<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>El Correo</title>
	<link>https://www.elcorreo.eu.org/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.elcorreo.eu.org/spip.php?id_auteur=298&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Peut-on faire l'&#233;conomie d'une &#233;conomie politique ? Zacar&#237;as Moutoukias </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Peut-on-faire-l-economie-d-une-economie-politique-Zacarias-Moutoukias</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Peut-on-faire-l-economie-d-une-economie-politique-Zacarias-Moutoukias</guid>
		<dc:date>2010-03-02T12:12:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Zacar&#237;as Moutoukias </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'est avec une rigueur tenace que Bartolom&#233; Clavero parcourt, dans son livre consacr&#233; &#224; la condamnation de l'usure, une partie de la litt&#233;rature th&#233;ologique de l'Espagne et de l'Italie des XVIe et XVIIe si&#232;cles afin de produire un essai &#233;tonnant, au sens le plus classique du mot. Cette volont&#233; de troubler offre une excellente occasion pour d&#233;battre de certains probl&#232;mes qui pr&#233;occupent les chercheurs int&#233;ress&#233;s &#224; l'histoire &#233;conomique de cet ensemble fuyant qu'on d&#233;signe sous le nom de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Notre-Amerique" rel="directory"&gt;Notre Am&#233;rique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est avec une rigueur tenace que Bartolom&#233; Clavero&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bartolom&#233; CLAVERO, Antidora. Antropolog&#237;a cat&#243; lica de la economia moderna, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; parcourt, dans son livre consacr&#233; &#224; la condamnation de l'usure, une partie de la litt&#233;rature th&#233;ologique de l'Espagne et de l'Italie des XVIe et XVIIe si&#232;cles afin de produire un essai &#233;tonnant, au sens le plus classique du mot. Cette volont&#233; de troubler offre une excellente occasion pour d&#233;battre de certains probl&#232;mes qui pr&#233;occupent les chercheurs int&#233;ress&#233;s &#224; l'histoire &#233;conomique de cet ensemble fuyant qu'on d&#233;signe sous le nom de soci&#233;t&#233;s traditionnelles. Son point de d&#233;part n'est pas totalement inconnu : &#224; partir du moment o&#249; le p&#233;ch&#233; est dans l'intention, la r&#233;mun&#233;ration d'un pr&#234;t &lt;i&gt;(mutuo)&lt;/i&gt; n'est admise que si elle intervient comme une contre-prestation, libre mais incontournable, dict&#233;e par le sentiment d'amiti&#233; et de reconnaissance propre au trafic r&#233;gl&#233; par la gr&#226;ce r&#233;ciproque, l'&lt;i&gt;antidora&lt;/i&gt; ; si, en revanche, la r&#233;mun&#233;ration s'ajoute &#224; la d&#233;volution du pr&#234;t comme obligation contractuelle, c'est l'usure. En d&#233;pit d'une analyse plut&#244;t conventionnelle de ces textes, B. Clavero organise son mat&#233;riel avec adresse et une extr&#234;me intelligence afin de conduire le lecteur sur un itin&#233;raire au cours duquel il restitue la condamnation de l'usure &#224; l'int&#233;rieur d'une matrice de concepts interconnect&#233;s, concernant la vie &#233;conomique et l'ordre social dans leur ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; le pr&#234;t se trouve sur le terrain de la gr&#226;ce, la bienveillance et la charit&#233; et que, de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, le pr&#234;t et sa r&#233;mun&#233;ration ainsi que les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;r&#233;s par les d&#233;p&#244;ts bancaires sont assimil&#233;s au b&#233;n&#233;fice, &#171; au sens religieux et f&#233;odal &#187; du terme, ces transactions d&#233;bordent le cadre strict des contrats et de la justice. Cette derni&#232;re n'offrait en r&#233;alit&#233; aucune couverture &#171; pour la r&#233;tribution du cr&#233;dit et pour le d&#233;p&#244;t bancaire, ce qui signifie tr&#232;s exactement qu'il &#233;tait impossible de faire appel &#224; la justice sur ces questions. Normalement, c'&#233;tait &#233;galement le cas pour ceux qui cherchaient &#224; r&#233;cup&#233;rer les capitaux plac&#233;s en cens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 169 ; voir aussi pp. 49-50 et 80-81.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Toujours selon B. Clavero - ou plut&#244;t les auteurs qu'il commente -, cette ind&#233;termination juridique pouvait s'&#233;tendre au remboursement du principal lui-m&#234;me. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les dettes &#233;taient n&#233;anmoins acquitt&#233;es et les int&#233;r&#234;ts honor&#233;s, mais par l'empire d'une culture catholique qui, impr&#233;gn&#233;e de la notion de lib&#233;ralit&#233;, d&#233;borde les contrats. &#171; [...] Par respect pour l'honn&#234;tet&#233; des coutumes, celui qui emprunte est tenu &#224; la r&#233;mun&#233;ration antidorale, c'est-&#224;-dire &#224; la d&#233;monstration de la gr&#226;ce r&#233;ciproque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. REBELLUS, Opus de obligationibus Iustitiae, Religionis et Charitatis, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ; et ceci vaut sp&#233;cialement pour le n&#233;goce de la banque et du change. Alors, &#171; l'&#233;conomie n'existe pas &#187;, parce que, dans ce complexe culturel, il n'y a de place ni pour le calcul et les anticipations qui lui sont propres ni pour le sujet qui les r&#233;alise. Elle se trouverait d&#233;compos&#233;e &#224; l'int&#233;rieur d'une syntaxe chr&#233;tienne de la gr&#226;ce et de la dette qui r&#233;glerait le commerce entre les gens. C'est-&#224;-dire que l'&#233;conomie fait partie d'un syst&#232;me d'attentes r&#233;ciproques selon l'&#233;tat de chacun (de proportions, dans les termes aristot&#233;liciens de l'auteur), qui r&#233;glait les &#233;changes entre familles et corporations ainsi qu'&#224; l'int&#233;rieur des univers domestiques. Elle est alors l'&lt;i&gt;o&#239;conomie&lt;/i&gt; de cet univers organis&#233; autour de la protection patronale et la d&#233;pendance client&#233;laire, et cela en vertu du statut du contrat dans les transactions mentionn&#233;es. Si la justice n'offrait pas une couverture suffisante, &#171; cela ne signifie pas pour autant que le terrain ait &#233;t&#233; totalement abandonn&#233;. Nous nous trouvons face &#224; une soci&#233;t&#233; de familles diverses, depuis les consanguines jusqu'aux religieuses en passant par les mercantiles, avec leurs propres m&#233;canismes de contrainte et composition. Ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, c'&#233;tait une soci&#233;t&#233; de patronages et de client&#232;les &#187;. Ainsi, &#171; la protection sociale ne passait pas seulement par la justice institutionnelle ; celle-ci, en d&#233;pit de ses fonctions de d&#233;volution et de composition, &#233;tait loin de jouir d'exclusivit&#233; dans l'attention aux r&#233;clamations et dans la r&#233;solution des conflits. Dans cette perspective, la protection relevait &#233;galement de la faveur sociale &#187; - y compris celle de saints patrons qui s'int&#233;graient &#224; l'&#233;change antidoral dans ces soci&#233;t&#233;s qu'on ne peut pas &#171; r&#233;duire &#187; &#224; ce que sont devenues les actuelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 170-171.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est l'univers qui, d'apr&#232;s B. Clavero, d&#233;c&#232;le l'anath&#232;me contre l'usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plac&#233; dans le champ de l'histoire de la pens&#233;e th&#233;ologique et juridique, le livre ne peut pas laisser indiff&#233;rent l'historien de l'&#233;conomie par ses pistes originales de r&#233;flexion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si sa vision des soci&#233;t&#233;s choisies comme terrain est beaucoup plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont la contextualisation des rapports entre justice, contrats et comportements &#233;conomiques n'est pas la moindre. Cependant, B. Clavero refuserait de ranger ainsi un travail dont il n'est pas &#171; certain qu'il s'agisse d'un livre d'histoire &#187; - n&#233; d'ailleurs d'une qu&#234;te d'un &#171; certain droit &#187; qui s'est sold&#233;e par la rencontre avec une culture religieuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce sens &#171; mon aventure s'est sold&#233;e par un &#233;chec &#187;, dit l'auteur, non (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; -, mais qui finit par proposer beaucoup plus qu'une histoire. C'est toute une anthropologie de l'&#233;conomie moderne qu'il postule, en d&#233;pit de la nature de ses mat&#233;riaux - impressionnants, de l'&#233;cole de Salamanque au cardinal de Luca en passant par des catalogues et dictionnaires de l'&#233;poque. Pour l'essentiel, B. Clavero reste, de mani&#232;re explicite et argument&#233;e, &#224; l'int&#233;rieur d'une litt&#233;rature savante publi&#233;e en latin, qu'il commente &#224; la lettre et &#224; laquelle il s'interdit de poser les questions les plus habituelles sur ses articulations sociales et celles de son public. S'il peut surprendre, nous verrons que le choix est volontaire. Il ne peut n&#233;anmoins fonder la proposition de l'auteur d'une anthropologie de l'&#233;conomie moderne, qui serait forc&#233;ment catholique, et encore moins d&#233;montrer ses affirmations sur la non-pertinence d'une histoire &#233;conomique ou d'une &#233;conomie politique sp&#233;cifiques &#224; ces soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des principales clefs de sa d&#233;marche, B. Clavero la livre dans l'&#233;pilogue, joliment intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;The other and the brother&lt;/i&gt; : l'&#233;tranget&#233; du temps pass&#233; face &#224; l'engagement du pr&#233;sent &#187;. C'est ici qu'il explique que, contrairement &#224; ce que nous semblons croire, le v&#233;ritable &#233;tranger &#233;trange, ce sont nos anc&#234;tres. C'est-&#224;-dire les hommes et les femmes du XVIe au XVIIIe si&#232;cle qui, de l'Italie aux mondes ib&#233;riques en passant par la France, partageaient une m&#234;me culture catholique affect&#233;e ni par la Renaissance ni par les Lumi&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par moment, l'&#233;tendue des espaces catholiques semble se r&#233;tr&#233;cir. &#171; Il est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il commente abondamment leur conception de la libert&#233; &#171; comme lib&#233;ralit&#233;, accompagn&#233;e de principes d'exclusion de responsabilit&#233;s typiquement contractuelles, et pas seulement dans le domaine bancaire &#187;. &#192; la place de ces responsabilit&#233;s, l'amiti&#233; et la reconnaissance obligent, proportionnellement &#224; l'&#233;tat de chacun, du fait des vertus lib&#233;rales que proclame une culture catholique. En revanche, parmi ses contemporains, B. Clavero ne retrouve que des semblables, &#171; pour &#233;loign&#233;es que soient les diff&#233;rentes cultures &#187;. Pour eux, &#171; l'anthropologie qui doit nous int&#233;resser est celle qui peut &#234;tre commune &#187; aux diff&#233;rentes cultures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On laissera ici de c&#244;t&#233; ses belles lignes sur l'&#233;thique contemporaine ainsi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et ces mondes sont s&#233;par&#233;s par la non-communication, en raison de la diff&#233;rence anthropologique. Ce cloisonnement entre un univers contemporain, unique et universel malgr&#233; sa diversit&#233; (laissons les commentaires que peut manifestement provoquer une telle id&#233;e de la contemporan&#233;it&#233;) et un pass&#233; d&#233;finitivement &#233;loign&#233;, constitue dans l'argumentation de B. Clavero un dispositif qui commande l'organisation de son &#233;tude. Pour entrer et comprendre l'univers du pass&#233;, il faut respecter et utiliser les termes sur lesquels les habitants de ce monde fondaient leur propre humanit&#233;. C'est donc pour construire cette anthropologie que l'auteur utilise la litt&#233;rature th&#233;ologique et juridique, mais en refusant tout d&#233;bat qui ne serait pos&#233; dans les termes m&#234;mes de cette litt&#233;rature. L'anthropologie l'int&#233;resse comme m&#233;thode historiographique et il d&#233;clare en garder les instruments. Quant au reste, il commente l'historiographie pour seulement d&#233;cr&#233;ter son inad&#233;quation et l'&#233;carter ensuite : &#171; Le renoncement m&#233;thodologique doit m&#234;me &#234;tre radicalis&#233;. [...] Quitte &#224; nous montrer ignares, quitte &#224; commettre une grande injustice &#224; l'&#233;gard des chercheurs, nous devons tendre vers l'autisme le plus complet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 164, voir aussi pp. 26-28 et 39-43.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cloisonnement dress&#233; autour de son mat&#233;riel par cette sorte de refoulement de l'historiographie et de l'anthropologie emp&#234;che toute discussion sur le statut de ses textes. Ce qui, &#224; son tour, affecte son projet d'&#233;tudier la condamnation d'une pratique pour reconstruire une mentalit&#233;. D'autant plus que, par moments, il simplifie le cadre de ses explications : &#171; Une m&#234;me mentalit&#233; alimente une culture en ordonnant une soci&#233;t&#233; &#187; ; ou, plus encore, &#171; voici la porte d'entr&#233;e d'une anthropologie historique qui ordonne toute une culture et une soci&#233;t&#233;. Nous y acc&#233;dons par un simple lexique, un &lt;i&gt;Tr&#233;sor de la Langue&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 167 et 188, voir aussi p. 11.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ces notions assoient ses g&#233;n&#233;ralisations sur les pratiques &#233;conomiques et l'ordre social selon un principe d'h&#233;t&#233;ronomie radicale (ce sont ses propres termes). Ce qui, de toute &#233;vidence, rappelle - par ricochet - les commentaires critiques de Norbert Elias sur ce genre d'approches&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'introduction de Qu'est-ce que la sociologie ?, Paris, &#201;ditions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par ailleurs, si le pass&#233; - ou plut&#244;t un pass&#233; particulier - est une plan&#232;te seulement accessible par les voies que nous offrent les repr&#233;sentations de ses habitants, l'auteur n'&#233;claircit jamais le commerce entre ces derni&#232;res et les textes savants : les &lt;i&gt;docteurs&lt;/i&gt; comme ph&#233;nom&#232;ne social et leurs conceptions sur la soci&#233;t&#233; vont simplement de soi ; et rien n'est discut&#233; sur les pratiques &#233;conomiques en vertu du principe d'autisme radical. Cependant, l'intention de cette note n'est pas de revenir sur les d&#233;bats concernant le concept de mentalit&#233; et moins encore de commenter la litt&#233;rature exploit&#233;e par B. Clavero, non seulement parce que je suis compl&#232;tement d&#233;pourvu de comp&#233;tences pour un exercice de ce genre, mais surtout parce que la d&#233;marche m&#234;me de notre auteur place la discussion ailleurs. L'objet de ces pages est de poser une question qui, en quelque sorte, se trouve en amont : peut-on saisir la sp&#233;cificit&#233; d'un univers &#233;conomique &#224; partir d'approches qui supposent, de mani&#232;re explicite, un lien direct entre &#171; mentalit&#233; &#187;, comportements et ordre social ? Ou, en d'autres termes, peut-on faire l'&#233;conomie d'une &#233;conomie politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De toute &#233;vidence, ceci vaut aussi pour les soci&#233;t&#233;s contemporaines avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les formes sociales de l'&#233;conomie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; cet appel, il faut commencer par se demander si les conceptions si finement reconstruites par B. Clavero permettent d'expliquer le comportement des personnes dans le domaine &#233;conomique jusqu'&#224; rendre compte de sa sp&#233;cificit&#233;. Le nombre des r&#233;ponses qui se pr&#233;sentent tout naturellement &#224; l'esprit, en est d&#233;j&#224; une, n&#233;gative. Un exemple am&#233;ricain peut servir &#224; illustrer le d&#233;calage entre son approche et la complexe articulation de certains ph&#233;nom&#232;nes. Il s'agit de l'utilisation des ressources des communaut&#233;s indiennes du P&#233;rou comme fonds de cr&#233;dits hypoth&#233;caires, octroy&#233;s entre le XVIe et le XVIIIe si&#232;cle &#224; des membres de l'oligarchie et de l'administration coloniales, sous forme de cens rachetables. C'est en affichant une volont&#233; de protection paternaliste que les autorit&#233;s espagnoles institu&#232;rent, vers la fin du XVIe si&#232;cle, les Caisses g&#233;n&#233;rales de cens &lt;i&gt;(Cajas generales de censos)&lt;/i&gt; dans les villes de Lima, Cusco et Charcas, avec des fonds provenant du regroupement d'une partie des biens collectifs appartenant aux communaut&#233;s indiennes. Ces Caisses g&#233;n&#233;rales &#233;taient plac&#233;es sous l'autorit&#233; de quatre ou cinq membres des tribunaux &lt;i&gt;(Audiencias)&lt;/i&gt; de ces trois villes, m&#234;me si les fonds des cens appartenaient, toujours en th&#233;orie, aux Indiens. Les rentes &#233;taient en principe destin&#233;es &#224; les secourir en p&#233;riode de difficult&#233;s, pourvoir au paiement du tribut et &#224; l'entretien du culte, ainsi qu'&#224; subvenir &#224; d'autres d&#233;penses au profit des communaut&#233;s. Nous avons ainsi la mise en place d'un dispositif qui reliait des ressources d'origine rurale, le cr&#233;dit et l'assistance aux Indiens pour faire face &#224; leurs obligations coloniales. L'&#233;tude de Alfonso Quiroz sur le cr&#233;dit au P&#233;rou montre comment, vers le d&#233;but du XVIIe si&#232;cle, cette architecture commen&#231;a &#224; &#233;voluer au d&#233;savantage des communaut&#233;s indiennes, sous les effets de l'intervention de l'administration fiscale et la formation d'un r&#233;seau qui reliait les responsables de la gestion des Caisses g&#233;n&#233;rales aux titulaires des cens, dont une des cons&#233;quences fut la progressive confusion des dettes dans les registres de comptes et les archives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fin du XVIe si&#232;cle, la Couronne mit &#224; contribution les Caisses g&#233;n&#233;rales sous forme de titres &lt;i&gt;(juros)&lt;/i&gt;, cens et contributions, qui grevaient les Caisses royales, mais dont les obligations &#233;taient rembours&#233;es avec des retards croissants. En 1757, un procureur de l'audience de Lima &#233;tablit que la dette des Caisses royales envers les Caisses g&#233;n&#233;rales s'&#233;levait &#224; plus de deux millions de piastres, dont 70 % en rentes venues &#224; &#233;ch&#233;ance et le reste en principaux correspondant &#224; des transferts r&#233;alis&#233;s depuis 1627. Mais c'est surtout aux particuliers que profita cette difficult&#233; des Caisses g&#233;n&#233;rales &#224; percevoir les rentes. Ils &#233;taient les premiers b&#233;n&#233;ficiaires des cr&#233;dits pour plus d'un million de piastres, octroy&#233;s &#224; Lima entre 1757 et 1781, en vue de la constitution de cens, dont 21 % grevaient les Caisses royales, et le reste de grandes propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res (51 %) ou d'autres immeubles urbains appartenant &#224; des n&#233;gociants et des officiers. D&#233;j&#224;, au XVIIe si&#232;cle, les Caisses g&#233;n&#233;rales &#233;taient souvent incapables de dresser la liste des d&#233;biteurs, et, vers 1760, on d&#233;non&#231;ait le fait que les rentes venues &#224; &#233;ch&#233;ance d&#233;passaient largement les principaux. Produit de ce tissu de connivences entre responsables de la gestion des biens des Indiens et d&#233;biteurs, ces pratiques n'affectaient &#233;videmment pas les autres institutions qui offraient du cr&#233;dit sous forme de cens, comme l'Inquisition. Pourtant, ces pratiques ne nuisaient pas seulement aux Indiens, car leurs rentes contribuaient aussi &#224; l'entretien d'h&#244;pitaux et aux frais du coll&#232;ge des j&#233;suites. Ce qui explique l'int&#233;r&#234;t r&#233;current des membres de l'audience. C'est l'un d'entre eux qui &#233;crivaient en 1763 : &#171; On n'entend jamais qu'un d&#233;biteur fasse un proc&#232;s &#224; son cr&#233;ancier pour qu'il lui remette une partie des int&#233;r&#234;ts, si ce n'est aux Indiens, car ils sont mis&#233;rables et leurs cr&#233;anciers puissants &#187; ; et d'ajouter, plus loin : &#171; [...] &#224; cause de la tol&#233;rance dont [les d&#233;biteurs] ont b&#233;n&#233;fici&#233; ; ils ne peuvent pas payer ou &#233;vitent de le faire pour obtenir la remise de la moiti&#233; ou des deux tiers de la dette, en s'appuyant sur le fait qu'ils n'ont pas l'obligation de satisfaire la dette en faveur des mis&#233;rables Indiens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les informations et les citations sont extraites de Alfonso W. QUIROZ, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette longue description pr&#233;sente une situation tout &#224; la fois proche et d&#233;cal&#233;e par rapport au monde de B. Clavero. D'abord, ce syst&#232;me semble correspondre assez bien aux exigences canoniques des cens, analys&#233;es par notre auteur, en particulier &#171; la pleine libert&#233; du d&#233;biteur d'&#233;teindre le cens quand cela lui pla&#238;t, par la restitution du capital &#187; et l'exigence, pour rendre effective la consigne (hypoth&#232;que), que &#171; le cr&#233;ancier soit soumis au risque de la p&#233;remption ou de r&#233;duction du fonds&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B. CLAVERO, La gr&#226;ce du don..., op. cit., p. 117. La r&#233;duction du fonds (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &#192; cela s'ajoute l'attitude patriarcale de la Couronne et de ses agents, avec l'amiti&#233; et la reconnaissance qui obligent proportionnellement &#224; l'&#233;tat de chacun, les Indiens et l'Inquisition &#233;tant &#233;videmment l'objet d'un traitement diff&#233;renci&#233;. En m&#234;me temps, tout semble transpos&#233; par rapport aux codes que B. Clavero d&#233;crypte, ne serait-ce que par la disposition de l'ensemble qui assurait un transfert - peu antidoral - des ressources des soci&#233;t&#233;s indiennes vers les oligarchies coloniales sans aucune contrepartie. Par ailleurs, c'est la politique fiscale de la monarchie et les int&#233;r&#234;ts de ses agents locaux qui incitaient au non-remboursement et &#224; l'effacement progressif des rentes elles-m&#234;mes. On peut &#233;videmment r&#233;pliquer que tout cela est assez loin de l'univers culturel des textes comment&#233;s. Pourtant, Lima fait bien partie du monde catholique tel qu'il est d&#233;fini par l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait sans doute multiplier des exemples analogues o&#249; les termes du mod&#232;le de B. Clavero ne se v&#233;rifient point. Mais, &#224; ce stade, il s'agit d'illustrer l'id&#233;e selon laquelle l'activit&#233; effective des acteurs s'organise sur une pluralit&#233; de sph&#232;res interd&#233;pendantes ; et cette id&#233;e se trouve &#224; l'oppos&#233; des images et notions par lesquelles l'auteur organise ses arguments. Dans l'exemple expos&#233;, on distingue bien ces articulations complexes. D'abord, les normes et le r&#233;pertoire institutionnel d'une culture juridique, les premi&#232;res souvent manipul&#233;es et le second utilis&#233; de mani&#232;re innovante, comme c'est le cas avec les cens. Ensuite, il y a la logique fiscale de la Couronne et l'action de ses repr&#233;sentants locaux qui interviennent aussi avec leurs propres objectifs. Par ailleurs, ces facteurs s'int&#232;grent aux strat&#233;gies et objectifs des acteurs qui organisent les liens intercommunautaires ; on entrevoit &#233;galement les r&#233;seaux qui traversent les diff&#233;rentes sph&#232;res et d&#233;terminent la dynamique des coalitions qui s'affrontent &#224; propos des rentes des Indiens. Et il y a, enfin, l'&#233;mergence m&#234;me de cet ensemble, dont la configuration ne peut se r&#233;duire aux dessins et repr&#233;sentations des agents pris s&#233;par&#233;ment. De toute &#233;vidence, les langages et valeurs d'une culture articulent les jeux des individus, mais ils nous disent peu, et sur les configurations sociales que leurs mani&#232;res de jouer construisent, et sur les m&#233;canismes par lesquels ils per&#231;oivent &#224; leur tour ces configurations, celles-ci &#233;tant consid&#233;r&#233;es comme autant d'occasions ou de contraintes de l'action. Ce que les acteurs identifi&#233;s ont construit constitue une articulation entre le politique et l'&#233;conomique, dont la compr&#233;hension, contrairement &#224; ce que propose B. Clavero, demande la reconstruction de son &#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des sujets pluriels ou des grandeurs &#233;conomiques ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La vision de B. Clavero sur l'&#233;conomie moderne est en fait associ&#233;e &#224; un ordre construit par l'int&#233;gration des &#171; familles &#187; dans une hi&#233;rarchie de corps ou de segments clos. Afin d'examiner les difficult&#233;s de cette unique r&#233;f&#233;rence au social, il convient de pr&#233;senter rapidement la s&#233;quence de ses arguments. La premi&#232;re partie du livre est consacr&#233;e &#224; &#233;tablir les &#171; questionnaires &#187;, c'est-&#224;-dire l'embo&#238;tement des notions jug&#233;es pertinentes. Le but est d'expliquer la banque - ou plut&#244;t la notion de banque. &#192; cette fin, il part du monumental catalogue d'Antonio, la &lt;i&gt;Bibliotheca Hispana&lt;/i&gt;, pour &#233;tablir la hi&#233;rarchie de mati&#232;res qui le guident - domin&#233;e d'abord par la th&#233;ologie - et commenter ensuite des auteurs comme Vitoria, qui &#171; assimile explicitement le b&#233;n&#233;fice religieux et le pr&#234;t &#233;conomique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 80-81.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Par cons&#233;quent, &#224; l'int&#233;rieur d'une mentalit&#233; de la gr&#226;ce et du b&#233;n&#233;fice, la banque est associ&#233;e &#224; ces deux concepts f&#233;odaux, compl&#233;t&#233;s par cette composante de la libert&#233; en tant que lib&#233;ralit&#233; qui est la &lt;i&gt;merced&lt;/i&gt;, et l'ensemble articul&#233; par l'&lt;i&gt;antidora&lt;/i&gt; comme obligation non obligatoire. Dans la seconde partie, B. Clavero proc&#232;de aux &#171; enqu&#234;tes &#187;, c'est-&#224;-dire le commentaire d'autres textes qui le conduisent de la &lt;i&gt;materia&lt;/i&gt; th&#233;ologique &#224; la doctrine juridique, toujours guid&#233; par la &lt;i&gt;Bibliotheca&lt;/i&gt;. Je passe sur les d&#233;tails d'une argumentation souvent passionnante et parfois difficile, d&#233;j&#224; partiellement r&#233;sum&#233;e. Apr&#232;s une analyse du n&#233;goce du change et de la banque - toujours fond&#233;e sur le m&#234;me type de litt&#233;rature -, il en vient &#224; constater l'inexistence d'un droit &#171; propre et sp&#233;cifique pour le n&#233;goce bancaire, c'est-&#224;-dire capable de r&#233;gler des investissements cr&#251;ment r&#233;mun&#233;ratoires, de d&#233;posants et d&#233;positaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 133.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Et de se demander ensuite &#171; o&#249; r&#233;side donc l'&#233;conomie &#187;, qui ne constitue pas une r&#233;alit&#233; distincte, pour r&#233;pondre, comme nous le savons d&#233;sormais, qu'elle se trouve dans l'&lt;i&gt;o&#239;conomie&lt;/i&gt; qui r&#232;gle l'ordre et la gestion de la maisonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir cern&#233; la famille, par les textes juridiques et th&#233;ologiques, la conclusion tombe : &#171; Dans le champ de l'&#233;conomie alors concevable, ce qui commande ce sont les proportions entre des &#233;tats, de p&#232;re et fils, mari et femme, prince et sujet, ma&#238;tre et esclave [...]. Ces choses sont bien connues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 142.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Ces unit&#233;s naturelles que sont les familles forment, par agr&#233;gation, la r&#233;publique civile ou politique elle-m&#234;me, et organisent ainsi la disposition hi&#233;rarchique des segments sociaux, selon les milieux et les conditions. Dans ce monde, &#171; la pluralit&#233; des sujets [...] et la multiplication des corps sociaux d&#233;terminent des distinctions de milieu &#187; et d'&#233;tats, - comme la marchandise et la noblesse. &#171; La distinction de conditions, qui est une diff&#233;rence de r&#233;gimes juridiques, est la r&#232;gle premi&#232;re de la composition sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 138-145, ici p. 145.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &#192; partir de l&#224;, B. Clavero situe l'activit&#233; des marchands dans l'espace exclusif que leur laisse une vision profond&#233;ment r&#233;ifi&#233;e des aspects juridictionnels de l'ordre social. Ceci lui permet de ranger parmi les privil&#232;ges du corps tout comportement qui pourrait affecter l'univers des conduites homog&#232;nes et coh&#233;rentes, comme les pratiques se trouvant &#224; la lisi&#232;re de la condamnation de l'usure : &#171; Les marchands ont plus de possibilit&#233;s de mener des op&#233;rations de change et de cr&#233;dit sans encourir l'usure [...]. En r&#233;alit&#233;, le droit commercial qui conna&#238;t une certaine diffusion doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un privil&#232;ge corporatif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 146.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Comme si, dans le monde hispanique, ces privil&#232;ges - dont la force est incontestable - d&#233;finissaient des espaces coh&#233;rents. En tout cas, puisque le commerce est ainsi d&#233;limit&#233;, &#171; il n'existe pas d'autre type d'&#233;conomie [que celle de la gr&#226;ce] car l'espace du trafic n'a pas d'autre d&#233;finition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 148.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Et c'est tout le probl&#232;me, car il a d'autres d&#233;finitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi formul&#233;es, ces id&#233;es expriment la fr&#233;quente difficult&#233; de penser les soci&#233;t&#233;s d'Ancien R&#233;gime autrement que par l'image d'un ensemble de segments discrets, dispos&#233;s dans un ordre hi&#233;rarchique. Les seuls liens sociaux fonctionnels seraient ainsi ceux qui fondent la communaut&#233; de chacun de ces corps. Les seuls rapports concevables seraient ceux qui, en th&#233;orie, s'&#233;tablissent entre ces segments constitu&#233;s comme un tout, car ce sont les seuls que la soci&#233;t&#233; con&#231;oit. Les autres commerces seraient entre les mains d'un corps sp&#233;cialis&#233; dans la fonction d'assurer les liens et les transactions. Dans ce dispositif, l'&#233;conomique (et le politique) ne peut que s'&#233;vanouir par manque de conflit, concurrence et n&#233;gociation, qui constituent l'univers propre des liens entre personnes traversant les diff&#233;rents segments. Sans aucun doute, les conceptions corporatistes sont fort pr&#233;sentes dans le langage politique et la r&#233;alit&#233; institutionnelle du terrain historique qu'aborde B. Clavero. Mais les conclusions qu'il en tire conduisent vers une vision trop ritualis&#233;e de l'action, produit de son point de d&#233;part, une mentalit&#233; &#171; ronde et coh&#233;rente &#187;, qui fa&#231;onne une rationalit&#233; &#233;conomique unique et homog&#232;ne. Cela emp&#234;che de penser un univers complexe compos&#233; de plusieurs mondes (ou grandeurs), comme les normativit&#233;s domestiques et les modes de coordination marchande, chacun avec ses propres dispositifs de justification des conduites[ [ &lt;strong&gt;Laurent TH&#201;VENOT&lt;/strong&gt;, &#171; &#201;quilibre et rationalit&#233; dans un univers complexe &#187;, &lt;i&gt;Revue &#233;conomique&lt;/i&gt;, 2,1989, pp. 147-197. Laurent TH &#201;VENOT et Luc BOLTANSKI, &lt;i&gt;De la justification. Les &#233;conomies de la grandeur&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1991.]].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Clavero prend &#233;videmment en compte les &#233;changes, mais il r&#233;cuse le fait qu'ils puissent intervenir, d'une mani&#232;re ou d'une autre, comme m&#233;canismes de coordination, car, d&#232;s le d&#233;but du livre, il exclut de fa&#231;on explicite que la complexit&#233; puisse caract&#233;riser son territoire historique. C'est l'id&#233;e m&#234;me de comportements &#233;conomiques r&#233;gl&#233;s par un principe unique et homog&#232;ne qui dissimule l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des &#233;conomies que B. Clavero tente d'expliquer. Il est alors utile de rappeler une d&#233;marche situ&#233;e aux antipodes de celle ici comment&#233;e. Dans son ouvrage, paru en France la m&#234;me ann&#233;e que &lt;i&gt;La gr&#226;ce du don&lt;/i&gt;, Jean-Yves Grenier place l'&#233;change au centre du dispositif, car &#171; il constitue le seul lieu d'observation pertinent pour comprendre l'&#233;conomie [d'Ancien R&#233;gime] dans sa globalit&#233; &#187;. Il cr&#233;e ainsi un espace o&#249; l'on peut &#224; la fois rendre compte de l'articulation des diverses motivations et cultures des agents, et comprendre le r&#244;le des hi&#233;rarchies sociales et politiques. Si l'&#233;change atteint ce statut analytique, c'est parce que &#171; l'&#233;conomie d'Ancien R&#233;gime est une formation sociale tr&#232;s composite et l'importance prise dans son fonctionnement par le seul moment de la transaction en est une cons&#233;quence &#187;. Et ces transactions se trouvent aussi loin du march&#233; autor&#233;gulateur que des &#233;changes r&#233;gl&#233;s par des coutumes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Yves GRENIER, L'&#233;conomie d'Ancien R&#233;gime. Un monde de l'&#233;change et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec ce raisonnement, s'&#233;vanouit la dichotomie de B. Clavero entre un pass&#233; de pures r&#232;gles h&#233;t&#233;ronomes et une contemporan&#233;it&#233; de purs individus souverains.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Monnaie et rapports sociaux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les quelques r&#233;f&#233;rences de B. Clavero &#224; la monnaie traduisent bien les difficult&#233;s et contradictions que produisent les tentatives pour r&#233;duire la sp&#233;cificit&#233; d'un univers &#233;conomique &#224; un monde unique et coh&#233;rent de r&#232;gles et repr&#233;sentations. Il en parle afin de pr&#233;senter son mod&#232;le d'une &#233;conomie de la suj&#233;tion, o&#249; les hommes n'&#233;taient pas des personnes-sujets, mais o&#249; la &#171; &lt;i&gt;persona&lt;/i&gt; individuelle &#187; jouissait de la libert&#233; de consentir, libert&#233; &#171; n&#233;cessaire pour assurer la diffusion de la charit&#233; par les moyens des relations familiales &#187;. Dans ce contexte, un syst&#232;me pleinement marchand ne pouvait naturellement pas trouver sa place puisque, en raison des propri&#233;t&#233;s des sujets, &#171; on ne pouvait m&#234;me pas concevoir un syst&#232;me contractuel homog&#232;ne ou simplement agr&#233;gatif &#187;. Pourtant, &#171; il n'est pas question de dire [...] que nous avons affaire &#224; une &#233;conomie naturelle, en lieu et place de l'&#233;conomie mon&#233;taire. La situation est tout autre : il y a de l'argent et pas d'&#233;conomie &#187;, car &#171; le num&#233;raire est mis au service de la communication des biens qui est une expression de la charit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 178-179. B. Clavero ne semble pas conscient de la port&#233;e de sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Dans sa conclusion, B. Clavero regrette le tribut pay&#233;, malgr&#233; tout, &#224; sa propre mentalit&#233; moderne, et de ne pas avoir commenc&#233; par l'&lt;i&gt;o&#239;conomica&lt;/i&gt; de la famille, dont l'ordre &#233;tait associ&#233; aux conceptions religieuses sur la procr&#233;ation. Et d'affirmer ainsi, pour ce qui concerne les questions mon&#233;taires, que si nous p&#233;n&#233;trions dans l'&#233;conomie intrafamiliale et dans l'&#233;conomie conf&#233;d&#233;rative interfamiliale, &#171; nous serions alors en mesure d'appr&#233;cier et de comprendre pleinement le caract&#232;re d&#233;riv&#233; et la signification seconde du trafic marchand et mon&#233;taire pour cette soci&#233;t&#233; &#187;. Donc, c'est seulement apr&#232;s avoir reconstitu&#233; &#171; la v&#233;ritable &#233;conomie que constitue la famille &#187; qu'on peut traiter l'&#233;conomie mon&#233;taire sur le plan intellectuel et analytique, car &#171; la place de l'&#233;conomie mon&#233;taire dans la soci&#233;t&#233; et la culture importe plus que sa m&#233;canique interne[ [ &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 188-189.]] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inconv&#233;nient, avec ce raisonnement, c'est que la &#171; m&#233;canique interne &#187; de ce &#171; num&#233;raire &#187; fonctionne en constante transgression des principes qui sont cens&#233;s exprimer cette culture. En effet, un syst&#232;me ou une articulation de diff&#233;rents syst&#232;mes de monnaies m &#233;talliques fond&#233;s, d'une part, sur la distinction entre unit&#233; de compte et pi&#232;ces r&#233;elles et, de l'autre, sur le jeu entre valeur nominale de la monnaie et prix du contenu en m&#233;tal pr&#233;cieux, cette &#171; m &#233;canique interne &#187;, supposent que les agents &#233;taient soumis &#224; l'obligation contractuelle de r&#233;mun&#233;rer les avances. Autrement, le passage d'une sph&#232;re &#224; l'autre de circulation serait impossible. On arrive au m&#234;me paradoxe par une autre entr&#233;e : au c&#339;ur des bl&#226;mes canoniques se trouvait l'aversion &#224; l'&#233;gard du n&#233;goce de l'argent avec lui-m&#234;me et des pratiques comme le change sec ; peut-on, pourtant, penser que ces pratiques sont ext&#233;rieures au syst&#232;me mon&#233;taire lui-m&#234;me, ou que celui-ci - avec tout ce qu'il suppose de confiance et de taux entre esp&#232;ces accept&#233;es par tous les agents - peut exister sans le n&#233;goce de l'argent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici les questions mon&#233;taires int&#233;ressent moins qu'une mani&#232;re de raisonner. La monnaie constitue sans doute un champ privil&#233;gi&#233; de l'analyse culturelle des conventions &#233;conomiques, comme certains &#233;conomistes le reconnaissent eux-m&#234;mes. Elle implique une multiplicit&#233; de significations qui renvoient &#224; un ensemble de repr&#233;sentations et de conventions ext&#233;rieures &#224; la totalit&#233; des transactions particuli&#232;res ; mais chacune de ces derni&#232;res, rendues ainsi possibles, actualise et contribue &#224; son tour &#224; l'institution des articulations symboliques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Yves GRENIER, &#171; Penser la monnaie autrement &#187;, Annales HSS, 55-6,2000, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela ne veut pas dire pour autant que l'agencement dudit syst&#232;me exprimait un dessein ou avait, en dehors des transactions, une fonction au sens de B. Clavero. &#171; La monnaie en tant que marchandise et m &#233;dium des transactions se d&#233;termine en fait dans l'&#233;change &#187;, pour reprendre la formule de J.-Y. Grenier, dont l'analyse va bien plus loin que ne le sugg&#232;re cette citation. Je veux simplement signifier que, prise comme un ph&#233;nom&#232;ne ancr&#233; dans l'histoire sociale, la monnaie suppose un ensemble de rapports sociaux qui d&#233;passent largement les liens d&#233;finis par B. Clavero. Mais on peut &#233;galement la consid&#233;rer comme &#233;tant en m&#234;me temps un ensemble institutionnel autonome. De ce point de vue, la configuration des syst&#232;mes mon&#233;taires &#224; l'&#233;poque moderne &#233;tait le produit d'une tr&#232;s longue &#233;volution historique, au sens d'une s&#233;lection &#224; la fois d&#233;termin&#233;e et al&#233;atoire. Or, en soi, ces formes en partie arbitraires et autonomes - comme la coexistence des monnaies de compte et des pi&#232;ces r&#233;elles ainsi que celle de diff&#233;rentes qualit&#233;s et types d'esp&#232;ces - d&#233;finissaient une partie des contraintes et des occasions se trouvant &#224; l'origine des strat&#233;gies et des jeux des agents, comme celles qui, entre autres, affectaient le fonctionnement du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets des manipulations de la monnaie pratiqu&#233;es par diff&#233;rentes monarchies sont un des aspects les plus flagrants des liens entre syst&#232;me mon&#233;taire et cr&#233;dit, aussi bien du point de vue du volume des pr&#234;ts que des risques et co&#251;ts qu'il y a &#224; les contracter. Les cons&#233;quences de la frappe excessive de pi&#232;ces de cuivre, le billon, r&#233;alis&#233;e par la couronne hispanique, illustrent bien un type de situation qui conduit, d'une part, &#224; la formation de circuits parall&#232;les - dont un march&#233; noir de monnaies - et, de l'autre, &#224; une augmentation des co&#251;ts de transaction et &#224; une modification des contrats eux-m&#234;mes. Comme chacun sait, &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me syst&#232;me, les &#233;quivalences entre pi&#232;ces d'or ou d'argent, billons et monnaies de compte ne suffisaient pas pour passer directement de l'une &#224; l'autre. Les premi&#232;res b&#233;n&#233;ficiaient d'une prime par rapport &#224; leur &#233;quivalent en cuivre ou leur expression comptable en unit&#233; de compte. &#192; partir de la premi&#232;re d&#233;cennie du XVIIe si&#232;cle, la Couronne r&#233;pondait &#224; ses difficult&#233;s financi&#232;res par la multiplication de frappes en cuivre, tandis que l'argent continuait &#224; sortir de la p&#233;ninsule. Outre les effets sur les prix, la combinaison des deux facteurs provoqua &#233;videmment une majoration de la prime de celle-ci par rapport &#224; son &#233;quivalent en billon, qui passa de 2 % &#224; quasiment 130 % entre 1610 et 1644. Ce qui augmentait l'incertitude des &lt;i&gt;asientos&lt;/i&gt; puisque les banquiers titulaires devaient changer la monnaie de Castille en pi&#232;ces d'argent &#224; un taux impr&#233;visible au moment de leur n&#233;gociation. Afin de contrer ces tensions, la Couronne fixa des primes maximales, en provoquant ainsi la formation de circuits parall&#232;les : l'un, o&#249; le prix relatif de l'argent ne faisait qu'augmenter ; l'autre, o&#249; les rapports de force permettaient aux responsables des finances royales d'imposer le change entre diff&#233;rents types d'esp&#232;ces au prix officiel - proportionnellement &#224; l'&#233;tat des personnes ? - le m&#233;tal pr&#233;cieux devenant alors de plus en plus rare. De leurs c&#244;t&#233;s, certains banquiers, en particulier les &#233;trangers, arrivaient &#224; faire accepter dans les termes de leurs &lt;i&gt;asientos&lt;/i&gt; les primes pratiqu&#233;es au march&#233; noir au moment du remboursement, dans la mesure o&#249; leurs services &#233;taient indispensables, car, si le risque d&#233;passait un certain seuil, les banquiers dispos&#233;s &#224; les offrir devenaient trop peu nombreux, tout comme &#233;tait rare l'argent au prix officiel. Par ailleurs, il ne faut pas imaginer un monde d'agents anonymes : au sein de ce tout petit cercle travers&#233; par des liens interpersonnels, ces m &#233;canismes favorisaient ceux qui, par leurs connexions avec le Conseil de finances ou par la nature de leurs offices, contr&#244;laient les sources de l'argent. Pour sa part, la Couronne s'adaptait aux effets de ses mesures en manipulant ses propres r&#232;gles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carlos &#193;LVAREZ NOGAL, &#171; Los problemas del vell&#243; n en el siglo XVII. &#191;Se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle souligne le r&#244;le des cent treize notaires parisiens dans la mise en relation des pr&#234;teurs et emprunteurs priv&#233;s, ainsi que dans la mat&#233;rialisation des contrats de cr&#233;dit. Entre 1660 et 1715, ces derniers &#233;taient, pour l'essentiel, des obligations &#224; plus ou moins court terme et des rentes, celles-ci repr&#233;sentant plus de 95 % de la dette totale. Les obligations ne mentionnaient pas l'int&#233;r&#234;t - mais il &#233;tait bien vers&#233; d'une fa&#231;on ou d'une autre - tandis que celui des rentes se stabilisait autour de 5 %. Des asym&#233;tries d'information affectaient la r&#233;alisation des contrats, comme celles concernant la situation du pr&#234;teur ou la valeur des biens gag&#233;s et son &#233;ventuelle d&#233;gradation, ce qui favorisait les transactions entre individus avec des liens pr&#233;existants. Enfin, ce march&#233; du cr&#233;dit priv&#233; &#233;tait parcouru par des incertitudes, comme l'impact des guerres sur les banqueroutes - et donc sur la disponibilit&#233; de fonds - ou les oscillations erratiques des prix qui affectaient la valeur des rentes. C'est dans ce contexte que la monarchie a alt&#233;r&#233; de plus en plus souvent l'&#233;quivalence de la livre en m&#233;tal pr&#233;cieux, r&#233;duisant la quantit&#233; correspondant &#224; l'unit&#233; de compte. Elle a impos&#233; en m &#234;me temps que les pi&#232;ces soient fondues et refrapp&#233;es, ce qui lui permettait de r&#233;duire ses dettes en les remboursant avec de la monnaie d&#233;valu&#233;e. Mais ces d&#233;valuations diminuaient &#233;galement la valeur des rentes et multipliaient par cons&#233;quent les risques des pr&#234;teurs. Avec cette amplification des incertitudes, &#171; il para&#238;t ind&#233;niable que la monarchie a une grande part de responsabilit&#233; dans le recul du march&#233; du cr&#233;dit priv&#233; &#224; moyen et long terme et que ses actions contribuent bien &#224; expliquer le long coma qu'il traverse alors&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 82 ; voir aussi pp. 29-36,42-44,67-71 et 83-92.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'avons-nous dans ces exemples ? Simplement des gens qui r&#233;agissent aux troubles mon&#233;taires provoqu&#233;s par le pouvoir souverain. Ce qui renvoie &#224; des coordinations marchandes qui d&#233;passent un cadre corporatif, aussi bien dans le cas des argentiers de la couronne espagnole que dans celui des notaires parisiens. On peut y voir aussi des strat&#233;gies un peu plus complexes, qui tiennent compte des caract&#233;ristiques du syst&#232;me mon&#233;taire. Certes, l'expression &#171; march&#233; noir &#187; appliqu&#233;e par Carlos &#193;lvarez Nogal &#224; l'Espagne du XVIIe si&#232;cle p&#232;che un peu par anachronisme. Mais la d&#233;limitation d'espaces de n&#233;gociation avec des prix diff&#233;rents, pratiqu&#233;s en contrevenant les dispositions de la Couronne elle-m&#234;me, renvoie &#224; une logique de r&#233;seaux sociaux et &#224; un jeu de rapports de pouvoir bien diff&#233;rents des seuls liens hi&#233;rarchiques. Soit des conduites qui m&#232;nent &#224; des liens entre personnes et non pas entre unit&#233;s corporatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les liens entre personnes, c'est aussi l'univers du livre de Renata Ago sur le march&#233; et les institutions dans la Rome du XVIIe si&#232;cle[&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Renata AGO, Economia Barrocca. Mercato et istituzioni nella Roma del (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &#171; march&#233; baroque &#187; y appara&#238;t comme une configuration fond&#233;e sur l'interd&#233;pendance entre l'ambigu&#239;t&#233; des droits de propri&#233;t&#233; et la faiblesse de la demande. Celle-ci conduisait au recours massif aux paiements diff&#233;r&#233;s comme un moyen de financer la consommation, de sorte que beaucoup d'achats ou de versements de salaires se transformaient en reconnaissances de dettes. Cons&#233;quence de cette g&#233;n&#233;ralisation du petit cr&#233;dit, la compensation des dettes par les cr&#233;dits devenait le mode de paiement le plus fr&#233;quent. Ces m&#233;canismes supposent naturellement des r&#233;seaux de fid&#233;lit&#233;s comme celle du client envers le n&#233;gociant ou de l'employeur &#224; l'&#233;gard de son ouvrier qui troque un salaire diff&#233;r&#233; contre une certaine r&#233;gularit&#233; de l'embauche. R. Ago souligne que la dimension temporelle qu'introduisaient les paiements diff&#233;r&#233;s constituait un contrepoids &#224; l'incertitude et &#224; l'information rare et souvent d&#233;ficiente, propre aux &#233;conomies pr&#233;industrielles. Ce n'est donc ni dans le manque de confiance ni dans les probl&#232;mes du cr&#233;dit en soi que r&#233;side la sp&#233;cificit&#233; de &#171; l'&#233;conomie baroque &#187;, mais dans l'articulation de deux sph&#232;res de l'action : &#171; Une conception diverse des droits de l'acqu&#233;reur et des devoirs du vendeur &#224; l'int&#233;rieur de laquelle l'&#233;thique caritative se m&#234;le &#224; la plus prosa&#239;que exigence de stimulation de la demande &#187;, dont les cons&#233;quences finissent par relier les agents singuliers l'un &#224; l'autre, dans une cha&#238;ne quasiment illimit&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 60 ; voir aussi pp. XIX - XXII et 57-60.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et l'instrument qui est au c&#339;ur de ces m&#233;canismes - la compensation entre soldes - &#233;tait associ&#233; aux propri&#233;t&#233;s du syst&#232;me mon&#233;taire, non seulement en raison de la raret&#233; relative du m&#233;tallique en circulation, mais aussi du fait de la place de la petite monnaie dans l'ensemble&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Ago ne partage pas cette id&#233;e, explicite qu'elle est sur le fait que la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'autre extr&#233;mit&#233; des terres catholiques, la compensation de soldes constitue aussi le m&#233;canisme dominant des transactions entre les deux rivages de l'Atlantique. Mais ici, entre les territoires am&#233;ricains et les ports europ&#233;ens, la d&#233;mesure des espaces impliqu&#233;s dans ces m&#233;canismes de compensation souligne le r&#244;le institutionnel des liens qui organisent les affaires. On a montr&#233;, pour le Rio de la Plata, comment ceux-ci se mettaient en place &#224; l'int&#233;rieur d'une trame d'aides et de services dont l'incommensurabilit&#233; faisait fonctionner la dynamique ordinaire de la dette et du cr&#233;dit. Ces m&#233;canismes entretenaient la coh&#233;sion des r&#233;seaux qui servaient en m&#234;me temps de relais politiques aux repr&#233;sentants locaux de la Couronne, ce qui g&#233;n&#233;rait des formes particuli&#232;res de conflit et de coop&#233;ration. Cela ne concernait pas seulement les transactions entre grands commer&#231;ants, dans la mesure o&#249; les n&#233;gociants pratiquaient toutes sortes de trafics, de la vente au d&#233;tail au commerce maritime &#224; grande distance, de la vente de tissus locaux &#224; l'exportation de m&#233;taux pr&#233;cieux. On voit aussi fonctionner - par des liens de personne &#224; personne - de vastes r&#233;seaux, reliant le n&#233;goce entre Cadix ou S&#233;ville et Buenos Aires ou Lima, qui sont en m&#234;me temps profond&#233;ment ancr&#233;s dans les circuits locaux. Par cons&#233;quent, toute une foule de petits entrepreneurs, transporteurs, artisans et d'autres producteurs locaux d&#233;filent dans ces trames de m&#233;diation politique et de compensation de dettes par transferts de cr&#233;dits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zacar&#237;as MOUTOUKIAS, &#171; Negocios y redes sociales : modelo interpretativo a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par ailleurs, ce dernier ph&#233;nom&#232;ne touche aussi d'autres groupes sociaux, y compris les Indiens du monde andin. Jacques Poloni-Simard d&#233;crit leur participation &#224; de multiples trafics, &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur des communaut&#233;s, et analyse leur intervention dans ce qu'il appelle &#171; l'&#233;conomie de l'endettement &#187; (qui par ailleurs traverse toute la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques POLONI-SIMARD, La mosa&#239;que indienne. Mobilit&#233;, stratification (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'historiographie latino-am&#233;ricaniste, on admet volontiers que ces ph&#233;nom&#232;nes sont associ&#233;s &#224; la raret&#233; de l'argent, ne serait-ce que pour souligner qu'elle se produit dans les r&#233;gions m&#234;mes de sa production. On explique cette situation par la vitesse avec laquelle la monnaie &#233;tait export&#233;e, cons&#233;quence de la structure des prix relatifs, ou r&#233;sultat du lien colonial. Certains travaux montrent l'articulation d'une diversit&#233; de secteurs, depuis l'autoconsommation jusqu'&#224; la circulation mixte ou proprement mon&#233;taire, en passant par le troc. Dans la mesure o&#249; cette articulation suppose, dans le secteur mon&#233;taris&#233;, une offre de biens produits gr&#226;ce &#224; des transactions non mon&#233;taires, ces diff&#233;rentes sph&#232;res font coexister une diversit&#233; de formes de r&#233;mun&#233;ration du travail ainsi que de captation des rentes. Ruggiero Romano pr&#233;sente un exemple de cette coexistence entre &#233;conomie naturelle et &#233;conomie mon&#233;taire avec l'usure pratiqu&#233;e par les petits boutiquiers &lt;i&gt;(pulperos)&lt;/i&gt; de la ville de Mexico qui pratiquaient le pr&#234;t sur gages dans leurs &#233;tablissements. Le m&#233;canisme &#233;tait simple : en &#233;change des objets laiss&#233;s en gage, les d&#233;biteurs recevaient des avances, dont la moiti&#233; &#233;tait pay&#233;e en argent et l'autre en fiches ou jetons &lt;i&gt;(tlacos)&lt;/i&gt;, &#233;mis par le boutiquier/ pr&#234;teur et qui ne permettaient de se ravitailler que dans son &#233;tablissement. L'&#233;metteur pouvait parfois racheter les jetons en &#233;change de pi&#232;ces d'argent, mais avec un d&#233;compte de 20 % de leur valeur nominale. Ces boutiquiers &#233;taient &#224; leur tour fortement endett&#233;s aupr&#232;s des grands commer&#231;ants qui les approvisionnaient, int&#233;grant ainsi une cha&#238;ne d'avances et de cr&#233;ances qui attire le m&#233;tallique vers l'aval&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ruggiero ROMANO, Moneda, seudomoneda y circulaci&#243; n monetaria en las (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela semble bien &#233;loign&#233; de l'univers de B. Clavero. Une fois encore, il ne s'agit pas d'accumuler les exemples. Pourtant, ils sont fort &#233;loquents et offrent toute une gamme de probl&#232;mes concernant le cr&#233;dit et la monnaie. Que cette derni&#232;re circule ou se signale par son absence dans les compensations de soldes, ou encore se combine avec des transactions non mon&#233;taires, la configuration du syst&#232;me, &#224; la fois construit par les agents et autonome de chacun d'entre eux, organise des comportements qui, dans ces exemples, supposent des m&#233;canismes de coordination des conduites bien diff&#233;rentes des explications avanc&#233;es par l'auteur, fond&#233;es - comme nous l'avons vu - sur une vision h&#233;t&#233;ronome tr&#232;s simplifi&#233;e des dites conduites. Ce qu'il appelle la &#171; m&#233;canique interne &#187; du syst&#232;me mon&#233;taire fait partie, dans chacun des exemples, d'un dispositif institutionnel qui, &#224; chaque cas, d&#233;finit des modes sp&#233;cifiques de calcul, d'anticipations et de perception du risque. Cela conf&#232;re une autonomie &#233;galement sp&#233;cifique &#224; l'&#233;change qui soutient l'articulation entre formes sociales disparates. &#192; leur tour, ces m&#233;canismes de coordination renvoient &#224; des rapports entre personnes bien diff&#233;rents des liens entre unit&#233;s corporatives, familiales ou autres. Les argentiers de la couronne hispanique, les boutiquiers et artisans de Rome, les n&#233;gociants du trafic atlantique, les Indiens de Cuenca, les cr&#233;anciers et d&#233;biteurs de Mexico agissent par des liens qui, d'une part, ne peuvent que traverser les segments sociaux et, de l'autre, supposent une multiplicit&#233; de contextes normatifs. Il faudrait donc inverser la perspective de B. Clavero et dire que c'est par la reconstruction de ces rapports sociaux et des m&#233;canismes de l'&#233;change qu'on peut comprendre le r&#244;le des familles dans les &#233;conomies d'Ancien R&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Bartolom&#233; Clavero l'&#233;conomie n'existe donc pas, c'est-&#224;-dire que ce que nous r&#233;unissons aujourd'hui sous ce vocable - encore faudrait-il se mettre d'accord sur ce point - n'a pas d'existence autonome dans les soci&#233;t&#233;s qui constituent la cible de son livre. Entre autres raisons, parce que l'on peut constater l'absence du terme apr&#232;s examen du corpus de textes : dictionnaires, index, commentaires, etc. Il faut admettre que, dans son travail, cet examen est particuli&#232;rement exhaustif. Cela ne rend cependant pas moins tautologique la transmutation du constat en preuve de l'absence, dans ces soci&#233;t&#233;s, d'une sph&#232;re propre &#224; ce que nous appelons &#233;conomie. Le chemin que l'auteur nous propose est, de toute &#233;vidence, fort personnel. Mais si le trac&#233; est original, il aboutit n&#233;anmoins sur le terrain d'un d&#233;bat historiographique bien connu. Comme chacun sait, les noms de Karl Polanyi, Louis Dumont, Moses I. Finley, Edward Thomson, pour ne citer que quelques-uns parmi les plus c&#233;l&#232;bres, constituent autant de rep&#232;res classiques qui balisent ce terrain. Sans oublier, bien entendu, le cas particulier de Marx, qui anticipe l'essentiel des th&#232;mes de cette historiographie... Il n'est pas inutile de rappeler ici quelques aspects de ce d&#233;bat. Le premier de ces auteurs souligne la particularit&#233; des transformations qui, au XIXe si&#232;cle, ont produit une large articulation des march&#233;s auto-r&#233;gl&#233;s, y compris ceux du travail et des capitaux. L'autor&#233;gulation impr&#232;gne ainsi la naissance d'un monde in&#233;dit o&#249; l'autonomie de l'&#233;conomique exprime une coordination faite, pour l'essentiel, par les prix. Soit un monde aussi &#233;trange que les terres catholiques des Temps modernes. &#192; partir de ces notions, tous les auteurs ont cherch&#233; &#224; saisir la sp&#233;cificit&#233; des soci&#233;t&#233;s qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; cette &#171; grande transformation &#187;, par des voies tr&#232;s diverses et des approches &#233;galement contrast&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi rappeler ces d&#233;bats ? Parce que B. Clavero se situe bien en de&#231;&#224; de ce point de d&#233;part. Et ceci pour la bonne et simple raison qu'il refuse de discuter. Il cite tout - et il est tr&#232;s difficile de le prendre en d&#233;faut d'une r&#233;f&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut d&#233;j&#224; constater sa culture historiographique dans son petit recueil (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; -, commente l'essentiel, reconna&#238;t ses dettes en toute honn&#234;tet&#233;. Mais il ferme le d&#233;bat, car, selon lui, pour tous ces auteurs, &#171; ce qui compte plus que la soci&#233;t&#233; ant&#233;rieure, c'est bien la n&#244;tre &#187;. Et cela constituerait justement un obstacle &#224; la connaissance du caract&#232;re sp&#233;cifique de cette soci&#233;t&#233;. &#171; C 'est du m&#233;lange des deux syst&#232;mes sociaux, l'un, dit-on, d&#233;clinant et l'autre naissant, de cette confusion de visages qu'a tant souffert l'historiographie de l'&#233;poque moderne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 40.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Laissons de c&#244;t&#233; la question de l'analyse r&#233;trospective, sur laquelle il passe trop vite. Si tant de gens ont vu deux visages, ou deux secteurs, ce n'est pas seulement par adh&#233;sion &#224; une perspective lin&#233;aire qui projette sur le pass&#233; ce qui fonde le monde pr&#233;sent (d'ailleurs, sur cela aussi il faudrait se mettre d'accord) ; c'est peut-&#234;tre &#233;galement parce que la sp&#233;cificit&#233; de certaines constructions &#233;conomiques r&#233;side dans l'interd&#233;pendance entre deux mondes, l'un f&#233;odal et l'autre de l'&#233;change. Witold Kula analyse ces ph&#233;nom&#232;nes pour l'Europe et, suivant son mod&#232;le, Marcelo Carmagnani le fait pour l'Am&#233;rique latine jusqu'&#224; nos jours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcello CARMAGNANI, Formaci&#243; n y crisis de un sistema feodal. Am&#233;rica (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces relations d'interd&#233;pendance sont parfois stables et parfois non, mais, dans ce dernier cas, cette interd&#233;pendance n'en est pas moins sp&#233;cifique ; penser le contraire, comme le fait B. Clavero, voudrait dire que, dans la recherche d'une improbable homog&#233;n&#233;it&#233;, il faudrait &#244;ter du champ d'analyse les facteurs qui contribuent &#224; transformer un ordre social comme s'ils lui &#233;taient ext&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un essai aux objectifs aussi larges que celui de B. Clavero, le d&#233;bat est indispensable afin de saisir les interd&#233;pendances fonctionnelles entre un certain ordre institutionnel et l'articulation d'une pluralit&#233; de formes sociales qui caract&#233;rise la vie &#233;conomique. Ce que les exemples ont cherch&#233; &#224; illustrer, c'est &#224; la fois la complexit&#233; de ces agencements et la diversit&#233; des contextes normatifs et des motivations pr&#233;sentes dans l'action des agents. C'est pourquoi il a sembl&#233; important de rappeler l'approche que propose J.-Y. Grenier. M&#234;me si l'on ne partage pas son id&#233;e de consid&#233;rer l'&#233;conomie d'Ancien R&#233;gime et le monde f&#233;odal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou plus en g&#233;n&#233;ral une sph&#232;re o&#249; les m&#233;canismes politiques d'allocation des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme deux ensembles distincts, l'adaptation et l'usage qu'il fait du concept de circuit - avec les m&#233;canismes s&#233;quentiels de formation des prix qui vont avec - poss&#232;dent l'avantage de permettre une approche globale de ces &#233;conomies tout en saisissant la diversit&#233; d'un monde composite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que ce dernier point, celui de la fragmentation des &#233;conomies traditionnelles, me semble important, je voudrais conclure sur un tout autre registre. Avec son id&#233;e forte d'une anthropologie catholique de l'&#233;conomie moderne, B. Clavero rejoint les aspects les plus sch&#233;matiques de l'analyse n&#233;oclassique, dans l'illusion d'une rationalit&#233; homog&#232;ne et commune &#224; tout un ensemble social. Dans cette anthropologie, nous avons des acteurs dot&#233;s d'une culture catholique mais d&#233;pourvus d'organisation, quelle que soit sa nature ; c'est-&#224;-dire des &#233;changes sans un contexte qui organise les transactions, en dehors d'une image fragmentaire et fragment&#233;e de la famille et de la corporation. On n'est pas loin du reproche que Ronald Coase faisait &#224; l'analyse &#233;conomique standard, dominante vers le milieu des ann&#233;es 80 : &#171; Nous avons donc affaire &#224; des consommateurs sans humanit&#233;, des firmes sans organisation, et m&#234;me des &#233;changes sans march&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ronald COASE, La firme, le march&#233; et le droit, Paris-New York, Diderot &#201;diteur,&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Et, comme nous l'avons vu avec les exemples pr&#233;sent&#233;s, c'est dans cette disposition interm&#233;diaire des choses - le contexte, &#171; l'organisation &#187;, &#171; l'environnement &#187;, c'est-&#224;-dire les liens et les institutions - que l'action s'organise. Une fois encore, on ne peut pas faire l'&#233;conomie d'une &#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, il me semble important d'insister sur le fait que les conduites &#233;conomiques ne peuvent pas &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme ob&#233;issant ou traduisant un principe - f&#251;t-il religieux ou de quelque autre nature que ce soit. Pour saisir la dynamique de ces &#233;conomies, nous sommes tenus de suivre une double d&#233;marche. La premi&#232;re doit analyser l'&#233;difice institutionnel dans ses relations aux multiples formes sociales de la vie &#233;conomique et &#224; l'organisation de l'&#233;change : ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; d'une &#233;conomie, c'est son rapport au politique. L'autre d&#233;marche n&#233;cessaire, c'est la reconstruction des r&#233;seaux de liens interpersonnels &#224; l'int&#233;rieur desquels des agents interviennent. Ces relations effectives entre personnes concr&#232;tes organisent les d&#233;terminations multiples de leur comportement &#233;conomique. Or, les liens hi&#233;rarchiques de la famille et de la corporation, ch&#232;res &#224; Bartolom&#233; Clavero, ne peuvent que cacher les logiques complexes de ces m&#234;mes comportements, en toute amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Zacar&#237;as Moutoukias &lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/revue-annales-2001-6-page-1111.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;Cairn&lt;/u&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Universit&#233; de Paris VII&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bartolom&#233; CLAVERO, &lt;i&gt;Antidora. Antropolog&#237;a cat&#243; lica de la economia moderna,&lt;/i&gt; Milan, Giuffr&#232; Editore, 1991 (&lt;i&gt;La gr&#226;ce du don. Anthropologie catholique de l'&#233;conomie moderne&lt;/i&gt;, traduit de l'espagnol par Jean-Fr&#233;d&#233;ric Schaub, pr&#233;face de Jacques Le Goff, Paris, Albin Michel, 1996).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 169 ; voir aussi pp. 49-50 et 80-81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F. REBELLUS, &lt;i&gt;Opus de obligationibus Iustitiae, Religionis et Charitatis,&lt;/i&gt; Lyon, 1608, cit&#233; &lt;i&gt;in Ibid.&lt;/i&gt;, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 170-171.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#234;me si sa vision des soci&#233;t&#233;s choisies comme terrain est beaucoup plus redevable que l'auteur ne l'admet des id&#233;es d'une historiographie refoul&#233;e. Mais, comme tout refoul&#233;, elle ne cesse d'affleurer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ce sens &#171; mon aventure s'est sold&#233;e par un &#233;chec &#187;, dit l'auteur, non sans &#233;l&#233;gance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par moment, l'&#233;tendue des espaces catholiques semble se r&#233;tr&#233;cir. &#171; Il est vrai qu'&#224; l'&#233;poque, comme l'&#233;crivait Quevedo, avec leur prurit d'ind&#233;pendance, non seulement politique, mais encore juridique, les V&#233;nitiens sont consid&#233;r&#233;s comme des Turcs, les G&#233;nois comme des Juifs et les Fran&#231;ais, avec leurs vell&#233;it&#233;s, comme une chose et l'autre. Une cit&#233; enti&#232;re ou une r&#233;publique comme celle de G&#234;nes pouvait &#234;tre une corporation mercantile au sens strict : tous les citoyens &#233;taient juridiquement des marchands &#187; (p. 174).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On laissera ici de c&#244;t&#233; ses belles lignes sur l'&#233;thique contemporaine ainsi que celles, plus conventionnelles, consacr&#233;es &#224; sa proposition d'une &#171; histoire int&#233;grale dans toute son autonomie &#187;. L'une et l'autre sont li&#233;es comme r&#233;ponse &#224; notre suppos&#233;e propension &#224; traiter les &#171; &#233;trangers comme des semblables, sous pr&#233;texte qu'ils sont nos anc&#234;tres &#187; et &#224; r&#233;server le qualificatif d'&#233;tranger &#224; ceux de nos prochains qui appartiennent &#171; &#224; une autre culture &#187; (p. 195).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 164, voir aussi pp. 26-28 et 39-43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 167 et 188, voir aussi p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'introduction de &lt;i&gt;Qu'est-ce que la sociologie ?,&lt;/i&gt; Paris, &#201;ditions de l'Aube, 1991. Un exemplede d&#233;bats qu'il refoule mais qui refont surface comme sympt&#244;me : B. Clavero &#233;carte comme inad&#233;quates certaines analyses anthropologiques sur le don - sur quoi il ne manque pas de bons arguments -, mais les difficult&#233;s que pose le recours &#224; ce concept lorsqu'il y a des &#233;changes mon&#233;taires - trait&#233;es par les anthropologues eux-m&#234;mes - apparaissent dans ses pages sur l'&lt;i&gt;antidora&lt;/i&gt; ; voir les points de vue diff&#233;rents de &lt;strong&gt;Maurice GODELIER&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;L'&#233;nigme du don ?&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1996, et &lt;strong&gt;Natalie Zemon DAVIS&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;The Gift in Sixteenth-Century France&lt;/i&gt;, Oxford, Oxford University Press, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De toute &#233;vidence, ceci vaut aussi pour les soci&#233;t&#233;s contemporaines avec leur improbable homog&#233;n&#233;it&#233;. Faut-il rappeler le beau mod&#232;le de W. Arthur LEWIS sur les &#233;conomies qui articulent des secteurs &#171; modernes &#187; et &#171; traditionnels &#187;, chacun avec leur propre logique (&lt;i&gt;Theory of Economic Growth&lt;/i&gt;, Londres, George Allen and Unwin, 1955). Parmi la riche descendance qu'ont engendr&#233;e ses travaux se trouve l'essai de Witold KULA, &lt;i&gt;Th&#233;orie &#233;conomique du syst&#232;me f&#233;odal&lt;/i&gt;, Paris-La Haye, Mouton/&#201;ditions de l'EPHE, 1970. D'autres exemples, tr&#232;s diff&#233;rents entre eux, mais qui montrent la diversit&#233; des &#233;conomies contemporaines et leur proximit&#233; de celles - &#233;tranges - du pass&#233;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; S. FLORO, et P. YOTOPOULOS, &lt;i&gt;Informal Credit Markets and the New Institutional Economics : The Case of Philippine Agriculture&lt;/i&gt;, San Francisco, Westview Press, 1991 ; Philippe CAD&#200; NE et Denis VIDAL (&#233;ds), &lt;i&gt;Webs of Trade. Dynamics of Business. Communities in Western India&lt;/i&gt;, New Delhi, Manohar, Centre de sciences humaines, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les informations et les citations sont extraites de &lt;strong&gt;Alfonso W. QUIROZ&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Deudas olvidadas : instrumentos de cr&#233;dito en la econom&#237;a colonial peruana, 1750-1820&lt;/i&gt;, Lima, Pontificia Universidad Cat&#243; lica del Per&#250;, 1993, pp. 58-65 et appendice no 2, pp. 179-200.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;B. CLAVERO&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;La gr&#226;ce du don...&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 117. La r&#233;duction du fonds (c'est-&#224;-dire la r&#233;duction du principal par perte de valeur de la propri&#233;t&#233; grev&#233;e) &#233;tait autoris&#233;e par deux c&#233;dules royales de 1700 et 1736, dont l'invocation abusive de la part des d&#233;biteurs &#233;tait d&#233;nonc&#233;e par le procureur de l'audience de Lima.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 80-81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 142.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 138-145, ici p. 145.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 146.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 148.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Jean-Yves GRENIER&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;L'&#233;conomie d'Ancien R&#233;gime. Un monde de l'&#233;change et de l'incertitude&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 1996, pp. 417,420-423.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.,&lt;/i&gt; pp. 178-179. &lt;strong&gt;B. Clavero&lt;/strong&gt; ne semble pas conscient de la port&#233;e de sa r&#233;f&#233;rence aux notions d'&#233;conomie naturelle/&#233;conomie mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt; Jean-Yves GRENIER&lt;/strong&gt;, &#171; Penser la monnaie autrement &#187;, &lt;i&gt;Annales HSS&lt;/i&gt;, 55-6,2000, pp. 1335-1342, ici pp. 1337-1338.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Carlos &#193;LVAREZ NOGAL&lt;/strong&gt;, &#171; Los problemas del vell&#243; n en el siglo XVII. &#191;Se consigui&#243; abaratar la negociaci&#243; n del cr&#233;dito imponiendo precios m&#225; ximos a la plata ? &#187;, &lt;i&gt;Revista de Historia Econ&#243; mica&lt;/i&gt;, XIX, num&#233;ro sp&#233;cial sous la direction de Francisco Com&#237;n et Blanca S&#225; nchez Alonso, Madrid, 2001, pp. 17-36.].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous trouvons un autre effet des manipulations mon&#233;taires dans l'impact qu'avaient celles pratiqu&#233;es par Louis XIV sur le march&#233; du cr&#233;dit &#224; Paris, entre la seconde moiti&#233; du XVIIe si&#232;cle et le d&#233;but du XVIIIe si&#232;cle, comme le montre l'&#233;tude de Phillip Hoffman, Gilles Postel-Vinay et Jean-Laurent Rosenthal [[ &lt;strong&gt;Philipp HOFFMAN&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Gilles POSTEL-VINAY&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Jean-Laurent ROSENTHAL&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Des march&#233;s sans prix. Une &#233;conomie politique du cr&#233;dit &#224; Paris, 1660-1870&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de l'EHESS, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 82 ; voir aussi pp. 29-36,42-44,67-71 et 83-92.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Renata AGO&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Economia Barrocca. Mercato et istituzioni nella Roma del Seicento&lt;/i&gt;, Rome, Donzelli Editore, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 60 ; voir aussi pp. XIX - XXII et 57-60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Ago ne partage pas cette id&#233;e, explicite qu'elle est sur le fait que la diffusion des compensations comme mode de paiement ne peut pas s'expliquer par la raret&#233; de la menue monnaie. Elle cite les auteurs selon lesquels ces r&#233;seaux de cr&#233;dit sont r&#233;gl&#233;s par la confiance et fonctionnent mieux en l'absence de tensions mon&#233;taires, et &#233;voque des exemples o&#249; une crise de liquidit&#233; se r&#233;percute sans d&#233;lai sur l'ensemble, car les cr&#233;anciers r&#233;clament le paiement imm&#233;diat. Il me semble, avec toute la distance qui me s&#233;pare de l'objet et des sources de ce beau livre, que les deux types d'explications - fond&#233;es sur la confiance ou sur la monnaie - se compl&#232;tent davantage qu'elles ne s'excluent. On peut imaginer une situation de demande faible et de menue monnaie rare o&#249; c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de celle-ci que la moindre crise de liquidit&#233; &#233;branle la confiance n&#233;cessaire au fonctionnement des r&#233;seaux de cr&#233;dit. C'est pourquoi ce sont les caract&#233;ristiques globales du syst&#232;me mon&#233;taire (sa &#171; m&#233;canique interne &#187;) qu'il faudrait prendre en consid&#233;ration. Quoi qu'il en soit, il me semble qu'on peut affirmer qu'il y a un lien entre les caract&#233;ristiques de la monnaie comme ph&#233;nom&#232;ne autonome et la compensation entre soldes imbriqu&#233;e dans les rapports sociaux, m&#234;me si cette relation est plus complexe que ne le laisseraient supposer les termes dans lesquels je la formule.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Zacar&#237;as MOUTOUKIAS&lt;/strong&gt;, &#171; Negocios y redes sociales : modelo interpretativo a partir de un caso rioplatense (siglo XVIII ) &#187;, &lt;i&gt;Caravelle&lt;/i&gt;, 67,1997, pp. 37-55, et &#171; R&#233;seaux personnels et autorit&#233; coloniale : les n&#233;gociants de Buenos Aires au XVIIIe si&#232;cle &#187;, &lt;i&gt;Annales ESC,&lt;/i&gt; 47-4/5, 1992, pp. 889-915. Voir aussi &lt;strong&gt;Jorge GELMAN&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;De mercachifle a gran comerciante : los caminos del ascenso en el R&#237;o de la Plata colonial,&lt;/i&gt; La R&#225; bida, Universidad Internacional de Andaluc&#237;a, 1996 ; &lt;strong&gt;John KICSA&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Colonial Entrepreneurs. Families and Business in Bourbon Mexico City&lt;/i&gt;, Albuquerque, University of New Mexico Press, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Jacques POLONI-SIMARD&lt;/strong&gt;, La mosa&#239;que indienne. Mobilit&#233;, stratification sociale et m&#233;tissage dans le corregimiento de Cuenca, XVIe - XVIIIe si&#232;cle, Paris, &#201;ditions de l'EHESS, 2000, pp. 233-242.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Ruggiero ROMANO&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Moneda, seudomoneda y circulaci&#243; n monetaria en las econom&#237;as de M&#233;xico&lt;/i&gt;, Mexico, Fondo de Cultura Econ&#243; mica, 1998 ; voir aussi &lt;strong&gt;Enrique TANDETER &lt;/strong&gt; (dir.), &#171; El papel de la moneda macuquina en la circulaci&#243;n monetaria rioplatense &#187;, &lt;i&gt;Cuadernos de Numism&#225; tica&lt;/i&gt;, 4-14,1975, pp. 1-11 ; &lt;strong&gt;Ceferino GARZ&#211;N MACEDA&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Econom&#237;a del Tucuman. Econom&#237;a natural y econom&#237;a monetaria. Siglos XVI-XVII-XVIII&lt;/i&gt;, Cordoue, Universidad de C&#243;rdoba, Argentine, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut d&#233;j&#224; constater sa culture historiographique dans son petit recueil d'articles &lt;i&gt;Usura : del uso econ&#243;mico de la religi&#243;n en la historia&lt;/i&gt;, Madrid, Ediciones Tecnos, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Marcello CARMAGNANI&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Formaci&#243; n y crisis de un sistema feodal. Am&#233;rica latina del siglo XVI a nuestros d&#237;as,&lt;/i&gt; Mexico, Siglo XXI, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ou plus en g&#233;n&#233;ral une sph&#232;re o&#249; les m&#233;canismes politiques d'allocation des ressources, avec l'utilisation de droits sur les personnes (je pense aussi aux &#233;conomies de plantation), sont pr&#233;dominants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Ronald COASE&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;La firme, le march&#233; et le droit&lt;/i&gt;, Paris-New York, Diderot &#201;diteur,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
