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		<title>L'imbroglio des in&#233;galit&#233;s : Isabelle Bensidoun</title>
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		<dc:date>2005-03-14T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Bensidoun</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;volution des in&#233;galit&#233;s dans le monde est devenue un enjeu majeur du d&#233;bat sur la mondialisation dont la nature passionn&#233;e a contribu&#233; &#224; brouiller les rep&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt; (Graphiques dans le document PDF plus bas) &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;volution est souvent utilis&#233;e comme une sorte de r&#233;sum&#233; des bienfaits - ou m&#233;faits - de la mondialisation par ses partisans comme par ses contestataires pour appuyer leurs positions. En effet, il n'existe pas un indicateur des in&#233;galit&#233;s dans le monde, mais plusieurs, qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;volution des in&#233;galit&#233;s dans le monde est devenue un enjeu majeur du d&#233;bat sur la mondialisation dont la nature passionn&#233;e a contribu&#233; &#224; brouiller les rep&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(Graphiques dans le document PDF plus bas)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution est souvent utilis&#233;e comme une sorte de r&#233;sum&#233; des bienfaits - ou m&#233;faits - de la mondialisation par ses partisans comme par ses contestataires pour appuyer leurs positions. En effet, il n'existe pas un indicateur des in&#233;galit&#233;s dans le monde, mais plusieurs, qui fournissent des r&#233;sultats contradictoires et peuvent aussi bien illustrer les discours des uns que ceux des autres. Ces diff&#233;rences ne sont pas seulement d'ordre m&#233;thodologique ou &#171; technique &#187; mais proviennent de concepts diff&#233;rents. Si l'on veut comprendre l'origine des controverses, il convient de d&#233;m&#234;ler pr&#233;cis&#233;ment de quoi l'on parle lorsqu'on utilise tel ou tel indicateur et de circonscrire le champ des conclusions qui peuvent &#234;tre tir&#233;es de chacun. Avant d'aborder pr&#233;cis&#233;ment ces points, un exemple permettra de mieux saisir les diff&#233;rents concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les in&#233;galit&#233;s, mais lesquelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons que nous nous int&#233;ressons aux in&#233;galit&#233;s dans l'Union europ&#233;enne. &#192; quoi nous int&#233;ressons-nous pr&#233;cis&#233;ment ? Est-ce que nous nous pr&#233;occupons des in&#233;galit&#233;s entre pays membres ? Quand l'Espagne, le Portugal et la Gr&#232;ce sont entr&#233;s dans l'Union, les in&#233;galit&#233;s de revenu moyen entre pays membres ont augment&#233; : les nouveaux membres &#233;taient sensiblement moins riches que les anciens. Y a-t-il eu depuis un rattrapage du niveau de revenu moyen de l'Union europ&#233;enne par ces pays ? C'est un premier champ de questions qui s'int&#233;resse aux in&#233;galit&#233;s entre les pays europ&#233;ens. On peut aussi se pr&#233;occuper de ce qui se passe depuis quinze ans au sein de l'ensemble de la population europ&#233;enne sans distinction de nationalit&#233;. Comment, dans cet ensemble, ont &#233;volu&#233; les in&#233;galit&#233;s de revenu des m&#233;nages ? La soci&#233;t&#233; europ&#233;enne est-elle plus &#233;galitaire aujourd'hui qu'il y a quinze ans ? Les pr&#233;occupations ne sont pas du m&#234;me ordre dans les deux cas. Dans le premier, on s'int&#233;resse &#224; la croissance par t&#234;te des diff&#233;rents pays et au rattrapage des niveaux de vie. Dans le second, on se pr&#233;occupe de l'&#233;volution de la distribution des revenus des m&#233;nages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me question est plus proche de ce que l'on entend par in&#233;galit&#233;s lorsque cette question est abord&#233;e &#224; l'&#233;chelle d'un pays. De fait, dans ce cas, on consid&#232;re les m&#233;nages europ&#233;ens ind&#233;pendamment de leur nationalit&#233; comme membres d'un seul &#171; grand pays &#187; : l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux poids, deux mesures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette distinction, qui appara&#238;t claire sur l'exemple europ&#233;en, laisse place &#224; une certaine confusion d&#232;s que l'on aborde les questions au niveau mondial. La raison est, en partie, d'ordre statistique. Pour r&#233;pondre &#224; la premi&#232;re question, celle qui concerne les niveaux de vie nationaux moyens (in&#233;galit&#233;s entre pays), les donn&#233;es n&#233;cessaires se limitent aux PIB en parit&#233; de pouvoir d'achat et &#224; la population. Diff&#233;rents organismes internationaux produisent ces statistiques harmonis&#233;es sur la plupart des pays du monde et sur une longue p&#233;riode. Mais, pour r&#233;pondre &#224; la seconde question, celle des in&#233;galit&#233;s au sein de la population mondiale (in&#233;galit&#233;s mondiales), des donn&#233;es plus fines provenant d'enqu&#234;tes nationales sur le revenu ou la consommation des m&#233;nages sont n&#233;cessaires. Or, au niveau mondial, l'exhaustivit&#233; de ces donn&#233;es et la possibilit&#233; de les harmoniser ne sont pas garanties ; les s&#233;ries temporelles ne sont pas toujours disponibles. Un important travail statistique et des arbitrages d&#233;licats entre largeur du champ g&#233;ographique, longueur des s&#233;ries temporelles et qualit&#233; des r&#233;sultats sont donc n&#233;cessaires avant de pouvoir r&#233;pondre &#224; cette question. Pour contourner cette difficult&#233;, on peut &#234;tre tent&#233; de construire un troisi&#232;me indicateur, l'indicateur d'in&#233;galit&#233;s internationales qui, comme on le verra plus loin, a un statut ambigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les in&#233;galit&#233;s entre pays&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons d'abord ce que donne la r&#233;ponse &#224; la premi&#232;re question : comment ont &#233;volu&#233; les in&#233;galit&#233;s entre pays depuis trente ans ? Apr&#232;s avoir diminu&#233; au cours de la seconde moiti&#233; des ann&#233;es soixante-dix, elles ont augment&#233; de fa&#231;on relativement r&#233;guli&#232;re depuis 1984. C'est ce que r&#233;v&#232;le l'indice de Theil calcul&#233; &#224; partir des PIB par t&#234;te, en parit&#233; de pouvoir d'achat, fournis par la base CHELEM sur 153 pays (graphique 1) Ce r&#233;sultat n'est rien d'autre que celui auquel est parvenue l'abondante litt&#233;rature sur la convergence : il n'y a pas de rattrapage syst&#233;matique des pays riches par les pays pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de la forme de la distribution des PIB par t&#234;te dans le monde entre 1960 et 2000 nous indique d'ailleurs que cette absence de convergence provient du fait que la plupart des pays situ&#233;s aux deux extr&#233;mit&#233;s de la distribution le sont rest&#233;s et que, parmi ceux qui appartenaient au groupe des pays interm&#233;diaires en 1960, certains ont rejoint le groupe des pays riches tandis que d'autres ont rejoint celui des pays pauvres (graphique 2) [voir aussi Bensidoun et Chevallier, 2002]. Au final le nombre de pays composant la classe moyenne s'est r&#233;duit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'indicateur d'in&#233;galit&#233;s entre pays devait servir &#224; illustrer un discours sur la mondialisation, le propos qu'il sous-tendrait serait le suivant : la mondialisation n'a pas permis le rattrapage &#233;conomique de suffisamment de pays dans le monde pour &#234;tre un facteur de r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s qui existent entre les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les in&#233;galit&#233;s internationales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ne se place plus maintenant du point de vue des pays mais des populations, il est clair que les progr&#232;s de la Chine affectent plus de personnes que ceux du Bostwana. De m&#234;me le recul (relatif) du Nigeria concerne une part plus grande de la population mondiale que celui de l'Ouganda. Si l'on veut tenir compte de cela, il convient alors d'accorder &#224; chaque pays, dans le calcul de l'indicateur d'in&#233;galit&#233;s, un poids &#233;gal &#224; sa part dans la population mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, on quitte la notion d'in&#233;galit&#233;s entre pays au sens strict (seuls les pays comptent) pour se rapprocher de celle d'in&#233;galit&#233;s entre individus (in&#233;galit&#233;s mondiales), sans toutefois l'atteindre : c'est le nombre d'individus affect&#233;s par les &#233;volutions qui concernent chaque pays qui est pris en compte dans les in&#233;galit&#233;s internationales, et non ce qu'il advient aux revenus des individus. Comme le souligne B. Milanovic, on ne fait avec cet indicateur d'in&#233;galit&#233;s internationales qu'une partie du chemin : en ne prenant pas en compte la distribution du revenu interne, on fait comme si tous les individus d'un pays disposaient du revenu moyen de ce pays ; les in&#233;galit&#233;s internes sont ignor&#233;es. Implicitement, le calcul d'in&#233;galit&#233;s internationales revient &#224; accorder plus d'importance &#224; l'impact sur le bien-&#234;tre individuel de l'appartenance &#224; une nation plut&#244;t qu'&#224; l'&#233;volution du revenu individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s internationales se situent &#224; un niveau plus &#233;lev&#233; que les in&#233;galit&#233;s entre pays (graphique 1) du fait du poids de la Chine et de l'Inde dont les PIB par t&#234;te sont nettement en dessous de la moyenne mondiale. En termes d'&#233;volution, le r&#233;sultat est spectaculaire : apr&#232;s le palier des ann&#233;es soixante-dix, l'indicateur diminue sensiblement au cours des ann&#233;es quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Par construction, ce mouvement refl&#232;te le formidable rattrapage de la Chine qui compte pour un cinqui&#232;me de la population mondiale. Le m&#234;me indicateur calcul&#233; sans la Chine montre, sur les deux derni&#232;res d&#233;cennies, la m&#234;me tendance que l'indicateur non pond&#233;r&#233; : une mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propos que l'indicateur des in&#233;galit&#233;s internationales pourrait illustrer serait celui-ci : compte tenu de la taille de sa population, le d&#233;veloppement de la Chine (qui est un aspect de la mondialisation) a r&#233;duit les in&#233;galit&#233;s internationales.&lt;br class='autobr' /&gt;
On touche ici aux limites de cet indicateur. &#192; partir du moment o&#249; des poids diff&#233;rents sont accord&#233;s aux pays, il se peut tr&#232;s bien, comme c'est le cas actuellement, que l'&#233;volution internationale que l'on observe refl&#232;te essentiellement ce qui se produit dans un pays, limitant par l&#224; m&#234;me les conclusions que l'on peut en tirer d'un point de vue international. L'indicateur d'in&#233;galit&#233;s entre pays apporte alors un compl&#233;ment d'informations indispensable &#224; ceux qui privil&#233;gient une approche entre nations. Pour ceux dont l'int&#233;r&#234;t se porte davantage sur une approche en termes d'individus, il reste &#224; faire l'autre partie du chemin : prendre en compte les in&#233;galit&#233;s internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In&#233;galit&#233;s mondiales : une mesure d&#233;licate Id&#233;alement, pour calculer des in&#233;galit&#233;s mondiales, c'est-&#224;-dire entre tous les individus du monde, il faudrait disposer d'une enqu&#234;te mondiale sur les revenus des m&#233;nages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute d'une telle enqu&#234;te, les statistiques utilis&#233;es par les diff&#233;rents auteurs &#224; partir de sources nationales se distinguent par la nature des s&#233;ries et par les arbitrages que l'on a &#233;voqu&#233;s plus haut. Il peut s'agir de donn&#233;es d'enqu&#234;tes sur les revenus des m&#233;nages ou de donn&#233;es agr&#233;g&#233;es sur les revenus par quantile. Par ailleurs, les auteurs qui construisent des s&#233;ries longues et aux champs g&#233;ographiques larges doivent recourir &#224; des approximations qui limitent &#233;videmment la port&#233;e de leurs r&#233;sultats. L'indicateur des in&#233;galit&#233;s mondiales pr&#233;sent&#233; ici (indice de Theil) permet de distinguer les deux composantes des in&#233;galit&#233;s mondiales : in&#233;galit&#233;s internationales et in&#233;galit&#233;s internes (cette derni&#232;re composante est une somme des in&#233;galit&#233;s internes de chaque pays pond&#233;r&#233;e par la part du pays dans le P IB mondial).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le graphique 3 pr&#233;sente les r&#233;sultats des trois estimations les plus souvent cit&#233;es. Celle r&#233;alis&#233;e par Bourguignon et Morrisson est int&#233;ressante dans une perspective historique longue (graphique 4). Elle indique une croissance tr&#232;s vive des in&#233;galit&#233;s mondiales tout au long du xixe si&#232;cle, une stabilisation sur la premi&#232;re moiti&#233; du xxe, suivie d'une reprise depuis 1960, certes plus modeste, mais qui porte les in&#233;galit&#233;s mondiales de 0,776 &#224; 0,855 en 1992. La diff&#233;rence majeure entre le xixe et le xxe si&#232;cle concerne les contributions respectives des in&#233;galit&#233;s internationales et internes : alors qu'en 1820 les in&#233;galit&#233;s internes repr&#233;sentaient pr&#232;s de 90 % des in&#233;galit&#233;s mondiales, elles n'en repr&#233;sentent d&#233;j&#224; plus que 53 % en 1929 et leur part tombe en 1950 &#224; 40 %, niveau o&#249; elles se situent aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forte croissance des in&#233;galit&#233;s internationales explique largement l'&#233;volution globale jusqu'en 1950, les in&#233;galit&#233;s internes progressant peu au xixe et connaissant sur la premi&#232;re moiti&#233; du xxe un recul marqu&#233;. Sur la p&#233;riode r&#233;cente, la reprise de la croissance des in&#233;galit&#233;s mondiales est le fruit d'une progression des in&#233;galit&#233;s internationales mais aussi, - et surtout depuis 1980 - des in&#233;galit&#233;s internes. Concernant ces derni&#232;res, c'est &#224; une rupture avec ce que l'on observait depuis pr&#232;s d'un si&#232;cle que l'on assiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;volutions obtenues sur les derni&#232;res d&#233;cennies par Bourguignon et Morrisson demandent cependant &#224; &#234;tre confirm&#233;es. Du fait des hypoth&#232;ses qui ont d&#251; &#234;tre faites pour disposer de s&#233;ries longues (comme supposer que la distribution des revenus dans un pays peut s'appliquer &#224; un autre pour lequel les donn&#233;es manquent, ou supposer que, sur une p&#233;riode relativement longue, la distribution reste constante), cette estimation est en effet a priori moins pertinente que celles qui, centr&#233;es sur les derni&#232;res d&#233;cennies, utilisent des donn&#233;es plus d&#233;taill&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi celles-ci, l'estimation de Sala-i-Martin semble la plus attractive du fait de sa dimension temporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il se peut aussi que le r&#233;sultat qu'elle d&#233;livre, &#224; savoir une baisse continue des in&#233;galit&#233;s mondiales depuis 1970, ait contribu&#233; &#224; son succ&#232;s [voir notamment, Trainar, 2004 ; Bhagwati, 2004]. Il est plus rare que r&#233;f&#233;rence soit faite au travail de B. Milanovic qui met en &#233;vidence une hausse marqu&#233;e des in&#233;galit&#233;s entre 1988 et 1993. Pourtant, l'estimation de Sala-i-Martin qui porte sur la p&#233;riode 1970-1998 n'&#233;vite pas approximations et hypoth&#232;ses audacieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi toutes les donn&#233;es qu'il utilise, le pourcentage de celles r&#233;ellement disponibles (par opposition aux donn&#233;es &#171; construites &#187; ou omises) pour calculer les in&#233;galit&#233;s mondiales n'atteint pas 15 % : pour 28 pays sur 125, l'auteur ne dispose que du revenu moyen par habitant ; pour 29 pays, les quintiles ne sont disponibles que pour une ann&#233;e ; pour les 68 pays restants les quintiles ne sont disponibles, en mo yenne, que pour cinq ann&#233;es sur vingt-sept. Par ailleurs, l'utilisation de quintiles par pays pour estimer les in&#233;galit&#233;s mondiales est une d&#233;composition qui n'est pas assez fine pour assurer que l'on ne s'&#233;carte pas trop de la &#171; vraie &#187; valeur de l'indicateur que fourniraient des donn&#233;es individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces deux points, les choix effectu&#233;s par B. Milanovic sont nettement plus rigoureux : son estimation n'est effectu&#233;e que sur des donn&#233;es disponibles (la contrepartie est une dimension temporelle r&#233;duite) ; pour les 91 pays de son &#233;chantillon, le nombre de classes de revenu est, en moyenne, de 10,8 en 1988 et 11,4 en 1993. En outre, pour les pays les plus peupl&#233;s (Chine, Inde, Indon&#233;sie, Bangladesh), une distinction entre population urbaine et rurale a &#233;t&#233; retenue ce qui revient &#224; consid&#233;rer 2 Chine (l'une rurale, l'autre urbaine), 2 Inde, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci permet de r&#233;duire la sous-estimation des in&#233;galit&#233;s qui provient du fait que l'on suppose qu'&#224; l'int&#233;rieur d'une classe de revenu, tous les individus disposent du m&#234;me revenu moyen : plus la population de la classe est importante, plus ce biais risque d'&#234;tre fort. Certes, le partage entre in&#233;galit&#233;s internes et internationales va s'en trouver affect&#233; : une partie de ce qui devrait appara&#238;tre comme in&#233;galit&#233;s internes va se retr ouver en in&#233;galit&#233;s internationales ; cette &#171; correction &#187; est n&#233;anmoins indispensable pour limiter le biais sur les in&#233;galit&#233;s mondiales qu'occasionne la non-disponibilit&#233; de donn&#233;es suffisamment d&#233;taill&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont d'ailleurs, dans une large mesure, les &#233;volutions qui se sont produites entre les revenus des ruraux asiatiques et ceux des habitants des pays riches de l'OCDE d'une part, et entre les revenus des Chinois urbains et ceux des Chinois et Indiens ruraux d'autre part, qui expliquent la progression des in&#233;galit&#233;s mondiales entre 1988 et 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation de donn&#233;es trop agr&#233;g&#233;es, pour des pays qui, du fait de leur taille, comptent particuli&#232;rement dans le r&#233;sultat de l'indicateur, ne permet pas aux autres estimations de capter cette r&#233;alit&#233;. Ainsi, l'information contenue dans l'estimation mondiale de Sala-i-Martin est - en r&#233;alit&#233; - essentiellement internationale car ce qui rel&#232;ve des in&#233;galit&#233;s internes est mal appr&#233;hend&#233;. Du coup, cette estimation ne fait que retrouver au niveau des in&#233;galit&#233;s mondiales ce que l'on avait observ&#233; au niveau des in&#233;galit&#233;s internationales : une forte baisse des in&#233;galit&#233;s du fait du rattrapage chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois points sur lesquels s'accordent l'ensemble des estimations concernent le niveau des in&#233;galit&#233;s mondiales, leur structure et l'&#233;volution des in&#233;galit&#233;s internes. Avec un coefficient qui se situe aujourd'hui entre 0,73 et 0,873, les in&#233;galit&#233;s mondiales s'&#233;tablissent &#224; un niveau tr&#232;s &#233;lev&#233; dont les in&#233;galit&#233;s internationales constituent la principale composante (entre 60 et 75 %). Quant aux in&#233;galit&#233;s internes, elles connaissent, sur la p&#233;riode r&#233;cente, une acc&#233;l&#233;ration qui contraste avec les &#233;volutions enregistr&#233;es depuis le d&#233;but du xxe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouverture et in&#233;galit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de cet examen, il appara&#238;t clairement que la question de l'&#233;volution des in&#233;galit&#233;s se pr&#234;te mal &#224; une r&#233;ponse unanime et tranch&#233;e : comme on l'a vu, les conclusions que l'on peut d&#233;gager sont plus complexes que les propos &#224; l'emporte-pi&#232;ce que nombre de participants au d&#233;bat sur la mondialisation peuvent tenir. Pour r&#233;sumer, on assiste sur les derni&#232;res d&#233;cennies &#224; un creusement des in&#233;galit&#233;s entre pays, &#224; une baisse des in&#233;galit&#233;s internationales et &#224; une hausse en moyenne des in&#233;galit&#233;s internes. Mais ces deux derniers ph&#233;nom&#232;nes donnant lieu &#224; des estimations d'ampleur largement diff&#233;rentes, les diagnostics sur les in&#233;galit&#233;s mondiales divergent. Quels enseignements peut-on tirer de ces observations, en lien avec la mondialisation ? Comme on l'a vu, s'agissant des in&#233;galit&#233;s internationales, il est tr&#232;s difficile d'aboutir &#224; des conclusions d'ordre proprement international puisque les donn&#233;es chinoises &#171; &#233;crasent &#187; les autres informations. S'agissant des in&#233;gali t&#233;s entre pays comme des in&#233;galit&#233;s internes, leur &#233;volution pourrait conforter ceux qui contestent les formes actuelles de la mondialisation. Mais peut-on vraiment &#233;tablir un lien entre ces &#233;volutions et l'ouverture ? Que nous dit sur ce point l'analyse &#233;conomique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie traditionnelle du commerce international laisse attendre des gains &#224; l'&#233;change du fait de l'exploitation des avantages comparatifs. Mais aussi bien l'apport de nouveaux cadres th&#233;oriques que de nombreux travaux empiriques ont insist&#233; sur les conditions qui devaient &#234;tre r&#233;unies pour que ces gains se r&#233;alisent [Bensidoun et Chevallier, 2002]. En outre, comme la r&#233;partition des gains ne se fait pas n&#233;cessairement &#224; l'avantage des pays pauvres, la convergence des niveaux de vie entre pays n'est pas garantie. On ne s'&#233;tonnera donc pas de la diversit&#233; des trajectoires illustr&#233;e plus haut et de l'absence de convergence syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux in&#233;galit&#233;s internes, la th&#233;orie standard du commerce international stipule que l'ouverture conduit chaque pays &#224; se sp&#233;cialiser dans les biens qui utilisent intensivement le facteur de production dont ils sont relativement le plus abondamment dot&#233;s ; la r&#233;mun&#233;ration relative du facteur abondant augmente alors avec l'ouverture. Dans ce cadre, le commerce devrait r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s dans les pays du Sud (le facteur relativement abondant &#233;tant le travail non qualifi&#233;) et les augmenter dans les pays du Nord (le facteur relativement abondant &#233;tant le capital ou le travail qualifi&#233;). Bien que d'autres &#233;l&#233;ments interviennent sur l'&#233;volution des in&#233;galit&#233;s au Nord comme au Sud, force est de constater qu'au Sud, cette pr&#233;diction se heurte &#224; la r&#233;alit&#233; empirique. En effet nombre de pays du Sud ont vu leurs in&#233;galit&#233;s internes progresser. L'adoption d'un cadre th&#233;orique aux hypoth&#232;ses moins restrictives que le mod&#232;le standard [Bensidoun, Jean et Sztulman, 2004] permet d'exp liquer ce ph&#233;nom&#232;ne en montrant que les effets de l'ouverture d&#233;pendent, de mani&#232;re non lin&#233;aire, du contenu en facteur des &#233;changes. Ce n'est qu'une fois un certain niveau de d&#233;veloppement atteint que l'effet &#233;galitaire se produit au Sud. Auparavant, l'ouverture se traduit par un accroissement des in&#233;galit&#233;s : les travailleurs sans qualification employ&#233;s dans le secteur des biens non &#233;changeables voient en effet leur r&#233;mun&#233;ration relative baisser par rapport &#224; celle des autres travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi on dispose d'&#233;l&#233;ments, &#224; la fois th&#233;oriques et empiriques, qui permettent de comprendre comment l'ouverture peut se concilier avec un accroissement des in&#233;galit&#233;s entre pays et un accroissement, en moyenne, des in&#233;galit&#233;s internes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7099 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/IMG/pdf/doc-316.pdf&#034; class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 384.2 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1778586169' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L'imbroglio des in&#233;galit&#233;s
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.france.attac.org/a3643&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Grain de Sable&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; . Paris, 13 Janvier 2005&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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