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		<title>La jeunesse en Am&#233;rique Latine : de &#171; promesse d'avenir &#187; &#224; &#171; suspecte &#187; </title>
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		<dc:date>2010-12-31T15:33:58Z</dc:date>
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		<dc:creator>Marcelo Colussi</dc:creator>



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&lt;p&gt;Aujourd'hui, presque quarante ans apr&#232;s et beaucoup d'eau &#8211; peut-&#234;tre trop ? &#8211; ayant coul&#233; sous les ponts, cette affirmation para&#238;t hors contexte. Allende se trompait-il &#224; ce moment-l&#224; ? Les choses en g&#233;n&#233;ral ont-elles tellement chang&#233; ? La jeunesse a-t-elle chang&#233; ? Et si c'est le cas, quelle a &#233;t&#233; la cause de ce changement ? &lt;br class='autobr' /&gt; En tout cas, parler de &#171; la &#187; jeunesse est impossible. De fait, &#171; la jeunesse &#187; est une construction socioculturelle, par cons&#233;quent soumise aux va-et-vient des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Notre-Amerique" rel="directory"&gt;Notre Am&#233;rique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui, presque quarante ans apr&#232;s et beaucoup d'eau &#8211; peut-&#234;tre trop ? &#8211; ayant coul&#233; sous les ponts, cette affirmation para&#238;t hors contexte. Allende se trompait-il &#224; ce moment-l&#224; ? Les choses en g&#233;n&#233;ral ont-elles tellement chang&#233; ? La jeunesse a-t-elle chang&#233; ? Et si c'est le cas, quelle a &#233;t&#233; la cause de ce changement ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En tout cas, parler de &#171; la &#187; jeunesse est impossible. De fait, &#171; la jeunesse &#187; est une construction socioculturelle, par cons&#233;quent soumise aux va-et-vient des jeux de force de l'histoire, des entrecroisements de pouvoirs, changeante, dynamique. Il faudrait au minimum parler de diff&#233;rents mod&#232;les de jeunesse, en les situant explicitement : jeunesse urbaine, rurale, de classe privil&#233;gi&#233;e, pauvre, marginalis&#233;e, masculine, f&#233;minine, &#233;tudiante, travailleuse, ch&#244;meuse ? Jeunesse qui &#233;migre aux Etats-Unis ? Jeunesse rurale &#233;migr&#233;e en ville et vivant dans des zones pr&#233;caires et marginales ? Jeunesse qui pratique le golf et pense &#224; son doctorat &#224; Harvard ? Le puzzle dont il est question est complexe. De quelle &#171; jeunesse &#187; parlons-nous ? Pour beaucoup &#8211; dans les secteurs ruraux surtout &#8211;, &#224; 30 ans on est d&#233;j&#224; un adulte accompli, avec des enfants, peut-&#234;tre avec des petits-enfants, tandis qu'&#224; cet &#226;ge, dans certaines couches urbaines &#8211; certes minoritaires &#8211; selon le mod&#232;le du monde du Nord, on vit encore ce que nous pourrions appeler une &#171; adolescence tardive &#187;, sans travailler, en jouissant encore de la condition d'&#233;tudiant et de l'agr&#233;able train de vie qu'apporte le manque de charges familiales. Dans toute Am&#233;rique Latine, ce puzzle acquiert une plus grande complexit&#233; encore si l'on consid&#232;re le domaine ethnique : jeunesse indienne ?, jeunesse non indienne ? Au-del&#224; de l'&#226;ge, il n'y a pas beaucoup d'&#233;l&#233;ments communs &#224; tant de r&#233;alit&#233;s si diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s latinoam&#233;ricaines ont en g&#233;n&#233;ral un profil particuli&#232;rement jeune. &#171; Jeune &#187; au moins selon les param&#232;tres qu'imposent les visions dominantes, qui ne sont pas pr&#233;cis&#233;ment n&#233;es sous ces latitudes. C'est quelque chose comme la notion de beaut&#233; : on est &#171; beau &#187; ou &#171; belle &#187; selon des sch&#233;mas eurocentriques ; un os qui traverse le nez, un poncho ou des yeux marrons ne jouissent pas de la meilleure r&#233;putation dans ce cadre, et la beaut&#233; va de pair avec le mod&#232;le du &#171; conqu&#233;rant blanc &#187;. En d'autres termes : l'esclave pense et imite la t&#234;te du ma&#238;tre. Pourquoi est-il attrayant pour les &#171; basan&#233;s &#187; du Sud de se teindre les cheveux en blond ? L'id&#233;ologie dominante est l'id&#233;ologie de la classe dominante, sans aucun doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de cette cosmovision h&#233;g&#233;monique qui con&#231;oit des esp&#233;rances de vie sup&#233;rieures &#224; 60 ans, on peut dire que les cat&#233;gories d'enfance, d'adolescence et de jeunesse repr&#233;sentent, additionn&#233;es, plus de la moiti&#233; de la population totale de l'Am&#233;rique latine. C'est-&#224;-dire que ce sont des ensembles jeunes, avec des taux de natalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;s. &#192; la diff&#233;rence de l'Europe par exemple &#8211; o&#249; la population vieillit sans renouvellement g&#233;n&#233;rationnel &#8211;, en Am&#233;rique latine, avec des indices de croissance d&#233;mographique &#233;lev&#233;s, la population totale se multiplie &#224; grande vitesse ces derni&#232;res d&#233;cennies, ce qui fait que le groupe d'&#226;ge des moins de 30 ans grandit tr&#232;s rapidement. Et c'est justement l&#224;, dans ce grand segment, qu'on rencontre des probl&#232;mes chroniques qui ne re&#231;oivent pas les r&#233;ponses ad&#233;quates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les populations jeunes des m&#233;galopoles qui s'&#233;tendent de plus en plus dans la r&#233;gion (o&#249; on trouve certaines des plus grandes m&#233;tropoles du monde, avec environ 20 millions d'habitants, et qui continuent &#224; recevoir sans cesse des immigrants internes qui fuient la pauvret&#233; chronique des campagnes), par une complexe addition de facteurs, au lieu d'&#234;tre per&#231;ues comme &#171; l'avenir &#187; du pays, le sont dans une grande mesure comme constituant un &#171; probl&#232;me &#187;. Un probl&#232;me, &#233;videmment, pour le discours dominant. Pourquoi un probl&#232;me ? Parce que les mod&#232;les de d&#233;veloppement &#233;conomique et social en vigueur ne peuvent offrir de perspectives &#224; cet &#233;norme groupe, et ce qui devrait &#234;tre une promesse pour le futur, une &#171; graine d'espoir &#187; &#8211; pour jargonner comme un politicien en campagne pros&#233;lyte &#8211; est dans une grande mesure une charge, un casse-t&#234;te pour la logique du pouvoir qui ne trouve pas de solution digne pour tant de gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons maintenant qu'il n'y a pas &#171; une &#187; jeunesse, mais des situations diverses, avec des projets dissemblables, antagonistes dans beaucoup de cas. Mais il y a un d&#233;nominateur commun : en aucun cas n'est pr&#233;sente cette figure qu'&#233;voquait Salvador Allende. La vocation r&#233;volutionnaire de la jeunesse semble s'&#234;tre &#233;teinte ; ou du moins, elle est tr&#232;s endormie. Que s'est-il pass&#233; ? Le pr&#233;sident chilien se trompait-il tellement, ou bien les circonstances ont-elles tellement chang&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le lire dans une analyse sur la r&#233;alit&#233; de la situation des pays d'Am&#233;rique centrale &#8211; applicable aussi &#224; d'autres de l'Am&#233;rique du Sud &#8211; r&#233;alis&#233;e par une de ces nombreuses agences de coop&#233;ration (sont-elles r&#233;ellement de &#171; coop&#233;ration &#187; ? Avec qui coop&#232;rent-elles si ce n'est les m&#233;tropoles ?) qui travaillent sur la probl&#233;matique juv&#233;nile (dans ce cas, l'&#233;tats-unienne USAID), &#171; le manque d'opportunit&#233;s d'&#233;ducation, de qualification et d'emploi limite gravement les options pour les jeunes et la plupart d'entre eux sont oblig&#233;s de devenir travailleurs non qualifi&#233;s avant l'&#226;ge de 15 ans. Ceci est beaucoup plus r&#233;current chez les jeunes du secteur rural. D&#233;sesp&#233;r&#233;s, beaucoup d'entre d'eux &#233;migrent dans les villes ou dans d'autres pays &#224; la recherche de travail, et un nombre chaque fois plus important tombe dans le cercle vicieux de &#171; l'argent facile &#187; dispens&#233; par le crime organis&#233; et les gangs juv&#233;niles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que pour la vision dominante de nos jours, la jeunesse, ou du moins une grande partie d'entre elle, est devenue un &#171; probl&#232;me &#187; ; r&#233;sultat, on peut rapidement &#171; tomber dans l'argent facile &#187;, dans les circuits de la criminalit&#233;, dans la marginalit&#233; dangereuse. En ce sens, elle est toujours un danger en puissance. Sans nier que ces conduites de d&#233;linquance puissent se produire, selon cette optique de coop&#233;ration que nous avons &#233;voqu&#233;e, la &#171; jeunesse &#187; &#8211; ou au moins une partie, la jeunesse pauvre, celle qui s'en est all&#233;e &#224; la ville et qui habite dans les quartiers pauvres et dangereux, celle qui n'a aucune perspective d'avenir, est intrins&#232;quement une bombe &#224; retardement. Par cons&#233;quent, il faut mettre en garde avant l'explosion. Et les sacro-saintes campagnes de pr&#233;vention sont l&#224;, &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;vention de quoi ? Que pr&#233;vient-on avec ces fameux programmes de pr&#233;vention juv&#233;nile ? Quels sont leurs pr&#233;suppos&#233;s implicites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident qu'une certaine jeunesse (celle qui n'a pas d'opportunit&#233;s, celle qui est exclue, celle qui se trouve dans les grandes agglom&#233;rations urbaines pauvres &#8211; qui, soit dit en passant, h&#233;bergent un quart de la population urbaine d'Am&#233;rique Latine) &#8211; constitue un &#171; danger &#187; pour la logique des &#233;lites dominantes. Aujourd'hui le danger n'est pas, comme Salvador Allende l'annon&#231;ait il y a presque quatre d&#233;cennies, d'&#234;tre &#171; jeune r&#233;volutionnaire &#187;. Il semblerait que la soci&#233;t&#233; bien-pensante se soit d&#233;j&#224; d&#233;barrass&#233;e de cela ; le danger de la r&#233;volution sociale et des expropriations ne sont plus &#224; l'ordre du jour. En ce moment la pr&#233;occupation dominante en ce qui concerne les jeunes &#8211; ces jeunes des cit&#233;s pauvres, bien s&#251;r &#8211; est qu'ils deviennent marginaux, qu'ils forment des gangs, qu'ils recherchent l'argent facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de pr&#233;vention en puissance semble &#234;tre de pr&#233;venir la d&#233;linquance des jeunes, mais pas qu'ils ne soient pas pauvres ! On dirait que ce dernier point ne doit pas &#234;tre abord&#233; ; ce qui pr&#233;occupe le syst&#232;me, c'est l'incommodit&#233;, la &#171; laideur &#187; qui va de pair avec la marginalit&#233; : &#234;tre membre d'un gang, &#234;tre un asocial, ne pas entrer dans les circuits de la bonne int&#233;gration. La base de cette pens&#233;e est une somme de valeurs discriminantes : avoir la peau basan&#233;e, &#234;tre tatou&#233;, avoir un certain style vestimentaire ou habiter dans certains secteurs de la ville constituent d&#233;j&#224; des stigmates. Comme la dit sarcastiquement quelqu'un : &#171; la dangerosit&#233; des jeunes est en relation inversement proportionnelle &#224; la blancheur de leur peau &#187;. Pourquoi tant de policiers &#224; &#171; la g&#226;chette facile &#187; s'acharnent sur cette jeunesse ? Que cherche-t-on alors &#224; pr&#233;venir quand on fait de la &#171; pr&#233;vention &#187; avec les jeunes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes de certaines conduites d&#233;linquantes ne sont pas abord&#233;es ici ; la pr&#233;vention, dans cette logique, est ce m&#233;canisme aseptis&#233; qui vise les sympt&#244;mes, le visible, le superficiel. On cherche cosm&#233;tiquement &#224; rendre invisible la pointe d&#233;sagr&#233;able de l'iceberg ; mais la masse principale est ignor&#233;e, alors que c'est justement le plus important ! Pourquoi l'imaginaire collectif actuel associe tr&#232;s souvent jeunesse et danger ? Parce que ce secteur, cet &#233;norme groupe, celui qui autrefois se mobilisait et, rebelle, entreprenait la critique du syst&#232;me &#8211; en prenant plus d'une fois les armes, avec une mystique d'abn&#233;gation qui semble s'&#234;tre &#233;vapor&#233;e &#8211; devient aujourd'hui toujours plus un probl&#232;me pour l'&#233;quilibre du syst&#232;me, tant le capitalisme s'englue de plus en plus &#224; ne pouvoir assimiler cette quantit&#233; croissante de population qui cherchent &#224; s' incorporer au march&#233; du travail et aux b&#233;n&#233;fices de la modernit&#233;. Face &#224; cela, face &#224; cet enfermement structurel du syst&#232;me capitaliste, la masse critique des jeunes est per&#231;ue non comme une &#171; promesse d'avenir &#187;, mais finit par &#234;tre une charge. Ne sachant que faire d'elle, et toujours selon des crit&#232;res adulto-centriques autoritaires, on finit par l'assimiler &#224; la violence, &#224; la consommation de drogue, &#224; l'alcoolisme et la paresse ; en d&#233;finitive, &#224; tout ce qui peut &#234;tre n&#233;gatif, bl&#226;mable. Si auparavant la police pouvait arr&#234;ter un jeune comme &#171; suspect de gu&#233;rilla subversive &#187;, de nos jours il peut le faire sous le soup&#231;on de &#171; violence &#187;, de &#171; pauvre &#187; ou simplement de &#171; jeune &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le syst&#232;me produit aussi des antidotes, des proth&#232;ses qui lui permettent de continuer &#224; fonctionner. Bien qu'il soit av&#233;r&#233; que la jeunesse a cess&#233; d'&#234;tre ce ferment &#171; biologiquement r&#233;volutionnaire &#187; (et un tracas pour la dynamique dominante) d'antan, et dans une certaine mesure qu'elle est aujourd'hui synonyme de &#171; suspecte &#187;, un autre mod&#232;le, nouveau sans aucun doute, appara&#238;t parall&#232;lement : le jeune &#171; engag&#233; &#187;. Mais pas d'un engagement comme celui du mod&#232;le de jeune politis&#233; d'il y a quelques d&#233;cennies, mais un engagement beaucoup plus &#171; &lt;i&gt;light &lt;/i&gt; &#187;, pour le dire avec des termes qui d&#233;notent le cadre culturel dominant : mondialisation n&#233;o-lib&#233;rale triomphante, individualisme, &#233;thique du chacun pour soi, fin des id&#233;ologies, pragmatisme et langue anglaise comme insigne du triomphe en jeu : le &#171; &lt;i&gt;number one &lt;/i&gt; &#187; comme aspiration, pour ne pas &#234;tre un &lt;i&gt;looser&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Culture &#171; &lt;i&gt;light &lt;/i&gt; &#187;, attitude &#171; &lt;i&gt;light &lt;/i&gt; &#187;&#8230; id&#233;ologie &#171; &lt;i&gt;light &lt;/i&gt; &#187; par cons&#233;quent. On dirait que c'est cela qui est en jeu, et une grande partie de la jeunesse, celle qui n'est pas soup&#231;onn&#233;e de dangerosit&#233;, celle qui n'imite pas les gangs, pr&#233;sente maintenant ce profil. Nous parlons d'une jeunesse engag&#233;e, mais pas comme celle d'un autre moment historique, ce qui l'a amen&#233;e dans beaucoup de pays latinoam&#233;ricains &#224; prendre une attitude radicale &#8211; ce qui, ne l'oublions pas, se payait de la propre vie. Il semblerait que cette jeunesse actuelle qui &#171; s'engage &#187; vis-&#224;-vis de son entourage, ne fait que participer &#224; des activit&#233;s de volontariat social, en aidant ses cong&#233;n&#232;res &#224; des services qui, bien qu'ils ne soient pas appel&#233;s &#171; caritatifs &#187;, n'en sont pas tr&#232;s loin. Que sont, sinon, tous ces volontariats qui surgissent de plus en plus avec davantage de force ? L'engagement va jusqu'&#224; s'occuper d'enfants pauvres dans un orphelinat un &lt;i&gt;week-end&lt;/i&gt;, ou de personnes &#226;g&#233;es dans une maison de retraite. Louable, &#233;videmment&#8230; mais qu'est que cela signifie ? N'est ce pas justement cela qu'ont toujours fait les scouts ou les dames de charit&#233; ? C'est &#231;a l'engagement social ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si cela est sans doute exprim&#233; trop sch&#233;matiquement, il semblerait qu'aujourd'hui la jeunesse en Am&#233;rique latine se situe principalement entre les mod&#232;les suivants : soit on est suspect (d'&#234;tre pauvre, exclu, parce qu'on porte les embl&#232;mes du dysfonctionnement &#8211; tatouages, style vestimentaire, r&#233;sidence dans un quartier pauvre et marginal, couleur de la peau, etc.), soit on est un jeune &#171; engag&#233; &#187; selon ces nouveaux sch&#233;mas de participation : engagement &lt;i&gt;light&lt;/i&gt;, d&#233;politis&#233;, en harmonie avec l'id&#233;e de responsabilit&#233; sociale patronale. Bien s&#251;r, la r&#233;alit&#233; est infiniment plus complexe que cela : la jeunesse, pour reprendre ce qu'a dit Allende, ne peut cesser d'&#234;tre rebelle. Et que cela plaise ou non, c'est un &#233;ternel ferment de changement, quel que soit le d&#233;guisement dont on l'affuble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.es.lapluma.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Pluma&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; par&lt;/strong&gt; : Jupiter Ossaba&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Marcelo Colussi&lt;/strong&gt; : Ecrivain et politologue argentin r&#233;sident au Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.argenpress.info/2010/07/juventud-en-latinoamerica-de-promesa-de.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Argenpress&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, 19 de julio de 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les maquilas en Am&#233;rique Latine</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Les-maquilas-en-Amerique-Latine</link>
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		<dc:date>2005-02-23T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marcelo Colussi</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lorsqu'un consommateur canadien ach&#232;te une chemise de la marque GAP, il la paie 34 dollars, alors que dans un atelier maquiladora (usine de montage, d'assemblage et de fabrication utilisant beaucoup de main-d'&#339;uvre) &#224; El Salvador, une ouvri&#232;re gagne 27 centimes de dollar pour sa confection. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans les ann&#233;es 1960 et 1970 certaines industries ont commenc&#233; &#224; transf&#233;rer des travaux d'assemblage depuis le territoire des Etats Unis vers l'Am&#233;rique Latine. Durant les ann&#233;es 1990, avec l'impulsion (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Notre-Amerique" rel="directory"&gt;Notre Am&#233;rique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lorsqu'un consommateur canadien ach&#232;te une chemise de la marque GAP, il la paie 34 dollars, alors que dans un atelier maquiladora (usine de montage, d'assemblage et de fabrication utilisant beaucoup de main-d'&#339;uvre) &#224; El Salvador, une ouvri&#232;re gagne 27 centimes de dollar pour sa confection.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1960 et 1970 certaines industries ont commenc&#233; &#224; transf&#233;rer des travaux d'assemblage depuis le territoire des Etats Unis vers l'Am&#233;rique Latine. Durant les ann&#233;es 1990, avec l'impulsion donn&#233;e &#224; la lib&#233;ralisation du commerce international et &#224; la mondialisation de l'&#233;conomie, ce ph&#233;nom&#232;ne n'a pas tard&#233; &#224; se r&#233;pandre &#224; l'&#233;chelle mondiale, avec l'investissement de capitaux non seulement &#233;tats-uniens, mais &#233;galement europ&#233;ens et japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique Latine, ces industries sont aujourd'hui habituellement connues sous le nom de maquilas (maquila est un terme d'origine arabe signifiant &#034;portion de grain, de farine ou d'huile qui revient au meunier pour la mouture). Ce terme est invariablement associ&#233; &#224; une pr&#233;carit&#233; du travail, &#224; une absence de libert&#233;s syndicales et de n&#233;gociations, &#224; des salaires de mis&#232;re, &#224; des journ&#233;es de travail interminables et &#233;puisantes et - il faut le souligner - &#224; l'embauche prioritaire de femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier trait permet, dans la culture machiste dominante, d'exploiter encore davantage les femmes, qui re&#231;oivent un salaire plus bas que les hommes pour un m&#234;me travail ; et qui sont plus faciles &#224; manipuler et &#224; intimider (une grossesse, par exemple, peut entra&#238;ner un licenciement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ces industries n'apportent aucun avantage pour les pays o&#249; elles s'&#233;tablissent. Par contre, elles permettent aux capitaux qui y sont associ&#233;s, de profiter des avantages propos&#233;s par les pays d'accueil : main-d'&#339;uvre bon march&#233;e et non syndicalis&#233;e, exemptions d'imp&#244;ts, absence de contr&#244;les environnementaux. Les pays qui accueillent ces industries ne re&#231;oivent rien en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relocalisation (euph&#233;misme en vogue pour d&#233;signer l'installation dans le lieu qui convient le mieux) de l'activit&#233; productive transnationale est un ph&#233;nom&#232;ne mondial. Au d&#233;part ces relocalisations se faisaient depuis les Etats-Unis vers le Mexique, l'Am&#233;rique Centrale et l'Asie, mais &#233;galement depuis Taiwan, le Japon et la Cor&#233;e du Sud vers le Sud-Est Asiatique et l'Am&#233;rique Latine, avec comme objectif l'approvisionnement du march&#233; &#233;tats-unien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, les entreprises italiennes, allemandes et fran&#231;aises ont d'abord transf&#233;r&#233; leurs activit&#233;s de production vers les pays o&#249; les salaires &#233;taient plus bas, comme la Gr&#232;ce, la Turquie et Portugal, puis, apr&#232;s la chute du Mur de Berlin, vers les pays de l'Europe de l'Est. Actuellement les pays europ&#233;ens se tournent &#233;galement vers l'Am&#233;rique Latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entreprises transf&#232;rent vers maquiladoras les travaux initiaux (mise en forme, produits interm&#233;diaires) ou de finition, ou ceux contribuant d'une mani&#232;re ou d'une autre &#224; l'&#233;laboration d'un produit destin&#233; &#224; l'exportation. Les ateliers se situent dans les &#034;zones franches&#034; ou des &#034;zones travaillant pour l'exportation &#034;. Ce sont des enclaves qui restent pratiquement hors de tout contr&#244;le. Cependant elles ne produisent jamais la totalit&#233; de la marchandise finale - elles ne constituent qu'un maillon de la cha&#238;ne, un maillon qui d&#233;pend enti&#232;rement de l'ext&#233;rieur, aussi bien en ce qui concerne l'approvisionnement en mati&#232;re premi&#232;re ou produits de base que pour ce qui a trait au march&#233; o&#249; commercialiseront les produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le sous-continent latino-am&#233;ricain, la vague n&#233;olib&#233;rale qui a balay&#233; cette r&#233;gion depuis trois d&#233;cennies a encore intensifi&#233; la pauvret&#233; structurelle et la d&#233;sindustrialisation historique. Les gouvernements et beaucoup de secteurs de la soci&#233;t&#233; civile demandent &#224; cor et &#224; cri l'installation de ces unit&#233;s de production, partant de la supposition que cela attirera des investissements, donnera lieu &#224; la cr&#233;ation d'emplois et permettra une croissance de l'&#233;conomie nationale. Malheureusement rien de tel ne se produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les entreprises transnationales cherchent &#224; abaisser au maximum les co&#251;ts de production en transf&#233;rant certaines activit&#233;s des pays industrialis&#233;s vers des pays de la p&#233;riph&#233;rie o&#249; les salaires sont bas, et ce surtout dans les branches qui n&#233;cessitent une main-d'&#339;uvre abondante (textile, assemblage de produits &#233;lectriques et &#233;lectroniques, jouets, meubles). Si ces conditions d'accueil se modifient, les entreprises quittent le pays, sans que rien ne les attache &#224; l'endroit o&#249;, dans certaines circonstances donn&#233;es, elles avaient effectu&#233; certaines op&#233;rations. Ce qui reste apr&#232;s leur d&#233;part ne les int&#233;resse pas. En fait, malgr&#233; les discours mensongers qui cherchent &#224; le faire croire, l'installation de maquilas ne s'inscrit nullement dans un projet national d'industrialisation et de modernisation productive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, ces restructurations d'entreprises d&#233;clenchent des conflits sociaux dans les pays du Nord, car des centaines d'usines ferment leurs portes en laissant des milliers de travailleurs sans emploi. Par exemple, durant les ann&#233;es 1990, plus de 90'000 emplois ont &#233;t&#233; perdus aux Etats-Unis dans la branche du textile, et 200'000 dans le secteur de l'&#233;lectronique. Le processus se poursuit en s'acc&#233;l&#233;rant. Aujourd'hui, les grandes transnationales cherchent &#224; transf&#233;rer &#224; des maquilas dans le Sud, un maximum de travaux, non seulement dans le secteur industriel, mais aussi dans diff&#233;rents secteurs des services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de d&#233;cro&#238;tre, ce ph&#233;nom&#232;ne semble encore augmenter. La signature de trait&#233;s commerciaux comme l'actuel Trait&#233; de Libre-&#233;change (TLC) entre Washington et certains pays latino-am&#233;ricains, qui pr&#233;pare l'ALCA (Zone de libre-&#233;change des Am&#233;riques), ne sont autre chose que le sc&#233;nario permettant &#224; toute la r&#233;gion de se transformer un une immense maquila. Les cons&#233;quences sont pr&#233;visibles, et elles ne sont &#233;videmment pas les meilleures pour l'Am&#233;rique Latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une certaine mesure, et toutes proportions gard&#233;es, la Chine se pr&#233;pare &#233;galement &#224; recevoir des capitaux &#233;trangers en &#233;change de l'acc&#232;s &#224; une main-d'&#339;uvre bon march&#233; et disciplin&#233;e, laissant pr&#233;voir la mise en place d'une gigantesque maquila. Il existe cependant une diff&#233;rence importante, puisqu'il existe un Etat qui r&#233;gule la vie du pays (avec parfois des caract&#233;ristiques de contr&#244;le fasciste, ne l'oublions pas) et offre des politiques au b&#233;n&#233;fice de sa population. Les maquilas latino-am&#233;ricaines n'ont pour l'heure laiss&#233; aucun b&#233;n&#233;fice, au contraire, elles cr&#233;ent une id&#233;ologie de d&#233;pendance et de soumission. Voil&#224; ce qu'est le capitalisme dans sa version mondialis&#233;e. On ne peut que dire que la lutte continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guatemala, juillet 2004&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur la marginalit&#233;</title>
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		<dc:creator>Marcelo Colussi</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s se prot&#233;gent elles-m&#234;mes ; la culture reproduit des ressemblances. Par cons&#233;quent ce qui est &#233;trange, le hors contemporain, tend &#224; &#234;tre neutralis&#233;. Le m&#233;canisme ad hoc est la s&#233;gr&#233;gation, l'exclusion. M&#233;ticuleusement Michel Foucault nous enseigne - &#171; Histoire de la folie &#224; l'&#233;poque classique &#187; - que dans la modernit&#233; occidentale (capitalisme industriel) l'espace de marginalisation de &#171; l'irrationalit&#233; &#187; fut perfectionn&#233; en d&#233;veloppant pour cela les dispositifs &#171; scientifiques &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Fil-rouge" rel="directory"&gt;Fil rouge&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s se prot&#233;gent elles-m&#234;mes ; la culture reproduit des ressemblances. Par cons&#233;quent ce qui est &#233;trange, le hors contemporain, tend &#224; &#234;tre neutralis&#233;. Le m&#233;canisme ad hoc est la s&#233;gr&#233;gation, l'exclusion. M&#233;ticuleusement Michel Foucault nous enseigne - &#171; Histoire de la folie &#224; l'&#233;poque classique &#187; - que dans la modernit&#233; occidentale (capitalisme industriel) l'espace de marginalisation de &#171; l'irrationalit&#233; &#187; fut perfectionn&#233; en d&#233;veloppant pour cela les dispositifs &#171; scientifiques &#187; pertinents : l'asile et le m&#233;decin psychiatre. La folie n'est pas seulement la maladie mentale ; c'est le &#171; surplus &#187; de la logique dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en d&#233;crivant la Salp&#234;tri&#232;re - la plus grande maison de fous d'Europe - au XVIII &#232;me si&#232;cle , Th&#233;non dit : &#171; on re&#231;oit des femmes et des filles enceintes, des nourrisses avec leurs enfants ; des enfants m&#226;les de 7 ou 8 mois jusqu'&#224; 4 ou 5 ans ; des enfants de tous les &#226;ges ; vieux et vieilles, fous furieux, imb&#233;ciles, &#233;pileptiques, paralytiques, aveugles, estropi&#233;s, teigneux, incurables de toute classe, etc.. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; &#171; produit &#187; ses marginaux. Dans notre cosmovision occidentale (de nos jours d&#233;j&#224; globale) la raison est la r&#232;gle qui guide la marginalisation ; les divergences qui la concerne sont sanctionn&#233;es comme insens&#233;es, inad&#233;quates. La consigne est : &#171; le r&#234;ve de la raison produit des monstres &#187;. On peut certainement faire entrer dans cette divergence tout ce qu'on souhaite (le &#171; etc.. &#187; de l'&#233;num&#233;ration de Th&#233;non).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute soci&#233;t&#233; maintient une accumulation de r&#232;gles qui constituent sa normalit&#233; ; la soci&#233;t&#233; industrielle, plus qu'aucune autre (certainement compte tenu de la complexit&#233; de son fonctionnement) pr&#233;serve sa normalit&#233; en s&#233;parant gravement les &#171; corps &#233;trangers &#187;. Dans des soci&#233;t&#233;s moins complexes, l'espace pour la marginalit&#233; est plus petit ; dans un monde super sp&#233;cialis&#233;, avec une division du travail marqu&#233;e, profond&#233;ment comp&#233;titif, il est davantage possible que quelqu'un reste sur le chemin de l'int&#233;gration. Dans un monde tellement multidisciplinaire, il y a plus de place pour les sous mondes ; il est ainsi que nous trouvons des sous mondes de la p&#232;gre, de la mendicit&#233;, des drogues, de la vie dans les rues (il faudra ajouter ceux des &#171; incurables de toute classe &#187; ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233;, la tol&#233;rance, l'altruisme dans leur acception la plus large ne sont pas, n&#233;cessairement, ce qui caract&#233;rise le plus dans l'exp&#233;rience humaine. La tendance &#224; la s&#233;gr&#233;gation ressort avec trop de facilit&#233;. &#171; La Communaut&#233; humaine est maintenue unie gr&#226;ce &#224; deux facteurs : l'empire de la violence et les liens affectifs &#187; dit Freud dans une r&#233;flexion soupes&#233;e de sa maturit&#233; (&#171; El pourquoi de la guerre &#187;, 1932). Amour et haine vont de paire, indissolublement. Ce qui est &#233;tranger, avant tout, produit un rejet. De l&#224;, &#224; la stigmatisation il y a seulement un pas. De nos jours on ne br&#251;le pas sur des b&#251;chers les poss&#233;d&#233;s (&#171; incurables toute classe &#187; et &#171; etc.. &#187;) mais on les marginalise avec le plus grand soin : on les confine (dans des asiles de tout poil : asiles, prisons, maisons d'arr&#234;ts, centres g&#233;riatriques, maisons de charit&#233;). Sans ironie : cela est une am&#233;lioration dans la condition humaine. Mais le discordant continue &#224; &#234;tre le l&#233;preux d'autrefois : encagoul&#233; et avec une cloche pour annoncer son passage. Sont moins nombreux les pays dont la constitution (et ensuite dans la pratique quotidienne) assurent la non discrimination des minorit&#233;s d&#233;savantag&#233;es. La bienfaisance est une forme de s&#233;gr&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions conclure que la marginalisation est un processus &#171; naturel &#187; de la soci&#233;t&#233; complexifi&#233;e qui soutient dans des caract&#233;ristiques propres ce qui est humain. Cela fait peur, et par cons&#233;quent on marginalise, tant un vagabond qu'un d&#233;lirant ou un handicap&#233; mental, un homosexuel autant qu'un s&#233;ropositif, une prostitu&#233;e ou un d&#233;linquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers une nouvelle marginalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soldat qui retourne de la guerre ou un ch&#244;meur ne sont pas des marginaux ; ils ont la possibilit&#233; de s'int&#233;grer &#224; nouveau dans le tissu social dont, pour des raisons diverses, ils ont &#233;t&#233; &#233;loign&#233;s. Et dans en sens strict ne l'est pas non plus l'anachor&#232;te qui a choisi la vie isol&#233;e et &#233;loign&#233;e. La marginalit&#233; entra&#238;ne la marque de ce qui est bl&#226;mable moralement, de ce qui est anath&#233;matis&#233;. Il s'ensuit que l'on isole, y compris physiquement en confinant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, le monde prend de telles caract&#233;ristiques qui font que le ph&#233;nom&#232;ne de la marginalit&#233; cesse d'&#234;tre quelque chose de circonstanciel pour devenir d&#233;j&#224; structurel. De nos jours, nous assistons &#224; la marginalisation pas seulement du pauvre en haillons, du mendiant dans la porte de l'&#233;glise, mais de populations enti&#232;res. On parle de secteurs marginaux. Bien que personne ne le dise &#224; haute voix, la logique qui cimente cette nouvelle exclusion part de l'hypoth&#232;se qu'il y a des &#171; gens en trop &#187;. La crainte malthusienne du XIX&#232;me si&#232;cle para&#238;t prendre corps dans des politiques concr&#232;tes qui prescrivent qu'il n'y ait pas plus de gens dans la plan&#232;te (et si on peut moins, tant mieux). La tendance en marche para&#238;trait &#234;tre un monde double : un fonctionnaire, celui int&#233;gr&#233;, et un autre en sur plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus par lequel on arrive &#224; cette situation est s&#251;rement li&#233; au d&#233;veloppement sp&#233;cial de productivit&#233; actuelle : une technique &#233;blouissante qui finit par se passer du sujet qui la con&#231;oit. L'&#234;tre humain commence &#224; &#234;tre en trop. Il existe un sexe cybern&#233;tique dans lequel l'autre en chaire et en os n'est pas n&#233;cessaire ; l'image virtuelle a remplac&#233; le couple. La robotique se passera-elle des gens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poids relatif des pays pauvres est chaque fois plus petit dans le concert international. Les mati&#232;res premi&#232;res perdent de la valeur devant les produits qui ont une haute technologie int&#233;gr&#233;e. Les pauvres sont chaque fois plus pauvres ; et chaque fois ils sont plus confin&#233;s aux secteurs marginaux. Sont-ils en trop ? La pauvret&#233; est davantage d&#233;limit&#233;e davantage situ&#233;e dans des ghettos (peut-&#234;tre nouvelle forme d'asiles). Mais tragiquement ces grands &#171; sacs &#187; ne sont pas des minorit&#233;s discordantes mais deviennent des dominants. Les contours des grandes villes du Tiers Monde (et aussi, bien que dans une moindre mesure, de celles du Nord) les zones marginales croissent de fa&#231;on incontr&#244;lable. Dans quelques cas y loge d&#233;j&#224; la moiti&#233; de la population de quelques villes. &#201;videmment le ph&#233;nom&#232;ne n'est pas marginal. Les chiffres parlent d'eux m&#234;mes : une naissance sur trois dans le monde a lieu dans des secteurs urbains- marginaux ; et il y a 3 naissances par seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Banque Mondiale d&#233;finit la pauvret&#233; comme &#171; l'incapacit&#233; d'obtenir un niveau minimum de vie &#187;. Un handicap&#233; (un aveugle, un parapl&#233;gique) peut &#234;tre dans l'incapacit&#233;. Mais des populations enti&#232;res, ne le sont pas. L'impossibilit&#233; d'obtenir un niveau minimal de subsistance est situ&#233;e, en tout cas, dans des conditions qui vont au del&#224; ce qui est personnel. La pauvret&#233; croissante qui accable des secteurs chaque fois plus importants dans le monde n'est pas seulement d&#233;pourvue de la capacit&#233; de se procurer de quoi vivre ; on parle, plut&#244;t, d'un nouveau style de marginalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme qu'a prise le d&#233;veloppement du monde dans l'&#232;re actuelle post industriel est curieuse, et en m&#234;me temps alarmante. Nous assistons &#224; une r&#233;volution scientifique- technique monumentale, qui s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; une vitesse vertigineuse, mais ce qui devrait &#234;tre au centre de tout, l'&#234;tre humain concret, reste de c&#244;t&#233;. L'&#232;re des communications, mais la moiti&#233; de la population mondiale n'est &#224; pas moins d'une heure du t&#233;l&#233;phone le plus proche ; l'essor de l'informatique, mais un tiers de l'humanit&#233; n'a pas le moindre acc&#232;s &#224; l'&#233;nergie &#233;lectrique. On d&#233;pense plus de 20.000 dollars par seconde dans des armements tandis que beaucoup n'atteignent pas le niveau minimum de survie. Quelque chose manque dans l'id&#233;e de progr&#232;s. Quelque chose ne vas pas si l'on peut arriver &#224; accepter naturellement l'existence de secteurs marginaux (quartiers, populations, peut-&#234;tre pays, continents ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois plus de gens sont marginalis&#233;s de la richesse que l'Humanit&#233; produit. La marginalisation nouvelle fa&#231;on produit des &#238;les de splendeur prot&#233;g&#233;es jalousement de majorit&#233;s 'exc&#233;dents'. Et tant que chaque fois plus des gens resteront en marge du festin, plus il y existera des possibilit&#233;s d'instabilit&#233; et de manifestations &#233;ventuelles. Ce n'est pas l'intention du pr&#233;sent article de pr&#233;senter les solutions &#224; un probl&#232;me aussi difficile, mais bien d'apporter quelque chose dans le d&#233;bat &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme conclusion - et en invitant &#224; continuer l'analyse - disons que bien que le bonheur et la concorde des hommes soient plus un mythe qu'une exp&#233;rience concr&#232;te, elles seront de toute fa&#231;on inaccessibles tant qu'il y aura quelqu'un qui pense - ou agisse en consid&#233;rant - qu'il y a trop des gens dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buenos Aires, 15 ao&#251;t le 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction libre de l'espagnol pour &lt;i&gt;El Correo&lt;/i&gt; de :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un rideau se l&#232;ve sur l'Am&#233;rique centrale apr&#232;s la guerre froide et ... c'est toujours la m&#234;me chose.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Un-rideau-se-leve-sur-l-Amerique-centrale-apres-la-guerre-froide-et-c-est-toujours-la-meme-chose</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marcelo Colussi</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pour ceux qui vivent en dehors de l'Am&#233;rique Centrale, celle-ci repr&#233;sente une r&#233;gion assez m&#233;connue. C'est, &#224; l'exception des distances, comme l'Afrique noire : une zone diffuse, dont on ne conna&#238;t pas avec exactitude les pays qui l'int&#232;grent, et dont il existe une id&#233;e vague de l'ensemble, toujours en terme de pauvret&#233;, de retard de d&#233;veloppement, de conditions de vie tr&#232;s difficiles, d'impunit&#233; et corruption des &#201;tats, avec des dynamiques sociales de haute violence. L'Am&#233;rique Centrale, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Notre-Amerique" rel="directory"&gt;Notre Am&#233;rique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour ceux qui vivent en dehors de l'Am&#233;rique Centrale, celle-ci repr&#233;sente une r&#233;gion assez m&#233;connue. C'est, &#224; l'exception des distances, comme l'Afrique noire : une zone diffuse, dont on ne conna&#238;t pas avec exactitude les pays qui l'int&#232;grent, et dont il existe une id&#233;e vague de l'ensemble, toujours en terme de pauvret&#233;, de retard de d&#233;veloppement, de conditions de vie tr&#232;s difficiles, d'impunit&#233; et corruption des &#201;tats, avec des dynamiques sociales de haute violence. L'Am&#233;rique Centrale, dans cette logique est, sans plus, synonyme de r&#233;publique banani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re, elle fonctionne effectivement comme un bloc. Outre la question g&#233;ographique, il existe une quantit&#233; d'&#233;l&#233;ments qui lui conf&#232;re une certaine unit&#233; &#233;conomique, politique, sociale et culturelle. Les pays qui la forment : Le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Salvador, Belize, Panama et le Costa Rica, &#224; l'exception de ce dernier, pr&#233;sentent les indices de d&#233;veloppement plus faibles que le continent, avec Ha&#239;ti dans les Antilles une des nations les plus indigentes du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Cette zone est tr&#232;s pauvre ; bien qu'elle compte beaucoup de ressources naturelles, son histoire la place dans une situation de prostration et de retard tr&#232;s grand. Elle est principalement agro-exportatrice, avec de petites aristocraties nationales - h&#233;riti&#232;res dans beaucoup de cas des privil&#232;ges f&#233;odaux issus de la colonie - qui &#224; travers les si&#232;cles ont dirig&#233; ces pays par le crit&#232;re de propri&#233;t&#233;. Commenc&#233; d&#233;j&#224; le troisi&#232;me mill&#233;naire et apr&#232;s les guerres destructrices des derni&#232;res d&#233;cennies, rien de ceci a substantiellement chang&#233;. Les produits primaires sont encore la base de l'&#233;conomie : caf&#233;, sucre, fruits tropicaux, bois. Durant les derni&#232;res ann&#233;es on a un peu favoris&#233; le processus de modernisation, en installant dans toute la zone des industries, profitant surtout d'une main d'oeuvre bon march&#233; et peu ou pas syndicalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;G&#233;n&#233;ralement les capitaux en question sont internationaux, et cette industrie ne repr&#233;sente pas un v&#233;ritable facteur de d&#233;veloppement &#224; long terme. R&#233;cemment, avec des degr&#233;s diff&#233;rents mais, avec comme d&#233;nominateur commun toute la r&#233;gion, on a augment&#233; le nombre des affaires dites &#034;sales &#034; : blanchiment de narcodollars, et trafic de stup&#233;fiants, etc. De fait, aujourd'hui la zone est le passage oblig&#233; d'une bonne partie de la drogue qui, provenant du sud, est achemin&#233;e vers les Etats-Unis. Ceci a dynamis&#233; les &#233;conomies locales, sans favoriser les grandes masses &#233;videmment, mais a permis l'&#233;mergence de nouveaux acteurs &#233;conomiques et politiques li&#233;s &#224; des activit&#233;s illicites, tol&#233;r&#233;es par les &#201;tats respectifs, et qui parfois les dirigent depuis l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;La population dans toute la r&#233;gion est majoritairement rurale ; r&#232;gne le paysan pauvre, qui combine le travail dans les grandes propri&#233;t&#233;s consacr&#233;es &#224; l'agro-exportation avec des &#233;conomies primaires d'auto subsistance. La location de la terre se caract&#233;rise par une diff&#233;rence marqu&#233;e entre les types de propri&#233;t&#233; -familles de souche aristocratique, dans beaucoup de cas avec des si&#232;cles de privil&#232;ges dans son domaine- et des paysans avec de petites parcelles (un ou de deux hectares, ou moins m&#234;me) qui, avec des technologies primitives, parviennent &#224; peine &#224; couvrir leurs besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Dans toute la r&#233;gion on note la pr&#233;sence de population indig&#232;ne, le Guatemala &#233;tant le pays qui en pr&#233;sente un plus grand pourcentage : plus de deux tiers - de fait, la nation latinoam&#233;ricaine avec la plus grande pr&#233;sence d'habitants d'ethnies non europ&#233;ennes. Dans ce cas particulier -ce qui n'est pas aussi fort dans les autres pays de l'isthme- cela cr&#233;e une dynamique sociale effront&#233;ment raciste, sachant que les mayas sont les groupes les plus exclus et les plus mis &#224; la marge en termes &#233;conomiques, politiques et sociaux. Un ph&#233;nom&#232;ne semblable se r&#233;p&#232;te avec les minorit&#233;s indig&#232;nes le long de toute Am&#233;rique Centrale. Il faut mentionner aussi la pr&#233;sence d'une population noire, mais pas pour un pourcentage &#233;lev&#233; comme c'est le cas dans les &#238;les des Cara&#239;bes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;La migration interne depuis de la campagne vers les villes en recherche de meilleurs horizons - aggrav&#233;e par des guerres civiles d&#233;vastatrices durant ces derni&#232;res d&#233;cennies qui ont forc&#233; de nombreux habitants quitter leur village d'origine- constitue un fort &#233;l&#233;ment des dynamiques sociales dans toutes les r&#233;publiques d'Am&#233;rique Centrale, ce qui donne comme r&#233;sultat la croissance d&#233;mesur&#233;e et d&#233;sorganis&#233;e des capitales. Ce qui a conduit &#224; une forte expansion des quartiers p&#233;riph&#233;riques populeux, sans service de base, avec des populations qui survivent &#224; partir d'&#233;conomies souterraines pauvres : commerce informel, travail des enfants, invitation &#224; la d&#233;linquance.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Dans l'ensemble (le Costa Rica est l'exception) la situation des femmes est tr&#232;s d&#233;savantag&#233;e par rapport &#224; celle des hommes. En comparaison des chiffres traditionnels, le nombre de grossesses est tr&#232;s &#233;lev&#233; : avec une moyenne de cinq en ville (il y a une forte mortalit&#233; infantile), et plus encore dans des secteurs ruraux. Les taux d'analphab&#233;tisme, en soi tr&#232;s &#233;lev&#233;, l'est encore plus chez les femmes. Et leur participation dans la vie politique est faible.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;La situation environnementale de tout l'isthme est pr&#233;occupante. Suite au manque de planification &#224; long terme, des entreprises rapaces qui d&#233;p&#232;cent les ressources naturelles et d'&#201;tats corrompus qui tol&#232;rent tout type de pillage, la zone montre une d&#233;t&#233;rioration marqu&#233;e dans ses aspects &#233;cologiques : disparition de for&#234;ts, manque d'eau potable, pollution g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Bien que toute l'Am&#233;rique latine soit, depuis le d&#233;but du XX&#232;me Si&#232;cle, le continent est une zone d'influence am&#233;ricaine et dans le cas de l'Am&#233;rique Centrale ceci est grossi&#232;rement plus notoire. Ses pr&#233;sidents arrivent avec l'approbation de l'ambassade am&#233;ricaine (appel&#233;e simplement &#034;l'Ambassade&#034;, ce qui en dit beaucoup du panorama g&#233;n&#233;ral). L'empire du nord, bien qu'il soit reconnu dans son r&#244;le de ma&#238;tre dominant, ne cesse pas d'&#234;tre en m&#234;me temps un foyer d'attraction pour toutes les populations : pour les classes &#233;lev&#233;es, comme centre de r&#233;f&#233;rence politique et culturelle ; pour les masses appauvries, comme un interm&#233;diaire de salut &#233;conomique. De fait la recette de devises &#224; partir des envois faits chaque mois par les parents &#233;migr&#233;s (main d'oeuvre bon march&#233; et non qualifi&#233;e aux Etats-Unis) constitue pour toute la zone une des principales sources de survie (dans quelques pays, et suivant des circonstances conjoncturelles, elle occupe la premi&#232;re place).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Dans ce sens, puisqu'elle joue ce r&#244;le de r&#233;f&#233;rence oblig&#233; dans les logiques quotidiennes et de long terme, l'Am&#233;rique du Nord est un &#233;l&#233;ment d&#233;cisif pour comprendre l'histoire, la conjoncture actuelle et le futur de l'isthme d'Am&#233;rique Centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;Am&#233;rique Centrale et la Guerre Froide&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Les pays qui forment actuellement la r&#233;gion d'Am&#233;rique Centrale ont &#233;t&#233; des colonies de l'Espagne, &#224; l'exception de Belize, qui a &#233;t&#233; une enclave britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Au d&#233;but du XIX&#232;me si&#232;cle, avec la fi&#232;vre libertaire qui a balay&#233; le continent, ils obtiennent leur ind&#233;pendance de la m&#233;tropole. Mais rapidement les probl&#232;mes ont commenc&#233;. Ils ont &#224; l'origine constitu&#233; une unit&#233;, en continuant son statut de Capitainerie G&#233;n&#233;ral de l'&#233;poque coloniale, o&#249; r&#233;unis ils formaient un tout, avec Guatemala comme capitale. Peu apr&#232;s s'est constitu&#233;e, on a dissous l'Union d'Am&#233;rique centrale, donnant naissance aux &#201;tats qui existent actuellement dans la zone.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Formellement ind&#233;pendants de l'Espagne, en r&#233;alit&#233; ils n'ont &#233;t&#233; jamais constitu&#233;s pleinement dans des r&#233;publiques souveraines avec des projets nationaux propres. Vers la fin du XIX eme si&#232;cle ils faisaient d&#233;j&#224;, plus ou moins, partie du cercle d'int&#233;r&#234;t g&#233;ostrat&#233;gique que les Etats-Unis commen&#231;aient &#224; tracer. Depuis ce moment l&#224; ils sont - comme il est tellement habituellement dit - son &#034;arri&#232;re cour&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Les aristocraties natives ont toujours &#233;t&#233; align&#233;es avec les puissants du nord ; on a l&#224; un processus d'accommodement r&#233;ciproque : des oligarchies qui produisaient &#224; de bas co&#251;ts des produits pour le march&#233; am&#233;ricain, et qui ouvraient simultan&#233;ment les portes aux investissements am&#233;ricains pour le pillage des richesses nationales. En m&#234;me temps -ceci a marqu&#233; l'histoire de tout le XX&#232;me si&#232;cle- ces pays apportaient main d'oeuvre bon march&#233;, toujours en situation migratrice ill&#233;gale, pour les travaux moins qualifi&#233;s aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Dans tout le sous-continent latino-am&#233;ricain, l'Am&#233;rique centrale a &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;e comme la r&#233;gion la plus pauvre, avec des structures tr&#232;s li&#233;es &#224; la colonie, avec un fonctionnement &#233;conomico social de type quasi f&#233;odal, tandis que d'autres pays, aussi ex colonie espagnoles, suivaient des mod&#232;les de d&#233;veloppement industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;L'ing&#233;rence politique de Washington dans la r&#233;gion a &#233;t&#233; notoire ; plus encore : effront&#233;e, depuis 1900. Sauf Costa Rica -qui m&#233;rite un traitement distinct, &#233;tant la &#034;Suisse d'Am&#233;rique centrale&#034; - l'histoire politique de l'isthme a &#233;t&#233; toujours marqu&#233;e par des dictatures militaires en vrac, avec &#034;l'Oncle Sam&#034; au milieu. Des invasions, complots et manoeuvres d&#233;stabilisatrices peuvent &#234;tre compt&#233;es par des douzaines. La CIA a fait son &#034;bapt&#234;me de feu&#034; avec une campagne d'action cach&#233;e au Guatemala, en 1954.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Dans cette logique, sur l'horizon de cette histoire d'exploitation, pauvret&#233; et intervention &#233;trang&#232;re, et &#224; partir de l'espoir qu'ouvrirait la R&#233;volution cubaine de 1959, entre les d&#233;cennies 60 et 70 commencent &#224; &#233;merger des mouvements arm&#233;s en r&#233;action devant un tel &#233;tat de choses. Le Guatemala, puis le Nicaragua, enfin le Salvador, ont d&#233;velopp&#233; des expressions partisanes qui ont cr&#251;, progressivement. Au Nicaragua, le Front Sandiniste de Lib&#233;ration Nationale (FSLN), vers 1979, a fini par prendre le pouvoir en d&#233;pla&#231;ant &#224; la dictature plus vieille qu'Am&#233;rique Centrale -celle de la famille Somoza, tristement connue pour sa cruaut&#233;- et a commenc&#233; la construction d'une exp&#233;rience socialiste et anti-imp&#233;rialiste. Au Salvador, vers la fin des ann&#233;es 80, ils ont &#233;t&#233; sur le point de renverser le gouvernement. Au Guatemala -le mouvement partisan le plus vieux de la zone- a rassembl&#233; ses forces, arrivant &#224; avoir une pr&#233;sence nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Ces expressions politiques, - d'action arm&#233;e, avec une pr&#233;sence fondamentale de la population campagnarde - en plus de repr&#233;senter sans doute le m&#233;contentement historique des masses paup&#233;ris&#233;es, ont aussi fait partie de la lutte id&#233;ologique et militaire qui marque une bonne partie de la seconde &#171; post &#187; guerre du XX &#232;me si&#232;cle : la Guerre Froide. Guerre &#224; mort entre deux projets de vie, entre deux mod&#232;les de d&#233;veloppement et de conception du monde ; guerre qui s'est exprim&#233;e sur de nombreux fronts, et dans laquelle l'Am&#233;rique centrale a &#233;t&#233; un domaine de bataille de grande importance.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Le bloc socialiste a &#233;t&#233; fortement impliqu&#233; ; Cuba, par sa proximit&#233;, a &#233;t&#233; le point de r&#233;f&#233;rence le plus proche. Pr&#233;paration politique, id&#233;ologique et militaire &#233;taient pr&#233;sentes d&#232;s le d&#233;but de ces mouvements ; Moscou est toujours apparue comme une importante instance dans cette dynamique. D'autre part, comme r&#233;ponse &#224; ces projets de transformation sociale, les oligarchies locales, avec leurs Forces Arm&#233;es respectives, et la pr&#233;sence universelle de Washington comme derni&#232;re r&#233;f&#233;rence, ont d&#233;charg&#233; tout leur poids r&#233;pressif pour &#233;viter que ces initiatives r&#233;volutionnaires puissent cro&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Aux propositions de changement social faites par ces mouvements (au Nicaragua, m&#234;me, en &#233;tant arriv&#233; &#224; prendre le pouvoir, et en commen&#231;ant effectivement le processus de transformation), ils ont subi encore des r&#233;pressions brutales. Campagnes de &#034;terre br&#251;l&#233;e&#034; au Guatemala, les &#034;contras&#034; au Nicaragua, la guerre sale au Salvador, les bases des &#171; contras &#187; au Honduras, et un temps au Costa Rica, aucun coin du secteur d'Am&#233;rique centrale a &#233;chapp&#233; aux machines de guerre. La zone est devenue couleur sang. Le discours militaris&#233; a inond&#233; la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre nucl&#233;aire des missiles sovi&#233;tiques et am&#233;ricains qui n'a jamais germ&#233;e s'est traduite, notamment, &#224; travers les guerres gu&#233;rillas et des tactiques contre insurg&#233;es dans les montagnes d'Am&#233;rique centrale. Les morts, bien s&#251;r, furent des centroam&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;Et maintenant : encore plus de la m&#234;me chose ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;La Guerre Froide est termin&#233;e. Le bloc sovi&#233;tique n'existe plus. Les id&#233;aux socialistes, ceux qui ont mis en marche les mouvements de gu&#233;rilla, sont aujourd'hui, si non rejet&#233;s totalement, au moins en th&#233;rapie intensive. De toute fa&#231;on les causes structurelles qui ont motiv&#233; politiquement ces r&#233;ponses arm&#233;es par les groupes les plus avanc&#233;s dans les diff&#233;rents pays de l'Am&#233;rique Centrale, persistent encore. Au Nicaragua m&#234;me, o&#249; un de ces groupes a &#233;t&#233; au pouvoir et a dirig&#233; le pays durant une d&#233;cennie, les causes profondes g&#233;n&#233;ratrices de pauvret&#233; - m&#234;me s'il n'y a plus la famille Somoza - persistent. De ce changement entam&#233; un temps, aujourd'hui d&#233;j&#224; rien reste.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Il a eu beaucoup de changements durant ces derni&#232;res ann&#233;es, depuis la chute du mur de Berlin. Mais les raisons qui ont permis l'&#233;mergence du socialisme comme vision contestataire du monde, comme forme de lutte contre les injustices sociales, demeurent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;La Guerre Froide s'est exprim&#233;e en Am&#233;rique Centrale &#224; travers les guerres qui ont saign&#233;es ses pays pendant des ann&#233;es, fait d&#233;j&#224; partie de l'histoire ; mais les suites de ces guerres sont l&#224; encore, et continueront &#224; l'&#234;tre encore durant longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;En r&#233;alit&#233;, une fois termin&#233;e les ench&#232;res entre les deux mod&#232;les en conflit avec le triomphe d'un de d'eux et la disparition de l'autre, on n'a pas r&#233;solu les probl&#232;mes de fond qui existent toujours face &#224; ces deux visions de l'univers ; si la guerre a pris fin, son moteur est toujours l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; partir de l&#224; on a suivi concr&#232;tement les agendas de paix des diverses r&#233;gions de la plan&#232;te, l'Am&#233;rique Centrale notamment. Des agendas qui, en tout cas, ne parlent pas tant des processus de d&#233;passement des diff&#233;rences dans les espaces locaux o&#249; les conflits &#233;taient ouvertement exprim&#233;s (comme en Moyen-Orient, ou en Afrique sub-saharienne), mais de la n&#233;cessit&#233; et/ou du besoin des puissances -les Etats-Unis &#224; la t&#234;te- &#224; &#233;liminer des zones chaudes, probl&#233;matiques. &#192; leur tour les gu&#233;rillas ont sign&#233; la paix, en r&#233;alit&#233;, parce qu'elles n'avaient pas une autre sortie devant la nouvelle sc&#232;ne ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Certainement, le fait de ne pas coexister quotidiennement avec la guerre est un pas en avant. Aujourd'hui des enfants continuent &#224; mourir de faim, des femmes lors d'accouchements sans l'attention n&#233;cessaire, mais personne ne meurt dans une embuscade, en foulant une mine, d'un coup de canon. Ceci n'est pas peu. Mais si on surveille le ph&#233;nom&#232;ne &#224; la lumi&#232;re de l'analyse historique il est &#233;vident que les guerres de cette r&#233;gion ont comme cause la faim, l'absence de protection, l'exclusion en d&#233;finitive. Et ceci n'a pas chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce qui attend maintenant l'Am&#233;rique centrale ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Comme premi&#232;re t&#226;che, r&#233;soudre les probl&#232;mes imm&#233;diats d&#233;riv&#233;s des conflits arm&#233;s : les probl&#232;mes mat&#233;riels, psychologiques, culturels. Depuis quelques ann&#233;es, suivant les moments dans chaque cas, on travaille sur cela. Toutefois, ce qui est investi pour la reconstruction post -guerre est incommensurablement plus petit que ce qu'on destinerait aux guerres, c'est pourquoi les blessures et les pertes ne paraissent pas pouvoir &#234;tre d&#233;pass&#233;es avec un grand succ&#232;s. Il n'y a pas eu -du temps est pass&#233; pour cela- un &#233;quivalent au plan Marshall europ&#233;en pour r&#233;activer les &#233;conomies. Des appuis de la Communaut&#233; internationale sont arriv&#233;s, mais pas beaucoup plus grands que ceux qui pourraient y avoir apr&#232;s toute catastrophe nationale. En d&#233;finitive, il n'y a pas eu un v&#233;ritable processus de reconstruction sur de nouveaux param&#232;tres : tout a continu&#233; sans grande diff&#233;rence et les aides n'ont servi &#224; mettre en marche aucune transformation de base. La pacification du secteur, la structure &#233;conomique n'ont eu aucun changement substantiel : on n'a pas modifi&#233; l'appartenance de la terre, on n'est pas sorti des mod&#232;les agro-exportateurs, on n'a commenc&#233; aucun processus tangible de modernisation industrielle. La grande majorit&#233; de la population continue a &#234;tre une main d'oeuvre non qualifi&#233;e, bon march&#233;, avec organisation syndicale faible ou nulle. Dans d'autres termes : la m&#234;me chose et davantage encore.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Sur le plan politique et culturel les choses n'ont pas sp&#233;cialement chang&#233;. L'impunit&#233; continue &#224; dominer. C'est l'&#233;l&#233;ment principal qui d&#233;finit la situation g&#233;n&#233;rale apr&#232;s les conflits de guerre subis. Les aristocraties se maintiennent apr&#232;s cette p&#233;riode, sans grand inconv&#233;nient dans leurs privil&#232;ges. Au Nicaragua, elles sont ouvertement retourn&#233;es au pouvoir, - apr&#232;s le printemps sandiniste- qui s'est termin&#233; orageusement, pour divers motifs. Au Guatemala, elles ont d&#251; partager quelques parties du pouvoir, &#224; leur regret sans doute, avec les forces arm&#233;es qui ont veill&#233; sur leurs propri&#233;t&#233;s durant des ann&#233;es, ceux qui sont devenus maintenant nouveaux riches avec le maniement des &#233;conomies &#034;r&#233;chauffes&#034; : trafic de drogues, contrebande, crime organis&#233;. Mais dans toute la r&#233;gion d'Am&#233;rique centrale la r&#232;gle dominante est encore : l'impunit&#233;. Apr&#232;s les atrocit&#233;s auxquelles ont donn&#233; lieu les guerres, il n'y a eu aucun jugement d'aucun responsable de tant de crimes, de tant de destructions. Y compris beaucoup d'assassins de guerre continuent &#224; d&#233;tenir des charges publiques sans la moindre honte.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;La construction de la paix comme processus tangible et irr&#233;versible n'est pas, jusqu'&#224; pr&#233;sent, un fait indubitable. Tant qu'on ne r&#233;visera pas s&#233;rieusement l'histoire, que ne seront pas d&#233;placer les causes structurelles qui sont &#224; la base des confrontations arm&#233;es et que justice ne sera pas faite contre les responsables des crimes de guerre -comme cela s'est pass&#233;, par exemple, en Europe avec la hi&#233;rarchie nazi- il est impossible de pacifier r&#233;ellement les soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Il y a, comme c'est le cas actuellement, quelques chiffons d'eau froide, mais les blessures profondes qui ont provoqu&#233; la haine et les positions irr&#233;conciliables ne pourront pas dispara&#238;tre si on n'aborde pas avec s&#233;rieux ces &#233;ch&#233;ances en suspens. La violence galopante qu'on voit dans la zone - criminalit&#233;, persistance d'escadrons de la mort, d&#233;linquance ambulante, lynchages dans quelques cas -ce sont des expressions de cette histoire non &#233;labor&#233;e. Il peut y avoir des &#034;agendas de la paix&#034;, mais on ne vit pas r&#233;ellement en paix.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#244;le jou&#233; par les Etats-Unis est encore le m&#234;me : h&#233;g&#233;monique, dominateur total. On voit m&#234;me le cas paradoxal o&#249;, les guerres locales finies, la grande puissance se permet de promouvoir des programmes d'appui aux victimes de toute cette cruaut&#233; qu'elle-m&#234;me a favoris&#233;e. Et non par sentiment de faute pr&#233;cis&#233;ment, mais comme une partie de cette m&#234;me strat&#233;gie de domination de toujours, de mise &#224; jour aujourd'hui, et ad&#233;quate aux circonstances correspondantes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Les mouvements partisans signataires de la paix, -qui en tout cas ont suivi un processus pratiquement impos&#233;- une fois pass&#233;s &#224; la lutte politique sur le plan civil n'ont pas pu &#233;laborer des strat&#233;gies d'impact pour les majorit&#233;s, &#233;tant alors loin d'&#234;tre organis&#233;s de fa&#231;on &#224; pouvoir r&#233;ellement produire des changements profonds. Le cas du sandinisme, venant d'un processus o&#249; en effet, il a d&#233;tenu le pouvoir politique, a fait face avec une faiblesse de proposition relative au programme qui - tout para&#238;trait l'indiquer - laisse para&#238;tre un difficile retour &#224; la maison pr&#233;sidentielle &#224; court terme (trois &#233;lections o&#249; ils ne triomphent pas). Pour les populations pauvres, &#234;tre all&#233; aux Etats-Unis, travailler dans n'importe quoi et accumuler quelques dollars, est encore l'objectif dor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Comme un nouvel h&#233;ritage laiss&#233; par la fin de la Guerre Froide dans le secteur d'Am&#233;rique centrale - processus qui en r&#233;alit&#233; est &#233;tendu &#224; toute Am&#233;rique latine, mais qui dans cette zone a des cot&#233;s tr&#232;s marqu&#233;s - c'est la prolif&#233;ration d'&#233;glises &#233;vang&#233;liques fondamentalistes. N&#233;s comme strat&#233;gie politique cach&#233;e des Etats-Unis pour s'opposer &#224; la croissante Th&#233;ologie de la Lib&#233;ration catholique des ann&#233;es 60 et 70 avec leur &#034;option pour les pauvres&#034;, ces groupes ont inond&#233; la r&#233;gion en portant un message de d&#233;sint&#233;r&#234;t pour ce qui est terrestre et d'apathie politique totale. Aujourd'hui, &#224; partir d'une dynamique d'autonomie qu'ils ont acquis, ils repr&#233;sentent un facteur d'importance dans la vie quotidienne des Communaut&#233;s de tous les pays de l'isthme, en r&#233;p&#233;tant toujours ce mod&#232;le de projet de vie : ne pas se pr&#233;occuper, laisser tout entre les mains de Dieu. Son incidence est forte : et concerne pas moins d'un tiers de la population totale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;L'Am&#233;rique Centrale prend part aujourd'hui aux processus d'int&#233;gration en bloc qu'imposent les Etats-Unis dans leur strat&#233;gie continentale. L&#224; &#171; le Trait&#233; de libre Commerce (TLC) &#187; ou &#171; le Plan Puebla- Panama &#187;, pr&#233;parent le chemin pour un futur Secteur de libre Commerce des Am&#233;riques (ALCA), &#224; travers des m&#233;canismes d'homog&#233;n&#233;isation r&#233;gionale. Dans cette logique s'inscrit le Trait&#233; de libre Commerce entre Am&#233;rique Centrale et les Etats-Unis, (CAFTA, selon son sigle Anglais).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Le 10 avril dernier, au moment m&#234;me o&#249; les forces arm&#233;es am&#233;ricaines envahissaient Bagdad dans leur projet de &#034;guerre pr&#233;ventive&#034; - strat&#233;gie de contr&#244;le mondial, si on le veut dire d'une autre mani&#232;re- cinq pr&#233;sidents d'Am&#233;rique centrale (il manquait le Panama et le Belize) se r&#233;unissaient avec leur coll&#232;gue am&#233;ricain &#224; Washington. Lors de cette rencontre on b&#233;nissait publiquement l'accord commercial de la grande puissance avec les vuln&#233;rables nations de l'isthme .&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Le Pr&#233;sident Bush a annonc&#233; en janvier pass&#233; que le CAFTA constitue une priorit&#233; de premi&#232;re ligne pour son administration. La valeur globale des relations commerciales entre l'&#233;conomie am&#233;ricaine et l'Am&#233;rique centrale est de quelque 20.000 millions de dollars annuels, chiffre qui ne repr&#233;sente pas, pr&#233;cis&#233;ment, une quantit&#233; telle pour &#234;tre consid&#233;r&#233;e &#034;priorit&#233; de premi&#232;re ligne&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi cette d&#233;cision de Washington alors ? Cet accord de libre commerce avec l'Am&#233;rique Centrale est le point focal face &#224; l'objectif de cr&#233;er dans 2005 le Secteur de libre Commerce des Am&#233;riques (ALCA). La mise en oeuvre de ce dernier a &#233;t&#233; compliqu&#233;e par divers motifs de protestation politique, fondamentalement par la lutte de la soci&#233;t&#233; civile (syndicats, groupes d'opposition, divis&#233;s de gauche) contre un accord l&#233;onin, pr&#233;judiciable aux int&#233;r&#234;ts des travailleurs et ses atteintes contre l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;L'Am&#233;rique Centrale se transforme ainsi - dans la strat&#233;gie continentale de Washington - en territoire d'expansion naturelle du Trait&#233; de libre Commerce (qu'elle lie d&#233;j&#224; au Canada, les Etats-Unis et le Mexique). En &#233;tant la r&#233;gion amarr&#233;e maintenant par le Plan Puebla-Panama, dont les investissements sont per&#231;us dans le cadre juridique d'un TLC qui subordonne les l&#233;gislations nationales de chacun des pays d'Am&#233;rique centrale &#224; l'accord supranational avec les Etats-Unis qui stimule et garantit les int&#233;r&#234;ts des entreprises transnationales qui op&#232;rent et op&#233;reraient dans le secteur, - l'immense majorit&#233; Am&#233;ricains - le CAFTA devient ainsi une pi&#232;ce de grande importance dans leur &#034;arri&#232;re cour&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Si l'ALCA arrivait finalement &#224; bon terme, les chargements de biens d'exportation et d'importation devront passer par la r&#233;gion d'Am&#233;rique centrale. Par cons&#233;quent le CAFTA est un pas vital pour d&#233;velopper l'accord continental. Sans l'approbation des dirigeants patronaux et fonctionnaires des gouvernements d'Am&#233;rique centrale, l'ALCA sera pratiquement impossible. Mais tout indique que les profits &#233;ventuels d&#233;riv&#233;s d'un tel m&#233;canisme de concertation &#233;conomique ne repr&#233;senteraient pas de v&#233;ritables b&#233;n&#233;fices pour tous mais, une fois de plus, hypoth&#232;quent le bien-&#234;tre des peuples en faveur du grand capital, notamment am&#233;ricain. C'est-&#224;-dire : bien qu'avec des termes nouveaux, davantage la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;La vuln&#233;rabilit&#233; des pays d'Am&#233;rique centrale et la propension &#224; la vassalit&#233; de ses actuels gouvernements, sont connues des fonctionnaires de l'actuelle administration r&#233;publicaine comme des &#233;l&#233;ments qui favorisent cette strat&#233;gie expansionniste du &#034;pas &#224; pas&#034;, pour affaiblir l'opposition &#224; l'ALCA dans le bloc r&#233;gional du Sud que dirige le Br&#233;sil, et en m&#234;me temps favoriser la position am&#233;ricaine dans les n&#233;gociations multilat&#233;rales de la ronde de Doha, qui sont men&#233;es &#224; bien au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Sans ambages le Repr&#233;sentant de Commerce des Etats-Unis Robert Zoellick a soulign&#233; que le CAFTA sera le meilleur pion dont disposera l'industrie textile am&#233;ricaine pour survivre &#224; la comp&#233;tence de la Chine, quand seront &#233;limin&#233;s les tarifs dans ce secteur, durant l'ann&#233;e 2004, dans le cadre l'Accord Multifibres de l'Organisation Mondiale de Commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;En r&#233;sum&#233;, le CAFTA consiste en neuf th&#232;mes ponctuels de n&#233;gociation : &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;- 1) Services :&lt;/b&gt; tous les services publics doivent &#234;tre ouverts &#224; l'investissement priv&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;- 2)&lt;/b&gt; Investissements : les gouvernements s'engagent &#224; accorder des garanties absolues pour l'investissement &#233;tranger,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;- 3)&lt;/b&gt; Achats du secteur public : tous les achats de l'&#201;tat doivent &#234;tre ouverts aux firmes internationales&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;- 4)&lt;/b&gt; Acc&#232;s &#224; des march&#233;s : les gouvernements s'engagent &#224; r&#233;duire, et arriver &#224; &#233;liminer, les tarifs et autres mesures de protection &#224; la productionsdesubventions &#224; la production agricole,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;- 6)&lt;/b&gt; Droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle : privatisation et monopole de la connaissance et des technologies,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;- 7)&lt;/b&gt; Subventions, &#034;antidumping&#034; et droits compensatoires : compromis des gouvernements &#224; l'&#233;limination progressive de barri&#232;res protectionnistes dans tous les domaines,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;- 8)&lt;/b&gt; Politique de concurrence : d&#233;mant&#232;lement des monopoles nationaux,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;- 9)&lt;/b&gt; Solution de pol&#233;miques : droit de pour les firmes internationales de juger les pays dans des tribunaux internationaux &#034;priv&#233;s&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Une fois de plus, en analysant ce qui est en jeu, tout para&#238;t indiquer que les pauvres &#034;banane countries&#034; (pour le volume de ses populations pauvres, &#233;videmment) il y aura davantage de la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;b class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Devant un telle panorama, les sc&#233;narios du futur pr&#233;vus pour la r&#233;gion ne sont pas tr&#232;s encourageants certainement. La Guerre Froide est pass&#233;e, les conflits arm&#233;s locaux aussi , les soci&#233;t&#233;s sont exsangues, les pays ont souffert des pertes mat&#233;rielles &#233;normes... mais leur statut de &#171; banani&#232;res &#187; n'ont pas chang&#233;. La zone est encore plus pauvre que le reste de l'Am&#233;rique, &#233;tant parmi les plus pauvres du monde. Les processus de paix, parfois, peuvent fonctionner comme une m&#226;choire pour la recherche de la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;Les processus d'int&#233;gration impos&#233;s par Washington ne sont pas per&#231;us v&#233;ritablement comme des occasions pour un d&#233;veloppement harmonieux et &#233;quilibr&#233; pour tous. Les d&#233;mocraties sont plut&#244;t d&#233;labr&#233;es, et l'impunit&#233; et la corruption continuent &#224; dominer le quotidien. Et peut-&#234;tre le pire : on ne voit d'alternatives &#224; tout ceci.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;spip&#034;&gt;M&#234;me si cela semble pessimiste, aujourd'hui tout d&#233;montre que, dans la conjoncture actuelle au moins, l'histoire n'a pas chang&#233;. De toute fa&#231;on, faisons confiance &#224; ce que disent les anciens Mayas : &#171; que bient&#244;t viendra le temps de renaissance pour les exclus d'aujourd'hui &#187;. Pour vu qu'ils ne se trompent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction de l'espagnol pour El Correo de : &lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.argenpress.info/nota.asp?num=004491&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Argenpress&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires , 11 agosto 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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