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		<title>Le &#171; facteur Dieu &#187;Jos&#233; Saramago</title>
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		<dc:date>2009-01-30T19:37:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jos&#233; Saramago</dc:creator>



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&lt;p&gt;Dans un coin de l'Inde. Une file de pi&#232;ces d'artillerie en position. Attach&#233; &#224; la bouche de chacune d'elles il y a un homme. Dans le premier plan de la photographie, un officier britannique l&#232;ve l'&#233;p&#233;e et va donner l'ordre de tirer. Nous ne disposons pas des images de l'effet des coups de feu, mais jusqu'&#224; la plus obtuse des imaginations pourront &#171; voir &#187; t&#234;tes et troncs dispers&#233;s par le champ de tir, des restes sanguinolents, des visc&#232;res, des membres amput&#233;s. Les hommes &#233;taient des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un coin de l'Inde. Une file de pi&#232;ces d'artillerie en position. Attach&#233; &#224; la bouche de chacune d'elles il y a un homme. Dans le premier plan de la photographie, un officier britannique l&#232;ve l'&#233;p&#233;e et va donner l'ordre de tirer. Nous ne disposons pas des images de l'effet des coups de feu, mais jusqu'&#224; la plus obtuse des imaginations pourront &#171; voir &#187; t&#234;tes et troncs dispers&#233;s par le champ de tir, des restes sanguinolents, des visc&#232;res, des membres amput&#233;s. Les hommes &#233;taient des rebelles. Dans un coin de l'Angola. Deux soldats portugais l&#232;vent par les bras un noir qui n'est peut-&#234;tre pas mort, un autre soldat empoigne une machette et se pr&#233;pare &#224; s&#233;parer la t&#234;te du corps. C'est la premi&#232;re photographie. Dans la deuxi&#232;me, cette fois il y a une deuxi&#232;me photographie, la t&#234;te a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; coup&#233;e, elle est plant&#233;e dans un b&#226;ton, et les soldats rient. Le noir &#233;tait un gu&#233;rillero. Dans un coin d'Isra&#235;l. Tandis que quelques soldats isra&#233;liens immobilisent un palestinien, un autre militaire fracasse &#224; coups de marteau les os de la main droite. Le palestinien avait jet&#233; des pierres. &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique du Nord, ville de New York. Deux avions commerciaux &#233;tasuniens, d&#233;tourn&#233;s par des terroristes en relation avec l'int&#233;grisme islamique, se jettent contre les tours du &lt;i&gt;World Trade Center&lt;/i&gt; et les abattent. Par le m&#234;me proc&#233;d&#233; un troisi&#232;me avion cause d'&#233;normes dommages dans l'&#233;difice du Pentagone, le si&#232;ge du pouvoir de guerre des &#201;tats-Unis. Les morts, enterr&#233;s entre les d&#233;combres, r&#233;duits en miettes, volatilis&#233;s, ce comptent par milliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les photographies de l'Inde, de l'Angola et d'Isra&#235;l nous jettent l'horreur au visage, les victimes nous sont montr&#233;es au moment m&#234;me de la torture, de l'agonisante expectative, de la mort abjecte. &#192; New York, tout ai sembl&#233; irr&#233;el au d&#233;but, comme un &#233;pisode r&#233;p&#233;t&#233; et sans nouveaut&#233; d' une catastrophe cin&#233;matographique de plus, r&#233;ellement prenante par le degr&#233; d'illusion obtenu par le technicien des effets sp&#233;ciaux, mais nettoy&#233;e de cris, de jets de sang, de chaires &#233;cras&#233;es, d'os tritur&#233;s, de merde. L'horreur, cach&#233;e comme un animal immonde, a attendu que nous sortions de la stup&#233;faction pour nous sauter &#224; la gorge. L'horreur a dit pour la premi&#232;re fois &#171; me voila &#187; quand ces personnes se sont jet&#233;es dans le vide comme s'ils venaient de choisir une mort qui &#233;tait la leur. Maintenant, l'horreur appara&#238;tra &#224; tout moment apr&#232;s avoir remu&#233; une pierre, un morceau de mur, une plaque tordue en aluminium, et sera une t&#234;te m&#233;connaissable, un bras, une jambe, un abdomen d&#233;fait, un thorax aplati. Mais m&#234;me cela est r&#233;p&#233;titif et monotone, d'une certaine mani&#232;re d&#233;j&#224; connu par les images qui nous sont arriv&#233;es de ce Ruanda-de-un-million-de-morts, de ce Vi&#234;t-Nam cuit au napalm, de ces ex&#233;cutions dans des stades pleins de gens, de ces lynchages et bastonnades, de ces soldats irakiens ensevelis vifs sous les tonnes de sable, de ces bombes atomiques qui ont ras&#233; et calcin&#233; Hiroshima et Nagasaki, de ces cr&#233;matoires nazis vomissant des cendres, de ces camions pour enlever des cadavres comme s'il s'agissait d'ordures. Nous devrons toujours mourir de quelque chose, mais on a d&#233;j&#224; perdu le compte des &#234;tres humains morts des pires fa&#231;ons que les humains ont &#233;t&#233; capables d'inventer. L'une d'elles, la plus criminelle, la plus absurde, qui offense la simple raison, est celle qui, depuis la nuit des temps et des civilisations, ordonne de tuer au nom du Dieu. On a d&#233;j&#224; dit que les religions, toutes, sans exception, n'ont jamais servi &#224; rapprocher et consacrer les hommes ; qu'elles ont &#233;t&#233;, au contraire, et cela continue, la cause de souffrances in&#233;narrables, de massacres, de violences physiques et spirituelles monstrueuses qui constituent l'un des chapitres les plus t&#233;n&#233;breux de la mis&#233;rable histoire humaine. Au moins en signe de respect pour la vie, nous devrions avoir le courage de proclamer dans toutes les circonstances cette v&#233;rit&#233; &#233;vidente et d&#233;montrable, mais la majorit&#233; des croyants de toute religion feint non seulement de l'ignorer, mais jaillit irascible et intol&#233;rante contre ceux pour qui Dieu n'est qu'un nom, rien de plus qu'un nom, le nom que, par la peur de mourir, nous lui avons mis un jour et qui viendrait &#224; compliquer notre passage vers une humanisation r&#233;elle. En &#233;change on nous promettait des paradis et on nous mena&#231;ait d'enfers, aussi faux les uns que les autres, insultes effront&#233;es &#224; l'intelligence et m&#234;me au bon sens qui nous a co&#251;t&#233; tant de travail pour r&#233;ussir. Nietzsche dit que tout serait permis si Dieu n'existait pas, et je r&#233;ponds que pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause et au nom du Dieu, c'est pourquoi tout a &#233;t&#233; permis et justifi&#233;, principalement le pire, principalement le plus horrible et cruel. Pendant des si&#232;cles, l'Inquisition a &#233;t&#233;, aussi, comme aujourd'hui les talibans, une organisation terroriste d&#233;di&#233;e &#224; interpr&#233;ter de fa&#231;on perverse les textes sacr&#233;s qui devraient m&#233;riter le respect de celui qui dit y croire, un &lt;i&gt;connubio&lt;/i&gt; monstrueux pactis&#233; entre la Religion et l'&#201;tat contre la libert&#233; de conscience et contre le plus humain des droits : le droit de dire non, le droit &#224; l'h&#233;r&#233;sie, le droit de choisir autre chose, que c'est seulement ce que le mot h&#233;r&#233;sie signifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, malgr&#233; cela, Dieu est innocent. Innocent comme quelque chose qui n'existe pas qui n'a pas exist&#233;, ni existera jamais, innocent d'avoir cr&#233;&#233; un univers entier pour y placer des &#234;tres capables de commettre les plus grands crimes pour ensuite les justifier en disant que ce sont des c&#233;l&#233;brations de son pouvoir et &#224; sa gloire, tandis que les morts se rassemblent, ceux des tours jumelles de New York, et tous les autres qui, au nom d'un Dieu devenu assassin par la volont&#233; et par l'action des hommes, ont couverts et insist&#233; &#224; couvrir de terreur et de sang les pages de l'Histoire. Les dieux, je pense, existent seulement dans le cerveau humain, ils prosp&#232;rent ou se d&#233;t&#233;riorent dans le m&#234;me univers qui les a invent&#233;s, mais le &#034;facteur Dieu&#034;, lui, il est pr&#233;sent dans la vie comme s'il &#233;tait effectivement le seigneur et ma&#238;tre de celle-ci. Ce n'est pas un dieu, mais le &#034;facteur Dieu&#034; qui s'exhibe dans les billets en dollar et il se montre dans les pancartes qui demandent pour l'Am&#233;rique (celle des &#201;tats-Unis, pas l'autre...) la b&#233;n&#233;diction divine. Et c'est le &#034;facteur Dieu&#034; dans lequel s'est transform&#233; le dieu islamique qui a lanc&#233; contre les tours du &lt;i&gt;World Trade Center&lt;/i&gt; les avions de la r&#233;volte contre le m&#233;pris, et la vengeance contre les humiliations. On dira qu'un dieu s'est consacr&#233; &#224; semer le vent et qu'un autre dieu r&#233;pond maintenant avec la temp&#234;te. C'est est possible, et c'est peut-&#234;tre certain. Mais ce ne sont pas eux, pauvres dieux sans faute, ce fut le &#171; facteur Dieu &#187;, celui qui est terriblement &#233;gal chez tous les &#234;tres humains o&#249; que l'on veuille qu'il soit et quelle qu'elle soit la religion qu'il professe, celui-l&#224; qui a intoxiqu&#233; la pens&#233;e et a ouvert les portes &#224; la plus sordide intol&#233;rance, celui-l&#224; qui ne respecte pas mais qui ordonne de croire, qui apr&#232;s s'&#234;tre vant&#233; d'avoir fait de la b&#234;te un homme, a fini par faire de l'homme une b&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lecteur croyant (de toute croyance...) qui a r&#233;ussi &#224; supporter la r&#233;pugnance que lui inspirent probablement ces mots, je ne lui demande pas de passer &#224; l'ath&#233;isme de celui qui les a &#233;crits. Je le prie simplement de comprendre, avec le sentiment, s'il ne peut pas avec la raison, que, s'il y a un Dieu, il y a un seul Dieu, et que, dans sa relation avec lui, ce qui importe le moins c'est le nom qu'on lui a appris &#224; lui donner. Et de se m&#233;fier du &#171; factor Dieu &#187;. L'esprit humain ne manque pas d'ennemis, mais celui-l&#224; est l'un des plus tenaces et corrosifs. Comme cela fut d&#233;montr&#233; et continuera l'&#234;tre malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction libre et non officielle de l'espagnol pour &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;El Correo&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; de : &lt;/strong&gt;Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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