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		<title>Les gauches en Am&#233;rique latine </title>
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		<dc:date>2006-02-03T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Goirand</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ripc. Volume 12, n&#176; 3. B&#233;lgica, 2005 &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis la fin des ann&#233;es 1990, un nombre important de pays d'Am&#233;rique latine a connu des alternances politiques au sommet de l'&#201;tat qui ont occasionn&#233; l'arriv&#233;e au pouvoir de dirigeants issus de formations de gauche ou se r&#233;clamant de la gauche. Ainsi en 1998, &#224; l'issue de son &#233;lection &#224; la pr&#233;sidence, Hugo Chavez a-t-il engag&#233; une &#171; r&#233;volution bolivarienne &#187; au Venezuela ; en 1999 le candidat socialiste de la Concertaci&#243;n, Ricardo Lagos, a &#233;t&#233; &#233;lu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Notre-Amerique" rel="directory"&gt;Notre Am&#233;rique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://ripc.spri.ucl.ac.be/francais/Sommaire/archives/vol12-3/Avant-propos.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ripc&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Volume 12, n&#176; 3. B&#233;lgica, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fin des ann&#233;es 1990, un nombre important de pays d'Am&#233;rique latine a connu des alternances politiques au sommet de l'&#201;tat qui ont occasionn&#233; l'arriv&#233;e au pouvoir de dirigeants issus de formations de gauche ou se r&#233;clamant de la gauche. Ainsi en 1998, &#224; l'issue de son &#233;lection &#224; la pr&#233;sidence, Hugo Chavez a-t-il engag&#233; une &#171; r&#233;volution bolivarienne &#187; au Venezuela ; en 1999 le candidat socialiste de la Concertaci&#243;n, Ricardo Lagos, a &#233;t&#233; &#233;lu Pr&#233;sident du Chili ; puis suit l'&#233;lection de Luis Ign&#225;cio Lula da Silva au Br&#233;sil en octobre 2002, de Nestor Kirchner en mai 2003 en Argentine, et, en octobre 2004 en Uruguay, de Tabar&#233; Vasquez &#224; la t&#234;te du Frente Amplio ou &#171; Front &#233;largi &#187;, large coalition de gauche. Au niveau local, des &#233;quipes issues de la gauche g&#232;rent certaines grandes m&#233;tropoles d'Am&#233;rique latine depuis parfois plus d'une d&#233;cennie, consolidant ainsi un enracinement local qui a pu servir, parfois, de tremplin aux candidatures nationales. C'est le cas notamment &#224; Mexico o&#249; le Parti de la r&#233;volution d&#233;mocratique (PRD) est au pouvoir depuis 1997, &#224; Montevideo, g&#233;r&#233;e par le Frente amplio depuis 1990, ou &#224; Porto Alegre o&#249; le Parti des travailleurs (PT) a tenu la mairie entre 1988 et 2004. En 2003, des &#233;lections municipales ont aussi donn&#233; la majorit&#233; au candidat du Front Farabundo Marti de lib&#233;ration nationale (FMLN) &#224; la mairie de El Salvador en mars, puis &#224; celui du P&#244;le d&#233;mocratique, large coalition de gauche, &#224; Bogota en octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein d'autres syst&#232;mes politiques du continent, cependant, les secteurs de gauche sont tr&#232;s affaiblis ou peu pr&#233;sents sur la sc&#232;ne &#233;lectorale. Au P&#233;rou, apr&#232;s l'&#233;clatement de la &#171; Gauche unie &#187; (Izquierda Unida) &#224; la veille des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1989, et apr&#232;s le coup d'Etat men&#233; par Alberto Fujimori en avril 1992, &#171; la gauche en tant que telle disparut pratiquement de la sc&#232;ne politique &#187;. Hormis la pr&#233;sence de quelques personnalit&#233;s sur la sc&#232;ne politique, la gauche p&#233;ruvienne ne pr&#233;sente aujourd'hui ni coh&#233;rence programmatique ni capacit&#233; &#224; faire le relais avec les mouvements sociaux, tandis que le renforcement actuel de l'Alliance populaire r&#233;volutionnaire am&#233;ricaine (APRA), dans le contexte du gouvernement tr&#232;s autoritaire et n&#233;olib&#233;ral d'Alexandro Toledo, doit davantage au charisme populiste de son dirigeant qu'&#224; un enracinement &#233;lectoral durable. Dans un contexte de guerre, l'opinion publique colombienne conna&#238;t, quant &#224; elle, une polarisation croissante, non pas en fonction du positionnement droite-gauche, mais plut&#244;t parce qu'elle est prise en &#233;tau entre les organisations paramilitaires et de gu&#233;rillas ; polarisation dont la candidature de &#193;lvaro Uribe a b&#233;n&#233;fici&#233; en 2002. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;fendant &#224; la fois une strat&#233;gie militaire s&#233;curitaire et la demande de m&#233;diation des Nations-Unies, il a &#233;t&#233; &#233;lu Pr&#233;sident d&#232;s le premier tour en mai 2002 laissant peu de place aux oppositions. Dans une configuration diff&#233;rente, l'instabilit&#233; de la premi&#232;re moiti&#233; de l'ann&#233;e 2005 en Equateur et en Bolivie pourrait ouvrir la porte &#224; une alternance reposant sur la victoire &#233;lectorale d'organisations issues de mouvements contestataires de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelles gauches parle-t-on ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapide panorama semble sugg&#233;rer une certaine consolidation des formations de gauche en Am&#233;rique latine, d&#233;sormais entr&#233;es dans le jeu des institutions repr&#233;sentatives, ou en voie de le faire. Pourtant, il met aussi en valeur la grande diversit&#233;, voire l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des syst&#232;mes partisans dans lesquels s'ins&#232;rent ces organisations, mais aussi des id&#233;ologies et des discours qui sous-tendent l'acc&#232;s au pouvoir, ainsi que des personnalit&#233;s qui dirigent les organisations, et des politiques que ces gauches mettent en &#339;uvre. Quoi de commun entre la social-d&#233;mocratie du chilien Ricardo Lagos et la &#171; r&#233;volution bolivarienne &#187; du v&#233;n&#233;zu&#233;lien Hugo Chavez, hormis une r&#233;f&#233;rence commune &#224; une &#171; gauche &#187; qui reste &#224; d&#233;finir ?La parent&#233; de ces exp&#233;riences tient en partie &#224; la rupture, plus ou moins explicite et virulente selon les cas, avec les discours &#233;conomiques dominants des ann&#233;es 1990. Presque partout, elle passe par la d&#233;nonciation du &#171; mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral &#187; et de l'orthodoxie financi&#232;re d&#233;fendue par le Fonds mon&#233;taire international, par la Banque mondiale ou par la Banque interam&#233;ricaine de d&#233;veloppement, par exemple dans la bouche de Nestor Kirchner, de Tabar&#233; Vasquez et de Hugo Chavez. En Bolivie et en Uruguay, les organisations de gauche revendiquent ainsi des nationalisations, respectivement des secteurs des hydrocarbures et de l'eau. Pourtant, jusqu'&#224; pr&#233;sent, une fois au pouvoir, les dirigeants de gauche ont opt&#233;, en g&#233;n&#233;ral, pour une gestion prudente destin&#233;e &#224; rassurer les investisseurs &#233;trangers et les cr&#233;anciers internationaux, et leurs politiques se sont inscrites dans la continuit&#233; de l'ajustement structurel et de la priorit&#233; donn&#233;e &#224; la stabilit&#233; mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de l'opposition au pouvoir occasionne des transformations et des red&#233;finitions dont on peut trouver un indice dans les tensions vives qui agitent aujourd'hui les partis de gauche latino-am&#233;ricains. Tous les partis de ces gauches de gouvernement sont travers&#233;s par des d&#233;bats internes intenses autour du rapport entre d&#233;mocratie et march&#233;. Ils se divisent entre des tendances qui d&#233;fendent le pragmatisme et le r&#233;alisme &#233;conomique, et celles qui restent fid&#232;les &#224; une conception plus id&#233;ologique et radicale de la politique &#224; mener. Au sein de la gauche chilienne, par exemple, un d&#233;bat se d&#233;veloppe aujourd'hui sur ce que signifie aujourd'hui &#171; &#234;tre de gauche &#187;, entre pragmatisme politique et rigueur id&#233;ologique. Si ce d&#233;bat est pr&#233;sent en Europe, il est pos&#233; dans des conditions fort diff&#233;rentes en Am&#233;rique latine dans la mesure o&#249; les gauches rest&#233;es fid&#232;les au marxisme sont, pour certaines, issues de la lutte arm&#233;e, et, d'autre part, continuent &#224; repr&#233;senter une force &#233;lectorale peu n&#233;gligeable, comme c'est le cas par exemple du Front sandiniste de lib&#233;ration nationale (FSLN) men&#233; par Daniel Ortega au Nicaragua, sans oublier bien s&#251;r le r&#233;gime cubain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des formations et des politiques engag&#233;es par la gauche appara&#238;t avec clart&#233; dans le contraste entre des gauches institutionnalis&#233;es, comme celle du Parti socialiste chilien ou du Parti des travailleurs br&#233;silien, et des gauches contestataires voire populistes caract&#233;ris&#233;es entre autres par leur discours nationaliste et populaire et, dans certains cas, par la pr&#233;sence d'un dirigeant charismatique comme Hugo Chavez, comme le dirigeant bolivien du Mouvement pour le socialisme (MAS), Evo Morales, ou encore Lucio Guti&#233;rrez en Equateur, &#233;lu Pr&#233;sident en 2002 puis d&#233;mis de ces fonctions en mai 2005. Une distinction s'impose donc entre les diff&#233;rents types de projets, discours ou alternances dont sont porteurs les organisations et les mouvements qui se r&#233;clament de la &#171; gauche &#187; : que l'on distingue les gauches &#171; syst&#233;miques &#187; et &#171; anti-syst&#233;miques &#187;, ou bien les gauches &#171; de rejet &#187; et &#171; de gouvernement &#187;, on s'accorde pour souligner leur h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gauches latino-am&#233;ricaines sont pass&#233;es par de profondes mutations ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, qui touchent tant la structure des organisations partisanes, que leurs id&#233;ologies puisque la plupart des formations ont, dans un premier temps, abandonn&#233; les r&#233;f&#233;rences au marxisme-l&#233;ninisme et, dans un second, accept&#233; le lib&#233;ralisme &#233;conomique. Ces transformations passent par une red&#233;finition des militantismes et des rapports entretenus entre partis et mouvements sociaux, ainsi que par une r&#233;vision des strat&#233;gies, avec la fin de la lutte arm&#233;e au profit de la strat&#233;gie &#233;lectorale pour l'acc&#232;s au pouvoir, dans le contexte de syst&#232;mes politiques lib&#233;ralis&#233;s si ce n'est pacifi&#233;s. Ces questions sont abord&#233;es, dans ce dossier, par H&#233;l&#232;ne Combes et David Garibay. Par ailleurs, l'exp&#233;rience du pouvoir, au niveau d'abord local puis national se traduit par une institutionnalisation qui a permis aux partis contestataires des ann&#233;es 1980 et 1990 de se transformer progressivement en partis de gouvernement, l'exemple r&#233;cent le plus marquant &#233;tant celui du PT au Br&#233;sil. Les syst&#232;mes partisans s'en trouvent modifi&#233;s, avec la fin de l'alternance &#233;tablie depuis 1958 entre le Comit&#233; d'organisation politique &#233;lectorale ind&#233;pendante (COPEI) et l'Action D&#233;mocratique (AD) au Venezuela, alors qu'en Uruguay l'&#233;lection pr&#233;sidentielle d'octobre 2004 a donn&#233; la victoire au Frente Amplio et rompu avec le bipartisme qui opposait traditionnellement les partis Blanco et Colorado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les recherches r&#233;centes sur l'Am&#233;rique latine indiquent les limites qu'y rencontre encore la d&#233;mocratisation des r&#233;gimes politiques devenus repr&#233;sentatifs dans les ann&#233;es 1980, car les libert&#233;s et droits fondamentaux n'y sont encore respect&#233;s que de fa&#231;on in&#233;gale. Malgr&#233; une d&#233;t&#233;rioration continue des conditions de vie et l'augmentation dramatique de la pauvret&#233;, des indices d'approfondissement de la d&#233;mocratie peuvent &#234;tre d&#233;tect&#233;s, dont l'un des plus &#233;vidents consiste dans la pacification, dans l'acceptation et dans la banalisation des alternances au pouvoir. A contrario, dans les pays o&#249; la gauche est malmen&#233;e et contest&#233;e, peu institutionnalis&#233;e, affaiblie ou d&#233;natur&#233;e, les syst&#232;mes politiques ont vu leur stabilit&#233; menac&#233;e. En effet, plusieurs pays d'Am&#233;rique latine vivent une crise grave des points de vue &#224; la fois &#233;conomique et politique, qu'il s'agisse de l'effondrement de l'Argentine en 2001, de la contestation antigouvernementale au Venezuela depuis 2002, des mouvements sociaux en Bolivie depuis 2003, ou encore de l'instabilit&#233; politique de l'Equateur o&#249; trois Pr&#233;sidents successifs ont quitt&#233; le pouvoir en cours de mandat. Ces divers &#233;v&#233;nements pourraient confirmer que l'existence de forces d'opposition de gauche solides et capables de proposer une alternative r&#233;elle au pouvoir constitue un facteur favorable voire indispensable &#224; la consolidation des d&#233;mocraties. Elle suppose qu'un certain nombre de conditions soient r&#233;unies : pacification des oppositions, constitution des organisations d'opposition en partis de gouvernement, et acceptation, par l'ensemble des acteurs, des r&#232;gles de l'alternance mais aussi des principes fondamentaux de la d&#233;mocratie lib&#233;rale et de la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine en 2001 et au Venezuela depuis 1998 avec l'&#233;lection de Hugo Chavez, la d&#233;mocratie repr&#233;sentative s'est trouv&#233;e contest&#233;e et sa stabilit&#233; menac&#233;e par de larges mouvements politiques qui se sont oppos&#233;s tr&#232;s explicitement aux classes politiques traditionnelles. La crise &#233;conomique dramatique qu'a connu l'Argentine a &#233;t&#233; suivie de la red&#233;finition et de la division du p&#233;ronisme, avec l'affrontement entre trois candidats issus de cette mouvance lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2003, comme l'analyse Pierre Ostiguy dans ce dossier. Le populisme de gauche de Hugo Chavez, dont le discours pr&#233;sente un contenu id&#233;ologique tr&#232;s succinct, s'appuie sur une d&#233;rive autoritaire et militariste du r&#233;gime politique, de moins en moins repr&#233;sentatif. Au P&#233;rou, les divisions de la &#171; gauche unie &#187; apr&#232;s la pr&#233;sidence de Alan Garc&#237;a (1985-1990), sont intervenues dans un contexte de crise du syst&#232;me politique, qui a vu l'arriv&#233;e au pouvoir, par les urnes, d'Alberto Fujimori. Sa pr&#233;sidence autoritaire a entra&#238;n&#233;, pour plus d'une dizaine d'ann&#233;es, l'effondrement des partis qui structuraient le syst&#232;me partisan. Le renouveau actuel de l'APRA pourrait cependant changer la donne pour les ann&#233;es &#224; venir. Dans ces pays, &#171; l'alternative n'a pas surgi du syst&#232;me partisan, mais plut&#244;t de l'ext&#233;rieur : des pr&#233;sidents ou des candidats pr&#233;sidentiels sans parti ou des partis cr&#233;&#233;s pour l'occasion, ou encore des mouvements sociaux rejetant l'ensemble des partis et des politiciens &#187;, en particulier en Argentine, au Venezuela, ou en Bolivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces diff&#233;rents cas sugg&#232;rent que la pr&#233;sence d'organisations de gauche loyales, solides et fortes , en termes de leadership, d'id&#233;ologie et de militantisme, participe &#224; la stabilit&#233; des r&#233;gimes politiques r&#233;cemment lib&#233;ralis&#233;s. En effet, l'existence de ces formations assure la possibilit&#233; d'une alternance au pouvoir, sans pour autant menacer le consensus politique qui a donn&#233; naissance aux syst&#232;mes repr&#233;sentatifs &#224; l'issue des changements de r&#233;gime. Jouant le jeu de la repr&#233;sentation, acceptant la d&#233;mocratie comme &#171; le seul jeu en vigueur &#187; , elles s'inscrivent dans la continuit&#233; des institutions et du compromis qui leur a donn&#233; naissance. Dans ces conditions, l'arriv&#233;e au pouvoir de formations de gauche indique que les syst&#232;mes politiques et partisans ont acquis la capacit&#233; de r&#233;pondre aux demandes de changement manifest&#233;es par leurs &#233;lectorats, et de proposer une alternative aux politiques men&#233;es depuis les transitions des ann&#233;es 1980 et 1990. En s'inscrivant dans la continuit&#233; des institutions, les partis de la gauche &#171; de gouvernement &#187; participent donc aux consolidations d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dossier se propose donc de dresser un bref &#233;tat des lieux des renouvellements tant organisationnels qu'id&#233;ologiques de la gauche en Am&#233;rique latine, de son exp&#233;rience du pouvoir et des alternances, des mouvements sociaux qui la soutiennent, ainsi que de sa contribution aux consolidations d&#233;mocratiques ou &#224; la fragilisation de certains syst&#232;mes politiques. Faire ce travail permet d'observer, de fa&#231;on concr&#232;te, l'avancement de la consolidation d&#233;mocratique, les renouvellements de la participation politique et de la repr&#233;sentation, sur ce continent o&#249; l'histoire r&#233;cente des gauches est ins&#233;parable de celle des mouvements sociaux. Si elle ne se r&#233;clame plus majoritairement du label marxiste-l&#233;niniste, &#224; l'exception de Cuba, la gauche reste h&#233;riti&#232;re de son histoire et d'apports aussi contradictoires que la th&#233;ologie de la lib&#233;ration, les populismes, et plus r&#233;cemment l'&#233;cologie ou le mouvement antilib&#233;ral. Dans diff&#233;rents domaines, les politiques des dirigeants de gauche cherchent &#224; se d&#233;marquer par leurs sp&#233;cificit&#233;s : dans le traitement des grands probl&#232;mes de soci&#233;t&#233; (s&#233;curit&#233; publique, politiques sociales), mais aussi dans le rapport &#224; l'ext&#233;rieur (rapport aux Etats-Unis, question de l'int&#233;gration) et aux citoyens (d&#233;mocratie participative), les organisations de gauche pr&#233;tendent apporter un changement, dont il est n&#233;cessaire de mesurer la port&#233;e et le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les gauches latino-am&#233;ricaines pr&#233;sentent des sp&#233;cificit&#233;s qui font que, depuis l'Europe, les regards militants se portent vers elle, avec le sentiment qu'elles proposent des innovations et qu'elles pourraient porter le renouvellement des projets et des m&#233;thodes de gouvernement qui fait aujourd'hui d&#233;faut sur le Vieux Continent : la naissance du mouvement altermondialiste &#224; l'occasion du Forum social mondial de Porto Alegre, les exp&#233;riences de participation locale, l'enracinement social des organisations partisanes issues des mouvements sociaux des ann&#233;es 1970 et 1980&#8230; autant d'&#233;l&#233;ments &#233;pars qui peuvent expliquer la faveur avec laquelle a &#233;t&#233; accueillie, en Europe, l'&#233;lection du Pr&#233;sident br&#233;silien. Certains acteurs politiques de gauche pourraient regarder du c&#244;t&#233; de l'Am&#233;rique latine pour chercher quelques &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse &#224; la crise qu'ils traversent, en termes de projets, de militantisme, de structure des organisations partisanes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dossier s'efforce donc de r&#233;pondre aux questions suivantes : d'abord, l'acc&#232;s des gauches au pouvoir et la banalisation de leur pr&#233;sence dans les syst&#232;mes politiques constituent-elles un indice de l'avanc&#233;e des consolidations d&#233;mocratiques et de la pacification des conflits politiques ? C'est notamment &#224; cette question que David Garibay r&#233;pond dans une comparaison des &#171; transitions insurg&#233;es &#187; en Colombie et au Salvador o&#249; les organisations de gu&#233;rilla ont choisi de passer de la lutte arm&#233;e &#224; la lutte &#233;lectorale dans le courant des ann&#233;es 1990. Par ailleurs, les nouveaux dirigeants issus des oppositions de gauche aux r&#233;gimes autoritaires sont-ils en mesure de changer les modes d'exercice du pouvoir ? Quelles transformations les partis de gauche issus des oppositions vivent-ils quand ils acc&#232;dent au pouvoir, dans leur organisation ou leur rapport aux militants ? H&#233;l&#232;ne Combes &#233;voque cette question &#224; travers l'observation de la gestion de Mexico par le PRD, depuis 1997. Sur quels fondements se structurent les syst&#232;mes de partis issus des transitions d&#233;mocratiques et comment situer, sur l'axe droite-gauche, les organisations et les dirigeants qui se rattachent &#224; la tradition populiste ? Pierre Ostiguy, &#224; partir du cas argentin, propose un mod&#232;le d'analyse qui int&#232;gre ce facteur par la combinaison du clivage droite-gauche avec l'opposition entre les politiques du &#171; haut &#187; et du &#171; bas &#187;. Ensuite, les gauches portent-elles un mod&#232;le d'int&#233;gration alternatif face aux Etats-Unis et au projet de Zone de libre-&#233;change des Am&#233;riques (ZLEA), ou bien s'orientent-elles vers des projets inspir&#233;s de l'Union europ&#233;enne, en particulier pour la relance du Mercosur ? &#192; partir du cas br&#233;silien, Marcelo Medeiros montre quelles conditions ext&#233;rieures contraignent les choix de politique &#233;conomique du gouvernement Lula, mais aussi comment il cherche &#224; op&#233;rer un changement. Enfin, si la continuit&#233; pr&#233;vaut dans le domaine &#233;conomique, les gouvernements de gauche portent-ils des changements de soci&#233;t&#233; ? B&#233;reng&#232;re Marques-Pereira fait le point de la relation entretenue entre la gauche et les mouvements f&#233;ministes au Chili. Du point de vue de l'analyse politique, l'ensemble soul&#232;ve des interrogations larges et d&#233;sormais classiques sur les effets de l'acc&#232;s au pouvoir et de son exercice face aux pesanteurs institutionnelles, ainsi que sur les changements qu'il induit au sein des organisations partisanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels clivages, pour quelles gauches ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste cependant une question essentielle : comment d&#233;finir la &#171; gauche &#187; en Am&#233;rique latine et comment le clivage droite-gauche s'y manifeste-il ? De ce point de vue, les syst&#232;mes politiques du continent disposent d'un h&#233;ritage double. Celui des Lumi&#232;res et des r&#233;volutions nord-am&#233;ricaine puis fran&#231;aise, ainsi que celui, beaucoup plus proche, de la guerre froide et des conflits entre les organisations r&#233;volutionnaires et les r&#233;gimes autoritaires, le plus souvent militaires. La m&#233;moire encore tr&#232;s vivace de cette p&#233;riode contribue &#224; structurer les comportements politiques et &#224; donner un sens pr&#233;cis au clivage droite-gauche, auquel les acteurs se r&#233;f&#232;rent eux-m&#234;mes avec fr&#233;quence, comme le remarque notamment Pierre Ostiguy dans ce dossier &#224; propos de l'Argentine. La Revue internationale de politique compar&#233;e a d&#233;j&#224; consacr&#233; de nombreuses pages &#224; la notion de &#171; clivage &#187;, et le lecteur pourra s'y reporter pour une d&#233;finition et une analyse plus exhaustives . Ici, il convient seulement de souligner l'int&#233;r&#234;t de cette notion pour la comparaison des syst&#232;mes politiques et de leurs changements actuels. Comme l'&#233;crivait r&#233;cemment Florence Haegel dans cette revue, analyser les clivages suppose de &#171; chercher, derri&#232;re les dimensions id&#233;ologiques, les processus sociopolitiques qui les fondent &#187;. En France, un des clivages sociopolitiques fondamentaux repose sur un conflit de valeurs, qui oppose universalisme et anti-universalisme ou bien la conception ouverte ou ferm&#233;e de la soci&#233;t&#233; . Se r&#233;f&#233;rant aux travaux classiques de Seymour M. Lipset et Stein Rokkan, Florence Haegel rappelle que ces oppositions de valeurs, qui renvoient &#171; au processus de transformation de l'autorit&#233; de l'&#201;tat &#187;, se superposent aux dimensions sociopolitiques des clivages : l'analyse des univers sociaux et id&#233;ologiques des &#233;lecteurs met &#224; jour des lignes d'opposition stables, qui structurent les syst&#232;mes politiques et reposent sur des dimensions sociopolitiques telles que, en l'Europe, l'opposition rural-urbain et ou religion-la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique latine, ces oppositions de valeurs se structurent en partie autour des questions li&#233;es &#224; la souverainet&#233; nationale et &#224; la d&#233;mocratie. Dans la vie politique actuelle, elles trouvent une actualit&#233;, pour la premi&#232;re, dans les d&#233;bats autour du rapport aux Etats-Unis, aux institutions financi&#232;res internationales et au lib&#233;ralisme &#233;conomique, pour la seconde, dans les enjeux li&#233;s aux politiques sociales et aux droits de l'homme. Ces oppositions se superposent &#224; des processus socio-politiques sp&#233;cifiques &#224; l'Am&#233;rique latine o&#249; la dimension ethnique d&#233;finit par exemple un clivage entre les populations blanches et les autres, indiennes ou noires. Sont aussi significatives, les oppositions entre les populations des plaines ou des c&#244;tes et celles des hauts plateaux dans les pays andins , et, en milieu urbain, entre les bidonvilles et les villes l&#233;gales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enqu&#234;tes par sondages men&#233;es dans plusieurs pays d'Am&#233;rique latine r&#233;v&#232;lent un brouillage relatif de l'opposition droite-gauche ; brouillage qui s'associe au renforcement des clivages d'ordre socio-&#233;conomique. Selon le Latinobarom&#234;tre, sur l'ensemble du continent, 80 % des &#233;lecteurs en 1996 et 77 % en 2004 se positionnaient spontan&#233;ment sur l'&#233;chelle droite-gauche. En 2004, 39 % des personnes interrog&#233;es qui disposaient d'une formation scolaire primaire d&#233;claraient &#234;tre dans l'incapacit&#233; de se situer sur l'&#233;chelle droite-gauche, contre 12 % de celles qui avaient suivi une formation universitaire, ce qui sugg&#232;re l'existence d'une forte diff&#233;renciation sociale , et d'un clivage dont la comp&#233;tence politique constitue une des manifestations. En effet, il se dessine un clivage structur&#233; par le rapport aux institutions et par l'opposition int&#233;gration/exclusion, avec une ligne de partage &#224; la fois sociale, &#233;conomique et politique entre les groupes capables de participer &#224; la politique et &#224; la soci&#233;t&#233;, et les autres cat&#233;gories sociales. Ce type de clivage trouve une expression dans les processus de politisation tels que les &#233;voque Florence Haegel , et s'ancre dans les topographies urbaines de l'exclusion sociale et politique, pr&#233;sentes dans la plupart des grandes m&#233;tropoles latino-am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, et quelle que soit son utilit&#233;, l'analyse en termes de clivages ne suffit pas &#224; mettre en lumi&#232;re la transformation des syst&#232;mes partisans latino-am&#233;ricains et de leurs gauches. Elle demande &#224; &#234;tre compl&#233;t&#233;e par l'observation des transformations v&#233;cues par les organisations, notamment dans leurs rapports &#224; des mouvements sociaux eux-m&#234;mes tr&#232;s volatiles, ainsi que par l'analyse des choix de politiques publiques effectu&#233;s par leurs dirigeants au pouvoir. En effet, dans un processus par certains points comparable &#224; celui que l'on peut observer en Europe , le clivage droite-gauche en Am&#233;rique latine s'est trouv&#233; att&#233;nu&#233; au cours des derni&#232;res ann&#233;es, sous le coup d'un jeu complexe de contraintes diverses. D'abord, la majorit&#233; des dirigeants des partis de la gauche de gouvernement &#171; se sont av&#233;r&#233;s &#234;tre d'&#233;tranges cam&#233;l&#233;ons &#187;, habill&#233;s un jour de teintes r&#233;volutionnaires de gauche pour prendre, une fois au pouvoir, une couleur lib&#233;rale en &#233;conomie, et passer &#171; de l'utopisme au possibilisme &#187; . Ensuite, les partis de droite ont, de leur c&#244;t&#233;, non seulement accept&#233; mais pris &#224; leur compte la contrainte d&#233;mocratique, tant au moment des transitions qu'&#224; la p&#233;riode actuelle. Les politiques de participation locale ne constituent pas l'apanage de la gauche, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la confusion est accentu&#233;e par le jeu des alliances &#233;lectorales entre partis, qui brouille leurs positionnements ainsi que leurs engagements id&#233;ologiques. Au Br&#233;sil, l'alliance de gouvernement entre le Parti social-d&#233;mocrate br&#233;silien (PSDB) du pr&#233;sident F.H. Cardoso et le Parti du front lib&#233;ral (PFL), tr&#232;s conservateur et li&#233; aux oligarchies traditionnelles du Nordeste, va dans ce sens, de m&#234;me que l'alliance actuelle entre le PT et le Parti lib&#233;ral (PL). Dans un contexte diff&#233;rent, au Chili, la longue coalition entre les socialistes et les d&#233;mocrates-chr&#233;tiens au sein de la Concertaci&#243;n, a tendance &#224; gommer les diff&#233;rences entre les partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la combinaison entre les ambigu&#239;t&#233;s historiques des populismes, &#224; la fois autoritaires et nationaux-populaires, et la fragilit&#233; id&#233;ologique r&#233;currente des partis politiques en Am&#233;rique latine, contribue &#224; accentuer encore la difficult&#233; &#224; d&#233;partager entre droite et gauche. Comme le remarque Norberto Lechner, par le pass&#233; &#171; des crit&#232;res tels que gauche/droite, r&#233;forme/r&#233;volution, Etat/soci&#233;t&#233; civile figuraient parmi les outils de classification qui servaient &#224; interpr&#233;ter la complexit&#233; de la soci&#233;t&#233;. &#192; pr&#233;sent (&#8230;), l&#224; o&#249; r&#232;gne l'agir sage et fluide de la 'main invisible' du march&#233;, les id&#233;es seraient de trop &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de ces remarques, l'emploi du pluriel pour le titre de ce dossier est destin&#233; &#224; souligner l'absence d'unicit&#233; de &#171; la gauche &#187; en Am&#233;rique latine, tant en termes de positionnement que d'enracinement social ou d'organisations. Cependant, porter le regard sur ces derni&#232;res permet de comprendre que l'appellation de &#171; gauche &#187; n'en est pas moins significative : elle d&#233;signe en Am&#233;rique latine une &#171; n&#233;buleuse aux contours imparfaits &#187;, compos&#233;e &#224; la fois de partis politiques et d'organisations de mouvement social tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes, dont la construction a repos&#233;, &#224; la p&#233;riode des transitions d&#233;mocratiques, sur des r&#233;seaux militants denses. Dans le cas du PRD mexicain, H&#233;l&#232;ne Combes a mis en valeur le &#171; multipositionnement &#187; des dirigeants, souvent membres &#224; la fois de ce parti politique et d'une organisation de mouvement social associative ou syndicale ; &#171; multipositionnement &#187; que l'on retrouve ailleurs, notamment dans les cas du PT br&#233;silien et du Frente amplio uruguayen. La fa&#231;on dont ces militants et dirigeants ren&#233;gocient aujourd'hui leur engagement, entre l'action gouvernementale ou le repli sur un militantisme local hors parti, rend compte de certaines red&#233;finitions occasionn&#233;es par le passage de la contestation &#224; l'exercice du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la contestation &#224; l'exercice du pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis vingt-cinq ans, les strat&#233;gies et les itin&#233;raires adopt&#233;s par les organisations de gauche, pour leur insertion dans les syst&#232;mes repr&#233;sentatifs, ont donn&#233; aux continuit&#233;s et aux h&#233;ritages institutionnels un poids variable. Dans les ann&#233;es 1980, les modalit&#233;s de construction des organisations partisanes ont largement rendu compte des rapports de force &#224; l'&#339;uvre au sein des syst&#232;mes politiques nationaux &#224; la fin de la p&#233;riode autoritaire, selon des sc&#233;narios divers, parfois compl&#233;mentaires : la pacification des organisations de gu&#233;rillas transform&#233;es en partis politiques comme au Salvador ; le passage de certains partis de la clandestinit&#233; &#224; la l&#233;galit&#233; dans les cas des partis communistes ; la constitution de larges coalitions de gauche unissant divers acteurs de l'opposition comme en Uruguay ; la mise en place, dans le contexte de r&#233;gimes encore autoritaires, de partis ancr&#233;s dans les mouvements sociaux comme le PT ou le PRD ; la reconstruction de syst&#232;mes partisans h&#233;rit&#233;s de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, avec l'opposition entre p&#233;ronistes et radicaux en Argentine ou la reconstruction de la d&#233;mocratie-chr&#233;tienne et du socialisme au Chili ; la reconversion de partis d'opposition autoris&#233;s sous les r&#233;gimes autoritaires, devenus des partis du centre mod&#233;r&#233;, comme le Parti du mouvement d&#233;mocratique br&#233;silien (PMDB).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1990, Joaqu&#237;n Villalobos, ancien dirigeant de l'Arm&#233;e r&#233;volutionnaire du peuple (ERP), organisation de gu&#233;rilla salvadorienne alli&#233;e au Front Farabundo Marti de lib&#233;ration nationale (FMLN) jusqu'en 1995, estimait que &#034;dans la transition, la justice est d&#233;termin&#233;e non seulement par le droit mais aussi par le rapport de forces qui a impos&#233; le changement (&#8230;). Pour en finir avec le pouvoir de coercition des groupes qui ont &#233;t&#233; actifs lors d'un conflit, ou dans le cadre d'un r&#233;gime autoritaire, il faut absolument prendre en compte l'ins&#233;curit&#233; que le changement apporte &#224; ceux qui composent ces groupes&#034;. L'imp&#233;ratif de pacification des conflits, associ&#233; au passage de la contestation au jeu des partis et des &#233;lections, semble aujourd'hui rempli. Ainsi, dans plusieurs cas, l'arriv&#233;e des formations de gauche au pouvoir co&#239;ncide avec le passage &#224; une nouvelle &#233;tape dans la gestion de la m&#233;moire du pass&#233; autoritaire, qui permet de penser que la page des transitions est tourn&#233;e. Alors que, au d&#233;but juillet 2005, la Cour d'appel de Santiago du Chili a lev&#233; l'immunit&#233; du G&#233;n&#233;ral Pinochet et ouvert la porte &#224; son jugement pour violation des droits de l'homme, de son c&#244;t&#233;, en juin 2005 la Cour supr&#234;me argentine a d&#233;clar&#233; inconstitutionnelles les lois d'amnistie de 1986 et 1987, ce qui rend possible le jugement des tortionnaires de la p&#233;riode autoritaire. Dans le pr&#233;sent dossier, David Garibayobserveque,l&#224;o&#249;&#171; lesr&#233;f&#233;rencesinternes &#224; la p&#233;riode de la lutte arm&#233;e s'estompent &#187;, le passage au parti politiquepeut r&#233;ussir. En m&#234;me temps, ce changement coexiste avec la pr&#233;servation de la m&#233;moire d'un pass&#233; devenu source de l&#233;gitimit&#233; pour certains acteurs politiques, qui ne se privent d'ailleurs pas d'en faire usage &#224; des fins de marketing &#233;lectoral . Ainsi David Garibay note-t-il que &#171; les &#233;volutions institutionnelles dans le sens d'une ouverture d&#233;mocratique ont modifi&#233; les itin&#233;raires suivis par les groupes r&#233;volutionnaires &#187; : la r&#233;ussite de leur int&#233;gration a repos&#233; sur l'ampleur des soutiens pendant la p&#233;riode de d&#233;mobilisation. Dans la majorit&#233; des cas, o&#249; les transitions ont &#233;t&#233; pacifiques, l'ampleur des soutiens re&#231;us par les formations de gauche au sein des soci&#233;t&#233;s civiles a constitu&#233; un facteur essentiel &#224; leur insertion dans les syst&#232;mes politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la construction de ces organisations situ&#233;es &#224; gauche a-t-elle le plus souvent &#233;t&#233; sous-tendue par l'essor de mouvements sociaux au cours de deux p&#233;riodes diff&#233;rentes, d'abord au passage des ann&#233;es 1970 &#224; 1980, puis &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1990. Au cours de ce cycle de protestation assez long, la contestation a &#233;t&#233; port&#233;e par des organisations, des r&#233;pertoires d'action et des groupes sociaux forts vari&#233;s d'un cas &#224; l'autre : gr&#232;ves men&#233;es par des syndicats ind&#233;pendants &#224; la fin des ann&#233;es 1970, constitution d'associations de quartiers dans les bidonvilles depuis les ann&#233;es 1980, &#233;meutes et barrages de routes des piqueteros argentins depuis la fin des ann&#233;es 1990, longues marches des Indiens d'Equateur et de Bolivie&#8230; C'est dans la mouvance de ces mobilisations et avec le soutien de leurs organisations que les partis de gauche ont connu une institutionnalisation parfois assez rapide, leurs dirigeants occupant des positions multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rappel souligne le lien entre l'essor de mouvements sociaux des plus d&#233;favoris&#233;s et la recomposition des syst&#232;mes de partis, voire le d&#233;placement des clivages, en m&#234;me temps qu'il souligne, encore une fois, les diff&#233;rences entre les organisations, leurs strat&#233;gies et leur rapport aux institutions politiques nationales. Ainsi les Indiens boliviens et surtout les zapatistes ont-ils particip&#233; &#224; l'&#233;mergence du mouvement altermondialiste alors que ce dernier n'a &#233;t&#233; rejoint que tardivement et avec beaucoup d'opportunisme par le dirigeant v&#233;n&#233;zu&#233;lien lors du dernier Forum social mondial en janvier 2005. Par ailleurs, les mouvements contestataires entretiennent des rapports assez divers avec les ar&#232;nes &#233;lectorales nationales. Par exemple, en Bolivie, la mobilisation protestataire est articul&#233;e &#224; une strat&#233;gie &#233;lectorale assez efficace, puisque le dirigeant du MAS, Evo Morales, a obtenu un score assez &#233;lev&#233; pour se maintenir au second tour lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2002 puis d'octobre 2003, tout en continuant &#224; mener la contestation, &#224; la t&#234;te de la F&#233;d&#233;ration des syndicats de cocaleros. En revanche, la tendance radicale des piqueteros ou le Mouvement des travailleurs au ch&#244;mage (MTD) argentins sortent affaiblis de leur choix de ne pas se pr&#233;senter aux &#233;lections alors que le gouvernement Kirchner a reconstruit, depuis 2003, une partie de la l&#233;gitimit&#233; qui manquait &#224; la gauche. L'article de Pierre Ostiguy, dans ce dossier, indique bien comment, au sein de ce mouvement de contestation, deux strat&#233;gies distinctes se mettent en place : &#224; celle de la poursuite de la confrontation, privil&#233;gi&#233;e par les plus radicaux, s'oppose celle de l'int&#233;gration aux institutions. Ainsi le dirigeant de la principale tendance du mouvement, Luis D'Elia, a-t-il r&#233;cemment &#233;t&#233; &#233;lu d&#233;put&#233; sous l'&#233;tiquette du Frente para la victoria, alli&#233; &#224; Kirchner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pouvoir, les partis de gauche latino-am&#233;ricains ont fait la preuve, jusqu'&#224; pr&#233;sent, de la profondeur des changements id&#233;ologiques par lesquels ils sont pass&#233;s. Apr&#232;s avoir choisi d'abandonner la lutte arm&#233;e et de se convertir &#224; la d&#233;mocratie repr&#233;sentative dans les ann&#233;es 1980, ils acceptent aujourd'hui les contraintes lib&#233;rales en &#233;conomie, &#224; l'image des partis sociaux-d&#233;mocrates europ&#233;ens, dont la conversion est plus ancienne. &#192; ce sujet, Bryant Garth et Yves Dezalay ont montr&#233; par quels processus sociaux transnationaux, observables sur l'ensemble du continent, la diffusion du versant politique du lib&#233;ralisme chez les &#171; notables du droit &#187;, autour de la d&#233;fense du pluralisme et des droits de l'homme, a &#233;t&#233; associ&#233;e &#224; sa version &#233;conomique, avec l'adoption par les &#171; Chicago boys &#187; de l'orthodoxie financi&#232;re et d'un consensus n&#233;olib&#233;ral pour l'action gouvernementale ; ce que Marcelo Medeiros observe dans l'article de ce dossier consacr&#233; au Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les cons&#233;quences de ce processus, notons les limites de la port&#233;e sociale des politiques men&#233;es par les formations de gauche au pouvoir. D'abord, leur arriv&#233;e au pouvoir ne s'est pas traduite par un changement radical dans le traitement des enjeux de soci&#233;t&#233;s, tels que le divorce ou l'avortement, comme le montre B&#233;reng&#232;re Marques-Pereira dans ce dossier. Soulignant les limites de la loi de 2004 sur le divorce au Chili, elle indique bien quelles difficult&#233;s rencontrent les formations de gauche &#224; prendre des d&#233;cisions qui les mettraient dans une situation de conflit et de confrontation avec des institutions sociales d'importance consid&#233;rable, comme les Eglises catholiques. Ainsi, depuis la fin des ann&#233;es 1980, le changement dans les politiques sociales peut-il &#234;tre attribu&#233; davantage au retour &#224; la d&#233;mocratie lui-m&#234;me qu'&#224; l'alternance droite-gauche. Ce sont bien les changements de r&#233;gime plut&#244;t que la couleur politique des gouvernements qui, jusqu'&#224; pr&#233;sent, ont permis une meilleure prise en compte des demandes sociales et l'ouverture de canaux de m&#233;diation et de coop&#233;ration entre les &#201;tats et les nouveaux mouvements sociaux. Ces derniers ont suivi un processus rapide d'institutionnalisation, dans leurs diff&#233;rents domaines d'action, que ce soit dans celui du logement et des conditions de vie des cat&#233;gories populaires, ou dans celui des mouvements de femmes d&#233;crits par B&#233;reng&#232;re Marques-Pereira. Dans la plupart des cas, l'institutionnalisation et la coop&#233;ration des mouvements sociaux avec les autorit&#233;s publiques, locales ou nationales, a donc pr&#233;c&#233;d&#233; l'arriv&#233;e des partis de gauche au sommet du pouvoir. Ensuite, la port&#233;e du changement est encore limit&#233;e par l'adoption du r&#233;f&#233;rent lib&#233;ral pour la mise en &#339;uvre des politiques sociales, comme c'est le cas par exemple du programme br&#233;silien de lutte contre la faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;valuation de la port&#233;e de l'alternance impose, pour finir, de tourner le regard vers la gestion locale : &#224; ce niveau, les formations de gauche disposent-elles de moyens pour mettre en &#339;uvre des politiques sp&#233;cifiques et r&#233;pondre aux pressantes demandes sociales ? C'est ce que tend &#224; montrer l'exemple des politiques d'inclusion sociale men&#233;es &#224; Mexico par Cuauht&#233;moc Cardenas puis par Andr&#233;s Manuel L&#243;pez Obrador depuis 1997, ainsi qu'&#224; S&#227;o Paulo par Marta Supplicy entre 2000 et 2004, avec leurs diff&#233;rents volets, redistributifs, &#233;ducatifs et &#233;conomiques .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu des interrogations tr&#232;s diverses qui viennent d'&#234;tre soulev&#233;es ici, l'accent n'a pas &#233;t&#233; mis, pour ce dossier, sur les questions th&#233;oriques ou m&#233;thodologiques. Il offre plut&#244;t un panorama, encore incomplet, des enjeux les plus saillants repr&#233;sent&#233;s par l'entr&#233;e de l'Am&#233;rique latine dans une nouvelle p&#233;riode de son histoire politique. La page des transitions d&#233;mocratiques une fois tourn&#233;e, de nouveaux questionnements &#233;mergent, dans un contexte de crise sociale et politique parfois tr&#232;s aigu&#235;, autour des continuit&#233;s institutionnelles et des h&#233;ritages des ann&#233;es 1970, du poids et du sens de la contestation populaire et, de fa&#231;on plus large, de la red&#233;finition des clivages fondamentaux qui traversent les soci&#233;t&#233;s et les syst&#232;mes politiques de cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Liste des sigles utilis&#233;s :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AD :&lt;/strong&gt; Action D&#233;mocratique (Venezuela) &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;APRA :&lt;/strong&gt; Alliance populaire r&#233;volutionnaire am&#233;ricaine (P&#233;rou).&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;COPEI :&lt;/strong&gt; Comit&#233; d'organisation politique &#233;lectorale ind&#233;pendante (Venezuela)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;ERP :&lt;/strong&gt; Arm&#233;e r&#233;volutionnaire du peuple (Salvador)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;FARC :&lt;/strong&gt; Forces arm&#233;es r&#233;volutionnaires de Colombie (Colombie)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;FMLN :&lt;/strong&gt; Front Farabundo Marti de lib&#233;ration nationale (Salvador)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;FSLN :&lt;/strong&gt; Front sandiniste de lib&#233;ration nationale (Nicaragua)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;IU :&lt;/strong&gt; Izquierda Unida (P&#233;rou)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;MAS :&lt;/strong&gt; Mouvement pour le socialisme (Bolivie)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;MTD :&lt;/strong&gt; Mouvement des travailleurs au ch&#244;mage (Argentine)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PFL :&lt;/strong&gt; Parti du front lib&#233;ral (Br&#233;sil)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PL :&lt;/strong&gt; Parti lib&#233;ral (Br&#233;sil)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PMDB :&lt;/strong&gt; Parti du mouvement d&#233;mocratique br&#233;silien (Br&#233;sil)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PRD :&lt;/strong&gt; Parti de la r&#233;volution d&#233;mocratique (Mexique)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PSDB :&lt;/strong&gt; Parti social-d&#233;mocrate br&#233;silien (Br&#233;sil)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;PT :&lt;/strong&gt; Parti des travailleurs (Br&#233;sil)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;ZLEA :&lt;/strong&gt; Zone de libre-&#233;change des Am&#233;riques&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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