en fauve tout puissant sur les peintures na&#239;ves des postes du RUF dans la brousse de Kailahun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrachement du territoire et brouillage des rep&#232;res vont le plus souvent de pair, dans la cr&#233;ation exp&#233;rimentale de soci&#233;t&#233;s perverses dont les enfants-guerriers pourraient &#234;tre le symbole premier. Dans la r&#233;f&#233;rence centrale pour comprendre le r&#244;le des cat&#233;gories d'&#226;ge dans les soci&#233;t&#233;s r&#233;gies &#224; l'ordinaire par le &#171; Poro &#187; et plong&#233;es dans la guerre, Paul Richards met l'accent sur l'exclusion structurale des plus jeunes, ou du moins leur minorisation sociale par le pouvoir des Anciens ; et a contrario sur cette v&#233;ritable inversion sociale, en un sens carnavalesque, que repr&#233;sente la domination des jeunes &#171; fighters &#187; sur les vieux, dans la parenth&#232;se du conflit. Pour Richards, ces exclus du pouvoir et de la terre forment un groupe turbulent et instable, en rivalit&#233; avec leurs a&#238;n&#233;s pour les biens, les femmes et les postes. Une exclusion que certains sociologues comme E. Terray n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; formuler en termes de classe domin&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Richards P., op.cit. ; Terray E., Le marxisme devant les soci&#233;t&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans la guerre nomade, des pseudo-familles se constituent o&#249; le crit&#232;re d'&#226;ge n'est pas toujours dominant et peut m&#234;me s'inverser. De m&#234;me pour les femmes et les filles guerri&#232;res, vivant souvent &#224; part dans des contre-soci&#233;t&#233;s d'amazones. Les cat&#233;gories sociales de l'initiation, le rapport au sexe et &#224; la violence sont parfois monstrueusement transform&#233;s, faisant par exemple de l'inhumanit&#233; (par rapport aux valeurs de son groupe d'origine) de l'enfant soldat un guerrier par excellence, dont les mythes d'origine du Tyran rappellent les actes de cruaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autonomisation et m&#233;diations de la violence &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#171; chroniques de la violence ordinaire &#187; d&#233;velopp&#233;es dans les ann&#233;es 1990 pour l'Institut fran&#231;ais de Pol&#233;mologie (puis ult&#233;rieurement pour le &#171; Centre d'Etudes sur les Conflits &#187;), nous proposions, en nous fondant sur le cas de la C&#244;te d'Ivoire et de l'entropie ouest-africaine, le concept-clef de &#171; continuum de la violence &#187;,dont la valeur analytique et m&#234;me pr&#233;dictive devait se r&#233;v&#233;ler pour le conflit en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuum d'une violence croissante, souvent ignor&#233;e, d&#233;ni&#233;e ou forcluse aux observateurs ext&#233;rieurs, dont nous proposions de distinguer la violence soci&#233;tale (dans ses mod&#232;les ethnicistes bien particuliers, y compris les &#171; traces de la guerre &#187;), la sp&#233;cificit&#233; des violences urbaines, et celle de l'Etat, jusque dans sa dimension symbolique et historique o&#249; elle s'origine, et qui la refonde &#224; chaque crise. Analyse que plus tard on a pu appliquer avec profit &#224; l'anthropologie du conflit lib&#233;rien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Galy M., &#171; Les mouvements religieux et les formes de la violence &#224; Abidjan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (notamment en r&#233;f&#233;rant les formes de violence, qui paraissaient in&#233;dites, aberrantes, sauvages &#224; bien des observateurs press&#233;s ou moralisateurs - en particulier dans leurs &#233;chos journalistiques), &#224; l'historique des guerres ethniques, mais aussi aux rituels initiatiques ou &#224; la criminalit&#233; urbaine. La violence urbaine conserve des conflits ruraux les querelles de femmes, les cambriolages, agressions et vols &#224; la tire comme occasions de lynchages par des voies en g&#233;n&#233;ral extr&#234;mement brutales : pilonnage par les femmes ou lapidation des voleurs, purges &#224; l'acide, usage de b&#226;tons et de machettes&#8230; correspondent &#224; une violence lignag&#232;re toujours pr&#233;sente, comme le &#171; pimentage &#187; ou la chicote des r&#233;calcitrants, y compris dans le syst&#232;me scolaire. Les &#171; corps habill&#233;s &#187; ne sont pas en reste : les bastonnades ou les passages &#224; tabac des commissariats n'&#233;tant que l'antichambre de la sinistre MACA (Maison d'arr&#234;t) d'Abidjan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De &#171; petit m&#233;tier &#187; le brigand de quartier, dans un rapport de protection/exaction pr&#232;-mafieux vis-&#224;-vis de ses proches voisins, la d&#233;linquance s'est autonomis&#233;e dans des lieux et des temps propres : failles urbaines, ponts, march&#233;s, gares, &#171; ghettos &#187; et bidonvilles qui d&#232;s la tomb&#233;e de la nuit sont le cadre d'activit&#233; des bandes ou des gangs. L'ivoirisation progressive de la d&#233;linquance dans la derni&#232;re d&#233;cennie contredit les st&#233;r&#233;otypes l'attribuant de mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e aux &#233;trangers sah&#233;liens. Une diffusion dans le corps social des contre mod&#232;les de d&#233;linquance passe par d'autres id&#233;aux du corps (folklore carnavalesque : kaolin, nudit&#233;, grimage, alcools et drogues) de la musique, du langage, adopt&#233;s par la jeunesse urbaine, notamment estudiantine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; mod&#232;les d'inconduite &#187; se m&#234;lent de mani&#232;re plus obscure &#224; la toute puissance du simulacre (&#171; guerriers urbains &#187;) inspir&#233;s et de la tradition et des m&#233;dias, mais aussi des conflits en double d'une sorcellerie toute puissante pour expliquer succ&#232;s et &#233;checs, y compris des entreprises criminelles. On pourrait d'ailleurs analyser les violences urbaines abidjanaises, par exemple, comme l'Imaginaire d'une guerre toute proche, celle longtemps du Lib&#233;ria, puis celle de la guerre civile ivoirienne elle-m&#234;me - le passage au R&#233;el vers la &#171; vraie guerre &#187; &#233;tant, d&#232;s les d&#233;buts, incessant, l'aventure de Charles Taylor (condamn&#233;, emprisonn&#233; et&#8230; &#233;vad&#233; aux USA semblant assez arch&#233;typale) attirant d&#232;s ses d&#233;buts toutes les t&#234;tes br&#251;l&#233;es de la sous r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;vident, tant dans les r&#233;actions populaires que dans de rares et violentes campagnes x&#233;nophobes et anti-occidentales du pouvoir d'Abidjan - y compris houphou&#233;tiste, ce qu'oublient volontiers aujourd'hui les chantres du &#171; pr&#233;sident-proph&#232;te &#187; - que les Europ&#233;ens, et les Fran&#231;ais en particulier se trouvaient en fin de liste, boucs &#233;missaires commodes non seulement en fonction de l'histoire mais aussi de leur nombre (&#224; l'&#233;poque environ 10 000 Fran&#231;ais &#171; de m&#233;tropole &#187; et autant de binationaux) et de leur place provocante dans l'&#233;conomie urbaine (50% des emplois urbains d&#233;pendant de PME fran&#231;aises), de leur visibilit&#233; parfois excessive et en fin de compte de leur vuln&#233;rabilit&#233; structurelle dans une m&#233;tropole de 2 ,5 millions d'habitants (notamment dans l'impossibilit&#233; mat&#233;rielle d'une &#233;vacuation massive et rapide, dans le cas d'une population locale hostile, si l'administration ou l'arm&#233;e ivoirienne &#233;taient complices d'exactions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus largement, peut-&#234;tre faudrait-il ici, marquer les bornes du nomadisme guerrier et de la d&#233;liaison sociale, et s'inspirant du fameux Discours de La Bo&#233;tie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bo&#233;tie E. de la, De la servitude volontaire, op. cit.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, inverser la question de la violence : d'o&#249; vient, dans cette aire ouest-africaine, non que tous soient pouss&#233;s vers le conflit, mais que des instances sociales, des relations, des lieux particuliers permettent &#224; des individus et des groupes de r&#233;sister &#224; l'encha&#238;nement entropique, autant de micro r&#233;sistances au devenir-guerrier qui les menace de toutes parts ? Que la guerre, loin de devenir totale ou g&#233;nocidaire, soit somme toute limit&#233;e ? Bien des commentateurs critiques des th&#232;ses de la segmentarit&#233; s'en tiennent, en fait, &#224; l'opposition m&#233;canique et croissante des segments sociaux, n&#233;gligeant les instances embo&#238;t&#233;es de r&#232;glements de conflits et d'autolimitation de la violence. Si l'on revient bri&#232;vement aux textes fondateurs du mod&#232;le de la segmentarit&#233;, Evans Pritchard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Evans-Pritchard E., Les Nuer. Description des modes de vie et des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; lui-m&#234;me affirme, dans une curieuse m&#233;taphore qu'entre les sections Nuer en conflit &#171; les fibres de parent&#233; et d'alliance, d'affiliation aux classes d'&#226;ge, d'int&#233;r&#234;ts militaires, voire &#233;conomiques (&#8230;) ram&#232;nent toujours les communaut&#233;s l'une vers l'autre &#187;. Comme chez les Guayakis vus par Clastres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clastres P., Chroniques des Indiens guayakis, Paris, Plon, 1972.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le &#171; chef &#224; peau de l&#233;opard &#187; des Nuer n'a d'autre pouvoir que celui de m&#233;diationen cas de consensus. Tirant son caract&#232;re sacr&#233; de son association avec les dieux de la terre, ayant le pouvoir de b&#233;nir et de maudire, il est respect&#233; par les deux parties en conflit ; mais d'autre figures de la m&#233;diation peuvent s'imposer, en mineurles devins-gu&#233;risseurs, exceptionnellement les Proph&#232;tes,au carrefour du religieux et du politique. Et si la C&#244;te d'Ivoire n'est pas (encore ?) le Rwanda&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au-del&#224; de l'extraversion particuli&#232;rement marqu&#233;e du champ politique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ni dans son ensemble, le Lib&#233;ria, sauf aux fronti&#232;res ouest, c'est bien qu'ici quelque chose a tenu du lien social ant&#233;rieur qui, malgr&#233; tout, fait encore sens entre autochtones et allog&#232;nes, plut&#244;t d'ailleurs &#224; l'&#233;chelon local ou dans les r&#233;seaux interpersonnels que dans le champ politique &#224; l'occidentale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette dualit&#233; structurelle d'un champ politique &#171; &#224; double r&#233;f&#233;rent &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, la zone nord est fort mal connue, malgr&#233; la politique d'accueil tout azimut des rebelles envers les m&#233;dias sympathisants (contrairement aux blocages, voire aux d&#233;faillances de la politique progouvernementale) : quid de l'&#233;puration ethnique &#224; Bouak&#233; et dans les villages baoul&#233;, des massacres des &#171; corps habill&#233;s &#187;, des fonctionnaires sudistes et parfois de leurs familles ? Cette ville de Bouak&#233;, qui appara&#238;tra peut-&#234;tre un jour comme un petit Timisoara ouest-africain de la d&#233;sinformation : ONG, journalistes et observateurs occidentaux pr&#233;sents, mais inconscients du r&#233;el des violences locales&#8230; A l'inverse les 100 &#224; 300 manifestants (selon les diff&#233;rentes sources) massacr&#233;s le 25 mars 2004, lors d'une manifestation interdite de l'opposition &#224; Abidjan par les &#171; forces de l'ordre &#187;, l'arm&#233;e et des milices extr&#233;mistes semblent bien marquer le passage d'un dernier seuil avant l'extension g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la violence urbaine et entacher gravement la l&#233;gitimit&#233; du pouvoir. Mais pour tenir la balance &#233;gale, faudrait-il encore conna&#238;tre les milliers de civils massacr&#233;s par les rebelles dans la zone frontali&#232;re de l'Ouest, dans ce que l'on a pu nommer d&#232;s 2002 une lib&#233;rianisation de la guerre, la situation d'Abidjan rappellerait plus, s'il fallait un rapprochement africain, le &#171; mod&#232;le congolais &#187;. Enfin ne faudrait-il pas parler, au-del&#224; de son asym&#233;trie Nord/Sud, d'une surm&#233;diatisation de la guerre ivoirienne, davantage due &#224; son importance strat&#233;gique pour l'influence fran&#231;aise et ses quelques 4 500 hommes engag&#233;s, si on rapporte ce conflit somme toute encore tr&#232;s limit&#233; aux quelques 3 millions de morts des guerres congolaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que les nordistes sah&#233;liens - migrants burkinab&#233;s et maliens principalement - repr&#233;sentent &#224; peu pr&#232;s une population de cet ordre, et que s'ils ont &#233;t&#233; marginalement inqui&#233;t&#233;s, parfois tu&#233;s ou chass&#233;s au plus fort de la guerre, leur pr&#233;sence &#224; terme semble pourtant assur&#233;e, la terre pour les vivriers syst&#233;matiquement accord&#233;e malgr&#233; des &#171; n&#233;o-r&#232;glements &#187; discriminatoires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il ne s'agit pas de nier les embrasements r&#233;guliers, mais on le r&#233;p&#232;te, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si les relations entre groupes ont tenu, c'est que loin d'&#234;tre une instance fictive ou int&#233;gr&#233;e, la communaut&#233; villageoise comporte certains rituels, m&#233;diateurs, m&#233;canismes de r&#233;gulation et d'accueil, ramenant une paix relative apr&#232;s chaque crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces pr&#233;misses d'une anthropologie de la paix en soci&#233;t&#233; segmentaire, peut-on &#233;tablir des parall&#232;les avec les soci&#233;t&#233;s ouest africaines ? Si ces peuples pris dans la guerre nomade ont tous des traces et des rituels h&#233;rit&#233;s des guerres anciennes, ils r&#233;activent, ou r&#233;inventent des m&#233;diations plurielles, aujourd'hui partout &#224; l'oeuvre en C&#244;te d'Ivoire, mais aussi en situation dite de &#171; post-conflit &#187; comme en Sierra L&#233;one&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, on verra avec int&#233;r&#234;t le cas de l'instrumentalisation des &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce qui concerne les processus ethniques de paix et de r&#233;conciliation ivoiriens, l'alliancerepr&#233;sente dans toute la zone culturelle le mod&#232;le rituel dominant, comme paix et union des communaut&#233;s en conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une typologie rapide des m&#233;diations &#171; n&#233;ocoutumi&#232;res &#187; peut s'inspirer de ce qui s'est pass&#233;, sur le plan militaro-politique dans les crises des derni&#232;res ann&#233;es, et des m&#233;diations plus ordinaires entre communaut&#233;s et Etat (conflits fonciers, d&#233;veloppement, etc.). Il faut distinguer les c&#233;r&#233;monies nationales, &#224; la fois ritualis&#233;es et personnalis&#233;es, des m&#233;diations ordinaires o&#249; les repr&#233;sentants locaux de l'Etat inventent des formes syncr&#233;tiques du politique. Un des rituels ivoiriens, utilis&#233; par tous les pr&#233;sidents successifs, est de passer par les repr&#233;sentants de chaque ethnie (pudiquement nomm&#233;e selon la r&#233;gion) pour organiser de grandes messes radiot&#233;l&#233;vis&#233;es, entre all&#233;geance et propagande. Quand une crise grave survient, ces &#233;lites, les &#233;lus, les &#171; chefs spirituels &#187;, les autorit&#233;s locales (chefferies, &#171; rois &#187;...) sont aussi mis discr&#232;tement &#224; contribution pour des m&#233;diations en direction des communaut&#233;s ou des familles. Par exemple, cela a &#233;t&#233; les cas apr&#232;s les diff&#233;rents &#171; complots &#187; de la p&#233;riode houphou&#233;tiste, mais a &#233;chou&#233; en direction des b&#233;t&#233; du Gu&#233;bi&#233;, massacr&#233;s par milliers lors de la gu&#233;rilla de Kragb&#233; Gnagb&#233;, en 1970&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir un t&#233;moignage engag&#233; r&#233;cent : Gadji Dagbo J., L'affaire Kragb&#233; Gnagb&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par opposition &#224; ces discr&#232;tes m&#233;diations, qui se passent en secret lors de toute crise politique, les &#171; tourn&#233;es en brousse &#187; de l'&#233;poque coloniale se sont transform&#233;es depuis Houphou&#235;t en grandes c&#233;r&#233;monies n&#233;o-coutumi&#232;res, o&#249; les repr&#233;sentants locaux coutumiers sont associ&#233;s aux cadres urbains de la province, pour des prises de d&#233;cision majeures ; par exemple pour lancer de grands projets de d&#233;veloppement ou des r&#233;organisations administratives : &#224; cette occasion, le chef d'Etat, les ministres, se d&#233;placent, avec le maximum d'&#233;cho m&#233;diatique, &#224; l'image d'une &#171; Soci&#233;t&#233; de cour &#187; itin&#233;rante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; mod&#232;le &#187; d'une m&#233;diation r&#233;ussie semble &#234;tre ce fameux &#171; dialogue &#224; l'ivoirienne &#187;, qui s'ancre sur des conceptions ethniques de la n&#233;gociation. Redondant sous Houphou&#235;t, o&#249; il participait d'une &#171; culture de la paix &#187; avec son pr&#233;sident-proph&#232;te, ce dialogue est bel et bien pass&#233; dans les relations sociales et interindividuelles : il constitue certainement un des mots-clef de toute n&#233;gociation et explique en partie pourquoi les &#233;v&#232;nements r&#233;cents n'ont pas d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en guerre civile totale. Rappelons que le d&#233;roulement de ce &#171; dialogue &#187; suppose qu'un arbitre jug&#233; impartial demande successivement la version de chacune des deux parties, avant de lancer la discussion, puis rapproche les points de vue et propose une solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s souvent, le pr&#233;fet, et plus encore le sous-pr&#233;fet (populairement &#171; le commandant &#187;), a repris, de l'attirail des fonctions du commandant de cercle colonial, le r&#244;le de m&#233;diation dans les affaires villageoises. Et ce, dans les domaines les plus inattendus, par rapport &#224; leur fonction officielle : querelles de femmes ou de voisinage, de tractations fonci&#232;res en particulier, o&#249; ces autorit&#233;s locales d&#233;livrent en dehors de toute l&#233;galit&#233; nationale des &#171; attestations &#187; au statut ambigu - lors d'achat/vente entre autochtones et immigr&#233;s par exemple - qui, r&#233;pondant &#224; la demande sociale d'une m&#233;diation ext&#233;rieure aux deux parties, a pourtant &#171; force de loi &#187;, du moins localement. En d'autres termes, ce r&#244;le de m&#233;diation est inscrit en creux dans les attentes sociales. Or, si cette fonction est possible en for&#234;t, entre autochtones et allog&#232;nes notamment, il ne saurait en &#234;tre question dans le Nord, o&#249; tout sudiste et repr&#233;sentant de l'administration a &#233;t&#233; chass&#233; ou supprim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, la communaut&#233; villageoise se r&#233;tracte, fuit, devant toute intervention ext&#233;rieure, en particulier devant l'&#233;preuve de force en face des appareils d'Etat ; d'un autre c&#244;t&#233;, en y mettant les formes coutumi&#232;res, le m&#233;diateur d'Etat peut participer d'une certaine pluralit&#233; des pouvoirs (th&#233;orie de l'&#171; empilement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#232;se notamment de Biershenk T., Les pouvoirs au village, Karthala, 1998. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), assez syncr&#233;tique dans ses manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait insister sur une cat&#233;gorie tr&#232;s int&#233;ressante de notables, internes/externes, que sont les ressortissants, cadres et &#233;lus locaux. Comme on le sait, les villages sont organis&#233;s, &#224; Abidjan, en &#171; associations de ressortissants &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Associations dont d&#233;j&#224; Jean-Marie Gibbal avait relev&#233; l'importance et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui cotisent et agissent pour et dans le village : m&#234;me si l'observateur ext&#233;rieur n'en a pas conscience lors de sa visite, ce &#171; double villageois &#187; est extr&#234;mement actif et puissant : si les cadres ne sont pas l&#224; lors de la n&#233;gociation, l'affaire est mal partie et l'accord risque d'&#234;tre vite remis en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a cit&#233; la fonction informelle de &#171; chef spirituel &#187;, qui comme &#224; l'&#233;poque d'Houphou&#235;t, sert de r&#233;pondant pour un groupe ou une ethnie, &#224; Abidjan. Plus formel, l'appui de chef religieux peut &#234;tre recherch&#233;, bien que le clivage Nord/Sud ne doive surtout pas &#234;tre plac&#233; sur ce plan, et qu'inversement un &#233;v&#234;que ou un imam ne puisse agir hors de son aire d'influence. Cependant, l'intervention conjointe de diff&#233;rents dignitaires religieux peut se r&#233;v&#233;ler efficace, en raison m&#234;me de l'influence des mouvements proph&#233;tiques et syncr&#233;tiques en C&#244;te d'Ivoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, l'instrumentalisation des rituels et proc&#233;d&#233;s autochtones par la soci&#233;t&#233; englobante, fut-elle arm&#233;e des meilleures intentions du monde, est souvent p&#233;rilleuse et parfois contre-productive : rien de bien diff&#233;rent des m&#234;mes tendances qui s'observent &#224; travers l'id&#233;ologie et la praxis du &#171; d&#233;veloppement &#187; ou de &#171; l'humanitaire &#187;, ces &#171; croyances occidentales &#187; selon Rist&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rist G., Le d&#233;veloppement, histoire d'une croyance occidentale, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, toujours en porte-&#224;-faux devant le retrait communautaire. Et il faut, par ailleurs, se garder d'id&#233;aliser la riche sociabilit&#233; des associations ouest africaines : si l'on a pu montrer la vitalit&#233; des associations urbaines abidjanaises, avec la floraison par exemple des &#171; rosicruciens &#187;, des loges ma&#231;onniques et bien s&#251;r des divers proph&#233;tismes, syncr&#233;tismes ou mouvements religieux d'origine protestante comme substitut urbain &#224; la perte - voire &#224; la dette - communautaire, la situation lib&#233;rienne en montre un versant beaucoup plus sombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si les diverses associations (ressortissants, cultuelles, &#233;pargne, etc.) jouent, comme on le sait, un r&#244;le d'int&#233;gration et cherchent sans cesse &#224; reconstituer en ville la &#171; communaut&#233; perdue &#187; sur d'autres bases, certaines r&#233;interpr&#233;tations peuvent donner des r&#233;sultats bien plus d&#233;stabilisateurs, vers l'ext&#233;rieur ; c'est ainsi qu'au Lib&#233;ria, o&#249; pendant la guerre Monrovia constituait le &#171; paradis des sectes &#187;, les &#171; soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes &#187;, anciennes et contemporaines ont longtemps &#233;t&#233; interdites, car v&#233;hiculant des contre-valeurs nativistes, contre le pouvoir congo et l'occidentalisation officielle. C'&#233;tait bien le cas de toute manifestation de la &#171; Poro Society &#187;, jusqu'&#224; ce que le pouvoir les folklorise et les int&#232;gre, le pr&#233;sident Tubman lui-m&#234;me cl&#244;turant en 1978 les festivit&#233;s comme grand dignitaire - ce qui n'emp&#234;che pas l'actuel revivalisme d'un Poro de brousse cherchant &#224; contr&#244;ler &#224; nouveau ces jeunes combattants &#171; ensauvag&#233;s, car n'&#233;tant pas pass&#233;s sous le joug de la Loi &#187;, selon la forte parole de nos interlocuteurs de l'Eastern Province de Sierra Leone. Mais des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes urbaines (m&#234;me si certaines avaient des racines ethniques fortes) ont connu, dans le cas du Lib&#233;ria, des d&#233;rives quasi-criminelles, telles celles d&#233;nomm&#233;es &#171; L&#233;opard &#187;, &#171; Nigi &#187;, &#171; Susha &#187;, &#171; Joyn &#187;, &#171; Kela &#187;, etc. qui s'adonnaient &#224; de sanglants assassinats externes et &#224; des r&#232;glements de compte internes, sur le mod&#232;le sorcier o&#249; chacun doit &#224; son tour fournir une victime) et selon des formes atroces et spectaculaires de meurtres propres &#224; terrifier et &#224; frapper les imaginations. Un observateur du politique dans le Comt&#233; de Grand Bassa&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Genevray J., El&#233;ments pour une Monographie du Comt&#233; de Grand Bassa, Dakar, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; notait que la technique de la violence reste la m&#234;me entre r&#232;glement de compte des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes et liquidations mafieuses ou politiques : des &#171; fa&#231;ons de tuer soudaines, brutales, impr&#233;visibles &#187;. Cette spectacularisation interne, autochtone, de la terreur politique s'articule d'ailleurs aux techniques de guerres (chim&#232;res, d&#233;pe&#231;ages des corps de l'ennemi), cr&#233;ations de situations et de vid&#233;os &#171; gore &#187; comme le fameux documentaire du chef de guerre Prince Johnson filmant l'ex&#233;cution &#171; live &#187; de l'ex-chef d'Etat Samuel Doe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus certainement, la projection (en tout sens) de films de guerre occidentaux et orientaux avant les combats, m&#234;l&#233;s aux techniques de contr&#244;le par l'alcool et les drogues, a particip&#233; &#224; une certaine d&#233;r&#233;alisation ou virtualit&#233; d'une guerre nomade tr&#232;s syncr&#233;tique, parcourant aussi de nouveaux territoires entre Imaginaire et R&#233;el - prolongement, au fond, d'une guerre en double qui passe volontiers par la sorcellerie (ju-ju et talismans, sacrifices et instrumentalisation des organes des cadavres, croyance &#224; l'invincibilit&#233; et &#224; l'envo&#251;tement de l'adversaire) dont m&#234;me la Force Licorne a pu v&#233;rifier qu'elle &#233;tait militairement efficace car socialement partag&#233;e. Si &#171; criminalisation du pouvoir &#187; il y a, c'est dans le sens d'une gouvernementalit&#233; multiple, o&#249; bas et haut partagent bien les m&#234;mes mod&#232;les de violence et de conqu&#234;te du pouvoir, en tout cas pas un ph&#233;nom&#232;ne d&#233;viant r&#233;sultant d'une &#233;volution r&#233;cente et mafieuse, si ce n'est par interpr&#233;tation transfrontali&#232;re et branchement sur des diaspora ou r&#233;seaux transnationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions d&#233;j&#224; remarqu&#233; les liens entre cette sociabilit&#233; en quelque sorte sectaire et des traits accentu&#233;s d'un n&#233;o-patrimonialisme port&#233; dans l'ar&#232;ne politique. Les partis lib&#233;riens en portent la marque : base ethnique et sociale restreinte, initiation par la violence, ambitions et &#171; politique du ventre &#187; exacerb&#233;es, id&#233;ologie et programmes inexistants&#8230; La guerre nomade op&#232;re la continuation &#233;largie d'un socius conflictuel par d'autres moyens, offre &#224; cette violence et &#224; ces conceptions brutales du politique un plus large champ, en conserve les formes, renvoyant le trauma fondateur des capitales coloniales et de leurs &#233;lites monopolisatrices de pouvoirs et de richesses vers une lutte d&#233;multipli&#233;e entre acteurs et communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;gimes du politique et soci&#233;t&#233;s de guerre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'Etat est donc bien une id&#233;e neuve, dans bien des temps et des lieux, n'est-il pas aussi refus&#233; et d&#233;j&#224; obsol&#232;te dans cette Afrique de l'Ouest o&#249; s'autonomise la violence d'une guerre nomade ? Pour autant, ne peut-on observer des d&#233;clinaisons en syst&#232;me, des modalit&#233;s de la violence, et des rapports complexes entre ethnicit&#233; et appareils d'Etat que nous proposons de conceptualiser comme &#171; r&#233;gimes du politique &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne prendre en exemple que les quatre &#171; Etats-Nation &#187; concern&#233;s par la guerre nomade ouest-africaine, ces r&#233;gimes du politique, alli&#233;s &#224; une histoire sp&#233;cifique aboutissent &#224; des dispositifs ethnico-politiques int&#233;ressants. On commence &#224; peine &#224; s'int&#233;resser &#224; leur interrelation, &#224; leur hi&#233;rarchisation, et &#224; ce que le g&#233;ographe Jean Gallais nommait, dans un article novateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallais J., &#171; P&#244;les d'Etat et fronti&#232;res &#187;, Cahiers d'Outre Mer, n&#176;35, 1982.&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des &#171; p&#244;les ethnopolitiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la C&#244;te d'Ivoire appara&#238;t comme un curieux laboratoire des th&#232;ses de Gallais dans la mesure o&#249;, au-del&#224; des &#171; 60 ethnies &#187; de la doxa administrative, sa tripartition actuelle correspond bien &#224; de grands p&#244;les ethno-politiques. Ainsi, autour de la pr&#233;pond&#233;rance baoul&#233;, s'organise le groupe akan, tandis que le monde krou s'est longtemps reconnu dans les aspirations b&#233;t&#233;, et qu'enfin le monde s&#233;noufo-malink&#233; s'est impos&#233; en tiers (l'opposition latente entre les deux groupes nordistes apparaissant actuellement dans les r&#232;glements de compte entre factions rebelles) ; mais l'exp&#233;rience ivoirienne a ceci de fascinant qu'il y a eu simultan&#233;ment projection dans le registre du &#171; politique &#224; l'occidentale &#187; - partitaire, &#233;lectif -, dans la formation des trois grands partis, PDCI , FPI et RDR, incarn&#233;s par les trois hommes politiques majeurs du drame politico-militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement cette tripartition des r&#233;gimes du politique n'est justifi&#233;e que de mani&#232;re probabiliste, mais elle offre une base g&#233;opolitique &#224; des r&#233;organisations permanentes, enfin la situation urbaine et le conflit lui-m&#234;me offrent des occasions multiples d'&#233;chapper &#224; un sch&#233;ma cependant tr&#232;s &#233;clairant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ses quatre grands groupes ethnico-r&#233;gionaux, on pourrait s'attendre &#224; ce que la Guin&#233;e retrouve des agencements labiles, comme en C&#244;te d'Ivoire ; il n'en est rien, car au-del&#224; du faible poids des Forestiers (agr&#233;gat quelque peu artificiel li&#233; au milieu naturel), le dualisme exacerb&#233; entre pouvoir soussou de Conakry et challengers malink&#233;s (repr&#233;sent&#233;s par la forte personnalit&#233; du chef de l'opposition Alpha Cond&#233;) est en fait m&#233;di&#233;e par le fort groupe peulh, identifi&#233; &#224; une forte et originale culture, &#224; un secteur &#233;conomique, et au fief du Fouta Djallon. Ceci dit, la logique actuelle de l'alternance propose effectivement un chef de l'opposition qui s'extrait du carcan ethnique pour revendiquer un &#233;lectorat transr&#233;gional, tandis que chaque parti est pass&#233; ma&#238;tre dans l'instrumentalisation des adh&#233;rents d'ethnies minoritaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'excellente analyse de Barry A.B., Les violences collectives en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la Sierra Leone proche, en revanche, les jeux de l'ethnicit&#233; sont &#224; la fois plus complexes et bien moins d&#233;terminants dans l'histoire des r&#233;gimes du politique, bien que pour des observateurs avertis, le pouvoir actuel soit en apparence surtout mend&#233; (sur le fond, aux mains des &#233;lites crios), ce qui n'emp&#234;che pas des sortes d'adoption crois&#233;es de leaders politiques par des blocs ext&#233;rieurs &#224; leur propre origine. Par contre, tout &#224; la fois en fonction des diamants et des fronti&#232;res, l'opposition des peuples Kono du district de Ko&#239;du et des Mend&#233;et Kissi de celui de Kailahun fait sens en ce que ces derniers forment la base spatiale et ethnique originelle du RUF de Foday Sankoh, tandis que les premiers repr&#233;sentent le fief o&#249; sont n&#233;s les Kamajors - et, bien s&#251;r, les deux s'opposant historiquement &#224; la domination des Crios de Freetown&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour la Sierra Leone, voir Ferme M., &#171; La figure du chasseur et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant au Lib&#233;ria proche, dont on a vu la double articulation du politique, &#224; partir de deux micro-ethnies frontali&#232;res (Krahn et Gyo/Mano) et de ligues duelles (voir supra), on peut remarquer les oppositions croissantes autour, par exemple, du cas madigo (aujourd'hui repr&#233;sent&#233; par le LURD) qui ne peut esp&#233;rer, malgr&#233; l'appui am&#233;ricain et lib&#233;rien, revendiquer longtemps le pouvoir &#224; Monrovia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait analyser ainsi, de proche en proche, les r&#233;gimes du politique ouest-africains et leurs agencements contingents, depuis le noyau ethnicor&#233;gional mossi, au Burkina Faso, jusqu'au dualisme Nord-Sud d'Etats c&#244;tiers comme le B&#233;nin et surtout le Togo et discerner dans ces fractures sous-jacentes les futures lignes des conflits &#224; venir. A cette id&#233;elle g&#233;opolitique interne, on opposera les fluctuations acc&#233;l&#233;r&#233;es de l'ethnicit&#233; et des alliances, ce que le cas ivoirien a bien montr&#233; au d&#233;triment de la rigidit&#233; des analyses en termes d'opposition Ouest-Est, qui constituent sur ce clivage temporaire des id&#233;aux-types du politique devenus obsol&#232;tes. Mais l'exemple s&#233;n&#233;galais serait pertinent &#224; plus d'un titre : d'une part, &#224; cause de la &#171; wolofisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Diouf M., &#171; S&#233;n&#233;gal, les ethnies et la Nation &#187;, Dakar, Nouvelles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du politique et du social autour du groupe dominant ; et, surtout, parce que le probl&#232;me des castes y semble plus marqu&#233; que celui de l'ethnicit&#233;, obligeant &#224; reconceptualiser autour d'autres facteurs les r&#233;gimes du politique, ne serait-ce qu'&#224; la marge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, plus que des cartographies ethniques fig&#233;es dans les si&#232;cles pass&#233;s, cette articulation dynamique, au sens de Balandier, fait appara&#238;tre m&#244;les de r&#233;sistance, clivages et fractures, m&#233;canismes de transmission transfrontaliers et entropie croissante autour de foyers initiaux restreints. La d&#233;construction de ces dynamiques lors des p&#233;riodes de pacification relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus qu'une microsociologie des groupes combattants, ou une analyse criminalisante, c'est donc de ces d&#233;s&#233;quilibres profonds qu'il convient de tenir compte pour comprendre la guerre nomade et la r&#233;gulation de ces conflits nomades pourrait s'en inspirer. Toutefois, dans ces processus machiniques o&#249; les acteurs sont inconsciemment d&#233;termin&#233;s, il n'est pas s&#251;r que le &#171; sur-Etat mondial &#187; y puisse quelque chose. En particulier en termes de r&#233;&#233;quilibrage des territoires et des g&#233;n&#233;rations, sinon comme r&#233;pressions et contraintes - tout comme le Poro et ses &#233;checs &#224; l'&#233;chelon communautaire ? Et surtout si les &#171; machines d&#233;sirantes &#187; de la guerre n'ont d'autre projet que de se perp&#233;tuer, en termes de machine de guerre nomade, et en tant que d&#233;sir de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dieux du bush ont-il encore soif ? Peut-&#234;tre faudrait-il voir, comme une parabole des guerres &#224; venir, le culte d'un h&#233;ros guerrier divinis&#233;, en pays gyo, dans le Comt&#233; de Nimba, sur cette fronti&#232;re poreuse entre Lib&#233;ria et C&#244;te d'Ivoire d'o&#249; est parti le conflit il y a quinze ans. Devenu le masque &#171; T'To Ge &#187;, d'apr&#232;s le nom du h&#233;ros d&#233;funt (&#171; T'to &#187;), le Dieu de la guerre demande sans cesse des sacrifices, &#224; la veille du combat, et le Ma&#238;tre de guerre est respect&#233; &#224; la mesure des meurtres qu'il a commis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Harley G.W. et J. Schwab, Masks as agents of social control, Cambridge, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'irruption, dans ce Comt&#233; de Nimba hant&#233; de l'esprit des guerres anciennes, d'une violence d'Etat incontr&#244;l&#233;e correspondait bien &#224; l'image qu'avaient les autochtones d'un pouvoir tyrannique et de sa violence sauvage, mais aussi de la guerre totale &#224; mener. Depuis, la violence a pass&#233; les fronti&#232;res, s'est d&#233;cha&#238;n&#233;e et continue &#224; nomadiser : le dieu &#171; T'to Ge &#187; - ou ses avatars - revit, gagne des fid&#232;les, cherche des victimes, conquiert les esprits, gagne de nouveaux territoires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.conflits.org/article.php3?id_article=784&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Culture&amp;Conflits&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, f&#233;vrier 2005&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Richards P., Fighting for the rain forest, Oxford, James Currey, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Revolutionary United Front.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bateson G., La c&#233;r&#233;monie du Naven, Paris, Editions de Minuit, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clastres P., Recherches d'anthropologie politique, Paris, Seuil, 1980 ; Deleuze G., Guattari F., Mille Plateaux, Paris, Editions de Minuit, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ta&#238;bo P.I., L'ann&#233;e o&#249; nous &#233;tions nulle part, Paris, M&#233;taili&#233;, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vidal Naquet P, Le Chasseur Noir, Paris, La D&#233;couverte, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;National Patriotic Front Of Liberia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Galy M., &#171; Les avatars de la Dcgtx : agence technique ou gouvernement-bis ? &#187;, Politique Africaine, D&#233;cembre 1993, N&#176;52, pp 135 -139.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Liberians United for Reconciliation and Democracy.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Legendre P., Jouir du pouvoir, Paris, Editions de Minuit, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Concept que retrouve Anna Tsing pour les marges d'Asie du Sud-Est : In the Realm of the Diamond queen, Princeton, 1983, cit&#233; par J. F. Bayart dans un article combatif intitul&#233; &#171; Le crime transnational et la formation de l'Etat &#187;, Politique africaine, n&#176;93, mars 2004, pp.93-105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gberie L., War and peace in Sierra Leone, Montr&#233;al, Partnership Africa Canada, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Igu&#233; J., L'Etat - entrep&#244;t, Paris, Karthala, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mouvement patriotique de C&#244;te d'Ivoire ; Movement for Democracy In Liberia : comme pour nombre de partis, la dimension d&#233;risoire des &#171; mouvements rebelles &#187; rejoint celle des noms de guerre...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gellner E., Arabs and berbers, from Tribe to Nation, Londres, Duckworth, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir S. Coulibaly, Op. Cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marie A., &#171; Une anthropo-logique communautaire &#224; l'&#233;preuve de la mondialisation &#187;, Cahiers d'Etudes Africaines, 166, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir en particulier sa remarquable analyse du &#171; Plan foncier rural &#187; et de la situation fonci&#232;re actuelle &#224; la lumi&#232;re, bien sombre, de l'ivoirit&#233; : &#171; La question fonci&#232;re en C&#244;te d'Ivoire &#187;, Politique africaine, N&#176; 78, Juin 2000, pp. 94-125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'ensemble du num&#233;ro de Critique internationale : &#171; probl&#233;matiques de l'autochtonie &#187;, n&#176;10, janvier 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Etienne P., &#171; Le fait villageois baoul&#233; &#187;, in &#171; Communaut&#233;s rurales et paysanneries tropicales &#187;, Orstom, Paris, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chauveau J.P., ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les th&#232;ses d'A. Appadura&#239;, Apr&#232;s le colonialisme, Paris, Payot, 2001, qui s'appliquent particuli&#232;rement aux d&#233;territorialisations villageoises.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parti D&#233;mocratique de C&#244;te d'Ivoire, section du Rassemblement D&#233;mocratique Africain : le plus ancien des partis ivoiriens (dont le leader actuel est l'ex-pr&#233;sident Henri Konan B&#233;di&#233;) forme avec le Front Populaire Ivoirien de Laurent Gbagbo et le Rassemblement des R&#233;publicain d'Alhassane Ouattara les p&#244;les du &#171; triangle ethno-politique &#187; ivoirien (avant le bouleversement des mouvements rebelles et patriotiques) dont nous avons dit possibles toutes les combinatoires duelles, d'alliance ou de rivalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bo&#233;tie E. De La, Discours sur la Servitude volontaire, Paris, Payot, 1976 ; G. Deleuze, 1000 Plateaux, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kaplan R., &#171; The coming anarchy &#187;, Atlantic Monthly, f&#233;vrier 1994, vol.273, n&#176;2, pp. 44-76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sawyer A., &#171; Sharing the kola nut &#187;, Monrovia, Center for Democratic Empowerment, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Cartry M, La fonction symbolique, Paris, Gallimard, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les th&#232;ses de Rosalind Shaw, Memories of the Slave Trade, Chicago, University of Chicago Press, 2002 sur le revival de l'esclavage durant les guerres sierra l&#233;onnaises, quelques soient les factions combattantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Richards P., op.cit. ; Terray E., Le marxisme devant les soci&#233;t&#233;s primitives, Paris, Masp&#233;ro, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Galy M., &#171; Les mouvements religieux et les formes de la violence &#224; Abidjan &#187;, Paris, Institut fran&#231;ais de Pol&#233;mologie, 1988 ; et Galy M., &#171; Lib&#233;ria, machine perverse &#187;, Cahiers d'&#233;tudes africaines, n&#176; 150-152, 1998, pp. 533 - 553.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bo&#233;tie E. de la, De la servitude volontaire, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Evans-Pritchard E., Les Nuer. Description des modes de vie et des institutions politiques d'un peuple nilote (1937), traduction fran&#231;aise, Paris, Gallimard, (1969), collection Tel, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clastres P., Chroniques des Indiens guayakis, Paris, Plon, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au-del&#224; de l'extraversion particuli&#232;rement marqu&#233;e du champ politique ivoirien, notamment dans l'influence des repr&#233;sentations ext&#233;rieures de la violence politique, on ne peut s'emp&#234;cher ici de relever l'ambigu&#239;t&#233; de cette r&#233;f&#233;rence rwandaise heureusement encore lointaine : s'il est certain que des intervenants ext&#233;rieurs (France, Union Africaine) se sont interpos&#233;s avec cette r&#233;f&#233;rence en t&#234;te - et celle de leurs propres insuffisances en 1994, la doxa journalistique occidentale - et ses repr&#233;sentations outr&#233;es, pour ne pas dire, pour certains &#171; observateurs &#187; pas forc&#233;ment d&#233;sint&#233;ress&#233;s, syst&#233;matiquement pro-rebelles, la charge syst&#233;matiques de chercheurs-acteurs - comme au Rwanda ou au Burundi ?, l'implication spectaculaire d'ONG partisanes - voir &#224; ce sujet les outrances de &#171; Stop-g&#233;nocide &#187;, ont pu conduire &#224; des proph&#233;ties auto-r&#233;alisatrices et acc&#233;l&#233;rer les fractures communautaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette dualit&#233; structurelle d'un champ politique &#171; &#224; double r&#233;f&#233;rent &#187;, voir Galy M., &#171; Le Savoir de l'Occident ? Sur les repr&#233;sentations du &#171; Coup d'Abidjan &#187;, Cultures et conflits, n&#176;37, Automne 2001, pp.105-122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il ne s'agit pas de nier les embrasements r&#233;guliers, mais on le r&#233;p&#232;te, encore limit&#233;s, des bandes de jeunes autochtones d'autant plus revendicatifs que la guerre civile les a ramen&#233;s au village : on est pourtant loin d'une gestion de l'immigration par pogromes et d&#233;portation aux fronti&#232;res selon le contre-mod&#232;le nig&#233;rian par exemple. Un des paradoxes est que l'exode massif des sah&#233;liens d&#233;stabiliserait &#224; coup s&#251;r leur pays d'origine, notamment le Burkina, dont le r&#233;gime a jou&#233; depuis 1989 le r&#244;le de boutefeu en Afrique de l'Ouest, en armant les r&#233;bellions successives, y compris ivoiriennes - en &#233;change du pillage des mati&#232;res premi&#232;res et de trafics en tous genres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, on verra avec int&#233;r&#234;t le cas de l'instrumentalisation des &#171; Paramount Chiefs &#187; par le pouvoir britannique des &#171; Civils Affairs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir un t&#233;moignage engag&#233; r&#233;cent : Gadji Dagbo J., L'affaire Kragb&#233; Gnagb&#233;, Abidjan, NEI, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#232;se notamment de Biershenk T., Les pouvoirs au village, Karthala, 1998. Pour les villages b&#233;ninois, qui ne semblent pas prendre en compte l'antagonisme des deux formes politiques, communautaire et &#233;tatique - quelles que soient les transactions &#224; la marge des r&#233;seaux qui les relient.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Associations dont d&#233;j&#224; Jean-Marie Gibbal avait relev&#233; l'importance et la complexit&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1960 : Citadins et villageois dans la ville africaine, Paris, Masp&#233;ro, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rist G., Le d&#233;veloppement, histoire d'une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences-Po, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Genevray J., El&#233;ments pour une Monographie du Comt&#233; de Grand Bassa, Dakar, Ifan, 1952.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gallais J., &#171; P&#244;les d'Etat et fronti&#232;res &#187;, Cahiers d'Outre Mer, n&#176;35, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'excellente analyse de Barry A.B., Les violences collectives en Afrique, L'Harmattan, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour la Sierra Leone, voir Ferme M., &#171; La figure du chasseur et les chasseurs-miliciens dans le conflit sierra l&#233;onais &#187;, Politique africaine, n&#176;82, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Diouf M., &#171; S&#233;n&#233;gal, les ethnies et la Nation &#187;, Dakar, Nouvelles &#233;ditions africaines du S&#233;n&#233;gal, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Harley G.W. et J. Schwab, Masks as agents of social control, Cambridge, 1950.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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