<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>El Correo</title>
	<link>https://www.elcorreo.eu.org/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.elcorreo.eu.org/spip.php?id_auteur=319&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Op&#233;ration Condor &#187;, cauchemar de l'Am&#233;rique latine</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Operation-Condor-cauchemar-de-l-Amerique-latine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Operation-Condor-cauchemar-de-l-Amerique-latine</guid>
		<dc:date>2005-01-19T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Abramovici </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le 12 janvier, un tortionnaire argentin, M. Ricardo Miguel Cavallo, a &#233;t&#233; extrad&#233; du Mexique vers l'Espagne, pour y &#234;tre jug&#233;. Le 6 mars, &#224; Buenos Aires, un autre juge a abrog&#233; les lois qui mettaient les militaires &#224; l'abri de poursuites judiciaires depuis la fin de la dictature. En revanche, au Chili, le g&#233;n&#233;ral Augusto Pinochet a &#233;t&#233; laiss&#233; en libert&#233; sous caution apr&#232;s que la qualification de ses crimes eut &#233;t&#233; r&#233;duite. Pourtant, les t&#233;moignages et documents sur la &#171; sale guerre &#187; men&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Creation-structurelle" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation structurelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 12 janvier, un tortionnaire argentin, M. Ricardo Miguel Cavallo, a &#233;t&#233; extrad&#233; du Mexique vers l'Espagne, pour y &#234;tre jug&#233;. Le 6 mars, &#224; Buenos Aires, un autre juge a abrog&#233; les lois qui mettaient les militaires &#224; l'abri de poursuites judiciaires depuis la fin de la dictature. En revanche, au Chili, le g&#233;n&#233;ral Augusto Pinochet a &#233;t&#233; laiss&#233; en libert&#233; sous caution apr&#232;s que la qualification de ses crimes eut &#233;t&#233; r&#233;duite. Pourtant, les t&#233;moignages et documents sur la &#171; sale guerre &#187; men&#233;e par les dictatures du c&#244;ne sud, avec l'aval des Etats-Unis, se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous, les Chiliens, comme tous les peuples d'Occident, combattons les dictatures en &lt;i&gt;&#034;ismes&#034;&lt;/i&gt; et les agents &#233;trangers mena&#231;ant notre pays. On doit les combattre de toutes ses forces, l'arme principale &#233;tant la coop&#233;ration entre les polices de toute l'Am&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A Crime Does Not Pay. For the Common Defense, MGM, 1943.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; se&#241;or Castillo, du service de renseignement chilien &#187;, a les yeux braqu&#233;s sur le spectateur. Le film s'intitule Le crime ne paie pas. Nous sommes pendant la seconde guerre mondiale et Hollywood fabrique alors des petits films patriotiques baptis&#233;s &#171; Pour une d&#233;fense commune &#187;. Inspir&#233;s par le FBI, ils se veulent une attaque contre les espions nazis en Am&#233;rique latine et une illustration de la coop&#233;ration des services de police et de renseignement &#224; l'&#233;chelle du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dater de cette p&#233;riode les origines de ce qui va devenir l'op&#233;ration Condor : un vaste plan de r&#233;pression continental mis en place par les dictatures latino-am&#233;ricaines dans les ann&#233;es 1970-1980. Seule la couleur de &#171; l'isme &#187; a alors chang&#233;, passant du brun au rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la d&#233;couverte, par hasard, fin d&#233;cembre 1992, de deux tonnes d'archives de la dictature Stroessner dans un commissariat de Lambar&#233;, dans la banlieue d'Asunci&#243;n (Paraguay), qui a permis de reconstituer les activit&#233;s criminelles de ce r&#233;seau international. Le d&#233;classement de documents de la CIA concernant le Chili, le 13 novembre 2000, a confirm&#233; et pr&#233;cis&#233; la teneur de ces &lt;strong&gt;&#171; archives de la terreur &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la conf&#233;rence panam&#233;ricaine de Chapultepec, au Mexique, en f&#233;vrier 1945, les Etats-Unis mettent en garde les militaires sud-am&#233;ricains contre le communisme. Dans cette perspective, des accords bilat&#233;raux d'assistance militaire seront effectivement sign&#233;s en 1951 : approvisionnement en armes et financements am&#233;ricains, stationnement de conseillers militaires et entra&#238;nement des officiers latino-am&#233;ricains aux Etats-Unis et &#224; l'Ecole des Am&#233;riques, dans la zone am&#233;ricaine du canal de Panam&#225;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution castriste, en 1959, pr&#233;cipite &#233;videmment le mouvement vers une &#171; d&#233;fense continentale contre le communisme &#187;. En 1960, le g&#233;n&#233;ral Theodore F. Bogart, commandant de l'US Southern Command (commandement sud de l'arm&#233;e des Etats-Unis), bas&#233; dans la Canal Zone, &#224; Panam&#225;, invite ses coll&#232;gues latinoam&#233;ricains &#224; une r&#233;union &#171; amicale &#187; pour discuter des probl&#232;mes communs. Ainsi naissent les Conf&#233;rences des arm&#233;es am&#233;ricaines (CEA). Tenues chaque ann&#233;e &#224; Fort Amador (Panam&#225;), puis &#224; West Point en 1964, les r&#233;unions s'espacent &#224; partir de 1965, pour &#234;tre organis&#233;es tous les deux ans. L&#224;, dans ce lieu de r&#233;union quelque peu obsessionnel, typique de la guerre froide et ne donnant lieu qu'&#224; de rares &#233;chos publics, se situe le coeur de ce qui deviendra l'op&#233;ration Condor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors du MCI (Mouvement communiste international, acronyme commode pour d&#233;signer tous les opposants), les militaires latinoam&#233;ricains partagent une obsession majeure : l'interconnexion des services. D&#232;s sa deuxi&#232;me r&#233;union, la CEA exprime le d&#233;sir d'&#233;tablir un comit&#233; permanent dans la zone du canal de Panam&#225; &#171; afin d'&#233;changer des informations et du renseignement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Secretaria Permanente CEA, Boletin Informativo, n&#176; 1, Santiago, Chili, 1985.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce souhait va aboutir &#224; la mise en place d'un r&#233;seau de communication &#224; l'&#233;chelle continentale et &#224; des rencontres bilat&#233;rales ultra-secr&#232;tes (Argentine-Paraguay, Br&#233;sil-Argentine, Argentine-Uruguay, Paraguay-Bolivie, etc.), pour le renseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emises par tel pays vers un ou plusieurs autres, des fiches d'information circulent &#224; travers le r&#233;seau &#171; Agremil &#187; - de agregados militares (attach&#233;s militaires). Emanant g&#233;n&#233;ralement des services de renseignement militaires (G-2), elles peuvent aussi provenir des polices politiques ou m&#234;me de services moins officiels comme l'Organisation de coordination des op&#233;rations antisubversives (OCOA), un escadron de la mort issu de la police politique uruguayenne, dont les membres participent aux interrogatoires, aux tortures et aux ex&#233;cutions, notamment en Argentine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nunca Mas/Conadep, Editorial Universitaria de Buenos Aires, 1984.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la X&#232; r&#233;union de la CEA (Caracas, 3 septembre 1973), le g&#233;n&#233;ral Breno Borges Fortes, chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e br&#233;silienne, admet que la strat&#233;gie de lutte contre le communisme est du ressort exclusif des forces arm&#233;es de chaque pays mais que, &#171; en ce qui concerne l'aspect collectif, nous estimons que sont seuls efficaces (...) l'&#233;change d'exp&#233;riences ou d'informations et l'aide technique dans la mesure o&#249; celle-ci est sollicit&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diffusion de l'information sur l'Am&#233;rique latine (DIAL), n&#176; 125, Paris, 25 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. D&#233;cision est prise de &#171; donner plus de force &#224; l'&#233;change d'informations pour contrecarrer le terrorisme et (...) contr&#244;ler les &#233;l&#233;ments subversifs dans chaque pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Secretaria Permanente CEA, Boletin Informativo, n&#176; 1, op. cit.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le sous-continent tombe progressivement dans les serres des r&#233;gimes militaires inspir&#233;s de l'exemple br&#233;silien, l'Argentine vit une curieuse transition entre le retour au pouvoir de Juan Domingo Peron en 1973 et le putsch de 1976. La police et les forces arm&#233;es autorisent le d&#233;veloppement d'escadrons de la mort issus de leurs rangs, comme l'Alliance anticommuniste argentine (AAA). Pourtant, l'Argentine demeure alors le seul pays du c&#244;ne Sud o&#249; peuvent trouver asile des milliers de r&#233;fugi&#233;s, surtout chiliens et uruguayens, victimes de la pers&#233;cution politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Force sp&#233;ciale anti-exil&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but mars 1974, des repr&#233;sentants des polices du Chili, d'Uruguay et de Bolivie se r&#233;unissent avec le sous-chef de la police f&#233;d&#233;rale argentine, le commissaire Alberto Villar (cofondateur de l'AAA), pour &#233;tudier la mani&#232;re dont ils pourraient collaborer pour d&#233;truire le &#171; foyer subversif &#187; que constitue &#224; leurs yeux la pr&#233;sence de ces milliers de &lt;i&gt;&#171; subversifs &#187;&lt;/i&gt; &#233;trangers en Argentine. Le repr&#233;sentant du Chili, un g&#233;n&#233;ral des carabiniers, (Lire dans El Correo : &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=1840&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Autentico&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;) propose &#171; d'accr&#233;diter dans chaque ambassade un agent de la S&#233;curit&#233;, qui pourrait appartenir soit aux forces arm&#233;es soit &#224; la police, et dont la fonction principale serait d'assurer la coordination avec la police ou le repr&#233;sentant de la S&#233;curit&#233; de chaque pays &#187;. Le g&#233;n&#233;ral ajoute : &#171; Nous devrions disposer &#233;galement d'une centrale d'informations o&#249; l'on pourrait se procurer les renseignements concernant les individus marxistes (...), &#233;changer des programmes et des informations sur les personnes politiques (...). Il faudrait que nous puissions aller et venir en Bolivie, de la Bolivie aller au Chili, et de l&#224; revenir en Argentine, bref nous d&#233;placer dans n'importe lequel de ces pays sans qu'il soit besoin d'une enqu&#234;te formelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Version st&#233;nographique publi&#233;e par El Autentico, Buenos Aires, 10 d&#233;cembre 1975.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commissaire Villar promet que le D&#233;partement des affaires &#233;trang&#232;res (DAE) de la surintendance de s&#233;curit&#233; de la police f&#233;d&#233;rale argentine s'occupera des &#233;trangers qui int&#233;ressent les juntes voisines. En ao&#251;t de cette ann&#233;e-l&#224; commencent effectivement &#224; appara&#238;tre, sur les d&#233;p&#244;ts d'ordures de Buenos Aires, les premiers cadavres de r&#233;fugi&#233;s &#233;trangers, notamment boliviens. Le 30 septembre, dans la capitale argentine, une bombe pos&#233;e par un commando chilien et un agent (ou ex-agent) de la CIA, Michael Townley, tue le g&#233;n&#233;ral Carlos Prats, ancien commandant en chef de l'arm&#233;e chilienne pendant l'Unit&#233; populaire et fer de lance de l'opposition au g&#233;n&#233;ral Augusto Pinochet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des commandos policiers ou militaires franchissent les fronti&#232;res. Au cours des mois de mars et avril 1975, par exemple, plus de vingt-cinq Uruguayens sont arr&#234;t&#233;s &#224; Buenos Aires par des policiers argentins et uruguayens. Dans les locaux de la police argentine, ceux-ci m&#232;nent conjointement les interrogatoires. Jorge Isaac Fuentes Alarc&#243;n, militant chilien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;sociologe, ex dirigent etudiant, membre du Comit&#233; Central du MIR&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est, lui, arr&#234;t&#233; sur la fronti&#232;re paraguayenne par la police de ce pays. Comme l'&#233;tablira la commission Retting - commission nationale de v&#233;rit&#233; et de r&#233;conciliation chilienne - dans son rapport remis au pr&#233;sident Patricio Aylwin le 8 f&#233;vrier 1991&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Informe de la Comisi&#243;n de Verdad y Reconciliaci&#243;n &#187;, texte officiel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'interrogatoire du captif est men&#233; par la police paraguayenne, les services de renseignements argentins et... des fonctionnaires de l'ambassade des Etats-Unis &#224; Buenos Aires, ces derniers transmettant &#224; la police chilienne les informations recueillies. Alarc&#243;n sera ensuite remis aux agents de la Direction du renseignement national chilien (DINA) pr&#233;sents au Paraguay, et transf&#233;r&#233; au Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, entre-temps, le Chili a perfectionn&#233; le syst&#232;me. Apr&#232;s le putsch du 11 septembre 1973 - dans lequel le pr&#233;sident am&#233;ricain Richard Nixon et son secr&#233;taire d'Etat, M. Henry Kissinger, ont une responsabilit&#233; directe -, le g&#233;n&#233;ral Pinochet a confi&#233; les pleins pouvoirs au colonel Manuel Contreras pour &#171; extirper le cancer communiste &#187; du pays. Assez vite, la DINA se transforme en Etat dans l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forte pr&#233;sence &#224; l'&#233;tranger d'opposants irr&#233;ductibles constitue l'un des principaux probl&#232;mes de la dictature chilienne. Elle r&#233;ussit l'assassinat du g&#233;n&#233;ral Prats, mais les anticastristes cubains recrut&#233;s pour la circonstance ratent, en f&#233;vrier 1975, l'ex&#233;cution de Carlos Altamirano et de Volodia Teitelboim, respectivement chefs du Parti socialiste et du Parti communiste chilien en exil. D&#233;but ao&#251;t, le colonel Contreras effectue un voyage destin&#233; &#224; convaincre les services de s&#233;curit&#233; de toute l'Am&#233;rique latine de cr&#233;er une force sp&#233;ciale anti-exil&#233;s. Il prend &#233;galement la peine, le 25 ao&#251;t, de se rendre au si&#232;ge de la CIA &#224; Washington, o&#249; il rencontre M. Vernon Walters, sous-directeur charg&#233; de l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours plus tard, il rend visite, &#224; Caracas, &#224; M. Rafael Riva Vasquez, directeur adjoint des services de renseignement v&#233;n&#233;zu&#233;liens, la DISIP : &#171; Il expliqua (...) qu'il souhaitait avoir des agents dans les ambassades chiliennes &#224; l'&#233;tranger, qu'il entra&#238;nait d&#233;j&#224; des officiers d'ambassades pr&#234;ts &#224; servir d'agents le cas &#233;ch&#233;ant. Il dit qu'il avait fait plusieurs voyages couronn&#233;s de succ&#232;s pour obtenir le soutien de diff&#233;rents services de renseignement latino-am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela sur la base d'accords verbaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T&#233;moignage du 29 juin 1979 devant la justice &#233;tasunienne, lors du proc&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Selon M. Rivas, le gouvernement v&#233;n&#233;zu&#233;lien ordonne &#224; la DISIP de repousser les ouvertures du colonel Contreras. C'est le seul refus. Tous les autres pays (Br&#233;sil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Bolivie) acceptent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, ordre est donn&#233; de mettre en place un r&#233;seau en Europe. Celui-ci s'articule autour de terroristes d'extr&#234;me droite italiens. Ne pouvant &#233;liminer Carlos Altamirano - qui vit en R&#233;publique f&#233;d&#233;rale allemande sous escorte arm&#233;e -, ces ex&#233;cutants s'en prennent &#224; M. Bernardo Leighton, ancien vice-pr&#233;sident du Chili et l'un des fondateurs du Parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien. Le 6 octobre 1975, M. Leighton et son &#233;pouse sont attaqu&#233;s &#224; Rome par un commando fasciste. Ils s'en tirent, mais Mme Leighton reste paralys&#233;e &#224; vie. Malgr&#233; cet &#233;chec, le g&#233;n&#233;ral Pinochet rencontre le chef des commandos italiens, un certain Stefano Delle Chiaie, qui accepte de rester &#224; la disposition des Chiliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de sa r&#233;union du 19 au 26 octobre 1975 &#224; Montevideo, la CEA approuve l'organisation d'une &#171; premi&#232;re r&#233;union de travail du renseignement national &#187;, pr&#233;par&#233;e par le colonel Contreras, qui se tient &#224; Santiago du Chili, du 25 novembre au 1er d&#233;cembre 1975. Elle a &#171; un caract&#232;re strictement secret &#187;. La proposition principale du colonel Contreras porte sur la cr&#233;ation d'un fichier continental, &#171; quelque chose, dans ses lignes g&#233;n&#233;rales, de semblable &#224; ce qu'a Interpol &#224; Paris, mais sp&#233;cialis&#233; dans la subversion &#187;. L'op&#233;ration Condor, version chilienne, est n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la CIA - qui pr&#233;tend n'en avoir r&#233;ellement entendu parler qu'en 1976&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vraie ou fausse, cette affirmation ne peut occulter que le colonel Contreras (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; -, trois pays membres de Condor, le Chili, l'Argentine et l'Uruguay, &#171; auraient &#233;tendu leurs activit&#233;s de coop&#233;ration antisubversive afin d'inclure l'assassinat de terroristes de haut rang en exil en Europe &#187;. Alors qu'il &#233;tait acquis depuis des ann&#233;es que l'&#233;change des informations se passe plut&#244;t de mani&#232;re bilat&#233;rale, &#171; une troisi&#232;me et tr&#232;s secr&#232;te phase de l'op&#233;ration Condor aurait concern&#233; la formation d'&#233;quipes sp&#233;ciales venant des pays membres, impliqu&#233;es dans des op&#233;rations qui incluraient des assassinats contre des terroristes ou des sympathisants d'organisations terroristes. Par exemple, si un terroriste ou un sympathisant d'une organisation terroriste d'un pays membre &#233;tait identifi&#233;, une &#233;quipe sp&#233;ciale serait exp&#233;di&#233;e afin de rep&#233;rer et surveiller la cible. Quand le rep&#233;rage et la surveillance seraient effectu&#233;s, une deuxi&#232;me &#233;quipe serait envoy&#233;e pour op&#233;rer contre la cible. L'&#233;quipe sp&#233;ciale serait &#233;quip&#233;e de faux documents issus des pays membres. Elle pourrait &#234;tre compos&#233;e d'individus venus d'une ou plusieurs nations membres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une privatisation des op&#233;rations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la CIA, le centre op&#233;rationnel de cette &#171; phase trois &#187; se situe &#224; Buenos Aires o&#249; une &#233;quipe sp&#233;ciale aurait &#233;t&#233; constitu&#233;e. Pendant ce temps, les r&#233;unions bilat&#233;rales de la CEA continuent entre les diff&#233;rents pays du c&#244;ne Sud et leurs effets sont tout aussi brutaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour faire face &#224; leur &#171; sale guerre &#187;, les Argentins sont les seuls en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses r&#233;unions Condor ont lieu en 1976, souvent avec les m&#234;mes participants qu'au cours des rencontres bilat&#233;rales. Toujours selon la CIA, &#171; alors que la coop&#233;ration existait entre leurs services de renseignement et de s&#233;curit&#233; respectifs depuis quelque temps (...), l'effort de coop&#233;ration n'a pas &#233;t&#233; formalis&#233; avant la fin mai 1976, quand une r&#233;union Condor eut lieu &#224; Santiago du Chili. Le th&#232;me de base de la r&#233;union fut une coop&#233;ration &#224; long terme entre les services des pays participants mais bien au-del&#224; de l'&#233;change d'informations. Les membres de Condor se donnaient des noms de code num&#233;riques : &#171; Condor un &#187;, &#171; Condor deux &#187;, etc. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ann&#233;e terrible pour les opposants, r&#233;fugi&#233;s o&#249; ils le peuvent. Sous le pr&#233;texte de s'attaquer &#224; des &#171; terroristes &#187;, partisans de l'opposition arm&#233;e, on s'en prend &#224; n'importe qui. Assassinats, disparitions, les ex&#233;cuteurs latino-am&#233;ricains n'ont plus de fronti&#232;res. C'est l'&#233;poque o&#249; M. Henry Kissinger d&#233;clare au g&#233;n&#233;ral Pinochet, lors d'une conversation cordiale tenue le 8 juin &#224; Santiago : &#171; Aux Etats-Unis, comme vous le savez, nous sommes de tout coeur avec vous (...). Je vous souhaite de r&#233;ussir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Document d&#233;classifi&#233;, cit&#233; in El Pa&#237;s, 28 f&#233;vrier 1999.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle r&#233;pression rend pourtant de plus en plus difficile la conservation du secret. La CIA se fait alors l'&#233;cho de rumeurs f&#226;cheuses : &#171; Les officiers de l'arm&#233;e qui ont &#233;t&#233; mis sur le sujet ont commenc&#233; &#224; en parler ouvertement. Leur blague favorite est que &#034;l'un de leur coll&#232;gue est en dehors du pays parce qu'il vole comme le Condor&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est la politique d'assassinats cibl&#233;s invent&#233;e par le colonel Contreras qui, au moins formellement, va mettre fin &#224; Condor. L'officier chilien commet en effet l'erreur de faire assassiner l'ancien ministre des affaires &#233;trang&#232;res du Chili, Orlando Letelier, &#224; Washington, le 21 septembre 1976. Les Am&#233;ricains enqu&#234;tent pour d&#233;couvrir les commanditaires de cette op&#233;ration. Le chef d'antenne du FBI &#224; Buenos Aires &#233;met un rapport d&#233;crivant Condor et sa &lt;i&gt;&#171; phase trois &#187;&lt;/i&gt;, dont certains extraits sont repris par la presse am&#233;ricaine. Une commission d'enqu&#234;te parlementaire travaille bient&#244;t sur la question. Au Chili, la DINA est dissoute et imm&#233;diatement remplac&#233;e, sans le colonel Contreras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait du respect des droits humains l'un des axes de sa politique, le nouveau pr&#233;sident des Etats-Unis, le lib&#233;ral James Carter, n'accepte pas ce genre d'activit&#233;s. Ou, pour le moins, il n'entend pas que les Etats-Unis puissent y &#234;tre m&#234;l&#233;s. G&#233;n&#233;ralement, on consid&#232;re que l'administration am&#233;ricaine fait alors pression sur les pays latino-am&#233;ricains pour qu'ils fassent cesser Condor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 13 au 15 d&#233;cembre 1976, des repr&#233;sentants de tous les pays membres de l'organisation se rencontrent &#224; Buenos Aires pour discuter des plans futurs, dans ce contexte nouveau. Tr&#232;s clairement, les Argentins (qui, depuis le putsch du 23 mars, d&#233;passent en f&#233;rocit&#233; toutes les autres dictatures) reprennent les choses en main et trouvent, avec les Paraguayens, un autre canal plus discret et plus s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1977, &#224; Asunci&#243;n, se d&#233;roule la troisi&#232;me r&#233;union de la Conf&#233;d&#233;ration anticommuniste d'Am&#233;rique Latine (CAL). S'y retrouve la fine fleur des dictatures, du g&#233;n&#233;ral Gustavo Leigh, membre de la junte chilienne, au g&#233;n&#233;ral pr&#233;sident argentin Jorge Videla, en passant par tout ce que l'Am&#233;rique latine compte de tortionnaires et de membres des escadrons de la mort. La CAL est une &#233;manation d'un mouvement international li&#233; aux diff&#233;rents services de renseignement, la Ligue mondiale anticommuniste (WACL).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la r&#233;union, plusieurs probl&#232;mes sont soulev&#233;s. D'une part, l'attitude am&#233;ricaine visant &#224; r&#233;installer la d&#233;mocratie en Am&#233;rique latine ; d'autre part, le d&#233;veloppement de la gu&#233;rilla en Am&#233;rique centrale ; enfin, le positionnement de certains secteurs de l'&#233;glise catholique consid&#233;r&#233;s comme appartenant &#224; part enti&#232;re au mouvement communiste international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un plan propos&#233; par les Boliviens, visant &#224; &#171; l'&#233;radication &#187; des religieux adeptes de la th&#233;ologie de la lib&#233;ration et formalis&#233; sous le nom de &#171; plan Banzer &#187;, du nom du dictateur bolivien, sera effectivement appliqu&#233; au cours des ann&#233;es suivantes. Il aboutira &#224; l'ex&#233;cution de centaines de pr&#234;tres, religieux, oblats, nonnes, la&#239;cs membres de communaut&#233;s religieuses, &#233;v&#234;ques, etc., pour culminer avec l'assassinat de l'archev&#234;que Oscar Romero, &#224; San Salvador (Salvador).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prenant en main la r&#233;pression continentale, les Argentins se d&#233;barrassent de tout contr&#244;le. D'un certain point de vue, confier la coordination de la r&#233;pression &#224; des escadrons de la mort, m&#234;me avec des militaires ou des policiers, revient &#224; &#171; privatiser &#187; les op&#233;rations. D'un autre c&#244;t&#233;, les r&#233;unions bilat&#233;rales du renseignement continuent et les rencontres de la CEA - tenues sous la houlette des Etats-Unis - se poursuivent. La r&#233;union de 1977 a lieu &#224; Managua, au Nicaragua, et celle de 1979 &#224; Bogot&#225; en Colombie. Les Argentins envoient plusieurs missions en Am&#233;rique centrale afin d'aider les forces arm&#233;es et les polices politiques. De fa&#231;on &#224; s'affranchir des &#233;coles de guerre am&#233;ricaines, ils commencent &#224; organiser des stages de lutte contre la subversion d&#232;s le printemps 1979 &#224; Buenos Aires. La chute de la dictature somoziste, en juillet 1979, va &#233;videmment encourager les Latino-Am&#233;ricains &#224; adopter des standards communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la quatri&#232;me r&#233;union de la CAL, pr&#233;sid&#233;e par le g&#233;n&#233;ral argentin Suarez Mason en septembre 1980, &#224; Buenos Aires, des discussions visent &#224; &#233;tablir une &#171; solution argentine &#187; dans toute l'Am&#233;rique latine. Depuis avril 1980, le secr&#233;tariat am&#233;ricain &#224; la d&#233;fense sait que le Chili, l'Argentine, l'Uruguay, le Paraguay et le Br&#233;sil remettent sur le tapis l'id&#233;e d'une &#171; organisation antiterroriste internationale &#187;. Une nouvelle mouture de Condor ! Pendant ce temps, les massacres perp&#233;tr&#233;s de mani&#232;re coordonn&#233;e, sous l'&#233;gide de la CAL, par des escadrons de la mort et des organismes de s&#233;curit&#233; se poursuivent en Am&#233;rique centrale. Et les fiches &lt;i&gt;&#171; Agremil &#187;&lt;/i&gt; continuent de circuler dans tous les &#233;tats-majors, avec leurs corollaires : arrestations multinationales, &#233;changes de prisonniers, &#233;quipes internationales de tortionnaires, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1981, la r&#233;union de la CEA a lieu &#224; Washington : le pr&#233;sident r&#233;publicain Ronald Reagan vient d'&#234;tre &#233;lu. Nouveau tournant. L'existence du Nicaragua sandiniste relance la coop&#233;ration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 1er d&#233;cembre 1981, un budget de 19 millions de dollars est d&#233;bloqu&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il est d&#233;cid&#233; de signer de nouveaux accords bilat&#233;raux sur l'information concernant les &#034;terroristes&#034; et, surtout, de cr&#233;er un secr&#233;tariat permanent de la CEA, qui sera effectivement install&#233; le 24 mai 1984 &#224; Santiago du Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Chili des militaires va demeurer le dernier rempart contre les communistes en Am&#233;rique du Sud (avec le Paraguay) lorsque l'Argentine, en 1983, redevient une d&#233;mocratie. Entre-temps, l'administration Reagan a confi&#233; tant &#224; la CIA qu'au secteur priv&#233; et &#224; la CAL son programme de guerre clandestine en Am&#233;rique centrale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Pierre Abramovici, &#171; Des millions de dollars pour les &#034;combattants de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant au contenu id&#233;ologique de la CEA, il demeure la guerre contre le communisme international. Seul changement, on trouve d&#233;sormais sous ce vocable, outre les habituels opposants de gauche et les pr&#234;tres, les organisations de d&#233;fense des droits de la personne. Au fur et &#224; mesure s'y ajoutent les partisans des proc&#232;s contre les tortionnaires, les juges ou les journalistes, puis les opposants &#224; la corruption dans laquelle les militaires sont largement impliqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formellement, Condor dispara&#238;t dans les jungles de l'Am&#233;rique centrale quand les Etats-Unis reprennent en main la lutte contre le Nicaragua sandiniste. Plus simplement, la fin de la guerre froide et la somme de ses exc&#232;s lui portent un coup fatal. M&#234;me si l'op&#233;ration elle-m&#234;me ne concerne que quelques dizaines ou quelques centaines de victimes cibl&#233;es, le bilan g&#233;n&#233;ral de la r&#233;pression pour le seul c&#244;ne Sud, durant cette p&#233;riode, est d'environ 50.000 assassin&#233;s, 35.000 disparus et 400.000 prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il n'y ait plus d'ex&#233;cutions ou de tortures institutionnalis&#233;es &#224; l'&#233;chelon continental, rien ne permet d'affirmer que ces pratiques ont disparu. En t&#233;moignent les exactions commises par les paramilitaires colombiens, li&#233;s &#224; certains secteurs de l'arm&#233;e de ce pays. Le 8 mars 2000, un rapport de la Commission sur la s&#233;curit&#233; continentale de l'Organisation des Etats am&#233;ricains (OEA) a fait l'historique de dix ans de coop&#233;ration entre les diff&#233;rents Etats latino- et centre-am&#233;ricains. L'ennemi s'appelle d&#233;sormais &#171; trafiquant de drogue &#187; plut&#244;t que &#171; communiste &#187;, mais globalement le discours, m&#234;me &#233;maill&#233; de r&#233;f&#233;rences aux droits humains, reste identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une multitude d'accords ont &#233;t&#233; sign&#233;s entre de nombreux pays d'Am&#233;rique latine et d'Am&#233;rique centrale, et entre ceux-ci et les Etats-Unis. Tous visent &#224; une plus grande coop&#233;ration bilat&#233;rale ou multilat&#233;rale, essentiellement dans le domaine du terrorisme, du blanchiment d'argent et du trafic de stup&#233;fiants. La place des arm&#233;es se voit r&#233;affirm&#233;e dans l'organisation du contr&#244;le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, depuis le milieu des ann&#233;es 1990 et sous l'&#233;gide des Etats-Unis, les pays d'Am&#233;rique latine multiplient les &#233;changes bilat&#233;raux. Dans le seul domaine du renseignement, on les chiffre par dizaines, sans compter la Conf&#233;rence annuelle des services de renseignement des arm&#233;es des Etats membres de l'OEA. La CEA a continu&#233; ses r&#233;unions, en Argentine en 1995, en Equateur en 1997. Une conf&#233;rence militaire multilat&#233;rale sur les services de renseignement, la premi&#232;re depuis celle du colonel Contreras en 1975, a &#233;t&#233; organis&#233;e par l'arm&#233;e bolivienne du 8 au 10 mars 1999, en pr&#233;sence des arm&#233;es de l'Argentine, du Br&#233;sil, de la Colombie, de l'Equateur, des Etats-Unis (commandement sud), du Paraguay, de l'Uruguay et du Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;&#171; s&#233;curit&#233; des Am&#233;riques &#187;&lt;/i&gt;, priorit&#233; ch&#232;re aux Etats-Unis, ne donne pas forc&#233;ment la premi&#232;re place &#224; la d&#233;mocratie. Ce qui a permis Condor ne demande qu'&#224; &#234;tre r&#233;activ&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2001/05/ABRAMOVICI/15179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/u&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Mai 2001&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;* Pierre Abramovici&lt;/strong&gt;, Journaliste. &lt;br /&gt;
Auteur &lt;strong&gt;d'Un rocher bien occup&#233;&lt;/strong&gt;, &lt;br /&gt;
Editions du Seuil, Paris, septembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://www.elcorreo.eu.org/&#034;http:/www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=1526'&gt;&lt;i&gt;Argentine &#034;L'autre sale guerre d'Aussaresses&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;****************&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir aussi :&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2004/11/A/11675&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#171; Mercenaires &#187; : compl&#233;ments documentaires.&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A Crime Does Not Pay. For the Common Defense, MGM, 1943.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Secretaria Permanente CEA, Boletin Informativo, n&#176; 1, Santiago, Chili, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nunca Mas/Conadep, Editorial Universitaria de Buenos Aires, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Diffusion de l'information sur l'Am&#233;rique latine (DIAL), n&#176; 125, Paris, 25 octobre 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Secretaria Permanente CEA, Boletin Informativo, n&#176; 1, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Version st&#233;nographique publi&#233;e par &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/?10-decembre-1975El&amp;lang=es&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Autentico, Buenos Aires, 10 d&#233;cembre 1975&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;sociologe, ex dirigent etudiant, membre du Comit&#233; Central du MIR&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Informe de la Comisi&#243;n de Verdad y Reconciliaci&#243;n &#187;, texte officiel complet, 278 pages, publi&#233; par La Naci&#243;n, Santiago, 5 mars 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T&#233;moignage du 29 juin 1979 devant la justice &#233;tasunienne, lors du proc&#232;s intent&#233; contre les assassins d'Orlando Letelier, &#224; Washington.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vraie ou fausse, cette affirmation ne peut occulter que le colonel Contreras fut un agent informateur de la CIA de 1974 &#224; 1977, et r&#233;tribu&#233; par l'Agence jusqu'en 1975 (&#171; par erreur &#187;, affirme la CIA), comme l'a r&#233;v&#233;l&#233; un document d&#233;classifi&#233; remis au Congr&#232;s am&#233;ricain &#224; sa demande, le 19 septembre 2000. El Nuevo Herald, Miami, 20 septembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour faire face &#224; leur &#171; sale guerre &#187;, les Argentins sont les seuls en Am&#233;rique latine &#224; ne pas faire appel aux seuls Am&#233;ricains. En 1976, une mission militaire fran&#231;aise se trouve &#224; Buenos Aires pour entra&#238;ner les forces arm&#233;es argentines &#224; la lutte antisubversion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Document d&#233;classifi&#233;, cit&#233; in El Pa&#237;s, 28 f&#233;vrier 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 1er d&#233;cembre 1981, un budget de 19 millions de dollars est d&#233;bloqu&#233; par l'administration am&#233;ricaine pour permettre l'entra&#238;nement d'un premier contingent de 500 contras (contre-r&#233;volutionnaires nicaraguayens) par des officiers argentins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Pierre Abramovici, &#171; Des millions de dollars pour les &#034;combattants de la libert&#233;&#034; &#187;, Le Monde diplomatique, avril 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment nait la terreur en Am&#233;rique Latine&#171; L'autre sale guerre d'Aussaresses &#187;</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Comment-nait-la-terreur-en-Amerique-Latine-L-autre-sale-guerre-d-Aussaresses</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Comment-nait-la-terreur-en-Amerique-Latine-L-autre-sale-guerre-d-Aussaresses</guid>
		<dc:date>2004-11-09T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Abramovici </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 60-70, Aussaresses et les sp&#233;cialistes fran&#231;ais de la guerre antisubversive instruisent les militaires am&#233;ricains et argentins. Quand ces derniers installent leur junte en 1976, ce sont les le&#231;ons fran&#231;aises qu'ils appliquent. &lt;br class='autobr' /&gt; Nous sommes le 21 mai dernier, dans le bureau du juge d'instruction parisien Roger Leloire. Face &#224; lui, un &#171; invit&#233; &#187; de marque, assailli par une c&#233;l&#233;brit&#233; soudaine : le g&#233;n&#233;ral Paul Aussaresses, que le pr&#233;sident de la R&#233;publique n'a pas encore mis &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Creation-structurelle" rel="directory"&gt;Cr&#233;ation structurelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les ann&#233;es 60-70, Aussaresses et les sp&#233;cialistes fran&#231;ais de la guerre antisubversive instruisent les militaires am&#233;ricains et argentins. Quand ces derniers installent leur junte en 1976, ce sont les le&#231;ons fran&#231;aises qu'ils appliquent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes le 21 mai dernier, dans le bureau du juge d'instruction parisien Roger Leloire. Face &#224; lui, un &#171; invit&#233; &#187; de marque, assailli par une c&#233;l&#233;brit&#233; soudaine : le g&#233;n&#233;ral Paul Aussaresses, que le pr&#233;sident de la R&#233;publique n'a pas encore mis &#224; la retraite pour raisons disciplinaires, ce qui sera fait le 6 juin. Ses r&#233;centes r&#233;v&#233;lations sur sa pratique de la torture en Alg&#233;rie sont dans tous les esprits. Mais ce n'est pas pour en parler que le juge Leloire l'a convoqu&#233;. A la stup&#233;faction du vieil officier, il l'interroge sur le r&#244;le des militaires fran&#231;ais en g&#233;n&#233;ral, et le sien en particulier, dans la formation de ceux qui deviendront les dictateurs et tortionnaires argentins. Une affaire enterr&#233;e, oubli&#233;e, ultra-secr&#232;te. Qui a vu les sp&#233;cialistes fran&#231;ais de la &#171; guerre psychologique &#187;, retour d'Alg&#233;rie, mettre leurs sinistres talents au service des pires dictatures sud-am&#233;ricaines, au nom de la France. Notre enqu&#234;te d&#233;montre que des dirigeants politiques fran&#231;ais &#233;taient au courant. Et que cela a fonctionn&#233; vingt ans !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une m&#233;moire s&#233;lective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait le g&#233;n&#233;ral octog&#233;naire intarissable sur la torture en Alg&#233;rie. Que sa m&#233;moire est d'une effarante pr&#233;cision, tout comme les notes personnelles qu'il a conserv&#233;es tout au long de sa carri&#232;re. Que ses d&#233;clarations sont d'un cynisme g&#234;nant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le juge Leloire ne con&#231;oit pas la moindre inqui&#233;tude. A lui, dont la proc&#233;dure a d&#233;marr&#233; avec la plainte de familles de disparus fran&#231;ais au Chili et en Argentine, au d&#233;but des ann&#233;es 70, le g&#233;n&#233;ral va tout d&#233;tailler, raconter son r&#244;le en Am&#233;rique latine &#224; cette &#233;poque. Mais Aussaresses n'a pas pass&#233; sa vie dans les services secrets pour rien. S'il parle ou s'il &#233;crit, c'est qu'il l'a d&#233;cid&#233;. Et l&#224;, au Palais de justice, sa m&#233;moire flanche. Il ne sait m&#234;me pas - affirme-t-il au juge - ce qu'est un &#171; deuxi&#232;me bureau &#187;, le service de renseignement de chaque &#233;tat-major ! Tout juste admet-il, du bout des l&#232;vres, qu'il est effectivement un sp&#233;cialiste de la lutte anti-subversive. Et surtout, il confirme ce que le juge sait d&#233;j&#224; : il a bien &#233;t&#233; l'attach&#233; militaire au Br&#233;sil entre 1973 et 1975. &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; est aujourd'hui en mesure de raviver la m&#233;moire du g&#233;n&#233;ral, et de r&#233;v&#233;ler des pans entiers de l'histoire militaire de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons au jeune Aussaresses. Durant dix ans, apr&#232;s la seconde Guerre mondiale, il est un as des services sp&#233;ciaux, le SDECE, aur&#233;ol&#233; de sa conduite h&#233;ro&#239;que durant le conflit, notamment au sein d'une unit&#233; parachutiste mythique, anc&#234;tre de toutes les forces sp&#233;ciales du monde : les commandos Jedburgh. Durant la guerre d'Indochine, il a &#233;t&#233; vers&#233; au GCMA (Groupement des Commandos Mixtes A&#233;roport&#233;s), une unit&#233; du SDECE, dirig&#233;e par le lieutenant-colonel Roger Trinquier. Lequel, apr&#232;s une carri&#232;re d'officier colonial en Asie, est devenu &#224; la faveur de ce conflit le principal th&#233;oricien de la guerre r&#233;volutionnaire. Le premier sans doute, dans l'arm&#233;e fran&#231;aise, il a lu Mao Zedong, et d&#233;couvert dans sa Strat&#233;gie de la guerre r&#233;volutionnaire en Chine, la m&#233;thode &#224; laquelle la France est confront&#233;e en Indochine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de moyens, notamment de transmissions, Trinquier obtient &#224; cette &#233;poque l'aide de la CIA, qui affecte deux officiers de liaison dans son unit&#233;. Pour les Am&#233;ricains les le&#231;ons apprises du GCMA ne seront plus jamais perdues. Pour Aussaresses non plus. Il retrouvera Trinquier en 1957 sur un autre terrain : la bataille d'Alger... Pour les jeunes officiers revenus d'Indochine, il s'agit d'une guerre de m&#234;me nature : r&#233;volutionnaire, pas anti-colonialiste. L'arm&#233;e d'Alg&#233;rie se croit le seul rempart contre la d&#233;ferlante communiste qui s'annonce. Et toute l'arm&#233;e fran&#231;aise se convertit aux th&#233;ories de la guerre anti-subversive, ou &#171; psychologique &#187;. Les militaires trouvent une oreille attentive chez le ministre de la D&#233;fense, Maurice Bourg&#232;s-Maunoury, qui accepte en 1956 la cr&#233;ation d'un Service d'action psychologique et d'information, suivi dans les &#233;tats-majors des &#171; cinqui&#232;mes bureaux &#187; charg&#233;s des m&#234;mes t&#226;ches. Le Colonel Jean Gardes, responsable du 5&#232;me Bureau d'Alger dira par la suite : &#171; nous menons en Alg&#233;rie notre dernier combat d'hommes libres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1957, Trinquier-la -t&#234;te et Aussaresses-les-jambes sont adjoints du g&#233;n&#233;ral Jacques Massu, qui a obtenu les pleins pouvoirs &#224; Alger. Trinquier a th&#233;oris&#233; la r&#233;pression en zone urbaine : d&#233;coupage de la ville, fichage, rafles, extorsion de renseignements y compris par la torture. On inaugure la pratique de la disparition destin&#233;e &#224; terroriser la population. Aussaresses applique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs, bien loin de l'Afrique du Nord, une arm&#233;e se passionne pour les m&#233;thodes fran&#231;aises : l'arm&#233;e argentine, qui vient de renverser le dictateur populiste Juan Peron. En 1957, frais &#233;moulu de l'Ecole sup&#233;rieure de guerre &#224; Paris, le colonel Carlos Rosas, devenu sous-directeur de l'Ecole de Guerre de Buenos Aires cr&#233;e un cycle d'&#233;tude sur la &#171; guerre r&#233;volutionnaire communiste &#187;. Futur chef de la police f&#233;d&#233;rale sous la dictature du g&#233;n&#233;ral Videla, qui prendra le pouvoir en mars 1976, le g&#233;n&#233;ral Ramon Camps, a d&#233;taill&#233; la requ&#234;te pr&#233;sent&#233;e par Rosas aux &#171; chefs de l'arm&#233;e fran&#231;aise &#187;, et l'envoi &#224; l'&#233;cole de guerre argentine des lieutenant-colonels Patrice de Naurois et Fran&#231;ois-Pierre Badie. Camps &#233;crit que &#171; leurs cours &#233;taient directement issus de l'exp&#233;rience fran&#231;aise en Indochine et appliqu&#233;e &#224; ce moment l&#224; en Alg&#233;rie &#187;. L'idylle se noue : le 11 septembre 1958, le ministre de la D&#233;fense, Jacques Chaban-Delmas, autorise soixante cadets appartenant &#224; la premi&#232;re promotion &#171; fran&#231;aise &#187; de l'arm&#233;e argentine &#224; se rendre en voyage d'&#233;tude &#224; Alger. Soixante autres se rendront directement en m&#233;tropole. Ces fian&#231;ailles se concluent logiquement en f&#233;vrier 1960 par la mise en place d'une mission militaire fran&#231;aise permanente en Argentine. Elle sera compos&#233;e de trois officiers sup&#233;rieurs qualifi&#233;s d'&#171; assesseurs &#187;. Leur mission : &#171; accro&#238;tre l'efficacit&#233; technique et la pr&#233;paration de l'arm&#233;e argentine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, Aussaresses est dans l'ombre. Et un homme de poids est entr&#233; en sc&#232;ne : Pierre Messmer. Cet officier l&#233;gionnaire, combattant de la premi&#232;re heure de la France libre, devient ministre des Arm&#233;es en f&#233;vrier 60. Quinze jours plus t&#244;t, il servait dans le djebel, dans le r&#233;giment que Roger Trinquier venait pr&#233;cis&#233;ment de quitter. Mais le moins que l'on puisse &#233;crire, c'est qu'il est hostile aux tenants de la guerre contre-r&#233;volutionnaire. Aujourd'hui pr&#233;sident de l'Institut de France, dot&#233; d'une redoutable m&#233;moire malgr&#233; ses 85 ans, il ne se fait pas prier pour dire tout le mal qu'il en pense toujours : &#171; Des imb&#233;ciles &#187; ! Devenu ministre, il n'en envoie pas moins &#224; Buenos Aires le g&#233;n&#233;ral Andr&#233; Demetz, chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e de terre, pour installer la mission, accompagn&#233; du lieutenant-colonel Henri Grand D'Esnon. Le 26 mai 1960, ce dernier prononce &#224; l'Ecole de guerre de Buenos Aires une conf&#233;rence o&#249; il d&#233;crit tous les aspects de la guerre subversive et met l'accent notamment sur la place centrale de l'arm&#233;e dans le contr&#244;le social de la population et la destruction des forces r&#233;volutionnaires. Son texte de 22 pages, dont &lt;i&gt;le Point&lt;/i&gt; dispose, est publi&#233; dans la revue de l'Ecole de Guerre argentine ; un pr&#233;lude &#224; la publication, au fil des ann&#233;es, d'autres textes th&#233;oriques fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, Pierre Messmer ne fait pas dans la dentelle. Anti-gaullistes plus ou moins impliqu&#233;s dans le putsch d'Alger d'avril 1961 -ce qui n'est pas le cas d'Aussaresses- les adeptes de la guerre contre-subversive vont passer un sale quart d'heure. D'entr&#233;e, Messmer dissout les cinqui&#232;mes bureaux ; de retour d'Argentine, Demetz est limog&#233;. Pour autant, regrette aujourd'hui Messmer, &#171; on ne pouvait pas condamner ces hommes sur leurs id&#233;es &#187; ; il lui est impossible de les sanctionner davantage. Il va alors, sciemment, les &#233;loigner. Aussaresses est envoy&#233; aux Etats-Unis pour former les Am&#233;ricains &#224; la guerre anti-subversive (Lire encadr&#233;). Et Messmer reconna&#238;t bien volontiers que la mission fran&#231;aise en Argentine poursuit ses buts initiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La doctrine fran&#231;aise s'impose &#224; toute l'Am&#233;rique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire des &#171; barbudos &#187; de Fidel Castro &#224; Cuba, en 1959, avait provoqu&#233; les Am&#233;ricains dans leur arri&#232;re-cour. Avec leurs alli&#233;s, ils pr&#233;parent une organisation de combat anticommuniste &#224; l'&#233;chelle continentale. La jeune exp&#233;rience des Argentins va leur &#234;tre utile. Celle des Fran&#231;ais &#233;galement. En 1961, &#224; l'occasion d'une mission de l'Ecole de Guerre argentine au P&#233;rou, un des membres de la mission militaire fran&#231;aise, du voyage, imagine un cours de lutte anticommuniste &#224; destination de l'ensemble des forces arm&#233;es am&#233;ricaines. Une structure existe depuis un an, install&#233;e &#224; Fort Amador (Panama) &#224; l'initiative des Etats-Unis, la Conf&#233;rence des arm&#233;es am&#233;ricaines (Conferencia des Ejercitos Americanas - CEA). Cette organisation typique de la Guerre froide, r&#233;unit chaque ann&#233;e secr&#232;tement les responsables militaires latino-am&#233;ricains, avec leurs homologues du Pentagone. Ils &#339;uvrent ensemble dans un but unique : l'interconnexion des services de renseignement et la formation homog&#232;ne des forces arm&#233;es du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la r&#233;union de juillet 1961, le g&#233;n&#233;ral Spirito, chef d'Etat-Major de l'Arm&#233;e de Terre argentine, propose l'id&#233;e fran&#231;aise &#224; ses coll&#232;gues, et dans la foul&#233;e, il cr&#233;e le cours interam&#233;ricain de lutte antimarxiste, dirig&#233; par le colonel Lopez Aufranc, ancien stagiaire de l'Ecole de guerre fran&#231;aise. Trente-neuf officiers stagiaires repr&#233;sentants treize pays d'Am&#233;rique latine ainsi que les Etats-Unis participent aux travaux : c'est un succ&#232;s pour l'arm&#233;e fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambassadeur de France en Argentine rel&#232;ve dans un courrier au quai d'Orsay que le r&#244;le des assesseurs militaires fran&#231;ais &#034;dans la conception et la pr&#233;paration de ce cours a &#233;t&#233; d&#233;terminant (...) et on doit souligner la pr&#233;sence de militaires des Etats-Unis au nombre des participants &#224; ce stage, o&#249; une place importante est r&#233;serv&#233;e &#224; l'&#233;tude de la lutte anti-marxiste dans un esprit et selon des m&#233;thodes qui b&#233;n&#233;ficient largement de l'exp&#233;rience acquise, dans ce domaine par l'arm&#233;e fran&#231;aise. On peut d'autant plus s'en f&#233;liciter que les milieux militaires nord-am&#233;ricains ont r&#233;cemment marqu&#233; une certaine jalousie &#224; l'&#233;gard de l'influence des assesseurs fran&#231;ais dans les &#233;tats-majors argentins et &#224; l'&#233;cole de guerre de Buenos Aires&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le pr&#233;lude &#224; un chantier de plusieurs ann&#233;es qui culminera avec l'Op&#233;ration Condor. (Voir encadr&#233;) La mission militaire &#224; Buenos Aires continue d'&#234;tre aliment&#233;e en officiers sp&#233;cialis&#233;s. L'un d'entre eux est une &#034;star&#034; de l'&#233;cole de guerre. Le commandant Boulnois est l'auteur de nombreux textes sur la guerre r&#233;volutionnaire. De lui, on peut retenir cette formule : &#171; Mieux vaut tuer &#224; l'adversaire un homme par jour que de monter avec d'importants moyens une op&#233;ration qui dans le meilleur des cas tuera dix fois plus, mais qui, neuf fois sur dix tombera dans le vide le plus absolu, sous l'&#339;il ironique des populations &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Parade et riposte &#224; la guerre subversive &#187;, Ecole Sup&#233;rieure de Guerre, 12 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cours de contre-insurrection fran&#231;ais sont partout. Au Coll&#232;ge militaire, le jeune Rafael Videla les appr&#233;cie et les enseigne. En 1976, il dirigera la junte. A partir des th&#233;ories fran&#231;aises, les militaires argentins b&#226;tissent un plan baptis&#233; CONINTES (Conmocion Interna del Estado) destin&#233; &#224; pr&#233;venir tout mouvement de lutte civile contre l'Etat, de m&#234;me qu'une circulaire doctrinale en trois tomes, en usage jusqu'au coup d'Etat de 1976 : la &#171; RC-8-2/ op&#233;rations contre les forces irr&#233;guli&#232;res &#187;. De 1956 &#224; 1963, les Fran&#231;ais auront form&#233; toute la g&#233;n&#233;ration montante des militaires argentins. En 1963, les instructeurs fran&#231;ais conna&#238;tront pourtant une &#233;clipse, apr&#232;s qu'un &#233;ni&#232;me coup d'Etat ait port&#233; au pouvoir une frange pro-am&#233;ricaine de l'arm&#233;e. Malgr&#233; tout, la mission militaire fran&#231;aise est maintenue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les chefs des missions seront successivement les officiers de Naurois, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; passant de la lutte antisubversive aux ventes d'armes. Jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1973, les affaires reprennent. Le retour du g&#233;n&#233;ral Peron apr&#232;s 20 ans d'exil, puis sa mort l'ann&#233;e suivante, marquent le d&#233;but du chaos politique en Argentine. L'arm&#233;e qui se consid&#232;re garante de la s&#233;curit&#233; de l'Etat pr&#233;pare sa guerre contre les opposants et les gu&#233;rillas d'extr&#234;me gauche. En 1973, des soldats argentins participent &#224; des stages de lutte antisubversive notamment dans le sud du pays. On leur diffuse des films sur la guerre d'Alg&#233;rie. &#171; Uniquement les sc&#232;nes de tortures &#187; dira l'un d'entre eux. Il s'agit sans doute du film de Gillo Pontecorvo, &#171; la Bataille d'Alger &#187; dont Trinquier a fait l'&#233;loge public, en insistant sur sa v&#233;racit&#233; documentaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, on enregistre la demande de l'Arm&#233;e de Terre argentine de voir la mission militaire fran&#231;aise revenir &#224; sa fonction originelle. Pierre Messmer, devenu Premier ministre de Georges Pompidou, sait que les Argentins souhaitent le retour des instructeurs fran&#231;ais sp&#233;cialis&#233;s en guerre anti-subversive. Il le confirme aujourd'hui : &#171; il les voulaient, ils les ont eus... l'Argentine est un pays ind&#233;pendant, il n'y avait pas de raison de leur refuser ce qu'ils demandaient &#187;. Le nouveau chef de mission &#171; a le profil &#187;, admet-il. Il s'agit du colonel Robert Servant, qui part &#224; Buenos Aires le 15 avril 1974. Il est l'homme idoine : ancien d'Indochine, il avait &#233;t&#233; charg&#233; &#224; Alger, au 5&#232;me Bureau, de l'interrogatoire des &#171; ralli&#233;s &#187; du FLN. Ensuite en poste &#224; Madrid, il y rencontre le lieutenant-colonel argentin Reynaldo Bignone, un des futurs hommes-cl&#233; de la junte au pouvoir en 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des centaines de jeunes disparaissent chaque jour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Buenos Aires, le colonel Servant s'installe... au quartier-g&#233;n&#233;ral de l'Arm&#233;e de Terre alors dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Videla ! Au 12&#232;me &#233;tage exactement, &#034;c&#244;t&#233; mer&#034;. Il d&#233;pend de la Jefatura n&#176;3 Operaciones en charge des op&#233;rations (de la &#171; formation &#187; dira Servant au juge Leloire, ce qui est pour le moins r&#233;ducteur). Selon la commission des droits de l'Homme en Argentine en 1977, la mission fran&#231;aise est l&#224; pour faire de &#171; l'intelligence &#187;, traduit par &#171; d&#233;lation, torture et infiltration &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Commission des droits de l'Homme en Argentine. In Argentina : proceso al (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233; par &lt;i&gt;le Point&lt;/i&gt;, Servant a refus&#233; de s'exprimer mais, devant le juge, il nie v&#233;h&#233;mentement cette version d&#233;clarant que son r&#244;le se bornait &#224; r&#233;pondre &#171; aux questions de type militaire &#187; des Argentins, dans des domaines aussi vari&#233;s que l'intendance, la sant&#233;, la Gendarmerie, ou des &#171; questions diverses sur le d&#233;roulement de notre guerre d'Indochine &#187;. Il allait faire des conf&#233;rences soit au si&#232;ge de l'Arm&#233;e de terre soit dans des unit&#233;s de province. Servant, qui se tient &#224; l'&#233;cart de l'ambassade -ce que nous confirme l'ambassadeur Fran&#231;ois de la Gorce- en cas de probl&#232;me, entre en relation avec le SGDN (Secr&#233;tariat G&#233;n&#233;ral de la D&#233;fense Nationale), d&#233;pendant directement du Premier ministre, Jacques Chirac qui a succ&#233;d&#233; &#224; Messmer en 1974. Il est &#233;galement en contact avec le chef de poste du SDECE pour le Br&#233;sil et l'Argentine, le capitaine Pierre Latanne. Lequel d&#233;pend de l'attach&#233; militaire au Br&#233;sil, un vieux routier arriv&#233; &#224; Brasilia en 1973. Qui est-ce ? Paul Aussaresses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique latine est alors en enfer. L'arm&#233;e argentine a entam&#233; en 1974 avec ses homologues chilienne et uruguayenne une coop&#233;ration dans l'enl&#232;vement et le meurtre. Les cadavres s'amoncellent dans Buenos Aires. Merci les le&#231;ons de l'Alg&#233;rie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle situation ne peut &#233;chapper ni au chef de poste du SDECE, ni &#224; Servant, ni &#224; fortiori &#224; un vieux professionnel comme Aussaresses. Interrog&#233; par le juge Leloire, ce dernier ne sait rien, n'a rien vu, rien entendu ! Pourtant, il s'est trouv&#233; comme les autres aux premi&#232;res loges pour appr&#233;cier, d&#233;but 1975, la premi&#232;re grande op&#233;ration anti-gu&#233;rilla men&#233;e en Argentine dans la r&#233;gion de Tucuman. Le g&#233;n&#233;ral Antonio Bussi qui remportera, un an plus tard, une large victoire sur la gu&#233;rilla gauchiste au prix de regroupements de population, tortures, ex&#233;cutions sommaires etc. est lui aussi un ancien stagiaire des Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son pr&#233;d&#233;cesseur au d&#233;but de l'op&#233;ration, le g&#233;n&#233;ral Vilas, avouera par la suite : &#171; nous avons appliqu&#233; les m&#233;thodes mises en place par les Fran&#231;ais en Indochine et en Alg&#233;rie &#187;. Il dira m&#234;me que l'ouvrage de Trinquier &#171; Guerre, Subversion, R&#233;volution &#187; est son &#171; livre de chevet &#187;. Au printemps 1975, d'ailleurs, les &#233;ditions militaires ont traduit tous les ouvrages des experts fran&#231;ais, Trinquier, Lacheroy etc. Et c'est encore aux m&#234;mes sources que les militaires argentins puisent en partie &#171; l'ordre de bataille &#187; qu'ils mettront en ouvre en mars 1976, pour installer leur dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont savamment combin&#233; les th&#233;ories am&#233;ricaines sur la guerre classique, la th&#233;orie fran&#231;aise de la contre-subversion et le &#171; Sch&#233;ma Trinquier &#187; : division en zones, fichage, ratissage, torture et &#171; disparitions &#187;. La bataille de Buenos Aires est la copie conforme de la Bataille d'Alger. Celui qui nous le dit aujourd'hui n'est autre que le g&#233;n&#233;ral Bignone, dernier chef de la junte militaire, &#224; l'&#233;poque adjoint de Videla &#224; l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e de terre o&#249; officie Servant, dont il est d'ailleurs l'ami intime. Servant est &#233;galement en relation avec Albano Jorge Hargindeguy qui sera ministre de l'Int&#233;rieur de la Junte apr&#232;s mars 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;part d'Aussaresses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussaresses quitte l'Am&#233;rique latine en 1975 pour &#171; pantoufler &#187; chez les vendeurs d'armes. Pourtant, &#224; peine arriv&#233; chez Thomson, il est contact&#233; par son ami l'attach&#233; militaire argentin &#224; Paris, le colonel Parada, qui lui passe une commande de mat&#233;riel pour les op&#233;rations de Tucuman qui continuent. L'affaire se fera par des interm&#233;diaires britanniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Servant, quant &#224; lui, quitte l'Argentine en octobre 1976 - soit sept mois apr&#232;s le putsch - mais pendant cette p&#233;riode, il n'est toujours au courant de rien ! Son successeur, le colonel L'Henoret est tout surpris de ne se voir confier aucune mission. &#171; J'&#233;tais pay&#233; &#224; ne rien faire, juste maintenir une pr&#233;sence fran&#231;aise pour des jours meilleurs &#187; nous dit-il. En fait, on met la mission militaire en sommeil. Paris, apparemment, ne veut plus rien avoir &#224; faire avec les tortionnaires argentins qui se d&#233;cha&#238;nent en utilisant nos m&#233;thodes. 35 000 disparus au total, des dizaines de milliers de tortur&#233;s, emprisonn&#233;s sans jugement dans ce que l'on va appeler la &#171; sale guerre &#187;. Une guerre &#224; laquelle les Fran&#231;ais ont pris leur part.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aussareses, instructeur aux Etats-Unis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Pierre Abramovici&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre pays est int&#233;ress&#233; par les militaires fran&#231;ais et leurs th&#233;ories. Les Etats-Unis ont une r&#233;elle faiblesse en mati&#232;re de guerre r&#233;volutionnaire. Ils ne poss&#232;dent alors qu'un seul manuel d'instruction fabriqu&#233; &#224; partir de la guerre en Yougoslavie contre les Allemands pendant le Second conflit mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils cherchent des experts alors que la guerre du Viet-nam rentre dans sa seconde phase. &lt;br /&gt;
Aussaresses pr&#233;cis&#233;ment est aux Etats-Unis, observateur &#224; l'&#233;cole des parachustistes de Fort Benning en Alabama. Il affirme que c'est son pr&#233;d&#233;cesseur qui lui a conseill&#233; de se rendre au centre de formation des Forces Sp&#233;ciales &#224; Fort Bragg en G&#233;orgie afin de passer un brevet d'instructeur &#171; sans que ses sup&#233;rieurs hi&#233;rarchiques le sachent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Messmer dit, lui, que c'est &#224; la demande des Am&#233;ricains qui recherchent &#034;des instructeurs au profil indochinois&#034; et en accord avec ses services. En tout cas, Aussaresses arrive &#224; Fort Bragg en pleine r&#233;organisation des Forces Sp&#233;ciales. Le pr&#233;sident John F. Kennedy est convaincu de l'utilit&#233; de ces unit&#233;s d'&#233;lites au b&#233;ret vert. Il pr&#233;conise leur emploi notamment au Vietnam. Le centre de Fort Bragg devient l'&#233;cole de Guerre Sp&#233;ciale o&#249; sont form&#233;s &#224; la fois les militaires et la CIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re mission secr&#232;te des Forces Sp&#233;ciales au Laos, l'op&#233;ration White Star, s'inspire directement des m&#233;thodes utilis&#233;es par le GCMA de Trinquier lors de la guerre fran&#231;aise en Indochine. Certains des officiers de White Star reviennent &#224; Fort Bragg et rencontrent Aussaresses. Ils racontent aujourd'hui qu'il fait traduire les &#233;crits de Trinquier en Anglais afin qu'ils servent de bases &#224; ses cours de guerre anti-subversive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la petite histoire, les premiers dipl&#244;m&#233;s form&#233;s notamment par Aussaresses seront vers&#233;s dans une unit&#233; baptis&#233;e MATA (Military Advisory Training Assistance) on les appellera les &#034;Matadors&#034; ! L'un des &#171; &#233;l&#232;ves &#187; d'Aussaresses s'appelle Robert Komer. C'est un analyste de la CIA. En 1964, il est au cabinet du pr&#233;sident Lyndon B. Johnson. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment l&#224; que Trinquier alors retir&#233; de l'arm&#233;e mais c&#233;l&#232;bre th&#233;oricien de la guerre r&#233;volutionnaire, re&#231;oit &#224; Paris un envoy&#233; du pr&#233;sident am&#233;ricain. Celui-ci lui propose de reprendre la direction &#171; sous une forme quelconque &#187; de ses maquis d'Indochine mais cette fois-ci pour le compte des Am&#233;ricains. Trinquier refuse. Pourtant, malgr&#233; cet apparent int&#233;r&#234;t pour les th&#233;ories fran&#231;aises, les anciens camarades d'Aussaresses &#224; Fort Bragg se souviennent parfaitement du refus global de l'Etat-major am&#233;ricain de consid&#233;rer ces m&#233;thodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Messmer &#233;voque aujourd'hui diverses conversations avec Robert Mac Namara, Secr&#233;taire &#224; la D&#233;fense, au cours desquelles il a pu appr&#233;cier l'&#233;volution de la pens&#233;e am&#233;ricaine &#224; propos de la guerre contre-r&#233;volutionnaire. Au d&#233;but, ils sont contre, ne tablant que sur la sup&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle, puis au fur et &#224; mesure de l'&#233;chec de cette strat&#233;gie, ils en arrivent &#224; envisager l'utilisation de la guerre psychologique. Messmer sait que Trinquier est sollicit&#233;. Il pr&#233;vient les Am&#233;ricains contre cela. &#171; De toute fa&#231;on, ils allaient perdre, et je l'ai dit &#224; Mac Namara &#187; s'amuse t-il aujourd'hui. Il est en tout cas parfaitement clair dans son esprit que les th&#233;ories de Trinquier additionn&#233;es de celles des Anglais (une mission militaire britannique est au Vietnam) servent de base aux Forces Sp&#233;ciales am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1967, Komer est nomm&#233; ambassadeur au Vietnam. Sous son autorit&#233;, il &#171; invente &#187; ce que l'on appellera plus tard l'&lt;i&gt;Op&#233;ration Phoenix&lt;/i&gt;. Une guerre contre-subversive &#224; outrance destin&#233;e &#224; &#171; vider l'eau dans laquelle se d&#233;placent les poissons &#187; d'apr&#232;s la c&#233;l&#232;bre formule de Mao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 20 000 morts, des dizaines de milliers d'arr&#234;t&#233;s, d&#233;tenus sans proc&#232;s, tortur&#233;s etc.&lt;br /&gt;
Les experts s'interrogeront longtemps sur la gen&#232;se de cette op&#233;ration. On peut aujourd'hui r&#233;pondre qu'en partie elle est issue des enseignements d'Aussaresses sur la base des &#233;crits de Trinquier. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France et le Plan Condor&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Pierre Abramovici&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration Condor est n&#233;e dans le secret des r&#233;unions de la Conf&#233;rence des Arm&#233;es Am&#233;ricaines entre 1960 et 1974. Pendant cette p&#233;riode les arm&#233;es latino-am&#233;ricaines ont mis au point bun vaste syst&#232;me d'&#233;change d'informations entre pays voisins sur leurs opposants respectifs. L'interconnection des renseignements se fera &#224; travers les attach&#233;s militaires dans ce que l'on va appeler le r&#233;seau AGREMIL (Agregados militares). Au fur et &#224; mesure le syst&#232;me va &#233;voluer jusqu'&#224; aboutir &#224; un &#233;change de d&#233;tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1974, se tient &#224; Buenos-Aires une r&#233;union secr&#232;te entre les repr&#233;sentants des polices politiques et des services de renseignements militaires de plusieurs pays d'Am&#233;rique latine notamment le Chili, l'Argentine et l'Uruguay. Il va &#234;tre d&#233;cid&#233; de passer &#224; un stade sup&#233;rieur : l'enl&#232;vement et parfois l'ex&#233;cution de r&#233;fugi&#233;s par les services de r&#233;pression de leur pays respectifs l&#224; o&#249; ils se trouvent. La plus forte proportion de r&#233;fugi&#233;s politiques se trouve encore en Argentine du fait que ce pays, bien qu'en proie &#224; une terrible violence politique, est encore officiellement un &#233;tat d&#233;mocratique. Les premiers morts de ce qui s'appelera par la suite &lt;i&gt;Operation Condor &lt;/i&gt; se comptent par dizaines dans les rues de Buenos-Aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1975, le chef de la police politique chilienne (la DINA, le colonel Manuel Contreras entame une tourn&#233;e latinoam&#233;ricaine pour formaliser un accord de r&#233;pression continental dont la &#171; phase trois &#187; comprend l'ex&#233;cution de cibles choisies y compris en dehors d'Am&#233;rique latine, notamment en Europe. Contreras fera m&#234;me un d&#233;tour par la CIA le 25 ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 novembre, il organise la premi&#232;re r&#233;union multinationale du renseignement et cr&#233;e le plan Condor. Les pays membres en sont le Chili, l'Argentine, l'Uruguay, le Paraguay, la Bolivie puis peu apr&#232;s le Br&#233;sil. Ils seront &#171; Condor 1 &#187;, &#171; Condor 2 &#187; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contreras qui dispose d'un r&#233;seau en Europe d&#233;j&#224; op&#233;rationnel bas&#233; sur des terroristes d'extr&#234;me-droite italiens commet l'erreur de faire assassiner l'ancien ministre des affaires &#233;trang&#232;res du Chili d'avant le putsch, Orlando Letellier, sur le sol am&#233;ricain &#224; deux cent m&#232;tres de la Maison Blanche. Les Chiliens perdent la main au profit des Argentins. Selon la CIA, le centre op&#233;rationnel de la phase trois de Condor est Buenos Aires o&#249; une &#233;quipe sp&#233;ciale y aurait &#233;t&#233; constitu&#233;e, organis&#233;e comme une unit&#233; des Forces Sp&#233;ciales am&#233;ricaines avec m&#233;decin, expert en sabotage, interrogateur etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1976, la CIA fait &#233;tat d'une conf&#233;rence Condor &#224; Santiago du Chili o&#249; il est question d'op&#233;rations &#224; Paris : &#034;dans un accord s&#233;par&#233;, les renseignement uruguayens (...) ont accept&#233; d'op&#233;rer sous couverture &#224; Paris avec leurs homologues argentins et chiliens&#034; contre des groupes de gauche. Ce qui est confirm&#233;, le m&#234;me mois, par le Secr&#233;taire d'Etat Henry Kissinger qui, dans un texte distribu&#233; &#224; plusieurs ambassades am&#233;ricaines en Europe notamment &#224; Paris, avertit que cette sorte de &#171; Murder Inc. &#187; (Meurtres et associ&#233;s) aura des activit&#233;s dans la capitale fran&#231;aise. En septembre 1976, la CIA se fait l'&#233;cho de ce qu'elle appelle une &#171; atteinte particuli&#232;re &#224; la s&#233;curit&#233; &#187;. Les services de renseignements fran&#231;ais ont appris l'existence de Condor. Servant ? Latanne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, selon la CIA, le fait que les Fran&#231;ais soient au courant aboutit &#224; la fois au limogeage du chef de la police politique argentine et &#224; une n&#233;cessaire information des services fran&#231;ais : &#171; les services de s&#233;curit&#233; argentins et/ou chiliens ont inform&#233; leurs homologues fran&#231;ais que Condor pourrait fonctionner en Europe mais pas en France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui sont les &#171; homologues &#187; fran&#231;ais des services de s&#233;curit&#233; latino-am&#233;ricains ? Nul ne le sait mais quelques mois plus tard, une &#233;quipe uruguayenne est envoy&#233;e &#224; Paris &#171; afin d'effectuer des op&#233;rations non sp&#233;cifi&#233;es &#187;, sans doute des rep&#233;rages pour ex&#233;cuter des opposants malgr&#233; les assurances donn&#233;es. Et surtout, les Argentins installent Condor-Europe &#224; Paris, &#224; partir d'une annexe de l'ambassade argentine, install&#233;e en mars 1977... 83 avenue Henri-Martin !&lt;br /&gt;
Sans que qui que ce soit ne s'en inqui&#232;te, les dictatures latino-am&#233;ricaines installent donc un centre terroriste visant &#224; ex&#233;cuter des cibles rep&#233;r&#233;es au pr&#233;alable dans toute l'Europe, infiltrer des groupes d'opposants, rep&#233;rer ceux qui continuent &#224; voyager encore en Am&#233;rique latine et les faire arr&#234;ter sur place etc. On n'ose imaginer un accord portant par exemple sur la neutralit&#233; des autorit&#233;s fran&#231;aises en &#233;change de la paix sur notre territoire ! Marcel Chalet, ancien directeur de la DST, non seulement affirme aujourd'hui n'en avoir rien su, mais accuse le SDECE et l'arm&#233;e d'avoir mont&#233; une op&#233;ration parall&#232;le. Il est vrai qu'Alexandre de Marenches, directeur du renseignement fran&#231;ais (aujourd'hui d&#233;c&#233;d&#233;), aime les coups tordus. Selon l'ancien ambassadeur argentin &#224; Paris, Tomas de Anchorena, le centre de Paris va cesser ses activit&#233;s vers la fin de l'ann&#233;e1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quantau plan Condor proprement dit,les tortionnaires argentins,le d&#233;placent progressivement vers le Nord et l'Am&#233;rique Centrale, nouveau lieu d'affrontement entre les forces arm&#233;es et les oppositions. Ils envoient plusieurs missions en Am&#233;rique centrale afin d'aider &#224; la r&#233;pression et commencent &#224; organiser des stages de lutte contre la subversion d&#232;s le printemps et l'automne 1979 &#224; Buenos Aires afin de former tous ceux qui ne le sont pas encore &#224; l'&#233;chelle du continent, notamment ceux d'Am&#233;rique centrale. La chute de la dictature somoziste en juillet 1979 va &#233;videmment encourager les latinoam&#233;ricains &#224; adopter des standards communs dans la lutte anti-subversive notamment, gr&#226;ce aux Argentins sur les bases th&#233;oriques fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formellement, Condor dispara&#238;t dans les jungles de l'Am&#233;rique centrale quant les Etats-Unis reprennent &#224; leur propre compte la lutte contre le Nicaragua sandiniste. Plus simplement, la fin de la guerre froide et la somme de ses exc&#232;s lui portent un coup fatal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan g&#233;n&#233;ral de la r&#233;pression pour le seul C&#244;ne Sud dans la p&#233;riode o&#249; les Juntes imagin&#232;rent Condor est d'environ 50.000 assassin&#233;s, 35.000 disparus et 400.000 prisonniers. Condor proprement dit ne repr&#233;sente sans doute que quelques dizaines ou quelques centaines de victimes cibl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/sommaire.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;Le Point&lt;/u&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, le 15 Juin 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Pierre Abramovici&lt;/strong&gt;, auteur et Journaliste.&lt;br /&gt; Auteur d'&lt;strong&gt;Un rocher bien occup&#233;&lt;/strong&gt;,&lt;br /&gt; Editions du Seuil, Paris, septembre 2001.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Parade et riposte &#224; la guerre subversive &#187;, Ecole Sup&#233;rieure de Guerre, 12 janvier 1959. In Fran&#231;ois G&#233;r&#233;, La guerre Psychologique, Editions Economica, 1997&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les chefs des missions seront successivement les officiers de Naurois, Bentresque, Garderes, Boulnois, Cazaumayou, Ossent, Badie et Durieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Commission des droits de l'Homme en Argentine. In Argentina : proceso al genocidio. Elias Quejeteras ediciones. Madrid 1977&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Avec l'autorisation de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
